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La Cour Suprême des États-Unis met fin à la discrimination positive dans les universités: un bon coup porté au wokisme!

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C’est un revirement historique pour la société américaine, et une victoire pour le camp des conservateurs. La Cour suprême a rejeté ce jeudi 29 juin les programmes d’admissions des universités basés sur la race. 


C’est donc la fin d’un acquis datant des droits civiques. Et une bonne nouvelle pour les conservateurs, Républicains et autres défenseurs des idées de droite. Les six juges conservateurs sur les neuf que compte la plus haute juridiction américaine, John Roberts, Clarence Thomas, Samuel Alito, Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barret ont porté un grand coup à l’un des bras armés les plus vicieux du wokisme : l’admission dans les universités sur la base de critères raciaux au détriment du mérite individuel, autrement dit la fameuse discrimination positive. 

« Un avantage accordé à un étudiant dont l’héritage ou la culture l’a motivé à assumer un rôle de leader ou à atteindre un objectif particulier doit être lié à la capacité unique de cet étudiant à contribuer à l’université. En d’autres termes, l’étudiant doit être traité sur la base de ses expériences en tant qu’individu, et non sur la base de sa race » a déclaré le juge Roberts. Les six magistrats ont aussi estimé que la discrimination positive ne respecte pas le 14e amendement de la Constitution garantissant notamment la protection égale. 

Comme un boomerang

Cette politique mise en œuvre par nombre d’universités est le fruit d’une revendication défendue par les acteurs de la lutte pour les droits civiques à partir des années 1960. Personne ne conteste la légitimité du combat pour les droits civiques pour mettre fin à la ségrégation. Mais appliquer le même logiciel de la discrimination positive à notre époque conduit à un effet boomerang avec lequel le racisme revient en force. C’est précisément ce qui a motivé une association d’étudiants asiatiques-américains, Students For Fair Admissions Inc. (Étudiants pour des admissions justes) de porter l’affaire à la haute juridiction en octobre 2022 contre Harvard et l’université de Caroline du Nord. Plus intéressant encore, l’association avait déjà poursuivi Harvard en 2014 pour non-respect du titre IV de la loi sur les droits civiques interdisant la « discrimination fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale dans tout programme ou activité bénéficiant de fonds fédéraux ou d’une autre aide financière fédérale ». Les droits civiques finissent par desservir le citoyen américain. Quelle ironie !

A lire aussi, Jeremy Stubbs : Le Mois des fiertés LGBT: une appropriation cultuelle

Une nouvelle vague conservatrice en marche 

Au-delà de la satisfaction offerte par ce jugement de la Cour Suprême des États-Unis, nous vivons un grand moment conservateur, quatre décennies après l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison-Blanche. Guy Sorman, dans son ouvrage paru en 1983, intitulé La révolution conservatrice américaine, écrivait : « La société américaine est en révolte, les jeunes repoussent la contestation, c’est une révolution contre la gauche ». À l’époque, il s’agit d’une contre-révolution face aux mouvements gauchistes et néo-marxistes des années 1960-1970 et une volonté de retrouver l’Amérique et ses mythes fondateurs : la conquête de l’Ouest, la ruée vers l’or, les grands espaces. Faire le pari d’une redécouverte du passé de l’Amérique pour construire un avenir meilleur. Aujourd’hui, tout porte à croire que le même phénomène arrive ou se prépare. Le récent jugement rendu par la Cour Suprême n’est pas seulement un évènement juridico-politique isolé. La société civile américaine se révolte contre les dérives du wokisme à l’instar de l’association des mères de famille originaire de Floride et fondée en 2021 Moms 4 Liberty, comptant par ailleurs actuellement plus de 70 000 membres. Des hommes forts de la droite américaine comme le président Trump ou le gouverneur DeSantis ont su apporter des réponses politiques fortes pour contrer le gauchisme. Donald Trump, en 2016, souhaitait lui aussi rendre sa grandeur à l’Amérique en s’inspirant directement du mouvement conservateur de Ronald Reagan. 

Le Gouverneur DeSantis combat depuis plusieurs années avec courage la Walt Disney Company et ses délires wokistes et n’a pas hésité à faire adopter des lois anti-woke telle que celle visant à mettre fin à des formations woke sur les lieux de travail. D’autres États tels que le Mississippi, la Louisiane ou le Texas ont adopté des législations similaires. Ajoutons que même les grandes entreprises commencent à prendre leur distance vis-à-vis du wokisme et de ses bras armés. Pour une raison simple, il fait perdre de l’argent. Les films les plus woke produits par Disney n’ont jamais rencontré un franc succès. Reprenant les rennes de Disney en décembre 2022 après la mauvaise gestion de Bob Chapek, Bob Iger affirmait vouloir « prendre du recul avec la guerre culturelle ». Le rachat du réseau social Twitter par Elon Musk en octobre dernier a aussi marqué un tournant dans la relation que peuvent entretenir les multinationales avec le gauchisme. 

Enfin chers amis conservateurs, soyez plus optimistes que jamais ! Pourquoi ? Parce que nos adversaires tremblent ! Le 5 avril, le centre de recherches woke CRT Forward de l’université UCLA de Los Angeles a mis en ligne un rapport d’environ quarante pages recensant toutes les « attaques contre les théories woke » et s’inquiète de la montée en puissance de ces dernières sur tout le territoire américain. La nouvelle révolution conservatrice est en marche ! Continuons le combat !

La Révolution conservatrice américaine

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Claire Castillon: les états limites du quotidien

Dans vingt nouvelles, parfois à la limite du fantastique, Claire Castillon autopsie notre quotidien avec l’acuité d’un Edgar Poe moderne.


Claire Castillon a toujours eu plusieurs cordes à son arc. Romancière dès Le Grenier en 2000, elle se tourna vers la nouvelle en 2006, avec Insecte, qui lui attira de nouveaux lecteurs et fit beaucoup pour sa réputation de fine plume. D’habitude, et c’est d’ailleurs regrettable, les textes brefs passent, même chez un écrivain tout à fait confirmé, pour de la littérature mineure. Chez Claire Castillon, il n’en est rien. Ses recueils de nouvelles ont acquis immédiatement une importance de premier plan, et constituent tout un pan essentiel de son œuvre. Elle y déploie un panel d’effets dont elle a le secret, avec une efficacité rare. Son style minimaliste possède une manière particulière de vous happer, en vous remuant profondément, jusqu’à vous faire vous révolter contre le monde, la société, la vie…

Des personnages « borderline »

Dans L’Œil, recueil d’une vingtaine de nouvelles paru récemment aux éditions Gallimard, Claire Castillon propose des histoires étranges, issues de notre quotidien. Les personnages sont presque systématiquement borderline. Ainsi, nous sommes placés aux confins des attitudes normales, dans une zone inconnue. Avec une cruauté d’entomologiste, mais toujours avec un souci de compréhension pour ses personnages, même les plus irrécupérables, Claire Castillon nous décrit des situations qui franchissent les limites de la folie ordinaire. Dans la nouvelle « Léopold », elle se met dans la tête d’une femme qui dédouble son mari. Si j’ai bien compris, cette femme imagine qu’il est aussi son amant, et qu’elle trompe donc son conjoint légitime, mais avec lui-même. Un autre texte raconte l’histoire d’un adolescent qui vit de manière fusionnelle avec sa mère. Il suce encore une tétine et boit son biberon de lait. Le garçon se demande si, quand il atteindra sa majorité, ces choses-là continueront. Sa mère prépare tout pour cette éventualité : « Il compte les jours, confie-t-elle, qui le séparent de ses dix-huit ans. Il a peur que ça passe trop vite. Je viens de planter une nouvelle peur en lui qui le rapproche encore et toujours de moi. » Claire Castillon raffine ici toujours davantage ses nouvelles, en y ajoutant à la fin, pour chacune, une « Annexe », qui est une sorte de deuxième chute. C’est une manière de conclure l’histoire racontée en renforçant son côté bizarre, humoristique ou insolite. L’idée est excellente, et Claire Castillon s’y montre pleine d’ingéniosité.

À lire aussi : Du côté de chez Bret

Angoisse et malaise

Dans la plupart de ces textes, tous très réussis, on retrouve les thématiques de prédilection de Claire Castillon, notamment la violence abusive du plus fort envers le plus faible. Cela caractérise souvent pour elle les relations hommes-femmes, comme dans la nouvelle intitulée « L’Orée du bois ». Claire Castillon arrive à renouveler ce thème, à y insuffler une lourde angoisse et un malaise prodigieux, qu’on retrouvait dans son très beau roman, paru en 2021, Son Empire. Des sujets anecdotiques, du moins au départ, par exemple dans la nouvelle intitulée « Comme un mauvais rêve », débouchent sur des scènes qui frôlent le fantastique. Dans cette histoire saisissante, une femme s’aperçoit, grâce à la vidéosurveillance, que des étrangers s’installent dans sa maison de campagne. On sent, il me semble, chez Claire Castillon, grande lectrice, des influences littéraires majeures, notamment celle d’Edgar Poe pour l’inquiétante étrangeté.

Ce recueil de Claire Castillon, L’Œil, nous plonge dans l’inconfort. Sous la grisaille banale des jours, la nouvelliste fait émerger l’irrationalité de nos attitudes coutumières. Elle s’arrête sur ce que d’habitude, pudiquement, on essaie de ne pas remarquer chez les autres ou chez soi. L’art de l’observation de Claire Castillon est peut-être sans pitié, mais élaboré toujours avec la générosité du regard. L’Œil est un plaisir de lecture à la fois pervers et édifiant.

L'oeil

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Faut-il une panthéonisation par jour pour faire tenir la République?

Utiliser cette cérémonie éminemment prestigieuse à des fins politiques ou trop souvent, c’est malheureusement aussi prendre le risque d’en banaliser le sens.


Nous avons appris la semaine dernière, comme Daniel Salvatore Schiffer, la décision d’Emmanuel Macron de panthéoniser Missak et Mélinée Manouchian et nous ne pouvons que nous réjouir de la force de ce symbole. Immigré arménien arrivé à Marseille en 1925, résistant communiste, membre des Francs-tireurs et partisans, fusillé au Mont Valérien le 21 février 1944, Manouchian fait partie des grandes figures nationales qui inspirent l’admiration. On ne peut relire sans émotion la lettre à sa « chère Mélinée », ou le poème qu’Aragon lui avait dédié.

Debout les morts, on change de cimetière !

On peut se demander seulement si l’agitation des symboles républicains devenue permanente est vraiment un signe de grande santé. Depuis 1958, l’exercice est plutôt une pratique de gauche. Après le transfert des cendres de Jean Moulin accompagné du célèbre discours d’André Malraux en décembre 1964, les premiers successeurs de De Gaulle n’osent gèrent toucher au grand rituel, lequel disparait complètement pendant vingt-trois ans. A la fin des années 80, il est réactivé intensivement par Mitterrand (qui avait associé ce haut lieu à sa victoire électorale en 1981), avec pas moins de sept panthéonisations, dont celles de l’abbé Grégoire, de Condorcet et des époux Pierre et Marie Curie. De nouveau raréfié sous la droite chiraco-sarkozyste (André Malraux en 1996, Alexandre Dumas en 2002), l’usage est devenu intensif depuis la séquence des attentats, c’est-à-dire depuis 2015 : Jean Zay, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Simone et Antoine Veil, Maurice Genevoix et Joséphine Baker ont eu à changer de cimetière lors de la dernière décennie. Panthéonisation par lot de deux ou quatre, comme l’on canonise aussi à Rome les anciens papes par paquet de deux. Depuis le début de l’ère Macron, nous en sommes à un rythme d’un transfert par an. De ce point de vue-là au moins, l’actuel président s’inscrit dans la tradition de gauche.

A lire aussi, Jérôme Leroy: Du côté de chez Bret

La crainte de la banalisation

Depuis le discours de Malraux pourtant (« entre ici Jean Moulin avec ton terrible cortège »), que Luc Ferry avait un jour qualifié de « grandiloquent », peu de moments de ces grandes cérémonies sont vraiment restés dans les mémoires. Le style chiraquien était un peu boursouflé, celui d’Hollande à peine moins. Surtout, une sorte de banalisation de ces instants s’installe, leur faisant perdre une partie de leur substance. À célébrer une fois l’an les valeurs de la République lors de ces grands-messes, à souligner « la bravoure » et « l’héroïsme tranquille » (c’est la belle expression utilisée par Emmanuel Macron au sujet de Missak Manouchian) de ces figures tutélaires au moment où les institutions s’effondrent, l’État donne l’impression d’agiter des symboles pour conjurer le délitement en cours et susciter un nouvel élan des vertus civiques.

Henry de Montherlant (dont le transfert sur la montagne Sainte-Geneviève n’est franchement pas à l’ordre du jour…) faisait dire au roi Ferrante, dans la Reine morte : « C’est quand la chose manque, qu’il faut en mettre le mot. Don Eduardo, vous recommencerez cette lettre et vous y introduirez le mot “honneur”. Une fois seulement. Deux fois, personne n’y croirait plus ». La France fait penser dans ces moments-là à ces micro-Etats, gouvernés par des condottieri à la fin du Moyen Âge italien, déployant des tonnes d’images, de statues équestres, de fresques, de chefs d’œuvre artistiques pour symboliser leur puissance politique, alors qu’ils ne pesaient guère dans le concert européen ; ils devinrent d’ailleurs bien vite le théâtre des guerres entre la France et l’Espagne.

Bien sûr, quand arrivera la cérémonie, en février prochain, nous ne ferons pas notre mauvaise tête et apprécierons ce bref moment de communion nationale.

Le sentiment anti-français en Afrique. De quoi parle-t-on?

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Le mouvement anti-Français en Afrique a connu des précédents qui ont été surmontés. La nature de ces mouvements est aujourd’hui nouvelle et s’appuie sur d’autres ressorts. Il est essentiel de les connaitre afin d’établir les relations africaines sur de bonnes bases. 


La décision récente des autorités de transition maliennes, rapidement suivie de celle de leurs homologues burkinabés, de mettre un terme à l’opération Barkhane sur leur territoire a profondément marqué l’opinion. Vécue comme une humiliation pour la France, perçue comme le signe d’un recul de l’influence française, d’un échec de notre politique africaine, elle ne cesse depuis d’être commentée dans la presse, sur les plateaux, dans tous les forums.

La haine distillée simultanément par les décoloniaux et les wokes, relayée par les réseaux sociaux et exploitée par certaines puissances, a semble-t-il trouvé un terreau fertile pour se propager. S’il est indéniable qu’il existe un certain ressentiment à l’égard de notre pays, il faut, je crois, rappeler que ces réactions de rejet ne sont pas nouvelles et que dans le passé, à de nombreuses reprises, des manifestations d’exaspération, voire même de colère, ont pu se produire. 

Néanmoins, plus que de la haine, elles me semblent relever davantage aujourd’hui d’une réelle déception, comme l’écume d’une vieille relation qui ne demande qu’à être revivifiée.  

De nombreux précédents 

Dans les dernières années de la période coloniale, en août 1958, on se souvient du Général de Gaulle conspué par la jeunesse sénégalaise à Dakar, contraint de s’adresser aux « porteurs de pancartes » qui réclamaient l’indépendance immédiate. Quelques semaines plus tard, rappelons-le, le territoire choisissait à 90% de rejoindre la Communauté française. C’est dire que les esprits s’échauffent vite et que les récriminations, même violentes, ne traduisent pas nécessairement des sentiments profonds et définitifs.

