On reproche au président Macron d’avoir cédé à la « rue arabe », et de ne pas s’être rendu à la marche contre l’antisémitisme pour ne pas « enflammer les banlieues ».
« La place d’un président n’est pas d’aller à une marche… »Évidemment. La place d’un président est de courir derrière Pif Gadget. Celui qui a déjoué tous les pronostics, c’est le Gégé Larcher. Ceux qui le voyaient finir le parcours en chaise à porteurs en sont pour leurs frais. Non seulement il a fait l’arrivée, mais en plus il a gagné. D’un bouton de chemise, d’après la photo. Il a même résisté à l’appel d’une choucroute, quand le cortège a fait une pause devant chez Lipp.
Jamais sans mon coach. Yassine Belattar, le coach du président, l’a dissuadé. « N’y va pas, tu n’es pas assez prêt, la concurrence est sauvage, il n’y a que des athlètes de haut-niveau, Sarko et ses poumons en roues de vélo, Hollande pré-salé de la Transat en pédalo, Larcher spécialiste du Paris-Brest, Hidalgo alias “Fleur de Tiaré” affutée comme un SUV… »
Mon bien cher Frère. On est mal. On apprend par les conseillers de l’Elysée que Belattar, comique de situation, serait le “thermomètre” utilisé pour prendre la température en banlieue. Avec les résultats que l’on sait. D’où, peut-être, cette sensation de l’avoir dans le babaaprès les émeutes, et la menace permanente des Frères de remettre ça. Le contre-pouvoir incarné par un Coluche, manque méchamment pour tourner en ridicule les avatars de la communication politique. Mais si Jupiter, oups Vulcain, forge ses décisions après consultation du niveau de mercure sur la tête à Belattar, il n’y a plus qu’à creuser les tunnels de Gaza sous le 9-3.
Mes bien chers Frères. À travers l’anecdote, on mesure la toile tissée par les Frères Musulmans sur la société et dans les arcanes de l’État. Considérés, il faut dorénavant le rappeler systématiquement, comme les géniteurs du Hamas, comme organisation terroriste en Égypte et en Arabie Saoudite, jusqu’à quand le pouvoir va jouer avec le feu en laissant l’influence de ces fous dangereux prospérer dans l’ombre ?
Inch’ Allah. Macron donne l’impression de ne plus rien maitriser. Son “en même temps” appliqué à l’étranger c’est de la nitroglycérine à venir. De Amman à Jérusalem il épuise son crédit et la voix de la France se disperse dans le désert, au profit d’une belle brochette de tueurs qui ne comprennent que la force, et font payer cher le moindre signe de faiblesse. Et le récent sommet arabe de Riyad, où l’on rejoue l’union sur le dos des Palestiniens, n’augure rien de bon. Avec l’Iran redevenu, via ses bras armés, incontournable au cœur du conflit. Dans ce contexte, Macron devrait laisser Frère Yassine à l’école du rire.
Ailleurs qu’en France, l’écologie n’est pas forcément accaparée par l’extrême gauche…
« La gauche a kidnappé l’écologie à partir des années 1990 » déclarait récemment le journaliste Hugo Clément en réponse à la violente polémique suscitée par son débat avec Jordan Bardella. La mise au point était salutaire.
En effet, les premiers responsables politiques français à agir concrètement pour la protection de l’environnement furent Charles De Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, avec en particulier la création du ministère de l’environnement, l’instauration du principe du pollueur payeur et la création des parcs naturels régionaux dans les années soixante, suivie lors de la décennie suivante par les premières actions en faveur de la protection du littoral… Sandrine Rousseau et le parti les Verts n’étaient pas encore nés que les enjeux écologiques avaient déjà été intégrés par une famille politique qui deviendra plus tard leur adversaire.
Le mouvement de l’écologie, de par son appel récurent aux limites, présente un tropisme conservateur… A l’origine, la motivation première des écologistes sincères était de conserver le capital de nature, l’esthétique des paysages ainsi que le patrimoine architectural et traditionnel afin de pouvoir les transmettre aux générations futures. Cet élan était magnifiquement incarné par un programme télévisé très suivi entre 1971 et 1978 intitulé « la France défigurée ».
Ce programme, présenté par Michel Péricard, avait pour objet de lutter contre « la France moche ». La France des panneaux publicitaires, des décharges sauvages et autres constructions inélégantes… Ces préoccupations, très largement partagées par la population, sont bien entendu transpartisannes. Mais, comme le souligne l’historien Philippe Buton, en affirmant dans la revue française d’histoire des idées politiques que « L’écologie n’appartient pas au patrimoine idéologique de la gauche », cette posture plutôt conservatrice est naturellement plus congruente avec un positionnement au centre ou à droite de l’échiquier politique.
L’écologie classée à gauche, une exception française
L’écologie politique, dans les autres pays d’Europe, n’est pas classée à gauche. En Suisse, lors des élections, les verts libéraux sont à 8% au niveau national et passent des accords de gouvernement avec la droite… Cette situation se reproduit en Irlande, en Autriche, en Slovénie et en Lettonie. Huit des Länder allemands sont gouvernés par une coalition entre la droite et les Grünen… Par ailleurs, lorsque les partis écologistes Européens passent des accords avec la « gauche », il s’agit en réalité d’une gauche sociale-démocrate qui ressemble trait pour trait au parti Renaissance en France.
Ces partis écologistes européens formant des coalitions avec le centre et la droite obtiennent régulièrement des scores très honorables aux élections. Ils défendent une politique ordolibérale favorable aux entreprises. Les écologistes allemands et autrichiens viennent d’ailleurs de voter une baisse importante de la fiscalité des PME… Pourrait-on imaginer cela en France ?
Cette déclaration d’amour des écologistes européens à l’égard des entreprises n’est pas sans fondement dans la mesure où il a été maintes fois démontré que la performance environnementale, dans de nombreux domaines, dépendait du niveau de richesse d’un pays… Cela signifie que les entraves bureaucratiques excessives et les impôts dissuasifs sont souvent les ennemis de l’environnement.
Nos voisins savent bien que polluer moins et réussir la transition énergétique est une entreprise qui nécessitera beaucoup d’investissements et d’effort d’adaptation. Dans ce contexte, il est nécessaire de pouvoir compter sur un tissu dense de PME innovantes, à même de créer des richesses et d’inventer de nouvelles voies pour le développement.
Produire mieux !
La relocalisation des industries Européennes est indispensable afin de pouvoir produire tout en respectant les standards environnementaux les plus stricts du monde, de développer plus facilement les circuits courts et de favoriser l’économie circulaire. Ces relocalisations ne seront possibles qu’à la condition de créer un écosystème économique favorable aux entreprises.
Les rapports du GIEC ne parlent pas de décroissance mais du nécessaire découplage entre le développement économique et la dégradation de l’environnement… Il n’est pas question de produire moins mais de produire mieux, en consommant moins de ressources et en rejetant moins de polluants dans la nature.
C’est parfaitement possible et c’est déjà en cours de réalisation en Europe.
Georges Pompidou faisait il y a cinquante ans, lors d’une interview donnée à la revue réalité, une prophétie qui est d’une actualité étonnante : « Je suis de ceux qui pensent que dans cinquante ans la fortune consistera à pouvoir s’offrir la vie du paysan aisé du début du XXe siècle, à bien des égards, c’est-à-dire de l’espace autour de soi, de l’air pur, des œufs frais, des poules élevées avec du grain, etc. On y ajoute des piscines et des automobiles, mais ce n’est pas une modification fondamentale, il reste le besoin d’air, de pureté, de liberté, de silence ».
L’écologie peut être un grand projet motivant qui allie développement humain et respect de l’environnement, réindustrialisation et préservation de la beauté. Un projet commun qui peut nous recentrer sur l’essentiel : Conserver notre art de vivre et offrir à nos enfants la possibilité de vivre bien, durablement.
Loïc Rousselle, membre du bureau politique d’Ecologie au Centre
La Tresse, de Laetitia Colombani, sort enfin ce 29 novembre. C’est l’adaptation sur grand écran de son roman à succès. Laetitia Colombani nous pond un film de vieux qui arpente les terres de la bienveillance et de l’hyperféminisme niaiseux à souhait. Heureusement, le cinéma en a vu d’autres…
« Préparez-vous à être émus aux larmes », c’est ce qui s’étale en caractères énormes sur l’affiche du nouveau film de Laetitia Colombani, La Tresse, jusqu’à faire passer le titre et son visuel au second plan. Cette injonction lacrymale est tout bonnement abjecte. Et si on ne pleure pas, que se passe-t-il ?
Mondialisation pour les nuls
Le mieux était donc d’aller l’éprouver en salle. Or, à la sortie de ce méli-mélo féministe niais, rien, pas une larme : halte à la publicité mensongère, honte à ces communicants indignes qui veulent nous imposer nos émotions !
Et dire qu’on voulait nous faire pleurer avec le destin d’une tresse de cheveux qui va de l’Inde au Canada en passant par l’Italie. Soit une sorte de mondialisation pour les nuls d’une indigence affligeante : une pauvre Indienne se défait de ses cheveux par fanatisme religieux (forcément), lesquels sont traités en perruque par une PME italienne en difficulté (forcément) pour atterrir sur le crâne chauve d’après chimiothérapie d’une avocate nord-américaine en dépression (forcément). Et l’on voudrait nous faire pleurer de ça ? Rire, tout au plus.
Les quartiers, que l’on qualifie pudiquement de « banlieues populaires », ne se sont pas rendus à la manifestation contre l’antisémitisme. Le recteur de la Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, non plus. Face au séparatisme, la constante légèreté de nos responsables politiques apparait comme de plus en plus révoltante.
La France se fracture ; la classe politique roupille. Et l’immigration massive, qui bouleverse spectaculairement un fragile équilibre identitaire, se poursuit. Lundi, Emmanuel Macron a appelé les cultes (chrétiens, juifs, musulmans) à faire ensemble « un effort pédagogique » auprès des jeunes attirés par l’intolérance et la violence. Son angélisme rejoint la proposition lunaire d’Elisabeth Borne qui, le 27 octobre, en réponse aux émeutes urbaines, évoquait « un plan d’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques, en particulier le dimanche ». L’hébétude aveugle les « élites », incapables de réagir à la rupture culturelle qui s’installe entre la France française, encore largement majoritaire, et la France islamisée. La dérive de la Grande mosquée de Paris illustre ce séparatisme, qui s’accélère sous la pression du conflit israélo-palestinien.
Le 7 octobre, jour du massacre de civils israéliens par des commandos du Hamas, le recteur de la mosquée, Chems-Eddine Hafiz, a présidé à la création européenne de l’Alliance des Mosquées, constituée autour de la doctrine islamiste des Frères musulmans. Hier, le grand rabbin Moche Lewin a démissionné d’un groupe de travail avec les musulmans pour dénoncer leur « refus de qualification de terroristes » des pogroms du 7 octobre et l’absence de représentants du culte musulman à la marche de dimanche. Mardi également l’imam Abdelali Mamoun a mis en doute la flambée des actes antisémites musulmans. Le face-à-face est là désormais.
