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La fabrique des terroristes: l’école telle que certains la veulent

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« Je suis resté tétanisé », nous a confié notre chroniqueur, alors que nous nous étonnions qu’il n’ait pas réagi à l’assassinat de son collègue d’Arras, Dominique Bernard — professeur de Lettres comme lui. « Puis les massacres perpétrés par le Hamas en ont rajouté une couche. Nous vivons pile au moment de la bascule, d’une société mollement démocratique dans une domination théologique sanglante ». N’exagère-t-il pas ?


« Puis, les deux collègues sont revenus au quotidien et ont abordé leur métier. « On a parlé de nos élèves, mais pas seulement », continue l’enseignant. Sur ce sujet, le ton de son ami, qui allait mourir assassiné quelques minutes plus tard par un ancien élève de l’établissement radicalisé, était « assez pessimiste ». Ils ont évoqué le fait qu’« il était de plus en plus difficile d’enseigner la littérature, lui au collège, moi au lycée». « Il m’a parlé plusieurs fois ces dernières années de la difficulté de transmettre. C’est ce qui le préoccupait », continue le professeur. « Du manque de goût pour la culture, de l’ignorance. Et du manque d’attention en classe. On est tombés d’accord pour dire que c’était de pire en pire ». Avant de le quitter, Dominique Bernard a glissé à son collègue, pour conclure : « On court à la catastrophe. »1

Cinq minutes plus tard, un islamiste tchétchène fiché S, ancien élève du lycée, tuait Dominique Bernard, selon la technique que ces illuminés utilisent avec les moutons de l’Aïd. Les médias n’ont pas insisté sur ce point, mais il est significatif. Ce n’est pas seulement un meurtre, c’est une immolation. « Allah akbar ! »

Je voudrais revenir en détail sur ces ultima verba de Dominique Bernard. Parce que c’est le constat de tous les enseignants lucides — exception faite des idéologues auxquels on a confié la formation des maîtres, et que je demande instamment au ministre de dégommer le plus rapidement possible.
Mais dans tout propos, il y a le dit et le non-dit. Le constat, c’est l’impossibilité, ressentie par nombre d’enseignants, de transmettre quoi que ce soit à des classes d’adolescents sans retenue, ensauvagés de surcroît par deux confinements aussi absurdes l’un que l’autre.
Le non-dit, c’est ce que l’assassin a explicité tout haut.

Dans une vidéo de 30 secondes enregistrée quelques minutes avant son passage à l’acte, Mohammed Mogouchkov explique ses motivations, qualifiant les Français de « peuple de mécréants ». « Vous m’avez appris ce que sont la démocratie et les droits de l’homme, et vous m’avez poussé vers l’enfer », poursuit-il, avant de prêter allégeance à l’État islamique et d’apporter son soutien aux musulmans en Asie.

Puis le terroriste entre au lycée Gambetta, poignarde Dominique Bernard, professeur de français, avant de blesser grièvement un autre professeur et deux agents d’entretien. « Qui te donne l’air que tu respires ? Qui est le seul Dieu ? Appelle Marianne, appelle ta République », s’exclame alors Mohammed Mogouchkov, au moment de l’attaque.

Rappelons que ledit Mohammed n’en avait pas particulièrement après Dominique Bernard. Il cherchait « un prof d’Histoire ». Pas quelqu’un de précis, juste cela : quelqu’un qui enseignait l’Histoire.

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Peut-être vous rappelez-vous l’attentat en Tunisie, il y a huit ans, contre le musée du Bardo. C’était le 18 mars 2015. 24 morts (y compris les deux terroristes) et 45 blessés. Mais dans l’analyse que j’avais faite à l’époque ici-même de l’événement, j’insistais sur la dimension symbolique d’un attentat dans un musée. L’Hégire, disais-je, ne marque pas un départ de l’Histoire, mais son abolition. Allah a le temps, et ses sectateurs aussi. L’Islam nie le temps. « Il a brûlé la bibliothèque d’Alexandrie (70 millions de volumes, quand même) parce qu’il ne saurait y avoir qu’un seul Livre. Une seule voix. Un seul nom. Les nazis avaient décidé de construire à Linz le musée du Reich en y accumulant tout ce qu’ils pillaient ailleurs. Mais nos gens sont plus forts : du passé faisons table rase… »

D’où l’idée qui a germé dans le crâne obtus de ce terroriste (ça va, Jean-Luc, il fait beau chez toi, tu as pantouflé toute la journée pendant que les vrais Républicains arpentaient le pavé de la capitale…) d’assassiner un prof d’Histoire. Ça n’avait pas dû lui plaire, qu’on lui explique la Shoah…

Le ministre de l’Education Gabriel Attal, Paris, 14 octobre 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Rappelons que le Coran est ce gentil recueil d’anecdotes absurdes dans lequel (exactement dans le Sahih Muslim, l’un des six recueils de hadiths, paroles confirmées du prophète) il est écrit : « L’Heure ne viendra pas jusqu’à ce que les musulmans combattent les juifs et que les musulmans les tuent ; jusqu’à ce que le juif se cache derrière un mur ou un arbre, et le mur ou l’arbre diront : Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi. Viens et tue-le ! »
Alors ils les tuent — au berceau si possible. Dans un four, au besoin. Ils les violent et ils les tuent. Ils effacent l’Histoire — parce que c’est un Juif converti au service du sultan Omar qui l’a rédigé, avant que le calife Othmân n’en impose une version ultime. C’est une religion qui nie tout ce qui l’a précédée. Le musulman réside dans un monde intemporel — c’est l’une des raisons pour lesquelles il n’est pas naturellement porté ni vers les sciences, ni vers le savoir. Comptez- les prix Nobel musulmans…

… Comptez les prix Nobel juifs. La judaïté est une culture, pas une impasse. En témoigne le nombre infini de juifs athées, et qui s’en portent fort bien, même s’ils respectent, surtout devant leur mère, certaines obligations rituelles. L’athéisme est le premier pas dans le Temps. Rappelez-vous Max Weber et le « désenchantement du monde ». Animistes, polythéistes, monothéistes, athées. C’est cela, le progrès. Descartes dès 1641 suggère dans les Méditations que par le mot « nature », il entend « Dieu ». Et trente ans plus tard, Spinoza affirme : « Deus sive natura », Dieu, c’est-à-dire la nature. Il a renversé les termes. En 1788, Schiller constate que la nature a définitivement perdu son caractère sacré. Il était temps, on allait couper la tête du dieu-roi. Et faire de la République la transcendance de substitution.
C’est cela, l’Occident.
L’islam, c’est pile le contraire. Pas de Temps, pas d’Histoire. Juste la répétition des certitudes creuses d’un chamelier fou de soleil et ivre de carnage.

Il en résulte que les enseignants qui « respectent » les croyances et le fanatisme de leurs élèves sont responsables de ces têtes creuses dans lesquelles les imams, qui n’en demandaient pas tant, glissent des certitudes absurdes. Parce que refuser d’enseigner la République — à commencer par cet apprentissage dérisoire de la langue qu’est actuellement l’étude du français en Primaire et dans le Secondaire —, c’est offrir aux porteurs de contes absurdes une voie royale. La nature a horreur du vide que certains laissent dans les caboches des enfants et des adolescents. Quand l’enseignant ne fait plus son boulot, l’imam le remplace.

À suivre…

La suite à lire sur Causeur.fr lundi prochain

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  1. https://www.lefigaro.fr/actualite-france/l-ignorance-le-preoccupait-la-derniere-conversation-de-dominique-bernard-quelques-minutes-avant-de-mourir-dans-l-attaque-d-arras-20231017 ↩︎

Maroc-Israël: rattrapés par le réel

L’attaque du Hamas sur Israël a donné un coup d’arrêt à la normalisation des relations entre Israël et le Maroc. La population marocaine a choisi son camp, sans toutefois soutenir le terrorisme. En revanche, la classe politique sait qu’Israël est un allié nécessaire pour affirmer la puissance du royaume au Maghreb. La défiance envers l’islamisme et les liens historiques avec le peuple juif seront-ils plus forts ? Driss Ghali croit encore à la possibilité du rapprochement.


Le Maroc croyait s’être débarrassé de ses islamistes, humiliés lors des élections de 2021 après dix ans à la tête du gouvernement où ils n’ont rien fait, à part décevoir ceux qui avaient cru en leurs promesses. C’était compter sans d’autres islamistes, palestiniens ceux-là, qui en l’espace d’une matinée ont renversé la table au Moyen-Orient et porté un coup extrêmement dur à une des politiques les plus précieuses pour le royaume chérifien : la normalisation avec Israël. Cette politique de rapprochement prometteuse mais fragile, et qui a été soufflée par l’onde de choc provoquée par l’attaque du Hamas le 7 octobre dernier. Peut-elle s’en remettre ?

En décembre 2020, le Maroc a établi des relations diplomatiques avec Israël. En contrepartie, les États-Unis ont reconnu sa souveraineté au Sahara occidental. Ce deal négocié par Trump, peu avant son départ, a été endossé depuis par l’administration Biden, en dépit des pressions d’Alger, qui dispute ce territoire aux Marocains par le truchement d’une guérilla, nommée Polisario. Plus tard, en juillet 2023, Israël a reconnu à son tour la souveraineté marocaine au Sahara occidental, et a même évoqué la possibilité d’y ouvrir un consulat.

Circulez, il n’y a rien à voir

Politique audacieuse, politique courageuse, la normalisation avec Israël a pris les Marocains de court, mais elle ne les a pas fait descendre dans la rue. La classe politique non plus n’a pas bougé. Il faut dire que la réconciliation avec Israël a été annoncée durant la pandémie de Covid, en plein état d’urgence sanitaire et à un moment où l’État exerçait un contrôle inédit sur la population (confinement, contrôle vaccinal, surveillance des réseaux sociaux). À l’époque, sidération et passivité faisaient office d’opinion publique.

Très vite, les hauts fonctionnaires et les hommes d’affaires ont pris le relais de la décision politique, mettant en œuvre des accords dans différents domaines, de l’achat d’armes à l’investissement dans l’agriculture. L’ouverture d’une ligne aérienne directe entre Tel Aviv et Marrakech et l’engouement des touristes israéliens pour cette destination ont donné l’impression que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et qu’il était possible de faire l’économie d’un débat.

Une sorte d’ivresse flottait donc dans l’air, tant et si bien que le Maroc s’est cru enfin libéré de sa relation traditionnelle avec la France et l’Europe de l’Ouest. Désormais ami d’Israël, il n’avait plus besoin d’accepter l’arrogance de Paris ni de souffrir les sympathies d’une partie de l’establishment espagnol pour le Polisario. D’où peut-être l’audace de certaines postures diplomatiques marocaines à l’endroit d’Emmanuel Macron, mais aussi du gouvernement espagnol. En tout cas, telle est l’impression qui s’est diffusée dans l’opinion publique, ce qui a prolongé l’anesthésie injectée lors de la pandémie.

La fin de la parenthèse enchantée

Puis, vint le 7 octobre. Des colonnes de terroristes ont fait voler en éclats la parenthèse enchantée. Soudain il est devenu impossible de cacher les angles morts de la normalisation, à commencer par la relégation au second plan de la cause palestinienne. Faire un bout de chemin avec Tel Aviv nécessitait en effet que les diplomates marocains mettent ce dossier en dessous de la pile, sans quoi la relation bilatérale serait devenue une succession de reproches et de demandes d’explication, dont le seul effet aurait été de perdre de vue les intérêts marocains. Or, cela fait deux ans que les médias d’État développent la thèse du « en même temps » selon laquelle le Maroc peut être simultanément le meilleur ami des Palestiniens et le partenaire stratégique des Israéliens. Depuis le 7 octobre, l’illusion de l’équidistance s’est dissipée dans la poussière des bombes et des missiles.

Autre angle mort de la normalisation : la croyance selon laquelle le Maroc est une puissance régionale en formation disposant de marges de manœuvre significatives. Cette thèse imbibe la communication officielle, think tanks et universitaires inclus, pour qui la normalisation est un coup de génie. Alors qu’elle est aussi un aveu de faiblesse. Car au fond, le Maroc n’est pas assez puissant pour pouvoir faire admettre sans efforts aux Américains une évidence attestée par des siècles d’histoire, à savoir que le Sahara occidental est marocain. Pour faire reconnaître cela à Washington, Rabat a dû consentir un sacrifice, établir des liens avec Israël. L’opinion publique marocaine aurait gagné à comprendre que la normalisation est en réalité un remède amer, imposé par la première puissance mondiale.

On aurait pu lui expliquer aussi que l’Algérie est responsable de cette situation. Si Alger avait cessé d’héberger et de soutenir le Polisario, le Maroc n’aurait jamais eu besoin d’accepter le deal proposé par Trump. Si l’Algérie avait été un bon voisin, le Maroc serait probablement resté dans le camp des Palestiniens.

A lire aussi : Plainte contre Israël pour génocide: de l’inanité juridique à la manipulation politique

Le narratif officiel a également évité le côté sentimental de la normalisation, lié à la part juive de l’identité marocaine.  Le Maroc est une vieille terre juive dont sont issus presque un million de citoyens israéliens. Quand le Maroc discute avec Israël, il discute donc avec lui-même, avec des ministres et des députés d’origine marocaine. Quand le Maroc collabore avec l’État hébreu, il ne fait que renouer le lien avec ses enfants perdus de vue depuis l’exode des années 1960-1970. Et personne ne peut en vouloir à une famille de vouloir se réunir après une si longue séparation.

Pour avoir ignoré ces aspects, la communication officielle a évité de mouiller la population, préservant sa « virginité » puisqu’elle ne lui a jamais demandé de prendre position. L’homme de la rue n’a jamais eu à arbitrer entre « régler le problème du Sahara pour de bon » ou bien « rester fidèle aux Palestiniens ». Il n’a jamais été exposé aux réalités de la présence historique juive au Maroc, il n’en connaît que des bribes et ne se doute pas de la catastrophe économique, sociale et culturelle que le départ massif des juifs a causée. À la télévision et à l’école, on ne lui a parlé que du drame palestinien. Autant dire que sa capacité d’indignation est illimitée. Or depuis le 7 octobre dernier, celle-ci s’exerce librement. Une partie de l’opinion publique s’est emparée des réseaux sociaux pour appuyer le Hamas et exprimer son rejet de la normalisation. En face, personne pour répondre et contre-argumenter. Rien à dire ni à avancer. Dès que le temps de la propagande s’est achevé, dès que les courtisans se sont retirés, le silence s’est imposé. La normalisation s’avère être un objet fragile que le moindre petit caillou peut briser.

Nouveau départ

Cela dit, la mobilisation est relativement faible. En dehors des intransigeants, souvent issus de l’islam politique et de l’extrême gauche, la population générale se limite au service minimum. Au-delà de la dénonciation du sionisme sur internet, rien de concret ne se dégage sur le terrain. La manifestation du 15 octobre à Rabat n’a réuni que quelques dizaines de milliers de Marocains et la classe politique fait profil bas, n’ayant aucune envie de mettre de l’huile sur le feu.

Autrement dit, si le conflit se résorbe, par je-ne-sais-quel miracle, il est probable que le processus de normalisation reprenne. À faible allure et à bas bruit, selon un scénario à l’égyptienne où la coopération se limiterait aux services de sécurité et aux milieux diplomatiques.  Et puis, avec le temps, elle étendrait son champ d’action à d’autres domaines. Mais, de toute façon, la normalisation demeurera fragile, la moindre explosion au Moyen-Orient a de quoi l’envoyer aux urgences.

Le seul moyen d’immuniser la normalisation serait de la rendre populaire, non comme un objet de désir mais comme un devoir auquel on s’astreint parce qu’il le faut, pour le bien du pays et au nom de la raison d’État. Exercice difficile, car il exige de mobiliser communicants, intellectuels et politiques dans un même effort pédagogique et d’influence. Exercice périlleux, car il expose aux arguments faciles des intransigeants. Mais, le jeu en vaut la chandelle, la réunion de l’élément juif et de l’élément musulman pouvant donner au Maroc un supplément d’énergie créatrice à même d’en faire un véritable pays émergent.

