France 2 l’a congédié sans élégance. Laurent Ruquier ne s’est pas plaint, n’a pas lancé de pétition ni dénoncé un complot fasciste: il a gardé les « Grosses Têtes » sur RTL et s’est tourné vers le théâtre, en reprenant la Comédie des Champs-Élysées. À 63 ans, ce fils d’ouvrier normand se lance dans une nouvelle carrière. On voulait le mettre au placard, le voilà sur les planches !
C’est le type de phrase qui peut jeter un sacré froid. « J’écoute “Les Grosses Têtes !” » Essayez de la prononcer dans un dîner en ville bon chic bon genre, et vous verrez que l’effet produit est encore plus glacial que si vous faisiez publiquement l’aveu de voter Le Pen. À Causeur, nous le confessons sans vergogne : le fameux jeu de RTL nous fait énormément rire.
À l’heure où certains veulent encadrer l’art de la plaisanterie comme d’autres rêvent de codifier celui de la drague, nous pensons que les gauloiseries qui font le succès du programme créé en 1977 par Philippe Bouvard et présenté depuis 2014 par Laurent Ruquier, telles que les blagues de Laurent Baffie sur les travelos du bois de Boulogne ou les histoires drôles de Bernard Mabille sur Macron à Jarnac et Strauss-Kahn à Pornic, sont de véritables trésors nationaux, et que Ruquier, qui n’est pourtant pas notre genre de beauté politique, mériterait d’être décoré pour service rendu à la liberté d’expression.
Car « Les Grosses Têtes » sont sans aucun doute l’un des derniers lieux où l’on pratique ce que Charles Rojzman appelle le « rire de transgression », si différent du « rire de connivence » qui à présent règne dans tant de médias, de France Inter à Radio Nova, s’attaquant toujours aux mêmes cibles pour complaire toujours aux mêmes clientèles.
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« Le rire de transgression, écrit Rojzman, exige cette disposition, devenue rare, d’accepter que le réel résiste à nos croyances. » Bref, tout l’inverse de l’humiliation ricaneuse, de la barbarie qui s’esclaffe, de la menace qui se gondole. Laissons à cet égard le dernier mot au maître du genre Pierre Desproges, auquel notre ami Walter consacre un bel article, et qui résume bien cette affaire plus sérieuse qu’elle en a l’air : « Il vaut mieux rire d’Auschwitz avec un Juif que de jouer au Scrabble avec Klaus Barbie. »
Causeur. Merci d’avoir accepté cette interview. Vous allez vous faire remonter les bretelles par vos amis de gauche !
Laurent Ruquier. Si je me prête volontiers à cet exercice, c’est d’abord par amitié pour vous, Élisabeth, mais aussi parce que j’aime échanger avec les gens dont les positions sont aux antipodes des miennes. Il y a trente ans déjà, je recevais régulièrement Geneviève Dormann sur France Inter et aussi dans « On va s’gêner ! » sur Europe 1 et je peux vous dire qu’elle était sacrément réactionnaire ! Tout comme vous :))).
Vous êtes en effet l’un des rares animateurs, peut-être même le seul, à pratiquer un authentique pluralisme sur les ondes. À l’heure de la cancel culture, vos « Grosses Têtes » sur RTL constituent un îlot de résistance au politiquement correct. En avez-vous conscience ?
Depuis mes débuts dans ce métier, il y a trente-cinq ans, je n’ai pas trouvé mieux que la diversité et la liberté de ton pour divertir le public. Et j’ai toujours tenu à ce que mes émissions donnent la parole à des gens de droite et de gauche, des hétéros et des homos, des Blancs et des Noirs, des chrétiens, des athées, des juifs et des musulmans. Et même des femmes (rires). C’était un peu moins le cas à l’époque de mon prédécesseur même si Philippe Bouvard, savait également composer des plateaux variés et cultiver un style sans filtre à l’antenne.

Philippe Bouvard vient de mourir. Vous étiez notoirement fâché avec lui et on vous a souvent opposés, lui le bourgeois qui écrivait dans Le Figaro Magazine et vous l’électeur de gauche assumé. Pourtant il y a beaucoup de ressemblances entre vous : même tendance à l’hyper-hyperactivité, même capacité à vous effacer devant les invités, même carrière de brillant touche-à-tout, même dent gentiment dure. N’êtes-vous pas, malgré tout, son meilleur héritier ?