🎙 Abdelali Mamoun, imam de la Grande mosquée de Paris, sur RMC : "Où sont ces 1200 et quelques actes antisémites qu'il y a en France ?" #ApollineMatinpic.twitter.com/Fuihm9vpTq
Or, dans ce moment historique de révélation d’une immigration musulmane ouvertement hostile à l’intégration, il est révoltant d’observer la constante légèreté des réponses politiques.
La droite sénatoriale se félicite d’avoir durci, hier, le projet de loi immigration. Cependant, même le député Eric Ciotti (LR) le reconnaît, ce mercredi dans Le Figaro à propos de la suppression apparente de l’article 3 qui justifiait des régularisations de clandestins pour des métiers en tension : « L’article 4-bis, qui s’est substitué à l’article 3, me gêne (…) Le texte n’inversera pas les grandes tendances qui nous ont conduit à accueillir près de deux millions d’étrangers depuis l’élection d’Emmanuel Macron »[1]. On ne saurait mieux dire. Ni les provocations de l’Algérie (tutrice de la Grande mosquée) ni celle de la Turquie (qui incite ses sujets à ne pas s’assimiler) ne réveillent les indignations des dirigeants. Or la paix civile est en jeu. Les réponses doivent être à la hauteur de cette menace. Elles passent d’abord, comme le défend Malika Sorel (entretien à Atlantico, 4 novembre) par la « suspension de l’immigration en provenance des sociétés dont les ressortissants ont fait preuve de leur extrême difficulté à s’assimiler »[2]et par la suppression du droit du sol, qui brade une nationalité française fictive, vécue parfois comme un fardeau.
Mais les réponses, de bon sens en réalité, passent par le renvoi préalable d’un monde politique qui, droite et gauche, s’est fourvoyé dans le culte de l’immigration salvatrice. Ces faillis n’osent même pas regarder leur échec en face.
Emmené par l’avocat français Me Gilles Devers, un collectif saisit la Cour pénale internationale
Le 9 novembre, un collectif de 300 avocats a déposé plainte contre l’État d’Israël devant la Cour pénale internationale pour crime de génocide. Quelques médias, comme L’Humanité[1], et des influenceurs, comme Booba[2], s’en sont fait l’écho. Le terme de génocide a été créé en 1944, suite à la tentative d’extermination du peuple juif par les nazis. Il n’y est évidemment pas limité. En 1946, l’Assemblée générale des Nations unies en fait un crime de droit international. Surtout, il est défini par la convention des nations unies du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. Son article 2 précise que :
« Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, (souligné par nous) comme tel :
Meurtre de membres du groupe ;
Atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »
Ainsi, et suivant le diptyque classique du droit pénal, le crime se compose, outre un élément matériel, d’un élément intentionnel, en l’occurrence « l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».
En l’espèce, au-delà des contestations qui pourraient s’élever sur la matérialité, aucun élément objectif ne corrobore une intention d’Israël de détruire les Palestiniens. Ni depuis le 7 octobre, puisqu’il a même été reproché à Israël de demander aux gazaouis du Nord – plus particulièrement exposé car le Hamas y a implanté ses bases opérationnelles – de fuir vers le Sud. Ni, bien évidemment, avant le 7 octobre (la précision mérite d’être apportée puisque, comme on le verra, le projet de plainte est ancien) : en 2017, année la plus récente pour laquelle nous avons trouvé des chiffres, la croissance annuelle de la population de la Bande de Gaza est de 2,97%[3]
Cela relève de la tautologie, mais en l’absence d’intention génocidaire, il n’y a pas de génocide. Prétendre le contraire relève de l’inanité juridique.
Est-ce à dire qu’aucune plainte devant la Cour pénale internationale ne peut avoir un sens pour les faits dont les gazaouis sont victimes ?
La question de l’existence de crimes de guerre, notion distincte de celle de génocide, se pose. Encore faut-il préciser qu’une plainte pour crime de guerre devrait viser le Hamas au moins au même titre qu’Israël : au-delà même de l’utilisation de ce territoire pour garder captifs des otages civils israéliens (ce dont les rédacteurs de la plainte ne semblent avoir cure), il n’est plus contesté que l’organisation terroriste palestinienne utilise ses hôpitaux, ses écoles, et son entière population comme autant de boucliers.
Une telle plainte (pour crime de guerre et non limitée à Israël) ne serait pas dénuée de pertinence. On ne peut pas l’attendre de ses auteurs, en tout cas de son auteur principal. Maître Gilles Devers, avocat lyonnais, à la tête d’un collectif d’avocats, affirmait face caméra, après le dépôt de la plainte, avoir constitué « une armée d’avocats ». (Notre vidéo ci-dessous). On aimerait que la formule guerrière relève de la maladresse, voire du lapsus, fût-il révélateur. Hélas, c’est une revendication.
En effet, Gilles Devers préparait la plainte avant même le 7 octobre. Son mandant, à l’époque, était… le Hamas. Le Monde écrivait, dans un article publié le jour même des attentats[4] : « Ironie de l’histoire, lundi 9 octobre le Hamas était censé déposer une plainte devant la Cour pénale internationale, sous la forme d’un épais volume de 400 pages, détaillant les violations des droits de l’homme commises par Israël à Jérusalem, notamment la colonisation et les transferts forcés d’une population délogée par des colons juifs. Une initiative évidemment gelée. « La branche armée du mouvement a décidé que c’était le moment d’agir et on a donc décidé de reporter le dépôt de la plainte », confie Gilles Devers, l’avocat français du Hamas. ». Voilà donc une action pour génocide, infondée, menée dans l’intérêt d’une organisation coupable des pogroms du 7 octobre qui avaient, eux, un mobile génocidaire. Les articles 7 et 13 de la Charte du Hamas lui confèrent en effet comme objectif la destruction d’Israël. Si l’avocat ne se confond pas avec son client, la plainte préparée pour le compte d’un meurtrier se confond bien avec la plainte déposée ultérieurement sur cette base, par le même conseil, même en supprimant le nom du précédent client. Il est regrettable qu’un auxiliaire de justice taise désormais qu’il agissait (agit ?) au nom et pour le compte de l’organisation terroriste qui a déclenché la guerre et devrait être, en toute logique, la principale cible de sa propre plainte. Regrettable vis-à-vis de la Cour pénale internationale, objet d’une tentative d’escroquerie au jugement ; regrettable pour les autres Conseils qui se sont joints à son action, et dont on veut croire qu’ils ne souhaitent pas se retrouver de facto avocats du Hamas ; regrettable surtout pour les victimes palestiniennes dont l’action se trouve décrédibilisée.
Au fond, l’explication des choix procéduraux de cette plainte est synthétisée dans un article de M. Joseph Confavreux, dans Médiapart : « Affirmer qu’un pays, créé pour servir de refuge à un peuple génocidé, commet aujourd’hui un génocide, c’est remettre en cause les raisons mêmes de l’existence d’Israël »[5]. En accusant Israël de génocide, le Hamas, ses complices volontaires et ses idiots utiles questionnent son existence même.
La guerre, écrivait Clausewitz, est la continuation de la politique par d’autres moyens. La plainte contre Israël devant la Cour Pénale Internationale semble bien être une tentative de continuation du pogrom du 7 octobre 2023 par d’autres moyens.
Faire profession d’humoriste, est-ce bien sérieux ?
Ceux qui se félicitent d’avoir le sens de l’humour et qui placent cette qualité au zénith affirment assez souvent que je n’en ai pas. Il est vrai qu’à choisir, je suis plus sensible aux mots d’esprit qu’à l’humour artistique et médiatique d’aujourd’hui. J’admets volontiers que d’ailleurs je suis assez souvent hermétique à ce qui est considéré comme hilarant dans ces univers et que je cherche désespérément à rejoindre ces coteries parce que celles-ci, en s’esclaffant systématiquement, me donnent l’impression que j’ai manqué quelque chose. Puis je me rassure et j’en prends mon parti. Il est d’ailleurs intéressant de relever que le métier d’humoriste est devenu tellement fragile et incertain que la plupart de ceux qui en font profession semblent n’avoir qu’une envie : celle de montrer qu’ils sont capables d’être bien plus que des humoristes, par exemple des dénonciateurs, des analystes, des vigies, des procureurs, des ricaneurs, des exemples ou des consciences. Un peu comme ces chroniqueurs judiciaires qui n’aspirent qu’à se faire passer pour des juges ou des justiciers. Quand on est sur cette pente qui vous fait abandonner peu à peu l’art de faire rire pour vous poser en penseurs, il y a à l’évidence un malaise. On quitte un territoire fait pour vous, on en aborde un autre avec le risque d’un contre-emploi. Si l’humoriste n’est plus fier de ce qu’il offre à ceux qui viennent le voir, il déprime, tombe dans l’aigreur, s’abandonne à des comparaisons historiques douteuses, des banalisations odieuses du vocabulaire ou, pour avoir au moins une satisfaction, il rit le premier de ses plaisanteries. Je doute qu’il y ait aujourd’hui des humoristes heureux. Certes, parfois une personnalité paraît être inscrite si naturellement dans ce qu’elle profère, dans son ironie ou sa causticité, qu’elle révèle un équilibre qui fait du bien : je songe – c’est totalement subjectif – à Tanguy Pastureau ou à François-Xavier Demaison. Mais combien d’autres sont écartelés entre leur impossibilité de faire rire et leur désir d’être pris au sérieux ! Pas assez étincelants sur le premier plan, pas assez profonds pour le second !
Une autre raison sans doute est plus fondamentale pour expliquer ce que la profession d’humoriste a de totalement artificiel. C’est que l’humour, l’esprit, sont partout et n’ont pas vocation à être encasernés. L’expérience de chacun démontre que rien n’est plus vain que de s’estimer dépositaire, par fonction, d’un élan de vie, d’une alacrité, d’une finesse, d’un jeu du langage, d’une culture, d’une verve paradoxale, sarcastique ou ironique qui, en réalité, sont répandus dans la société tout entière et procurent de merveilleuses surprises, dans la quotidienneté, à ceux qui en sont les témoins ou les partenaires. L’humour est une chose bien trop sérieuse pour être confiée aux humoristes brevetés, patentés.
17% d’Américains arabes voteraient pour Joe Biden aujourd’hui, contre 59% en 2020
Tout le monde sait que Joe Biden a pris position très fermement en faveur d’Israël, au risque de froisser les wokistes des campus américains qui défendent la cause palestinienne avec un zèle qui mériterait mieux. Mais, il est peu probable que ces électeurs transfèrent leur allégeance du parti démocrate au parti républicain.
Les stratèges démocrates inquiets
En revanche, il se peut bien que le soutien sans faille de Biden à Israël lui coûte une grande partie du vote musulman américain – et dans des Etats-clés pour l’élection présidentielle de 2024 qui l’opposera à son grand rival, Donald Trump.
Les sondages, depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas, montrent que Biden est en train de perdre rapidement la côte auprès des électeurs arabes et musulmans. Pour ces derniers, comme pour les manifestants universitaires, le président devrait imposer aux Israéliens un cessez-le-feu. Ses appels à de simples « pauses humanitaires » au milieu du combat sont insuffisants pour concilier les partisans de la Palestine – souvent d’une Palestine « libérée de la rivière à la mer ».
