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La réunion ministérielle de Séville, ou comment repeindre le sabordage de la politique spatiale européenne aux couleurs du succès…

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À l’issue de la réunion de Séville des 6 et 7 novembre, la France renonce à son monopole et accepte qu’il y ait des concurrents à Ariane Espace


La réunion ministérielle organisée à Séville les 6 et 7 novembre pour décider du sort de la politique spatiale européenne portait bien mal son nom ! Ni Bruno Le Maire ni Sylvie Retailleau n’ont daigné y assister, ayant délégué pour cette tâche qui nécessitait un engagement majeur de la France le seul président du CNES. Cette absence de l’échelon politique au moment de vérité illustre, mieux que tous les discours, le délitement d’une grande ambition.  

Ariane, 50 ans de succès

Qu’on s’en souvienne : issu d’un accord intergouvernemental qui ne doit rien à l’Union européenne, le programme européen Ariane, lancé en 1973 par Georges Pompidou, avait une feuille de route des plus claire. Il s’agissait de donner à la France et à l’Europe les moyens de mettre en orbite ses satellites sans dépendre des autres puissances spatiales. Le 24 décembre 1979, la fusée Ariane 1 effectuait ainsi son vol inaugural depuis le Centre de Kourou dont la localisation privilégiée à proximité de l’équateur assure une plus grande vitesse au lancement et offre à l’Europe un avantage comparatif considérable.  

Le chemin du succès était tracé. De 1986 à 1996, quatre versions d’Ariane ont été développées par ArianeGroup pour aboutir à la version Ariane 5 qui a conquis la moitié du marché mondial du lancement des satellites de télécommunications en orbite géostationnaire. Pendant cinquante ans, Ariane a été une formidable vitrine du savoir-faire français et européen. Grâce à elle, la France, les Européens et leurs clients du monde entier ont pu contourner « l’amicale pression » de Washington et procéder librement à la mise en orbite de satellites sans devoir s’adresser pour autant à Moscou ou à Pékin. Vecteur fondamental d’indépendance stratégique et politique, Ariane est devenue aussi un outil de construction d’un monde multipolaire.

Ces dix dernières années, la situation a considérablement évolué : après que François Hollande a fait le choix en 2014 de ne pas investir dans le réutilisable et l’amélioration d’Ariane 5, l’Europe a pris du retard, au point de se retrouver aujourd’hui sans Ariane 6 capable de lancer les satellites de la constellation Galileo. Or, c’est à Galileo que revient la mission d’assurer l’indépendance française et européenne vis-à-vis du système américain GPS dont le signal peut être dégradé, voire désactivé à tout moment par décision unilatérale des Etats-Unis. Sur ce sujet central, on attendait de la réunion ministérielle de Séville qu’elle tranche entre deux options : soit s’en remettre à l’américain Space X d’Elon Musk pour lancer quatre satellites sécurisés indispensables aux télécommunications des armées européennes, soit retarder durablement la mise en œuvre de Galileo jusqu’à ce qu’Ariane 6 soit prête, possiblement à partir du printemps 2024. Par un curieux retournement de l’histoire, c’est Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, qui a officialisé le choix de recourir pour 180 millions d’euros aux services d’Elon Musk et de Space X pour le lancement de quatre satellites du système Galileo. À ce stade de l’échec européen, une ambiguïté, et non des moindres, demeure encore à lever : le choix américain étant fait et assumé, son caractère transitoire jusqu’à l’opérationnalisation d’Ariane 6 a-t-il au moins été entériné ?

Un accord de dupes au détriment des Français ?

Derrière les rideaux de fumée de l’autosatisfaction, les résultats de Séville ne manquent pas en réalité d’interroger. Qu’en est-il de la pérennité de la préférence européenne incarnée depuis 1973 par Ariane et plus largement de la pérennité de l’aventure spatiale européenne en tant que telle ? L’accord du 7 novembre confirme bien le principe d’une nouvelle tranche de financement public pour Ariane 6, jusqu’à 340 millions d’euros annuels et ce jusqu’au 42ème tir prévu en 2029. Cependant, la moitié de ce coût sera supportée par la France, alors même que les incertitudes techniques continuent de planer sur l’opérationnalisation du porteur. En contrepartie de cette « victoire française », l’ouverture à la concurrence dès 2025 pour les petits lanceurs et à partir de 2028 pour le marché des gros lanceurs amène à poser clairement l’hypothèse, hélas vraisemblable, d’un accord de dupes. La France a donc été autorisée à s’acquitter de 125 millions d’euros par an pour un projet dont nul ne sait s’il parviendra à assurer dans les temps la feuille de route qui lui est assignée, obérant au passage ses capacités de financement sur le segment prometteur des petits lanceurs comme Maïa. Si ArianeGroup est sauvé à court terme, il se retrouve avec un horizon de quelques courtes années, incapable de se passer de financement public et sans perspective quant à sa sortie du tunnel. L’ouverture à la concurrence rendra automatiquement caduque la direction des lanceurs du CNES et son équivalent de l’ESA, au bénéfice des intérêts allemands et italiens. Quant à la possibilité d’accroître le niveau pourtant fort limité de retombées économiques et industrielles du spatial pour la Guyane, région ultrapériphérique de l’Union européenne, cette question n’a pas fait l’objet de la moindre décision. Le reste, comme le chantait Dalida, n’est que paroles… Ainsi, la mise sous les projecteurs d’un projet de vaisseau de transport spatial nécessite des moyens qui font aujourd’hui défaut et qui renvoient cette conclusion de Séville à un Happy End irénique permettant au vaincu d’arborer un sourire de commande.  

En vérité, payant le prix fort de ses choix erronés d’une décennie avec une dépendance cruelle à l’égard de l’Amérique en matière de lanceurs lourds, aveuglée par l’incantation d’un « couple franco-allemand » qui n’existe que dans ses rêves, comme la rupture brutale par Angela Merkel de l’accord spatial de Schwerin en a administré la preuve en 2017, aimantée par la conviction que le marché constitue la planche de salut de la politique spatiale et la voie naturelle de consolidation de la Startup nation, la France d’Emmanuel Macron aura signé sous le soleil andalou l’acte de décès programmé d’une ambition nationale et continentale. « Rien n’est plus vivant qu’un souvenir » écrivait déjà Federico Garcia Lorca…

Ce qu’a vraiment dit Nasrallah: les Israéliens ont massacré les Israéliens!

Faire le tri dans les propos de Hassan Nasrallah est une manière de lui donner un vernis d’intelligence supérieure, sans remarquer que les contre-vérités qu’il assène polluent encore davantage et efficacement les esprits arabophones. Alors, oui : voyons tout ce qu’a vraiment dit le chef du Hezbollah.


Son Éminence, comme l’appellent ses partisans, est une figure absolutiste qui n’a son pareil qu’en Iran en la personne du Guide Suprême. Secrétaire général du Hezbollah, « Seigneur de guerre » et chef de fait d’un groupe parlementaire libanais, il a acquis un ample auditoire dans le monde musulman, chiite comme sunnite, vers lequel il distille des messages de mort envers les Juifs. Le 3 novembre, il a livré au monde son explication de l’opération « Déluge d’Al Aqsa » du 7 octobre, durant une heure et 20 minutes[1]. Le Moyen-Orient était pendu à ses lèvres. Les Occidentaux ont également écouté, non sans inquiétude.

Certains aspects de son discours, restés généralement sans commentaire dans la presse, nous éclairent sur sa pensée. Ils témoignent de la notion d’« ambiguïté stratégique », où l’on n’annonce jamais clairement l’ensemble de ses plans. Cette guerre contre l’entité sioniste se gagnerait en marquant suffisamment de points, donc nul besoin de faire face à toute la puissance de l’ennemi en un seul coup, dit-il. La marine américaine ne lui fait pas peur non plus, car il a les moyens de la détruire – un bluff assez creux. Enfin, il se surpasse lorsqu’il estime que les Juifs sont des colonisateurs venus des diasporas, mais dont AUCUN ne mourrait jamais pour sa patrie.

Ainsi ses inanités sur les Israéliens montrent si besoin était que Nasrallah dirige une vaste secte dont les analyses perdent en pertinence et en efficacité à mesure que l’idéologie théocratique domine. Il ne sait visiblement pas comment pensent les Israéliens ni les Américains, mais prétend crânement les décrypter avec aisance.

Une faille dans l’analyse occidentale

Il s’est surpassé cependant, ce 3 novembre, lorsqu’il a proclamé que les actes barbares commis contre les Israéliens autour de Gaza étaient commis par nul autre que l’armée israélienne elle-même ! Traduisons mot à mot, depuis l’anglais, vers la 27e minute de son discours, selon la traduction directe de la chaîne Al Jazeera:

« Comment l’ennemi a-t-il réagi à l’Opération Déluge d’Al Aqsa ? Dès les premières minutes, l’ennemi était visiblement perdu, égaré. Vous savez, c’est le jour du sabbath et donc le moment idéal choisi par les commandants d’Al-Kassam (la force armée du Hamas). Il paraît qu’ils (les Israéliens) ont passé une longue nuit de beuveries, non seulement dans l’enveloppe de Gaza mais également à Tel Aviv et Jérusalem. Il leur a fallu des heures pour émerger, et ils sont sortis dans un état d’hystérie, de rage, de façon folle. C’est ainsi que lorsqu’ils ont repris la colonie dans l’enveloppe de Gaza, c’est eux qui ont commis des massacres dans les colonies israéliennes, et non le Hamas. Et maintenant nous parviennent des rapports et enquêtes qui permettent de prouver que ce sont les Israéliens qui ont commis les tueries parmi les colons. Dans un futur proche, lorsque le brouillard se sera dissipé, le monde entier apprendra que toutes les personnes tuées dans l’enveloppe de Gaza ont trouvé la mort aux mains de l’armée israélienne agissant de manière insensée. »

A ne pas manquer, notre numéro spécial: Causeur: Octobre noir. Du Hamas à Arras, l’internationale de la barbarie

Dans la quasi-totalité de la presse internationale, et des agences de presse, nulle part ce passage n’est relevé. Ni d’ailleurs l’autre passage sur les Juifs, qui « jamais ne se sacrifient pour leur pays – en connaissez-vous un seul ? Non, aucun, pas un seul. »

Et voici une faille dans l’analyse occidentale. Les chercheurs et commentateurs ignorent généralement ces phrases idéologiques prononcées par des chefs de parti et de milices meurtrières. Ces mots seraient trop insignifiants pour des analystes sérieux, estime-t-on dédaigneusement. Toujours selon les analystes occidentaux, ce genre de déclaration n’est pas le vrai message, ce n’est pas ce qui nous intéresse, c’est du bla-bla servant à impressionner les sympathisants fanatisés. Voilà comment l’on se dispense de soupeser ces paroles. Or l’on oublierait que ces leaders d’opinion influencent des millions de gens. Peut-on prétendre que Hassan Nasrallah est un fin stratège et brillant analyste, tout en le dédouanant du poids de ces contre-vérités flagrantes et crues ? Je rencontre souvent  des personnes de bonne volonté, Arabes pour une grande part mais sans exclusive, qui pensent que les militaires israéliens ont tué leurs compatriotes, ne serait-ce qu’accidentellement, et que l’accident vient de la négligence quasi délibérée de l’establishment israélien.

Les plans fous du « Seigneur de guerre »

Si l’on considère que Nasrallah est brillant, alors notons TOUT ce qu’il a dit. Il ne veut pas charger frontalement contre Israël, car il agit dans une guerre qui se joue aux points, dit-il. En accréditant la thèse des militaires israéliens ivres de sang et d’humiliation, venus déverser leur rage sur les habitants qui ne se seraient pas assez défendus, Nasrallah marque des points dans les esprits arabes, du moins doit-on le supposer.  Pour les Occidentaux, il y a toujours la possibilité de marquer des points en sens inverse, mais l’envie n’est pas très forte à l’Ouest. Nasrallah s’ingénie à la destruction de la notion même de terrorisme, en estimant que c’est uniquement l’État néocolonial israélien ou américain qui font cela et par conséquent aucun groupe révolutionnaire ne saurait être accusé de barbarie, c’est l’orgueilleuse mais lâche armée israélienne qui tue de manière indiscriminée, Palestiniens comme Juifs d’Israël. Ces propos méritent aussi d’être jetés dans la balance. Car son Éminence esquisse le portrait de Juifs comme êtres quasi-cannibales et lâches, actionnés par les États-Unis.

