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Urgences à l’hôpital: un mauvais procès

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Il n’a jamais été considéré comme relevant des missions principales de l’hôpital d’assurer les urgences. En tout cas, pas dans les conditions actuelles d’exercice où il se trouve. A moins que l’on remonte au Moyen-Âge quand les hôtels Dieu étaient de véritables mouroirs pour les plus défavorisés des humains. L’hôpital version 1958, celle qui a donné naissance à ce que nous connaissons aujourd’hui, a été au contraire fondée sur la création de pôles d’excellence, avec notamment l’enseignement pour un certain nombre d’entre eux : les Centres hospitaliers universitaires (CHU). La restructuration des services d’urgence telle que voulue par la réforme hospitalière de Claude Evin, mise en application par les décrets Juppé (1991-1996), a été dépassée par l’abandon en rase campagne de la médecine générale doublée de l’incapacité des pouvoirs publics d’imposer une solution de continuité des soins pour le plus grand nombre…


Aucune recette n’était meilleure que celle du « gigot raccourci » de tante Emma jusqu’au jour où nous apprîmes que « raccourci » voulait tout simplement dire que notre tante coupait le manchon du rôti pour qu’il tienne tout entier dans son four, autrement trop petit. Ainsi sommes-nous prêts à croire à tout, même à nous esbaudir, pour peu que ce soit avec le plus grand nombre. Et quand bien même cela s’avérerait-il la vérité, peu nous importe de savoir pourquoi, ni comment. Ainsi admettons-nous sans chercher à comprendre pourquoi la terre est ronde. Une vérité qui a mis presque trois siècles (de Pythagore à Galilée) a être admise et qu’un certain nombre d’entre nous continue, d’ailleurs, à réfuter[1]

Le meilleur système de santé au monde ?

Thomas Kuhn, philosophe des sciences américain, explique ce type de préjugé en développant la notion de paradigme, dans son ouvrage La structure des révolutions scientifiques[2]. Il définit le terme comme une communauté d’esprit sur des objectifs et des méthodes qui empêche d’appréhender les faits nouveaux qui ne rentrent pas dans les schémas couramment admis jusque-là. L’aveuglement dure jusqu’à ce qu’“un événement, relativement soudain et non structuré” s’impose…

C’est probablement pour cette raison que nous croyons encore aux conclusions du rapport de l’OMS, publié dans les années 80, donnant la France comme ayant le meilleur système de santé au monde, alors que cette assertion n’était basée que sur la densité et la diversité de l’offre de soins sur le territoire national, sans s’attarder à leur qualité ! … Quarante ans après, nous sommes encore beaucoup à croire aux conclusions de ce rapport, alors que le même organisme, à peu près à la même époque, donnait l’Espagne et la Suède comme les meilleurs élèves en matière de mortalité maternelle avec la Suisse. Un indice, qui, permettait denoter le plus large écart entre pays développés et pays en développement et qui classait alors la France comme un des plus mauvais élèves, avec l’Allemagne. (Voir graphique en fin d’article)

L’hôpital, est rapidement devenu, depuis sa spectaculaire transformation en 1958, grâce au professeur Robert Debré, l’ultime garant de notre Santé publique dans l’esprit de nos concitoyens. Et partant, le nec plus ultra de la médecine moderne. Une assertion contre laquelle son fondateur avait lui-même tenté de nous mettre en garde. En vain.

Force fut de constater, dès 2003, à la suite d’une commission d’enquête parlementaire sur le drame de la canicule que subit la France cet été-là, l’incapacité pour l’hôpital de faire face à ses missions ; une grande partie de son inadaptation tenant tout autant à la perception qu’avait la population de la maladie, qu’à la (mauvaise) gestion, au sens large, de notre système de soins par les pouvoirs publics.[3]

Comme les grands corps d’État, l’armée ou la Préfectorale, le monde hospitalier est l’héritier d’une haute idée du service de l’homme. D’abord régit par l’Église, l’hôpital fut confié aux bons soins de la République, à mesure que la médecine remplaçait le recours à la puissance divine pour la guérison des malades. Dès lors, le financement de notre système protection sanitaire a rapidement évolué jusqu’à ce que l’hôpital devienne un des premiers sinon le premier employeur de France dans les années 80. Devant l’automobile ! L’Hôtel Dieu détrônant Billancourt ! … [4]

C’est ainsi que l’on vit apparaître des monstres administratifs tels l’AP-HP (Paris), les Hospices de Lyon, l’AP-HM (Marseille)… détenteurs de réels pouvoirs politiques et financiers – le tout se jouant dans un entre-soi subtil avec les différents syndicats et courants d’intérêts communs, sociétés savantes, franc-maçonnerie… – jusqu’à tétaniser l’action publique. Un système administré dont le politique, est le pivot, pour permettre la (juste[5] !) répartition des charges et des prébendes publiques, à partir de la gestion de la vie de la Cité, de l’hygiène, comme de l’entretien des jardins ou des monuments historiques…

La création de nombreux emplois arbitraires

J’ai évoqué, dans mon récent ouvrage, Démocratie sanitaire[6], qu’une partie de la responsabilité de la perte de qualité des soins hospitaliers que l’on connaît aujourd’hui, était largement dû à ce qu’on appelle la Tarification à la pathologie des hôpitaux – la T2A. En 2004, lors des derniers débats sur l’installation de cette réforme, j’avais conclu dans un article pour le compte d’un journal professionnel, que :
Le passage d’un mécanisme administratif de régulation (la dotation globale des hôpitaux) à un mécanisme économique, nous condui(sai)t à ce paradoxe pour le moins étonnant, au vu de la mise en œuvre des procédures de codages des actes, de gestion, et de contrôle des activités dont a besoin la T2A, à la création de nombreux emplois arbitraires[…] au détriment des équipes de soins.”[7]

Comme un malheur n’arrive jamais seul, la désertification de nos territoires a ajouté, au dysfonctionnement de nos hôpitaux, la pratique anglo-saxonne des week-ends. En effet, en 2004, sous Monsieur Mattéi, ministre de la Santé de Jacques Chirac, les médecins de ville ne furent plus légalement obligés d’assurer une veille pour les urgences pendant le week-end et les vacances. Jusqu’à cette époque, un médecin avait l’obligation d’assurer un service de garde en se faisant remplacer par un confrère. Cela avait le double avantage, outre d’assurer la constance des soins, de fidéliser une patientèle, tout en la fiduciarisant, pour ainsi dire, puisque celle-ci pouvait être revendue à un confrère, en fin d’exercice. Cela constituait à la fois une manière de pas de porte et de prime à la retraite, tout en assurant, dans la majorité des cas, une répartition stable de l’offre médicale régionale. D’où le satisfecit de l’OMS.

Le médecin était, alors, un être proche du malade – souvent, le médecin de famille. Un de ces personnages qui, avant les smartphones, dans les dîners en ville, prévenait la maîtresse de maison qu’il avait donné son numéro de téléphone à elle, pour le cas où l’on aurait besoin de lui. C’était un personnage à part ; un peu plus qu’un être humain et qui inspirait la confiance. Un maillon essentiel dans la lutte contre la maladie, mobilisable instantanément, à discrétion, jusque dans la lutte contre les épidémies et les catastrophes naturelles.[8]

Les urgences, seul accès aux soins pour les populations les plus défavorisées

Un rôle qu’a pris, aujourd’hui, sans vraiment le désirer, l’hôpital, où plus de 70 % de la population meurt[9] et où près d’un tiers de la population séjourne chaque année, faisant de la médecine d’urgence une pratique courante, tant pour des raisons de disponibilités que de délais de prise en charge, au détriment d’une politique de prévention sanitaire concertée. Une manière de soigner inadaptée, car répondant le plus souvent à des demandes excédant la mission des établissements de soins ; incapable de réparer la faillite de notre système de couverture sociale, et ce malgré les tentatives de créer des filets de sécurité, comme la CMU ; le service d’urgences restant le seul accès abordable aux soins pour les populations les plus défavorisées de notre territoire, lesquelles s’y rendent quasi exclusivement et souvent, bien trop tardivement.

Il serait déraisonnable de revenir au système ante mais il est clair que ce constat montre que notre logiciel n’est plus adapté.

Un climat de flegme de bon aloi

C’est par un de ces services d’urgences, que l’hôpital s’est récemment rappelé à moi. J’ai toujours évité, même lorsque je travaillais à son service, de trop m’approcher de ces établissements, publics ou privés, où la maladie règne en majesté et les infections rodent, prêtes à vous foudroyer à la moindre inattention.

Et, cette fois-ci, c’est en hurlant des insanités que je me suis brusquement réveillé ligoté sur un lit de douleur, dans un monde digne des films de Science-fiction où, anonymes et flottants, des succubes sortis tout droit du royaume d’Hadès se succédaient à mon chevet dans un éblouissement de fin du monde. Femmes naissant de l’ombre pour opérer quelque subtil travail de ménage, jeunes filles, blondes et girondes, en uniforme blanc à liseré bleu, s’exerçant, selon l’heure, au lancer d’un bol de café tiède, ou d’une carafe d’eau glacée ; infirmières sonores armées de dangereux attirails, telles de preux chevaliers escortés de leurs pages, de retour des Croisades… Un monde d’un autre temps, formant une cour autour de ma personne, tel Sardanapale prostré et vindicatif sur le lit de ses supplices, tel que l’a immortalisé Delacroix.

Au fil des jours qui suivirent, la santé me revenant, grâce aux bons soins que je reçus, je donnais un nom à toutes ces étrangères qui s’affairaient autour de moi. S’il était difficile, voire impossible, de parler avec les deux premières catégories de visiteuses errantes dans un permanent état de catatonie, les autres soignantes se révélèrent très vite être de chair et de sang. Elles pénétraient en binôme dans la chambre : l’infirmière en tête, derrière l’écran de l’ordinateur d’un imposant chariot encombré de fioles et de tuyaux, suivie de son écuyère, aide-soignante et femme à tout faire.

Le jour, il s’agissait généralement des femmes de type caucasien. Elles étaient le plus souvent aidées de femmes plus jeunes, d’origines sub-sahariennes. Le service de nuit, voyait l’arrivée de Françaises des DOM-TOM, compétentes et souveraines. Tout ce monde palliant le staff médical qui brillait par sa rareté. Un monde qu’on imaginait au bloc, taillant dans le vif, découpant, raccommodant. Nous avions de ses nouvelles par le biais d’internes hagards, émergeants entre deux shifts, pour tout de suite disparaître, en bégayant quelques charitables paroles pour ne plus jamais revenir.

Pendant ce séjour, d’autant plus interminable que le manque de personnel étirait les jours en longueur, rien ne donna jamais lieu à des plaintes, à de l’énervement, ou à des disputes. Ces enfants, pour la plupart – car ce sont, majoritairement, de très jeunes femmes que l’on trouve à ces postes -, semblaient installées pour l’éternité. Aimables, gentilles, placides, elles m’encourageaient de la voix à faire encore un effort, demandant sans y croire si elles pouvaient faire quelque chose pour moi, s’apitoyant sur mon sort, sans jamais faire suivre un acte à leur parole. Dans un babil charmant, elles parlaient de leur métier, de leur vie à la maison, avec leur mari, leur petit copain, comme d’une chose vue à la télé ou de ce qui se rapporte d’une conversation au MacDo avec les copines, tout en laissant leurs chefs faire le travail à leur place, faute probablement d’un minimum de temps pour qu’on leur expliquât le b.a.-ba du métier…

Une humeur égale donc. Un climat d’un flegme de bon aloi entre le corps soignant et les malades. Un flegme que je me gardais bien de contrarier par de pressants besoins de santé, tant je n’osais déranger un emploi du temps accablant au chevet de malades bien plus importants que moi…

Il faut dire, qu’en termes de budget de fonctionnement, l’activité des « soins » proprement dite ne représente pas grand’ chose du travail à hôpital. Il est, en moyenne, selon les chiffres récents, de l’ordre de 15 %[10] du budget total. Le plus gros poste de dépenses étant celui consacré aux salaires (±67%)[11]auxquelles il faut rajouter la part salariale des autres postes de dépense, tels, grosso modo, 9%, et 9 autres pour cent, pour les amortissements et frais financiers. Ce qui pousserait certains esprits facétieux à dire que l’hôpital vit en parfaite autarcie, puisqu’il n’a pas besoin de malades pour justifier son chiffre d’affaires. Une constatation d’autant plus tangible que l’hôpital semble dans l’incapacité de faire face aux fluctuations d’activité lors des week-ends ou pendant les vacances – sans parler des épidémies.

Tout comme nos autoroutes, les hôpitaux saturent aux heures de pointe. Avec cette différence, et de taille, c’est que leur surcroît d’activité n’est pas porteur de bénéfices ou d’économies d’échelles, bien au contraire ! Son personnel étant le plus souvent insuffisant devant la demande pressante des malades, c’est la surchauffe et le blocage, qui menacent.

Un rééquilibrage indispensable

A la vérité, ce manque d’efficacité de l’« entreprise » hôpital est peut-être le signe que cette institution est déjà obsolète. A moins qu’elle ne l’ait été dès sa conception. Comme l’avaient été les sanatoriums contre la tuberculose.

Ces propos volontairement outranciers n’en désignent pas moins un défaut assez inquiétant de la conception de l’outil hôpital, qui semble aujourd’hui dépassé, à la fois par le nombre de malades l’assaillant mais aussi par le progrès scientifique, lequel multiplie à l’envie les postes de dépenses et fait éclater ses structures de façon quasi exponentielle.

On comprend la volonté des pouvoirs publics de réduire le nombre de lits. Une volonté d’autant plus indispensable et délicate à appliquer que le « lit » hospitalier n’est pas qu’un meuble mais une unité de mesure administrative qui inclue tout un falbala de personnel, de locaux, de machinerie, selon la qualité dudit lit (urgence, SPC Soins Particulièrement Couteux, gynécologie…). On le voit, tout sauf une simple opération arithmétique permettant d’embaucher mes adorables petites infirmières ! Un rééquilibrage pourtant indispensable si l’on se base sur les enseignements de l’épidémie du Covid, où une thérapeutique rapidement mieux adaptée fit baisser la mortalité et le recours aux lits de réanimation, mieux que des soins personnels. Et, dans un deuxième temps, la vaccination, qui limita d’autant plus le recours auxdits services de réanimation.

Nous sommes dans un temps de grande mutation où l’institution hôpital doit évoluer vers plus de souplesse et moins de concentration pour faciliter l’application des progrès fulgurants de la recherche médicale. Sans parler d’un renforcement d’une politique de santé préventive pour laquelle la France a toujours été le mauvais élève. Ce qui passe non seulement par une refonte de l’enseignement de la médecine, mais aussi par une redéfinition de la mission du médecin ; voire d’un nouveau statut social lié à la formation du personnel soignant où la rémunération remplace ce qu’était jusqu’à maintenant la vocation. Un besoin d’autant plus urgent, au vu des progrès fulgurants de l’intelligence artificielle et de ses exploits dans les sciences du vivant. Notamment pour ce qui concerne les diagnostics et les actes de haute technicité.[12]Les postes clés où l’homme est irremplaçable doivent se voir redéfinis. Une redéfinition qui ne va pas sans réinventer une nouvelle transcendance. De nouveaux paradigmes aurait dit Thomas Kuhn.


Les indices de mortalité maternelle

On notera la place particulièrement mauvaise du « modèle allemand ». En ce qui concerne le coté́ purement “performances” du système de soins, la France aurait dû être alignée sur le Portugal, pour respecter la droite de régression. On peut voir que la nature du système de financement des soins n’est pas en cause, puisque des pays aussi différents que l’Autriche et la Belgique ou encore l’Irlande et la Grèce se trouvent sur la même ligne médiane. Il faut cependant noter que les chiffres de la mortalité́ maternelle de l’OMS ont été donnés ici pour l’année 1990, alors que ceux du coût/PIB sur le même tableau, sont de 1998. On ne se méfiera jamais assez de la Statistique ! L’Angleterre, aurait plus tardivement affiché un taux de mortalité maternelle beaucoup plus grand que ceux indiqués ici – de l’ordre de 12,8 p 100 000… L’OMS estime que “Parmi toutes les statistiques de santé que suit l’Organisation mondiale de la Santé, la mortalité́ maternelle est celle où l’on note le plus large écart entre pays développés et pays en développement.” Ces deux indicateurs sont corrélés à l’espérance de vie à la naissance. De 1960 à 1980, la période néonatale comptait davantage de décès à elle seule que les onze mois suivants ; à partir des années 90, ces deux composantes pèsent à peu près le même poids.

