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France Inter: 150 secondes pour la droite, c’est déjà trop !

Les salariés de Radio France ont déposé un préavis de grève pour les 13 et 14 septembre


France Inter: 150 secondes pour la droite, c’est déjà trop !
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Après l’arrivée de Charles Sapin, directeur adjoint de la rédaction de Valeurs actuelles, sur France Inter, c’est la crise à Radio France. Les salariés réclament le retrait de sa chronique hebdomadaire, estimant ses « valeurs » incompatibles avec celles de la radio publique. « Regardons le symbole que nous enverrions en reculant. Celui d’un service public qui décide qui a le droit de parler (…) Ce symbole-là ferait plus de mal à notre indépendance que 50 chroniques du dimanche » a pourtant écrit Vincent Meslet, directeur éditorial de Radio France, défendant le maintien de M. Sapin à l’antenne face aux salariés pensant pouvoir décider.


Il se passe quelque chose de grave à France Inter. Attention, un journaliste de droite y parle. Pas longtemps, rassurez-vous. Deux minutes trente. 150 secondes exactement, le dimanche matin à 7h40, à cette heure flottante où une partie de la France dort encore tandis que l’autre cherche la cafetière. Mais 150 secondes, manifestement, c’est déjà beaucoup.

« Écoutons nos différences ! » avait pourtant ordonné Céline Pigalle

Le journaliste s’appelle Charles Sapin, et son pedigree n’est pas de nature à rassurer les personnels de Radio France. Il a travaillé au Point, puis au Figaro, avant de rejoindre le magazine conservateur Valeurs Actuelles. On comprend donc l’émoi. À ce rythme-là, on finira par entendre à France Inter des gens qui ne pensent pas comme France Inter.

Une grève se prépare à Radio France. On pourrait évidemment ne voir dans cette affaire qu’une péripétie assez dérisoire de la vie médiatique française. C’est d’ailleurs ce qu’on nous expliquera probablement : polémique montée en épingle, agitation de la fachosphère, obsession de Bolloré, etc. Il est vrai que chez Bolloré, on en fait ses choux gras. CNews ne boude jamais ce genre de friandise. Mais le fait que CNews parle d’un sujet n’oblige pas les autres médias à n’en rien dire. Ce serait même une curieuse manière de définir la liberté de l’information : déterminer ce qui mérite d’être discuté en fonction de ce dont parle la chaîne concurrente.

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Cette petite affaire, précisément parce qu’elle est petite, dit quelque chose d’assez gros. Il fut un temps où la gauche se réclamait volontiers de Voltaire et de cette phrase qu’on lui attribue à tort, mais qui résume assez bien un état d’esprit : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous puissiez le dire ». C’était une autre époque. Le principe était simple : l’adversaire avait tort, parfois horriblement tort, mais on lui répondait, on discutait, on ferraillait, on publiait des livres contre ses livres, des articles contre ses articles. On considérait même, idée aujourd’hui assez exotique, que se confronter à une pensée opposée pouvait être intellectuellement stimulant.

Ce qui frappe dans l’affaire Sapin n’est donc pas Sapin, ni même le contenu de ses chroniques qui, jusqu’à présent, ne concernaient que la dette publique ou l’usage de l’IA dans la campagne présidentielle. Rien de très idéologiquement clivant. C’est la réaction provoquée par sa seule présence.

Il ne s’agit même plus de dire : « Ce journaliste raconte n’importe quoi, nous allons lui répondre. » Il ne faudrait tout simplement pas qu’il soit là. Pas de chronique, pas de micro, et si possible, pas besoin de le croiser dans les couloirs.

Mélenchonisation des esprits

La gauche n’est décidément plus tout à fait ce qu’elle était. Une partie d’elle laisse remonter son vieux démon autoritaire, parfois même ses penchants totalitaires. Le mot fera hurler, mais tant pis. Le totalitarisme ne commence évidemment pas avec les camps, pas plus que le fascisme ne commence avec les chemises noires ou la Marche sur Rome. Il commence intellectuellement beaucoup plus modestement : par l’idée qu’il existe des opinions qui ne doivent plus être discutées parce qu’elles ne sont plus seulement fausses, réactionnaires ou détestables. Elles sont devenues il-lé-gi-ti-mes, et celui qui les porte avec elles. Nuisibles.

Le pouvoir de nuisance des syndicats de gauche

À partir de là, tout devient logique. Pourquoi débattre avec quelqu’un dont la parole elle-même constitue une faute ? Pourquoi lui donner un micro ? Pourquoi lui accorder une chronique ? Pourquoi même accepter sa présence dans une rédaction ? On peut penser ce que l’on veut de Charles Sapin et de Valeurs Actuelles car ce n’est pas le sujet. Le sujet, c’est France Inter qui se trouve être une radio du service public.

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France Inter n’appartient ni à ses journalistes, ni à ses syndicats, ni à cette petite bourgeoisie culturelle parisienne qui semble parfois y avoir pris ses habitudes et ses marques comme dans une maison de famille. Elle appartient, si le mot a encore un sens, à tous ceux qui financent le service public.  C’est-à-dire même les gens de droite, même ceux qui votent mal, même ceux qui pensent que l’immigration pose quelques problèmes, que l’insécurité n’est pas une invention statistique, que l’économie ne se résume pas à taxer les riches ou qu’Israël n’est pas nécessairement la source de tous les malheurs du monde. Bref, tous ces Français un peu bizarres que l’on rencontre assez facilement dès qu’on quitte certains arrondissements parisiens.

Ceux-là pourraient peut-être avoir droit, eux aussi, à quelques minutes d’antenne. Pas la moitié de la grille, n’exagérons rien. Commençons doucement : deux minutes trente, par exemple, le dimanche matin, à 7h40. Rassurons-nous néanmoins : à 7h42 et 30 secondes, le danger sera passé. France Inter redeviendra France Inter, et Voltaire pourra se rendormir. A cette heure-là, c’est encore ce qu’il aura de mieux à faire.



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