Dans un article du 6 novembre, publié sur le site de MSNBC, le stratège démocrate, Waleed Shahid, écrit : « Au cours de ces dernières semaines, j’ai été inondé de messages de la part d’Américains musulmans et arabes aussi bien que de jeunes organisateurs derrière des mouvements comme les manifestations contre la guerre en Irak, Black Lives Matter et le Green New Deal [le projet de décarbonisation de l’énergie promu par l’aile gauche du Parti démocrate] et qui ont aidé à mobiliser le vote démocrate en 2020 et 2022 […]. Ils ont rompu avec le parti démocrate ».
Selon un sondage publié par NBC le même jour, dans l’État du Michigan – un swing state ou État-charnière où Biden a devancé Trump de 150 000 votes en 2020, Biden ne récolterait que 16% du vote arabe et musulman si l’élection avait lieu aujourd’hui. L’électorat en question représente 400 000 bulletins de vote. Les résultats d’un sondage publié fin octobre par l’Arab American Institute suggèrent que 17% d’Américains arabes voteraient pour Joe Biden, contre 59% en 2020. 40% seraient prêts à soutenir Donald Trump et 13,7% Robert F. Kennedy. 25,1% restent indécis.
Dans les États-clés où Biden a gagné en 2020 – le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie, le Wisconsin – il aura grand besoin des votes des dizaines de milliers d’Américains arabes qui y habitent.
Menaces
Une représentante du Michigan, Rashiba Tlaib, une Américano-palestinienne, a posté une vidéo le 3 novembre dans laquelle elle déclare : « Joe Biden a soutenu le génocide du peuple palestinien », avant de terminer sur un ton de menace : « Biden, soutenez un cessez-le-feu maintenant ou ne comptez pas sur nous en 2024 ».
Le 9 novembre, à Détroit, la capitale du Michigan, des manifestations ont organisé une conférence de presse devant le siège du FBI demandant aux Américains arabes et musulmans d’abandonner le Parti démocrate. L’imam Imran Salha, de l’Islamic Center of Detroit, a repris l’accusation de Rashiba Tlaib : « Il s’agit d’un génocide et Biden est responsable ». Il a lui aussi donné un avertissement au président démocrate : « Dans chaque État qui est un swing state, on ferait en sorte que vous perdiez ».
Il est bien sûr possible que tout change d’ici un an, mais des sondages récents donnent Trump gagnant en 2024 dans certains des swing states.
De nos jours, que ce soit aux États-Unis, au Royaume Uni ou en France, les partis de gauche dépendent électoralement d’une alliance islamogauchiste. Les Démocrates américains seront-ils le premier parti à perdre une élection importante à cause de l’effondrement d’une telle alliance ?
Gilles Kepel, à qui l’on doit les concepts de « mouvements islamistes », d’« islamo-gauchisme » et de « djihadisme d’atmosphère » est poussé à la retraite au moment où les phénomènes qu’il décrit depuis quarante ans redoublent de gravité. Avant sa quille, il a reçu Causeur dans son bureau de l’École normale supérieure. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques.
Après la déconfiture d’Al-Qaïda et celle de Daech, vous sembliez penser que l’islam politique vivait son crépuscule.
Non, il mute. Quand j’ai publié, en 2000, Jihad : expansion et déclin de l’islamisme, la presse, se contentant du titre, a annoncé faussement que j’annonçais la fin de l’islamisme ! En réalité, je me demandais pourquoi, après la victoire du djihad afghan dans les années 1980, les djihadistes n’avaient pas réussi dans les années 1990 à transformer l’essai en Égypte, en Algérie, en Bosnie, en Tchétchénie. Du reste, Ben Laden a fait exactement la même analyse. Le 11-Septembre est un message de l’islamisme sunnite aux masses musulmanes qui n’ont pas soutenu le djihad après la victoire de 1989 contre l’Armée rouge, chassée de Kaboul. Il veut leur montrer qu’il n’y a plus d’hyperpuissance, plus de domination culturelle et militaire de l’Occident. Al-Qaïda sera liquidée ultérieurement, en 2006, par les chiites en Irak, mais son message est toujours actif. C’est aussi la réponse du berger sunnite à la bergère chiite. Ben Laden remporte le 11-Septembre une victoire médiatique dont Khomeiny avait privé les vainqueurs de Kaboul par sa fatwa contre Rushdie du 14 février 1989, obnubilant leur succès.
Par la suite, vous analysez l’évolution du djihadisme selon une dialectique hégélienne…
En effet. D’abord l’affirmation (le djihad contre l’ennemi proche – 1979-1998), puis la négation (le djihad contre l’ennemi lointain, Al Qaïda, 1998-2006), et enfin le dépassement (Daech, à cheval entre le Levant irako-syrien et l’Europe, 2006-2019). Et ces trois phases correspondent à trois moments médiologiques, dirait Debray. Pour la phase 1, j’ai dû aller à Kaboul en 1997 dans l’ex-hôtel Intercontinental transformé en mosquée pour dénicher le livre d’Abdallah Azzam, un Palestinien qui était l’intellectuel du djihad d’alors. Dans la phase 2, on assiste à la naissance d’Al Jazeera, vecteur cathodique par excellence d’Al-Qaïda : la télévision ne vient plus seulement d’Occident. La phase 3 commence le 14 février 2005 en Californie quand YouTube reçoit sa licence d’exploitation et ça change tout : le support de Daech est numérique. Vous pouvez prendre un otage, l’égorger, le filmer et diffuser instantanément sur Facebook live. On passe du djihadisme léniniste et pyramidal d’Al-Qaïda, au djihadisme en réseaux théorisé par le Syrien Abou Moussab al-Souri. Lequel a fait ses études à Jussieu au moment où Gilles Deleuze était la star absolue des campus parisiens, avec sa théorie du rhizome révolutionnaire. Bien sûr, personne n’a lu Souri, qui a publié des milliers de pages indigestes en arabe, mais l’âge numérique mâchouille tout cela sur les réseaux à coups de likes, on n’identifie plus qui a écrit quoi. Ce processus dialectique aboutira ensuite à ce que j’ai nommé le « djihadisme d’atmosphère », un syntagme qui a fait le buzz… et qui est à son tour repris partout, anonymisé au fil des retweets, de sorte que presque plus personne ne me l’attribue !
Moussab al-Souri, théoricien du djihadisme en réseaux. D.R
Comment se diffuse ce djihadisme d’atmosphère?
Quand des influenceurs en ligne vous serinent que le monde est divisé entre les croyants et les kouffars (mécréants), dont le sang et les biens sont licites, comme ceux des « apostats » (murtadd – tout musulman non fréro-salafiste), piller des magasins dans une émeute comme celle qui a suivi la mort de Nahel en juin, revendre les Nike volées sur Leboncoin, et tuer des flics si possible, est considéré comme hallal au nom de cette interprétation incontrôlable de la chari’a par des imams numériques invisibles et autoproclamés.
Résultat, dans la jeunesse, l’imprégnation islamiste est générale.
En tout cas, elle est devenue très forte, fût-ce de manière inconsciente, du fait des réseaux sociaux. De plus, il faut compter avec la nouveauté mélenchoniste. La gauche extrême a décidé que, pour détruire et remplacer la gauche républicaine, il fallait épouser et même renforcer la clôture et l’assignation à résidence identitaire en lieu et place de la lutte des classes. Sa stratégie électorale s’appuie sur des influenceurs religieux qui appelleront à voter LFI – comme les curés d’antan faisaient voter leurs paroissiens pour les hobereaux : avec 300 voix sûres dans une ville de banlieue populaire de 30 000 habitants, vous passez très facilement, puisque plus grand-monde ne vote. Et si l’imam enligne dit « c’est le seul qui nous défend », les internautes qui le suivent voteront Mélenchon. Mais cette stratégie s’est retournée contre son auteur : les tweets de Mme Panot & Cie sur la situation en Israël et en Palestine ont abouti à fracturer pour de bon la Nupes, et donc à lui aliéner de nombreux électeurs horrifiés…
Nous vivons aussi à l’âge du déni. Depuis quarante ans, on n’a rien vu et on a criminalisé ceux qui voyaient. Comment l’expliquez-vous ?
Je citerai d’abord un enjeu cognitif : la plupart des gens qui ont travaillé sur ces dossiers ne connaissent pas l’arabe et prétendent que c’est « inutile pour comprendre quoi que ce soit à l’islam en France », selon le célèbre apophtegme d’Olivier Roy, qui a eu une influence décisive sous Sarkozy et Hollande, et sur le personnel politique qui s’est converti ensuite au macronisme d’opportunité. Et puis, il y a cette culpabilité postcoloniale qui, au lieu de s’émousser, s’aggrave – « c’est notre faute si « ils » sont si hostiles, « nous » avons péché, on doit expier. Le bla-bla décolonial à l’Université, qui s’adresse à une jeunesse se réinventant une mémoire à défaut de connaître l’histoire, fournit cette bouillie conceptuelle. Enfin, je refuse de passer sous silence les conséquences dévastatrices de la désindustrialisation. Dans les années 1970, les enfants de prolos algériens allaient dans les colonies de vacances de la CGT, socialisaient avec des gosses de Polonais, de Portugais, d’Italiens, de Bretons et d’Auvergnats, et fréquentaient l’école de la République, école de l’exigence qui a fabriqué la génération de Français dont le fils d’un métèque tchèque et d’une provinciale azuréenne que je suis fait partie. Rien à voir avec l’école de la pseudo-bienveillance et du relativisme moral d’aujourd’hui.
Ce déni a contaminé les cénacles diplomatiques, voire policiers.
En 2012, les massacres par Mohammed Merah de militaires « apostats » à Montauban, puis à l’école juive de Toulouse ont lieu durant la campagne présidentielle : le patron de la DRCI à l’époque explique que Merah est un loup solitaire – circulez il n’y a rien à voir. Trois ans plus tard, c’est Charlie, puis le Bataclan… et on connaît la suite – jusqu’à l’assassinat du professeur Dominique Bernard à Arras. Voilà à quoi ont abouti l’effondrement des études arabes et l’impéritie de notre classe politique. Sous Emmanuel Macron, l’écoute a été meilleure au sommet de l’État que pendant les deux quinquennats précédents. Hélas, même quand la prise de conscience advient au sommet, la mise en œuvre achoppe sur la résilience de l’État profond, c’est la logique routinière des administrations marquées par le déni qui l’emporte.
Attentat au lycée d’Arras, 13 octobre 2023. D.R
À gauche, le terra-novisme suggère explicitement d’abandonner les prolos au profit des immigrés, et aujourd’hui à l’islamo-gauchisme.
Au début du septennat de Mitterrand, Rémy Leveau m’a conseillé de me pencher sur ce qui se passait dans les usines occupées où les ouvriers priaient vers La Mecque. Contrairement aux sociologues de l’immigration, j’ai tenté de penser ce qui se passait en France à partir des outils conceptuels que j’avais forgés en Égypte. Les Banlieues de l’islam a eu une très bonne presse, mais a fait scandale à l’Université. Identifier le langage de l’islam politique, c’était porter atteinte à l’image de la classe ouvrière. On ne me critiquait plus pour avoir découvert l’existence des islamistes, mais pour conserver une distance critique à leur endroit.