La santé à vif

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Démocratie sanitaire

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En 20 ans, la fréquentation des urgences à explosé

Depuis la Réforme hospitalière de MM Evin, Juppé et J.-L. Bianco…

Pour aller plus loin, on lira avec profit le dernier ouvrage de Jean de Kervasdoué, ancien directeur des Hôpitau, professeur émérite au CNAM, La santé à vif, Éditions humenSciences


[1] Voir Courts-circuits, Etienne Klein, Gallimard, 2023

[2] Champs, Flammarion Sciences ; 1962

[3] Didier Houssin directeur de la politique médicale de l’AP-HP (2003)

[4] En 2023, les dépenses hospitalières seront de l’ordre de 125 milliards d’euros, presque trois fois plus enlevées que le budget des armées (43,9 milliards) et trente fois plus que le budget du Ministère de la culture (4,2 milliards) ! Elles dépasseront sensiblement la recette globale de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (109 milliards attendus en 2023). Jean de Kervasdoué Juin 2003. Le Point.fr

[5] Sans rire …

[6] https://www.amazon.com/dp/B0BW2RY4XN?psc=1

[7] « Un long séjour de fiançailles… », pour Soins, 3 octobre 2004

[8] Et dont on aurait été bien inspiré de se servir durant les épidémies de H1N1 et du COVID…

[9] Ce chiffre était pratiquement inversé, il y a cinquante ans.

[10] Ça l’était déjà dans les années 80.

[11] Essentiellement des salaires.

[12] Prenez garde spécialistes et experts de tout poil !

Diversion: après le Covid et l’Ukraine, le harcèlement!

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Difficile de trouver une cause plus juste, plus consensuelle que la lutte pour le bien-être des enfants et des ados dans l’enceinte des établissements scolaires de la République…


C’est d’une telle évidence, mais aussi d’une telle facilité intellectuelle que cela sent la diversion grossière à deux mètres. Dans une ambiance de fin de règne, tant l’échec est palpable dans tous les domaines, le jockey Attal est prié par l’écurie Macron d’enfourcher le canasson “harcèlement” et de se mettre fissa au galop. Mais la ligne droite d’Auteuil est encore loin, Attal n’a pas encore franchi “la rivière”, ni “le juge de paix”.

“Harcèlator”. À chaque rentrée de tous les dangers, on nous harcèle avec un dossier qui envahit l’espace politique afin d’éclipser la faillite carabinée de l’État. Avec un Macron en chevalier blanc pour incarner la cause, la croisade. Il a déclaré la guerre au Covid, la guerre à la guerre en Ukraine. Il est revenu le casque cabossé et l’uniforme tout pourri de toutes ces campagnes. Cette fois-ci il préfère mettre le pied d’un jeune cavalier à l’étrier.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Souris mâchée, soirée gâchée: les barbares sont aussi en classes prépas

“Harcèlicide”. Comme à chaque fois que l’on fait sauter un tabou planqué sous les tapis d’un ministère, il est fort à parier que les cas de harcèlement vont grimper sur les murs de l’Education nationale à la vitesse du lierre. Et que l’on va se taper du Attal matin, midi et soir, coup de com’ grossier pour lancer le produit à peu de frais pour 2027. L’électeur n’a pas fini d’entendre à quel point ce jeune homme est formidable, compétent et surtout courageux pour attaquer frontalement son administration, pour dénoncer la lâcheté tapie dans les rectorats. Pourquoi pas d’ailleurs, mais cela pourrait se faire naturellement sans les trompettes de la renommée, qui accompagnent dorénavant le moindre de ses pas. À déplacer l’illettrisme et l’entrisme des barbichettes, de la Une aux marronniers de l’automne.

“Harcelètisés”. Comment va réagir le mammouth, harcelé par son ministre de tutelle? Si la lâcheté peut exister à tous les étages de l’Administration, elle est, à n’en pas douter, beaucoup plus partagée, et depuis des lustres, dans la classe politique. Et à un niveau tel, qu’il est possible que la peur, la frousse, sont plus appropriées pour qualifier le comportement du personnel éducatif. Sous-payés, jetés en chair à canon en première ligne de tous les maux qui rongent notre société, il est un peu facile de les tenir seuls responsables des drames récents. Comme il est un peu facile d’endosser le costume de l’ultime sauveur pour le ministre. Question chiffon, on leur demande, en plus d’être arbitres des élégances. Sous la surveillance des barbus, sans la protection des flics au cas où… Au cas où cela dégénère, ce qui ne saurait tarder face au harcèlement textile à venir.

A ne pas manquer: Causeur: Gauche Médine contre France Sardou

Attila Attal. Quand la machine des communicants de Macron se met en marche ce n’est jamais sur la pointe des pieds. À gros sabots elle charge la mule d’Attal, lancée comme un frelon asiatique à l’assaut de l’opinion. Les emmerdes de Macron volant en escadrille, la ficelle Attal, un peu trop grosse pour être crédible, la guerre de succession déclarée, toute tentative de diversion est vouée à l’échec. Attal n’est pas près de faire l’arrivée à Auteuil, les caddys et les réservoirs ne sont pas près de faire le plein.

Lampedusa: « Marine Le Pen, Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen font des moulinets »

A l’occasion des premières “Rencontres de la souveraineté” qu’il organise avec l’ancien député LR Julien Aubert le week-end prochain à Nîmes, et à l’approche des élections européennes de juin prochain, le président de République Souveraine plaide pour une alliance entre la gauche patriote et la droite gaulliste.


Causeur. Les Rencontres de la souveraineté sont-elles une plateforme de lancement pour une campagne aux européennes ?

Georges Kuzmanovic. Les Rencontres de la Souveraineté sont une étape qui ne cache aucun agenda secret. A ce stade, nous voulons que « les républicains des deux rives » se rencontrent. Mais nous sommes encore loin d’une plateforme commune pour une campagne européenne. Nous allons nous écouter, comprendre clairement les lignes rouges de chacun, et défricher les terrains praticables en commun. C’est une question de méthode. Sachant que, malgré nos divergences, chacun est d’accord pour dire que la souveraineté est notre clef de voûte.

« La crise migratoire est un sous-produit de la mondialisation néo-libérale! »

Georges Kuzmanovic Photo: Hannah Assouline

Mais tout le monde n’en est-il pas désormais convaincu, à commencer par Emmanuel Macron ?

Depuis la crise du covid, le mot « souveraineté » est passé du statut de concept désuet et rétrograde à une nécessité que comprennent tous les Français. On ne peut plus continuer avec une balance commerciale négative à hauteur de 200 milliards d’euros par an. On ne peut plus accepter que le pays de Pasteur, ne produise quasiment plus de vaccins, de médicaments, d’instruments de santé. On ne peut plus accepter que la patrie des ingénieurs qui ont fait le Concorde, Ariane, le TGV, le nucléaire et tant d’autres choses, soit à la traîne industriellement et dépendante de pays, qui, comme on le voit ces derniers temps, peuvent devenir des adversaires géopolitiques. C’est parce que la question de la souveraineté est à son kairos qu’Emmanuel Macron, même lui, est obligé de faire avec. Mais la souveraineté qu’il prône, « la souveraineté européenne » est un oxymore. C’est la continuation de ce qui s’est fait depuis quarante ans, et qui nous a conduits, par le biais des traités européens désavantageux et des traités de libre-échange, dans la situation où nous nous trouvons. Seules en ressortent grandies et plus fortes les multinationales et les institutions financières. Macron est comme le médecin de Molière. Il veut appliquer davantage du remède qui nous tue à petit feu.

Vous avez rompu il y a cinq ans avec la France insoumise notamment sur les questions d’immigration. Quelle est votre position sur ce qui est en train de se passer à Lampedusa ?

La raison principale de ma rupture avec La France insoumise tenait au changement de ligne par rapport à l’Union européenne. La question de l’immigration n’en est qu’une conséquence, certes importante. Ce qui se passe à Lampedusa est une tragédie humaine et une déconfiture politique. Pour les immigrés et pour les habitants de l’île d’abord. C’est aussi l’illustration dramatique de l’impuissance politique de Bruxelles à trouver une solution. Ça a permis à plusieurs personnalités, dont Marine Le Pen, Giorgia Meloni ou encore Ursula von der Leyen de faire des moulinets, dont il ne devrait rien ressortir. Pas plus que lors de la précédente crise migratoire à Lampedusa il y a dix ans, presque jour pour jour. En une décennie, l’Union européenne n’a produit qu’un « pacte européen sur la migration et l’asile », le 23 septembre 2020, bien vague et de toute façon ratifié par personne. La vérité, et il faut vraiment se le mettre dans la tête, c’est que la crise migratoire est un sous-produit de la mondialisation néo-libérale. L’Europe est dévorée par sa propre folie, comme le fut l’URSS. La question est : quand y mettrons-nous un terme ? La réponse est : quand nous aurons reconquis notre souveraineté nationale – et pas européenne – et quand nous aurons accepté la souveraineté réelle des autres nations, en particuliers africaines, ce qui signifie d’arrêter de les considérer, comme au temps des colonies, comme un déversoir à nos productions et comme un vivier de main d’œuvre corvéable à merci.

Soyons concrets, imaginons que vous deveniez membre du Parlement européen : œuvrez-vous au Frexit ?

En ce qui me concerne, non. J’ai plus d’ambition pour mon pays. Le Frexit, pour une nation de notre ampleur, est un enfantillage. La France n’a pas vocation à être isolée, nous sommes au cœur du continent et nous sommes un des peuples qui a le plus contribué à faire l’Europe, au sens civilisationnel. La vocation de notre pays est d’être un moteur qui emmène vers de nouveaux horizons. L’idée d’une coopération entre États européens demeure donc, à mon sens, une belle idée, dans bien des cas nécessaires. Mais contrairement aux européistes mondialistes, je dirais, comme le déclamait admirablement Jean Gabin dans Le Président d’Henri Verneuil, que « c’est sur la nature de cette Europe que l’on ne s’entend pas ». Je rappelle d’ailleurs que dans ce film, l’adversaire de Gabin, interprété par Bernard Blier, est un homme politique qui a fait un début de carrière dans une banque – suivez mon regard. Il faut l’Europe des peuples et des États-nations, pas l’Europe des banques. Pour cela il faut abattre cette Union européenne, ou l’aider à s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions ! Ensuite à nous de rebâtir un nouveau partenariat européen, fait de coopérations bilatérales et multilatérales. La vision qu’en avait le Général de Gaulle et la forme qu’il proposait avec le plan Fouchet et le Traité de l’Elysée de 1963 me semble la bonne ligne à suivre.

Vous n’êtes pas seul à prôner le souverainisme. Comment vous positionner par rapport à Nicolas Dupont-Aignan, dont le parti DLF a obtenu 3,51% des voix lors des dernières élections européennes (pas assez donc pour siéger à Strasbourg) ? Et par rapport à l’UPR de François Asselineau (1,17%) ?

François Asselineau a déclaré de manière limpide vouloir faire les choses seul. C’est évidemment une impasse. Quant à Nicolas Dupont-Aignan, il doit choisir sur quel pied danser. Un jour il évoque une union de ceux qui défendent la souveraineté, un autre jour « l’union des droites » avec Éric Zemmour et Marion Maréchal. Soyons sérieux, Zemmour et Maréchal incarnent ce que fut le Front national du temps de Jean-Marie Le Pen, ils sont libéraux économiquement, atlantistes en géopolitique et rabougris sur les questions identitaires. On est loin de De Gaulle et de la défense de la souveraineté. Car il ne peut pas y avoir de souveraineté si les pouvoirs d’argent ne sont pas contrôlés, si nous nous inféodons économiquement à Francfort et géopolitiquement à Washington. La première cause de destruction de la nation et de l’identité de la France est la finance mondialisée et débridée, loin devant le wokisme, qui n’en est qu’un sous-produit.

La présidente du conseil de l’Union européenne Ursula von der Leyen et la présidente du Conseil italien Giorga Meloni, Lampedusa, 17 septembre 2023 © Cecilia Fabiano/AP/SIPA

A l’échelle du continent, plusieurs leaders autrefois euro-sceptiques, comme Marine Le Pen, Matteo Salvini ou Andrej Babiš, ne tiennent plus un discours de rupture si franche avec Bruxelles. Ne sont-ils pas tout simplement devenus raisonnables ?

C’est pour cela que je crois que le Rassemblement national, à moins d’une étonnante surprise, est un leurre, comme l’ont été Giorgia Meloni et Matteo Salvini. Changer le cours des choses exige du courage, de la volonté et avant tout un plan. Or, de plan, ils ont donné la preuve qu’ils n’en ont pas. Voyez Madame Meloni, un jour qualifié de « néofasciste » avant de se voir repeinte d’un coup en « interlocutrice acceptable » dès lors qu’elle est allée rencontrer Ursula Von der Leyen et l’a assurée, d’une part, de continuer les politiques néolibérales imposées par la Commission européenne, et, d’autre part, de son atlantisme sans faille, l’Union européenne la laissant faire joujou avec les questions sociétales. De la même manière, Matteo Salvini, malgré ses rodomontades, a soutenu le gouvernement du très européiste Mario Draghi, ex-patron de la Banque centrale européenne et ex-banquier chez Goldman Sachs. Tout ça pour ça ? Par ailleurs, je crois que Marine Le Pen est frappée par les mêmes illusions que la gauche de gouvernement au tournant de l’an 2000, qui avaient totalement fourvoyé Lionel Jospin, alors Premier ministre. Régnant à cette époque sur l’Europe, cette gauche de gouvernement a mis en place des politiques néolibérales, en assurant que ce serait le moyen de faire évoluer « l’Europe de l’intérieur » vers plus de social. On connait la suite, ce fut le mantra de l’impuissance. Il n’y pas eu plus mais moins de social. Je vois que les partis dits eurosceptiques de droite ou ceux d’extrême droite se sentent à leur tour pousser des ailes. Ils espèrent qu’ils seront majoritaires au parlement de Strasbourg et qu’ils pourront alors mener les politiques migratoires et de sécurité qui les unissent. C’est pourquoi ils mettent de l’eau dans leur vin concernant la construction européenne. Mais l’Union européenne est un carcan non démocratique. Une chape de plomb qui empêche absolument toute autre politique que celles voulues par la Commission de Bruxelles.

Vous dites combattre frontalement Emmanuel Macron. Y compris dans le dossier ukrainien ?

Bien évidemment. Même si je dois reconnaître au président qu’il a eu, et le seul dans l’Union européenne, la bonne attitude au début du conflit, celle d’aller discuter avec Vladimir Poutine et de tenter de décrocher un accord. Négocier, trouver une solution pacifique, c’est ce que doit faire le chef d’une nation comme la France. Seulement, Emmanuel Macron est rapidement rentré dans le rang. Les critiques des Européens plus soumis ont eu vite raison de ses velléités d’agir en acteur géostratégique indépendant. Je dois avouer que sur la guerre en Ukraine, je suis largement en accord avec Nicolas Sarkozy, qui défend une ligne réaliste et non pas une ligne idéaliste menant aux bains de sang et aux impasses. Quand il y a un conflit armé, on doit se demander quels sont les intérêts de la France, puis décider si l’on doit entrer en guerre en fonction de nos intérêts. Comme le disait le Général de Gaulle, « les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Nous n’avons rien fait de cela. Alors que notre constitution nous impose que le parlement se prononce sur nos engagements, or, depuis l’Afghanistan, on ne le fait plus. Il est urgent de faire la paix, ce qui passe par des pertes territoriales pour l’Ukraine. En mars 2022 Volodimir Zelensky y était disposé, mais il en a été dissuadé par les Etats-Unis comme l’a rapporté le Premier ministre israélien d’alors, Naftali Bennett. L’option de la paix implique aussi que l’Ukraine ne rentre ni dans l’OTAN ni dans l’Union européenne, une position que Nicolas Sarkozy partage aussi du reste. Si cette option n’est pas choisie, la seule issue sera l’escalade, avec un risque d’extension de la guerre, et au minimum la garantie d’une aggravation de la situation économique, déjà mauvaise.

Lors des commémorations des 50 ans de la mort de Salvador Allende, Jean-Luc Mélenchon est apparu arborant à la boutonnière une cocarde tricolore. Vous qui le connaissez bien, pour avoir été un de ses proches collaborateurs par le passé, comment interprétez-vous ce geste ?

