Accueil Édition Abonné Le peuple est prié de se taire

Le peuple est prié de se taire

Remis en liberté, les carnets d’Ivan Rioufol, chaque mois dans le magazine


Le peuple est prié de se taire
Le président Emmanuel Macron photographié lors d'une conférence de presse à Stockholm, en Suède, le lundi 31 août 2026 © Pontus Lundahl/TT/AP/SIPA

L’extrême centre est la caricature d’un pouvoir paranoïaque irrité par la contradiction, selon notre chroniqueur. Cet été, le régime est allé jusqu’à brandir un délit d’« ingérence intérieure » pour légitimer le délit d’opinion.


L’extrême centre, obstacle à la libération des Français

« On a oublié le peuple » : l’aveu est venu de Philippe Brun, député PS candidat à la primaire interne de son parti1. Toutefois, cette tardive lucidité n’a toujours pas pénétré le monde clos de la Macronie. Le 12 août, Paris Match a promu à sa une le portrait du chef de l’État chevauchant, tout en muscles de bras et de cuisses, un écumant jet-ski rouge, au pied de la citadelle de Brégançon : une obscène flatterie du narcissisme d’Emmanuel Macron, alors que la France recule plein pot. Durant cet été, plus de 5 millions de spectateurs ont, pour leur part, plébiscité le diptyque d’Antonin Baudry sur La Bataille de Gaulle. Des salles applaudissent. Imaginerait-on le Général faire le kéké devant des paparazzis ? La classe politique, comptable du chaos, a au moins réussi à rendre les Français nostalgiques de leur grandeur passée.

A lire aussi: Causeur #148: La dette publique, c’est moi!

Même la Justice semble redécouvrir qu’elle juge « au nom du peuple français ». Dans son arrêt du 7 juillet permettant à Marine Le Pen d’être éligible en 2027, la cour d’appel a rappelé « la liberté de choix de l’électeur » et « la liberté des candidatures ». Les juges ont renoncé à entraver un processus démocratique, contrairement au Parquet national financier dont les manœuvres ont plombé François Fillon, favori en 2017. Pour sa part, le Conseil constitutionnel, saisi par le PS et LFI, a estimé (14 août) que la loi du 21 juillet interdisant les réseaux sociaux au moins de 15 ans portait, dans ses modalités d’application, une atteinte « disproportionnée » à la liberté d’expression. Quant aux juges d’instruction de Valence (Drôme), ils ont requalifié, le 20 juillet, le meurtre de Thomas Perotto à Crépol (novembre 2023) en crime contre « la race blanche et la nation française », à rebours du déni, imposé pourtant par le parquet, sur le racisme antiblanc.

Ces petits faits dévoilent une atmosphère. Elle est tempétueuse. La libération du pays dépasse la quête gaullienne. La résistance gagne les citoyens oubliés par l’aristocratie technocratique accrochée à ses privilèges. L’extrême centre, ainsi nommé en raison de la dérive illibérale de la Macronie, est la caricature d’un pouvoir paranoïaque irrité par la contradiction. La contrariante Cnews et les indomptables réseaux numériques sont les obsessions de l’État censeur et de ses médias. Le projet de loi Bergé a repris une disposition déjà retoquée par le Conseil constitutionnel en 2018 visant à traquer des propos trop critiques. Même le Sénat a sorti en juillet, de la manche du centriste Laurent Lafon, un délit d’« ingérence intérieure » qui pourrait bien être le faux-nez d’un délit d’opinion…

A lire aussi: Hara-kiri progressiste

La libre parole menace le régime. Ses apparatchiks jouent la diversion. L’accusation en « ingérence extérieure », pour désigner la Russie de Poutine dont Macron a juré la défaite, se rapproche du complotisme. La journaliste russe, Xenia Fedorova, qui appelle à la paix des Slaves avec l’Ukraine, a été jugée indésirable en France au nom de « l’ordre public ». Cependant, le gouvernement se tait face aux ingérences algériennes, iraniennes, qatariennes, etc. Lors de l’invasion de Ceuta (Espagne), fin juillet, par 72 000 Maghrébins finalement refoulés pour la plupart, Laurent Nuñez a accusé les réseaux sociaux d’« ingérences informationnelles », pour avoir diffusé les images. L’infantilisation du débat démontre l’épuisement de la politique sans le peuple. Changeons tout !

La révolution des oubliés

Prix: 10,00 €

2 d'occasion et neuf disponible à partir de 3,81 €

  1. Europe 1, 23 juillet. ↩︎
Septembre 2026 - #148

Article extrait du Magazine Causeur




Article précédent Lindsay Clancy: « N’importe laquelle d’entre nous »?
Journaliste, éditorialiste, essayiste. (ex-Le Figaro, CNews, Causeur)

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Pour laisser un commentaire sur un article, nous vous invitons à créer un compte Disqus ci-dessous (bouton S'identifier) ou à vous connecter avec votre compte existant.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération