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La Guerre d’Ukraine: le choc des eschatologies politiques et le nouveau nomos de la terre

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La première phase de la guerre d’Ukraine s’est achevée avec l’échec de la prise de Kiev par les Russes et la chute de Marioupol. L’armée russe s’est maintenant recentrée, au moins à court terme, sur des objectifs plus réalistes : la conquête de la portion du Donbass sous contrôle ukrainien.  La guerre semble avoir aussi changé de nature : au début des hostilités, le conflit se présentait comme une « guerre de choix » pour un pouvoir russe qui avait manifestement sous-estimé le sentiment national ukrainien et surestimé les performances de son outil militaire, et comme une guerre aux enjeux proprement existentiels pour les Ukrainiens. On aurait donc pu penser que les difficultés de l’armée russe conduiraient soit à une crise politique à Moscou soit à une solution négociée. Or paradoxalement, c’est une tout autre évolution qui se profile. La population russe semble de plus en plus se rallier sinon avec enthousiasme, du moins de raison, aux décisions de ses élites politico-militaires. On invoque la propagande d’État et la pénalisation de l’opposition à « l’opération spéciale » ou encore la crainte d’un retour au chaos des années 90 en cas de défaite. Ces explications restent néanmoins insuffisantes.

Les pays occidentaux, en cherchant une victoire militaire ukrainienne sur le terrain plutôt qu’une solution négociée, semblent en effet avoir transformé les enjeux symboliques du conflit en réveillant ce que Nicolas Berdiaev voyait comme la dimension eschatologique sommeillant dans l’âme russe. Dans L’Idée Russe, ce dernier soulignait le fait qu’ « en Occident, la civilisation, parvenue à un très haut degré, étouffe de plus en plus toute conscience eschatologique », cette atrophie lui apparaissant à peu près complète dans un pays comme la France. Au contraire, « après le peuple juif », ce serait « le peuple russe » qui aurait « le mieux assimilé l’idée messianique ». « Par sa nature métaphysique et sa vocation dans le monde », il serait « le peuple de la fin » et Berdiaev d’ajouter que « l’Apocalypse a toujours joué un grand rôle aussi bien dans nos couches populaires que dans les milieux cultivés, parmi nos écrivains et nos penseurs ». Dans un passage aux accents qui semblent aujourd’hui prophétiques, le grand philosophe russe mettait aussi en garde ses contemporains contre une tentation, celle de laisser « l’idée messianique russe, cette idée pure du Royaume de Dieu, du royaume de justice » être « gâchée par l’idée impérialiste de volonté de puissance. »

La croyance en une « destinée manifeste » de la Russie traverse toute l’histoire de ce pays, depuis les écrits du moine Philothée sur la Troisième Rome jusqu’au Bolchévisme, en passant par la réflexion des slavophiles sur l’arriération « providentielle » de la Russie. Aujourd’hui, on retrouve cette thématique chez le penseur néo-Eurasianiste Alexandre Douguine. Reprenant la doctrine des cycles de l’école de la Tradition mais aussi certaines intuitions d’Heidegger, il voit dans l’Occident la terre du crépuscule et de l’oubli de l’Être où toutes les grandes questions existentielles sont occultées par les valeurs marchandes et le règne de la technique. La Russie au contraire, qui n’aurait pas complètement perdu le contact avec les puissances du chaos originaire et ce malgré une modernisation superficielle, aurait vocation à être le lieu d’un nouvel avènement (Ereignis), d’un retour de l’Être que le dernier Heidegger appelait de ses vœux. Chez Douguine, l’eschatologie philosophique de Heidegger rejoint les prophéties chrétiennes sur l’Armageddon et le dernier Antéchrist dont la société postmoderne serait la préfiguration. La Russie et plus particulièrement son président, Vladimir Poutine, seraient investis d’une mission de Katechon : le concept remonte à Saint Paul et désigne chez Carl Schmitt des figures historiques dont l’action retarde le triomphe des forces de ténèbres qui doivent précipiter les évènements de la fin.

Jusqu’à la guerre d’Ukraine, on pouvait être tenté d’écarter d’un revers de la main de telles spéculations si peu en phase avec l’air du temps, presque inintelligibles pour les hommes et les femmes « déconstruits » de la postmodernité. Le déclenchement d’un conflit que Douguine annonçait de longue date, nous interdit pourtant une telle désinvolture et ce, d’autant plus que les hostilités en plus de prendre la tournure d’une guerre de proxy menée par les puissances de la mer contre la puissance tellurique russe s’apparentent de plus en plus à une confrontation entre deux « théologies politiques ».

Du côté russe, la portée « métaphysique » du conflit a été reconnue par le patriarche Kirill lui-même, dans un discours qui a horrifié les médias occidentaux. A l’occasion de son homélie pour la fête de la Saint Jean, ce dernier s’en est pris à l’Occident décadent et nihiliste et n’a pas hésité à déclarer, sur un ton qui rappelle les passages les plus flamboyants de Donoso Cortès, que « ce qui se passe aujourd’hui dans la sphère des relations internationales ne relève pas uniquement de la politique », qu’il en va « du Salut de l’homme, de la place qu’il occupera à droite ou à gauche de Dieu le Sauveur, qui vient dans le monde en tant que Juge et Créateur de la création ».[1]

On pourrait croire que l’Occident postchrétien serait immunisé contre toute forme d’eschatologie politique mais, comme l’a montré un auteur comme Eric Voegelin, la sécularisation a paradoxalement favorisé l’émergence de ce qu’il appelait des « religions-ersatz ». Communisme, fascisme mais aussi libéralisme sont traversés par une tension eschatologique, un désir de donner un sens global à l’histoire humaine. La « religion des droits de l’homme », révisée au besoin par ces idéologies du ressentiment que sont le wokisme et le racialisme, est fondée sur cette idée que l’ordre libéral exprimerait la véritable essence de la nature humaine et que toute la marche de l’histoire doit conduire tôt ou tard au triomphe des valeurs de l’émancipation, à la victoire des « démiurges » sur les « jardiniers », pour reprendre une métaphore de Chantal Delsol. Tous ceux qui s’opposent à cette marche triomphale du « Bien » doivent être rééduqués voire éradiqués selon une logique de la déshumanisation de l’ennemi dont Carl Schmitt et plus tard Alain de Benoist avaient mis en lumière les mécanismes et qui aujourd’hui vise la Russie, son peuple et sa culture. Ces mêmes Occidentaux qui ont mis à feu et à sang le Moyen-Orient n’hésitent pas à pousser dans ses derniers retranchements une puissance nucléaire se battant sur un territoire qu’elle considère (à tort ou à raison) comme vital pour sa survie. Le choc de ces deux eschatologies politiques pourrait conduire à un conflit plus large qui achèverait le processus amorcé il y a un peu plus d’un siècle d’éclipse de l’Europe.

Heureusement le pire n’est jamais certain, mais cette guerre, dont les enjeux dépassent de très loin le simple théâtre militaire et dont les répercussions énergétiques et monétaires semblent chaque jour plus évidentes, illustre aussi un retour des conflits idéologiques que peu d’observateurs avaient anticipé. Francis Fukuyama et Samuel Huntington semblaient pourtant s’entendre sur le fait que l’ère des affrontements idéologiques était révolue, le premier prophétisant le triomphe de l’idéologie sortie victorieuse de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide et le second un choc des civilisations. Or paradoxalement, la guerre d’Ukraine, en plus d’avoir remis sur le devant de la scène des grilles de lecture géopolitique (Eurasie, heartland, rimland etc.) montre la persistance de conflits portant sur ce que les postmodernistes appelaient dédaigneusement des « grands récits » sur la nature humaine et l’ordre juste dans la cité. Ces conflits se jouent d’ailleurs des lignes de fracture civilisationnelles comme le montre le fait que la Russie orthodoxe, en plus de compter dans ses rangs des troupes d’élite musulmane tchétchène, bénéficie du soutien tacite de la Chine et de la neutralité bienveillante de l’Inde et d’une bonne partie des pays du Moyen-Orient. Faut-il y voir les prémisses d’une nouvelle « Sainte Alliance », d’une coalition des puissances conservatrices de la terre contre tout ce qui dans l’Occident postmoderne œuvre au déracinement, à la liquidation de ce qui donne un sens à l’existence humaine (culture, religion, tradition et identité) ? S’il y a en tout cas une seule idée à retenir de toute l’œuvre de Douguine, c’est que la guerre des idées se traduit aussi dans la géopolitique. Tant que l’Occident sécularisé dominait le système international, l’Europe et les Etats-Unis formaient la seule matrice possible des grandes idéologiques politiques. C’est pour cela d’ailleurs que les vrais adeptes de la contre-révolution, les théocrates dans la lignée de Joseph de Maistre et de Donoso Cortès, ont perdu presque toutes les batailles depuis plus deux siècles. La désoccidentalisation du monde rouvre le champ des idées politiques et nous fait basculer dans un monde inconnu, peuplé de nouveaux dieux mais aussi de dieux anciens que nous avions cru chassés par les Lumières.

Au moment où la France sort d’une campagne où les enjeux civilisationnels ont été systématiquement occultés par les polémiques insignifiantes, un déluge de proportion biblique se prépare peut-être à nos portes, annonçant un nouveau nomos de la terre.


[1] Traduction de Jean-Benoît Poulle, publiée sous le titre de « La Guerre Sainte de Poutine » [https://legrandcontinent.eu/fr/2022/03/07/la-guerre-sainte-de-poutine/]. Si le Vatican a condamné cet alignement de l’Église russe sur les objectifs du Kremlin, la décision surprise du Pape François de consacrer la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculée de Marie, par-delà la manœuvre à destination des traditionnalistes, montre que la Papauté voit aussi dans cette guerre un conflit spirituel.

Les passions floues

La parade électorale a révélé, sans surprise, que la France n’allait pas très bien, comme l’humanité en général d’ailleurs. Nous devons apprendre à vivre dans un monde désenchanté. Une analyse de l’écrivain Patrice Jean.


Quelques jours avant le second tour de l’élection, je roulais sous un pont aux piliers recouverts d’affiches en faveur d’Éric Zemmour. Sous le visage du chroniqueur devenu candidat, on lisait : « Impossible n’est pas français ». Il souriait. J’ai souri également : bientôt les affiches électorales se transformeront en souvenirs, et dans des villages endormis de l’Ariège ou du Cantal, des tribuns continueront d’encourager l’électeur à les élire et à les adopter comme maîtres. Les affiches seront écornées, presque entièrement déchirées, à demi cachées par des avis municipaux ou des annonces de braderies ou de fêtes foraines. Pendant des semaines, les journaux n’auront parlé que de ça, l’élection présidentielle, le point d’orgue de la vie politique française. Et puis la vie reprendra ses droits.

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Qu’attend-on de cette élection ? Pourquoi tant de passion ? Au risque d’être haï, vilipendé, insulté, méprisé, j’ai plutôt l’impression que tous les candidats se ressemblent. Tous les candidats sont démocrates, républicains et veulent le bonheur des Français ; ils ne diffèrent que sur les méthodes pour y parvenir. J’attends impatiemment le candidat qui prétendra appauvrir le pays, supprimer le système des retraites et déclarer la guerre à la Chine. Tous sont habités par la passion de servir (disent-ils). Et, grande nouveauté, tous sont des résistants. Zemmour se grime en De Gaulle et appelle à lutter devant un micro pareil à celui du général réfugié à Londres ; et les anti-Le Pen défilent et pétitionnent contre le retour du fascisme. Quelle fatigue ! Je me souviens de l’entre-deux-tours de 2002 ; j’habitais une petite ville de province. Un soir, je vis une longue cohorte de manifestants tourner en rond sur la place principale en scandant des slogans contre la bête immonde. Je dis alors à un ami : « On dirait des Indiens qui dansent pour repousser la pluie. » Il n’apprécia que modérément mon observation : lui aussi avait l’âme d’un résistant (disait-il). Comment peut-on à ce point se monter le bourrichon ?

La France est hantée par un spectre, la collaboration

J’ai quelques rudiments d’explication à proposer : nous ne percevons qu’une infime partie de la réalité et ne connaissons qu’une centaine de personnes, peut-être un millier pour les plus fraternitaires d’entre nous (ce qui n’est pas mon cas, j’aime l’humanité avec beaucoup de modération). C’est à partir de cette minuscule expérience personnelle que nous sommes contraints de réfléchir au sort de 67 millions d’inconnus (la France), en sorte que nous devons lire des sociologues, des philosophes, des démographes, des journalistes, des historiens, etc., pour tenter de nous hisser à une vision globale qui nous autoriserait à choisir le meilleur des candidats. Il y a dans cette tentative beaucoup de perdition, nous jugeons sur des on-dit, des impressions, des suppositions. J’ignore la signification exacte de la théorie, en mathématiques, des « sous-ensembles flous », pourtant ces derniers me paraissent s’appliquer intégralement à la politique : tout est incertain et sujet à caution. Dans cet imprécis naissent tous les fantasmes : puisque l’exactitude est impossible, le besoin de haïr caché au cœur de l’homme (ça le soulage des misères de la vie) et le narcissisme (le pseudo-résistant) se donnent la main pour revivre, à chaque élection, la tragédie de la collaboration. L’incertain favorise le théâtre, la comédie, les grands mots. Un plombier, par exemple, quand il répare votre robinetterie, sait parfaitement quelle pièce est à changer ; un militant, lui, ne peut formuler que des hypothèses à propos des maux qui affaiblissent le pays. Alors il s’échauffe, devient rouge, lance des anathèmes et se coiffe (en douce) du Borsalino de Jean Moulin. C’est surtout vrai à gauche mais, comme je l’ai déjà noté, Zemmour s’est à son tour oint du képi gaullien. La France est hantée par un spectre, celui de la collaboration. Plus aucune discussion ne se tient sans elle. Parlez-vous d’immigration qu’un résistant (en carton) vous taxera de « fasciste », depuis 68 les CRS sont des SS et la violence symbolique bien pire que la violence réelle (on voit bien, en cette occurrence, que les tenants de cette thèse sont à l’abri de la deuxième catégorie citée).