Et vous finissez excommunié pour islamophobie.
Oui. Après le 11-Septembre se met en place un système de justification ambigu, que j’observe lors d’une tournée au Moyen-Orient : en public, « c’est pas nous, c’est les juifs » (le fameux fax prétendument envoyé aux juifs travaillant dans les tours jumelles les enjoignant de ne pas aller au boulot ce jour-là) ; en privé on applaudit fréquemment, cheh ! – « bien fait », comme on dit dans les dialectes maghrébins. Dans la foulée s’élabore une forme de victimisation préventive permettant de traiter d’islamophobe toute personne critiquant un quelconque aspect de l’islamisme radical. Ce concept, mis en circulation par les islamistes britanniques, veut se plaquer sur l’antisémitisme. À cette différence que l’antisémitisme ne se préoccupe pas du contenu des Écritures bibliques, mais stigmatise les juifs comme individus ou peuple chargés de tous les vices. Alors que ce qui est interdit, au prétexte de lutter contre la haine antimusulmane, c’est la lecture critique des textes sacrés, y compris des gloses les plus littéralistes, extrémistes et décontextualisées qui envahissent sans partage le Web aujourd’hui. Vérifiez un concept islamique sur Wiki : les moteurs de recherche vous renvoient systématiquement vers la version salafiste.
Après la négation, la minimisation. L’influence islamiste ne concernerait qu’une minorité infime des musulmans de France.
Si vous considérez que les lois de la République sont issues d’un peuple de mécréants et que ce qui compte c’est l’allégeance à la charia révélée par Dieu, on a un véritable problème de vie sociale ensemble. Et cela prépare le terrain pour tout le reste. Prenez le Tchétchène qui a tué Samuel Paty. On lui dit « voilà un mécréant qui a blasphémé mon prophète », il prend un couteau et va décapiter un professeur à la sortie du collège de la République. Cela montre que le séparatisme politico-religieux ouvre une voie incontrôlable, sur une trajectoire qui part de l’abaya et peut conduire jusqu’au djihad. Pour vous répondre sur la proportion, on n’a pas établi de statistique fiable, mais au vu de mon demi-siècle d’expérience, je pense qu’une grande majorité de nos concitoyens musulmans qui sont intégrés dans la société française autant que moi n’en ont rien à faire, du djihad. Cependant le venin du djihadisme d’atmosphère se répand désormais dans une partie de la jeunesse, via les influenceurs des réseaux sociaux.
Ce climat pesant a-t-il ralenti la recherche française ?
J’ai dû quitter Sciences-Pôle, pour un mélange de raisons idéologiques et de mauvais management, et aujourd’hui NormaleSup me pousse dehors, pour des raisons exclusivement idéologiques – la nouvelle direction subit à mon sens la pression woke. Le master Moyen-Orient Méditerranée, que j’avais créé, a été fermé subrepticement sans que personne ne m’en avise. Mes étudiants m’ont alerté, il avait disparu des formations proposées, rayé de l’ordinateur. On crée à la place un master Sud global, syntagme issu de l’idéologie décolonialiste.
En somme, plus les mouvements islamistes s’installent dans nos sociétés, moins nous les connaissons et ça ne va pas s’arranger…
En effet, les procès en sorcellerie pour islamophobie visent à faire peur et à dissuader les jeunes collègues de travailler sur ces sujets à problèmes. De plus, pour des raisons diverses, notamment de discrimination positive, un grand nombre de comités de recrutement sont contrôlés par la mouvance islamo-gauchisme. C’est aussi pour dénoncer cela que j’ai écrit ce livre au titre ironique. Son succès de librairie, les multiples interventions que j’ai dû faire dans les médias pour expliquer la situation au Moyen-Orient, qui confirme hélas ce que je prêche dans le désert depuis la décennie 1980, ont changé la donne. Les instances universitaires, qui feignaient de ne pas entendre, ne pourront pas tenir éternellement dans cette attitude. D’autant que la représentation nationale commence à s’inquiéter de la situation à l’Université.
Quand êtes-vous effectivement congédié ?
Le 31 décembre 2023, notre chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’École normale supérieure de Paris est fermée, les financements sont arrêtés. Comme on peut le constater, ce sujet n’a plus aucune actualité, et la contribution de mes étudiants et moi-même à l’élucidation des drames que nous vivons est socialement et intellectuellement inutile. J’ai déjà été placé en surnombre, quelque part entre les limbes et le purgatoire… On m’a même signifié par lettre recommandée du président de l’université le refus des quelques mois manquants pour pouvoir bénéficier d’une retraite complète, cette mesquinerie dépasse l’entendement. Quoi qu’on pense de mon travail, je suis probablement l’orientaliste français le plus connu dans le monde et le plus traduit, des États-Unis au monde musulman… Nul n’est prophète en son pays !
Horreur touristique. Festivus, qui a ravagé le charmant site de Pomfret, dans le Vermont, très prisé à l’automne, refusera par tous les moyens qu’on lui en bloque l’accès.
Dès les années 1980, Philippe Muray pressentait « le chaos festif et touristique » qui allait ravager le monde. La mésaventure de la petite ville américaine de Pomfret, dans le Vermont, confirme une fois encore ses craintes. En automne, cette bourgade bénéficie d’un environnement exceptionnel, nous apprend la journaliste Suzanne Podhaizer : du nord, une petite route serpente « en courbes douces, chacune révélant des champs verdoyants parsemés de moutons ou des étendues de forêts dans lesquelles les feuilles d’automne rouges et oranges s’accrochent aux branches ». Jusqu’à il y a peu, les habitants de Pomfret profitaient égoïstement de la vue de Sleepy Hollow Farm, une propriété privée de 115 acres où s’élèvent, au milieu des collines, de majestueux érables aux feuillages kaléidoscopiques. Le tableau idyllique est aujourd’hui méconnaissable.
D.R
Après avoir posté sur leurs réseaux sociaux des milliers de photos de ce magnifique endroit et invité leurs followers à se rendre sur place pour faire à leur tour la photo d’automne, des « influenceurs » ont déclenché un véritable raz-de-marée de touristes saccageant tout sur leur passage, ne respectant ni les propriétés privées, ni les restrictions de circuler sur les petites routes devenues impraticables à cause du trafic généré par les centaines de véhicules déferlant sur l’élégante Cape Farmhouse et ses forêts alentour, se débarrassant de leurs déchets sur le bord des chemins ou déféquant dans les jardins.
Sous la pression des habitants de Pomfret, les autorités locales ont décidé de fermer les routes menant à la Cape Farmhouse aux non-résidents pendant la haute saison de feuillage automnal. Fureur sur les réseaux sociaux – les « influenceurs » acceptent mal que leur droit à tout bousiller soit entravé : « Amenez tous vos amis et vos campings-cars », a écrit l’un d’eux pour se venger de cette décision municipale. « Le saccage bat son plein comme jamais, écrivait Muray. C’est grâce aux touristes, maintenant, que le ravage se poursuit. » Nous pouvons aujourd’hui ajouter les « influenceurs » à la liste des nuisibles.
En Belgique, le bourgmestre de Saint-Gilles souhaite une fête de la Saint-Nicolas plus inclusive. Saint-Nicolas serait renommé Sidi Nicolas, il distribuerait des clémentines venues du Maroc, et son compagnon, l’anachronique père Fouettard serait oublié…
Saint-Gilles, moine et ermite, est prié pour la rémission des malades mentaux. Il intercédait auprès des cieux, dès le VIIe siècle, afin d’attirer la miséricorde divine chez les cinglés. Il semble qu’il ait pris sa retraite, bien qu’il ait laissé derrière lui de nombreuses paroisses et une commune belge de la Région bruxelloise. Cette commune, Saint-Gilles, aurait pourtant urgemment besoin de son saint patron.
Exit le père Fouettard
Dans de nombreuses contrées françaises et dans toute la Belgique, les écoliers commencent tout doucement à se tenir à carreau et à mémoriser leurs tables de multiplication. Ou, plus vraisemblablement, à absorber sans relâche la doxa chauffiste. Mais dans les deux cas, l’objectif est le même : s’attirer les bonnes grâces de Saint-Nicolas.
Évêque en Turquie, Saint-Nicolas est, lui, le patron des enfants sages auxquels il distribue, le 6 décembre, des cadeaux et des oranges. Il est accompagné d’un âne et d’un page maure. Ce dernier subit depuis longtemps les coups de boutoir de la bienpensance décoloniale qui ignore qu’en Turquie, et dans tout le Proche-Orient, les dignitaires ne se déplaçaient que suivis de leur page. Pour l’instant, l’âne est épargné, mais le page disparait, au grand soulagement des écoliers susmentionnés, car il avait pour fonction de fouetter les garnements et les cancres, d’où son nom de « Père Fouettard ». Mais on ne donne jamais assez de gages aux nouveaux maîtres-censeurs et le bourgmestre de Saint-Gilles, à qui personne n’avait rien demandé, a eu une idée.
Les oranges grand-remplacées par des clémentines
Sa commune étant largement « diversifiée », c’est-à-dire qu’elle est à peu près uniformémement marocaine, Monsieur Jean Spinette, le bourgmestre socialiste, bio-équitable-recyclable et surtout islamo-complaisant, a donc proposé une nouvelle version de la multiséculaire fête du grand saint qui sillonnera sous peu les vieux pavés saint-gillois. Exit bien sûr le père Fouettard et, plus inventif, exit aussi les oranges. Elles seront remplacées par des clémentines. Et pas n’importe quelles clémentines, des clémentines en provenance de la ville marocaine de Berkane. En effet, précise Jean Spinette, nombre de Saint-Gillois sont originaires de Berkane. Et ils ont le droit de vote.
Mais il est possible que l’électorat de Monsieur Spinette ne se contente pas de ce geste « intersectionnel » (sic). Aussi propose-t-il de rebaptiser Saint-Nicolas en Sidi Nicolas, afin que chacun se rappelle sa soumission, une fois dans l’isoloir. Ha ça, « quand on invente un jeu de cons » comme disait Audiard, il n’y a pas de raisons de s’arrêter. « Pour nous, Saint-Nicolas doit être respectueux de l’environnement, respectueux des cultes et intersectionnel. Le Père Fouettard a d’ailleurs été viré depuis longtemps », a-t-il confié à nos confrères de la DH.
Il ne nous reste plus qu’à prier Saint-Gilles, patron des siphonnés, et plutôt deux fois qu’une !
On reproche au président Macron d’avoir cédé à la « rue arabe », et de ne pas s’être rendu à la marche contre l’antisémitisme pour ne pas « enflammer les banlieues ».
« La place d’un président n’est pas d’aller à une marche… »Évidemment. La place d’un président est de courir derrière Pif Gadget. Celui qui a déjoué tous les pronostics, c’est le Gégé Larcher. Ceux qui le voyaient finir le parcours en chaise à porteurs en sont pour leurs frais. Non seulement il a fait l’arrivée, mais en plus il a gagné. D’un bouton de chemise, d’après la photo. Il a même résisté à l’appel d’une choucroute, quand le cortège a fait une pause devant chez Lipp.