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Fernand Raynaud à l’Élysée, vite!


Ainsi, la veille de la marche d’unité nationale contre l’antisémitisme, le président, embourbé dans l’indécision – j’y va t’y, j’y va t’y pas ? – aurait chargé ses conseillers de prendre le pouls de la rue arabisante d’au-delà du périph’ afin qu’on l’aide à arrêter son choix. Il fallait bien recourir à une éminence de l’ombre, experte en ces matières, surtout extérieure au cabinet car au Palais on vole beaucoup trop haut pour en avoir la moindre perception. Il faudrait, si l’on consentait à corriger le manque, s’aventurer à emprunter un moyen de locomotion appelé métro, pousser la témérité jusqu’à aller au bout du bout de la ligne et retour, ne pas craindre donc la promiscuité de ceux qui ne sont rien, ni – puisque nous étions un vendredi soir – l’odeur des corps en fin de semaine de turbin.

A lire aussi, Frédéric Magellan: Éric Zemmour face à la « rue arabe »

Le pétomane étant sans doute indisponible, on dut se rabattre sur un autre comique de classe, le dénommé Yassine Belattar dont personne n’aura oublié combien il fut désopilant dans son rôle de condamné pour menaces de mort. Quitte à s’imprégner de l’esprit qui règne dans les territoires perdus de la République, autant y aller à donf’, comme on dit à présent lorsqu’on veut briller à l’oral de l’ex-ENA. S’affranchir auprès d’un casier vierge, c’eût été passer à côté de tout un monde, risquer de n’entendre que des banalités de bon sens, du genre : « Manu, quand faut y aller, faut y aller ». Mais ce n’est pas, probablement, ce que souhaitait entendre le président à peuple multiple. Deux peuples, en fait si on a bien compris. Seulement deux ? Les Bretons, Occitans, Basques, Alsaciens et autres apprécieront. Faut-il leur conseiller de semer bien du bordel s’ils veulent un jour exister jusque dans ces hautes sphères ?

Georges Bensoussan, à qui nous devons justement le prophétique (et collectif) Les territoires perdus de la République a remis les pendules à l’heure ou, comme on dit plaisamment à présent, l’église au milieu du village. « Imagine-t-on le général de Gaulle prendre conseil auprès de Fernand Raynaud ? » a-t-il ironisé en substance chez Sonia Mabrouk. On ne peut mieux dire. Toutefois, et malgré l’immense respect et la très vive admiration que j’ai pour Georges Bensoussan, je me permettrai d’émettre, non pas un bémol, mais juste un petit commentaire de rien. À l’inverse de M. Belattar, Fernand Raynaud, lui, était drôle. Fernand Raynaud, lui, aimait la France. Il la connaissant intimement, charnellement, la France, pour l’avoir parcourue en tous sens sa (trop brève) vie durant, notamment dans ces longues années de galère.

A lire aussi, du même auteur: Rendez-nous le pétomane

Au fond, il était à lui seul la France de ce temps-là. L’absurde du « 22 à Asnières » demeure un enchantement. Summum de la gloire populaire dans le vrai et noble sens du terme, ses répliques descendaient dans la rue, devenaient « culte », comme on ne disait pas alors. « Ca eut payé ! », «  Tonton, pourquoi tu tousses ? », «  Ne me parlez pas de Grenoble, que des Prétentieux », « Qui c’est ? C’est le plombier », « Bourreau d’enfants ». Et, bien évidemment, on se souvient du sketch du boulanger, l’immigrant précieux que l’intolérance et la bêtise villageoises poussent à partir, lui à qui pourtant on devait le pain chaque jour.

Soudain – on me pardonnera sûrement cet instant d’égarement – je me surprends à penser qu’une entrevue entre de Gaulle et ce gaillard-là n’aurait pas été si extravagante. De Gaulle avait – lui – la stature qui autorise ce genre de pas de côté. Et Fernand Raynaud assez d’intelligence vraie, de bon sens et de bon sang français pour ne pas faire tache.

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Hollywood changera-t-il bientôt sa représentation de l’antisémitisme?

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La réalisme n’est pas le fort du cinéma américain…


Hollywood a toujours dépeint l’antisémitisme sous les traits de skinheads et autres néonazis ne pouvant venir que du milieu des « Rednecks », cette Amérique identifiée péjorativement comme celle des « Culs-terreux », des « Petits blancs » dans les territoires ruraux, et qui depuis quelque temps vénèrent et votent Donald Trump, évidemment. Ce cliché est surexploité depuis les années 90 dans la production audiovisuelle américaine, que cela soit au cinéma avec des personnages campés par Edward Norton dans « American History X » (1998) de Tony Kaye, ou plus récemment par Daniel Radcliffe dans « Imperium » (2016) de Daniel Ragussis, ou d’une manière quasi compulsive dans la moindre série policière avec la rengaine d’au moins un épisode portant sur les infiltrations de groupuscules néonazis dans l’Amérique profonde…

Si comme dans tout cliché celui-ci comporte une part de vérité, il faut tout de même reconnaître que cette image hollywoodienne ressassée est devenue abusive aujourd’hui par son éloignement avec la nature réelle de l’antisémitisme dans le pays. En effet, comme le rappelle la Professeur Arie Perliger dans le site d’information The Conversation à propos d’une étude bientôt publiée par son équipe à l’Université du Massachusetts Lowell, l’antisémitisme aux États-Unis connaît un basculement important sur l’échiquier politique1. On apprend que : « 95 % des incidents antisémites aux États-Unis ont été perpétrés par des militants d’extrême gauche et seulement 5 % ont été perpétrés par des militants d’extrême droite ». Ce qui met à mal une idée reçue largement relayée dans la fiction… De plus, on apprend – mais cela n’étonnera que ceux vivant dans un certain déni – que : « les crimes haineux antisémites se produisent en particulier dans les régions politiquement progressistes du pays. La région métropolitaine de New York et le Nord-Est en général, ainsi que les centres urbains de Floride, de Californie, du Nord-Ouest et du Midwest connaissent la majorité des incidents antisémites »… Soit loin, très loin de l’Amérique « Redneck » et Républicaine, mais plutôt dans l’Amérique cultivée, aisée et démocrate !

A lire aussi: Andy Ngo: un inflitré chez les antifas

La représentation de l’antisémitisme dans la production hollywoodienne va devoir changer – si tant est qu’elle veuille vraiment refléter une réalité dérangeante pour les autoproclamés progressistes forts de leur supériorité morale… Le plouc nazillon devrait pourtant laisser sa place à celle du bourgeois des beaux quartiers. Cette réalité va difficilement pouvoir être ignorée depuis l’intervention d’Israël à Gaza suite aux atroces massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas, car si nous avons honte en France de l’attitude de notre extrême gauche, il faut voir l’expression encore plus radicale d’indécence et d’hystérie des woke aux États-Unis, où on injurie et agresse ouvertement les juifs sur les campus et en marge des manifestations pro-palestiniennes dans les grandes villes.

Mais est-ce que les scénaristes des studios américains et des toutes puissantes plateformes de streaming oseront représenter cette nouvelle réalité de l’antisémitisme aux États-Unis ? La solidarité de classe et d’idéologie risque d’avoir encore besoin du mépris de classe ancré dans la création audiovisuelle américaine. Aussi, Dereck, le petit plouc blanc d’Alabama qui a un grand drapeau nazi accroché dans sa caravane et qui se balade dans son pick-up polluant avec son chien et son fusil, les bras tatoués de croix gammées, a encore de beaux jours pour continuer à représenter exclusivement l’antisémitisme dans les séries et les films américains, et donc sur les écrans du monde entier soumis à l’imaginaire unique hollywoodien.

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  1. https://theconversation.com/antisemitism-has-moved-from-the-right-to-the-left-in-the-us-and-falls-back-on-long-standing-stereotypes-215760 ↩︎

Quand France Inter reçoit le nouveau président d’Editis…

La journaliste Sonia Devillers est comme une écolière cherchant à faire taire tous ceux qu’elle pense être ses adversaires dans la cour de récré.


Sonia Devillers est une journaliste assez emblématique de la gauche 2.0, progressiste et woke : c’est entendu. Officiant sur France Inter et Arte, cela ne saurait lui porter ombrage, bien au contraire. Lorsqu’elle ne se pâme pas à l’écoute des élucubrations de Paul B. Preciado en se désolant de ses « privilèges de femme cisgenre et hétéro » ou qu’elle n’écoute pas religieusement Camélia Jordana lui affirmer que « la liste des victimes de violences policières s’allonge en France », la journaliste fait la liste de ceux qui ont le tort de ne pas penser comme elle (Ivan Rioufol, Élisabeth Lévy, Gilles-William Goldnadel, Charlotte d’Ornellas ou Gabrielle Cluzel, entre autres), pour mieux les dénoncer. Pensez, ils sont « très très à droite, voire à l’extrême-droite » et ils osent même participer à des émissions dans « différents lieux de débats », notamment sur les plateaux de CNews (1). CNews, la filiale de Canal + dont l’actionnaire principal est Vincent Bolloré, c’est sa bête noire, son cauchemar – une anomalie dans le monde merveilleux des médias. L’existence de cette chaîne d’info l’insupporte au point qu’elle a un jour demandé au président du CSA si, à propos notamment d’Éric Zemmour et des personnes sus-citées, il avait les outils adéquats « pour comptabiliser, pour mesurer, pour identifier la parole de ces gens-là » sur la chaîne honnie (2). Mais à part ça, Mme Devillers n’hésite jamais à clamer son amour du pluralisme et de la liberté d’expression. Parce qu’à gauche, la liberté d’expression, on sait que c’est très important. Et puis, dit-elle aux Inrocks en 2016, ses émissions à elle ne sont jamais « dans le règlement de comptes ». Affirmation dont nous allons pouvoir vérifier la véracité lors de la matinale de France Inter du jeudi 16 novembre 2023.

Mais que va devenir Virginie Despentes dans la guerre culturelle ?

Ce matin-là, à l’occasion du rachat du groupe d’édition Editis par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky suite à l’acquisition du groupe Hachette par Vincent Bolloré, Sonia Devillers reçoit le nouveau président d’Editis, Denis Olivennes. Ce dernier rappelle les noms des grandes maisons d’éditions faisant partie d’Editis et insiste sur son envie de relever le défi de la qualité tout en respectant le pluralisme et sur son goût pour les choses de l’art en général et pour les livres en particulier. Oui, oui, oui, tout ça c’est très bien mais cela n’intéresse absolument pas Sonia Devillers, obnubilée par le rachat de Hachette par Bolloré. 

A lire aussi: Elisabeth Lévy, après l’affaire Moundir: « Je ne suis pas en porcelaine »

« Hachette – sous la houlette de Bolloré – risque-t-elle de perdre sa liberté éditoriale ? », demande-t-elle à un Denis Olivennes qui sourit devant la grotesque charge éléphantesque et répond, en substance, que cela n’est pas vraiment son problème. Mais si, mais si, c’est son problème, lui fait savoir l’obsédée, « si Bolloré fait ce qu’il a fait dans les médias, il y a peut-être des éditeurs et des auteurs qui vont partir. Et vous, vous êtes prêt à les accueillir ? » Olivennes ne répond pas à la question et tente de se tenir à bonne distance. Mais rien n’y fait. La furibarde revient à la charge : « Pour attirer de grands auteurs comme Virginie Despentes (sic) [éditée chez Grasset, filiale de Hachette NDLA], êtes-vous prêt à créer de nouvelles maisons d’éditions pour les accueillir ? » Oh la la, mouline Denis Olivennes, on ne crée par une maison d’éditions comme ça, et puis il y a déjà une quarantaine de marques d’éditions au sein d’Editis, et puis ces auteurs n’ont peut-être pas l’intention de partir de chez Hachette, et puis c’est plus compliqué que ça, mais sinon, oui, pourquoi pas, si ça peut faire plaisir… On entend presque le ricanement de satisfaction de la journaliste qui voit enfin tous ses efforts récompensés.   

Quand y en a plus y’en a encore

Le nouveau président d’Editis pense vraisemblablement qu’on va enfin parler d’autres choses que de Bolloré lorsqu’il entend Sonia Devillers évoquer les éditions Plon, éditions qui sont dans le giron d’Editis. Erreur ! La sycophante a encore du venin plein la bouche. « Plon, cancane la journaliste, Plon, dont la directrice est Lise Boëll, éditrice historique d’Éric Zemmour (aïe) et de Philippe de Villiers (aïe aïe), publie aujourd’hui les livres de Marc Menant (aïe aïe aïe) et de Christine Kelly (aïe aïe aïe aïe), visages de CNews (aïe aïe aïe aïe aïe). Est-ce que vous avez vocation à poursuivre ce projet éditorial ? » Olivennes se marre, tellement c’est gros. Il rappelle que les éditions La Découverte (émanation des éditions Maspero, plus à gauche tu meurs !) font partie d’Editis et que rien n’interdit d’avoir un très large panel d’auteurs, y compris Christine Kelly, surtout si l’on tient à rester un « grand groupe pluraliste ». Fin de l’entretien. 

Heureusement que les émissions de Sonia Devillers ne sont jamais, comme elle dit, « dans le règlement de comptes », qu’est-ce que ce serait sinon…

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) France Inter, émission L’Instant M du 11 octobre 2019.

(2)  France Inter, émission L’Instant M du 28 septembre 2020.

Sandrine Rousseau. Le Retour

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En entendant Sandrine Rousseau donner de la voix à l’assemblée, j’ai eu comme un petit goût de revenez-y. Que me rappelait donc cet air si joliment entonné par notre chère élue ? Et puis, bon sang, mais c’est bien sûr, c’était l’air du Chant des Marais ! « O terre de détresse, où nous devons sans cesse, piocher, piocher ! », « O terre enfin libre, où nous pourrons revivre, aimer, aimer. »

Ce hit des feux de camp et du répertoire militaire est l’adaptation française de « Wir sind die Moorsoldatenlied » (Nous sommes les soldats du Marais), composé en 1933 par trois prisonniers communistes allemands du camp de concentration de Börgermoor en Basse-Saxe. Pour les paroles : le mineur Johann Esser et l’acteur et metteur en scène Wolfgang Langhoff, et pour la musique : Rudolf Goguel, un employé de commerce. Ce lied, pour quatre voix hommes, « s’échappe du camp » et connaît rapidement une belle diffusion en Allemagne, en Europe et même outre-Atlantique. En 1936, le compositeur Hanns Eisler, collaborateur musical de Bertolt Brecht, l’adapte pour Ernst Busch (le chanteur, pas le général !) avec accompagnement piano. Ce dernier enregistre alors ce qui devient le « Börgermoorlied ». Quand en 1937, Busch rejoint les Brigades internationales en Espagne, cette version, reprise par les volontaires allemands des Brigades, acquiert une notoriété internationale.

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C’est ce chant de souffrance et aussi d’espérance que Josée Contreras, militante du MLF, propose, à une dizaine de ses copines, de « féminiser » en vue du rassemblement du 28 mars 1971, au Square d’Issy-les-Moulineaux, en mémoire et en l’honneur des femmes de la Commune de Paris. Cette version a seulement vocation à être interprétée à cette occasion, mais elle échappera à ses « auteures » pour devenir l’hymne du  mouvement fondé l’année précédente.

Avant de postuler pour la « Victoire 2024 » de la chanteuse engagée, Sandrine aurait peut-être eu avantage à écouter son aînée Josée, à l’origine de la « création ». Interviewée par la journaliste Martine Storti pour Le Hall de la chanson, elle lui déclarait : « Je ne crois pas qu’à ce moment-là aucune de nous ait su que nous étions en train de détourner un chant qui portait une tragique charge… car, si opprimées que nous estimions être, il ne nous serait pas venu à l’esprit de nous identifier aux résistants antinazis et juifs, aux défenseurs de la république espagnole ou aux millions de victimes des totalitarismes ». Et précisait même : « J’ignore quand la chanson Nous qui sommes sans passé, les femmes…  a été promue au rang d’hymne du MLF, mais une telle perspective aurait suscité stupéfaction et hilarité chez les quelques femmes du Mouvement qui l’ont improvisée un soir de mars 1971».