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L’enfer est pavé de bonnes intentions

Nous sommes entrés dans l’ère du soupçon (dans un sens très différent du célèbre essai de Nathalie Sarraute), nous sommes tous des accusés en puissance. Des puritains et des gardes rouges sondent les âmes comme jadis l’Inquisition surveillait les hérétiques. Certes, le mâle blanc de plus de 50 ans est la cible privilégiée des vertueux (le privilège blanc !), mais personne ne doit se croire pour toujours immunisé contre la diffamation. « Vous prétendez n’être pas sexiste, en réalité vous l’êtes ! Il faut en prendre conscience. » Une conversation ne peut être féconde qu’à la condition de ne pas user de l’argumentation ad hominem. L’ère du soupçon tue la conversation. Vous n’êtes pas ce que vous paraissez être et vous êtes ce que vous prétendez ne pas être. La vertu, poussée à fond, se transforme en son contraire : c’est l’histoire du monde et celle de l’enfer qu’on avait primitivement pavé de bonnes intentions. Chaque génération, pour paraphraser Albert Camus, se croit vouée à défaire le monde. Un monde mauvais. Chaque génération a raison, le monde est mauvais, ou plutôt n’échappe pas au mal. Mais toutes les générations ont tort en ce qu’elles oublient le propre mal en elles, oubli généré par le mal lui-même. Il n’y aura jamais de société apaisée : c’est ma bonne nouvelle. La lutte des classes est une réalité, l’asservissement du monde par la technique aussi. Une règle paradoxale se met en place : plus le confort croît et plus l’insignifiance s’accroît. L’État nous dorlote comme des nourrissons : au jardin des plantes à Nantes, on a installé des statues pareilles à des personnages de bédés pour enfants, elles contrastent avec celles implantées à la fin du XIXe (des femmes nues). Un nourrisson est cajolé, mais il vit dans le périmètre étroit de son parc de jeux. Et il est méchant comme une teigne.


Patrice Jean est écrivain. Nous traiterons son dernier livre, Le Parti d’Edgar Winger (Gallimard) dans le prochain numéro. Isabelle Larmat en propose ici la recension.

La Bruyère ne connaissait pas Mélenchon: quelle chance!

Pendant que l’extrême gauche absorbe la gauche de gouvernement, la droite nationale demeure divisée et le président Macron dort sur ses deux oreilles.


Dans Les Caractères (1688), à la fin du Grand Siècle, La Bruyère développe une réflexion sur l’homme qui s’avère toujours d’actualité. Il y brosse le portrait de ses contemporains dans une forme brève qui lui permet, en maniant l’ironie et le sarcasme, de dessiner une galaxie de types humains résolument intemporelle.

Je vous lis un extrait du Livre 6 « Des biens de fortune » des Caractères : « Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l’œil fixe et assuré, les épaules larges, l’estomac haut, la démarche ferme et délibérée. Il parle avec confiance ; il fait répéter celui qui l’entretient, et il ne goûte que médiocrement tout ce qu’il lui dit. Il déploie un ample mouchoir, et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin et éternue fort haut ». Vous êtes alors à la cour de Louis XIV, mais également en France, en 2022, lors d’un meeting du leader de la France insoumise. Le portrait de Giton est aussi celui de Jean- Luc Mélenchon briguant, avec la modestie qu’on lui connaît, le poste de Premier ministre, à l’issue des prochaines législatives.

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Défait lors du premier tour des élections présidentielles, notre Che Guevara vieillissant avait tout d’abord affirmé, lors de son discours de candidat battu, que le combat révolutionnaire se poursuivrait, mais, sans lui. Au-delà de cette limite, 70 ans, son ticket n’était, en effet, plus valable. Ce renoncement fut bref : au lendemain du second tour de l’élection présidentielle qui se solda par la reconduction du mandat d’Emmanuel Macron, notre Castro français, ragaillardi, en oublia son âge pour rester… fidèle (Fidel ?) aux engagements de toute une vie. Il fit alors placarder sur tous les murs du pays des affiches à son effigie. Sur celles-ci, on pouvait lire, en toute simplicité : « Mélenchon Premier ministre ». 

Histoires de fesses

Fort du vote communautariste qu’il avait largement obtenu, n’étant pas à une compromission près, il se mit à œuvrer sans plus de scrupules pour former une nouvelle Union populaire, dont il se proposait d’être le leader. Elle agrégerait à LFI, EELV, PS et PC. 

Depuis, les tractations vont bon train et connaissent un franc succès. Mieux vaut, il est vrai, pour les perdants des différentes formations de gauche s’assoir sur des convictions, au demeurant vacillantes, que de ne pas siéger à l’Assemblée nationale. Du reste, comme le disait Montaigne : « Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. » Tant qu’à faire, choisissons donc une assise confortable !

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Après des tractations dont heureusement on ne saura pas tout, la nouvelle association des gauches parviendra certainement bien à s’entendre sur une répartition des circonscriptions de nature à satisfaire l’ensemble des partisans du rassemblement. LFI et EELV ont déjà formé une « Nouvelle union populaire écologique et sociale », LFI et le PC ont trouvé également un terrain d’entente. Quant au Parti socialiste, son ralliement au parti de Jean-Luc Mélenchon ne saurait tarder. 

Et voici la gauche burkini

Bientôt, Éric Piolle ouvrant audacieusement la voie, on pourra certainement s’ébattre allègrement en burkini dans toutes les piscines municipales de l’hexagone et saccager dans une liesse bon enfant tous les centres- villes, lors de manifestations organisées contre les privilégiés qui auraient encore l’impudence de gagner quatre mille euros par mois. Promis, les artistes et les sportifs ne pétitionneront pas pour nous en empêcher.

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Le 30 juin 2019 à Grenoble, des militants de « Alliance citoyenne » interpellent les passants devant la piscine. Photo : JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

En effet, nos formations de gauche moribondes, largement dévorées par les Insoumis se comportent avec notre GitonMélenchon comme le fait Phédon (dernier personnage-type de la sixième partie des Caractères, portrait en creux de celui de Giton) : serviles et dans l’attente des faveurs promises par le maître de la France insoumise. Ils sont Phédon, dévorés par un échec qui les recroqueville sur eux-mêmes et les prive d’audace : « (…) les yeux creux, le teint échauffé, le corps et le visage maigre ; il dort peu, et d’un sommeil fort léger ; il est abstrait, rêveur, et il a avec de l’esprit l’air d’un stupide (…) », « il semble craindre de fouler la terre ; il marche les yeux baissés, et n’ose pas les lever sur ceux qui passent (…) ». « (…) il se met derrière celui qui parle (Mélenchon-Giton) recueille furtivement ce qui se dit et se retire si on le regarde. Il n’occupe point de lieu, il ne tient point de place (…) ».

Dans la psyché de Marine Le Pen

À droite, l’union s’annonce plus compliquée, Marine Le Pen, se sentant méprisée par Éric Zemmour qui pointe l’échec récurrent du père puis de la fille à l’élection présidentielle, refuse toute alliance avec Reconquête, forte de son indéniable succès électoral. Avec La Bruyère toujours, (Les Caractères, Livre XII), on peut penser qu’il serait peut-être bon pour elle et pour la droite qu’elle mette son orgueil de côté : « Ne songer qu’à soi et au présent, source d’erreur dans la politique. »

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En effet, les électeurs penchant à droite, terrorisés par la montée de l’extrême gauche, pourraient une fois de plus voter utile : à savoir pour les candidats représentant le parti de notre roitelet réélu. Et là : danger. Citons à ce propos une dernière fois le clairvoyant La Bruyère (Les Caractères, chapitre VIII, « De la Cour »). Il nous met là en garde contre le mépris, qu’on connaît bien, pour l’avoir pratiqué un quinquennat, d’un Emmanuel Macron que des législatives en sa faveur conforteraient dans son hubris : « Un homme qui vient d’être placé ne se sert plus de sa raison et de son esprit pour régler sa conduite et ses dehors à l’égard des autres ; il emprunte sa règle de son poste et de son état : de là l’oubli, la fierté, l’arrogance, la dureté, l’ingratitude. »

Diplomates, préfets… liquidation totale

Entre les deux tours de l’élection présidentielle, un décret a entériné l’extinction progressive de deux corps d’encadrement supérieur du ministère des Affaires étrangères. Cette décision suit la disparition du corps de la préféctorale.


Le corps des Affaires étrangères a été supprimé officiellement entre les deux tours de la présidentielle. Adieu les diplomates de profession, bonjour les managers de l’État. Mes collègues se sont émus. Des journalistes charitables ont fait écho à leur émoi. Gérard Araud, diplomate-Twitter mondain du régime, a versé sa larme électronique. J’ai beau être membre de ce corps depuis plus de trente ans, cette nouvelle ne m’empêche pas de dormir. Moi, c’est la disparition de notre politique étrangère qui me réveille la nuit depuis quinze ans.

Cette disparition est seulement la conséquence des choix que des diplomates ont cautionnés, mis en œuvre, voire conçus pour certains. Notre diplomatie était indépendante, nationale, souveraine. Elle avait besoin de professionnels qualifiés et expérimentés. Elle est aujourd’hui européenne, écrite à Bruxelles, consensuelle à 27, compatible avec l’Allemagne, première de la classe, et les États-Unis, protecteurs de toute la bande. La diplomatie est devenue un potage mixte. Fini le terroir. Une cuillère à soupe pour Berlin, une cuillère à café pour Madrid, une louche pour Washington et la vingtaine de capitales de l’UE alignées derrière. Enfin, une pincée de sel français pour relever l’ensemble.

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Plus besoin de diplomates chevronnés pour ça. Alors, que les diplos ne se plaignent pas. Ce n’est pas quand le fruit sec tombe à terre qu’il faut regretter que l’arbre se soit asséché depuis un bon nombre d’années. Le vrai scandale est la disparition du corps de la « préfectorale ». Là, c’est sérieux. Il s’agit de la bataille de France. Nos préfets doivent connaître intimement lois, jurisprudences et répartition des pouvoirs dans notre millefeuille administratif afin de gérer au mieux les problèmes du moment : pauvreté, immigration, violence, terrorisme. Alors que le pays s’enflamme pour un rien, pourquoi faire exploser ce corps de professionnels du respect de la loi et de l’unité du pays ? Incompréhensible.

La faucille et la burqa

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy


À voir les Insoumis se pavaner sur les plateaux au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron, on aurait dit qu’ils venaient de gagner l’élection présidentielle. Que ceux qui roupillent depuis le 10 avril se rassurent : il n’en est rien. Cependant le triomphalisme des mélenchonistes n’est pas dénué de fondement. Comme le déclarait le politologue Gérard Grunberg à nos confrères d’Atlantico, « LFI sera le vaisseau amiral d’une flotte qui n’a qu’un bateau ». Et Mélenchon pourra claironner : « La Gauche, c’est moi ! »

Chapeau l’artiste ! Ça lui aura pris plusieurs années, mais en bon disciple de Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon a plumé la volaille socialiste. Les derniers caciques qui n’ont pas encore rallié la Macronie ont protesté, mais le spectacle de la jeune garde du PS se prosternant devant la puissance, en jetant par-dessus bord les « valeurs de la République » avec lesquelles elle nous tympanisait quelques jours plus tôt. Au moment où nous bouclons, il n’y avait pas de « points de désaccord insurmontables » pour une union aux législatives, déclarait-on des deux côtés. Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à partir, ajoutait Olivier Faure. Sauf qu’un demi-PS ne sera même pas une force d’appoint.

Notre cher Goldnadel a donc quelques raisons d’enrager : si on a mobilisé toutes les ressources de la moraline pour dénoncer le retour de la bête immonde sous les traits souriants de Marine Le Pen, nul ou presque ne s’est offusqué du retour en force de l’extrême gauche. Comme si cette famille politique, dont les plus anciens ont défilé dans leur jeunesse aux cris de « Marx, Engels, Lénine Staline Mao ! », n’avait pas, elle aussi, quelques heures sombres accrochées à ses basques. Imaginons les cris d’orfraie de Saint-Germain-des-Prés si Christian Jacob décidait de négocier une alliance avec le RN ou Reconquête !

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La gauche est donc dominée par un parti qui n’a jamais gouverné et dont on peut espérer qu’il ne sera pas de sitôt en capacité de le faire. Encore qu’à regarder ses scores chez les jeunes (36 % chez les 18-24 ans, 30 % chez les 25-34 ans), on peut s’inquiéter. « La jeunesse est un naufrage », écrit Muray. Heureusement, ça ne dure pas.

Chez les vieux briscards en mal de cause, c’est l’extase. Ségolène Royal a vu la vierge. Ceux qui, depuis vingt ans, n’ont connu que des défaites célèbrent la naissance d’une nouvelle gauche. Sauf qu’elle n’est pas si nouvelle que ça. En réalité, LFI actualise les recommandations de Terra Nova, boîte à idées qui a connu son heure de gloire en 2011, en théorisant l’abandon par la gauche de la classe ouvrière old school – comme dit Michel Onfray. Dans une note devenue célèbre, le think tank recommandait au PS de se tourner vers un nouvel électorat urbain comprenant « les diplômés », « les jeunes », « les minorités des quartiers populaires » et « les femmes », réunis par « des valeurs culturelles, progressistes ». En clair, il s’agissait d’envoyer au diable les classes populaires de souche, trop rétives aux beautés de l’immigration de masse et du multiculturalisme, pour inventer une nouvelle majorité constituée par l’alliance des bobos et des immigrés, érigés en prolétariat de substitution. Ce qui fut fait.

Mélenchon ne fait qu’adapter cette idée au goût du jour : ce n’est plus aux immigrés qu’il s’adresse, mais aux musulmans, dont il flatte la fibre victimaire en se présentant comme un rempart contre l’islamophobie. De la défense du voile à la dénonciation obsessionnelle des violences policières, cet ancien laïcard n’a cessé de caresser dans le sens du poil la jeunesse islamisée des quartiers. Ce clientélisme, encouragé par des imams, a payé : 69 % des musulmans lui ont accordé leur suffrage contre 37 % en 2017. Et ils représentent une partie non négligeable du « vote populaire » pour Mélenchon. Pour sa part, la militante indigéniste Houria Bouteldja le présente comme un « butin de guerre »…

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Cette gauche prétendument nouvelle ne fait donc que reconduire, en la sophistiquant, la stratégie qui a conduit l’ancienne dans le mur. Non seulement, elle prend la responsabilité de décourager l’intégration et d’encourager la sécession islamiste, mais elle proclame son mépris pour les « gens ordinaires », comme disait Orwell. Ceux-ci n’ont rien contre les musulmans, mais beaucoup contre l’islamisation de l’espace public. Ils veulent bien considérer tous les Français, d’où qu’ils viennent, comme leurs frères, à condition qu’on respecte leur besoin de se sentir chez eux. Et ils votent Le Pen. À l’époque de Terra Nova, Macron n’existait pas. Le PS pouvait imaginer de se passer des classes populaires pour devenir le parti de la bourgeoisie branchée. Aujourd’hui, la place est occupée. La gauche sans le peuple, voire contre le peuple, n’a pas d’avenir. À l’arrivée, le peuple se passera de la gauche. Et le pays aussi.

Amsterdam: vers la préférence nationale pour les fumeurs de pétards

La ville d’Amsterdam envisage de bannir les touristes étrangers des mal-nommés « coffee shops », symboles de la façon dont la société néerlandaise a été gangrenée par l’argent de la drogue.


