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Nantes terre d’asile

En dix ans, le «modèle nantais» a volé en éclats. Le paradis socio-économique des bobos a été dynamité par l’extrême gauche qui, outre l’esprit zadiste, a fait prospérer le marché de la drogue, les filières d’immigration clandestine et la délinquance qui en découle.


Autrefois, on les appelait villes de province. Dans le langage techno de l’époque, ce sont des « métropoles régionales » – implantées au cœur des « territoires ». Angers, Nice, Montpellier et bien d’autres, des noms qui, il y a encore quelques années, étaient synonymes de douceur de vivre.

Depuis les années 1990, elles se tirent la bourre pour obtenir des ressources nationales et attirer entreprises et populations. Dans cette compétition, Nantes a souvent été classée en tête. Célébrée en 2003 comme la « meilleure ville de France » par L’Express et comme le « meilleur endroit pour vivre » par Le Point, elle a été consacrée l’année suivante par Time Magazine comme « The most liveable city in Europe » avant d’être désignée en 2013 « capitale verte de l’Europe » par la Commission européenne.

L’hallali sur la ci-devant reine de la classe a été lancé par Le Point dont la « une » du 2 décembre 2021 posait une question contenant la réponse : « Faut-il quitter Nantes ? » Depuis c’est la descente aux enfers, notamment autour de la sécurité ou plutôt de son absence. Et il ne s’agit pas d’un simple « sentiment d’insécurité », les faits sont bien là. En quelques semaines, plusieurs crimes se sont invités à la « une ». Une femme de 47 ans qui se rendait à son travail a été tuée à l’arme blanche dans la rue. Une quadragénaire a été importunée alors qu’elle rentrait seule chez elle après une sortie, avant d’être frappée, violée. Un jeune homme a été tué d’une balle dans la tête à Saint-Herblain, à proximité immédiate de Nantes. Le nombre d’agressions sexuelles a augmenté de 70 % en cinq ans (428 en 2017, 728 en 2022). À ces crimes, il faut ajouter des délits, certes moins violents mais qui pourrissent la vie des Nantais.  ? Exemple parmi d’autres, dans la nuit du 19 au 20 octobre, un homme de 22 ans, en état d’ivresse, a dégradé les rétroviseurs et les essuie-glaces d’une vingtaine de voitures avant d’être interpellé en flagrant délit. On comprend bien que des femmes aient peur de sortir et que les parents se fassent du mouron quand leurs enfants sont dehors.

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Comment expliquer cette chute ? En fait, le déclin a commencé depuis longtemps, mais il a été camouflé par d’épaisses couches de com’. Car Nantes paie aujourd’hui aussi en excès d’indignité l’excès d’honneurs dont elle a longtemps bénéficié. C’est que les majorités municipales successives ont fait preuve d’un talent particulier pour ripoliner le réel à travers d’habiles campagnes qui ont planqué sous le tapis de la boboïsation culturelle des réalités urbaines douloureuses et anciennes. Bref, aujourd’hui, elle ressemble peut-être à l’enfer, mais cela fait plusieurs années que ce n’est plus le paradis.

Depuis les années 1970, Nantes a été métamorphosée. La petite ville se trouve aujourd’hui au cœur d’un vaste ensemble, Nantes Métropole, connectée à Paris depuis 1989 par le TGV et dotée depuis 1985 d’un tramway. Elle gagne presque 4 500 habitants pendant les années 1980, et plus de 25 000 habitants entre 1990 et 1999. À la fin du XXe siècle, Nantes attire plus que la plupart des grandes villes françaises. L’élan démographique se poursuit au XXIe siècle. Avec plus de 300 000 habitants, Nantes se situe actuellement au sixième rang des villes de France, derrière Nice et devant Strasbourg.

Nantes attire avant tout les jeunes et les actifs, des étudiants et des cadres. Ils s’installent dans les quartiers centraux qui offrent de nouvelles possibilités de logement à la suite de grands programmes immobiliers. Les familles avec enfants s’installent dans la couronne périurbaine, ou bien dans des quartiers comme Sainte-Anne. Ce dynamisme démographique repose sur un dynamisme économique : depuis la fin du XXe siècle, Nantes est la quatrième ville de France pour la croissance des emplois.

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D’une ville ouvrière (industries agroalimentaires, constructions navales), elle devient une ville de cadres supérieurs et de professions intermédiaires. Nantes est bien pourvue en commerces et agences bancaires, y compris des banques étrangères, de même que de grands établissements financiers. Elle est aussi championne en matière de logements sociaux : avec un parc HLM représentant 20 % des résidences principales, elle n’est devancée que par Strasbourg et Lille. Enfin, politiquement, la démocratie correspondant à la démographie, la ville longtemps plutôt de droite s’est ancrée vers la gauche, comme en témoigne le parcours politique de Jean-Marc Ayrault : en 1977, il bat le maire RPR de Saint-Herblain (ville populaire devenue partie intégrante du tissu urbain nantais), Michel Chauty. Ce dernier est ensuite élu maire de Nantes, mais perd sa place en 1989, battu par… Jean-Marc Ayrault. Bien utilisée par des politiciens habiles, l’attribution des HLM est un levier redoutablement efficace et les majorités municipales nantaises ne s’en sont pas privées.

Toutes ces dynamiques difficilement visibles ont été merveilleusement et habilement emballées à Nantes par une politique culturelle volontariste à la Jack Lang. Cette stratégie a aidé Jean-Marc Ayrault à conquérir la ville de Nantes, puis de lui donner le lustre et l’image dont la presse nationale fait ses choux gras. La chute de Michel Chauty s’explique largement par sa politique culturelle, notamment la censure d’un spectacle théâtral et l’arrêt de subventions à la maison de la culture de Nantes (MCN). Les protestations contre Chauty cristallisent l’opposition entre la ville-centre et plusieurs communes de l’agglomération, gouvernées à gauche et devenues « terre d’asile » pour les initiatives culturelles en disgrâce. Pour Alain Besson, ancien journaliste de Ouest-France, Michel Chauty était « un capitaine Fracasse qui s’était mis à dos les cultureux nantais en réduisant d’une manière drastique les subventions attribuées à la culture. Ces derniers le qualifieront de “sécateur-maire”, surnom qu’il traînera comme un boulet. »

Pendant cette « guéguerre culturelle », des alliances se tissent autour de Jean-Marc Ayrault, jeune maire socialiste de Saint-Herblain (1977-1989), et l’argent public permet de lancer le Centre de recherche et de développement culturel (CRDC), ainsi qu’un festival de théâtre. Ces initiatives, présentées par la liste Ayrault comme la quintessence de son action et sa vision de l’avenir de Nantes, ont largement contribué à la victoire de la gauche aux municipales nantaises de 1989. Une fois élue, la majorité en a fait la pierre angulaire de sa politique municipale et un instrument bien efficace pour assoir une hégémonie politique toujours intacte. Dans le cas de Jean-Marc Ayrault, le succès supposé du « modèle nantais » explique largement la décision de le choisir comme Premier ministre en 2012. C’est d’ailleurs à ce moment-là, au début de l’été 2012, que l’image de la ville commence à se dégrader. En effet, bien que converti au « jack-langisme », Jean-Marc Ayrault conservait quelques restes de la gauche présociétale, en particulier son soutien au projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Or, si la gauchisation qui a accompagné la gentrification de Nantes a permis au Parti socialiste de conquérir la ville, elle se mue progressivement en extrême gauchisation, préfigurant avec une décennie d’avance la Nupes : une alliance entre écolos radicaux, anticapitalistes et « jeunes des quartiers ». Un aéroport avec sa logique de croissance économique à l’ancienne, le rêve d’Ayrault, est leur cauchemar. En quelques mois, il devient aussi le cauchemar d’Ayrault, Hollande et Valls. Le rêve nantais a accouché de la ZAD. Ces jeunes qui prennent au sérieux tout le fatras sur la « culture », l’« art » et la « rebellitude » s’emploient surtout, avec succès, à dynamiter le modèle économique de Nantes, le vrai secret de son succès. Leurs violences répétées contre les acteurs de la réussite nantaise (banques, commerces et restaurants) transforment le centre-ville en Beyrouth. Elles cassent une mécanique profonde : les dizaines de milliers de cadres et de jeunes qui se sont endettés à vie pour vivre à Nantes rêvaient de balades à vélo au bord du fleuve et peut-être de spectacles antisystèmes pour le supplément d’âme, mais certainement pas du retour des Jean-Baptiste Carrier[1]. Et ce n’est pas tout. Cette jeunesse merveilleuse qui se dévoue pour trouver un modèle alternatif à notre société de consommation renonce à beaucoup de choses, mais pas à ses pétards. Breizh-Info du 24 avril 2018 nous apprend que « jamais la vente de drogue n’a aussi bien marché dans les banlieues nantaises, et ce grâce aux défenseurs de la ZAD qui consomment beaucoup et font des allers-retours entre la ZAD et Nantes pour ravitailler leurs camarades.» Et ces braves gens ne se contentent pas de beuh (herbe de cannabis) et de shit (résine). Selon Breizh-Info toujours, ils consomment aussi des substances qu’on ne peut pas faire pousser dans son jardin bio : « Des drogues dures circulent sur la ZAD, y compris de l’ecstasy, des métamphétamines ou de l’héroïne. »

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Et c’est ainsi que ces rebelles alternativo-radicaux créent un marché ultralibéral, comme Monsieur Jourdain de la prose ! En se fournissant en substances désinhibantes, ils alimentent un marché de deal qui donne à certains quartiers nantais des airs de « 9-3 ». Il est vrai que ces zadistes ne sont pas les seuls. Jeunes, cadres, étudiants, intermittents du spectacle, serveurs et serveuses de restaurants et bars, festivaliers : toute la faune nantaise attirée par les majorités municipales successives de Jean-Marc Ayrault à sa protégée Johanna Rolland à coups d’éléphant mécanique[2] et de pistes cyclables consomme énormément ! Et pour s’approvisionner, tout le monde se tourne vers… les quartiers où une autre jeunesse, très dynamique elle aussi, les attend 24h/24 et 7j/7 (y compris, désormais, pendant le ramadan, preuve que certains secteurs économiques savent privilégier l’efficacité).

Les Dervallières. Selon Wikipédia c’est « un grand quartier d’habitat social situé à l’ouest de Nantes. Construit entre 1955 et 1965, c’est un des plus anciens quartiers HLM de la ville. Il comptait 4 884 habitants en 2006. » Aujourd’hui, 30,1 % des Dervalleriens et Dervalleriennes sont des immigrés. Taux d’emploi, 40,2 % (73 % au niveau national). Dans les années 1960, c’était toujours un quartier populaire, bastion du FC Nantes, avec une intense vie sociale animée par des associations comme Femmes chefs de famille (FCF), la Confédération syndicale des familles (CSF), l’Amicale laïque des Dervallières. On organisait des kermesses. Mais ça, c’était avant. Depuis, la population change et malgré des investissements importants, les Dervallières ainsi que d’autres quartiers (Le Breil, Bellevue), complètement intégrés (contrairement au cas parisien par exemple) dans le tissu urbain nantais, sont devenus « chauds ». Ainsi, les Dervallières s’embrase pendant les émeutes de 2005, preuve de la forte implantation d’une société et d’une économie parallèles fondées sur l’islam et le trafic de drogue, les deux éléments constitutifs d’un séparatisme culturel et géographique.

Distribution de nourriture à un groupe de migrants occupant le square Jean-Baptiste-Daviais, à Nantes, 3 juillet 2019 / Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Plus tard, le quartier adopte tous les attributs des « quartiers » : rodéos de scooters (volés), attaques contre les forces de l’ordre pour établir un « équilibre de dissuasion » et sanctuariser des zones de deal et autres activités illicites, renforçant la dynamique séparatiste islamo-criminelle. Pour couronner le tout, le 21 septembre la police a arrêté Bilal Benyoucef, connu comme le « roi des Dervallières » (condamné à 24 reprises avant son 20e anniversaire), qui tenait d’une main de fer le 38, rue Watteau, point de deal le plus rémunérateur de l’agglomération. Et, malgré cet échec patent de la « politique de la ville », quand éclate la crise des migrants en 2015, le discours officiel de la majorité met en avant l’« accueil ».

À côté du mot « culture », « accueil » est devenu le deuxième « buzzword » associé à l’image jeune-dynamique-ouverte de Nantes. Il est difficile de trouver des chiffres fiables sur le nombre de sans-papiers, mais Philippe Guibert, ancien directeur du service d’information du gouvernement (SIG), remarque que « c’est la réputation de la préfecture de Nantes, d’accorder des papiers plus facilement qu’ailleurs. D’où un afflux de personnes d’origine étrangère. » Il faut aussi mentionner le tissu étoffé d’associations et la bienveillance de la mairie. Sans oublier les attraits de l’« économie parallèle » : selon Christophe Rouget, commandant de police et secrétaire général du Syndicat des cadres de sécurité intérieure, à Nantes « des filières de migrants génèrent plus de 50 % de la délinquance de voie publique ». Pas besoin de faire un dessin : le cocktail de bons sentiments, clientélisme et aveuglement idéologique produit les conséquences que l’on sait.

Pendant des décennies Nantes a été présentée comme la réussite emblématique d’un PS moderne, innovant, « cultureux » et festif. Ce papier peint ne cache plus le réel.


[1]. Révolutionnaire, très actif pendant la Terreur, qui entre décembre 1793 et février 1794 a ordonné massacres, fusillades et noyades à Nantes.

[2]. Attraction emblématique de Nantes.

Amsterdam : des réfugiés sèment le trouble dans les cités

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Suite à une politique d’insertion des réfugiés à Amsterdam proposant une mixité culturelle dans des immeubles, le nombre de plaintes augmente et le sentiment d’insécurité est de plus en plus fort.


Le projet de cohabitation entre de jeunes Néerlandais et des réfugiés arabes et africains a péri dans les cendres de l’incendie qui a ravagé leurs modestes demeures à Amsterdam.

Le dimanche 13 novembre, la police a arrêté un des habitants suspecté d’avoir volontairement incendié son propre appartement dans l’immeuble de trois étages, vite dévoré par les flammes. La nationalité du suspect de 27 ans n’a pas été divulguée, donc on peut supposer qu’il ne s’agit pas d’un Néerlandais de souche. Six chats périrent dans les flammes. Parmi les jeunes il n’y a pas de victimes à regretter, mais environ 135 d’entre eux n’ont plus de logement.

«L’autre jour, il [le suspect] jetait ses meubles par la fenêtre, ce n’était pas la première fois que ce type donnait des signes de graves problèmes d’ordre psychotique. Je suis bien placée pour le savoir, car j’habitais dans l’appartement face au sien», constatait une étudiante de 23 ans contemplant, un gobelet de café dans une main, un nounours dans l’autre, le spectacle désolant de son immeuble calciné.

La jeune femme, qui préférait taire son nom, confia à un reporter du journal amstellodamois Het Parool, que dans sa fuite, elle avait laissé toutes ses possessions dans l’appartement.

Ce ne serait qu’un triste fait divers, s’il ne prouvait pas l’échec du projet de la municipalité de gauche d’Amsterdam d’inciter des jeunes d’origines différentes à vivre ensemble. Car depuis belle lurette, les témoignages pleuvaient que la réalité multi-ethnique se soucie peu des projets mijotés dans la mairie on ne peut plus woke. Engueulades nocturnes, rixes, vols, brimades envers les homos et filles agressées étaient le lot quasi quotidien dans la cité en partie brûlée dimanche.

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L’étudiante sus-mentionnée: «Dimanche matin, je croyais que c’était le boucan habituel dans les corridors et je tentais de ne pas y prêter trop d’attention, quand des policiers cognaient sur ma porte, m’ ordonnant de déguerpir au plus vite. Si seulement j’avais pensé à prendre mes affaires…»

Les torts sont-ils partagés entre jeunes Néerlandais et leurs pairs de plusieurs pays à problèmes qu’ils sont censés accompagner vers une existence digne, comme l’ont réussi tant d’immigrés avant eux ? Eh bien non, les nombreux témoignages de jeunes Néerlandaises pointent uniquement vers des Africains et des Arabes qui font régner si ce n’est pas la terreur, en tout cas l’insécurité.