Stupéfaction et hilarité Sandrine ! Hi-la-ri-té-e !

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Heureux comme un clandestin en France

En matière d’immigration, l’administration peine à faire appliquer la loi. Moyens financiers limités, directives politiques floues voire permissives et contre-pouvoir des associations permettent à la majorité des clandestins de demeurer sur notre sol. Et le terrorisme profite de cette mécanique incontrôlable. L’ancien préfet Michel Aubouin témoigne.


Les gestionnaires de l’immigration ne manquent pas de travail. Si une grande partie des immigrés entrent en France de manière légale, une part non négligeable le font sans autorisation ou y demeurent au-delà de la date de validité de leur visa. Assez logiquement, ces derniers devraient être invités à quitter le territoire national ou à se mettre en conformité avec la loi, mais, comme leur intention n’est pas de repartir, il y a peu de chance qu’ils le fassent spontanément. Un bras de fer s’engage alors entre le clandestin et l’administration. En général, l’administration a plutôt l’avantage et il est difficile pour un Français de contester le fisc, le droit de l’urbanisme ou une infraction routière. En matière d’immigration, c’est le contraire. L’administration est vulnérable, ou plutôt elle l’est devenue, car les décideurs politiques, par crainte d’encourir les reproches des faiseurs d’opinion, ont multiplié les exceptions à la règle.

Combien de clandestins en France ?

La majorité des clandestins demandent l’asile (136 000 en 2022) et ils ont une chance sur trois de l’obtenir. Les autres, les plus nombreux, deviennent donc des étrangers en situation irrégulière ; ils ne peuvent en principe ni travailler ni obtenir un logement social. Combien sont-ils en tout ? Il est difficile de le dire, mais 380 000 d’entre eux bénéficient d’un accès gratuit aux soins (AME).

Certains vont recevoir une « obligation à quitter le territoire français » (OQTF). Une partie s’exécute, la majorité reste. Assez logiquement, l’État devrait disposer d’un suivi individuel des personnes concernées, mais tel n’est pas le cas (même s’ils sont, tous ou presque, inscrits sur le fichier de la Sécurité sociale). C’est souvent le hasard d’un contrôle d’identité ou un passage en prison qui les met dans les mains de l’administration.

La gageure des laissez-passer consulaires

Commence alors pour le préfet une véritable course d’obstacles. Pour reconduire un étranger dans son pays d’origine, il faut disposer d’un passeport et d’un titre de transport. Évidemment, tous les passeports ont disparu. L’étranger qui a demandé l’asile a dû le présenter, mais l’administration n’en a pas gardé la trace. Même la justice juge sans connaître l’identité du coupable. Faute de passeport, le préfet est donc contraint de demander au pays d’origine « présumé » un « laissez-passer consulaire » (LPC), opération longue et délicate, qu’on ne pourrait conduire dans le pays d’origine sans graisser la patte de quelques fonctionnaires.

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Si l’étranger est susceptible de disparaître dans la nature avant la fin de ces formalités, le préfet peut le placer en rétention. Et ses ennuis se poursuivent. Il existe en France moins de 2 000 places de rétention et les disponibilités sont rares, d’autant que l’on hésite à mobiliser des policiers pour transporter un retenu à l’autre bout de la France. Si par hasard une place est disponible, l’étranger ne peut y rester plus de quatre-vingt-dix jours, ce qui est souvent insuffisant pour récupérer le LPC. Pendant ce temps, les associations financées par l’État pour accompagner les retenus en centre de rétention (CRA) vont l’aider à saisir les juridictions. À l’origine, les actes des préfets n’étaient contestables que devant les seuls tribunaux administratifs. Aujourd’hui, le juge judiciaire intervient aussi, au prétexte que la rétention peut être assimilée à une détention. Les premiers relâchent un tiers des retenus, les seconds un autre tiers. Les moyens de contester sont assez nombreux pour remplir un catalogue. Les avocats spécialisés pullulent. Les préfectures s’adaptent. Pour réduire leur taux d’échec, elles ne placent en rétention que des individus venant de pays qui délivrent des LPC. Et s’il faut alimenter les chiffres du ministère, on peut toujours négocier avec des Albanais, des Roumains ou des Moldaves, qui partent volontiers, avec une petite « prime au départ » et l’assurance de pouvoir revenir en un trajet de voiture. Pour 100 000 interpellations d’étrangers en situation irrégulière, 16 000 départs sont enregistrés, dont seulement 3 500 retours forcés vers un pays tiers, c’est-à-dire autre qu’un pays de l’Union européenne.

Les préfets naviguent à vue

Évidemment, il faudrait multiplier par dix les places en CRA et prolonger, comme tous les autres, la durée de rétention jusqu’à deux ans. Il faudrait aussi, pour ne pas encourir des reproches justifiés, améliorer les conditions de confort, en particulier pour l’accueil des familles. Pourquoi ne le fait-on pas ? Pour des raisons budgétaires, les crédits de l’État étant consacrés à l’hébergement dans des hôtels des « irréguliers ». Mais aussi parce que l’État ne sait pas construire à coûts modérés, qu’il s’impose à lui-même des normes impraticables et qu’il confie la gestion des CRA à des policiers dont ce n’est pas le métier.

Dans l’affaire, tout le monde est responsable, mais le plus déterminant est la propension des décideurs à se vouloir de plus en plus conciliants avec une population qui refuse d’appliquer une règle, refus qui, dans son pays d’origine, la conduirait assez sûrement en prison. Au fil des décennies, la police administrative, celle qui protégeait la population, s’est effacée au profit de la police pénale, qui intervient après la commission de l’acte, c’est-à-dire quand la victime a subi l’agression. Le principe de précaution d’un côté, la peur des injustices de l’autre. Dans un monde où tout le monde veut être humanitaire, même les ministres de l’Intérieur craignent d’incarner l’ordre. Les préfets naviguent à vue, entre les centaines de pages du code, des circulaires imprécises et des instructions non écrites.

Tout ceci serait d’une gravité relative si ne se glissaient pas, dans le flot des arrivants, des individus bien déterminés à porter la guerre chez nous. Ils sont, mieux que les autres encore, informés des multiples embûches capables de contrecarrer l’action de l’État. Et des milliers de braves gens animés des meilleures intentions sont là pour les aider, à l’image des militants du Réseau éducation sans frontières, qui se demandent peut-être comment ils ont pu faciliter, par ignorance, deux crimes commis dans un collège.

Dans l’affaire tout ne relève pas des juridictions européennes, d’une défaillance de la Constitution ou d’un défaut de précision de la Loi. Il faut moins de trois heures à un haut fonctionnaire pour écrire une circulaire et un peu de courage pour oser dire non à l’intervention d’un ami. Il en va parfois de la vie de l’un de nos concitoyens.

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Éric Zemmour face à la « rue arabe »

Sur CNews, en plus de nous ressortir tous ses anciens tubes, le président de « Reconquête ! » a fustigé les postures d’Emmanuel Macron, lequel constaterait le « séparatisme », mais se refuserait à crever l’abcès.


Si l’on était un peu taquin, ou si l’on voulait filer la métaphore sportive, on pourrait presque dire que le passage d’Eric Zemmour, sur CNews en milieu de semaine, avait des airs de match à domicile. Le président de « Reconquête ! » a en effet été le chroniqueur vedette du canal 17, au côté de Christine Kelly, de 2019 à 2021. Face à un Pascal Praud accompagné des journalistes Louis de Raguenel (classé à droite), Philippe Guibert (classé à gauche), et de l’avocat Gilles-William Goldnadel, l’ancien candidat à la présidentielle a pu rappeler quelques-unes de ses antiennes bien connues, mais aussi préciser sa pensée sur ce fameux choc des civilisations que la France consumériste et matérialiste pensait derrière elle.

« Macron a une rue arabe »

L’émission a commencé avec un court extrait d’Emmanuel Macron, défendant depuis Berne son attitude et ses positions après le regain de violences au Proche-Orient. Une attitude présentée par l’exécutif comme dans la lignée de la tradition « gaullo-mitterrandienne », bien qu’elle ressemble aussi à une énième application du « en même temps » sur le terrain de la diplomatie. Dimanche 12 novembre, cela a été beaucoup souligné, le président s’est vu reprocher de ne pas avoir participé à la manifestation contre l’antisémitisme, sur les conseils, a-t-on appris dans L’Express, de Yassine Belattar. Est-ce une énorme bévue que l’histoire retiendra ? En tout cas, c’est l’occasion pour Éric Zemmour de constater à quel point, au fil des décennies, le niveau des visiteurs du soir de l’Élysée a pu baisser !

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Et si Éric Zemmour a ensuite admis que la tradition diplomatique citée plus haut a bien pu exister, il estime qu’elle est désormais caduque et surtout, qu’Emmanuel Macron se réfugie derrière elle pour masquer ses difficultés à gouverner non pas un, mais deux peuples (!) sur un même territoire. Caduque ensuite, car le conflit israélo-palestinien, qui s’inscrivait jadis dans une lutte assez classique « nationalisme contre nationalisme », au temps du Fatah et de l’OLP, serait désormais l’un des points les plus brûlants du choc des civilisations.

Deux peuples en France ? D’un côté, « un peuple judéo-chrétien » et de l’autre, « un peuple islamo-gauchiste », lesquels se détesteraient et seraient « sur le point d’en découdre », veut croire le numéro 4 de la présidentielle 2022. Selon lui, le chef de l’État se trouverait dans une position similaire à celle des chefs d’État arabes, comme le président égyptien Al-Sissi ou le roi du Maroc, qui ont bien envie d’avoir des relations cordiales avec Israël, mais qui doivent composer avec leurs opinions publiques. Zemmour en arrive à la conclusion suivante : « Macron a une rue arabe ». Et il est paumé.

Se débarrasser des aspects les plus choquants de l’islam

« L’islam est incompatible avec la République et la France ». C’est sans doute l’autre phrase marquante qui sera retenue de ce passage télévisé. En réalité, Eric Zemmour a simplement rappelé une nouvelle fois la nécessité pour l’islam de se conformer aux us et coutumes françaises, de « faire un pas » vers la France et se débarrasser de ses aspects les plus choquants, un peu à la manière, finalement, de ce que le judaïsme avait accepté de faire sous Napoléon au moment du Grand Sanhédrin de 1807 : une analogie pas tout à fait nouvelle pour quiconque écoute et lit assidument Eric Zemmour depuis des années.

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Et si les musulmans doivent faire ce pas surtout pour la France, ils doivent le faire également un peu pour eux, car il faut aussi penser à ceux qui « veulent avoir une pratique personnelle » de l’islam, et « qui sont mal vus des autres dans les quartiers islamisés et les enclaves étrangères de banlieue ». Alors que le développement du communautarisme et du séparatisme peuvent rendre pessimiste, Éric Zemmour n’oublie pas de penser à ceux qui « sont bien contents de se libérer des contraintes de l’islam ».

La lutte des droites aura bien lieu

La nuit tombait, les enfants allaient au lit, les rivalités politiques intérieures ont ensuite pu être évoquées. Eric Zemmour ne s’est pas privé d’égratigner Marine Le Pen qui refuse, elle, de parler de choc des civilisations, pour mieux l’éviter, et maintient qu’il y a une différence entre islam et islamisme. « Il n’y a plus que Marine Le Pen qui ne voit pas le choc des civilisations ! Même Jean-Luc Mélenchon le voit, puisqu’il veut s’en servir ». L’écrivain enfonce le clou en avançant que Marine Le Pen ne désespérerait pas d’attirer à elle le vote musulman, au deuxième tour de 2027 du moins, ce qui la pousserait à snober les électeurs de droite (ceux de Fillon, puis ceux de Zemmour lors des dernières présidentielles). Ce qui distingue le zemmourisme du marinisme, finalement, c’est peut-être que l’un est convaincu qu’on va droit dans le mur et qu’il y aura de toute façon de la casse tandis que le second pense qu’on va pouvoir l’éviter d’extrême justesse, grâce à un coup de frein de la dernière chance et à un grand élan de concorde comme l’histoire du pays a su en connaître quelques fois.

Quant aux Européennes qui approchent, Zemmour dit qu’il ne regrette pas de ne pas y être allé. Et non, il ne considère pas que l’espace médiatique qu’il prend empêche la future tête de liste, Marion Maréchal, d’exister. C’est même une dernière occasion d’en remettre une couche contre Marine Le Pen, qui, selon lui, brimait Marion Maréchal et « mettait ses amis au placard » au moment où la tante et la nièce cohabitaient tant bien que mal dans l’ancien Front National. A « Reconquête ! », la jeune Marion revit. L’union des droites réclamée n’est pas pour tout de suite.

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La kora de la discorde

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Reconnu internationalement, l’artiste malien Sidiki Diabaté va prochainement se produire à l’Accor Arena Bercy. Ce joueur talentueux de kora, accusé de violences domestiques, a été au cœur d’une polémique largement médiatisée. Il a pourtant été autorisé à venir en France, en dépit de la suspension de délivrance de visas entre Paris et Bamako mise en place à la suite de la détérioration des relations diplomatiques entre les deux pays.


Certains estiment que Sidiki Diabaté, descendant d’illustres joueurs de kora, est l’artiste le plus brillant et le plus populaire de sa génération. Âgé de 30 ans, il a remporté deux Grammy Awards ainsi que les Victoires de la Musique en France. Il se produira lors d’un concert exceptionnel le 17 novembre à l’Accor Arena Bercy de Paris. Une prestation qui marquera également la sortie de son nouvel album, auquel a contribué, entre autres, la chanteuse Aya Nakamura. Quelques jours avant son arrivée dans l’Hexagone, il a été reçu par le ministre chargé des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, un des organisateurs officiels de son concert selon Maliactu. Sidiki Diabaté s’est également vu remettre le drapeau du Mali par le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme, Andogoly Guindo, afin qu’il le « porte très haut » sur cette mythique scène française. Un soutien total et affiché de la junte militaire au pouvoir à ce compositeur, chargé de redorer l’image ternie de son pays en France et auprès de la diaspora.

Quand la fierté nationale est suspectée de tabasser sa compagne

Suite au récent coup d’État au Mali, les relations entre Paris et Bamako se sont fortement détériorées. La France a suspendu la délivrance de visas aux Burkinabés, aux Nigériens et aux Maliens, invoquant une augmentation des activités djihadistes en Afrique subsaharienne et des raisons de sécurité. Rima Abdul Malak a indiqué qu’il pourrait y avoir des exceptions pour certains artistes renommés, rappelant ainsi qu’elle entendait maintenir les échanges avec les artistes et les institutions culturelles de ces trois pays, en dépit de la fin de la coopération militaire entre eux et la France. Si d’autres artistes africains titulaires d’un visa à long terme peuvent également circuler en France, bien sûr, Sidiki Diabaté pourrait poser problème à la ministre française de la Culture pour d’autres raisons que ces raisons diplomatiques ! En 2020, le chanteur a été au centre d’une controverse après avoir été accusé de violences conjugales, de séquestration et de harcèlement psychologique par sa compagne de longue date, Mariam Sow, selon la version francophone de la BBC.