Le président Jacques Chirac avait su unir la population néerlandaise contre lui quand, en 1996, il qualifia les Pays-Bas de «narco-Etat». On avait alors frôlé l’incident diplomatique.

Quelle horreur, lui objecta-t-on du côté néerlandais, tout en chantant à ces réactionnaires de Français les vertus des coffee shops censés contrecarrer le crime organisé. Peu de temps après, le plus haut fonctionnaire américain chargé de combattre le commerce de la drogue qualifiait l’approche néerlandaise de « catastrophe claire et nette ». Mais aux Pays-Bas,  les arguments de ceux qui avançaient que ces étrangers n’avaient peut-être pas complètement tort sur le fond furent balayés d’un revers de la main par les autorités et une bonne partie des médias.

Ce n’est qu’en 2019, lorsque Roberto Saviano, grand spécialiste sur la mafia, vilipenda la « désastreuse approche » néerlandaise, que les voix critiques commencèrent à être prises au sérieux. Dans le journal De Volkskrant, l’Italien lança un réquisitoire contre le laxisme de l’Etat néerlandais qui, selon lui, choyait les milieux financiers au lieu de les mettre au pas, entreprises de la finance qu’il qualifia « d’artères dans le blanchiment des gigantesques bénéfices du commerce de la drogue ». Saviano, auteur du roman-enquête Gomorra, constatait cependant qu’aux Pays-Bas, « la mafia n’avait pas encore assassiné des journalistes, comme en Italie ».

Mais, en juillet 2021, le journaliste Peter R. de Vries, spécialisé dans la couverture du crime organisé, a été abattu en plein jour dans le centre d’Amsterdam. Médias et police ont tout de suite établi un lien avec les scoops de la victime sur les faits et gestes du caïdat néerlandais d’origine marocaine et plus précisément de Ridouan Taghi, qui avait commencé sa carrière comme modeste dealer de cannabis. Après la mort de M. de Vries, qui a donné lieu à une sorte de deuil national, Roberto Saviano a repris sa plume. Dans le journal NRC il a dernièrement vilipendé la politique de consommation légale de cannabis, laquelle devait pourtant à l’origine couper l’herbe – si j’ose dire – sous le pied des criminels.

Autres avantages à l’ouverture des premiers coffee shops cités en 1976, les drogues douces ne seraient pas nocives pour la santé comme le tabac, et dissuaderaient même les consommateurs de se tourner vers l’héroïne !

Chirac avait raison

Inspirées de l’idéologie des hippies des années 60, toutes ces bonnes intentions ont mené à la situation catastrophique actuelle, constate, de concert avec Roberto Saviano, le criminologue néerlandais Hans Werdmõlder. Le titre de son livre, paru récemment, ’Nederland Narcostaat’ (Pays-Bas, Etat-narco) sonne comme la réhabilitation posthume de l’opinion de Jacques Chirac.

« Les Pays-Bas sont un État narco de fait, pas de jure, bien entendu » écrit celui qui fustige la naïveté des autorités de l’époque à suivre une politique de lutte contre la drogue diamétralement opposée à celles en vigueur ailleurs en Europe. Politique qui a promu un tourisme de la drogue, d’abord à des échelles modestes, jusqu’à ce que dans les années 1990 la ville d’Amsterdam décide de s’en vanter mondialement. Ce qui amena des centaines de milliers de jeunes – parmi lesquels des Français, particulièrement nombreux – à visiter la capitale non seulement pour ses musées et canaux (dont les campagnes de pub, vite arrêtées, chantaient les louanges) mais surtout pour fumer des pétards légalement, ce qui était inimaginable dans leurs propres pays.

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Aussi, le nombre de coffee shops explosa-t-il, de quelques dizaines jusqu’à environ 400, rien qu’à Amsterdam. La pègre locale, nationale ou internationale, a vite vu des opportunités immenses dans ce système sibyllin qui autorise la consommation mais interdit le commerce en gros. Hans Werdmõlder décrit ainsi ce paradoxe: « Des douaniers peuvent intercepter des cargaisons de drogue dans le port de Rotterdam, tout en sachant qu’il s’agît aussi d’une marchandise légale ». Dans son livre, Werdmõlder constate que, contrairement aux prévisions béates, les marchands de haschich se replient souvent sur les drogues dures, bien plus lucratives. D’autres criminels néerlandais se sont jetés sur la production de drogues synthétiques comme l’extasy, qu’ils exportent désormais dans le monde entier, ou sur la distribution en Europe de la cocaïne sud-américaine.

Ce commerce ne connaît pas de crise, et il vaudrait quelque 40 milliards d’euros par an, manne gigantesque en partie réinvestie dans l’économie légale. Des milliards qui ont fini, selon les experts, par miner la société néerlandaise toute entière.

Les exemples abondent de douaniers et des policiers soudoyés par des criminels, de magistrats, juges, journalistes et avocats intimidés, menacés – voire donc assassinés – de jeunes de quartiers précaires tentés par l’argent facile en échange des services rendus aux caïds. Services qui vont du guet au déchargement de conteneurs, en passant par les carrières de tueurs à gages. Ajoutez à cela que pratiquement pas un jour ne se passe sans règlements de comptes, souvent sanglants, parfois dans ou autour de coffee shops situés dans des quartiers résidentiels, et l’impression s’impose que la chimère hippie a engendré un monstre.

L’espoir Femke Halsema

La ville d’Amsterdam a cependant obtenu un certain succès dans sa politique de réduction du nombre de coffee shops. Il en reste environ 150, dont la grande majorité se trouve dans ou près de quartiers prisés par les touristes.

Femke Halsema, l’alter ego d’Anne Hidalgo aux Pays-Bas © Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40660714_000025

Dans les vitrines du Quartier Rouge, après deux ans de calme grâce au Covid-19, les prostituées voient reprendre le désolant spectacle de ces hordes de touristes déambulant en goguette et sous les effluves de haschich, sur une étroite superficie de ruelles et de canaux. Les rares habitants n’ayant pas encore fui cet enfer ont formé de modestes patrouilles, en gilets jaunes, afin de dissuader les fêtards de faire leurs besoins dans la rue, de gueuler, de vomir devant des portes ou de se soulager dans les canaux, où ils risquent une chute potentiellement fatale. Des scènes de cour des Miracles reportées par le journal amstellodamois Het Parool.

Libérer le centre-ville de la prostitution et du commerce de la drogue reste la principale ambition de la maire, l’écologiste Femke Halsema. Elle vient de proposer au conseil municipal de contraindre les coffee shops à refuser de servir les clients étrangers, c’est-à-dire à bien plus de la moitié de la clientèle. Réactions tièdes parmi la gauche municipale, majoritaire. Pareille mesure serait de toute manière difficilement applicable, un peu comme le serait toute interdiction du voile islamique dans la rue, ce que prône en France Marine Le Pen.

On ne peut nier cependant un certain courage à Madame la maire, moquée pour cet inattendu projet de « préférence nationale ». Que cette femme de gauche ose le proposer en dit long sur le désespoir des autorités dans leurs efforts de liquider les résultats néfastes de projets bien-intentionnés lancés il y a presque un demi-siècle.

Tant qu’il y aura Jean-Pierre Mocky…

Neuf Mocky, sinon rien… C’est une bonne idée de ressortir en salles neuf des films, et non des moindres, du plus iconoclaste des cinéastes français. D’autant plus que, du côté des nouveautés, la concurrence est inexistante.


La Tête contre les murs (1958), Les Dragueurs (1959), Un drôle de paroissien (1963), La Cité de l’indicible peur (1964), Solo (1969), Le Témoin (1978), Litan (1982), À mort l’arbitre (1984) et Agent trouble (1987). Sur trente ans, un choix de films subjectif mais pertinent parmi les plus de soixante tournés par Jean-Pierre Mocky jusqu’à sa mort en 2019. Tel est le contenu d’un programme qui permet de voir ou revoir sur grand écran des temps forts d’une filmographie certes inégale mais terriblement stimulante.

On pourra s’étonner d’y trouver en ouverture un film réalisé par Georges Franju, La Tête contre les murs. Mais c’est d’abord une façon de rendre hommage à l’excellent acteur que fut Mocky et pas seulement sous sa propre direction. Il fut même l’une des belles gueules du cinéma français de la fin des années cinquante et du début des années soixante. Et puis, c’est lui qui a signé cette adaptation d’un roman d’Hervé Bazin, puisqu’il avait été à l’origine du projet proprement dit. Lui encore qui décida du formidable casting (Anouk Aimée, Pierre Brasseur, Paul Meurisse, Charles Aznavour et Édith Scob, s’il vous plaît !). Sur le tournage, il réalisa en outre plusieurs scènes. Bref, le film lui doit beaucoup.


Jean-Pierre Mocky et Charles Aznavour dans La Tête contre les murs, réalisé par Georges Franju en 1958

En revanche, Les Dragueurs est véritablement son premier film. À l’heure où le romantique Homme qui aimait les femmes de François Truffaut fait l’objet, au détour d’une émission, d’une attaque en règle sur France Culture, il n’est pas certain que ce premier opus de Mocky passerait les fourches caudines de la morale selon la maison ronde. Mais peu importe, ou plutôt, raison de plus pour dire tout le bien que l’on pense de ce film qui fit rentrer le mot « dragueur » dans le langage quotidien. Adoubé par le jeune Godard et tourné dans l’esprit de la Nouvelle Vague, Les Dragueurs donne une nouvelle occasion d’apprécier les talents d’acteur d’Aznavour et démontre combien Mocky sait filmer Paris. Et c’est, dans le fond, un film assez grave, d’aucuns, dont Mocky lui-même, diraient moraliste.

Les Dragueurs, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1959 avec Charles Aznavour, Jacques Charrier, Margit Saad © Lisbon Films

Les deux œuvres suivantes de cette réjouissante sélection se succèdent à un an de distance et boxent dans la même catégorie, la farce policière rigolarde : Un drôle de paroissien et La Cité de l’indicible peur. Avec en point commun des acteurs que l’on retrouvera à plusieurs reprises chez Mocky, au premier rang d’entre eux, le complice par excellence : Bourvil. On se gardera bien d’en résumer ici les délirants scénarios. Mais qu’il incarne Georges Lachaunaye, aristo catho désargenté et pilleur de tronc par nécessité ou Simon Triquet, inspecteur à la poursuite d’un faussaire évadé dans une ville imaginaire d’Auvergne, Bourvil fait des étincelles face aux impeccables Francis Blanche et Jean Poiret, entre autres cabots de génie.

Un drole de paroissien, réalisé par Jean Pierre Mocky en 1963 avec Francis Blanche et André Bourvil © A T I C A / Corflor / Le Film d Art
La Cité de l’indicible peur, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1964, avec Bourvil et Véronique Nordey

Mais la force de Mocky, c’est précisément de ne pas s’être cantonné dans cette seule veine absolument réjouissante. Les deux films qui suivent dans la programmation (Solo et Le Témoin ) n’ont rien de farcesque. Le premier est un polar très noir autour de l’extrême gauche révolutionnaire et terroriste. Mocky y est impeccable en dandy entraîné malgré lui dans l’engrenage de la violence politique. Le second, un implacable réquisitoire contre la pédophilie, les erreurs judiciaires et la peine de mort trois ans avant son abolition. Au-delà des intentions, c’est un abyssal face-à-face cinématographique entre les deux monstres sacrés que sont le Français Noiret et l’Italien Sordi.

Solo, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1970, avec Jean-Pierre Mocky et Sylvie Bréal
Le temoin, de Jean Pierre Mocky réalisé en 1978, avec Gisèle Préville et Philippe Noiret © Belstar Productions

Pas plus que parmi les précédents, on ne choisira dans les trois films restants. Impossible de départager. Litan est l’un des très rares films fantastiques français parfaitement maîtrisés. De même que À mort l’arbitre constitue, avec Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, la seule contribution pertinente du cinéma hexagonal à la mise à distance du sport national qu’est le football et de ses mœurs étranges. Enfin, avec Agent trouble, Jean-Pierre Mocky a notablement contribué à apporter une pierre singulière à l’édification du « monument » Deneuve, laquelle avec sa perruque rousse bouclée et ses lunettes rondes cerclées illumine ce polar en couleurs et noir et blanc comme la neige.

Pas de doute, Mocky, ça fait toujours du bien.


Litan : La Cité des spectres verts, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1982 avec Jean-Pierre Mocky et Marie-José Nat
A mort l’arbitre, réalisé par Jean Pierre Mocky en 1984, avec Eddy Mitchell et Carole Laure. COLLECTION CHRISTOPHEL © R.T.Z. Production / TF1 Films Production
Agent trouble, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1987 avec Richard Bohringer et Kristin Scott Thomas

Carole Delga, menez la contre-offensive de la gauche «Charlie»!

Alors que socialistes et insoumis se seraient entendus la nuit dernière sur une liste de 70 circonscriptions, Carole Delga, rivale d’Olivier Faure et influente présidente de Région, inaugurait une exposition consacrée à Cabu. Réunis en conseil national demain, les socialistes vont-ils vendre leur âme au diable en s’alliant avec des islamo-gauchistes? Que fera alors Madame Delga?


A l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, la très charismatique présidente de la Région Occitanie Carole Delga a inauguré, mardi, le lancement d’une exposition rendant hommage à Cabu, le dessinateur du magazine satirique Charlie Hebdo, mort sous les tirs de kalachnikov des frères Kouachi, le 7 janvier 2015.

L’exposition, intitulée « le rire de Cabu », et qui se tiendra jusqu’au 19 juin, propose à l’hôtel de Région de Toulouse et sur le parvis de l’hôtel de région de Montpellier près de 400 caricatures du dessinateur, connu pour son impertinence chevillée au crayon.

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Est-on légitime à être socialiste et à cette exposition ? Oui, mais…

« Pas de limite à l’humour qui est au service de la liberté d’expression ! », c’est par cette phrase emblématique de Cabu que s’ouvre cette rétrospective. Mais, qui dit liberté d’expression dit courage de porter haut et fort ses convictions. C’est ce qu’a toujours fait, avec un certain courage, l’élue socialiste qui après la décapitation de Samuel Paty avait carrément décidé de projeter sur les façades des deux hôtels de Région des caricatures, bravant le risque encouru par tous ceux qui s’aventurent à se moquer du prophète ou à critiquer l’islam. Avec son accent gorgé de soleil, la voix de Carole Delga avait alors tonné : « Le premier des dangers, c’est l’affaiblissement de la République. On ne peut pas reculer, on ne peut pas avoir de faiblesse, de compromission vis-à-vis de ces actes qui relèvent de l’intégrisme ou du fanatisme. »

L’élue socialiste n’a pas bougé d’un iota. Aujourd’hui, à l’heure où le Parti socialiste (PS) est sorti de la tambouille des négociations avec la France insoumise (LFI) – où le point de blocage n’était pas tant la défense de valeurs qui lui reste, mais le partage du gâteau des circonscriptions – Carole Delga persiste et signe, dans un tweet enlevé : « Il ne peut y avoir d’arrangement avec la liberté d’expression, de conscience ou la laïcité. »

Carole Delga est une battante, qui croit à ce qu’elle défend. Lors du 2ème tour des régionales, en juin 2021, elle avait déjà écarté toute fusion avec LFI et EELV, et remporté haut la main et pour la deuxième fois consécutive la Région Occitanie, avec 58% des suffrages, écrasant ces adversaires frontistes et LR.