Les absurdités de son raisonnement sont claires : les États-Unis contrôlent Israël, mais le Hamas militaire (terroriste) agit à l’insu du Hamas politique, du Hezbollah, du régime iranien… Le Hamas ne tue aucun bébé et ne commet aucun acte barbare, Israël tue à Gaza mais supplicie également les Juifs autour de Gaza…

Songeons à ce qu’affirment de nombreux analystes spécialisés dans le totalitarisme ou les dictateurs : ces autocrates disent ce qu’ils vont faire et ils le font. Admirable ! devrait-on dire. Mais alors Nasrallah a plusieurs fois espéré tuer tous les Juifs en Israël, tous les Juifs dans le monde, et souhaité que tous les Juifs puissent faire leur alya afin qu’ils puissent être tués en un seul endroit. Pour ceux qui admirent la clarté des dictateurs, le discours du 3 novembre signifiait bien davantage qu’un simple report de l’intervention du Hezbollah dans la guerre actuelle. C’est un plan d’extermination, livré en épisodes. Nasrallah parlera le 11 novembre, la journée des martyrs, mais sauf surprise, l’essentiel a déjà été dit dans cette phase de la guerre.


[1] https://www.causeur.fr/aux-palestiniens-de-bons-baisers-de-beyrouth-269102

Marche contre l’antisémitisme: ira, ira pas?

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Et à quand une « grande marche civique » contre l’islamisme ? se demande notre chroniqueur


Debout la France

Le monde politique assoupi a-t-il enfin mesuré le danger représenté par l’islam conquérant ? Un manque de courage empêche encore de désigner clairement l’ennemi. Certes, il faut saluer l’initiative de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et du président du Sénat, Gérard Larcher, d’une « grande marche civique », dimanche, « contre l’antisémitisme ». Les deux représentants du parlement expliquent leur démarche ce mercredi dans Le Figaro[1] : ils évoquent « la République en danger » depuis « l’attaque terroriste » du Hamas contre Israël le 7 octobre, qui a suscité en France une multiplication d’actes anti-juifs (plus d’un millier en un mois, soit deux fois plus que durant l’année 2022). Il faut cependant attendre le quatrième paragraphe du texte commun pour lire : « Notre laïcité doit être protégée, elle est un rempart contre l’islamisme ». Est-il si compliqué de parler plus directement de « terrorisme islamiste » ? Est-il si dangereux d’appeler à une marche des citoyens en nommant explicitement « les porteurs de haine »? Cela fait quarante ans que la République bonne fille est tétanisée à l’idée d’être accusée d’islamophobie ou de racisme dans la dénonciation des dérives totalitaires de l’islam politique.

A lire aussi: De Faurisson à Mélenchon, la vérité si je mens!

Les présidents de l’Assemblée et du Sénat assurent que les parlementaires « ne peuvent se taire » et « doivent résister » : se réjouir de cet engagement. Reste que ce monde politique, qui s’affole des désastres créés par son endormissement, se garde de reconnaître ses graves responsabilités dans l’incrustation d’une judéophobie portée par une immigration musulmane sacralisée par la droite et la gauche.

Jean-Marie Le Pen avait son « détail », Mélenchon a son « prétexte » 

La participation annoncée du Rassemblement national à cette marche citoyenne – « une première », comme l’a rappelé Louis Aliot (RN) mercredi sur Europe 1 – est une autre manière de faire comprendre qui sont les amis d’Israël et des Juifs et qui sont, par leur absence déjà revendiquée, les collaborateurs de la cause islamiste. La nouvelle photographie politique se lira au vide laissé par ceux qui auront choisi, par électoralisme diversitaire, de soutenir fanatiquement la cause palestinienne déshonorée par l’indicible barbarie djihadiste du Hamas. Jean-Luc Mélenchon, non content d’avoir fait sanctionner pour insoumission la députée (LFI) Raquel Garrido[2] comme aux plus belles heures du stalinisme, a ainsi justifié par tweet sa rupture : « Dimanche, manif de « l’arc républicain » du RN à la macronie de Braun-Pivet. Et sous prétexte d’antisémitisme, ramène Israël-Palestine sans demande de cessez-le-feu. Les amis du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous ». Jean-Marie Le Pen avait son « détail », Mélenchon a son « prétexte » : de mêmes signaux qui entretiennent l’antisémitisme d’atmosphère constitué désormais, presque exclusivement, par la haine anti-juive de la culture islamique. Ceux du chœur des effarés qui ont  accusé les « populistes » d’antisémitisme ont en réalité craché sur des lanceurs d’alerte. Honte à eux.


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-appel-de-gerard-larcher-et-yael-braun-pivet-pour-la-republique-et-contre-l-antisemitisme-marchons-20231107

[2] https://www.causeur.fr/raquel-garrido-sanction-lfi-jean-luc-melenchon-269321

Face au retour de l’obscurantisme et de la soumission des hommes, refuser l’arbitraire

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Le livre d’Aurélien Marq nous apporte des clés philosophiques pour penser le choc de civilisations que beaucoup redoutent.


Quand j’ai reçu les épreuves du livre d’Aurélien Marq pour en écrire la préface, je visitais les plages du débarquement de Normandie avec mes enfants. Aujourd’hui que je dois en faire la recension, nous sommes après une tragédie atroce, celle du 7 octobre, où des islamistes ont montré très concrètement que les nazis avaient des héritiers et successeurs et que les horreurs antisémites recommençaient.

Dans les allées du cimetière de Colleville-sur-Mer, j’ai expliqué à mes enfants que l’on voyait bien, dans la jeunesse de ces vies fauchées, dans leur nombre, le prix que coûtent la lâcheté et le déshonneur. Mais cet été encore, je pensais qu’eux n’auraient pas à payer de prix. La faiblesse face à l’Allemagne nazie a détruit des vies par dizaine de millions. Mais cet été encore, je pouvais encore dire que ces morts n’avaient pas été vaines et qu’elles nous avaient légué une conscience humaniste plus forte, que face à l’horreur des camps, s’était élevé un « plus jamais ça » qu’il nous appartenait de rendre réel.

Nouvelle menace

Aujourd’hui je sais que nous avons échoué. L’antisémitisme est de retour. Et si la plupart d’entre nous rejettent le terme de guerre de civilisation face au chaos qui semble gagner ce monde, c’est parce que l’on pense être du côté des perdants. Aurélien Marq, lui, assume le fait que nous assistions à la montée des lignes de fractures qui montrent que deux visions du monde et de l’homme s’affrontent. Celle, universaliste et humaniste, qui a donné naissance à la démocratie et qui mise sur le libre arbitre, la raison et le logos et celle autoritariste qui vise à soumettre l’homme et à le dépouiller de toute autonomie pour en faire la simple partie interchangeable d’un Tout. C’est exactement ce que refuse Aurélien Marq. À travers Refuser l’arbitraire, c’est une voie vers l’avenir qu’il propose, une voie qui parle de la noblesse du courage et de la nécessité de la lutte, une voie qui rappelle que nous avons dans notre culture des ressources qui nous arment contre le retour de l’obscurantisme et de la soumission des hommes.

A lire aussi, du même auteur: Le Hamas, fossoyeur de la Nupes?

Il nous dit aussi autre chose : combattre, comme l’ont fait ces soldats, ces héros de la seconde guerre mondiale, c’est être prêt à mourir certes, mais c’est aussi être prêt à tuer. Le sacrifice est une dimension du combat, mais on ne se bat pas pour se sacrifier. Il reste une question lancinante : pour quoi serais-je prête à me battre mais aussi pour quoi serais-je prête à ce que mes enfants risquent leur vie ? Pour quoi serais-je prête à ce que mes enfants tuent ? Que penserais-je, que ressentirais-je, si aujourd’hui mes enfants portaient l’uniforme de Tsahal et partaient combattre, c’est-à-dire tuer et peut-être mourir, pour empêcher que se reproduise le déchaînement de sadisme auquel s’est livré le Hamas le 7 octobre ? Je déteste devoir me poser ces questions. Je les fuis. Je vomis le monde qui m’oblige à me les poser et les politiques qui nous ont mis dans cette situation. Il n’en reste pas moins que ces questions sont là. Tenaces, insistantes, réelles. Que derrière ces questions encore abstraites, il y a à Israël et à Gaza des morts, elles, bien réelles. Dans ce livre, Aurélien Marq montre que l’évolution de nos sociétés rend ces questions urgentes. Et l’actualité ne lui donne par tort, hélas. Il propose donc des pistes pour y répondre, pour regarder en face les réalités les plus dures sans perdre ni courage ni espoir.

Un appel à défendre notre civilisation

Et pour y arriver, le livre passe par une forme de méditation philosophique qui convoque Socrate, Mencius en passant par Arnaud Beltrame. Des premiers chants d’Homère au wokisme, les références sont multiples, à la fois classiques et actuelles. Réflexion sur la dignité humaine face au consumérisme, sur la beauté face aux évolutions de l’art post-moderne, sur la vérité et le débat intellectuel face à la tentation de la censure, sur la cohésion nationale face à une délinquance de plus en plus violente, le livre ne pose pas le simple constat de notre décadence, c’est surtout un recueil de propositions concrètes pour réformer l’Etat et pour agir en tant que citoyens.

Déclaration d’amour à la civilisation européenne et à sa décence commune, aux hommes et aux femmes qui l’ont faite, des plus célèbres aux plus humbles, ce livre est un appel à défendre cette civilisation. Pas seulement parce qu’elle est la nôtre, mais parce qu’elle a apporté au monde des choses uniques et précieuses, au premier rang desquelles la liberté de conscience, l’abolition de l’esclavage, le raisonnement scientifique, l’égalité en droit… Parce que malgré ses erreurs et ses fautes, cette civilisation à la fois gréco-romaine et judéo-chrétienne cherche à trouver un moyen de faire grandir les hommes, de les gouverner et de forger le lien citoyen à travers la quête du Juste, du Vrai, du Beau et du Bien. Elle a encore beaucoup à offrir au monde, aux hommes et à chacun d’entre nous.

Le 7 octobre nous a fait basculer dans un monde nouveau. La barbarie est là, elle s’est déchainée en Israël. Elle monte en Europe et se traduit par l’explosion des crimes antisémites et les menaces qui pèsent sur notre quotidien. Dans ce clair-obscur où naissent les monstres et où se fabriquent les narratifs qui les revêtent de peaux de moutons, le livre d’Aurélien Marq m’apparaît encore plus pertinent que lorsque je l’ai découvert. Refuser l’arbitraire nous oblige à nous poser des questions essentielles et appuie là où cela fait mal – tout en nous rappelant qu’il n’y a pas de fatalité au déclin, et que nous sommes riches d’une immense tradition dans laquelle nous pouvons puiser de quoi nous réarmer moralement et intellectuellement.

« Refuser l’arbitraire: Qu’avons-nous encore à défendre ? Et sommes-nous prêts à ce que nos enfants livrent bataille pour le défendre ? », Aurélien Marq, FYP éditions, 348 pages.

Allocations pour les étrangers: cet amendement voté passé inaperçu

Les temps changent et le diable a changé de camp. Mardi soir, lors de l’examen du projet de loi immigration, le Sénat a fait passer un amendement visant à conditionner les allocations familiales à cinq ans de résidence sur le territoire – contre six mois actuellement. La sénatrice socialiste, Laurence Rossignol, a accusé la majorité sénatoriale d’organiser « la pauvreté des enfants ».


Les allocations pour les étrangers : voilà un sujet qui divise depuis fort longtemps.

Mardi soir, au Sénat, entre la poire de l’AME et le fromage de l’article 3 – dont tout le monde a abondamment parlé – un amendement des LR est finalement passé assez inaperçu. Pendant que les chefs de LR négociaient la suppression du nouveau titre de séjour pour les métiers en tension, la sénatrice du Val-d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio défendait de son côté un amendement très restrictif.

Il concerne les prestations non contributives, c’est-à-dire les allocations ne correspondant pas à une cotisation : allocations familiales, APL etc.

Pour les percevoir, un étranger en situation régulière devra justifier de cinq ans de résidence – ce qu’on appelle un « délai de franchise » pour bénéficier de la solidarité nationale…

Darmanin d’accord

En mission-séduction des LR pour éviter le 49-3 sur sa loi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin délivre alors un « avis de sagesse », ce qui signifie qu’il ne s’y oppose pas – sauf pour l’allocation handicapé. Bel exercice de « en même temps » pour le ministre. Au Sénat, j’embrasse ma droite, à l’Assemblée nationale, je courtise ma gauche…

A lire aussi, Aurélien Marq: Un ministre de l’Intérieur bien vantard…

L’amendement est finalement adopté. Et sur X, on observe beaucoup de commentaires approbateurs des citoyens, même si les internautes savent bien que la mesure ne passera pas le barrage de la gauche macroniste à l’Assemblée. Les sénateurs LR et le ministre le savent aussi, il y a donc dans cette affaire beaucoup de Comedia dell Arte.

Sur le fond, est-ce une bonne mesure ?

Si maîtriser nos frontières semble de plus en plus chimérique dans le cadre des traités européens, rendre la France moins attractive reste la seule solution pour endiguer concrètement les flux. La France peut jouer sur les pompes aspirantes, ces dispositifs qui poussent des gens à venir dans notre pays.