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Profitant d’un moment d’inattention des gardes du corps chargés de la surveillance de l’artiste, la malheureuse se serait échappée chez une amie, avant de publier immédiatement sur Instagram des photos montrant son corps marqué de bleus et de blessures, son visage enflé. Selon les dires de Mariam Sow, elle aurait été victime de violences à de nombreuses reprises au cours de sa relation de sept ans avec Sidiki Diabaté. L’arrestation de la star de la Kora, le 21 septembre 2020, et les révélations sur ce conflit conjugal ont suscité l’étonnement dans tout le pays, où Sidiki Diabaté est adoré et considéré comme une fierté nationale. L’affaire a rapidement fait les gros titres de la presse locale, d’autant que Mariam Sow n’est pas une inconnue. Surnommée Mamacita, elle est une influenceuse d’origine guinéenne très active sur TikTok. Face à l’ampleur des accusations, Sidiki Diabaté a été disqualifié de deux compétitions musicales majeures : les Primud, qui récompensent les artistes de coupé-décalé (il y avait été couronné meilleur artiste d’Afrique de l’Ouest en 2018), et les Afrimma, qui honorent les artistes du continent. Son contrat avec Universal Music Africa a également été suspendu. Bien qu’il ait été brièvement incarcéré et libéré après avoir versé une caution de 15 millions de francs CFA (environ 23 000 euros), aucun procès n’a encore eu lieu, laissant planer l’incertitude quant à la culpabilité ou à l’innocence du chanteur, face à toutes les accusations qui pèsent sur lui.

L’Afrique aussi a ses « peoples » controversés

L’affaire Diabaté a provoqué un clivage d’opinions au Mali. Les groupes militants qui se battent pour la fin des discriminations envers les femmes dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, où les jeunes filles sont encore victimes de mutilations génitales au nom de la tradition et sont parfois mariées alors qu’elles sont mineures, ont salué cette situation comme un moment de libération de la parole. D’un autre côté, les partisans de l’artiste ont qualifié l’affaire de règlement de comptes. Quelques centaines de personnes, principalement des femmes, ont participé à des manifestations organisées par des associations, appelant à l’instauration d’une législation spécifique et à la fin de « l’impunité » pour les auteurs de violences envers les femmes.

En septembre 2023, lors d’une interview un peu saugrenue sur TV5 (notre vidéo ci-dessous), Sidiki Diabaté a confirmé qu’il ne faisait plus l’objet de poursuites judiciaires, la plaignante ayant retiré sa plainte après avoir « compris et vu la réalité » (sic). Il a également affirmé que les accusations portées contre lui ne reflétaient pas sa véritable personnalité en tant qu’artiste musulman.

Cependant, il est peu probable que les organisations de défense des droits des femmes en France partagent le même point de vue que lui sur cette affaire. 

Suella forever: la ministre est partie mais pas pour toujours

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Pour des commentateurs des deux côtés de la Manche, le limogeage de Suella Braverman, suivi du refus de la Cour suprême britannique d’approuver l’expulsion de migrants clandestins vers le Rwanda, marquent la fin d’une parenthèse « populiste » dans la vie politique britannique. Certains s’en réjouissent, d’autres s’en lamentent. En réalité, aucun chef de parti sérieux ne pourra ignorer les nombreux électeurs qui se retrouvaient dans les discours cash de l’ancienne ministre de l’Intérieur.


Une mauvaise semaine pour Rishi Sunak. Lundi, il est contraint de limoger sa ministre de l’Intérieur ; mercredi, il est obligé d’écouter le président de la Cour suprême britannique qui annonce que, par un verdict unanime, les cinq juges désapprouvent le projet gouvernemental consistant à envoyer au Rwanda un certain nombre de migrants clandestins pour décourager d’autres à fouler le sol anglais. La gauche – la modérée et l’extrême – ainsi que les centristes les plus mous, ont salué les deux événements, y voyant le triomphe à la fois de la raison et du cœur après les années de populisme inaugurées par le référendum sur le Brexit. Est-ce donc la fin de la ligne dure sur l’immigration, sur le wokisme et sur les manifestations propalestiniennes qu’incarnait Suella Braverman ? Est-ce la fin du grand projet rwandais des Conservateurs qui espéraient mettre fin à l’immigration clandestine, surtout celle qui, rendue possible par les trafiquants humains, sévit dans la Manche ? Plus généralement, est-ce la fin du populisme à la Boris Johnson, signalée par le coming out de Sunak comme centrist dad (« gentil papa centriste »), c’est-à-dire comme conservateur modéré, pondéré et timoré ? Ce n’est pas sûr. Certes, le retour au gouvernement en tant que ministre des Affaires étrangères de David Cameron, le Premier ministre qui a démissionné au lendemain du référendum de 2016 et suite à l’échec de sa campagne pour rester dans l’UE, semble indiquer que le gouvernement de Sunak adoptera désormais des positions plus consensuelles. Et il est indéniable que Cameron représente le conservatisme prudent des années 2010 à 2016, un conservatisme « pré-johnsonien ». Mais sa résurrection miraculeuse a plus pour fonction de concilier les wets, les modérés du Parti, que d’enterrer les politiques qui ont conduit au succès électoral de BoJo en 2019.


Sunak craignait pour son autorité

Personne ne peut nier que Suella Braverman a incarné les tendances anti-immigrationiste, anti-woke et anti-islamiste avec talent et fougue. En octobre 2022, devant la Chambre des Communes, elle a qualifié d’« invasion » l’arrivée en masse de migrants par la Manche – presque 48 000 cette année-là. Le mot a scandalisé les élus de gauche et les ONG mais exprime parfaitement le sentiment d’une majorité des électeurs britanniques. Fille d’immigrants d’ascendance indienne, elle a bien compris la différence entre l’immigration légale de la période des années 60, quand ses parents sont arrivés en Angleterre, et l’immigration largement incontrôlée d’aujourd’hui. Au mois d’octobre cette année, elle a fait un tabac au congrès du Parti en faisant référence à une métaphore utilisée par Harold Macmillan, le Premier ministre de 1957 à 1963, pour caractériser ces années de fin d’empire : « les vents de changement » (the winds of change). Pour Braverman, les déplacements de population de cette époque ne représentent qu’une « brise » en comparaison de l’« ouragan » qui fonce sur nous actuellement. Encore une fois, le mot a choqué mais cette avocate a su très bien souligner le décalage entre les outils juridiques et les institutions créés pour répondre aux défis de l’après-guerre et notre situation présente, dominée par de vastes transhumances planétaires. Ardente défenseuse du projet rwandais, elle a dénoncé, en septembre, le dogme du multiculturalisme qu’elle a accusé de miner la stabilité et la sécurité des démocraties occidentales. L’horreur des éditorialistes de gauche n’a pas connu de limites, bien que David Cameron et même Angela Merkel aient déclaré, il y a une dizaine d’années, que le multiculturalisme avait été un échec. Farouche adversaire des prétentions des trans et non-binaires à changer de genre légalement par une simple auto-déclaration, elle n’a pas caché sa méfiance des wokistes, ces bobos « mangeurs de tofu », selon ses propres mots. Méfiance qu’elle partage avec le prolétariat et les classes moyennes inférieures. Elle a encore attiré les foudres des esprits délicats en qualifiant les manifestations propalestiniennes depuis le 7 octobre de « marches de la haine ». Ses adversaires ont objecté que seule une minorité est responsable d’actes antisémites et de violences. Combien de crimes d’incitation à la haine, combien de profanations de monuments nationaux faut-il avant que l’interdiction d’événements pareils ne s’impose ? C’est là, cependant, qu’elle a été amenée à traverser une ligne rouge. Frustrée par l’indulgence de la police à l’égard des manifestants, elle a critiqué la hiérarchie des forces de l’ordre de plus en plus ouvertement. Un comble a été atteint le 13 novembre, quand elle a publié un texte dans The Times accusant la police de Londres d’être sévère avec les manifestants de droite mais laxiste avec ceux de gauche. (Autrement dit, le régime alimentaire de la police contiendrait trop de tofu). Son texte a été publié dans le journal sans prendre en compte les modifications proposées par le bureau du Premier ministre. Face à cette défiance, Sunak n’avait pas le choix : il a dû la virer pour préserver son autorité.

Manifestation propalestinienne devant Downing Street, Londres, 14 octobre 2023 © SOPA Images/SIPA

Pourtant, les positions de ce dernier et celles de son ancienne collègue ne sont pas très éloignées les unes des autres. Le limogeage était surtout une question de discipline. En toute probabilité, la tendance de Braverman à ruer dans les brancards représentait une façon de se positionner comme chef du Parti conservateur après la probable défaite aux prochaines élections générales. Il lui était donc nécessaire de se différencier par rapport à Sunak, le chef actuel. C’est ainsi que son départ du gouvernement ne veut nullement dire qu’elle quitte la scène de manière définitive, ni que ce qu’elle représente soit battu en brèche – loin de là. Au lendemain de son limogeage, elle a publié une lettre ultra-caustique où elle accuse son ancien chef de pusillanimité. Selon elle, Sunak n’aurait pas tenu ses engagements concernant l’immigration et n’aurait pas écouté son ex-ministre de l’Intérieur quand elle l’assurait que, pour mettre fin à l’immigration illégale, il fallait dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme, mettre fin à l’influence de la Cour européenne des droits de l’homme et modifier tous les textes de loi britanniques qui permettent aux tribunaux de contrecarrer les décisions des législateurs. La lettre est autant un résumé plus ou moins juste de la situation que le début d’une éventuelle campagne pour succéder un jour à Sunak. Pour l’instant, la position de ce dernier est sûre. Personne de vraiment ambitieux ne veut sa place quand, après 13 ans au pouvoir, le Parti conservateur semble destiné à être vaincu par les Travaillistes de Starmer qui attendent leur chance depuis si longtemps. Un vague mouvement a été lancé suite à son remaniement lundi 13 novembre pour destituer le leader actuel mais, après les cas de May, de Johnson et de Truss, le Parti n’a pas d’appétit pour un nouveau lynchage de chef – et l’électorat encore moins.

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Quelles seront les conséquences du verdict de la Cour suprême, tombé le matin du 15 novembre ? Rappelons brièvement les faits. Inspiré par un projet conçu par le Danemark mais non réalisé par lui, le gouvernement de Boris Johnson lance, en avril 2022, un programme expérimental de cinq ans en partenariat avec le Rwanda. Il s’agit d’expulser vers ce pays un certain nombre de migrants entrés sur le sol britannique de manière illégale. Une fois là-bas, ils peuvent demander l’asile à ce pays et y rester ou se tourner vers n’importe quel autre pays de leur choix qui soit prêt à les accepter. Ils ne peuvent en aucun cas revenir au Royaume Uni. Si le nombre des expulsés est nécessairement limité par des contraintes logistiques, l’objectif reste de créer une forme de disuasion : si vous venez au Royaume Uni illégalement, vous risquez de finir au Rwanda. Craignant peut-être un vote négatif, le gouvernement n’a pas soumis ce projet au Parlement de Westminster, il a simplement signé un protocole d’accord avec les Rwandais. Les premiers candidats à l’expulsion ont fait appel avec le soutien des ONG, mais la Haute Cour de Londres a approuvé l’action du gouvernement dans la mesure où il pourrait être confirmé que les expulsés ne courent aucun risque au Rwanda. En juin 2022, un premier avion est donc prêt à décoller pour Kigali quand, à la onzième heure, la CEDH ordonne l’annulation du vol en stipulant que la question de la sûreté du Rwanda pour les migrants doit être réglée avant qu’on les y transporte. Ainsi commence une longue bataille judiciaire qui vient de se terminer. Le verdict de la Cour suprême n’est pas la simple transposition de quelque décret de Strasbourg. Les juges n’ont pas dénoncé le principe d’envoyer des « réfugiés » clandestins dans un pays étranger. Pourtant, ils ont décidé que l’action du gouvernement est non pas illégale, mais « unlawful », c’est-à-dire « pas conforme à la loi ». Prenant en compte la déposition du Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU, qui a cité les résultats de l’accord entre le Rwanda et Israel entre 2013 et 2018, la Cour suprême a décidé que le Rwanda n’était pas un pays sûr. Cela veut dire qu’il y avait un risque que les gens qui y étaient expulsés soient renvoyés dans leur pays de départ. Un tel résultat serait contraire au principe de « non refoulement » qui est inscrit dans le droit international ainsi que dans des textes britanniques. Fin de partie ?

Tracasseries

Face à l’annonce, Sunak a réagi de manière pugnace. Donnant une conférence de presse en fin d’après-midi le jour de l’annonce, derrière un lutrin sur lequel on pouvait lire « Stop the boats » (« Arrêtez les bateaux » – ceux de la Manche, bien entendu), il a annoncé que son gouvernement allait riposter. D’abord, par un traité avec le Rwanda – pas un protocole – qui obligera ce pays à n’expulser aucun demandeur d’asile en provenance du Royaume Uni vers son pays d’origine. Ensuite, son gouvernement va prendre des mesures législatives pour empêcher Strasbourg et la Convention européenne des droits de l’homme, ainsi que les tribunaux britanniques, de contrecarrer la volonté de l’exécutif britannique. Il est vrai que, sous Johnson, en juin 2022, le gouvernement avait lancé un projet de loi pour créer une sorte de convention des droits britannique afin de limiter l’influence de la CEDH. Ce projet a été abandonné un an plus tard, mais entretemps le gouvernement avait fait voter une nouvelle Loi sur la migration illégale. Cette dernière oblige le ministre de l’Intérieur à expulser tout demandeur d’asile entré clandestinement sur le sol britannique. Sauf que, sans le projet rwandais, il est peu probable que l’on trouve un pays qui soit prêt à accepter des migrants déportés…

La conclusion de toutes ces tracasseries juridiques, c’est que, dans presque n’importe quel pays occidental, il faut traverser un labyrinthe, un bourbier ou un champ de mines législatif (choisissez votre métaphore) pour s’arroger le pouvoir d’expulser des personnes qui se présentent comme des demandeurs d’asile. Il est vrai que l’Italie – avec l’Albanie – et l’Autriche – sans préciser le pays d’accueil pour l’instant – se sont inspirées du modèle britannique inabouti. Pourtant, ces pays, à la différence du Royaume Uni, n’envisagent pas des mesures aussi définitives sous la forme d’expulsions permanentes.

Suella Braverman devant les membres de l’American Enterprise Institute, Washington DC, mardi 26 septembre 2023. © Kevin Wolf/AP/SIPA

Ainsi, la pugnacité de Sunak, comme celle de son ancienne ministre, devra se mesurer à la complexité et à la lenteur des procédures juridiques. Ce qui est certain, c’est que le projet rwandais est largement soutenu par les électeurs. En juin 2022, un sondage Savanta suggérait que 47% des personnes interrogées étaient pour, et seulement 26% contre. Un sondage YouGov, publié le 14 novembre de cette année, donnait 48% pour et 35% contre, tandis que, selon un nouveau sondage Savanta le 15, 47% sont pour et 26% contre. Dans ces circonstances, Sunak a dû comprendre qu’il a intérêt à ne pas abandonner les solutions « populistes ». Côté gestion de l’économie, il assure. Après le triple fléau des conséquences économiques de la pandémie, de la guerre en Ukraine et du mandat de Liz Truss, l’inflation était montée à plus de 10%. En octobre, il a réalisé son objectif de la réduire de moitié : elle est tombée à 4,6%. Si Cameron constitue sa caution auprès des modérés de son Parti, libre à Sunak lui-même d’incarner personnellement le côté « populiste ». Suella Braverman reste dans les coulisses en attendant que son heure à elle sonne un jour. Actuellement, Sunak doit endosser lui-même de manière plus explicite le rôle qu’elle jouait jusqu’à présent. L’a-t-il compris ? Peut-être… Stop the boats !

La fabrique des terroristes: l’école telle que certains la veulent

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Arras, 15 octobre 2023 © Sabrina Dolidze/SIPA

« Je suis resté tétanisé », nous a confié notre chroniqueur, alors que nous nous étonnions qu’il n’ait pas réagi à l’assassinat de son collègue d’Arras, Dominique Bernard — professeur de Lettres comme lui. « Puis les massacres perpétrés par le Hamas en ont rajouté une couche. Nous vivons pile au moment de la bascule, d’une société mollement démocratique dans une domination théologique sanglante ». N’exagère-t-il pas ?