Ce n’est pas de gaieté de coeur qu’elles accusent les mêmes personnes qu’au départ elles voulaient aider à mieux connaître leur pays d’accueil. Jusqu’à ce qu’elles se rendent compte que ce n’étaient pas les classes de langue et de civilisation néerlandaises qui les intéressaient, mais de les draguer lourdement. «Au lieu de chercher des contacts avec eux, ces intimidations avaient un effet contraire sur moi, je me repliais sur moi-même, rasais les murs, rentrais le soir la peur au ventre», confia récemment l’étudiante Juul de Nijs à la télévision locale AT5. Elle était particulièrement écoeurée par de jeunes hommes érythréens, ordonnant leurs rarissimes compatriotes féminines de se taire.

Juul est loin d’être la seule à être retournée vivre chez ses parents «en province» plutôt que de figurer comme cobaye dans un projet multi-culturaliste. Son réveil a dû être cruel et en plus elle se voit traitée de pauvre cruche sur le principal réseau social de droite.

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Son calvaire se déroulait dans une cité dans l’est d’Amsterdam, l’incendie de dimanche s’était produit à l’ouest. C’est là où, en 2016, le projet de vivre-ensemble avait commencé. Dans un reportage sur le chantier, peu avant l’arrivée des premiers jeunes de toutes les couleurs, la très gaucho-compatible télévision publique en chanta les louanges. Un politicien local vantait un projet «où tout le monde serait gagnant». D’abord grâce au loyer très modeste d’environ 300 euros par mois dans une ville où les logements décents sont de plus en plus réservés aux nantis. Gagnants seraient également ces Néerlandais ayant la possibilité d’aider les jeunes étrangers, tous régularisés, à s’intégrer. Ces Blancs, pour la plupart, étaient sommés de faire preuve d’une attitude proactive et de consacrer au minimum quelques heures par semaine au bien-être des étrangers, ces veinards, à qui, en contrepartie, on demandait de se montrer avides d’apprendre et de se comporter convenablement. Pas tous se montrèrent à la hauteur.

Dans chaque unité étaient logés, pour un maximum de cinq ans, autant de Néerlandais que de Syriens, Erythréens, Afghans, Somaliens et tutti quanti. Ces jours-ci, à Amsterdam et dans sa proche banlieue, il existe une petite vingtaine de ces cités dont le nombre d’habitants varie entre quelques centaines et une quarantaine. Avec leurs «habitations conteneurs», ces blocs ont l’air plutôt tristounet, comme des centres de rétention de clandestins aux abords d’aéroports internationaux.

Les bruits que la fraternisation ne se passait pas sans heurts allaient crescendo à mesure que le nombre de cités augmentait. Les plaintes de harcèlement sexuels pleuvaient, mais aussi sur l’entretien insuffisant et la présence de marchands de drogue, la nuit. La coopérative de logement social répétait comme un mantra que la sécurité des locataires était primordiale et que les fauteurs de trouble seraient expulsés ou signalés à la police. Comme ce jeune homme accusé de six agressions sexuels dans la même cité….

La coopérative et des dirigeants municipaux firent preuve cependant de compréhension envers les malfrats, arguant que plusieurs d’entre eux viennent de pays en guerre et sont de ce fait traumatisés. Que leur comportement imprévisible devraient les tenir à l’écart d’un projet idéaliste n’était pas évident pour les partisans du vivre-ensemble imposé.

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La ville et le bailleur social ont également des comptes à rendre sur la sécurité-incendie, vu qu’un habitant réputé psychotique a réussi à tout cramer autour de lui. Un jeune Syrien désormais sans toit s’écria devant la presse locale: «Ce type s’était ces derniers temps fait taper sur les doigts par la police pour semer la pagaille, mais chaque fois on le renvoya parmi nous. On craignait tous que cela finisse mal un jour».

S’il est établi que le coupable est en effet un étranger, la réputation de demandeurs d’asile en pâtira encore plus dans un pays où de jeunes Nord-Africains se rendent coupables de vols et d’agressions dans et aux abords de centres de réfugiés. Même des bénévoles de la Croix Rouge s’y étaient fait dévaliser…

Il est bien sûr injuste de stigmatiser tous les réfugiés pour des horreurs commises par une minorité d’imposteurs. Et dans les cités en question, bien des jeunes étrangers se montrent reconnaissants de l’accueil et s’efforcent de s’intégrer. Mais au fil des ans, le mot néerlandais asielzoeker, demandeur d’asile, a fini par acquérir une connotation péjorative, du moins dans les cercles conservateurs, tant les abus ont été flagrants.

A Amsterdam, le projet de vivre-ensemble entre jeunes Bataves et non-Européens changera bientôt de fond en comble, prônent ses initiateurs: désormais, les Néerlandais y formeront une majorité d’au moins 70 pour-cent, les supposés bénéfices de l’égalité en nombre s’étant avérés être des leurres aussi naïfs que dangereux.

Ubu à l’ONU

Faire détruire son présumé arsenal nucléaire par Israël est une priorité de l’ONU, avant que l’Iran ait rendu sa bombe opérationnelle : les mollahs ont promis qu’ils la lanceraient aussitôt sur l’État juif. Si jamais ils ne réussissent pas à le détruire du premier coup, les représailles risquent d’entraîner un conflit mondial.


Oyez, oyez, Terriens, dormez bien, l’AIEA veille !

Le 28 octobre 2022, l’ONU a diffusé un communiqué de presse informant le bon peuple que sa Première Commission (Désarmement et sécurité internationale) avait « approuvé 19 projets de résolution et un projet de décision sur les armes nucléaires, dont un projet de résolution intitulé « Désarmement nucléaire », qui a suscité un long débat ».

Au sujet de ce débat, quelques déclarations officielles iraniennes sont à prendre en considération :

En 2005, le président Mahmoud Ahmadinejad : « Comme l’a dit l’imam Khomeiny, Israël doit être rayé de la carte ».

En 2019, le général Mohammad Reza Naqdi, officier supérieur des Gardiens de la révolution, sur la chaîne irakienne Al-Nujaba : « la révolution islamique en Iran n’abandonnera pas l’objectif d’effacer l’État juif ».

En 2020, l’imam Khamenei, guide suprême et leader officieux de la République islamique d’Iran : « Le virus du sionisme ne tardera pas à disparaître et sera anéanti ».

A-t-on les médias qu’on mérite ?

Plutôt que d’aligner les arguments de l’Iran et d’Israël, concernés par ces résolutions, voyons de quelle façon leurs presses respectives ont rendu compte de l’information.

Le 1er novembre 2022, le Tehran Times, dont on ne peut mettre en doute les reportages, puisque sa devise est « La pure vérité » (Straight Truth en V.O.), explicitait le communiqué de l’ONU : « L’Assemblée générale des Nations Unies a voté dimanche par 152 voix contre 5 en faveur d’une résolution qui exige qu’Israël détruise tout son arsenal d’armes nucléaires et permette aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique de visiter ses installations nucléaires. Le vote a été effectué par la Première Commission de l’ONU, qui traite du désarmement, des défis mondiaux et des menaces à la paix qui affectent la communauté internationale et cherche des solutions aux défis de la sécurité internationale ».

Le Tehran Times ne précise pas qui préside cette Commission, mais peut-être n’est-ce pas inutile pour les lecteurs français, qui ne sont pas tous sensibles à l’humour onusien. Il s’agit de la Corée du nord, parangon bien connu de la paix dans le monde. La Résolution avait été initiée par Myanmar, née Birmanie, dont la junte au pouvoir partage le pragmatisme iranien et les idéaux nord-coréens, sans bénéficier des mêmes moyens militaires.      

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Communication impopulaire d’un organe populiste

L’Iran s’y connaît en dangers mortels. Son représentant à la Première Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, Heidar Ali Balouji, est champion du monde des pince-sans-rire. Il a critiqué Israël pour ses armes de destruction massive et ses énormes dépenses militaires conventionnelles. D’après lui, Israël utilise les Territoires palestiniens mitoyens (Cisjordanie à l’est, Gaza à l’ouest) comme décharge pour ses déchets nucléaires. Il ne trouve rien d’anormal à ce que les Israéliens soient immunisés contre les cancers innombrables que ces déchets provoquent, d’après lui, chez les Palestiniens. Pourtant, seules des barrières électroniques séparent les trois populations.

Son challenger, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Nasser Kanaani, a déclaré : « La politique de deux poids, deux mesures est très claire. Lorsqu’il s’agit de mettre un terme à la prolifération des armes nucléaires, Israël est exempté de toute responsabilité. En tant que signataire du TNP [Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires], l’Iran a un programme pacifique à des fins énergétiques et médicales, et pourtant il est soumis au programme d’inspection le plus strict de l’histoire de l’AIEA ».

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Côté israélien, la presse est moins inventive 

Les habitants du « petit Satan » peuvent lire dans leurs journaux que « L’Iran, membre du TNP, a ouvertement déclaré qu’il enrichissait de l’uranium jusqu’à une pureté proche de celle d’une arme et, selon l’AIEA, la République islamique a commencé à produire de l’uranium métal l’année dernière, bien que cela n’ait aucun but civil. Ce point n’a pas été mentionné dans la résolution ».

Se limitant aux faits, les journalistes hébreux rappellent que l’ambiguïté délibérée sur le statut nucléaire de leur État n’empêche pas « des estimations étrangères » d’évaluer son stock « entre 80 et 400 têtes nucléaires ».

En revanche, l’État juif a déjà déclaré à plusieurs reprises qu’il « ne serait jamais le premier à introduire de telles armes dans la région ».

Si c’est écrit dans le journal, c’est sûrement vrai

Le problème, c’est que dans nos journaux, ce n’est pas écrit ! En dehors des communiqués de presse de l’ONU, un seul média francophone, Irna[1], a titré sur le sujet : « Armes nucléaires : 152 pays ont voté contre le régime sioniste ».

Téhéran est fervent de la pensée positive, ou alors il prend ses désirs pour des réalité, car sur le site de son agence de presse, « Israël » a déjà été effacé. Mais comme il faut quand même attribuer les malheurs du monde à un responsable, d’innombrables articles sont consacrés à un « régime sioniste » non identifié. Je suis mèreplexe

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[1] Pas Irma-la-douce, mais l’AFP iranienne, en VF.

Daniel Arsand : une éducation sentimentale des années 60

Un livre assez bref, mais intense, Moi qui ai souri le premier, revient sur son enfance de l’auteur et tout particulièrement sur son éducation sentimentale et sexuelle. 


Né en 1950 à Avignon, Daniel Arsand a vécu son enfance à Roanne. Il est le fils unique de deux parents amoureux de manière quasi exclusive l’un de l’autre. Après ses études, il vient s’établir à Paris, travaille comme libraire, commence à écrire et devient éditeur de littérature étrangère. En 1989, il reçoit le prix Femina du premier roman pour La Province des ténèbres.

Le goût de la solitude

Sa vie est alors marquée par l’atmosphère d’une petite ville de province plutôt bourgeoise, dans laquelle il se sent d’abord heureux, avec une passion pour Sylvie Vartan, et le goût, déjà, de la solitude : « Je me bâtissais des fragments de rêve, des morceaux d’imagination, des contrées livresques. Des continents m’appartenaient ». Revers à ce tableau idyllique : il se sent différent : « La pédérastie, attaque-t-il tout de go, pour la plupart des gens d’ici, était inconcevable ». C’est dans cet univers contraint qu’il va tenter de découvrir sa propre identité, à travers trois expériences qui le marqueront à jamais.

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La première (je vous laisse découvrir les deux autres) est un viol qu’il subit de la part d’un garçon un peu plus grand que lui. Les circonstances de cet événement, enfouies dans son souvenir, remontent peu à peu à la surface, grâce à l’écriture. Il se rend compte que, depuis ce temps lointain, sa conscience les avait quasiment censurées. Et pourtant, de par le traumatisme qu’il provoqua en lui, cet événement eut une importance fondatrice dans le déroulement de sa vie. Daniel Arsand décrit longuement ce viol, avec une précision presque insupportable. Il fait ressentir comment une innocence juvénile, la sienne, fut bernée par quelque chose de brutal et de destructeur. En un instant, sa vie sembla s’être brisée. Il en fait le constat suivant, en quelques lignes bouleversantes qui disent tout de sa soudaine détresse morale : « Un viol réduisait en poussière mes aléas scolaires, les potins familiaux, le labeur quotidien de mes parents, un printemps étincelant et chaud, le présent et l’avenir, il dévaluait ce qui constituait la trame de mes jours, ce qui faisait de moi un être humain ».

Une écriture résiliente

Les relations de Daniel Arsand avec les autres êtres humains en ont évidemment été très perturbées. Il note par exemple ce trait, qui s’est ancré en lui : « Mais je suis récalcitrant à construire quoi que ce soit avec un autre, je ne veux pas bâtir une histoire, je ne veux rien projeter, pas d’avenir… » Ce n’est pas pour autant néanmoins qu’il s’est laissé envahir par le ressentiment. Dans l’acte d’écrire, et singulièrement dans ce livre, Daniel Arsand a trouvé une sorte d’exutoire. Il a tout revécu, écrit-il, « sans que je sois percé par la moindre flèche de vengeance, mais une colère parfois se maintenait, revigorante ». Il fait aussi ce très bel aveu : « En écrivant, je ne finis pas de grandir ». Il y a dans Moi qui ai souri le premier de très belles pages sur l’écriture et ses vertus de résilience.

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Écrivain du moi, Daniel Arsand n’a, de ce fait, pas eu besoin de suivre une psychanalyse. C’est à la feuille blanche qu’a été dévolu ce rôle, grâce à une narration autobiographique filtrée par la mémoire, et portée par un style virtuose, où j’ai cru parfois déceler les influences de Maurice Sachs, ou encore du Sartre de « L’enfance d’un chef ». Daniel Arsand, malgré un sujet devenu à la mode depuis quelques années, ne s’inscrit pas de manière conformiste dans la vague #MeToo. Il montre plutôt une manière très réfléchie de répondre au problème des violences sexuelles. Moi qui ai souri le premier n’est pas seulement un témoignage parmi d’autres, mais aussi et avant tout une œuvre littéraire très élaborée. C’est certes une main tendue par Daniel Arsand à d’autres victimes, mais tout aussi bien au lecteur lambda, qui se croirait par hasard exempt de tout mal. Au soir de sa vie, Daniel Arsand a trouvé une nouvelle fois comment se reconsidérer, avec ce pas en avant vers l’intégrité.

Daniel Arsand, Moi qui ai souri le premier, Actes Sud, 2022, 112 pages, 15 €.

Moi qui ai souri le premier

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La province des ténèbres

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Art déco go home !

Comment les échanges transatlantiques entre architectes et décorateurs ont façonné l’art de vivre de l’Upper Class américaine.


Je ne me lasse pas du style Art déco. C’est la preuve de mon immobilisme réactionnaire et de mon goût pour l’ordre, critiqueront certains esthètes pointus. L’Art déco, c’est d’un commun, d’un banal, digne d’un esprit obtus particulièrement rétrograde, trop vu, trop copié, trop figé, trop facile, trop clair, trop convenu, trop fluide, trop linéaire, trop acajou, trop smart, trop classique, trop désirable peut-être aussi ? Les touristes Américains dans la capitale en raffolent, c’est dire s’il est dévalué dans les cénacles déconstruits et les galeristes dans le vent. Je me souviens qu’en 2013, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, tout là-haut, perchée au Palais de Chaillot avait déjà consacré une exposition intitulée 1925. Quand l’Art déco séduit le monde.