À lire aussi : Quand Christophe Dechavanne parle de géopolitique avec Ibrahim Maalouf 

Au Tchad, en septembre 1975, le Général Felix Malloum quelques mois après le renversement et l’assassinat de son prédécesseur, le Président Tombalbaye, avait demandé le départ de l’ensemble des forces françaises qui venaient pourtant d’aider avec succès le Tchad à contenir la rébellion qui sévissait au Nord. Moins de trois ans plus tard, son pouvoir étant à nouveau menacé, il rappellera un contingent français.

Les manifestations anti-françaises, qu’elles s’adressent à notre politique ou à certains de nos comportements, ne nous ont jamais été épargnées.

On l’a vu en République centrafricaine à l’occasion d’alternances politiques ou encore après le crash d’un Jaguar français sur un quartier populaire en mars 1986. Nul n’a oublié notre Centre culturel à Bangui, incendié et pillé en 1996 lors des mutineries de l’Armée. Le Gabon lui-même, qui n’était pourtant pas suspect de sentiments anti-français, ne nous a pas épargnés. Lorsqu’une décision parisienne déplaisait au Palais du Bord de Mer, la foule se massait alors « spontanément » devant les grilles de l’Ambassade de France puis se repliait une fois le message passé.

Plus récemment, et plus dramatiquement aussi, on se souvient, en Côte d’Ivoire en 2004, du leader de la jeunesse, Blé Goudé qui s’attribuera le surnom de « Général de la rue » appelant aux manifestations contre la France et proclamant : « À chacun son Français ».  

Quelque chose aurait-il changé désormais ?

La relation entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne n’est certainement plus la même aujourd’hui que celle qui prévalait encore à la fin des années quatre-vingt, au moment où s’achevait la Guerre froide. L’influence française était alors incontestable et certainement à son apogée, sur le plan diplomatique, politique, économique et culturel. Sur le plan sécuritaire, il était reconnu que notre présence militaire dans un certain nombre de points d’appui, Dakar, Abidjan, Libreville, N’Djamena, Bangui, Djibouti, garantissait la stabilité et la paix. Nos interventions au Gabon en 1964, au Tchad dès 1968, en Mauritanie en 1977, à Kolwezi en 1978, montrent à l’évidence que la France est alors le gendarme de l’Afrique et qu’elle réussit plutôt bien dans ce rôle. On peut dire que le système Foccart, même incarné par d’autres que lui, libéraux ou socialistes, demeure en place.  

À lire aussi : Immigration au Danemark: quand la gauche regarde la réalité en face

Avec les années quatre-vingt-dix, les choses changent substantiellement. 

Après la disparition de l’Union soviétique, les enjeux ne sont plus les mêmes et les risques se sont dissipés, se sont écartés, du moins provisoirement, aussi bien pour les puissances occidentales que pour les pays africains. 

C’est dans ce contexte que la France commence à privilégier l’approche multilatérale dans sa politique d’aide au développement, en même temps qu’elle conditionne celle-ci à des progrès en matière de gouvernance et de démocratie. Le discours prononcé à La Baule lors de la 16ᵉ Conférence des Chefs d’État de France et d’Afrique par le Président François Mitterrand invite ainsi nos partenaires à mettre un terme au régime de parti unique et à revenir au multipartisme. C’est quelque peu contraints et forcés qu’ils s’engageront dans cette voie avec la multiplication des conférences nationales.

La France est satisfaite, elle estime avoir modernisé sa politique africaine et être sortie de l’ère post coloniale. La perception au sud du Sahara est quelque peu différente. 

A lire aussi: “Tout n’a pas été négatif dans la colonisation” Entretien avec Denis Sassou-Nguesso

L’arrivée aux marches du pouvoir des opposants souvent traditionnels au moment même où l’ajustement structurel imposé par les Institutions financières internationales demande des sacrifices dont les résultats n’apparaissent pas clairement aux populations est porteur de tensions. Le cas du Niger où le retour à la démocratie se traduit en peu de temps par deux coups d’État successifs est révélateur à cet égard. 

Quelques années plus tard, cette politique qui s’exprime par le ni-ni, « ni ingérence, ni indifférence » sera considérée comme un abandon de la France.

L’ancien Premier ministre centrafricain, Jean-Paul N’Goupande, agrégé de philosophie de l’Université française, déplorera cette évolution dans un ouvrage remarquable L’Afrique sans la France, histoire d’un divorce consommé, analyse aussi critique à l’égard des dirigeants français que de leurs homologues africains. Il y déplore notamment le désengagement français, manifeste dans de nombreux secteurs, la disparition progressive des…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue amie Conflits <<<

Secrets d'Afrique: Le témoignage d'un ambassadeur

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L'Afrique sans la France

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C’est la belle nuit de Nahel…

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Lors de la troisième nuit d’émeutes suivant la mort de Nahel, et après une « marche blanche » qui n’appelait pas au calme, les violences des racailles de banlieue ont atteint un niveau inquiétant et inédit. 667 personnes ont été interpellées et les forces de l’ordre dénombrent 249 blessés dans leurs rangs. Cette jeunesse déculturée s’adonne au riotporn sur les réseaux sociaux et semble irraisonnable. Une note des Renseignements territoriaux, dévoilée par les journalistes de Mediapart, alerte sur l’influence délétère de l’ultra-gauche, des influenceurs islamistes, d’Omar Sy et de Killian Mbappé. Analyse et vidéos.


Nahel. Un prénom qui restera. Comme Théo, Zyed et Bouna, ou Adama. Un prénom qui rimera avec émeutes, banlieues, rap, grosses cylindrées, feux d’artifice, Nanterre. Mais l’histoire de Nahel, désormais disparu, le dépasse. De son vivant, Nahel fut un adolescent emblématique de la dégradation constante de ces quartiers qu’on désigne pudiquement comme « populaires ». Avant même d’atteindre sa majorité, le Nanterrien avait déjà accumulé douze interpellations pour des délits divers, son nom étant rattaché à pas moins de quatre refus d’obtempérer… Son dernier refus d’obtempérer avant de décéder remontait d’ailleurs au… 24 juin. Déjà client de la justice, Nahel n’était pas une graine de criminel mais une jeune pousse vigoureuse, éventuellement prête à entrer de plain-pied dans l’âge adulte par les cases trafic de drogue et prison. Il est aujourd’hui le prétexte idéal pour un déchainement de violence aveugle. Ceux qui répandent cette violence n’ont souvent pas de pères pour les éduquer et il n’y a pas d’État pour les punir.

Des voyous calibrés en voitures de sports

Les refus d’obtempérer « avec risque de mort et blessure » étaient au nombre de 5 247 en 2021, ce qui représentait une hausse de 88 % en dix ans. La mode des rodéos urbains l’explique notamment, ainsi que la violence de plus en plus incontrôlable des jeunes de banlieue, qui ne respectent plus aucune autorité supérieure autre que leur N+1 dans le business. Pourtant, peu d’entre ceux qui ont pris le risque inconsidéré d’échapper à la police en fuyant à bord d’une voiture surpuissante ont trouvé la mort. Ils n’étaient ainsi que 13 à avoir connu ce funeste destin en 2022. Moins politisée que ses devancières biberonnées à NTM et I Am, la nouvelle génération des quartiers aime la vitesse et la « moula » qu’elle gagne en vendant de la drogue via Telegram, véritable Amazon des business illégaux.

Y a-t-il eu bavure lors de l’interpellation de Nahel ? Peut-être. Le risque existe malheureusement, surtout quand la police sait qu’elle fait face constamment à des personnes qui ne reculent devant rien, parfois « calibrées » souvent « équipées ». La Justice réclamée par Omar Sy et Kylian M’Bappé, auteurs de tweets grandiloquents destinés à plaire à leurs publics respectifs, ne se rend toutefois pas dans la rue ou au pied d’une tour : elle se rend dans les tribunaux. Quand les « quartiers » s’enflamment en criant qu’ils veulent « justice » pour Nahel ou Adama, ils disent en réalité vouloir rendre eux-mêmes leur justice communautaire, allant dans certains cas jusqu’à contester les rapports d’enquêtes et les décisions des tribunaux quand elles ne vont pas dans leur sens.

A lire aussi, Philippe Bilger: Nahel: marche blanche ou triomphale?

La société française n’est plus en train de se fracturer. Elle est déjà atomisée. Ce ne sont pas deux peuples qui s’affrontent, mais des dizaines mus par des intérêts sociologiques, ethniques ou économiques bien différents. Au milieu de ce marasme, les garçons des « banlieues » se regroupent en bandes, vivant dans la promiscuité des barres d’immeubles et partageant des référentiels communs. Ce sont des Mannerbund postmodernes chevauchant leurs scooters V-Max sur les périphériques des grandes métropoles et dans les rues des villes moyennes. Certains d’entre eux ne quittent jamais vraiment le quartier, le retrouvant même dans les maisons d’arrêt où ils finissent immanquablement enfermés.

Ils tyrannisent leurs voisins qui essayent de s’en sortir, parasitant leur sommeil en faisant vrombir leurs « cross volés » et leurs voitures de location payées en cash pour parader façon clip de rap marseillais. Quand ils ne détruisent pas des écoles, ils mettent un point d’honneur à afficher avec orgueil leurs origines, drapeaux algériens en tête. Le sort des filles qui voisinent ces garçons peut d’ailleurs être terrible, comme l’a encore récemment crûment démontré l’assassinat de la petite Shaïna. Aucune politique de la ville ne changera cet état de fait : depuis 2005, rien n’a changé. En achetant la paix sociale à coups de milliards de politiques publiques et en laissant s’organiser les « fours », la classe politique n’a aucunement amélioré la situation. Elle n’a fait que cacher la poussière sous le tapis.

Une classe politique composée de lâches et d’incendiaires

La représentation nationale a observé une minute de silence après le décès de Nahel. La majorité Renaissance a été trop lâche pour le refuser à l’extrême gauche qui ne cesse de souffler sur les braises. Sans effet, évidemment. Les déclarations irresponsables de la part des députés France Insoumise ne peuvent même pas être recensées de manière exhaustive, tant elles ont été nombreuses. Ainsi d’Alma Dufour qui, commentant, la litanie de bâtiments incendiés et de violences des deux dernières soirées a fait observer qu’ « il ne se passe jamais rien sans ce rapport de force. La fin justifie les moyens ». De fait, elle a raison. Seuls ceux qui font preuve de violence sont entendus dans un pays qui a oublié la force. Eric Coquerel a, de son côté, proposé sur Twitter que soit abrogé le « droit d’utiliser son arme en cas de refus d’obtempérer » entre deux photos prises à la marche blanche en la mémoire de Nahel.

Mieux, Jean-Luc Mélenchon himself y est allé de son petit couplet de révolutionnaire de salon habituel : « Les chiens de garde nous ordonnent d’appeler au calme. Nous appelons à la justice. Retirez l’action judiciaire contre le pauvre Nahel. Suspendez le policier meurtrier et son complice qui lui a ordonné de tirer. Foutez la paix à l’ambulancier. » Son lieutenant David Guiraud a d’ailleurs lui aussi déclaré qu’il n’appellerait pas « au calme », ce qui revient à encourager les émeutiers à poursuivre leurs actions ultraviolentes. Les destructions ont d’ailleurs principalement visé des équipements publics : écoles, hôpitaux, bus, tramways. Mais aussi des immeubles d’habitation et des véhicules individuels. D’autres institutions ont jeté de l’huile sur le feu. Le syndicat de la magistrature a publié un communiqué intitulé « Mort de Nahel: ce n’est pas à la Justice d’éteindre la révolte ». Le ministère algérien des Affaires étrangères nous a jetés à la figure son mépris pervers habituel, demandant à la France de protéger ses ressortissants des « violences policières »… Il n’y a aucun message politique direct dans ces émeutes. Elles sont le fruit de trois phénomènes convergents : l’envie d’adrénaline propre aux jeunes hommes, le phénomène d’émulation dans une bande et la compétition entre quartiers pour savoir lequel est le plus « chaud ». Nous avons toutefois franchi un cap cette fois-ci. Certains émeutiers brandissent des armes lourdes, d’autres font usage de mortiers. Ils détruisent tout sur leur passage, comme les bagaudes barbares de la fin de l’Empire romain. Ils pillent, cassent, vandalisent, rient et jouissent du spectacle.

À lire aussi, Ivan Rioufol: Émeutes, hidjab: ces effets de la société ouverte

La mère de Nahel n’était pas en reste hier après-midi à Nanterre. Toutes dents dehors pour « honorer » la mémoire d’un fils tragiquement décédé qu’elle n’avait manifestement pas su éduquer pour devenir un homme digne de ce nom. On l’a vue à califourchon sur une moto de cross, tenant un fumigène ou entourée de jeunes qui donnaient l’impression de tourner un clip de rap de Fianso. Une mère intelligente et décente aurait eu honte que son fils ait pu se retrouver dans une voiture de luxe à 17 ans sur la bande d’arrêt d’urgence. Elle serait attristée par sa mort et demanderait une enquête, mais elle aurait d’abord présenté des excuses à la société. Elle était toutefois à l’image de la manifestation, dans son élément. Tentatives de brûler le drapeau français ou encore dégradation d’un mémorial de la choah ont ainsi égayé l’évènement.

Pas d’horizon commun

Quel projet de société envisager avec ces gens-là ? Aucun. La seule consolation a été de voir la récupération de l’extrême-gauche échouer. Le maire de Trappes Ali Rabeh ou encore Carlos Bilongo ont été « démarrés » à la manière des « tieks ». Du reste, ce sont les mairies rouges de la ceinture parisienne qui ont subi les plus gros assauts. C’est bien mérité. Le mouvement s’étend désormais à la France entière, encouragé à durer par le riotporn, les défis lancés sur Telegram, le beau temps et la fin de l’année scolaire. Est-ce un jeu ? Une guerre civile larvée ? C’est tout cela à la fois. C’est notre futur. Et il va bien falloir que le gouvernement de peureux qui nous représente fasse enfin preuve d’autorité. Oui, il risque d’y avoir encore de la casse. Mais l’ordre ne se négocie pas. Ils le doivent à toutes les victimes de cette sauvagerie qui n’ont jamais eu droit au moindre accès de colère.


La relation entre la France et l’Italie reste dense et étroite

France et Italie ont accentué leurs échanges et leurs liens par le traité du Quirinal. Les sujets de coopération entre les deux pays sont nombreux, et, parfois aussi, les sujets de friction… Analyse de la relation entre Paris et Rome avec Christian Masset, ambassadeur de France en Italie.


Conflits. Depuis quelques années, les relations entre la France et l’Italie sont devenues très complexes. Les échanges économiques entre les deux pays ne cessent de croître, de nombreux Français vivent et travaillent en Italie, il y a de nombreux dossiers de coopération de chaque côté des Alpes, mais des nuages s’accumulent aussi, avec parfois des moments électriques et des tensions vives, comme votre rappel temporaire en février 2019. À quoi attribuez-vous ces tensions ? Y a-t-il des divergences de fond sur certains dossiers clefs ou bien est-ce davantage dû à des disparités de forme, les gouvernements de Paris et de Rome n’ayant pas nécessairement les mêmes objectifs politiques à court terme ?   