« Puis, les deux collègues sont revenus au quotidien et ont abordé leur métier. « On a parlé de nos élèves, mais pas seulement », continue l’enseignant. Sur ce sujet, le ton de son ami, qui allait mourir assassiné quelques minutes plus tard par un ancien élève de l’établissement radicalisé, était « assez pessimiste ». Ils ont évoqué le fait qu’« il était de plus en plus difficile d’enseigner la littérature, lui au collège, moi au lycée». « Il m’a parlé plusieurs fois ces dernières années de la difficulté de transmettre. C’est ce qui le préoccupait », continue le professeur. « Du manque de goût pour la culture, de l’ignorance. Et du manque d’attention en classe. On est tombés d’accord pour dire que c’était de pire en pire ». Avant de le quitter, Dominique Bernard a glissé à son collègue, pour conclure : « On court à la catastrophe. »1

Cinq minutes plus tard, un islamiste tchétchène fiché S, ancien élève du lycée, tuait Dominique Bernard, selon la technique que ces illuminés utilisent avec les moutons de l’Aïd. Les médias n’ont pas insisté sur ce point, mais il est significatif. Ce n’est pas seulement un meurtre, c’est une immolation. « Allah akbar ! »

Je voudrais revenir en détail sur ces ultima verba de Dominique Bernard. Parce que c’est le constat de tous les enseignants lucides — exception faite des idéologues auxquels on a confié la formation des maîtres, et que je demande instamment au ministre de dégommer le plus rapidement possible.
Mais dans tout propos, il y a le dit et le non-dit. Le constat, c’est l’impossibilité, ressentie par nombre d’enseignants, de transmettre quoi que ce soit à des classes d’adolescents sans retenue, ensauvagés de surcroît par deux confinements aussi absurdes l’un que l’autre.
Le non-dit, c’est ce que l’assassin a explicité tout haut.

Dans une vidéo de 30 secondes enregistrée quelques minutes avant son passage à l’acte, Mohammed Mogouchkov explique ses motivations, qualifiant les Français de « peuple de mécréants ». « Vous m’avez appris ce que sont la démocratie et les droits de l’homme, et vous m’avez poussé vers l’enfer », poursuit-il, avant de prêter allégeance à l’État islamique et d’apporter son soutien aux musulmans en Asie.

Puis le terroriste entre au lycée Gambetta, poignarde Dominique Bernard, professeur de français, avant de blesser grièvement un autre professeur et deux agents d’entretien. « Qui te donne l’air que tu respires ? Qui est le seul Dieu ? Appelle Marianne, appelle ta République », s’exclame alors Mohammed Mogouchkov, au moment de l’attaque.

Rappelons que ledit Mohammed n’en avait pas particulièrement après Dominique Bernard. Il cherchait « un prof d’Histoire ». Pas quelqu’un de précis, juste cela : quelqu’un qui enseignait l’Histoire.

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Peut-être vous rappelez-vous l’attentat en Tunisie, il y a huit ans, contre le musée du Bardo. C’était le 18 mars 2015. 24 morts (y compris les deux terroristes) et 45 blessés. Mais dans l’analyse que j’avais faite à l’époque ici-même de l’événement, j’insistais sur la dimension symbolique d’un attentat dans un musée. L’Hégire, disais-je, ne marque pas un départ de l’Histoire, mais son abolition. Allah a le temps, et ses sectateurs aussi. L’Islam nie le temps. « Il a brûlé la bibliothèque d’Alexandrie (70 millions de volumes, quand même) parce qu’il ne saurait y avoir qu’un seul Livre. Une seule voix. Un seul nom. Les nazis avaient décidé de construire à Linz le musée du Reich en y accumulant tout ce qu’ils pillaient ailleurs. Mais nos gens sont plus forts : du passé faisons table rase… »

D’où l’idée qui a germé dans le crâne obtus de ce terroriste (ça va, Jean-Luc, il fait beau chez toi, tu as pantouflé toute la journée pendant que les vrais Républicains arpentaient le pavé de la capitale…) d’assassiner un prof d’Histoire. Ça n’avait pas dû lui plaire, qu’on lui explique la Shoah…

Le ministre de l’Education Gabriel Attal, Paris, 14 octobre 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Rappelons que le Coran est ce gentil recueil d’anecdotes absurdes dans lequel (exactement dans le Sahih Muslim, l’un des six recueils de hadiths, paroles confirmées du prophète) il est écrit : « L’Heure ne viendra pas jusqu’à ce que les musulmans combattent les juifs et que les musulmans les tuent ; jusqu’à ce que le juif se cache derrière un mur ou un arbre, et le mur ou l’arbre diront : Ô musulman ! Ô serviteur d’Allah ! Voilà un juif derrière moi. Viens et tue-le ! »
Alors ils les tuent — au berceau si possible. Dans un four, au besoin. Ils les violent et ils les tuent. Ils effacent l’Histoire — parce que c’est un Juif converti au service du sultan Omar qui l’a rédigé, avant que le calife Othmân n’en impose une version ultime. C’est une religion qui nie tout ce qui l’a précédée. Le musulman réside dans un monde intemporel — c’est l’une des raisons pour lesquelles il n’est pas naturellement porté ni vers les sciences, ni vers le savoir. Comptez- les prix Nobel musulmans…

… Comptez les prix Nobel juifs. La judaïté est une culture, pas une impasse. En témoigne le nombre infini de juifs athées, et qui s’en portent fort bien, même s’ils respectent, surtout devant leur mère, certaines obligations rituelles. L’athéisme est le premier pas dans le Temps. Rappelez-vous Max Weber et le « désenchantement du monde ». Animistes, polythéistes, monothéistes, athées. C’est cela, le progrès. Descartes dès 1641 suggère dans les Méditations que par le mot « nature », il entend « Dieu ». Et trente ans plus tard, Spinoza affirme : « Deus sive natura », Dieu, c’est-à-dire la nature. Il a renversé les termes. En 1788, Schiller constate que la nature a définitivement perdu son caractère sacré. Il était temps, on allait couper la tête du dieu-roi. Et faire de la République la transcendance de substitution.
C’est cela, l’Occident.
L’islam, c’est pile le contraire. Pas de Temps, pas d’Histoire. Juste la répétition des certitudes creuses d’un chamelier fou de soleil et ivre de carnage.

Il en résulte que les enseignants qui « respectent » les croyances et le fanatisme de leurs élèves sont responsables de ces têtes creuses dans lesquelles les imams, qui n’en demandaient pas tant, glissent des certitudes absurdes. Parce que refuser d’enseigner la République — à commencer par cet apprentissage dérisoire de la langue qu’est actuellement l’étude du français en Primaire et dans le Secondaire —, c’est offrir aux porteurs de contes absurdes une voie royale. La nature a horreur du vide que certains laissent dans les caboches des enfants et des adolescents. Quand l’enseignant ne fait plus son boulot, l’imam le remplace.

À suivre…

La suite à lire sur Causeur.fr lundi prochain

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  1. https://www.lefigaro.fr/actualite-france/l-ignorance-le-preoccupait-la-derniere-conversation-de-dominique-bernard-quelques-minutes-avant-de-mourir-dans-l-attaque-d-arras-20231017 ↩︎

Maroc-Israël: rattrapés par le réel

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Rassemblement de solidarité avec la Palestine à Rabat, Maroc, 18 octobre 2023 © AP Photo/Mosa'ab Elshamy/Sipa

L’attaque du Hamas sur Israël a donné un coup d’arrêt à la normalisation des relations entre Israël et le Maroc. La population marocaine a choisi son camp, sans toutefois soutenir le terrorisme. En revanche, la classe politique sait qu’Israël est un allié nécessaire pour affirmer la puissance du royaume au Maghreb. La défiance envers l’islamisme et les liens historiques avec le peuple juif seront-ils plus forts ? Driss Ghali croit encore à la possibilité du rapprochement.


Le Maroc croyait s’être débarrassé de ses islamistes, humiliés lors des élections de 2021 après dix ans à la tête du gouvernement où ils n’ont rien fait, à part décevoir ceux qui avaient cru en leurs promesses. C’était compter sans d’autres islamistes, palestiniens ceux-là, qui en l’espace d’une matinée ont renversé la table au Moyen-Orient et porté un coup extrêmement dur à une des politiques les plus précieuses pour le royaume chérifien : la normalisation avec Israël. Cette politique de rapprochement prometteuse mais fragile, et qui a été soufflée par l’onde de choc provoquée par l’attaque du Hamas le 7 octobre dernier. Peut-elle s’en remettre ?

En décembre 2020, le Maroc a établi des relations diplomatiques avec Israël. En contrepartie, les États-Unis ont reconnu sa souveraineté au Sahara occidental. Ce deal négocié par Trump, peu avant son départ, a été endossé depuis par l’administration Biden, en dépit des pressions d’Alger, qui dispute ce territoire aux Marocains par le truchement d’une guérilla, nommée Polisario. Plus tard, en juillet 2023, Israël a reconnu à son tour la souveraineté marocaine au Sahara occidental, et a même évoqué la possibilité d’y ouvrir un consulat.

Circulez, il n’y a rien à voir

Politique audacieuse, politique courageuse, la normalisation avec Israël a pris les Marocains de court, mais elle ne les a pas fait descendre dans la rue. La classe politique non plus n’a pas bougé. Il faut dire que la réconciliation avec Israël a été annoncée durant la pandémie de Covid, en plein état d’urgence sanitaire et à un moment où l’État exerçait un contrôle inédit sur la population (confinement, contrôle vaccinal, surveillance des réseaux sociaux). À l’époque, sidération et passivité faisaient office d’opinion publique.

Très vite, les hauts fonctionnaires et les hommes d’affaires ont pris le relais de la décision politique, mettant en œuvre des accords dans différents domaines, de l’achat d’armes à l’investissement dans l’agriculture. L’ouverture d’une ligne aérienne directe entre Tel Aviv et Marrakech et l’engouement des touristes israéliens pour cette destination ont donné l’impression que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes et qu’il était possible de faire l’économie d’un débat.

Une sorte d’ivresse flottait donc dans l’air, tant et si bien que le Maroc s’est cru enfin libéré de sa relation traditionnelle avec la France et l’Europe de l’Ouest. Désormais ami d’Israël, il n’avait plus besoin d’accepter l’arrogance de Paris ni de souffrir les sympathies d’une partie de l’establishment espagnol pour le Polisario. D’où peut-être l’audace de certaines postures diplomatiques marocaines à l’endroit d’Emmanuel Macron, mais aussi du gouvernement espagnol. En tout cas, telle est l’impression qui s’est diffusée dans l’opinion publique, ce qui a prolongé l’anesthésie injectée lors de la pandémie.

La fin de la parenthèse enchantée

Puis, vint le 7 octobre. Des colonnes de terroristes ont fait voler en éclats la parenthèse enchantée. Soudain il est devenu impossible de cacher les angles morts de la normalisation, à commencer par la relégation au second plan de la cause palestinienne. Faire un bout de chemin avec Tel Aviv nécessitait en effet que les diplomates marocains mettent ce dossier en dessous de la pile, sans quoi la relation bilatérale serait devenue une succession de reproches et de demandes d’explication, dont le seul effet aurait été de perdre de vue les intérêts marocains. Or, cela fait deux ans que les médias d’État développent la thèse du « en même temps » selon laquelle le Maroc peut être simultanément le meilleur ami des Palestiniens et le partenaire stratégique des Israéliens. Depuis le 7 octobre, l’illusion de l’équidistance s’est dissipée dans la poussière des bombes et des missiles.

Autre angle mort de la normalisation : la croyance selon laquelle le Maroc est une puissance régionale en formation disposant de marges de manœuvre significatives. Cette thèse imbibe la communication officielle, think tanks et universitaires inclus, pour qui la normalisation est un coup de génie. Alors qu’elle est aussi un aveu de faiblesse. Car au fond, le Maroc n’est pas assez puissant pour pouvoir faire admettre sans efforts aux Américains une évidence attestée par des siècles d’histoire, à savoir que le Sahara occidental est marocain. Pour faire reconnaître cela à Washington, Rabat a dû consentir un sacrifice, établir des liens avec Israël. L’opinion publique marocaine aurait gagné à comprendre que la normalisation est en réalité un remède amer, imposé par la première puissance mondiale.

On aurait pu lui expliquer aussi que l’Algérie est responsable de cette situation. Si Alger avait cessé d’héberger et de soutenir le Polisario, le Maroc n’aurait jamais eu besoin d’accepter le deal proposé par Trump. Si l’Algérie avait été un bon voisin, le Maroc serait probablement resté dans le camp des Palestiniens.

A lire aussi : Plainte contre Israël pour génocide: de l’inanité juridique à la manipulation politique

Le narratif officiel a également évité le côté sentimental de la normalisation, lié à la part juive de l’identité marocaine.  Le Maroc est une vieille terre juive dont sont issus presque un million de citoyens israéliens. Quand le Maroc discute avec Israël, il discute donc avec lui-même, avec des ministres et des députés d’origine marocaine. Quand le Maroc collabore avec l’État hébreu, il ne fait que renouer le lien avec ses enfants perdus de vue depuis l’exode des années 1960-1970. Et personne ne peut en vouloir à une famille de vouloir se réunir après une si longue séparation.

Pour avoir ignoré ces aspects, la communication officielle a évité de mouiller la population, préservant sa « virginité » puisqu’elle ne lui a jamais demandé de prendre position. L’homme de la rue n’a jamais eu à arbitrer entre « régler le problème du Sahara pour de bon » ou bien « rester fidèle aux Palestiniens ». Il n’a jamais été exposé aux réalités de la présence historique juive au Maroc, il n’en connaît que des bribes et ne se doute pas de la catastrophe économique, sociale et culturelle que le départ massif des juifs a causée. À la télévision et à l’école, on ne lui a parlé que du drame palestinien. Autant dire que sa capacité d’indignation est illimitée. Or depuis le 7 octobre dernier, celle-ci s’exerce librement. Une partie de l’opinion publique s’est emparée des réseaux sociaux pour appuyer le Hamas et exprimer son rejet de la normalisation. En face, personne pour répondre et contre-argumenter. Rien à dire ni à avancer. Dès que le temps de la propagande s’est achevé, dès que les courtisans se sont retirés, le silence s’est imposé. La normalisation s’avère être un objet fragile que le moindre petit caillou peut briser.

Nouveau départ

Cela dit, la mobilisation est relativement faible. En dehors des intransigeants, souvent issus de l’islam politique et de l’extrême gauche, la population générale se limite au service minimum. Au-delà de la dénonciation du sionisme sur internet, rien de concret ne se dégage sur le terrain. La manifestation du 15 octobre à Rabat n’a réuni que quelques dizaines de milliers de Marocains et la classe politique fait profil bas, n’ayant aucune envie de mettre de l’huile sur le feu.

Autrement dit, si le conflit se résorbe, par je-ne-sais-quel miracle, il est probable que le processus de normalisation reprenne. À faible allure et à bas bruit, selon un scénario à l’égyptienne où la coopération se limiterait aux services de sécurité et aux milieux diplomatiques.  Et puis, avec le temps, elle étendrait son champ d’action à d’autres domaines. Mais, de toute façon, la normalisation demeurera fragile, la moindre explosion au Moyen-Orient a de quoi l’envoyer aux urgences.

Le seul moyen d’immuniser la normalisation serait de la rendre populaire, non comme un objet de désir mais comme un devoir auquel on s’astreint parce qu’il le faut, pour le bien du pays et au nom de la raison d’État. Exercice difficile, car il exige de mobiliser communicants, intellectuels et politiques dans un même effort pédagogique et d’influence. Exercice périlleux, car il expose aux arguments faciles des intransigeants. Mais, le jeu en vaut la chandelle, la réunion de l’élément juif et de l’élément musulman pouvant donner au Maroc un supplément d’énergie créatrice à même d’en faire un véritable pays émergent.

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Fernand Raynaud à l’Élysée, vite!