Audaces stylistiques

Elle récidive cet automne (jusqu’au 6 mars 2023) en refaisant le match France/Amérique du Nord. Qui a influencé qui ? Les buildings, les façades et les meubles sont-ils « made in Brooklyn » ou « made in Pantin » ? Cette rétrospective fait le pont entre l’école des Beaux-Arts de Paris qui, dès la fin du XIXème siècle, a formé nombre d’architectes américains et canadiens et l’élévation d’immeubles aux lignes épurées dans toutes les grandes villes des Etats-Unis. Ce va-et-vient transatlantique fut accentué par ce que les organisateurs appellent « le ciment amical de la Grande Guerre ». Il fut un temps où la « French Touch » était étudiée, appréciée, disséquée et propagée dans les terres du Nouveau Monde. La France était le berceau de toutes les audaces stylistiques, elle faisait corps avec la modernité de son époque, elle acceptait la vitesse et le progrès scientifique, s’inspirait de la gestuelle sportive et de l’élégance des aéroplanes, de l’automobile racée et des paquebots-palaces, tout en ne sabordant pas son héritage académique. Cette leçon d’équilibre pourrait encore aujourd’hui nous servir dans de nombreux domaines.

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Les milliardaires new-yorkais s’arrachaient alors les services de nos muralistes, ensembliers, décorateurs, designers, affichistes, joaillers ou ébénistes pour briller en société. Hollywood et les grands magasins leur ouvraient les portes. La Cité de l’Architecture revient sur quelques temps forts de cette amitié esthétique comme la création en 1919 de l’American Training Center, une école d’art située à Meudon où des sammies, dans l’attente de leur rapatriement, avaient la possibilité de se former en seulement quelques mois « très intenses » aux proportions idéales. Ils furent près de 400 à visiter les ateliers de Kees Van Dongen ou d’Antoine Bourdelle. De retour au pays, leur œil avait un air de « Paris, reine du monde » comme le chantait Maurice Chevalier.

Entre les palmiers et la plage

Dans cette même dynamique, quelques années plus tard, l’École des beaux-arts de Fontainebleau accueillit, chaque été, 70 étudiants américains qui avaient comme professeur d’architecture, le célèbre Jacques Carlu. Avant que la crise de 1929 ne referme cette parenthèse enchantée, des traces de France ont essaimé un peu partout en Amérique du Nord et la « patte US » est toujours visible au Trocadéro. Le Palais de Chaillot n’a-t-il pas un cousinage avec Washington D.C. ? Et que dire des salons de l’Ambassade du Mexique, temple de l’Art déco du XVIème arrondissement avec leurs imposantes toiles du peintre Angel Zárraga. Pour moi, c’est l’une des plus belles expositions du moment par la richesse des œuvres présentées et leur mise en scène. Le visiteur est poussé par un souffle Art déco dans des environnements très différents ; il se retrouve au milieu des gratte-ciels, dans un navire luxueux, à la vitrine de Macy’s & Co ou dans le décor « Tropical déco » d’une villa de Miami Beach. L’affiche de l’événement est en soi un appel au voyage, elle montre une locomotive bicolore « Atlantic Coast Line » à l’aérodynamique sensuelle, traçant sa route entre les palmiers et la plage.

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Comment ne pas s’incliner devant la commode à vantaux en ébène de Macassar et incrustation d’ivoire signée par le maître Jacques-Émile Ruhlmann, mais aussi tous les objets plus tardifs, de la période « Streamline », qu’il s’agisse d’un aspirateur Hoover de 1934 aussi beau qu’une sculpture antique ou d’un four à pomme de terre en aluminium qui ressemble à une fusée interstellaire. J’aurais voulu repartir avec ce juke-box de table en acier chromé ou avec la photographie d’une caravane Airstream Liner tractée par le cycliste Alfred Letourneur. Montez à Chaillot voir ce que l’Amérique et la France ont produit de plus beau !

Art déco France/Amérique du Nord, Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Jusqu’au 6 mars 2023.

Et maintenant, voici venir un long hiver...

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Tahiti song

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Pacification, Tourment sur les îles, d’Albert Serra, un voyage dans la Polynésie rêvée.


Voyage au long cours : le film ne dure pas loin de trois heures. Elles passent pourtant sans encombre, dans l’exotique nonchaloir d’une Polynésie fantasmée, où l’émérite Albert Serra nous dépayse sous la lumière dorée et dans la moiteur vespérale de Tahiti – Tahiti c’est la France ! On se souvient de La Mort de Louis XIV, en 2013, avec Jean-Pierre Leo, impayable en monarque emperruqué, grabataire agonisant dans les purges et la sanie ; ou de Liberté, en 2019, film beaucoup moins convainquant celui-là, qui nous transportait au siècle des Lumières, dans une clairière où forniquait un cénacle d’adipeux aristocrates…

A distance de tout réalisme, dans un temps suspendu à d’improbables menaces belliqueuses, le cinéaste catalan a convoqué, pour étoffer l’évanescence délibérée de son récit, quelques figures mythiques ou inattendues du 7ème art : campé par un Benoît Magimel placide et empâté, ce suave De Roller, Haut-Commissaire de la République (l’équivalant d’un Préfet en métropole) bonasse et filou qui, sanglé dans un immuable veston blanc, col ouvert sur la même chemisette à fleurs décidément rebelle au pressing, chaussé jour et nuit de lunettes teintées de bleu, distille la bonne parole en esquivant les réponses. A la jumelle, le haut-fonctionnaire a cru apercevoir un sous-marin faisant le dos rond à la surface des eaux… Circule la rumeur d’une reprise des essais nucléaires… Les « locaux » sont sur les charbons ardents. Voilà pour l’intrigue. Elle fournira tout de même l’occasion de quelques virées en hélico pour survoler des paysages de carte postale, ou d’échappées sur des spots de surf aux vagues géantes…

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Parfois, Pacification n’est pas sans rappeler, à quelque cacochyme spectateur cinéphile s’il en reste, quelque chose du climat d’India Song, ce film de Marguerite Duras millésimé 1975 – mais une Duras qui, par on ne sait quel miracle, aurait été dotée d’humour et de fantaisie. Autres apparitions singulières au cœur de ce caustique Tourment sur les îles (c’est le sous-titre), le comédien Sergi López, ici en tenancier de boîte interlope, rôle entièrement muet et quasi-fantomatique. Plus surprenant encore, l’excellent écrivain Cécile Guilbert, dans son propre rôle d’invitée officielle, qui se fendra de trois répliques improvisées – ça ne mange pas de pain. Il y a aussi un allègre amiral, inutile et chenu, joué par Marc Susini, qui semble beaucoup apprécier son contingent d’engagés. Sans compter les comparses, sous les traits d’acteurs et d’actrices parfaitement inconnus sous nos latitudes, tel Matahi Pambrun, le chef de clan indigène, lequel s’affronte à mots couverts avec Magimel-De Roller, roi de l’esquive rouée, sous les dehors de la courtoisie. Ou encore cet étrange Portugais à qui on a volé son passeport (Alexandre Mello).  Et surtout la photogénique, androgyne et somptueuse Pahoa Mahagafanau, dans le rôle de Shannah, travesti au sourire désarmant, dont la silhouette racée, chaste mais chargée d’érotisme coudoie de bout en bout notre Magimel national, comme la tentation faite chair.  Tentation à laquelle, pour le coup, cède avec volupté le corps de marine, au passage, dans un nocturne ballet d’épilogue chaloupant et, en somme, très… pacifiant. On ne s’ennuie pas dans le Pacifique…    

Pacification, Tourment sur les îles. Film d’Albert Serra. Avec Benoît Magimel. France, Espagne ; Allemagne, Portugal, 2022, couleur. Durée : 2h43. En salles.     

Quelle Marianne dans trente ans ?

En 1985, Le Figaro Magazine offre à ses lecteurs un « Dossier immigration » dans lequel les auteurs imaginent à quoi pourrait ressembler la population française en… 2015 ! Didier Desrimais a lu pour nous les prédictions faites il y a presque trente ans et les trouve tout simplement visionnaires.


Le samedi 26 octobre 1985, la couverture du Figaro Magazine représente un buste de Marianne dont le visage est dissimulé par un voile islamique. Le titre fait scandale : « Serons-nous encore Français dans 30 ans ? » Louis Pauwels, dans son éditorial, prévient : le dossier est explosif.

Jean Raspail, l’auteur du Camp des Saints, et le démographe Gérard-François Dumont (à l’époque président de l’Institut de démographie politique) ont réalisé une enquête démographique inédite en 1985. Ils tentent, à partir d’elle, de dessiner une carte démographique de la France en 2015. Je n’entrerai pas ici dans le détail chiffré de cette enquête mais signalerai les grandes tendances prospectives établies par les auteurs et l’incroyable résonance de ces dernières avec les réalités actuelles.

En 1985, et depuis déjà au moins deux décennies, l’immigration en France est majoritairement d’origine méditerranéenne et africaine et à 90 % de culture et de religion islamiques. Tandis que le taux de fécondité des Françaises baisse irrémédiablement, celui des E.N.E (étrangères non-européennes) reste très élevé – le taux de natalité globalement plus élevé en France que dans les autres pays européens est essentiellement dû au « renfort » des « naissances étrangères ». Cette « fécondité déferlante » va modifier en profondeur le visage de la France, selon Raspail et Dumont. Si ces derniers continuent de parler « des Français nationaux et des étrangers résidents », ils sont convaincus que ces distinctions seront caduques en 2015 sous l’effet des « dispositions laxistes de la naturalisation automatique par naissance sur notre sol ». Devant ce qu’ils appellent une explosion nataliste des Français d’origine immigrée non européenne et très majoritairement de religion musulmane, les auteurs prévoient pour 2015, entre autres phénomènes visibles d’une profonde transformation de la société française, « un complet changement de visage et de ton de notre système scolaire et de l’éducation nationale », une « ségrégation de fait », le « rejet de notre culture ». Tous ces phénomènes sont survenus et atteignent ces derniers mois des proportions laissant envisager ce que redoutent les auteurs, à savoir un durcissement communautaire augmenté par une immigration incontrôlée, et un affrontement inévitable.

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Au fur et à mesure que la population se transformera, écrivent Raspail et Dumont, une nouvelle « force électorale formidable » verra le jour. Les électeurs d’origine étrangère non européenne, manipulés par des « forces extérieures à la France », s’empareront « le plus démocratiquement du monde de villages, de quartiers, de départements ». Les générations issues de l’immigration la plus récente « adoptent d’autres comportements » que ceux des Français  qu’on qualifierait aujourd’hui « de souche » ou des Français d’origine étrangère plus âgés et parfaitement intégrés dans la société française. Cette force politique neuve, jeune, solidaire et manipulée, ne restera pas les bras croisés : « On peut prévoir les premiers troubles graves vers 1995 », écrivent nos deux visionnaires qui ne s’étonneront sûrement pas de voir les premières tentatives d’imposition du voile islamique à l’école en 1989, puis les tergiversations des gouvernements successifs pour faire voter, 15 ans plus tard, une loi aujourd’hui remise en cause dans de nombreux établissements scolaires. En revanche, ce qu’ils ne peuvent pas prévoir, c’est que la « force électorale » qu’ils décrivent en 1985 sera, à partir de 2012, captée et manipulée en premier lieu par des partis de gauche et d’extrême-gauche décidés à remplacer les classes populaires fatiguées de subir les effets délétères d’une immigration massive et votant « mal », par les nouveaux damnés de la terre, à savoir les musulmans.

En plus d’un changement en nombre de la population française, le problème majeur que relèvent Raspail et Dumont est celui de la loi coranique qui s’installe dans de plus en plus de quartiers et qui « plus sûrement qu’une loi d’apartheid, multiplie les barrières entre les communautés ». Il y aura, présagent les auteurs, de plus en plus de mosquées (ils ne se sont pas trompés : 150 en 1976, 900 en 1985, 2500 en 2015), de plus en plus d’écoles coraniques, d’innombrables associations d’obédience musulmane obligeant les autorités à accepter ce qu’on n’appelle pas encore des « accommodements raisonnables », des centaines d’enclaves échappant à la loi commune. La société française deviendra une mosaïque pluriethnique et pluriculturelle, source de rivalités territoriales. La France ne sera plus une nation mais un « espace géographique » traversé par des conflits révélant en réalité une « France multiraciale devenue multiraciste ». Quoi qu’ils aient dit ou promis, nos gouvernants n’ont jamais su ou voulu empêcher les vagues migratoires qui amplifient ce phénomène depuis quarante ans. Les auteurs envisagent tous les arguments gouvernementaux possibles pour justifier une immigration massive : « De vastes régions rurales de notre territoire ont perdu la moitié de leur population. […] On nous reprochera ces riches déserts dépeuplés. On nous dira que les pauvres du sud s’en contenteront très bien. Ce sera ça le dialogue Nord-Sud ! » Incroyable prédiction des récentes préconisations d’Emmanuel Macron en termes de répartition des immigrés (légaux ou illégaux) sur le territoire national.

Il est à noter que ces projections ont été réalisées à partir de chiffres officiels, ceux de l’Insee, ridiculement bas par rapport à la réalité (ce que savent les auteurs et ce que confirme l’Insee), pour ce qui concerne le dénombrement des étrangers d’origine non-européenne. Pensant imaginer le pire, Raspail et Dumont envisagent la possibilité d’une arrivée annuelle de 100 000 immigrés non-européens. Si tel devait être le cas, écrivent-ils, il n’y aurait aucun retour en arrière possible et le changement de population (et donc de culture, de religion, de mœurs, etc.) serait irrémédiable. Les chiffres de l’Insee des dernières années vont au-delà des pires prévisions de Raspail et Dumont : le nombre d’immigrés entrant en France est systématiquement au-dessus de 150 000 par an, avec des pointes à 272 000 en 2019 et 215 000 en 2020. Ces immigrés viennent majoritairement d’Afrique et sont majoritairement musulmans. Ces chiffres ne tiennent pas compte de l’immigration illégale ou clandestine, par nature inchiffrable. De plus, comme le rappelle Michèle Tribalat[1], les chiffres fournis à la presse par l’Insee sont régulièrement sous-évalués. Ils ne sont corrigés et revus à la hausse que des années plus tard, c’est-à-dire lorsqu’ils deviennent inutiles à une réelle information, les médias dominants préférant ignorer ces nouveaux chiffres pouvant entériner l’idée d’un (grand) remplacement de la population française.

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L’actuel OID (L’Observatoire de l’immigration et de la démographie, voir l’article de Causeur du 5 novembre 2022), auquel collabore Gérard-François Dumont, rappelle que l’immigration et les personnes nées à l’étranger contribuent de plus en plus aux naissances en France. De plus, nous apprend encore l’OID, les chiffres de l’immigration ont explosé pendant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron : 255 675 titres de séjour ont été accordés à des immigrés non-européens en moyenne chaque année entre 2017 et 2021. Les demandes d’asile sont en progression constante (134 000 en 2021). Les permis de séjour atteignent des niveaux inégalés : 3 450 189 en 2021 (+ 35 % par rapport à 2012) et concernent principalement l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Les éloignements (OQTF) et les départs des clandestins ne cessent, eux, de diminuer. D’après le député Renaissance Jean-Charles Grelier, il y a 700 000 personnes sous OQTF en France. Cette immigration légale ou illégale est très majoritairement extra-européenne et musulmane. Si cette évolution concerne quasiment tous les pays européens, elle a pris en France une ampleur particulière qui se traduit par un communautarisme exacerbé, une criminalité et une insécurité grandissantes (il n’y a que sur France Inter et dans Libération qu’on ne voit pas le lien entre délinquance et immigration), une perte de repères culturels nationaux et, conséquemment, la sensation de vivre dans un autre pays que la France dans certains quartiers, certaines villes, ou dans le département de la Seine-Saint-Denis. Tous les services publics (école, médecine, police, aides sociales, etc.) se retrouvent confrontés à des problèmes dus essentiellement à une immigration sans désir d’intégration, culturellement tournée vers les pays d’origine, religieusement soumise à un islam prosélyte cherchant de plus en plus, sous la férule salafiste ou frériste, à imposer sa présence dans l’espace public pour en modifier les contours anciens à travers de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, les musulmans et les kouffars, la culture française et les traditions culturelles et cultuelles importées des pays d’origine.