D’abord, Salvador Allende n’est pas juste mort. Il s’est suicidé lors du coup d’État organisé par la CIA et qui a mis Augusto Pinochet au pouvoir. Comme dans 64 autres situations du même genre depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Cette année, nous avons également commémoré le 70ème anniversaire du coup d’État contre Mohammad Mossadegh, qui voulait un Iran plus souverain notamment sur les questions énergétiques. Pour revenir à votre question, quand j’étais en charge des questions internationales et de défense à La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon était différent. Il était universaliste républicain, anti-communautariste, il était pour combattre l’islam politique et pour la régulation de l’immigration. Il n’était pas tombé dans le wokisme. Un de ses combats d’alors était de faire revenir dans le giron de la gauche les termes comme « nation », « indépendance », mais aussi le drapeau bleu-blanc-rouge, la cocarde, la Marseillaise, etc. Et nous avions eu d’ailleurs beaucoup de succès. Ce sont des symboles, dont beaucoup doivent à la gauche ; il n’y a aucune raison de les abandonner à tel ou tel courant politique. Maintenant, je ne saurai expliquer la logique qui meut à présent Jean-Luc Mélenchon. Un jour ces symboles sont positifs et un autre ils ne le sont plus. Visiblement c’était un bon jour.

Souris mâchée, soirée gâchée: les barbares sont aussi en classes prépas

On ne dit plus « bizutage », on dit « soirée d’intégration ». Mais ce qui était autrefois prétexte à des débordements d’un goût douteux est devenu l’occasion de scène de barbarie, comme en témoigne l’affaire de la souris croquée vivante par un élève de classes préparatoires du lycée Thiers, à Marseille. Notre chroniqueur, qui y enseigna, s’en indigne — et la rédaction de Causeur avec lui.


Et d’abord, les faits. Lors d’une « soirée d’intégration », un élève de classe préparatoire du lycée Thiers, à Marseille, a mis dans sa bouche la souris apprivoisée d’une camarade, et l’a tout simplement croquée — vivante.
Même Néandertal les faisait cuire avant de les déguster…

Le rectorat d’Aix-Marseille n’a pas souhaité faire de commentaires, les faits se déroulant lors d’une « soirée arrosée hors du lycée ». Il reconnaît toutefois une « affaire choquante ». La direction du Lycée Thiers de Marseille n’a pas souhaité non plus s’exprimer sur le sujet. 

Je suis scandalisé. Non seulement en tant qu’ami des bêtes (et la Fondation 30 millions d’amis a annoncé son intention de porter plainte), mais en tant qu’ex-enseignant de ces mêmes classes prépas dans ce même lycée.

A relire, du même auteur: Harcèlement, violence, lâcheté et morgue administrative: la chaîne fatale

Il y a quelques années, une racaille des Quartiers Nord avait eu l’intelligence de se faire filmer en train de fracasser un chaton contre un mur. Arrêté, il avait été condamné à un an ferme (la peine maximale, pour cruauté envers les animaux, est de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende), et envoyé aux Baumettes, où quelques durs incarcérés là-bas, qui ont obtenu l’autorisation d’avoir un chat dans leur cellule, lui ont expliqué le respect que l’on doit aux bêtes. À Brest, en 2014, c’est tout un groupe de jeune gens qui s’est « amusé » à torturer un chaton. Plus la proie est petite et sans défense, plus la cruauté des sadiques s’exerce impunément.

L’attitude pour le moins réservée du recteur est inexplicable. L’élève en question devrait déjà être renvoyé du lycée, à titre conservatoire, et rayé de toutes les prépas à tous les concours, en attendant une condamnation en justice.

Parce que tuer ainsi une souris témoigne d’une dégradation mentale irrattrapable. Tenez, un exemple :

« La première fois qu’il éprouva ces « sensations », il sortit pour aller étrangler un chat. Après cela, il se sentit « soulagé » pendant tout un mois. En novembre, ce fut un grand chien de berger (…) Après avoir dû, pendant deux mois, se contenter d’oies et de poules, il se risqua à égorger un vagabond endormi. »
C’est ainsi que Ian Fleming décrit la jeunesse de Donovan Grant, dans Bons baisers de Russie.

A lire aussi, du même auteur: Génération connards

Je ne gloserai pas sur « qui gobe un œuf tue un bœuf » ; Mais ce dont témoigne cette répugnante affaire, c’est de l’ensauvagement, (la « brutalization », disait l’historien américain George Mosse) de la société française. Et plus seulement dans les quartiers déshérités où l’éducation est désormais limitée à la portion congrue. Non : même chez les enfants des CSP+, l’absence de conscience morale, la restriction nécessaire au niveau du Surmoi, n’existent plus. Les barbares sont parmi nous.

J’appelle le nouveau proviseur du lycée Thiers et l’administration centrale à, prendre immédiatement les mesures de protection des élèves qui s’imposent. Un étudiant capable d’un tel acte de cruauté, quel que soit le prétexte alcoolisé dont il ornementera cette sinistre histoire, quel que soit le repentir dont il affichera les marques, est capable de tout — et du reste. Et du pire.

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Le gâteux, le pas gâté et le raté

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Kevin McCarthy a lancé le premier acte de la procédure de destitution à l’encontre du président Joe Biden. En toute logique, normalement, cela devrait marquer un moment d’inquiétude, voire d’angoisse, dans le camp Biden. Or les Démocrates semblent indifférents, voire contents… En effet, le parti Républicain va mal en réalité, et cette procédure en est le reflet. Harold Hyman raconte et analyse.


Le 12 septembre, Kevin McCarthy a finalement ordonné une enquête pour voir s’il y a matière à impeachment. La chose la plus étonnante, dans ce nouveau chapitre d’un feuilleton politico-judiciaire américain sans fin, c’est sa très faible possibilité de réussite ! Le président de la Chambre des représentants des États-Unis a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire, qui dira si l’on peut constituer une commission parlementaire d’enquête à charge et à décharge, ce qui marquerait le début formel de l’impeachment. Mais cela prendrait de nombreuses semaines, et paralyserait les travaux de la Chambre. Est-ce que les députés républicains eux-mêmes accepteraient l’ouverture de la phase « impeachment » ?  14 députés ont gagné dans des zones qui ont majoritairement choisi Biden président. Ces quatorze élus, déjà, n’auraient aucune envie d’autoriser un impeachment car ils craignent pour leur réélection. 

McCarthy sous pression

Sur le fond, il n’y a pas une masse incontournable de faits incriminants ni même nouveaux. Les sénateurs Républicains ont déjà mené une enquête en 2020 contre Joe Biden, avec les mêmes éléments qui sont maintenant ressuscités par M. McCarthy. Ce dernier, de tendance modérée, est l’un des présidents de la Chambre les plus mal installés, suite aux concessions explicites accordées à son aile droite populiste dans un « pacte » qui permet à un seul député d’exiger sa révocation du perchoir. Le chef de file de ce groupe est Matt Gaetz, de Floride, qui a trouvé l’ouverture de cette nouvelle enquête parfaitement insuffisante, et a dénoncé le manque de sincérité de M. McCarthy – « Les mots du président de la chambre ne sont pas sincères ! ». Il menace à présent de renverser le président de son perchoir, et il en a le pouvoir.

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En clair, McCarthy a été pressuré pour ouvrir cette enquête, afin de garder son poste et de maintenir le bon financement du gouvernement fédéral qui aurait pu être paralysé le 30 septembre avec un énième risque de « shut-down ». Mais McCarthy pense que le public américain ne veut ni shut-down, ni impeachment, et donc c’est Matt Gaetz qui pourrait être submergé et le ridicule pacte enterré… En tout état de cause, Biden ne risque pas la destitution car le Sénat, qui devrait agir comme jury, est à majorité démocrate. La première guéguerre civile a lieu au sein du parti Républicain.

Soupçons de corruption et… de sénilité

Cependant, une enquête pourrait exhumer des éléments embarrassants. Les députés partent à la pêche pour voir quel nouveau méfait ils pourraient accrocher à leur tableau de chasse grâce à leurs pouvoirs d’enquête. Les récentes  allégations incriminantes contre Joe Biden sont très minces: il serait venu à des dîners payants organisés par son fils. Comment prouver qu’il a discuté d’avantages pécuniaires contre une influence politique, alors que Biden, alors vice-président, n’est resté que quelques minutes, à parler de la météo et serrer quelques mains ? Ceci s’ajouterait en tout cas aux allégations de corruption de Hunter Biden lorsqu’il a travaillé pour une société gazière ukrainienne, et de corruption collatérale de Joe Biden, alors vice-président. Juridiquement, l’affaire ukrainienne est très mince, et il est sûr que Joe n’a rien touché ni rien manigancé en faveur des intérêts de Hunter en Ukraine, même s’il était vaguement au courant. Le but de cette marche mort-née vers un impeachment est de salir la réputation de Biden, candidat à la réélection. 

Mais le camp démocrate a un souci plus préoccupant. Sans doute que l’âge de Biden est devenu un sujet majeur et électoralement délicat. Même un journal français d’ordinaire très favorable aux progressistes, comme Le Monde, le reconnait désormais. Alors que jusqu’à présent, tous ceux qui évoquaient la santé du président américain étaient renvoyés dans le marigot complotiste. Un récent sondage d’Associated Press-NORC montre que 77% des sondés, et 69% des Démocrates, pensent que Joe Biden est trop vieux pour être efficace lors d’un deuxième mandat. De nombreux Démocrates vous le diront en confidence, avec ce codicille touchant : il a l’air gaga, mais pourtant il s’en sort très bien finalement ! Le candidat Trump serait en outre lui aussi âgé, il n’est que de trois ans le cadet de Biden, et l’un comme l’autre ont une mémoire parfois défaillante. Seulement, comme Biden aime à restituer des faits et des souvenirs, il se trompe davantage que le milliardaire… En plus, l’actuel président a des moments de désorientation cognitive. Trump, qui ne semble lui jamais désorienté, préfère parler avec des superlatifs, et use de questions rhétoriques. Il produit ainsi un bon paravent à ses éventuelles lacunes. 

A lire aussi: Harold Hyman: «Les nations occidentales sont elles-mêmes en proie à une perte de confiance en la démocratie libérale parlementaire»

Dans le camp Démocrate,  il n’y a personne pour concurrencer Biden. Pourtant, à supposer que Joe Biden accepte de s’éclipser, la torche retomberait naturellement entre les mains de la vice-présidente. Reste que dans l’histoire politique américaine, c’est souvent sans grand succès que les numéros 2 sont recyclés en tant que candidats à la succession. Nixon, huit ans le vice-président du président Eisenhower, se lança directement dans l’arène en 1960, perdant la présidence remportée alors par John Fitzgerald Kennedy. Le vice-président de Lyndon Johnson, Hubert Humphrey, fut battu par Nixon sur le retour en 1968. George Bush père fut l’un des rares à directement l’emporter après huit ans à la vice-présidence. Kamala Harris, très faible dans les sondages, ferait bien de passer son tour, quitte à rebondir ultérieurement. Dans le parti Démocrate, un facteur de division vient en outre compliquer l’affaire: il s’agit de la bataille entre la gauche sociétale et les modérés. Biden est l’un des rares modérés à pouvoir maintenir la gauche dans le giron du parti, et il a aussi l’avantage d’attirer un électorat indépendant centriste qui ne voit que lui d’acceptable en anti-Trump… Ce scrutin de 2024 fera bouger toutes les lignes.

Donald versus Hunter

Le grand chamboulement politique de 2024 est d’autant plus évident que chez les Républicains, la campagne des primaires a commencé. La plupart des candidats veulent y être Trump à la place de Trump, comme le gouverneur de Floride Ron DeSantis. Certes, quelques postulants, plus rares, se voient en alternative avec une nouvelle forme de républicanisme, plus probe, en tout cas moins suspecte d’accointances russes. Il s’agit de Nikki Haley, ex-gouverneure de Virginie et ex-ambassadrice états-unienne à l’ONU, et de Chris Christie, ex-gouverneur de centre-droit du New Jersey qui avait pourtant été parmi les premiers à se rallier à Trump (en 2015) avant de le renier après le scrutin de novembre 2020, et bien avant l’assaut sur le Capitole. Néanmoins, si Trump reste plus populaire dans les intentions des électeurs Républicains que tous les autres candidats réunis, les inculpations et les procès pourraient finir par jouer. Il suffirait que suffisamment de Républicains cessent de croire en Trump le sauveur, ou encore que Trump soit incarcéré, pour tuer la foi en son retour.

L’entrepreneur Vivek Ramaswamy et l’ancienne ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies Nikki Haley, Milwaukee, 23 août 2023 © Morry Gash/AP/SIPA

Ce scénario reste à écrire, car Trump ne pourra sortir indemne de tous ses revers judiciaires. Il y aura des secousses et des révélations. L’on aura une campagne qui sera accompagnée d’un feuilleton judiciaire : les turpitudes de Trump et les magouilles de Hunter Biden. Une telle descente dans la jungle politico-judiciaire marquera assurément l’histoire du pays. Donald versus Hunter.

Etats-Unis : Tribus américaines

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Le mois d’août amer de Gilles-William Goldnadel

Notre ami Goldnadel, avocat et essayiste, pourfend cette gauche médiatico-politique selon laquelle on est trop pâle pour être victime et trop bronzé pour être coupable. Quant à l’hystérie qui a entouré la nomination de Geoffroy Lejeune au JDD et l’invitation mielleuse de Médine chez EELV, elles lui laissent un mauvais goût dans la bouche…


Rassemblement des députés de la Nupes en soutien à la rédaction du JDD en grève, Paris, 19 juillet 2023.  © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Je sais que j’ai tort. Je devrais m’en ficher et pour mieux dire m’en foutre. Mais j’ai un mauvais goût d’août amer au fond de la bouche. Il semblerait qu’il n’y ait rien à faire. Nos idées ont gagné mais rien n’a changé. Une grande partie des Français ignorent qui est Enzo. Ce jeune de 15 ans a été tué à la fin de juillet, rien que pour un méchant regard. Tué par deux voyous dont il n’est même pas la peine que j’écrive qui ils sont. Car s’ils ne l’étaient pas, on connaîtrait Enzo. Mais ni Le Monde ni France Inter n’ont parlé d’Enzo en raison de cet accord tacite et non écrit qui unit la presse convenue, je veux dire d’extrême gauche. Qu’elle soit privée, qu’elle soit publique. Les autorités d’occultation n’ont pas pris de vacances.

Mais il y a une potion aoûtienne plus amère encore : un mauvais clou chasse l’autre. Je me suis aperçu que j’avais oublié le pauvre Enzo quand je me suis préoccupé d’un autre crime occulté. Ce viol atroce d’une jeune femme à Cherbourg : son violeur lui a enfoncé dans le vagin un balai de 75 centimètres qui lui a perforé les viscères. Ensuite, il l’a torturée. À l’heure où j’écris ces lignes, elle est toujours dans le coma. Mais les féministes très progressistes, qui s’enflamment pour un geste inapproprié (même quand il est contesté par le mufle présumé), n’ont pas dit un mot sur ce crime d’exception. Aubry, l’Insoumise, a préféré twitter une vidéo sur les micros du Parlement européen qui ne seraient pas adaptés aux tenues des femmes (en réalité, si on comprend bien, c’est le nom, micro-cravate, et non la chose, qui est une offense aux femmes). J’allais oublier de vous dire, incidemment, que le bourreau récidiviste s’appelait Oumar N.

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Deux autres événementsn’auront rien fait pour me conférer l’auguste sérénité. Le premier concerne la croisade médiatique contre le JDD en général et Geoffroy Lejeune en particulier. Passe encore que Libération et Le Monde y participent. De la part de deux croisés de l’extrême gauche, c’est de sainte guerre. Mais que l’odieux visuel de sévices publics consacre des dizaines de reportages unilatéralement venimeux à trouver scandaleux qu’un journaliste d’« extrême droite » puisse rejoindre un titre respectable, quand on sait que le patron de sa matinale vient tout gauche de Libération, provoque chez moi une poussée d’urticaire aggravée par la chaleur ambiante.

Enfin, j’ai gardé le pire pour la fin : l’invitation de l’antisémite et homophobe Médine par la Rance Insoumise et EELV. Passe pour les Insoumis  qui assument depuis longtemps leur soumission à l’islamisme et à ses petits péchés mignons. Mais la justification de Marine Tondelier n’est pas piquée des hannetons menacés par la pollution. Il faudrait entendre l’auteur homophobe d’une déclaration antisémite (ou le contraire), dialoguer avec lui… parce qu’il est racisé. Dame Tondelier, pas genrée pour deux sous, est le Monsieur Jourdain du racisme bobo.

Pour tenter d’adoucir mon amertume estivale, je veux croire que l’extrême gauche, qui avait fait fond sur l’antiracisme vétilleux, a achevé de se déconsidérer lors de ses universités d’été.

