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Pologne, état de siège

Dans « Varsovie 83 », le cinéaste Jan P. Matuszynski s’inspire d’un fait divers réel pour montrer le début de la fin de l’époque communiste en Pologne. En salles aujourd’hui.


A la veille du bac, dans une Pologne communiste sous la férule du général Wojciech Jaruzelski (1923-2014), animal à sang froid qui, on s’en souvient, avait pour spécialité de n’ôter jamais ses lunettes noires, deux étudiants rigolards se baladent sur la grand-place de Varsovie, quand ils sont soudain contrôlés par la « milice citoyenne » comme sous ces latitudes l’on nommait alors aimablement la police. Contrôle musclé, c’est peu dire. Au point que le plus jeune, Grzegorz Przemyk, décède quelques jours plus tard, à trois jours de ses 19 ans, victime des coups de botte que dans le secret d’un commissariat quelques argousins zélés lui balancent dans l’abdomen.

Malchance, Grzegorz est le fils d’une poétesse, militante proche du fameux syndicat Solidarnosc, et comme telle particulièrement ciblée par le pouvoir : quoi de mieux que de s’en prendre au fils pour meurtrir la mère. Nous sommes au temps où la loi martiale vient à peine d’être levée ; le régime n’est pas loin de vaciller.

Loin d’un thriller judiciaire formaté

L’ami de la victime, Jurek Popiel, 21 ans, seul témoin oculaire de ce fatal passage à tabac, va devoir affronter non seulement les autorités, qui tentent de le faire taire par tous les moyens, mais également ses propres parents, si bien manipulés, instrumentalisés par les services secrets que le père de Jurek, lui-même officier, ira jusqu’à trahir son propre fils. Quant aux malheureux infirmiers qui ont convoyé Grzegorz, on les « persuade » d’affirmer, contre toute évidence, qu’ils ont eux-mêmes provoqué son trépas en le frappant dans l’ambulance : l’un d’entre eux se suicidera ; l’autre purgera quinze ans de prison pour un crime qu’il n’a pas commis. En attendant, cette bavure, devenue une affaire d’Etat, provoque de monstrueuses manifestations dans la capitale. L’Eglise catholique s’en mêle, par la voix très écoutée d’un prêtre, qui lui-même ne s’en sortira pas vivant. La mère de Grzegorz, à l’insu de feu son propre fils, entretenait une liaison avec Jurek. Une accusation de détournement de mineur, du pain bénit pour la faire craquer.

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Esquivant le thriller judiciaire formaté à l’américaine (avec les plaidoiries comme climax), le scénario distribue de bout en bout, dans un parallélisme suffoquant, les rôles paradoxalement antagonistes et complices des bourreaux et des victimes, au sein d’une société perverse car intégralement minée par le mensonge, la délation, la terreur. Jusque dans la sphère du pouvoir, où les rivalités intestines et les rapports de force contraignent les hiérarques à un cynisme sans frein, la porosité entre vie privée et intérêts de carrière annihilant toute éthique individuelle.

Reconstitution impeccable

Au-delà de la représentation de ce qui constitue l’essence du totalitarisme dans sa version « rideau-de-fer », ce long métrage de près de trois heures (qui passent à toute vitesse) restitue impeccablement la sinistrose palpable, j’irai jusqu’à dire l’odeur –  nauséeuse, envahissante, implacable – du communisme, cette tragédie à l’état pur qui imprégnait de sa laideur ontologique, non seulement l’ambiance des rues, les transports miteux, les édifices, mais jusqu’aux intérieurs des logis – souffreteux, rebutants, hideusement meublés. Il faut rendre hommage au décorateur du film : vraiment, on s’y croirait ! Le grain de l’image lui-même, un peu piqué, un peu sale, participe de l’exactitude de la reconstitution. Seul bémol, la musique : nappage omniprésent, signé Ibrahim Maalouf, d’une redondance superfétatoire.

Ernest Nita, Mateusz Górski, Tomasz Ziętek, Szymon Wróblewski dans « Varsovie 83 » © Łukasz Bąk

Film de fiction, « Varsovie 83 » s’inspire, bien sûr, d’une affaire réelle. Celle-ci provoqua, en son temps, une manifestation monstre à l’occasion des obsèques du vrai Grzegorz Przemyk. Barbara Sadowska, sa mère, ne s’est jamais remise de la mort de son fils unique. Elle est morte en 1986. Certains de ses poèmes ont fait l’objet de traductions en français. D’interminables procédures judiciaires en révision du procès se prolongeront jusqu’en 1997. 

Varsovie 83. Une affaire d’État. Film de Jan P. Matuszynski Pologne, France, Tchéquie, couleur. Durée : 2h39. En salles le 4 mai.  

Les nouveaux maitres des populations

Même si ses idées conservatrices font peur aux wokes et peuvent nous plaire, le rachat pour 44 milliards d’euros du réseau social le plus turbulent du monde, Twitter, par le milliardaire le plus excentrique de la planète, Elon Musk, doit nous interroger.


Il est vrai que dans le paysage des médias mainstream dominés par les ultras-milliardaires progressistes tels que Bill Gates, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et autres George Soros, Elon Musk comme Vincent Bolloré sont des bouffées d’air salutaires. Mais cela ne doit pas nous empêcher de regarder la réalité en face. Il existe désormais une mainmise des ultras-milliardaires sur tous les principaux canaux d’expression et d’opinion des démocraties occidentales. Pire, cette mainmise, combinée avec la maitrise de l’intelligence artificielle donne la possibilité d’influer massivement sur les populations.

Partout où le progressisme règne, les sociétés et les États se délitent doucement mais surement. Les effets du progressisme sont partout les mêmes : division de la nation, déconstruction de la société et des solidarités. Dans ces conditions, les régimes progressistes ne peuvent que s’effondrer. Cela prendra quoi ? 10, 20 ou 50 ans ? mais vraisemblablement pas plus. La vraie question n’étant pas tellement quand s’effondreront-ils, mais par quoi seront-ils remplacés ?

Les géants de la Silicon Valley, rivaux des États-nations

Au temps de la chute de l’URSS, il y avait l’Occident qui était extrêmement fort économiquement et intellectuellement, sûr de lui-même. Aujourd’hui, nous avons trois acteurs essentiels sur la scène mondiale : l’islam qui a remplacé le communisme dans son rôle d’opposant idéologique au capitalisme. Il séduit une partie des habitants européens originaires des pays islamiques. Cela devrait créer des troubles religieux récurrents et violents, mais a priori pas plus. Vous avez ensuite la Chine qui a encore plus augmenté son envergure d’usine du monde avec le Covid et qui va surement devenir de plus en plus hégémonique. Mais dans les 100 prochaines années, nous ne devrions pas être son terrain de jeu prioritaire. Enfin, et surtout, il y a les grands mécènes et soutiens du progressisme, les GAFAM (Google, Apple, Facebook Amazon et Microsoft). Leur taille est désormais tellement phénoménale qu’ils sont les égaux de certains États.

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Pire, ils ont dorénavant une avance quasi irrattrapable sur les Etats: le pouvoir de prévoir et d’influer sur les avenirs possibles. Leur accès quasi illimité à la Big data, leur puissance de calcul, leur avance sans comparaison dans le machine learning[1], le deep learning[2] et l’intelligence artificielle leur permet de pouvoir prévoir l’avenir ou plutôt les avenirs et même de les influencer.

Diviser pour mieux régner

Imaginez-vous seulement les informations qu’a sur vous Google ou Microsoft ? Google et Facebook en savent plus sur vous que votre meilleur ami. Ils sont capables de prioriser votre accès à certaines informations et influent déjà sur vos opinions, jugements, indignations et intérêts. Via le machine learning, ils peuvent prévoir les avenirs possibles, mais aussi tester plusieurs scénarios pour ensuite influencer sur notre avenir à tous.

Le jour où nos États seront devenus faibles de par les impérities des progressistes et les troubles sociaux, religieux et économiques récurrents, vous serez contents de trouver ces grandes firmes. Elles vous proposeront, à la manière de Netflix, un abonnement pour assurer votre sécurité, votre santé, l’éducation de vos enfants, la gestion de votre maison ou de vos affaires personnelles. Via ces abonnements l’on vous prédira les maladies que vous pourrez avoir et on vous préconisera un mode de vie. Moins vous le suivrez et plus votre abonnement vous coutera cher, car plus vous serez susceptible d’avoir besoin de soins médicaux. Il sera quasiment impossible de vous cacher pour manger du chocolat ou fumer une cigarette, parce que vous serez tracés tout le temps. Ces entreprises détiennent déjà aujourd’hui les technologies pour ce contrôle total.

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Alors imaginez où nous pourrions être dans 20 ans. Ces firmes, tout comme le progressisme, ont intérêt à nous individualiser et à détruire toutes les solidarités qui pourraient s’opposer à eux. Remarquez bien que le but ultime des progressistes peut paraitre alléchant : faire de chacun d’entre nous un homme sans limitation dans ses droits. Mais pour y parvenir, il faut détruire les solidarités familiales, religieuses ou nationales ce qui ne pourra que créer un homme sans obligation, sans foi, sans identité. Dans les faits et en dernier ressort, dans ce genre de monde, nous serons seuls, isolés, privés de toute solidarité et à la merci du plus fort.


[1] Ce sont des systèmes informatiques qui peuvent apprendre des données, identifier des modèles, prendre des décisions et améliorer leurs performances à résoudre des tâches sans être explicitement programmés pour chacune. Par exemple en introduisant diverses données comme les anniversaires dans telle ville, les données des cartes de fidélité, les tendances, les achats déjà effectués, il devient possible non seulement d’établir des modèles (à la Saint-Valentin, on vend plus de parfums et de lingeries rouges) mais aussi, via les flux de données, de prédire les prochains achats et de gérer les stocks (Ce vendredi, six flacons roses de parfum pour homme seront vendus au Séphora de Grenoble. Ces systèmes approvisionneront en conséquence directement le magasin).

[2] Le deep learning est une branche du machine learning mais nécessite des puissances de calculs bien plus importantes, et est capable d’apprendre d’autres choses que des données, comme par exemple des images. Il va par exemple pouvoir aller sur les réseaux sociaux comprendre des tendances à partir de publications (des influenceuses d’Instagram postent des photos flacons roses qui sont reprises par des followers basés à Grenoble et dont les points de la carte de fidélité à Séphora viennent à expiration ce week-end).

Robert Ménard: «Je préfère cinquante ans de Macron à un an de guerre civile»

Finis les excès verbaux, les slogans et les affiches chocs. Le maire de Béziers a changé. S’il a soutenu Marine Le Pen, par fidélité, cela ne l’empêche pas de saluer certaines actions d’Emmanuel Macron. Soucieux de montrer le chemin de la réconciliation nationale, Robert Ménard s’arme de sagesse et de bienveillance.


Causeur. À en juger par vos récentes déclarations, vous avez changé. Pouvez-vous expliquer cette évolution ?

Robert Ménard. Je me « gargarise » un peu moins ! J’ai été journaliste pendant plus de trente ans et, quand on est journaliste, on aime les mots, et plus encore les bons mots, parfois au détriment de ce qu’on voit et pense réellement. Je suis arrivé à la mairie avec le goût du slogan et de l’affiche choc. Et je me suis aperçu que ça blessait des gens. Or quand on est journaliste, on n’a pas affaire aux gens ! Quand on a envoyé son article, neuf fois sur dix, on ne revoit plus jamais les personnes dont on parle. Au contraire, un maire vit au jour le jour avec les gens, il les croise en bas de chez lui. Et puis être maire vous confronte à la complexité des choses, on voit que c’est difficile d’agir sur le réel. Finalement, j’ai réalisé que j’aimais les gens plus que les idées.

En somme votre évolution porterait seulement sur la forme ? On a tout de même le sentiment que sur les sujets comme l’immigration, vous vous êtes un peu déplacé. Vos idées ont-elles changé ou les exprimez-vous moins brutalement ?

J’ai réalisé que ça ne servait à rien de rajouter du malheur au malheur. Parfois, mes excès couvraient des attitudes ou des propos dont je ne suis pas très fier : je pense à cette affiche où on voyait des migrants qui semblaient s’en prendre à notre cathédrale et dont la légende était « Vous n’êtes pas les bienvenus ». Je mesure à quel point la tentation d’être applaudi fait dire de mauvaises choses, que l’on peut toujours justifier intellectuellement mais dont on sent que ce n’est pas bien. Je ne cherche pas à faire de la poésie, mais pris dans une espèce de plaisir à provoquer, à être repris par mes ex-confrères, j’ai sans doute oublié une certaine prudence qui n’est pas forcément synonyme de lâcheté ou de compromission, mais peut-être d’un peu de sagesse.

Certes, il y a les phénomènes que l’on peut dénoncer et les individus qui en sont les agents inconscients. Considérez-vous encore que l’immigration et l’islam identitaire sont un combat prioritaire pour notre pays ?

Oui, mais je sais aussi que les migrants n’arrivent pas massivement avec la volonté d’islamiser le pays. Récemment, pendant une visite d’un quartier dit « difficile », une maman musulmane m’a expliqué qu’elle avait inscrit sa fille à l’école Notre-Dame et que ça lui coûtait 200 euros par mois. Je lui ai fait remarquer qu’il y avait, près de chez elle, une école publique gratuite mais, m’a-t-elle répondu, elle voulait du « mélange », elle voulait « des Français ». Quand on me dit ça, je réponds systématiquement : « Mais vous êtes Français vous aussi ! » Et dans 99 % des cas, ils le sont ! Bien sûr, on comprend ce qu’ils veulent dire. Mais on n’ose plus employer les mots justes… Pour revenir à cette fameuse affiche, elle donnait l’impression qu’on pointait du doigt l’islam au risque d’attiser une guerre de religion. Évidemment, je ne fais pas une guerre à l’islam, mais à l’islamisme radical et ce n’est pas la même chose. Aujourd’hui, je n’ai pas envie de faire de la peine à cette dame. Elle est sympathique, et nous aurions mille choses à nous raconter. Je préfère désormais ce genre de dialogue aux coups médiatiques du passé.

Robert Ménard accueille Emmanuel Macron à Béziers, le 16 novembre 2021 © Guillaume Horcajuelo / Pool / AFP

Vous disiez alors qu’il y avait, sur notre territoire, une autre civilisation qui voulait s’installer. Le pensez-vous toujours ?

Pour reprendre l’exemple de cette dame, je ne pense pas qu’elle ait envie de reproduire l’Arabie saoudite à Béziers. Le problème, c’est le nombre ! Quand, dans une école, 90 % des élèves ou plus sont issus de l’immigration, ils peuvent être très sympathiques individuellement, on n’a pas les moyens de les intégrer et encore moins de les assimiler. Et cela à leur détriment. Seulement, la façon dont je disais ce genre de choses paraissait se résumer à : « Ouh, il y a trop d’Arabes ici ! » Or, je n’ai jamais pensé dans ces termes et j’ai toujours cherché à mettre en place des solutions pour faciliter cette assimilation. Il faut réduire le flux migratoire, oui, mais sans blesser ou aliéner ceux qui sont là.

Votre expérience de maire vous a fait changer, et peut-être le contact avec vos enfants, qui sont plutôt gauchistes…

Ah ça, le dialogue est parfois vif ! Mais mes enfants m’apprennent des choses. Et même s’ils votaient Mélenchon, je ne dirais jamais qu’ils sont des « collabos », comme l’a dit Thierry Mariani à propos des Insoumis.

Mariani a eu tort de se livrer à cette instrumentalisation de l’histoire. Reste que, s’il y a un fascisme islamique, la complaisance de Mélenchon à son endroit est indéniable.

Je ne cesse de rappeler que Mélenchon est allé manifester avec des islamistes au cri de « Allah Akbar ! » mais je ne choisirais jamais le mot collabo !

En politique, il faut aussi marquer les esprits. N’avez-vous pas peur qu’un discours trop raisonnable n’imprime pas ?

Lorsque je passe à la télé, on me fait souvent le crédit d’exprimer ce que beaucoup de gens pensent. Je crois que c’est parce que j’affiche mes convictions. Aujourd’hui ma conviction est que notre pays a besoin de se réconcilier.

Il faut faire attention avec la réconciliation, parce que la division, la controverse, le désaccord sont l’état naturel des sociétés humaines.

Oui, mais entre division et guerre civile, il y a une nuance. Je suis pour la controverse, je ne l’ai jamais fuie. Mais quand je vois certaines personnes, dans nos mouvances, assumer le risque d’une guerre civile pour, disent-ils, « sauver la France », je me demande s’ils savent de quoi ils parlent. La guerre civile, c’est la pire des choses ! Il faut ne jamais avoir bougé de son fauteuil pour supporter cette idée-là ! Comme journaliste puis comme patron de Reporters sans frontières, j’ai connu nombre de pays en guerre civile : c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à un peuple. Je préfère cinquante ans de Macron à un an de guerre civile.

Vous préférez aussi cinquante ans d’islamisation à un an de guerre civile ?