S.O.S Racisme naît en 1984. Raspail et Dumont dénoncent les discours immigrationnistes reposant sur un humanisme dévoyé et un antiracisme ne servant le plus souvent qu’à amadouer et culpabiliser les populations réticentes – plus tard, Paul Yonnet démontrera les dessous politiques de la célèbre association et l’établissement par celle-ci de l’équation « Être raciste, c’est ne pas être immigrationniste »[2] qui a maintenant son pendant retourné : « Ne pas être immigrationniste, c’est être raciste ». En 1985, Louis Pauwels espère encore que des « volontés politiques » changeront le cours des choses et apporteront un heureux démenti à la « vision apocalyptique » de Jean Raspail. Les derniers chiffres de Frontex sont catastrophiques – une augmentation de 73 % des entrées irrégulières aux frontières de l’UE sur les dix premiers mois de l’année. Aujourd’hui, les « élites » pro-immigration, du président Macron à la majorité de la Commission européenne, des représentants des grandes entreprises aux responsables de la NUPES, des ONG complices aux médias propagandistes, regardent avec les yeux de Chimène, mais pour des raisons très différentes, l’Ocean Viking entrer dans le port de Toulon. Pendant que le Danemark – au grand dam du Monde qui critique sévèrement les sociaux-démocrates danois qui appliqueraient des idées « d’extrême-droite » – affiche fermement un objectif « immigration zéro », le gouvernement français crée un extraordinaire appel d’air. « La France a cédé. L’irrémédiable est accompli. Aucun retour au passé n’est désormais possible ».[3] Cette phrase, écrite en 1973, pèse de tout son poids prophétique sur notre présent.


[1] [1] Michèle Tribalat, Les yeux grands fermés, l’immigration en France. 2010, Denoël.

[2] Paul Yonnet, Voyage au centre du malaise français (L’antiracisme et le roman national), 2022, Éditions de L’Artilleur.

[3] Jean Raspail, Le Camp des Saints, Robert Laffont.

Le Camp des Saints ; précédé de Big Other

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Immigration, idéologie et souci de la vérité

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https://www.causeur.fr/lobservatoire-de-limmigration-et-de-la-demographie-un-projet-vital-pour-la-nation-246124

Paris, ville en voie de développement

Outre la saleté et la dégradation, notre capitale souffre d’un mal plus inquiétant encore. Ses rues offrent un spectacle qu’on ne voyait, jusqu’à présent, que dans les villes extra-européennes.


Sacha Guitry disait : « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je me console. » Si Paris pouvait parler, la pauvre dirait aujourd’hui : « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je m’affole. » Notre capitale ne cesse de creuser l’écart avec ses consœurs occidentales. De part et d’autre de la Seine, tout se détraque, tout se déglingue sans qu’aucun signal permette de croire à une amélioration de la vie quotidienne. Le spectacle que nous offrent les rues de ce qui a été la Ville lumière en est la preuve « éclatante ».

Comme dans les villes du Maghreb, le paysage urbain est encombré par de nombreux chantiers fantômes ou inachevés. Les barrières qui encadrent un trou creusé au milieu d’un trottoir ou d’une chaussée peuvent y rester des semaines, voire des mois, sans aucune intervention. Et lorsqu’il n’y a pas de barrière, certains de ces trous sont comblés par des plots fluo qui, plantés la tête en bas, se convertissent en poubelles débordantes de détritus au ras du sol.

Par ailleurs, l’Hôtel de Ville ne juge plus utile, depuis des années, d’employer des géomètres pour refaire le niveau des chaussées et des caniveaux. Sans dénivelé correct, ces derniers refluent dès la moindre pluie, et les eaux accumulées mettent longtemps à s’écouler vers les égouts. Ces mares stagnantes sont infranchissables pour les piétons et l’on s’attend, aux abords de quelque grille obstruée, à voir surgir un varan, comme il en sort des sous-sols humides de Bangkok.

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Comme à Rio, les touristes sont appelés ici à la plus grande vigilance, et les précautions qu’on leur demande de prendre sont identiques à celles qui se transmettaient au Brésil il y a vingt ans : ne pas porter de montre, de collier, de sac en bandoulière… sous peine de se les faire arracher violemment. Ces vols brutaux sont quotidiens dans ce qu’on appelait jadis les « beaux quartiers ».

Comme à Jakarta, il faut ajouter à la circulation automobile (ne parlons pas des vélos et des trottinettes) celle des tuk-tuk. Ces triporteurs bricolés pour transporter quatre à huit personnes bénéficient d’une étrange tolérance de la part de la Mairie et de la Préfecture. Ces véhicules accueillant des passagers n’ont ni ceinture de sécurité ni plaque d’immatriculation. Ils sont conduits par des membres de ces familles-gangs venues de Bucarest ou de ses environs, ceux-là mêmes qui composent ces hordes de mendiants partout étalés sur les trottoirs. Ce sont des réseaux de traite humaine, avec des patrons et des hommes de main, ils sont connus, ils sont localisés et on laisse faire. Vieillards, femmes et enfants sont déposés par des camionnettes dans un quartier au petit matin puis sont ramassés le soir par ces mêmes camionnettes qui les conduisent dans des campements sauvages aux portes de Paris. Durant la journée, ils font la manche plus ou moins paisiblement alors que les adolescents, arrivés avec eux, font les poches des passants. Ces groupes organisés ne restent jamais longtemps dans le même coin, aussi, tout Parisien, où qu’il soit, a ou aura une cour des miracles en bas de chez lui.

Comme dans la banlieue de Yamoussoukro, des marginaux sous l’emprise de crack vivent sur des matelas crasseux, à même le sol. Seuls ou en groupe, ils zonent dans les gares, aux abords des bretelles du périphérique, exposent leurs crises de manque ou de délire aux yeux de tous. Leurs campements sont régulièrement démantelés, déplacés, recomposés, redémantelés, etc.

Leurs abris de fortune voisinent parfois avec ceux d’immigrés clandestins qui bénéficient, là encore, d’une curieuse tolérance. Ainsi, celui de la place de la Bastille a-t-il été évacué après plus d’un an, non parce que les plaintes des riverains avaient fini par être entendues, mais parce qu’un contrôle sanitaire a révélé que les quelque 150 personnes qui campaient face à l’opéra avaient la gale.

Comme à Addis-Abeba, on croise des femmes voilées. Mais à Paris, on ne voit pas ces voiles transparents aux couleurs vives ou pastel qu’arborent les belles Peules. Ici, ce ne sont que noir, gris et marron : les couleurs austères de l’islam hostile.

Comme dans les rues les plus pauvres de São Paolo ou de Los Angeles, la pauvreté est devenue une tare physique : les corps malnutris sont obèses et ce qui a longtemps été ici une exception est devenue la démonstration d’un déclassement généralisé.

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À cela s’ajoute la mode vestimentaire qui prône l’avachissement et la silhouette de zadiste pour tous, baskets, casquette, capuche, jogging, pantalon troué… qui donnent à la foule autrefois élégante des allures de flot de réfugiés.

Comme à La Havane, nos édiles construisent des tours en béton en méprisant le bâti historique et le maillage urbain. Cette aberration écologique ne choque pas notre maire qui se dit écolo et se double d’un sérieux anachronisme : le temps n’est plus aux centres commerciaux, aux bureaux et aux grands sièges d’entreprises.

Comme à Pyongyang, les gens attendent de plus en plus nombreux aux arrêts d’autobus. Là-bas la discipline impose une file qui permet aux premiers arrivés – qui ont donc attendu le plus longtemps – de monter les premiers à bord ; ici c’est la foire d’empoigne et à qui saura le mieux jouer des coudes.

Paris n’a jamais été une ville ségrégationniste, mais il est certaines lignes de bus qui semblent réservées à certaines populations. S’y presse une multitude bigarrée dans laquelle des poules en cage ou quelques ballots de linges roulés ne dépareilleraient pas.

Comme nulle part ailleurs, la déglingue générale s’affiche dans l’espace public : les horloges municipales sont de moins en moins entretenues, donnent donc de moins en moins l’heure exacte et, parfois, n’en donnent aucune car leurs aiguilles sont brisées et ne sont pas remplacées.

Comme nulle part ailleurs, l’anomie a été institutionnalisée et permet aux vélos et aux trottinettes électriques de rouler à contresens et de ne pas respecter les feux de circulation, de rouler sur les trottoirs et de se garer n’importe où.

Une ville peut être en voie de développement, mais qu’en est-il d’une jungle ?

Dieux de l’Olympe, entendez nos prières

Le petit retour de la foi polythéiste en Grèce.


Chaque année, ils sont des centaines à se rassembler au Temple d’Artémis, la déesse de la chasse, situé près d’Athènes. Drapés dans des toges, couronnes de fleurs sur la tête, face à des statues de plâtre, ils invoquent Zeus et Apollon, sacrifient aux Dieux de l’Olympe comme leurs ancêtres le faisaient il y a 2 000 ans. Depuis plusieurs décennies, différentes organisations et associations font la promotion de l’ancien esprit hellénique, balayé par l’apparition du christianisme en Europe. Ils sont, pour la majorité d’entre eux, des Grecs d’origine, se considèrent comme les héritiers des fils antiques de Sparte, Corinthe ou Delphes et organisent des festivals chaque année au mont Olympe. « Prometheia » est un des nombreux exemples de ce revival polythéiste 2.0. Conférences, musiques et danses d’époque, théâtre, combats à l’épée rythment ces bacchanales qui se déroulent sur trois jours. Fondé en 1997, le Conseil suprême des Hellènes ethniques (YSEE) estime que la religion chrétienne « s’est imposée par la violence » et que les Grecs du nouveau millénaire doivent se « réapproprier leurs racines ». « Nous sommes la continuation naturelle de la religion nationale grecque. Nous n’avons jamais cessé d’exister, bien que des siècles de persécution se soient écoulés », explique Vlasis Rassias, fondateur de l’YSEE. Son organisation compte officiellement 2000 membres et des cellules au sein de la diaspora grecque à travers le monde. Leur prosélytisme a d’ailleurs très vite attiré l’œil de l’Église orthodoxe qui a vainement tenté de faire interdire leurs pratiques jugées « païennes ». « C’est une coopération avec les forces des ténèbres, avec le diable, la tentative de faire revivre le culte des douze dieux est un culte de démon », a même dénoncé le métropolite Panteleimon dans un courrier rendu public. En 2017, reconnue comme religion, l’YSEE a obtenu du ministre de l’Éducation le droit de pratiquer ses rites sans craindre les foudres des orthodoxes. Une victoire pour Vlasis Rassias qui est persuadé que le polythéisme antique est la solution aux problèmes actuels de la Grèce.

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Boris Johnson, homme politique et punk?

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Dans un livre de chroniques, Thierry Martin nous livre un portrait du plus excentrique des hommes politiques modernes.


Le recueil de chroniques anglaises, BoJo, un Punk à Downing Street, du journaliste et anglophile Thierry Martin nous livre tout le parcours de Boris Johnson comme Premier ministre de Sa Majesté; de sa victoire historique aux general elections en décembre 2019, jusqu’à son départ précipité en juin 2022. Thierry Martin ne cache pas son admiration pour le personnage, qui aujourd’hui fait le tour du monde pour donner des conférences et a repris ses chroniques au Daily Telegraph, chroniques pour lesquelles tant d’Anglais l’appréciaient jusqu’à ce qu’il se lance à plein temps dans la politique. A travers l’ouvrage, Frédéric Martin nous livre un portrait du paysage politique britannique parfois bien différent de celui que l’on trouve dans nos journaux français, lesquels calquent parfois leurs visions franco-françaises avec une grande facilité sur les évènements politiques outre-Manche. « D’emblée, j’ai eu un coup de cœur pour Boris, personnage excentrique d’un point de vue français ; parce qu’il faisait toujours les choses sérieusement sans jamais se prendre au sérieux ».[1]  C’est en effet un trait bien souligné par l’auteur dans son livre, sur cet homme politique au pedigree certes classique – Eton puis Oxford – mais au profil pour le moins excentrique. 

De l’accord sur le Brexit, arraché en décembre 2019, à la crise du coronavirus – qui lui aura coûté son poste -, en passant par son mariage avec l’indomptable Carrie Symonds, nous découvrons en détail, presque au jour le jour, le gouvernement parfois bien tumultueux du personnage. BoJo, élu avant tout pour que la Grande-Bretagne quitte l’UE, après avoir fait chuter Theresa May qui était tout sauf une brexiteer, provoque un enthousiasme inédit au sein de l’électorat britannique, que seuls Churchill, Thatcher ou Blair avaient su provoquer. Avec une majorité de 80 sièges aux Communes, l’ancien maire de Londres remporte la plus grande victoire aux Communes de l’histoire du parti. Avec l’accord sur le Brexit, il rend la liberté aux Britanniques, envers et entre tout. D’ailleurs, le jour de l’entrée en vigueur de l’accord sur le Brexit, Frédéric Martin salue le jour où « l’Angleterre reprend sa liberté comme elle seule avait le courage de la conserver, Dieu merci, en 1940 ».[2] Avec le Brexit, BoJo ravive l’esprit d’indépendance et d’audace des Britanniques, capables de braver toutes les incertitudes, à l’image de ses grands explorateurs : Francis Drake ou David Livingstone. 

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Pour autant, bien que célébré, voire adulé par son parti et une partie de l’électorat, les ennuis affluent vite pour BoJo, avec la crise du coronavirus en mars 2020, présageant sa fin prochaine. Du renvoi de son proche conseiller Dominic Cummings, « l’homme du Brexit », aux révélations sur les fêtes organisées, en plein confinement, à Downing Street (partygate), réutilisées à outrance par l’opposition, sa crédibilité commence sérieusement à se dégrader.

Finalement, début juillet 2022 une rébellion éclate au sein du parti, menée par son chancelier, Rishi Sunak, aujourd’hui Premier ministre, et met fin au « formidable règne échevelé » de BoJo[3]. Pour autant, c’est sous les applaudissements et non en disgrâce qu’il est parti, tant sa figure était populaire et le reste encore. « Bring Back Boris » titre la dernière chronique en date du 28 juillet 2022.[4] Dès le mois de juillet, en effet, plusieurs journaux parient sur son possible retour, tant la campagne pour l’élection du futur Premier ministre entre Liz Truss et Rishi Sunak est ennuyeuse.

L’ouvrage s’arrête à l’été 2022 et nous pouvons le regretter, tant il s’est produit d’évènements entre l’élection de Liz Truss en septembre, ses débuts chaotiques et sa démission après un mois et dix-neuf jours seulement, et Rishi Sunak, « le traître », qui lui a finalement ravi sa place après sa défaite en septembre. Dire que BoJo a failli revenir dans la course !

Thierry Martin finit sur une ode à « l’esprit de buisness » de BoJo, qui permettra, selon lui au Royaume-Uni d’affronter l’avenir avec optimisme dans son ère post-Brexit. Pour l’instant, il ne s’est pas trompé.


[1] T.A. Martin, BoJo, un punk au 10 Downing Street, Thierry Martin, 2022.

[2] Ibid., p.107

[3] Ibid., p.269.

[4] « 77 – « Bring back Boris », Comme Boris Johnson prépare son retour », Ibid., pp.309-312.

Nantes terre d’asile

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En dix ans, le «modèle nantais» a volé en éclats. Le paradis socio-économique des bobos a été dynamité par l’extrême gauche qui, outre l’esprit zadiste, a fait prospérer le marché de la drogue, les filières d’immigration clandestine et la délinquance qui en découle.


Autrefois, on les appelait villes de province. Dans le langage techno de l’époque, ce sont des « métropoles régionales » – implantées au cœur des « territoires ». Angers, Nice, Montpellier et bien d’autres, des noms qui, il y a encore quelques années, étaient synonymes de douceur de vivre.