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Yassine Belattar et Emmanuel Macron en 2017 © ERIC FEFERBERG / AFP

Ainsi, la veille de la marche d’unité nationale contre l’antisémitisme, le président, embourbé dans l’indécision – j’y va t’y, j’y va t’y pas ? – aurait chargé ses conseillers de prendre le pouls de la rue arabisante d’au-delà du périph’ afin qu’on l’aide à arrêter son choix. Il fallait bien recourir à une éminence de l’ombre, experte en ces matières, surtout extérieure au cabinet car au Palais on vole beaucoup trop haut pour en avoir la moindre perception. Il faudrait, si l’on consentait à corriger le manque, s’aventurer à emprunter un moyen de locomotion appelé métro, pousser la témérité jusqu’à aller au bout du bout de la ligne et retour, ne pas craindre donc la promiscuité de ceux qui ne sont rien, ni – puisque nous étions un vendredi soir – l’odeur des corps en fin de semaine de turbin.

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Le pétomane étant sans doute indisponible, on dut se rabattre sur un autre comique de classe, le dénommé Yassine Belattar dont personne n’aura oublié combien il fut désopilant dans son rôle de condamné pour menaces de mort. Quitte à s’imprégner de l’esprit qui règne dans les territoires perdus de la République, autant y aller à donf’, comme on dit à présent lorsqu’on veut briller à l’oral de l’ex-ENA. S’affranchir auprès d’un casier vierge, c’eût été passer à côté de tout un monde, risquer de n’entendre que des banalités de bon sens, du genre : « Manu, quand faut y aller, faut y aller ». Mais ce n’est pas, probablement, ce que souhaitait entendre le président à peuple multiple. Deux peuples, en fait si on a bien compris. Seulement deux ? Les Bretons, Occitans, Basques, Alsaciens et autres apprécieront. Faut-il leur conseiller de semer bien du bordel s’ils veulent un jour exister jusque dans ces hautes sphères ?

Georges Bensoussan, à qui nous devons justement le prophétique (et collectif) Les territoires perdus de la République a remis les pendules à l’heure ou, comme on dit plaisamment à présent, l’église au milieu du village. « Imagine-t-on le général de Gaulle prendre conseil auprès de Fernand Raynaud ? » a-t-il ironisé en substance chez Sonia Mabrouk. On ne peut mieux dire. Toutefois, et malgré l’immense respect et la très vive admiration que j’ai pour Georges Bensoussan, je me permettrai d’émettre, non pas un bémol, mais juste un petit commentaire de rien. À l’inverse de M. Belattar, Fernand Raynaud, lui, était drôle. Fernand Raynaud, lui, aimait la France. Il la connaissant intimement, charnellement, la France, pour l’avoir parcourue en tous sens sa (trop brève) vie durant, notamment dans ces longues années de galère.

A lire aussi, du même auteur: Rendez-nous le pétomane

Au fond, il était à lui seul la France de ce temps-là. L’absurde du « 22 à Asnières » demeure un enchantement. Summum de la gloire populaire dans le vrai et noble sens du terme, ses répliques descendaient dans la rue, devenaient « culte », comme on ne disait pas alors. « Ca eut payé ! », «  Tonton, pourquoi tu tousses ? », «  Ne me parlez pas de Grenoble, que des Prétentieux », « Qui c’est ? C’est le plombier », « Bourreau d’enfants ». Et, bien évidemment, on se souvient du sketch du boulanger, l’immigrant précieux que l’intolérance et la bêtise villageoises poussent à partir, lui à qui pourtant on devait le pain chaque jour.

Soudain – on me pardonnera sûrement cet instant d’égarement – je me surprends à penser qu’une entrevue entre de Gaulle et ce gaillard-là n’aurait pas été si extravagante. De Gaulle avait – lui – la stature qui autorise ce genre de pas de côté. Et Fernand Raynaud assez d’intelligence vraie, de bon sens et de bon sang français pour ne pas faire tache.

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Hollywood changera-t-il bientôt sa représentation de l’antisémitisme?

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"American History X", Edward Norton © REX FEATURES/SIPA

La réalisme n’est pas le fort du cinéma américain…


Hollywood a toujours dépeint l’antisémitisme sous les traits de skinheads et autres néonazis ne pouvant venir que du milieu des « Rednecks », cette Amérique identifiée péjorativement comme celle des « Culs-terreux », des « Petits blancs » dans les territoires ruraux, et qui depuis quelque temps vénèrent et votent Donald Trump, évidemment. Ce cliché est surexploité depuis les années 90 dans la production audiovisuelle américaine, que cela soit au cinéma avec des personnages campés par Edward Norton dans « American History X » (1998) de Tony Kaye, ou plus récemment par Daniel Radcliffe dans « Imperium » (2016) de Daniel Ragussis, ou d’une manière quasi compulsive dans la moindre série policière avec la rengaine d’au moins un épisode portant sur les infiltrations de groupuscules néonazis dans l’Amérique profonde…

Si comme dans tout cliché celui-ci comporte une part de vérité, il faut tout de même reconnaître que cette image hollywoodienne ressassée est devenue abusive aujourd’hui par son éloignement avec la nature réelle de l’antisémitisme dans le pays. En effet, comme le rappelle la Professeur Arie Perliger dans le site d’information The Conversation à propos d’une étude bientôt publiée par son équipe à l’Université du Massachusetts Lowell, l’antisémitisme aux États-Unis connaît un basculement important sur l’échiquier politique1. On apprend que : « 95 % des incidents antisémites aux États-Unis ont été perpétrés par des militants d’extrême gauche et seulement 5 % ont été perpétrés par des militants d’extrême droite ». Ce qui met à mal une idée reçue largement relayée dans la fiction… De plus, on apprend – mais cela n’étonnera que ceux vivant dans un certain déni – que : « les crimes haineux antisémites se produisent en particulier dans les régions politiquement progressistes du pays. La région métropolitaine de New York et le Nord-Est en général, ainsi que les centres urbains de Floride, de Californie, du Nord-Ouest et du Midwest connaissent la majorité des incidents antisémites »… Soit loin, très loin de l’Amérique « Redneck » et Républicaine, mais plutôt dans l’Amérique cultivée, aisée et démocrate !

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La représentation de l’antisémitisme dans la production hollywoodienne va devoir changer – si tant est qu’elle veuille vraiment refléter une réalité dérangeante pour les autoproclamés progressistes forts de leur supériorité morale… Le plouc nazillon devrait pourtant laisser sa place à celle du bourgeois des beaux quartiers. Cette réalité va difficilement pouvoir être ignorée depuis l’intervention d’Israël à Gaza suite aux atroces massacres du 7 octobre perpétrés par le Hamas, car si nous avons honte en France de l’attitude de notre extrême gauche, il faut voir l’expression encore plus radicale d’indécence et d’hystérie des woke aux États-Unis, où on injurie et agresse ouvertement les juifs sur les campus et en marge des manifestations pro-palestiniennes dans les grandes villes.

Mais est-ce que les scénaristes des studios américains et des toutes puissantes plateformes de streaming oseront représenter cette nouvelle réalité de l’antisémitisme aux États-Unis ? La solidarité de classe et d’idéologie risque d’avoir encore besoin du mépris de classe ancré dans la création audiovisuelle américaine. Aussi, Dereck, le petit plouc blanc d’Alabama qui a un grand drapeau nazi accroché dans sa caravane et qui se balade dans son pick-up polluant avec son chien et son fusil, les bras tatoués de croix gammées, a encore de beaux jours pour continuer à représenter exclusivement l’antisémitisme dans les séries et les films américains, et donc sur les écrans du monde entier soumis à l’imaginaire unique hollywoodien.

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  1. https://theconversation.com/antisemitism-has-moved-from-the-right-to-the-left-in-the-us-and-falls-back-on-long-standing-stereotypes-215760 ↩︎

Quand France Inter reçoit le nouveau président d’Editis…

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Le groupe Editis regroupe 55 maisons. DR.

La journaliste Sonia Devillers est comme une écolière cherchant à faire taire tous ceux qu’elle pense être ses adversaires dans la cour de récré.


Sonia Devillers est une journaliste assez emblématique de la gauche 2.0, progressiste et woke : c’est entendu. Officiant sur France Inter et Arte, cela ne saurait lui porter ombrage, bien au contraire. Lorsqu’elle ne se pâme pas à l’écoute des élucubrations de Paul B. Preciado en se désolant de ses « privilèges de femme cisgenre et hétéro » ou qu’elle n’écoute pas religieusement Camélia Jordana lui affirmer que « la liste des victimes de violences policières s’allonge en France », la journaliste fait la liste de ceux qui ont le tort de ne pas penser comme elle (Ivan Rioufol, Élisabeth Lévy, Gilles-William Goldnadel, Charlotte d’Ornellas ou Gabrielle Cluzel, entre autres), pour mieux les dénoncer. Pensez, ils sont « très très à droite, voire à l’extrême-droite » et ils osent même participer à des émissions dans « différents lieux de débats », notamment sur les plateaux de CNews (1). CNews, la filiale de Canal + dont l’actionnaire principal est Vincent Bolloré, c’est sa bête noire, son cauchemar – une anomalie dans le monde merveilleux des médias. L’existence de cette chaîne d’info l’insupporte au point qu’elle a un jour demandé au président du CSA si, à propos notamment d’Éric Zemmour et des personnes sus-citées, il avait les outils adéquats « pour comptabiliser, pour mesurer, pour identifier la parole de ces gens-là » sur la chaîne honnie (2). Mais à part ça, Mme Devillers n’hésite jamais à clamer son amour du pluralisme et de la liberté d’expression. Parce qu’à gauche, la liberté d’expression, on sait que c’est très important. Et puis, dit-elle aux Inrocks en 2016, ses émissions à elle ne sont jamais « dans le règlement de comptes ». Affirmation dont nous allons pouvoir vérifier la véracité lors de la matinale de France Inter du jeudi 16 novembre 2023.

Mais que va devenir Virginie Despentes dans la guerre culturelle ?

Ce matin-là, à l’occasion du rachat du groupe d’édition Editis par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky suite à l’acquisition du groupe Hachette par Vincent Bolloré, Sonia Devillers reçoit le nouveau président d’Editis, Denis Olivennes. Ce dernier rappelle les noms des grandes maisons d’éditions faisant partie d’Editis et insiste sur son envie de relever le défi de la qualité tout en respectant le pluralisme et sur son goût pour les choses de l’art en général et pour les livres en particulier. Oui, oui, oui, tout ça c’est très bien mais cela n’intéresse absolument pas Sonia Devillers, obnubilée par le rachat de Hachette par Bolloré. 

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« Hachette – sous la houlette de Bolloré – risque-t-elle de perdre sa liberté éditoriale ? », demande-t-elle à un Denis Olivennes qui sourit devant la grotesque charge éléphantesque et répond, en substance, que cela n’est pas vraiment son problème. Mais si, mais si, c’est son problème, lui fait savoir l’obsédée, « si Bolloré fait ce qu’il a fait dans les médias, il y a peut-être des éditeurs et des auteurs qui vont partir. Et vous, vous êtes prêt à les accueillir ? » Olivennes ne répond pas à la question et tente de se tenir à bonne distance. Mais rien n’y fait. La furibarde revient à la charge : « Pour attirer de grands auteurs comme Virginie Despentes (sic) [éditée chez Grasset, filiale de Hachette NDLA], êtes-vous prêt à créer de nouvelles maisons d’éditions pour les accueillir ? » Oh la la, mouline Denis Olivennes, on ne crée par une maison d’éditions comme ça, et puis il y a déjà une quarantaine de marques d’éditions au sein d’Editis, et puis ces auteurs n’ont peut-être pas l’intention de partir de chez Hachette, et puis c’est plus compliqué que ça, mais sinon, oui, pourquoi pas, si ça peut faire plaisir… On entend presque le ricanement de satisfaction de la journaliste qui voit enfin tous ses efforts récompensés.   

Quand y en a plus y’en a encore

Le nouveau président d’Editis pense vraisemblablement qu’on va enfin parler d’autres choses que de Bolloré lorsqu’il entend Sonia Devillers évoquer les éditions Plon, éditions qui sont dans le giron d’Editis. Erreur ! La sycophante a encore du venin plein la bouche. « Plon, cancane la journaliste, Plon, dont la directrice est Lise Boëll, éditrice historique d’Éric Zemmour (aïe) et de Philippe de Villiers (aïe aïe), publie aujourd’hui les livres de Marc Menant (aïe aïe aïe) et de Christine Kelly (aïe aïe aïe aïe), visages de CNews (aïe aïe aïe aïe aïe). Est-ce que vous avez vocation à poursuivre ce projet éditorial ? » Olivennes se marre, tellement c’est gros. Il rappelle que les éditions La Découverte (émanation des éditions Maspero, plus à gauche tu meurs !) font partie d’Editis et que rien n’interdit d’avoir un très large panel d’auteurs, y compris Christine Kelly, surtout si l’on tient à rester un « grand groupe pluraliste ». Fin de l’entretien. 

Heureusement que les émissions de Sonia Devillers ne sont jamais, comme elle dit, « dans le règlement de comptes », qu’est-ce que ce serait sinon…

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) France Inter, émission L’Instant M du 11 octobre 2019.

(2)  France Inter, émission L’Instant M du 28 septembre 2020.

Sandrine Rousseau. Le Retour

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Sandrine Rousseau, à l'Asssemblée nationale, se met à chanter l'hymne "Debout les femmes", 14 novembre 2023 © Jacques Witt/SIPA

En entendant Sandrine Rousseau donner de la voix à l’assemblée, j’ai eu comme un petit goût de revenez-y. Que me rappelait donc cet air si joliment entonné par notre chère élue ? Et puis, bon sang, mais c’est bien sûr, c’était l’air du Chant des Marais ! « O terre de détresse, où nous devons sans cesse, piocher, piocher ! », « O terre enfin libre, où nous pourrons revivre, aimer, aimer. »

Ce hit des feux de camp et du répertoire militaire est l’adaptation française de « Wir sind die Moorsoldatenlied » (Nous sommes les soldats du Marais), composé en 1933 par trois prisonniers communistes allemands du camp de concentration de Börgermoor en Basse-Saxe. Pour les paroles : le mineur Johann Esser et l’acteur et metteur en scène Wolfgang Langhoff, et pour la musique : Rudolf Goguel, un employé de commerce. Ce lied, pour quatre voix hommes, « s’échappe du camp » et connaît rapidement une belle diffusion en Allemagne, en Europe et même outre-Atlantique. En 1936, le compositeur Hanns Eisler, collaborateur musical de Bertolt Brecht, l’adapte pour Ernst Busch (le chanteur, pas le général !) avec accompagnement piano. Ce dernier enregistre alors ce qui devient le « Börgermoorlied ». Quand en 1937, Busch rejoint les Brigades internationales en Espagne, cette version, reprise par les volontaires allemands des Brigades, acquiert une notoriété internationale.

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C’est ce chant de souffrance et aussi d’espérance que Josée Contreras, militante du MLF, propose, à une dizaine de ses copines, de « féminiser » en vue du rassemblement du 28 mars 1971, au Square d’Issy-les-Moulineaux, en mémoire et en l’honneur des femmes de la Commune de Paris. Cette version a seulement vocation à être interprétée à cette occasion, mais elle échappera à ses « auteures » pour devenir l’hymne du  mouvement fondé l’année précédente.

Avant de postuler pour la « Victoire 2024 » de la chanteuse engagée, Sandrine aurait peut-être eu avantage à écouter son aînée Josée, à l’origine de la « création ». Interviewée par la journaliste Martine Storti pour Le Hall de la chanson, elle lui déclarait : « Je ne crois pas qu’à ce moment-là aucune de nous ait su que nous étions en train de détourner un chant qui portait une tragique charge… car, si opprimées que nous estimions être, il ne nous serait pas venu à l’esprit de nous identifier aux résistants antinazis et juifs, aux défenseurs de la république espagnole ou aux millions de victimes des totalitarismes ». Et précisait même : « J’ignore quand la chanson Nous qui sommes sans passé, les femmes…  a été promue au rang d’hymne du MLF, mais une telle perspective aurait suscité stupéfaction et hilarité chez les quelques femmes du Mouvement qui l’ont improvisée un soir de mars 1971».

