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Le grand remplacement n’est pas une fatalité

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Pour le discours dominant, quelque précaution qu’il prenne pour le dire, l’immigration est à la fois inévitable et indispensable. Inévitable parce que d’énormes masses de populations affamées de mieux-vivre cernent la petite minorité des peuples prospères que nous sommes ; indispensable, parce que sans immigration, notre économie donc notre société sombreraient. Enfin et en conséquence, le grand remplacement est en même temps écarté comme un fantasme et accepté comme une fatalité.

Ces trois assertions sont partiellement ou franchement fausses :

L’immigration indispensable ?

Les employeurs semblent en effet de plus en plus favorables à l’immigration à mesure que l’opinion lui est plus hostile. La raison fondamentale tient à la faiblesse des gains de productivité – des progrès réels – de nos économies depuis trente ans. L’agriculture, l’industrie, l’aile marchande des services, où les gains de productivité sont possibles, emploient en effet une part toujours moindre de la main d’œuvre. Au contraire, les activités de tourisme et de loisirs, de maintenance ou de manutention, mais surtout les services publics (santé, éducation) et les services à la personne, les maisons de retraite, les aides à domicile, le soutien aux personnes dépendantes, mobilisent une part toujours croissante de nos ressources de travail. Or la notion même de ‘gain de productivité’ y est contestée – et contestable. On n’y considère en général le progrès que sous la forme d’un accroissement des effectifs (plus de professeur(e)s, plus d’infirmier(e)s et d’aide-soignant(e)s, plus de serveurs et de livreurs, etc…). En ce sens, il est vrai que l’immigration apporte un renfort indispensable. En outre, les immigrés, généralement jeunes, soutiennent activement nos économies largement fondées sur la consommation – même si ce soutien repose dans une large mesure sur la redistribution sociale à leur profit. Ce qu’on dit moins en revanche, c’est que leurs emplois sont nécessairement mal payés, puisque les gains de productivité y sont faibles. On fait rêver sur les ‘dizaines de milliers’ d’ingénieurs dont nos industries ont besoin, pour mieux faire passer les millions d’immigrés précarisés employés dans le nettoyage ou l’assistance aux personnes âgées partout en Europe. En outre, le coût très bas du travail immigré entrave la modernisation de ces métiers et la recherche de vrais gains de productivité, cruciaux dans un avenir où l’immigration aura disparu.

L’immigration est provisoire

Un avenir pas si lointain. C’est ici que le discours dominant devient franchement faux. Car, non, la ‘petite minorité’ des pays riches et vieux n’est pas encerclée par ‘l’immense majorité’ des pauvres prolifiques. Cette vision, héritée de l’explosion démographique du Tiers-Monde des années 1945-1980, est aujourd’hui totalement erronée. En 2021, selon les chiffres des Nations Unies, la fécondité des deux tiers des populations mondiales (67%) est inférieure au taux de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme). Le plus souvent, les naissances y sont encore supérieures aux décès – c’est le cas en France -, mais l’équilibre s’inversera dans moins d’une génération. Les décès sont déjà plus nombreux que les naissances pour 28% de la population globale, surtout en Asie (Chine, Japon, Corée, Taïwan, Thaïlande) et en Europe (Russie et Ukraine comprises). Les pays d’émigration ne regroupent pas plus d’un quart de l’humanité. Encore la nette majorité d’entre eux, dont la fécondité en baisse est comprise entre 2,5 et 4,5 enfants par femme, devraient-ils rejoindre le groupe déficitaire d’ici 15 à 40 ans – hors de l’Afrique subsaharienne, un seul pays au monde, l’Afghanistan, affiche plus de 4 enfants par femme. De l’avis général, la population mondiale devrait cesser de croître – et commencer aussitôt à décroître – entre 2065 et 2085 au plus tard.

En gros, l’immigration de masse devrait suivre la même courbe et disparaître un peu après le milieu du siècle. Entre-temps, l’affaiblissement de l’offre d’émigrants et le renforcement de la demande d’immigrants devrait diversifier et répartir les flux, multiplier les pays d’accueil, et donc généraliser le problème politique de l’immigration, comme on le voit déjà en Europe ou aux États-Unis bien sûr, mais aussi au Mexique, au Chili, en Argentine, en Tunisie, en Turquie, en Iran, dans l’Assam indien, en Côte d’Ivoire, etc…

Contrairement à ce qu’on croit souvent, la différence des niveaux de vie n’est plus toujours l’incitation première à migrer. La croissance économique des pays émergents, plus rapide que celle des pays développés depuis 30 à 40 ans, a réduit l’écart réel de revenu et atténué d’autant la pression migratoire. Bien que le revenu par tête du Mexique, en parité de pouvoir d’achat, soit encore trois fois inférieur à celui des USA (25 000 dollars contre 80 000), l’émigration mexicaine vers le nord est désormais surtout commandée par la menace de l’insécurité. Quatre pays (Cuba, Nicaragua, Venezuela, Haïti) dont la somme des populations n’atteint pas 60 millions d’habitants, et dont la fécondité s’étage de 1,44 à 2,81 enfants par femme, ont fourni cette année (2022-2023) près d’un million d’immigrants aux États-Unis.

Plus que l’aspiration à un ‘meilleur niveau de vie’, c’est l’effondrement de sociétés de classes moyennes sous le poids de régimes politiques et économiques, ou d’une criminalité, au sens propre insoutenables, qui sont en cause. Mais ces secousses brutales seront brèves : ces pays sont en train de se vider de ce qu’il leur reste de jeunesse. Les pays riches vampirisent, à leur corps défendant, les ultimes ressources démographiques de territoires politiquement faillis – tout en aspirant ainsi, nous le voyons ces dernières semaines, une part de l’insécurité qui chasse les migrants de chez eux.

Le Grand Remplacement n’est ni une fatalité, ni (tout à fait) un fantasme

Le grand remplacement n’est donc pas une fatalité. La durée de l’immigration de masse à venir – trente ans, quarante ans peut-être en France, dont certaines anciennes colonies africaines sont les pays les plus féconds du monde – est trop courte pour qu’on puisse imaginer la transfusion totale de peuplement que certains redoutent, et d’autres espèrent. Le grand remplacement n’est-il donc qu’une pure illusion ? Pourquoi ce thème apparaît-il aujourd’hui, alors que la fécondité mondiale baisse partout, plutôt qu’il y a cinquante ans, au sommet de l’explosion démographique ? Les Etats-Unis recevaient, ces dernières années, un peu plus d’un million d’immigrants par an, à peine plus qu’en 1900, quand leur population était trois fois moindre. Mais cette immigration est (encore) plus mal supportée que les arrivées bien plus massives du début du siècle dernier.

La réponse tient sans doute au rapport du croît naturel et de l’immigration. En 1900, l’excédent des naissances sur les décès aux USA forme les deux tiers de la croissance de la population, le double de l’immigration (2% par an contre 1% pour l’immigration). Aujourd’hui au contraire, l’immigration représente, selon les estimations, 60 à 80% de la faible croissance de la population américaine (0,4 à 0,6% par an pour l’immigration contre 0,15 % pour l’excédent des naissances sur les décès). Les proportions sont comparables, ou plus défavorables encore, en France. Le grand remplacement est certes mal nommé, mais il traduit ce que les chiffres disent aussi : une population est d’autant plus inquiète de son identité qu’elle se sait peu féconde. Le thème du grand remplacement incrimine moins la puissance démographique des arrivants que la faiblesse démographique de ceux qui les reçoivent. C’est pourquoi il s’étend avec la baisse presque généralisée de la fécondité mondiale. Il touche aujourd’hui en Méditerranée les premiers pays musulmans passés sous le seuil du renouvellement des générations – Tunisie ou Turquie – et tout laisse à croire que sa popularité va s’étendre.

En résumé, prétendre substituer aux naissances défaillantes une immigration massive ferait payer une assez brève amélioration du marché de l’emploi par un désastre politique, une fragilisation durable de la cohésion sociale, et une vampirisation, qualitative et quantitative, des ressources démographiques déclinantes des pays de départ, comme on l’observe déjà aujourd’hui dans les Caraïbes. Si on veut éviter ces évolutions négatives, il faut pour le moins que l’accroissement naturel équilibre les arrivées, grâce à une relance de la natalité. Avouons que la tâche ne s’annonce pas facile. Toujours salutaires, les rebonds des naissances observés dans les dernières décennies, en France (1995-2010), aux États-Unis (1990-2005), en Russie (2005-2015), en Hongrie (depuis 2015), ou même en Algérie et en Egypte sous l’impulsion de l’islamisation des sociétés (2005-2015), n’ont eu que des effets assez éphémères. Si on ne parvenait pas à rétablir l’équilibre entre croit naturel et immigration en relevant le premier, il faudrait abaisser la seconde, c’est-à-dire réduire drastiquement l’immigration, voire y renoncer totalement. Impossible ? C’est pourtant ce qui se passera naturellement d’ici une quarantaine d’années. Peut-être conviendrait-il, comme le font courageusement le Japon ou la Corée, de s’y préparer dès maintenant.

Le retour de l’uniforme à l’école réglait aussi le problème de l’abaya

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6 Français sur 10 sont favorables au retour de l’uniforme scolaire, que Gabriel Attal promet d’expérimenter.


Apparu au début du XIXe siècle sous l’impulsion de Napoléon, l’uniforme scolaire disparaît un siècle et demi plus tard, au gré des revendications étudiantes de 1968. Dès 2003, l’ancien ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos suggère que l’adoption d’une tenue scolaire unique effacerait « les différences visibles de niveau social ou de fortune ».

Depuis, la droite française en a fait l’un de ses piliers en matière d’éducation. Il faut dire que la question du port de l’uniforme à l’école anime le débat public depuis des décennies. Le 12 janvier dernier, lors de sa niche parlementaire, le Rassemblement national a remis le sujet sur la table en inscrivant l’uniforme scolaire à la liste de ses propositions. Du parti à la flamme aux rangs macronistes, on voit à travers l’uniforme, un moyen de défendre la laïcité et de lutter contre le harcèlement scolaire. Interrogée à plusieurs reprises sur le sujet, Marine Le Pen affirme que l’uniforme serait la solution à deux difficultés : « la compétition des marques et la pression des islamistes sur les enfants qui vont à l’école ».

A-t-elle raison ? Tout porte à croire que oui. 

Il y a quelques semaines, la disposition prise par Gabriel Attal d’interdire le port de l’abaya et du qamis à l’école entrait en application dans l’ensemble des établissements du pays. Disposition largement plébiscitée par les Français, qui, selon une enquête réalisée par l’IFOP, attribuent massivement (70 %) un caractère religieux à ces vêtements. Malgré les recours déposés par La France Insoumise, l’association La Voix lycéenne, l’association Le Poing levé et le syndicat Sud-éducation contre la circulaire du nouveau ministre, le Conseil d’Etat en a maintenu l’interdiction (il rendra une décision « au fond » définitive « ultérieurement »). Si l’interdiction des vêtements religieux à l’école déchaîne les passions, au milieu des vociférations de Marine Tondelier et le vacarme vaniteux de Jean-Luc Mélenchon, une petite voix persiste : celle de l’uniforme. Il faut bien avouer que dans une société marquée par l’émergence d’un multiculturalisme à rebours de la tradition française, les établissements scolaires peinent à faire face à la recrudescence du voile, de l’abaya et du qamis. Pourtant, ces vêtements sont des symboles manifestes du fondamentalisme islamiste contre lesquels il convient de lutter bec et ongles. Le 20 septembre, au travers d’un vœu en faveur de l’uniforme présenté devant le Conseil Régional d’Ile-de-France, Pierre-Romain Thionnet (RN) alertait sur la lente agonie de la laïcité qui, selon lui, s’observe en premier lieu dans les lieux d’instruction. Une chose est sûre, l’uniforme permettrait à la fois de réaffirmer le principe de laïcité et d’éviter que l’école devienne le théâtre des communautarismes.

À lire aussi, Julien Odoul: «Pour faire reculer l’islamisme, il faut interdire son uniforme dans le cadre scolaire»

À droite, chacun s’accorde à dire qu’une tenue uniforme obligatoire dans les écoles et les collèges publics pourrait permettre de pallier aux inégalités sociales et culturelles qui existent entre les enfants issus de familles aisées et leurs camarades issus de milieux populaires. Bien souvent, les professeurs pointent du doigt les distorsions créées par des écarts significatifs de valeur entre les vêtements des élèves. Certains précisent qu’ils peuvent être, dans certains cas, des motifs de harcèlement scolaire. Imposer une tenue unique dans les établissements serait une mesure forte portée par les pouvoirs publics pour lutter contre la compétition pour les marques et les dérives matérialistes. Plus encore, le port de l’uniforme aiderait l’élève à s’émanciper de son origine sociale et à s’affranchir des diktats de la mode.

D’autre part, il y a urgence à rétablir l’autorité du professeur, celui que Charles Péguy qualifiait d’hussard noir de la République. L’uniforme marque une frontière entre l’élève et le professeur, il donne un sentiment d’ordre et de discipline adapté à l’apprentissage du savoir. En d’autres termes, il impose un rapport de force qui permet à l’enseignant de réaliser sereinement sa mission première : transmettre le savoir. Enfin, l’uniforme offre à l’élève le moyen de s’identifier à son établissement et de renforcer son sentiment d’appartenance à l’institution.

En janvier dernier, selon un sondage de l’institut CSA pour CNews, près de six Français sur dix (59%) se sont dit favorables à un retour de l’uniforme à l’école. À supposer que les expérimentations de l’uniforme promises par le ministre de l’Éducation Nationale portent leurs fruits, pourraient-elles aboutir à sa généralisation dès 2024 ?

Les larmes d’une grande âme: quand Jakubowicz s’enfonce dans le déni

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Islamisme. L’ancien président de la Licra refuse de reconnaître qu’il s’est trompé sur le compte de Georges Bensoussan


On n’arrive pas à distinguer ce qui de la bêtise ou de la vanité l’emporte chez l’ancien président de la LICRA quand il persiste et signe pour dénoncer Georges Bensoussan dans l’émission de Pascal Praud, sur CNews. La justice a donné raison à M. Bensoussan par trois fois, en première instance, en appel et en cassation dans les procès intentés contre lui, le disculpant de tout propos raciste. En première instance à l’initiative du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), la LICRA s’était jointe au MRAP, à la LDH pour attaquer Georges Bensoussan en justice. Faut-il rappeler que le CCIF a depuis été dissous pour son soutien à l’islamisme radical sous le masque de l’antiracisme ?