Christian Masset. La relation entre la France et l’Italie est très dense, étroite et couvre tous les champs de notre action. Il est donc naturel que dans une relation si proche, il y ait aussi parfois des tensions entre voisins et amis. C’est aussi le paradoxe de notre proximité : nous sommes parmi les pays européens les plus proches culturellement, et nous pouvons donc croire – à tort- que nous sommes identiques, à quelques nuances près, en pensant que nous n’avons pas besoin de nous connaître davantage pour nous comprendre. Ceci peut conduire à des incompréhensions parfois. Mais dans le même temps, chacun des deux pays a conscience des liens étroits qui l’unissent à l’autre : nous sommes notamment le deuxième partenaire commercial l’un pour l’autre et l’Italie fait partie des cinq premiers pays investisseurs en France. L’Italie est aussi l’un des tout premiers partenaires pour la culture, dans les co-productions cinématographiques ou dans l’édition. Les exemples sont innombrables. Ce sont des éléments qui, dans la durée, structurent la relation sur le terrain, de la part de ceux qui la vivent au quotidien, des entrepreneurs aux chercheurs en passant par les étudiants ou les artistes. Il est naturel qu’il puisse y avoir parfois des soubresauts, pour des raisons politiques ou historiques, mais la proximité entre nos pays reste une constante dans les domaines concrets où elle s’exerce, de l’économie à la recherche, en passant par la culture, la défense ou l’enseignement. 

Le Traité du Quirinal, signé le 26 novembre 2021, est d’une grande importance diplomatique puisqu’il se veut le pendant italien du traité de l’Élysée avec l’Allemagne. Près de deux ans après sa signature, quel bilan peut-on dresser de ces premières d’applications ? Estimez-vous que les objectifs visés par la France ont été atteints ?

Il ne s’agit pas de faire des comparaisons puisque la relation franco-allemande est unique. Le traité du Quirinal, dès qu’il a été proposé par les gouvernements italien et français, partait du constat que nous avons de nombreuses convergences et une relation d’une densité exceptionnelle, et qu’il fallait en tirer parti pour transformer ces convergences en action et positions communes. Le traité est formellement entré en vigueur en février dernier. Les accomplissements sont en cours, mais plusieurs d’entre eux sont remarquables : la mise en place d’un service civique franco-italien et la création d’un Conseil jeunesse, dont la première réunion s’est tenue il y a quelques semaines à Rome entre les ministres compétents, le lancement, dans le domaine de la culture, du « Nouveau grand tour » pour la deuxième année, qui permet à 100 artistes italiens, français et européens de faire des résidences croisées dans les deux pays, la signature d’une feuille de route capacitaire conjointe dans le domaine de la défense, les premières consultations entre ministres de l’Économie, l’augmentation considérable du nombre de double-diplômes franco-italiens ou encore la création de campus de métiers conjoints entre régions, lycées et universités françaises et italiennes, entre la Lombardie et le Piémont et les régions Bourgogne-Franche Comté et Auvergne-Rhône Alpes. Autant d’exemples qui traduisent la dynamique positive qu’a lancée ce traité, et qui est appelée à se poursuivre. 

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Les échanges économiques entre la France et l’Italie sont en croissance continue, si bien que l’écart se réduit par rapport aux échanges France – Allemagne. Quels sont pour vous les facteurs de l’intensification de ces échanges et quel pourrait être le rôle de la diplomatie française pour maintenir cette bonne croissance ? 

Vous avez raison de le souligner, nos relations économiques n’ont jamais été aussi denses. Chacun de nos deux pays compte environ 2 000 entreprises des deux côtés des Alpes. Nos échanges représentent plus de 100 mds d’euros en valeur, et ils ont augmenté de plus de 20% depuis la période pré-covid. Dans le même temps, il faut souligner le dynamisme des investissements, qui tendent à s’équilibrer de plus en plus entre nos deux pays : 2022 a été une année record pour l’Italie qui a lancé 139 nouveaux projets d’investissement sur le territoire français. C’est + 45% en un an et plus d’un doublement en cinq ans. 


Ces projets ont permis de créer ou de sauvegarder 2 656 emplois l’an dernier. Pour notre part, dans le domaine de la diplomatie économique, nous avons pour double mission de montrer que la France est un pays ouvert aux investissements et qui a un environnement favorable où s’épanouir, tandis que parallèlement nous accompagnons, avec l’aide des opérateurs (au premier chef Business France, mais aussi la CCI franco-italienne), les entreprises françaises qui souhaitent s’implanter en Italie. 

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Nous avons aussi plus d’entreprises en commun, comme le champion européen STMicroelectronics, Essilor Luxxotica, Stellantis ou Thalès Alenia Space. Nous encourageons aussi le dialogue et les initiatives pour que les deux écosystèmes se connaissent mieux : je pense aux forums annuels Medef-Confindustria, mais aussi à des initiatives encouragées par le traité du Quirinal, comme le soutien aux entreprises franco-italiennes à travers un dispositif mis en place par la CDP et la BPI ou l’accompagnement de start-up des deux côtés des Alpes. Nous encourageons également la création de forums économiques franco-italiens dans les régions, comme le club France-Mezzogiorno qui a tenu sa deuxième édition cette année. 

Autre source d’échanges entre nos deux pays, l’art et la culture. L’ouverture de l’exposition Capodimonte au Louvre, avec l’inauguration du président Sergio Mattarella pourrait-elle inaugurer d’autres échanges de ce type entre les grands musées nationaux des deux pays ? 

Capodimonte au Louvre est un événement exceptionnel, d’abord car c’est la première fois que le Louvre consacre une exposition à un autre musée. Et il l’a fait de façon tout à fait remarquable non pas en réservant un lieu d’exposition à part, mais en insérant les œuvres exceptionnelles de Capodimonte au milieu de leurs « sœurs », dans des lieux emblématiques tels que la grande Galerie, en les faisant dialoguer directement. 

Au-delà, c’est aussi un vrai hommage rendu à la ville de Naples, avec tout un programme culturel pendant six mois fait de pièces de théâtre, de films, de lectures. En visitant cette exposition, on ressent à quel point il était naturel que ces œuvres se retrouvent côte-à-côte, tant notre histoire et nos cultures sont imbriquées. C’est « cette histoire qui nous dépasse » comme l’a dit le Président de la République. Des collaborations existent entre musées italiens et français : je pense par exemple à l’exposition sur le Pérugin à la galerie nationale d’art de l’Ombrie, dans sa ville natale de Pérouse, qui recevait le mois dernier pour l’occasion l’un des chefs-d’œuvre du maitre, « Les noces de la vierge » que l’on peut voir d’habitude au musée des beaux-arts de Caen. De Léonard de Vinci à Modigliani, tant d’artistes italiens ont vécu entre les deux pays – et les exemples d’artistes français ayant fait de même en Italie sont innombrables. 

Nos deux pays ont vocation à poursuivre leur dialogue des œuvres à travers les musées, les expositions et les festivals. Je pense notamment à l’accord de long terme passé entre la Triennale de Milan et la fondation Cartier pour l’art contemporain, exemplaire à bien des égards. 

Un autre dossier compliqué entre la France et l’Italie est celui du tunnel ferroviaire Lyon – Turin. L’Italie estime que la France ne manifeste pas une réelle volonté de mettre en service l’infrastructure dans les temps prévus. Est-ce que ce tunnel ferroviaire demeure un objectif pour la France ? 

Sur ce sujet, nos autorités sont très claires. Il s’agit d’un…

>>> Lire la fin de l’entretien sur le site de la revue Conflits<<<

L’élu LFI, coupable idéal?

Le gouvernement pratique la culture de l’excuse, c’est vrai, mais surtout vis-à-vis de lui-même…


Il faut bien à un moment que des chiffres se traduisent dans la réalité. Que des indicateurs sociaux, sanitaires, scolaires ou en matière d’équipements publics qui renvoient plutôt à l’image qu’on se fait d’un pays en voie de développement, s’incarnent dans la réalité et trouvent des conséquences concrètes. Qui peut se déclarer surpris par ce qui se passe ? Qui peut croire aux larmes de crocodile de ceux qui parlent d’ensauvagement et de décivilisation parce que des gens sont en colère après une bavure policière ? On va assez vite, du côté de l’éternel Parti de l’Ordre, qui change de contenu (droite, macronisme) mais jamais de contenant (coups de menton et répression à tout crin) dénoncer comme des partisans « de la culture de l’excuse » ceux qui ne s’indigneront pas assez bruyamment parce que brûlent des « symboles de la République ». On appréciera au passage qu’une médiathèque soit mise sur le même plan qu’une prison en matière de symbole…

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Le Parti de l’Ordre, lui, a trouvé le coupable. Ce n’est pas sa politique exclusivement tournée au profit des riches, politique de plus en plus dure au fur et à mesure qu’elle s’applique à ceux qui sont de plus en plus bas dans l’échelle sociale. Non, le coupable, ce sont les élus qui mettent « de l’huile sur le feu ». À écouter le gouvernement et ses alliés médiatiques d’extrême droite, les responsables de la révolte des quartiers (parlez d’émeute si vous voulez, mais l’émeute n’est jamais que la forme aigüe d’une révolte légitime) seraient les députés LFI, souvent élus de ces quartiers. C’est toujours pratique, les boucs émissaires, mais c’est un peu court. On sait que je n’ai pas forcément toujours de la sympathie pour eux – je suis d’une branche plus « tradi-roots » de la gauche – mais ce n’est pas, à ma connaissance un élu LFI qui a tiré sur un jeune homme de 17 ans, ce n’est pas un élu LFI qui est responsable de la disparition de la police de proximité remplacée par un maintien de l’ordre de type colonial: des patrouilles pour faire tenir tranquilles les indigènes et des délégations de pouvoir informelles aux caïds et aux barbus, voire aux caïds barbus, qu’on prétendra par ailleurs combattre. Bref, la seule « culture de l’excuse » que je vois en ce moment, ce n’est pas celle de la gauche tentant d’analyser les raisons de la révolte, c’est celle que le gouvernement s’applique à lui-même, se trouvant si beau en ce miroir et regardant ses beaux habits d’ultime rempart de la République alors qu’il en est le principal fossoyeur.

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Nahel: marche blanche ou triomphale?

La marche en hommage à Nahel a laissé un sentiment de vif malaise à beaucoup de monde. Pleurait-on vraiment la mort tragique du jeune homme de Nanterre ? Sa mort n’est-elle pas instrumentalisée par certains à des fins impures, belliqueuses, communautaristes, peu républicaines ?


Nahel, jeune homme de 17 ans, est mort dans la matinée du 27 juin à Nanterre. Il me semble qu’on a le droit, au regard des désordres, violences et incendies s’accroissant  chaque nuit – à Nanterre et ailleurs -, à l’écoute des réactions politiques, sportives et médiatiques diverses et contrastées, face aux propos présidentiels et ministériels, de formuler un certain nombre de remarques qui n’auront plus besoin, comme au premier jour, de passer par le chemin obligatoire de l’hommage à la famille et de la compassion pour son chagrin et sa douleur. Cela a été fait. Nahel faisait l’objet de douze mentions au fichier des antécédents judiciaires pour refus d’obtempérer, stupéfiants et conduite sans permis. Le 24 juin notamment, il avait déjà commis un refus d’obtempérer et devait comparaître au mois de septembre devant le juge des enfants. Le 27 juin, pourtant, il en renouvelait un dans les circonstances que l’on sait alors qu’il se trouvait, sans permis, au volant d’une Mercedes orange avec une plaque polonaise.

Un président de la République « gnangnan »

C’est ce processus caractérisé par un contrôle par deux motards de la police, dont un brigadier, puis la tentative de s’y soustraire, qui entraînait le coup de feu en définitive mortel dans la poitrine de Nahel – tiré par le brigadier. Le refus d’obtempérer ne justifie évidemment pas le coup de feu fatal mais sans cette fuite, qui résulte de la responsabilité exclusive de Nahel qui se savait une nouvelle fois en faute, l’issue tragique n’aurait pas eu lieu. Le brigadier de police (Florian M) faisait l’objet de bons renseignements. Il a été mis en examen pour homicide volontaire et placé en détention provisoire à la prison de la Santé. Il va interjeter appel. D’une vidéo, il semble résulter qu’au moment où Nahel redémarre pour fuir, personne ne se trouve devant le véhicule et donc que le fonctionnaire de police fait usage de son arme sans être personnellement menacé. C’est tout ce qu’on peut affirmer en l’état.

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Le président de la République, dans sa première intervention, a fait dans un registre que pour ma part je qualifierai de « gnangnan », excessivement compassionnel, semblant préjuger et ne faisant pas preuve de l’autorité qu’on aurait attendue de lui. La conséquence est que les cellules de crise se multiplient : la crise enfle mais les cellules semblent peu efficaces malgré la police qui fait face et front. Il dénonçait le 28 des « violences injustifiables » qu’il ne paraissait pas pressentir la veille. Le président usait aussi en une autre circonstance de deux adjectifs: « inexplicable » et « inexcusable », qui s’accordaient peu et mal avec la situation du 27 juin. Son empathie du « en même temps » jure avec le climat terrifiant de ces derniers jours.

Il me plaît, en revanche, de saluer le rôle de Gérald Darmanin qui sans démagogie ni complaisance, tient bien son rôle, avec un verbe qui ne fuit pas dans l’équivoque.  Il a salué le courage des forces de l’ordre contre tous les compulsifs de la haine et de la chienlit.
J’ai déjà indiqué ce que je pensais de certains tweets dont celui de Kylian Mbappé. J’ai regretté qu’apparemment sa France ne soit pas la France tout entière et que la couleur de peau soit le critère essentiel, voire exclusif de ses indignations partisanes. Comment peut-on soutenir qu’appeler au calme serait le contraire de la Justice alors que celle-ci ne peut réellement s’exercer que dans un climat serein ? Sur ce plan, certains députés LFI, à commencer par Jean-Luc Mélenchon, David Guiraud et Louis Boyard, manquent à leur devoir de député qui ne rendait pas incompatible l’affirmation de leurs convictions bien connues à l’encontre de la police, et l’expression d’une incitation à la paix civile, qui éthiquement relevait de leur responsabilité. Comme le Garde des Sceaux l’a souligné, ils peuvent être considérés comme des « complices moraux ». Ou bien aspirent-ils à ce que la France soit à feu et à sang à cause du prétexte de la mort de Nahel pour accabler encore davantage le macronisme en s’espérant un jour sauveteurs ?

Communion perverse

Lors de la marche blanche – qui, selon certains excités, n’était bonne que pour les « darons », les autres voulant des affrontements -, on entendait crier : Justice pour Nahel. Cette Justice qu’ils exigeaient, elle était sous leurs yeux, elle était en cours mais profondément elle ne les intéressait pas. La seule valable, pour eux, serait celle condamnant le brigadier au maximum de la peine et je me demande même si leur extrémisme ne se passerait pas volontiers de ces formes officielles et trop lentes de stigmatisation judiciaire. Sinon pourquoi auraient-ils continué à hurler Justice pour Nahel, par une sorte de revendication absurde puisque dès le premier jour ils avaient évidemment obtenu satisfaction ? Le maire de Nanterre, avec plus de modération, réclame justice et proclame qu’ils l’auront : mais personne ne la refuse et elle se déroule selon les règles. Si on voulait bien s’en tenir à elle seulement ?

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Les incendies, les désordres, les violences, les destructions des voitures et des autobus, d’une médiathèque, d’une banque, de tout ce qui constitue la richesse, le commerce et la convivialité d’une cité, de quartiers, le trésor des plus modestes qui n’ont que cela et qui est saccagé – faut-il vraiment, dans une communion perverse d’une indignation sans but et sans objet, applaudir ces misérables et choquantes dégradations qui prétendent faire payer à l’État les conséquences d’une tragédie singulière dont peut-être un seul fonctionnaire de police a été responsable ?

