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Qui est Peter R. de Vries, ce journaliste agressé aux Pays-Bas?

Plus qu'un simple journaliste à la Jacques Pradel

Qui est Peter R. de Vries, ce journaliste agressé aux Pays-Bas?
Un journaliste devant les lieux de l'attentat contre Peter R. de Vries, Amsterdam, 7 juillet 2021 © Molly Quell/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22583796_000002

Qualifier M. Peter R. de Vries de simple journaliste spécialisé dans des affaires criminelles, c’est méconnaitre ses nombreuses autres qualités qui ont fait de lui un Néerlandais de premier plan. Et cela explique que l’attentat dont il a été la cible mardi 6 juillet en plein centre d’Amsterdam, et dont il ressort grièvement blessé, a profondément choqué la société néerlandaise. Portrait, par notre correspondant à Amsterdam.


Dernière minute ! Le tireur présumé, arrêté dans une voiture sur une autoroute peu après l’attentat, serait un “rappeur” de 21 ans, originaire des Antilles néerlandaises, selon plusieurs médias hollandais ce jeudi matin. Le Polonais arrêté avec lui aurait servi de chauffeur. Tous les deux étaient connus des services de police.

Le roi Willem Alexander, en visite officielle en Allemagne, et le Premier ministre M. Mark Rutte sont parmi les dignitaires fort émus et indignés qui s’adressèrent brièvement à la population pour de vibrants hommages à celui qui sut unir journalisme, vedettariat, dureté et compassion en un même personnage.

Les Hollandais sidérés

Sidérée, la population néerlandaise a appris mardi, en début de soirée, que M. de Vries (64 ans) avait été touché par plusieurs balles dans la tête, alors qu’il rejoignait sa voiture garée près des studios de télévision où il avait commenté des affaires criminelles. Des photos de M. de Vries, allongé sur le sol, du sang coulant de sa tête, firent vite le tour des réseaux sociaux, en dépit d’implorations de la police de cesser ces “manques de respect” envers la victime.

Photos et vidéos qui ne furent pas sans rappeler celles de M. Pim Fortuyn, assassiné en 2002, ou du cinéaste Theo van Gogh, poignardé par un islamiste deux ans plus tard. L’émotion et le chagrin qui traversèrent les Pays-Bas mardi rappelaient ces horreurs, bien que M. De Vries semble avoir survécu à l’attentat et qu’il se batte pour sa vie à l’hôpital, selon les déclarations de la maire d’Amsterdam.

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Jeudi matin, la police confirma l’arrestation de deux suspects de la tentative d’assassinat, dont un Polonais. Pour le moment, la population reste suspendue aux rarissimes bulletins sur les chances de survie de M. De Vries, qui avait commencé sa carrière au journal De Telegraaf dans les années 80. Il y gagna ses premiers galons en couvrant l’enlèvement du roi de la bière, M. Freddy Heineken. Grâce à ses excellents contacts dans la pègre d’Amsterdam, M. de Vries enchainait alors scoop sur scoop, mais aussi les reproches de connivence avec les ravisseurs, plus tard condamnés à de lourdes peines de prison. L’un deux, M. Cor van Hout, devint même un ami. M. De Vries ne s’en cacha pas devant des collègues quelque peu jaloux qui lui reprochèrent également de faire de la criminalité un spectacle dans son propre programme sur une chaîne de télévision commerciale.

Image: capture d’écran YouTube

Un redresseur de torts

L’habit de journaliste était en effet devenu trop étroit pour celui qui, à partir des années 90, se profila de plus en plus en redresseur de torts. Ainsi, il réussit, avec une caméra cachée, à extraire une confession à un jeune Néerlandais accusé d’assassinat d’une jeune et belle Américaine dans l’ile d’Aruba, ce qu’il avait toujours nié, malgré les preuves accablantes. 

Pendant de longues années, M. de Vries est obsédé par les erreurs judiciaires ayant conduit des innocents en prison. Au début, la police avait quelque réticences à collaborer avec pareil amateur, journaliste de surcroît, mais ces hésitations s’évaporèrent à mesure que M. De Vries devenait une star à qui on ne refuse rien. Surtout quand sa persévérance contribuait à élucider des crimes qui semblaient destinés à rester impunis, comme le rapt et l’assassinat de Nicky Verstappen en 1998, un enfant. M. De Vries, en tant que conseiller des parents de Nicky, ne lâchait rien et en 2018 un suspect néerlandais fut arrêté en Espagne et jugé et condamné aux Pays-Bas. C’était un des rares moments ou M. De Vries, qui ne se départ jamais d’un stoïcisme à toute épreuve, amateur de voitures et de montres de luxe, laissa libre cours à ses émotions.

Bien avant cette affaire, M. De Vries avait fait vaciller la couronne néerlandaise en dévoilant que la fiancée du prince Friso, frère du roi Willem Alexander, avait été l’amante du gangster néerlandais le plus connu à l’époque, M. Klaas Bruinsma. La future princesse Mabel nia tout, arguant que M. Bruinsma n’avait été qu’une vague connaissance. Prétexte pour M. De Vries de voyager au Chili pour y interroger l’ex-garde du corps du gangster, qui racontait avec force détails que la jeune femme avait été “l’amour de la vie” de son ex-patron, assassiné plus tard. Devant le scandale teinté d’amusement, le prince Friso renonça à ses droits d’accéder un jour au trône. Il mourra quelques années plus tard dans un accident de ski.

Les Pays-Bas touchés par une criminalité d’origine marocaine

Depuis quelques années, le petit monde de la pègre néerlandaise est composé notamment de la “mocromafia”, des bandes composées et dirigées par de jeunes Marocains, les “mocros”. M. De Vries se devait de jouer un rôle prépondérant dans la couverture de leurs assassinats et autres règlements de comptes sanglants. Il y a même eu des décapitations (!). Le dirigeant présumé de cette pègre très violente, M. Ridouan Taghi, fut récemment extradé vers les Pays-Bas par Dubaï. 

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Un témoin clé, ex-confident de M. Taghi, avait retourné sa veste en prison l’année dernière et se déclarait prêt à accabler son ex-patron et à témoigner contre ce chef présumé de la pieuvre marocaine lors d’un futur procès. Le frère de cette “balance” fut assassiné peu après, tout comme son avocat. Bien que non membre du barreau, M. De Vries se substitua au défenseur mort. Les vrais défenseurs agrémentés ne se précipitaient pas pour succéder à leur collègue assassiné, craignant pour leur vie. M. de Vries fut alors nommé “conseiller” pour l’occasion, épaulé par de vrais avocats. Est-ce ce courage qui lui a valu cet attentat ? Les spéculations vont bon train, et bien des Néerlandais se demandent si le journaliste vedette n’aurait pas dû être mieux protégé, malgré ses refus répétés d’être accompagné de gardes du corps. 


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