A lire aussi: L’oumma, non soluble dans la nation

Malgré cette décision de justice, M. Jakubowicz maintient aujourd’hui sa position initiale d’accusation de M. Bensoussan. Selon lui, les propos tenus au micro de l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut attribuaient aux familles maghrébines un antisémitisme structurel. Cette essentialisation était insupportable au président de la LICRA. Après avoir reconnu qu’il s’était souvent trompé dans d’autres prises de position, il persiste dans cette dénonciation. L’affaire est-elle grave ou seulement ridicule ? En contestant une décision de justice, cet avocat risque de relancer une procédure à son encontre. Les faits, hélas aujourd’hui, donnent raison à Bensoussan et confortent son analyse pointant ce politiquement correct producteur de la nouvelle haine des juifs au nom de l’antiracisme inaugurée à Durban en aout 2001.

Vidéo ici à partir de 3mn 25s

La myopie de Jakubowicz devient aberrante quand son propos réhabilite ce qui ronge la capacité à comprendre le présent. Bensoussan aurait-il tort d’avoir eu raison trop tôt ? On paie au prix fort ce déni du réel. Pour la plus grande jubilation des supporters  « progressistes » du Hamas et des « Allahou akbar » antiracistes, l’idiot utile Jakubowicz est un allié de choix.

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Signé par : Aude Weill-Raynal (avocate), Monette Vacquin (psychanalyste), Henri Vacquin (sociologue), Michèle Chabelski (enseignante), Muriel Pill (enseignante), Renée Fregosi (philosophe et politologue), Paulette Touzard (Ex-Pdte LiCRA Nord), Paul Germon (Expert-Comptable), Pierre-André Taguieff (politologue, dr recherches CNRS), Jacques Tarnero (documentariste), Sarah Cattan (journaliste), Richard Prasquier (ex Pdt du CRIF), Liliane Messika (essayiste), Charles Baccouche (avocat), Eliane Klein (journaliste), Georges Benayoun (réalisateur), Daniel Horowitz (essaiyiste), Alain Finkielkraut (philosophe), Michel Zaoui (avocat), Caroline Valentin (avocate), Mischa Wolkowicz (psychanalyste), Richard Rossin (ex Secrétaire Général de Médecins Sans Frontières), Josiane Sberro (enseignante).

La France, cul par-dessus tête

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De mémoire, on ne peut s’empêcher de penser à Chateaubriand.


La France est cul par-dessus tête. D’où qu’on regarde, les valeurs qui agrègent notre société ne sont pas seulement déliquescentes, elles sont aussi salement inversées. On aimerait bien pouvoir incriminer les tempêtes d’équinoxe Cairan ou Domingos, dévastatrices et majestueuses, impitoyables. Au moins, ça aurait un peu de gueule. Mais, si on en est là, hélas, le fatum n’y est pour rien. C’est la seule permissivité toxique dont on a collectivement fait preuve qui a corrodé notre monde. Dissimulée sous les oripeaux de la tolérance et de la bienveillance, celle-ci, qui n’est que lâcheté et compromission, a ouvert la porte à tous les débordements, autorisé et légitimé tous les comportements dévoyés, intégristes, racistes et conquérants : un loup déguisé en grand-mère.

Provocations musulmanes

Voici quelques nouvelles récentes du pays des Lumières ; c’est à pleurer. Vient de se tenir, dans l’aéroport de Roissy, une prière musulmane collective. Elle sonne comme une provocation ou témoigne, à tout le moins, alors que la guerre d’Israël contre le mouvement terroriste du Hamas exacerbe les tensions en France, d’une volonté évidente de marquer un territoire. Augustin de Romanet, le PDG du Groupe ADP-Paris Aéroport, n’écoutant que son courage qui semble ne pas lui dire grand-chose, déclare qu’il n’est « pas nécessaire de monter cet épisode, inédit, en exergue, en ce moment» La loi sur l’immigration, censée permettre de mieux en assurer le contrôle, prévoit de régulariser les clandestins sans papiers travaillant dans les métiers dits « en tension ». Voilà qui sonne comme une invitation : « venez travailler comme vous êtes. »

Alors que les actes antisémites se multiplient, ce sont les musulmans qui veulent se défendre. Taha Bouhafs, qu’on avait oublié depuis sa candidature malheureuse à une députation briguée sous la bannière de LFI, appelle les musulmans à s’organiser en milice : « Puisque la sécurité des musulmans ne semble pas être la préoccupation de personne, ou si peu de monde, en tout cas clairement pas celle du gouvernement. Les musulmans vont devoir sérieusement organiser leur propre défense, politique, physique, médiatique. » Notre ministre de la Justice, est lui… devant la Justice. Accusé de prise illégale d’intérêts, le voici, premier membre d’un gouvernement -qui ne nous déçoit jamais- jugé dans l’exercice de ses fonctions, sous la Ve République !

A lire aussi, Jean-Baptiste Roques: LFI: des sans-cravates menés à la cravache

Les vacances de la diva décroissante

Anne Hidalgo, notre papesse de l’écologie, la femme qui fait pédaler Paris dans la choucroute, celle qui a réussi à mettre tout le monde au pas, à l’exception du surmulot véloce, rentre de vacances dont elle aurait sans doute préféré qu’on ne parlât point. Après avoir augmenté la taxe foncière des Parisiens à hauteur de 52%, notamment pour appliquer ses engagements sur le climat, et plus que doublé la dette de Paris depuis son arrivée, elle explose maintenant un bilan carbone déjà conséquent. La diva décroissante, de retour de Tahiti, destination la plus chère et la plus éloignée de Paris a déjà effectué 13 déplacements qu’on suppose être de la plus haute importance depuis le mois de janvier. Son séjour polynésien, au prétexte de visiter, sans s’y rendre pourtant, le site d’épreuves de surf des JO, aura duré pas moins de trois semaines.

Sophie Pommier et Jean-Luc Mélenchon n’iront pas manifester contre l’antisémitisme

On a aussi remarqué la dénommée Sophie Pommier, conseillère en formation sur le Proche-Orient au ministère des Affaires étrangère alors qu’elle arrachait des photos d’otages du Hamas, collées sur les murs dont, des enfants, des femmes, des bébés et huit Français. Tout ça en beuglant : « Israël assassin » ! Et voici, pour rester dans le registre du lamentable, l’une des dernières saillies de Jean-Luc Mélenchon. Une fois de plus, le pitoyable histrion s’illustre de la plus sordide des façons. En effet, à propos de la manifestation qui s’organise dimanche prochain contre l’antisémitisme, le sinistre barde, dont on est en droit se demander s’il n’est pas en pleine décompensation, twitte: « Dimanche manif « l’arc républicain » du RN à la macronie de Braun-Pivet. Et sous prétexte d’antisémitisme, ramène Israël-Palestine sans demander le cessez-le-feu. Les amis du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous. »

Ce dévoiement général du sens commun, ce déploiement de bêtise crasse et cette érosion de l’humanité qui gagne une France où on ne sait plus que s’invectiver et éructer, Chateaubriand nous en a déjà parlé ; ils n’augurent rien de bon. Dans Les Mémoires d’outre-tombe, on lit ce passage prophétique : « À cette époque, tout était dérangé dans les esprits et dans les mœurs, symptôme d’une révolution prochaine. Les magistrats rougissaient de porter la robe et tournaient en moquerie la gravité de leurs pères. Les Lamoignon, les Molé, les Séguier, les d’Aguesseau voulaient combattre et ne voulaient plus juger.  (…) Le prêtre, en chaire, évitait le nom de Jésus-Christ et ne parlait que du législateur des Chrétiens ; les ministres tombaient les uns sur les autres ; le pouvoir glissait de toutes les mains. Le suprême bon ton était d’être Américain à la ville, Anglais à la cour, Prussien à l’armée ; d’être tout, excepté Français. Ce que l’on faisait, ce que l’on disait, n’était qu’une suite d’inconséquences. » À méditer.

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«L’électorat juif vote à droite»: un honneur et une responsabilité…

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Quand le politologue respecté qu’est Jérôme Fourquet, dont la provocation gratuite n’est pas le fort, déclare que « ceux qui portent aujourd’hui le sceau de l’infamie, c’est La France insoumise »[1], on est bien obligé de l’écouter et de se demander comment un tel bouleversement démocratique a pu avoir lieu. Le politologue, auteur de La France d’après[2], nous donne d’ailleurs lui-même les clés de compréhension qui nous sont nécessaires : « L’électorat juif, abandonné par la gauche, vote à droite ». Allant même plus profondément dans l’analyse, il ne fustige pas un mouvement qu’il se contente de décrire, contrairement à Gérard Miller qui stigmatise « cette part croissante des citoyens juifs dans ce pays qui ont perdu leur boussole morale et politique puisqu’ils votent massivement pour l’extrême droite ».

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Gérard Miller, les Juifs et ma boussole morale

Jérôme Fourquet nous explique que « dans les manifestations contre Israël depuis plusieurs années, les drapeaux palestiniens, mais aussi parfois du Hamas et du Hezbollah, se mêlent à ceux du NPA, de la CGT et de LFI ». Alors que de son côté, Marine Le Pen, tout à sa stratégie de normalisation, martèle : « Il ne fait pas bon dans certains quartiers être femme, juif ou homosexuel ». C’est une lente tectonique sur vingt ans qui a chamboulé les repères. Il me semble évident que les terrifiants événements récents, d’abord la barbarie dont Israël a été victime le 7 octobre, n’ont pu qu’amplifier cette évolution conduisant une part importante de l’électorat juif à faire davantage confiance, comme bouclier, à l’extrême droite et à la droite qu’à l’attitude pour le moins équivoque de LFI. Il est ironique, si le sujet n’était pas tragique, de voir Mediapart s’étonner du fait qu’Éric Zemmour ait fait un triomphe en Israël en cultivant « ses obsessions identitaires ». Le contraire, en cette période, aurait été surprenant.

jerome fourquet maires elus
Jérôme Fourquet est le directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’IFOP (c) Photo : Hannah Assouline.

Une fois que cet indéniable déplacement de l’électorat juif a été relevé, je ne crois pas que la droite de gouvernement puisse s’en satisfaire en se disant que « c’est toujours bon à prendre ».

D’abord parce qu’il est clair que dans le climat actuel, ce bouleversement tectonique profite prioritairement à l’extrême droite susceptible de rassurer davantage la communauté juive par un discours plus manichéen, plus vigoureux. Elle n’était pas portée à donner naturellement du crédit à un programme qui avait plus peur de violer les interdits de la gauche que d’affirmer ses propres valeurs à la fois fermes et humanistes.

A lire aussi, Jean-Baptiste Roques: LFI: des sans-cravates menés à la cravache

Ce devrait donc être le premier objectif des Républicains que de détourner cet électorat juif d’une adhésion qui malgré les apparences serait stérile pour un double motif : l’extrémisme du fond, la difficulté d’une incarnation présidentielle.

La seconde ambition de LR serait d’être à la hauteur de cet honneur octroyé, de cette responsabilité dévolue par l’électorat juif votant à droite. En aucun cas, appréhender cette opportunité seulement comme un coup tactique, une chance politicienne mais comme une avancée imposant un devoir de rigueur, de réflexion et de fidélité à ses engagements. Avec l’urgente mission d’apaiser l’angoisse, tellement justifiée aujourd’hui, de cet électorat et l’impératif de sortir le parti des sentiers battus de la pensée et du projet en matière de sécurité et de Justice. Un honneur, mais aussi une responsabilité.

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[1] https://www.lejdd.fr/societe/jerome-fourquet-ceux-qui-portent-aujourdhui-le-sceau-de-linfamie-cest-la-france-insoumise-139408

[2] https://www.causeur.fr/la-france-d-apres-arrive-et-elle-n-est-pas-belle-a-voir-269005

Schubertiade à Gaveau

Notre chroniqueuse s’est rendue salle Gaveau, lundi soir, où un concert, «Schubert ou le génie romantique», présenté par Franck Ferrand de Radio Classique, accompagné par les pianistes David Kadouch et Guillaume Bellom, était donné. Oui, la beauté sauvera le monde!


La salle Gaveau était pleine à craquer. Sur la scène, avant que le concert —paroles et musique— commence, un piano, un canapé à l’ancienne et deux fauteuils, un guéridon avec des verres de vin rouge. L’hôte est là qui bavarde avec ses deux invités— deux pianistes— le temps que le public prenne place. Quand nous sommes tous bien calés, depuis le haut jusqu’en bas, l’hôte des lieux s’adresse à nous avec humour en montrant le décor : « Voyez comme nous nous sommes embourgeoisés ! » Et d’ajouter combien il avait voulu, par les temps que nous vivons, créer un climat schubertien de convivialité, de paix, d’amitié.

Hommage amical à un compositeur mort à 31 ans

Pour Schubert, la joie de la musique résidait dans celle du partage, dans l’intimité des cœurs et des âmes. « Grâce à lui, nous devenions tous frères et amis » disait de lui son ami intime, Joseph von Spaun. Doté d’un physique ingrat, malheureux en amour mais riche en amitié, il avait la nostalgie de ce temps où, « nous encourageant les uns les autres, un effort unique vers le beau nous attirait tous. » C’est ainsi que, toute sa vie, il aura rêvé d’une « communauté » chère à son cœur et source de son inspiration — d’un paradis perdu. De là ces schubertiades, ces moments musicaux auxquels il participait à Vienne, dans les salons de la bourgeoisie, avec une prédilection pour les lieder et les œuvres au piano à quatre mains. N’étant lié par aucune commande de personnalités, il passera sa vie, ignoré du grand public et mourra très tôt, rongé par la maladie.

A lire aussi: Franck Ferrand: « Napoléon, notre contraire »

Cette musique à quatre mains fut interprétée par deux pianistes d’exception, David Kadouch et Guillaume Bellom qui rendirent magnifiquement le romantisme propre à Schubert, fait de bourrasques intérieures et de phrases, miraculeuses de tendresse venue d’un autre monde. Quant au maître de maison, on pouvait compter sur lui pour associer avec charme la salle à la conversation. C’est ainsi que les deux pianistes évoquèrent les caractéristiques du jeu à quatre mains fait de communion amicale et de dialogue. Le dernière sonate, écrite la veille de la mort du musicien, résonna dans un silence impressionnant. Lui qui n’aura connu aucune gloire mondaine, il aura réuni, ce 6 novembre, trois siècles après sa mort, non plus une petite « communauté » mais un public nombreux qui communiait dans sa musique.