D’ailleurs, la preuve que c’est une bonne mesure, c’est que le braillomètre des immigrationnistes s’emballe ! On organise la pauvreté des enfants, on s’en prend à des malheureuses familles, a-t-on entendu. Autrement dit, pour tout ce petit monde, il serait bien légitime de faire venir en France des familles dont la survie dépend de l’argent public ! Sauf que la majorité des électeurs, même à gauche, ne veut désormais plus accueillir des gens qui ne travaillent pas ou peu, et qui, de plus, parfois, détestent la France.

Si cet amendement ne sera pas retenu dans la future loi, cet épisode est révélateur : les temps changent. Il y a 30 ans, quand le Front national proposait ce genre de mesures, rappelez-vous le haut-le-cœur général. À l’époque, Laurent Fabius avançait que le FN posait de bonnes questions auxquelles il apportait de mauvaises réponses. Et dans la foulée, la gauche morale avait interdit toute question sur l’immigration. En 2007 encore, l’affaire des tests ADN pour contrôler l’identité des migrants enflammait Saint-Germain-des-Prés, et Sarkozy reculait. Aujourd’hui, il y a un grand changement et un consensus sur l’objectif : tout le monde souhaite une réduction drastique de l’immigration et la maîtrise des flux. Même Guillaume Meurice n’oserait plus parler de « chances-pour-la-France », enfin, peut-être.

Bien sûr, une grande partie de la classe politique continue à se signer sur l’extrême droite. Y compris Madame Borne. N’empêche. L’amendement qui aurait autrefois été qualifié de scélérat n’a pas fait la une des médias. Et malgré le concours de mines outragées sur le thème « défiler avec Le Pen jamais », Marine Le Pen marchera vraisemblablement dimanche contre l’antisémitisme. Les électeurs ont tranché. Comme le dit mon camarade de Causeur Jean-Baptiste Roques: le RN fait partie du camp républicain. Le diable a changé de camp. Désormais, il s’habille en rouge.

Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio.

Retrouvrez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi dans la matinale

Dites-le avec des fleurs

Dans le 18ᵉ arrondissement, un massif floral délivre un important message.


On ne réside pas impunément dans la circonscription d’Aymeric Caron ! Votre serviteur en a encore fait l’expérience ces derniers jours. En baguenaudant dans les allées du square Serpollet (qui porte le nom de l’industriel, Léon Serpollet, 1858-1907, le père du tricycle et de l’automobile à vapeur), sis entre les rues des Cloÿs et Marcadet, son regard est attiré par un massif de fleurs plus soigné que les autres. Sur un cartel placé à côté, on peut lire : « Dans le massif de fleurs de couleurs rouge, orange et jaune se cache une symbolique puissante qui représente la colère de la Nature elle-même. Au centre un petit volcan couvert de plantes est apparu. Ces plantes aux floraisons et feuillages flamboyants évoquent les flammes ardentes et la lave incandescente. Autour de ce volcan, se dressent des mains réalisées en tronc d’arbre symbolisant la force et le pouvoir de cette colère. »

A lire aussi, du même auteur: Une « loi Gayssot » contre les climatosceptiques? Vivement demain!

Poétique ! Seulement voilà, même si les jardiniers qui ont réalisé ce massif dans le cadre d’un concours sont payés par la Ville, et que les socialistes Anne Hidalgo ou Éric Lejoindre n’ont vraiment rien en commun avec ces extrémistes de LFI, il semble que l’idéologie écologiste radicale ait quand même gagné quelques cerveaux. « Le massif incarne la couleur des émotions de la Nature, en particulier sa colère. Il nous invite à réfléchir sur nos actions et à adopter des comportements plus respectueux », conclut le panneau moralisateur, après avoir expliqué qu’évidemment les fleurs rouges « représentent […] la colère accumulée de la Nature face aux maltraitances qui lui sont infligées. C’est un rappel visuel frappant de la nécessité de prendre conscience de l’impact de nos actions sur l’environnement. »

Autour de moi, les enfants jouent sans y prêter grande attention, et le joli massif ne remporte malheureusement pas de prix. Plus d’un siècle après Serpollet, ses compatriotes médiocres ont élu un ancien journaliste chez Ruquier, peu porté sur la science, qui a créé un mouvement pour défendre la cause des moustiques avant de rejoindre les rangs du parti de Mélenchon. Notre ancêtre rit peut-être dans sa moustache, lui qui n’a pas connu l’abandon de la vapeur pour les automobiles avant sa mort.

À 95 ans, J-M Le Pen saute en parachute sur Gaza!

C’est peu ou prou ce que pourrait croire un citoyen français, mal informé, qui sentant que le monde qui l’entoure va mal, allume sa télé pour savoir ce qu’il en est vraiment. Et dans la foulée, il en apprend de bonnes sur les pratiques perverses des dirigeants français, européens, en matière de soumission, de complicité affairiste avec les pires crapules de la planète. Les initiés savaient, maintenant tout le monde sait. Pour le coup, une affaire de famille.


Nos Frères Musulmans. Du pogrom en Israël aux décombres de Gaza remontent des informations qui n’ont jamais été portées à la connaissance des citoyens, des électeurs. Les Frères Musulmans, tuteurs du Hamas, qui ont pignon sur rue à Paris depuis un bail, émettent sur tout le territoire leur bande FM prosélyte sur les fonds publics de l’État, de l’UE, de l’Iran, du Qatar… bref une liste longue comme une marche blanche après un des attentats commis par une de leurs nombreuses franchises. On apprend aussi que mon colonel Sissy, le grand romantique à la tête de l’Égypte, considère les FM suffisamment dangereux pour être inscrits parmi les organisations terroristes. Comme MBS, danseur étoile à l’Élysée mais boucher au pays, les juge dignes d’interdiction de territoire. Mais à Paris c’est open bar pour les beaux frères et leurs cousins.

Nos cousins qataris. Ah les cousins! Les réunions de famille seraient d’un ennui mortel sans eux. Quand le 7 octobre le Hamas commet l’innommable, tous les regards se tournent vers Doha, où dans l’un des palaces sont nourris, blanchis, logés les dirigeants du Hamas. Et évidemment grassement sponsorisés par nos généreux cousins. Et de Paris à Cannes on sait à quel point les cousins ne sont pas des pinces. Avec le dossier des otages, le Qatar devient l’interlocuteur au centre de toutes les négociations. C’est là où l’on peut penser que tout ce que l’on a cédé à ces crapules sur le sol français est un avantage pour récupérer les neuf malheureux détenus à Gaza. Pas du tout, nos diplomates prennent leurs tickets et patientent, comme tous les autres. Personne pour taper du poing sur la table de l’Emir, pour lui dire les otages ou la valise. Plus de vitrine diplomatique à Paris, réquisition de tous vos palaces et de tous vos avoirs… C’est peut-être de la diplomatie pour les nuls mais à un moment ça suffit. D’ici à ce que l’on apprenne qu’ils sont propriétaires, avec d’autres poètes, de la dette française…

Quel “rHamassis”. Malgré son sinistre bilan, la classe politique s’offre encore et toujours en spectacle. Toujours un peu plus lamentable, ils nous jouent la désunion nationale sur fond d’antisémitisme décomplexé, avec Jean-Marie Le Pen en vedette américaine. Ils exhument le best of de ses papinades pour se refaire une virginité politique à peu de frais. Papi est au centre de tous les débats. On l’aurait vu le 7 à la rave party, bande de Gaza. Problème, les témoignages divergent. Certains l’ont vu se déhancher sur le dance floor, d’autres l’ont vu rafaler le site via son ULM. Pauvre France…

Mais qui libérera LFI de Jean-Luc Mélenchon?

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François Ruffin sort du bois avec une infinie prudence. Il a peur. Élus LFI : encore un effort… et vous serez libres !


Le citoyen, sur aucun plan, ne doit s’enfermer dans une case qui le rendrait sourd et aveugle à tout ce qui n’est pas lui et ses préoccupations immédiates et strictement personnelles. De la même manière, par exemple, que le combat contre l’antisémitisme ne concerne pas que les Français juifs et que le procès d’Eric Dupond-Moretti devant la Cour de justice de la République devrait mobiliser bien au-delà de la magistrature, il me semble que, quoi qu’on pense sur le plan politique, ce qui se passe à gauche et à l’extrême gauche impose une curiosité, une inquiétude, voire une indignation de tous. Au point de faire oublier les propos ponctuels d’un Dominique de Villepin osant qualifier de « vengeance » la riposte nécessaire d’Israël et se présentant avec une impartialité toute relative puisque ses liens avec le Qatar – abritant les chefs du Hamas – sont avérés et ses intérêts bien connus. Il est clair que longtemps, la personnalité et l’intelligence tactique de Jean-Luc Mélenchon – et j’y inclus l’édification de la Nupes – ont été dominantes, incontestées, la rançon d’un caractère difficile étant de peu de poids par rapport à un actif considérable. Depuis quelques mois, le passif a pris largement le dessus à cause des déceptions politiques que Jean-Luc Mélenchon a subies, si loin de ses attentes et de ses espérances, de l’emprise de plus en plus forte de ses humeurs sur ses idées, d’une propension à la provocation prenant le pas sur la justesse de l’opinion, enfin de la constatation que l’inconditionnalité à son égard non seulement s’effritait mais se réduisait à un tout petit noyau dont, à l’exception de Manuel Bompard, la médiocre qualité était le point faible.

Le sadisme en politique

La Nupes est plus que fragilisée, tremblotante et on s’impatiente avec une sorte de sadisme pervers : qui lui portera le coup de grâce, qui aura le courage de tirer les conséquences irrémédiables de cette grave fracture partisane, des appréciations contradictoires sur le Hamas (terroriste ou résistant ?), de la barbarie du 7 octobre, de la légitime défense ou non d’Israël, des malheurs de Gaza et du mépris avec lequel M. Mélenchon traite la manifestation prévue le 12 novembre « pour la République et contre l’antisémitisme » ? Les craquements ont commencé bien en amont, presque d’emblée, avec Fabien Roussel dont l’intuition et l’empathie populaire avaient mesuré combien certaines attitudes et certains propos haineux (notamment contre la police) de Jean-Luc Mélenchon seraient préjudiciables à leur cause commune.

Les crimes de lèse-Mélenchon se multiplient

Pour tous ceux qui observent le délitement actuel de la Nupes, l’espoir tient dans la révolte d’une majorité au sein de LFI que la récente exclusion comme oratrice dans les débats parlementaires, durant quatre mois, de la députée Raquel Garrido[1] a mis pour le moins mal à l’aise.

La députée d’extrème gauche Raquel Garrido (LFI) à une manifestation pro palestinienne a Paris, 4 novembre 2023 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Elle a été notamment immédiatement soutenue par Clémentine Autain qui n’avait pas attendu cette dernière sanction pour à plusieurs reprises s’opposer à des orientations de LFI qu’elle jugeait mal avisées. Raquel Garrido a fait preuve, depuis quelques semaines, de ce qu’on peut appeler une intrépidité politique en s’en prenant sans fard à Jean-Luc Mélenchon ; au point de qualifier ses dernières interventions de nuisibles au mouvement. Crime de lèse-Mélenchon ! Quels qu’aient été, auparavant, le silence, l’abstention ou la connivence de Raquel Garrido et d’autres à propos d’épisodes choquants, il faut reconnaître son audace d’aujourd’hui. Ses réactions pugnaces et convaincantes à la suite de son exclusion l’ont confirmée. On ne peut que rendre hommage, au sein de LFI, à ces femmes députées qui font oublier Mathilde Panot et Danièle Obono… Un parti chassant les voix dissidentes se montre en position de faiblesse et l’ironie naît du contraste entre les grandes injonctions vertueuses de M. Mélenchon et la réalité si classiquement dominatrice de ses ripostes.

François Ruffin sort du bois avec une infinie prudence. Un pas en avant, un pas en arrière. Il s’affirme libre mais Jean-Luc Mélenchon, son ombre écrasante, son aura tempétueuse, lui font un peu peur. Il ne franchira pas encore le Rubicon. La meilleure preuve est qu’il n’a usé que d’ironie pour discuter l’ostracisme temporaire de Raquel Garrido. C’est peu et surtout il n’y a pas de risque.

Qui proclamera effectivement l’acte de décès de la Nupes ? Qui libérera LFI de Jean-Luc Mélenchon et saura ainsi permettre le retour d’une gauche et d’une extrême gauche nécessaires au paysage démocratique mais sans la haine ni la fureur de cette personnalité devenue étrangère à ce qu’elle avait pu avoir de remarquable, préférant le déluge avec elle à un futur serein et républicain sans elle ?


[1] https://www.causeur.fr/raquel-garrido-sanction-lfi-jean-luc-melenchon-269321

Le Hamas, fossoyeur de la Nupes?