Mais on peut s’opposer à l’islamisation sans faire la guerre aux musulmans ! Allez-vous faire la guerre aux petits cons qui font l’apologie des Palestiniens, alors qu’ils ne savent même pas où ça se situe sur une carte ? C’est du fantasme, de la bêtise ! Ce qu’il nous faut combattre, c’est cette ignorance abyssale. Et ce combat se mène par la politique et par l’éducation.

Selon vous, on peut dire les choses sans blesser. Vous aviez avec Zemmour une vieille amitié, mais vous l’avez attaqué, y compris quand ça allait mal dans son camp. N’avez-vous pas failli à votre devoir d’amitié ?

Je pourrais inverser la question : j’étais seul à soutenir Marine Le Pen quand tout le monde lui tournait le dos, y compris bon nombre de mes copains ! Si j’ai voté Le Pen, c’est aussi par fidélité à la parole donnée. Dès le mois d’août, j’ai expliqué mes désaccords à Éric Zemmour et je lui ai dit que je ne ferais pas campagne avec lui. J’ai même écrit un texte pour expliquer mon vote Le Pen. C’est Éric qui est d’une violence insupportable. Il nous faisait revenir au temps de Jean-Marie Le Pen. Vingt ans en arrière ! En réalité, il n’a jamais su quitter le terrain des idées. Il s’est moqué de Marine Le Pen en disant : « Elle aime les chats, et moi j’aime les livres. » Son problème, c’est qu’il n’aime que les livres. Or pour faire de la politique, il faut aimer les gens.

Mais Jean-Marie Le Pen a mis certains sujets sur la table à une époque où personne n’en parlait. Vous pouvez admettre que si Zemmour n’avait pas parlé d’immigration, d’islamisme, d’identité, ces thèmes auraient été totalement absents de la présidentielle.

Je n’ai cessé de dire que je lui reconnaissais ce mérite-là ! Le RN parle de ces sujets depuis quarante ans ! Pourtant, il a fallu que Zemmour s’en empare pour que la bourgeoisie se sente concernée. Que vous le vouliez ou pas, entre Le Pen et Zemmour, c’est une affaire de lutte des classes. Éric est du côté de la bourgeoisie de droite, dont certains représentants sont horrifiés à l’idée de voter comme leur femme de ménage. Ça saute aux yeux !

Donc Éric Zemmour a bien eu ce mérite-là, mais avec quels mots ! J’ose à peine employer le terme « bienveillance » car il a été accaparé par Macron, mais oui, il faut être bienveillant avec les gens. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai changé sur des sujets importants. J’étais pour l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, aujourd’hui je crois que c’est une bêtise, non seulement parce que c’est infaisable, mais parce que cela revient à faire fi d’une motivation d’une partie des femmes. Toutes ne sont pas contraintes de porter le voile.

Certes, mais on a le droit de penser que le voile est contraire aux mœurs françaises. De plus, c’est un instrument de conquête des Frères musulmans.

Je suis d’accord avec vous, mais comment l’expliquer aux gens ? Certainement pas à coups d’interdictions.

Dans son discours du Trocadéro, Zemmour tendait la main aux musulmans et leur a dit, « Vous êtes mes frères ». Personne n’en a parlé ; on a préféré en faire des caisses sur les « Macron assassin » scandés par quelques manifestants.

Vous savez comment fonctionnent les médias. Et puis il a dit que certes, il condamnait ce slogan mais « en même temps » qu’il le comprenait. Eh bien, non ! Ce n’est pas compréhensible.

Vous êtes donc resté loyal à Marine Le Pen, même si économiquement vous êtes plus à droite qu’elle…

Oui, elle a évolué sur beaucoup de choses, même si ce n’est pas assez à mon goût. Sur l’Europe, elle est au milieu du gué. Sur Poutine, heureusement que Zemmour lui a servi de paratonnerre, car elle avait à peu près les mêmes positions que lui. Il y a ce tropisme pour cette espèce de nationalisme un peu viril qui plaît tellement à la droite de la droite, mais elle a été suffisamment raisonnable pour dire immédiatement qu’il fallait accueillir les réfugiés. Marine a besoin de parler avec des gens qui ne lui doivent rien. Je suis l’un des rares à ne rien attendre d’elle, donc à n’avoir aucune prudence quand je lui parle.

Venons-en à Emmanuel Macron et à son incroyable capacité de séduction. Lors de sa visite à Béziers, elle semble avoir fait effet sur vous.

D’abord, je suis spontanément respectueux du chef de l’État quel qu’il soit. Ensuite, il a un vrai bon contact avec les gens. Sur les réseaux sociaux, on m’a reproché de lui avoir serré la main chaleureusement. Il aurait fallu que je la prenne comme les gens de la France insoumise ou les communistes prennent la mienne, en donnant l’impression qu’ils touchent un truc un peu répugnant. Cela dit, à Béziers, à part trois pingouins proches de Zemmour, personne ne m’en a fait le reproche. Macron a eu la bonne idée, pour lui et pour moi, de m’inviter à l’Élysée lors de son hommage aux pieds-noirs. Ses mots m’ont touché, et je l’ai dit. Je lui ai dit à quel point mon père aurait été fier de me voir là et d’entendre ces paroles-là pour les pieds-noirs que nous sommes.

Le problème c’est qu’il y en a pour tout le monde. Il rend hommage aux pieds-noirs et il  fait des salamalecs aux Algériens…

C’est vrai et je lui en ai parlé ! Je lui ai dit aussi que le 19 mars, comme tous les ans, je mettrais les drapeaux en berne, ce que j’ai fait. On peut être respectueux du chef de l’État et avoir avec lui des désaccords. Peut-être que je deviens trop vieux pour l’opposition systématique…

Vous n’allez pas commencer à 70 ans une carrière de courtisan.

Ce n’est pas vraiment mon genre… Je suis un maire heureux. Je n’attends rien de personne.

Vous êtes sincèrement admiratif des qualités de Macron. Envisagez-vous de travailler avec lui ? Vous l’a-t-il proposé ?

Je discute avec tout le monde, y compris des gens très proches du président qui me savent gré de ne pas être toujours dans la critique. J’ai été le premier élu de droite à approuver le passe sanitaire, alors que j’avais beaucoup critiqué la gestion de la crise sanitaire l’année précédente. De même, sur l’Ukraine, je n’ai pas hésité à affirmer qu’il avait raison et que mes amis avaient tort. Il y a peut-être des gens qui regrettent que je ne sois pas le facho qu’ils imaginaient, mais c’est tant mieux pour moi et surtout pour ma ville.

Si on vous propose d’entrer au gouvernement, étudierez-vous cette proposition ?

La seule question que je me poserais, c’est : pour quoi faire ? Si demain Macron vous appelle et discute avec vous, vous n’allez pas lui raccrocher au nez.

Pensez-vous que Macron est capable de mener à l’apaisement que vous appelez de vos vœux ?

Je l’espère. Et je ne lui fais aucun procès d’intention.

Macron II: Que la fête commence!

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Que la fête commence ! Mais quelle fête le roi Macron II nous prépare-t-il ? Il nous promet un véritable pays de Cocagne, un pays où – pour parodier le Baudelaire de « L’invitation au voyage » – tout n’est que réconciliation, bienveillance et unité nationale. Crédible ? Pas pour Elisabeth Lévy. L’ère « postpolitique » dans laquelle nous sommes entrés ne permet plus d’organiser les mécontentements. En disqualifiant toute revendication populaire, notamment en provenance de la France dite « périphérique », le maccarthysme moral ambiant empêche la civilisation des conflits propre à notre société. Plutôt que l’unité festive et de façade de la macronie, ce qu’il nous faut, c’est « un horizon commun, un cadre symbolique partagé dans lequel nous serions d’accord pour être en désaccord. » Le verdict du maire de Cannes est sans appel : « Macron restera le président des dettes. » David Lisnard confie à Elisabeth Lévy qu’il veut inventer une nouvelle droite, opposée autant au transnationalisme de Macron qu’à l’islamo-gauchisme des Insoumis, et ayant le courage de rompre avec le social-étatisme qui détruit l’État. Un autre maire, Robert Ménard, nous explique pourquoi il a changé. Pour lui, l’ère des excès verbaux, des slogans et des affiches chocs est close. S’il a soutenu Marine Le Pen, par fidélité, cela ne l’empêche pas de saluer certaines actions d’Emmanuel Macron. Mais pour l’historien, Pierre Vermeren, le consensus bourgeois autour du président n’augure pas la refondation du contrat social. Il est l’aboutissement d’un mépris profond pour les classes laborieuses et annonce des révoltes populaires violentes. 

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Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, revient dans une interview avec Gil Mihaely sur les résultats de la présidentielle. Les trois blocs sortis des urnes – l’extrême gauche, l’extrême droite et l’extrême centre – sont là depuis cinq ans. La nouveauté réside plutôt dans la normalisation de Marine Le Pen, l’ancrage communautaire de Jean-Luc Mélenchon, et la confirmation que le clivage politique a laissé place à un clivage social. Pour Philippe Bilger, Marine Le Pen a réussi à inscrire son parti dans la normalité républicaine, et ce, malgré le front « antifa » habilement instrumentalisé par Emmanuel Macron. Tandis que Jean-Luc Mélenchon, selon l’analyse de Céline Pina, est parvenu, grâce à une campagne clientéliste menée auprès des Français arabo-musulmans, à enregistrer des scores chavéziens dans de nombreuses banlieues. Ce vote communautaire marque l’influence des islamistes sur toute une population. Cette gauche dite « nouvelle » de Mélenchon est-elle vraiment nouvelle ? Dans son édito, Elisabeth Lévy, y voit surtout une répétition de celle théorisée autrefois par le think tank Terra Nova : une gauche qui devait abandonner le prolétariat pour se tourner vers un nouvel électorat fondé sur l’alliance entre les bobos et les immigrés. Cela ne marchera pas, car « la gauche sans le peuple, voire contre le peuple, est sans avenir. »

Notre numéro 101 est disponible sur le kiosque numérique dans la boutique en ligne, et demain en vente chez le marchand de journaux !

À l’époque de la génération trans, il faut sauver les enfants ! Introduisant notre mini-dossier sur la mode de la transidentité qui sévit dans nos collèges et lycées, Elisabeth Lévy estime qu’il est urgent de « dénoncer cette folie qui promet d’engendrer bien plus de souffrances qu’elle n’en apaisera. » Dans une enquête sur le financement du lobby trans, je mets à nu tout un système international d’ONG, d’universités, d’hôpitaux, d’entreprises et d’organismes publics alimenté par l’argent fourni par un petit nombre de milliardaires intéressés. Nous combattons les idées du lobby trans ; nous devrions combattre surtout son argent. La conséquence directe de l’action de ces apôtres est que, à l’école, de plus en plus d’élèves se revendiquent d’un autre genre que celui de leur naissance, pendant que le ministère recommande aux professeurs d’approuver ces changements d’identité. Gabrielle Périer a recueilli les témoignages de parents désemparés. Pourquoi nos adolescents sont-ils si souvent vulnérables à cette épidémie de dysphorie de genre ? Le psychanalyste, Jean-Pierre Winter, se confiant à Gil Mihaely, voit l’explication dans l’effacement de l’autorité, celle des parents, profs ou médecins. Face à la parole sacralisée, il est interdit d’interdire. Mais si écouter un enfant est une chose, le croire en est une autre. Pour compléter le tableau, Marsault nous présente Jules, marié à Pimprenelle, née Gérard…

Comme tous les mois, Causeur lève le rideau sur la scène culturelle. Mais, tristement, le rideau vient de tomber sur la vie de Michel Bouquet. Frédéric Ferney et Yannis Ezziadi rendent hommage à la mémoire d’un acteur resté intransigeant dans sa recherche de la perfection. C’est à la mémoire de Marcel Proust, dans l’année de son centenaire, que Jérôme Leroy rend hommage, tandis que Julien San Frax fait l’éloge de Richard Strauss qui sera à l’honneur à l’Opéra de Bastille et au Festival d’Aix-en-Provence. Heureusement, tous les génies ne nous ont pas quittés… Christian Lacroix s’est confié à Yannis Ezziadi. Après avoir marqué de son nom le monde de la haute couture, il l’a imposé à l’univers du décor et du costume de scène, à l’opéra et au théâtre. Il a récemment signé sa première mise en scène d’opéra avec La Vie parisienne d’Offenbach, empreinte de rêve et de nostalgie. Voilà une fête qui peut bien commencer !

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Un sentiment de grand remplacement

Le jour de l’Aïd el-Fitr, dans les rues d’Aubervilliers, on réalise que les diverses communautés et ce multiculturalisme qui nous est tant loué par les politiques se fondent en réalité dans l’oumma.


Lorsque, aux alentours de huit heures ce matin, j’ai été tiré de mon sommeil par une voix aussi insistante que lointaine qui à l’évidence ne provenait pas de l’intérieur de mon appartement, il ne m’a fallu qu’une dizaine de secondes pour l’identifier comme étant celle d’un muezzin (1) et en déduire aussitôt qu’aujourd’hui devait être le jour de l’Aïd el-Fitr.
Preuve qu’en faisant un petit effort, on peut très vite et très bien s’assimiler à la culture qui nous entoure !

Multiculturalisme ?

Une demi-heure plus tard, j’avais une confirmation visuelle de ma déduction sonore, dont j’ai oublié de dire qu’elle avait été facilitée par le bruit des klaxons : en effet, le jour des fêtes musulmanes, la circulation est rendue moins fluide par l’afflux massif des fidèles – qui n’ont pas assez des trottoirs pour circuler. En sortant de ma petite résidence, c’est donc à une joyeuse cacophonie et à un festival de couleurs que j’ai été confronté. Couleurs de vêtements comme couleurs de peau. Car ici, à Aubervilliers, c’est l’oumma qu’il est donné de voir, loin de tout sectarisme national. Et l’oumma, on dira ce qu’on voudra, c’est quand même impressionnant quand on pense aux conflits meurtriers qui déchirent le monde musulman ailleurs sur la planète : un rapide contrôle au faciès dans les rues de ma commune limitrophe de Paris indique que le continent africain est représenté dans toutes ses latitudes, pas seulement celles du Maghreb, que le sous-continent indien n’est pas en reste, et certainement d’autres points du globe plus orientaux encore ; or, tout ce petit monde cohabite paisiblement et s’agglomère lors des grandes fêtes religieuses, comme si les tensions communautaires n’existaient pas.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Appelez ça comme vous voulez…

Les qamis étaient très nombreux chez les hommes, les abayas et hijabs constituaient la norme pour les femmes. Les enfants étaient pour la plupart eux aussi endimanchés. Enfin, pas endimanchés bien sûr, je voulais dire : vêtus de manière traditionnelle. C’est certainement cette unité vestimentaire qui est la plus frappante lorsqu’on regarde ces foules bigarrées en fête. Le reste du temps, dans les rues d’Aubervilliers, devant les écoles, sur les terrains de sport, on voit des gens de toutes origines dont, sauf pour les femmes voilées, on ne se pose pas forcément la question de la religion. En étant distrait, on pourrait imaginer une apposition de groupes humains différents, un espace multiculturel où aucune communauté ne domine, comme si la diversité était synonyme de neutralisation. Certes, il y a bien les queues le vendredi devant les mosquées, souvent de fortune, pour indiquer la présence d’une communauté de foi qui rassemble tous ces gens d’origine différente, mais à part ce phénomène relativement discret, on serait en peine de deviner une unité quelconque dans la population qui occupe l’espace, et ce d’autant moins que les asiatiques sont nombreux et élargissent la diversité démographique visible. Ce matin, comme tous les matins de grande fête musulmane, c’était un sentiment de submersion qui l’emportait, car, tant par le nombre de personnes rassemblées que par l’effort vestimentaire consenti, il y avait l’effet de masse, de groupe, de foule qui jouait à plein.

Participation massive

Outre la dimension sensorielle, physique qui donne sa substance à ce sentiment de submersion (j’entends par là qu’il ne s’agit pas d’une abstraction, d’une intellectualisation, mais bien d’une expérience concrète, perçue directement par les yeux et les oreilles : je n’ai pas rêvé ces centaines de personnes rassemblées, je ne les ai pas fantasmées), c’est le contraste avec ses propres références culturelles qui nourrit l’impression d’un changement radical et d’une profonde remise en cause des valeurs de notre pays. Derrière le grand mot de laïcité, dont la définition n’a rien d’univoque, se cachait, pour le baptisé devenu agnostique que je suis, l’idée essentielle que la conviction religieuse était une chose à la fois personnelle, discrète et accessoire.  Pour le dire autrement, la religion avait perdu le rôle de colonne vertébrale des comportements de tout un chacun, même si cela ne l’empêchait pas de nourrir la sensibilité et la manière d’agir de ceux de nos concitoyens qui étaient encore pratiquants ou du moins qui avaient la foi. Mon expérience personnelle me faisait confirmer les diagnostics de déchristianisation ou de sortie de religion que j’ai pu lire par la suite sous la plume de Marcel Gauchet ou de Guillaume Cuchet. En précisant cependant que, de par le fait que notre pays avait 1500 ans d’histoire chrétienne derrière lui, la sécularisation n’était que la poursuite sans clergé d’une morale et d’une vision du monde globalement inchangées : pour reprendre Nietzsche, le monde avait perdu Dieu mais ne s’en était pas vraiment aperçu, d’où la persistance de traditions et d’usages sur un mode désacralisé. Le paysage architectural, littéraire et artistique entretenait un paysage mental familier, ancré dans un imaginaire judéo-chrétien dévitalisé sur le plan de la foi mais toujours opérant sur celui des valeurs et des représentations collectives. Bref, à moins d’aller soi-même à la messe, on ignorait qui se rendait à l’église le dimanche et tout le monde s’en fichait, car ce n’est pas ce qui réglait la civilité entre les gens. Quant aux processions religieuses lors des grandes fêtes chrétiennes, elles étaient devenues pour l’essentiel un élément de folklore qui tenait plus de l’identité régionale ou locale que de la foi qui édicte le comportement en société.

