Le 19 juin, Barack Obama inaugurait à Chicago le centre présidentiel censé consacrer son héritage politique. Entre architecture monumentale, gentrification annoncée et billet à 30 dollars, le mausolée du premier président noir des États-Unis ressemble moins à un hommage aux opprimés qu’à un monument à son propre ego…
Depuis Roosevelt, chaque président américain se doit d’avoir sa « bibliothèque présidentielle » abritant ses archives. Les constructions traduisent l’image que chaque dirigeant voudrait léguer à la postérité. Celle de Roosevelt, dans un style colonial hollandais discret, montre un patricien dévoué à la cause des plus modestes. Celle de Reagan, empruntant le style des missions espagnoles en Californie, suggère un pionnier évangélisateur. Le brutalisme écrasant de celle de Lyndon B. Johnson est fidèle à l’homme qui a poursuivi la guerre au Vietnam. On a désormais le « Barack Obama Presidential Center », qui a ouvert ses portes le 19 juin, ou « Juneteenth », le jour férié qui commémore la fin de l’esclavage. Cette date a été choisie, ainsi que la situation en marge du « South Side » de Chicago – le quartier afro-américain pauvre où Obama a commencé sa carrière politique – pour souligner l’engagement du premier président noir en faveur des opprimés de la terre.
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Pourtant, l’ouverture a été précédée par une cérémonie en grande pompe en présence des gloires, aujourd’hui fanées, de l’ère de la mondialisation : les Clinton, Angela Merkel, Justin Trudeau. Le complexe architectural est dominé par une tour en granit gris, presque sans fenêtres, que des internautes ont comparée à une poubelle géante, une litière pour chats ou l’Étoile de la mort des films de George Lucas. Obama lui-même a imposé ce bloc impersonnel qui, conçu pour représenter quatre mains se joignant en un symbole de l’action collective, évoque plutôt un égoïsme boursouflé et creux. D’ailleurs, les archives elles-mêmes ne sont pas présentes sur les lieux, la mission du centre étant de les numériser. Sur la façade, dans des lettres à peine lisibles bien que géantes, il y a un extrait d’un discours où Obama commémore la lutte pour les droits civiques, lutte à laquelle il n’a pas participé. En quittant le quartier pour Washington, Obama a laissé tomber les militants qui l’avaient soutenu au début, et la présence du centre risque de favoriser la gentrification et de chasser du quartier des cols bleus noirs. Enfin, le billet d’entrée, à 30 dollars, est le plus cher des bibliothèques présidentielles. Pour sa bibliothèque, Donald Trump envisage une tour dorée de cinquante étages. Au moins, c’est cash.