Le mauvais troc des socialistes

Celle qui fut un temps érigée comme un rempart au délitement du Parti socialiste au niveau national ne peut cautionner le ralliement de sa famille politique, qui fut traditionnellement ancrée dans l’universalisme de la République sociale et laïque, à la gauche communautariste de Jean-Luc Mélenchon.

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Ce serait pactiser avec un parti qui a participé à la « marche contre l’islamophobie », parrainée par des organisations islamistes proches des Frères musulmans – comme le CCIF, désormais dissous ; un parti qui est encensé par l’indigéniste Houria Bouteldja qui écrivait au lendemain des attentats contre l’école juive de Toulouse Ozar Hatorah « Mohamed Merah c’est moi et moi je suis lui » ; et qui considère désormais le leader des Insoumis comme un « butin de guerre » et se targue d’avoir converti « le laïcard de dingue » en bon petit soldat du communautarisme. Ce serait s’entendre avec un parti qui prévoit d’investir le journaliste militant Taha Bouhafs, condamné pour injure publique en raison de l’origine après avoir qualifié la policière syndicaliste Linda Kebbab « d’Arabe de service ».

Lâches compromissions

Pour conserver leurs sièges dans l’hémicycle, le PS serait donc sur le point de troquer « Touche pas à mon pote » par « Touche pas à mon poste ».   

Devant ces lâches compromissions, Carole Delga répond par un tonitruant « je suis Charlie », sans bougie ni nounours, mais en manifestant ses convictions. L’élue socialiste incarne encore cette gauche qui est hélas en état de mort cérébrale depuis qu’elle a abandonné son électorat historique : les catégories populaires, « les gens ordinaires » comme dirait Orwell et comme le rappelle Elisabeth Lévy dans son édito, pour aller séduire la France de la diversité et substituer aux luttes sociales historiques des combats sociétaux douteux.

Devant cet accord de principe que vient de sceller le PS et LFI la nuit dernière, Carole Delga n’a donc pas d’autre choix que de rentrer en dissidence !

Ce serait son chant des partisans, sa façon à elle de dresser le cordon sanitaire de l’humour français contre la corruption de l’âme du socialisme par l’extrême gauche communautariste et islamophile.

Affaire Didier Jodin: seuls les pires profs passent entre les gouttes…

Une inspectrice mandatée pour descendre un professeur de Lettres qui réussit trop bien dans une classe difficile, voilà qui semble aberrant. Quand de surcroît c’est sur ordre du cabinet de Brigitte Macron…


Les bons profs, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Didier Jodin, par exemple, professeur de Lettres au collège Rembrandt Bugatti de Strasbourg, ne se contente pas de transmettre de vrais savoirs à ses élèves. Il ne se contente pas de faire progresser globalement une classe de troisième devant laquelle nombre de ses collègues ramaient en cadence, tant l’ambiance et la bonne inintelligence qui règne entre maîtres et « apprenants » y sont explosives. Il ne se contente pas de s’inspirer des principes de la pédagogie explicite (une technique propulsée par le Canadien Steve Brissonnette, et relayée en France, entre autres, par mes amis Françoise et Bernard Appy). Il veut faire réussir ses élèves, et amener chacun au plus haut de ses capacités. C’est très mal.

Une inspection aberrante

En butte — comme tant d’entre nous — à la « volonté de nuire d’une mère d’élève harcelante » (ainsi s’exprime-t-il dans le courrier adressé au tout nouveau recteur de l’Académie) qui sans doute voudrait faire cours à sa place, et qui a sonné à toutes les portes, y compris à celle de l’Elysée où elle a trouvé l’oreille complaisante du cabinet de Brigitte Macron, il s’est trouvé heureux gagnant d’une inspection-couperet menée tambour battant par une inspectrice IA-IPR, de celles qui ne cherchent pas à vous entendre, mais viennent avec leur guillotine pédagogique sous le bras. La gente dame déléguée pour lui administrer le knout s’appelle — heureux hasard lacanien — Mme Hélène Martinet : « La visite conseil, précise-t-elle en en-tête de son rapport officiel, se déroule suite à l’envoi au cabinet présidentiel de Brigitte Macron d’un message de parent d’élève critiquant des propos que Monsieur Jodin aurait tenus en classe ». Il y en a d’autres qui pour des faits similaires et tout aussi mensongers, ont fini décapités.

Notez que la direction du collège, en l’occurrence Mme Schneider, a fait chorus avec l’institution. Didier Jodin a été soutenu par ses collègues, par le SNES et par les pédagos mêmes, qui ont bien senti que l’affaire accroissait le dossier « à charge » qui sera un jour retenu contre eux, l’administration a réagi comme un seul adjudant, le petit doigt sur la couture du pantalon, et la langue où vous savez.

Contrairement à Mediapart, qui a fait ses choux gras avec cette lamentable histoire (mais ils n’ont jamais rien compris à la pédagogie, chez Mediapart), je ne crois pas un instant que Brigitte Macron ait vraiment été tenue au courant des tenants et aboutissants de cette polémique. En tant que professeur de Lettres elle-même, elle a eu à cœur de former de façon très explicite les cancres ou les fumistes doués qui lui étaient confiés — et j’espère qu’ils lui en sont reconnaissants…

« Au service de l’élève »

Didier Jodin a narré lui-même par le menu le déroulement surréaliste de cette inspection, et j’y renvoie le lecteur. Didier Jodin a joint un long dossier de 81 pages à sa contestation de cette inspection aberrante. En particulier tous les mails échangés — y compris pendant les vacances, les harceleurs n’ont pas de répit — depuis le début décembre par cette madame N***, où le professeur se trouve obligé de justifier la moindre note, le moindre exercice, vis-à-vis de parents qui ont mal compris le concept de « co-éducation » qui régente l’Education nationale depuis quelques années. Autant le répéter : l’Education est du ressort des parents, et l’Instruction de celui des enseignants, relisez Condorcet, qui est quand même plus intelligent que Philippe Meirieu.

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Et les notes, figurez-vous, doivent être systématiquement optimistes, pour ne pas décevoir les élèves — y compris ceux qui n’ont pas fichu grand-chose. D’ailleurs, a répondu le rectorat, la pédagogie « doit être au service de la réussite de l’élève », tout en lui transmettant « les valeurs de citoyenneté ».

La réussite de tous les élèves. C’est cela, la beauté du collège unique. Abaissez la barre, et tous sauteront.

Et si par malheur le professeur, qui a autre chose à faire, ne répond pas dans le détail à des mails de deux pages, il est cloué au pilori — ne pas oublier l’étape finale de cette vaine polémique, qui bouffe un temps fou et épuise les enseignants. Depuis qu’Internet et Pronote permettent aux parents de s’immiscer dans la vie de la classe, les professeurs doublent leur emploi du temps en répondant aux questions des parents. Est-ce que nous nous permettons, nous, d’expliquer à un médecin, un boulanger ou un laboureur comment il doit pratiquer ? Non — mais les enseignants sont si déconsidérés, à force d’être sous-payés, qu’on peut tout oser.

Cela se clôt, comme l’on pouvait s’y attendre, par une suggestion dont Mme N*** n’a apparemment pas saisi l’ironie :

« Permettez-moi de vous aider dans vos démarches, avec le document récapitulatif ci-joint [l’ensemble des courriels échangés. Après le Rectorat et le Ministère, n’oubliez pas d’informer la Présidence de la République, la Cour européenne des Droits de l’Homme, la Cour internationale de justice, etc. »

Cher Didier Jodin, on peut faire de l’humour entre amis. Mais les imbéciles n’y comprennent jamais rien, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Et au fait que oui, Mme N*** a osé.

Pas un cas isolé

« On ne peut que s’interroger quand ces pratiques, écrit le SNES-Strasbourg, visent par ailleurs un collègue très critique des réformes qui ont touché et affaibli l’Éducation Nationale et qui a pu apporter son soutien à des enseignants mis en cause par leur hiérarchie pour s’être exprimés. Notre institution montre encore une fois qu’elle n’a rien appris des événements passés et est trop souvent prête à mettre les collègues en accusation. Ces pratiques sont-elles isolées ? »

J’ai une réponse claire et nette : non, ce ne sont pas des pratiques isolées. Profitant de ce que Jean-Michel Blanquer avait davantage la tête à la campagne présidentielle qu’aux affaires courantes de la rue de Grenelle, les pédagos, et particulièrement les inspecteurs qui le sont devenus en prêtant allégeance à cette idéologie délétère et qui ont été cooptés par les pédagos en place, comme je l’explique dans mon dernier livre, cherchent partout à reprendre leur pourvoir. Au lycée international de Luynes, près de Marseille, une dame Florentina Gherman, dite localement « la dragonnesse des Carpates », qui ne doit bien entendu qu’à ses seules inaptitudes d’être devenue inspectrice, a fusillé une jeune et brillante agrégée, avant de s’en prendre dans la foulée à une certifiée coupable d’avoir donné à ses élèves quelques notions d’histoire littéraire sur Flaubert, au lieu d’aller à la pêche de leur « sentiment » sur un texte qu’ils étaient bien incapables de comprendre seuls. Mais quand on lit les explications de textes-types que cette inspectrice a publiées en ligne, on reste atterrés devant la combinaison de la fatuité et du vide intersidéral. Madame, si vous me lisez, sachez que j’offre des cours gratuits de reformatage à la littérature française aux inspecteurs en dérive pédagogique.

Caron, le génie au pouvoir!

Les électeurs parisiens du 18e auront-ils un quotient intellectuel assez élevé pour reconnaitre ce crack de la politique qui se propose à la députation ?


La nouvelle est tombée ce mardi : Aymeric Caron, ex-chroniqueur de Laurent Ruquier et militant antispéciste, se présentera aux législatives dans la dix-huitième circonscription de la capitale sous la bannière de la Nouvelle union populaire, «pour défendre une écologie de rupture».

Il promet que le « permis de voter » n’est plus à l’ordre du jour… pour le moment

Un choix audacieux de la part de Jean-Luc Mélenchon et ses alliés, alors que quelques moustiques se seront déjà introduits dans les chaumières pendant ce scrutin du mois de juin, faisant enrager déjà les premières victimes des piqûres estivales. En effet, on se souvient tous de la sortie choc, en 2019, du polémiste sur ces mamans insectes à la recherche de sang pour leurs nourrissons.

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En exhumant le net, d’autres petits malins ont retrouvé une archive moins connue mais tout aussi intéressante. Dans l’émission « C à vous » (France 5), en novembre 2017, le journaliste proposait la création d’un permis de voter comme il existe un permis de conduire ; permis de voter grâce auquel « on s’assure que les connaissances liées à l’enjeu du moment sont bien maîtrisées » et grâce à un questionnaire à choix multiple.

Ainsi, c’est la société qui déciderait qui est assez cultivé et responsable pour pouvoir aller voter, comme « elle décide déjà qui peut être médecin, ou avocat » ; la société a « créé des instances avec des sages, les plus avisées des personnes de chacun de ses domaines, pour ensuite donner des diplômes aux uns et aux autres ; de la même manière, c’est la société qui décide qui peut conduire une voiture ». Même la présentatrice Anne-Élisabeth Lemoine a failli sursauter ce jour-là !

Raël, un précurseur

On sait que le suffrage capacitaire, limitant le droit de vote aux détenteurs de certains titres et diplômes, a été combiné au suffrage censitaire sous la Monarchie de Juillet. La proposition de Caron rappellera la phrase de François Guizot, premier ministre du roi des Français Louis-Philippe : « Instruisez-vous ! Enrichissez-vous par le travail et l’épargne et vous deviendrez électeurs ! ».

L’idée de limiter le vote et l’éligibilité aux détenteurs d’un quotient intellectuel suffisamment élevé a également été proposée par un certain Claude Vorilhon, dans un ouvrage intitulé Géniocratie (humblement sous-titré Le génie au pouvoir), en 1977, quelques années avant que l’auteur se fasse mieux connaître sous le nom de Raël. En 1871, le baron Léon de Jouvenel avait déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi en faveur du vote familial, qui accordait au père de famille une voix de plus par nombre d’enfants obtenu, histoire de favoriser les hobereaux de province et les détenteurs de manoirs à poivrière. Cette mesure, efficace pour contourner l’esprit de la démocratie égalitaire, risque toutefois de déplaire aux alliés écolos d’Aymeric Caron, qui pensent que faire des enfants n’est pas très bon pour la planète.

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C’est pas Le Gorafi ici !

Si nous étions, nous aussi, un site parodique comme Le Gorafi, on pourrait imaginer une brève ainsi intitulée : « Instigateur du permis de voter, Aymeric Caron rate l’examen ». On y lirait la déception du journaliste et surtout que, la prochaine fois, c’est la bonne, il cochera les bonnes cases et basculera dans la catégorie des gens responsables et cultivés. En attendant, il sera donc candidat d’un mouvement, la Nouvelle union populaire, qui propose l’organisation d’une Assemblée constituante afin de passer à la VIème République.

Attention: la proposition choc de l’ami des moustiques pourrait passer (sait-on jamais) sur un malentendu, au terme d’une longue nuit de débats parlementaires… Dans le doute, si vous habitez la dix-huitième circonscription et que vous voulez quand même que vos amis vraiment trop cons continuent à pouvoir voter, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

L'extinction de l'homme: LE PROJET FOU DES ANTISPÉCISTES

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La Guerre d’Ukraine: le choc des eschatologies politiques et le nouveau nomos de la terre

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Marioupol, Ukraine, 4 mai 2022 © Alexei Alexandrov/AP/SIPA

La première phase de la guerre d’Ukraine s’est achevée avec l’échec de la prise de Kiev par les Russes et la chute de Marioupol. L’armée russe s’est maintenant recentrée, au moins à court terme, sur des objectifs plus réalistes : la conquête de la portion du Donbass sous contrôle ukrainien.  La guerre semble avoir aussi changé de nature : au début des hostilités, le conflit se présentait comme une « guerre de choix » pour un pouvoir russe qui avait manifestement sous-estimé le sentiment national ukrainien et surestimé les performances de son outil militaire, et comme une guerre aux enjeux proprement existentiels pour les Ukrainiens. On aurait donc pu penser que les difficultés de l’armée russe conduiraient soit à une crise politique à Moscou soit à une solution négociée. Or paradoxalement, c’est une tout autre évolution qui se profile. La population russe semble de plus en plus se rallier sinon avec enthousiasme, du moins de raison, aux décisions de ses élites politico-militaires. On invoque la propagande d’État et la pénalisation de l’opposition à « l’opération spéciale » ou encore la crainte d’un retour au chaos des années 90 en cas de défaite. Ces explications restent néanmoins insuffisantes.