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Le spectacle de ce matin à l’occasion de l’Aïd el-Fitr disait tout autre chose. Par la participation massive au rassemblement dont j’ai été témoin, par la séparation des sexes dans le stade où se tenait la « cérémonie », par l’accoutrement vestimentaire religieux marqué des fidèles qui n’a rien à voir avec le fait de s’endimancher, par la diversité des langues parlées dans cette foule réunie, c’est une autre civilisation qui s’affichait dans l’espace public, une civilisation dynamique, rassembleuse, bien vivante, mais porteuse d’autres valeurs que les nôtres. Une civilisation qui, lorsqu’on est critique de l’individualisme occidental et nostalgique d’un collectif éteint depuis longtemps, a de quoi faire envie. Une civilisation qui, quoique ayant voté massivement pour Jean-Luc Mélenchon, se fiche royalement d’une créolisation illusoire et entend se défendre et se répandre grâce à sa cohérence et sa vitalité internes. Une civilisation prête à remplacer la nôtre, qui ne fait plus vraiment rêver, qui ne rassemble plus, qui ne nourrit plus les esprits. Allez ! Aïd Moubarak !


(1) Pour être exact, n’ayant ni mosquée ni minaret à proximité immédiate de chez moi, la voix entendue n’était peut-être pas celle d’un muezzin ; c’était en tout cas celle d’un homme qui se tenait vraisemblablement dans le stade où avait lieu le rassemblement et dont il est question plus loin dans le texte, une voix portée par mégaphone ou haut-parleur et dont je ne saurais dire ce qu’elle disait car la distance et les murs me la rendaient indistincte. Pour autant, les intonations et le rythme adoptés par cette voix ne laissaient aucun doute quant au fait qu’elle appelait au rassemblement des fidèles, ce dont j’ai eu confirmation en sortant de chez moi et en passant devant le stade rempli de fidèles et dont on aperçoit l’entrée sur la photo d’illustration.

La liberté, y en a marre!

Le débat sur la liberté d’expression redevient central, à l’occasion du rachat de Twitter par Elon Musk. Notre contributeur se demande si une liberté absolue est vraiment souhaitable. Même si la cancel culture des progressistes est une menace réelle, il doute que le milliardaire américain nous délivre du gauchisme culturel.


Il a bien entendu raison, Raphaël Enthoven, avec sa liberté liberticide et il faut être un bourrin de droite pour ne pas le comprendre. La liberté totale, c’est « Squid Game » comme l’égalité totale, c’est le goulag. À tout, il faut des limites – et même aux limites, il faut des limites. Il faut être nietzschéen et kantien, conquérant et casuistique, absolu et procédurier. Il faut de l’anarchie et de la jurisprudence, de l’innocence et de la responsabilité, du Yin et du Yang – Elon Musk, d’accord mais pas sans Thierry Breton. C’est comme cela que ça a toujours marché dans les sociétés civilisées et c’est ainsi que nous procédons tous, même le plus libertarien ou le plus légaliste, chacun se trouvant sa propre poche d’insolence et de droit. Évidemment,  quand ces poches diffèrent, ça fait des clashes.

L’inquisition inclusive est une horreur mais ce n’est pas par la réalité alternative que l’on s’en sortira!

Moscou préférable à New York, vraiment ?

Mes clashes à moi, en ce moment, c’est avec les droitards que je les ais. C’est que mes pauvres amis sont partis en vrille comme jamais. La crise sanitaire les a rendus dingues, complotistes, obscurantistes, occultistes. La crise ukrainienne les a achevés, révélant ce qu’il y avait de plus hideux en eux, le goût de la collaboration, du sang, du poutinisme exacerbé – et sous prétexte que Poutine est contre le mariage gay et les LGBT, la belle affaire ! Alors que le minimum syndical pour un nationaliste aurait été de prendre fait et cause pour la nation ukrainienne, qui n’est plus russe depuis longtemps et ne veut plus jamais l’être, voilà nos nationalistes qui se sont rués pour la Russie qui n’a jamais vraiment été une nation, au mieux un gazoduc dans une steppe. Il est vrai que, sous un mode soviétique ou tsariste, la Russie a toujours excité le virilisme des matamores, persuadés que le communisme ou la tradition allait sauver le monde (parce qu’il faut toujours « sauver » quelque chose, avec eux). Poutine, rempart de nos valeurs ? C’est ce qu’on se dit dans les milieux tradi, sans se rendre compte de l’imposture inouïe qu’il y a là-dedans. Il est vrai que même De Gaulle y a cédé un moment, étant à l’origine de cette fadaise d’Eurasie qui irait de Brest à Vladivostok. Et pour la raison lamentable que le vrai danger, pour les frenchies complexés, c’était l’Amérique libérale et démocratique – alors que celle-ci a toujours été notre monde. Je n’ai jamais pu comprendre comment on pouvait préférer vivre à Moscou plutôt qu’à New York.

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Et donc, voilà que les mêmes qui n’ont eu cesse de blâmer le « capitalisme » et « la culture Mickey » tombent les uns après les autres dans les bras de ce grand dadais d’Elon Musk, milliardaire Bibendum, qui vient de racheter Twitter, le réseau social le plus con du monde (même si on y est tous, évidemment parce que la connerie est la chose du monde la mieux partagée.)

La cancel culture, solution finale de la culture

Alors bien sûr, j’entends les arguments libéraux / libertaires, d’ailleurs fondamentalement humanistes, et que je pourrais moi-même fournir. Le woke est une lobotomisation de l’intelligence et de la sensibilité ; la cancel culture est la solution finale de la culture. Ce qui se passe aujourd’hui dans les universités américaines et qui arrive en force chez nous (même si la France ne se laisse pas faire et a un esprit de résistance qui n’appartient qu’à elle, preuve cette Guerre de Louis-Ferdinand Céline qui arrive à point) relève du crime contre l’esprit. Rien de plus odieux que ce puritanisme qui fait des ravages sur les réseaux sociaux, ces mises en cabane sur Facebook qui se multiplient pour un mot de trop (et je sais de quoi je parle), ces annulations de compte pour avoir « insulté » un particulier ou un groupe (même la formule de De Gaulle : « les Français sont des veaux » aujourd’hui ne passe plus) – tout cela donne envie de ruer dans les brancards et de clamer une liberté totale, forcenée, s’éjaculant partout.

Et c’est à ce moment-là que le peine-à-jouir en moi s’interroge. La « liberté absolue » que promet Musk sur son réseau ne serait-elle pas aussi celle des voyous, des tarentules, des sangsues, des porcs, de ceux qui en appellent vraiment au meurtre ou au viol ? Je me demande ce que Mila en pense, tiens, de cette liberté azimutée. Parce que les trolls, ça existe. Et ce sont eux qui ont pris le pouvoir sur Internet et qui du coup apportent de l’eau au moulin des censeurs. C’est que le politiquement abject a toujours été l’idiot utile du politiquement correct. Et sur la toile, on est servi. Le dissident grouille, conspire, diffame.  Le dernier de la classe se venge. Le revanchard exulte. Le vrai facho se substitue à l’antimoderne – faisant d’ailleurs et souvent la honte de ce dernier dans ses commentaires.   L’intersectionnalité de l’ultra droite rattrape celle de l’ultra gauche. La charlatan triomphe. Consécration du confusionnisme, de la désinformation, du rouge-brun. Ce ne sont pas tant les « discours de haine » qui posent problème que les mensonges, le révisionnisme en direct, l’affabulation décomplexée.

Elon Musk, août 2021 Gruenheide, Allemagne © Patrick Pleul/AP/SIPA

Elon Musk ne va pas nous délivrer du gauchisme culturel

Alors, si c’est ça Twitter, ce sera sans moi. Je hais la censure mais la fake news ne me fait pas rêver.  Et je crois de moins en moins en la fameuse main invisible du Premier Amendement par laquelle tout devrait finir par se réguler. Dans un monde éclaté, anomique, déconstruit (et autant par les déconstructeurs officiels que par « l’individualisme de masse », comme disait Patrick Buisson, dans Le Point d’il y a deux semaines), la philosophie, la poésie et la vie ont fort peu de chance de l’emporter.  

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Et puis la liberté, j’en suis désolé, ça se mérite. Être libre, c’est d’abord penser contre soi, accepter la contradiction et comprendre les choses ne serait-ce que pour mieux les combattre si on est contre – ce dont l’homme du ressentiment, pourri par son idéologie régressive ou augmentée, est bien incapable. Si liberté absolue il y a, elle se situe dans le scepticisme et non dans le fanatisme. C’est Montaigne qui est libre, pas Savonarole. Pas besoin de faire allégeance au premier milliardaire venu ou au nouveau dictateur cool pour croire que l’on va enfin se délivrer du gauchisme culturel. Trump lui-même n’a pas empêché que celui-ci progresse dans son pays. Encore une fois, l’inquisition inclusive est une horreur mais ce n’est pas par la réalité alternative que l’on s’en sortira. Par ailleurs, « qui peut croire que tous les avis se valent ? » comme se le demande Papacito dans un article plus retors qu’il n’en a l’air dans le dernier Furia. L’opinion des gueux, ça va cinq minutes. Et il est pitié de voir nos « assoiffés de liberté » tomber dans tous les égouts de la matrice au nom de leur détestation du « camp du Bien » – alors que c’est le camp du vrai (et du beau) qui devrait les attirer. Mais tout à leurs convictions d’esclaves rebelles et prêts au pire pour combattre le mal, ils s’en foutent.

Alors, Musk ou pas Musk ? Au bout du compte, je n’ai pas de réponse à cette question – normal pour un sceptique, me diriez-vous. Sans doute faut-il prendre ses distances, même si c’est difficile vu que nous sommes tous attirés par le metavers.

Zarathoustra reste encore le meilleur conseil: « J’aime mieux être changé en stylite qu’en tourbillon de rancune ».

Mélenchon, la revanche à n’importe quel prix

Mélenchon savoure sa revanche. Après avoir quitté le Parti socialiste il y a 14 ans, il est en passe de faire main basse sur la gauche française. Les Insoumis ont beau professer une sixième République et la fin de ce qu’ils qualifient de “monarchie présidentielle”, la figure un tantinet autoritaire de « Méluche » apparaît comme toute puissante à la veille des législatives.


Le leader des Insoumis est en train d’opérer une OPA sur toute la gauche. Comment cet extrémiste est-il parvenu à incarner à lui seul l’unité de la gauche ? Par quel tour de passe-passe la gauche, fief des intellos et des sachants, est-elle en passe de se donner à ce politicien, certes talentueux, mais peu regardant sur la vérité historique et plus à l’aise avec le verbe et ses incantations qu’avec la réalité ? Essayons de démêler ce mystère…   

Les yeux de Chimène de l’extrême-gauche pour les dictateurs

Abstraction faite de son score bigrement élevé à l’élection présidentielle (21,95% des suffrages exprimés), l’aura de Mélenchon tient à sa personnalité. Contrairement à ce qu’elle professe dans les salons bien-pensants, la gauche a toujours eu les yeux de Chimène pour les mâles dominants, les duces autoritaires. Cuba, URSS, Vénezuela et Chine communiste tiennent ou ont tenu grâce à la poigne de fer d’un seul homme. Par un paradoxe stupéfiant, la gauche collectiviste n’a jamais été réfractaire au pouvoir d’un seul homme ! Avec Mélenchon, LFI est en adéquation avec cet invariable de la gauche radicale. Et si on met de côté le mantra d’une hypothétique sixième République, la personnification du pouvoir a de beaux jours devant elle. 

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« Plus à gauche que moi, tu meurs ! »

Ensuite, une grande partie de la gauche est persuadée que Hollande n’ayant jamais été de gauche, celle-ci n’a plus été au pouvoir depuis Jospin, c’est-à-dire depuis 2002. La plupart de ses militants sont donc prêts à toutes les compromissions pour revenir aux affaires. LFI leur en offre l’opportunité. Du moins est-ce ce qu’ils pensent.

Mélenchon profite également du penchant à la radicalité de la Révolution française, qui continue d’informer l’ADN de toute une partie de la gauche de notre pays. À cet égard, le leader des Insoumis est un héritier de l’histoire de notre pays. La gauche a besoin de mythes : la gauche radicale a trouvé le sien dans la geste révolutionnaire de 1793. Ce n’est un secret pour personne : Mélenchon s’est toujours rêvé en nouveau Robespierre.

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Par ailleurs, l’Insoumis en chef a su agréger autour de lui plusieurs mouvances nouvelles que le Mélenchon laïc et universaliste de 2017 n’aurait jamais reconnues pour siennes : wokisme, islamo-gauchisme, communautarisme. La gauche ayant perdu le peuple, LFI a dû se résigner à aller chercher d’autres électeurs en optant pour une sociologie à la fois des beaux quartiers bobos et des quartiers des banlieues de nos grandes villes. 

Suspicion sur l’Europe

Enfin, la force de Mélenchon tient dans le fait que la gauche européiste est passée avec armes et bagages chez Macron. À part un dernier résidu de sociaux-démocrates réformiste resté au PS, le reste de la gauche juge que l’Europe est trop libérale. Aussi Mélenchon n’a-t-il pas eu trop de mal à les convaincre de les rallier à son point de vue sur ce sujet. Que feront les écologistes fédéralistes ? Peut-être quitteront-ils EELV.

Reste à savoir si cette dynamique d’union arrivera à se concrétiser dans les urnes à l’occasion des législatives de juin prochain. 

François Ruffin, député de la Somme, semble conscient que sans le vote de la France périphérique, cela ne sera pas possible. Sur France inter, se félicitant que LFI ait gagné le vote des banlieues (où l’immigration est majoritaire), il déclarait le 28 avril : “je regarde ma circonscription: Mélenchon fait 60% dans les quartiers populaires. Et quand je vais à Fixecourt qui est une zone ouvrière à la campagne, il fait 14% et Marine Le Pen, 44%…” Avant d’ajouter: “Il faut tenir les deux bouts. Aujourd’hui, l’Union populaire, ça doit être l’union des quartiers populaires et des campagnes populaires”…


Élisabeth Lévy : « La gauche islamisable est un danger pour la République (…) A LFI, les laïques ont déjà perdu ! »

Retrouvez « Lévy sans interdit » avec Élisabeth Lévy tous les matins du lundi au vendredi sur Sud Radio, à 8h10

Qui arrêtera l’hyper violence d’extrême gauche?

A chaque manifestation, son cortège de violences. La traditionnelle manifestation du 1er mai n’a pas dérogé à la règle, avec des casseurs qui sont venus en nombre semer le chaos en plein Paris. 


Normalement, c’est censé être une fête, le 1er mai ! Quel triste bilan: huit policiers blessés, un soldat du feu violemment agressé, 45 interpellations, des vitres brisées, des commerces pillés, un fastfood vandalisé, des banques, des agences immobilières ou de voyages saccagées, sans parler des habitants choqués et en colère face à l’ampleur des dégradations et le déchainement de cette violence gratuite.
Ces lourdes défaillances sont-elles imputables à l’impuissance de la chaine pénale, aux services de renseignements ou à une absence de volonté politique ?
Pour Eric Delbecque, spécialiste des questions de sécurité intérieure, auteur des Ingouvernables et de L’Insécurité permanente, il est temps de remettre la lutte contre « l’ensauvagement de la société » au cœur de l’agenda politique, surtout au regard des tractations actuelles entre Insoumis et Socialistes. Un potentiel basculement de la gauche mitterrandienne vers la gauche radicale pourrait envoyer des signes encourageants aux activistes de l’ultra gauche…


Causeur. Les casseurs du 1er mai sont connus des services de police. Ils appartiennent aux groupuscules d’ultra gauche anarcho-anticapitaliste des Black blocs. Et pourtant, ils continuent à semer le chaos. Comment expliquez-vous cette incapacité à les empêcher de nuire ?