Un crime contre l’humanité met la gauche au pied du mur. En étant incapable de dénoncer le terrorisme du Hamas, Jean-Luc Mélenchon place ses alliés dans une situation intenable: pour exister, le PS et le PC ont besoin de LFI, donc de ses électeurs, dont beaucoup applaudissent le discours du grand chef. LFI utilise comme prétexte la présence de Marine Le Pen, pour ne pas avoir à manifester contre l’antisémitisme dimanche.


Les principes sont toujours faciles à défendre quand ça ne coûte rien. Ainsi la gauche s’est-elle longtemps spécialisée dans la dénonciation d’un fascisme imaginaire où elle puisait sa bonne conscience. Elle était la gardienne de la promesse issue de la Seconde Guerre mondiale – plus jamais ça. La lutte contre le racisme et l’antisémitisme était son ADN.

L’union en soins palliatifs

Le pogrom du 7 octobre a fait voler en éclats toute cette belle construction. Confrontée à des crimes contre l’humanité, la gauche a semblé incapable de prendre la mesure de ce qui s’était passé. Et quand elle l’a prise, elle a eu pour le moins du mal à en tirer les conséquences en termes d’alliances. Devant des massacres dignes des nazis, LFI par la voix de son leader a renvoyé dos à dos juifs martyrisés et Hamas meurtrier, déclenchant l’entrée en soins palliatifs de la Nupes. Quant aux autres forces, elles ont eu du mal à imposer un narratif clair, prises dans une tension entre soutien historique à la cause palestinienne et horreur face aux exactions des nazislamistes. Agacé par les tergiversations de la direction du PS, un opposant à Olivier Faure s’emporte : « À cause de Mélenchon, la gauche passe pour le camp des donneurs de leçons hypocrites qui font passer les vils calculs électoraux avant le massacre de civils. Le PS a hésité à rompre et quand il a semblé le faire, c’était avec des mots que personne ne comprend. Moratoire La dernière fois que les Français ont entendu parler de moratoire, c’est Tariq Ramadan qui le proposait au sujet de la lapidation des femmes. Si ça continue, on ne retirera rien de notre rupture. La faillite est totale. »

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Du côté de la majorité du PS, on déplore que le vote du conseil national choisissant de suspendre l’alliance n’ait pas été unanime et le communiqué trop timoré. Un soutien d’Olivier Faure réagit : « Alors qu’un enjeu civilisationnel dépasse les questions électorales, pourtant un vote unanime aurait été une réponse forte et lisible, mais les bisbilles internes l’ont emporté sur la responsabilité politique. »

Mauvais traitements

Côté PCF, la porte a claqué plus nettement et la sortie de la Nupes a été parfaitement assumée. « Je le fais pour eux, je ne voudrais pas qu’ils se compromettent en s’asseyant à côté d’un nazi », a ironisé Fabien Roussel, récemment assimilé à Doriot par la volcanique Sophia Chikirou, dite « la femme du chef » dans les cercles autorisés de LFI. Mais derrière cette boutade, il y a des années d’insultes et de mauvais traitements accumulés. Souvenez-vous du « vous êtes la mort et le néant », décoché dans un texto par Jean-Luc Mélenchon à Pierre Laurent alors secrétaire national du PCF, durant les législatives de 2017. Vous l’aviez oublié ? Pas eux. Plus sérieusement, l’incapacité de la direction de LFI à dénoncer des actes terroristes a choqué des militants qui ont un rapport fort à l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, largement caviardée s’agissant de leur propre histoire d’ailleurs. Cependant, le pacte germano-soviétique ne saurait effacer le fait que nombre de militants communistes ont connu la déportation pour faits de résistance.

Chez Europe Écologie-Les Verts, le plus clair est Yannick Jadot : « Si on ne pose pas maintenant la question des valeurs à la direction des Insoumis sur un sujet aussi essentiel, alors nous ne le ferons jamais. » Finalement, la théorie des deux gauches irréconciliables de Manuel Valls se révèle plutôt pertinente. Que ce soit la question du crime contre l’humanité qui mette la gauche au pied du mur en dit long sur la nature et l’ampleur de la rupture. Pour autant, la situation est plus trouble qu’elle en a l’air.

D’abord, l’union à gauche est une mystique. Le mot fait rêver et n’a pas besoin d’être doté d’un contenu, comme l’observe, désabusé, un ancien élu socialiste : « C’est un positionnement à la Jean-Claude Dusse, en mode “sur un malentendu, ça peut marcher”, dans lequel on s’unit pour la victoire en espérant dépouiller son partenaire au coin du bois. À ce jeu, c’est le PS qui a plumé la volaille communiste. Il rêve de recommencer avec LFI. Il ne se rend pas compte que l’on a changé de monde et surtout que l’on n’a plus rien à dire au monde. LFI a choisi l’islamo-gauchisme, c’est triste mais au moins ils ont un discours et un public, nous on est paumés. »

Clientélisme communautaire

En conséquence, les ruptures sont tout sauf claires. EELV est dans le flou, le PS parle de moratoire, mais on voit bien que chacun dirige ses flèches sur Jean-Luc Mélenchon pour mieux épargner LFI. Le caractère violent, le goût de la conflictualisation, la parole brutale et l’absence de contrôle de soi du leader de la France insoumise deviennent la vraie cause du divorce. Au bout du compte, la question des principes est vite mise sous le tapis. Pour la bonne raison que, dépourvue de discours adapté aux classes moyennes et au monde du travail, la gauche est tributaire de la capacité de mobilisation des quartiers et du vote musulman. Or cet électorat est avant tout celui des Insoumis.

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Cela explique les appels du pied d’une partie de la gauche aux historiques de LFI marginalisés par Mélenchon. Ceux-là ont trouvé les mots pour condamner clairement les crimes du Hamas. C’est le cas de François Ruffin, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Manon Aubry, Clémentine Autain…

Il faut dire que l’équation est complexe : elle doit en partie sa survie électorale et ses bons résultats aux élections présidentielle et législatives à l’alliance avec les islamistes et au clientélisme communautaire. Mais la ligne qui en découle – discours antipolice, soutien aux émeutiers, justification de la violence politique – choque les Français qui désormais, considèrent que LFI est plus dangereuse que le RN pour la démocratie.

Pour le PS ou le PC, la question des alliances est devenue existentielle – ils jouent leur survie. Mais même en éliminant Jean-Luc Mélenchon du jeu, il reste un problème de fond : la stratégie électorale de LFI repose sur la reprise des éléments de langage et mots d’ordre des islamistes. Un discours massivement rejeté par une France qui a reconnu dans les tueurs du Hamas ceux du Bataclan, de Charlie, de Nice, de l’école Ozar Hatorah, de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

Photos d’identité

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Le tranchant Thierry Marignac nous parle de sa bâtardise, dans une autobiographie âpre, sans concession, retraçant une jeunesse en marge. Elle sort aujourd’hui en librairie.


Ça secoue ! Les virages nous arrivent en pleine face ; on ressent les moindres soubresauts de l’existence, le route est fracassée, piégeuse, mal bitumée, parfois on atterrit dans un fossé glaiseux et, par miracle, le pilote, ici l’écrivain, s’en sort, il arrive à s’extraire de cette mélasse, de ce fatum mal fagoté, la combinaison en sueur et en sang, avec cette hargne de chien errant, perclus et étonnamment toujours vivant. J’aime la littérature radicale, jamais apaisée, qui refuse l’absolution, quand la lame du rasoir vient à bout touchant de la carotide, quand les mots cognent à l’estomac, quand le sans-grade met K.O le normalien, quand l’ex-camé joue avec les lignes, quand « mourir d’enfance » tient lieu de cap, d’horizon, d’orgueil et de stigmates. L’autobiographie est un genre casse-gueule par nature, soit elle se complait sous une vague victimaire et elle fait rire, soit elle mélancolise le passé et elle ment outrageusement.

Auteur de haute volée

Thierry Marignac a choisi une forme de vérité, de sincérité désarmante sans être larmoyante, d’uppercut sec, d’une sécheresse qui, au fil des pages, inonderait, abonderait et déploierait une cartographie de l’intime, avec ses plats et ses dénivelés, toutes les traces d’un chaos en marche. Elle s’étale là, devant nous, dans toute sa violence et ses manques, sans pudeur, ni volonté de choquer, juste décrire les mécanismes de la fuite. Il y a la mère, la tante, le faux-frère, les demi-sœurs, le père d’emprunt qu’on combat pour survivre et puis, cet homme au pardessus qui apparaît, empêtré et qui sait, peut-être heureux, sur une photographie en noir et blanc, portant un nouveau-né dans les bras, en contrebas d’un pont et d’un fleuve noir. Voilà, le géniteur anonyme ! Le bonheur, la rédemption, la componction, tout ce bric-à-brac foireux pour écrivains encartés ne font pas partie du vocabulaire d’un Marignac dissident, bagarreur, réfractaire à l’ordre bourgeois mais incroyablement clinique dans ses coups. À bonne hauteur. Ne se donnant jamais un rôle sur ou sous-dimensionné dans l’enchaînement des événements depuis cette année 1958. Avec ce punch très plaisant, qui, à défaut d’être salvateur pour l’auteur, donne un souffle et une tension à son récit. Une dramaturgie non feinte. Une aigreur qui suinte. Une exigence d’écrivain, en somme.

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L’écriture de Marignac est portée par un staccato raide en apparence, tranchant sans aucun doute, il préfère la ligne droite aux circonvolutions et, cependant son autobiographie fourmille de détails, de dérivés, d’embardées littéraires ou politiques, de digressions essentielles qui nous mettent en présence d’un auteur de haute volée. On voit traverser dans ce paysage brumeux, les cortèges de gilets jaunes, la figure d’Edouard Limonov ou celle de Jérôme Leroy. Marignac tente de démêler les fils, de trouver un semblant d’explication dans les faits, les silences, les gestes qui ont précédé et succédé sa naissance, dans un fatras de non-dits et de meurtrissures. « Quand j’entendis parler pour la première fois de ma bâtardise à 18 ans, je ne savais pas faire pleurer dans les chaumières, il n’était déjà plus temps d’apprendre » écrit-il, dès les premières pages de Photos passées, son récit autobiographique qui paraît aujourd’hui à La Manufacture de Livres. Les fans du polardeux visionnaire et tempétueux, du traducteur délicat, du voyageur sans bagages, qui a un don certain pour les langues étrangères et les vérités cachées, doivent prendre la route avec lui. Le chemin n’est pas de tout repos.

Pas là pour nous instruire

À la fin, vous ne trouverez ni morale, ni génuflexion, encore moins d’accommodements mal taillés, vous aurez seulement navigué en littérature. Ce n’est pas si courant de nos jours, faire de sa vie, une œuvre ; de ses démons, non pas un exutoire pathétique plutôt un récit aux accents tantôt russes, tantôt new-yorkais, dans le Paris cramé des années 1980 et les coulisses de la presse écrite.

Chez Marignac, la quête d’identité n’a pas vocation à être didactique, à instruire le chaland, à lui donner des pistes, des raisons même infimes de continuer ou d’espérer, l’écrivain nous épargne les fadaises des résilients. J’en reviens à ma métaphore automobile du début, en fait, avec Marignac vous n’embarquez pas à bord d’un coupé Bentley suave et protecteur, vous grimpez plutôt dans une spartiate Lotus Super Seven au ras du sol, ferme et directe, celle-là même que conduisait Patrick McGoohan dans la série « Le Prisonnier », vous êtes le Numéro 6.  Et puis, vous absorbez les déboires et les succès d’un pigiste dans un monde jadis bipolaire et plus tard, les affres d’un écrivain dans une mondialisation sauvage. « J’ai toujours voulu écrire, même aux moments les plus glauques du nomadisme camé », avoue-t-il. En bouche, il vous reste le goût de ses saillies : « Notre dégoût, notre mépris de petits frères devant la morgue péremptoire des révolutionnaires d’hier, aujourd’hui dans le camp des nantis et des gestionnaires, était sans mesure », et cette photo sur la couverture du livre qui fige le temps.

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La réunion ministérielle de Séville, ou comment repeindre le sabordage de la politique spatiale européenne aux couleurs du succès…

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Ariane 5, Kourou, Guyane française 2016 © Stephane Corvaja/ESA/SIPA

À l’issue de la réunion de Séville des 6 et 7 novembre, la France renonce à son monopole et accepte qu’il y ait des concurrents à Ariane Espace


La réunion ministérielle organisée à Séville les 6 et 7 novembre pour décider du sort de la politique spatiale européenne portait bien mal son nom ! Ni Bruno Le Maire ni Sylvie Retailleau n’ont daigné y assister, ayant délégué pour cette tâche qui nécessitait un engagement majeur de la France le seul président du CNES. Cette absence de l’échelon politique au moment de vérité illustre, mieux que tous les discours, le délitement d’une grande ambition.  