Malgré le privilège rouge, malgré le privilège racisé, viendra l’automne pour les faiseurs de haine.

MANUEL DE RÉSISTANCE AU FASCISME D'EXTRÊME-GAUCHE

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Et si j’avais eu tort pour le Syndicat de la magistrature?

Le magistrat doit rester impartial politiquement, ce statut est clairement défini par la loi organique. Dès lors, Philippe Bilger s’émeut: pourquoi le Syndicat de la magistrature participe-t-il à la fête de l’Huma?


Il m’a suffi d’une seule année à Lille – de 1972 à 1973 – pour comprendre que le Syndicat de la magistrature ne servait pas la Justice mais s’en servait au nom d’une conception idéologique de gauche, voire d’extrême gauche. Les magistrats qui, comme moi, en son sein étaient hostiles à cet extrémisme partisan se trouvaient confrontés à cette alternative : demeurer et souffrir avec une parole inaudible ou partir. C’est ce que j’ai fait en créant une association « Justice nouvelle » qui n’a pas répondu à mes espérances. Pour la raison essentielle que des modérés étaient certes venus vers moi mais en me faisant regretter les quelques intelligences singulières que j’avais quittées en dépit de la calamité souvent absurde des délibérations collectives du Syndicat de la magistrature.

C’est un point important sur lequel on hésite à insister. Sans tomber dans une nostalgie de mauvais aloi, je soutiens qu’il y avait un gouffre entre les dirigeants du Syndicat de la magistrature d’alors et ceux d’aujourd’hui. Les premiers faisaient réfléchir, quoi qu’on en ait, et, comme ils intervenaient sur un terrain vierge, leurs idées et leur action, dans les années 1970, ont eu des effets positifs. Les excès et les outrances, déjà perceptibles, étaient en partie compensés par la liberté, l’ouverture et la dénonciation légitime de comportements judiciaires choquants. Un monde inutilement guindé était heureusement décorseté.

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La suite ne fut pas de la même eau. D’abord parce que le Syndicat de la magistrature s’étant vidé de ce qu’il avait eu de meilleur n’était plus en capacité d’offrir au monde judiciaire et à la société autre chose que des analyses partisanes et des attitudes collectives scandaleuses. Mais, surtout, à cause de cette aberration intellectuelle soutenue complaisamment, sans l’ombre d’un questionnement, que tout était politique, ce qui paraissait légitimer les pires partialités et les plus odieuses inégalités dans l’administration de la Justice. C’était gravement confondre le processus judiciaire qui doit intégrer, pour être équitable, singulier de l’être et pluriel social avec une idéologie polluant en amont toutes les délibérations et décisions essentiellement pénales.

Faux syndicat, vrai parti

Faut-il rappeler les mille exemples qui sans cesse remettaient sur le tapis démocratique l’interrogation sur le droit au syndicalisme judiciaire ? Les inféodations aux partis de gauche et d’extrême gauche lors des congrès du Syndicat de la magistrature, la participation à des manifestations clairement hostiles au pouvoir présidentiel dès lors qu’il n’était pas de gauche, le soutien systématique octroyé à des causes politiques et syndicales qui contestaient l’institution judiciaire et ses jugements, la perversion de pratiques judiciaires, inspirées par l’idéologie, qui s’en prenaient au patronat et à la police au prétexte des quelques policiers ou patrons renvoyés devant les tribunaux correctionnels, la détestation de certaines lois ou de tel ou tel président de la République, qui conduisait à des injustices, l’indulgence, voire la complaisance pour les émeutiers d’il y a quelques semaines, le mépris régulièrement diffusé à l’égard du sentiment populaire aspirant à l’ordre, à la sûreté des personnes, à la protection des biens et à la rigueur à l’égard des coupables avec le souhait de peines exécutées.

Le « mur des cons » du Syndicat de la magistrature, en 2013. Image: Capture d’écran Youtube.

Le Mur des cons, sur lequel j’avais l’honneur d’être, est venu ajouter de l’ignominie à ce qui prétendait n’être qu’une pochade et qui en réalité a rendu presque insurmontable le fossé entre la société et l’institution judiciaire, il a amplifié de manière dramatique la perte de confiance et d’estime du citoyen à l’égard des juges. Ce qui a suscité l’indignation, au-delà de l’abjection tournant en dérision le père d’une victime, le créateur d’une association en faveur des victimes ou moquant exclusivement certains politiques, est l’incroyable laxisme qui a prévalu au sujet de ce désastre dont nous sommes loin d’être encore revenus.

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Et pourtant, aussi bien dans mes écrits que dans mes propos, dans les conférences, dans les multiples circonstances où un magistrat, de surcroît devenu honoraire, a le droit de s’exprimer, longtemps, tout en dénonçant le scandale de ce syndicat politisé et ses effets délétères sur l’opinion publique, j’affirmais aussi qu’il était inconcevable qu’on le supprimât et que d’ailleurs aucun pouvoir n’en aurait l’envie ni le courage. Mon argumentation était de bonne foi et cependant, sans cesse, on me rétorquait, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, que j’avais tort, on me mentionnait des textes, on stigmatisait l’impuissance des gouvernements. Le citoyen ne s’en laissait pas conter !

Si, avec ce billet, je vais faire en quelque sorte amende honorable, je ne suis pas décidé à battre ma coulpe tout seul. Faut-il oublier une grande part de la classe médiatique qui a durablement tressé des louanges à ce syndicalisme et vanté son opposition aux pouvoirs de droite, passé sous silence tous les gardes des Sceaux de gauche qui ont favorisé ce syndicalisme en l’installant confortablement dans les arcanes des décideurs et des hiérarchies, dans les rouages politiques, minimisé cette lâcheté qui n’a jamais incité les indignés à droite à franchir le pas opératoire de la suppression du Syndicat de la magistrature ? Convient-il d’exonérer de sa responsabilité le syndicalisme judiciaire centriste qui, au nom de sa propre sauvegarde et pour se faciliter l’action, par corporatisme aussi, n’a jamais mis en cause la dérive de ce faux syndicat, de ce vrai parti ?

Le parti-pris de « magistrats militants dans un cadre social »

Pourquoi alors s’émouvoir maintenant de ce qui affecte, infecte depuis si longtemps la Justice ?

Parce que nous avons un garde des Sceaux qui s’est dit « énervé », « excédé » par la participation du Syndicat de la magistrature à la fête de l’Humanité. Pour lui, « le Syndicat de la magistrature, ce n’est pas la Justice ».

Parce que malheureusement ce constat a été avéré avec la prestation honteuse de ces magistrats, en compagnie du Syndicat des avocats de France qui, lui, n’est tenu à aucune réserve politique, monologuant contre les violences policières, stigmatisant la police et osant même qualifier de « révoltés » ceux qu’une personne avait nommé « émeutiers parce qu’ils avaient dégradé et brûlé des bâtiments publics ».

Parce que ces mêmes magistrats se sont présentés, déniant être des juges politisés, comme des « magistrats militants dans un cadre social » en affichant donc sans vergogne le caractère partisan de leur implication dans cette fête organisée par le parti communiste français. Je suis persuadé que sollicités par LFI, ils n’auraient pas hésité à venir apporter leur approbation à Jean-Luc Mélenchon pour qui « la police tue » tandis que Fabien Roussel s’est toujours gardé à ce sujet d’une attitude non républicaine. Débordé sur sa gauche par le Syndicat de la magistrature !

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Parce que l’arrogance de cette exhibition montre bien qu’à force de laisser le ver prospérer, le fruit se détruit.

Parce que, saisi il y a plusieurs mois par le ministre Dupond-Moretti, le Conseil supérieur de la magistrature n’a toujours pas répondu aux trois questions posées, dont l’essentielle portait sur le droit de grève des magistrats (JDD). Si un jour la réflexion collective aboutit à un résultat, je doute fort qu’il soit sans la moindre équivoque. Ce qui laissera le pouvoir politique face à ses responsabilités. Celui d’aujourd’hui et celui de demain, de 2027.

Parce qu’il y a, de plus en plus, une incompréhension citoyenne face à cette partialité publique ostentatoire quand on sent intuitivement ou à la réflexion que l’acte de justice exige sérénité, prudence, équité et, plus que tout, impartialité et que l’absence de ces dispositions chez le magistrat fait craindre le pire à tous ceux qui d’une manière ou d’une autre ont à faire avec l’institution. Ce superbe métier, cet honneur de raccommoder, de réparer, de sanctionner ne doivent plus être à la merci d’une conception dévoyée du droit, d’une perversion politicienne. Un magistrat est un serviteur, pas un militant.

Parce qu’il y a enfin dans le statut de la magistrature défini par la loi organique, dans son article 10, ces dispositions très claires qui n’ont été méconnues que par l’impuissance, la lâcheté ou la perversion politiques : « Toute délibération politique est interdite au corps judiciaire ; toute manifestation d’hostilité au principe ou à la forme du gouvernement de la République de même que toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions ; est également interdite toute action concertée de nature à arrêter ou entraver le fonctionnement des juridictions ».

Par quelque biais qu’on les interprète, elles concernent le Syndicat de la magistrature, ses dérives, ses préjugés et son idéologie. Et son absence totale de réserve.

On a pu longtemps être arrêté par une sorte de scrupule. Interdire n’est jamais gratifiant. Mais le Syndicat de la magistrature, dans son naufrage, entraîne bien plus que lui : la Justice, la confiance qu’elle doit susciter, le respect qu’elle doit inspirer.

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Suffirait-il, comme un sénateur l’avait proposé, lors de l’examen du projet de loi organique sur la Justice en juin 2023, de prescrire « le respect du principe d’impartialité pour les magistrats syndiqués » ? Ce qui devrait aller de soi et qui pourtant a été contesté au nom de la liberté d’expression. Ne faudrait-il pas, selon une revendication constante d’Eric Ciotti, par exemple en janvier 2023, « interdire l’appartenance syndicale des magistrats » ?

Ce qui a relevé longtemps d’un débat théorique, parce qu’apparemment rien ne pressait et qu’une sorte de tabou existait, est dorénavant inscrit dans une réflexion qui ne peut plus faire comme si le militantisme politique revendiqué par le Syndicat de la magistrature ne posait pas un immense problème dans notre démocratie. Celle-ci peut-elle se permettre d’avoir un tiers de la magistrature qui viole ouvertement ses principes et stigmatise les forces régaliennes qui la servent ?

Ce syndicat contraint à s’interroger sur la survie du syndicalisme judiciaire.

Quel pouvoir républicain aura l’audace d’une radicalité en me donnant modestement raison demain parce que j’ai eu tort hier ?

La parole, rien qu'elle

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Le Mur des cons

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Immigration et travail: à se taper la tête contre les murs

Immigration. Quand ils ne parviennent pas à recruter dans les métiers « en tension », les patrons ne sont évidemment pas opposés à la régularisation des sans-papiers. Le billet de Sophie de Menthon, qui défend un meilleur accueil des « gentils » et réclame qu’on éloigne enfin les « méchants »!


Au moment où le débarquement de migrants à Lampedusa occupe tous les esprits, il faudrait tout de même que l’on fasse un jour preuve de bon sens, et que le gouvernement commence à réfléchir, en toute objectivité, à régler les problèmes intérieurs qui sont les nôtres, en particulier celui du rapport entre immigration et emploi.
Besoin de logique, besoin de justice, besoin de pédagogie, en oubliant les hystériques du racisme sur le sujet et les extrêmes de tous bords.
Commençons par le commencement, et changeons une loi scélérate :
Pour un sans-papier, sur le territoire français, il faut travailler en toute illégalité, au moins deux ans et présenter 24 bulletins de salaire pour obtenir le droit de rester en France et de continuer à travailler. Donc, concrètement, le gouvernement encourage le travail illégal et le récompense. Qui peut m’expliquer ? Cela fait trop longtemps que dure cette schizophrénie, dans l’indifférence, l’hypocrisie, les contradictions, les incohérences et les dédales administratifs. STOP ! Cette situation aberrante touche un grand nombre de secteurs, actuellement en manque cruel de main-d’œuvre (restauration, nettoyage, bâtiment, sécurité, aide à domicile…). Dans le BTP, en région parisienne, un salarié sur deux est sans-papier.

Métiers en tension

C’est ce qu’on appelle « les métiers en tension ». Et bien sûr, non, virer tous les étrangers ne fera pas occuper ces emplois par des chômeurs français ! Cet état de fait suscite l’incompréhension totale des chefs d’entreprises, des syndicats et de ceux qui se plongent dans cette problématique insoluble. Alors, on fait semblant : le patron fait semblant ou ne reconnaît pas les faux papiers… mais il fait tout bien par ailleurs: il déclare le salarié, paie les charges, respecte le droit du travail. Même chose pour son salarié en situation irrégulière, et tout cela fonctionne à la satisfaction de tout le monde depuis le recrutement jusqu’à… un contrôle plus poussé. Par ailleurs, il faut arrêter de prétendre que ces salariés étrangers sont sous-payés : ils sont soumis a minima au SMIC et au Code du travail comme tous les autres, avec les mêmes droits. Nous cherchons des gens qui veulent et peuvent travailler, et nous les traitons convenablement, revendiquent les « coupables ».  

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Que les politiques fassent perdurer cette situation est une honte nationale. Qui mettra fin à ce système hypocrite et incohérent ? Le TRAVAIL doit être la clé du droit de séjour en France. Un travailleur étranger qui obtient un contrat de travail en bonne et due forme devrait pouvoir bénéficier d’un permis de séjour adapté, sur le modèle de la « Green Card » aux USA, ce qui permettrait à ce travailleur de bénéficier d’une carte de résident en France et d’y séjourner légalement le temps de son contrat de travail. Et, bien sûr, sans avoir le droit de faire venir sa famille ou alors dans des conditions à déterminer (que personne n’a le courage de déterminer). Par ailleurs, ne confondons pas « permis de séjour » lié au travail et régularisation complète.

Sophie de Menthon ne manque pas d’air

La pauvreté intellectuelle et morale de ceux qui ne « pensent » pas mais jonglent avec une bouillie idéologique sur ce sujet, entraine l’inéluctable et stupide tarte à la crème du « légaliser serait un appel d’air ».
Non ! Car cette régularisation est uniquement pour ceux qui travaillent déjà officiellement et donc sont intégrés. On pourrait très bien aussi, par la suite, ne laisser entrer en France à l’avenir que ceux qui sont munis d’une promesse d’embauche contrôlée avec permis de séjour le temps du contrat; le contrat terminé, l’immigré aurait deux mois pour retrouver un nouveau contrat et sinon il rentre dans son pays. Mais, direz-vous, de toute façon, on ne renvoie personne ou si peu… En tout cas, il serait urgent de renvoyer les individus qui posent un problème, ce serait déjà formidable. Actuellement, concernant la question migratoire, on mélange malheureusement tout, selon sa couleur politique: les sans-papiers, les cas sociaux à la rue, les sans boulot, les drogués, les caïds des banlieues, les vrais réfugiés, le regroupement familial (à arrêter ou limiter de toute urgence), les boat people, etc. Ce ne doit évidemment pas être le même traitement dans chaque cas, et je parle bien dans cette tribune des travailleurs. La « nouvelle loi immigration » a comme socle l’entreprise, mais bien sûr avec la menace coutumière de l’amende (4000€ pour emploi illégal, et 8000 si récidive). Qu’est-ce que cela résout?

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Ah si ! une innovation importante : les patrons devront désormais prendre sur le temps de travail de leurs salariés pour que ceux-ci apprennent le français ! Sauvés ? Cette nouvelle loi me fait l’impression d’un simple camouflage de notre situation migratoire qui ne touche pas aux sujets fondamentaux. Quid des cadeaux présidentiels faits à certains pays en autorisant un nombre déterminé d’émigrés (je pense à l’Algérie) ? Quid des expulsions ? Quid du laxisme et de la lenteur de la justice ? Certes, il convient de lutter contre l’emploi caché non déclaré, mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Le vrai scandale, c’est l’emploi « illégal » tel que je l’évoquais; car l’illégalité, répétons-le encore et encore, est promue par l’État qui martèle que pour avoir le droit de travailler, il faut d’abord travailler sans en avoir le droit. À se taper la tête contre les murs, oui.

La France sens dessus dessous !

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Lampedusa: un jour sans fin

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Les bateaux ne cessent d’arriver dans l’île italienne, distante de moins de 200 km des côtes tunisiennes. Gérald Darmanin annonce ce matin qu’il refusera l’accueil en France des clandestins débarqués à Lampedusa. Cet après-midi, on apprend qu’un centre d’accueil va être installé à Menton (06). Analyse.


