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Faut-il suivre la coupe du monde au Qatar?

Dans un premier temps, la FIFA misait plutôt sur une sanction symbolique.

Faut-il suivre la coupe du monde au Qatar?
Lusail Stadium, le 13/11/22 / PHOTO: Keita Iijima/AP/SIPA / AP22740301_000009

La Coupe du monde de football sera-t-elle boycottée par les téléspectateurs (ainsi que par les mairies de certaines villes françaises) ou tout simplement ignorée?


C’est à la fin de l’année 2010, à la suite d’une réunion élyséenne jadis secrète et désormais fameuse, à l’époque où Nicolas Sarkozy était président de la République et Michel Platini président de l’UEFA, que le Qatar s’est vu attribué l’organisation de la Coupe du monde 2022. Comme tout ce que l’on a décidé de faire dans douze ans, la Coupe du monde au Qatar a donc fini par arriver.

Le sport international et le football en particulier avaient habitué ceux qui le scrutent avec appétit à une bonne dose de cynisme. De la coupe du monde italienne de 1934 à la russe en 2018, sans oublier les jeux olympiques berlinois de 1936, l’organisation des grands barnums sportifs ne s’est jamais tellement souciée de droits de l’homme ni de démocratie et n’a jamais tellement fait attention à l’endroit où elle mettait les pieds. Au fil des décennies, le cynisme est aussi devenu économique, et l’amateur a dû composer avec des compétitions de plus en plus longues, avec des phases de pool à rallonge pour assurer le maximum de soirées TV et avec une dispersion des images entre un nombre de plus en plus important de chaînes payantes (Groland avait à peine forcé le trait dans ce sketch).

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Mais ce coup-ci, avec la Coupe du monde au Qatar, on n’est pas passé loin de la fois de trop. Entre les stades construits en plein désert, leur climatisation pour rendre les parties à peu près jouables, les plus de 6 500 ouvriers (originaires du sous-continent indien) morts sur les chantiers, les faux supporters engagés pour remplir les stades, il y a quelque chose d’assez moche dans cette Coupe du monde. Même pour un adepte du réalisme politique insensible à la petite musique des valeurs, la vitrine offerte à la petite monarchie gazière est peut-être un trop gros cadeau. Aussi, en France, des mairies (Paris, Marseille, Lille, Bordeaux, Nancy, Reims, Brest entre autres) ont décidé, il y a quelques semaines, de boycotter la compétition et de ne pas déployer les habituels écrans géants en pleine ville. Elles bisquaient moins, quand, de 2012 à 2020, la chaine qatarienne Bein Sport, émanation d’Al Jazeera, a fait vivre les clubs français des villes citées plus haut en diffusant le championnat de France professionnel – et en payant les droits TV qui vont avec. En 2016, Georges Malbrunot et Christian Chesnot avaient écrit un livre (Nos très chers émirs) assez édifiant sur la générosité du Qatar à l’égard de la classe politique française.

Plus que le boycott, c’est peut-être davantage encore le déclin d’intérêt pour le football qui menace cette Coupe du monde. En février dernier, Courrier international rapportait un article sur le désintérêt en Allemagne des jeunes générations pour le ballon rond, le trouvant trop commercial ou trop ennuyeux ; un désintérêt confirmé par une étude plus large de l’Association européenne des clubs. Si le gamin de la fin des années 90 pouvait encore négocier le mercredi soir pour voir une mi-temps de la Ligue des Champions sur une chaîne privée mais gratuite, l’accès de moins en moins facile aux images a freiné le renouvellement générationnel, au moment même où Netflix entrait dans les salons et dans la bataille de l’attention. Si le cyclisme est devenu le sport des papys et le tennis celui des mamies chics, le football risque de devenir le sport des tontons. C’est qu’il faut du mérite, parfois, pour se coltiner certains matches ; quand l’amateur de basket est certain de voir 200 points dérouler sous ses yeux, l’amoureux de football n’a aucune certitude de voir ne serait-ce qu’un but en allumant le poste de télévision. L’Italie-RFA de la Coupe du monde 1970, considéré comme l’une des plus belles parties du siècle dernier, a été un match insipide pendant les 90 premières minutes avant de se débrider durant les prolongations. Le teenager des années 2020 aurait eu vite fait de switcher vers la droite ou à la gauche sur son écran. Il faut parfois 120 minutes pour que se dégage un seul moment de grâce.

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Car une Coupe du monde qui démarre, c’est un peu d’enfance qui reprend (à condition d’être tombé dans la marmite avant ses 10 ans). Pour les partisans du boycott, ça sera facile : une partie d’entre eux n’aime pas ça et ne l’aurait de toute façon pas regardée. Pour les autres, ils auront le même air que le supporter frondeur de Manchester United dans Looking for Eric de Ken Loach : en guerre contre les propriétaires américains, il fait partie de ceux qui boycottent les matches de l’équipe du Nord de l’Angleterre. Dans le film, à la suite d’une discussion houleuse avec ses camarades, il sort du pub, majeur levé, puis y retourne en catastrophe, quand il a cru deviner par la fenêtre teintée un but des Red Devils.

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Professeur démissionnaire de l'Education nationale

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