Jamais sans mon coach. Yassine Belattar, le coach du président, l’a dissuadé. « N’y va pas, tu n’es pas assez prêt, la concurrence est sauvage, il n’y a que des athlètes de haut-niveau, Sarko et ses poumons en roues de vélo, Hollande pré-salé de la Transat en pédalo, Larcher spécialiste du Paris-Brest, Hidalgo alias “Fleur de Tiaré” affutée comme un SUV… »
Mon bien cher Frère. On est mal. On apprend par les conseillers de l’Elysée que Belattar, comique de situation, serait le “thermomètre” utilisé pour prendre la température en banlieue. Avec les résultats que l’on sait. D’où, peut-être, cette sensation de l’avoir dans le babaaprès les émeutes, et la menace permanente des Frères de remettre ça. Le contre-pouvoir incarné par un Coluche, manque méchamment pour tourner en ridicule les avatars de la communication politique. Mais si Jupiter, oups Vulcain, forge ses décisions après consultation du niveau de mercure sur la tête à Belattar, il n’y a plus qu’à creuser les tunnels de Gaza sous le 9-3.
Mes bien chers Frères. À travers l’anecdote, on mesure la toile tissée par les Frères Musulmans sur la société et dans les arcanes de l’État. Considérés, il faut dorénavant le rappeler systématiquement, comme les géniteurs du Hamas, comme organisation terroriste en Égypte et en Arabie Saoudite, jusqu’à quand le pouvoir va jouer avec le feu en laissant l’influence de ces fous dangereux prospérer dans l’ombre ?
Inch’ Allah. Macron donne l’impression de ne plus rien maitriser. Son “en même temps” appliqué à l’étranger c’est de la nitroglycérine à venir. De Amman à Jérusalem il épuise son crédit et la voix de la France se disperse dans le désert, au profit d’une belle brochette de tueurs qui ne comprennent que la force, et font payer cher le moindre signe de faiblesse. Et le récent sommet arabe de Riyad, où l’on rejoue l’union sur le dos des Palestiniens, n’augure rien de bon. Avec l’Iran redevenu, via ses bras armés, incontournable au cœur du conflit. Dans ce contexte, Macron devrait laisser Frère Yassine à l’école du rire.
La responsable EELV Marine Tondelier, marche pour Gaza, Paris, 11 novembre 2023 MUSTAFA SEVGI/SIPA
Ailleurs qu’en France, l’écologie n’est pas forcément accaparée par l’extrême gauche…
« La gauche a kidnappé l’écologie à partir des années 1990 » déclarait récemment le journaliste Hugo Clément en réponse à la violente polémique suscitée par son débat avec Jordan Bardella. La mise au point était salutaire.
En effet, les premiers responsables politiques français à agir concrètement pour la protection de l’environnement furent Charles De Gaulle, Georges Pompidou et Valéry Giscard d’Estaing, avec en particulier la création du ministère de l’environnement, l’instauration du principe du pollueur payeur et la création des parcs naturels régionaux dans les années soixante, suivie lors de la décennie suivante par les premières actions en faveur de la protection du littoral… Sandrine Rousseau et le parti les Verts n’étaient pas encore nés que les enjeux écologiques avaient déjà été intégrés par une famille politique qui deviendra plus tard leur adversaire.
Le mouvement de l’écologie, de par son appel récurent aux limites, présente un tropisme conservateur… A l’origine, la motivation première des écologistes sincères était de conserver le capital de nature, l’esthétique des paysages ainsi que le patrimoine architectural et traditionnel afin de pouvoir les transmettre aux générations futures. Cet élan était magnifiquement incarné par un programme télévisé très suivi entre 1971 et 1978 intitulé « la France défigurée ».
Ce programme, présenté par Michel Péricard, avait pour objet de lutter contre « la France moche ». La France des panneaux publicitaires, des décharges sauvages et autres constructions inélégantes… Ces préoccupations, très largement partagées par la population, sont bien entendu transpartisannes. Mais, comme le souligne l’historien Philippe Buton, en affirmant dans la revue française d’histoire des idées politiques que « L’écologie n’appartient pas au patrimoine idéologique de la gauche », cette posture plutôt conservatrice est naturellement plus congruente avec un positionnement au centre ou à droite de l’échiquier politique.
L’écologie classée à gauche, une exception française
L’écologie politique, dans les autres pays d’Europe, n’est pas classée à gauche. En Suisse, lors des élections, les verts libéraux sont à 8% au niveau national et passent des accords de gouvernement avec la droite… Cette situation se reproduit en Irlande, en Autriche, en Slovénie et en Lettonie. Huit des Länder allemands sont gouvernés par une coalition entre la droite et les Grünen… Par ailleurs, lorsque les partis écologistes Européens passent des accords avec la « gauche », il s’agit en réalité d’une gauche sociale-démocrate qui ressemble trait pour trait au parti Renaissance en France.
Ces partis écologistes européens formant des coalitions avec le centre et la droite obtiennent régulièrement des scores très honorables aux élections. Ils défendent une politique ordolibérale favorable aux entreprises. Les écologistes allemands et autrichiens viennent d’ailleurs de voter une baisse importante de la fiscalité des PME… Pourrait-on imaginer cela en France ?
Cette déclaration d’amour des écologistes européens à l’égard des entreprises n’est pas sans fondement dans la mesure où il a été maintes fois démontré que la performance environnementale, dans de nombreux domaines, dépendait du niveau de richesse d’un pays… Cela signifie que les entraves bureaucratiques excessives et les impôts dissuasifs sont souvent les ennemis de l’environnement.
Nos voisins savent bien que polluer moins et réussir la transition énergétique est une entreprise qui nécessitera beaucoup d’investissements et d’effort d’adaptation. Dans ce contexte, il est nécessaire de pouvoir compter sur un tissu dense de PME innovantes, à même de créer des richesses et d’inventer de nouvelles voies pour le développement.
Produire mieux !
La relocalisation des industries Européennes est indispensable afin de pouvoir produire tout en respectant les standards environnementaux les plus stricts du monde, de développer plus facilement les circuits courts et de favoriser l’économie circulaire. Ces relocalisations ne seront possibles qu’à la condition de créer un écosystème économique favorable aux entreprises.
Les rapports du GIEC ne parlent pas de décroissance mais du nécessaire découplage entre le développement économique et la dégradation de l’environnement… Il n’est pas question de produire moins mais de produire mieux, en consommant moins de ressources et en rejetant moins de polluants dans la nature.
C’est parfaitement possible et c’est déjà en cours de réalisation en Europe.
Georges Pompidou faisait il y a cinquante ans, lors d’une interview donnée à la revue réalité, une prophétie qui est d’une actualité étonnante : « Je suis de ceux qui pensent que dans cinquante ans la fortune consistera à pouvoir s’offrir la vie du paysan aisé du début du XXe siècle, à bien des égards, c’est-à-dire de l’espace autour de soi, de l’air pur, des œufs frais, des poules élevées avec du grain, etc. On y ajoute des piscines et des automobiles, mais ce n’est pas une modification fondamentale, il reste le besoin d’air, de pureté, de liberté, de silence ».
L’écologie peut être un grand projet motivant qui allie développement humain et respect de l’environnement, réindustrialisation et préservation de la beauté. Un projet commun qui peut nous recentrer sur l’essentiel : Conserver notre art de vivre et offrir à nos enfants la possibilité de vivre bien, durablement.
Loïc Rousselle, membre du bureau politique d’Ecologie au Centre
La Tresse, de Laetitia Colombani, sort enfin ce 29 novembre. C’est l’adaptation sur grand écran de son roman à succès. Laetitia Colombani nous pond un film de vieux qui arpente les terres de la bienveillance et de l’hyperféminisme niaiseux à souhait. Heureusement, le cinéma en a vu d’autres…
« Préparez-vous à être émus aux larmes », c’est ce qui s’étale en caractères énormes sur l’affiche du nouveau film de Laetitia Colombani, La Tresse, jusqu’à faire passer le titre et son visuel au second plan. Cette injonction lacrymale est tout bonnement abjecte. Et si on ne pleure pas, que se passe-t-il ?
Mondialisation pour les nuls
Le mieux était donc d’aller l’éprouver en salle. Or, à la sortie de ce méli-mélo féministe niais, rien, pas une larme : halte à la publicité mensongère, honte à ces communicants indignes qui veulent nous imposer nos émotions !
Et dire qu’on voulait nous faire pleurer avec le destin d’une tresse de cheveux qui va de l’Inde au Canada en passant par l’Italie. Soit une sorte de mondialisation pour les nuls d’une indigence affligeante : une pauvre Indienne se défait de ses cheveux par fanatisme religieux (forcément), lesquels sont traités en perruque par une PME italienne en difficulté (forcément) pour atterrir sur le crâne chauve d’après chimiothérapie d’une avocate nord-américaine en dépression (forcément). Et l’on voudrait nous faire pleurer de ça ? Rire, tout au plus.
Emmanuel Macron subit des défections en série. Le président de LR, Eric Ciotti (ici photographié en septembre) vient d'annoncer qu'il ne participerait pas à la réunion prévue vendredi autour du chef de l’Etat à Saint Denis (C) SYSPEO/SIPA
Les quartiers, que l’on qualifie pudiquement de « banlieues populaires », ne se sont pas rendus à la manifestation contre l’antisémitisme. Le recteur de la Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, non plus. Face au séparatisme, la constante légèreté de nos responsables politiques apparait comme de plus en plus révoltante.
La France se fracture ; la classe politique roupille. Et l’immigration massive, qui bouleverse spectaculairement un fragile équilibre identitaire, se poursuit. Lundi, Emmanuel Macron a appelé les cultes (chrétiens, juifs, musulmans) à faire ensemble « un effort pédagogique » auprès des jeunes attirés par l’intolérance et la violence. Son angélisme rejoint la proposition lunaire d’Elisabeth Borne qui, le 27 octobre, en réponse aux émeutes urbaines, évoquait « un plan d’extension des horaires d’ouverture des bibliothèques, en particulier le dimanche ». L’hébétude aveugle les « élites », incapables de réagir à la rupture culturelle qui s’installe entre la France française, encore largement majoritaire, et la France islamisée. La dérive de la Grande mosquée de Paris illustre ce séparatisme, qui s’accélère sous la pression du conflit israélo-palestinien.
Le 7 octobre, jour du massacre de civils israéliens par des commandos du Hamas, le recteur de la mosquée, Chems-Eddine Hafiz, a présidé à la création européenne de l’Alliance des Mosquées, constituée autour de la doctrine islamiste des Frères musulmans. Hier, le grand rabbin Moche Lewin a démissionné d’un groupe de travail avec les musulmans pour dénoncer leur « refus de qualification de terroristes » des pogroms du 7 octobre et l’absence de représentants du culte musulman à la marche de dimanche. Mardi également l’imam Abdelali Mamoun a mis en doute la flambée des actes antisémites musulmans. Le face-à-face est là désormais.