Ariane, 50 ans de succès

Qu’on s’en souvienne : issu d’un accord intergouvernemental qui ne doit rien à l’Union européenne, le programme européen Ariane, lancé en 1973 par Georges Pompidou, avait une feuille de route des plus claire. Il s’agissait de donner à la France et à l’Europe les moyens de mettre en orbite ses satellites sans dépendre des autres puissances spatiales. Le 24 décembre 1979, la fusée Ariane 1 effectuait ainsi son vol inaugural depuis le Centre de Kourou dont la localisation privilégiée à proximité de l’équateur assure une plus grande vitesse au lancement et offre à l’Europe un avantage comparatif considérable.  

Le chemin du succès était tracé. De 1986 à 1996, quatre versions d’Ariane ont été développées par ArianeGroup pour aboutir à la version Ariane 5 qui a conquis la moitié du marché mondial du lancement des satellites de télécommunications en orbite géostationnaire. Pendant cinquante ans, Ariane a été une formidable vitrine du savoir-faire français et européen. Grâce à elle, la France, les Européens et leurs clients du monde entier ont pu contourner « l’amicale pression » de Washington et procéder librement à la mise en orbite de satellites sans devoir s’adresser pour autant à Moscou ou à Pékin. Vecteur fondamental d’indépendance stratégique et politique, Ariane est devenue aussi un outil de construction d’un monde multipolaire.

Ces dix dernières années, la situation a considérablement évolué : après que François Hollande a fait le choix en 2014 de ne pas investir dans le réutilisable et l’amélioration d’Ariane 5, l’Europe a pris du retard, au point de se retrouver aujourd’hui sans Ariane 6 capable de lancer les satellites de la constellation Galileo. Or, c’est à Galileo que revient la mission d’assurer l’indépendance française et européenne vis-à-vis du système américain GPS dont le signal peut être dégradé, voire désactivé à tout moment par décision unilatérale des Etats-Unis. Sur ce sujet central, on attendait de la réunion ministérielle de Séville qu’elle tranche entre deux options : soit s’en remettre à l’américain Space X d’Elon Musk pour lancer quatre satellites sécurisés indispensables aux télécommunications des armées européennes, soit retarder durablement la mise en œuvre de Galileo jusqu’à ce qu’Ariane 6 soit prête, possiblement à partir du printemps 2024. Par un curieux retournement de l’histoire, c’est Thierry Breton, commissaire européen au Marché intérieur, qui a officialisé le choix de recourir pour 180 millions d’euros aux services d’Elon Musk et de Space X pour le lancement de quatre satellites du système Galileo. À ce stade de l’échec européen, une ambiguïté, et non des moindres, demeure encore à lever : le choix américain étant fait et assumé, son caractère transitoire jusqu’à l’opérationnalisation d’Ariane 6 a-t-il au moins été entériné ?

Un accord de dupes au détriment des Français ?

Derrière les rideaux de fumée de l’autosatisfaction, les résultats de Séville ne manquent pas en réalité d’interroger. Qu’en est-il de la pérennité de la préférence européenne incarnée depuis 1973 par Ariane et plus largement de la pérennité de l’aventure spatiale européenne en tant que telle ? L’accord du 7 novembre confirme bien le principe d’une nouvelle tranche de financement public pour Ariane 6, jusqu’à 340 millions d’euros annuels et ce jusqu’au 42ème tir prévu en 2029. Cependant, la moitié de ce coût sera supportée par la France, alors même que les incertitudes techniques continuent de planer sur l’opérationnalisation du porteur. En contrepartie de cette « victoire française », l’ouverture à la concurrence dès 2025 pour les petits lanceurs et à partir de 2028 pour le marché des gros lanceurs amène à poser clairement l’hypothèse, hélas vraisemblable, d’un accord de dupes. La France a donc été autorisée à s’acquitter de 125 millions d’euros par an pour un projet dont nul ne sait s’il parviendra à assurer dans les temps la feuille de route qui lui est assignée, obérant au passage ses capacités de financement sur le segment prometteur des petits lanceurs comme Maïa. Si ArianeGroup est sauvé à court terme, il se retrouve avec un horizon de quelques courtes années, incapable de se passer de financement public et sans perspective quant à sa sortie du tunnel. L’ouverture à la concurrence rendra automatiquement caduque la direction des lanceurs du CNES et son équivalent de l’ESA, au bénéfice des intérêts allemands et italiens. Quant à la possibilité d’accroître le niveau pourtant fort limité de retombées économiques et industrielles du spatial pour la Guyane, région ultrapériphérique de l’Union européenne, cette question n’a pas fait l’objet de la moindre décision. Le reste, comme le chantait Dalida, n’est que paroles… Ainsi, la mise sous les projecteurs d’un projet de vaisseau de transport spatial nécessite des moyens qui font aujourd’hui défaut et qui renvoient cette conclusion de Séville à un Happy End irénique permettant au vaincu d’arborer un sourire de commande.  

En vérité, payant le prix fort de ses choix erronés d’une décennie avec une dépendance cruelle à l’égard de l’Amérique en matière de lanceurs lourds, aveuglée par l’incantation d’un « couple franco-allemand » qui n’existe que dans ses rêves, comme la rupture brutale par Angela Merkel de l’accord spatial de Schwerin en a administré la preuve en 2017, aimantée par la conviction que le marché constitue la planche de salut de la politique spatiale et la voie naturelle de consolidation de la Startup nation, la France d’Emmanuel Macron aura signé sous le soleil andalou l’acte de décès programmé d’une ambition nationale et continentale. « Rien n’est plus vivant qu’un souvenir » écrivait déjà Federico Garcia Lorca…

Ce qu’a vraiment dit Nasrallah: les Israéliens ont massacré les Israéliens!

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Des Irakiens suivent une retransmission du discours de Hassan Nasrallah, 3 novembre 2023, Basra © Nabil al-Jurani/AP/SIPA

Faire le tri dans les propos de Hassan Nasrallah est une manière de lui donner un vernis d’intelligence supérieure, sans remarquer que les contre-vérités qu’il assène polluent encore davantage et efficacement les esprits arabophones. Alors, oui : voyons tout ce qu’a vraiment dit le chef du Hezbollah.


Son Éminence, comme l’appellent ses partisans, est une figure absolutiste qui n’a son pareil qu’en Iran en la personne du Guide Suprême. Secrétaire général du Hezbollah, « Seigneur de guerre » et chef de fait d’un groupe parlementaire libanais, il a acquis un ample auditoire dans le monde musulman, chiite comme sunnite, vers lequel il distille des messages de mort envers les Juifs. Le 3 novembre, il a livré au monde son explication de l’opération « Déluge d’Al Aqsa » du 7 octobre, durant une heure et 20 minutes[1]. Le Moyen-Orient était pendu à ses lèvres. Les Occidentaux ont également écouté, non sans inquiétude.

Certains aspects de son discours, restés généralement sans commentaire dans la presse, nous éclairent sur sa pensée. Ils témoignent de la notion d’« ambiguïté stratégique », où l’on n’annonce jamais clairement l’ensemble de ses plans. Cette guerre contre l’entité sioniste se gagnerait en marquant suffisamment de points, donc nul besoin de faire face à toute la puissance de l’ennemi en un seul coup, dit-il. La marine américaine ne lui fait pas peur non plus, car il a les moyens de la détruire – un bluff assez creux. Enfin, il se surpasse lorsqu’il estime que les Juifs sont des colonisateurs venus des diasporas, mais dont AUCUN ne mourrait jamais pour sa patrie.

Ainsi ses inanités sur les Israéliens montrent si besoin était que Nasrallah dirige une vaste secte dont les analyses perdent en pertinence et en efficacité à mesure que l’idéologie théocratique domine. Il ne sait visiblement pas comment pensent les Israéliens ni les Américains, mais prétend crânement les décrypter avec aisance.

Une faille dans l’analyse occidentale

Il s’est surpassé cependant, ce 3 novembre, lorsqu’il a proclamé que les actes barbares commis contre les Israéliens autour de Gaza étaient commis par nul autre que l’armée israélienne elle-même ! Traduisons mot à mot, depuis l’anglais, vers la 27e minute de son discours, selon la traduction directe de la chaîne Al Jazeera:

« Comment l’ennemi a-t-il réagi à l’Opération Déluge d’Al Aqsa ? Dès les premières minutes, l’ennemi était visiblement perdu, égaré. Vous savez, c’est le jour du sabbath et donc le moment idéal choisi par les commandants d’Al-Kassam (la force armée du Hamas). Il paraît qu’ils (les Israéliens) ont passé une longue nuit de beuveries, non seulement dans l’enveloppe de Gaza mais également à Tel Aviv et Jérusalem. Il leur a fallu des heures pour émerger, et ils sont sortis dans un état d’hystérie, de rage, de façon folle. C’est ainsi que lorsqu’ils ont repris la colonie dans l’enveloppe de Gaza, c’est eux qui ont commis des massacres dans les colonies israéliennes, et non le Hamas. Et maintenant nous parviennent des rapports et enquêtes qui permettent de prouver que ce sont les Israéliens qui ont commis les tueries parmi les colons. Dans un futur proche, lorsque le brouillard se sera dissipé, le monde entier apprendra que toutes les personnes tuées dans l’enveloppe de Gaza ont trouvé la mort aux mains de l’armée israélienne agissant de manière insensée. »

A ne pas manquer, notre numéro spécial: Causeur: Octobre noir. Du Hamas à Arras, l’internationale de la barbarie

Dans la quasi-totalité de la presse internationale, et des agences de presse, nulle part ce passage n’est relevé. Ni d’ailleurs l’autre passage sur les Juifs, qui « jamais ne se sacrifient pour leur pays – en connaissez-vous un seul ? Non, aucun, pas un seul. »

Et voici une faille dans l’analyse occidentale. Les chercheurs et commentateurs ignorent généralement ces phrases idéologiques prononcées par des chefs de parti et de milices meurtrières. Ces mots seraient trop insignifiants pour des analystes sérieux, estime-t-on dédaigneusement. Toujours selon les analystes occidentaux, ce genre de déclaration n’est pas le vrai message, ce n’est pas ce qui nous intéresse, c’est du bla-bla servant à impressionner les sympathisants fanatisés. Voilà comment l’on se dispense de soupeser ces paroles. Or l’on oublierait que ces leaders d’opinion influencent des millions de gens. Peut-on prétendre que Hassan Nasrallah est un fin stratège et brillant analyste, tout en le dédouanant du poids de ces contre-vérités flagrantes et crues ? Je rencontre souvent  des personnes de bonne volonté, Arabes pour une grande part mais sans exclusive, qui pensent que les militaires israéliens ont tué leurs compatriotes, ne serait-ce qu’accidentellement, et que l’accident vient de la négligence quasi délibérée de l’establishment israélien.

Les plans fous du « Seigneur de guerre »

Si l’on considère que Nasrallah est brillant, alors notons TOUT ce qu’il a dit. Il ne veut pas charger frontalement contre Israël, car il agit dans une guerre qui se joue aux points, dit-il. En accréditant la thèse des militaires israéliens ivres de sang et d’humiliation, venus déverser leur rage sur les habitants qui ne se seraient pas assez défendus, Nasrallah marque des points dans les esprits arabes, du moins doit-on le supposer.  Pour les Occidentaux, il y a toujours la possibilité de marquer des points en sens inverse, mais l’envie n’est pas très forte à l’Ouest. Nasrallah s’ingénie à la destruction de la notion même de terrorisme, en estimant que c’est uniquement l’État néocolonial israélien ou américain qui font cela et par conséquent aucun groupe révolutionnaire ne saurait être accusé de barbarie, c’est l’orgueilleuse mais lâche armée israélienne qui tue de manière indiscriminée, Palestiniens comme Juifs d’Israël. Ces propos méritent aussi d’être jetés dans la balance. Car son Éminence esquisse le portrait de Juifs comme êtres quasi-cannibales et lâches, actionnés par les États-Unis.

Les absurdités de son raisonnement sont claires : les États-Unis contrôlent Israël, mais le Hamas militaire (terroriste) agit à l’insu du Hamas politique, du Hezbollah, du régime iranien… Le Hamas ne tue aucun bébé et ne commet aucun acte barbare, Israël tue à Gaza mais supplicie également les Juifs autour de Gaza…

Songeons à ce qu’affirment de nombreux analystes spécialisés dans le totalitarisme ou les dictateurs : ces autocrates disent ce qu’ils vont faire et ils le font. Admirable ! devrait-on dire. Mais alors Nasrallah a plusieurs fois espéré tuer tous les Juifs en Israël, tous les Juifs dans le monde, et souhaité que tous les Juifs puissent faire leur alya afin qu’ils puissent être tués en un seul endroit. Pour ceux qui admirent la clarté des dictateurs, le discours du 3 novembre signifiait bien davantage qu’un simple report de l’intervention du Hezbollah dans la guerre actuelle. C’est un plan d’extermination, livré en épisodes. Nasrallah parlera le 11 novembre, la journée des martyrs, mais sauf surprise, l’essentiel a déjà été dit dans cette phase de la guerre.