Je n’étais pas fâché avec lui. Il l’était, lui, parce que c’était difficile d’accepter qu’on lui succède, qui que ce fût, et en l’occurrence, ce fut moi. Cependant, il m’avait choisi comme « Grosse Tête » dans les années 1990 et je l’avais « recueilli » sur Europe 1 en 2000, pendant son bannissement de RTL quand il avait été remplacé par Christophe Dechavanne. Nous avions de l’admiration l’un pour l’autre mais, en 2014, c’était difficile pour lui d’accepter une retraite forcée. Je ne lui en ai jamais voulu de m’en vouloir ! Et les choses s’étaient apaisées : le 6 décembre 2024, pour ses 94 ans, il avait même accepté une interview dans « Les Grosses Têtes » et j’ai eu plaisir à lui offrir ce moment.
Vous auto-censurez-vous aux « Grosses Têtes » ?
On fait quand même attention à ne jamais enfreindre la loi. Il arrive aussi que, lors de nos enregistrements, les participants les plus turbulents, et souvent les plus brillants, je pense à Sébastien Thoen en particulier, aillent trop loin, par goût de l’absurde et de la provocation. Quand cela se produit, mon fidèle réalisateur François Renucci supprime au montage les passages les plus limites. On se connaît tellement bien que je n’ai même pas besoin de lui signaler les rares nettoyages à effectuer.
Les dirigeants de RTL surveillent-ils ce qui se dit à votre micro ?
Je n’ai le souvenir d’aucune intervention de leur part. D’ailleurs ils ne demandent même pas à écouter les émissions avant diffusion. Et après coup, je n’ai jamais eu la moindre remarque. Il faut dire que tous les patrons qui se sont succédé à RTL depuis la naissance des « Grosses Têtes », voilà presque cinquante ans, savent bien que l’irrévérence est la clé des audiences record de l’émission.
Résultat de cette irrévérence, en 2020, l’Association des journalistes lesbiennes, gays, bi-e-s, trans et intersexes a publié une étude selon laquelle « Les Grosses Têtes » comptent « en moyenne 19 propos discriminants » par émission. Cela vous a-t-il fait réfléchir ?
Nullement. Cette histoire a fait quatre jours dans les journaux et la direction n’en a pas tenu compte. Ce qui m’inspire un conseil, que je donne à tous mes amis : si un jour vous subissez une attaque dans la presse, faites le dos rond ! Le plus souvent, la tempête est oubliée la semaine suivante.
Vous êtes donc imperméable à l’air du temps « inclusif » ?
Je vous mentirais en vous disant que « Les Grosses Têtes » n’ont pas évolué depuis que j’en ai pris les commandes il y a douze ans. Ne serait-ce que parce que moi aussi j’ai évolué. Je m’en suis rendu compte récemment en lisant L’Homme humilié, le livre magnifique que Pierre Vavasseur vient de consacrer à son père ouvrier, qui était difforme à cause d’un accident du travail et qui était la cible permanente de railleries. Aujourd’hui, dans la vie , on ne se moque plus des handicapés comme cela. Tant mieux. C’est un progrès de la société.
Certes, mais faut-il aussi renoncer à faire des blagues sur les Belges et les blondes ?
Il n’y a pas de règle absolue. Certaines histoires drôles ne me font plus du tout marrer, par exemple celles sur les yeux bridés des Asiatiques. Mais quand Stéphane Beaugrand imite l’accent belge dans « Les Grosses Têtes », ça reste hilarant.
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D’après vous, pourquoi peut-on blaguer sur l’accent belge et pas sur les yeux bridés ?
Parce que l’émission est diffusée aussi sur Bel RTL et pas sur Radio Pékin !
Et quand Thoen chambre les Portugais ?
Les Portugais qui ont de l’humour se marrent, certains sont plus chatouilleux. Moi, évidemment, à chaque fois, je joue le rôle de celui qui est consterné. Lorsqu’on brocarde les travers d’une communauté, il est indispensable de rajouter une bonne couche de second degré. Prenons un cas qui me concerne directement : les blagues sur les homos. On en raconte souvent dans « Les Grosses Têtes », et parfois elles frôlent l’homophobie. Mais comme je suis moi-même homo – au cas où vous ne le sauriez pas (rires) – ma simple présence dans le studio fait que, par définition, elles ne peuvent pas être prises à la lettre.