Un moment salvateur

Ce n’était pas mon premier concert. Et j’écoute régulièrement la voix de Franck Ferrand à Radio Classique. Pourquoi, alors, ce moment a-t-il paru, à moi comme à beaucoup, si bénéfique, pour tout dire : salvateur ? C’est qu’il évoquait un temps non pas « d’avant » mais d’aujourd’hui, de toujours. Face à ce qui paraît un effondrement de tout, ne nous contentons pas d’analyser ni de dénoncer ou de désespérer. Il ne suffit pas de parler de « valeurs » mais de faire vivre des œuvres. Notre langue, la musique, les places de nos villes, l’art de la conversation, une schubertiade, un aria d’opéra, une certaine manière de vivre, c’est cela l’Europe.

Tout récemment, Franck Ferrand est venu à Saint-Etienne du Mont évoquer Port-Royal où Pascal est enterré non loin de Racine. Leurs œuvres ne sont pas des « valeurs », leurs auteurs sont des êtres toujours vivants dont les voix traversent les siècles. Dans ses billets hebdomadaires à Valeurs Actuelles, Franck Ferrand mène aussi un beau combat pour notre langue. Avant-hier, à Gaveau, comme au théâtre de Poche, après le spectacle de Fossey et de Laval[1], j’ai mieux compris la vérité de cette phrase attribuée à Dostoïevski qui m’agaçait parfois, dite à tout bout de champ,  et qui me paraissait abstraite : « la Beauté sauvera le monde. »


[1] https://www.causeur.fr/la-fontaine-en-fables-et-en-notes-theatre-de-poche-269222

L’oumma, non soluble dans la nation

L’enjeu de la guerre menée par le Hamas contre Israël dépasse largement la question palestinienne. Par sa dimension islamique et djihadiste, c’est l’offensive de tous ceux qui haïssent l’Occident, et les Juifs. Cet antisémitisme mondialisé est un marqueur dans la guerre, froide celle-ci, qui oppose la Chine et la Russie au bloc libéral.


Causeur. Entre le massacre du 7 octobre par le Hamas –émanation des Frèresmusulmans, utilisant les « codes » de cruauté́ et de communication de Daech–, les attentats en France ces dernières semaines et l’irruption de colère à travers le monde musulman après l’annonce mensongère d’une frappe israélienne sur un hôpital à Gaza, peut- on trouver un lien, un dénominateur commun ?

Georges Bensoussan. Ces événements sont liés, en effet, et relèvent de ce que Pierre-André Taguieff désignait, il y a vingt ans déjà, comme l’islamisme mondialisé, et par ce biais comme une haine antisémite mondialisée. À ce constats’ajoute une dimension politique : ce conflit apparaît avec celui qui se déroule en Ukrainecomme une attaque globale contre l’Occident et l’héritage des Lumières. Nous sommes en présence d’une régression antidémocratique massive qui prend la forme d’une offensive anti-occidentale. L’agression multiforme contre l’État d’Israël en est partie prenante carl’État juif participe en effet du monde occidental au même titre que sa matrice intellectuelle, le sionisme, est un enfant des Lumières. À cet égard, si on pointe du doigt avec raison la complaisance pour le Hamas d’une « gauche » dévoyée, il ne faudrait pas oublier non plus l’Iran et son bras armé, le Hezbollah, en première ligne derrière le Hamas. Or, l’étude des réseaux de soutien à Téhéran en Europe montre, outre les communautés musulmanes chiites, une surreprésentation de groupes ou de personnalités d’extrême droite. C’est vrai notamment de milieux catholiques « traditionalistes » qui, au nom de la défense des chrétiens d’Orient, se font les porte-voix de Bachar al-Assad et de son régime viscéralement antisémite, par effet de capillarité du Hezbollah et du régime des mollahs. Au passage, les mêmes qui se mobilisent pour les chrétiens de Syrie ne sont jamais souciésdu sort dramatique de la communauté juive syrienne à l’époque du père, Hafez al-Assad.

Pour vous, le sionisme est un enfant des printemps des peuples. Pourtant, il est dénoncé comme une relique du colonialisme.

Le discours moutonnier de la doxa veut voir dans le sionisme un épigone du colonialisme alors qu’une étude historienne de fond montre, a contrario, qu’il estissu du cœur de la Palestine au milieu du xixe siècle. Il s’agit d’un mouvement de libération de la minorité juive qui entend s’émanciper et s’autodéterminer face à la majorité musulmane. Depuis l’Europe orientale, qui rassemble alors la majorité des Juifs du monde, et la Palestine séfarade dans l’Empire ottoman, on assiste dans les années 1860-1870 à un renouveau de la langue hébraïque via la presse et l’école, premier noyau d’une libération nationale sur une terre qui est au cœur de l’imaginaire juif, générant une nouvelle question nationale à l’instar des questions kurde, arménienne, bulgare, serbe, albanaise…

Un « sionisme ottoman » ?

Nous avons longtempsétudié́ la question nationale juive du point de vue européen. À raison. Mais nous avons oublié en chemin l’Empire ottoman qui représente le « chaînon manquant » dans ce contexte particulier où le non-musulman (ou non-Turc) est un sujet protégé (dhimmi pour les chrétiens et les juifs) qui entend s’affranchir de l’ancien maître musulman. C’est sur ce terreau qu’apparaît le mouvement national juif qui, structuré autour de l’hébreu, offre une définition sécularisée de l’identité juive. Mais la libération du « sujet protégé » en terre d’islam, la volonté d’en finir avec un statut imposé par la violence (et non pas concluavec le consentement des Juifs) se heurte fatalement aux mentalités. Quel maîtreaccepterait de bonne grâce de perdre son pouvoir ? Pour le musulman, l’émancipation du statut de dhimmi signe l’entrée en guerresainte (djihad). Dans l’économie psychique de certains musulmans, un Juif libre et souverain sur une terre (la Palestine) que l’islam a décrétéemusulmane pour l’éternité́est impensable au sens littéral du terme. C’est un bouleversement métaphysique. C’est là que se situe l’un des plus puissants blocages du conflit israélo-arabe.

Donc, ce conflit cache en fait l’affrontement entre le monde musulman et l’Occident ?

Les éléments anthropologiques que j’ai mentionnés s’imbriquent dans une tectonique de plaques plus large qui voit les Occidentaux sur la défensive face à la Russie, la Chine et certains des BRICS (l’Inde hindoue et le Brésil avec ses évangélistes sont des cas à part). Nous, Occidentaux, sommes peu à peu sur la voie du déclin. À cet égard, les réactions à l’endroit du conflit Israël-Hamas montrent un clivage qui isole l’Occident du reste du monde. L’offensive globale contre Israël, y compris désormais depuis l’intérieur même de nos pays par des populations mal intégrées, et encore moins assimilées, est à comprendre dans ce cadre-là.

Aussi mondialisé soit ce phénomène, il possède aussi des spécificités nationales. L’assassin de Bruxelles a grandi sur un terreau particulier. Sa haine de l’Occident n’est pas la même  que celle d’un Chinois ou d’un Russe qui, dans le cadre d’une nouvelle guerre froide, croient que les juifs manipulent les États-Unis et contrôlent les médias…

C’est vrai. Les sociétés traditionnelles musulmanes constituent un terreau particulièrement inflammable quand elles sont confrontées à la modernité occidentale, à l’émergence du sujet contre le clan, comme à la contestation des structures d’autorité masculines. Plus le monde traditionnel s’effrite sous les coups de boutoir de la modernité, plus il se raidit. Et ce raidissement met en lumière une violence masculine déchaînée, celle-là même qu’on voit à l’œuvre dans les foules haineusesqui défilent dans les rues de Tunis, d’Alger et deBagdad.

Quel est le poids respectif, dans cet affrontement, de la religion et de l’anthropologie ?

L’affrontement israélo-arabe a pour arrière-fond un conflit anthropologique d’envergure entre une société traditionnelle verticale et clanique, et une société horizontale d’individus. Le nouveau Yishuv (communauté juive en Palestine avant la création de l’État d’Israël) majoritairement ashkénaze, obéit à des normes européennes comme on le voit avec les fondateurs des premiers kibboutz dans les années 1910-1920. Très rapidement, un gouffre culturel énorme sépare les deux sociétés. Un siècle plus tard, ce gouffre est toujours là. Les Gazaouis vivent à soixante kilomètres de Tel Aviv mais la majorité, qui n’a jamais travaillé en Israël, ignore la société israélienne et la plupart ne connaissent pas d’Israéliens. De même, les Tel-Aviviens ignorent tout de la société palestinienne et le nombre d’Israéliens arabophones est de plus en plus faible. Une aberration au vu de la situation géopolitique du pays.Ce fossé ne peut pas être lu en termes « coloniaux » (de quelle métropole les Juifs relèveraient-ils ?), mais en termes culturels. Il aboutit à un constat d’autisme pour les deux sociétés. Ce mur anthropologique constitue un obstacle capital à la paix qui fait passer au second plan d’autres problèmes tels que Jérusalem ou les« implantations ».

Pour certains Français, les nouvelles dIsraël ont une résonance plus directe. Si on admet qu’il existe un continuum entre le Hamas, Daech, le massacre du 7 octobre, Merah à Toulouse et le Bataclan, peut-on craindre qu’un jour les jeunes émeutiers de l’été dernier préfèrent le djihad au pillage d’un Apple Store ?

En octobre 2020, dans le discours des Mureaux, Emmanuel Macron a pointé le danger du séparatisme. À raison puisque la logique de l’islam intégriste est séparatiste. Peut-on imaginer un jour des territoires soustraits à la loi de la République, dont les habitants basculeraient dans la violence parce qu’ils nous regarderaient, nous, comme des étrangers menaçant leur identité et leurs croyances ? C’est possible. C’est déjà en partie le cas quand un ancien préfet parle de 5 millions de personnesvivant plus ou moins en dehors de nos lois et coutumes. Il ne s’agit évidemment pas de5 millions de djihadistes, mais de millions de gens qui, subissant une forte pression sociale au sein d’un espace public islamisé, sont condamnés à se taire au risque de passer pour de « mauvais musulmans ». Pire : pour des apostats. C’est là que vit cettepartie de l’immigration arabo-musulmane, souvent mal intégrée, que la modernité occidentale a bouleversée. Elle a privéles hommes de leur statut de dominant, via la réussite scolaire des sœurs et l’émancipation des femmes. Entre autres. De là, une blessure narcissique qui, ajoutée à une multiplicité de blessures d’amour-propre, constitue le terreau idéalpour une radicalisation musulmane. De là, le retour aux « pieux ancêtres » et à une lecture littérale de l’islam, qui pousse au replisur soi et à la violence.

L’installation en France – terme qu’on emploie faute d’intégration ou d’assimilation –fait-elle évoluer l’anthropologie des immigrés issus des pays musulmans et leurs descendants français ?

Démographiquement, oui lorsque la taille des familles passe de six enfants à deux. L’évolution vers le consumérisme et l’hédonisme va dans le même sens. Mais cette acculturation à la modernité occidentale peut-elle, sans conflit de loyautés, toucher au noyau intime de l’identité, à savoir la dimension musulmane ? Le monde arabo-musulman traditionnel, c’est d’abord un monde d’appartenance au clan et à la communauté des croyants, l’oumma. La dimension musulmaneprime sur la dimension nationale. Sur ce plan, le décalage avec la société française est profond, il peut chez certains encourager une forme de sécession.

Défilé militaire anti-israélien organisé par le Djihad islamique, Gaza, 3 octobre 2022. « Une société arabe, clanique, traditionnelle et verticale, s’oppose à une société israélienne horizontale d’individus. » Photo : SOPA Images/SIPA

Comment cette analyse peut-elle guider notre action ? Et ne me répondez pas que l’École de la République va régler le problème !

L’Éducation nationale telle que nous la connaissons reflète l’esprit d’un Condorcet, elle ne répond certainement pas aux défis posés par une société multiculturelle. Il faut noter en premier lieu que la jeunesse évoquée plus haut a été élevée dans une foi musulmane plus ou moins rigoriste qui s’identifie à la loyauté familiale. Or, en matière d’influence, il arrive souvent qu’il faille choisir entre la famille et l’école, c’est-à-dire entre des codes et des cultures différents. Ce clivage qui s’articule autour de la notion de tolérancerésume l’impasse du multiculturalisme.

En second lieu, il reste à agir rapidement par le biais d’une nouvelle législation sur l’immigration. Le jeune assassin ingouche d’Arras n’a pas été expulsé à temps parce qu’il était entré en France avant l’âge de 13 ans. Sans doute aussi faut-il endiguerl’immigration de peuplement au grand dam du patronat, et sans craindre l’usage par la bourgeoisie « de gauche » de ce qualificatif asséné comme une insulte : « extrêmedroite ! »La peur d’être ainsi désigné paralyse le monde intellectuel parce qu’ellepeut s’accompagner d’une mise à mort sociale. Cette accusation infamanteest donc surtout un facteur de conservatisme social.

Depuis la sortie des Territoires perdus de la République, en 2002, le paysage médiatique français a-t-il changé ?

Assez peu finalement, même si aujourd’hui plusieurs organes d’expression importants permettent d’entendre d’autres points de vue et de développer d’autres analyses. Il est frappant de constater à cet égard que Le Figaro joue aujourd’hui dans le débat intellectuel français le rôle autrefois tenu par Le Monde, celui d’un véritable vivier d’idées.En revanche, du côté des médias financés par l’argent public, l’ostracisation et la stigmatisation restent en vigueur.En ce qui me concerne, par exemple, en dépit de ma victoire judiciaire jusqu’en cassation, l’accusation de « racisme » continue à flotter dans l’air comme un soupçon. Il suffira de déclarer, comme à mon propos, que vous êtes « clivant » pour que les portes se ferment. Elles restent ouvertes en revanche pour le discours faussement compassionnel qui tient lieu de pensée et formate les individus dans un grand nombre d’écoles de journalisme. Nul n’ignore que l’appareil médiatique et une partie de l’Université lui demeurent soumis.

LFI: des sans-cravates menés à la cravache

La France insoumise vient de mettre Raquel Garrido au placard pendant quatre mois. Son tort? S’être comportée exactement comme Jean-Luc Mélenchon!


Hier à l’Assemblée nationale, les « Insoumis » ont montré, à ceux qui ne l’avaient pas encore compris, que leur parti est de loin le plus caporalisé et le moins démocratique de France. Lors de son point presse hebdomadaire, Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire LFI, a annoncé qu’une lourde sanction interne venait d’être prononcée à l’encontre de Raquel Garrido pour avoir osé… critiquer son chef historique.

Qui nuit à qui ?