🎙 Abdelali Mamoun, imam de la Grande mosquée de Paris, sur RMC : "Où sont ces 1200 et quelques actes antisémites qu'il y a en France ?" #ApollineMatinpic.twitter.com/Fuihm9vpTq
Or, dans ce moment historique de révélation d’une immigration musulmane ouvertement hostile à l’intégration, il est révoltant d’observer la constante légèreté des réponses politiques.
La droite sénatoriale se félicite d’avoir durci, hier, le projet de loi immigration. Cependant, même le député Eric Ciotti (LR) le reconnaît, ce mercredi dans Le Figaro à propos de la suppression apparente de l’article 3 qui justifiait des régularisations de clandestins pour des métiers en tension : « L’article 4-bis, qui s’est substitué à l’article 3, me gêne (…) Le texte n’inversera pas les grandes tendances qui nous ont conduit à accueillir près de deux millions d’étrangers depuis l’élection d’Emmanuel Macron »[1]. On ne saurait mieux dire. Ni les provocations de l’Algérie (tutrice de la Grande mosquée) ni celle de la Turquie (qui incite ses sujets à ne pas s’assimiler) ne réveillent les indignations des dirigeants. Or la paix civile est en jeu. Les réponses doivent être à la hauteur de cette menace. Elles passent d’abord, comme le défend Malika Sorel (entretien à Atlantico, 4 novembre) par la « suspension de l’immigration en provenance des sociétés dont les ressortissants ont fait preuve de leur extrême difficulté à s’assimiler »[2]et par la suppression du droit du sol, qui brade une nationalité française fictive, vécue parfois comme un fardeau.
Mais les réponses, de bon sens en réalité, passent par le renvoi préalable d’un monde politique qui, droite et gauche, s’est fourvoyé dans le culte de l’immigration salvatrice. Ces faillis n’osent même pas regarder leur échec en face.
Emmené par l’avocat français Me Gilles Devers, un collectif saisit la Cour pénale internationale
Le 9 novembre, un collectif de 300 avocats a déposé plainte contre l’État d’Israël devant la Cour pénale internationale pour crime de génocide. Quelques médias, comme L’Humanité[1], et des influenceurs, comme Booba[2], s’en sont fait l’écho. Le terme de génocide a été créé en 1944, suite à la tentative d’extermination du peuple juif par les nazis. Il n’y est évidemment pas limité. En 1946, l’Assemblée générale des Nations unies en fait un crime de droit international. Surtout, il est défini par la convention des nations unies du 9 décembre 1948 pour la prévention et la répression du crime de génocide. Son article 2 précise que :
« Dans la présente Convention, le génocide s’entend de l’un quelconque des actes ci-après, commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux, (souligné par nous) comme tel :
Meurtre de membres du groupe ;
Atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ;
Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ;
Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ;
Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe. »
Ainsi, et suivant le diptyque classique du droit pénal, le crime se compose, outre un élément matériel, d’un élément intentionnel, en l’occurrence « l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ».
En l’espèce, au-delà des contestations qui pourraient s’élever sur la matérialité, aucun élément objectif ne corrobore une intention d’Israël de détruire les Palestiniens. Ni depuis le 7 octobre, puisqu’il a même été reproché à Israël de demander aux gazaouis du Nord – plus particulièrement exposé car le Hamas y a implanté ses bases opérationnelles – de fuir vers le Sud. Ni, bien évidemment, avant le 7 octobre (la précision mérite d’être apportée puisque, comme on le verra, le projet de plainte est ancien) : en 2017, année la plus récente pour laquelle nous avons trouvé des chiffres, la croissance annuelle de la population de la Bande de Gaza est de 2,97%[3]
Cela relève de la tautologie, mais en l’absence d’intention génocidaire, il n’y a pas de génocide. Prétendre le contraire relève de l’inanité juridique.
Est-ce à dire qu’aucune plainte devant la Cour pénale internationale ne peut avoir un sens pour les faits dont les gazaouis sont victimes ?
La question de l’existence de crimes de guerre, notion distincte de celle de génocide, se pose. Encore faut-il préciser qu’une plainte pour crime de guerre devrait viser le Hamas au moins au même titre qu’Israël : au-delà même de l’utilisation de ce territoire pour garder captifs des otages civils israéliens (ce dont les rédacteurs de la plainte ne semblent avoir cure), il n’est plus contesté que l’organisation terroriste palestinienne utilise ses hôpitaux, ses écoles, et son entière population comme autant de boucliers.
Une telle plainte (pour crime de guerre et non limitée à Israël) ne serait pas dénuée de pertinence. On ne peut pas l’attendre de ses auteurs, en tout cas de son auteur principal. Maître Gilles Devers, avocat lyonnais, à la tête d’un collectif d’avocats, affirmait face caméra, après le dépôt de la plainte, avoir constitué « une armée d’avocats ». (Notre vidéo ci-dessous). On aimerait que la formule guerrière relève de la maladresse, voire du lapsus, fût-il révélateur. Hélas, c’est une revendication.
En effet, Gilles Devers préparait la plainte avant même le 7 octobre. Son mandant, à l’époque, était… le Hamas. Le Monde écrivait, dans un article publié le jour même des attentats[4] : « Ironie de l’histoire, lundi 9 octobre le Hamas était censé déposer une plainte devant la Cour pénale internationale, sous la forme d’un épais volume de 400 pages, détaillant les violations des droits de l’homme commises par Israël à Jérusalem, notamment la colonisation et les transferts forcés d’une population délogée par des colons juifs. Une initiative évidemment gelée. « La branche armée du mouvement a décidé que c’était le moment d’agir et on a donc décidé de reporter le dépôt de la plainte », confie Gilles Devers, l’avocat français du Hamas. ». Voilà donc une action pour génocide, infondée, menée dans l’intérêt d’une organisation coupable des pogroms du 7 octobre qui avaient, eux, un mobile génocidaire. Les articles 7 et 13 de la Charte du Hamas lui confèrent en effet comme objectif la destruction d’Israël. Si l’avocat ne se confond pas avec son client, la plainte préparée pour le compte d’un meurtrier se confond bien avec la plainte déposée ultérieurement sur cette base, par le même conseil, même en supprimant le nom du précédent client. Il est regrettable qu’un auxiliaire de justice taise désormais qu’il agissait (agit ?) au nom et pour le compte de l’organisation terroriste qui a déclenché la guerre et devrait être, en toute logique, la principale cible de sa propre plainte. Regrettable vis-à-vis de la Cour pénale internationale, objet d’une tentative d’escroquerie au jugement ; regrettable pour les autres Conseils qui se sont joints à son action, et dont on veut croire qu’ils ne souhaitent pas se retrouver de facto avocats du Hamas ; regrettable surtout pour les victimes palestiniennes dont l’action se trouve décrédibilisée.
Au fond, l’explication des choix procéduraux de cette plainte est synthétisée dans un article de M. Joseph Confavreux, dans Médiapart : « Affirmer qu’un pays, créé pour servir de refuge à un peuple génocidé, commet aujourd’hui un génocide, c’est remettre en cause les raisons mêmes de l’existence d’Israël »[5]. En accusant Israël de génocide, le Hamas, ses complices volontaires et ses idiots utiles questionnent son existence même.
La guerre, écrivait Clausewitz, est la continuation de la politique par d’autres moyens. La plainte contre Israël devant la Cour Pénale Internationale semble bien être une tentative de continuation du pogrom du 7 octobre 2023 par d’autres moyens.
De gauche à droite, les humoristes Tanguy Pastureau, Gaspard Proust et Guillaume Meurice. DR.
Faire profession d’humoriste, est-ce bien sérieux ?
Ceux qui se félicitent d’avoir le sens de l’humour et qui placent cette qualité au zénith affirment assez souvent que je n’en ai pas. Il est vrai qu’à choisir, je suis plus sensible aux mots d’esprit qu’à l’humour artistique et médiatique d’aujourd’hui. J’admets volontiers que d’ailleurs je suis assez souvent hermétique à ce qui est considéré comme hilarant dans ces univers et que je cherche désespérément à rejoindre ces coteries parce que celles-ci, en s’esclaffant systématiquement, me donnent l’impression que j’ai manqué quelque chose. Puis je me rassure et j’en prends mon parti. Il est d’ailleurs intéressant de relever que le métier d’humoriste est devenu tellement fragile et incertain que la plupart de ceux qui en font profession semblent n’avoir qu’une envie : celle de montrer qu’ils sont capables d’être bien plus que des humoristes, par exemple des dénonciateurs, des analystes, des vigies, des procureurs, des ricaneurs, des exemples ou des consciences. Un peu comme ces chroniqueurs judiciaires qui n’aspirent qu’à se faire passer pour des juges ou des justiciers. Quand on est sur cette pente qui vous fait abandonner peu à peu l’art de faire rire pour vous poser en penseurs, il y a à l’évidence un malaise. On quitte un territoire fait pour vous, on en aborde un autre avec le risque d’un contre-emploi. Si l’humoriste n’est plus fier de ce qu’il offre à ceux qui viennent le voir, il déprime, tombe dans l’aigreur, s’abandonne à des comparaisons historiques douteuses, des banalisations odieuses du vocabulaire ou, pour avoir au moins une satisfaction, il rit le premier de ses plaisanteries. Je doute qu’il y ait aujourd’hui des humoristes heureux. Certes, parfois une personnalité paraît être inscrite si naturellement dans ce qu’elle profère, dans son ironie ou sa causticité, qu’elle révèle un équilibre qui fait du bien : je songe – c’est totalement subjectif – à Tanguy Pastureau ou à François-Xavier Demaison. Mais combien d’autres sont écartelés entre leur impossibilité de faire rire et leur désir d’être pris au sérieux ! Pas assez étincelants sur le premier plan, pas assez profonds pour le second !
Une autre raison sans doute est plus fondamentale pour expliquer ce que la profession d’humoriste a de totalement artificiel. C’est que l’humour, l’esprit, sont partout et n’ont pas vocation à être encasernés. L’expérience de chacun démontre que rien n’est plus vain que de s’estimer dépositaire, par fonction, d’un élan de vie, d’une alacrité, d’une finesse, d’un jeu du langage, d’une culture, d’une verve paradoxale, sarcastique ou ironique qui, en réalité, sont répandus dans la société tout entière et procurent de merveilleuses surprises, dans la quotidienneté, à ceux qui en sont les témoins ou les partenaires. L’humour est une chose bien trop sérieuse pour être confiée aux humoristes brevetés, patentés.
Manifestants propalestiniens devant le siège de la chaîne CNN à Atlanta, 15 octobre 2023. DR.
17% d’Américains arabes voteraient pour Joe Biden aujourd’hui, contre 59% en 2020
Tout le monde sait que Joe Biden a pris position très fermement en faveur d’Israël, au risque de froisser les wokistes des campus américains qui défendent la cause palestinienne avec un zèle qui mériterait mieux. Mais, il est peu probable que ces électeurs transfèrent leur allégeance du parti démocrate au parti républicain.
Les stratèges démocrates inquiets
En revanche, il se peut bien que le soutien sans faille de Biden à Israël lui coûte une grande partie du vote musulman américain – et dans des Etats-clés pour l’élection présidentielle de 2024 qui l’opposera à son grand rival, Donald Trump.