Eric Delbecque. En matière de sécurité intérieure ou de lutte contre les différentes formes de radicalisation, l’impuissance juridique n’existe quasiment plus. Nous disposons de tous les textes possibles et imaginables. Il faut dorénavant les appliquer, les combiner et éventuellement en préciser certaines modalités opérationnelles. Mais nous aurions aujourd’hui plus de bénéfices à arrêter de faire des lois plutôt qu’à les multiplier à l’occasion de tel ou tel événement suscitant l’émotion collective.
Une écrasante majorité de nos difficultés à assurer la sécurité des Français provient d’un manque de continuité dans l’action des pouvoirs publics. Nous échouons à anticiper, à construire des stratégies et à les appliquer sur la durée. Prendre de la distance, à la suite de l’affirmation d’une volonté politique solide et renseignée, voilà ce qu’il faut demander à nos gouvernants. Si les outils à la disposition du pouvoir (la police et la gendarmerie) sont une force, leur utilisation politique apparaît le plus souvent comme une faiblesse.
De la politique du chiffre à l’omnipotence médiatique, beaucoup d’actes politiciens constituent des erreurs majeures qui fragilisent l’atteinte de nos objectifs légitimes de sécurité intérieure.

Eric Delbecque

L’électoralisme s’ajoute donc à l’absence d’anticipation et de prospective pour finir par entraver le déploiement intelligent de nos ressources de maintien de l’ordre public.
Il est indispensable de prendre le temps de réaliser un diagnostic précis, ce qui veut dire écouter le terrain, les acteurs, les professionnels suant chaque jour afin d’éviter le désordre.

Revenons à l’identité de nos fauteurs de troubles. Dans votre essai Les ingouvernables, vous définissez les Black blocs moins comme un mouvement que comme une tactique… Pourtant, en ciblant les symboles de la mondialisation (banques, McDo…) et les représentants de l’autorité publique (pompiers, policiers), ces casseurs ne véhiculent-ils pas bien leur appartenance à un mouvement anticapitaliste et anarchiste ?

L’un n’empêche pas l’autre ! La « technique Black bloc » fut en effet construite à l’origine par le courant de l’anarchisme autonome, qui s’enracine en Allemagne et en Italie. Elle est donc idéologiquement marquée.
La plupart de ses « pratiquants » appartiennent à cette nébuleuse de l’anarchisme et de l’anticapitalisme violents, où l’on trouve aussi les antifas et des représentants du syndicalisme révolutionnaire qui adhèrent à une perspective musclée de leur propre tradition idéologique. On peut également débusquer sous la cagoule des escouades en noir des écologistes radicaux. Cependant, si les Black blocs s’affirment bel et bien comme des représentants de l’ultragauche, il y a également dans leurs rangs des individus qui finissent par faire passer leur attirance pour la violence avant même toute identité doctrinale.

Certains politiques, comme le secrétaire national d’EELV Julien Bayou, se sont émus de ne plus jamais pouvoir manifester en famille. Mais la « Manif pour tous » ou plus récemment les manifestations contre le passe sanitaire ont été épargnées par l’infiltration de ces Black Bloc.

Les Black blocs ne sont pas systématiquement présents parce qu’ils sont animés par une réflexion d’opportunité tactique et idéologique. Certains rassemblements ne favorisent pas l’affichage qu’ils veulent donner. Ils participent de la société du spectacle médiatique. Ils savent s’inscrire dans une guerre informationnelle particulière par laquelle ils entendent démontrer que l’État n’est pas en mesure de contrôler l’espace public. Ils viennent aussi provoquer les forces de l’ordre en espérant un dérapage. Les manifestations dont vous parlez (en particulier sur le passe sanitaire) ne cadraient pas véritablement avec ces objectifs.

Des violences policières jugées « systémiques », une doctrine du maintien de l’ordre sous le feu des critiques, une technique d’encerclement jugée illégale par le Conseil d’Etat, un usage de l’arme à feu strictement encadré par la loi, les forces de l’ordre ne sont-elles pas finalement désarmées pour répondre à une violence qui s’est largement amplifiée depuis ces dernières années ?

En tout état de cause, elles sont en permanence suspectées ! Au lieu de développer une politique de long terme favorable au bien commun, nous nous polarisons sur de faux débats, sous l’influence d’« idiots utiles » et d’activistes. Il faut bien avoir en tête que les militants de l’ultragauche disposent d’un agenda sur lequel figure la réactivation cyclique du thème des « violences policières ».
Jetées en pâture à la presse et aux réseaux sociaux, les forces de sécurité sont érigées en instrument du « pouvoir » qui lui est jugé comme le stratège d’un « système » de « violences policières ». La répétition de cette formule ne témoigne pas de la bêtise crasse d’idéologues qui l’ont forgée, mais plutôt d’une manœuvre consciente articulée sur une logique sans faille. En faisant en sorte que les médias adoptent et répètent en boucle cette contre-vérité, ils finiront par la rendre réelle aux yeux de tous. Et l’opération de propagande aura ainsi atteint son but…
En réalité, de quoi est-il vraiment question ? On parle de manquements individuels insupportables et inacceptables à la déontologie qui servent in fine de leviers vicieux à un lynchage global de la police, au mépris total de l’écrasante majorité des effectifs de femmes et d’hommes qui réalisent quotidiennement des milliers d’interventions pour protéger et secourir leurs concitoyens.
La manœuvre est grossière, mais beaucoup d’acteurs et de commentateurs s’y engouffrent.

Derrière cette diversion c’est donc le statu quo ?

Le ministère de l’Intérieur devrait se familiariser sérieusement avec les procédés informationnels des contestataires radicaux violents, afin d’éviter de tomber avec une régularité de métronome dans le panneau de cette propagande bien huilée… Et il faudrait peut-être également prendre de la hauteur pour envisager sans passion mais avec minutie les racines d’un mal-être policier qui favorise quelques déviances individuelles – minoritaires, il faut le répéter encore et encore.
Car à force de ne pas entendre les signaux sur le malaise de notre pays en matière de sécurité, la situation deviendra inexplicable et ingérable. Et osons l’affirmer fortement : c’est « l’ensauvagement », la décivilisation et l’insécurité permanente qui constituent les problèmes cardinaux de notre nation, pas les forces de sécurité…

La présomption de légitime défense, mesure présente dans les programmes de Marine Le Pen, d’Eric Zemmour et de Valérie Pécresse, permettrait-elle à la peur de changer de camp, et que les casseurs cessent en quelque sorte d’avoir ce monopole de la violence « illégitime » ?

C’est un débat juridique et éthique trop complexe pour être ainsi tranché.
Au final, ce qu’il faut bien plutôt affirmer c’est que le maintien de l’ordre ne doit plus reposer sur la crainte permanente de l’usage de la force légitime (je dis bien de la force – c’est-à-dire de la contrainte – et non de la violence).

Lorsque la députée LFI Clémentine Autain conteste la légitimité démocratique issue des urnes, en expliquant que si les législatives ne se passent pas comme prévu, la victoire sera à chercher dans la rue, n’y a-t-il pas de la part du parti de Jean-Luc Mélenchon une responsabilité politique dans l’impunité dont bénéficient les casseurs?  

« Continuer à aller dans rue », si l’on s’en reporte à ses déclarations rapportées par la presse, ne signifie pas forcément mener des actions brutales. Il n’en reste pas moins que l’on suspecte toujours un langage polysémique qui suscite l’inquiétude.
Je ne pense donc pas que l’on puisse imputer à Jean-Luc Mélenchon ou à ses proches une « responsabilité politique » conduisant directement à une forme d’« impunité »… Le sujet est d’ailleurs plus complexe que cela. Je crois en revanche que LFI a une responsabilité idéologique, culturelle et morale dans le processus d’implémentation sociale de la brutalité dans le climat socio-politique, comme toutes les autres radicalités d’ailleurs, islamiste, d’ultradroite ou d’« écologie profonde » !

Reste qu’à droite, il y a le fameux « cordon sanitaire » ! Ne faudrait-il pas aussi qu’un cordon sanitaire vienne entourer l’extrême gauche ? 

« L’imprégnation fasciste » n’appartient en effet pas exclusivement à l’un ou l’autre des extrêmes, ou à l’une des deux nébuleuses d’ultras (il y a des différences entre « extrême » et « ultra »). Elles sont toutes responsables ! Il faut éviter les jugements à l’emporte-pièce. En revanche, il apparait évident que les radicalités « dites » de gauche, de l’ultragauche au wokisme en passant par l’écologie radicale, s’avèrent chargés de pulsions totalitaires particulièrement inquiétantes…

On nous promet un troisième tour social, qui s’annonce tendu en raison de la réforme des retraites. Doit-on redouter une violence de plus en plus radicale ?

Probablement, mais il est bien difficile de faire des pronostics en la matière ! Ce qui me paraît beaucoup plus certain, c’est que les résultats des présidentielles et les grandes manœuvres partisanes qui en résultent et auxquelles nous assistons dans la perspective des législatives, vont dans le sens d’une radicalité favorisant des bouffées de violence.
L’explosion littérale du PS et sa mise en orbite autour de LFI (l’avenir dira si l’on observe la dissolution intégrale du parti socialiste ou sa « simple » subordination durable) démontrent un basculement partisan vers la gauche radicale. La mise à mort actuelle de la social-démocratie version française et mitterro-hollandiste encourage des positions maximalistes et peut, à mon sens, donner de l’assurance aux adeptes de l’action musclée, même si elle n’est pas formellement encouragée par l’appareil politique mélenchoniste.
L’ultragauche interprète ce contexte électoral comme un renfort apporté à ses prédictions et à son système idéologique global.

[Nos années Causeur] Mille portes ouvertes, et pas une qui se ferme

À l’occasion de notre numéro 100, Jean-Paul Brighelli nous adresse quelques lignes…


« Vraiment, vous écrivez dans Causeur, ce média fasciste ? Ça ne m’étonne pas de vous… » Cette réflexion, je l’ai subie dix fois, cent fois, assénée par des « gens de gauche » ou prétendus tels.

Qu’est-ce que ce doit être bien, dans leur tête ! Ici le Bien, et là le Mal. Ceci est woke, et ça, c’est caca-boudin.
Je suis très heureux d’être hébergé depuis des années par Causeur. Lorsque j’ai déménagé mon blog personnel, « Bonnet d’âne », créé sur le site du Midi-Libre et qui se cherchait un hôte plus ouvert, Elisabeth Lévy, que je ne connaissais alors ni d’Eve ni du bout des dents ne m’a pas demandé si j’étais ceci ou cela, pro-Hollande (horresco referens, comme on dit vulgairement) ou pastafarien. Elle m’a ouvert sa porte — « toi l’hôtesse qui sans façon m’a donné quatre bouts de pain quand dans ma vie il faisait faim », disait Brassens.

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Et puis j’ai intégré en parallèle les chroniques du site, parlant de littérature, d’école, de cinéma, de politique générale. C’était un peu avant que Le Point.fr, où l’on ne rit que du bout des dents, me ferme sa porte pour des prises de position qu’il ne considérait pas mainstream, comme on dit désormais en français.

Causeur au contraire ne répugne pas aux chemins de traverse où le Chaperon rouge s’égare et fréquente de bien méchants loups.

À une époque où les gens ont à cœur de se définir par les portes qu’ils ferment, Causeur se reconnaît à ses portes ouvertes. Je n’ai jamais, au fil de ces années, été censuré sur ce que j’avais écrit — pas une ligne, et pourtant j’en sors parfois des sévères. L’anticonformisme règne ici en roi débonnaire — et comment serait-il autoritaire ? Après un petit coup de déprime, l’année dernière, j’ai fermé « Bonnet d’âne », puis je l’ai rouvert en le spécialisant dans l’érotisme — un domaine où j’en connais un bout. Personne à Causeur n’a joué les Pères ou Mères-la-pudeur — ils le feraient qu’ils en poufferaient.

À ne pas manquer, numéro 101 en kiosques: Macron II: Que la fête commence!

Et pour avoir fréquenté quelques autres médias, je sais que cette attitude est aujourd’hui exceptionnelle. Là on cherche à amadouer les enseignants, et là les forces de l’ordre ou les islamistes — les médias ont été sommés, ces dernières années, de se ranger dans l’une ou l’autre des cases correspondant à la France fragmentée et communautariste dont Jean-Luc Mélenchon s’est fait désormais le chantre, sans aucune arrière-pensée électoraliste, bien sûr. Mais que je n’apprécie pas plus Eric Zemmour, qui fut un ami jadis, que le lider maximo de LFI ne dérange pas le bureau de Causeur, où les opinions n’ont de sens que si elles s’agrémentent d’un humour corrosif. Or, les gens qui se prennent aujourd’hui au sérieux en manquent considérablement. La fréquentation de Causeur m’a sans doute fermé pas mal de portes, entre autres dans l’édition. Je m’y fais : je préfère une vraie liberté ici qu’une litanie de contraintes là-bas. Et chaque fois que je lis des commentaires agressifs, je reprends Philippe Muray, l’apôtre-maison, et ça passe.

La fabrique du crétin: Vers l'apocalypse scolaire

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L’Europe redécouvre la réalité des conflits

La revue amie « Conflits » publie son nouveau numéro: « Ukraine, guerre au cœur de l’Europe »


Retrouvez également une enquête sur les narcos colombiens, les émeutes au Kazakhstan, les manifestations des camionneurs au Canada et toutes les rubriques habituelles de la revue de géopolitique. Causeur vous propose de lire l’éditorial de Jean-Baptiste Noé.


L’épée à la main

Confidence d’un échange qui remonte à quelques années avec une personne qui compte dans le domaine des relations internationales à qui je présentais Conflits « Vous vous appelez Conflits parce que vous aimez la guerre ? », question posée sur un ton mêlé de dégoût et de dédain. Non, notre revue s’appelle Conflits parce que la conflictualité est une réalité et qu’elle s’exprime de façon multiple. Étudier les conflits et tenter de les comprendre est une façon de s’y préparer et donc de s’en prémunir ; non de les faire advenir. Avec l’invasion de l’Ukraine, la chose est nette : la guerre est une réalité, y compris en Europe. Nous avons trop souvent entendu, dans d’autres médias, que c’était le premier conflit en Europe depuis 1945, occultant les guerres de Yougoslavie comme celle d’Irlande du Nord. D’autres de découvrir à cette occasion le cas du Donbass, en guerre depuis 2014, quasiment occulté par les actualités. Enfin, combien de commentateurs ont repris sans distance les communiqués officiels du gouvernement ukrainien ou bien se sont livrés à des analyses définitives sur un conflit que l’on ne peut prendre qu’avec grande prudence tant que dure le brouillard de la guerre. Dans le traitement médiatique d’un tel conflit, il est nécessaire de faire preuve d’humilité : reconnaître que l’on s’est trompé lorsque c’est le cas, ne pas se soumettre à la tyrannie du commentaire de l’immédiat alors que tant d’analyses, pour être justes, ont besoin de décantation pour dissiper le brouillard, être méfiant à l’égard des informations données et des discours officiels tant la manipulation est réelle, dans un camp comme dans l’autre. Ce que l’on peut dire d’un conflit lorsque celui-ci se déroule ressemble à une grande tapisserie trouée dont on essaie de déchiffrer le sens.

Conflits n°39, mai-juin 2022, 9€90 chez votre marchand de journaux

L’esprit de défense

Quand la guerre survient, il est trop tard pour y faire face. La paix et la liberté ont un coût, qui s’appelle la dissuasion. Investir dans une armée nécessite un véritable investissement financier et culturel qu’il faut réaliser en amont des guerres, pas pendant. C’est aussi un véritable « esprit de défense » qu’il faut créer, qui repose sur un humus culturel qui seul donne envie à des jeunes de s’engager dans l’armée et d’y faire carrière. Cet esprit de défense passe par la connaissance de l’histoire de France, de ses batailles victorieuses comme de ses défaites. Il suppose de disposer de lieux de formation, écoles et lycées, de professeurs, de lieux de mémoire où est marquée l’histoire militaire de la France, qui est l’histoire de sa survie et de sa construction. Pour réconcilier la France de l’Ancien Régime et celle de la Révolution, Louis-Philippe fit édifier à Versailles un musée de l’histoire de France et une galerie des batailles où, de Tolbiac à Napoléon, s’écrit la formation du pays. Certains se sont demandé si en cas de guerre l’armée de terre disposerait d’assez de munitions. C’est une question importante certes, mais vaine. La clef de l’esprit de défense n’est…

>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue de géopolitique Conflits <<

Pologne, état de siège

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Tomasz Ziętek dans "Varsovie 83" (2022) © Łukasz Bąk

Dans « Varsovie 83 », le cinéaste Jan P. Matuszynski s’inspire d’un fait divers réel pour montrer le début de la fin de l’époque communiste en Pologne. En salles aujourd’hui.