Depuis les années 1990, elles se tirent la bourre pour obtenir des ressources nationales et attirer entreprises et populations. Dans cette compétition, Nantes a souvent été classée en tête. Célébrée en 2003 comme la « meilleure ville de France » par L’Express et comme le « meilleur endroit pour vivre » par Le Point, elle a été consacrée l’année suivante par Time Magazine comme « The most liveable city in Europe » avant d’être désignée en 2013 « capitale verte de l’Europe » par la Commission européenne.

L’hallali sur la ci-devant reine de la classe a été lancé par Le Point dont la « une » du 2 décembre 2021 posait une question contenant la réponse : « Faut-il quitter Nantes ? » Depuis c’est la descente aux enfers, notamment autour de la sécurité ou plutôt de son absence. Et il ne s’agit pas d’un simple « sentiment d’insécurité », les faits sont bien là. En quelques semaines, plusieurs crimes se sont invités à la « une ». Une femme de 47 ans qui se rendait à son travail a été tuée à l’arme blanche dans la rue. Une quadragénaire a été importunée alors qu’elle rentrait seule chez elle après une sortie, avant d’être frappée, violée. Un jeune homme a été tué d’une balle dans la tête à Saint-Herblain, à proximité immédiate de Nantes. Le nombre d’agressions sexuelles a augmenté de 70 % en cinq ans (428 en 2017, 728 en 2022). À ces crimes, il faut ajouter des délits, certes moins violents mais qui pourrissent la vie des Nantais.  ? Exemple parmi d’autres, dans la nuit du 19 au 20 octobre, un homme de 22 ans, en état d’ivresse, a dégradé les rétroviseurs et les essuie-glaces d’une vingtaine de voitures avant d’être interpellé en flagrant délit. On comprend bien que des femmes aient peur de sortir et que les parents se fassent du mouron quand leurs enfants sont dehors.

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Comment expliquer cette chute ? En fait, le déclin a commencé depuis longtemps, mais il a été camouflé par d’épaisses couches de com’. Car Nantes paie aujourd’hui aussi en excès d’indignité l’excès d’honneurs dont elle a longtemps bénéficié. C’est que les majorités municipales successives ont fait preuve d’un talent particulier pour ripoliner le réel à travers d’habiles campagnes qui ont planqué sous le tapis de la boboïsation culturelle des réalités urbaines douloureuses et anciennes. Bref, aujourd’hui, elle ressemble peut-être à l’enfer, mais cela fait plusieurs années que ce n’est plus le paradis.

Depuis les années 1970, Nantes a été métamorphosée. La petite ville se trouve aujourd’hui au cœur d’un vaste ensemble, Nantes Métropole, connectée à Paris depuis 1989 par le TGV et dotée depuis 1985 d’un tramway. Elle gagne presque 4 500 habitants pendant les années 1980, et plus de 25 000 habitants entre 1990 et 1999. À la fin du XXe siècle, Nantes attire plus que la plupart des grandes villes françaises. L’élan démographique se poursuit au XXIe siècle. Avec plus de 300 000 habitants, Nantes se situe actuellement au sixième rang des villes de France, derrière Nice et devant Strasbourg.

Nantes attire avant tout les jeunes et les actifs, des étudiants et des cadres. Ils s’installent dans les quartiers centraux qui offrent de nouvelles possibilités de logement à la suite de grands programmes immobiliers. Les familles avec enfants s’installent dans la couronne périurbaine, ou bien dans des quartiers comme Sainte-Anne. Ce dynamisme démographique repose sur un dynamisme économique : depuis la fin du XXe siècle, Nantes est la quatrième ville de France pour la croissance des emplois.

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D’une ville ouvrière (industries agroalimentaires, constructions navales), elle devient une ville de cadres supérieurs et de professions intermédiaires. Nantes est bien pourvue en commerces et agences bancaires, y compris des banques étrangères, de même que de grands établissements financiers. Elle est aussi championne en matière de logements sociaux : avec un parc HLM représentant 20 % des résidences principales, elle n’est devancée que par Strasbourg et Lille. Enfin, politiquement, la démocratie correspondant à la démographie, la ville longtemps plutôt de droite s’est ancrée vers la gauche, comme en témoigne le parcours politique de Jean-Marc Ayrault : en 1977, il bat le maire RPR de Saint-Herblain (ville populaire devenue partie intégrante du tissu urbain nantais), Michel Chauty. Ce dernier est ensuite élu maire de Nantes, mais perd sa place en 1989, battu par… Jean-Marc Ayrault. Bien utilisée par des politiciens habiles, l’attribution des HLM est un levier redoutablement efficace et les majorités municipales nantaises ne s’en sont pas privées.

Toutes ces dynamiques difficilement visibles ont été merveilleusement et habilement emballées à Nantes par une politique culturelle volontariste à la Jack Lang. Cette stratégie a aidé Jean-Marc Ayrault à conquérir la ville de Nantes, puis de lui donner le lustre et l’image dont la presse nationale fait ses choux gras. La chute de Michel Chauty s’explique largement par sa politique culturelle, notamment la censure d’un spectacle théâtral et l’arrêt de subventions à la maison de la culture de Nantes (MCN). Les protestations contre Chauty cristallisent l’opposition entre la ville-centre et plusieurs communes de l’agglomération, gouvernées à gauche et devenues « terre d’asile » pour les initiatives culturelles en disgrâce. Pour Alain Besson, ancien journaliste de Ouest-France, Michel Chauty était « un capitaine Fracasse qui s’était mis à dos les cultureux nantais en réduisant d’une manière drastique les subventions attribuées à la culture. Ces derniers le qualifieront de “sécateur-maire”, surnom qu’il traînera comme un boulet. »

Pendant cette « guéguerre culturelle », des alliances se tissent autour de Jean-Marc Ayrault, jeune maire socialiste de Saint-Herblain (1977-1989), et l’argent public permet de lancer le Centre de recherche et de développement culturel (CRDC), ainsi qu’un festival de théâtre. Ces initiatives, présentées par la liste Ayrault comme la quintessence de son action et sa vision de l’avenir de Nantes, ont largement contribué à la victoire de la gauche aux municipales nantaises de 1989. Une fois élue, la majorité en a fait la pierre angulaire de sa politique municipale et un instrument bien efficace pour assoir une hégémonie politique toujours intacte. Dans le cas de Jean-Marc Ayrault, le succès supposé du « modèle nantais » explique largement la décision de le choisir comme Premier ministre en 2012. C’est d’ailleurs à ce moment-là, au début de l’été 2012, que l’image de la ville commence à se dégrader. En effet, bien que converti au « jack-langisme », Jean-Marc Ayrault conservait quelques restes de la gauche présociétale, en particulier son soutien au projet de nouvel aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Or, si la gauchisation qui a accompagné la gentrification de Nantes a permis au Parti socialiste de conquérir la ville, elle se mue progressivement en extrême gauchisation, préfigurant avec une décennie d’avance la Nupes : une alliance entre écolos radicaux, anticapitalistes et « jeunes des quartiers ». Un aéroport avec sa logique de croissance économique à l’ancienne, le rêve d’Ayrault, est leur cauchemar. En quelques mois, il devient aussi le cauchemar d’Ayrault, Hollande et Valls. Le rêve nantais a accouché de la ZAD. Ces jeunes qui prennent au sérieux tout le fatras sur la « culture », l’« art » et la « rebellitude » s’emploient surtout, avec succès, à dynamiter le modèle économique de Nantes, le vrai secret de son succès. Leurs violences répétées contre les acteurs de la réussite nantaise (banques, commerces et restaurants) transforment le centre-ville en Beyrouth. Elles cassent une mécanique profonde : les dizaines de milliers de cadres et de jeunes qui se sont endettés à vie pour vivre à Nantes rêvaient de balades à vélo au bord du fleuve et peut-être de spectacles antisystèmes pour le supplément d’âme, mais certainement pas du retour des Jean-Baptiste Carrier[1]. Et ce n’est pas tout. Cette jeunesse merveilleuse qui se dévoue pour trouver un modèle alternatif à notre société de consommation renonce à beaucoup de choses, mais pas à ses pétards. Breizh-Info du 24 avril 2018 nous apprend que « jamais la vente de drogue n’a aussi bien marché dans les banlieues nantaises, et ce grâce aux défenseurs de la ZAD qui consomment beaucoup et font des allers-retours entre la ZAD et Nantes pour ravitailler leurs camarades.» Et ces braves gens ne se contentent pas de beuh (herbe de cannabis) et de shit (résine). Selon Breizh-Info toujours, ils consomment aussi des substances qu’on ne peut pas faire pousser dans son jardin bio : « Des drogues dures circulent sur la ZAD, y compris de l’ecstasy, des métamphétamines ou de l’héroïne. »

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Et c’est ainsi que ces rebelles alternativo-radicaux créent un marché ultralibéral, comme Monsieur Jourdain de la prose ! En se fournissant en substances désinhibantes, ils alimentent un marché de deal qui donne à certains quartiers nantais des airs de « 9-3 ». Il est vrai que ces zadistes ne sont pas les seuls. Jeunes, cadres, étudiants, intermittents du spectacle, serveurs et serveuses de restaurants et bars, festivaliers : toute la faune nantaise attirée par les majorités municipales successives de Jean-Marc Ayrault à sa protégée Johanna Rolland à coups d’éléphant mécanique[2] et de pistes cyclables consomme énormément ! Et pour s’approvisionner, tout le monde se tourne vers… les quartiers où une autre jeunesse, très dynamique elle aussi, les attend 24h/24 et 7j/7 (y compris, désormais, pendant le ramadan, preuve que certains secteurs économiques savent privilégier l’efficacité).

Les Dervallières. Selon Wikipédia c’est « un grand quartier d’habitat social situé à l’ouest de Nantes. Construit entre 1955 et 1965, c’est un des plus anciens quartiers HLM de la ville. Il comptait 4 884 habitants en 2006. » Aujourd’hui, 30,1 % des Dervalleriens et Dervalleriennes sont des immigrés. Taux d’emploi, 40,2 % (73 % au niveau national). Dans les années 1960, c’était toujours un quartier populaire, bastion du FC Nantes, avec une intense vie sociale animée par des associations comme Femmes chefs de famille (FCF), la Confédération syndicale des familles (CSF), l’Amicale laïque des Dervallières. On organisait des kermesses. Mais ça, c’était avant. Depuis, la population change et malgré des investissements importants, les Dervallières ainsi que d’autres quartiers (Le Breil, Bellevue), complètement intégrés (contrairement au cas parisien par exemple) dans le tissu urbain nantais, sont devenus « chauds ». Ainsi, les Dervallières s’embrase pendant les émeutes de 2005, preuve de la forte implantation d’une société et d’une économie parallèles fondées sur l’islam et le trafic de drogue, les deux éléments constitutifs d’un séparatisme culturel et géographique.

Distribution de nourriture à un groupe de migrants occupant le square Jean-Baptiste-Daviais, à Nantes, 3 juillet 2019 / Sebastien SALOM-GOMIS / AFP

Plus tard, le quartier adopte tous les attributs des « quartiers » : rodéos de scooters (volés), attaques contre les forces de l’ordre pour établir un « équilibre de dissuasion » et sanctuariser des zones de deal et autres activités illicites, renforçant la dynamique séparatiste islamo-criminelle. Pour couronner le tout, le 21 septembre la police a arrêté Bilal Benyoucef, connu comme le « roi des Dervallières » (condamné à 24 reprises avant son 20e anniversaire), qui tenait d’une main de fer le 38, rue Watteau, point de deal le plus rémunérateur de l’agglomération. Et, malgré cet échec patent de la « politique de la ville », quand éclate la crise des migrants en 2015, le discours officiel de la majorité met en avant l’« accueil ».

À côté du mot « culture », « accueil » est devenu le deuxième « buzzword » associé à l’image jeune-dynamique-ouverte de Nantes. Il est difficile de trouver des chiffres fiables sur le nombre de sans-papiers, mais Philippe Guibert, ancien directeur du service d’information du gouvernement (SIG), remarque que « c’est la réputation de la préfecture de Nantes, d’accorder des papiers plus facilement qu’ailleurs. D’où un afflux de personnes d’origine étrangère. » Il faut aussi mentionner le tissu étoffé d’associations et la bienveillance de la mairie. Sans oublier les attraits de l’« économie parallèle » : selon Christophe Rouget, commandant de police et secrétaire général du Syndicat des cadres de sécurité intérieure, à Nantes « des filières de migrants génèrent plus de 50 % de la délinquance de voie publique ». Pas besoin de faire un dessin : le cocktail de bons sentiments, clientélisme et aveuglement idéologique produit les conséquences que l’on sait.

Pendant des décennies Nantes a été présentée comme la réussite emblématique d’un PS moderne, innovant, « cultureux » et festif. Ce papier peint ne cache plus le réel.


[1]. Révolutionnaire, très actif pendant la Terreur, qui entre décembre 1793 et février 1794 a ordonné massacres, fusillades et noyades à Nantes.

[2]. Attraction emblématique de Nantes.

Amsterdam : des réfugiés sèment le trouble dans les cités

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Capture d'écran d'une vidéo Twitter

Suite à une politique d’insertion des réfugiés à Amsterdam proposant une mixité culturelle dans des immeubles, le nombre de plaintes augmente et le sentiment d’insécurité est de plus en plus fort.


Le projet de cohabitation entre de jeunes Néerlandais et des réfugiés arabes et africains a péri dans les cendres de l’incendie qui a ravagé leurs modestes demeures à Amsterdam.

Le dimanche 13 novembre, la police a arrêté un des habitants suspecté d’avoir volontairement incendié son propre appartement dans l’immeuble de trois étages, vite dévoré par les flammes. La nationalité du suspect de 27 ans n’a pas été divulguée, donc on peut supposer qu’il ne s’agit pas d’un Néerlandais de souche. Six chats périrent dans les flammes. Parmi les jeunes il n’y a pas de victimes à regretter, mais environ 135 d’entre eux n’ont plus de logement.

«L’autre jour, il [le suspect] jetait ses meubles par la fenêtre, ce n’était pas la première fois que ce type donnait des signes de graves problèmes d’ordre psychotique. Je suis bien placée pour le savoir, car j’habitais dans l’appartement face au sien», constatait une étudiante de 23 ans contemplant, un gobelet de café dans une main, un nounours dans l’autre, le spectacle désolant de son immeuble calciné.

La jeune femme, qui préférait taire son nom, confia à un reporter du journal amstellodamois Het Parool, que dans sa fuite, elle avait laissé toutes ses possessions dans l’appartement.

Ce ne serait qu’un triste fait divers, s’il ne prouvait pas l’échec du projet de la municipalité de gauche d’Amsterdam d’inciter des jeunes d’origines différentes à vivre ensemble. Car depuis belle lurette, les témoignages pleuvaient que la réalité multi-ethnique se soucie peu des projets mijotés dans la mairie on ne peut plus woke. Engueulades nocturnes, rixes, vols, brimades envers les homos et filles agressées étaient le lot quasi quotidien dans la cité en partie brûlée dimanche.

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L’étudiante sus-mentionnée: «Dimanche matin, je croyais que c’était le boucan habituel dans les corridors et je tentais de ne pas y prêter trop d’attention, quand des policiers cognaient sur ma porte, m’ ordonnant de déguerpir au plus vite. Si seulement j’avais pensé à prendre mes affaires…»

Les torts sont-ils partagés entre jeunes Néerlandais et leurs pairs de plusieurs pays à problèmes qu’ils sont censés accompagner vers une existence digne, comme l’ont réussi tant d’immigrés avant eux ? Eh bien non, les nombreux témoignages de jeunes Néerlandaises pointent uniquement vers des Africains et des Arabes qui font régner si ce n’est pas la terreur, en tout cas l’insécurité.

Ce n’est pas de gaieté de coeur qu’elles accusent les mêmes personnes qu’au départ elles voulaient aider à mieux connaître leur pays d’accueil. Jusqu’à ce qu’elles se rendent compte que ce n’étaient pas les classes de langue et de civilisation néerlandaises qui les intéressaient, mais de les draguer lourdement. «Au lieu de chercher des contacts avec eux, ces intimidations avaient un effet contraire sur moi, je me repliais sur moi-même, rasais les murs, rentrais le soir la peur au ventre», confia récemment l’étudiante Juul de Nijs à la télévision locale AT5. Elle était particulièrement écoeurée par de jeunes hommes érythréens, ordonnant leurs rarissimes compatriotes féminines de se taire.