La décision, qui devait rester opaque et confidentielle, avait été révélée la veille par la principale intéressée. « Pendant quatre mois je n’ai plus le droit de représenter mon groupe parlementaire en tant qu’oratrice dans les discussions générales en Commission des Lois et dans l’hémicycle, a précisé la députée de Bobigny (93) dans un tweet. Je n’ai plus le droit de poser des Questions au Gouvernement au nom de mon groupe. »

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Officiellement, la compagne d’Alexis Corbière est rappelée à l’ordre pour « une accumulation d’agissements et de propos répétés qui nuisent au bon fonctionnement collectif du groupe », « la diffusion de fausses informations dans la presse », ainsi que « la mise en cause et le dénigrement ad hominem de plusieurs membres du groupe ». Mais en réalité c’est une unique déclaration qui lui est reprochée, qui tient en deux phrases et qui a été reproduite dans Le Figaro le 16 octobre : « Jean-Luc Mélenchon avait le choix d’aider à faire mieux, comme il nous y avait invités après la présidentielle, ou de nuire. Je dois constater qu’il n’a fait que nuire depuis dix mois. »

Les limites du tout-conflictuel

Ainsi donc à La France insoumise, on est prié de « tout conflictualiser », mais pas touche au tôlier ! Dieu merci, cette discipline absurde n’est pas de mise à l’intérieur de l’espace, plus vaste, de la Nupes. Sans quoi l’insoumise Sophia Chikirou serait en bien mauvaise posture depuis qu’elle a comparé, le 21 septembre sur Facebook, son allié communiste Fabien Roussel au nazi Jacques Doriot1. Et que dire de Jean-Luc Mélenchon, qui, lui-même, déclarait le 18 octobre sur BFM TV, au sujet des autres formations de gauche avec lesquelles il est pourtant censé être “uni” : « Franchement je ne les aime pas » ? N’a-t-il pas, tout autant que Raquel Garrido, nui “au bon fonctionnement collectif du groupe” ?

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Face à une décision aussi ubuesque, certains « Insoumis » n’ont pas tardé à ruer dans les brancards. Sur France Inter, Clémentine Autain s’est déclarée « atterrée », tandis que sur Twitter, François Ruffin s’est élevé contre « l’arbitraire », Danièle Simonet a exprimé sa « honte » et Gérard Miller parlé de « gâchis ». On aurait toutefois tort de penser qu’une implosion se prépare au sein de la formation mélenchoniste, où la dévotion au lider maximo est inébranlable. Rien, pas même ses ambiguïtés sur les émeutes de banlieue ou ses outrances sur le Crif, ne saurait ébrécher la statue du commandeur. Il faut voir dans ces engueulades entre chapeaux à plumes de simples duels à fleuret moucheté entre petits bourgeois privés de Grand soir.


Dernière minute. En réaction à l’appel à manifester dimanche contre l’antisémitisme lancé par le président du Sénat Gérard Larcher et la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, Jean-Luc Mélenchon a déclaré sur Twitter : « Les amis du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous ». Après avoir estimé qu’on n’est quand même pas à Berlin en 33 et qu’elle en a marre d’entendre dire que les juifs français vivraient dans la terreur, notre directrice de la rédaction Elisabeth Lévy a estimé, dans sa chronique radio matinale, que la réaction « dégoutante » du leader des « Insoumis » avait finalement achevé de la convaincre. • MP
  1. https://www.causeur.fr/melenchon-chikirou-roussel-et-jacques-doriot-266761 ↩︎

L’UE chez Mickey

Le 16 octobre, les eurodéputés, qui effectuaient leur habituelle transhumance entre Bruxelles et Strasbourg, se sont retrouvés à Disneyland Paris. 


Chaque mois, le Parlement européen fait la navette entre Bruxelles, le centre administratif de l’UE, et Strasbourg, symbole de la réconciliation franco-allemande post-1945. Ce déménagement oblige les 705 eurodéputés, accompagnés de leurs 2 500 assistants et de leurs dossiers, à faire un voyage de 450 kilomètres et, quatre jours plus tard, à prendre le chemin inverse. Le gros du travail parlementaire a lieu dans les commissions, qu’il est plus commode de tenir à Bruxelles, à proximité de la Commission et du Conseil européens. Seulement, le traité sur le fonctionnement de l’UE stipule qu’au moins 12 séances plénières par an doivent avoir lieu à Strasbourg.

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Or, le 16 octobre, le train affrété pour transporter les eurodéputés a fini, non dans la capitale alsacienne, mais à Eurodisney. La SNCF a reconnu une erreur d’aiguillage qui a provoqué un arrêt de quarante-cinq minutes : trop court pour que les élus puissent profiter du parc d’attractions, mais suffisant pour relancer le débat éternel qui oppose les partisans d’un siège unique à ceux d’une solution à deux sièges. Le premier groupe est lui-même divisé entre Bruxellois et Strasbourgeois. Les eurodéputés sont largement pour un siège unique, et de préférence à Bruxelles. Ils ont même voté pour réduire le nombre des déplacements à Strasbourg, mais en vain. Car le Conseil européen ne peut modifier un traité que par un vote à l’unanimité, ce qui confère un droit de veto à la France, qui tient au siège officiel à Strasbourg. Une étude parlementaire conduite en 2013 estimait le coût de la gestion de deux sièges à 103 millions d’euros, sans compter que les navettes ne font rien pour réduire l’empreinte carbone du Parlement. À Marne-la-Vallée, le chargé de presse d’un eurodéputé danois s’est demandé si le bâtiment strasbourgeois ne pouvait pas abriter un nouveau Disneyland. L’eurodéputé vert allemand Daniel Freund a riposté sur X, exploitant l’expression anglaise pour désigner quelque chose de peu sérieux : « Nous ne sommes PAS un Parlement à la Mickey Mouse » (We are not a Mickey Mouse Parliament). Qu’en diraient les électeurs européens ?

Marxisme américain: la menace interne?

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À la différence de certains pays européens, les États-Unis n’ont jamais constitué une terre fertile pour les idées marxistes. Jusqu’à maintenant. Inspiré par la pensée du communiste italien, Antonio Gramsci, un marxisme proprement américain déborde du milieu universitaire où il était resté confiné pour investir d’autres milieux, notamment celui de la vie politique, et menacer l’héritage des Pères fondateurs.


En dehors des milieux universitaires, le marxisme n’a jamais vraiment percé aux États-Unis. Cette situation serait-elle en train de changer? La greffe entre le marxisme-léninisme et le constitutionnalisme républicain n’ayant jamais pris (et pour cause, ils sont foncièrement antinomiques), l’Amérique progressiste aurait réussi à imposer au fil des dernières décennies, dans un nombre croissant de segments de la société, sa propre variante du marxisme : le « socialisme identitaire », fondé sur le critère de la « race » ou du « genre », et non plus sur celui de la « classe ». Mais dans quelle mesure peut-on bien parler ici de « marxisme » ? De plus, ce phénomène est-il irréversible ou bien les conservateurs républicains ont-ils une chance de reprendre la main sur leurs adversaires ? Car ne comptons pas trop sur les Démocrates, qui ont migré ces derniers temps vers l’extrême gauche, pour écarter les brebis galeuses.   

Gramsci et la « longue marche »

En 2000, l’essayiste conservateur et rédacteur en chef de la revue The New Criterion, Roger Kimball, fit paraître un ouvrage intitulé The Long March: How the Cultural Revolution of the 60s Changed America, ou « comment la révolution culturelle des années soixante a transformé l’Amérique ». Il y défendait la thèse selon laquelle les grandes institutions culturelles américaines (université, médias, etc.) avaient été de plus en plus infiltrées depuis plusieurs décennies par les progressistes radicaux, et ce conformément au plan d’action qu’avait pensé le communiste italien Antonio Gramsci (1891-1937) dans les années 1920 : constatant que la prévision de Marx, selon laquelle la classe ouvrière allait renverser la classe bourgeoise dominante dans les pays capitalistes, ne s’était produite nulle part, Gramsci appela à s’emparer progressivement des leviers culturels opérant dans les sociétés « bourgeoises » en vue de prendre le contrôle de ces dernières.

Leur but est de détruire le pays […] d’anéantir la confiance des citoyens dans leurs institutions, leurs traditions et leurs coutumes

Gramsci peut d’ailleurs être considéré, ainsi que le remarque très justement Pierre Valentin dans son livre Comprendre la révolution woke (Paris, Gallimard, 2023, p. 153-154), comme l’intermédiaire déterminant entre le marxisme « classique » et le nouveau marxisme « woke ». Les superstructures idéologiques (cultures, œuvres de l’esprit…) n’étant que le produit des infrastructures économiques pour les marxistes de la première heure, dont l’approche du réel social et de l’histoire reposait sur le primat de l’économique, le champ du militantisme politico-culturel s’était ainsi trouvé délaissé. Ce chaînon manquant, poursuit Pierre Valentin, ce sont les Cahiers de prison de Gramsci qui allaient l’apporter, ouvrant ainsi la voie à l’infiltration des institutions des sociétés libres et ouvertes par les idées socialo-marxistes.

A lire aussi: La contre-offensive en marche

Dans son ouvrage United States of Socialism (2020), l’essayiste et réalisateur de documentaires Dinesh D’Souza insiste lui aussi sur le rôle des plus néfastes joué par Gramsci dans l’émergence du socialo-marxisme identitaire outre-Atlantique. Aux yeux de Gramsci, nous rappelle D’Souza, les capitalistes avaient réussi à imposer leur pouvoir non seulement économique, mais aussi culturel, à travers la diffusion des « valeurs bourgeoises » (p. 102). La classe ouvrière s’était selon lui embourgeoisée, essentiellement du fait de l’hégémonie culturelle de la classe capitaliste. Comme on ne pouvait plus attendre de la première qu’elle fasse d’elle-même la révolution, la seule solution pour Gramsci était donc de mettre fin à l’hégémonie de la seconde en attaquant de l’intérieur l’ensemble de ses supports culturels. À ce titre, Gramsci peut être considéré à la fois comme le continuateur du marxisme et comme celui qui en a complètement renversé la perspective initiale en décrétant que l’économie est un sous-ensemble de la culture.

Un autre essayiste américain qui n’hésite pas à parler ouvertement de « marxisme » à propos de l’implantation et de l’élargissement du socialisme identitaire aux États-Unis est Mark Levin dont le titre de l’avant-dernier livre, paru en 2021, ne saurait être plus explicite : American Marxism (Threshold Editions). Il écrit ainsi dès la première page : « La contrerévolution américaine (dirigée contre la révolution des États-Unis elle-même, c’est-à-dire celle de 1776), bat son plein ». Et il ajoute : « La contrerévolution ou le mouvement dont je veux parler, c’est le marxisme ». Naturellement, le marxisme dont il est ici question ne se propose plus d’atteindre comme autrefois à la « dictature du prolétariat » en tant que stade intermédiaire, préludant à l’avènement d’une société sans classes. Du marxisme originel, le progressisme radical américain ne conserve que l’opposition fondamentale entre « oppresseurs » (désormais incarnés par le mâle blanc capitaliste et hétérosexuel) et « opprimés » (qui se composent aujourd’hui de l’ensemble des « minorités »). Il en conserve aussi l’esprit de la table rase : il convient pour les nouveaux apôtres de la « révolution » de remplacer l’ancien système capitaliste, jugé tout à la fois réactionnaire, patriarcal, raciste, colonialiste, antiféministe et anti-écologiste, par un nouveau système fondé sur l’« équité », la « justice sociale et environnementale » et la lutte contre les discriminations de toutes natures.      

A-t-on atteint un point de non-retour ?

Mais qui sont en pratique ces promoteurs du socialo-marxisme à l’américaine ? À cette question, Dinesh D’Souza et Mark Levin répondent sans ambages : non seulement des politiques (comme Alexandria Ocasio-Cortez, Elizabeth Warren, ou Bernie Sanders, dont le collectivisme forcené a fortement imprégné la politique de l’administration Biden depuis que celui-ci est arrivé au pouvoir), mais aussi des organisations comme Black Lives Matter (BLM), Antifa, The Squad… Leur but, écrit Mark Levin dans l’ouvrage précité, est « de détruire le pays […] d’anéantir la confiance des citoyens dans leurs institutions, leurs traditions et leurs coutumes. Ils veulent affaiblir le pays de l’intérieur et détruire le capitalisme et le républicanisme américains ».

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Le progressisme radical d’inspiration marxiste a colonisé des pans entiers de la société américaine depuis une cinquantaine ou une soixantaine d’années, au point où l’on ne sait exactement si cette évolution est réversible ou non. Tout en alertant leurs concitoyens sur les ravages causés par la diffusion croissante de cette idéologie socialo-progressiste, notamment auprès de la jeune génération, ni D’Souza ni Levin ne sont pour autant des fatalistes : leurs écrits peuvent se concevoir comme de vigoureux plaidoyers en faveur d’un retour à l’esprit de la seule et vraie révolution américaine, incarné dans la Déclaration d’indépendance de 1776 et la Constitution de 1787. Chose encore possible à leurs yeux, à condition qu’une majorité d’Américains prenne conscience de l’existence de cette menace, qui corrompt de l’intérieur toutes les forces vives du pays. « Si nous ne prévalons pas, écrit Levin, l’Amérique des fondateurs disparaîtra à jamais ».

Il y a 40 ans, Reagan prenait acte du caractère intrinsèquement criminogène de feu l’URSS en qualifiant cette dernière (non sans susciter l’indignation des Occidentaux…) d’« empire du Mal ». S’attirant le même genre de reproches un peu moins de deux décennies plus tard, George W. Bush parla quant à lui d’« axe du Mal » pour désigner les États voyous méprisant sans vergogne les droits de l’homme et nourrissant une haine viscérale de l’Amérique et de l’Occident. Peut-être Trump, malgré ses trop nombreux et incontestables excès, aura-t-il toutefois été le président américain ayant su reconnaître l’existence de cette menace existentielle – désormais interne – pour la perpétuation de l’Amérique des fondateurs : le collectivisme socialo-écologiste de type « woke », fondé sur la « convergence des luttes » et la sanctification de la victime « intersectionnelle », et dont le but ultime n’est autre que de détricoter tout ce qui a fait l’incomparable succès des États-Unis dans le monde depuis leur création.

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Le grand remplacement n’est pas une fatalité

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Gabriel Martinez-Gros est professeur d'histoire médiévale à l'université Paris Nanterre. © Photo : Hannah Assouline.

Pour le discours dominant, quelque précaution qu’il prenne pour le dire, l’immigration est à la fois inévitable et indispensable. Inévitable parce que d’énormes masses de populations affamées de mieux-vivre cernent la petite minorité des peuples prospères que nous sommes ; indispensable, parce que sans immigration, notre économie donc notre société sombreraient. Enfin et en conséquence, le grand remplacement est en même temps écarté comme un fantasme et accepté comme une fatalité.

