Au secours, François Hollande revient…

Au secours, François Hollande revient. Avec son livre-programme, Unir (Robert Laffont), l’ancien président ne laisse pas de place au mystère. Ils sont quelques-uns à estimer son retour inéluctable. Louis Aliot, sur la matinale de TF1, le jeudi 3 septembre, a reconnu croire en sa candidature et l’a qualifié de « moins pire à gauche » et de « plus intelligent de tous les candidats » de son camp politique. Sur YouTube, la petite bande néo-communiste de la Paduteam, pro-Mélenchon, entre deux éloges au camarade Staline, le voit également plier le match au centre-gauche.
Déjà six livres depuis qu’il a quitté l’Elysée
Il y a vingt ans encore, face à ses concurrents de l’époque, Fabius et Strauss-Kahn, il paraissait court sur pattes, un peu juste pour la fonction. Ni Mitterrand ni Jospin ne l’avaient jugé digne d’un ministère. Aujourd’hui, avec des rivaux comme Raphaël Glucksmann et Olivier Faure, il fait l’effet d’un Gulliver revenant chez les Lilliputiens de la social-démocratie et l’on se dit qu’un ou deux coups de coude dans la dernière ligne droite suffiront à les envoyer dans le décor.
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En sortant son sixième ouvrage depuis son départ de l’Elysée, François Hollande fait vivre une catégorie bien à part dans la littérature politique : celle des anciens présidents. Ils ne sont plus que deux en mesure d’en écrire. Quand Nicolas Sarkozy hystérise les foules dans les librairies du XVIème et dans les stations balnéaires, François Hollande fait, lui, à chaque fois un carton dans les Espaces Culturels Leclerc. Dans Unir, pas de place pour le lyrisme, la beauté des plages et des champs de lavande : Hollande déploie un diagnostic et un ensemble de mesures. Au détour d’une phrase, on se croit déjà dans un meeting du mois de janvier. « Je n’ai jamais été convaincu par le Service national universel (SNU). Je ne le suis pas davantage par le Service national volontaire (SNV), dont le coût est élevé (3 milliards) et l’utilité militaire, plus que relative. Voilà ce que sera une économie bienvenue en 2027 ! ». Et toujours un mot gentil pour les élus locaux : « Tout est devenu pour [les Français] plus compliqué, plus opaque dans la vie quotidienne, annulant peu à peu le crédit de la parole politique – les élus locaux étant heureusement épargnés ». Dans sa tête, François Hollande est déjà à la galette des rois du conseil général de Corrèze, prêt à s’abattre sur la campagne. Ici et là, on trouve quelques tournures à la limite du truisme : « A la fois, rien n’est plus comme avant, et tout continue comme toujours » ; « Une période où la qualification de la main-d’œuvre va redevenir primordiale ». A-t-elle un jour cessé de l’être ?
Hollande II contre Hollande I
Surtout, François Hollande n’est jamais écrasé par la culpabilité concernant le bilan de son premier mandat, qui s’est terminé il y a presque dix ans. A peine un sentiment de culpabilité vis-à-vis de la proposition de déchéance de nationalité de tous les binationaux condamnés pour terrorisme. Et pourtant, en lisant l’ouvrage, le volte-face vis-à-vis de Hollande I est assez complet : sur le nucléaire, il laisse entendre que c’est l’influence de l’Allemagne, des écologistes et même du Front national qui l’ont poussé à inscrire dans la loi de transition énergétique l’objectif de réduire la part du nucléaire à 50% dans la production électrique dès 2025. Il passe sous le tapis le symbole catastrophique de la fermeture de Fessenheim, centrale la plus ancienne mais aussi la plus moderne du parc français. Le nouveau Hollande se garde bien de froisser ses anciens alliés écolos et se limite à ce constat : « La guerre en Ukraine et la fin de notre approvisionnement en gaz russe ont bouleversé [le processus de démantèlement de 14 réacteurs sur les 58 en activité en 2035], redonnant au nucléaire une place centrale dans la décarbonation et l’indépendance du pays ».