[1] https://www.causeur.fr/aux-palestiniens-de-bons-baisers-de-beyrouth-269102

Marche contre l’antisémitisme: ira, ira pas?

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© Lafargue/POOL/SIPA

Et à quand une « grande marche civique » contre l’islamisme ? se demande notre chroniqueur


Debout la France

Le monde politique assoupi a-t-il enfin mesuré le danger représenté par l’islam conquérant ? Un manque de courage empêche encore de désigner clairement l’ennemi. Certes, il faut saluer l’initiative de la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, et du président du Sénat, Gérard Larcher, d’une « grande marche civique », dimanche, « contre l’antisémitisme ». Les deux représentants du parlement expliquent leur démarche ce mercredi dans Le Figaro[1] : ils évoquent « la République en danger » depuis « l’attaque terroriste » du Hamas contre Israël le 7 octobre, qui a suscité en France une multiplication d’actes anti-juifs (plus d’un millier en un mois, soit deux fois plus que durant l’année 2022). Il faut cependant attendre le quatrième paragraphe du texte commun pour lire : « Notre laïcité doit être protégée, elle est un rempart contre l’islamisme ». Est-il si compliqué de parler plus directement de « terrorisme islamiste » ? Est-il si dangereux d’appeler à une marche des citoyens en nommant explicitement « les porteurs de haine »? Cela fait quarante ans que la République bonne fille est tétanisée à l’idée d’être accusée d’islamophobie ou de racisme dans la dénonciation des dérives totalitaires de l’islam politique.

A lire aussi: De Faurisson à Mélenchon, la vérité si je mens!

Les présidents de l’Assemblée et du Sénat assurent que les parlementaires « ne peuvent se taire » et « doivent résister » : se réjouir de cet engagement. Reste que ce monde politique, qui s’affole des désastres créés par son endormissement, se garde de reconnaître ses graves responsabilités dans l’incrustation d’une judéophobie portée par une immigration musulmane sacralisée par la droite et la gauche.

Jean-Marie Le Pen avait son « détail », Mélenchon a son « prétexte » 

La participation annoncée du Rassemblement national à cette marche citoyenne – « une première », comme l’a rappelé Louis Aliot (RN) mercredi sur Europe 1 – est une autre manière de faire comprendre qui sont les amis d’Israël et des Juifs et qui sont, par leur absence déjà revendiquée, les collaborateurs de la cause islamiste. La nouvelle photographie politique se lira au vide laissé par ceux qui auront choisi, par électoralisme diversitaire, de soutenir fanatiquement la cause palestinienne déshonorée par l’indicible barbarie djihadiste du Hamas. Jean-Luc Mélenchon, non content d’avoir fait sanctionner pour insoumission la députée (LFI) Raquel Garrido[2] comme aux plus belles heures du stalinisme, a ainsi justifié par tweet sa rupture : « Dimanche, manif de « l’arc républicain » du RN à la macronie de Braun-Pivet. Et sous prétexte d’antisémitisme, ramène Israël-Palestine sans demande de cessez-le-feu. Les amis du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous ». Jean-Marie Le Pen avait son « détail », Mélenchon a son « prétexte » : de mêmes signaux qui entretiennent l’antisémitisme d’atmosphère constitué désormais, presque exclusivement, par la haine anti-juive de la culture islamique. Ceux du chœur des effarés qui ont  accusé les « populistes » d’antisémitisme ont en réalité craché sur des lanceurs d’alerte. Honte à eux.


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/politique/l-appel-de-gerard-larcher-et-yael-braun-pivet-pour-la-republique-et-contre-l-antisemitisme-marchons-20231107

[2] https://www.causeur.fr/raquel-garrido-sanction-lfi-jean-luc-melenchon-269321

Face au retour de l’obscurantisme et de la soumission des hommes, refuser l’arbitraire

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La journaliste Céline Pina © Bernard Martinez

Le livre d’Aurélien Marq nous apporte des clés philosophiques pour penser le choc de civilisations que beaucoup redoutent.


Quand j’ai reçu les épreuves du livre d’Aurélien Marq pour en écrire la préface, je visitais les plages du débarquement de Normandie avec mes enfants. Aujourd’hui que je dois en faire la recension, nous sommes après une tragédie atroce, celle du 7 octobre, où des islamistes ont montré très concrètement que les nazis avaient des héritiers et successeurs et que les horreurs antisémites recommençaient.

Dans les allées du cimetière de Colleville-sur-Mer, j’ai expliqué à mes enfants que l’on voyait bien, dans la jeunesse de ces vies fauchées, dans leur nombre, le prix que coûtent la lâcheté et le déshonneur. Mais cet été encore, je pensais qu’eux n’auraient pas à payer de prix. La faiblesse face à l’Allemagne nazie a détruit des vies par dizaine de millions. Mais cet été encore, je pouvais encore dire que ces morts n’avaient pas été vaines et qu’elles nous avaient légué une conscience humaniste plus forte, que face à l’horreur des camps, s’était élevé un « plus jamais ça » qu’il nous appartenait de rendre réel.

Nouvelle menace

Aujourd’hui je sais que nous avons échoué. L’antisémitisme est de retour. Et si la plupart d’entre nous rejettent le terme de guerre de civilisation face au chaos qui semble gagner ce monde, c’est parce que l’on pense être du côté des perdants. Aurélien Marq, lui, assume le fait que nous assistions à la montée des lignes de fractures qui montrent que deux visions du monde et de l’homme s’affrontent. Celle, universaliste et humaniste, qui a donné naissance à la démocratie et qui mise sur le libre arbitre, la raison et le logos et celle autoritariste qui vise à soumettre l’homme et à le dépouiller de toute autonomie pour en faire la simple partie interchangeable d’un Tout. C’est exactement ce que refuse Aurélien Marq. À travers Refuser l’arbitraire, c’est une voie vers l’avenir qu’il propose, une voie qui parle de la noblesse du courage et de la nécessité de la lutte, une voie qui rappelle que nous avons dans notre culture des ressources qui nous arment contre le retour de l’obscurantisme et de la soumission des hommes.

A lire aussi, du même auteur: Le Hamas, fossoyeur de la Nupes?

Il nous dit aussi autre chose : combattre, comme l’ont fait ces soldats, ces héros de la seconde guerre mondiale, c’est être prêt à mourir certes, mais c’est aussi être prêt à tuer. Le sacrifice est une dimension du combat, mais on ne se bat pas pour se sacrifier. Il reste une question lancinante : pour quoi serais-je prête à me battre mais aussi pour quoi serais-je prête à ce que mes enfants risquent leur vie ? Pour quoi serais-je prête à ce que mes enfants tuent ? Que penserais-je, que ressentirais-je, si aujourd’hui mes enfants portaient l’uniforme de Tsahal et partaient combattre, c’est-à-dire tuer et peut-être mourir, pour empêcher que se reproduise le déchaînement de sadisme auquel s’est livré le Hamas le 7 octobre ? Je déteste devoir me poser ces questions. Je les fuis. Je vomis le monde qui m’oblige à me les poser et les politiques qui nous ont mis dans cette situation. Il n’en reste pas moins que ces questions sont là. Tenaces, insistantes, réelles. Que derrière ces questions encore abstraites, il y a à Israël et à Gaza des morts, elles, bien réelles. Dans ce livre, Aurélien Marq montre que l’évolution de nos sociétés rend ces questions urgentes. Et l’actualité ne lui donne par tort, hélas. Il propose donc des pistes pour y répondre, pour regarder en face les réalités les plus dures sans perdre ni courage ni espoir.

Un appel à défendre notre civilisation

Et pour y arriver, le livre passe par une forme de méditation philosophique qui convoque Socrate, Mencius en passant par Arnaud Beltrame. Des premiers chants d’Homère au wokisme, les références sont multiples, à la fois classiques et actuelles. Réflexion sur la dignité humaine face au consumérisme, sur la beauté face aux évolutions de l’art post-moderne, sur la vérité et le débat intellectuel face à la tentation de la censure, sur la cohésion nationale face à une délinquance de plus en plus violente, le livre ne pose pas le simple constat de notre décadence, c’est surtout un recueil de propositions concrètes pour réformer l’Etat et pour agir en tant que citoyens.

Déclaration d’amour à la civilisation européenne et à sa décence commune, aux hommes et aux femmes qui l’ont faite, des plus célèbres aux plus humbles, ce livre est un appel à défendre cette civilisation. Pas seulement parce qu’elle est la nôtre, mais parce qu’elle a apporté au monde des choses uniques et précieuses, au premier rang desquelles la liberté de conscience, l’abolition de l’esclavage, le raisonnement scientifique, l’égalité en droit… Parce que malgré ses erreurs et ses fautes, cette civilisation à la fois gréco-romaine et judéo-chrétienne cherche à trouver un moyen de faire grandir les hommes, de les gouverner et de forger le lien citoyen à travers la quête du Juste, du Vrai, du Beau et du Bien. Elle a encore beaucoup à offrir au monde, aux hommes et à chacun d’entre nous.

Le 7 octobre nous a fait basculer dans un monde nouveau. La barbarie est là, elle s’est déchainée en Israël. Elle monte en Europe et se traduit par l’explosion des crimes antisémites et les menaces qui pèsent sur notre quotidien. Dans ce clair-obscur où naissent les monstres et où se fabriquent les narratifs qui les revêtent de peaux de moutons, le livre d’Aurélien Marq m’apparaît encore plus pertinent que lorsque je l’ai découvert. Refuser l’arbitraire nous oblige à nous poser des questions essentielles et appuie là où cela fait mal – tout en nous rappelant qu’il n’y a pas de fatalité au déclin, et que nous sommes riches d’une immense tradition dans laquelle nous pouvons puiser de quoi nous réarmer moralement et intellectuellement.

« Refuser l’arbitraire: Qu’avons-nous encore à défendre ? Et sommes-nous prêts à ce que nos enfants livrent bataille pour le défendre ? », Aurélien Marq, FYP éditions, 348 pages.

Allocations pour les étrangers: cet amendement voté passé inaperçu

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Bruno Retailleau (LR) au Sénat lors des débats sur la loi immigration, Paris, 6 novembre 2023 © Jacques Witt/SIPA

Les temps changent et le diable a changé de camp. Mardi soir, lors de l’examen du projet de loi immigration, le Sénat a fait passer un amendement visant à conditionner les allocations familiales à cinq ans de résidence sur le territoire – contre six mois actuellement. La sénatrice socialiste, Laurence Rossignol, a accusé la majorité sénatoriale d’organiser « la pauvreté des enfants ».


Les allocations pour les étrangers : voilà un sujet qui divise depuis fort longtemps.

Mardi soir, au Sénat, entre la poire de l’AME et le fromage de l’article 3 – dont tout le monde a abondamment parlé – un amendement des LR est finalement passé assez inaperçu. Pendant que les chefs de LR négociaient la suppression du nouveau titre de séjour pour les métiers en tension, la sénatrice du Val-d’Oise Jacqueline Eustache-Brinio défendait de son côté un amendement très restrictif.

Il concerne les prestations non contributives, c’est-à-dire les allocations ne correspondant pas à une cotisation : allocations familiales, APL etc.

Pour les percevoir, un étranger en situation régulière devra justifier de cinq ans de résidence – ce qu’on appelle un « délai de franchise » pour bénéficier de la solidarité nationale…

Darmanin d’accord

En mission-séduction des LR pour éviter le 49-3 sur sa loi, le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin délivre alors un « avis de sagesse », ce qui signifie qu’il ne s’y oppose pas – sauf pour l’allocation handicapé. Bel exercice de « en même temps » pour le ministre. Au Sénat, j’embrasse ma droite, à l’Assemblée nationale, je courtise ma gauche…

A lire aussi, Aurélien Marq: Un ministre de l’Intérieur bien vantard…

L’amendement est finalement adopté. Et sur X, on observe beaucoup de commentaires approbateurs des citoyens, même si les internautes savent bien que la mesure ne passera pas le barrage de la gauche macroniste à l’Assemblée. Les sénateurs LR et le ministre le savent aussi, il y a donc dans cette affaire beaucoup de Comedia dell Arte.

Sur le fond, est-ce une bonne mesure ?

Si maîtriser nos frontières semble de plus en plus chimérique dans le cadre des traités européens, rendre la France moins attractive reste la seule solution pour endiguer concrètement les flux. La France peut jouer sur les pompes aspirantes, ces dispositifs qui poussent des gens à venir dans notre pays.

