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Pluralisme et féodalités médiatiques

Le billet médias de Philippe Bilger


Pluralisme et féodalités médiatiques
Philippe Bilger © Pierre Olivier

Bizarrement, l’actualité médiatique me confronte à des réflexions qui concernent deux de mes amies : Élisabeth Lévy, qui a écrit dans le nouveau magazine Causeur un éditorial intitulé « Liberté, liberté cherra », et Sonia Mabrouk, qui fait l’objet d’une polémique parce qu’elle inviterait sur BFMTV des personnalités de droite ou d’extrême droite.

Cette dernière a répondu sur France Inter à Benjamin Duhamel de manière à la fois convaincante et acide.

Il n’empêche qu’on a le droit de s’interroger sur la liberté intellectuelle et médiatique ainsi que sur le pluralisme.

Il me semble que deux écueils principaux menacent la première.

D’abord, bien sûr, l’absence de pluralisme, que la gauche ou la droite en soit victime. Sur CNews, la gauche n’était pas vraiment souhaitée, ou alors sur un mode étique.

Que des personnalités de droite, journalistes ou analystes, soient invitées sur BFMTV n’est pas un problème. Cela ne le deviendrait que s’il n’y avait plus la moindre imprévisibilité ni la moindre spontanéité dans l’expression de leur pensée sur la France, la société ou l’état du monde.

C’est parce qu’il existe, en réalité, des esprits systématiquement partisans, enkystés dans leurs certitudes, que le défaut de pluralisme est un fléau. Sur BFM, une atmosphère rafraîchissante a précisément surgi lorsque de véritables débats contradictoires ont été organisés.

Le second écueil, à l’inverse, consiste à ranger sous le pavillon de la liberté d’expression des postures qui n’en relèvent pas — à confondre l’exercice, même provocateur ou dérangeant, d’une pensée libre avec l’allégeance à une cause ou à une puissance qui la dicte. C’est précisément ce que l’éditorial à la fois brillant et, selon moi, discutable d’Élisabeth Lévy me conduit à interroger.

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En substance, elle considère que Franz-Olivier Giesbert (ciblé par l’Arcom pour certains propos tenus sans contradiction sur CNews), des rassemblements libertins interdits et Xénia Fedorova (ostensiblement et constamment prorusse) auraient dû être protégés au nom de la liberté d’expression : ce beau pavillon devrait donc recouvrir n’importe quelle marchandise, n’importe quelle posture intellectuelle et médiatique.

L’assimilation qu’elle opère entre ces trois problématiques me semble confondre l’exercice d’une liberté honorable, aussi discutable et controversé puisse-t-il être, avec l’asservissement à une puissance étrangère, responsable et coupable de l’invasion de l’Ukraine.

De FOG, on peut, j’en suis persuadé, espérer, sur tel ou tel thème, des glissements, des variations, l’affirmation d’une solitude intellectuelle évolutive qui, par exemple, l’inciterait un jour à ne plus cracher systématiquement sur la justice.

De Xénia Fedorova, aucune imprévisibilité à attendre ni à espérer : le même sillon est sans cesse creusé. Mais le plus grave, ce qui à mes yeux lui interdit de se réclamer de la protection d’une liberté d’expression démocratique, n’est pas là.

Il réside dans le constat que ses propos et ses écrits procèdent d’une même source et d’une même inspiration, qu’ils sont prémédités, organisés, commandés, peut-être rémunérés. On n’est pas libre quand sa dépendance est tarifée, quand on pense sur ordre et qu’on déroule un récit venu d’ailleurs. Et je n’évoque même pas son contenu, qui a cette particularité de constituer la victime en coupable, avec un cynisme qui dépasse l’entendement.

Oui, la liberté se mérite, doit se mériter. Je ne crois pas, avec ce billet, trahir la passion commune qu’Élisabeth Lévy et moi éprouvons pour la plus belle liberté qui soit : celle de penser, d’écrire ou de parler sans être immédiatement judiciarisé.

À condition qu’elle émane d’une personne elle-même libre, non inféodée, non soumise.

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Magistrat honoraire, président de l'Institut de la parole, chroniqueur à CNews et à Sud Radio.

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