Les pays occidentaux, en cherchant une victoire militaire ukrainienne sur le terrain plutôt qu’une solution négociée, semblent en effet avoir transformé les enjeux symboliques du conflit en réveillant ce que Nicolas Berdiaev voyait comme la dimension eschatologique sommeillant dans l’âme russe. Dans L’Idée Russe, ce dernier soulignait le fait qu’ « en Occident, la civilisation, parvenue à un très haut degré, étouffe de plus en plus toute conscience eschatologique », cette atrophie lui apparaissant à peu près complète dans un pays comme la France. Au contraire, « après le peuple juif », ce serait « le peuple russe » qui aurait « le mieux assimilé l’idée messianique ». « Par sa nature métaphysique et sa vocation dans le monde », il serait « le peuple de la fin » et Berdiaev d’ajouter que « l’Apocalypse a toujours joué un grand rôle aussi bien dans nos couches populaires que dans les milieux cultivés, parmi nos écrivains et nos penseurs ». Dans un passage aux accents qui semblent aujourd’hui prophétiques, le grand philosophe russe mettait aussi en garde ses contemporains contre une tentation, celle de laisser « l’idée messianique russe, cette idée pure du Royaume de Dieu, du royaume de justice » être « gâchée par l’idée impérialiste de volonté de puissance. »

La croyance en une « destinée manifeste » de la Russie traverse toute l’histoire de ce pays, depuis les écrits du moine Philothée sur la Troisième Rome jusqu’au Bolchévisme, en passant par la réflexion des slavophiles sur l’arriération « providentielle » de la Russie. Aujourd’hui, on retrouve cette thématique chez le penseur néo-Eurasianiste Alexandre Douguine. Reprenant la doctrine des cycles de l’école de la Tradition mais aussi certaines intuitions d’Heidegger, il voit dans l’Occident la terre du crépuscule et de l’oubli de l’Être où toutes les grandes questions existentielles sont occultées par les valeurs marchandes et le règne de la technique. La Russie au contraire, qui n’aurait pas complètement perdu le contact avec les puissances du chaos originaire et ce malgré une modernisation superficielle, aurait vocation à être le lieu d’un nouvel avènement (Ereignis), d’un retour de l’Être que le dernier Heidegger appelait de ses vœux. Chez Douguine, l’eschatologie philosophique de Heidegger rejoint les prophéties chrétiennes sur l’Armageddon et le dernier Antéchrist dont la société postmoderne serait la préfiguration. La Russie et plus particulièrement son président, Vladimir Poutine, seraient investis d’une mission de Katechon : le concept remonte à Saint Paul et désigne chez Carl Schmitt des figures historiques dont l’action retarde le triomphe des forces de ténèbres qui doivent précipiter les évènements de la fin.

Jusqu’à la guerre d’Ukraine, on pouvait être tenté d’écarter d’un revers de la main de telles spéculations si peu en phase avec l’air du temps, presque inintelligibles pour les hommes et les femmes « déconstruits » de la postmodernité. Le déclenchement d’un conflit que Douguine annonçait de longue date, nous interdit pourtant une telle désinvolture et ce, d’autant plus que les hostilités en plus de prendre la tournure d’une guerre de proxy menée par les puissances de la mer contre la puissance tellurique russe s’apparentent de plus en plus à une confrontation entre deux « théologies politiques ».

Du côté russe, la portée « métaphysique » du conflit a été reconnue par le patriarche Kirill lui-même, dans un discours qui a horrifié les médias occidentaux. A l’occasion de son homélie pour la fête de la Saint Jean, ce dernier s’en est pris à l’Occident décadent et nihiliste et n’a pas hésité à déclarer, sur un ton qui rappelle les passages les plus flamboyants de Donoso Cortès, que « ce qui se passe aujourd’hui dans la sphère des relations internationales ne relève pas uniquement de la politique », qu’il en va « du Salut de l’homme, de la place qu’il occupera à droite ou à gauche de Dieu le Sauveur, qui vient dans le monde en tant que Juge et Créateur de la création ».[1]

On pourrait croire que l’Occident postchrétien serait immunisé contre toute forme d’eschatologie politique mais, comme l’a montré un auteur comme Eric Voegelin, la sécularisation a paradoxalement favorisé l’émergence de ce qu’il appelait des « religions-ersatz ». Communisme, fascisme mais aussi libéralisme sont traversés par une tension eschatologique, un désir de donner un sens global à l’histoire humaine. La « religion des droits de l’homme », révisée au besoin par ces idéologies du ressentiment que sont le wokisme et le racialisme, est fondée sur cette idée que l’ordre libéral exprimerait la véritable essence de la nature humaine et que toute la marche de l’histoire doit conduire tôt ou tard au triomphe des valeurs de l’émancipation, à la victoire des « démiurges » sur les « jardiniers », pour reprendre une métaphore de Chantal Delsol. Tous ceux qui s’opposent à cette marche triomphale du « Bien » doivent être rééduqués voire éradiqués selon une logique de la déshumanisation de l’ennemi dont Carl Schmitt et plus tard Alain de Benoist avaient mis en lumière les mécanismes et qui aujourd’hui vise la Russie, son peuple et sa culture. Ces mêmes Occidentaux qui ont mis à feu et à sang le Moyen-Orient n’hésitent pas à pousser dans ses derniers retranchements une puissance nucléaire se battant sur un territoire qu’elle considère (à tort ou à raison) comme vital pour sa survie. Le choc de ces deux eschatologies politiques pourrait conduire à un conflit plus large qui achèverait le processus amorcé il y a un peu plus d’un siècle d’éclipse de l’Europe.

Heureusement le pire n’est jamais certain, mais cette guerre, dont les enjeux dépassent de très loin le simple théâtre militaire et dont les répercussions énergétiques et monétaires semblent chaque jour plus évidentes, illustre aussi un retour des conflits idéologiques que peu d’observateurs avaient anticipé. Francis Fukuyama et Samuel Huntington semblaient pourtant s’entendre sur le fait que l’ère des affrontements idéologiques était révolue, le premier prophétisant le triomphe de l’idéologie sortie victorieuse de la seconde guerre mondiale et de la guerre froide et le second un choc des civilisations. Or paradoxalement, la guerre d’Ukraine, en plus d’avoir remis sur le devant de la scène des grilles de lecture géopolitique (Eurasie, heartland, rimland etc.) montre la persistance de conflits portant sur ce que les postmodernistes appelaient dédaigneusement des « grands récits » sur la nature humaine et l’ordre juste dans la cité. Ces conflits se jouent d’ailleurs des lignes de fracture civilisationnelles comme le montre le fait que la Russie orthodoxe, en plus de compter dans ses rangs des troupes d’élite musulmane tchétchène, bénéficie du soutien tacite de la Chine et de la neutralité bienveillante de l’Inde et d’une bonne partie des pays du Moyen-Orient. Faut-il y voir les prémisses d’une nouvelle « Sainte Alliance », d’une coalition des puissances conservatrices de la terre contre tout ce qui dans l’Occident postmoderne œuvre au déracinement, à la liquidation de ce qui donne un sens à l’existence humaine (culture, religion, tradition et identité) ? S’il y a en tout cas une seule idée à retenir de toute l’œuvre de Douguine, c’est que la guerre des idées se traduit aussi dans la géopolitique. Tant que l’Occident sécularisé dominait le système international, l’Europe et les Etats-Unis formaient la seule matrice possible des grandes idéologiques politiques. C’est pour cela d’ailleurs que les vrais adeptes de la contre-révolution, les théocrates dans la lignée de Joseph de Maistre et de Donoso Cortès, ont perdu presque toutes les batailles depuis plus deux siècles. La désoccidentalisation du monde rouvre le champ des idées politiques et nous fait basculer dans un monde inconnu, peuplé de nouveaux dieux mais aussi de dieux anciens que nous avions cru chassés par les Lumières.

Au moment où la France sort d’une campagne où les enjeux civilisationnels ont été systématiquement occultés par les polémiques insignifiantes, un déluge de proportion biblique se prépare peut-être à nos portes, annonçant un nouveau nomos de la terre.


[1] Traduction de Jean-Benoît Poulle, publiée sous le titre de « La Guerre Sainte de Poutine » [https://legrandcontinent.eu/fr/2022/03/07/la-guerre-sainte-de-poutine/]. Si le Vatican a condamné cet alignement de l’Église russe sur les objectifs du Kremlin, la décision surprise du Pape François de consacrer la Russie et l’Ukraine au Cœur Immaculée de Marie, par-delà la manœuvre à destination des traditionnalistes, montre que la Papauté voit aussi dans cette guerre un conflit spirituel.

Les passions floues

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Marche contre l’extrême droite, Paris, 16 avril 2022 © AP Photo/Christophe Ena/SIPA

La parade électorale a révélé, sans surprise, que la France n’allait pas très bien, comme l’humanité en général d’ailleurs. Nous devons apprendre à vivre dans un monde désenchanté. Une analyse de l’écrivain Patrice Jean.


Quelques jours avant le second tour de l’élection, je roulais sous un pont aux piliers recouverts d’affiches en faveur d’Éric Zemmour. Sous le visage du chroniqueur devenu candidat, on lisait : « Impossible n’est pas français ». Il souriait. J’ai souri également : bientôt les affiches électorales se transformeront en souvenirs, et dans des villages endormis de l’Ariège ou du Cantal, des tribuns continueront d’encourager l’électeur à les élire et à les adopter comme maîtres. Les affiches seront écornées, presque entièrement déchirées, à demi cachées par des avis municipaux ou des annonces de braderies ou de fêtes foraines. Pendant des semaines, les journaux n’auront parlé que de ça, l’élection présidentielle, le point d’orgue de la vie politique française. Et puis la vie reprendra ses droits.

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Qu’attend-on de cette élection ? Pourquoi tant de passion ? Au risque d’être haï, vilipendé, insulté, méprisé, j’ai plutôt l’impression que tous les candidats se ressemblent. Tous les candidats sont démocrates, républicains et veulent le bonheur des Français ; ils ne diffèrent que sur les méthodes pour y parvenir. J’attends impatiemment le candidat qui prétendra appauvrir le pays, supprimer le système des retraites et déclarer la guerre à la Chine. Tous sont habités par la passion de servir (disent-ils). Et, grande nouveauté, tous sont des résistants. Zemmour se grime en De Gaulle et appelle à lutter devant un micro pareil à celui du général réfugié à Londres ; et les anti-Le Pen défilent et pétitionnent contre le retour du fascisme. Quelle fatigue ! Je me souviens de l’entre-deux-tours de 2002 ; j’habitais une petite ville de province. Un soir, je vis une longue cohorte de manifestants tourner en rond sur la place principale en scandant des slogans contre la bête immonde. Je dis alors à un ami : « On dirait des Indiens qui dansent pour repousser la pluie. » Il n’apprécia que modérément mon observation : lui aussi avait l’âme d’un résistant (disait-il). Comment peut-on à ce point se monter le bourrichon ?

La France est hantée par un spectre, la collaboration

J’ai quelques rudiments d’explication à proposer : nous ne percevons qu’une infime partie de la réalité et ne connaissons qu’une centaine de personnes, peut-être un millier pour les plus fraternitaires d’entre nous (ce qui n’est pas mon cas, j’aime l’humanité avec beaucoup de modération). C’est à partir de cette minuscule expérience personnelle que nous sommes contraints de réfléchir au sort de 67 millions d’inconnus (la France), en sorte que nous devons lire des sociologues, des philosophes, des démographes, des journalistes, des historiens, etc., pour tenter de nous hisser à une vision globale qui nous autoriserait à choisir le meilleur des candidats. Il y a dans cette tentative beaucoup de perdition, nous jugeons sur des on-dit, des impressions, des suppositions. J’ignore la signification exacte de la théorie, en mathématiques, des « sous-ensembles flous », pourtant ces derniers me paraissent s’appliquer intégralement à la politique : tout est incertain et sujet à caution. Dans cet imprécis naissent tous les fantasmes : puisque l’exactitude est impossible, le besoin de haïr caché au cœur de l’homme (ça le soulage des misères de la vie) et le narcissisme (le pseudo-résistant) se donnent la main pour revivre, à chaque élection, la tragédie de la collaboration. L’incertain favorise le théâtre, la comédie, les grands mots. Un plombier, par exemple, quand il répare votre robinetterie, sait parfaitement quelle pièce est à changer ; un militant, lui, ne peut formuler que des hypothèses à propos des maux qui affaiblissent le pays. Alors il s’échauffe, devient rouge, lance des anathèmes et se coiffe (en douce) du Borsalino de Jean Moulin. C’est surtout vrai à gauche mais, comme je l’ai déjà noté, Zemmour s’est à son tour oint du képi gaullien. La France est hantée par un spectre, celui de la collaboration. Plus aucune discussion ne se tient sans elle. Parlez-vous d’immigration qu’un résistant (en carton) vous taxera de « fasciste », depuis 68 les CRS sont des SS et la violence symbolique bien pire que la violence réelle (on voit bien, en cette occurrence, que les tenants de cette thèse sont à l’abri de la deuxième catégorie citée).

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L’enfer est pavé de bonnes intentions

Nous sommes entrés dans l’ère du soupçon (dans un sens très différent du célèbre essai de Nathalie Sarraute), nous sommes tous des accusés en puissance. Des puritains et des gardes rouges sondent les âmes comme jadis l’Inquisition surveillait les hérétiques. Certes, le mâle blanc de plus de 50 ans est la cible privilégiée des vertueux (le privilège blanc !), mais personne ne doit se croire pour toujours immunisé contre la diffamation. « Vous prétendez n’être pas sexiste, en réalité vous l’êtes ! Il faut en prendre conscience. » Une conversation ne peut être féconde qu’à la condition de ne pas user de l’argumentation ad hominem. L’ère du soupçon tue la conversation. Vous n’êtes pas ce que vous paraissez être et vous êtes ce que vous prétendez ne pas être. La vertu, poussée à fond, se transforme en son contraire : c’est l’histoire du monde et celle de l’enfer qu’on avait primitivement pavé de bonnes intentions. Chaque génération, pour paraphraser Albert Camus, se croit vouée à défaire le monde. Un monde mauvais. Chaque génération a raison, le monde est mauvais, ou plutôt n’échappe pas au mal. Mais toutes les générations ont tort en ce qu’elles oublient le propre mal en elles, oubli généré par le mal lui-même. Il n’y aura jamais de société apaisée : c’est ma bonne nouvelle. La lutte des classes est une réalité, l’asservissement du monde par la technique aussi. Une règle paradoxale se met en place : plus le confort croît et plus l’insignifiance s’accroît. L’État nous dorlote comme des nourrissons : au jardin des plantes à Nantes, on a installé des statues pareilles à des personnages de bédés pour enfants, elles contrastent avec celles implantées à la fin du XIXe (des femmes nues). Un nourrisson est cajolé, mais il vit dans le périmètre étroit de son parc de jeux. Et il est méchant comme une teigne.