A la veille du bac, dans une Pologne communiste sous la férule du général Wojciech Jaruzelski (1923-2014), animal à sang froid qui, on s’en souvient, avait pour spécialité de n’ôter jamais ses lunettes noires, deux étudiants rigolards se baladent sur la grand-place de Varsovie, quand ils sont soudain contrôlés par la « milice citoyenne » comme sous ces latitudes l’on nommait alors aimablement la police. Contrôle musclé, c’est peu dire. Au point que le plus jeune, Grzegorz Przemyk, décède quelques jours plus tard, à trois jours de ses 19 ans, victime des coups de botte que dans le secret d’un commissariat quelques argousins zélés lui balancent dans l’abdomen.

Malchance, Grzegorz est le fils d’une poétesse, militante proche du fameux syndicat Solidarnosc, et comme telle particulièrement ciblée par le pouvoir : quoi de mieux que de s’en prendre au fils pour meurtrir la mère. Nous sommes au temps où la loi martiale vient à peine d’être levée ; le régime n’est pas loin de vaciller.

Loin d’un thriller judiciaire formaté

L’ami de la victime, Jurek Popiel, 21 ans, seul témoin oculaire de ce fatal passage à tabac, va devoir affronter non seulement les autorités, qui tentent de le faire taire par tous les moyens, mais également ses propres parents, si bien manipulés, instrumentalisés par les services secrets que le père de Jurek, lui-même officier, ira jusqu’à trahir son propre fils. Quant aux malheureux infirmiers qui ont convoyé Grzegorz, on les « persuade » d’affirmer, contre toute évidence, qu’ils ont eux-mêmes provoqué son trépas en le frappant dans l’ambulance : l’un d’entre eux se suicidera ; l’autre purgera quinze ans de prison pour un crime qu’il n’a pas commis. En attendant, cette bavure, devenue une affaire d’Etat, provoque de monstrueuses manifestations dans la capitale. L’Eglise catholique s’en mêle, par la voix très écoutée d’un prêtre, qui lui-même ne s’en sortira pas vivant. La mère de Grzegorz, à l’insu de feu son propre fils, entretenait une liaison avec Jurek. Une accusation de détournement de mineur, du pain bénit pour la faire craquer.

A lire aussi, du même auteur: Poule-au-pot, service égyptien

Esquivant le thriller judiciaire formaté à l’américaine (avec les plaidoiries comme climax), le scénario distribue de bout en bout, dans un parallélisme suffoquant, les rôles paradoxalement antagonistes et complices des bourreaux et des victimes, au sein d’une société perverse car intégralement minée par le mensonge, la délation, la terreur. Jusque dans la sphère du pouvoir, où les rivalités intestines et les rapports de force contraignent les hiérarques à un cynisme sans frein, la porosité entre vie privée et intérêts de carrière annihilant toute éthique individuelle.

Reconstitution impeccable

Au-delà de la représentation de ce qui constitue l’essence du totalitarisme dans sa version « rideau-de-fer », ce long métrage de près de trois heures (qui passent à toute vitesse) restitue impeccablement la sinistrose palpable, j’irai jusqu’à dire l’odeur –  nauséeuse, envahissante, implacable – du communisme, cette tragédie à l’état pur qui imprégnait de sa laideur ontologique, non seulement l’ambiance des rues, les transports miteux, les édifices, mais jusqu’aux intérieurs des logis – souffreteux, rebutants, hideusement meublés. Il faut rendre hommage au décorateur du film : vraiment, on s’y croirait ! Le grain de l’image lui-même, un peu piqué, un peu sale, participe de l’exactitude de la reconstitution. Seul bémol, la musique : nappage omniprésent, signé Ibrahim Maalouf, d’une redondance superfétatoire.

Ernest Nita, Mateusz Górski, Tomasz Ziętek, Szymon Wróblewski dans « Varsovie 83 » © Łukasz Bąk

Film de fiction, « Varsovie 83 » s’inspire, bien sûr, d’une affaire réelle. Celle-ci provoqua, en son temps, une manifestation monstre à l’occasion des obsèques du vrai Grzegorz Przemyk. Barbara Sadowska, sa mère, ne s’est jamais remise de la mort de son fils unique. Elle est morte en 1986. Certains de ses poèmes ont fait l’objet de traductions en français. D’interminables procédures judiciaires en révision du procès se prolongeront jusqu’en 1997. 

Varsovie 83. Une affaire d’État. Film de Jan P. Matuszynski Pologne, France, Tchéquie, couleur. Durée : 2h39. En salles le 4 mai.  

Les nouveaux maitres des populations

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Locaux deTwitter à New York

Même si ses idées conservatrices font peur aux wokes et peuvent nous plaire, le rachat pour 44 milliards d’euros du réseau social le plus turbulent du monde, Twitter, par le milliardaire le plus excentrique de la planète, Elon Musk, doit nous interroger.


Il est vrai que dans le paysage des médias mainstream dominés par les ultras-milliardaires progressistes tels que Bill Gates, Jeff Bezos, Mark Zuckerberg et autres George Soros, Elon Musk comme Vincent Bolloré sont des bouffées d’air salutaires. Mais cela ne doit pas nous empêcher de regarder la réalité en face. Il existe désormais une mainmise des ultras-milliardaires sur tous les principaux canaux d’expression et d’opinion des démocraties occidentales. Pire, cette mainmise, combinée avec la maitrise de l’intelligence artificielle donne la possibilité d’influer massivement sur les populations.

Partout où le progressisme règne, les sociétés et les États se délitent doucement mais surement. Les effets du progressisme sont partout les mêmes : division de la nation, déconstruction de la société et des solidarités. Dans ces conditions, les régimes progressistes ne peuvent que s’effondrer. Cela prendra quoi ? 10, 20 ou 50 ans ? mais vraisemblablement pas plus. La vraie question n’étant pas tellement quand s’effondreront-ils, mais par quoi seront-ils remplacés ?

Les géants de la Silicon Valley, rivaux des États-nations

Au temps de la chute de l’URSS, il y avait l’Occident qui était extrêmement fort économiquement et intellectuellement, sûr de lui-même. Aujourd’hui, nous avons trois acteurs essentiels sur la scène mondiale : l’islam qui a remplacé le communisme dans son rôle d’opposant idéologique au capitalisme. Il séduit une partie des habitants européens originaires des pays islamiques. Cela devrait créer des troubles religieux récurrents et violents, mais a priori pas plus. Vous avez ensuite la Chine qui a encore plus augmenté son envergure d’usine du monde avec le Covid et qui va surement devenir de plus en plus hégémonique. Mais dans les 100 prochaines années, nous ne devrions pas être son terrain de jeu prioritaire. Enfin, et surtout, il y a les grands mécènes et soutiens du progressisme, les GAFAM (Google, Apple, Facebook Amazon et Microsoft). Leur taille est désormais tellement phénoménale qu’ils sont les égaux de certains États.

A lire aussi: Panique chez les wokes: Elon Musk a acheté Twitter

Pire, ils ont dorénavant une avance quasi irrattrapable sur les Etats: le pouvoir de prévoir et d’influer sur les avenirs possibles. Leur accès quasi illimité à la Big data, leur puissance de calcul, leur avance sans comparaison dans le machine learning[1], le deep learning[2] et l’intelligence artificielle leur permet de pouvoir prévoir l’avenir ou plutôt les avenirs et même de les influencer.

Diviser pour mieux régner

Imaginez-vous seulement les informations qu’a sur vous Google ou Microsoft ? Google et Facebook en savent plus sur vous que votre meilleur ami. Ils sont capables de prioriser votre accès à certaines informations et influent déjà sur vos opinions, jugements, indignations et intérêts. Via le machine learning, ils peuvent prévoir les avenirs possibles, mais aussi tester plusieurs scénarios pour ensuite influencer sur notre avenir à tous.

Le jour où nos États seront devenus faibles de par les impérities des progressistes et les troubles sociaux, religieux et économiques récurrents, vous serez contents de trouver ces grandes firmes. Elles vous proposeront, à la manière de Netflix, un abonnement pour assurer votre sécurité, votre santé, l’éducation de vos enfants, la gestion de votre maison ou de vos affaires personnelles. Via ces abonnements l’on vous prédira les maladies que vous pourrez avoir et on vous préconisera un mode de vie. Moins vous le suivrez et plus votre abonnement vous coutera cher, car plus vous serez susceptible d’avoir besoin de soins médicaux. Il sera quasiment impossible de vous cacher pour manger du chocolat ou fumer une cigarette, parce que vous serez tracés tout le temps. Ces entreprises détiennent déjà aujourd’hui les technologies pour ce contrôle total.

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Alors imaginez où nous pourrions être dans 20 ans. Ces firmes, tout comme le progressisme, ont intérêt à nous individualiser et à détruire toutes les solidarités qui pourraient s’opposer à eux. Remarquez bien que le but ultime des progressistes peut paraitre alléchant : faire de chacun d’entre nous un homme sans limitation dans ses droits. Mais pour y parvenir, il faut détruire les solidarités familiales, religieuses ou nationales ce qui ne pourra que créer un homme sans obligation, sans foi, sans identité. Dans les faits et en dernier ressort, dans ce genre de monde, nous serons seuls, isolés, privés de toute solidarité et à la merci du plus fort.


[1] Ce sont des systèmes informatiques qui peuvent apprendre des données, identifier des modèles, prendre des décisions et améliorer leurs performances à résoudre des tâches sans être explicitement programmés pour chacune. Par exemple en introduisant diverses données comme les anniversaires dans telle ville, les données des cartes de fidélité, les tendances, les achats déjà effectués, il devient possible non seulement d’établir des modèles (à la Saint-Valentin, on vend plus de parfums et de lingeries rouges) mais aussi, via les flux de données, de prédire les prochains achats et de gérer les stocks (Ce vendredi, six flacons roses de parfum pour homme seront vendus au Séphora de Grenoble. Ces systèmes approvisionneront en conséquence directement le magasin).

[2] Le deep learning est une branche du machine learning mais nécessite des puissances de calculs bien plus importantes, et est capable d’apprendre d’autres choses que des données, comme par exemple des images. Il va par exemple pouvoir aller sur les réseaux sociaux comprendre des tendances à partir de publications (des influenceuses d’Instagram postent des photos flacons roses qui sont reprises par des followers basés à Grenoble et dont les points de la carte de fidélité à Séphora viennent à expiration ce week-end).

Robert Ménard: «Je préfère cinquante ans de Macron à un an de guerre civile»

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Robert Ménard © Joel Saget / Afp

Finis les excès verbaux, les slogans et les affiches chocs. Le maire de Béziers a changé. S’il a soutenu Marine Le Pen, par fidélité, cela ne l’empêche pas de saluer certaines actions d’Emmanuel Macron. Soucieux de montrer le chemin de la réconciliation nationale, Robert Ménard s’arme de sagesse et de bienveillance.


Causeur. À en juger par vos récentes déclarations, vous avez changé. Pouvez-vous expliquer cette évolution ?

Robert Ménard. Je me « gargarise » un peu moins ! J’ai été journaliste pendant plus de trente ans et, quand on est journaliste, on aime les mots, et plus encore les bons mots, parfois au détriment de ce qu’on voit et pense réellement. Je suis arrivé à la mairie avec le goût du slogan et de l’affiche choc. Et je me suis aperçu que ça blessait des gens. Or quand on est journaliste, on n’a pas affaire aux gens ! Quand on a envoyé son article, neuf fois sur dix, on ne revoit plus jamais les personnes dont on parle. Au contraire, un maire vit au jour le jour avec les gens, il les croise en bas de chez lui. Et puis être maire vous confronte à la complexité des choses, on voit que c’est difficile d’agir sur le réel. Finalement, j’ai réalisé que j’aimais les gens plus que les idées.

En somme votre évolution porterait seulement sur la forme ? On a tout de même le sentiment que sur les sujets comme l’immigration, vous vous êtes un peu déplacé. Vos idées ont-elles changé ou les exprimez-vous moins brutalement ?

J’ai réalisé que ça ne servait à rien de rajouter du malheur au malheur. Parfois, mes excès couvraient des attitudes ou des propos dont je ne suis pas très fier : je pense à cette affiche où on voyait des migrants qui semblaient s’en prendre à notre cathédrale et dont la légende était « Vous n’êtes pas les bienvenus ». Je mesure à quel point la tentation d’être applaudi fait dire de mauvaises choses, que l’on peut toujours justifier intellectuellement mais dont on sent que ce n’est pas bien. Je ne cherche pas à faire de la poésie, mais pris dans une espèce de plaisir à provoquer, à être repris par mes ex-confrères, j’ai sans doute oublié une certaine prudence qui n’est pas forcément synonyme de lâcheté ou de compromission, mais peut-être d’un peu de sagesse.

Certes, il y a les phénomènes que l’on peut dénoncer et les individus qui en sont les agents inconscients. Considérez-vous encore que l’immigration et l’islam identitaire sont un combat prioritaire pour notre pays ?

Oui, mais je sais aussi que les migrants n’arrivent pas massivement avec la volonté d’islamiser le pays. Récemment, pendant une visite d’un quartier dit « difficile », une maman musulmane m’a expliqué qu’elle avait inscrit sa fille à l’école Notre-Dame et que ça lui coûtait 200 euros par mois. Je lui ai fait remarquer qu’il y avait, près de chez elle, une école publique gratuite mais, m’a-t-elle répondu, elle voulait du « mélange », elle voulait « des Français ». Quand on me dit ça, je réponds systématiquement : « Mais vous êtes Français vous aussi ! » Et dans 99 % des cas, ils le sont ! Bien sûr, on comprend ce qu’ils veulent dire. Mais on n’ose plus employer les mots justes… Pour revenir à cette fameuse affiche, elle donnait l’impression qu’on pointait du doigt l’islam au risque d’attiser une guerre de religion. Évidemment, je ne fais pas une guerre à l’islam, mais à l’islamisme radical et ce n’est pas la même chose. Aujourd’hui, je n’ai pas envie de faire de la peine à cette dame. Elle est sympathique, et nous aurions mille choses à nous raconter. Je préfère désormais ce genre de dialogue aux coups médiatiques du passé.

Robert Ménard accueille Emmanuel Macron à Béziers, le 16 novembre 2021 © Guillaume Horcajuelo / Pool / AFP

Vous disiez alors qu’il y avait, sur notre territoire, une autre civilisation qui voulait s’installer. Le pensez-vous toujours ?

Pour reprendre l’exemple de cette dame, je ne pense pas qu’elle ait envie de reproduire l’Arabie saoudite à Béziers. Le problème, c’est le nombre ! Quand, dans une école, 90 % des élèves ou plus sont issus de l’immigration, ils peuvent être très sympathiques individuellement, on n’a pas les moyens de les intégrer et encore moins de les assimiler. Et cela à leur détriment. Seulement, la façon dont je disais ce genre de choses paraissait se résumer à : « Ouh, il y a trop d’Arabes ici ! » Or, je n’ai jamais pensé dans ces termes et j’ai toujours cherché à mettre en place des solutions pour faciliter cette assimilation. Il faut réduire le flux migratoire, oui, mais sans blesser ou aliéner ceux qui sont là.

Votre expérience de maire vous a fait changer, et peut-être le contact avec vos enfants, qui sont plutôt gauchistes…

Ah ça, le dialogue est parfois vif ! Mais mes enfants m’apprennent des choses. Et même s’ils votaient Mélenchon, je ne dirais jamais qu’ils sont des « collabos », comme l’a dit Thierry Mariani à propos des Insoumis.

Mariani a eu tort de se livrer à cette instrumentalisation de l’histoire. Reste que, s’il y a un fascisme islamique, la complaisance de Mélenchon à son endroit est indéniable.

Je ne cesse de rappeler que Mélenchon est allé manifester avec des islamistes au cri de « Allah Akbar ! » mais je ne choisirais jamais le mot collabo !

En politique, il faut aussi marquer les esprits. N’avez-vous pas peur qu’un discours trop raisonnable n’imprime pas ?

Lorsque je passe à la télé, on me fait souvent le crédit d’exprimer ce que beaucoup de gens pensent. Je crois que c’est parce que j’affiche mes convictions. Aujourd’hui ma conviction est que notre pays a besoin de se réconcilier.

Il faut faire attention avec la réconciliation, parce que la division, la controverse, le désaccord sont l’état naturel des sociétés humaines.

Oui, mais entre division et guerre civile, il y a une nuance. Je suis pour la controverse, je ne l’ai jamais fuie. Mais quand je vois certaines personnes, dans nos mouvances, assumer le risque d’une guerre civile pour, disent-ils, « sauver la France », je me demande s’ils savent de quoi ils parlent. La guerre civile, c’est la pire des choses ! Il faut ne jamais avoir bougé de son fauteuil pour supporter cette idée-là ! Comme journaliste puis comme patron de Reporters sans frontières, j’ai connu nombre de pays en guerre civile : c’est le plus grand malheur qui puisse arriver à un peuple. Je préfère cinquante ans de Macron à un an de guerre civile.

Vous préférez aussi cinquante ans d’islamisation à un an de guerre civile ?