Marche blanche ou marche triomphale ? Je n’ai pas été le seul à ressentir un très vif malaise face à cette multitude d’environ 6 000 manifestants ou soutiens de la mère de Nahel, triomphalement présentée, instrumentalisée par Assa Traoré qui lui avait glissé la marche « de la révolte ». La mort de Nahel semblait oubliée. Qui éprouvait un authentique chagrin ? Qui souhaitait seulement s’en prendre aux autorités, résister aux forces de l’ordre ? Qui visait seulement à exploiter ce drame unique à des fins impures, belliqueuses, communautaristes, peu républicaines en tout cas ? Si j’étais cynique, je conseillerais la poursuite de ce mouvement, de ces nuits honteuses et furieuses, de casse et de feu. Ils rendent plus que jamais nécessaire l’émergence d’une démocratie authentique, respectueuse de la plupart, musclée et vigoureuse à l’encontre de toutes les malfaisances, quels que soient leur prétexte ou leur cause, en tout cas n’ayant plus peur de son ombre… Mais de grâce qu’on ne vienne pas nous dire, des larmes dans les yeux, qu’on pleure Nahel…

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Mais pourquoi les députés mélenchonistes n’appellent-ils pas au calme?


On ne se prononcera pas ici sur le fait de savoir si le policier qui a tiré sur le jeune Nahel était dans son droit ou non. Une enquête est en cours et, à l’inverse des « juges » qui pullulent sur les plateaux de télé et dans les couloirs de l’Assemblée nationale et qui ont d’ores et déjà prononcé un verdict de culpabilité, on attendra les conclusions de la justice. En revanche, revenons sur la « révolte » des « jeunes des cités émus par la mort de l’un des leurs » ainsi que sur la réaction des personnalités politiques ou syndicalistes qui dénoncèrent certaines « récupérations politiciennes et malsaines » lors des drames concernant Lola ou les jeunes enfants poignardés à Annecy mais qui récupèrent sans vergogne ce triste événement dans le seul but de tenir un discours démagogique et d’enflammer les banlieues.

La racaille se surpasse

La racaille n’attendait que ça. Majoritairement, les centaines de jeunes gens qui ont mis Nanterre et de nombreuses autres villes à feu et à sang se fichent comme d’une guigne de la mort de Nahel. Ce sont des voyous. La seule chose qui leur importe est de pouvoir casser, piller des magasins, brûler des voitures, agresser les policiers sans craindre une réaction qu’ils savent extrêmement limitée, voire impossible, et en même temps pouvoir continuer leurs trafics en tous genres dans des quartiers qu’ils considèrent être leurs propriétés. Sur France Inter, Maître Henri Leclerc, président d’honneur de la LDH, a dit comprendre la « révolte » de cette « jeunesse défavorisée » et a dénigré les policiers du Syndicat Alliance se disant outrés par les propos du président de la République – les voyous sont morts de rire, les députés LFI sourient en coin : les tartuffes idéologiques sont de sortie et leur servent la soupe.

Les députés mélenchonistes n’attendaient que ça. Ils espèrent, en France, un effet « Nahel », succédané de l’effet « George Floyd » aux États-Unis. Thomas Portes, Antoine Léaument et Louis Boyard ont fait, dans la nuit du 27 au 28 juin, une « tournée des commissariats ». Pour soutenir les policiers ? Non, pour « contrôler » les « lieux de privation de liberté » dans lesquels ont été placés en garde-à-vue des émeutiers. La récupération à ce niveau-là, il fallait oser. Louis Boyard twitte : « À Nanterre, la police a encore tué. Chaque année, cette institution défaillante vole des vies. Tant que le Gouvernement restera dans le déni, nous pleurerons d’autres Zyed, Bouna, Adama, Steeve et Zineb. » Le député Boyard a la larme sélective ; je n’ai pas souvenir qu’il en ait versé une seule pour Alban Gervaise ou pour Lola. Alban Gervaise a été égorgé à Marseille par un musulman « déséquilibré » sans que cela émeuve beaucoup les députés de la Nupes ou les médias bien pensants ; Lola, on s’en souvient, a été tuée dans des circonstances effroyables par une Algérienne en situation irrégulière – mais s’émouvoir de son sort a été considéré comme une « récupération » par les mêmes médias et les mêmes parlementaires. Je n’ai par ailleurs pas souvenir que la présidente de l’Assemblée nationale ait réclamé une minute de silence dans l’hémicycle pour ces deux victimes. Quant aux dizaines de personnes qui, chaque jour, en France, subissent une agression au couteau ou un vol à l’arraché, risquent leur vie pour un « regard » ou pour avoir refusé de donner une cigarette, ou se font violer, même très âgées, dans des hôpitaux ou des Ehpad, voilà bien des citoyens qui n’intéressent ni France Inter, ni Libération ou Le Monde, ni la gauche, ni la macronie – vous comprenez, dire le réel pourrait « faire le jeu de l’extrême droite » ; mieux vaut en inventer un autre, dans une langue nouvelle, répétitive et simple, en utilisant les mêmes ficelles que celles du début de l’antiracisme politique et en y ajoutant les trouvailles « islamophobes » qui embellissent régulièrement les discours contre « la fachosphère ». 

La fake news de la cheffe des écolos

Marine Tondelier parle comme une « indigéniste », c’est-à-dire comme un député mélenchoniste. Elle affirme qu’aucun « non racisé » n’a jamais été tué par un policier dans le cadre d’un refus d’obtempérer – elle a tort mais ce n’est pas cela qui importe. Ce qui compte, c’est le sous-entendu de cette assertion : la police ne tire que sur des « racisés » parce que la police est raciste. « Il y a un problème de racisme dans la police », affirme la présidente d’EELV au micro de Sud Radio. Récupération et racolage sur les plates-bandes de La France insoumise confirmées, lors de la même interview, par sa position sur le hijab dans le sport et sur une laïcité qui, de son point de vue, est dévoyée : « Quand on essaie de faire du zèle, de dire autre chose, souvent je constate que c’est contre les femmes et contre les musulmanes. » Plus démago, tu meurs !

Omar Sy et Kylian Mbappé ne s’étaient pas sentis d’exprimer leur compassion en apprenant la mort de la petite Lola. En revanche, ils ont sorti leur seau de moraline en apprenant celle du jeune Nahel. Mbappé a « mal à [sa] France » et parle d’un « petit ange (sic) parti beaucoup trop tôt ». Omar Sy espère qu’une « justice digne de ce nom honorera la mémoire de cet enfant ». Ces deux personnalités, très écoutées par les « jeunes des cités », savent-ils que leurs propos sont de l’huile jetée sur un feu qui ne s’éteint plus ? La France à laquelle songent Sy et Mbappé ressemble à celle, multiethnique, multiculturaliste, multiconfessionnelle, qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux – mais est-elle encore la France ? Beaucoup de gens, y compris des gens issus de l’immigration et parfaitement intégrés dans la société française, se posent la question tandis que leur pays, confronté à une violence quotidienne, s’effondre – mais eux ne peuvent pas s’exiler à Los Angeles et n’ont pas les moyens de se mettre à l’abri de la délinquance grandissante ; ils espèrent simplement que leur vieille voiture, la seule et unique en leur possession, ne sera pas incendiée cette nuit et qu’ils pourront aller travailler demain. 

Clémentine Autain lance son application Twitter

Les policiers et les gendarmes, en plus d’avoir à subir les assauts de la racaille des cités et ceux des blacks blocs qui profitent de l’événement pour tout casser, sont jetés en pâture à ces voyous par des élus de la Nupes, des représentants syndicalo-gauchistes ou la presse d’extrême gauche. David Guiraud, député LFI, dit ne pas vouloir appeler au calme : « C’est les policiers qui doivent se calmer ». Jean-Luc Mélenchon montre les crocs face aux « chiens de garde » qui demandent aux députés d’extrême gauche de calmer le jeu. Sandrine Rousseau préfère relever le nombre de morts suite à une intervention policière que le nombre de coups de couteau reçus chaque jour par ses concitoyens. Alors qu’il voulait apporter son soutien aux émeutiers de Nanterre, le député LFI Carlos Martens Bilongo a été pris à partie par ces derniers aux cris de « wallah, on va te piétiner ! » – mais LFI refuse de condamner les agresseurs de peur de « stigmatiser » ces chers anges révoltés. Clémentine Autain reprend éhontément sur Twitter le slogan de la famille Traoré : « Pas de justice, pas de paix ! » Afin d’accabler un peu plus les forces de l’ordre, un communiqué de la CGT rappelle qu’en 2022 « 13 personnes ont perdu la vie après un refus d’obtempérer lors de contrôles routiers » mais omet de renseigner sur le nombre hallucinant et en constante augmentation des refus d’obtempérer (27 000 en 2021) ainsi que sur celui des refus « avec risque de mort ou de blessures » (5247) ou celui des policiers et des gendarmes tués (comme Mélanie Lemée, gendarme de 25 ans tuée par un chauffard qui avait déjà refusé d’obtempérer deux fois auparavant) ou grièvement blessés lors de ces contrôles routiers. Le journal Libération, jamais en retard lorsqu’il s’agit de s’allier au pire, titre : « Police : à la dérive », et affirme que « la mort de Nahel met en lumière les défaillances profondes d’une institution intouchable ». Les émeutiers ont des amis puissants et qui ne reculent devant rien quand il s’agit de les aider à détruire la France.

La violence qui mine notre pays doit autant à une immigration qui l’a transformé de fond en comble en le communautarisant qu’à un islamisme et une délinquance qui s’appuient sur cette fracturation pour pratiquer un entrisme religieux et développer les trafics en tous genres. Le rêve des représentants de LFI est que la France devienne partout à l’image du 9-3 : une population multiculturaliste à forte proportion musulmane auprès de laquelle un discours politique idoine consolidera un réservoir électoral assurant quelques postes gratifiants. Ils comptent sur la violence pour accélérer un processus combinant le remplacement de la population et la soumission de ce qu’il restera de la population historique à une nouvelle population conquérante. Eux-mêmes, déjà soumis à cette dernière pour des raisons électoralistes, n’hésitent plus à en appeler ouvertement à la violence – ils pensent ainsi pouvoir récolter les fruits d’une « révolution » dont ils s’imaginent être les instigateurs et les manipulateurs. L’épisode du député Carlos Martens Bilongo est un épiphénomène qui préfigure des retournements autrement plus brutaux. Léaument, Boyard, Portes, Autain et consorts sont des « révolutionnaires » de salon gauchiste qui mettent le pays à feu et à sang en espérant un gain électoral substantiel. Qu’ils se méfient toutefois : leurs adversaires de demain ressembleront étrangement à ceux qui brûlent les voitures, les mairies et les commissariats aujourd’hui et dont ils se font les avocats. Et si nous n’étions qu’au tout début d’une possible guerre civile qui ne dit pas encore son nom mais risquant de s’étendre ? le seul plaisir que nous en tirerions serait de voir les Machiavel de carnaval qui l’ont attisée subir ses effets prévisibles : en plus des violences urbaines et d’une islamisation accélérée de la société, comptons sur des règlements de compte comme il s’en est toujours pratiqué au lendemain de l’instauration d’un « monde nouveau », et toujours, et d’abord, au détriment des idiots utiles devenus, aux yeux des nouveaux maîtres, parfaitement inutiles.

Émeutes, hidjab: ces effets de la société ouverte

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Les émeutes et les scènes de grande violence se sont multipliées toute la nuit en Ile-de-France, en banlieue de Lyon, à Toulouse, dans le Nord, etc. Les banlieues communautarisées s’embrasent ; rien n’a été entrepris depuis 2005 contre ce séparatisme qui gangrène la société. La promotion permanente du multiculturalisme au détriment de l’assimilation, à gauche comme à droite, ne fait que compliquer les choses – et c’est un euphémisme. L’opposition de droite demande à Emmanuel Macron de placer la France en état d’urgence pour endiguer les tensions.


L’inconséquence d’Emmanuel Macron met la France en danger de mort. Son obstination à flatter la « diversité » et ses différences accélère la dérive de la nation vers une société multiculturelle et multiconflictuelle. Les émeutes de mardi soir à Nanterre (Hauts-de-Seine) et dans d’autres cités d’immigration rappellent leur état d’insurrection permanente. Les ferments d’une guerre civile ne demandent qu’à y exploser. Cette fois, après la mort mardi matin d’un jeune conducteur, Naël M., 17 ans, tué par un policier après deux refus d’obtempérer, c’est la préfecture qui a été attaquée. La mairie du Val Fourré (Yvelines) a été incendiée. Depuis 2005 et les premières guérillas urbaines d’envergure, aucune conclusion n’a été tirée sur les effets de la désintégration nationale. Au contraire, les dirigeants (droite et gauche) se sont appliqués à survaloriser la société ouverte, sans réflexion sur la survenue d’une nouvelle civilisation islamique aux prétentions hégémoniques.

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La France des clans

En ayant choisi, cette semaine, Marseille comme symbole de la France de demain, Macron entend rendre exemplaire une cité certes sympathique mais qui est en train de se perdre dans le communautarisme, le séparatisme, les violences claniques et mafieuses. C’est dans cette même ville qu’en 2017 il s’était félicité d’y voir, derrière des Français, « des Arméniens, des Comoriens, des Italiens, des Algériens, des Marocains, des Tunisiens, des Maliens », etc. La volonté présidentielle de faire pareillement de la Seine-Saint-Denis la vitrine de la France lors des prochains Jeux Olympiques confirme sa préférence pour le déracinement national.

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Ce choix de l’effacement identitaire est une aubaine pour l’islam politique, prêt à remplir les vides d’une nation gagnée par l’abandon. Ses théoriciens, dont les Frères musulmans, sont les premiers à exiger pour la France le modèle anglo-saxon du multiculturalisme, qui leur permet d’exiger leur visibilité religieuse ou culturelle. Cette vision est déjà celle du Conseil de l’Europe, qui voit le voile islamique comme une liberté. C’est aussi celle qui s’infiltre au Conseil d’Etat, dont un de ses rapporteurs s’est dit, lundi, favorable au port du hidjab pour les footballeuses, en offrant une première victoire au frérisme, cette idéologie totalitaire qui entend islamiser la société. La nomination de Thierry Tuot en mars 2023 à la section de l’intérieur du Conseil d’Etat, sur proposition du garde des Sceaux, avait appuyé la conversion de la haute juridiction en idiot utile de l’islam prosélyte : c’est en effet à Tuot que l’on doit le rapport éponyme de 2013 sur la « refondation de la politique d’intégration » qui a enterré le processus d’assimilation au profit de « l’inclusion », en invitant même la France à « assumer sa dimension arabe-orientale ».

Or, comme l’écrit l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler : « Pour que les musulmans s’intègrent, ce n’est pas à l’islam de s’assimiler dans l’Europe, mais à l’Europe d’assimiler l’islam ». Le Conseil d’Etat annoncera aujourd’hui sa décision sur le hidjab. Urgent de dire : non !

Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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La Cour Suprême des États-Unis met fin à la discrimination positive dans les universités: un bon coup porté au wokisme!

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MIlitants de "Students for Fair Admissions", opposés à la discrimination positive, devant la Cour suprême américaine, Washington, 29 juin 2023 © Jack Gruber-USA TODAY/Sipa USA/SIPA

C’est un revirement historique pour la société américaine, et une victoire pour le camp des conservateurs. La Cour suprême a rejeté ce jeudi 29 juin les programmes d’admissions des universités basés sur la race. 