Le nom Lampedusa fut longtemps connu comme celui porté par l’écrivain Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Ce prince et Grand d’Espagne fit dire à son personnage Tancredi cette phrase depuis tombée dans le langage courant : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ». Les images qui nous parviennent de la petite île de Lampedusa résonnent ici avec cruauté. Oui, si nous voulons que l’Europe reste telle qu’elle est, il faut que les politiques migratoires des États membres changent… et radicalement.

Depuis son accession au pouvoir, Giorgia Meloni a voulu jouer selon les règles de l’Union européenne. Comme rappelé dans un précédent article, l’Italie est un pays particulièrement vieillissant, même selon les standards continentaux. Sa natalité en berne l’oblige à trouver des solutions, notamment pour combler le vide de main d’œuvre dans les « petits métiers ». Pas de quoi toutefois expliquer la vague sans précédent d’arrivées irrégulières qui s’abat sur les côtes transalpines d’une botte plus que jamais flanc sud de l’Europe. Ainsi, le nombre de migrants illégaux a explosé depuis janvier 2023, atteignant des records sans précédents. Pour tout dire, sur dix personnes arrivées illégalement en Europe en 2023, huit sont passées par l’Italie.

La présidente du Conseil des ministres italien Giorgia Meloni, Rome, 8 mai 2023 © LaPresse/Roberto Monaldo/Shutter/SIPA

Le départ français du Sahel produit déjà ses effets

Entre le lundi 11 et le mercredi 13 septembre, ce sont plus de 199 bateaux chargés de 8 500 personnes à leur bord qui ont accosté à Lampedusa. Les images qui nous parviennent montrent une île devenue Camp des Saints, submergée de jeunes hommes africains majoritairement venus du Sahel quand ils provenaient plutôt autrefois du Golfe de Guinée.

Les déstabilisations du Mali puis du Burkina-Faso et du Niger commencent déjà à produire leurs effets. Les mercenaires russes sont débordés, de même que les forces militaires locales. Il est d’ailleurs tout à fait envisageable que ces masses d’hommes soient instrumentalisées contre l’Europe, ayant pour double effet de nous menacer et de vider un peu une région littéralement surpeuplée avec le plus haut taux de fécondité au monde.

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En 2019, une Giorgia Meloni en campagne, sous l’influence de Luigi di Maio, affirmait munie d’un billet de Franc CFA : « C’est ce qu’on appelle le franc CFA. C’est la monnaie coloniale que la France imprime pour 14 nations africaines, à laquelle elle applique le seigneuriage et en vertu de laquelle elle exploite les ressources de ces nations ». On passera sur le mensonge et la bêtise de la déclaration initiale, aucun pays bénéficiant de ce taux de change ne semblant vouloir le quitter, pas même ceux qui usent et abusent de la francophobie d’État, et Giorgia Meloni ayant depuis mis de l’eau dans son vin. Mais cette phrase en dit tout de même long sur l’inculture totale d’une bonne part des Européens s’agissant de l’Afrique et de ses dynamiques historiques.

Le départ de la France du Sahel n’est une bonne nouvelle pour aucun habitant du Vieux continent, surtout pour l’Italie. L’immigration était déjà très difficilement contrôlable, elle pourrait devenir demain impossible à juguler. Giorgia Meloni a engagé des réformes d’envergure depuis le début de l’année. Elle a notamment mis en place l’Etat d’urgence migratoire et grandement limité le régime de « protection spéciale renforcée ». Pourtant, toutes ces mesures ne suffisent pas à faire face à cette invasion quotidienne. Les bateaux ne cessent d’arriver.

Une Europe ouverte aux quatre vents

Ils auraient d’ailleurs tort de se priver, tant l’Europe est pour eux un Eldorado. La télévision burkinabaise le rappelait encore récemment, comme pour mieux encourager les candidats à l’exil : la France offre absolument tout. Couverture-maladie, accueil, aides en tous genres, protections des ONG et de la Justice, et même de l’argent de proche en espèces sonnantes et trébuchantes. Les appels d’air sont si nombreux qu’il semble vain d’en dresser de nouveau la liste par le menu. Giorgia Meloni n’a aucun atout dans son jeu pour enrayer cette spirale infernale.


Quand l’Europe est envahie, elle ne propose pas d’expulser mais de « répartir » les migrants clandestins. Démonstration est désormais faite : on ne peut pas régler ce problème en restant dans les clous. Matteo Salvini l’avait d’ailleurs en partie compris… ce qui entraina sa condamnation par la justice de son pays pour avoir tenté de refouler les bateaux…

Des solutions existent. Meloni avait d’ailleurs entamé des démarches intelligentes auprès de la Tunisie de Kaïs Saïed, démarches sabordées par les manœuvres de la gauche italienne et du Parlement européen. Notons d’ailleurs que les bateaux sont partis de Sfax, avec très certainement l’assentiment au moins tacite des autorités locales. Comment leur en vouloir ?

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Eux aussi subissent ce qui peut désormais être appelé une invasion. Si nous ne les aidons pas financièrement, ils ne feront pas le travail à notre place.

Un blocus naval ?

En sus d’une collaboration avec le Maghreb, les États européens doivent réviser drastiquement leur législation et réduire le pouvoir de nuisance des associations d’aides à l’immigration. C’est un impératif. N’en doutez point: tous ces militants pensent comme Jean-Luc Mélenchon, lequel vient de déclarer qu’une fois élu, il entamerait une « vague de régularisations massives ». Au fond, il est à se demander si l’emploi de la force n’est pas désormais nécessaire. Un blocus naval semble une solution « démagogique », mais comment faire autrement quand des milliers d’hommes débarquent sans nous demander l’autorisation, avec la complicité de passeurs et d’ONG qui les amènent en Europe en connaissance de cause, conscients de notre impuissance, de notre enchainement à des valeurs d’accueil qui se retournent désormais contre nous ?

Il s’agit d’un combat littéralement existentiel qui demande un effort spécifique de chaque État membre ainsi que de l’Union européenne toute entière. Nous ne devons plus céder au chantage émotionnel de l’extrême gauche. Quel message envoyons-nous au reste du monde quand nous montrons que 8 000 pauvres hères peuvent ainsi défier l’un des continents les plus riches ? Mateusz Morawiecki a raison de tancer l’Allemagne, Donald Tusk et Manfred Weber: il faut dire stop à l’immigration illégale. Quant à nous Français, il serait temps que nous mettions enfin nos actes en rapport avec nos discours. Gérald Darmanin a dit ce matin même à la radio que la France n’accepterait pas de migrants arrivés à Lampedusa. En début d’après-midi, nous apprenions qu’un centre d’accueil allait être installé à Menton, joyau de la Côte d’Azur. Plus tard, il sera trop tard.

Le non du peuple

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Harcèlement, violence, lâcheté et morgue administrative: la chaîne fatale

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Nicolas N*** est donc mort, pendu à une taie de traversin. Les courriers échangés entre ses parents et le rectorat de Versailles sont éloquents sur bien des points, dit notre chroniqueur : refus d’entendre, refus de voir, refus de dire, enseignants et administratifs sont le parfait exemple de la sagesse orientale et du déni français.


L’affaire commence au mois de mars. Charline Avenel, amie personnelle d’Emmanuel Macron (elle appartient à cette cuvée « Léopold Sedar Senghor » de l’ENA qui est l’équivalent en macronie de ce que fut la promotion Voltaire en hollandie) était encore rectrice de Versailles —, elle n’est partie que l’été dernier pantoufler dans un organisme lucratif. Mais les faits remontent encore plus loin : depuis des mois Nicolas N***, jeune Guadeloupéen scolarisé dans un lycée professionnel de Poissy, dans les Yvelines, était harcelé par deux petites racailles. Du genre sans doute qui n’aime pas les Noirs, même si Nicolas avait le teint fort clair. Un gentil garçon, assidu, attentif, et qui croyait, a expliqué sa mère, en la justice des adultes.

Eh bien il a vu ce qu’étaient les enfants — « cet âge et sans pitié », disait fort bien La Fontaine — et ce que sont les adultes. Et il ne l’a pas supporté. Il avait changé d’établissement début septembre (alors même qu’Attal souhaitait que ce soient les harceleurs qui soient déplacés), il était retombé du haut de ses illusions, il n’est pas allé au bout de la première semaine de la rentrée. Même s’il avait d’autres soucis, ce fut sans doute la goutte d’eau qui, au dernier moment, pousse l’esprit à parier sur la mort, comme dit Camus.

La culpabilité change de camp

Du côté des copains, rien que de très ordinaire. « T’es nul, t’es moche, ta mère est une pute, ta sœur aussi, … » — on connaît le refrain. C’est du côté des adultes que les dysfonctionnements les plus criants ont vu le jour. Entre les profs qui n’ont pas voulu voir (le prof principal arguant que les altercations avaient eu lieu hors établissement, désolé, faites-vous péter la gueule dans l’enceinte du bahut, et une autre témoin des invectives mais qui a prudemment choisi de ne pas intervenir), le proviseur qui a émis un doute préalable (il évoque « une situation ressentie comme harcelante » afin d’éviter le mot harcèlement, qui est un délit punissable, depuis mars 2022, de dix années de prison, ne dramatisons pas…) et le rectorat enfin qui pour défendre ses agents, comme la loi lui en fait l’obligation, menace carrément de porter plainte pour plainte abusive (la famille avait déposé une main courante), précisant que le tarif d’une telle médisance est de cinq ans de prison et 45 000€ d’amende, les parents de Nicolas ont eu l’embarras du choix, entre couardise, morgue, et violence de l’appareil d’État. Même soutenu par ses parents, que vouliez-vous que fasse un jeune homme qui a dû se sentir méprisé et abandonné par ceux-là mêmes sur lesquels il comptait ? La culpabilité avait changé de camp (voir le courrier reproduit en bas de page).

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Sur les réseaux sociaux, il est des enseignants qui tentent de justifier l’attitude de leurs collègues. Esprit de corps des minables. Ils sont de la même race que ceux qui, à Conflans, refusent que leur collège prenne le nom de Samuel-Paty. Même s’il est des plaintes abusives, parfois même des agressions de parents tout à fait injustifiées, il faut tout prendre au sérieux, quand on sait qu’à la clef il y a un suicide possible. C’est fragile, un gamin.

En 45 ans, j’ai eu à intervenir deux fois sur des faits de harcèlement. La première fois, c’était sous mes yeux : j’ai pris le harceleur par l’oreille, en lui expliquant que s’il bougeait je la lui arrachais, et je l’ai traîné chez le principal. Mais j’ai la carrure pour ça. La seconde fois, nous avons réagi en bloc, obtenu immédiatement l’exclusion temporaire des harceleurs, et en conseil de discipline, leur radiation des concours qu’ils préparaient.

Le proviseur prudent toujours en place

Le plus beau, si je puis dire, c’est que ces enseignants aveugles enseignent toujours. Que ce proviseur prudent est toujours en place. Que l’administratif pète-sec qui a écrit au nom de l’institution n’a pas été suspendu : il sera peut-être déplacé sur un poste équivalent, le temps de se faire oublier. Et que les deux crapules qui harcelaient Nicolas ont fait une rentrée normale dans leur lycée. Leur statut nouveau leur a sans doute valu une promotion dans la voyoucratie locale.

C’est toute une chaîne de responsables qu’il faut traîner devant les tribunaux pour comportements ayant entraîné la mort sans intention de la donner, propos racistes (je ne peux croire que la couleur de peau de Nicolas n’a pas joué un rôle dans ce harcèlement, il y a des ethnies entières en banlieue qui détestent les Noirs) et non-assistance à personne en danger. Alors, chers collègues adeptes du « pas de vagues », vous arrivez toujours à vous regarder dans un miroir le matin ?

Le fait est qu’il devrait y avoir une enquête de police — automatique après un suicide — et surtout une enquête administrative pour démêler le vrai du faux. Il y a des plaintes pour harcèlement qui n’ont d’autre raison que d’obtenir un changement d’établissement. J’aimerais croire que des sanctions seront prises, quand on aura établi que des dysfonctionnements graves ont eu lieu. Mais j’en doute — ou alors, dans tant de temps, que la mort du gamin se sera diluée dans les espaces bureaucratiques. « Bonne justice est prompte », disait Henri IV. Oui, mais ça, c’était avant.


Suicide de Nicolas: l’opinion veut des têtes maintenant, celle de Charline Avenel…

Chaque matin, Elisabeth Lévy donne son avis sur l’actualité dans la matinale de Sud Radio, après le journal de 8 heures.

Urgences à l’hôpital: un mauvais procès

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Il n’a jamais été considéré comme relevant des missions principales de l’hôpital d’assurer les urgences. En tout cas, pas dans les conditions actuelles d’exercice où il se trouve. A moins que l’on remonte au Moyen-Âge quand les hôtels Dieu étaient de véritables mouroirs pour les plus défavorisés des humains. L’hôpital version 1958, celle qui a donné naissance à ce que nous connaissons aujourd’hui, a été au contraire fondée sur la création de pôles d’excellence, avec notamment l’enseignement pour un certain nombre d’entre eux : les Centres hospitaliers universitaires (CHU). La restructuration des services d’urgence telle que voulue par la réforme hospitalière de Claude Evin, mise en application par les décrets Juppé (1991-1996), a été dépassée par l’abandon en rase campagne de la médecine générale doublée de l’incapacité des pouvoirs publics d’imposer une solution de continuité des soins pour le plus grand nombre…


Aucune recette n’était meilleure que celle du « gigot raccourci » de tante Emma jusqu’au jour où nous apprîmes que « raccourci » voulait tout simplement dire que notre tante coupait le manchon du rôti pour qu’il tienne tout entier dans son four, autrement trop petit. Ainsi sommes-nous prêts à croire à tout, même à nous esbaudir, pour peu que ce soit avec le plus grand nombre. Et quand bien même cela s’avérerait-il la vérité, peu nous importe de savoir pourquoi, ni comment. Ainsi admettons-nous sans chercher à comprendre pourquoi la terre est ronde. Une vérité qui a mis presque trois siècles (de Pythagore à Galilée) a être admise et qu’un certain nombre d’entre nous continue, d’ailleurs, à réfuter[1]

Le meilleur système de santé au monde ?

Thomas Kuhn, philosophe des sciences américain, explique ce type de préjugé en développant la notion de paradigme, dans son ouvrage La structure des révolutions scientifiques[2]. Il définit le terme comme une communauté d’esprit sur des objectifs et des méthodes qui empêche d’appréhender les faits nouveaux qui ne rentrent pas dans les schémas couramment admis jusque-là. L’aveuglement dure jusqu’à ce qu’“un événement, relativement soudain et non structuré” s’impose…

C’est probablement pour cette raison que nous croyons encore aux conclusions du rapport de l’OMS, publié dans les années 80, donnant la France comme ayant le meilleur système de santé au monde, alors que cette assertion n’était basée que sur la densité et la diversité de l’offre de soins sur le territoire national, sans s’attarder à leur qualité ! … Quarante ans après, nous sommes encore beaucoup à croire aux conclusions de ce rapport, alors que le même organisme, à peu près à la même époque, donnait l’Espagne et la Suède comme les meilleurs élèves en matière de mortalité maternelle avec la Suisse. Un indice, qui, permettait denoter le plus large écart entre pays développés et pays en développement et qui classait alors la France comme un des plus mauvais élèves, avec l’Allemagne. (Voir graphique en fin d’article)

L’hôpital, est rapidement devenu, depuis sa spectaculaire transformation en 1958, grâce au professeur Robert Debré, l’ultime garant de notre Santé publique dans l’esprit de nos concitoyens. Et partant, le nec plus ultra de la médecine moderne. Une assertion contre laquelle son fondateur avait lui-même tenté de nous mettre en garde. En vain.