Mais on peut s’opposer à l’islamisation sans faire la guerre aux musulmans ! Allez-vous faire la guerre aux petits cons qui font l’apologie des Palestiniens, alors qu’ils ne savent même pas où ça se situe sur une carte ? C’est du fantasme, de la bêtise ! Ce qu’il nous faut combattre, c’est cette ignorance abyssale. Et ce combat se mène par la politique et par l’éducation.

Selon vous, on peut dire les choses sans blesser. Vous aviez avec Zemmour une vieille amitié, mais vous l’avez attaqué, y compris quand ça allait mal dans son camp. N’avez-vous pas failli à votre devoir d’amitié ?

Je pourrais inverser la question : j’étais seul à soutenir Marine Le Pen quand tout le monde lui tournait le dos, y compris bon nombre de mes copains ! Si j’ai voté Le Pen, c’est aussi par fidélité à la parole donnée. Dès le mois d’août, j’ai expliqué mes désaccords à Éric Zemmour et je lui ai dit que je ne ferais pas campagne avec lui. J’ai même écrit un texte pour expliquer mon vote Le Pen. C’est Éric qui est d’une violence insupportable. Il nous faisait revenir au temps de Jean-Marie Le Pen. Vingt ans en arrière ! En réalité, il n’a jamais su quitter le terrain des idées. Il s’est moqué de Marine Le Pen en disant : « Elle aime les chats, et moi j’aime les livres. » Son problème, c’est qu’il n’aime que les livres. Or pour faire de la politique, il faut aimer les gens.

Mais Jean-Marie Le Pen a mis certains sujets sur la table à une époque où personne n’en parlait. Vous pouvez admettre que si Zemmour n’avait pas parlé d’immigration, d’islamisme, d’identité, ces thèmes auraient été totalement absents de la présidentielle.

Je n’ai cessé de dire que je lui reconnaissais ce mérite-là ! Le RN parle de ces sujets depuis quarante ans ! Pourtant, il a fallu que Zemmour s’en empare pour que la bourgeoisie se sente concernée. Que vous le vouliez ou pas, entre Le Pen et Zemmour, c’est une affaire de lutte des classes. Éric est du côté de la bourgeoisie de droite, dont certains représentants sont horrifiés à l’idée de voter comme leur femme de ménage. Ça saute aux yeux !

Donc Éric Zemmour a bien eu ce mérite-là, mais avec quels mots ! J’ose à peine employer le terme « bienveillance » car il a été accaparé par Macron, mais oui, il faut être bienveillant avec les gens. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai changé sur des sujets importants. J’étais pour l’interdiction du voile islamique dans l’espace public, aujourd’hui je crois que c’est une bêtise, non seulement parce que c’est infaisable, mais parce que cela revient à faire fi d’une motivation d’une partie des femmes. Toutes ne sont pas contraintes de porter le voile.

Certes, mais on a le droit de penser que le voile est contraire aux mœurs françaises. De plus, c’est un instrument de conquête des Frères musulmans.

Je suis d’accord avec vous, mais comment l’expliquer aux gens ? Certainement pas à coups d’interdictions.

Dans son discours du Trocadéro, Zemmour tendait la main aux musulmans et leur a dit, « Vous êtes mes frères ». Personne n’en a parlé ; on a préféré en faire des caisses sur les « Macron assassin » scandés par quelques manifestants.

Vous savez comment fonctionnent les médias. Et puis il a dit que certes, il condamnait ce slogan mais « en même temps » qu’il le comprenait. Eh bien, non ! Ce n’est pas compréhensible.

Vous êtes donc resté loyal à Marine Le Pen, même si économiquement vous êtes plus à droite qu’elle…

Oui, elle a évolué sur beaucoup de choses, même si ce n’est pas assez à mon goût. Sur l’Europe, elle est au milieu du gué. Sur Poutine, heureusement que Zemmour lui a servi de paratonnerre, car elle avait à peu près les mêmes positions que lui. Il y a ce tropisme pour cette espèce de nationalisme un peu viril qui plaît tellement à la droite de la droite, mais elle a été suffisamment raisonnable pour dire immédiatement qu’il fallait accueillir les réfugiés. Marine a besoin de parler avec des gens qui ne lui doivent rien. Je suis l’un des rares à ne rien attendre d’elle, donc à n’avoir aucune prudence quand je lui parle.

Venons-en à Emmanuel Macron et à son incroyable capacité de séduction. Lors de sa visite à Béziers, elle semble avoir fait effet sur vous.

D’abord, je suis spontanément respectueux du chef de l’État quel qu’il soit. Ensuite, il a un vrai bon contact avec les gens. Sur les réseaux sociaux, on m’a reproché de lui avoir serré la main chaleureusement. Il aurait fallu que je la prenne comme les gens de la France insoumise ou les communistes prennent la mienne, en donnant l’impression qu’ils touchent un truc un peu répugnant. Cela dit, à Béziers, à part trois pingouins proches de Zemmour, personne ne m’en a fait le reproche. Macron a eu la bonne idée, pour lui et pour moi, de m’inviter à l’Élysée lors de son hommage aux pieds-noirs. Ses mots m’ont touché, et je l’ai dit. Je lui ai dit à quel point mon père aurait été fier de me voir là et d’entendre ces paroles-là pour les pieds-noirs que nous sommes.

Le problème c’est qu’il y en a pour tout le monde. Il rend hommage aux pieds-noirs et il  fait des salamalecs aux Algériens…

C’est vrai et je lui en ai parlé ! Je lui ai dit aussi que le 19 mars, comme tous les ans, je mettrais les drapeaux en berne, ce que j’ai fait. On peut être respectueux du chef de l’État et avoir avec lui des désaccords. Peut-être que je deviens trop vieux pour l’opposition systématique…

Vous n’allez pas commencer à 70 ans une carrière de courtisan.

Ce n’est pas vraiment mon genre… Je suis un maire heureux. Je n’attends rien de personne.

Vous êtes sincèrement admiratif des qualités de Macron. Envisagez-vous de travailler avec lui ? Vous l’a-t-il proposé ?

Je discute avec tout le monde, y compris des gens très proches du président qui me savent gré de ne pas être toujours dans la critique. J’ai été le premier élu de droite à approuver le passe sanitaire, alors que j’avais beaucoup critiqué la gestion de la crise sanitaire l’année précédente. De même, sur l’Ukraine, je n’ai pas hésité à affirmer qu’il avait raison et que mes amis avaient tort. Il y a peut-être des gens qui regrettent que je ne sois pas le facho qu’ils imaginaient, mais c’est tant mieux pour moi et surtout pour ma ville.

Si on vous propose d’entrer au gouvernement, étudierez-vous cette proposition ?

La seule question que je me poserais, c’est : pour quoi faire ? Si demain Macron vous appelle et discute avec vous, vous n’allez pas lui raccrocher au nez.

Pensez-vous que Macron est capable de mener à l’apaisement que vous appelez de vos vœux ?

Je l’espère. Et je ne lui fais aucun procès d’intention.

Macron II: Que la fête commence!

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Le numéro de mai est arrivé ! © Causeur

Découvrez le sommaire de notre numéro de mai


Que la fête commence ! Mais quelle fête le roi Macron II nous prépare-t-il ? Il nous promet un véritable pays de Cocagne, un pays où – pour parodier le Baudelaire de « L’invitation au voyage » – tout n’est que réconciliation, bienveillance et unité nationale. Crédible ? Pas pour Elisabeth Lévy. L’ère « postpolitique » dans laquelle nous sommes entrés ne permet plus d’organiser les mécontentements. En disqualifiant toute revendication populaire, notamment en provenance de la France dite « périphérique », le maccarthysme moral ambiant empêche la civilisation des conflits propre à notre société. Plutôt que l’unité festive et de façade de la macronie, ce qu’il nous faut, c’est « un horizon commun, un cadre symbolique partagé dans lequel nous serions d’accord pour être en désaccord. » Le verdict du maire de Cannes est sans appel : « Macron restera le président des dettes. » David Lisnard confie à Elisabeth Lévy qu’il veut inventer une nouvelle droite, opposée autant au transnationalisme de Macron qu’à l’islamo-gauchisme des Insoumis, et ayant le courage de rompre avec le social-étatisme qui détruit l’État. Un autre maire, Robert Ménard, nous explique pourquoi il a changé. Pour lui, l’ère des excès verbaux, des slogans et des affiches chocs est close. S’il a soutenu Marine Le Pen, par fidélité, cela ne l’empêche pas de saluer certaines actions d’Emmanuel Macron. Mais pour l’historien, Pierre Vermeren, le consensus bourgeois autour du président n’augure pas la refondation du contrat social. Il est l’aboutissement d’un mépris profond pour les classes laborieuses et annonce des révoltes populaires violentes. 

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Frédéric Dabi, directeur général de l’Ifop, revient dans une interview avec Gil Mihaely sur les résultats de la présidentielle. Les trois blocs sortis des urnes – l’extrême gauche, l’extrême droite et l’extrême centre – sont là depuis cinq ans. La nouveauté réside plutôt dans la normalisation de Marine Le Pen, l’ancrage communautaire de Jean-Luc Mélenchon, et la confirmation que le clivage politique a laissé place à un clivage social. Pour Philippe Bilger, Marine Le Pen a réussi à inscrire son parti dans la normalité républicaine, et ce, malgré le front « antifa » habilement instrumentalisé par Emmanuel Macron. Tandis que Jean-Luc Mélenchon, selon l’analyse de Céline Pina, est parvenu, grâce à une campagne clientéliste menée auprès des Français arabo-musulmans, à enregistrer des scores chavéziens dans de nombreuses banlieues. Ce vote communautaire marque l’influence des islamistes sur toute une population. Cette gauche dite « nouvelle » de Mélenchon est-elle vraiment nouvelle ? Dans son édito, Elisabeth Lévy, y voit surtout une répétition de celle théorisée autrefois par le think tank Terra Nova : une gauche qui devait abandonner le prolétariat pour se tourner vers un nouvel électorat fondé sur l’alliance entre les bobos et les immigrés. Cela ne marchera pas, car « la gauche sans le peuple, voire contre le peuple, est sans avenir. »

Notre numéro 101 est disponible sur le kiosque numérique dans la boutique en ligne, et demain en vente chez le marchand de journaux !

À l’époque de la génération trans, il faut sauver les enfants ! Introduisant notre mini-dossier sur la mode de la transidentité qui sévit dans nos collèges et lycées, Elisabeth Lévy estime qu’il est urgent de « dénoncer cette folie qui promet d’engendrer bien plus de souffrances qu’elle n’en apaisera. » Dans une enquête sur le financement du lobby trans, je mets à nu tout un système international d’ONG, d’universités, d’hôpitaux, d’entreprises et d’organismes publics alimenté par l’argent fourni par un petit nombre de milliardaires intéressés. Nous combattons les idées du lobby trans ; nous devrions combattre surtout son argent. La conséquence directe de l’action de ces apôtres est que, à l’école, de plus en plus d’élèves se revendiquent d’un autre genre que celui de leur naissance, pendant que le ministère recommande aux professeurs d’approuver ces changements d’identité. Gabrielle Périer a recueilli les témoignages de parents désemparés. Pourquoi nos adolescents sont-ils si souvent vulnérables à cette épidémie de dysphorie de genre ? Le psychanalyste, Jean-Pierre Winter, se confiant à Gil Mihaely, voit l’explication dans l’effacement de l’autorité, celle des parents, profs ou médecins. Face à la parole sacralisée, il est interdit d’interdire. Mais si écouter un enfant est une chose, le croire en est une autre. Pour compléter le tableau, Marsault nous présente Jules, marié à Pimprenelle, née Gérard…

Comme tous les mois, Causeur lève le rideau sur la scène culturelle. Mais, tristement, le rideau vient de tomber sur la vie de Michel Bouquet. Frédéric Ferney et Yannis Ezziadi rendent hommage à la mémoire d’un acteur resté intransigeant dans sa recherche de la perfection. C’est à la mémoire de Marcel Proust, dans l’année de son centenaire, que Jérôme Leroy rend hommage, tandis que Julien San Frax fait l’éloge de Richard Strauss qui sera à l’honneur à l’Opéra de Bastille et au Festival d’Aix-en-Provence. Heureusement, tous les génies ne nous ont pas quittés… Christian Lacroix s’est confié à Yannis Ezziadi. Après avoir marqué de son nom le monde de la haute couture, il l’a imposé à l’univers du décor et du costume de scène, à l’opéra et au théâtre. Il a récemment signé sa première mise en scène d’opéra avec La Vie parisienne d’Offenbach, empreinte de rêve et de nostalgie. Voilà une fête qui peut bien commencer !

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Un sentiment de grand remplacement

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D.R.

Le jour de l’Aïd el-Fitr, dans les rues d’Aubervilliers, on réalise que les diverses communautés et ce multiculturalisme qui nous est tant loué par les politiques se fondent en réalité dans l’oumma.


Lorsque, aux alentours de huit heures ce matin, j’ai été tiré de mon sommeil par une voix aussi insistante que lointaine qui à l’évidence ne provenait pas de l’intérieur de mon appartement, il ne m’a fallu qu’une dizaine de secondes pour l’identifier comme étant celle d’un muezzin (1) et en déduire aussitôt qu’aujourd’hui devait être le jour de l’Aïd el-Fitr.
Preuve qu’en faisant un petit effort, on peut très vite et très bien s’assimiler à la culture qui nous entoure !

Multiculturalisme ?

Une demi-heure plus tard, j’avais une confirmation visuelle de ma déduction sonore, dont j’ai oublié de dire qu’elle avait été facilitée par le bruit des klaxons : en effet, le jour des fêtes musulmanes, la circulation est rendue moins fluide par l’afflux massif des fidèles – qui n’ont pas assez des trottoirs pour circuler. En sortant de ma petite résidence, c’est donc à une joyeuse cacophonie et à un festival de couleurs que j’ai été confronté. Couleurs de vêtements comme couleurs de peau. Car ici, à Aubervilliers, c’est l’oumma qu’il est donné de voir, loin de tout sectarisme national. Et l’oumma, on dira ce qu’on voudra, c’est quand même impressionnant quand on pense aux conflits meurtriers qui déchirent le monde musulman ailleurs sur la planète : un rapide contrôle au faciès dans les rues de ma commune limitrophe de Paris indique que le continent africain est représenté dans toutes ses latitudes, pas seulement celles du Maghreb, que le sous-continent indien n’est pas en reste, et certainement d’autres points du globe plus orientaux encore ; or, tout ce petit monde cohabite paisiblement et s’agglomère lors des grandes fêtes religieuses, comme si les tensions communautaires n’existaient pas.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: Appelez ça comme vous voulez…

Les qamis étaient très nombreux chez les hommes, les abayas et hijabs constituaient la norme pour les femmes. Les enfants étaient pour la plupart eux aussi endimanchés. Enfin, pas endimanchés bien sûr, je voulais dire : vêtus de manière traditionnelle. C’est certainement cette unité vestimentaire qui est la plus frappante lorsqu’on regarde ces foules bigarrées en fête. Le reste du temps, dans les rues d’Aubervilliers, devant les écoles, sur les terrains de sport, on voit des gens de toutes origines dont, sauf pour les femmes voilées, on ne se pose pas forcément la question de la religion. En étant distrait, on pourrait imaginer une apposition de groupes humains différents, un espace multiculturel où aucune communauté ne domine, comme si la diversité était synonyme de neutralisation. Certes, il y a bien les queues le vendredi devant les mosquées, souvent de fortune, pour indiquer la présence d’une communauté de foi qui rassemble tous ces gens d’origine différente, mais à part ce phénomène relativement discret, on serait en peine de deviner une unité quelconque dans la population qui occupe l’espace, et ce d’autant moins que les asiatiques sont nombreux et élargissent la diversité démographique visible. Ce matin, comme tous les matins de grande fête musulmane, c’était un sentiment de submersion qui l’emportait, car, tant par le nombre de personnes rassemblées que par l’effort vestimentaire consenti, il y avait l’effet de masse, de groupe, de foule qui jouait à plein.

Participation massive

Outre la dimension sensorielle, physique qui donne sa substance à ce sentiment de submersion (j’entends par là qu’il ne s’agit pas d’une abstraction, d’une intellectualisation, mais bien d’une expérience concrète, perçue directement par les yeux et les oreilles : je n’ai pas rêvé ces centaines de personnes rassemblées, je ne les ai pas fantasmées), c’est le contraste avec ses propres références culturelles qui nourrit l’impression d’un changement radical et d’une profonde remise en cause des valeurs de notre pays. Derrière le grand mot de laïcité, dont la définition n’a rien d’univoque, se cachait, pour le baptisé devenu agnostique que je suis, l’idée essentielle que la conviction religieuse était une chose à la fois personnelle, discrète et accessoire.  Pour le dire autrement, la religion avait perdu le rôle de colonne vertébrale des comportements de tout un chacun, même si cela ne l’empêchait pas de nourrir la sensibilité et la manière d’agir de ceux de nos concitoyens qui étaient encore pratiquants ou du moins qui avaient la foi. Mon expérience personnelle me faisait confirmer les diagnostics de déchristianisation ou de sortie de religion que j’ai pu lire par la suite sous la plume de Marcel Gauchet ou de Guillaume Cuchet. En précisant cependant que, de par le fait que notre pays avait 1500 ans d’histoire chrétienne derrière lui, la sécularisation n’était que la poursuite sans clergé d’une morale et d’une vision du monde globalement inchangées : pour reprendre Nietzsche, le monde avait perdu Dieu mais ne s’en était pas vraiment aperçu, d’où la persistance de traditions et d’usages sur un mode désacralisé. Le paysage architectural, littéraire et artistique entretenait un paysage mental familier, ancré dans un imaginaire judéo-chrétien dévitalisé sur le plan de la foi mais toujours opérant sur celui des valeurs et des représentations collectives. Bref, à moins d’aller soi-même à la messe, on ignorait qui se rendait à l’église le dimanche et tout le monde s’en fichait, car ce n’est pas ce qui réglait la civilité entre les gens. Quant aux processions religieuses lors des grandes fêtes chrétiennes, elles étaient devenues pour l’essentiel un élément de folklore qui tenait plus de l’identité régionale ou locale que de la foi qui édicte le comportement en société.