Ces trois assertions sont partiellement ou franchement fausses :

L’immigration indispensable ?

Les employeurs semblent en effet de plus en plus favorables à l’immigration à mesure que l’opinion lui est plus hostile. La raison fondamentale tient à la faiblesse des gains de productivité – des progrès réels – de nos économies depuis trente ans. L’agriculture, l’industrie, l’aile marchande des services, où les gains de productivité sont possibles, emploient en effet une part toujours moindre de la main d’œuvre. Au contraire, les activités de tourisme et de loisirs, de maintenance ou de manutention, mais surtout les services publics (santé, éducation) et les services à la personne, les maisons de retraite, les aides à domicile, le soutien aux personnes dépendantes, mobilisent une part toujours croissante de nos ressources de travail. Or la notion même de ‘gain de productivité’ y est contestée – et contestable. On n’y considère en général le progrès que sous la forme d’un accroissement des effectifs (plus de professeur(e)s, plus d’infirmier(e)s et d’aide-soignant(e)s, plus de serveurs et de livreurs, etc…). En ce sens, il est vrai que l’immigration apporte un renfort indispensable. En outre, les immigrés, généralement jeunes, soutiennent activement nos économies largement fondées sur la consommation – même si ce soutien repose dans une large mesure sur la redistribution sociale à leur profit. Ce qu’on dit moins en revanche, c’est que leurs emplois sont nécessairement mal payés, puisque les gains de productivité y sont faibles. On fait rêver sur les ‘dizaines de milliers’ d’ingénieurs dont nos industries ont besoin, pour mieux faire passer les millions d’immigrés précarisés employés dans le nettoyage ou l’assistance aux personnes âgées partout en Europe. En outre, le coût très bas du travail immigré entrave la modernisation de ces métiers et la recherche de vrais gains de productivité, cruciaux dans un avenir où l’immigration aura disparu.

L’immigration est provisoire

Un avenir pas si lointain. C’est ici que le discours dominant devient franchement faux. Car, non, la ‘petite minorité’ des pays riches et vieux n’est pas encerclée par ‘l’immense majorité’ des pauvres prolifiques. Cette vision, héritée de l’explosion démographique du Tiers-Monde des années 1945-1980, est aujourd’hui totalement erronée. En 2021, selon les chiffres des Nations Unies, la fécondité des deux tiers des populations mondiales (67%) est inférieure au taux de renouvellement des générations (2,1 enfants par femme). Le plus souvent, les naissances y sont encore supérieures aux décès – c’est le cas en France -, mais l’équilibre s’inversera dans moins d’une génération. Les décès sont déjà plus nombreux que les naissances pour 28% de la population globale, surtout en Asie (Chine, Japon, Corée, Taïwan, Thaïlande) et en Europe (Russie et Ukraine comprises). Les pays d’émigration ne regroupent pas plus d’un quart de l’humanité. Encore la nette majorité d’entre eux, dont la fécondité en baisse est comprise entre 2,5 et 4,5 enfants par femme, devraient-ils rejoindre le groupe déficitaire d’ici 15 à 40 ans – hors de l’Afrique subsaharienne, un seul pays au monde, l’Afghanistan, affiche plus de 4 enfants par femme. De l’avis général, la population mondiale devrait cesser de croître – et commencer aussitôt à décroître – entre 2065 et 2085 au plus tard.

En gros, l’immigration de masse devrait suivre la même courbe et disparaître un peu après le milieu du siècle. Entre-temps, l’affaiblissement de l’offre d’émigrants et le renforcement de la demande d’immigrants devrait diversifier et répartir les flux, multiplier les pays d’accueil, et donc généraliser le problème politique de l’immigration, comme on le voit déjà en Europe ou aux États-Unis bien sûr, mais aussi au Mexique, au Chili, en Argentine, en Tunisie, en Turquie, en Iran, dans l’Assam indien, en Côte d’Ivoire, etc…

Contrairement à ce qu’on croit souvent, la différence des niveaux de vie n’est plus toujours l’incitation première à migrer. La croissance économique des pays émergents, plus rapide que celle des pays développés depuis 30 à 40 ans, a réduit l’écart réel de revenu et atténué d’autant la pression migratoire. Bien que le revenu par tête du Mexique, en parité de pouvoir d’achat, soit encore trois fois inférieur à celui des USA (25 000 dollars contre 80 000), l’émigration mexicaine vers le nord est désormais surtout commandée par la menace de l’insécurité. Quatre pays (Cuba, Nicaragua, Venezuela, Haïti) dont la somme des populations n’atteint pas 60 millions d’habitants, et dont la fécondité s’étage de 1,44 à 2,81 enfants par femme, ont fourni cette année (2022-2023) près d’un million d’immigrants aux États-Unis.

Plus que l’aspiration à un ‘meilleur niveau de vie’, c’est l’effondrement de sociétés de classes moyennes sous le poids de régimes politiques et économiques, ou d’une criminalité, au sens propre insoutenables, qui sont en cause. Mais ces secousses brutales seront brèves : ces pays sont en train de se vider de ce qu’il leur reste de jeunesse. Les pays riches vampirisent, à leur corps défendant, les ultimes ressources démographiques de territoires politiquement faillis – tout en aspirant ainsi, nous le voyons ces dernières semaines, une part de l’insécurité qui chasse les migrants de chez eux.

Le Grand Remplacement n’est ni une fatalité, ni (tout à fait) un fantasme

Le grand remplacement n’est donc pas une fatalité. La durée de l’immigration de masse à venir – trente ans, quarante ans peut-être en France, dont certaines anciennes colonies africaines sont les pays les plus féconds du monde – est trop courte pour qu’on puisse imaginer la transfusion totale de peuplement que certains redoutent, et d’autres espèrent. Le grand remplacement n’est-il donc qu’une pure illusion ? Pourquoi ce thème apparaît-il aujourd’hui, alors que la fécondité mondiale baisse partout, plutôt qu’il y a cinquante ans, au sommet de l’explosion démographique ? Les Etats-Unis recevaient, ces dernières années, un peu plus d’un million d’immigrants par an, à peine plus qu’en 1900, quand leur population était trois fois moindre. Mais cette immigration est (encore) plus mal supportée que les arrivées bien plus massives du début du siècle dernier.

La réponse tient sans doute au rapport du croît naturel et de l’immigration. En 1900, l’excédent des naissances sur les décès aux USA forme les deux tiers de la croissance de la population, le double de l’immigration (2% par an contre 1% pour l’immigration). Aujourd’hui au contraire, l’immigration représente, selon les estimations, 60 à 80% de la faible croissance de la population américaine (0,4 à 0,6% par an pour l’immigration contre 0,15 % pour l’excédent des naissances sur les décès). Les proportions sont comparables, ou plus défavorables encore, en France. Le grand remplacement est certes mal nommé, mais il traduit ce que les chiffres disent aussi : une population est d’autant plus inquiète de son identité qu’elle se sait peu féconde. Le thème du grand remplacement incrimine moins la puissance démographique des arrivants que la faiblesse démographique de ceux qui les reçoivent. C’est pourquoi il s’étend avec la baisse presque généralisée de la fécondité mondiale. Il touche aujourd’hui en Méditerranée les premiers pays musulmans passés sous le seuil du renouvellement des générations – Tunisie ou Turquie – et tout laisse à croire que sa popularité va s’étendre.

En résumé, prétendre substituer aux naissances défaillantes une immigration massive ferait payer une assez brève amélioration du marché de l’emploi par un désastre politique, une fragilisation durable de la cohésion sociale, et une vampirisation, qualitative et quantitative, des ressources démographiques déclinantes des pays de départ, comme on l’observe déjà aujourd’hui dans les Caraïbes. Si on veut éviter ces évolutions négatives, il faut pour le moins que l’accroissement naturel équilibre les arrivées, grâce à une relance de la natalité. Avouons que la tâche ne s’annonce pas facile. Toujours salutaires, les rebonds des naissances observés dans les dernières décennies, en France (1995-2010), aux États-Unis (1990-2005), en Russie (2005-2015), en Hongrie (depuis 2015), ou même en Algérie et en Egypte sous l’impulsion de l’islamisation des sociétés (2005-2015), n’ont eu que des effets assez éphémères. Si on ne parvenait pas à rétablir l’équilibre entre croit naturel et immigration en relevant le premier, il faudrait abaisser la seconde, c’est-à-dire réduire drastiquement l’immigration, voire y renoncer totalement. Impossible ? C’est pourtant ce qui se passera naturellement d’ici une quarantaine d’années. Peut-être conviendrait-il, comme le font courageusement le Japon ou la Corée, de s’y préparer dès maintenant.

Le retour de l’uniforme à l’école réglait aussi le problème de l’abaya

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D.R.

6 Français sur 10 sont favorables au retour de l’uniforme scolaire, que Gabriel Attal promet d’expérimenter.


Apparu au début du XIXe siècle sous l’impulsion de Napoléon, l’uniforme scolaire disparaît un siècle et demi plus tard, au gré des revendications étudiantes de 1968. Dès 2003, l’ancien ministre de l’Éducation nationale Xavier Darcos suggère que l’adoption d’une tenue scolaire unique effacerait « les différences visibles de niveau social ou de fortune ».

Depuis, la droite française en a fait l’un de ses piliers en matière d’éducation. Il faut dire que la question du port de l’uniforme à l’école anime le débat public depuis des décennies. Le 12 janvier dernier, lors de sa niche parlementaire, le Rassemblement national a remis le sujet sur la table en inscrivant l’uniforme scolaire à la liste de ses propositions. Du parti à la flamme aux rangs macronistes, on voit à travers l’uniforme, un moyen de défendre la laïcité et de lutter contre le harcèlement scolaire. Interrogée à plusieurs reprises sur le sujet, Marine Le Pen affirme que l’uniforme serait la solution à deux difficultés : « la compétition des marques et la pression des islamistes sur les enfants qui vont à l’école ».

A-t-elle raison ? Tout porte à croire que oui. 

Il y a quelques semaines, la disposition prise par Gabriel Attal d’interdire le port de l’abaya et du qamis à l’école entrait en application dans l’ensemble des établissements du pays. Disposition largement plébiscitée par les Français, qui, selon une enquête réalisée par l’IFOP, attribuent massivement (70 %) un caractère religieux à ces vêtements. Malgré les recours déposés par La France Insoumise, l’association La Voix lycéenne, l’association Le Poing levé et le syndicat Sud-éducation contre la circulaire du nouveau ministre, le Conseil d’Etat en a maintenu l’interdiction (il rendra une décision « au fond » définitive « ultérieurement »). Si l’interdiction des vêtements religieux à l’école déchaîne les passions, au milieu des vociférations de Marine Tondelier et le vacarme vaniteux de Jean-Luc Mélenchon, une petite voix persiste : celle de l’uniforme. Il faut bien avouer que dans une société marquée par l’émergence d’un multiculturalisme à rebours de la tradition française, les établissements scolaires peinent à faire face à la recrudescence du voile, de l’abaya et du qamis. Pourtant, ces vêtements sont des symboles manifestes du fondamentalisme islamiste contre lesquels il convient de lutter bec et ongles. Le 20 septembre, au travers d’un vœu en faveur de l’uniforme présenté devant le Conseil Régional d’Ile-de-France, Pierre-Romain Thionnet (RN) alertait sur la lente agonie de la laïcité qui, selon lui, s’observe en premier lieu dans les lieux d’instruction. Une chose est sûre, l’uniforme permettrait à la fois de réaffirmer le principe de laïcité et d’éviter que l’école devienne le théâtre des communautarismes.

À lire aussi, Julien Odoul: «Pour faire reculer l’islamisme, il faut interdire son uniforme dans le cadre scolaire»

À droite, chacun s’accorde à dire qu’une tenue uniforme obligatoire dans les écoles et les collèges publics pourrait permettre de pallier aux inégalités sociales et culturelles qui existent entre les enfants issus de familles aisées et leurs camarades issus de milieux populaires. Bien souvent, les professeurs pointent du doigt les distorsions créées par des écarts significatifs de valeur entre les vêtements des élèves. Certains précisent qu’ils peuvent être, dans certains cas, des motifs de harcèlement scolaire. Imposer une tenue unique dans les établissements serait une mesure forte portée par les pouvoirs publics pour lutter contre la compétition pour les marques et les dérives matérialistes. Plus encore, le port de l’uniforme aiderait l’élève à s’émanciper de son origine sociale et à s’affranchir des diktats de la mode.

D’autre part, il y a urgence à rétablir l’autorité du professeur, celui que Charles Péguy qualifiait d’hussard noir de la République. L’uniforme marque une frontière entre l’élève et le professeur, il donne un sentiment d’ordre et de discipline adapté à l’apprentissage du savoir. En d’autres termes, il impose un rapport de force qui permet à l’enseignant de réaliser sereinement sa mission première : transmettre le savoir. Enfin, l’uniforme offre à l’élève le moyen de s’identifier à son établissement et de renforcer son sentiment d’appartenance à l’institution.

En janvier dernier, selon un sondage de l’institut CSA pour CNews, près de six Français sur dix (59%) se sont dit favorables à un retour de l’uniforme à l’école. À supposer que les expérimentations de l’uniforme promises par le ministre de l’Éducation Nationale portent leurs fruits, pourraient-elles aboutir à sa généralisation dès 2024 ?

Les larmes d’une grande âme: quand Jakubowicz s’enfonce dans le déni

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Alain Jakubowicz, président de la LICRA, Lyon, janvier 2012 © Sipa

Islamisme. L’ancien président de la Licra refuse de reconnaître qu’il s’est trompé sur le compte de Georges Bensoussan


On n’arrive pas à distinguer ce qui de la bêtise ou de la vanité l’emporte chez l’ancien président de la LICRA quand il persiste et signe pour dénoncer Georges Bensoussan dans l’émission de Pascal Praud, sur CNews. La justice a donné raison à M. Bensoussan par trois fois, en première instance, en appel et en cassation dans les procès intentés contre lui, le disculpant de tout propos raciste. En première instance à l’initiative du CCIF (Collectif contre l’islamophobie en France), la LICRA s’était jointe au MRAP, à la LDH pour attaquer Georges Bensoussan en justice. Faut-il rappeler que le CCIF a depuis été dissous pour son soutien à l’islamisme radical sous le masque de l’antiracisme ?