Patrice Jean est écrivain. Nous traiterons son dernier livre, Le Parti d’Edgar Winger (Gallimard) dans le prochain numéro. Isabelle Larmat en propose ici la recension.

La Bruyère ne connaissait pas Mélenchon: quelle chance!

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Marseille, 24 avril 2022 © PHILIPPE MAGONI/SIPA

Pendant que l’extrême gauche absorbe la gauche de gouvernement, la droite nationale demeure divisée et le président Macron dort sur ses deux oreilles.


Dans Les Caractères (1688), à la fin du Grand Siècle, La Bruyère développe une réflexion sur l’homme qui s’avère toujours d’actualité. Il y brosse le portrait de ses contemporains dans une forme brève qui lui permet, en maniant l’ironie et le sarcasme, de dessiner une galaxie de types humains résolument intemporelle.

Je vous lis un extrait du Livre 6 « Des biens de fortune » des Caractères : « Giton a le teint frais, le visage plein et les joues pendantes, l’œil fixe et assuré, les épaules larges, l’estomac haut, la démarche ferme et délibérée. Il parle avec confiance ; il fait répéter celui qui l’entretient, et il ne goûte que médiocrement tout ce qu’il lui dit. Il déploie un ample mouchoir, et se mouche avec grand bruit ; il crache fort loin et éternue fort haut ». Vous êtes alors à la cour de Louis XIV, mais également en France, en 2022, lors d’un meeting du leader de la France insoumise. Le portrait de Giton est aussi celui de Jean- Luc Mélenchon briguant, avec la modestie qu’on lui connaît, le poste de Premier ministre, à l’issue des prochaines législatives.

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Défait lors du premier tour des élections présidentielles, notre Che Guevara vieillissant avait tout d’abord affirmé, lors de son discours de candidat battu, que le combat révolutionnaire se poursuivrait, mais, sans lui. Au-delà de cette limite, 70 ans, son ticket n’était, en effet, plus valable. Ce renoncement fut bref : au lendemain du second tour de l’élection présidentielle qui se solda par la reconduction du mandat d’Emmanuel Macron, notre Castro français, ragaillardi, en oublia son âge pour rester… fidèle (Fidel ?) aux engagements de toute une vie. Il fit alors placarder sur tous les murs du pays des affiches à son effigie. Sur celles-ci, on pouvait lire, en toute simplicité : « Mélenchon Premier ministre ». 

Histoires de fesses

Fort du vote communautariste qu’il avait largement obtenu, n’étant pas à une compromission près, il se mit à œuvrer sans plus de scrupules pour former une nouvelle Union populaire, dont il se proposait d’être le leader. Elle agrégerait à LFI, EELV, PS et PC. 

Depuis, les tractations vont bon train et connaissent un franc succès. Mieux vaut, il est vrai, pour les perdants des différentes formations de gauche s’assoir sur des convictions, au demeurant vacillantes, que de ne pas siéger à l’Assemblée nationale. Du reste, comme le disait Montaigne : « Sur le plus beau trône du monde, on n’est jamais assis que sur son cul. » Tant qu’à faire, choisissons donc une assise confortable !

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Après des tractations dont heureusement on ne saura pas tout, la nouvelle association des gauches parviendra certainement bien à s’entendre sur une répartition des circonscriptions de nature à satisfaire l’ensemble des partisans du rassemblement. LFI et EELV ont déjà formé une « Nouvelle union populaire écologique et sociale », LFI et le PC ont trouvé également un terrain d’entente. Quant au Parti socialiste, son ralliement au parti de Jean-Luc Mélenchon ne saurait tarder. 

Et voici la gauche burkini

Bientôt, Éric Piolle ouvrant audacieusement la voie, on pourra certainement s’ébattre allègrement en burkini dans toutes les piscines municipales de l’hexagone et saccager dans une liesse bon enfant tous les centres- villes, lors de manifestations organisées contre les privilégiés qui auraient encore l’impudence de gagner quatre mille euros par mois. Promis, les artistes et les sportifs ne pétitionneront pas pour nous en empêcher.

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Le 30 juin 2019 à Grenoble, des militants de « Alliance citoyenne » interpellent les passants devant la piscine. Photo : JEAN-PIERRE CLATOT / AFP

En effet, nos formations de gauche moribondes, largement dévorées par les Insoumis se comportent avec notre GitonMélenchon comme le fait Phédon (dernier personnage-type de la sixième partie des Caractères, portrait en creux de celui de Giton) : serviles et dans l’attente des faveurs promises par le maître de la France insoumise. Ils sont Phédon, dévorés par un échec qui les recroqueville sur eux-mêmes et les prive d’audace : « (…) les yeux creux, le teint échauffé, le corps et le visage maigre ; il dort peu, et d’un sommeil fort léger ; il est abstrait, rêveur, et il a avec de l’esprit l’air d’un stupide (…) », « il semble craindre de fouler la terre ; il marche les yeux baissés, et n’ose pas les lever sur ceux qui passent (…) ». « (…) il se met derrière celui qui parle (Mélenchon-Giton) recueille furtivement ce qui se dit et se retire si on le regarde. Il n’occupe point de lieu, il ne tient point de place (…) ».

Dans la psyché de Marine Le Pen

À droite, l’union s’annonce plus compliquée, Marine Le Pen, se sentant méprisée par Éric Zemmour qui pointe l’échec récurrent du père puis de la fille à l’élection présidentielle, refuse toute alliance avec Reconquête, forte de son indéniable succès électoral. Avec La Bruyère toujours, (Les Caractères, Livre XII), on peut penser qu’il serait peut-être bon pour elle et pour la droite qu’elle mette son orgueil de côté : « Ne songer qu’à soi et au présent, source d’erreur dans la politique. »

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En effet, les électeurs penchant à droite, terrorisés par la montée de l’extrême gauche, pourraient une fois de plus voter utile : à savoir pour les candidats représentant le parti de notre roitelet réélu. Et là : danger. Citons à ce propos une dernière fois le clairvoyant La Bruyère (Les Caractères, chapitre VIII, « De la Cour »). Il nous met là en garde contre le mépris, qu’on connaît bien, pour l’avoir pratiqué un quinquennat, d’un Emmanuel Macron que des législatives en sa faveur conforteraient dans son hubris : « Un homme qui vient d’être placé ne se sert plus de sa raison et de son esprit pour régler sa conduite et ses dehors à l’égard des autres ; il emprunte sa règle de son poste et de son état : de là l’oubli, la fierté, l’arrogance, la dureté, l’ingratitude. »

Diplomates, préfets… liquidation totale

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Wikimedia Commons

Entre les deux tours de l’élection présidentielle, un décret a entériné l’extinction progressive de deux corps d’encadrement supérieur du ministère des Affaires étrangères. Cette décision suit la disparition du corps de la préféctorale.


Le corps des Affaires étrangères a été supprimé officiellement entre les deux tours de la présidentielle. Adieu les diplomates de profession, bonjour les managers de l’État. Mes collègues se sont émus. Des journalistes charitables ont fait écho à leur émoi. Gérard Araud, diplomate-Twitter mondain du régime, a versé sa larme électronique. J’ai beau être membre de ce corps depuis plus de trente ans, cette nouvelle ne m’empêche pas de dormir. Moi, c’est la disparition de notre politique étrangère qui me réveille la nuit depuis quinze ans.

Cette disparition est seulement la conséquence des choix que des diplomates ont cautionnés, mis en œuvre, voire conçus pour certains. Notre diplomatie était indépendante, nationale, souveraine. Elle avait besoin de professionnels qualifiés et expérimentés. Elle est aujourd’hui européenne, écrite à Bruxelles, consensuelle à 27, compatible avec l’Allemagne, première de la classe, et les États-Unis, protecteurs de toute la bande. La diplomatie est devenue un potage mixte. Fini le terroir. Une cuillère à soupe pour Berlin, une cuillère à café pour Madrid, une louche pour Washington et la vingtaine de capitales de l’UE alignées derrière. Enfin, une pincée de sel français pour relever l’ensemble.

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Plus besoin de diplomates chevronnés pour ça. Alors, que les diplos ne se plaignent pas. Ce n’est pas quand le fruit sec tombe à terre qu’il faut regretter que l’arbre se soit asséché depuis un bon nombre d’années. Le vrai scandale est la disparition du corps de la « préfectorale ». Là, c’est sérieux. Il s’agit de la bataille de France. Nos préfets doivent connaître intimement lois, jurisprudences et répartition des pouvoirs dans notre millefeuille administratif afin de gérer au mieux les problèmes du moment : pauvreté, immigration, violence, terrorisme. Alors que le pays s’enflamme pour un rien, pourquoi faire exploser ce corps de professionnels du respect de la loi et de l’unité du pays ? Incompréhensible.

La faucille et la burqa

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Taha Bouhafs et Jean-Luc Mélenchon © Capture écran youtube / Regards et ROMUALD MEIGNEUX/SIPA

L’éditorial de mai d’Elisabeth Lévy


À voir les Insoumis se pavaner sur les plateaux au lendemain de la victoire d’Emmanuel Macron, on aurait dit qu’ils venaient de gagner l’élection présidentielle. Que ceux qui roupillent depuis le 10 avril se rassurent : il n’en est rien. Cependant le triomphalisme des mélenchonistes n’est pas dénué de fondement. Comme le déclarait le politologue Gérard Grunberg à nos confrères d’Atlantico, « LFI sera le vaisseau amiral d’une flotte qui n’a qu’un bateau ». Et Mélenchon pourra claironner : « La Gauche, c’est moi ! »

Chapeau l’artiste ! Ça lui aura pris plusieurs années, mais en bon disciple de Mitterrand, Jean-Luc Mélenchon a plumé la volaille socialiste. Les derniers caciques qui n’ont pas encore rallié la Macronie ont protesté, mais le spectacle de la jeune garde du PS se prosternant devant la puissance, en jetant par-dessus bord les « valeurs de la République » avec lesquelles elle nous tympanisait quelques jours plus tôt. Au moment où nous bouclons, il n’y avait pas de « points de désaccord insurmontables » pour une union aux législatives, déclarait-on des deux côtés. Ceux qui ne sont pas contents n’ont qu’à partir, ajoutait Olivier Faure. Sauf qu’un demi-PS ne sera même pas une force d’appoint.

Notre cher Goldnadel a donc quelques raisons d’enrager : si on a mobilisé toutes les ressources de la moraline pour dénoncer le retour de la bête immonde sous les traits souriants de Marine Le Pen, nul ou presque ne s’est offusqué du retour en force de l’extrême gauche. Comme si cette famille politique, dont les plus anciens ont défilé dans leur jeunesse aux cris de « Marx, Engels, Lénine Staline Mao ! », n’avait pas, elle aussi, quelques heures sombres accrochées à ses basques. Imaginons les cris d’orfraie de Saint-Germain-des-Prés si Christian Jacob décidait de négocier une alliance avec le RN ou Reconquête !

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La gauche est donc dominée par un parti qui n’a jamais gouverné et dont on peut espérer qu’il ne sera pas de sitôt en capacité de le faire. Encore qu’à regarder ses scores chez les jeunes (36 % chez les 18-24 ans, 30 % chez les 25-34 ans), on peut s’inquiéter. « La jeunesse est un naufrage », écrit Muray. Heureusement, ça ne dure pas.

Chez les vieux briscards en mal de cause, c’est l’extase. Ségolène Royal a vu la vierge. Ceux qui, depuis vingt ans, n’ont connu que des défaites célèbrent la naissance d’une nouvelle gauche. Sauf qu’elle n’est pas si nouvelle que ça. En réalité, LFI actualise les recommandations de Terra Nova, boîte à idées qui a connu son heure de gloire en 2011, en théorisant l’abandon par la gauche de la classe ouvrière old school – comme dit Michel Onfray. Dans une note devenue célèbre, le think tank recommandait au PS de se tourner vers un nouvel électorat urbain comprenant « les diplômés », « les jeunes », « les minorités des quartiers populaires » et « les femmes », réunis par « des valeurs culturelles, progressistes ». En clair, il s’agissait d’envoyer au diable les classes populaires de souche, trop rétives aux beautés de l’immigration de masse et du multiculturalisme, pour inventer une nouvelle majorité constituée par l’alliance des bobos et des immigrés, érigés en prolétariat de substitution. Ce qui fut fait.

Mélenchon ne fait qu’adapter cette idée au goût du jour : ce n’est plus aux immigrés qu’il s’adresse, mais aux musulmans, dont il flatte la fibre victimaire en se présentant comme un rempart contre l’islamophobie. De la défense du voile à la dénonciation obsessionnelle des violences policières, cet ancien laïcard n’a cessé de caresser dans le sens du poil la jeunesse islamisée des quartiers. Ce clientélisme, encouragé par des imams, a payé : 69 % des musulmans lui ont accordé leur suffrage contre 37 % en 2017. Et ils représentent une partie non négligeable du « vote populaire » pour Mélenchon. Pour sa part, la militante indigéniste Houria Bouteldja le présente comme un « butin de guerre »…

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Cette gauche prétendument nouvelle ne fait donc que reconduire, en la sophistiquant, la stratégie qui a conduit l’ancienne dans le mur. Non seulement, elle prend la responsabilité de décourager l’intégration et d’encourager la sécession islamiste, mais elle proclame son mépris pour les « gens ordinaires », comme disait Orwell. Ceux-ci n’ont rien contre les musulmans, mais beaucoup contre l’islamisation de l’espace public. Ils veulent bien considérer tous les Français, d’où qu’ils viennent, comme leurs frères, à condition qu’on respecte leur besoin de se sentir chez eux. Et ils votent Le Pen. À l’époque de Terra Nova, Macron n’existait pas. Le PS pouvait imaginer de se passer des classes populaires pour devenir le parti de la bourgeoisie branchée. Aujourd’hui, la place est occupée. La gauche sans le peuple, voire contre le peuple, n’a pas d’avenir. À l’arrivée, le peuple se passera de la gauche. Et le pays aussi.