A lire aussi, Philippe D’Iribarne: Le triomphe des immigrés

Le spectacle de ce matin à l’occasion de l’Aïd el-Fitr disait tout autre chose. Par la participation massive au rassemblement dont j’ai été témoin, par la séparation des sexes dans le stade où se tenait la « cérémonie », par l’accoutrement vestimentaire religieux marqué des fidèles qui n’a rien à voir avec le fait de s’endimancher, par la diversité des langues parlées dans cette foule réunie, c’est une autre civilisation qui s’affichait dans l’espace public, une civilisation dynamique, rassembleuse, bien vivante, mais porteuse d’autres valeurs que les nôtres. Une civilisation qui, lorsqu’on est critique de l’individualisme occidental et nostalgique d’un collectif éteint depuis longtemps, a de quoi faire envie. Une civilisation qui, quoique ayant voté massivement pour Jean-Luc Mélenchon, se fiche royalement d’une créolisation illusoire et entend se défendre et se répandre grâce à sa cohérence et sa vitalité internes. Une civilisation prête à remplacer la nôtre, qui ne fait plus vraiment rêver, qui ne rassemble plus, qui ne nourrit plus les esprits. Allez ! Aïd Moubarak !


(1) Pour être exact, n’ayant ni mosquée ni minaret à proximité immédiate de chez moi, la voix entendue n’était peut-être pas celle d’un muezzin ; c’était en tout cas celle d’un homme qui se tenait vraisemblablement dans le stade où avait lieu le rassemblement et dont il est question plus loin dans le texte, une voix portée par mégaphone ou haut-parleur et dont je ne saurais dire ce qu’elle disait car la distance et les murs me la rendaient indistincte. Pour autant, les intonations et le rythme adoptés par cette voix ne laissaient aucun doute quant au fait qu’elle appelait au rassemblement des fidèles, ce dont j’ai eu confirmation en sortant de chez moi et en passant devant le stade rempli de fidèles et dont on aperçoit l’entrée sur la photo d’illustration.

La liberté, y en a marre!

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Philadelphie, novembre 2020 © John Minchillo/AP/SIPA

Le débat sur la liberté d’expression redevient central, à l’occasion du rachat de Twitter par Elon Musk. Notre contributeur se demande si une liberté absolue est vraiment souhaitable. Même si la cancel culture des progressistes est une menace réelle, il doute que le milliardaire américain nous délivre du gauchisme culturel.


Il a bien entendu raison, Raphaël Enthoven, avec sa liberté liberticide et il faut être un bourrin de droite pour ne pas le comprendre. La liberté totale, c’est « Squid Game » comme l’égalité totale, c’est le goulag. À tout, il faut des limites – et même aux limites, il faut des limites. Il faut être nietzschéen et kantien, conquérant et casuistique, absolu et procédurier. Il faut de l’anarchie et de la jurisprudence, de l’innocence et de la responsabilité, du Yin et du Yang – Elon Musk, d’accord mais pas sans Thierry Breton. C’est comme cela que ça a toujours marché dans les sociétés civilisées et c’est ainsi que nous procédons tous, même le plus libertarien ou le plus légaliste, chacun se trouvant sa propre poche d’insolence et de droit. Évidemment,  quand ces poches diffèrent, ça fait des clashes.

L’inquisition inclusive est une horreur mais ce n’est pas par la réalité alternative que l’on s’en sortira!

Moscou préférable à New York, vraiment ?

Mes clashes à moi, en ce moment, c’est avec les droitards que je les ais. C’est que mes pauvres amis sont partis en vrille comme jamais. La crise sanitaire les a rendus dingues, complotistes, obscurantistes, occultistes. La crise ukrainienne les a achevés, révélant ce qu’il y avait de plus hideux en eux, le goût de la collaboration, du sang, du poutinisme exacerbé – et sous prétexte que Poutine est contre le mariage gay et les LGBT, la belle affaire ! Alors que le minimum syndical pour un nationaliste aurait été de prendre fait et cause pour la nation ukrainienne, qui n’est plus russe depuis longtemps et ne veut plus jamais l’être, voilà nos nationalistes qui se sont rués pour la Russie qui n’a jamais vraiment été une nation, au mieux un gazoduc dans une steppe. Il est vrai que, sous un mode soviétique ou tsariste, la Russie a toujours excité le virilisme des matamores, persuadés que le communisme ou la tradition allait sauver le monde (parce qu’il faut toujours « sauver » quelque chose, avec eux). Poutine, rempart de nos valeurs ? C’est ce qu’on se dit dans les milieux tradi, sans se rendre compte de l’imposture inouïe qu’il y a là-dedans. Il est vrai que même De Gaulle y a cédé un moment, étant à l’origine de cette fadaise d’Eurasie qui irait de Brest à Vladivostok. Et pour la raison lamentable que le vrai danger, pour les frenchies complexés, c’était l’Amérique libérale et démocratique – alors que celle-ci a toujours été notre monde. Je n’ai jamais pu comprendre comment on pouvait préférer vivre à Moscou plutôt qu’à New York.

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Et donc, voilà que les mêmes qui n’ont eu cesse de blâmer le « capitalisme » et « la culture Mickey » tombent les uns après les autres dans les bras de ce grand dadais d’Elon Musk, milliardaire Bibendum, qui vient de racheter Twitter, le réseau social le plus con du monde (même si on y est tous, évidemment parce que la connerie est la chose du monde la mieux partagée.)

La cancel culture, solution finale de la culture

Alors bien sûr, j’entends les arguments libéraux / libertaires, d’ailleurs fondamentalement humanistes, et que je pourrais moi-même fournir. Le woke est une lobotomisation de l’intelligence et de la sensibilité ; la cancel culture est la solution finale de la culture. Ce qui se passe aujourd’hui dans les universités américaines et qui arrive en force chez nous (même si la France ne se laisse pas faire et a un esprit de résistance qui n’appartient qu’à elle, preuve cette Guerre de Louis-Ferdinand Céline qui arrive à point) relève du crime contre l’esprit. Rien de plus odieux que ce puritanisme qui fait des ravages sur les réseaux sociaux, ces mises en cabane sur Facebook qui se multiplient pour un mot de trop (et je sais de quoi je parle), ces annulations de compte pour avoir « insulté » un particulier ou un groupe (même la formule de De Gaulle : « les Français sont des veaux » aujourd’hui ne passe plus) – tout cela donne envie de ruer dans les brancards et de clamer une liberté totale, forcenée, s’éjaculant partout.

Et c’est à ce moment-là que le peine-à-jouir en moi s’interroge. La « liberté absolue » que promet Musk sur son réseau ne serait-elle pas aussi celle des voyous, des tarentules, des sangsues, des porcs, de ceux qui en appellent vraiment au meurtre ou au viol ? Je me demande ce que Mila en pense, tiens, de cette liberté azimutée. Parce que les trolls, ça existe. Et ce sont eux qui ont pris le pouvoir sur Internet et qui du coup apportent de l’eau au moulin des censeurs. C’est que le politiquement abject a toujours été l’idiot utile du politiquement correct. Et sur la toile, on est servi. Le dissident grouille, conspire, diffame.  Le dernier de la classe se venge. Le revanchard exulte. Le vrai facho se substitue à l’antimoderne – faisant d’ailleurs et souvent la honte de ce dernier dans ses commentaires.   L’intersectionnalité de l’ultra droite rattrape celle de l’ultra gauche. La charlatan triomphe. Consécration du confusionnisme, de la désinformation, du rouge-brun. Ce ne sont pas tant les « discours de haine » qui posent problème que les mensonges, le révisionnisme en direct, l’affabulation décomplexée.

Elon Musk, août 2021 Gruenheide, Allemagne © Patrick Pleul/AP/SIPA

Elon Musk ne va pas nous délivrer du gauchisme culturel

Alors, si c’est ça Twitter, ce sera sans moi. Je hais la censure mais la fake news ne me fait pas rêver.  Et je crois de moins en moins en la fameuse main invisible du Premier Amendement par laquelle tout devrait finir par se réguler. Dans un monde éclaté, anomique, déconstruit (et autant par les déconstructeurs officiels que par « l’individualisme de masse », comme disait Patrick Buisson, dans Le Point d’il y a deux semaines), la philosophie, la poésie et la vie ont fort peu de chance de l’emporter.  

A lire aussi: Robert Ménard: «Je préfère cinquante ans de Macron à un an de guerre civile»

Et puis la liberté, j’en suis désolé, ça se mérite. Être libre, c’est d’abord penser contre soi, accepter la contradiction et comprendre les choses ne serait-ce que pour mieux les combattre si on est contre – ce dont l’homme du ressentiment, pourri par son idéologie régressive ou augmentée, est bien incapable. Si liberté absolue il y a, elle se situe dans le scepticisme et non dans le fanatisme. C’est Montaigne qui est libre, pas Savonarole. Pas besoin de faire allégeance au premier milliardaire venu ou au nouveau dictateur cool pour croire que l’on va enfin se délivrer du gauchisme culturel. Trump lui-même n’a pas empêché que celui-ci progresse dans son pays. Encore une fois, l’inquisition inclusive est une horreur mais ce n’est pas par la réalité alternative que l’on s’en sortira. Par ailleurs, « qui peut croire que tous les avis se valent ? » comme se le demande Papacito dans un article plus retors qu’il n’en a l’air dans le dernier Furia. L’opinion des gueux, ça va cinq minutes. Et il est pitié de voir nos « assoiffés de liberté » tomber dans tous les égouts de la matrice au nom de leur détestation du « camp du Bien » – alors que c’est le camp du vrai (et du beau) qui devrait les attirer. Mais tout à leurs convictions d’esclaves rebelles et prêts au pire pour combattre le mal, ils s’en foutent.

Alors, Musk ou pas Musk ? Au bout du compte, je n’ai pas de réponse à cette question – normal pour un sceptique, me diriez-vous. Sans doute faut-il prendre ses distances, même si c’est difficile vu que nous sommes tous attirés par le metavers.

Zarathoustra reste encore le meilleur conseil: « J’aime mieux être changé en stylite qu’en tourbillon de rancune ».

Mélenchon, la revanche à n’importe quel prix

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Jean-Luc Mélenchon à Paris, le 1er mai 2022 © ISA HARSIN/SIPA

Mélenchon savoure sa revanche. Après avoir quitté le Parti socialiste il y a 14 ans, il est en passe de faire main basse sur la gauche française. Les Insoumis ont beau professer une sixième République et la fin de ce qu’ils qualifient de “monarchie présidentielle”, la figure un tantinet autoritaire de « Méluche » apparaît comme toute puissante à la veille des législatives.


Le leader des Insoumis est en train d’opérer une OPA sur toute la gauche. Comment cet extrémiste est-il parvenu à incarner à lui seul l’unité de la gauche ? Par quel tour de passe-passe la gauche, fief des intellos et des sachants, est-elle en passe de se donner à ce politicien, certes talentueux, mais peu regardant sur la vérité historique et plus à l’aise avec le verbe et ses incantations qu’avec la réalité ? Essayons de démêler ce mystère…   

Les yeux de Chimène de l’extrême-gauche pour les dictateurs

Abstraction faite de son score bigrement élevé à l’élection présidentielle (21,95% des suffrages exprimés), l’aura de Mélenchon tient à sa personnalité. Contrairement à ce qu’elle professe dans les salons bien-pensants, la gauche a toujours eu les yeux de Chimène pour les mâles dominants, les duces autoritaires. Cuba, URSS, Vénezuela et Chine communiste tiennent ou ont tenu grâce à la poigne de fer d’un seul homme. Par un paradoxe stupéfiant, la gauche collectiviste n’a jamais été réfractaire au pouvoir d’un seul homme ! Avec Mélenchon, LFI est en adéquation avec cet invariable de la gauche radicale. Et si on met de côté le mantra d’une hypothétique sixième République, la personnification du pouvoir a de beaux jours devant elle. 

À lire aussi: Le grand remplacement dans les urnes

« Plus à gauche que moi, tu meurs ! »

Ensuite, une grande partie de la gauche est persuadée que Hollande n’ayant jamais été de gauche, celle-ci n’a plus été au pouvoir depuis Jospin, c’est-à-dire depuis 2002. La plupart de ses militants sont donc prêts à toutes les compromissions pour revenir aux affaires. LFI leur en offre l’opportunité. Du moins est-ce ce qu’ils pensent.

Mélenchon profite également du penchant à la radicalité de la Révolution française, qui continue d’informer l’ADN de toute une partie de la gauche de notre pays. À cet égard, le leader des Insoumis est un héritier de l’histoire de notre pays. La gauche a besoin de mythes : la gauche radicale a trouvé le sien dans la geste révolutionnaire de 1793. Ce n’est un secret pour personne : Mélenchon s’est toujours rêvé en nouveau Robespierre.

À lire ensuite: [Enquête] Clientélisme, les politiques se voilent la face

Par ailleurs, l’Insoumis en chef a su agréger autour de lui plusieurs mouvances nouvelles que le Mélenchon laïc et universaliste de 2017 n’aurait jamais reconnues pour siennes : wokisme, islamo-gauchisme, communautarisme. La gauche ayant perdu le peuple, LFI a dû se résigner à aller chercher d’autres électeurs en optant pour une sociologie à la fois des beaux quartiers bobos et des quartiers des banlieues de nos grandes villes. 

Suspicion sur l’Europe

Enfin, la force de Mélenchon tient dans le fait que la gauche européiste est passée avec armes et bagages chez Macron. À part un dernier résidu de sociaux-démocrates réformiste resté au PS, le reste de la gauche juge que l’Europe est trop libérale. Aussi Mélenchon n’a-t-il pas eu trop de mal à les convaincre de les rallier à son point de vue sur ce sujet. Que feront les écologistes fédéralistes ? Peut-être quitteront-ils EELV.

Reste à savoir si cette dynamique d’union arrivera à se concrétiser dans les urnes à l’occasion des législatives de juin prochain. 

François Ruffin, député de la Somme, semble conscient que sans le vote de la France périphérique, cela ne sera pas possible. Sur France inter, se félicitant que LFI ait gagné le vote des banlieues (où l’immigration est majoritaire), il déclarait le 28 avril : “je regarde ma circonscription: Mélenchon fait 60% dans les quartiers populaires. Et quand je vais à Fixecourt qui est une zone ouvrière à la campagne, il fait 14% et Marine Le Pen, 44%…” Avant d’ajouter: “Il faut tenir les deux bouts. Aujourd’hui, l’Union populaire, ça doit être l’union des quartiers populaires et des campagnes populaires”…


Élisabeth Lévy : « La gauche islamisable est un danger pour la République (…) A LFI, les laïques ont déjà perdu ! »

Retrouvez « Lévy sans interdit » avec Élisabeth Lévy tous les matins du lundi au vendredi sur Sud Radio, à 8h10

Qui arrêtera l’hyper violence d’extrême gauche?

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Paris, 1er mai 2022 © Lewis Joly/AP/SIPA

A chaque manifestation, son cortège de violences. La traditionnelle manifestation du 1er mai n’a pas dérogé à la règle, avec des casseurs qui sont venus en nombre semer le chaos en plein Paris. 


Normalement, c’est censé être une fête, le 1er mai ! Quel triste bilan: huit policiers blessés, un soldat du feu violemment agressé, 45 interpellations, des vitres brisées, des commerces pillés, un fastfood vandalisé, des banques, des agences immobilières ou de voyages saccagées, sans parler des habitants choqués et en colère face à l’ampleur des dégradations et le déchainement de cette violence gratuite.
Ces lourdes défaillances sont-elles imputables à l’impuissance de la chaine pénale, aux services de renseignements ou à une absence de volonté politique ?
Pour Eric Delbecque, spécialiste des questions de sécurité intérieure, auteur des Ingouvernables et de L’Insécurité permanente, il est temps de remettre la lutte contre « l’ensauvagement de la société » au cœur de l’agenda politique, surtout au regard des tractations actuelles entre Insoumis et Socialistes. Un potentiel basculement de la gauche mitterrandienne vers la gauche radicale pourrait envoyer des signes encourageants aux activistes de l’ultra gauche…


Causeur. Les casseurs du 1er mai sont connus des services de police. Ils appartiennent aux groupuscules d’ultra gauche anarcho-anticapitaliste des Black blocs. Et pourtant, ils continuent à semer le chaos. Comment expliquez-vous cette incapacité à les empêcher de nuire ?