A lire aussi: L’oumma, non soluble dans la nation

Malgré cette décision de justice, M. Jakubowicz maintient aujourd’hui sa position initiale d’accusation de M. Bensoussan. Selon lui, les propos tenus au micro de l’émission « Répliques » d’Alain Finkielkraut attribuaient aux familles maghrébines un antisémitisme structurel. Cette essentialisation était insupportable au président de la LICRA. Après avoir reconnu qu’il s’était souvent trompé dans d’autres prises de position, il persiste dans cette dénonciation. L’affaire est-elle grave ou seulement ridicule ? En contestant une décision de justice, cet avocat risque de relancer une procédure à son encontre. Les faits, hélas aujourd’hui, donnent raison à Bensoussan et confortent son analyse pointant ce politiquement correct producteur de la nouvelle haine des juifs au nom de l’antiracisme inaugurée à Durban en aout 2001.

Vidéo ici à partir de 3mn 25s

La myopie de Jakubowicz devient aberrante quand son propos réhabilite ce qui ronge la capacité à comprendre le présent. Bensoussan aurait-il tort d’avoir eu raison trop tôt ? On paie au prix fort ce déni du réel. Pour la plus grande jubilation des supporters  « progressistes » du Hamas et des « Allahou akbar » antiracistes, l’idiot utile Jakubowicz est un allié de choix.

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Signé par : Aude Weill-Raynal (avocate), Monette Vacquin (psychanalyste), Henri Vacquin (sociologue), Michèle Chabelski (enseignante), Muriel Pill (enseignante), Renée Fregosi (philosophe et politologue), Paulette Touzard (Ex-Pdte LiCRA Nord), Paul Germon (Expert-Comptable), Pierre-André Taguieff (politologue, dr recherches CNRS), Jacques Tarnero (documentariste), Sarah Cattan (journaliste), Richard Prasquier (ex Pdt du CRIF), Liliane Messika (essayiste), Charles Baccouche (avocat), Eliane Klein (journaliste), Georges Benayoun (réalisateur), Daniel Horowitz (essaiyiste), Alain Finkielkraut (philosophe), Michel Zaoui (avocat), Caroline Valentin (avocate), Mischa Wolkowicz (psychanalyste), Richard Rossin (ex Secrétaire Général de Médecins Sans Frontières), Josiane Sberro (enseignante).

La France, cul par-dessus tête

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D.R.

De mémoire, on ne peut s’empêcher de penser à Chateaubriand.


La France est cul par-dessus tête. D’où qu’on regarde, les valeurs qui agrègent notre société ne sont pas seulement déliquescentes, elles sont aussi salement inversées. On aimerait bien pouvoir incriminer les tempêtes d’équinoxe Cairan ou Domingos, dévastatrices et majestueuses, impitoyables. Au moins, ça aurait un peu de gueule. Mais, si on en est là, hélas, le fatum n’y est pour rien. C’est la seule permissivité toxique dont on a collectivement fait preuve qui a corrodé notre monde. Dissimulée sous les oripeaux de la tolérance et de la bienveillance, celle-ci, qui n’est que lâcheté et compromission, a ouvert la porte à tous les débordements, autorisé et légitimé tous les comportements dévoyés, intégristes, racistes et conquérants : un loup déguisé en grand-mère.

Provocations musulmanes

Voici quelques nouvelles récentes du pays des Lumières ; c’est à pleurer. Vient de se tenir, dans l’aéroport de Roissy, une prière musulmane collective. Elle sonne comme une provocation ou témoigne, à tout le moins, alors que la guerre d’Israël contre le mouvement terroriste du Hamas exacerbe les tensions en France, d’une volonté évidente de marquer un territoire. Augustin de Romanet, le PDG du Groupe ADP-Paris Aéroport, n’écoutant que son courage qui semble ne pas lui dire grand-chose, déclare qu’il n’est « pas nécessaire de monter cet épisode, inédit, en exergue, en ce moment» La loi sur l’immigration, censée permettre de mieux en assurer le contrôle, prévoit de régulariser les clandestins sans papiers travaillant dans les métiers dits « en tension ». Voilà qui sonne comme une invitation : « venez travailler comme vous êtes. »

Alors que les actes antisémites se multiplient, ce sont les musulmans qui veulent se défendre. Taha Bouhafs, qu’on avait oublié depuis sa candidature malheureuse à une députation briguée sous la bannière de LFI, appelle les musulmans à s’organiser en milice : « Puisque la sécurité des musulmans ne semble pas être la préoccupation de personne, ou si peu de monde, en tout cas clairement pas celle du gouvernement. Les musulmans vont devoir sérieusement organiser leur propre défense, politique, physique, médiatique. » Notre ministre de la Justice, est lui… devant la Justice. Accusé de prise illégale d’intérêts, le voici, premier membre d’un gouvernement -qui ne nous déçoit jamais- jugé dans l’exercice de ses fonctions, sous la Ve République !

A lire aussi, Jean-Baptiste Roques: LFI: des sans-cravates menés à la cravache

Les vacances de la diva décroissante

Anne Hidalgo, notre papesse de l’écologie, la femme qui fait pédaler Paris dans la choucroute, celle qui a réussi à mettre tout le monde au pas, à l’exception du surmulot véloce, rentre de vacances dont elle aurait sans doute préféré qu’on ne parlât point. Après avoir augmenté la taxe foncière des Parisiens à hauteur de 52%, notamment pour appliquer ses engagements sur le climat, et plus que doublé la dette de Paris depuis son arrivée, elle explose maintenant un bilan carbone déjà conséquent. La diva décroissante, de retour de Tahiti, destination la plus chère et la plus éloignée de Paris a déjà effectué 13 déplacements qu’on suppose être de la plus haute importance depuis le mois de janvier. Son séjour polynésien, au prétexte de visiter, sans s’y rendre pourtant, le site d’épreuves de surf des JO, aura duré pas moins de trois semaines.

Sophie Pommier et Jean-Luc Mélenchon n’iront pas manifester contre l’antisémitisme

On a aussi remarqué la dénommée Sophie Pommier, conseillère en formation sur le Proche-Orient au ministère des Affaires étrangère alors qu’elle arrachait des photos d’otages du Hamas, collées sur les murs dont, des enfants, des femmes, des bébés et huit Français. Tout ça en beuglant : « Israël assassin » ! Et voici, pour rester dans le registre du lamentable, l’une des dernières saillies de Jean-Luc Mélenchon. Une fois de plus, le pitoyable histrion s’illustre de la plus sordide des façons. En effet, à propos de la manifestation qui s’organise dimanche prochain contre l’antisémitisme, le sinistre barde, dont on est en droit se demander s’il n’est pas en pleine décompensation, twitte: « Dimanche manif « l’arc républicain » du RN à la macronie de Braun-Pivet. Et sous prétexte d’antisémitisme, ramène Israël-Palestine sans demander le cessez-le-feu. Les amis du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous. »

Ce dévoiement général du sens commun, ce déploiement de bêtise crasse et cette érosion de l’humanité qui gagne une France où on ne sait plus que s’invectiver et éructer, Chateaubriand nous en a déjà parlé ; ils n’augurent rien de bon. Dans Les Mémoires d’outre-tombe, on lit ce passage prophétique : « À cette époque, tout était dérangé dans les esprits et dans les mœurs, symptôme d’une révolution prochaine. Les magistrats rougissaient de porter la robe et tournaient en moquerie la gravité de leurs pères. Les Lamoignon, les Molé, les Séguier, les d’Aguesseau voulaient combattre et ne voulaient plus juger.  (…) Le prêtre, en chaire, évitait le nom de Jésus-Christ et ne parlait que du législateur des Chrétiens ; les ministres tombaient les uns sur les autres ; le pouvoir glissait de toutes les mains. Le suprême bon ton était d’être Américain à la ville, Anglais à la cour, Prussien à l’armée ; d’être tout, excepté Français. Ce que l’on faisait, ce que l’on disait, n’était qu’une suite d’inconséquences. » À méditer.

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«L’électorat juif vote à droite»: un honneur et une responsabilité…

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Lyon, 15 mars 2020 © KONRAD K./SIPA

Quand le politologue respecté qu’est Jérôme Fourquet, dont la provocation gratuite n’est pas le fort, déclare que « ceux qui portent aujourd’hui le sceau de l’infamie, c’est La France insoumise »[1], on est bien obligé de l’écouter et de se demander comment un tel bouleversement démocratique a pu avoir lieu. Le politologue, auteur de La France d’après[2], nous donne d’ailleurs lui-même les clés de compréhension qui nous sont nécessaires : « L’électorat juif, abandonné par la gauche, vote à droite ». Allant même plus profondément dans l’analyse, il ne fustige pas un mouvement qu’il se contente de décrire, contrairement à Gérard Miller qui stigmatise « cette part croissante des citoyens juifs dans ce pays qui ont perdu leur boussole morale et politique puisqu’ils votent massivement pour l’extrême droite ».

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Gérard Miller, les Juifs et ma boussole morale

Jérôme Fourquet nous explique que « dans les manifestations contre Israël depuis plusieurs années, les drapeaux palestiniens, mais aussi parfois du Hamas et du Hezbollah, se mêlent à ceux du NPA, de la CGT et de LFI ». Alors que de son côté, Marine Le Pen, tout à sa stratégie de normalisation, martèle : « Il ne fait pas bon dans certains quartiers être femme, juif ou homosexuel ». C’est une lente tectonique sur vingt ans qui a chamboulé les repères. Il me semble évident que les terrifiants événements récents, d’abord la barbarie dont Israël a été victime le 7 octobre, n’ont pu qu’amplifier cette évolution conduisant une part importante de l’électorat juif à faire davantage confiance, comme bouclier, à l’extrême droite et à la droite qu’à l’attitude pour le moins équivoque de LFI. Il est ironique, si le sujet n’était pas tragique, de voir Mediapart s’étonner du fait qu’Éric Zemmour ait fait un triomphe en Israël en cultivant « ses obsessions identitaires ». Le contraire, en cette période, aurait été surprenant.

jerome fourquet maires elus
Jérôme Fourquet est le directeur du département « Opinion et stratégies d’entreprise » de l’IFOP (c) Photo : Hannah Assouline.

Une fois que cet indéniable déplacement de l’électorat juif a été relevé, je ne crois pas que la droite de gouvernement puisse s’en satisfaire en se disant que « c’est toujours bon à prendre ».

D’abord parce qu’il est clair que dans le climat actuel, ce bouleversement tectonique profite prioritairement à l’extrême droite susceptible de rassurer davantage la communauté juive par un discours plus manichéen, plus vigoureux. Elle n’était pas portée à donner naturellement du crédit à un programme qui avait plus peur de violer les interdits de la gauche que d’affirmer ses propres valeurs à la fois fermes et humanistes.

A lire aussi, Jean-Baptiste Roques: LFI: des sans-cravates menés à la cravache

Ce devrait donc être le premier objectif des Républicains que de détourner cet électorat juif d’une adhésion qui malgré les apparences serait stérile pour un double motif : l’extrémisme du fond, la difficulté d’une incarnation présidentielle.

La seconde ambition de LR serait d’être à la hauteur de cet honneur octroyé, de cette responsabilité dévolue par l’électorat juif votant à droite. En aucun cas, appréhender cette opportunité seulement comme un coup tactique, une chance politicienne mais comme une avancée imposant un devoir de rigueur, de réflexion et de fidélité à ses engagements. Avec l’urgente mission d’apaiser l’angoisse, tellement justifiée aujourd’hui, de cet électorat et l’impératif de sortir le parti des sentiers battus de la pensée et du projet en matière de sécurité et de Justice. Un honneur, mais aussi une responsabilité.

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[1] https://www.lejdd.fr/societe/jerome-fourquet-ceux-qui-portent-aujourdhui-le-sceau-de-linfamie-cest-la-france-insoumise-139408

[2] https://www.causeur.fr/la-france-d-apres-arrive-et-elle-n-est-pas-belle-a-voir-269005

Schubertiade à Gaveau

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Les pianistes David Kadouch et Guillaume Bellom. D.R.

Notre chroniqueuse s’est rendue salle Gaveau, lundi soir, où un concert, «Schubert ou le génie romantique», présenté par Franck Ferrand de Radio Classique, accompagné par les pianistes David Kadouch et Guillaume Bellom, était donné. Oui, la beauté sauvera le monde!


La salle Gaveau était pleine à craquer. Sur la scène, avant que le concert —paroles et musique— commence, un piano, un canapé à l’ancienne et deux fauteuils, un guéridon avec des verres de vin rouge. L’hôte est là qui bavarde avec ses deux invités— deux pianistes— le temps que le public prenne place. Quand nous sommes tous bien calés, depuis le haut jusqu’en bas, l’hôte des lieux s’adresse à nous avec humour en montrant le décor : « Voyez comme nous nous sommes embourgeoisés ! » Et d’ajouter combien il avait voulu, par les temps que nous vivons, créer un climat schubertien de convivialité, de paix, d’amitié.

Hommage amical à un compositeur mort à 31 ans

Pour Schubert, la joie de la musique résidait dans celle du partage, dans l’intimité des cœurs et des âmes. « Grâce à lui, nous devenions tous frères et amis » disait de lui son ami intime, Joseph von Spaun. Doté d’un physique ingrat, malheureux en amour mais riche en amitié, il avait la nostalgie de ce temps où, « nous encourageant les uns les autres, un effort unique vers le beau nous attirait tous. » C’est ainsi que, toute sa vie, il aura rêvé d’une « communauté » chère à son cœur et source de son inspiration — d’un paradis perdu. De là ces schubertiades, ces moments musicaux auxquels il participait à Vienne, dans les salons de la bourgeoisie, avec une prédilection pour les lieder et les œuvres au piano à quatre mains. N’étant lié par aucune commande de personnalités, il passera sa vie, ignoré du grand public et mourra très tôt, rongé par la maladie.

A lire aussi: Franck Ferrand: « Napoléon, notre contraire »

Cette musique à quatre mains fut interprétée par deux pianistes d’exception, David Kadouch et Guillaume Bellom qui rendirent magnifiquement le romantisme propre à Schubert, fait de bourrasques intérieures et de phrases, miraculeuses de tendresse venue d’un autre monde. Quant au maître de maison, on pouvait compter sur lui pour associer avec charme la salle à la conversation. C’est ainsi que les deux pianistes évoquèrent les caractéristiques du jeu à quatre mains fait de communion amicale et de dialogue. Le dernière sonate, écrite la veille de la mort du musicien, résonna dans un silence impressionnant. Lui qui n’aura connu aucune gloire mondaine, il aura réuni, ce 6 novembre, trois siècles après sa mort, non plus une petite « communauté » mais un public nombreux qui communiait dans sa musique.