Force fut de constater, dès 2003, à la suite d’une commission d’enquête parlementaire sur le drame de la canicule que subit la France cet été-là, l’incapacité pour l’hôpital de faire face à ses missions ; une grande partie de son inadaptation tenant tout autant à la perception qu’avait la population de la maladie, qu’à la (mauvaise) gestion, au sens large, de notre système de soins par les pouvoirs publics.[3]

Comme les grands corps d’État, l’armée ou la Préfectorale, le monde hospitalier est l’héritier d’une haute idée du service de l’homme. D’abord régit par l’Église, l’hôpital fut confié aux bons soins de la République, à mesure que la médecine remplaçait le recours à la puissance divine pour la guérison des malades. Dès lors, le financement de notre système protection sanitaire a rapidement évolué jusqu’à ce que l’hôpital devienne un des premiers sinon le premier employeur de France dans les années 80. Devant l’automobile ! L’Hôtel Dieu détrônant Billancourt ! … [4]

C’est ainsi que l’on vit apparaître des monstres administratifs tels l’AP-HP (Paris), les Hospices de Lyon, l’AP-HM (Marseille)… détenteurs de réels pouvoirs politiques et financiers – le tout se jouant dans un entre-soi subtil avec les différents syndicats et courants d’intérêts communs, sociétés savantes, franc-maçonnerie… – jusqu’à tétaniser l’action publique. Un système administré dont le politique, est le pivot, pour permettre la (juste[5] !) répartition des charges et des prébendes publiques, à partir de la gestion de la vie de la Cité, de l’hygiène, comme de l’entretien des jardins ou des monuments historiques…

La création de nombreux emplois arbitraires

J’ai évoqué, dans mon récent ouvrage, Démocratie sanitaire[6], qu’une partie de la responsabilité de la perte de qualité des soins hospitaliers que l’on connaît aujourd’hui, était largement dû à ce qu’on appelle la Tarification à la pathologie des hôpitaux – la T2A. En 2004, lors des derniers débats sur l’installation de cette réforme, j’avais conclu dans un article pour le compte d’un journal professionnel, que :
Le passage d’un mécanisme administratif de régulation (la dotation globale des hôpitaux) à un mécanisme économique, nous condui(sai)t à ce paradoxe pour le moins étonnant, au vu de la mise en œuvre des procédures de codages des actes, de gestion, et de contrôle des activités dont a besoin la T2A, à la création de nombreux emplois arbitraires[…] au détriment des équipes de soins.”[7]

Comme un malheur n’arrive jamais seul, la désertification de nos territoires a ajouté, au dysfonctionnement de nos hôpitaux, la pratique anglo-saxonne des week-ends. En effet, en 2004, sous Monsieur Mattéi, ministre de la Santé de Jacques Chirac, les médecins de ville ne furent plus légalement obligés d’assurer une veille pour les urgences pendant le week-end et les vacances. Jusqu’à cette époque, un médecin avait l’obligation d’assurer un service de garde en se faisant remplacer par un confrère. Cela avait le double avantage, outre d’assurer la constance des soins, de fidéliser une patientèle, tout en la fiduciarisant, pour ainsi dire, puisque celle-ci pouvait être revendue à un confrère, en fin d’exercice. Cela constituait à la fois une manière de pas de porte et de prime à la retraite, tout en assurant, dans la majorité des cas, une répartition stable de l’offre médicale régionale. D’où le satisfecit de l’OMS.

Le médecin était, alors, un être proche du malade – souvent, le médecin de famille. Un de ces personnages qui, avant les smartphones, dans les dîners en ville, prévenait la maîtresse de maison qu’il avait donné son numéro de téléphone à elle, pour le cas où l’on aurait besoin de lui. C’était un personnage à part ; un peu plus qu’un être humain et qui inspirait la confiance. Un maillon essentiel dans la lutte contre la maladie, mobilisable instantanément, à discrétion, jusque dans la lutte contre les épidémies et les catastrophes naturelles.[8]

Les urgences, seul accès aux soins pour les populations les plus défavorisées

Un rôle qu’a pris, aujourd’hui, sans vraiment le désirer, l’hôpital, où plus de 70 % de la population meurt[9] et où près d’un tiers de la population séjourne chaque année, faisant de la médecine d’urgence une pratique courante, tant pour des raisons de disponibilités que de délais de prise en charge, au détriment d’une politique de prévention sanitaire concertée. Une manière de soigner inadaptée, car répondant le plus souvent à des demandes excédant la mission des établissements de soins ; incapable de réparer la faillite de notre système de couverture sociale, et ce malgré les tentatives de créer des filets de sécurité, comme la CMU ; le service d’urgences restant le seul accès abordable aux soins pour les populations les plus défavorisées de notre territoire, lesquelles s’y rendent quasi exclusivement et souvent, bien trop tardivement.

Il serait déraisonnable de revenir au système ante mais il est clair que ce constat montre que notre logiciel n’est plus adapté.

Un climat de flegme de bon aloi

C’est par un de ces services d’urgences, que l’hôpital s’est récemment rappelé à moi. J’ai toujours évité, même lorsque je travaillais à son service, de trop m’approcher de ces établissements, publics ou privés, où la maladie règne en majesté et les infections rodent, prêtes à vous foudroyer à la moindre inattention.

Et, cette fois-ci, c’est en hurlant des insanités que je me suis brusquement réveillé ligoté sur un lit de douleur, dans un monde digne des films de Science-fiction où, anonymes et flottants, des succubes sortis tout droit du royaume d’Hadès se succédaient à mon chevet dans un éblouissement de fin du monde. Femmes naissant de l’ombre pour opérer quelque subtil travail de ménage, jeunes filles, blondes et girondes, en uniforme blanc à liseré bleu, s’exerçant, selon l’heure, au lancer d’un bol de café tiède, ou d’une carafe d’eau glacée ; infirmières sonores armées de dangereux attirails, telles de preux chevaliers escortés de leurs pages, de retour des Croisades… Un monde d’un autre temps, formant une cour autour de ma personne, tel Sardanapale prostré et vindicatif sur le lit de ses supplices, tel que l’a immortalisé Delacroix.

Au fil des jours qui suivirent, la santé me revenant, grâce aux bons soins que je reçus, je donnais un nom à toutes ces étrangères qui s’affairaient autour de moi. S’il était difficile, voire impossible, de parler avec les deux premières catégories de visiteuses errantes dans un permanent état de catatonie, les autres soignantes se révélèrent très vite être de chair et de sang. Elles pénétraient en binôme dans la chambre : l’infirmière en tête, derrière l’écran de l’ordinateur d’un imposant chariot encombré de fioles et de tuyaux, suivie de son écuyère, aide-soignante et femme à tout faire.

Le jour, il s’agissait généralement des femmes de type caucasien. Elles étaient le plus souvent aidées de femmes plus jeunes, d’origines sub-sahariennes. Le service de nuit, voyait l’arrivée de Françaises des DOM-TOM, compétentes et souveraines. Tout ce monde palliant le staff médical qui brillait par sa rareté. Un monde qu’on imaginait au bloc, taillant dans le vif, découpant, raccommodant. Nous avions de ses nouvelles par le biais d’internes hagards, émergeants entre deux shifts, pour tout de suite disparaître, en bégayant quelques charitables paroles pour ne plus jamais revenir.

Pendant ce séjour, d’autant plus interminable que le manque de personnel étirait les jours en longueur, rien ne donna jamais lieu à des plaintes, à de l’énervement, ou à des disputes. Ces enfants, pour la plupart – car ce sont, majoritairement, de très jeunes femmes que l’on trouve à ces postes -, semblaient installées pour l’éternité. Aimables, gentilles, placides, elles m’encourageaient de la voix à faire encore un effort, demandant sans y croire si elles pouvaient faire quelque chose pour moi, s’apitoyant sur mon sort, sans jamais faire suivre un acte à leur parole. Dans un babil charmant, elles parlaient de leur métier, de leur vie à la maison, avec leur mari, leur petit copain, comme d’une chose vue à la télé ou de ce qui se rapporte d’une conversation au MacDo avec les copines, tout en laissant leurs chefs faire le travail à leur place, faute probablement d’un minimum de temps pour qu’on leur expliquât le b.a.-ba du métier…

Une humeur égale donc. Un climat d’un flegme de bon aloi entre le corps soignant et les malades. Un flegme que je me gardais bien de contrarier par de pressants besoins de santé, tant je n’osais déranger un emploi du temps accablant au chevet de malades bien plus importants que moi…

Il faut dire, qu’en termes de budget de fonctionnement, l’activité des « soins » proprement dite ne représente pas grand’ chose du travail à hôpital. Il est, en moyenne, selon les chiffres récents, de l’ordre de 15 %[10] du budget total. Le plus gros poste de dépenses étant celui consacré aux salaires (±67%)[11]auxquelles il faut rajouter la part salariale des autres postes de dépense, tels, grosso modo, 9%, et 9 autres pour cent, pour les amortissements et frais financiers. Ce qui pousserait certains esprits facétieux à dire que l’hôpital vit en parfaite autarcie, puisqu’il n’a pas besoin de malades pour justifier son chiffre d’affaires. Une constatation d’autant plus tangible que l’hôpital semble dans l’incapacité de faire face aux fluctuations d’activité lors des week-ends ou pendant les vacances – sans parler des épidémies.

Tout comme nos autoroutes, les hôpitaux saturent aux heures de pointe. Avec cette différence, et de taille, c’est que leur surcroît d’activité n’est pas porteur de bénéfices ou d’économies d’échelles, bien au contraire ! Son personnel étant le plus souvent insuffisant devant la demande pressante des malades, c’est la surchauffe et le blocage, qui menacent.

Un rééquilibrage indispensable

A la vérité, ce manque d’efficacité de l’« entreprise » hôpital est peut-être le signe que cette institution est déjà obsolète. A moins qu’elle ne l’ait été dès sa conception. Comme l’avaient été les sanatoriums contre la tuberculose.

Ces propos volontairement outranciers n’en désignent pas moins un défaut assez inquiétant de la conception de l’outil hôpital, qui semble aujourd’hui dépassé, à la fois par le nombre de malades l’assaillant mais aussi par le progrès scientifique, lequel multiplie à l’envie les postes de dépenses et fait éclater ses structures de façon quasi exponentielle.

On comprend la volonté des pouvoirs publics de réduire le nombre de lits. Une volonté d’autant plus indispensable et délicate à appliquer que le « lit » hospitalier n’est pas qu’un meuble mais une unité de mesure administrative qui inclue tout un falbala de personnel, de locaux, de machinerie, selon la qualité dudit lit (urgence, SPC Soins Particulièrement Couteux, gynécologie…). On le voit, tout sauf une simple opération arithmétique permettant d’embaucher mes adorables petites infirmières ! Un rééquilibrage pourtant indispensable si l’on se base sur les enseignements de l’épidémie du Covid, où une thérapeutique rapidement mieux adaptée fit baisser la mortalité et le recours aux lits de réanimation, mieux que des soins personnels. Et, dans un deuxième temps, la vaccination, qui limita d’autant plus le recours auxdits services de réanimation.

Nous sommes dans un temps de grande mutation où l’institution hôpital doit évoluer vers plus de souplesse et moins de concentration pour faciliter l’application des progrès fulgurants de la recherche médicale. Sans parler d’un renforcement d’une politique de santé préventive pour laquelle la France a toujours été le mauvais élève. Ce qui passe non seulement par une refonte de l’enseignement de la médecine, mais aussi par une redéfinition de la mission du médecin ; voire d’un nouveau statut social lié à la formation du personnel soignant où la rémunération remplace ce qu’était jusqu’à maintenant la vocation. Un besoin d’autant plus urgent, au vu des progrès fulgurants de l’intelligence artificielle et de ses exploits dans les sciences du vivant. Notamment pour ce qui concerne les diagnostics et les actes de haute technicité.[12]Les postes clés où l’homme est irremplaçable doivent se voir redéfinis. Une redéfinition qui ne va pas sans réinventer une nouvelle transcendance. De nouveaux paradigmes aurait dit Thomas Kuhn.


Les indices de mortalité maternelle

On notera la place particulièrement mauvaise du « modèle allemand ». En ce qui concerne le coté́ purement “performances” du système de soins, la France aurait dû être alignée sur le Portugal, pour respecter la droite de régression. On peut voir que la nature du système de financement des soins n’est pas en cause, puisque des pays aussi différents que l’Autriche et la Belgique ou encore l’Irlande et la Grèce se trouvent sur la même ligne médiane. Il faut cependant noter que les chiffres de la mortalité́ maternelle de l’OMS ont été donnés ici pour l’année 1990, alors que ceux du coût/PIB sur le même tableau, sont de 1998. On ne se méfiera jamais assez de la Statistique ! L’Angleterre, aurait plus tardivement affiché un taux de mortalité maternelle beaucoup plus grand que ceux indiqués ici – de l’ordre de 12,8 p 100 000… L’OMS estime que “Parmi toutes les statistiques de santé que suit l’Organisation mondiale de la Santé, la mortalité́ maternelle est celle où l’on note le plus large écart entre pays développés et pays en développement.” Ces deux indicateurs sont corrélés à l’espérance de vie à la naissance. De 1960 à 1980, la période néonatale comptait davantage de décès à elle seule que les onze mois suivants ; à partir des années 90, ces deux composantes pèsent à peu près le même poids.

La santé à vif

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Démocratie sanitaire

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En 20 ans, la fréquentation des urgences à explosé

Depuis la Réforme hospitalière de MM Evin, Juppé et J.-L. Bianco…

Pour aller plus loin, on lira avec profit le dernier ouvrage de Jean de Kervasdoué, ancien directeur des Hôpitau, professeur émérite au CNAM, La santé à vif, Éditions humenSciences


[1] Voir Courts-circuits, Etienne Klein, Gallimard, 2023

[2] Champs, Flammarion Sciences ; 1962

[3] Didier Houssin directeur de la politique médicale de l’AP-HP (2003)

[4] En 2023, les dépenses hospitalières seront de l’ordre de 125 milliards d’euros, presque trois fois plus enlevées que le budget des armées (43,9 milliards) et trente fois plus que le budget du Ministère de la culture (4,2 milliards) ! Elles dépasseront sensiblement la recette globale de l’impôt sur le revenu des personnes physiques (109 milliards attendus en 2023). Jean de Kervasdoué Juin 2003. Le Point.fr

[5] Sans rire …

[6] https://www.amazon.com/dp/B0BW2RY4XN?psc=1

[7] « Un long séjour de fiançailles… », pour Soins, 3 octobre 2004

[8] Et dont on aurait été bien inspiré de se servir durant les épidémies de H1N1 et du COVID…

[9] Ce chiffre était pratiquement inversé, il y a cinquante ans.

[10] Ça l’était déjà dans les années 80.

[11] Essentiellement des salaires.

[12] Prenez garde spécialistes et experts de tout poil !

Diversion: après le Covid et l’Ukraine, le harcèlement!

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Le ministre de l'Education réunit les recteurs d'académie en vision conférence, après le suicide de Nicolas, Paris, 18 septembre 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Difficile de trouver une cause plus juste, plus consensuelle que la lutte pour le bien-être des enfants et des ados dans l’enceinte des établissements scolaires de la République…


C’est d’une telle évidence, mais aussi d’une telle facilité intellectuelle que cela sent la diversion grossière à deux mètres. Dans une ambiance de fin de règne, tant l’échec est palpable dans tous les domaines, le jockey Attal est prié par l’écurie Macron d’enfourcher le canasson “harcèlement” et de se mettre fissa au galop. Mais la ligne droite d’Auteuil est encore loin, Attal n’a pas encore franchi “la rivière”, ni “le juge de paix”.

“Harcèlator”. À chaque rentrée de tous les dangers, on nous harcèle avec un dossier qui envahit l’espace politique afin d’éclipser la faillite carabinée de l’État. Avec un Macron en chevalier blanc pour incarner la cause, la croisade. Il a déclaré la guerre au Covid, la guerre à la guerre en Ukraine. Il est revenu le casque cabossé et l’uniforme tout pourri de toutes ces campagnes. Cette fois-ci il préfère mettre le pied d’un jeune cavalier à l’étrier.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Souris mâchée, soirée gâchée: les barbares sont aussi en classes prépas

“Harcèlicide”. Comme à chaque fois que l’on fait sauter un tabou planqué sous les tapis d’un ministère, il est fort à parier que les cas de harcèlement vont grimper sur les murs de l’Education nationale à la vitesse du lierre. Et que l’on va se taper du Attal matin, midi et soir, coup de com’ grossier pour lancer le produit à peu de frais pour 2027. L’électeur n’a pas fini d’entendre à quel point ce jeune homme est formidable, compétent et surtout courageux pour attaquer frontalement son administration, pour dénoncer la lâcheté tapie dans les rectorats. Pourquoi pas d’ailleurs, mais cela pourrait se faire naturellement sans les trompettes de la renommée, qui accompagnent dorénavant le moindre de ses pas. À déplacer l’illettrisme et l’entrisme des barbichettes, de la Une aux marronniers de l’automne.