Eric Delbecque. En matière de sécurité intérieure ou de lutte contre les différentes formes de radicalisation, l’impuissance juridique n’existe quasiment plus. Nous disposons de tous les textes possibles et imaginables. Il faut dorénavant les appliquer, les combiner et éventuellement en préciser certaines modalités opérationnelles. Mais nous aurions aujourd’hui plus de bénéfices à arrêter de faire des lois plutôt qu’à les multiplier à l’occasion de tel ou tel événement suscitant l’émotion collective.
Une écrasante majorité de nos difficultés à assurer la sécurité des Français provient d’un manque de continuité dans l’action des pouvoirs publics. Nous échouons à anticiper, à construire des stratégies et à les appliquer sur la durée. Prendre de la distance, à la suite de l’affirmation d’une volonté politique solide et renseignée, voilà ce qu’il faut demander à nos gouvernants. Si les outils à la disposition du pouvoir (la police et la gendarmerie) sont une force, leur utilisation politique apparaît le plus souvent comme une faiblesse.
De la politique du chiffre à l’omnipotence médiatique, beaucoup d’actes politiciens constituent des erreurs majeures qui fragilisent l’atteinte de nos objectifs légitimes de sécurité intérieure.

Eric Delbecque

L’électoralisme s’ajoute donc à l’absence d’anticipation et de prospective pour finir par entraver le déploiement intelligent de nos ressources de maintien de l’ordre public.
Il est indispensable de prendre le temps de réaliser un diagnostic précis, ce qui veut dire écouter le terrain, les acteurs, les professionnels suant chaque jour afin d’éviter le désordre.

Revenons à l’identité de nos fauteurs de troubles. Dans votre essai Les ingouvernables, vous définissez les Black blocs moins comme un mouvement que comme une tactique… Pourtant, en ciblant les symboles de la mondialisation (banques, McDo…) et les représentants de l’autorité publique (pompiers, policiers), ces casseurs ne véhiculent-ils pas bien leur appartenance à un mouvement anticapitaliste et anarchiste ?

L’un n’empêche pas l’autre ! La « technique Black bloc » fut en effet construite à l’origine par le courant de l’anarchisme autonome, qui s’enracine en Allemagne et en Italie. Elle est donc idéologiquement marquée.
La plupart de ses « pratiquants » appartiennent à cette nébuleuse de l’anarchisme et de l’anticapitalisme violents, où l’on trouve aussi les antifas et des représentants du syndicalisme révolutionnaire qui adhèrent à une perspective musclée de leur propre tradition idéologique. On peut également débusquer sous la cagoule des escouades en noir des écologistes radicaux. Cependant, si les Black blocs s’affirment bel et bien comme des représentants de l’ultragauche, il y a également dans leurs rangs des individus qui finissent par faire passer leur attirance pour la violence avant même toute identité doctrinale.

Certains politiques, comme le secrétaire national d’EELV Julien Bayou, se sont émus de ne plus jamais pouvoir manifester en famille. Mais la « Manif pour tous » ou plus récemment les manifestations contre le passe sanitaire ont été épargnées par l’infiltration de ces Black Bloc.

Les Black blocs ne sont pas systématiquement présents parce qu’ils sont animés par une réflexion d’opportunité tactique et idéologique. Certains rassemblements ne favorisent pas l’affichage qu’ils veulent donner. Ils participent de la société du spectacle médiatique. Ils savent s’inscrire dans une guerre informationnelle particulière par laquelle ils entendent démontrer que l’État n’est pas en mesure de contrôler l’espace public. Ils viennent aussi provoquer les forces de l’ordre en espérant un dérapage. Les manifestations dont vous parlez (en particulier sur le passe sanitaire) ne cadraient pas véritablement avec ces objectifs.

Des violences policières jugées « systémiques », une doctrine du maintien de l’ordre sous le feu des critiques, une technique d’encerclement jugée illégale par le Conseil d’Etat, un usage de l’arme à feu strictement encadré par la loi, les forces de l’ordre ne sont-elles pas finalement désarmées pour répondre à une violence qui s’est largement amplifiée depuis ces dernières années ?

En tout état de cause, elles sont en permanence suspectées ! Au lieu de développer une politique de long terme favorable au bien commun, nous nous polarisons sur de faux débats, sous l’influence d’« idiots utiles » et d’activistes. Il faut bien avoir en tête que les militants de l’ultragauche disposent d’un agenda sur lequel figure la réactivation cyclique du thème des « violences policières ».
Jetées en pâture à la presse et aux réseaux sociaux, les forces de sécurité sont érigées en instrument du « pouvoir » qui lui est jugé comme le stratège d’un « système » de « violences policières ». La répétition de cette formule ne témoigne pas de la bêtise crasse d’idéologues qui l’ont forgée, mais plutôt d’une manœuvre consciente articulée sur une logique sans faille. En faisant en sorte que les médias adoptent et répètent en boucle cette contre-vérité, ils finiront par la rendre réelle aux yeux de tous. Et l’opération de propagande aura ainsi atteint son but…
En réalité, de quoi est-il vraiment question ? On parle de manquements individuels insupportables et inacceptables à la déontologie qui servent in fine de leviers vicieux à un lynchage global de la police, au mépris total de l’écrasante majorité des effectifs de femmes et d’hommes qui réalisent quotidiennement des milliers d’interventions pour protéger et secourir leurs concitoyens.
La manœuvre est grossière, mais beaucoup d’acteurs et de commentateurs s’y engouffrent.

Derrière cette diversion c’est donc le statu quo ?

Le ministère de l’Intérieur devrait se familiariser sérieusement avec les procédés informationnels des contestataires radicaux violents, afin d’éviter de tomber avec une régularité de métronome dans le panneau de cette propagande bien huilée… Et il faudrait peut-être également prendre de la hauteur pour envisager sans passion mais avec minutie les racines d’un mal-être policier qui favorise quelques déviances individuelles – minoritaires, il faut le répéter encore et encore.
Car à force de ne pas entendre les signaux sur le malaise de notre pays en matière de sécurité, la situation deviendra inexplicable et ingérable. Et osons l’affirmer fortement : c’est « l’ensauvagement », la décivilisation et l’insécurité permanente qui constituent les problèmes cardinaux de notre nation, pas les forces de sécurité…

La présomption de légitime défense, mesure présente dans les programmes de Marine Le Pen, d’Eric Zemmour et de Valérie Pécresse, permettrait-elle à la peur de changer de camp, et que les casseurs cessent en quelque sorte d’avoir ce monopole de la violence « illégitime » ?

C’est un débat juridique et éthique trop complexe pour être ainsi tranché.
Au final, ce qu’il faut bien plutôt affirmer c’est que le maintien de l’ordre ne doit plus reposer sur la crainte permanente de l’usage de la force légitime (je dis bien de la force – c’est-à-dire de la contrainte – et non de la violence).

Lorsque la députée LFI Clémentine Autain conteste la légitimité démocratique issue des urnes, en expliquant que si les législatives ne se passent pas comme prévu, la victoire sera à chercher dans la rue, n’y a-t-il pas de la part du parti de Jean-Luc Mélenchon une responsabilité politique dans l’impunité dont bénéficient les casseurs?  

« Continuer à aller dans rue », si l’on s’en reporte à ses déclarations rapportées par la presse, ne signifie pas forcément mener des actions brutales. Il n’en reste pas moins que l’on suspecte toujours un langage polysémique qui suscite l’inquiétude.
Je ne pense donc pas que l’on puisse imputer à Jean-Luc Mélenchon ou à ses proches une « responsabilité politique » conduisant directement à une forme d’« impunité »… Le sujet est d’ailleurs plus complexe que cela. Je crois en revanche que LFI a une responsabilité idéologique, culturelle et morale dans le processus d’implémentation sociale de la brutalité dans le climat socio-politique, comme toutes les autres radicalités d’ailleurs, islamiste, d’ultradroite ou d’« écologie profonde » !

Reste qu’à droite, il y a le fameux « cordon sanitaire » ! Ne faudrait-il pas aussi qu’un cordon sanitaire vienne entourer l’extrême gauche ? 

« L’imprégnation fasciste » n’appartient en effet pas exclusivement à l’un ou l’autre des extrêmes, ou à l’une des deux nébuleuses d’ultras (il y a des différences entre « extrême » et « ultra »). Elles sont toutes responsables ! Il faut éviter les jugements à l’emporte-pièce. En revanche, il apparait évident que les radicalités « dites » de gauche, de l’ultragauche au wokisme en passant par l’écologie radicale, s’avèrent chargés de pulsions totalitaires particulièrement inquiétantes…

On nous promet un troisième tour social, qui s’annonce tendu en raison de la réforme des retraites. Doit-on redouter une violence de plus en plus radicale ?

Probablement, mais il est bien difficile de faire des pronostics en la matière ! Ce qui me paraît beaucoup plus certain, c’est que les résultats des présidentielles et les grandes manœuvres partisanes qui en résultent et auxquelles nous assistons dans la perspective des législatives, vont dans le sens d’une radicalité favorisant des bouffées de violence.
L’explosion littérale du PS et sa mise en orbite autour de LFI (l’avenir dira si l’on observe la dissolution intégrale du parti socialiste ou sa « simple » subordination durable) démontrent un basculement partisan vers la gauche radicale. La mise à mort actuelle de la social-démocratie version française et mitterro-hollandiste encourage des positions maximalistes et peut, à mon sens, donner de l’assurance aux adeptes de l’action musclée, même si elle n’est pas formellement encouragée par l’appareil politique mélenchoniste.
L’ultragauche interprète ce contexte électoral comme un renfort apporté à ses prédictions et à son système idéologique global.

[Nos années Causeur] Mille portes ouvertes, et pas une qui se ferme

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Jean-Paul Brighelli en 2009

À l’occasion de notre numéro 100, Jean-Paul Brighelli nous adresse quelques lignes…


« Vraiment, vous écrivez dans Causeur, ce média fasciste ? Ça ne m’étonne pas de vous… » Cette réflexion, je l’ai subie dix fois, cent fois, assénée par des « gens de gauche » ou prétendus tels.

Qu’est-ce que ce doit être bien, dans leur tête ! Ici le Bien, et là le Mal. Ceci est woke, et ça, c’est caca-boudin.
Je suis très heureux d’être hébergé depuis des années par Causeur. Lorsque j’ai déménagé mon blog personnel, « Bonnet d’âne », créé sur le site du Midi-Libre et qui se cherchait un hôte plus ouvert, Elisabeth Lévy, que je ne connaissais alors ni d’Eve ni du bout des dents ne m’a pas demandé si j’étais ceci ou cela, pro-Hollande (horresco referens, comme on dit vulgairement) ou pastafarien. Elle m’a ouvert sa porte — « toi l’hôtesse qui sans façon m’a donné quatre bouts de pain quand dans ma vie il faisait faim », disait Brassens.

À lire aussi: [Nos années Causeur] Babeth cause

Et puis j’ai intégré en parallèle les chroniques du site, parlant de littérature, d’école, de cinéma, de politique générale. C’était un peu avant que Le Point.fr, où l’on ne rit que du bout des dents, me ferme sa porte pour des prises de position qu’il ne considérait pas mainstream, comme on dit désormais en français.

Causeur au contraire ne répugne pas aux chemins de traverse où le Chaperon rouge s’égare et fréquente de bien méchants loups.

À une époque où les gens ont à cœur de se définir par les portes qu’ils ferment, Causeur se reconnaît à ses portes ouvertes. Je n’ai jamais, au fil de ces années, été censuré sur ce que j’avais écrit — pas une ligne, et pourtant j’en sors parfois des sévères. L’anticonformisme règne ici en roi débonnaire — et comment serait-il autoritaire ? Après un petit coup de déprime, l’année dernière, j’ai fermé « Bonnet d’âne », puis je l’ai rouvert en le spécialisant dans l’érotisme — un domaine où j’en connais un bout. Personne à Causeur n’a joué les Pères ou Mères-la-pudeur — ils le feraient qu’ils en poufferaient.

À ne pas manquer, numéro 101 en kiosques: Macron II: Que la fête commence!

Et pour avoir fréquenté quelques autres médias, je sais que cette attitude est aujourd’hui exceptionnelle. Là on cherche à amadouer les enseignants, et là les forces de l’ordre ou les islamistes — les médias ont été sommés, ces dernières années, de se ranger dans l’une ou l’autre des cases correspondant à la France fragmentée et communautariste dont Jean-Luc Mélenchon s’est fait désormais le chantre, sans aucune arrière-pensée électoraliste, bien sûr. Mais que je n’apprécie pas plus Eric Zemmour, qui fut un ami jadis, que le lider maximo de LFI ne dérange pas le bureau de Causeur, où les opinions n’ont de sens que si elles s’agrémentent d’un humour corrosif. Or, les gens qui se prennent aujourd’hui au sérieux en manquent considérablement. La fréquentation de Causeur m’a sans doute fermé pas mal de portes, entre autres dans l’édition. Je m’y fais : je préfère une vraie liberté ici qu’une litanie de contraintes là-bas. Et chaque fois que je lis des commentaires agressifs, je reprends Philippe Muray, l’apôtre-maison, et ça passe.

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L’Europe redécouvre la réalité des conflits

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© Conflits

La revue amie « Conflits » publie son nouveau numéro: « Ukraine, guerre au cœur de l’Europe »


Retrouvez également une enquête sur les narcos colombiens, les émeutes au Kazakhstan, les manifestations des camionneurs au Canada et toutes les rubriques habituelles de la revue de géopolitique. Causeur vous propose de lire l’éditorial de Jean-Baptiste Noé.


L’épée à la main

Confidence d’un échange qui remonte à quelques années avec une personne qui compte dans le domaine des relations internationales à qui je présentais Conflits « Vous vous appelez Conflits parce que vous aimez la guerre ? », question posée sur un ton mêlé de dégoût et de dédain. Non, notre revue s’appelle Conflits parce que la conflictualité est une réalité et qu’elle s’exprime de façon multiple. Étudier les conflits et tenter de les comprendre est une façon de s’y préparer et donc de s’en prémunir ; non de les faire advenir. Avec l’invasion de l’Ukraine, la chose est nette : la guerre est une réalité, y compris en Europe. Nous avons trop souvent entendu, dans d’autres médias, que c’était le premier conflit en Europe depuis 1945, occultant les guerres de Yougoslavie comme celle d’Irlande du Nord. D’autres de découvrir à cette occasion le cas du Donbass, en guerre depuis 2014, quasiment occulté par les actualités. Enfin, combien de commentateurs ont repris sans distance les communiqués officiels du gouvernement ukrainien ou bien se sont livrés à des analyses définitives sur un conflit que l’on ne peut prendre qu’avec grande prudence tant que dure le brouillard de la guerre. Dans le traitement médiatique d’un tel conflit, il est nécessaire de faire preuve d’humilité : reconnaître que l’on s’est trompé lorsque c’est le cas, ne pas se soumettre à la tyrannie du commentaire de l’immédiat alors que tant d’analyses, pour être justes, ont besoin de décantation pour dissiper le brouillard, être méfiant à l’égard des informations données et des discours officiels tant la manipulation est réelle, dans un camp comme dans l’autre. Ce que l’on peut dire d’un conflit lorsque celui-ci se déroule ressemble à une grande tapisserie trouée dont on essaie de déchiffrer le sens.

Conflits n°39, mai-juin 2022, 9€90 chez votre marchand de journaux

L’esprit de défense

Quand la guerre survient, il est trop tard pour y faire face. La paix et la liberté ont un coût, qui s’appelle la dissuasion. Investir dans une armée nécessite un véritable investissement financier et culturel qu’il faut réaliser en amont des guerres, pas pendant. C’est aussi un véritable « esprit de défense » qu’il faut créer, qui repose sur un humus culturel qui seul donne envie à des jeunes de s’engager dans l’armée et d’y faire carrière. Cet esprit de défense passe par la connaissance de l’histoire de France, de ses batailles victorieuses comme de ses défaites. Il suppose de disposer de lieux de formation, écoles et lycées, de professeurs, de lieux de mémoire où est marquée l’histoire militaire de la France, qui est l’histoire de sa survie et de sa construction. Pour réconcilier la France de l’Ancien Régime et celle de la Révolution, Louis-Philippe fit édifier à Versailles un musée de l’histoire de France et une galerie des batailles où, de Tolbiac à Napoléon, s’écrit la formation du pays. Certains se sont demandé si en cas de guerre l’armée de terre disposerait d’assez de munitions. C’est une question importante certes, mais vaine. La clef de l’esprit de défense n’est…

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