D’ailleurs, la preuve que c’est une bonne mesure, c’est que le braillomètre des immigrationnistes s’emballe ! On organise la pauvreté des enfants, on s’en prend à des malheureuses familles, a-t-on entendu. Autrement dit, pour tout ce petit monde, il serait bien légitime de faire venir en France des familles dont la survie dépend de l’argent public ! Sauf que la majorité des électeurs, même à gauche, ne veut désormais plus accueillir des gens qui ne travaillent pas ou peu, et qui, de plus, parfois, détestent la France.

Si cet amendement ne sera pas retenu dans la future loi, cet épisode est révélateur : les temps changent. Il y a 30 ans, quand le Front national proposait ce genre de mesures, rappelez-vous le haut-le-cœur général. À l’époque, Laurent Fabius avançait que le FN posait de bonnes questions auxquelles il apportait de mauvaises réponses. Et dans la foulée, la gauche morale avait interdit toute question sur l’immigration. En 2007 encore, l’affaire des tests ADN pour contrôler l’identité des migrants enflammait Saint-Germain-des-Prés, et Sarkozy reculait. Aujourd’hui, il y a un grand changement et un consensus sur l’objectif : tout le monde souhaite une réduction drastique de l’immigration et la maîtrise des flux. Même Guillaume Meurice n’oserait plus parler de « chances-pour-la-France », enfin, peut-être.

Bien sûr, une grande partie de la classe politique continue à se signer sur l’extrême droite. Y compris Madame Borne. N’empêche. L’amendement qui aurait autrefois été qualifié de scélérat n’a pas fait la une des médias. Et malgré le concours de mines outragées sur le thème « défiler avec Le Pen jamais », Marine Le Pen marchera vraisemblablement dimanche contre l’antisémitisme. Les électeurs ont tranché. Comme le dit mon camarade de Causeur Jean-Baptiste Roques: le RN fait partie du camp républicain. Le diable a changé de camp. Désormais, il s’habille en rouge.

Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio.

Retrouvrez Elisabeth Lévy du lundi au jeudi dans la matinale

Dites-le avec des fleurs

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©Martin Pimentel

Dans le 18ᵉ arrondissement, un massif floral délivre un important message.


On ne réside pas impunément dans la circonscription d’Aymeric Caron ! Votre serviteur en a encore fait l’expérience ces derniers jours. En baguenaudant dans les allées du square Serpollet (qui porte le nom de l’industriel, Léon Serpollet, 1858-1907, le père du tricycle et de l’automobile à vapeur), sis entre les rues des Cloÿs et Marcadet, son regard est attiré par un massif de fleurs plus soigné que les autres. Sur un cartel placé à côté, on peut lire : « Dans le massif de fleurs de couleurs rouge, orange et jaune se cache une symbolique puissante qui représente la colère de la Nature elle-même. Au centre un petit volcan couvert de plantes est apparu. Ces plantes aux floraisons et feuillages flamboyants évoquent les flammes ardentes et la lave incandescente. Autour de ce volcan, se dressent des mains réalisées en tronc d’arbre symbolisant la force et le pouvoir de cette colère. »

A lire aussi, du même auteur: Une « loi Gayssot » contre les climatosceptiques? Vivement demain!

Poétique ! Seulement voilà, même si les jardiniers qui ont réalisé ce massif dans le cadre d’un concours sont payés par la Ville, et que les socialistes Anne Hidalgo ou Éric Lejoindre n’ont vraiment rien en commun avec ces extrémistes de LFI, il semble que l’idéologie écologiste radicale ait quand même gagné quelques cerveaux. « Le massif incarne la couleur des émotions de la Nature, en particulier sa colère. Il nous invite à réfléchir sur nos actions et à adopter des comportements plus respectueux », conclut le panneau moralisateur, après avoir expliqué qu’évidemment les fleurs rouges « représentent […] la colère accumulée de la Nature face aux maltraitances qui lui sont infligées. C’est un rappel visuel frappant de la nécessité de prendre conscience de l’impact de nos actions sur l’environnement. »

Autour de moi, les enfants jouent sans y prêter grande attention, et le joli massif ne remporte malheureusement pas de prix. Plus d’un siècle après Serpollet, ses compatriotes médiocres ont élu un ancien journaliste chez Ruquier, peu porté sur la science, qui a créé un mouvement pour défendre la cause des moustiques avant de rejoindre les rangs du parti de Mélenchon. Notre ancêtre rit peut-être dans sa moustache, lui qui n’a pas connu l’abandon de la vapeur pour les automobiles avant sa mort.

À 95 ans, J-M Le Pen saute en parachute sur Gaza!

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Des Palestiniens fuient vers le sud de la bande de Gaza, 8 novembre 2023 © Hatem Moussa/AP/SIPA

C’est peu ou prou ce que pourrait croire un citoyen français, mal informé, qui sentant que le monde qui l’entoure va mal, allume sa télé pour savoir ce qu’il en est vraiment. Et dans la foulée, il en apprend de bonnes sur les pratiques perverses des dirigeants français, européens, en matière de soumission, de complicité affairiste avec les pires crapules de la planète. Les initiés savaient, maintenant tout le monde sait. Pour le coup, une affaire de famille.


Nos Frères Musulmans. Du pogrom en Israël aux décombres de Gaza remontent des informations qui n’ont jamais été portées à la connaissance des citoyens, des électeurs. Les Frères Musulmans, tuteurs du Hamas, qui ont pignon sur rue à Paris depuis un bail, émettent sur tout le territoire leur bande FM prosélyte sur les fonds publics de l’État, de l’UE, de l’Iran, du Qatar… bref une liste longue comme une marche blanche après un des attentats commis par une de leurs nombreuses franchises. On apprend aussi que mon colonel Sissy, le grand romantique à la tête de l’Égypte, considère les FM suffisamment dangereux pour être inscrits parmi les organisations terroristes. Comme MBS, danseur étoile à l’Élysée mais boucher au pays, les juge dignes d’interdiction de territoire. Mais à Paris c’est open bar pour les beaux frères et leurs cousins.

Nos cousins qataris. Ah les cousins! Les réunions de famille seraient d’un ennui mortel sans eux. Quand le 7 octobre le Hamas commet l’innommable, tous les regards se tournent vers Doha, où dans l’un des palaces sont nourris, blanchis, logés les dirigeants du Hamas. Et évidemment grassement sponsorisés par nos généreux cousins. Et de Paris à Cannes on sait à quel point les cousins ne sont pas des pinces. Avec le dossier des otages, le Qatar devient l’interlocuteur au centre de toutes les négociations. C’est là où l’on peut penser que tout ce que l’on a cédé à ces crapules sur le sol français est un avantage pour récupérer les neuf malheureux détenus à Gaza. Pas du tout, nos diplomates prennent leurs tickets et patientent, comme tous les autres. Personne pour taper du poing sur la table de l’Emir, pour lui dire les otages ou la valise. Plus de vitrine diplomatique à Paris, réquisition de tous vos palaces et de tous vos avoirs… C’est peut-être de la diplomatie pour les nuls mais à un moment ça suffit. D’ici à ce que l’on apprenne qu’ils sont propriétaires, avec d’autres poètes, de la dette française…

Quel “rHamassis”. Malgré son sinistre bilan, la classe politique s’offre encore et toujours en spectacle. Toujours un peu plus lamentable, ils nous jouent la désunion nationale sur fond d’antisémitisme décomplexé, avec Jean-Marie Le Pen en vedette américaine. Ils exhument le best of de ses papinades pour se refaire une virginité politique à peu de frais. Papi est au centre de tous les débats. On l’aurait vu le 7 à la rave party, bande de Gaza. Problème, les témoignages divergent. Certains l’ont vu se déhancher sur le dance floor, d’autres l’ont vu rafaler le site via son ULM. Pauvre France…

Mais qui libérera LFI de Jean-Luc Mélenchon?

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Le 7 novembre sur la radio publique, la députée de Seine-Saint-Denis Clémentine Autain se dit "atterrée" par la mise en retrait pour quatre mois de Raquel Garrido du groupe parlementaire. "On ne règle pas des divergences politiques par des sanctions bureaucratiques" avance-t-elle. D.R.

François Ruffin sort du bois avec une infinie prudence. Il a peur. Élus LFI : encore un effort… et vous serez libres !


Le citoyen, sur aucun plan, ne doit s’enfermer dans une case qui le rendrait sourd et aveugle à tout ce qui n’est pas lui et ses préoccupations immédiates et strictement personnelles. De la même manière, par exemple, que le combat contre l’antisémitisme ne concerne pas que les Français juifs et que le procès d’Eric Dupond-Moretti devant la Cour de justice de la République devrait mobiliser bien au-delà de la magistrature, il me semble que, quoi qu’on pense sur le plan politique, ce qui se passe à gauche et à l’extrême gauche impose une curiosité, une inquiétude, voire une indignation de tous. Au point de faire oublier les propos ponctuels d’un Dominique de Villepin osant qualifier de « vengeance » la riposte nécessaire d’Israël et se présentant avec une impartialité toute relative puisque ses liens avec le Qatar – abritant les chefs du Hamas – sont avérés et ses intérêts bien connus. Il est clair que longtemps, la personnalité et l’intelligence tactique de Jean-Luc Mélenchon – et j’y inclus l’édification de la Nupes – ont été dominantes, incontestées, la rançon d’un caractère difficile étant de peu de poids par rapport à un actif considérable. Depuis quelques mois, le passif a pris largement le dessus à cause des déceptions politiques que Jean-Luc Mélenchon a subies, si loin de ses attentes et de ses espérances, de l’emprise de plus en plus forte de ses humeurs sur ses idées, d’une propension à la provocation prenant le pas sur la justesse de l’opinion, enfin de la constatation que l’inconditionnalité à son égard non seulement s’effritait mais se réduisait à un tout petit noyau dont, à l’exception de Manuel Bompard, la médiocre qualité était le point faible.

Le sadisme en politique

La Nupes est plus que fragilisée, tremblotante et on s’impatiente avec une sorte de sadisme pervers : qui lui portera le coup de grâce, qui aura le courage de tirer les conséquences irrémédiables de cette grave fracture partisane, des appréciations contradictoires sur le Hamas (terroriste ou résistant ?), de la barbarie du 7 octobre, de la légitime défense ou non d’Israël, des malheurs de Gaza et du mépris avec lequel M. Mélenchon traite la manifestation prévue le 12 novembre « pour la République et contre l’antisémitisme » ? Les craquements ont commencé bien en amont, presque d’emblée, avec Fabien Roussel dont l’intuition et l’empathie populaire avaient mesuré combien certaines attitudes et certains propos haineux (notamment contre la police) de Jean-Luc Mélenchon seraient préjudiciables à leur cause commune.

Les crimes de lèse-Mélenchon se multiplient

Pour tous ceux qui observent le délitement actuel de la Nupes, l’espoir tient dans la révolte d’une majorité au sein de LFI que la récente exclusion comme oratrice dans les débats parlementaires, durant quatre mois, de la députée Raquel Garrido[1] a mis pour le moins mal à l’aise.

La députée d’extrème gauche Raquel Garrido (LFI) à une manifestation pro palestinienne a Paris, 4 novembre 2023 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Elle a été notamment immédiatement soutenue par Clémentine Autain qui n’avait pas attendu cette dernière sanction pour à plusieurs reprises s’opposer à des orientations de LFI qu’elle jugeait mal avisées. Raquel Garrido a fait preuve, depuis quelques semaines, de ce qu’on peut appeler une intrépidité politique en s’en prenant sans fard à Jean-Luc Mélenchon ; au point de qualifier ses dernières interventions de nuisibles au mouvement. Crime de lèse-Mélenchon ! Quels qu’aient été, auparavant, le silence, l’abstention ou la connivence de Raquel Garrido et d’autres à propos d’épisodes choquants, il faut reconnaître son audace d’aujourd’hui. Ses réactions pugnaces et convaincantes à la suite de son exclusion l’ont confirmée. On ne peut que rendre hommage, au sein de LFI, à ces femmes députées qui font oublier Mathilde Panot et Danièle Obono… Un parti chassant les voix dissidentes se montre en position de faiblesse et l’ironie naît du contraste entre les grandes injonctions vertueuses de M. Mélenchon et la réalité si classiquement dominatrice de ses ripostes.

François Ruffin sort du bois avec une infinie prudence. Un pas en avant, un pas en arrière. Il s’affirme libre mais Jean-Luc Mélenchon, son ombre écrasante, son aura tempétueuse, lui font un peu peur. Il ne franchira pas encore le Rubicon. La meilleure preuve est qu’il n’a usé que d’ironie pour discuter l’ostracisme temporaire de Raquel Garrido. C’est peu et surtout il n’y a pas de risque.

Qui proclamera effectivement l’acte de décès de la Nupes ? Qui libérera LFI de Jean-Luc Mélenchon et saura ainsi permettre le retour d’une gauche et d’une extrême gauche nécessaires au paysage démocratique mais sans la haine ni la fureur de cette personnalité devenue étrangère à ce qu’elle avait pu avoir de remarquable, préférant le déluge avec elle à un futur serein et républicain sans elle ?