Juul est loin d’être la seule à être retournée vivre chez ses parents «en province» plutôt que de figurer comme cobaye dans un projet multi-culturaliste. Son réveil a dû être cruel et en plus elle se voit traitée de pauvre cruche sur le principal réseau social de droite.

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Son calvaire se déroulait dans une cité dans l’est d’Amsterdam, l’incendie de dimanche s’était produit à l’ouest. C’est là où, en 2016, le projet de vivre-ensemble avait commencé. Dans un reportage sur le chantier, peu avant l’arrivée des premiers jeunes de toutes les couleurs, la très gaucho-compatible télévision publique en chanta les louanges. Un politicien local vantait un projet «où tout le monde serait gagnant». D’abord grâce au loyer très modeste d’environ 300 euros par mois dans une ville où les logements décents sont de plus en plus réservés aux nantis. Gagnants seraient également ces Néerlandais ayant la possibilité d’aider les jeunes étrangers, tous régularisés, à s’intégrer. Ces Blancs, pour la plupart, étaient sommés de faire preuve d’une attitude proactive et de consacrer au minimum quelques heures par semaine au bien-être des étrangers, ces veinards, à qui, en contrepartie, on demandait de se montrer avides d’apprendre et de se comporter convenablement. Pas tous se montrèrent à la hauteur.

Dans chaque unité étaient logés, pour un maximum de cinq ans, autant de Néerlandais que de Syriens, Erythréens, Afghans, Somaliens et tutti quanti. Ces jours-ci, à Amsterdam et dans sa proche banlieue, il existe une petite vingtaine de ces cités dont le nombre d’habitants varie entre quelques centaines et une quarantaine. Avec leurs «habitations conteneurs», ces blocs ont l’air plutôt tristounet, comme des centres de rétention de clandestins aux abords d’aéroports internationaux.

Les bruits que la fraternisation ne se passait pas sans heurts allaient crescendo à mesure que le nombre de cités augmentait. Les plaintes de harcèlement sexuels pleuvaient, mais aussi sur l’entretien insuffisant et la présence de marchands de drogue, la nuit. La coopérative de logement social répétait comme un mantra que la sécurité des locataires était primordiale et que les fauteurs de trouble seraient expulsés ou signalés à la police. Comme ce jeune homme accusé de six agressions sexuels dans la même cité….

La coopérative et des dirigeants municipaux firent preuve cependant de compréhension envers les malfrats, arguant que plusieurs d’entre eux viennent de pays en guerre et sont de ce fait traumatisés. Que leur comportement imprévisible devraient les tenir à l’écart d’un projet idéaliste n’était pas évident pour les partisans du vivre-ensemble imposé.

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La ville et le bailleur social ont également des comptes à rendre sur la sécurité-incendie, vu qu’un habitant réputé psychotique a réussi à tout cramer autour de lui. Un jeune Syrien désormais sans toit s’écria devant la presse locale: «Ce type s’était ces derniers temps fait taper sur les doigts par la police pour semer la pagaille, mais chaque fois on le renvoya parmi nous. On craignait tous que cela finisse mal un jour».

S’il est établi que le coupable est en effet un étranger, la réputation de demandeurs d’asile en pâtira encore plus dans un pays où de jeunes Nord-Africains se rendent coupables de vols et d’agressions dans et aux abords de centres de réfugiés. Même des bénévoles de la Croix Rouge s’y étaient fait dévaliser…

Il est bien sûr injuste de stigmatiser tous les réfugiés pour des horreurs commises par une minorité d’imposteurs. Et dans les cités en question, bien des jeunes étrangers se montrent reconnaissants de l’accueil et s’efforcent de s’intégrer. Mais au fil des ans, le mot néerlandais asielzoeker, demandeur d’asile, a fini par acquérir une connotation péjorative, du moins dans les cercles conservateurs, tant les abus ont été flagrants.

A Amsterdam, le projet de vivre-ensemble entre jeunes Bataves et non-Européens changera bientôt de fond en comble, prônent ses initiateurs: désormais, les Néerlandais y formeront une majorité d’au moins 70 pour-cent, les supposés bénéfices de l’égalité en nombre s’étant avérés être des leurres aussi naïfs que dangereux.

Ubu à l’ONU

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Siège de l'ONU à New York, le 16/08/2021 / PHOTO: Sergi Reboredo / VWPics/SIPA / 01053701_000063

Faire détruire son présumé arsenal nucléaire par Israël est une priorité de l’ONU, avant que l’Iran ait rendu sa bombe opérationnelle : les mollahs ont promis qu’ils la lanceraient aussitôt sur l’État juif. Si jamais ils ne réussissent pas à le détruire du premier coup, les représailles risquent d’entraîner un conflit mondial.


Oyez, oyez, Terriens, dormez bien, l’AIEA veille !

Le 28 octobre 2022, l’ONU a diffusé un communiqué de presse informant le bon peuple que sa Première Commission (Désarmement et sécurité internationale) avait « approuvé 19 projets de résolution et un projet de décision sur les armes nucléaires, dont un projet de résolution intitulé « Désarmement nucléaire », qui a suscité un long débat ».

Au sujet de ce débat, quelques déclarations officielles iraniennes sont à prendre en considération :

En 2005, le président Mahmoud Ahmadinejad : « Comme l’a dit l’imam Khomeiny, Israël doit être rayé de la carte ».

En 2019, le général Mohammad Reza Naqdi, officier supérieur des Gardiens de la révolution, sur la chaîne irakienne Al-Nujaba : « la révolution islamique en Iran n’abandonnera pas l’objectif d’effacer l’État juif ».

En 2020, l’imam Khamenei, guide suprême et leader officieux de la République islamique d’Iran : « Le virus du sionisme ne tardera pas à disparaître et sera anéanti ».

A-t-on les médias qu’on mérite ?

Plutôt que d’aligner les arguments de l’Iran et d’Israël, concernés par ces résolutions, voyons de quelle façon leurs presses respectives ont rendu compte de l’information.

Le 1er novembre 2022, le Tehran Times, dont on ne peut mettre en doute les reportages, puisque sa devise est « La pure vérité » (Straight Truth en V.O.), explicitait le communiqué de l’ONU : « L’Assemblée générale des Nations Unies a voté dimanche par 152 voix contre 5 en faveur d’une résolution qui exige qu’Israël détruise tout son arsenal d’armes nucléaires et permette aux inspecteurs de l’Agence internationale de l’énergie atomique de visiter ses installations nucléaires. Le vote a été effectué par la Première Commission de l’ONU, qui traite du désarmement, des défis mondiaux et des menaces à la paix qui affectent la communauté internationale et cherche des solutions aux défis de la sécurité internationale ».

Le Tehran Times ne précise pas qui préside cette Commission, mais peut-être n’est-ce pas inutile pour les lecteurs français, qui ne sont pas tous sensibles à l’humour onusien. Il s’agit de la Corée du nord, parangon bien connu de la paix dans le monde. La Résolution avait été initiée par Myanmar, née Birmanie, dont la junte au pouvoir partage le pragmatisme iranien et les idéaux nord-coréens, sans bénéficier des mêmes moyens militaires.      

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Communication impopulaire d’un organe populiste

L’Iran s’y connaît en dangers mortels. Son représentant à la Première Commission de l’Assemblée générale des Nations unies, Heidar Ali Balouji, est champion du monde des pince-sans-rire. Il a critiqué Israël pour ses armes de destruction massive et ses énormes dépenses militaires conventionnelles. D’après lui, Israël utilise les Territoires palestiniens mitoyens (Cisjordanie à l’est, Gaza à l’ouest) comme décharge pour ses déchets nucléaires. Il ne trouve rien d’anormal à ce que les Israéliens soient immunisés contre les cancers innombrables que ces déchets provoquent, d’après lui, chez les Palestiniens. Pourtant, seules des barrières électroniques séparent les trois populations.

Son challenger, le porte-parole du ministère des Affaires étrangères, Nasser Kanaani, a déclaré : « La politique de deux poids, deux mesures est très claire. Lorsqu’il s’agit de mettre un terme à la prolifération des armes nucléaires, Israël est exempté de toute responsabilité. En tant que signataire du TNP [Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires], l’Iran a un programme pacifique à des fins énergétiques et médicales, et pourtant il est soumis au programme d’inspection le plus strict de l’histoire de l’AIEA ».

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Côté israélien, la presse est moins inventive 

Les habitants du « petit Satan » peuvent lire dans leurs journaux que « L’Iran, membre du TNP, a ouvertement déclaré qu’il enrichissait de l’uranium jusqu’à une pureté proche de celle d’une arme et, selon l’AIEA, la République islamique a commencé à produire de l’uranium métal l’année dernière, bien que cela n’ait aucun but civil. Ce point n’a pas été mentionné dans la résolution ».

Se limitant aux faits, les journalistes hébreux rappellent que l’ambiguïté délibérée sur le statut nucléaire de leur État n’empêche pas « des estimations étrangères » d’évaluer son stock « entre 80 et 400 têtes nucléaires ».

En revanche, l’État juif a déjà déclaré à plusieurs reprises qu’il « ne serait jamais le premier à introduire de telles armes dans la région ».

Si c’est écrit dans le journal, c’est sûrement vrai

Le problème, c’est que dans nos journaux, ce n’est pas écrit ! En dehors des communiqués de presse de l’ONU, un seul média francophone, Irna[1], a titré sur le sujet : « Armes nucléaires : 152 pays ont voté contre le régime sioniste ».

Téhéran est fervent de la pensée positive, ou alors il prend ses désirs pour des réalité, car sur le site de son agence de presse, « Israël » a déjà été effacé. Mais comme il faut quand même attribuer les malheurs du monde à un responsable, d’innombrables articles sont consacrés à un « régime sioniste » non identifié. Je suis mèreplexe

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Chroniques T'amères: 2021

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Chroniques de ramage, de plumage et d'enfumage: 2022

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[1] Pas Irma-la-douce, mais l’AFP iranienne, en VF.

Daniel Arsand : une éducation sentimentale des années 60

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Daniel Arsand à Paris le 22 juin 2006 ANDERSEN ULF/SIPA SIPAUSA30061761_000008

Un livre assez bref, mais intense, Moi qui ai souri le premier, revient sur son enfance de l’auteur et tout particulièrement sur son éducation sentimentale et sexuelle. 


Né en 1950 à Avignon, Daniel Arsand a vécu son enfance à Roanne. Il est le fils unique de deux parents amoureux de manière quasi exclusive l’un de l’autre. Après ses études, il vient s’établir à Paris, travaille comme libraire, commence à écrire et devient éditeur de littérature étrangère. En 1989, il reçoit le prix Femina du premier roman pour La Province des ténèbres.

Le goût de la solitude

Sa vie est alors marquée par l’atmosphère d’une petite ville de province plutôt bourgeoise, dans laquelle il se sent d’abord heureux, avec une passion pour Sylvie Vartan, et le goût, déjà, de la solitude : « Je me bâtissais des fragments de rêve, des morceaux d’imagination, des contrées livresques. Des continents m’appartenaient ». Revers à ce tableau idyllique : il se sent différent : « La pédérastie, attaque-t-il tout de go, pour la plupart des gens d’ici, était inconcevable ». C’est dans cet univers contraint qu’il va tenter de découvrir sa propre identité, à travers trois expériences qui le marqueront à jamais.

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La première (je vous laisse découvrir les deux autres) est un viol qu’il subit de la part d’un garçon un peu plus grand que lui. Les circonstances de cet événement, enfouies dans son souvenir, remontent peu à peu à la surface, grâce à l’écriture. Il se rend compte que, depuis ce temps lointain, sa conscience les avait quasiment censurées. Et pourtant, de par le traumatisme qu’il provoqua en lui, cet événement eut une importance fondatrice dans le déroulement de sa vie. Daniel Arsand décrit longuement ce viol, avec une précision presque insupportable. Il fait ressentir comment une innocence juvénile, la sienne, fut bernée par quelque chose de brutal et de destructeur. En un instant, sa vie sembla s’être brisée. Il en fait le constat suivant, en quelques lignes bouleversantes qui disent tout de sa soudaine détresse morale : « Un viol réduisait en poussière mes aléas scolaires, les potins familiaux, le labeur quotidien de mes parents, un printemps étincelant et chaud, le présent et l’avenir, il dévaluait ce qui constituait la trame de mes jours, ce qui faisait de moi un être humain ».

Une écriture résiliente

Les relations de Daniel Arsand avec les autres êtres humains en ont évidemment été très perturbées. Il note par exemple ce trait, qui s’est ancré en lui : « Mais je suis récalcitrant à construire quoi que ce soit avec un autre, je ne veux pas bâtir une histoire, je ne veux rien projeter, pas d’avenir… » Ce n’est pas pour autant néanmoins qu’il s’est laissé envahir par le ressentiment. Dans l’acte d’écrire, et singulièrement dans ce livre, Daniel Arsand a trouvé une sorte d’exutoire. Il a tout revécu, écrit-il, « sans que je sois percé par la moindre flèche de vengeance, mais une colère parfois se maintenait, revigorante ». Il fait aussi ce très bel aveu : « En écrivant, je ne finis pas de grandir ». Il y a dans Moi qui ai souri le premier de très belles pages sur l’écriture et ses vertus de résilience.

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Écrivain du moi, Daniel Arsand n’a, de ce fait, pas eu besoin de suivre une psychanalyse. C’est à la feuille blanche qu’a été dévolu ce rôle, grâce à une narration autobiographique filtrée par la mémoire, et portée par un style virtuose, où j’ai cru parfois déceler les influences de Maurice Sachs, ou encore du Sartre de « L’enfance d’un chef ». Daniel Arsand, malgré un sujet devenu à la mode depuis quelques années, ne s’inscrit pas de manière conformiste dans la vague #MeToo. Il montre plutôt une manière très réfléchie de répondre au problème des violences sexuelles. Moi qui ai souri le premier n’est pas seulement un témoignage parmi d’autres, mais aussi et avant tout une œuvre littéraire très élaborée. C’est certes une main tendue par Daniel Arsand à d’autres victimes, mais tout aussi bien au lecteur lambda, qui se croirait par hasard exempt de tout mal. Au soir de sa vie, Daniel Arsand a trouvé une nouvelle fois comment se reconsidérer, avec ce pas en avant vers l’intégrité.

Daniel Arsand, Moi qui ai souri le premier, Actes Sud, 2022, 112 pages, 15 €.

Moi qui ai souri le premier

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La province des ténèbres

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Art déco go home !

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Comment les échanges transatlantiques entre architectes et décorateurs ont façonné l’art de vivre de l’Upper Class américaine.


Je ne me lasse pas du style Art déco. C’est la preuve de mon immobilisme réactionnaire et de mon goût pour l’ordre, critiqueront certains esthètes pointus. L’Art déco, c’est d’un commun, d’un banal, digne d’un esprit obtus particulièrement rétrograde, trop vu, trop copié, trop figé, trop facile, trop clair, trop convenu, trop fluide, trop linéaire, trop acajou, trop smart, trop classique, trop désirable peut-être aussi ? Les touristes Américains dans la capitale en raffolent, c’est dire s’il est dévalué dans les cénacles déconstruits et les galeristes dans le vent. Je me souviens qu’en 2013, la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, tout là-haut, perchée au Palais de Chaillot avait déjà consacré une exposition intitulée 1925. Quand l’Art déco séduit le monde.