Un moment salvateur

Ce n’était pas mon premier concert. Et j’écoute régulièrement la voix de Franck Ferrand à Radio Classique. Pourquoi, alors, ce moment a-t-il paru, à moi comme à beaucoup, si bénéfique, pour tout dire : salvateur ? C’est qu’il évoquait un temps non pas « d’avant » mais d’aujourd’hui, de toujours. Face à ce qui paraît un effondrement de tout, ne nous contentons pas d’analyser ni de dénoncer ou de désespérer. Il ne suffit pas de parler de « valeurs » mais de faire vivre des œuvres. Notre langue, la musique, les places de nos villes, l’art de la conversation, une schubertiade, un aria d’opéra, une certaine manière de vivre, c’est cela l’Europe.

Tout récemment, Franck Ferrand est venu à Saint-Etienne du Mont évoquer Port-Royal où Pascal est enterré non loin de Racine. Leurs œuvres ne sont pas des « valeurs », leurs auteurs sont des êtres toujours vivants dont les voix traversent les siècles. Dans ses billets hebdomadaires à Valeurs Actuelles, Franck Ferrand mène aussi un beau combat pour notre langue. Avant-hier, à Gaveau, comme au théâtre de Poche, après le spectacle de Fossey et de Laval[1], j’ai mieux compris la vérité de cette phrase attribuée à Dostoïevski qui m’agaçait parfois, dite à tout bout de champ,  et qui me paraissait abstraite : « la Beauté sauvera le monde. »


[1] https://www.causeur.fr/la-fontaine-en-fables-et-en-notes-theatre-de-poche-269222

L’oumma, non soluble dans la nation

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Georges Bensoussan © Hannah Assouline

L’enjeu de la guerre menée par le Hamas contre Israël dépasse largement la question palestinienne. Par sa dimension islamique et djihadiste, c’est l’offensive de tous ceux qui haïssent l’Occident, et les Juifs. Cet antisémitisme mondialisé est un marqueur dans la guerre, froide celle-ci, qui oppose la Chine et la Russie au bloc libéral.


Causeur. Entre le massacre du 7 octobre par le Hamas –émanation des Frèresmusulmans, utilisant les « codes » de cruauté́ et de communication de Daech–, les attentats en France ces dernières semaines et l’irruption de colère à travers le monde musulman après l’annonce mensongère d’une frappe israélienne sur un hôpital à Gaza, peut- on trouver un lien, un dénominateur commun ?

Georges Bensoussan. Ces événements sont liés, en effet, et relèvent de ce que Pierre-André Taguieff désignait, il y a vingt ans déjà, comme l’islamisme mondialisé, et par ce biais comme une haine antisémite mondialisée. À ce constats’ajoute une dimension politique : ce conflit apparaît avec celui qui se déroule en Ukrainecomme une attaque globale contre l’Occident et l’héritage des Lumières. Nous sommes en présence d’une régression antidémocratique massive qui prend la forme d’une offensive anti-occidentale. L’agression multiforme contre l’État d’Israël en est partie prenante carl’État juif participe en effet du monde occidental au même titre que sa matrice intellectuelle, le sionisme, est un enfant des Lumières. À cet égard, si on pointe du doigt avec raison la complaisance pour le Hamas d’une « gauche » dévoyée, il ne faudrait pas oublier non plus l’Iran et son bras armé, le Hezbollah, en première ligne derrière le Hamas. Or, l’étude des réseaux de soutien à Téhéran en Europe montre, outre les communautés musulmanes chiites, une surreprésentation de groupes ou de personnalités d’extrême droite. C’est vrai notamment de milieux catholiques « traditionalistes » qui, au nom de la défense des chrétiens d’Orient, se font les porte-voix de Bachar al-Assad et de son régime viscéralement antisémite, par effet de capillarité du Hezbollah et du régime des mollahs. Au passage, les mêmes qui se mobilisent pour les chrétiens de Syrie ne sont jamais souciésdu sort dramatique de la communauté juive syrienne à l’époque du père, Hafez al-Assad.

Pour vous, le sionisme est un enfant des printemps des peuples. Pourtant, il est dénoncé comme une relique du colonialisme.

Le discours moutonnier de la doxa veut voir dans le sionisme un épigone du colonialisme alors qu’une étude historienne de fond montre, a contrario, qu’il estissu du cœur de la Palestine au milieu du xixe siècle. Il s’agit d’un mouvement de libération de la minorité juive qui entend s’émanciper et s’autodéterminer face à la majorité musulmane. Depuis l’Europe orientale, qui rassemble alors la majorité des Juifs du monde, et la Palestine séfarade dans l’Empire ottoman, on assiste dans les années 1860-1870 à un renouveau de la langue hébraïque via la presse et l’école, premier noyau d’une libération nationale sur une terre qui est au cœur de l’imaginaire juif, générant une nouvelle question nationale à l’instar des questions kurde, arménienne, bulgare, serbe, albanaise…

Un « sionisme ottoman » ?

Nous avons longtempsétudié́ la question nationale juive du point de vue européen. À raison. Mais nous avons oublié en chemin l’Empire ottoman qui représente le « chaînon manquant » dans ce contexte particulier où le non-musulman (ou non-Turc) est un sujet protégé (dhimmi pour les chrétiens et les juifs) qui entend s’affranchir de l’ancien maître musulman. C’est sur ce terreau qu’apparaît le mouvement national juif qui, structuré autour de l’hébreu, offre une définition sécularisée de l’identité juive. Mais la libération du « sujet protégé » en terre d’islam, la volonté d’en finir avec un statut imposé par la violence (et non pas concluavec le consentement des Juifs) se heurte fatalement aux mentalités. Quel maîtreaccepterait de bonne grâce de perdre son pouvoir ? Pour le musulman, l’émancipation du statut de dhimmi signe l’entrée en guerresainte (djihad). Dans l’économie psychique de certains musulmans, un Juif libre et souverain sur une terre (la Palestine) que l’islam a décrétéemusulmane pour l’éternité́est impensable au sens littéral du terme. C’est un bouleversement métaphysique. C’est là que se situe l’un des plus puissants blocages du conflit israélo-arabe.

Donc, ce conflit cache en fait l’affrontement entre le monde musulman et l’Occident ?

Les éléments anthropologiques que j’ai mentionnés s’imbriquent dans une tectonique de plaques plus large qui voit les Occidentaux sur la défensive face à la Russie, la Chine et certains des BRICS (l’Inde hindoue et le Brésil avec ses évangélistes sont des cas à part). Nous, Occidentaux, sommes peu à peu sur la voie du déclin. À cet égard, les réactions à l’endroit du conflit Israël-Hamas montrent un clivage qui isole l’Occident du reste du monde. L’offensive globale contre Israël, y compris désormais depuis l’intérieur même de nos pays par des populations mal intégrées, et encore moins assimilées, est à comprendre dans ce cadre-là.

Aussi mondialisé soit ce phénomène, il possède aussi des spécificités nationales. L’assassin de Bruxelles a grandi sur un terreau particulier. Sa haine de l’Occident n’est pas la même  que celle d’un Chinois ou d’un Russe qui, dans le cadre d’une nouvelle guerre froide, croient que les juifs manipulent les États-Unis et contrôlent les médias…

C’est vrai. Les sociétés traditionnelles musulmanes constituent un terreau particulièrement inflammable quand elles sont confrontées à la modernité occidentale, à l’émergence du sujet contre le clan, comme à la contestation des structures d’autorité masculines. Plus le monde traditionnel s’effrite sous les coups de boutoir de la modernité, plus il se raidit. Et ce raidissement met en lumière une violence masculine déchaînée, celle-là même qu’on voit à l’œuvre dans les foules haineusesqui défilent dans les rues de Tunis, d’Alger et deBagdad.

Quel est le poids respectif, dans cet affrontement, de la religion et de l’anthropologie ?

L’affrontement israélo-arabe a pour arrière-fond un conflit anthropologique d’envergure entre une société traditionnelle verticale et clanique, et une société horizontale d’individus. Le nouveau Yishuv (communauté juive en Palestine avant la création de l’État d’Israël) majoritairement ashkénaze, obéit à des normes européennes comme on le voit avec les fondateurs des premiers kibboutz dans les années 1910-1920. Très rapidement, un gouffre culturel énorme sépare les deux sociétés. Un siècle plus tard, ce gouffre est toujours là. Les Gazaouis vivent à soixante kilomètres de Tel Aviv mais la majorité, qui n’a jamais travaillé en Israël, ignore la société israélienne et la plupart ne connaissent pas d’Israéliens. De même, les Tel-Aviviens ignorent tout de la société palestinienne et le nombre d’Israéliens arabophones est de plus en plus faible. Une aberration au vu de la situation géopolitique du pays.Ce fossé ne peut pas être lu en termes « coloniaux » (de quelle métropole les Juifs relèveraient-ils ?), mais en termes culturels. Il aboutit à un constat d’autisme pour les deux sociétés. Ce mur anthropologique constitue un obstacle capital à la paix qui fait passer au second plan d’autres problèmes tels que Jérusalem ou les« implantations ».

Pour certains Français, les nouvelles dIsraël ont une résonance plus directe. Si on admet qu’il existe un continuum entre le Hamas, Daech, le massacre du 7 octobre, Merah à Toulouse et le Bataclan, peut-on craindre qu’un jour les jeunes émeutiers de l’été dernier préfèrent le djihad au pillage d’un Apple Store ?

En octobre 2020, dans le discours des Mureaux, Emmanuel Macron a pointé le danger du séparatisme. À raison puisque la logique de l’islam intégriste est séparatiste. Peut-on imaginer un jour des territoires soustraits à la loi de la République, dont les habitants basculeraient dans la violence parce qu’ils nous regarderaient, nous, comme des étrangers menaçant leur identité et leurs croyances ? C’est possible. C’est déjà en partie le cas quand un ancien préfet parle de 5 millions de personnesvivant plus ou moins en dehors de nos lois et coutumes. Il ne s’agit évidemment pas de5 millions de djihadistes, mais de millions de gens qui, subissant une forte pression sociale au sein d’un espace public islamisé, sont condamnés à se taire au risque de passer pour de « mauvais musulmans ». Pire : pour des apostats. C’est là que vit cettepartie de l’immigration arabo-musulmane, souvent mal intégrée, que la modernité occidentale a bouleversée. Elle a privéles hommes de leur statut de dominant, via la réussite scolaire des sœurs et l’émancipation des femmes. Entre autres. De là, une blessure narcissique qui, ajoutée à une multiplicité de blessures d’amour-propre, constitue le terreau idéalpour une radicalisation musulmane. De là, le retour aux « pieux ancêtres » et à une lecture littérale de l’islam, qui pousse au replisur soi et à la violence.

L’installation en France – terme qu’on emploie faute d’intégration ou d’assimilation –fait-elle évoluer l’anthropologie des immigrés issus des pays musulmans et leurs descendants français ?

Démographiquement, oui lorsque la taille des familles passe de six enfants à deux. L’évolution vers le consumérisme et l’hédonisme va dans le même sens. Mais cette acculturation à la modernité occidentale peut-elle, sans conflit de loyautés, toucher au noyau intime de l’identité, à savoir la dimension musulmane ? Le monde arabo-musulman traditionnel, c’est d’abord un monde d’appartenance au clan et à la communauté des croyants, l’oumma. La dimension musulmaneprime sur la dimension nationale. Sur ce plan, le décalage avec la société française est profond, il peut chez certains encourager une forme de sécession.

Défilé militaire anti-israélien organisé par le Djihad islamique, Gaza, 3 octobre 2022. « Une société arabe, clanique, traditionnelle et verticale, s’oppose à une société israélienne horizontale d’individus. » Photo : SOPA Images/SIPA

Comment cette analyse peut-elle guider notre action ? Et ne me répondez pas que l’École de la République va régler le problème !

L’Éducation nationale telle que nous la connaissons reflète l’esprit d’un Condorcet, elle ne répond certainement pas aux défis posés par une société multiculturelle. Il faut noter en premier lieu que la jeunesse évoquée plus haut a été élevée dans une foi musulmane plus ou moins rigoriste qui s’identifie à la loyauté familiale. Or, en matière d’influence, il arrive souvent qu’il faille choisir entre la famille et l’école, c’est-à-dire entre des codes et des cultures différents. Ce clivage qui s’articule autour de la notion de tolérancerésume l’impasse du multiculturalisme.

En second lieu, il reste à agir rapidement par le biais d’une nouvelle législation sur l’immigration. Le jeune assassin ingouche d’Arras n’a pas été expulsé à temps parce qu’il était entré en France avant l’âge de 13 ans. Sans doute aussi faut-il endiguerl’immigration de peuplement au grand dam du patronat, et sans craindre l’usage par la bourgeoisie « de gauche » de ce qualificatif asséné comme une insulte : « extrêmedroite ! »La peur d’être ainsi désigné paralyse le monde intellectuel parce qu’ellepeut s’accompagner d’une mise à mort sociale. Cette accusation infamanteest donc surtout un facteur de conservatisme social.

Depuis la sortie des Territoires perdus de la République, en 2002, le paysage médiatique français a-t-il changé ?

Assez peu finalement, même si aujourd’hui plusieurs organes d’expression importants permettent d’entendre d’autres points de vue et de développer d’autres analyses. Il est frappant de constater à cet égard que Le Figaro joue aujourd’hui dans le débat intellectuel français le rôle autrefois tenu par Le Monde, celui d’un véritable vivier d’idées.En revanche, du côté des médias financés par l’argent public, l’ostracisation et la stigmatisation restent en vigueur.En ce qui me concerne, par exemple, en dépit de ma victoire judiciaire jusqu’en cassation, l’accusation de « racisme » continue à flotter dans l’air comme un soupçon. Il suffira de déclarer, comme à mon propos, que vous êtes « clivant » pour que les portes se ferment. Elles restent ouvertes en revanche pour le discours faussement compassionnel qui tient lieu de pensée et formate les individus dans un grand nombre d’écoles de journalisme. Nul n’ignore que l’appareil médiatique et une partie de l’Université lui demeurent soumis.

LFI: des sans-cravates menés à la cravache

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La députée d'extrème gauche Raquel Garrido (LFI) à une manifestation pro palestinienne a Paris, 4 novembre 2023 © Gabrielle CEZARD/SIPA

La France insoumise vient de mettre Raquel Garrido au placard pendant quatre mois. Son tort? S’être comportée exactement comme Jean-Luc Mélenchon!


Hier à l’Assemblée nationale, les « Insoumis » ont montré, à ceux qui ne l’avaient pas encore compris, que leur parti est de loin le plus caporalisé et le moins démocratique de France. Lors de son point presse hebdomadaire, Mathilde Panot, présidente du groupe parlementaire LFI, a annoncé qu’une lourde sanction interne venait d’être prononcée à l’encontre de Raquel Garrido pour avoir osé… critiquer son chef historique.