Stupéfaction et hilarité Sandrine ! Hi-la-ri-té-e !

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Heureux comme un clandestin en France

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Manifestation contre les centres de rétention administrative (CRA) et le projet de loi immigration, Lyon, 18 février 2023. ©KONRAD K/Sipa

En matière d’immigration, l’administration peine à faire appliquer la loi. Moyens financiers limités, directives politiques floues voire permissives et contre-pouvoir des associations permettent à la majorité des clandestins de demeurer sur notre sol. Et le terrorisme profite de cette mécanique incontrôlable. L’ancien préfet Michel Aubouin témoigne.


Les gestionnaires de l’immigration ne manquent pas de travail. Si une grande partie des immigrés entrent en France de manière légale, une part non négligeable le font sans autorisation ou y demeurent au-delà de la date de validité de leur visa. Assez logiquement, ces derniers devraient être invités à quitter le territoire national ou à se mettre en conformité avec la loi, mais, comme leur intention n’est pas de repartir, il y a peu de chance qu’ils le fassent spontanément. Un bras de fer s’engage alors entre le clandestin et l’administration. En général, l’administration a plutôt l’avantage et il est difficile pour un Français de contester le fisc, le droit de l’urbanisme ou une infraction routière. En matière d’immigration, c’est le contraire. L’administration est vulnérable, ou plutôt elle l’est devenue, car les décideurs politiques, par crainte d’encourir les reproches des faiseurs d’opinion, ont multiplié les exceptions à la règle.

Combien de clandestins en France ?

La majorité des clandestins demandent l’asile (136 000 en 2022) et ils ont une chance sur trois de l’obtenir. Les autres, les plus nombreux, deviennent donc des étrangers en situation irrégulière ; ils ne peuvent en principe ni travailler ni obtenir un logement social. Combien sont-ils en tout ? Il est difficile de le dire, mais 380 000 d’entre eux bénéficient d’un accès gratuit aux soins (AME).

Certains vont recevoir une « obligation à quitter le territoire français » (OQTF). Une partie s’exécute, la majorité reste. Assez logiquement, l’État devrait disposer d’un suivi individuel des personnes concernées, mais tel n’est pas le cas (même s’ils sont, tous ou presque, inscrits sur le fichier de la Sécurité sociale). C’est souvent le hasard d’un contrôle d’identité ou un passage en prison qui les met dans les mains de l’administration.

La gageure des laissez-passer consulaires

Commence alors pour le préfet une véritable course d’obstacles. Pour reconduire un étranger dans son pays d’origine, il faut disposer d’un passeport et d’un titre de transport. Évidemment, tous les passeports ont disparu. L’étranger qui a demandé l’asile a dû le présenter, mais l’administration n’en a pas gardé la trace. Même la justice juge sans connaître l’identité du coupable. Faute de passeport, le préfet est donc contraint de demander au pays d’origine « présumé » un « laissez-passer consulaire » (LPC), opération longue et délicate, qu’on ne pourrait conduire dans le pays d’origine sans graisser la patte de quelques fonctionnaires.

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Si l’étranger est susceptible de disparaître dans la nature avant la fin de ces formalités, le préfet peut le placer en rétention. Et ses ennuis se poursuivent. Il existe en France moins de 2 000 places de rétention et les disponibilités sont rares, d’autant que l’on hésite à mobiliser des policiers pour transporter un retenu à l’autre bout de la France. Si par hasard une place est disponible, l’étranger ne peut y rester plus de quatre-vingt-dix jours, ce qui est souvent insuffisant pour récupérer le LPC. Pendant ce temps, les associations financées par l’État pour accompagner les retenus en centre de rétention (CRA) vont l’aider à saisir les juridictions. À l’origine, les actes des préfets n’étaient contestables que devant les seuls tribunaux administratifs. Aujourd’hui, le juge judiciaire intervient aussi, au prétexte que la rétention peut être assimilée à une détention. Les premiers relâchent un tiers des retenus, les seconds un autre tiers. Les moyens de contester sont assez nombreux pour remplir un catalogue. Les avocats spécialisés pullulent. Les préfectures s’adaptent. Pour réduire leur taux d’échec, elles ne placent en rétention que des individus venant de pays qui délivrent des LPC. Et s’il faut alimenter les chiffres du ministère, on peut toujours négocier avec des Albanais, des Roumains ou des Moldaves, qui partent volontiers, avec une petite « prime au départ » et l’assurance de pouvoir revenir en un trajet de voiture. Pour 100 000 interpellations d’étrangers en situation irrégulière, 16 000 départs sont enregistrés, dont seulement 3 500 retours forcés vers un pays tiers, c’est-à-dire autre qu’un pays de l’Union européenne.

Les préfets naviguent à vue

Évidemment, il faudrait multiplier par dix les places en CRA et prolonger, comme tous les autres, la durée de rétention jusqu’à deux ans. Il faudrait aussi, pour ne pas encourir des reproches justifiés, améliorer les conditions de confort, en particulier pour l’accueil des familles. Pourquoi ne le fait-on pas ? Pour des raisons budgétaires, les crédits de l’État étant consacrés à l’hébergement dans des hôtels des « irréguliers ». Mais aussi parce que l’État ne sait pas construire à coûts modérés, qu’il s’impose à lui-même des normes impraticables et qu’il confie la gestion des CRA à des policiers dont ce n’est pas le métier.

Dans l’affaire, tout le monde est responsable, mais le plus déterminant est la propension des décideurs à se vouloir de plus en plus conciliants avec une population qui refuse d’appliquer une règle, refus qui, dans son pays d’origine, la conduirait assez sûrement en prison. Au fil des décennies, la police administrative, celle qui protégeait la population, s’est effacée au profit de la police pénale, qui intervient après la commission de l’acte, c’est-à-dire quand la victime a subi l’agression. Le principe de précaution d’un côté, la peur des injustices de l’autre. Dans un monde où tout le monde veut être humanitaire, même les ministres de l’Intérieur craignent d’incarner l’ordre. Les préfets naviguent à vue, entre les centaines de pages du code, des circulaires imprécises et des instructions non écrites.

Tout ceci serait d’une gravité relative si ne se glissaient pas, dans le flot des arrivants, des individus bien déterminés à porter la guerre chez nous. Ils sont, mieux que les autres encore, informés des multiples embûches capables de contrecarrer l’action de l’État. Et des milliers de braves gens animés des meilleures intentions sont là pour les aider, à l’image des militants du Réseau éducation sans frontières, qui se demandent peut-être comment ils ont pu faciliter, par ignorance, deux crimes commis dans un collège.

Dans l’affaire tout ne relève pas des juridictions européennes, d’une défaillance de la Constitution ou d’un défaut de précision de la Loi. Il faut moins de trois heures à un haut fonctionnaire pour écrire une circulaire et un peu de courage pour oser dire non à l’intervention d’un ami. Il en va parfois de la vie de l’un de nos concitoyens.

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Éric Zemmour face à la « rue arabe »

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Eric Zemmour a répondu aux questions de CNews pendant une heure, 15 novembre 2023. D.R.

Sur CNews, en plus de nous ressortir tous ses anciens tubes, le président de « Reconquête ! » a fustigé les postures d’Emmanuel Macron, lequel constaterait le « séparatisme », mais se refuserait à crever l’abcès.


Si l’on était un peu taquin, ou si l’on voulait filer la métaphore sportive, on pourrait presque dire que le passage d’Eric Zemmour, sur CNews en milieu de semaine, avait des airs de match à domicile. Le président de « Reconquête ! » a en effet été le chroniqueur vedette du canal 17, au côté de Christine Kelly, de 2019 à 2021. Face à un Pascal Praud accompagné des journalistes Louis de Raguenel (classé à droite), Philippe Guibert (classé à gauche), et de l’avocat Gilles-William Goldnadel, l’ancien candidat à la présidentielle a pu rappeler quelques-unes de ses antiennes bien connues, mais aussi préciser sa pensée sur ce fameux choc des civilisations que la France consumériste et matérialiste pensait derrière elle.

« Macron a une rue arabe »

L’émission a commencé avec un court extrait d’Emmanuel Macron, défendant depuis Berne son attitude et ses positions après le regain de violences au Proche-Orient. Une attitude présentée par l’exécutif comme dans la lignée de la tradition « gaullo-mitterrandienne », bien qu’elle ressemble aussi à une énième application du « en même temps » sur le terrain de la diplomatie. Dimanche 12 novembre, cela a été beaucoup souligné, le président s’est vu reprocher de ne pas avoir participé à la manifestation contre l’antisémitisme, sur les conseils, a-t-on appris dans L’Express, de Yassine Belattar. Est-ce une énorme bévue que l’histoire retiendra ? En tout cas, c’est l’occasion pour Éric Zemmour de constater à quel point, au fil des décennies, le niveau des visiteurs du soir de l’Élysée a pu baisser !

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Et si Éric Zemmour a ensuite admis que la tradition diplomatique citée plus haut a bien pu exister, il estime qu’elle est désormais caduque et surtout, qu’Emmanuel Macron se réfugie derrière elle pour masquer ses difficultés à gouverner non pas un, mais deux peuples (!) sur un même territoire. Caduque ensuite, car le conflit israélo-palestinien, qui s’inscrivait jadis dans une lutte assez classique « nationalisme contre nationalisme », au temps du Fatah et de l’OLP, serait désormais l’un des points les plus brûlants du choc des civilisations.

Deux peuples en France ? D’un côté, « un peuple judéo-chrétien » et de l’autre, « un peuple islamo-gauchiste », lesquels se détesteraient et seraient « sur le point d’en découdre », veut croire le numéro 4 de la présidentielle 2022. Selon lui, le chef de l’État se trouverait dans une position similaire à celle des chefs d’État arabes, comme le président égyptien Al-Sissi ou le roi du Maroc, qui ont bien envie d’avoir des relations cordiales avec Israël, mais qui doivent composer avec leurs opinions publiques. Zemmour en arrive à la conclusion suivante : « Macron a une rue arabe ». Et il est paumé.

Se débarrasser des aspects les plus choquants de l’islam

« L’islam est incompatible avec la République et la France ». C’est sans doute l’autre phrase marquante qui sera retenue de ce passage télévisé. En réalité, Eric Zemmour a simplement rappelé une nouvelle fois la nécessité pour l’islam de se conformer aux us et coutumes françaises, de « faire un pas » vers la France et se débarrasser de ses aspects les plus choquants, un peu à la manière, finalement, de ce que le judaïsme avait accepté de faire sous Napoléon au moment du Grand Sanhédrin de 1807 : une analogie pas tout à fait nouvelle pour quiconque écoute et lit assidument Eric Zemmour depuis des années.

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Et si les musulmans doivent faire ce pas surtout pour la France, ils doivent le faire également un peu pour eux, car il faut aussi penser à ceux qui « veulent avoir une pratique personnelle » de l’islam, et « qui sont mal vus des autres dans les quartiers islamisés et les enclaves étrangères de banlieue ». Alors que le développement du communautarisme et du séparatisme peuvent rendre pessimiste, Éric Zemmour n’oublie pas de penser à ceux qui « sont bien contents de se libérer des contraintes de l’islam ».

La lutte des droites aura bien lieu

La nuit tombait, les enfants allaient au lit, les rivalités politiques intérieures ont ensuite pu être évoquées. Eric Zemmour ne s’est pas privé d’égratigner Marine Le Pen qui refuse, elle, de parler de choc des civilisations, pour mieux l’éviter, et maintient qu’il y a une différence entre islam et islamisme. « Il n’y a plus que Marine Le Pen qui ne voit pas le choc des civilisations ! Même Jean-Luc Mélenchon le voit, puisqu’il veut s’en servir ». L’écrivain enfonce le clou en avançant que Marine Le Pen ne désespérerait pas d’attirer à elle le vote musulman, au deuxième tour de 2027 du moins, ce qui la pousserait à snober les électeurs de droite (ceux de Fillon, puis ceux de Zemmour lors des dernières présidentielles). Ce qui distingue le zemmourisme du marinisme, finalement, c’est peut-être que l’un est convaincu qu’on va droit dans le mur et qu’il y aura de toute façon de la casse tandis que le second pense qu’on va pouvoir l’éviter d’extrême justesse, grâce à un coup de frein de la dernière chance et à un grand élan de concorde comme l’histoire du pays a su en connaître quelques fois.

Quant aux Européennes qui approchent, Zemmour dit qu’il ne regrette pas de ne pas y être allé. Et non, il ne considère pas que l’espace médiatique qu’il prend empêche la future tête de liste, Marion Maréchal, d’exister. C’est même une dernière occasion d’en remettre une couche contre Marine Le Pen, qui, selon lui, brimait Marion Maréchal et « mettait ses amis au placard » au moment où la tante et la nièce cohabitaient tant bien que mal dans l’ancien Front National. A « Reconquête ! », la jeune Marion revit. L’union des droites réclamée n’est pas pour tout de suite.

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La kora de la discorde

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Le chanteur et musicien Sidiki Diabaté. Photo : YouTube.

Reconnu internationalement, l’artiste malien Sidiki Diabaté va prochainement se produire à l’Accor Arena Bercy. Ce joueur talentueux de kora, accusé de violences domestiques, a été au cœur d’une polémique largement médiatisée. Il a pourtant été autorisé à venir en France, en dépit de la suspension de délivrance de visas entre Paris et Bamako mise en place à la suite de la détérioration des relations diplomatiques entre les deux pays.


Certains estiment que Sidiki Diabaté, descendant d’illustres joueurs de kora, est l’artiste le plus brillant et le plus populaire de sa génération. Âgé de 30 ans, il a remporté deux Grammy Awards ainsi que les Victoires de la Musique en France. Il se produira lors d’un concert exceptionnel le 17 novembre à l’Accor Arena Bercy de Paris. Une prestation qui marquera également la sortie de son nouvel album, auquel a contribué, entre autres, la chanteuse Aya Nakamura. Quelques jours avant son arrivée dans l’Hexagone, il a été reçu par le ministre chargé des Maliens établis à l’Extérieur et de l’Intégration africaine, un des organisateurs officiels de son concert selon Maliactu. Sidiki Diabaté s’est également vu remettre le drapeau du Mali par le ministre de l’Artisanat, de la Culture, de l’Industrie Hôtelière et du Tourisme, Andogoly Guindo, afin qu’il le « porte très haut » sur cette mythique scène française. Un soutien total et affiché de la junte militaire au pouvoir à ce compositeur, chargé de redorer l’image ternie de son pays en France et auprès de la diaspora.

Quand la fierté nationale est suspectée de tabasser sa compagne

Suite au récent coup d’État au Mali, les relations entre Paris et Bamako se sont fortement détériorées. La France a suspendu la délivrance de visas aux Burkinabés, aux Nigériens et aux Maliens, invoquant une augmentation des activités djihadistes en Afrique subsaharienne et des raisons de sécurité. Rima Abdul Malak a indiqué qu’il pourrait y avoir des exceptions pour certains artistes renommés, rappelant ainsi qu’elle entendait maintenir les échanges avec les artistes et les institutions culturelles de ces trois pays, en dépit de la fin de la coopération militaire entre eux et la France. Si d’autres artistes africains titulaires d’un visa à long terme peuvent également circuler en France, bien sûr, Sidiki Diabaté pourrait poser problème à la ministre française de la Culture pour d’autres raisons que ces raisons diplomatiques ! En 2020, le chanteur a été au centre d’une controverse après avoir été accusé de violences conjugales, de séquestration et de harcèlement psychologique par sa compagne de longue date, Mariam Sow, selon la version francophone de la BBC.