Audaces stylistiques

Elle récidive cet automne (jusqu’au 6 mars 2023) en refaisant le match France/Amérique du Nord. Qui a influencé qui ? Les buildings, les façades et les meubles sont-ils « made in Brooklyn » ou « made in Pantin » ? Cette rétrospective fait le pont entre l’école des Beaux-Arts de Paris qui, dès la fin du XIXème siècle, a formé nombre d’architectes américains et canadiens et l’élévation d’immeubles aux lignes épurées dans toutes les grandes villes des Etats-Unis. Ce va-et-vient transatlantique fut accentué par ce que les organisateurs appellent « le ciment amical de la Grande Guerre ». Il fut un temps où la « French Touch » était étudiée, appréciée, disséquée et propagée dans les terres du Nouveau Monde. La France était le berceau de toutes les audaces stylistiques, elle faisait corps avec la modernité de son époque, elle acceptait la vitesse et le progrès scientifique, s’inspirait de la gestuelle sportive et de l’élégance des aéroplanes, de l’automobile racée et des paquebots-palaces, tout en ne sabordant pas son héritage académique. Cette leçon d’équilibre pourrait encore aujourd’hui nous servir dans de nombreux domaines.

A lire aussi: «Travaillez pendant que vous avez encore de la lumière»

Les milliardaires new-yorkais s’arrachaient alors les services de nos muralistes, ensembliers, décorateurs, designers, affichistes, joaillers ou ébénistes pour briller en société. Hollywood et les grands magasins leur ouvraient les portes. La Cité de l’Architecture revient sur quelques temps forts de cette amitié esthétique comme la création en 1919 de l’American Training Center, une école d’art située à Meudon où des sammies, dans l’attente de leur rapatriement, avaient la possibilité de se former en seulement quelques mois « très intenses » aux proportions idéales. Ils furent près de 400 à visiter les ateliers de Kees Van Dongen ou d’Antoine Bourdelle. De retour au pays, leur œil avait un air de « Paris, reine du monde » comme le chantait Maurice Chevalier.

Entre les palmiers et la plage

Dans cette même dynamique, quelques années plus tard, l’École des beaux-arts de Fontainebleau accueillit, chaque été, 70 étudiants américains qui avaient comme professeur d’architecture, le célèbre Jacques Carlu. Avant que la crise de 1929 ne referme cette parenthèse enchantée, des traces de France ont essaimé un peu partout en Amérique du Nord et la « patte US » est toujours visible au Trocadéro. Le Palais de Chaillot n’a-t-il pas un cousinage avec Washington D.C. ? Et que dire des salons de l’Ambassade du Mexique, temple de l’Art déco du XVIème arrondissement avec leurs imposantes toiles du peintre Angel Zárraga. Pour moi, c’est l’une des plus belles expositions du moment par la richesse des œuvres présentées et leur mise en scène. Le visiteur est poussé par un souffle Art déco dans des environnements très différents ; il se retrouve au milieu des gratte-ciels, dans un navire luxueux, à la vitrine de Macy’s & Co ou dans le décor « Tropical déco » d’une villa de Miami Beach. L’affiche de l’événement est en soi un appel au voyage, elle montre une locomotive bicolore « Atlantic Coast Line » à l’aérodynamique sensuelle, traçant sa route entre les palmiers et la plage.

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Comment ne pas s’incliner devant la commode à vantaux en ébène de Macassar et incrustation d’ivoire signée par le maître Jacques-Émile Ruhlmann, mais aussi tous les objets plus tardifs, de la période « Streamline », qu’il s’agisse d’un aspirateur Hoover de 1934 aussi beau qu’une sculpture antique ou d’un four à pomme de terre en aluminium qui ressemble à une fusée interstellaire. J’aurais voulu repartir avec ce juke-box de table en acier chromé ou avec la photographie d’une caravane Airstream Liner tractée par le cycliste Alfred Letourneur. Montez à Chaillot voir ce que l’Amérique et la France ont produit de plus beau !

Art déco France/Amérique du Nord, Cité de l’Architecture et du Patrimoine. Jusqu’au 6 mars 2023.

Et maintenant, voici venir un long hiver...

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Tahiti song

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Affiche du film

Pacification, Tourment sur les îles, d’Albert Serra, un voyage dans la Polynésie rêvée.


Voyage au long cours : le film ne dure pas loin de trois heures. Elles passent pourtant sans encombre, dans l’exotique nonchaloir d’une Polynésie fantasmée, où l’émérite Albert Serra nous dépayse sous la lumière dorée et dans la moiteur vespérale de Tahiti – Tahiti c’est la France ! On se souvient de La Mort de Louis XIV, en 2013, avec Jean-Pierre Leo, impayable en monarque emperruqué, grabataire agonisant dans les purges et la sanie ; ou de Liberté, en 2019, film beaucoup moins convainquant celui-là, qui nous transportait au siècle des Lumières, dans une clairière où forniquait un cénacle d’adipeux aristocrates…

A distance de tout réalisme, dans un temps suspendu à d’improbables menaces belliqueuses, le cinéaste catalan a convoqué, pour étoffer l’évanescence délibérée de son récit, quelques figures mythiques ou inattendues du 7ème art : campé par un Benoît Magimel placide et empâté, ce suave De Roller, Haut-Commissaire de la République (l’équivalant d’un Préfet en métropole) bonasse et filou qui, sanglé dans un immuable veston blanc, col ouvert sur la même chemisette à fleurs décidément rebelle au pressing, chaussé jour et nuit de lunettes teintées de bleu, distille la bonne parole en esquivant les réponses. A la jumelle, le haut-fonctionnaire a cru apercevoir un sous-marin faisant le dos rond à la surface des eaux… Circule la rumeur d’une reprise des essais nucléaires… Les « locaux » sont sur les charbons ardents. Voilà pour l’intrigue. Elle fournira tout de même l’occasion de quelques virées en hélico pour survoler des paysages de carte postale, ou d’échappées sur des spots de surf aux vagues géantes…

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Parfois, Pacification n’est pas sans rappeler, à quelque cacochyme spectateur cinéphile s’il en reste, quelque chose du climat d’India Song, ce film de Marguerite Duras millésimé 1975 – mais une Duras qui, par on ne sait quel miracle, aurait été dotée d’humour et de fantaisie. Autres apparitions singulières au cœur de ce caustique Tourment sur les îles (c’est le sous-titre), le comédien Sergi López, ici en tenancier de boîte interlope, rôle entièrement muet et quasi-fantomatique. Plus surprenant encore, l’excellent écrivain Cécile Guilbert, dans son propre rôle d’invitée officielle, qui se fendra de trois répliques improvisées – ça ne mange pas de pain. Il y a aussi un allègre amiral, inutile et chenu, joué par Marc Susini, qui semble beaucoup apprécier son contingent d’engagés. Sans compter les comparses, sous les traits d’acteurs et d’actrices parfaitement inconnus sous nos latitudes, tel Matahi Pambrun, le chef de clan indigène, lequel s’affronte à mots couverts avec Magimel-De Roller, roi de l’esquive rouée, sous les dehors de la courtoisie. Ou encore cet étrange Portugais à qui on a volé son passeport (Alexandre Mello).  Et surtout la photogénique, androgyne et somptueuse Pahoa Mahagafanau, dans le rôle de Shannah, travesti au sourire désarmant, dont la silhouette racée, chaste mais chargée d’érotisme coudoie de bout en bout notre Magimel national, comme la tentation faite chair.  Tentation à laquelle, pour le coup, cède avec volupté le corps de marine, au passage, dans un nocturne ballet d’épilogue chaloupant et, en somme, très… pacifiant. On ne s’ennuie pas dans le Pacifique…    

Pacification, Tourment sur les îles. Film d’Albert Serra. Avec Benoît Magimel. France, Espagne ; Allemagne, Portugal, 2022, couleur. Durée : 2h43. En salles.     

Quelle Marianne dans trente ans ?

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Buste de Marianne dans la Salle des Illustres, Toulouse, le 8 février 2022 FRED SCHEIBER/SIPA 01060220_000001

En 1985, Le Figaro Magazine offre à ses lecteurs un « Dossier immigration » dans lequel les auteurs imaginent à quoi pourrait ressembler la population française en… 2015 ! Didier Desrimais a lu pour nous les prédictions faites il y a presque trente ans et les trouve tout simplement visionnaires.


Le samedi 26 octobre 1985, la couverture du Figaro Magazine représente un buste de Marianne dont le visage est dissimulé par un voile islamique. Le titre fait scandale : « Serons-nous encore Français dans 30 ans ? » Louis Pauwels, dans son éditorial, prévient : le dossier est explosif.

Jean Raspail, l’auteur du Camp des Saints, et le démographe Gérard-François Dumont (à l’époque président de l’Institut de démographie politique) ont réalisé une enquête démographique inédite en 1985. Ils tentent, à partir d’elle, de dessiner une carte démographique de la France en 2015. Je n’entrerai pas ici dans le détail chiffré de cette enquête mais signalerai les grandes tendances prospectives établies par les auteurs et l’incroyable résonance de ces dernières avec les réalités actuelles.

En 1985, et depuis déjà au moins deux décennies, l’immigration en France est majoritairement d’origine méditerranéenne et africaine et à 90 % de culture et de religion islamiques. Tandis que le taux de fécondité des Françaises baisse irrémédiablement, celui des E.N.E (étrangères non-européennes) reste très élevé – le taux de natalité globalement plus élevé en France que dans les autres pays européens est essentiellement dû au « renfort » des « naissances étrangères ». Cette « fécondité déferlante » va modifier en profondeur le visage de la France, selon Raspail et Dumont. Si ces derniers continuent de parler « des Français nationaux et des étrangers résidents », ils sont convaincus que ces distinctions seront caduques en 2015 sous l’effet des « dispositions laxistes de la naturalisation automatique par naissance sur notre sol ». Devant ce qu’ils appellent une explosion nataliste des Français d’origine immigrée non européenne et très majoritairement de religion musulmane, les auteurs prévoient pour 2015, entre autres phénomènes visibles d’une profonde transformation de la société française, « un complet changement de visage et de ton de notre système scolaire et de l’éducation nationale », une « ségrégation de fait », le « rejet de notre culture ». Tous ces phénomènes sont survenus et atteignent ces derniers mois des proportions laissant envisager ce que redoutent les auteurs, à savoir un durcissement communautaire augmenté par une immigration incontrôlée, et un affrontement inévitable.

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Au fur et à mesure que la population se transformera, écrivent Raspail et Dumont, une nouvelle « force électorale formidable » verra le jour. Les électeurs d’origine étrangère non européenne, manipulés par des « forces extérieures à la France », s’empareront « le plus démocratiquement du monde de villages, de quartiers, de départements ». Les générations issues de l’immigration la plus récente « adoptent d’autres comportements » que ceux des Français  qu’on qualifierait aujourd’hui « de souche » ou des Français d’origine étrangère plus âgés et parfaitement intégrés dans la société française. Cette force politique neuve, jeune, solidaire et manipulée, ne restera pas les bras croisés : « On peut prévoir les premiers troubles graves vers 1995 », écrivent nos deux visionnaires qui ne s’étonneront sûrement pas de voir les premières tentatives d’imposition du voile islamique à l’école en 1989, puis les tergiversations des gouvernements successifs pour faire voter, 15 ans plus tard, une loi aujourd’hui remise en cause dans de nombreux établissements scolaires. En revanche, ce qu’ils ne peuvent pas prévoir, c’est que la « force électorale » qu’ils décrivent en 1985 sera, à partir de 2012, captée et manipulée en premier lieu par des partis de gauche et d’extrême-gauche décidés à remplacer les classes populaires fatiguées de subir les effets délétères d’une immigration massive et votant « mal », par les nouveaux damnés de la terre, à savoir les musulmans.

En plus d’un changement en nombre de la population française, le problème majeur que relèvent Raspail et Dumont est celui de la loi coranique qui s’installe dans de plus en plus de quartiers et qui « plus sûrement qu’une loi d’apartheid, multiplie les barrières entre les communautés ». Il y aura, présagent les auteurs, de plus en plus de mosquées (ils ne se sont pas trompés : 150 en 1976, 900 en 1985, 2500 en 2015), de plus en plus d’écoles coraniques, d’innombrables associations d’obédience musulmane obligeant les autorités à accepter ce qu’on n’appelle pas encore des « accommodements raisonnables », des centaines d’enclaves échappant à la loi commune. La société française deviendra une mosaïque pluriethnique et pluriculturelle, source de rivalités territoriales. La France ne sera plus une nation mais un « espace géographique » traversé par des conflits révélant en réalité une « France multiraciale devenue multiraciste ». Quoi qu’ils aient dit ou promis, nos gouvernants n’ont jamais su ou voulu empêcher les vagues migratoires qui amplifient ce phénomène depuis quarante ans. Les auteurs envisagent tous les arguments gouvernementaux possibles pour justifier une immigration massive : « De vastes régions rurales de notre territoire ont perdu la moitié de leur population. […] On nous reprochera ces riches déserts dépeuplés. On nous dira que les pauvres du sud s’en contenteront très bien. Ce sera ça le dialogue Nord-Sud ! » Incroyable prédiction des récentes préconisations d’Emmanuel Macron en termes de répartition des immigrés (légaux ou illégaux) sur le territoire national.

Il est à noter que ces projections ont été réalisées à partir de chiffres officiels, ceux de l’Insee, ridiculement bas par rapport à la réalité (ce que savent les auteurs et ce que confirme l’Insee), pour ce qui concerne le dénombrement des étrangers d’origine non-européenne. Pensant imaginer le pire, Raspail et Dumont envisagent la possibilité d’une arrivée annuelle de 100 000 immigrés non-européens. Si tel devait être le cas, écrivent-ils, il n’y aurait aucun retour en arrière possible et le changement de population (et donc de culture, de religion, de mœurs, etc.) serait irrémédiable. Les chiffres de l’Insee des dernières années vont au-delà des pires prévisions de Raspail et Dumont : le nombre d’immigrés entrant en France est systématiquement au-dessus de 150 000 par an, avec des pointes à 272 000 en 2019 et 215 000 en 2020. Ces immigrés viennent majoritairement d’Afrique et sont majoritairement musulmans. Ces chiffres ne tiennent pas compte de l’immigration illégale ou clandestine, par nature inchiffrable. De plus, comme le rappelle Michèle Tribalat[1], les chiffres fournis à la presse par l’Insee sont régulièrement sous-évalués. Ils ne sont corrigés et revus à la hausse que des années plus tard, c’est-à-dire lorsqu’ils deviennent inutiles à une réelle information, les médias dominants préférant ignorer ces nouveaux chiffres pouvant entériner l’idée d’un (grand) remplacement de la population française.

A lire aussi: L’observatoire de l’immigration et de la démographie

L’actuel OID (L’Observatoire de l’immigration et de la démographie, voir l’article de Causeur du 5 novembre 2022), auquel collabore Gérard-François Dumont, rappelle que l’immigration et les personnes nées à l’étranger contribuent de plus en plus aux naissances en France. De plus, nous apprend encore l’OID, les chiffres de l’immigration ont explosé pendant le premier quinquennat d’Emmanuel Macron : 255 675 titres de séjour ont été accordés à des immigrés non-européens en moyenne chaque année entre 2017 et 2021. Les demandes d’asile sont en progression constante (134 000 en 2021). Les permis de séjour atteignent des niveaux inégalés : 3 450 189 en 2021 (+ 35 % par rapport à 2012) et concernent principalement l’Algérie, le Maroc et la Tunisie. Les éloignements (OQTF) et les départs des clandestins ne cessent, eux, de diminuer. D’après le député Renaissance Jean-Charles Grelier, il y a 700 000 personnes sous OQTF en France. Cette immigration légale ou illégale est très majoritairement extra-européenne et musulmane. Si cette évolution concerne quasiment tous les pays européens, elle a pris en France une ampleur particulière qui se traduit par un communautarisme exacerbé, une criminalité et une insécurité grandissantes (il n’y a que sur France Inter et dans Libération qu’on ne voit pas le lien entre délinquance et immigration), une perte de repères culturels nationaux et, conséquemment, la sensation de vivre dans un autre pays que la France dans certains quartiers, certaines villes, ou dans le département de la Seine-Saint-Denis. Tous les services publics (école, médecine, police, aides sociales, etc.) se retrouvent confrontés à des problèmes dus essentiellement à une immigration sans désir d’intégration, culturellement tournée vers les pays d’origine, religieusement soumise à un islam prosélyte cherchant de plus en plus, sous la férule salafiste ou frériste, à imposer sa présence dans l’espace public pour en modifier les contours anciens à travers de nouveaux rapports entre les hommes et les femmes, les musulmans et les kouffars, la culture française et les traditions culturelles et cultuelles importées des pays d’origine.