Les sondages, depuis le début du conflit entre Israël et le Hamas, montrent que Biden est en train de perdre rapidement la côte auprès des électeurs arabes et musulmans. Pour ces derniers, comme pour les manifestants universitaires, le président devrait imposer aux Israéliens un cessez-le-feu. Ses appels à de simples « pauses humanitaires » au milieu du combat sont insuffisants pour concilier les partisans de la Palestine – souvent d’une Palestine « libérée de la rivière à la mer ».
Dans un article du 6 novembre, publié sur le site de MSNBC, le stratège démocrate, Waleed Shahid, écrit : « Au cours de ces dernières semaines, j’ai été inondé de messages de la part d’Américains musulmans et arabes aussi bien que de jeunes organisateurs derrière des mouvements comme les manifestations contre la guerre en Irak, Black Lives Matter et le Green New Deal [le projet de décarbonisation de l’énergie promu par l’aile gauche du Parti démocrate] et qui ont aidé à mobiliser le vote démocrate en 2020 et 2022 […]. Ils ont rompu avec le parti démocrate ».
Selon un sondage publié par NBC le même jour, dans l’État du Michigan – un swing state ou État-charnière où Biden a devancé Trump de 150 000 votes en 2020, Biden ne récolterait que 16% du vote arabe et musulman si l’élection avait lieu aujourd’hui. L’électorat en question représente 400 000 bulletins de vote. Les résultats d’un sondage publié fin octobre par l’Arab American Institute suggèrent que 17% d’Américains arabes voteraient pour Joe Biden, contre 59% en 2020. 40% seraient prêts à soutenir Donald Trump et 13,7% Robert F. Kennedy. 25,1% restent indécis.
Dans les États-clés où Biden a gagné en 2020 – le Michigan, l’Ohio, la Pennsylvanie, le Wisconsin – il aura grand besoin des votes des dizaines de milliers d’Américains arabes qui y habitent.
Menaces
Une représentante du Michigan, Rashiba Tlaib, une Américano-palestinienne, a posté une vidéo le 3 novembre dans laquelle elle déclare : « Joe Biden a soutenu le génocide du peuple palestinien », avant de terminer sur un ton de menace : « Biden, soutenez un cessez-le-feu maintenant ou ne comptez pas sur nous en 2024 ».
Le 9 novembre, à Détroit, la capitale du Michigan, des manifestations ont organisé une conférence de presse devant le siège du FBI demandant aux Américains arabes et musulmans d’abandonner le Parti démocrate. L’imam Imran Salha, de l’Islamic Center of Detroit, a repris l’accusation de Rashiba Tlaib : « Il s’agit d’un génocide et Biden est responsable ». Il a lui aussi donné un avertissement au président démocrate : « Dans chaque État qui est un swing state, on ferait en sorte que vous perdiez ».
Il est bien sûr possible que tout change d’ici un an, mais des sondages récents donnent Trump gagnant en 2024 dans certains des swing states.
De nos jours, que ce soit aux États-Unis, au Royaume Uni ou en France, les partis de gauche dépendent électoralement d’une alliance islamogauchiste. Les Démocrates américains seront-ils le premier parti à perdre une élection importante à cause de l’effondrement d’une telle alliance ?
Gilles Kepel, à qui l’on doit les concepts de « mouvements islamistes », d’« islamo-gauchisme » et de « djihadisme d’atmosphère » est poussé à la retraite au moment où les phénomènes qu’il décrit depuis quarante ans redoublent de gravité. Avant sa quille, il a reçu Causeur dans son bureau de l’École normale supérieure. Propos recueillis par Élisabeth Lévy et Jean-Baptiste Roques.
Après la déconfiture d’Al-Qaïda et celle de Daech, vous sembliez penser que l’islam politique vivait son crépuscule.
Non, il mute. Quand j’ai publié, en 2000, Jihad : expansion et déclin de l’islamisme, la presse, se contentant du titre, a annoncé faussement que j’annonçais la fin de l’islamisme ! En réalité, je me demandais pourquoi, après la victoire du djihad afghan dans les années 1980, les djihadistes n’avaient pas réussi dans les années 1990 à transformer l’essai en Égypte, en Algérie, en Bosnie, en Tchétchénie. Du reste, Ben Laden a fait exactement la même analyse. Le 11-Septembre est un message de l’islamisme sunnite aux masses musulmanes qui n’ont pas soutenu le djihad après la victoire de 1989 contre l’Armée rouge, chassée de Kaboul. Il veut leur montrer qu’il n’y a plus d’hyperpuissance, plus de domination culturelle et militaire de l’Occident. Al-Qaïda sera liquidée ultérieurement, en 2006, par les chiites en Irak, mais son message est toujours actif. C’est aussi la réponse du berger sunnite à la bergère chiite. Ben Laden remporte le 11-Septembre une victoire médiatique dont Khomeiny avait privé les vainqueurs de Kaboul par sa fatwa contre Rushdie du 14 février 1989, obnubilant leur succès.
Par la suite, vous analysez l’évolution du djihadisme selon une dialectique hégélienne…
En effet. D’abord l’affirmation (le djihad contre l’ennemi proche – 1979-1998), puis la négation (le djihad contre l’ennemi lointain, Al Qaïda, 1998-2006), et enfin le dépassement (Daech, à cheval entre le Levant irako-syrien et l’Europe, 2006-2019). Et ces trois phases correspondent à trois moments médiologiques, dirait Debray. Pour la phase 1, j’ai dû aller à Kaboul en 1997 dans l’ex-hôtel Intercontinental transformé en mosquée pour dénicher le livre d’Abdallah Azzam, un Palestinien qui était l’intellectuel du djihad d’alors. Dans la phase 2, on assiste à la naissance d’Al Jazeera, vecteur cathodique par excellence d’Al-Qaïda : la télévision ne vient plus seulement d’Occident. La phase 3 commence le 14 février 2005 en Californie quand YouTube reçoit sa licence d’exploitation et ça change tout : le support de Daech est numérique. Vous pouvez prendre un otage, l’égorger, le filmer et diffuser instantanément sur Facebook live. On passe du djihadisme léniniste et pyramidal d’Al-Qaïda, au djihadisme en réseaux théorisé par le Syrien Abou Moussab al-Souri. Lequel a fait ses études à Jussieu au moment où Gilles Deleuze était la star absolue des campus parisiens, avec sa théorie du rhizome révolutionnaire. Bien sûr, personne n’a lu Souri, qui a publié des milliers de pages indigestes en arabe, mais l’âge numérique mâchouille tout cela sur les réseaux à coups de likes, on n’identifie plus qui a écrit quoi. Ce processus dialectique aboutira ensuite à ce que j’ai nommé le « djihadisme d’atmosphère », un syntagme qui a fait le buzz… et qui est à son tour repris partout, anonymisé au fil des retweets, de sorte que presque plus personne ne me l’attribue !
Moussab al-Souri, théoricien du djihadisme en réseaux. D.R
Comment se diffuse ce djihadisme d’atmosphère?
Quand des influenceurs en ligne vous serinent que le monde est divisé entre les croyants et les kouffars (mécréants), dont le sang et les biens sont licites, comme ceux des « apostats » (murtadd – tout musulman non fréro-salafiste), piller des magasins dans une émeute comme celle qui a suivi la mort de Nahel en juin, revendre les Nike volées sur Leboncoin, et tuer des flics si possible, est considéré comme hallal au nom de cette interprétation incontrôlable de la chari’a par des imams numériques invisibles et autoproclamés.
Résultat, dans la jeunesse, l’imprégnation islamiste est générale.
En tout cas, elle est devenue très forte, fût-ce de manière inconsciente, du fait des réseaux sociaux. De plus, il faut compter avec la nouveauté mélenchoniste. La gauche extrême a décidé que, pour détruire et remplacer la gauche républicaine, il fallait épouser et même renforcer la clôture et l’assignation à résidence identitaire en lieu et place de la lutte des classes. Sa stratégie électorale s’appuie sur des influenceurs religieux qui appelleront à voter LFI – comme les curés d’antan faisaient voter leurs paroissiens pour les hobereaux : avec 300 voix sûres dans une ville de banlieue populaire de 30 000 habitants, vous passez très facilement, puisque plus grand-monde ne vote. Et si l’imam enligne dit « c’est le seul qui nous défend », les internautes qui le suivent voteront Mélenchon. Mais cette stratégie s’est retournée contre son auteur : les tweets de Mme Panot & Cie sur la situation en Israël et en Palestine ont abouti à fracturer pour de bon la Nupes, et donc à lui aliéner de nombreux électeurs horrifiés…
Nous vivons aussi à l’âge du déni. Depuis quarante ans, on n’a rien vu et on a criminalisé ceux qui voyaient. Comment l’expliquez-vous ?
Je citerai d’abord un enjeu cognitif : la plupart des gens qui ont travaillé sur ces dossiers ne connaissent pas l’arabe et prétendent que c’est « inutile pour comprendre quoi que ce soit à l’islam en France », selon le célèbre apophtegme d’Olivier Roy, qui a eu une influence décisive sous Sarkozy et Hollande, et sur le personnel politique qui s’est converti ensuite au macronisme d’opportunité. Et puis, il y a cette culpabilité postcoloniale qui, au lieu de s’émousser, s’aggrave – « c’est notre faute si « ils » sont si hostiles, « nous » avons péché, on doit expier. Le bla-bla décolonial à l’Université, qui s’adresse à une jeunesse se réinventant une mémoire à défaut de connaître l’histoire, fournit cette bouillie conceptuelle. Enfin, je refuse de passer sous silence les conséquences dévastatrices de la désindustrialisation. Dans les années 1970, les enfants de prolos algériens allaient dans les colonies de vacances de la CGT, socialisaient avec des gosses de Polonais, de Portugais, d’Italiens, de Bretons et d’Auvergnats, et fréquentaient l’école de la République, école de l’exigence qui a fabriqué la génération de Français dont le fils d’un métèque tchèque et d’une provinciale azuréenne que je suis fait partie. Rien à voir avec l’école de la pseudo-bienveillance et du relativisme moral d’aujourd’hui.
Ce déni a contaminé les cénacles diplomatiques, voire policiers.
En 2012, les massacres par Mohammed Merah de militaires « apostats » à Montauban, puis à l’école juive de Toulouse ont lieu durant la campagne présidentielle : le patron de la DRCI à l’époque explique que Merah est un loup solitaire – circulez il n’y a rien à voir. Trois ans plus tard, c’est Charlie, puis le Bataclan… et on connaît la suite – jusqu’à l’assassinat du professeur Dominique Bernard à Arras. Voilà à quoi ont abouti l’effondrement des études arabes et l’impéritie de notre classe politique. Sous Emmanuel Macron, l’écoute a été meilleure au sommet de l’État que pendant les deux quinquennats précédents. Hélas, même quand la prise de conscience advient au sommet, la mise en œuvre achoppe sur la résilience de l’État profond, c’est la logique routinière des administrations marquées par le déni qui l’emporte.
Attentat au lycée d’Arras, 13 octobre 2023. D.R
À gauche, le terra-novisme suggère explicitement d’abandonner les prolos au profit des immigrés, et aujourd’hui à l’islamo-gauchisme.