Puisque le contexte international a évité à la nation de s’engouffrer plus loin dans le désastre amorcé par Hollande en 2012, celui-ci est certainement très légitime pour un nouveau tour de piste dès 2027…
Aristote dans la poche et Erasmus-Intervilles pour les lycées
Sur l’école, François Hollande avait réussi à crisper un milieu alors acquis à sa couleur politique. Soucieux de donner à manger aux franges les plus bêtement égalitaristes de sa clientèle, il avait laissé sa ministre Najat Vallaud-Belkacem faire la peau des options telles que le latin ou les classes bilangues. Aujourd’hui, l’ancien maire de Tulle propose la création d’un Erasmus national pour les lycéens : il avait fait fermer les classes européennes, il va désormais envoyer les élèves de Calais une semaine à Narbonne – l’intérêt pédagogique est évident.
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C’est aussi sous Hollande que les ministres de l’Éducation s’étaient donné pour objectif de « faire entrer l’École dans l’ère du numérique ». Dans les faits, cette révolution numérique s’est surtout matérialisée par des distributions massives d’ordinateurs et de tablettes. Quinze ans plus tard, la mode est à l’IA. Alexandre avait eu Aristote pour précepteur, Hollande voudrait que chaque élève ait un e-Aristote dans sa poche. Jamais il n’est posé la question de la déconnexion des élèves, ni de l’urgence à les ramener aux livres et aux cahiers, à l’estrade, au tableau noir et à la craie blanche.
Dans les pas d’Henri Queuille
Sur la démographie, l’ancien co-prince d’Andorre verse dans un optimisme béat et distingue même au loin les premiers « dividendes » de l’hiver démographique de la France. Il faut dire qu’il n’y a pas peu contribué en ébréchant, en 2015, le principe d’universalité des allocations, les divisant par deux pour les ménages disposant de 6 000 euros de revenus mensuels. C’est précisément à partir du milieu des années 2010 que la natalité française, jusque-là plus résistante que celle de ses voisins, commence à décrocher franchement. Le démenti historique et tragique apporté à l’expression « dividendes de la paix » aurait pu dispenser l’ancien premier secrétaire du PS de recycler cette expression pour la démographie. Il en est convaincu pourtant : des classes d’âge plus maigres permettront demain de présenter moins d’élèves devant les professeurs. Il se donne pour objectif d’abaisser à 19 le nombre d’élèves dans le primaire. A aucun moment il ne se demande si le maintien de flux migratoires élevés ne va pas largement nuancer la baisse du nombre d’habitants, ni si le déclin démographique ne risque pas, symétriquement, de réduire aussi le nombre d’enseignants disponibles devant les classes. Sans compter les dramatiques fermetures d’écoles et de classes dans les départements ruraux. En son temps, l’ancien président du Conseil Henri Queuille disait : « Il n’est pas de problème dont une absence de solution ne finisse par venir à bout » ; François Hollande en est un héritier parfait et acharné en faisant aujourd’hui de l’une des erreurs les plus lourdes de son premier mandat une opportunité budgétaire pour un hypothétique second. Sur la justice, il prend le contre-pied de son ancienne ministre Taubira en promouvant désormais les peines de prison, même courtes, dès la première incartade.
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Concernant le cumul des mandats, qui a éloigné un peu plus la représentation nationale des « territoires », il plaide pour un net retour en arrière vis-à-vis de sa propre réforme. On referme le livre en se disant qu’il est urgent d’élire Hollande II pour abroger Hollande I. Enfin, il propose une baisse des charges sociales compensée par une hausse de la TVA : étonnante réhabilitation de la TVA sociale, défendue jadis par Henri Guaino, et qui avait coûté la tête à une cinquantaine de députés UMP lors de l’entre-deux-tours des législatives de 2007, à cause d’une passe d’armes remportée par Laurent Fabius face à Jean-Louis Borloo.
Hollande, le recours, à condition d’avoir mauvaise mémoire
Dans la course à la présidentielle qui se présente, Hollande distingue trois forces : celle des « nationalistes », appuyés sur « une vision passéiste du pays » ; celle de la droite libérale, qui « ne pêche par originalité » ; et une troisième, qui « prône l’avènement d’une nouvelle France créolisée, dont on ne sait pas si elle doit remplacer l’ancienne ou lui faire concurrence ». Trois forces comme autant d’impasses qui rassemblent pourtant trois quarts des intentions de vote. Il reste à Hollande un bon 20% à aller chercher. C’est jouable, à condition que les Français aient la mémoire courte.
286 pages
Unir - Nouveau monde, nouvelle gauche
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