Oui, mais à force de ne vouloir offenser personne, on va s’emmerder ferme ! Par exemple, la nouvelle mouture de La Cage aux folles, mise en scène par Olivier Py au Châtelet, est très édulcorée par rapport à l’œuvre de Jean Poiret…
Il s’agit en fait de la version américaine transposée en français. En 1983, dix ans après son succès au Palais-Royal, La Cage aux folles a été adaptée en comédie musicale pour Broadway. Le résultat est effectivement beaucoup plus progressiste, au point qu’il est devenu une référence dans les milieux LGBT, avec la chanson I am What I am, traduite en français par « J’ai le droit d’être moi ». Reste que je suis certain qu’on pourrait remonter le texte original de Poiret, que je trouve quand même un peu daté. Mais quitte à s’amuser avec des homos, je vous conseille plutôt ma nouvelle pièce, à l’affiche de la Comédie des Champs-Élysées à la rentrée. Le sujet y est traité de façon plus moderne, sans être gnangnan non plus.
Il ne s’agit surtout pas d’interdire les blagues sur les juifs ou les homos. On a le droit de les préférer drôles. Qu’avez-vous pensé de celle de Guillaume Meurice sur le nazi sans prépuce ?
Elle n’était pas drôle, mais elle ne m’a pas semblé grave sachant que la personne visée, Benyamin Netanyahou, est un haut dirigeant. J’avais en revanche été scandalisé quand Dieudonné avait fait monter Robert Faurisson en pyjama rayé sur scène. Il s’en prenait non pas à un homme puissant, mais à des victimes.
Le problème n’est-il pas plus profond ? L’humour politique, ça ne marche plus…
Ça marche encore sur moi en tout cas. La plupart des dessins qui paraissent chaque semaine dans Le Canard enchaîné, Marianne et Charlie Hebdo me font rire.
Vous êtes un homme plutôt bienveillant. L’humour ne suppose-t-il pas un peu de méchanceté ?
Mon maître était Pierre Doris et ses histoires méchantes. Je ne peux pas mieux vous répondre.
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Avez-vous aimé la une de Charlie sur la mère de Didier Deschamps ? Le mauvais goût doit-il avoir une limite ?
C’est un dessin dont on aurait pu se passer, plus par respect pour la maman de Didier Deschamps que pour lui qui est un homme public, mais quand on achète Charlie Hebdo, ce qui est mon cas, on sait ce qu’on peut y trouver. C’est la reproduction des dessins sur les réseaux sociaux qui changent la donne.
En parlant de Charlie Hebdo, faites-vous des plaisanteries sur l’islam dans « Les Grosses Têtes » ?
On tourne en dérision toutes les croyances, donc cela peut arriver. Mais aussi parce que dans l’émission, il y a des cathos, des protestants, des juifs, des musulmans et même des agnostiques ! Il faut savoir accepter le deuxième degré. On est avant tout une émission de détente.
Pour Philippe Muray, qui est mort en 2006, l’humour était une arme de destruction massive dirigée contre l’époque et ses lubies. Pour vous, c’est juste un moyen de divertissement ?
Non, s’il peut aider aussi à réfléchir tant mieux, mais je n’ai rien contre quelque chose de drôle et totalement gratuit. On dit même parfois le contraire de ce qu’on pense, uniquement pour faire rire ! C’est ce qui nous sauve.
Qu’est-ce qui vous fait rire ? Plutôt que s’attaquer éternellement aux mêmes cibles (les fachos, les réacs, CNews, etc.), les humoristes ne devraient-ils pas se payer la tête des artistes engagés, féministes enragées et autres « mutins de Panurge » ?
Je le fais ! On peut se moquer de Pascal Praud tout comme de Sandrine Rousseau. L’un n’empêche pas l’autre !
Vous pourriez travailler avec Meurice ?
Lui, précisément, je ne sais pas mais il est doué, comme d’ailleurs certains de ses complices sur Radio Nova, mais pas tous. Une chose est toutefois regrettable : leur militantisme affiché. Je le déplore d’autant plus que je partage leurs convictions de gauche. Mais quand on s’enferme autant dans des certitudes partisanes, on passe à côté de génies comiques tels que Jacques Martin, qui était de droite, ou Jean Yanne, qui était anarchiste et qui disait « voter à gauche pour ses idées et à droite pour son confort ». On oublie souvent de le préciser, mais ces deux-là ont été les véritables artisans du succès des « Grosses Têtes » dans les années 1980 et 1990.

Vous êtes sympa avec les humoristes de Nova. Non seulement ce sont des militants, mais en plus ils fonctionnent en meute et ils tirent systématiquement sur les mêmes, les gens de droite, c’est-à-dire sur une ambulance idéologique. C’est un peu facile…
Pardon, mais depuis que CNews existe, on ne peut plus dire que la droite et l’extrême droite soient des ambulances idéologiques !
Sans doute, mais cogner sur Pascal Praud ou Marine Le Pen, c’est sans risques.
Vous savez mieux que moi que oui, ça peut être risqué ! Surtout si on travaille à CNews ou Europe 1 !