C’est donc la fin d’un acquis datant des droits civiques. Et une bonne nouvelle pour les conservateurs, Républicains et autres défenseurs des idées de droite. Les six juges conservateurs sur les neuf que compte la plus haute juridiction américaine, John Roberts, Clarence Thomas, Samuel Alito, Neil Gorsuch, Brett Kavanaugh et Amy Coney Barret ont porté un grand coup à l’un des bras armés les plus vicieux du wokisme : l’admission dans les universités sur la base de critères raciaux au détriment du mérite individuel, autrement dit la fameuse discrimination positive. 

« Un avantage accordé à un étudiant dont l’héritage ou la culture l’a motivé à assumer un rôle de leader ou à atteindre un objectif particulier doit être lié à la capacité unique de cet étudiant à contribuer à l’université. En d’autres termes, l’étudiant doit être traité sur la base de ses expériences en tant qu’individu, et non sur la base de sa race » a déclaré le juge Roberts. Les six magistrats ont aussi estimé que la discrimination positive ne respecte pas le 14e amendement de la Constitution garantissant notamment la protection égale. 

Comme un boomerang

Cette politique mise en œuvre par nombre d’universités est le fruit d’une revendication défendue par les acteurs de la lutte pour les droits civiques à partir des années 1960. Personne ne conteste la légitimité du combat pour les droits civiques pour mettre fin à la ségrégation. Mais appliquer le même logiciel de la discrimination positive à notre époque conduit à un effet boomerang avec lequel le racisme revient en force. C’est précisément ce qui a motivé une association d’étudiants asiatiques-américains, Students For Fair Admissions Inc. (Étudiants pour des admissions justes) de porter l’affaire à la haute juridiction en octobre 2022 contre Harvard et l’université de Caroline du Nord. Plus intéressant encore, l’association avait déjà poursuivi Harvard en 2014 pour non-respect du titre IV de la loi sur les droits civiques interdisant la « discrimination fondée sur la race, la couleur ou l’origine nationale dans tout programme ou activité bénéficiant de fonds fédéraux ou d’une autre aide financière fédérale ». Les droits civiques finissent par desservir le citoyen américain. Quelle ironie !

A lire aussi, Jeremy Stubbs : Le Mois des fiertés LGBT: une appropriation cultuelle

Une nouvelle vague conservatrice en marche 

Au-delà de la satisfaction offerte par ce jugement de la Cour Suprême des États-Unis, nous vivons un grand moment conservateur, quatre décennies après l’arrivée de Ronald Reagan à la Maison-Blanche. Guy Sorman, dans son ouvrage paru en 1983, intitulé La révolution conservatrice américaine, écrivait : « La société américaine est en révolte, les jeunes repoussent la contestation, c’est une révolution contre la gauche ». À l’époque, il s’agit d’une contre-révolution face aux mouvements gauchistes et néo-marxistes des années 1960-1970 et une volonté de retrouver l’Amérique et ses mythes fondateurs : la conquête de l’Ouest, la ruée vers l’or, les grands espaces. Faire le pari d’une redécouverte du passé de l’Amérique pour construire un avenir meilleur. Aujourd’hui, tout porte à croire que le même phénomène arrive ou se prépare. Le récent jugement rendu par la Cour Suprême n’est pas seulement un évènement juridico-politique isolé. La société civile américaine se révolte contre les dérives du wokisme à l’instar de l’association des mères de famille originaire de Floride et fondée en 2021 Moms 4 Liberty, comptant par ailleurs actuellement plus de 70 000 membres. Des hommes forts de la droite américaine comme le président Trump ou le gouverneur DeSantis ont su apporter des réponses politiques fortes pour contrer le gauchisme. Donald Trump, en 2016, souhaitait lui aussi rendre sa grandeur à l’Amérique en s’inspirant directement du mouvement conservateur de Ronald Reagan. 

Le Gouverneur DeSantis combat depuis plusieurs années avec courage la Walt Disney Company et ses délires wokistes et n’a pas hésité à faire adopter des lois anti-woke telle que celle visant à mettre fin à des formations woke sur les lieux de travail. D’autres États tels que le Mississippi, la Louisiane ou le Texas ont adopté des législations similaires. Ajoutons que même les grandes entreprises commencent à prendre leur distance vis-à-vis du wokisme et de ses bras armés. Pour une raison simple, il fait perdre de l’argent. Les films les plus woke produits par Disney n’ont jamais rencontré un franc succès. Reprenant les rennes de Disney en décembre 2022 après la mauvaise gestion de Bob Chapek, Bob Iger affirmait vouloir « prendre du recul avec la guerre culturelle ». Le rachat du réseau social Twitter par Elon Musk en octobre dernier a aussi marqué un tournant dans la relation que peuvent entretenir les multinationales avec le gauchisme. 

Enfin chers amis conservateurs, soyez plus optimistes que jamais ! Pourquoi ? Parce que nos adversaires tremblent ! Le 5 avril, le centre de recherches woke CRT Forward de l’université UCLA de Los Angeles a mis en ligne un rapport d’environ quarante pages recensant toutes les « attaques contre les théories woke » et s’inquiète de la montée en puissance de ces dernières sur tout le territoire américain. La nouvelle révolution conservatrice est en marche ! Continuons le combat !

La Révolution conservatrice américaine

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Claire Castillon: les états limites du quotidien

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Claire Castillon © JF Paga

Dans vingt nouvelles, parfois à la limite du fantastique, Claire Castillon autopsie notre quotidien avec l’acuité d’un Edgar Poe moderne.


Claire Castillon a toujours eu plusieurs cordes à son arc. Romancière dès Le Grenier en 2000, elle se tourna vers la nouvelle en 2006, avec Insecte, qui lui attira de nouveaux lecteurs et fit beaucoup pour sa réputation de fine plume. D’habitude, et c’est d’ailleurs regrettable, les textes brefs passent, même chez un écrivain tout à fait confirmé, pour de la littérature mineure. Chez Claire Castillon, il n’en est rien. Ses recueils de nouvelles ont acquis immédiatement une importance de premier plan, et constituent tout un pan essentiel de son œuvre. Elle y déploie un panel d’effets dont elle a le secret, avec une efficacité rare. Son style minimaliste possède une manière particulière de vous happer, en vous remuant profondément, jusqu’à vous faire vous révolter contre le monde, la société, la vie…

Des personnages « borderline »

Dans L’Œil, recueil d’une vingtaine de nouvelles paru récemment aux éditions Gallimard, Claire Castillon propose des histoires étranges, issues de notre quotidien. Les personnages sont presque systématiquement borderline. Ainsi, nous sommes placés aux confins des attitudes normales, dans une zone inconnue. Avec une cruauté d’entomologiste, mais toujours avec un souci de compréhension pour ses personnages, même les plus irrécupérables, Claire Castillon nous décrit des situations qui franchissent les limites de la folie ordinaire. Dans la nouvelle « Léopold », elle se met dans la tête d’une femme qui dédouble son mari. Si j’ai bien compris, cette femme imagine qu’il est aussi son amant, et qu’elle trompe donc son conjoint légitime, mais avec lui-même. Un autre texte raconte l’histoire d’un adolescent qui vit de manière fusionnelle avec sa mère. Il suce encore une tétine et boit son biberon de lait. Le garçon se demande si, quand il atteindra sa majorité, ces choses-là continueront. Sa mère prépare tout pour cette éventualité : « Il compte les jours, confie-t-elle, qui le séparent de ses dix-huit ans. Il a peur que ça passe trop vite. Je viens de planter une nouvelle peur en lui qui le rapproche encore et toujours de moi. » Claire Castillon raffine ici toujours davantage ses nouvelles, en y ajoutant à la fin, pour chacune, une « Annexe », qui est une sorte de deuxième chute. C’est une manière de conclure l’histoire racontée en renforçant son côté bizarre, humoristique ou insolite. L’idée est excellente, et Claire Castillon s’y montre pleine d’ingéniosité.

À lire aussi : Du côté de chez Bret

Angoisse et malaise

Dans la plupart de ces textes, tous très réussis, on retrouve les thématiques de prédilection de Claire Castillon, notamment la violence abusive du plus fort envers le plus faible. Cela caractérise souvent pour elle les relations hommes-femmes, comme dans la nouvelle intitulée « L’Orée du bois ». Claire Castillon arrive à renouveler ce thème, à y insuffler une lourde angoisse et un malaise prodigieux, qu’on retrouvait dans son très beau roman, paru en 2021, Son Empire. Des sujets anecdotiques, du moins au départ, par exemple dans la nouvelle intitulée « Comme un mauvais rêve », débouchent sur des scènes qui frôlent le fantastique. Dans cette histoire saisissante, une femme s’aperçoit, grâce à la vidéosurveillance, que des étrangers s’installent dans sa maison de campagne. On sent, il me semble, chez Claire Castillon, grande lectrice, des influences littéraires majeures, notamment celle d’Edgar Poe pour l’inquiétante étrangeté.

Ce recueil de Claire Castillon, L’Œil, nous plonge dans l’inconfort. Sous la grisaille banale des jours, la nouvelliste fait émerger l’irrationalité de nos attitudes coutumières. Elle s’arrête sur ce que d’habitude, pudiquement, on essaie de ne pas remarquer chez les autres ou chez soi. L’art de l’observation de Claire Castillon est peut-être sans pitié, mais élaboré toujours avec la générosité du regard. L’Œil est un plaisir de lecture à la fois pervers et édifiant.

L'oeil

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Faut-il une panthéonisation par jour pour faire tenir la République?

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© Xavier FRANCOLON/SIPA

Utiliser cette cérémonie éminemment prestigieuse à des fins politiques ou trop souvent, c’est malheureusement aussi prendre le risque d’en banaliser le sens.


Nous avons appris la semaine dernière, comme Daniel Salvatore Schiffer, la décision d’Emmanuel Macron de panthéoniser Missak et Mélinée Manouchian et nous ne pouvons que nous réjouir de la force de ce symbole. Immigré arménien arrivé à Marseille en 1925, résistant communiste, membre des Francs-tireurs et partisans, fusillé au Mont Valérien le 21 février 1944, Manouchian fait partie des grandes figures nationales qui inspirent l’admiration. On ne peut relire sans émotion la lettre à sa « chère Mélinée », ou le poème qu’Aragon lui avait dédié.

Debout les morts, on change de cimetière !

On peut se demander seulement si l’agitation des symboles républicains devenue permanente est vraiment un signe de grande santé. Depuis 1958, l’exercice est plutôt une pratique de gauche. Après le transfert des cendres de Jean Moulin accompagné du célèbre discours d’André Malraux en décembre 1964, les premiers successeurs de De Gaulle n’osent gèrent toucher au grand rituel, lequel disparait complètement pendant vingt-trois ans. A la fin des années 80, il est réactivé intensivement par Mitterrand (qui avait associé ce haut lieu à sa victoire électorale en 1981), avec pas moins de sept panthéonisations, dont celles de l’abbé Grégoire, de Condorcet et des époux Pierre et Marie Curie. De nouveau raréfié sous la droite chiraco-sarkozyste (André Malraux en 1996, Alexandre Dumas en 2002), l’usage est devenu intensif depuis la séquence des attentats, c’est-à-dire depuis 2015 : Jean Zay, Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Pierre Brossolette, Simone et Antoine Veil, Maurice Genevoix et Joséphine Baker ont eu à changer de cimetière lors de la dernière décennie. Panthéonisation par lot de deux ou quatre, comme l’on canonise aussi à Rome les anciens papes par paquet de deux. Depuis le début de l’ère Macron, nous en sommes à un rythme d’un transfert par an. De ce point de vue-là au moins, l’actuel président s’inscrit dans la tradition de gauche.

A lire aussi, Jérôme Leroy: Du côté de chez Bret

La crainte de la banalisation

Depuis le discours de Malraux pourtant (« entre ici Jean Moulin avec ton terrible cortège »), que Luc Ferry avait un jour qualifié de « grandiloquent », peu de moments de ces grandes cérémonies sont vraiment restés dans les mémoires. Le style chiraquien était un peu boursouflé, celui d’Hollande à peine moins. Surtout, une sorte de banalisation de ces instants s’installe, leur faisant perdre une partie de leur substance. À célébrer une fois l’an les valeurs de la République lors de ces grands-messes, à souligner « la bravoure » et « l’héroïsme tranquille » (c’est la belle expression utilisée par Emmanuel Macron au sujet de Missak Manouchian) de ces figures tutélaires au moment où les institutions s’effondrent, l’État donne l’impression d’agiter des symboles pour conjurer le délitement en cours et susciter un nouvel élan des vertus civiques.

Henry de Montherlant (dont le transfert sur la montagne Sainte-Geneviève n’est franchement pas à l’ordre du jour…) faisait dire au roi Ferrante, dans la Reine morte : « C’est quand la chose manque, qu’il faut en mettre le mot. Don Eduardo, vous recommencerez cette lettre et vous y introduirez le mot “honneur”. Une fois seulement. Deux fois, personne n’y croirait plus ». La France fait penser dans ces moments-là à ces micro-Etats, gouvernés par des condottieri à la fin du Moyen Âge italien, déployant des tonnes d’images, de statues équestres, de fresques, de chefs d’œuvre artistiques pour symboliser leur puissance politique, alors qu’ils ne pesaient guère dans le concert européen ; ils devinrent d’ailleurs bien vite le théâtre des guerres entre la France et l’Espagne.

Bien sûr, quand arrivera la cérémonie, en février prochain, nous ne ferons pas notre mauvaise tête et apprécierons ce bref moment de communion nationale.

Le sentiment anti-français en Afrique. De quoi parle-t-on?

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Emmanuel Macron et le président du Mali Ibrahim Boubacar Keita lors du sommet de Pau, le 13 janvier 2020 © REGIS DUVIGNAU/AP/SIPA

Le mouvement anti-Français en Afrique a connu des précédents qui ont été surmontés. La nature de ces mouvements est aujourd’hui nouvelle et s’appuie sur d’autres ressorts. Il est essentiel de les connaitre afin d’établir les relations africaines sur de bonnes bases. 


La décision récente des autorités de transition maliennes, rapidement suivie de celle de leurs homologues burkinabés, de mettre un terme à l’opération Barkhane sur leur territoire a profondément marqué l’opinion. Vécue comme une humiliation pour la France, perçue comme le signe d’un recul de l’influence française, d’un échec de notre politique africaine, elle ne cesse depuis d’être commentée dans la presse, sur les plateaux, dans tous les forums.

La haine distillée simultanément par les décoloniaux et les wokes, relayée par les réseaux sociaux et exploitée par certaines puissances, a semble-t-il trouvé un terreau fertile pour se propager. S’il est indéniable qu’il existe un certain ressentiment à l’égard de notre pays, il faut, je crois, rappeler que ces réactions de rejet ne sont pas nouvelles et que dans le passé, à de nombreuses reprises, des manifestations d’exaspération, voire même de colère, ont pu se produire. 

Néanmoins, plus que de la haine, elles me semblent relever davantage aujourd’hui d’une réelle déception, comme l’écume d’une vieille relation qui ne demande qu’à être revivifiée.  

De nombreux précédents 

Dans les dernières années de la période coloniale, en août 1958, on se souvient du Général de Gaulle conspué par la jeunesse sénégalaise à Dakar, contraint de s’adresser aux « porteurs de pancartes » qui réclamaient l’indépendance immédiate. Quelques semaines plus tard, rappelons-le, le territoire choisissait à 90% de rejoindre la Communauté française. C’est dire que les esprits s’échauffent vite et que les récriminations, même violentes, ne traduisent pas nécessairement des sentiments profonds et définitifs.