Qui nuit à qui ?

La décision, qui devait rester opaque et confidentielle, avait été révélée la veille par la principale intéressée. « Pendant quatre mois je n’ai plus le droit de représenter mon groupe parlementaire en tant qu’oratrice dans les discussions générales en Commission des Lois et dans l’hémicycle, a précisé la députée de Bobigny (93) dans un tweet. Je n’ai plus le droit de poser des Questions au Gouvernement au nom de mon groupe. »

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Officiellement, la compagne d’Alexis Corbière est rappelée à l’ordre pour « une accumulation d’agissements et de propos répétés qui nuisent au bon fonctionnement collectif du groupe », « la diffusion de fausses informations dans la presse », ainsi que « la mise en cause et le dénigrement ad hominem de plusieurs membres du groupe ». Mais en réalité c’est une unique déclaration qui lui est reprochée, qui tient en deux phrases et qui a été reproduite dans Le Figaro le 16 octobre : « Jean-Luc Mélenchon avait le choix d’aider à faire mieux, comme il nous y avait invités après la présidentielle, ou de nuire. Je dois constater qu’il n’a fait que nuire depuis dix mois. »

Les limites du tout-conflictuel

Ainsi donc à La France insoumise, on est prié de « tout conflictualiser », mais pas touche au tôlier ! Dieu merci, cette discipline absurde n’est pas de mise à l’intérieur de l’espace, plus vaste, de la Nupes. Sans quoi l’insoumise Sophia Chikirou serait en bien mauvaise posture depuis qu’elle a comparé, le 21 septembre sur Facebook, son allié communiste Fabien Roussel au nazi Jacques Doriot1. Et que dire de Jean-Luc Mélenchon, qui, lui-même, déclarait le 18 octobre sur BFM TV, au sujet des autres formations de gauche avec lesquelles il est pourtant censé être “uni” : « Franchement je ne les aime pas » ? N’a-t-il pas, tout autant que Raquel Garrido, nui “au bon fonctionnement collectif du groupe” ?

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Face à une décision aussi ubuesque, certains « Insoumis » n’ont pas tardé à ruer dans les brancards. Sur France Inter, Clémentine Autain s’est déclarée « atterrée », tandis que sur Twitter, François Ruffin s’est élevé contre « l’arbitraire », Danièle Simonet a exprimé sa « honte » et Gérard Miller parlé de « gâchis ». On aurait toutefois tort de penser qu’une implosion se prépare au sein de la formation mélenchoniste, où la dévotion au lider maximo est inébranlable. Rien, pas même ses ambiguïtés sur les émeutes de banlieue ou ses outrances sur le Crif, ne saurait ébrécher la statue du commandeur. Il faut voir dans ces engueulades entre chapeaux à plumes de simples duels à fleuret moucheté entre petits bourgeois privés de Grand soir.


Dernière minute. En réaction à l’appel à manifester dimanche contre l’antisémitisme lancé par le président du Sénat Gérard Larcher et la présidente de l’Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet, Jean-Luc Mélenchon a déclaré sur Twitter : « Les amis du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous ». Après avoir estimé qu’on n’est quand même pas à Berlin en 33 et qu’elle en a marre d’entendre dire que les juifs français vivraient dans la terreur, notre directrice de la rédaction Elisabeth Lévy a estimé, dans sa chronique radio matinale, que la réaction « dégoutante » du leader des « Insoumis » avait finalement achevé de la convaincre. • MP
  1. https://www.causeur.fr/melenchon-chikirou-roussel-et-jacques-doriot-266761 ↩︎

L’UE chez Mickey

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Shutterstock/Politico

Le 16 octobre, les eurodéputés, qui effectuaient leur habituelle transhumance entre Bruxelles et Strasbourg, se sont retrouvés à Disneyland Paris. 


Chaque mois, le Parlement européen fait la navette entre Bruxelles, le centre administratif de l’UE, et Strasbourg, symbole de la réconciliation franco-allemande post-1945. Ce déménagement oblige les 705 eurodéputés, accompagnés de leurs 2 500 assistants et de leurs dossiers, à faire un voyage de 450 kilomètres et, quatre jours plus tard, à prendre le chemin inverse. Le gros du travail parlementaire a lieu dans les commissions, qu’il est plus commode de tenir à Bruxelles, à proximité de la Commission et du Conseil européens. Seulement, le traité sur le fonctionnement de l’UE stipule qu’au moins 12 séances plénières par an doivent avoir lieu à Strasbourg.

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Or, le 16 octobre, le train affrété pour transporter les eurodéputés a fini, non dans la capitale alsacienne, mais à Eurodisney. La SNCF a reconnu une erreur d’aiguillage qui a provoqué un arrêt de quarante-cinq minutes : trop court pour que les élus puissent profiter du parc d’attractions, mais suffisant pour relancer le débat éternel qui oppose les partisans d’un siège unique à ceux d’une solution à deux sièges. Le premier groupe est lui-même divisé entre Bruxellois et Strasbourgeois. Les eurodéputés sont largement pour un siège unique, et de préférence à Bruxelles. Ils ont même voté pour réduire le nombre des déplacements à Strasbourg, mais en vain. Car le Conseil européen ne peut modifier un traité que par un vote à l’unanimité, ce qui confère un droit de veto à la France, qui tient au siège officiel à Strasbourg. Une étude parlementaire conduite en 2013 estimait le coût de la gestion de deux sièges à 103 millions d’euros, sans compter que les navettes ne font rien pour réduire l’empreinte carbone du Parlement. À Marne-la-Vallée, le chargé de presse d’un eurodéputé danois s’est demandé si le bâtiment strasbourgeois ne pouvait pas abriter un nouveau Disneyland. L’eurodéputé vert allemand Daniel Freund a riposté sur X, exploitant l’expression anglaise pour désigner quelque chose de peu sérieux : « Nous ne sommes PAS un Parlement à la Mickey Mouse » (We are not a Mickey Mouse Parliament). Qu’en diraient les électeurs européens ?

Marxisme américain: la menace interne?

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La representante démocrate de New York, Alexandria Ocasio-Cortez lors d'une conférence de presse sur la politique des frontières, Washington, 25 janvier 2023 © Sipa USA/SIPA

À la différence de certains pays européens, les États-Unis n’ont jamais constitué une terre fertile pour les idées marxistes. Jusqu’à maintenant. Inspiré par la pensée du communiste italien, Antonio Gramsci, un marxisme proprement américain déborde du milieu universitaire où il était resté confiné pour investir d’autres milieux, notamment celui de la vie politique, et menacer l’héritage des Pères fondateurs.


En dehors des milieux universitaires, le marxisme n’a jamais vraiment percé aux États-Unis. Cette situation serait-elle en train de changer? La greffe entre le marxisme-léninisme et le constitutionnalisme républicain n’ayant jamais pris (et pour cause, ils sont foncièrement antinomiques), l’Amérique progressiste aurait réussi à imposer au fil des dernières décennies, dans un nombre croissant de segments de la société, sa propre variante du marxisme : le « socialisme identitaire », fondé sur le critère de la « race » ou du « genre », et non plus sur celui de la « classe ». Mais dans quelle mesure peut-on bien parler ici de « marxisme » ? De plus, ce phénomène est-il irréversible ou bien les conservateurs républicains ont-ils une chance de reprendre la main sur leurs adversaires ? Car ne comptons pas trop sur les Démocrates, qui ont migré ces derniers temps vers l’extrême gauche, pour écarter les brebis galeuses.   

Gramsci et la « longue marche »

En 2000, l’essayiste conservateur et rédacteur en chef de la revue The New Criterion, Roger Kimball, fit paraître un ouvrage intitulé The Long March: How the Cultural Revolution of the 60s Changed America, ou « comment la révolution culturelle des années soixante a transformé l’Amérique ». Il y défendait la thèse selon laquelle les grandes institutions culturelles américaines (université, médias, etc.) avaient été de plus en plus infiltrées depuis plusieurs décennies par les progressistes radicaux, et ce conformément au plan d’action qu’avait pensé le communiste italien Antonio Gramsci (1891-1937) dans les années 1920 : constatant que la prévision de Marx, selon laquelle la classe ouvrière allait renverser la classe bourgeoise dominante dans les pays capitalistes, ne s’était produite nulle part, Gramsci appela à s’emparer progressivement des leviers culturels opérant dans les sociétés « bourgeoises » en vue de prendre le contrôle de ces dernières.

Leur but est de détruire le pays […] d’anéantir la confiance des citoyens dans leurs institutions, leurs traditions et leurs coutumes

Gramsci peut d’ailleurs être considéré, ainsi que le remarque très justement Pierre Valentin dans son livre Comprendre la révolution woke (Paris, Gallimard, 2023, p. 153-154), comme l’intermédiaire déterminant entre le marxisme « classique » et le nouveau marxisme « woke ». Les superstructures idéologiques (cultures, œuvres de l’esprit…) n’étant que le produit des infrastructures économiques pour les marxistes de la première heure, dont l’approche du réel social et de l’histoire reposait sur le primat de l’économique, le champ du militantisme politico-culturel s’était ainsi trouvé délaissé. Ce chaînon manquant, poursuit Pierre Valentin, ce sont les Cahiers de prison de Gramsci qui allaient l’apporter, ouvrant ainsi la voie à l’infiltration des institutions des sociétés libres et ouvertes par les idées socialo-marxistes.

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Dans son ouvrage United States of Socialism (2020), l’essayiste et réalisateur de documentaires Dinesh D’Souza insiste lui aussi sur le rôle des plus néfastes joué par Gramsci dans l’émergence du socialo-marxisme identitaire outre-Atlantique. Aux yeux de Gramsci, nous rappelle D’Souza, les capitalistes avaient réussi à imposer leur pouvoir non seulement économique, mais aussi culturel, à travers la diffusion des « valeurs bourgeoises » (p. 102). La classe ouvrière s’était selon lui embourgeoisée, essentiellement du fait de l’hégémonie culturelle de la classe capitaliste. Comme on ne pouvait plus attendre de la première qu’elle fasse d’elle-même la révolution, la seule solution pour Gramsci était donc de mettre fin à l’hégémonie de la seconde en attaquant de l’intérieur l’ensemble de ses supports culturels. À ce titre, Gramsci peut être considéré à la fois comme le continuateur du marxisme et comme celui qui en a complètement renversé la perspective initiale en décrétant que l’économie est un sous-ensemble de la culture.

Un autre essayiste américain qui n’hésite pas à parler ouvertement de « marxisme » à propos de l’implantation et de l’élargissement du socialisme identitaire aux États-Unis est Mark Levin dont le titre de l’avant-dernier livre, paru en 2021, ne saurait être plus explicite : American Marxism (Threshold Editions). Il écrit ainsi dès la première page : « La contrerévolution américaine (dirigée contre la révolution des États-Unis elle-même, c’est-à-dire celle de 1776), bat son plein ». Et il ajoute : « La contrerévolution ou le mouvement dont je veux parler, c’est le marxisme ». Naturellement, le marxisme dont il est ici question ne se propose plus d’atteindre comme autrefois à la « dictature du prolétariat » en tant que stade intermédiaire, préludant à l’avènement d’une société sans classes. Du marxisme originel, le progressisme radical américain ne conserve que l’opposition fondamentale entre « oppresseurs » (désormais incarnés par le mâle blanc capitaliste et hétérosexuel) et « opprimés » (qui se composent aujourd’hui de l’ensemble des « minorités »). Il en conserve aussi l’esprit de la table rase : il convient pour les nouveaux apôtres de la « révolution » de remplacer l’ancien système capitaliste, jugé tout à la fois réactionnaire, patriarcal, raciste, colonialiste, antiféministe et anti-écologiste, par un nouveau système fondé sur l’« équité », la « justice sociale et environnementale » et la lutte contre les discriminations de toutes natures.      

A-t-on atteint un point de non-retour ?

Mais qui sont en pratique ces promoteurs du socialo-marxisme à l’américaine ? À cette question, Dinesh D’Souza et Mark Levin répondent sans ambages : non seulement des politiques (comme Alexandria Ocasio-Cortez, Elizabeth Warren, ou Bernie Sanders, dont le collectivisme forcené a fortement imprégné la politique de l’administration Biden depuis que celui-ci est arrivé au pouvoir), mais aussi des organisations comme Black Lives Matter (BLM), Antifa, The Squad… Leur but, écrit Mark Levin dans l’ouvrage précité, est « de détruire le pays […] d’anéantir la confiance des citoyens dans leurs institutions, leurs traditions et leurs coutumes. Ils veulent affaiblir le pays de l’intérieur et détruire le capitalisme et le républicanisme américains ».

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Le progressisme radical d’inspiration marxiste a colonisé des pans entiers de la société américaine depuis une cinquantaine ou une soixantaine d’années, au point où l’on ne sait exactement si cette évolution est réversible ou non. Tout en alertant leurs concitoyens sur les ravages causés par la diffusion croissante de cette idéologie socialo-progressiste, notamment auprès de la jeune génération, ni D’Souza ni Levin ne sont pour autant des fatalistes : leurs écrits peuvent se concevoir comme de vigoureux plaidoyers en faveur d’un retour à l’esprit de la seule et vraie révolution américaine, incarné dans la Déclaration d’indépendance de 1776 et la Constitution de 1787. Chose encore possible à leurs yeux, à condition qu’une majorité d’Américains prenne conscience de l’existence de cette menace, qui corrompt de l’intérieur toutes les forces vives du pays. « Si nous ne prévalons pas, écrit Levin, l’Amérique des fondateurs disparaîtra à jamais ».

Il y a 40 ans, Reagan prenait acte du caractère intrinsèquement criminogène de feu l’URSS en qualifiant cette dernière (non sans susciter l’indignation des Occidentaux…) d’« empire du Mal ». S’attirant le même genre de reproches un peu moins de deux décennies plus tard, George W. Bush parla quant à lui d’« axe du Mal » pour désigner les États voyous méprisant sans vergogne les droits de l’homme et nourrissant une haine viscérale de l’Amérique et de l’Occident. Peut-être Trump, malgré ses trop nombreux et incontestables excès, aura-t-il toutefois été le président américain ayant su reconnaître l’existence de cette menace existentielle – désormais interne – pour la perpétuation de l’Amérique des fondateurs : le collectivisme socialo-écologiste de type « woke », fondé sur la « convergence des luttes » et la sanctification de la victime « intersectionnelle », et dont le but ultime n’est autre que de détricoter tout ce qui a fait l’incomparable succès des États-Unis dans le monde depuis leur création.

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