Partagez-vous l’énervement de Michel Fau devant les cérémonies des Césars ou des Molières qui deviennent des meetings ?
Michel Fau est un génie du théâtre, mais les Molières sont nécessaires, on peut entendre une fois par an le discours d’un intermittent du spectacle. Ce n’est pas tous les soirs !
Du reste, dans le monde du spectacle, il est difficile d’être de droite. Vous en savez quelque chose. Vous produisez Gaspard Proust et il a suffi qu’il participe à un gala de Valeurs actuelles pour qu’il devienne tricard dans beaucoup de médias.
C’est d’autant plus injuste que dans ses spectacles, Gaspard tape sur tout le monde, de l’extrême droite à l’extrême gauche. Il ne vote même pas en France, il est suisse !
Vous voyez bien que la gauche pratique un sectarisme de fer qui n’a pas (ou pas encore) d’équivalent à droite. D’ailleurs, vous le subissez aussi. Récemment encore, Libération et Télérama vous ont critiqué parce que vous n’inviteriez que des gens connus, comme votre ami Kev Adams, dans vos émissions. Comment prenez-vous ces leçons de maintien ?
Ça me chagrine, parce que c’est distordre la réalité et oublier tous ceux que j’invite pour leur première ou trop rare présence à la télé, et ça me rappelle que j’ai beau avoir des idées de gauche, je ne fais pas partie de cette élite. Contrairement à ce que s’imaginent les électeurs du RN…
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Les électeurs du RN vous voient comme un bobo coupé du peuple, parce que vous avez plusieurs fois fait savoir que vous préférez Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen.
Oui, mais on confond tout. Je n’ai jamais manqué de respect envers ceux qui votent pour Marine Le Pen. Certes, je déteste les dirigeants du RN, mais pas les électeurs. Parce que les électeurs, ça pourrait être mes parents. Vous savez, je viens d’une famille modeste. Donc je comprends que l’on puisse croire que Marine Le Pen pourrait résoudre les problèmes de la France d’en bas. Même si c’est une tragique erreur à mon avis.
Cependant, n’est-il pas problématique que dans l’audiovisuel public, l’antilepénisme se porte en bandoulière chez les humoristes et chez les éditorialistes ?
Au moins ils sont souvent drôles ! Vous avez vu les pastilles d’humour de CNews ? C’est pathétique.
Vous avez publiquement regretté d’avoir fait la gloire d’Éric Zemmour. D’abord, c’est son talent qui a fait son succès. Ensuite, au nom de quoi décideriez-vous que le public doit être protégé contre certaines idées ?
Je ne dis absolument pas qu’il aurait fallu censurer Éric Zemmour, qui était un éditorialiste respecté au Figaro quand il participait à « On n’est pas couché », et qui à mon avis aurait mieux fait de rester journaliste plutôt que de se lancer en politique. Je remarque au passage que ses idées n’ont pas changé depuis cette époque, tandis qu’Éric Naulleau a vraiment viré de bord. Au moins on ne peut pas nier la cohérence intellectuelle de Zemmour ! Seulement, j’ai regretté avoir participé à la banalisation de ses thèses en lui donnant la parole toutes les semaines pendant cinq ans au lieu de l’inviter de temps en temps. Mais souvent je rappelle aussi que Jean-Marie Le Pen était au deuxième tour en 2002 et Zemmour n’était pas à la télévision.
Pour l’écrasante majorité des salariés de l’audiovisuel public, être de droite est une sorte de maladie (comme dans le film de Woody Allen Tout le monde dit I love you). Cependant vos convictions de gauche n’ont pas suffi à vous maintenir sur France 2. Que s’est-il passé ?
J’ai tenu à rester discret sur mon départ du service public il y a trois ans parce que j’estime qu’être viré fait partie des risques du métier. Je regrette juste que Stéphane Sitbon-Gomez m’ait annoncé l’arrêt de mes émissions en prime time en toute fin de saison, un 20 juin, ce qui a restreint mes possibilités de rebondir ensuite ailleurs. Pas très chic…
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Vous vous êtes en somme retrouvé dans la peau de Patrick Sébastien, lui aussi écarté de France Télévisions malgré son immense succès. Est-ce pour cela que vous l’invitez régulièrement dans « Les Grosses Têtes » ?