À lire aussi : Quand Christophe Dechavanne parle de géopolitique avec Ibrahim Maalouf 

Au Tchad, en septembre 1975, le Général Felix Malloum quelques mois après le renversement et l’assassinat de son prédécesseur, le Président Tombalbaye, avait demandé le départ de l’ensemble des forces françaises qui venaient pourtant d’aider avec succès le Tchad à contenir la rébellion qui sévissait au Nord. Moins de trois ans plus tard, son pouvoir étant à nouveau menacé, il rappellera un contingent français.

Les manifestations anti-françaises, qu’elles s’adressent à notre politique ou à certains de nos comportements, ne nous ont jamais été épargnées.

On l’a vu en République centrafricaine à l’occasion d’alternances politiques ou encore après le crash d’un Jaguar français sur un quartier populaire en mars 1986. Nul n’a oublié notre Centre culturel à Bangui, incendié et pillé en 1996 lors des mutineries de l’Armée. Le Gabon lui-même, qui n’était pourtant pas suspect de sentiments anti-français, ne nous a pas épargnés. Lorsqu’une décision parisienne déplaisait au Palais du Bord de Mer, la foule se massait alors « spontanément » devant les grilles de l’Ambassade de France puis se repliait une fois le message passé.

Plus récemment, et plus dramatiquement aussi, on se souvient, en Côte d’Ivoire en 2004, du leader de la jeunesse, Blé Goudé qui s’attribuera le surnom de « Général de la rue » appelant aux manifestations contre la France et proclamant : « À chacun son Français ».  

Quelque chose aurait-il changé désormais ?

La relation entre la France et ses anciennes colonies d’Afrique subsaharienne n’est certainement plus la même aujourd’hui que celle qui prévalait encore à la fin des années quatre-vingt, au moment où s’achevait la Guerre froide. L’influence française était alors incontestable et certainement à son apogée, sur le plan diplomatique, politique, économique et culturel. Sur le plan sécuritaire, il était reconnu que notre présence militaire dans un certain nombre de points d’appui, Dakar, Abidjan, Libreville, N’Djamena, Bangui, Djibouti, garantissait la stabilité et la paix. Nos interventions au Gabon en 1964, au Tchad dès 1968, en Mauritanie en 1977, à Kolwezi en 1978, montrent à l’évidence que la France est alors le gendarme de l’Afrique et qu’elle réussit plutôt bien dans ce rôle. On peut dire que le système Foccart, même incarné par d’autres que lui, libéraux ou socialistes, demeure en place.  

À lire aussi : Immigration au Danemark: quand la gauche regarde la réalité en face

Avec les années quatre-vingt-dix, les choses changent substantiellement. 

Après la disparition de l’Union soviétique, les enjeux ne sont plus les mêmes et les risques se sont dissipés, se sont écartés, du moins provisoirement, aussi bien pour les puissances occidentales que pour les pays africains. 

C’est dans ce contexte que la France commence à privilégier l’approche multilatérale dans sa politique d’aide au développement, en même temps qu’elle conditionne celle-ci à des progrès en matière de gouvernance et de démocratie. Le discours prononcé à La Baule lors de la 16ᵉ Conférence des Chefs d’État de France et d’Afrique par le Président François Mitterrand invite ainsi nos partenaires à mettre un terme au régime de parti unique et à revenir au multipartisme. C’est quelque peu contraints et forcés qu’ils s’engageront dans cette voie avec la multiplication des conférences nationales.

La France est satisfaite, elle estime avoir modernisé sa politique africaine et être sortie de l’ère post coloniale. La perception au sud du Sahara est quelque peu différente. 

A lire aussi: “Tout n’a pas été négatif dans la colonisation” Entretien avec Denis Sassou-Nguesso

L’arrivée aux marches du pouvoir des opposants souvent traditionnels au moment même où l’ajustement structurel imposé par les Institutions financières internationales demande des sacrifices dont les résultats n’apparaissent pas clairement aux populations est porteur de tensions. Le cas du Niger où le retour à la démocratie se traduit en peu de temps par deux coups d’État successifs est révélateur à cet égard. 

Quelques années plus tard, cette politique qui s’exprime par le ni-ni, « ni ingérence, ni indifférence » sera considérée comme un abandon de la France.

L’ancien Premier ministre centrafricain, Jean-Paul N’Goupande, agrégé de philosophie de l’Université française, déplorera cette évolution dans un ouvrage remarquable L’Afrique sans la France, histoire d’un divorce consommé, analyse aussi critique à l’égard des dirigeants français que de leurs homologues africains. Il y déplore notamment le désengagement français, manifeste dans de nombreux secteurs, la disparition progressive des…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue amie Conflits <<<

Secrets d'Afrique: Le témoignage d'un ambassadeur

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L'Afrique sans la France

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C’est la belle nuit de Nahel…

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Nanterre, 29 juin 2023 © Aurelien Morissard/AP/SIPA

Lors de la troisième nuit d’émeutes suivant la mort de Nahel, et après une « marche blanche » qui n’appelait pas au calme, les violences des racailles de banlieue ont atteint un niveau inquiétant et inédit. 667 personnes ont été interpellées et les forces de l’ordre dénombrent 249 blessés dans leurs rangs. Cette jeunesse déculturée s’adonne au riotporn sur les réseaux sociaux et semble irraisonnable. Une note des Renseignements territoriaux, dévoilée par les journalistes de Mediapart, alerte sur l’influence délétère de l’ultra-gauche, des influenceurs islamistes, d’Omar Sy et de Killian Mbappé. Analyse et vidéos.


Nahel. Un prénom qui restera. Comme Théo, Zyed et Bouna, ou Adama. Un prénom qui rimera avec émeutes, banlieues, rap, grosses cylindrées, feux d’artifice, Nanterre. Mais l’histoire de Nahel, désormais disparu, le dépasse. De son vivant, Nahel fut un adolescent emblématique de la dégradation constante de ces quartiers qu’on désigne pudiquement comme « populaires ». Avant même d’atteindre sa majorité, le Nanterrien avait déjà accumulé douze interpellations pour des délits divers, son nom étant rattaché à pas moins de quatre refus d’obtempérer… Son dernier refus d’obtempérer avant de décéder remontait d’ailleurs au… 24 juin. Déjà client de la justice, Nahel n’était pas une graine de criminel mais une jeune pousse vigoureuse, éventuellement prête à entrer de plain-pied dans l’âge adulte par les cases trafic de drogue et prison. Il est aujourd’hui le prétexte idéal pour un déchainement de violence aveugle. Ceux qui répandent cette violence n’ont souvent pas de pères pour les éduquer et il n’y a pas d’État pour les punir.

Des voyous calibrés en voitures de sports

Les refus d’obtempérer « avec risque de mort et blessure » étaient au nombre de 5 247 en 2021, ce qui représentait une hausse de 88 % en dix ans. La mode des rodéos urbains l’explique notamment, ainsi que la violence de plus en plus incontrôlable des jeunes de banlieue, qui ne respectent plus aucune autorité supérieure autre que leur N+1 dans le business. Pourtant, peu d’entre ceux qui ont pris le risque inconsidéré d’échapper à la police en fuyant à bord d’une voiture surpuissante ont trouvé la mort. Ils n’étaient ainsi que 13 à avoir connu ce funeste destin en 2022. Moins politisée que ses devancières biberonnées à NTM et I Am, la nouvelle génération des quartiers aime la vitesse et la « moula » qu’elle gagne en vendant de la drogue via Telegram, véritable Amazon des business illégaux.

Y a-t-il eu bavure lors de l’interpellation de Nahel ? Peut-être. Le risque existe malheureusement, surtout quand la police sait qu’elle fait face constamment à des personnes qui ne reculent devant rien, parfois « calibrées » souvent « équipées ». La Justice réclamée par Omar Sy et Kylian M’Bappé, auteurs de tweets grandiloquents destinés à plaire à leurs publics respectifs, ne se rend toutefois pas dans la rue ou au pied d’une tour : elle se rend dans les tribunaux. Quand les « quartiers » s’enflamment en criant qu’ils veulent « justice » pour Nahel ou Adama, ils disent en réalité vouloir rendre eux-mêmes leur justice communautaire, allant dans certains cas jusqu’à contester les rapports d’enquêtes et les décisions des tribunaux quand elles ne vont pas dans leur sens.

A lire aussi, Philippe Bilger: Nahel: marche blanche ou triomphale?

La société française n’est plus en train de se fracturer. Elle est déjà atomisée. Ce ne sont pas deux peuples qui s’affrontent, mais des dizaines mus par des intérêts sociologiques, ethniques ou économiques bien différents. Au milieu de ce marasme, les garçons des « banlieues » se regroupent en bandes, vivant dans la promiscuité des barres d’immeubles et partageant des référentiels communs. Ce sont des Mannerbund postmodernes chevauchant leurs scooters V-Max sur les périphériques des grandes métropoles et dans les rues des villes moyennes. Certains d’entre eux ne quittent jamais vraiment le quartier, le retrouvant même dans les maisons d’arrêt où ils finissent immanquablement enfermés.

Ils tyrannisent leurs voisins qui essayent de s’en sortir, parasitant leur sommeil en faisant vrombir leurs « cross volés » et leurs voitures de location payées en cash pour parader façon clip de rap marseillais. Quand ils ne détruisent pas des écoles, ils mettent un point d’honneur à afficher avec orgueil leurs origines, drapeaux algériens en tête. Le sort des filles qui voisinent ces garçons peut d’ailleurs être terrible, comme l’a encore récemment crûment démontré l’assassinat de la petite Shaïna. Aucune politique de la ville ne changera cet état de fait : depuis 2005, rien n’a changé. En achetant la paix sociale à coups de milliards de politiques publiques et en laissant s’organiser les « fours », la classe politique n’a aucunement amélioré la situation. Elle n’a fait que cacher la poussière sous le tapis.

Une classe politique composée de lâches et d’incendiaires

La représentation nationale a observé une minute de silence après le décès de Nahel. La majorité Renaissance a été trop lâche pour le refuser à l’extrême gauche qui ne cesse de souffler sur les braises. Sans effet, évidemment. Les déclarations irresponsables de la part des députés France Insoumise ne peuvent même pas être recensées de manière exhaustive, tant elles ont été nombreuses. Ainsi d’Alma Dufour qui, commentant, la litanie de bâtiments incendiés et de violences des deux dernières soirées a fait observer qu’ « il ne se passe jamais rien sans ce rapport de force. La fin justifie les moyens ». De fait, elle a raison. Seuls ceux qui font preuve de violence sont entendus dans un pays qui a oublié la force. Eric Coquerel a, de son côté, proposé sur Twitter que soit abrogé le « droit d’utiliser son arme en cas de refus d’obtempérer » entre deux photos prises à la marche blanche en la mémoire de Nahel.

Mieux, Jean-Luc Mélenchon himself y est allé de son petit couplet de révolutionnaire de salon habituel : « Les chiens de garde nous ordonnent d’appeler au calme. Nous appelons à la justice. Retirez l’action judiciaire contre le pauvre Nahel. Suspendez le policier meurtrier et son complice qui lui a ordonné de tirer. Foutez la paix à l’ambulancier. » Son lieutenant David Guiraud a d’ailleurs lui aussi déclaré qu’il n’appellerait pas « au calme », ce qui revient à encourager les émeutiers à poursuivre leurs actions ultraviolentes. Les destructions ont d’ailleurs principalement visé des équipements publics : écoles, hôpitaux, bus, tramways. Mais aussi des immeubles d’habitation et des véhicules individuels. D’autres institutions ont jeté de l’huile sur le feu. Le syndicat de la magistrature a publié un communiqué intitulé « Mort de Nahel: ce n’est pas à la Justice d’éteindre la révolte ». Le ministère algérien des Affaires étrangères nous a jetés à la figure son mépris pervers habituel, demandant à la France de protéger ses ressortissants des « violences policières »… Il n’y a aucun message politique direct dans ces émeutes. Elles sont le fruit de trois phénomènes convergents : l’envie d’adrénaline propre aux jeunes hommes, le phénomène d’émulation dans une bande et la compétition entre quartiers pour savoir lequel est le plus « chaud ». Nous avons toutefois franchi un cap cette fois-ci. Certains émeutiers brandissent des armes lourdes, d’autres font usage de mortiers. Ils détruisent tout sur leur passage, comme les bagaudes barbares de la fin de l’Empire romain. Ils pillent, cassent, vandalisent, rient et jouissent du spectacle.

À lire aussi, Ivan Rioufol: Émeutes, hidjab: ces effets de la société ouverte

La mère de Nahel n’était pas en reste hier après-midi à Nanterre. Toutes dents dehors pour « honorer » la mémoire d’un fils tragiquement décédé qu’elle n’avait manifestement pas su éduquer pour devenir un homme digne de ce nom. On l’a vue à califourchon sur une moto de cross, tenant un fumigène ou entourée de jeunes qui donnaient l’impression de tourner un clip de rap de Fianso. Une mère intelligente et décente aurait eu honte que son fils ait pu se retrouver dans une voiture de luxe à 17 ans sur la bande d’arrêt d’urgence. Elle serait attristée par sa mort et demanderait une enquête, mais elle aurait d’abord présenté des excuses à la société. Elle était toutefois à l’image de la manifestation, dans son élément. Tentatives de brûler le drapeau français ou encore dégradation d’un mémorial de la choah ont ainsi égayé l’évènement.

Pas d’horizon commun

Quel projet de société envisager avec ces gens-là ? Aucun. La seule consolation a été de voir la récupération de l’extrême-gauche échouer. Le maire de Trappes Ali Rabeh ou encore Carlos Bilongo ont été « démarrés » à la manière des « tieks ». Du reste, ce sont les mairies rouges de la ceinture parisienne qui ont subi les plus gros assauts. C’est bien mérité. Le mouvement s’étend désormais à la France entière, encouragé à durer par le riotporn, les défis lancés sur Telegram, le beau temps et la fin de l’année scolaire. Est-ce un jeu ? Une guerre civile larvée ? C’est tout cela à la fois. C’est notre futur. Et il va bien falloir que le gouvernement de peureux qui nous représente fasse enfin preuve d’autorité. Oui, il risque d’y avoir encore de la casse. Mais l’ordre ne se négocie pas. Ils le doivent à toutes les victimes de cette sauvagerie qui n’ont jamais eu droit au moindre accès de colère.


La relation entre la France et l’Italie reste dense et étroite

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Giorgia Meloni et Emmanuel Macron le 20 juin 2023, Paris Photo: LUDOVIC MARIN, POOL VIA AP)/PAR142/23171606059916/POOL PHOTO/2306201855

France et Italie ont accentué leurs échanges et leurs liens par le traité du Quirinal. Les sujets de coopération entre les deux pays sont nombreux, et, parfois aussi, les sujets de friction… Analyse de la relation entre Paris et Rome avec Christian Masset, ambassadeur de France en Italie.


Conflits. Depuis quelques années, les relations entre la France et l’Italie sont devenues très complexes. Les échanges économiques entre les deux pays ne cessent de croître, de nombreux Français vivent et travaillent en Italie, il y a de nombreux dossiers de coopération de chaque côté des Alpes, mais des nuages s’accumulent aussi, avec parfois des moments électriques et des tensions vives, comme votre rappel temporaire en février 2019. À quoi attribuez-vous ces tensions ? Y a-t-il des divergences de fond sur certains dossiers clefs ou bien est-ce davantage dû à des disparités de forme, les gouvernements de Paris et de Rome n’ayant pas nécessairement les mêmes objectifs politiques à court terme ?   