Amsterdam: vers la préférence nationale pour les fumeurs de pétards

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Touristes à Amsterdam, 2016 © Margriet Faber/AP/SIPA

La ville d’Amsterdam envisage de bannir les touristes étrangers des mal-nommés « coffee shops », symboles de la façon dont la société néerlandaise a été gangrenée par l’argent de la drogue.


Le président Jacques Chirac avait su unir la population néerlandaise contre lui quand, en 1996, il qualifia les Pays-Bas de «narco-Etat». On avait alors frôlé l’incident diplomatique.

Quelle horreur, lui objecta-t-on du côté néerlandais, tout en chantant à ces réactionnaires de Français les vertus des coffee shops censés contrecarrer le crime organisé. Peu de temps après, le plus haut fonctionnaire américain chargé de combattre le commerce de la drogue qualifiait l’approche néerlandaise de « catastrophe claire et nette ». Mais aux Pays-Bas,  les arguments de ceux qui avançaient que ces étrangers n’avaient peut-être pas complètement tort sur le fond furent balayés d’un revers de la main par les autorités et une bonne partie des médias.

Ce n’est qu’en 2019, lorsque Roberto Saviano, grand spécialiste sur la mafia, vilipenda la « désastreuse approche » néerlandaise, que les voix critiques commencèrent à être prises au sérieux. Dans le journal De Volkskrant, l’Italien lança un réquisitoire contre le laxisme de l’Etat néerlandais qui, selon lui, choyait les milieux financiers au lieu de les mettre au pas, entreprises de la finance qu’il qualifia « d’artères dans le blanchiment des gigantesques bénéfices du commerce de la drogue ». Saviano, auteur du roman-enquête Gomorra, constatait cependant qu’aux Pays-Bas, « la mafia n’avait pas encore assassiné des journalistes, comme en Italie ».

Mais, en juillet 2021, le journaliste Peter R. de Vries, spécialisé dans la couverture du crime organisé, a été abattu en plein jour dans le centre d’Amsterdam. Médias et police ont tout de suite établi un lien avec les scoops de la victime sur les faits et gestes du caïdat néerlandais d’origine marocaine et plus précisément de Ridouan Taghi, qui avait commencé sa carrière comme modeste dealer de cannabis. Après la mort de M. de Vries, qui a donné lieu à une sorte de deuil national, Roberto Saviano a repris sa plume. Dans le journal NRC il a dernièrement vilipendé la politique de consommation légale de cannabis, laquelle devait pourtant à l’origine couper l’herbe – si j’ose dire – sous le pied des criminels.

Autres avantages à l’ouverture des premiers coffee shops cités en 1976, les drogues douces ne seraient pas nocives pour la santé comme le tabac, et dissuaderaient même les consommateurs de se tourner vers l’héroïne !

Chirac avait raison

Inspirées de l’idéologie des hippies des années 60, toutes ces bonnes intentions ont mené à la situation catastrophique actuelle, constate, de concert avec Roberto Saviano, le criminologue néerlandais Hans Werdmõlder. Le titre de son livre, paru récemment, ’Nederland Narcostaat’ (Pays-Bas, Etat-narco) sonne comme la réhabilitation posthume de l’opinion de Jacques Chirac.

« Les Pays-Bas sont un État narco de fait, pas de jure, bien entendu » écrit celui qui fustige la naïveté des autorités de l’époque à suivre une politique de lutte contre la drogue diamétralement opposée à celles en vigueur ailleurs en Europe. Politique qui a promu un tourisme de la drogue, d’abord à des échelles modestes, jusqu’à ce que dans les années 1990 la ville d’Amsterdam décide de s’en vanter mondialement. Ce qui amena des centaines de milliers de jeunes – parmi lesquels des Français, particulièrement nombreux – à visiter la capitale non seulement pour ses musées et canaux (dont les campagnes de pub, vite arrêtées, chantaient les louanges) mais surtout pour fumer des pétards légalement, ce qui était inimaginable dans leurs propres pays.

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Aussi, le nombre de coffee shops explosa-t-il, de quelques dizaines jusqu’à environ 400, rien qu’à Amsterdam. La pègre locale, nationale ou internationale, a vite vu des opportunités immenses dans ce système sibyllin qui autorise la consommation mais interdit le commerce en gros. Hans Werdmõlder décrit ainsi ce paradoxe: « Des douaniers peuvent intercepter des cargaisons de drogue dans le port de Rotterdam, tout en sachant qu’il s’agît aussi d’une marchandise légale ». Dans son livre, Werdmõlder constate que, contrairement aux prévisions béates, les marchands de haschich se replient souvent sur les drogues dures, bien plus lucratives. D’autres criminels néerlandais se sont jetés sur la production de drogues synthétiques comme l’extasy, qu’ils exportent désormais dans le monde entier, ou sur la distribution en Europe de la cocaïne sud-américaine.

Ce commerce ne connaît pas de crise, et il vaudrait quelque 40 milliards d’euros par an, manne gigantesque en partie réinvestie dans l’économie légale. Des milliards qui ont fini, selon les experts, par miner la société néerlandaise toute entière.

Les exemples abondent de douaniers et des policiers soudoyés par des criminels, de magistrats, juges, journalistes et avocats intimidés, menacés – voire donc assassinés – de jeunes de quartiers précaires tentés par l’argent facile en échange des services rendus aux caïds. Services qui vont du guet au déchargement de conteneurs, en passant par les carrières de tueurs à gages. Ajoutez à cela que pratiquement pas un jour ne se passe sans règlements de comptes, souvent sanglants, parfois dans ou autour de coffee shops situés dans des quartiers résidentiels, et l’impression s’impose que la chimère hippie a engendré un monstre.

L’espoir Femke Halsema

La ville d’Amsterdam a cependant obtenu un certain succès dans sa politique de réduction du nombre de coffee shops. Il en reste environ 150, dont la grande majorité se trouve dans ou près de quartiers prisés par les touristes.

Femke Halsema, l’alter ego d’Anne Hidalgo aux Pays-Bas © Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40660714_000025

Dans les vitrines du Quartier Rouge, après deux ans de calme grâce au Covid-19, les prostituées voient reprendre le désolant spectacle de ces hordes de touristes déambulant en goguette et sous les effluves de haschich, sur une étroite superficie de ruelles et de canaux. Les rares habitants n’ayant pas encore fui cet enfer ont formé de modestes patrouilles, en gilets jaunes, afin de dissuader les fêtards de faire leurs besoins dans la rue, de gueuler, de vomir devant des portes ou de se soulager dans les canaux, où ils risquent une chute potentiellement fatale. Des scènes de cour des Miracles reportées par le journal amstellodamois Het Parool.

Libérer le centre-ville de la prostitution et du commerce de la drogue reste la principale ambition de la maire, l’écologiste Femke Halsema. Elle vient de proposer au conseil municipal de contraindre les coffee shops à refuser de servir les clients étrangers, c’est-à-dire à bien plus de la moitié de la clientèle. Réactions tièdes parmi la gauche municipale, majoritaire. Pareille mesure serait de toute manière difficilement applicable, un peu comme le serait toute interdiction du voile islamique dans la rue, ce que prône en France Marine Le Pen.

On ne peut nier cependant un certain courage à Madame la maire, moquée pour cet inattendu projet de « préférence nationale ». Que cette femme de gauche ose le proposer en dit long sur le désespoir des autorités dans leurs efforts de liquider les résultats néfastes de projets bien-intentionnés lancés il y a presque un demi-siècle.

Tant qu’il y aura Jean-Pierre Mocky…

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Jean-Pierre Mocky dans Agent Trouble en 1987

Neuf Mocky, sinon rien… C’est une bonne idée de ressortir en salles neuf des films, et non des moindres, du plus iconoclaste des cinéastes français. D’autant plus que, du côté des nouveautés, la concurrence est inexistante.


La Tête contre les murs (1958), Les Dragueurs (1959), Un drôle de paroissien (1963), La Cité de l’indicible peur (1964), Solo (1969), Le Témoin (1978), Litan (1982), À mort l’arbitre (1984) et Agent trouble (1987). Sur trente ans, un choix de films subjectif mais pertinent parmi les plus de soixante tournés par Jean-Pierre Mocky jusqu’à sa mort en 2019. Tel est le contenu d’un programme qui permet de voir ou revoir sur grand écran des temps forts d’une filmographie certes inégale mais terriblement stimulante.

On pourra s’étonner d’y trouver en ouverture un film réalisé par Georges Franju, La Tête contre les murs. Mais c’est d’abord une façon de rendre hommage à l’excellent acteur que fut Mocky et pas seulement sous sa propre direction. Il fut même l’une des belles gueules du cinéma français de la fin des années cinquante et du début des années soixante. Et puis, c’est lui qui a signé cette adaptation d’un roman d’Hervé Bazin, puisqu’il avait été à l’origine du projet proprement dit. Lui encore qui décida du formidable casting (Anouk Aimée, Pierre Brasseur, Paul Meurisse, Charles Aznavour et Édith Scob, s’il vous plaît !). Sur le tournage, il réalisa en outre plusieurs scènes. Bref, le film lui doit beaucoup.


Jean-Pierre Mocky et Charles Aznavour dans La Tête contre les murs, réalisé par Georges Franju en 1958

En revanche, Les Dragueurs est véritablement son premier film. À l’heure où le romantique Homme qui aimait les femmes de François Truffaut fait l’objet, au détour d’une émission, d’une attaque en règle sur France Culture, il n’est pas certain que ce premier opus de Mocky passerait les fourches caudines de la morale selon la maison ronde. Mais peu importe, ou plutôt, raison de plus pour dire tout le bien que l’on pense de ce film qui fit rentrer le mot « dragueur » dans le langage quotidien. Adoubé par le jeune Godard et tourné dans l’esprit de la Nouvelle Vague, Les Dragueurs donne une nouvelle occasion d’apprécier les talents d’acteur d’Aznavour et démontre combien Mocky sait filmer Paris. Et c’est, dans le fond, un film assez grave, d’aucuns, dont Mocky lui-même, diraient moraliste.

Les Dragueurs, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1959 avec Charles Aznavour, Jacques Charrier, Margit Saad © Lisbon Films

Les deux œuvres suivantes de cette réjouissante sélection se succèdent à un an de distance et boxent dans la même catégorie, la farce policière rigolarde : Un drôle de paroissien et La Cité de l’indicible peur. Avec en point commun des acteurs que l’on retrouvera à plusieurs reprises chez Mocky, au premier rang d’entre eux, le complice par excellence : Bourvil. On se gardera bien d’en résumer ici les délirants scénarios. Mais qu’il incarne Georges Lachaunaye, aristo catho désargenté et pilleur de tronc par nécessité ou Simon Triquet, inspecteur à la poursuite d’un faussaire évadé dans une ville imaginaire d’Auvergne, Bourvil fait des étincelles face aux impeccables Francis Blanche et Jean Poiret, entre autres cabots de génie.

Un drole de paroissien, réalisé par Jean Pierre Mocky en 1963 avec Francis Blanche et André Bourvil © A T I C A / Corflor / Le Film d Art
La Cité de l’indicible peur, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1964, avec Bourvil et Véronique Nordey

Mais la force de Mocky, c’est précisément de ne pas s’être cantonné dans cette seule veine absolument réjouissante. Les deux films qui suivent dans la programmation (Solo et Le Témoin ) n’ont rien de farcesque. Le premier est un polar très noir autour de l’extrême gauche révolutionnaire et terroriste. Mocky y est impeccable en dandy entraîné malgré lui dans l’engrenage de la violence politique. Le second, un implacable réquisitoire contre la pédophilie, les erreurs judiciaires et la peine de mort trois ans avant son abolition. Au-delà des intentions, c’est un abyssal face-à-face cinématographique entre les deux monstres sacrés que sont le Français Noiret et l’Italien Sordi.

Solo, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1970, avec Jean-Pierre Mocky et Sylvie Bréal
Le temoin, de Jean Pierre Mocky réalisé en 1978, avec Gisèle Préville et Philippe Noiret © Belstar Productions

Pas plus que parmi les précédents, on ne choisira dans les trois films restants. Impossible de départager. Litan est l’un des très rares films fantastiques français parfaitement maîtrisés. De même que À mort l’arbitre constitue, avec Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, la seule contribution pertinente du cinéma hexagonal à la mise à distance du sport national qu’est le football et de ses mœurs étranges. Enfin, avec Agent trouble, Jean-Pierre Mocky a notablement contribué à apporter une pierre singulière à l’édification du « monument » Deneuve, laquelle avec sa perruque rousse bouclée et ses lunettes rondes cerclées illumine ce polar en couleurs et noir et blanc comme la neige.

Pas de doute, Mocky, ça fait toujours du bien.


Litan : La Cité des spectres verts, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1982 avec Jean-Pierre Mocky et Marie-José Nat
A mort l’arbitre, réalisé par Jean Pierre Mocky en 1984, avec Eddy Mitchell et Carole Laure. COLLECTION CHRISTOPHEL © R.T.Z. Production / TF1 Films Production
Agent trouble, réalisé par Jean-Pierre Mocky en 1987 avec Richard Bohringer et Kristin Scott Thomas

Carole Delga, menez la contre-offensive de la gauche «Charlie»!

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La socialiste Carole Delga photographiée à Blois en 2021 © ISA HARSIN/SIPA

Alors que socialistes et insoumis se seraient entendus la nuit dernière sur une liste de 70 circonscriptions, Carole Delga, rivale d’Olivier Faure et influente présidente de Région, inaugurait une exposition consacrée à Cabu. Réunis en conseil national demain, les socialistes vont-ils vendre leur âme au diable en s’alliant avec des islamo-gauchistes? Que fera alors Madame Delga?


A l’occasion de la journée mondiale de la liberté de la presse, la très charismatique présidente de la Région Occitanie Carole Delga a inauguré, mardi, le lancement d’une exposition rendant hommage à Cabu, le dessinateur du magazine satirique Charlie Hebdo, mort sous les tirs de kalachnikov des frères Kouachi, le 7 janvier 2015.

L’exposition, intitulée « le rire de Cabu », et qui se tiendra jusqu’au 19 juin, propose à l’hôtel de Région de Toulouse et sur le parvis de l’hôtel de région de Montpellier près de 400 caricatures du dessinateur, connu pour son impertinence chevillée au crayon.