Non, je le reçois parce que c’est, comme on dit, un « bon client ». Mais je dois vous avouer que j’hésite de plus en plus à le faire. Je n’ai rien contre ses dernières chansons comme « Il est beau le cucul ». Mais « Delphine, si tu avais connu ma pine », qui est une attaque évidente contre Delphine Ernotte, franchement je trouve cela inutile… Je lui ai dit d’ailleurs : « Ne fais pas plaisir à tes ennemis en devenant encore plus beauf ou plus vulgaire que tu n’es ! »
Vous voilà donc pour la première fois depuis vingt-cinq ans sans émission de télévision, mais avec une nouvelle vie sur les planches, non seulement comme auteur de pièces et producteur de spectacles, mais aussi désormais comme acteur et même comme directeur de théâtre puisque vous reprenez d’un coup deux établissements. Pourquoi deux ?
À cause d’un concours de circonstances. J’avais l’an dernier la proposition de racheter le théâtre Tête d’Or à Lyon. Or il se trouve que pendant les négociations, on est venu me parler d’un autre lieu à vendre : la Comédie des Champs-Élysées, qui appartient à la famille Fagadau depuis 1994. Michel Fagadau, décédé en 2015, l’a dirigée pendant vingt ans, et sa fille Stéphanie a pris la suite pendant quinze ans. Seulement aujourd’hui elle veut passer à autre chose et m’a proposé, sans que je la sollicite, de me céder son affaire. Bref, elle m’a choisi ! Et j’aime être choisi. J’ai ce petit orgueil. Un orgueil de Normand.
Tout Normand que vous êtes, vous êtes devenu la quintessence de l’esprit parisien, non seulement avec cette adresse avenue Montaigne, mais aussi avec certains sociétaires des « Grosses Têtes », notamment Arielle Dombasle, Michel Fau ou Karine Le Marchand, qui incarnent si bien le côté pétillant de la capitale. Qui manque-t-il pour compléter cette bande ?
Il n’y a pas qu’eux ! Yoan Riou, Az ou Fabrizio Bucella ne font pas partie du « Parisianisme ». Et l’esprit parisien n’est pas une honte. Dans le genre, Édouard Baer serait une excellente Grosse Tête ! On se connaît à peine. Si Causeur peut nous aider à rentrer en contact… Pour moi, c’est l’exemple même de l’artiste qui sait improviser comme Kersauson, Martin, Yanne, Bénichou ou Thoen. Il ferait forcément des prodiges.

Édouard Baer sort d’une mauvaise passe MeToo…
Oui, mais à tort. Il n’y a eu aucune plainte contre lui.
Beaucoup d’artistes n’ont pas été condamnés, mais ont vu toutes les portes se fermer par peur des réactions de quelques escouades militantes. Qu’en pensez-vous ?
Je ne suis ni avocat de la défense, ni juge, mais je suis contre le tribunal médiatique qui prend de plus en plus d’importance.
Il est vrai que vous ne hurlez pas avec les woke. Quand Nicolas Bedos a été condamné suite à un geste sexuel déplacé dans un bar, vous avez déclaré qu’il restait votre ami.
Nicolas a traversé des moments difficiles. Il n’avait plus aucune proposition. Mais je suis sûr qu’il va retravailler, c’est une question de temps. Il a reconnu sa faute, a payé sa dette à la société, n’a pas fait appel. Même Andréa Bescond a reconnu qu’il avait droit à une seconde chance.
Trop aimable à elle ! Pour une main posée quelques secondes sur le blue-jean d’une demoiselle à la hauteur de son entrejambe, il se retrouve à implorer la grâce des dames patronnesses pour éviter la mort sociale !
Quand les féministes obtiennent que les hommes fassent davantage attention à leur comportement avec les femmes, moi j’applaudis. Désolé de vous décevoir, mais si je ne hurle pas avec les woke, je vois bien aussi les progrès qu’on peut en tirer.
Vous dites que Nicolas a droit à une deuxième chance. La lui donnerez-vous ?
S’il me propose une bonne pièce, bien sûr.
Votre rentrée avec Ruquier

Il y a une vie hors de la télé. Cet été, l’ancien animateur d’« On n’est pas couché » a annoncé qu’il mettait ses activités cathodiques en « pause ». Tout en conservant son émission de radio quotidienne, il devient un homme de théâtre à part entière – acteur, auteur, producteur et désormais directeur de théâtre.
On pourra le voir dès septembre pour la première fois à l’affiche d’une comédie en tant qu’acteur : Chante et tais-toi, avec Vincent Niclo, à 21 heures à la Comédie des Champs-Élysées. Et pour ceux qui trouveraient tout cela trop parisien, signalons aussi les deux excellentes pièces dont il est l’auteur et qui tourneront dans toute la France cette année : L’Expérience théâtrale, avec François Berléand et Max Boublil, et La Joconde parle enfin avec la si bien choisie Karina Marimon.