Christian Masset. La relation entre la France et l’Italie est très dense, étroite et couvre tous les champs de notre action. Il est donc naturel que dans une relation si proche, il y ait aussi parfois des tensions entre voisins et amis. C’est aussi le paradoxe de notre proximité : nous sommes parmi les pays européens les plus proches culturellement, et nous pouvons donc croire – à tort- que nous sommes identiques, à quelques nuances près, en pensant que nous n’avons pas besoin de nous connaître davantage pour nous comprendre. Ceci peut conduire à des incompréhensions parfois. Mais dans le même temps, chacun des deux pays a conscience des liens étroits qui l’unissent à l’autre : nous sommes notamment le deuxième partenaire commercial l’un pour l’autre et l’Italie fait partie des cinq premiers pays investisseurs en France. L’Italie est aussi l’un des tout premiers partenaires pour la culture, dans les co-productions cinématographiques ou dans l’édition. Les exemples sont innombrables. Ce sont des éléments qui, dans la durée, structurent la relation sur le terrain, de la part de ceux qui la vivent au quotidien, des entrepreneurs aux chercheurs en passant par les étudiants ou les artistes. Il est naturel qu’il puisse y avoir parfois des soubresauts, pour des raisons politiques ou historiques, mais la proximité entre nos pays reste une constante dans les domaines concrets où elle s’exerce, de l’économie à la recherche, en passant par la culture, la défense ou l’enseignement. 

Le Traité du Quirinal, signé le 26 novembre 2021, est d’une grande importance diplomatique puisqu’il se veut le pendant italien du traité de l’Élysée avec l’Allemagne. Près de deux ans après sa signature, quel bilan peut-on dresser de ces premières d’applications ? Estimez-vous que les objectifs visés par la France ont été atteints ?

Il ne s’agit pas de faire des comparaisons puisque la relation franco-allemande est unique. Le traité du Quirinal, dès qu’il a été proposé par les gouvernements italien et français, partait du constat que nous avons de nombreuses convergences et une relation d’une densité exceptionnelle, et qu’il fallait en tirer parti pour transformer ces convergences en action et positions communes. Le traité est formellement entré en vigueur en février dernier. Les accomplissements sont en cours, mais plusieurs d’entre eux sont remarquables : la mise en place d’un service civique franco-italien et la création d’un Conseil jeunesse, dont la première réunion s’est tenue il y a quelques semaines à Rome entre les ministres compétents, le lancement, dans le domaine de la culture, du « Nouveau grand tour » pour la deuxième année, qui permet à 100 artistes italiens, français et européens de faire des résidences croisées dans les deux pays, la signature d’une feuille de route capacitaire conjointe dans le domaine de la défense, les premières consultations entre ministres de l’Économie, l’augmentation considérable du nombre de double-diplômes franco-italiens ou encore la création de campus de métiers conjoints entre régions, lycées et universités françaises et italiennes, entre la Lombardie et le Piémont et les régions Bourgogne-Franche Comté et Auvergne-Rhône Alpes. Autant d’exemples qui traduisent la dynamique positive qu’a lancée ce traité, et qui est appelée à se poursuivre. 

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Les échanges économiques entre la France et l’Italie sont en croissance continue, si bien que l’écart se réduit par rapport aux échanges France – Allemagne. Quels sont pour vous les facteurs de l’intensification de ces échanges et quel pourrait être le rôle de la diplomatie française pour maintenir cette bonne croissance ? 

Vous avez raison de le souligner, nos relations économiques n’ont jamais été aussi denses. Chacun de nos deux pays compte environ 2 000 entreprises des deux côtés des Alpes. Nos échanges représentent plus de 100 mds d’euros en valeur, et ils ont augmenté de plus de 20% depuis la période pré-covid. Dans le même temps, il faut souligner le dynamisme des investissements, qui tendent à s’équilibrer de plus en plus entre nos deux pays : 2022 a été une année record pour l’Italie qui a lancé 139 nouveaux projets d’investissement sur le territoire français. C’est + 45% en un an et plus d’un doublement en cinq ans. 


Ces projets ont permis de créer ou de sauvegarder 2 656 emplois l’an dernier. Pour notre part, dans le domaine de la diplomatie économique, nous avons pour double mission de montrer que la France est un pays ouvert aux investissements et qui a un environnement favorable où s’épanouir, tandis que parallèlement nous accompagnons, avec l’aide des opérateurs (au premier chef Business France, mais aussi la CCI franco-italienne), les entreprises françaises qui souhaitent s’implanter en Italie. 

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Nous avons aussi plus d’entreprises en commun, comme le champion européen STMicroelectronics, Essilor Luxxotica, Stellantis ou Thalès Alenia Space. Nous encourageons aussi le dialogue et les initiatives pour que les deux écosystèmes se connaissent mieux : je pense aux forums annuels Medef-Confindustria, mais aussi à des initiatives encouragées par le traité du Quirinal, comme le soutien aux entreprises franco-italiennes à travers un dispositif mis en place par la CDP et la BPI ou l’accompagnement de start-up des deux côtés des Alpes. Nous encourageons également la création de forums économiques franco-italiens dans les régions, comme le club France-Mezzogiorno qui a tenu sa deuxième édition cette année. 

Autre source d’échanges entre nos deux pays, l’art et la culture. L’ouverture de l’exposition Capodimonte au Louvre, avec l’inauguration du président Sergio Mattarella pourrait-elle inaugurer d’autres échanges de ce type entre les grands musées nationaux des deux pays ? 

Capodimonte au Louvre est un événement exceptionnel, d’abord car c’est la première fois que le Louvre consacre une exposition à un autre musée. Et il l’a fait de façon tout à fait remarquable non pas en réservant un lieu d’exposition à part, mais en insérant les œuvres exceptionnelles de Capodimonte au milieu de leurs « sœurs », dans des lieux emblématiques tels que la grande Galerie, en les faisant dialoguer directement. 

Au-delà, c’est aussi un vrai hommage rendu à la ville de Naples, avec tout un programme culturel pendant six mois fait de pièces de théâtre, de films, de lectures. En visitant cette exposition, on ressent à quel point il était naturel que ces œuvres se retrouvent côte-à-côte, tant notre histoire et nos cultures sont imbriquées. C’est « cette histoire qui nous dépasse » comme l’a dit le Président de la République. Des collaborations existent entre musées italiens et français : je pense par exemple à l’exposition sur le Pérugin à la galerie nationale d’art de l’Ombrie, dans sa ville natale de Pérouse, qui recevait le mois dernier pour l’occasion l’un des chefs-d’œuvre du maitre, « Les noces de la vierge » que l’on peut voir d’habitude au musée des beaux-arts de Caen. De Léonard de Vinci à Modigliani, tant d’artistes italiens ont vécu entre les deux pays – et les exemples d’artistes français ayant fait de même en Italie sont innombrables. 

Nos deux pays ont vocation à poursuivre leur dialogue des œuvres à travers les musées, les expositions et les festivals. Je pense notamment à l’accord de long terme passé entre la Triennale de Milan et la fondation Cartier pour l’art contemporain, exemplaire à bien des égards. 

Un autre dossier compliqué entre la France et l’Italie est celui du tunnel ferroviaire Lyon – Turin. L’Italie estime que la France ne manifeste pas une réelle volonté de mettre en service l’infrastructure dans les temps prévus. Est-ce que ce tunnel ferroviaire demeure un objectif pour la France ? 

Sur ce sujet, nos autorités sont très claires. Il s’agit d’un…

>>> Lire la fin de l’entretien sur le site de la revue Conflits<<<

L’élu LFI, coupable idéal?

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La députée Mathilde Panot, marche pour Nahel, Nanterre, 29 juin 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Le gouvernement pratique la culture de l’excuse, c’est vrai, mais surtout vis-à-vis de lui-même…


Il faut bien à un moment que des chiffres se traduisent dans la réalité. Que des indicateurs sociaux, sanitaires, scolaires ou en matière d’équipements publics qui renvoient plutôt à l’image qu’on se fait d’un pays en voie de développement, s’incarnent dans la réalité et trouvent des conséquences concrètes. Qui peut se déclarer surpris par ce qui se passe ? Qui peut croire aux larmes de crocodile de ceux qui parlent d’ensauvagement et de décivilisation parce que des gens sont en colère après une bavure policière ? On va assez vite, du côté de l’éternel Parti de l’Ordre, qui change de contenu (droite, macronisme) mais jamais de contenant (coups de menton et répression à tout crin) dénoncer comme des partisans « de la culture de l’excuse » ceux qui ne s’indigneront pas assez bruyamment parce que brûlent des « symboles de la République ». On appréciera au passage qu’une médiathèque soit mise sur le même plan qu’une prison en matière de symbole…

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Le Parti de l’Ordre, lui, a trouvé le coupable. Ce n’est pas sa politique exclusivement tournée au profit des riches, politique de plus en plus dure au fur et à mesure qu’elle s’applique à ceux qui sont de plus en plus bas dans l’échelle sociale. Non, le coupable, ce sont les élus qui mettent « de l’huile sur le feu ». À écouter le gouvernement et ses alliés médiatiques d’extrême droite, les responsables de la révolte des quartiers (parlez d’émeute si vous voulez, mais l’émeute n’est jamais que la forme aigüe d’une révolte légitime) seraient les députés LFI, souvent élus de ces quartiers. C’est toujours pratique, les boucs émissaires, mais c’est un peu court. On sait que je n’ai pas forcément toujours de la sympathie pour eux – je suis d’une branche plus « tradi-roots » de la gauche – mais ce n’est pas, à ma connaissance un élu LFI qui a tiré sur un jeune homme de 17 ans, ce n’est pas un élu LFI qui est responsable de la disparition de la police de proximité remplacée par un maintien de l’ordre de type colonial: des patrouilles pour faire tenir tranquilles les indigènes et des délégations de pouvoir informelles aux caïds et aux barbus, voire aux caïds barbus, qu’on prétendra par ailleurs combattre. Bref, la seule « culture de l’excuse » que je vois en ce moment, ce n’est pas celle de la gauche tentant d’analyser les raisons de la révolte, c’est celle que le gouvernement s’applique à lui-même, se trouvant si beau en ce miroir et regardant ses beaux habits d’ultime rempart de la République alors qu’il en est le principal fossoyeur.

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Nahel: marche blanche ou triomphale?

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Nanterre, 29 juin 2023 © ISA HARSIN/SIPA

La marche en hommage à Nahel a laissé un sentiment de vif malaise à beaucoup de monde. Pleurait-on vraiment la mort tragique du jeune homme de Nanterre ? Sa mort n’est-elle pas instrumentalisée par certains à des fins impures, belliqueuses, communautaristes, peu républicaines ?


Nahel, jeune homme de 17 ans, est mort dans la matinée du 27 juin à Nanterre. Il me semble qu’on a le droit, au regard des désordres, violences et incendies s’accroissant  chaque nuit – à Nanterre et ailleurs -, à l’écoute des réactions politiques, sportives et médiatiques diverses et contrastées, face aux propos présidentiels et ministériels, de formuler un certain nombre de remarques qui n’auront plus besoin, comme au premier jour, de passer par le chemin obligatoire de l’hommage à la famille et de la compassion pour son chagrin et sa douleur. Cela a été fait. Nahel faisait l’objet de douze mentions au fichier des antécédents judiciaires pour refus d’obtempérer, stupéfiants et conduite sans permis. Le 24 juin notamment, il avait déjà commis un refus d’obtempérer et devait comparaître au mois de septembre devant le juge des enfants. Le 27 juin, pourtant, il en renouvelait un dans les circonstances que l’on sait alors qu’il se trouvait, sans permis, au volant d’une Mercedes orange avec une plaque polonaise.

Un président de la République « gnangnan »

C’est ce processus caractérisé par un contrôle par deux motards de la police, dont un brigadier, puis la tentative de s’y soustraire, qui entraînait le coup de feu en définitive mortel dans la poitrine de Nahel – tiré par le brigadier. Le refus d’obtempérer ne justifie évidemment pas le coup de feu fatal mais sans cette fuite, qui résulte de la responsabilité exclusive de Nahel qui se savait une nouvelle fois en faute, l’issue tragique n’aurait pas eu lieu. Le brigadier de police (Florian M) faisait l’objet de bons renseignements. Il a été mis en examen pour homicide volontaire et placé en détention provisoire à la prison de la Santé. Il va interjeter appel. D’une vidéo, il semble résulter qu’au moment où Nahel redémarre pour fuir, personne ne se trouve devant le véhicule et donc que le fonctionnaire de police fait usage de son arme sans être personnellement menacé. C’est tout ce qu’on peut affirmer en l’état.

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Le président de la République, dans sa première intervention, a fait dans un registre que pour ma part je qualifierai de « gnangnan », excessivement compassionnel, semblant préjuger et ne faisant pas preuve de l’autorité qu’on aurait attendue de lui. La conséquence est que les cellules de crise se multiplient : la crise enfle mais les cellules semblent peu efficaces malgré la police qui fait face et front. Il dénonçait le 28 des « violences injustifiables » qu’il ne paraissait pas pressentir la veille. Le président usait aussi en une autre circonstance de deux adjectifs: « inexplicable » et « inexcusable », qui s’accordaient peu et mal avec la situation du 27 juin. Son empathie du « en même temps » jure avec le climat terrifiant de ces derniers jours.

Il me plaît, en revanche, de saluer le rôle de Gérald Darmanin qui sans démagogie ni complaisance, tient bien son rôle, avec un verbe qui ne fuit pas dans l’équivoque.  Il a salué le courage des forces de l’ordre contre tous les compulsifs de la haine et de la chienlit.
J’ai déjà indiqué ce que je pensais de certains tweets dont celui de Kylian Mbappé. J’ai regretté qu’apparemment sa France ne soit pas la France tout entière et que la couleur de peau soit le critère essentiel, voire exclusif de ses indignations partisanes. Comment peut-on soutenir qu’appeler au calme serait le contraire de la Justice alors que celle-ci ne peut réellement s’exercer que dans un climat serein ? Sur ce plan, certains députés LFI, à commencer par Jean-Luc Mélenchon, David Guiraud et Louis Boyard, manquent à leur devoir de député qui ne rendait pas incompatible l’affirmation de leurs convictions bien connues à l’encontre de la police, et l’expression d’une incitation à la paix civile, qui éthiquement relevait de leur responsabilité. Comme le Garde des Sceaux l’a souligné, ils peuvent être considérés comme des « complices moraux ». Ou bien aspirent-ils à ce que la France soit à feu et à sang à cause du prétexte de la mort de Nahel pour accabler encore davantage le macronisme en s’espérant un jour sauveteurs ?

Communion perverse

Lors de la marche blanche – qui, selon certains excités, n’était bonne que pour les « darons », les autres voulant des affrontements -, on entendait crier : Justice pour Nahel. Cette Justice qu’ils exigeaient, elle était sous leurs yeux, elle était en cours mais profondément elle ne les intéressait pas. La seule valable, pour eux, serait celle condamnant le brigadier au maximum de la peine et je me demande même si leur extrémisme ne se passerait pas volontiers de ces formes officielles et trop lentes de stigmatisation judiciaire. Sinon pourquoi auraient-ils continué à hurler Justice pour Nahel, par une sorte de revendication absurde puisque dès le premier jour ils avaient évidemment obtenu satisfaction ? Le maire de Nanterre, avec plus de modération, réclame justice et proclame qu’ils l’auront : mais personne ne la refuse et elle se déroule selon les règles. Si on voulait bien s’en tenir à elle seulement ?