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Profitant d’un moment d’inattention des gardes du corps chargés de la surveillance de l’artiste, la malheureuse se serait échappée chez une amie, avant de publier immédiatement sur Instagram des photos montrant son corps marqué de bleus et de blessures, son visage enflé. Selon les dires de Mariam Sow, elle aurait été victime de violences à de nombreuses reprises au cours de sa relation de sept ans avec Sidiki Diabaté. L’arrestation de la star de la Kora, le 21 septembre 2020, et les révélations sur ce conflit conjugal ont suscité l’étonnement dans tout le pays, où Sidiki Diabaté est adoré et considéré comme une fierté nationale. L’affaire a rapidement fait les gros titres de la presse locale, d’autant que Mariam Sow n’est pas une inconnue. Surnommée Mamacita, elle est une influenceuse d’origine guinéenne très active sur TikTok. Face à l’ampleur des accusations, Sidiki Diabaté a été disqualifié de deux compétitions musicales majeures : les Primud, qui récompensent les artistes de coupé-décalé (il y avait été couronné meilleur artiste d’Afrique de l’Ouest en 2018), et les Afrimma, qui honorent les artistes du continent. Son contrat avec Universal Music Africa a également été suspendu. Bien qu’il ait été brièvement incarcéré et libéré après avoir versé une caution de 15 millions de francs CFA (environ 23 000 euros), aucun procès n’a encore eu lieu, laissant planer l’incertitude quant à la culpabilité ou à l’innocence du chanteur, face à toutes les accusations qui pèsent sur lui.

L’Afrique aussi a ses « peoples » controversés

L’affaire Diabaté a provoqué un clivage d’opinions au Mali. Les groupes militants qui se battent pour la fin des discriminations envers les femmes dans ce pays d’Afrique de l’Ouest, où les jeunes filles sont encore victimes de mutilations génitales au nom de la tradition et sont parfois mariées alors qu’elles sont mineures, ont salué cette situation comme un moment de libération de la parole. D’un autre côté, les partisans de l’artiste ont qualifié l’affaire de règlement de comptes. Quelques centaines de personnes, principalement des femmes, ont participé à des manifestations organisées par des associations, appelant à l’instauration d’une législation spécifique et à la fin de « l’impunité » pour les auteurs de violences envers les femmes.

En septembre 2023, lors d’une interview un peu saugrenue sur TV5 (notre vidéo ci-dessous), Sidiki Diabaté a confirmé qu’il ne faisait plus l’objet de poursuites judiciaires, la plaignante ayant retiré sa plainte après avoir « compris et vu la réalité » (sic). Il a également affirmé que les accusations portées contre lui ne reflétaient pas sa véritable personnalité en tant qu’artiste musulman.

Cependant, il est peu probable que les organisations de défense des droits des femmes en France partagent le même point de vue que lui sur cette affaire. 

Suella forever: la ministre est partie mais pas pour toujours

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Le Premier ministre britannique Rishi Sunak à Londres, derrière un pupitre "Stop the boats" ("arrêtez les bateaux"), 15 novembre 2023 © Leon Neal/AP/SIPA

Pour des commentateurs des deux côtés de la Manche, le limogeage de Suella Braverman, suivi du refus de la Cour suprême britannique d’approuver l’expulsion de migrants clandestins vers le Rwanda, marquent la fin d’une parenthèse « populiste » dans la vie politique britannique. Certains s’en réjouissent, d’autres s’en lamentent. En réalité, aucun chef de parti sérieux ne pourra ignorer les nombreux électeurs qui se retrouvaient dans les discours cash de l’ancienne ministre de l’Intérieur.


Une mauvaise semaine pour Rishi Sunak. Lundi, il est contraint de limoger sa ministre de l’Intérieur ; mercredi, il est obligé d’écouter le président de la Cour suprême britannique qui annonce que, par un verdict unanime, les cinq juges désapprouvent le projet gouvernemental consistant à envoyer au Rwanda un certain nombre de migrants clandestins pour décourager d’autres à fouler le sol anglais. La gauche – la modérée et l’extrême – ainsi que les centristes les plus mous, ont salué les deux événements, y voyant le triomphe à la fois de la raison et du cœur après les années de populisme inaugurées par le référendum sur le Brexit. Est-ce donc la fin de la ligne dure sur l’immigration, sur le wokisme et sur les manifestations propalestiniennes qu’incarnait Suella Braverman ? Est-ce la fin du grand projet rwandais des Conservateurs qui espéraient mettre fin à l’immigration clandestine, surtout celle qui, rendue possible par les trafiquants humains, sévit dans la Manche ? Plus généralement, est-ce la fin du populisme à la Boris Johnson, signalée par le coming out de Sunak comme centrist dad (« gentil papa centriste »), c’est-à-dire comme conservateur modéré, pondéré et timoré ? Ce n’est pas sûr. Certes, le retour au gouvernement en tant que ministre des Affaires étrangères de David Cameron, le Premier ministre qui a démissionné au lendemain du référendum de 2016 et suite à l’échec de sa campagne pour rester dans l’UE, semble indiquer que le gouvernement de Sunak adoptera désormais des positions plus consensuelles. Et il est indéniable que Cameron représente le conservatisme prudent des années 2010 à 2016, un conservatisme « pré-johnsonien ». Mais sa résurrection miraculeuse a plus pour fonction de concilier les wets, les modérés du Parti, que d’enterrer les politiques qui ont conduit au succès électoral de BoJo en 2019.


Sunak craignait pour son autorité

Personne ne peut nier que Suella Braverman a incarné les tendances anti-immigrationiste, anti-woke et anti-islamiste avec talent et fougue. En octobre 2022, devant la Chambre des Communes, elle a qualifié d’« invasion » l’arrivée en masse de migrants par la Manche – presque 48 000 cette année-là. Le mot a scandalisé les élus de gauche et les ONG mais exprime parfaitement le sentiment d’une majorité des électeurs britanniques. Fille d’immigrants d’ascendance indienne, elle a bien compris la différence entre l’immigration légale de la période des années 60, quand ses parents sont arrivés en Angleterre, et l’immigration largement incontrôlée d’aujourd’hui. Au mois d’octobre cette année, elle a fait un tabac au congrès du Parti en faisant référence à une métaphore utilisée par Harold Macmillan, le Premier ministre de 1957 à 1963, pour caractériser ces années de fin d’empire : « les vents de changement » (the winds of change). Pour Braverman, les déplacements de population de cette époque ne représentent qu’une « brise » en comparaison de l’« ouragan » qui fonce sur nous actuellement. Encore une fois, le mot a choqué mais cette avocate a su très bien souligner le décalage entre les outils juridiques et les institutions créés pour répondre aux défis de l’après-guerre et notre situation présente, dominée par de vastes transhumances planétaires. Ardente défenseuse du projet rwandais, elle a dénoncé, en septembre, le dogme du multiculturalisme qu’elle a accusé de miner la stabilité et la sécurité des démocraties occidentales. L’horreur des éditorialistes de gauche n’a pas connu de limites, bien que David Cameron et même Angela Merkel aient déclaré, il y a une dizaine d’années, que le multiculturalisme avait été un échec. Farouche adversaire des prétentions des trans et non-binaires à changer de genre légalement par une simple auto-déclaration, elle n’a pas caché sa méfiance des wokistes, ces bobos « mangeurs de tofu », selon ses propres mots. Méfiance qu’elle partage avec le prolétariat et les classes moyennes inférieures. Elle a encore attiré les foudres des esprits délicats en qualifiant les manifestations propalestiniennes depuis le 7 octobre de « marches de la haine ». Ses adversaires ont objecté que seule une minorité est responsable d’actes antisémites et de violences. Combien de crimes d’incitation à la haine, combien de profanations de monuments nationaux faut-il avant que l’interdiction d’événements pareils ne s’impose ? C’est là, cependant, qu’elle a été amenée à traverser une ligne rouge. Frustrée par l’indulgence de la police à l’égard des manifestants, elle a critiqué la hiérarchie des forces de l’ordre de plus en plus ouvertement. Un comble a été atteint le 13 novembre, quand elle a publié un texte dans The Times accusant la police de Londres d’être sévère avec les manifestants de droite mais laxiste avec ceux de gauche. (Autrement dit, le régime alimentaire de la police contiendrait trop de tofu). Son texte a été publié dans le journal sans prendre en compte les modifications proposées par le bureau du Premier ministre. Face à cette défiance, Sunak n’avait pas le choix : il a dû la virer pour préserver son autorité.

Manifestation propalestinienne devant Downing Street, Londres, 14 octobre 2023 © SOPA Images/SIPA

Pourtant, les positions de ce dernier et celles de son ancienne collègue ne sont pas très éloignées les unes des autres. Le limogeage était surtout une question de discipline. En toute probabilité, la tendance de Braverman à ruer dans les brancards représentait une façon de se positionner comme chef du Parti conservateur après la probable défaite aux prochaines élections générales. Il lui était donc nécessaire de se différencier par rapport à Sunak, le chef actuel. C’est ainsi que son départ du gouvernement ne veut nullement dire qu’elle quitte la scène de manière définitive, ni que ce qu’elle représente soit battu en brèche – loin de là. Au lendemain de son limogeage, elle a publié une lettre ultra-caustique où elle accuse son ancien chef de pusillanimité. Selon elle, Sunak n’aurait pas tenu ses engagements concernant l’immigration et n’aurait pas écouté son ex-ministre de l’Intérieur quand elle l’assurait que, pour mettre fin à l’immigration illégale, il fallait dénoncer la Convention européenne des droits de l’homme, mettre fin à l’influence de la Cour européenne des droits de l’homme et modifier tous les textes de loi britanniques qui permettent aux tribunaux de contrecarrer les décisions des législateurs. La lettre est autant un résumé plus ou moins juste de la situation que le début d’une éventuelle campagne pour succéder un jour à Sunak. Pour l’instant, la position de ce dernier est sûre. Personne de vraiment ambitieux ne veut sa place quand, après 13 ans au pouvoir, le Parti conservateur semble destiné à être vaincu par les Travaillistes de Starmer qui attendent leur chance depuis si longtemps. Un vague mouvement a été lancé suite à son remaniement lundi 13 novembre pour destituer le leader actuel mais, après les cas de May, de Johnson et de Truss, le Parti n’a pas d’appétit pour un nouveau lynchage de chef – et l’électorat encore moins.

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Quelles seront les conséquences du verdict de la Cour suprême, tombé le matin du 15 novembre ? Rappelons brièvement les faits. Inspiré par un projet conçu par le Danemark mais non réalisé par lui, le gouvernement de Boris Johnson lance, en avril 2022, un programme expérimental de cinq ans en partenariat avec le Rwanda. Il s’agit d’expulser vers ce pays un certain nombre de migrants entrés sur le sol britannique de manière illégale. Une fois là-bas, ils peuvent demander l’asile à ce pays et y rester ou se tourner vers n’importe quel autre pays de leur choix qui soit prêt à les accepter. Ils ne peuvent en aucun cas revenir au Royaume Uni. Si le nombre des expulsés est nécessairement limité par des contraintes logistiques, l’objectif reste de créer une forme de disuasion : si vous venez au Royaume Uni illégalement, vous risquez de finir au Rwanda. Craignant peut-être un vote négatif, le gouvernement n’a pas soumis ce projet au Parlement de Westminster, il a simplement signé un protocole d’accord avec les Rwandais. Les premiers candidats à l’expulsion ont fait appel avec le soutien des ONG, mais la Haute Cour de Londres a approuvé l’action du gouvernement dans la mesure où il pourrait être confirmé que les expulsés ne courent aucun risque au Rwanda. En juin 2022, un premier avion est donc prêt à décoller pour Kigali quand, à la onzième heure, la CEDH ordonne l’annulation du vol en stipulant que la question de la sûreté du Rwanda pour les migrants doit être réglée avant qu’on les y transporte. Ainsi commence une longue bataille judiciaire qui vient de se terminer. Le verdict de la Cour suprême n’est pas la simple transposition de quelque décret de Strasbourg. Les juges n’ont pas dénoncé le principe d’envoyer des « réfugiés » clandestins dans un pays étranger. Pourtant, ils ont décidé que l’action du gouvernement est non pas illégale, mais « unlawful », c’est-à-dire « pas conforme à la loi ». Prenant en compte la déposition du Haut Commissariat aux réfugiés de l’ONU, qui a cité les résultats de l’accord entre le Rwanda et Israel entre 2013 et 2018, la Cour suprême a décidé que le Rwanda n’était pas un pays sûr. Cela veut dire qu’il y avait un risque que les gens qui y étaient expulsés soient renvoyés dans leur pays de départ. Un tel résultat serait contraire au principe de « non refoulement » qui est inscrit dans le droit international ainsi que dans des textes britanniques. Fin de partie ?

Tracasseries

Face à l’annonce, Sunak a réagi de manière pugnace. Donnant une conférence de presse en fin d’après-midi le jour de l’annonce, derrière un lutrin sur lequel on pouvait lire « Stop the boats » (« Arrêtez les bateaux » – ceux de la Manche, bien entendu), il a annoncé que son gouvernement allait riposter. D’abord, par un traité avec le Rwanda – pas un protocole – qui obligera ce pays à n’expulser aucun demandeur d’asile en provenance du Royaume Uni vers son pays d’origine. Ensuite, son gouvernement va prendre des mesures législatives pour empêcher Strasbourg et la Convention européenne des droits de l’homme, ainsi que les tribunaux britanniques, de contrecarrer la volonté de l’exécutif britannique. Il est vrai que, sous Johnson, en juin 2022, le gouvernement avait lancé un projet de loi pour créer une sorte de convention des droits britannique afin de limiter l’influence de la CEDH. Ce projet a été abandonné un an plus tard, mais entretemps le gouvernement avait fait voter une nouvelle Loi sur la migration illégale. Cette dernière oblige le ministre de l’Intérieur à expulser tout demandeur d’asile entré clandestinement sur le sol britannique. Sauf que, sans le projet rwandais, il est peu probable que l’on trouve un pays qui soit prêt à accepter des migrants déportés…

La conclusion de toutes ces tracasseries juridiques, c’est que, dans presque n’importe quel pays occidental, il faut traverser un labyrinthe, un bourbier ou un champ de mines législatif (choisissez votre métaphore) pour s’arroger le pouvoir d’expulser des personnes qui se présentent comme des demandeurs d’asile. Il est vrai que l’Italie – avec l’Albanie – et l’Autriche – sans préciser le pays d’accueil pour l’instant – se sont inspirées du modèle britannique inabouti. Pourtant, ces pays, à la différence du Royaume Uni, n’envisagent pas des mesures aussi définitives sous la forme d’expulsions permanentes.

Suella Braverman devant les membres de l’American Enterprise Institute, Washington DC, mardi 26 septembre 2023. © Kevin Wolf/AP/SIPA

Ainsi, la pugnacité de Sunak, comme celle de son ancienne ministre, devra se mesurer à la complexité et à la lenteur des procédures juridiques. Ce qui est certain, c’est que le projet rwandais est largement soutenu par les électeurs. En juin 2022, un sondage Savanta suggérait que 47% des personnes interrogées étaient pour, et seulement 26% contre. Un sondage YouGov, publié le 14 novembre de cette année, donnait 48% pour et 35% contre, tandis que, selon un nouveau sondage Savanta le 15, 47% sont pour et 26% contre. Dans ces circonstances, Sunak a dû comprendre qu’il a intérêt à ne pas abandonner les solutions « populistes ». Côté gestion de l’économie, il assure. Après le triple fléau des conséquences économiques de la pandémie, de la guerre en Ukraine et du mandat de Liz Truss, l’inflation était montée à plus de 10%. En octobre, il a réalisé son objectif de la réduire de moitié : elle est tombée à 4,6%. Si Cameron constitue sa caution auprès des modérés de son Parti, libre à Sunak lui-même d’incarner personnellement le côté « populiste ». Suella Braverman reste dans les coulisses en attendant que son heure à elle sonne un jour. Actuellement, Sunak doit endosser lui-même de manière plus explicite le rôle qu’elle jouait jusqu’à présent. L’a-t-il compris ? Peut-être… Stop the boats !