“Harcelètisés”. Comment va réagir le mammouth, harcelé par son ministre de tutelle? Si la lâcheté peut exister à tous les étages de l’Administration, elle est, à n’en pas douter, beaucoup plus partagée, et depuis des lustres, dans la classe politique. Et à un niveau tel, qu’il est possible que la peur, la frousse, sont plus appropriées pour qualifier le comportement du personnel éducatif. Sous-payés, jetés en chair à canon en première ligne de tous les maux qui rongent notre société, il est un peu facile de les tenir seuls responsables des drames récents. Comme il est un peu facile d’endosser le costume de l’ultime sauveur pour le ministre. Question chiffon, on leur demande, en plus d’être arbitres des élégances. Sous la surveillance des barbus, sans la protection des flics au cas où… Au cas où cela dégénère, ce qui ne saurait tarder face au harcèlement textile à venir.

A ne pas manquer: Causeur: Gauche Médine contre France Sardou

Attila Attal. Quand la machine des communicants de Macron se met en marche ce n’est jamais sur la pointe des pieds. À gros sabots elle charge la mule d’Attal, lancée comme un frelon asiatique à l’assaut de l’opinion. Les emmerdes de Macron volant en escadrille, la ficelle Attal, un peu trop grosse pour être crédible, la guerre de succession déclarée, toute tentative de diversion est vouée à l’échec. Attal n’est pas près de faire l’arrivée à Auteuil, les caddys et les réservoirs ne sont pas près de faire le plein.

Lampedusa: « Marine Le Pen, Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen font des moulinets »

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Lampedusa, 15 septembre 2023 © Alessandro Serrano/AGF/SIPA

A l’occasion des premières “Rencontres de la souveraineté” qu’il organise avec l’ancien député LR Julien Aubert le week-end prochain à Nîmes, et à l’approche des élections européennes de juin prochain, le président de République Souveraine plaide pour une alliance entre la gauche patriote et la droite gaulliste.


Causeur. Les Rencontres de la souveraineté sont-elles une plateforme de lancement pour une campagne aux européennes ?

Georges Kuzmanovic. Les Rencontres de la Souveraineté sont une étape qui ne cache aucun agenda secret. A ce stade, nous voulons que « les républicains des deux rives » se rencontrent. Mais nous sommes encore loin d’une plateforme commune pour une campagne européenne. Nous allons nous écouter, comprendre clairement les lignes rouges de chacun, et défricher les terrains praticables en commun. C’est une question de méthode. Sachant que, malgré nos divergences, chacun est d’accord pour dire que la souveraineté est notre clef de voûte.

« La crise migratoire est un sous-produit de la mondialisation néo-libérale! »

Georges Kuzmanovic Photo: Hannah Assouline

Mais tout le monde n’en est-il pas désormais convaincu, à commencer par Emmanuel Macron ?

Depuis la crise du covid, le mot « souveraineté » est passé du statut de concept désuet et rétrograde à une nécessité que comprennent tous les Français. On ne peut plus continuer avec une balance commerciale négative à hauteur de 200 milliards d’euros par an. On ne peut plus accepter que le pays de Pasteur, ne produise quasiment plus de vaccins, de médicaments, d’instruments de santé. On ne peut plus accepter que la patrie des ingénieurs qui ont fait le Concorde, Ariane, le TGV, le nucléaire et tant d’autres choses, soit à la traîne industriellement et dépendante de pays, qui, comme on le voit ces derniers temps, peuvent devenir des adversaires géopolitiques. C’est parce que la question de la souveraineté est à son kairos qu’Emmanuel Macron, même lui, est obligé de faire avec. Mais la souveraineté qu’il prône, « la souveraineté européenne » est un oxymore. C’est la continuation de ce qui s’est fait depuis quarante ans, et qui nous a conduits, par le biais des traités européens désavantageux et des traités de libre-échange, dans la situation où nous nous trouvons. Seules en ressortent grandies et plus fortes les multinationales et les institutions financières. Macron est comme le médecin de Molière. Il veut appliquer davantage du remède qui nous tue à petit feu.

Vous avez rompu il y a cinq ans avec la France insoumise notamment sur les questions d’immigration. Quelle est votre position sur ce qui est en train de se passer à Lampedusa ?

La raison principale de ma rupture avec La France insoumise tenait au changement de ligne par rapport à l’Union européenne. La question de l’immigration n’en est qu’une conséquence, certes importante. Ce qui se passe à Lampedusa est une tragédie humaine et une déconfiture politique. Pour les immigrés et pour les habitants de l’île d’abord. C’est aussi l’illustration dramatique de l’impuissance politique de Bruxelles à trouver une solution. Ça a permis à plusieurs personnalités, dont Marine Le Pen, Giorgia Meloni ou encore Ursula von der Leyen de faire des moulinets, dont il ne devrait rien ressortir. Pas plus que lors de la précédente crise migratoire à Lampedusa il y a dix ans, presque jour pour jour. En une décennie, l’Union européenne n’a produit qu’un « pacte européen sur la migration et l’asile », le 23 septembre 2020, bien vague et de toute façon ratifié par personne. La vérité, et il faut vraiment se le mettre dans la tête, c’est que la crise migratoire est un sous-produit de la mondialisation néo-libérale. L’Europe est dévorée par sa propre folie, comme le fut l’URSS. La question est : quand y mettrons-nous un terme ? La réponse est : quand nous aurons reconquis notre souveraineté nationale – et pas européenne – et quand nous aurons accepté la souveraineté réelle des autres nations, en particuliers africaines, ce qui signifie d’arrêter de les considérer, comme au temps des colonies, comme un déversoir à nos productions et comme un vivier de main d’œuvre corvéable à merci.

Soyons concrets, imaginons que vous deveniez membre du Parlement européen : œuvrez-vous au Frexit ?

En ce qui me concerne, non. J’ai plus d’ambition pour mon pays. Le Frexit, pour une nation de notre ampleur, est un enfantillage. La France n’a pas vocation à être isolée, nous sommes au cœur du continent et nous sommes un des peuples qui a le plus contribué à faire l’Europe, au sens civilisationnel. La vocation de notre pays est d’être un moteur qui emmène vers de nouveaux horizons. L’idée d’une coopération entre États européens demeure donc, à mon sens, une belle idée, dans bien des cas nécessaires. Mais contrairement aux européistes mondialistes, je dirais, comme le déclamait admirablement Jean Gabin dans Le Président d’Henri Verneuil, que « c’est sur la nature de cette Europe que l’on ne s’entend pas ». Je rappelle d’ailleurs que dans ce film, l’adversaire de Gabin, interprété par Bernard Blier, est un homme politique qui a fait un début de carrière dans une banque – suivez mon regard. Il faut l’Europe des peuples et des États-nations, pas l’Europe des banques. Pour cela il faut abattre cette Union européenne, ou l’aider à s’effondrer sous le poids de ses propres contradictions ! Ensuite à nous de rebâtir un nouveau partenariat européen, fait de coopérations bilatérales et multilatérales. La vision qu’en avait le Général de Gaulle et la forme qu’il proposait avec le plan Fouchet et le Traité de l’Elysée de 1963 me semble la bonne ligne à suivre.

Vous n’êtes pas seul à prôner le souverainisme. Comment vous positionner par rapport à Nicolas Dupont-Aignan, dont le parti DLF a obtenu 3,51% des voix lors des dernières élections européennes (pas assez donc pour siéger à Strasbourg) ? Et par rapport à l’UPR de François Asselineau (1,17%) ?

François Asselineau a déclaré de manière limpide vouloir faire les choses seul. C’est évidemment une impasse. Quant à Nicolas Dupont-Aignan, il doit choisir sur quel pied danser. Un jour il évoque une union de ceux qui défendent la souveraineté, un autre jour « l’union des droites » avec Éric Zemmour et Marion Maréchal. Soyons sérieux, Zemmour et Maréchal incarnent ce que fut le Front national du temps de Jean-Marie Le Pen, ils sont libéraux économiquement, atlantistes en géopolitique et rabougris sur les questions identitaires. On est loin de De Gaulle et de la défense de la souveraineté. Car il ne peut pas y avoir de souveraineté si les pouvoirs d’argent ne sont pas contrôlés, si nous nous inféodons économiquement à Francfort et géopolitiquement à Washington. La première cause de destruction de la nation et de l’identité de la France est la finance mondialisée et débridée, loin devant le wokisme, qui n’en est qu’un sous-produit.

La présidente du conseil de l’Union européenne Ursula von der Leyen et la présidente du Conseil italien Giorga Meloni, Lampedusa, 17 septembre 2023 © Cecilia Fabiano/AP/SIPA

A l’échelle du continent, plusieurs leaders autrefois euro-sceptiques, comme Marine Le Pen, Matteo Salvini ou Andrej Babiš, ne tiennent plus un discours de rupture si franche avec Bruxelles. Ne sont-ils pas tout simplement devenus raisonnables ?

C’est pour cela que je crois que le Rassemblement national, à moins d’une étonnante surprise, est un leurre, comme l’ont été Giorgia Meloni et Matteo Salvini. Changer le cours des choses exige du courage, de la volonté et avant tout un plan. Or, de plan, ils ont donné la preuve qu’ils n’en ont pas. Voyez Madame Meloni, un jour qualifié de « néofasciste » avant de se voir repeinte d’un coup en « interlocutrice acceptable » dès lors qu’elle est allée rencontrer Ursula Von der Leyen et l’a assurée, d’une part, de continuer les politiques néolibérales imposées par la Commission européenne, et, d’autre part, de son atlantisme sans faille, l’Union européenne la laissant faire joujou avec les questions sociétales. De la même manière, Matteo Salvini, malgré ses rodomontades, a soutenu le gouvernement du très européiste Mario Draghi, ex-patron de la Banque centrale européenne et ex-banquier chez Goldman Sachs. Tout ça pour ça ? Par ailleurs, je crois que Marine Le Pen est frappée par les mêmes illusions que la gauche de gouvernement au tournant de l’an 2000, qui avaient totalement fourvoyé Lionel Jospin, alors Premier ministre. Régnant à cette époque sur l’Europe, cette gauche de gouvernement a mis en place des politiques néolibérales, en assurant que ce serait le moyen de faire évoluer « l’Europe de l’intérieur » vers plus de social. On connait la suite, ce fut le mantra de l’impuissance. Il n’y pas eu plus mais moins de social. Je vois que les partis dits eurosceptiques de droite ou ceux d’extrême droite se sentent à leur tour pousser des ailes. Ils espèrent qu’ils seront majoritaires au parlement de Strasbourg et qu’ils pourront alors mener les politiques migratoires et de sécurité qui les unissent. C’est pourquoi ils mettent de l’eau dans leur vin concernant la construction européenne. Mais l’Union européenne est un carcan non démocratique. Une chape de plomb qui empêche absolument toute autre politique que celles voulues par la Commission de Bruxelles.

Vous dites combattre frontalement Emmanuel Macron. Y compris dans le dossier ukrainien ?

Bien évidemment. Même si je dois reconnaître au président qu’il a eu, et le seul dans l’Union européenne, la bonne attitude au début du conflit, celle d’aller discuter avec Vladimir Poutine et de tenter de décrocher un accord. Négocier, trouver une solution pacifique, c’est ce que doit faire le chef d’une nation comme la France. Seulement, Emmanuel Macron est rapidement rentré dans le rang. Les critiques des Européens plus soumis ont eu vite raison de ses velléités d’agir en acteur géostratégique indépendant. Je dois avouer que sur la guerre en Ukraine, je suis largement en accord avec Nicolas Sarkozy, qui défend une ligne réaliste et non pas une ligne idéaliste menant aux bains de sang et aux impasses. Quand il y a un conflit armé, on doit se demander quels sont les intérêts de la France, puis décider si l’on doit entrer en guerre en fonction de nos intérêts. Comme le disait le Général de Gaulle, « les pays n’ont pas d’amis, ils n’ont que des intérêts ». Nous n’avons rien fait de cela. Alors que notre constitution nous impose que le parlement se prononce sur nos engagements, or, depuis l’Afghanistan, on ne le fait plus. Il est urgent de faire la paix, ce qui passe par des pertes territoriales pour l’Ukraine. En mars 2022 Volodimir Zelensky y était disposé, mais il en a été dissuadé par les Etats-Unis comme l’a rapporté le Premier ministre israélien d’alors, Naftali Bennett. L’option de la paix implique aussi que l’Ukraine ne rentre ni dans l’OTAN ni dans l’Union européenne, une position que Nicolas Sarkozy partage aussi du reste. Si cette option n’est pas choisie, la seule issue sera l’escalade, avec un risque d’extension de la guerre, et au minimum la garantie d’une aggravation de la situation économique, déjà mauvaise.

Lors des commémorations des 50 ans de la mort de Salvador Allende, Jean-Luc Mélenchon est apparu arborant à la boutonnière une cocarde tricolore. Vous qui le connaissez bien, pour avoir été un de ses proches collaborateurs par le passé, comment interprétez-vous ce geste ?

D’abord, Salvador Allende n’est pas juste mort. Il s’est suicidé lors du coup d’État organisé par la CIA et qui a mis Augusto Pinochet au pouvoir. Comme dans 64 autres situations du même genre depuis la fin de la Seconde guerre mondiale. Cette année, nous avons également commémoré le 70ème anniversaire du coup d’État contre Mohammad Mossadegh, qui voulait un Iran plus souverain notamment sur les questions énergétiques. Pour revenir à votre question, quand j’étais en charge des questions internationales et de défense à La France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon était différent. Il était universaliste républicain, anti-communautariste, il était pour combattre l’islam politique et pour la régulation de l’immigration. Il n’était pas tombé dans le wokisme. Un de ses combats d’alors était de faire revenir dans le giron de la gauche les termes comme « nation », « indépendance », mais aussi le drapeau bleu-blanc-rouge, la cocarde, la Marseillaise, etc. Et nous avions eu d’ailleurs beaucoup de succès. Ce sont des symboles, dont beaucoup doivent à la gauche ; il n’y a aucune raison de les abandonner à tel ou tel courant politique. Maintenant, je ne saurai expliquer la logique qui meut à présent Jean-Luc Mélenchon. Un jour ces symboles sont positifs et un autre ils ne le sont plus. Visiblement c’était un bon jour.

Souris mâchée, soirée gâchée: les barbares sont aussi en classes prépas

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D.R.

On ne dit plus « bizutage », on dit « soirée d’intégration ». Mais ce qui était autrefois prétexte à des débordements d’un goût douteux est devenu l’occasion de scène de barbarie, comme en témoigne l’affaire de la souris croquée vivante par un élève de classes préparatoires du lycée Thiers, à Marseille. Notre chroniqueur, qui y enseigna, s’en indigne — et la rédaction de Causeur avec lui.


Et d’abord, les faits. Lors d’une « soirée d’intégration », un élève de classe préparatoire du lycée Thiers, à Marseille, a mis dans sa bouche la souris apprivoisée d’une camarade, et l’a tout simplement croquée — vivante.
Même Néandertal les faisait cuire avant de les déguster…

Le rectorat d’Aix-Marseille n’a pas souhaité faire de commentaires, les faits se déroulant lors d’une « soirée arrosée hors du lycée ». Il reconnaît toutefois une « affaire choquante ». La direction du Lycée Thiers de Marseille n’a pas souhaité non plus s’exprimer sur le sujet. 

Je suis scandalisé. Non seulement en tant qu’ami des bêtes (et la Fondation 30 millions d’amis a annoncé son intention de porter plainte), mais en tant qu’ex-enseignant de ces mêmes classes prépas dans ce même lycée.

A relire, du même auteur: Harcèlement, violence, lâcheté et morgue administrative: la chaîne fatale

Il y a quelques années, une racaille des Quartiers Nord avait eu l’intelligence de se faire filmer en train de fracasser un chaton contre un mur. Arrêté, il avait été condamné à un an ferme (la peine maximale, pour cruauté envers les animaux, est de cinq ans de prison et 75 000 euros d’amende), et envoyé aux Baumettes, où quelques durs incarcérés là-bas, qui ont obtenu l’autorisation d’avoir un chat dans leur cellule, lui ont expliqué le respect que l’on doit aux bêtes. À Brest, en 2014, c’est tout un groupe de jeune gens qui s’est « amusé » à torturer un chaton. Plus la proie est petite et sans défense, plus la cruauté des sadiques s’exerce impunément.

L’attitude pour le moins réservée du recteur est inexplicable. L’élève en question devrait déjà être renvoyé du lycée, à titre conservatoire, et rayé de toutes les prépas à tous les concours, en attendant une condamnation en justice.