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Les incendies, les désordres, les violences, les destructions des voitures et des autobus, d’une médiathèque, d’une banque, de tout ce qui constitue la richesse, le commerce et la convivialité d’une cité, de quartiers, le trésor des plus modestes qui n’ont que cela et qui est saccagé – faut-il vraiment, dans une communion perverse d’une indignation sans but et sans objet, applaudir ces misérables et choquantes dégradations qui prétendent faire payer à l’État les conséquences d’une tragédie singulière dont peut-être un seul fonctionnaire de police a été responsable ?

Marche blanche ou marche triomphale ? Je n’ai pas été le seul à ressentir un très vif malaise face à cette multitude d’environ 6 000 manifestants ou soutiens de la mère de Nahel, triomphalement présentée, instrumentalisée par Assa Traoré qui lui avait glissé la marche « de la révolte ». La mort de Nahel semblait oubliée. Qui éprouvait un authentique chagrin ? Qui souhaitait seulement s’en prendre aux autorités, résister aux forces de l’ordre ? Qui visait seulement à exploiter ce drame unique à des fins impures, belliqueuses, communautaristes, peu républicaines en tout cas ? Si j’étais cynique, je conseillerais la poursuite de ce mouvement, de ces nuits honteuses et furieuses, de casse et de feu. Ils rendent plus que jamais nécessaire l’émergence d’une démocratie authentique, respectueuse de la plupart, musclée et vigoureuse à l’encontre de toutes les malfaisances, quels que soient leur prétexte ou leur cause, en tout cas n’ayant plus peur de son ombre… Mais de grâce qu’on ne vienne pas nous dire, des larmes dans les yeux, qu’on pleure Nahel…

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Mais pourquoi les députés mélenchonistes n’appellent-ils pas au calme?

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Nanterre, 29 juin 2023 © Michel Euler/AP/SIPA

On ne se prononcera pas ici sur le fait de savoir si le policier qui a tiré sur le jeune Nahel était dans son droit ou non. Une enquête est en cours et, à l’inverse des « juges » qui pullulent sur les plateaux de télé et dans les couloirs de l’Assemblée nationale et qui ont d’ores et déjà prononcé un verdict de culpabilité, on attendra les conclusions de la justice. En revanche, revenons sur la « révolte » des « jeunes des cités émus par la mort de l’un des leurs » ainsi que sur la réaction des personnalités politiques ou syndicalistes qui dénoncèrent certaines « récupérations politiciennes et malsaines » lors des drames concernant Lola ou les jeunes enfants poignardés à Annecy mais qui récupèrent sans vergogne ce triste événement dans le seul but de tenir un discours démagogique et d’enflammer les banlieues.

La racaille se surpasse

La racaille n’attendait que ça. Majoritairement, les centaines de jeunes gens qui ont mis Nanterre et de nombreuses autres villes à feu et à sang se fichent comme d’une guigne de la mort de Nahel. Ce sont des voyous. La seule chose qui leur importe est de pouvoir casser, piller des magasins, brûler des voitures, agresser les policiers sans craindre une réaction qu’ils savent extrêmement limitée, voire impossible, et en même temps pouvoir continuer leurs trafics en tous genres dans des quartiers qu’ils considèrent être leurs propriétés. Sur France Inter, Maître Henri Leclerc, président d’honneur de la LDH, a dit comprendre la « révolte » de cette « jeunesse défavorisée » et a dénigré les policiers du Syndicat Alliance se disant outrés par les propos du président de la République – les voyous sont morts de rire, les députés LFI sourient en coin : les tartuffes idéologiques sont de sortie et leur servent la soupe.

Les députés mélenchonistes n’attendaient que ça. Ils espèrent, en France, un effet « Nahel », succédané de l’effet « George Floyd » aux États-Unis. Thomas Portes, Antoine Léaument et Louis Boyard ont fait, dans la nuit du 27 au 28 juin, une « tournée des commissariats ». Pour soutenir les policiers ? Non, pour « contrôler » les « lieux de privation de liberté » dans lesquels ont été placés en garde-à-vue des émeutiers. La récupération à ce niveau-là, il fallait oser. Louis Boyard twitte : « À Nanterre, la police a encore tué. Chaque année, cette institution défaillante vole des vies. Tant que le Gouvernement restera dans le déni, nous pleurerons d’autres Zyed, Bouna, Adama, Steeve et Zineb. » Le député Boyard a la larme sélective ; je n’ai pas souvenir qu’il en ait versé une seule pour Alban Gervaise ou pour Lola. Alban Gervaise a été égorgé à Marseille par un musulman « déséquilibré » sans que cela émeuve beaucoup les députés de la Nupes ou les médias bien pensants ; Lola, on s’en souvient, a été tuée dans des circonstances effroyables par une Algérienne en situation irrégulière – mais s’émouvoir de son sort a été considéré comme une « récupération » par les mêmes médias et les mêmes parlementaires. Je n’ai par ailleurs pas souvenir que la présidente de l’Assemblée nationale ait réclamé une minute de silence dans l’hémicycle pour ces deux victimes. Quant aux dizaines de personnes qui, chaque jour, en France, subissent une agression au couteau ou un vol à l’arraché, risquent leur vie pour un « regard » ou pour avoir refusé de donner une cigarette, ou se font violer, même très âgées, dans des hôpitaux ou des Ehpad, voilà bien des citoyens qui n’intéressent ni France Inter, ni Libération ou Le Monde, ni la gauche, ni la macronie – vous comprenez, dire le réel pourrait « faire le jeu de l’extrême droite » ; mieux vaut en inventer un autre, dans une langue nouvelle, répétitive et simple, en utilisant les mêmes ficelles que celles du début de l’antiracisme politique et en y ajoutant les trouvailles « islamophobes » qui embellissent régulièrement les discours contre « la fachosphère ». 

La fake news de la cheffe des écolos

Marine Tondelier parle comme une « indigéniste », c’est-à-dire comme un député mélenchoniste. Elle affirme qu’aucun « non racisé » n’a jamais été tué par un policier dans le cadre d’un refus d’obtempérer – elle a tort mais ce n’est pas cela qui importe. Ce qui compte, c’est le sous-entendu de cette assertion : la police ne tire que sur des « racisés » parce que la police est raciste. « Il y a un problème de racisme dans la police », affirme la présidente d’EELV au micro de Sud Radio. Récupération et racolage sur les plates-bandes de La France insoumise confirmées, lors de la même interview, par sa position sur le hijab dans le sport et sur une laïcité qui, de son point de vue, est dévoyée : « Quand on essaie de faire du zèle, de dire autre chose, souvent je constate que c’est contre les femmes et contre les musulmanes. » Plus démago, tu meurs !

Omar Sy et Kylian Mbappé ne s’étaient pas sentis d’exprimer leur compassion en apprenant la mort de la petite Lola. En revanche, ils ont sorti leur seau de moraline en apprenant celle du jeune Nahel. Mbappé a « mal à [sa] France » et parle d’un « petit ange (sic) parti beaucoup trop tôt ». Omar Sy espère qu’une « justice digne de ce nom honorera la mémoire de cet enfant ». Ces deux personnalités, très écoutées par les « jeunes des cités », savent-ils que leurs propos sont de l’huile jetée sur un feu qui ne s’éteint plus ? La France à laquelle songent Sy et Mbappé ressemble à celle, multiethnique, multiculturaliste, multiconfessionnelle, qu’Emmanuel Macron appelle de ses vœux – mais est-elle encore la France ? Beaucoup de gens, y compris des gens issus de l’immigration et parfaitement intégrés dans la société française, se posent la question tandis que leur pays, confronté à une violence quotidienne, s’effondre – mais eux ne peuvent pas s’exiler à Los Angeles et n’ont pas les moyens de se mettre à l’abri de la délinquance grandissante ; ils espèrent simplement que leur vieille voiture, la seule et unique en leur possession, ne sera pas incendiée cette nuit et qu’ils pourront aller travailler demain. 

Clémentine Autain lance son application Twitter

Les policiers et les gendarmes, en plus d’avoir à subir les assauts de la racaille des cités et ceux des blacks blocs qui profitent de l’événement pour tout casser, sont jetés en pâture à ces voyous par des élus de la Nupes, des représentants syndicalo-gauchistes ou la presse d’extrême gauche. David Guiraud, député LFI, dit ne pas vouloir appeler au calme : « C’est les policiers qui doivent se calmer ». Jean-Luc Mélenchon montre les crocs face aux « chiens de garde » qui demandent aux députés d’extrême gauche de calmer le jeu. Sandrine Rousseau préfère relever le nombre de morts suite à une intervention policière que le nombre de coups de couteau reçus chaque jour par ses concitoyens. Alors qu’il voulait apporter son soutien aux émeutiers de Nanterre, le député LFI Carlos Martens Bilongo a été pris à partie par ces derniers aux cris de « wallah, on va te piétiner ! » – mais LFI refuse de condamner les agresseurs de peur de « stigmatiser » ces chers anges révoltés. Clémentine Autain reprend éhontément sur Twitter le slogan de la famille Traoré : « Pas de justice, pas de paix ! » Afin d’accabler un peu plus les forces de l’ordre, un communiqué de la CGT rappelle qu’en 2022 « 13 personnes ont perdu la vie après un refus d’obtempérer lors de contrôles routiers » mais omet de renseigner sur le nombre hallucinant et en constante augmentation des refus d’obtempérer (27 000 en 2021) ainsi que sur celui des refus « avec risque de mort ou de blessures » (5247) ou celui des policiers et des gendarmes tués (comme Mélanie Lemée, gendarme de 25 ans tuée par un chauffard qui avait déjà refusé d’obtempérer deux fois auparavant) ou grièvement blessés lors de ces contrôles routiers. Le journal Libération, jamais en retard lorsqu’il s’agit de s’allier au pire, titre : « Police : à la dérive », et affirme que « la mort de Nahel met en lumière les défaillances profondes d’une institution intouchable ». Les émeutiers ont des amis puissants et qui ne reculent devant rien quand il s’agit de les aider à détruire la France.

La violence qui mine notre pays doit autant à une immigration qui l’a transformé de fond en comble en le communautarisant qu’à un islamisme et une délinquance qui s’appuient sur cette fracturation pour pratiquer un entrisme religieux et développer les trafics en tous genres. Le rêve des représentants de LFI est que la France devienne partout à l’image du 9-3 : une population multiculturaliste à forte proportion musulmane auprès de laquelle un discours politique idoine consolidera un réservoir électoral assurant quelques postes gratifiants. Ils comptent sur la violence pour accélérer un processus combinant le remplacement de la population et la soumission de ce qu’il restera de la population historique à une nouvelle population conquérante. Eux-mêmes, déjà soumis à cette dernière pour des raisons électoralistes, n’hésitent plus à en appeler ouvertement à la violence – ils pensent ainsi pouvoir récolter les fruits d’une « révolution » dont ils s’imaginent être les instigateurs et les manipulateurs. L’épisode du député Carlos Martens Bilongo est un épiphénomène qui préfigure des retournements autrement plus brutaux. Léaument, Boyard, Portes, Autain et consorts sont des « révolutionnaires » de salon gauchiste qui mettent le pays à feu et à sang en espérant un gain électoral substantiel. Qu’ils se méfient toutefois : leurs adversaires de demain ressembleront étrangement à ceux qui brûlent les voitures, les mairies et les commissariats aujourd’hui et dont ils se font les avocats. Et si nous n’étions qu’au tout début d’une possible guerre civile qui ne dit pas encore son nom mais risquant de s’étendre ? le seul plaisir que nous en tirerions serait de voir les Machiavel de carnaval qui l’ont attisée subir ses effets prévisibles : en plus des violences urbaines et d’une islamisation accélérée de la société, comptons sur des règlements de compte comme il s’en est toujours pratiqué au lendemain de l’instauration d’un « monde nouveau », et toujours, et d’abord, au détriment des idiots utiles devenus, aux yeux des nouveaux maîtres, parfaitement inutiles.

Émeutes, hidjab: ces effets de la société ouverte

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Nanterre, hier soir © Christophe Ena/AP/SIPA

Les émeutes et les scènes de grande violence se sont multipliées toute la nuit en Ile-de-France, en banlieue de Lyon, à Toulouse, dans le Nord, etc. Les banlieues communautarisées s’embrasent ; rien n’a été entrepris depuis 2005 contre ce séparatisme qui gangrène la société. La promotion permanente du multiculturalisme au détriment de l’assimilation, à gauche comme à droite, ne fait que compliquer les choses – et c’est un euphémisme. L’opposition de droite demande à Emmanuel Macron de placer la France en état d’urgence pour endiguer les tensions.


L’inconséquence d’Emmanuel Macron met la France en danger de mort. Son obstination à flatter la « diversité » et ses différences accélère la dérive de la nation vers une société multiculturelle et multiconflictuelle. Les émeutes de mardi soir à Nanterre (Hauts-de-Seine) et dans d’autres cités d’immigration rappellent leur état d’insurrection permanente. Les ferments d’une guerre civile ne demandent qu’à y exploser. Cette fois, après la mort mardi matin d’un jeune conducteur, Naël M., 17 ans, tué par un policier après deux refus d’obtempérer, c’est la préfecture qui a été attaquée. La mairie du Val Fourré (Yvelines) a été incendiée. Depuis 2005 et les premières guérillas urbaines d’envergure, aucune conclusion n’a été tirée sur les effets de la désintégration nationale. Au contraire, les dirigeants (droite et gauche) se sont appliqués à survaloriser la société ouverte, sans réflexion sur la survenue d’une nouvelle civilisation islamique aux prétentions hégémoniques.

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La France des clans

En ayant choisi, cette semaine, Marseille comme symbole de la France de demain, Macron entend rendre exemplaire une cité certes sympathique mais qui est en train de se perdre dans le communautarisme, le séparatisme, les violences claniques et mafieuses. C’est dans cette même ville qu’en 2017 il s’était félicité d’y voir, derrière des Français, « des Arméniens, des Comoriens, des Italiens, des Algériens, des Marocains, des Tunisiens, des Maliens », etc. La volonté présidentielle de faire pareillement de la Seine-Saint-Denis la vitrine de la France lors des prochains Jeux Olympiques confirme sa préférence pour le déracinement national.

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Ce choix de l’effacement identitaire est une aubaine pour l’islam politique, prêt à remplir les vides d’une nation gagnée par l’abandon. Ses théoriciens, dont les Frères musulmans, sont les premiers à exiger pour la France le modèle anglo-saxon du multiculturalisme, qui leur permet d’exiger leur visibilité religieuse ou culturelle. Cette vision est déjà celle du Conseil de l’Europe, qui voit le voile islamique comme une liberté. C’est aussi celle qui s’infiltre au Conseil d’Etat, dont un de ses rapporteurs s’est dit, lundi, favorable au port du hidjab pour les footballeuses, en offrant une première victoire au frérisme, cette idéologie totalitaire qui entend islamiser la société. La nomination de Thierry Tuot en mars 2023 à la section de l’intérieur du Conseil d’Etat, sur proposition du garde des Sceaux, avait appuyé la conversion de la haute juridiction en idiot utile de l’islam prosélyte : c’est en effet à Tuot que l’on doit le rapport éponyme de 2013 sur la « refondation de la politique d’intégration » qui a enterré le processus d’assimilation au profit de « l’inclusion », en invitant même la France à « assumer sa dimension arabe-orientale ».

Or, comme l’écrit l’anthropologue Florence Bergeaud-Blackler : « Pour que les musulmans s’intègrent, ce n’est pas à l’islam de s’assimiler dans l’Europe, mais à l’Europe d’assimiler l’islam ». Le Conseil d’Etat annoncera aujourd’hui sa décision sur le hidjab. Urgent de dire : non !

Le Frérisme et ses réseaux: l'enquête

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