[1] https://www.causeur.fr/raquel-garrido-sanction-lfi-jean-luc-melenchon-269321

Le Hamas, fossoyeur de la Nupes?

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Photo de famille aux universités d’été de LFI à Châteauneuf-sur-Isère (Drôme), 27 août 2023 © Alain ROBERT/SIPA

Un crime contre l’humanité met la gauche au pied du mur. En étant incapable de dénoncer le terrorisme du Hamas, Jean-Luc Mélenchon place ses alliés dans une situation intenable: pour exister, le PS et le PC ont besoin de LFI, donc de ses électeurs, dont beaucoup applaudissent le discours du grand chef. LFI utilise comme prétexte la présence de Marine Le Pen, pour ne pas avoir à manifester contre l’antisémitisme dimanche.


Les principes sont toujours faciles à défendre quand ça ne coûte rien. Ainsi la gauche s’est-elle longtemps spécialisée dans la dénonciation d’un fascisme imaginaire où elle puisait sa bonne conscience. Elle était la gardienne de la promesse issue de la Seconde Guerre mondiale – plus jamais ça. La lutte contre le racisme et l’antisémitisme était son ADN.

L’union en soins palliatifs

Le pogrom du 7 octobre a fait voler en éclats toute cette belle construction. Confrontée à des crimes contre l’humanité, la gauche a semblé incapable de prendre la mesure de ce qui s’était passé. Et quand elle l’a prise, elle a eu pour le moins du mal à en tirer les conséquences en termes d’alliances. Devant des massacres dignes des nazis, LFI par la voix de son leader a renvoyé dos à dos juifs martyrisés et Hamas meurtrier, déclenchant l’entrée en soins palliatifs de la Nupes. Quant aux autres forces, elles ont eu du mal à imposer un narratif clair, prises dans une tension entre soutien historique à la cause palestinienne et horreur face aux exactions des nazislamistes. Agacé par les tergiversations de la direction du PS, un opposant à Olivier Faure s’emporte : « À cause de Mélenchon, la gauche passe pour le camp des donneurs de leçons hypocrites qui font passer les vils calculs électoraux avant le massacre de civils. Le PS a hésité à rompre et quand il a semblé le faire, c’était avec des mots que personne ne comprend. Moratoire La dernière fois que les Français ont entendu parler de moratoire, c’est Tariq Ramadan qui le proposait au sujet de la lapidation des femmes. Si ça continue, on ne retirera rien de notre rupture. La faillite est totale. »

A lire aussi: Le silence des musulmans

Du côté de la majorité du PS, on déplore que le vote du conseil national choisissant de suspendre l’alliance n’ait pas été unanime et le communiqué trop timoré. Un soutien d’Olivier Faure réagit : « Alors qu’un enjeu civilisationnel dépasse les questions électorales, pourtant un vote unanime aurait été une réponse forte et lisible, mais les bisbilles internes l’ont emporté sur la responsabilité politique. »

Mauvais traitements

Côté PCF, la porte a claqué plus nettement et la sortie de la Nupes a été parfaitement assumée. « Je le fais pour eux, je ne voudrais pas qu’ils se compromettent en s’asseyant à côté d’un nazi », a ironisé Fabien Roussel, récemment assimilé à Doriot par la volcanique Sophia Chikirou, dite « la femme du chef » dans les cercles autorisés de LFI. Mais derrière cette boutade, il y a des années d’insultes et de mauvais traitements accumulés. Souvenez-vous du « vous êtes la mort et le néant », décoché dans un texto par Jean-Luc Mélenchon à Pierre Laurent alors secrétaire national du PCF, durant les législatives de 2017. Vous l’aviez oublié ? Pas eux. Plus sérieusement, l’incapacité de la direction de LFI à dénoncer des actes terroristes a choqué des militants qui ont un rapport fort à l’histoire de la Deuxième Guerre mondiale, largement caviardée s’agissant de leur propre histoire d’ailleurs. Cependant, le pacte germano-soviétique ne saurait effacer le fait que nombre de militants communistes ont connu la déportation pour faits de résistance.

Chez Europe Écologie-Les Verts, le plus clair est Yannick Jadot : « Si on ne pose pas maintenant la question des valeurs à la direction des Insoumis sur un sujet aussi essentiel, alors nous ne le ferons jamais. » Finalement, la théorie des deux gauches irréconciliables de Manuel Valls se révèle plutôt pertinente. Que ce soit la question du crime contre l’humanité qui mette la gauche au pied du mur en dit long sur la nature et l’ampleur de la rupture. Pour autant, la situation est plus trouble qu’elle en a l’air.

D’abord, l’union à gauche est une mystique. Le mot fait rêver et n’a pas besoin d’être doté d’un contenu, comme l’observe, désabusé, un ancien élu socialiste : « C’est un positionnement à la Jean-Claude Dusse, en mode “sur un malentendu, ça peut marcher”, dans lequel on s’unit pour la victoire en espérant dépouiller son partenaire au coin du bois. À ce jeu, c’est le PS qui a plumé la volaille communiste. Il rêve de recommencer avec LFI. Il ne se rend pas compte que l’on a changé de monde et surtout que l’on n’a plus rien à dire au monde. LFI a choisi l’islamo-gauchisme, c’est triste mais au moins ils ont un discours et un public, nous on est paumés. »

Clientélisme communautaire

En conséquence, les ruptures sont tout sauf claires. EELV est dans le flou, le PS parle de moratoire, mais on voit bien que chacun dirige ses flèches sur Jean-Luc Mélenchon pour mieux épargner LFI. Le caractère violent, le goût de la conflictualisation, la parole brutale et l’absence de contrôle de soi du leader de la France insoumise deviennent la vraie cause du divorce. Au bout du compte, la question des principes est vite mise sous le tapis. Pour la bonne raison que, dépourvue de discours adapté aux classes moyennes et au monde du travail, la gauche est tributaire de la capacité de mobilisation des quartiers et du vote musulman. Or cet électorat est avant tout celui des Insoumis.

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Cela explique les appels du pied d’une partie de la gauche aux historiques de LFI marginalisés par Mélenchon. Ceux-là ont trouvé les mots pour condamner clairement les crimes du Hamas. C’est le cas de François Ruffin, Alexis Corbière, Raquel Garrido, Manon Aubry, Clémentine Autain…

Il faut dire que l’équation est complexe : elle doit en partie sa survie électorale et ses bons résultats aux élections présidentielle et législatives à l’alliance avec les islamistes et au clientélisme communautaire. Mais la ligne qui en découle – discours antipolice, soutien aux émeutiers, justification de la violence politique – choque les Français qui désormais, considèrent que LFI est plus dangereuse que le RN pour la démocratie.

Pour le PS ou le PC, la question des alliances est devenue existentielle – ils jouent leur survie. Mais même en éliminant Jean-Luc Mélenchon du jeu, il reste un problème de fond : la stratégie électorale de LFI repose sur la reprise des éléments de langage et mots d’ordre des islamistes. Un discours massivement rejeté par une France qui a reconnu dans les tueurs du Hamas ceux du Bataclan, de Charlie, de Nice, de l’école Ozar Hatorah, de Samuel Paty et de Dominique Bernard.

Photos d’identité

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Thierry Marignac © Hannah Assouline.

Le tranchant Thierry Marignac nous parle de sa bâtardise, dans une autobiographie âpre, sans concession, retraçant une jeunesse en marge. Elle sort aujourd’hui en librairie.


Ça secoue ! Les virages nous arrivent en pleine face ; on ressent les moindres soubresauts de l’existence, le route est fracassée, piégeuse, mal bitumée, parfois on atterrit dans un fossé glaiseux et, par miracle, le pilote, ici l’écrivain, s’en sort, il arrive à s’extraire de cette mélasse, de ce fatum mal fagoté, la combinaison en sueur et en sang, avec cette hargne de chien errant, perclus et étonnamment toujours vivant. J’aime la littérature radicale, jamais apaisée, qui refuse l’absolution, quand la lame du rasoir vient à bout touchant de la carotide, quand les mots cognent à l’estomac, quand le sans-grade met K.O le normalien, quand l’ex-camé joue avec les lignes, quand « mourir d’enfance » tient lieu de cap, d’horizon, d’orgueil et de stigmates. L’autobiographie est un genre casse-gueule par nature, soit elle se complait sous une vague victimaire et elle fait rire, soit elle mélancolise le passé et elle ment outrageusement.

Auteur de haute volée

Thierry Marignac a choisi une forme de vérité, de sincérité désarmante sans être larmoyante, d’uppercut sec, d’une sécheresse qui, au fil des pages, inonderait, abonderait et déploierait une cartographie de l’intime, avec ses plats et ses dénivelés, toutes les traces d’un chaos en marche. Elle s’étale là, devant nous, dans toute sa violence et ses manques, sans pudeur, ni volonté de choquer, juste décrire les mécanismes de la fuite. Il y a la mère, la tante, le faux-frère, les demi-sœurs, le père d’emprunt qu’on combat pour survivre et puis, cet homme au pardessus qui apparaît, empêtré et qui sait, peut-être heureux, sur une photographie en noir et blanc, portant un nouveau-né dans les bras, en contrebas d’un pont et d’un fleuve noir. Voilà, le géniteur anonyme ! Le bonheur, la rédemption, la componction, tout ce bric-à-brac foireux pour écrivains encartés ne font pas partie du vocabulaire d’un Marignac dissident, bagarreur, réfractaire à l’ordre bourgeois mais incroyablement clinique dans ses coups. À bonne hauteur. Ne se donnant jamais un rôle sur ou sous-dimensionné dans l’enchaînement des événements depuis cette année 1958. Avec ce punch très plaisant, qui, à défaut d’être salvateur pour l’auteur, donne un souffle et une tension à son récit. Une dramaturgie non feinte. Une aigreur qui suinte. Une exigence d’écrivain, en somme.

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L’écriture de Marignac est portée par un staccato raide en apparence, tranchant sans aucun doute, il préfère la ligne droite aux circonvolutions et, cependant son autobiographie fourmille de détails, de dérivés, d’embardées littéraires ou politiques, de digressions essentielles qui nous mettent en présence d’un auteur de haute volée. On voit traverser dans ce paysage brumeux, les cortèges de gilets jaunes, la figure d’Edouard Limonov ou celle de Jérôme Leroy. Marignac tente de démêler les fils, de trouver un semblant d’explication dans les faits, les silences, les gestes qui ont précédé et succédé sa naissance, dans un fatras de non-dits et de meurtrissures. « Quand j’entendis parler pour la première fois de ma bâtardise à 18 ans, je ne savais pas faire pleurer dans les chaumières, il n’était déjà plus temps d’apprendre » écrit-il, dès les premières pages de Photos passées, son récit autobiographique qui paraît aujourd’hui à La Manufacture de Livres. Les fans du polardeux visionnaire et tempétueux, du traducteur délicat, du voyageur sans bagages, qui a un don certain pour les langues étrangères et les vérités cachées, doivent prendre la route avec lui. Le chemin n’est pas de tout repos.

Pas là pour nous instruire

À la fin, vous ne trouverez ni morale, ni génuflexion, encore moins d’accommodements mal taillés, vous aurez seulement navigué en littérature. Ce n’est pas si courant de nos jours, faire de sa vie, une œuvre ; de ses démons, non pas un exutoire pathétique plutôt un récit aux accents tantôt russes, tantôt new-yorkais, dans le Paris cramé des années 1980 et les coulisses de la presse écrite.

Chez Marignac, la quête d’identité n’a pas vocation à être didactique, à instruire le chaland, à lui donner des pistes, des raisons même infimes de continuer ou d’espérer, l’écrivain nous épargne les fadaises des résilients. J’en reviens à ma métaphore automobile du début, en fait, avec Marignac vous n’embarquez pas à bord d’un coupé Bentley suave et protecteur, vous grimpez plutôt dans une spartiate Lotus Super Seven au ras du sol, ferme et directe, celle-là même que conduisait Patrick McGoohan dans la série « Le Prisonnier », vous êtes le Numéro 6.  Et puis, vous absorbez les déboires et les succès d’un pigiste dans un monde jadis bipolaire et plus tard, les affres d’un écrivain dans une mondialisation sauvage. « J’ai toujours voulu écrire, même aux moments les plus glauques du nomadisme camé », avoue-t-il. En bouche, il vous reste le goût de ses saillies : « Notre dégoût, notre mépris de petits frères devant la morgue péremptoire des révolutionnaires d’hier, aujourd’hui dans le camp des nantis et des gestionnaires, était sans mesure », et cette photo sur la couverture du livre qui fige le temps.

Photos passées de Thierry Marignac – La Manufacture de Livres

Photos passées

Prix: 17,00 €

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