Au début du septennat de Mitterrand, Rémy Leveau m’a conseillé de me pencher sur ce qui se passait dans les usines occupées où les ouvriers priaient vers La Mecque. Contrairement aux sociologues de l’immigration, j’ai tenté de penser ce qui se passait en France à partir des outils conceptuels que j’avais forgés en Égypte. Les Banlieues de l’islam a eu une très bonne presse, mais a fait scandale à l’Université. Identifier le langage de l’islam politique, c’était porter atteinte à l’image de la classe ouvrière. On ne me critiquait plus pour avoir découvert l’existence des islamistes, mais pour conserver une distance critique à leur endroit.
Et vous finissez excommunié pour islamophobie.
Oui. Après le 11-Septembre se met en place un système de justification ambigu, que j’observe lors d’une tournée au Moyen-Orient : en public, « c’est pas nous, c’est les juifs » (le fameux fax prétendument envoyé aux juifs travaillant dans les tours jumelles les enjoignant de ne pas aller au boulot ce jour-là) ; en privé on applaudit fréquemment, cheh ! – « bien fait », comme on dit dans les dialectes maghrébins. Dans la foulée s’élabore une forme de victimisation préventive permettant de traiter d’islamophobe toute personne critiquant un quelconque aspect de l’islamisme radical. Ce concept, mis en circulation par les islamistes britanniques, veut se plaquer sur l’antisémitisme. À cette différence que l’antisémitisme ne se préoccupe pas du contenu des Écritures bibliques, mais stigmatise les juifs comme individus ou peuple chargés de tous les vices. Alors que ce qui est interdit, au prétexte de lutter contre la haine antimusulmane, c’est la lecture critique des textes sacrés, y compris des gloses les plus littéralistes, extrémistes et décontextualisées qui envahissent sans partage le Web aujourd’hui. Vérifiez un concept islamique sur Wiki : les moteurs de recherche vous renvoient systématiquement vers la version salafiste.
Après la négation, la minimisation. L’influence islamiste ne concernerait qu’une minorité infime des musulmans de France.
Si vous considérez que les lois de la République sont issues d’un peuple de mécréants et que ce qui compte c’est l’allégeance à la charia révélée par Dieu, on a un véritable problème de vie sociale ensemble. Et cela prépare le terrain pour tout le reste. Prenez le Tchétchène qui a tué Samuel Paty. On lui dit « voilà un mécréant qui a blasphémé mon prophète », il prend un couteau et va décapiter un professeur à la sortie du collège de la République. Cela montre que le séparatisme politico-religieux ouvre une voie incontrôlable, sur une trajectoire qui part de l’abaya et peut conduire jusqu’au djihad. Pour vous répondre sur la proportion, on n’a pas établi de statistique fiable, mais au vu de mon demi-siècle d’expérience, je pense qu’une grande majorité de nos concitoyens musulmans qui sont intégrés dans la société française autant que moi n’en ont rien à faire, du djihad. Cependant le venin du djihadisme d’atmosphère se répand désormais dans une partie de la jeunesse, via les influenceurs des réseaux sociaux.
Ce climat pesant a-t-il ralenti la recherche française ?
J’ai dû quitter Sciences-Pôle, pour un mélange de raisons idéologiques et de mauvais management, et aujourd’hui NormaleSup me pousse dehors, pour des raisons exclusivement idéologiques – la nouvelle direction subit à mon sens la pression woke. Le master Moyen-Orient Méditerranée, que j’avais créé, a été fermé subrepticement sans que personne ne m’en avise. Mes étudiants m’ont alerté, il avait disparu des formations proposées, rayé de l’ordinateur. On crée à la place un master Sud global, syntagme issu de l’idéologie décolonialiste.
En somme, plus les mouvements islamistes s’installent dans nos sociétés, moins nous les connaissons et ça ne va pas s’arranger…
En effet, les procès en sorcellerie pour islamophobie visent à faire peur et à dissuader les jeunes collègues de travailler sur ces sujets à problèmes. De plus, pour des raisons diverses, notamment de discrimination positive, un grand nombre de comités de recrutement sont contrôlés par la mouvance islamo-gauchisme. C’est aussi pour dénoncer cela que j’ai écrit ce livre au titre ironique. Son succès de librairie, les multiples interventions que j’ai dû faire dans les médias pour expliquer la situation au Moyen-Orient, qui confirme hélas ce que je prêche dans le désert depuis la décennie 1980, ont changé la donne. Les instances universitaires, qui feignaient de ne pas entendre, ne pourront pas tenir éternellement dans cette attitude. D’autant que la représentation nationale commence à s’inquiéter de la situation à l’Université.
Quand êtes-vous effectivement congédié ?
Le 31 décembre 2023, notre chaire Moyen-Orient Méditerranée à l’École normale supérieure de Paris est fermée, les financements sont arrêtés. Comme on peut le constater, ce sujet n’a plus aucune actualité, et la contribution de mes étudiants et moi-même à l’élucidation des drames que nous vivons est socialement et intellectuellement inutile. J’ai déjà été placé en surnombre, quelque part entre les limbes et le purgatoire… On m’a même signifié par lettre recommandée du président de l’université le refus des quelques mois manquants pour pouvoir bénéficier d’une retraite complète, cette mesquinerie dépasse l’entendement. Quoi qu’on pense de mon travail, je suis probablement l’orientaliste français le plus connu dans le monde et le plus traduit, des États-Unis au monde musulman… Nul n’est prophète en son pays !
Horreur touristique. Festivus, qui a ravagé le charmant site de Pomfret, dans le Vermont, très prisé à l’automne, refusera par tous les moyens qu’on lui en bloque l’accès.
Dès les années 1980, Philippe Muray pressentait « le chaos festif et touristique » qui allait ravager le monde. La mésaventure de la petite ville américaine de Pomfret, dans le Vermont, confirme une fois encore ses craintes. En automne, cette bourgade bénéficie d’un environnement exceptionnel, nous apprend la journaliste Suzanne Podhaizer : du nord, une petite route serpente « en courbes douces, chacune révélant des champs verdoyants parsemés de moutons ou des étendues de forêts dans lesquelles les feuilles d’automne rouges et oranges s’accrochent aux branches ». Jusqu’à il y a peu, les habitants de Pomfret profitaient égoïstement de la vue de Sleepy Hollow Farm, une propriété privée de 115 acres où s’élèvent, au milieu des collines, de majestueux érables aux feuillages kaléidoscopiques. Le tableau idyllique est aujourd’hui méconnaissable.
D.R
Après avoir posté sur leurs réseaux sociaux des milliers de photos de ce magnifique endroit et invité leurs followers à se rendre sur place pour faire à leur tour la photo d’automne, des « influenceurs » ont déclenché un véritable raz-de-marée de touristes saccageant tout sur leur passage, ne respectant ni les propriétés privées, ni les restrictions de circuler sur les petites routes devenues impraticables à cause du trafic généré par les centaines de véhicules déferlant sur l’élégante Cape Farmhouse et ses forêts alentour, se débarrassant de leurs déchets sur le bord des chemins ou déféquant dans les jardins.
Sous la pression des habitants de Pomfret, les autorités locales ont décidé de fermer les routes menant à la Cape Farmhouse aux non-résidents pendant la haute saison de feuillage automnal. Fureur sur les réseaux sociaux – les « influenceurs » acceptent mal que leur droit à tout bousiller soit entravé : « Amenez tous vos amis et vos campings-cars », a écrit l’un d’eux pour se venger de cette décision municipale. « Le saccage bat son plein comme jamais, écrivait Muray. C’est grâce aux touristes, maintenant, que le ravage se poursuit. » Nous pouvons aujourd’hui ajouter les « influenceurs » à la liste des nuisibles.
En Belgique, le bourgmestre de Saint-Gilles souhaite une fête de la Saint-Nicolas plus inclusive. Saint-Nicolas serait renommé Sidi Nicolas, il distribuerait des clémentines venues du Maroc, et son compagnon, l’anachronique père Fouettard serait oublié…
Saint-Gilles, moine et ermite, est prié pour la rémission des malades mentaux. Il intercédait auprès des cieux, dès le VIIe siècle, afin d’attirer la miséricorde divine chez les cinglés. Il semble qu’il ait pris sa retraite, bien qu’il ait laissé derrière lui de nombreuses paroisses et une commune belge de la Région bruxelloise. Cette commune, Saint-Gilles, aurait pourtant urgemment besoin de son saint patron.
Exit le père Fouettard
Dans de nombreuses contrées françaises et dans toute la Belgique, les écoliers commencent tout doucement à se tenir à carreau et à mémoriser leurs tables de multiplication. Ou, plus vraisemblablement, à absorber sans relâche la doxa chauffiste. Mais dans les deux cas, l’objectif est le même : s’attirer les bonnes grâces de Saint-Nicolas.
Évêque en Turquie, Saint-Nicolas est, lui, le patron des enfants sages auxquels il distribue, le 6 décembre, des cadeaux et des oranges. Il est accompagné d’un âne et d’un page maure. Ce dernier subit depuis longtemps les coups de boutoir de la bienpensance décoloniale qui ignore qu’en Turquie, et dans tout le Proche-Orient, les dignitaires ne se déplaçaient que suivis de leur page. Pour l’instant, l’âne est épargné, mais le page disparait, au grand soulagement des écoliers susmentionnés, car il avait pour fonction de fouetter les garnements et les cancres, d’où son nom de « Père Fouettard ». Mais on ne donne jamais assez de gages aux nouveaux maîtres-censeurs et le bourgmestre de Saint-Gilles, à qui personne n’avait rien demandé, a eu une idée.
Les oranges grand-remplacées par des clémentines
Sa commune étant largement « diversifiée », c’est-à-dire qu’elle est à peu près uniformémement marocaine, Monsieur Jean Spinette, le bourgmestre socialiste, bio-équitable-recyclable et surtout islamo-complaisant, a donc proposé une nouvelle version de la multiséculaire fête du grand saint qui sillonnera sous peu les vieux pavés saint-gillois. Exit bien sûr le père Fouettard et, plus inventif, exit aussi les oranges. Elles seront remplacées par des clémentines. Et pas n’importe quelles clémentines, des clémentines en provenance de la ville marocaine de Berkane. En effet, précise Jean Spinette, nombre de Saint-Gillois sont originaires de Berkane. Et ils ont le droit de vote.
Mais il est possible que l’électorat de Monsieur Spinette ne se contente pas de ce geste « intersectionnel » (sic). Aussi propose-t-il de rebaptiser Saint-Nicolas en Sidi Nicolas, afin que chacun se rappelle sa soumission, une fois dans l’isoloir. Ha ça, « quand on invente un jeu de cons » comme disait Audiard, il n’y a pas de raisons de s’arrêter. « Pour nous, Saint-Nicolas doit être respectueux de l’environnement, respectueux des cultes et intersectionnel. Le Père Fouettard a d’ailleurs été viré depuis longtemps », a-t-il confié à nos confrères de la DH.
Il ne nous reste plus qu’à prier Saint-Gilles, patron des siphonnés, et plutôt deux fois qu’une !