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Est-on légitime à être socialiste et à cette exposition ? Oui, mais…

« Pas de limite à l’humour qui est au service de la liberté d’expression ! », c’est par cette phrase emblématique de Cabu que s’ouvre cette rétrospective. Mais, qui dit liberté d’expression dit courage de porter haut et fort ses convictions. C’est ce qu’a toujours fait, avec un certain courage, l’élue socialiste qui après la décapitation de Samuel Paty avait carrément décidé de projeter sur les façades des deux hôtels de Région des caricatures, bravant le risque encouru par tous ceux qui s’aventurent à se moquer du prophète ou à critiquer l’islam. Avec son accent gorgé de soleil, la voix de Carole Delga avait alors tonné : « Le premier des dangers, c’est l’affaiblissement de la République. On ne peut pas reculer, on ne peut pas avoir de faiblesse, de compromission vis-à-vis de ces actes qui relèvent de l’intégrisme ou du fanatisme. »

L’élue socialiste n’a pas bougé d’un iota. Aujourd’hui, à l’heure où le Parti socialiste (PS) est sorti de la tambouille des négociations avec la France insoumise (LFI) – où le point de blocage n’était pas tant la défense de valeurs qui lui reste, mais le partage du gâteau des circonscriptions – Carole Delga persiste et signe, dans un tweet enlevé : « Il ne peut y avoir d’arrangement avec la liberté d’expression, de conscience ou la laïcité. »

Carole Delga est une battante, qui croit à ce qu’elle défend. Lors du 2ème tour des régionales, en juin 2021, elle avait déjà écarté toute fusion avec LFI et EELV, et remporté haut la main et pour la deuxième fois consécutive la Région Occitanie, avec 58% des suffrages, écrasant ces adversaires frontistes et LR.

Le mauvais troc des socialistes

Celle qui fut un temps érigée comme un rempart au délitement du Parti socialiste au niveau national ne peut cautionner le ralliement de sa famille politique, qui fut traditionnellement ancrée dans l’universalisme de la République sociale et laïque, à la gauche communautariste de Jean-Luc Mélenchon.

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Ce serait pactiser avec un parti qui a participé à la « marche contre l’islamophobie », parrainée par des organisations islamistes proches des Frères musulmans – comme le CCIF, désormais dissous ; un parti qui est encensé par l’indigéniste Houria Bouteldja qui écrivait au lendemain des attentats contre l’école juive de Toulouse Ozar Hatorah « Mohamed Merah c’est moi et moi je suis lui » ; et qui considère désormais le leader des Insoumis comme un « butin de guerre » et se targue d’avoir converti « le laïcard de dingue » en bon petit soldat du communautarisme. Ce serait s’entendre avec un parti qui prévoit d’investir le journaliste militant Taha Bouhafs, condamné pour injure publique en raison de l’origine après avoir qualifié la policière syndicaliste Linda Kebbab « d’Arabe de service ».

Lâches compromissions

Pour conserver leurs sièges dans l’hémicycle, le PS serait donc sur le point de troquer « Touche pas à mon pote » par « Touche pas à mon poste ».   

Devant ces lâches compromissions, Carole Delga répond par un tonitruant « je suis Charlie », sans bougie ni nounours, mais en manifestant ses convictions. L’élue socialiste incarne encore cette gauche qui est hélas en état de mort cérébrale depuis qu’elle a abandonné son électorat historique : les catégories populaires, « les gens ordinaires » comme dirait Orwell et comme le rappelle Elisabeth Lévy dans son édito, pour aller séduire la France de la diversité et substituer aux luttes sociales historiques des combats sociétaux douteux.

Devant cet accord de principe que vient de sceller le PS et LFI la nuit dernière, Carole Delga n’a donc pas d’autre choix que de rentrer en dissidence !

Ce serait son chant des partisans, sa façon à elle de dresser le cordon sanitaire de l’humour français contre la corruption de l’âme du socialisme par l’extrême gauche communautariste et islamophile.

Affaire Didier Jodin: seuls les pires profs passent entre les gouttes…

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Le collège Collège Rembrandt Bugatti de Molsheim (67). D.R.

Une inspectrice mandatée pour descendre un professeur de Lettres qui réussit trop bien dans une classe difficile, voilà qui semble aberrant. Quand de surcroît c’est sur ordre du cabinet de Brigitte Macron…


Les bons profs, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Didier Jodin, par exemple, professeur de Lettres au collège Rembrandt Bugatti de Strasbourg, ne se contente pas de transmettre de vrais savoirs à ses élèves. Il ne se contente pas de faire progresser globalement une classe de troisième devant laquelle nombre de ses collègues ramaient en cadence, tant l’ambiance et la bonne inintelligence qui règne entre maîtres et « apprenants » y sont explosives. Il ne se contente pas de s’inspirer des principes de la pédagogie explicite (une technique propulsée par le Canadien Steve Brissonnette, et relayée en France, entre autres, par mes amis Françoise et Bernard Appy). Il veut faire réussir ses élèves, et amener chacun au plus haut de ses capacités. C’est très mal.

Une inspection aberrante

En butte — comme tant d’entre nous — à la « volonté de nuire d’une mère d’élève harcelante » (ainsi s’exprime-t-il dans le courrier adressé au tout nouveau recteur de l’Académie) qui sans doute voudrait faire cours à sa place, et qui a sonné à toutes les portes, y compris à celle de l’Elysée où elle a trouvé l’oreille complaisante du cabinet de Brigitte Macron, il s’est trouvé heureux gagnant d’une inspection-couperet menée tambour battant par une inspectrice IA-IPR, de celles qui ne cherchent pas à vous entendre, mais viennent avec leur guillotine pédagogique sous le bras. La gente dame déléguée pour lui administrer le knout s’appelle — heureux hasard lacanien — Mme Hélène Martinet : « La visite conseil, précise-t-elle en en-tête de son rapport officiel, se déroule suite à l’envoi au cabinet présidentiel de Brigitte Macron d’un message de parent d’élève critiquant des propos que Monsieur Jodin aurait tenus en classe ». Il y en a d’autres qui pour des faits similaires et tout aussi mensongers, ont fini décapités.

Notez que la direction du collège, en l’occurrence Mme Schneider, a fait chorus avec l’institution. Didier Jodin a été soutenu par ses collègues, par le SNES et par les pédagos mêmes, qui ont bien senti que l’affaire accroissait le dossier « à charge » qui sera un jour retenu contre eux, l’administration a réagi comme un seul adjudant, le petit doigt sur la couture du pantalon, et la langue où vous savez.

Contrairement à Mediapart, qui a fait ses choux gras avec cette lamentable histoire (mais ils n’ont jamais rien compris à la pédagogie, chez Mediapart), je ne crois pas un instant que Brigitte Macron ait vraiment été tenue au courant des tenants et aboutissants de cette polémique. En tant que professeur de Lettres elle-même, elle a eu à cœur de former de façon très explicite les cancres ou les fumistes doués qui lui étaient confiés — et j’espère qu’ils lui en sont reconnaissants…

« Au service de l’élève »

Didier Jodin a narré lui-même par le menu le déroulement surréaliste de cette inspection, et j’y renvoie le lecteur. Didier Jodin a joint un long dossier de 81 pages à sa contestation de cette inspection aberrante. En particulier tous les mails échangés — y compris pendant les vacances, les harceleurs n’ont pas de répit — depuis le début décembre par cette madame N***, où le professeur se trouve obligé de justifier la moindre note, le moindre exercice, vis-à-vis de parents qui ont mal compris le concept de « co-éducation » qui régente l’Education nationale depuis quelques années. Autant le répéter : l’Education est du ressort des parents, et l’Instruction de celui des enseignants, relisez Condorcet, qui est quand même plus intelligent que Philippe Meirieu.

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Et les notes, figurez-vous, doivent être systématiquement optimistes, pour ne pas décevoir les élèves — y compris ceux qui n’ont pas fichu grand-chose. D’ailleurs, a répondu le rectorat, la pédagogie « doit être au service de la réussite de l’élève », tout en lui transmettant « les valeurs de citoyenneté ».

La réussite de tous les élèves. C’est cela, la beauté du collège unique. Abaissez la barre, et tous sauteront.

Et si par malheur le professeur, qui a autre chose à faire, ne répond pas dans le détail à des mails de deux pages, il est cloué au pilori — ne pas oublier l’étape finale de cette vaine polémique, qui bouffe un temps fou et épuise les enseignants. Depuis qu’Internet et Pronote permettent aux parents de s’immiscer dans la vie de la classe, les professeurs doublent leur emploi du temps en répondant aux questions des parents. Est-ce que nous nous permettons, nous, d’expliquer à un médecin, un boulanger ou un laboureur comment il doit pratiquer ? Non — mais les enseignants sont si déconsidérés, à force d’être sous-payés, qu’on peut tout oser.

Cela se clôt, comme l’on pouvait s’y attendre, par une suggestion dont Mme N*** n’a apparemment pas saisi l’ironie :

« Permettez-moi de vous aider dans vos démarches, avec le document récapitulatif ci-joint [l’ensemble des courriels échangés. Après le Rectorat et le Ministère, n’oubliez pas d’informer la Présidence de la République, la Cour européenne des Droits de l’Homme, la Cour internationale de justice, etc. »

Cher Didier Jodin, on peut faire de l’humour entre amis. Mais les imbéciles n’y comprennent jamais rien, c’est même à ça qu’on les reconnaît. Et au fait que oui, Mme N*** a osé.

Pas un cas isolé

« On ne peut que s’interroger quand ces pratiques, écrit le SNES-Strasbourg, visent par ailleurs un collègue très critique des réformes qui ont touché et affaibli l’Éducation Nationale et qui a pu apporter son soutien à des enseignants mis en cause par leur hiérarchie pour s’être exprimés. Notre institution montre encore une fois qu’elle n’a rien appris des événements passés et est trop souvent prête à mettre les collègues en accusation. Ces pratiques sont-elles isolées ? »

J’ai une réponse claire et nette : non, ce ne sont pas des pratiques isolées. Profitant de ce que Jean-Michel Blanquer avait davantage la tête à la campagne présidentielle qu’aux affaires courantes de la rue de Grenelle, les pédagos, et particulièrement les inspecteurs qui le sont devenus en prêtant allégeance à cette idéologie délétère et qui ont été cooptés par les pédagos en place, comme je l’explique dans mon dernier livre, cherchent partout à reprendre leur pourvoir. Au lycée international de Luynes, près de Marseille, une dame Florentina Gherman, dite localement « la dragonnesse des Carpates », qui ne doit bien entendu qu’à ses seules inaptitudes d’être devenue inspectrice, a fusillé une jeune et brillante agrégée, avant de s’en prendre dans la foulée à une certifiée coupable d’avoir donné à ses élèves quelques notions d’histoire littéraire sur Flaubert, au lieu d’aller à la pêche de leur « sentiment » sur un texte qu’ils étaient bien incapables de comprendre seuls. Mais quand on lit les explications de textes-types que cette inspectrice a publiées en ligne, on reste atterrés devant la combinaison de la fatuité et du vide intersidéral. Madame, si vous me lisez, sachez que j’offre des cours gratuits de reformatage à la littérature française aux inspecteurs en dérive pédagogique.

Caron, le génie au pouvoir!

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Aymeric Caron en 2018 © XAVIER VILA / SIPA Numéro de reportage : 00866161_000020

Les électeurs parisiens du 18e auront-ils un quotient intellectuel assez élevé pour reconnaitre ce crack de la politique qui se propose à la députation ?


La nouvelle est tombée ce mardi : Aymeric Caron, ex-chroniqueur de Laurent Ruquier et militant antispéciste, se présentera aux législatives dans la dix-huitième circonscription de la capitale sous la bannière de la Nouvelle union populaire, «pour défendre une écologie de rupture».

Il promet que le « permis de voter » n’est plus à l’ordre du jour… pour le moment

Un choix audacieux de la part de Jean-Luc Mélenchon et ses alliés, alors que quelques moustiques se seront déjà introduits dans les chaumières pendant ce scrutin du mois de juin, faisant enrager déjà les premières victimes des piqûres estivales. En effet, on se souvient tous de la sortie choc, en 2019, du polémiste sur ces mamans insectes à la recherche de sang pour leurs nourrissons.

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En exhumant le net, d’autres petits malins ont retrouvé une archive moins connue mais tout aussi intéressante. Dans l’émission « C à vous » (France 5), en novembre 2017, le journaliste proposait la création d’un permis de voter comme il existe un permis de conduire ; permis de voter grâce auquel « on s’assure que les connaissances liées à l’enjeu du moment sont bien maîtrisées » et grâce à un questionnaire à choix multiple.

Ainsi, c’est la société qui déciderait qui est assez cultivé et responsable pour pouvoir aller voter, comme « elle décide déjà qui peut être médecin, ou avocat » ; la société a « créé des instances avec des sages, les plus avisées des personnes de chacun de ses domaines, pour ensuite donner des diplômes aux uns et aux autres ; de la même manière, c’est la société qui décide qui peut conduire une voiture ». Même la présentatrice Anne-Élisabeth Lemoine a failli sursauter ce jour-là !

Raël, un précurseur

On sait que le suffrage capacitaire, limitant le droit de vote aux détenteurs de certains titres et diplômes, a été combiné au suffrage censitaire sous la Monarchie de Juillet. La proposition de Caron rappellera la phrase de François Guizot, premier ministre du roi des Français Louis-Philippe : « Instruisez-vous ! Enrichissez-vous par le travail et l’épargne et vous deviendrez électeurs ! ».

L’idée de limiter le vote et l’éligibilité aux détenteurs d’un quotient intellectuel suffisamment élevé a également été proposée par un certain Claude Vorilhon, dans un ouvrage intitulé Géniocratie (humblement sous-titré Le génie au pouvoir), en 1977, quelques années avant que l’auteur se fasse mieux connaître sous le nom de Raël. En 1871, le baron Léon de Jouvenel avait déposé à l’Assemblée nationale une proposition de loi en faveur du vote familial, qui accordait au père de famille une voix de plus par nombre d’enfants obtenu, histoire de favoriser les hobereaux de province et les détenteurs de manoirs à poivrière. Cette mesure, efficace pour contourner l’esprit de la démocratie égalitaire, risque toutefois de déplaire aux alliés écolos d’Aymeric Caron, qui pensent que faire des enfants n’est pas très bon pour la planète.

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C’est pas Le Gorafi ici !

Si nous étions, nous aussi, un site parodique comme Le Gorafi, on pourrait imaginer une brève ainsi intitulée : « Instigateur du permis de voter, Aymeric Caron rate l’examen ». On y lirait la déception du journaliste et surtout que, la prochaine fois, c’est la bonne, il cochera les bonnes cases et basculera dans la catégorie des gens responsables et cultivés. En attendant, il sera donc candidat d’un mouvement, la Nouvelle union populaire, qui propose l’organisation d’une Assemblée constituante afin de passer à la VIème République.

Attention: la proposition choc de l’ami des moustiques pourrait passer (sait-on jamais) sur un malentendu, au terme d’une longue nuit de débats parlementaires… Dans le doute, si vous habitez la dix-huitième circonscription et que vous voulez quand même que vos amis vraiment trop cons continuent à pouvoir voter, vous savez ce qu’il vous reste à faire.

L'extinction de l'homme: LE PROJET FOU DES ANTISPÉCISTES

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