S.O.S Racisme naît en 1984. Raspail et Dumont dénoncent les discours immigrationnistes reposant sur un humanisme dévoyé et un antiracisme ne servant le plus souvent qu’à amadouer et culpabiliser les populations réticentes – plus tard, Paul Yonnet démontrera les dessous politiques de la célèbre association et l’établissement par celle-ci de l’équation « Être raciste, c’est ne pas être immigrationniste »[2] qui a maintenant son pendant retourné : « Ne pas être immigrationniste, c’est être raciste ». En 1985, Louis Pauwels espère encore que des « volontés politiques » changeront le cours des choses et apporteront un heureux démenti à la « vision apocalyptique » de Jean Raspail. Les derniers chiffres de Frontex sont catastrophiques – une augmentation de 73 % des entrées irrégulières aux frontières de l’UE sur les dix premiers mois de l’année. Aujourd’hui, les « élites » pro-immigration, du président Macron à la majorité de la Commission européenne, des représentants des grandes entreprises aux responsables de la NUPES, des ONG complices aux médias propagandistes, regardent avec les yeux de Chimène, mais pour des raisons très différentes, l’Ocean Viking entrer dans le port de Toulon. Pendant que le Danemark – au grand dam du Monde qui critique sévèrement les sociaux-démocrates danois qui appliqueraient des idées « d’extrême-droite » – affiche fermement un objectif « immigration zéro », le gouvernement français crée un extraordinaire appel d’air. « La France a cédé. L’irrémédiable est accompli. Aucun retour au passé n’est désormais possible ».[3] Cette phrase, écrite en 1973, pèse de tout son poids prophétique sur notre présent.


[1] [1] Michèle Tribalat, Les yeux grands fermés, l’immigration en France. 2010, Denoël.

[2] Paul Yonnet, Voyage au centre du malaise français (L’antiracisme et le roman national), 2022, Éditions de L’Artilleur.

[3] Jean Raspail, Le Camp des Saints, Robert Laffont.

Le Camp des Saints ; précédé de Big Other

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Immigration, idéologie et souci de la vérité

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https://www.causeur.fr/lobservatoire-de-limmigration-et-de-la-demographie-un-projet-vital-pour-la-nation-246124

Paris, ville en voie de développement

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Outre la saleté et la dégradation, notre capitale souffre d’un mal plus inquiétant encore. Ses rues offrent un spectacle qu’on ne voyait, jusqu’à présent, que dans les villes extra-européennes.


Sacha Guitry disait : « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je me console. » Si Paris pouvait parler, la pauvre dirait aujourd’hui : « Quand je me regarde je me désole, quand je me compare je m’affole. » Notre capitale ne cesse de creuser l’écart avec ses consœurs occidentales. De part et d’autre de la Seine, tout se détraque, tout se déglingue sans qu’aucun signal permette de croire à une amélioration de la vie quotidienne. Le spectacle que nous offrent les rues de ce qui a été la Ville lumière en est la preuve « éclatante ».

Comme dans les villes du Maghreb, le paysage urbain est encombré par de nombreux chantiers fantômes ou inachevés. Les barrières qui encadrent un trou creusé au milieu d’un trottoir ou d’une chaussée peuvent y rester des semaines, voire des mois, sans aucune intervention. Et lorsqu’il n’y a pas de barrière, certains de ces trous sont comblés par des plots fluo qui, plantés la tête en bas, se convertissent en poubelles débordantes de détritus au ras du sol.

Par ailleurs, l’Hôtel de Ville ne juge plus utile, depuis des années, d’employer des géomètres pour refaire le niveau des chaussées et des caniveaux. Sans dénivelé correct, ces derniers refluent dès la moindre pluie, et les eaux accumulées mettent longtemps à s’écouler vers les égouts. Ces mares stagnantes sont infranchissables pour les piétons et l’on s’attend, aux abords de quelque grille obstruée, à voir surgir un varan, comme il en sort des sous-sols humides de Bangkok.

A lire aussi: L’énigme d’un abandon

Comme à Rio, les touristes sont appelés ici à la plus grande vigilance, et les précautions qu’on leur demande de prendre sont identiques à celles qui se transmettaient au Brésil il y a vingt ans : ne pas porter de montre, de collier, de sac en bandoulière… sous peine de se les faire arracher violemment. Ces vols brutaux sont quotidiens dans ce qu’on appelait jadis les « beaux quartiers ».

Comme à Jakarta, il faut ajouter à la circulation automobile (ne parlons pas des vélos et des trottinettes) celle des tuk-tuk. Ces triporteurs bricolés pour transporter quatre à huit personnes bénéficient d’une étrange tolérance de la part de la Mairie et de la Préfecture. Ces véhicules accueillant des passagers n’ont ni ceinture de sécurité ni plaque d’immatriculation. Ils sont conduits par des membres de ces familles-gangs venues de Bucarest ou de ses environs, ceux-là mêmes qui composent ces hordes de mendiants partout étalés sur les trottoirs. Ce sont des réseaux de traite humaine, avec des patrons et des hommes de main, ils sont connus, ils sont localisés et on laisse faire. Vieillards, femmes et enfants sont déposés par des camionnettes dans un quartier au petit matin puis sont ramassés le soir par ces mêmes camionnettes qui les conduisent dans des campements sauvages aux portes de Paris. Durant la journée, ils font la manche plus ou moins paisiblement alors que les adolescents, arrivés avec eux, font les poches des passants. Ces groupes organisés ne restent jamais longtemps dans le même coin, aussi, tout Parisien, où qu’il soit, a ou aura une cour des miracles en bas de chez lui.

Comme dans la banlieue de Yamoussoukro, des marginaux sous l’emprise de crack vivent sur des matelas crasseux, à même le sol. Seuls ou en groupe, ils zonent dans les gares, aux abords des bretelles du périphérique, exposent leurs crises de manque ou de délire aux yeux de tous. Leurs campements sont régulièrement démantelés, déplacés, recomposés, redémantelés, etc.

Leurs abris de fortune voisinent parfois avec ceux d’immigrés clandestins qui bénéficient, là encore, d’une curieuse tolérance. Ainsi, celui de la place de la Bastille a-t-il été évacué après plus d’un an, non parce que les plaintes des riverains avaient fini par être entendues, mais parce qu’un contrôle sanitaire a révélé que les quelque 150 personnes qui campaient face à l’opéra avaient la gale.

Comme à Addis-Abeba, on croise des femmes voilées. Mais à Paris, on ne voit pas ces voiles transparents aux couleurs vives ou pastel qu’arborent les belles Peules. Ici, ce ne sont que noir, gris et marron : les couleurs austères de l’islam hostile.

Comme dans les rues les plus pauvres de São Paolo ou de Los Angeles, la pauvreté est devenue une tare physique : les corps malnutris sont obèses et ce qui a longtemps été ici une exception est devenue la démonstration d’un déclassement généralisé.

A lire aussi: Un pays en voie de sous-développement

À cela s’ajoute la mode vestimentaire qui prône l’avachissement et la silhouette de zadiste pour tous, baskets, casquette, capuche, jogging, pantalon troué… qui donnent à la foule autrefois élégante des allures de flot de réfugiés.

Comme à La Havane, nos édiles construisent des tours en béton en méprisant le bâti historique et le maillage urbain. Cette aberration écologique ne choque pas notre maire qui se dit écolo et se double d’un sérieux anachronisme : le temps n’est plus aux centres commerciaux, aux bureaux et aux grands sièges d’entreprises.

Comme à Pyongyang, les gens attendent de plus en plus nombreux aux arrêts d’autobus. Là-bas la discipline impose une file qui permet aux premiers arrivés – qui ont donc attendu le plus longtemps – de monter les premiers à bord ; ici c’est la foire d’empoigne et à qui saura le mieux jouer des coudes.

Paris n’a jamais été une ville ségrégationniste, mais il est certaines lignes de bus qui semblent réservées à certaines populations. S’y presse une multitude bigarrée dans laquelle des poules en cage ou quelques ballots de linges roulés ne dépareilleraient pas.

Comme nulle part ailleurs, la déglingue générale s’affiche dans l’espace public : les horloges municipales sont de moins en moins entretenues, donnent donc de moins en moins l’heure exacte et, parfois, n’en donnent aucune car leurs aiguilles sont brisées et ne sont pas remplacées.

Comme nulle part ailleurs, l’anomie a été institutionnalisée et permet aux vélos et aux trottinettes électriques de rouler à contresens et de ne pas respecter les feux de circulation, de rouler sur les trottoirs et de se garer n’importe où.

Une ville peut être en voie de développement, mais qu’en est-il d’une jungle ?

Dieux de l’Olympe, entendez nos prières

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Vlassis Rassias / Capture d'écran YouTube d'une vidéo du 23/11/2019 de la chaine Hellenismostv

Le petit retour de la foi polythéiste en Grèce.


Chaque année, ils sont des centaines à se rassembler au Temple d’Artémis, la déesse de la chasse, situé près d’Athènes. Drapés dans des toges, couronnes de fleurs sur la tête, face à des statues de plâtre, ils invoquent Zeus et Apollon, sacrifient aux Dieux de l’Olympe comme leurs ancêtres le faisaient il y a 2 000 ans. Depuis plusieurs décennies, différentes organisations et associations font la promotion de l’ancien esprit hellénique, balayé par l’apparition du christianisme en Europe. Ils sont, pour la majorité d’entre eux, des Grecs d’origine, se considèrent comme les héritiers des fils antiques de Sparte, Corinthe ou Delphes et organisent des festivals chaque année au mont Olympe. « Prometheia » est un des nombreux exemples de ce revival polythéiste 2.0. Conférences, musiques et danses d’époque, théâtre, combats à l’épée rythment ces bacchanales qui se déroulent sur trois jours. Fondé en 1997, le Conseil suprême des Hellènes ethniques (YSEE) estime que la religion chrétienne « s’est imposée par la violence » et que les Grecs du nouveau millénaire doivent se « réapproprier leurs racines ». « Nous sommes la continuation naturelle de la religion nationale grecque. Nous n’avons jamais cessé d’exister, bien que des siècles de persécution se soient écoulés », explique Vlasis Rassias, fondateur de l’YSEE. Son organisation compte officiellement 2000 membres et des cellules au sein de la diaspora grecque à travers le monde. Leur prosélytisme a d’ailleurs très vite attiré l’œil de l’Église orthodoxe qui a vainement tenté de faire interdire leurs pratiques jugées « païennes ». « C’est une coopération avec les forces des ténèbres, avec le diable, la tentative de faire revivre le culte des douze dieux est un culte de démon », a même dénoncé le métropolite Panteleimon dans un courrier rendu public. En 2017, reconnue comme religion, l’YSEE a obtenu du ministre de l’Éducation le droit de pratiquer ses rites sans craindre les foudres des orthodoxes. Une victoire pour Vlasis Rassias qui est persuadé que le polythéisme antique est la solution aux problèmes actuels de la Grèce.

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Boris Johnson, homme politique et punk?

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Boris Johnson, le 13/11/2022 / PHOTO: SOPA Images/SIPA / 01094266_000017

Dans un livre de chroniques, Thierry Martin nous livre un portrait du plus excentrique des hommes politiques modernes.


Le recueil de chroniques anglaises, BoJo, un Punk à Downing Street, du journaliste et anglophile Thierry Martin nous livre tout le parcours de Boris Johnson comme Premier ministre de Sa Majesté; de sa victoire historique aux general elections en décembre 2019, jusqu’à son départ précipité en juin 2022. Thierry Martin ne cache pas son admiration pour le personnage, qui aujourd’hui fait le tour du monde pour donner des conférences et a repris ses chroniques au Daily Telegraph, chroniques pour lesquelles tant d’Anglais l’appréciaient jusqu’à ce qu’il se lance à plein temps dans la politique. A travers l’ouvrage, Frédéric Martin nous livre un portrait du paysage politique britannique parfois bien différent de celui que l’on trouve dans nos journaux français, lesquels calquent parfois leurs visions franco-françaises avec une grande facilité sur les évènements politiques outre-Manche. « D’emblée, j’ai eu un coup de cœur pour Boris, personnage excentrique d’un point de vue français ; parce qu’il faisait toujours les choses sérieusement sans jamais se prendre au sérieux ».[1]  C’est en effet un trait bien souligné par l’auteur dans son livre, sur cet homme politique au pedigree certes classique – Eton puis Oxford – mais au profil pour le moins excentrique. 

De l’accord sur le Brexit, arraché en décembre 2019, à la crise du coronavirus – qui lui aura coûté son poste -, en passant par son mariage avec l’indomptable Carrie Symonds, nous découvrons en détail, presque au jour le jour, le gouvernement parfois bien tumultueux du personnage. BoJo, élu avant tout pour que la Grande-Bretagne quitte l’UE, après avoir fait chuter Theresa May qui était tout sauf une brexiteer, provoque un enthousiasme inédit au sein de l’électorat britannique, que seuls Churchill, Thatcher ou Blair avaient su provoquer. Avec une majorité de 80 sièges aux Communes, l’ancien maire de Londres remporte la plus grande victoire aux Communes de l’histoire du parti. Avec l’accord sur le Brexit, il rend la liberté aux Britanniques, envers et entre tout. D’ailleurs, le jour de l’entrée en vigueur de l’accord sur le Brexit, Frédéric Martin salue le jour où « l’Angleterre reprend sa liberté comme elle seule avait le courage de la conserver, Dieu merci, en 1940 ».[2] Avec le Brexit, BoJo ravive l’esprit d’indépendance et d’audace des Britanniques, capables de braver toutes les incertitudes, à l’image de ses grands explorateurs : Francis Drake ou David Livingstone. 

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Pour autant, bien que célébré, voire adulé par son parti et une partie de l’électorat, les ennuis affluent vite pour BoJo, avec la crise du coronavirus en mars 2020, présageant sa fin prochaine. Du renvoi de son proche conseiller Dominic Cummings, « l’homme du Brexit », aux révélations sur les fêtes organisées, en plein confinement, à Downing Street (partygate), réutilisées à outrance par l’opposition, sa crédibilité commence sérieusement à se dégrader.

Finalement, début juillet 2022 une rébellion éclate au sein du parti, menée par son chancelier, Rishi Sunak, aujourd’hui Premier ministre, et met fin au « formidable règne échevelé » de BoJo[3]. Pour autant, c’est sous les applaudissements et non en disgrâce qu’il est parti, tant sa figure était populaire et le reste encore. « Bring Back Boris » titre la dernière chronique en date du 28 juillet 2022.[4] Dès le mois de juillet, en effet, plusieurs journaux parient sur son possible retour, tant la campagne pour l’élection du futur Premier ministre entre Liz Truss et Rishi Sunak est ennuyeuse.

L’ouvrage s’arrête à l’été 2022 et nous pouvons le regretter, tant il s’est produit d’évènements entre l’élection de Liz Truss en septembre, ses débuts chaotiques et sa démission après un mois et dix-neuf jours seulement, et Rishi Sunak, « le traître », qui lui a finalement ravi sa place après sa défaite en septembre. Dire que BoJo a failli revenir dans la course !

Thierry Martin finit sur une ode à « l’esprit de buisness » de BoJo, qui permettra, selon lui au Royaume-Uni d’affronter l’avenir avec optimisme dans son ère post-Brexit. Pour l’instant, il ne s’est pas trompé.


[1] T.A. Martin, BoJo, un punk au 10 Downing Street, Thierry Martin, 2022.

[2] Ibid., p.107

[3] Ibid., p.269.

[4] « 77 – « Bring back Boris », Comme Boris Johnson prépare son retour », Ibid., pp.309-312.