Parce que tuer ainsi une souris témoigne d’une dégradation mentale irrattrapable. Tenez, un exemple :

« La première fois qu’il éprouva ces « sensations », il sortit pour aller étrangler un chat. Après cela, il se sentit « soulagé » pendant tout un mois. En novembre, ce fut un grand chien de berger (…) Après avoir dû, pendant deux mois, se contenter d’oies et de poules, il se risqua à égorger un vagabond endormi. »
C’est ainsi que Ian Fleming décrit la jeunesse de Donovan Grant, dans Bons baisers de Russie.

A lire aussi, du même auteur: Génération connards

Je ne gloserai pas sur « qui gobe un œuf tue un bœuf » ; Mais ce dont témoigne cette répugnante affaire, c’est de l’ensauvagement, (la « brutalization », disait l’historien américain George Mosse) de la société française. Et plus seulement dans les quartiers déshérités où l’éducation est désormais limitée à la portion congrue. Non : même chez les enfants des CSP+, l’absence de conscience morale, la restriction nécessaire au niveau du Surmoi, n’existent plus. Les barbares sont parmi nous.

J’appelle le nouveau proviseur du lycée Thiers et l’administration centrale à, prendre immédiatement les mesures de protection des élèves qui s’imposent. Un étudiant capable d’un tel acte de cruauté, quel que soit le prétexte alcoolisé dont il ornementera cette sinistre histoire, quel que soit le repentir dont il affichera les marques, est capable de tout — et du reste. Et du pire.

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Le gâteux, le pas gâté et le raté

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Kevin McCarthy a lancé le premier acte de la procédure de destitution à l’encontre du président Joe Biden. En toute logique, normalement, cela devrait marquer un moment d’inquiétude, voire d’angoisse, dans le camp Biden. Or les Démocrates semblent indifférents, voire contents… En effet, le parti Républicain va mal en réalité, et cette procédure en est le reflet. Harold Hyman raconte et analyse.


Le 12 septembre, Kevin McCarthy a finalement ordonné une enquête pour voir s’il y a matière à impeachment. La chose la plus étonnante, dans ce nouveau chapitre d’un feuilleton politico-judiciaire américain sans fin, c’est sa très faible possibilité de réussite ! Le président de la Chambre des représentants des États-Unis a ordonné l’ouverture d’une enquête préliminaire, qui dira si l’on peut constituer une commission parlementaire d’enquête à charge et à décharge, ce qui marquerait le début formel de l’impeachment. Mais cela prendrait de nombreuses semaines, et paralyserait les travaux de la Chambre. Est-ce que les députés républicains eux-mêmes accepteraient l’ouverture de la phase « impeachment » ?  14 députés ont gagné dans des zones qui ont majoritairement choisi Biden président. Ces quatorze élus, déjà, n’auraient aucune envie d’autoriser un impeachment car ils craignent pour leur réélection. 

McCarthy sous pression

Sur le fond, il n’y a pas une masse incontournable de faits incriminants ni même nouveaux. Les sénateurs Républicains ont déjà mené une enquête en 2020 contre Joe Biden, avec les mêmes éléments qui sont maintenant ressuscités par M. McCarthy. Ce dernier, de tendance modérée, est l’un des présidents de la Chambre les plus mal installés, suite aux concessions explicites accordées à son aile droite populiste dans un « pacte » qui permet à un seul député d’exiger sa révocation du perchoir. Le chef de file de ce groupe est Matt Gaetz, de Floride, qui a trouvé l’ouverture de cette nouvelle enquête parfaitement insuffisante, et a dénoncé le manque de sincérité de M. McCarthy – « Les mots du président de la chambre ne sont pas sincères ! ». Il menace à présent de renverser le président de son perchoir, et il en a le pouvoir.

A lire aussi, William Thay: Accusé Trump, présentez-vous!

En clair, McCarthy a été pressuré pour ouvrir cette enquête, afin de garder son poste et de maintenir le bon financement du gouvernement fédéral qui aurait pu être paralysé le 30 septembre avec un énième risque de « shut-down ». Mais McCarthy pense que le public américain ne veut ni shut-down, ni impeachment, et donc c’est Matt Gaetz qui pourrait être submergé et le ridicule pacte enterré… En tout état de cause, Biden ne risque pas la destitution car le Sénat, qui devrait agir comme jury, est à majorité démocrate. La première guéguerre civile a lieu au sein du parti Républicain.

Soupçons de corruption et… de sénilité

Cependant, une enquête pourrait exhumer des éléments embarrassants. Les députés partent à la pêche pour voir quel nouveau méfait ils pourraient accrocher à leur tableau de chasse grâce à leurs pouvoirs d’enquête. Les récentes  allégations incriminantes contre Joe Biden sont très minces: il serait venu à des dîners payants organisés par son fils. Comment prouver qu’il a discuté d’avantages pécuniaires contre une influence politique, alors que Biden, alors vice-président, n’est resté que quelques minutes, à parler de la météo et serrer quelques mains ? Ceci s’ajouterait en tout cas aux allégations de corruption de Hunter Biden lorsqu’il a travaillé pour une société gazière ukrainienne, et de corruption collatérale de Joe Biden, alors vice-président. Juridiquement, l’affaire ukrainienne est très mince, et il est sûr que Joe n’a rien touché ni rien manigancé en faveur des intérêts de Hunter en Ukraine, même s’il était vaguement au courant. Le but de cette marche mort-née vers un impeachment est de salir la réputation de Biden, candidat à la réélection. 

Mais le camp démocrate a un souci plus préoccupant. Sans doute que l’âge de Biden est devenu un sujet majeur et électoralement délicat. Même un journal français d’ordinaire très favorable aux progressistes, comme Le Monde, le reconnait désormais. Alors que jusqu’à présent, tous ceux qui évoquaient la santé du président américain étaient renvoyés dans le marigot complotiste. Un récent sondage d’Associated Press-NORC montre que 77% des sondés, et 69% des Démocrates, pensent que Joe Biden est trop vieux pour être efficace lors d’un deuxième mandat. De nombreux Démocrates vous le diront en confidence, avec ce codicille touchant : il a l’air gaga, mais pourtant il s’en sort très bien finalement ! Le candidat Trump serait en outre lui aussi âgé, il n’est que de trois ans le cadet de Biden, et l’un comme l’autre ont une mémoire parfois défaillante. Seulement, comme Biden aime à restituer des faits et des souvenirs, il se trompe davantage que le milliardaire… En plus, l’actuel président a des moments de désorientation cognitive. Trump, qui ne semble lui jamais désorienté, préfère parler avec des superlatifs, et use de questions rhétoriques. Il produit ainsi un bon paravent à ses éventuelles lacunes. 

A lire aussi: Harold Hyman: «Les nations occidentales sont elles-mêmes en proie à une perte de confiance en la démocratie libérale parlementaire»

Dans le camp Démocrate,  il n’y a personne pour concurrencer Biden. Pourtant, à supposer que Joe Biden accepte de s’éclipser, la torche retomberait naturellement entre les mains de la vice-présidente. Reste que dans l’histoire politique américaine, c’est souvent sans grand succès que les numéros 2 sont recyclés en tant que candidats à la succession. Nixon, huit ans le vice-président du président Eisenhower, se lança directement dans l’arène en 1960, perdant la présidence remportée alors par John Fitzgerald Kennedy. Le vice-président de Lyndon Johnson, Hubert Humphrey, fut battu par Nixon sur le retour en 1968. George Bush père fut l’un des rares à directement l’emporter après huit ans à la vice-présidence. Kamala Harris, très faible dans les sondages, ferait bien de passer son tour, quitte à rebondir ultérieurement. Dans le parti Démocrate, un facteur de division vient en outre compliquer l’affaire: il s’agit de la bataille entre la gauche sociétale et les modérés. Biden est l’un des rares modérés à pouvoir maintenir la gauche dans le giron du parti, et il a aussi l’avantage d’attirer un électorat indépendant centriste qui ne voit que lui d’acceptable en anti-Trump… Ce scrutin de 2024 fera bouger toutes les lignes.

Donald versus Hunter

Le grand chamboulement politique de 2024 est d’autant plus évident que chez les Républicains, la campagne des primaires a commencé. La plupart des candidats veulent y être Trump à la place de Trump, comme le gouverneur de Floride Ron DeSantis. Certes, quelques postulants, plus rares, se voient en alternative avec une nouvelle forme de républicanisme, plus probe, en tout cas moins suspecte d’accointances russes. Il s’agit de Nikki Haley, ex-gouverneure de Virginie et ex-ambassadrice états-unienne à l’ONU, et de Chris Christie, ex-gouverneur de centre-droit du New Jersey qui avait pourtant été parmi les premiers à se rallier à Trump (en 2015) avant de le renier après le scrutin de novembre 2020, et bien avant l’assaut sur le Capitole. Néanmoins, si Trump reste plus populaire dans les intentions des électeurs Républicains que tous les autres candidats réunis, les inculpations et les procès pourraient finir par jouer. Il suffirait que suffisamment de Républicains cessent de croire en Trump le sauveur, ou encore que Trump soit incarcéré, pour tuer la foi en son retour.

L’entrepreneur Vivek Ramaswamy et l’ancienne ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies Nikki Haley, Milwaukee, 23 août 2023 © Morry Gash/AP/SIPA

Ce scénario reste à écrire, car Trump ne pourra sortir indemne de tous ses revers judiciaires. Il y aura des secousses et des révélations. L’on aura une campagne qui sera accompagnée d’un feuilleton judiciaire : les turpitudes de Trump et les magouilles de Hunter Biden. Une telle descente dans la jungle politico-judiciaire marquera assurément l’histoire du pays. Donald versus Hunter.

Etats-Unis : Tribus américaines

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Le mois d’août amer de Gilles-William Goldnadel

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Gilles-William Goldnadel © Hannah Assouline

Notre ami Goldnadel, avocat et essayiste, pourfend cette gauche médiatico-politique selon laquelle on est trop pâle pour être victime et trop bronzé pour être coupable. Quant à l’hystérie qui a entouré la nomination de Geoffroy Lejeune au JDD et l’invitation mielleuse de Médine chez EELV, elles lui laissent un mauvais goût dans la bouche…


Rassemblement des députés de la Nupes en soutien à la rédaction du JDD en grève, Paris, 19 juillet 2023.  © JEANNE ACCORSINI/SIPA

Je sais que j’ai tort. Je devrais m’en ficher et pour mieux dire m’en foutre. Mais j’ai un mauvais goût d’août amer au fond de la bouche. Il semblerait qu’il n’y ait rien à faire. Nos idées ont gagné mais rien n’a changé. Une grande partie des Français ignorent qui est Enzo. Ce jeune de 15 ans a été tué à la fin de juillet, rien que pour un méchant regard. Tué par deux voyous dont il n’est même pas la peine que j’écrive qui ils sont. Car s’ils ne l’étaient pas, on connaîtrait Enzo. Mais ni Le Monde ni France Inter n’ont parlé d’Enzo en raison de cet accord tacite et non écrit qui unit la presse convenue, je veux dire d’extrême gauche. Qu’elle soit privée, qu’elle soit publique. Les autorités d’occultation n’ont pas pris de vacances.

Mais il y a une potion aoûtienne plus amère encore : un mauvais clou chasse l’autre. Je me suis aperçu que j’avais oublié le pauvre Enzo quand je me suis préoccupé d’un autre crime occulté. Ce viol atroce d’une jeune femme à Cherbourg : son violeur lui a enfoncé dans le vagin un balai de 75 centimètres qui lui a perforé les viscères. Ensuite, il l’a torturée. À l’heure où j’écris ces lignes, elle est toujours dans le coma. Mais les féministes très progressistes, qui s’enflamment pour un geste inapproprié (même quand il est contesté par le mufle présumé), n’ont pas dit un mot sur ce crime d’exception. Aubry, l’Insoumise, a préféré twitter une vidéo sur les micros du Parlement européen qui ne seraient pas adaptés aux tenues des femmes (en réalité, si on comprend bien, c’est le nom, micro-cravate, et non la chose, qui est une offense aux femmes). J’allais oublier de vous dire, incidemment, que le bourreau récidiviste s’appelait Oumar N.

A lire aussi, Elisabeth Lévy : A gauche, la défaite en chantant

Deux autres événementsn’auront rien fait pour me conférer l’auguste sérénité. Le premier concerne la croisade médiatique contre le JDD en général et Geoffroy Lejeune en particulier. Passe encore que Libération et Le Monde y participent. De la part de deux croisés de l’extrême gauche, c’est de sainte guerre. Mais que l’odieux visuel de sévices publics consacre des dizaines de reportages unilatéralement venimeux à trouver scandaleux qu’un journaliste d’« extrême droite » puisse rejoindre un titre respectable, quand on sait que le patron de sa matinale vient tout gauche de Libération, provoque chez moi une poussée d’urticaire aggravée par la chaleur ambiante.

Enfin, j’ai gardé le pire pour la fin : l’invitation de l’antisémite et homophobe Médine par la Rance Insoumise et EELV. Passe pour les Insoumis  qui assument depuis longtemps leur soumission à l’islamisme et à ses petits péchés mignons. Mais la justification de Marine Tondelier n’est pas piquée des hannetons menacés par la pollution. Il faudrait entendre l’auteur homophobe d’une déclaration antisémite (ou le contraire), dialoguer avec lui… parce qu’il est racisé. Dame Tondelier, pas genrée pour deux sous, est le Monsieur Jourdain du racisme bobo.

Pour tenter d’adoucir mon amertume estivale, je veux croire que l’extrême gauche, qui avait fait fond sur l’antiracisme vétilleux, a achevé de se déconsidérer lors de ses universités d’été.

Malgré le privilège rouge, malgré le privilège racisé, viendra l’automne pour les faiseurs de haine.

MANUEL DE RÉSISTANCE AU FASCISME D'EXTRÊME-GAUCHE

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Et si j’avais eu tort pour le Syndicat de la magistrature?

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Le Syndicat de la magistrature, présent à la fête de l'Humanité, le 16 et 17 septembre 2023. Capture d'écran Youtube/Journal l'Humanité.

Le magistrat doit rester impartial politiquement, ce statut est clairement défini par la loi organique. Dès lors, Philippe Bilger s’émeut: pourquoi le Syndicat de la magistrature participe-t-il à la fête de l’Huma?


Il m’a suffi d’une seule année à Lille – de 1972 à 1973 – pour comprendre que le Syndicat de la magistrature ne servait pas la Justice mais s’en servait au nom d’une conception idéologique de gauche, voire d’extrême gauche. Les magistrats qui, comme moi, en son sein étaient hostiles à cet extrémisme partisan se trouvaient confrontés à cette alternative : demeurer et souffrir avec une parole inaudible ou partir. C’est ce que j’ai fait en créant une association « Justice nouvelle » qui n’a pas répondu à mes espérances. Pour la raison essentielle que des modérés étaient certes venus vers moi mais en me faisant regretter les quelques intelligences singulières que j’avais quittées en dépit de la calamité souvent absurde des délibérations collectives du Syndicat de la magistrature.

C’est un point important sur lequel on hésite à insister. Sans tomber dans une nostalgie de mauvais aloi, je soutiens qu’il y avait un gouffre entre les dirigeants du Syndicat de la magistrature d’alors et ceux d’aujourd’hui. Les premiers faisaient réfléchir, quoi qu’on en ait, et, comme ils intervenaient sur un terrain vierge, leurs idées et leur action, dans les années 1970, ont eu des effets positifs. Les excès et les outrances, déjà perceptibles, étaient en partie compensés par la liberté, l’ouverture et la dénonciation légitime de comportements judiciaires choquants. Un monde inutilement guindé était heureusement décorseté.

A lire aussi : Harcèlement, violence, lâcheté et morgue administrative: la chaîne fatale

La suite ne fut pas de la même eau. D’abord parce que le Syndicat de la magistrature s’étant vidé de ce qu’il avait eu de meilleur n’était plus en capacité d’offrir au monde judiciaire et à la société autre chose que des analyses partisanes et des attitudes collectives scandaleuses. Mais, surtout, à cause de cette aberration intellectuelle soutenue complaisamment, sans l’ombre d’un questionnement, que tout était politique, ce qui paraissait légitimer les pires partialités et les plus odieuses inégalités dans l’administration de la Justice. C’était gravement confondre le processus judiciaire qui doit intégrer, pour être équitable, singulier de l’être et pluriel social avec une idéologie polluant en amont toutes les délibérations et décisions essentiellement pénales.

Faux syndicat, vrai parti

Faut-il rappeler les mille exemples qui sans cesse remettaient sur le tapis démocratique l’interrogation sur le droit au syndicalisme judiciaire ? Les inféodations aux partis de gauche et d’extrême gauche lors des congrès du Syndicat de la magistrature, la participation à des manifestations clairement hostiles au pouvoir présidentiel dès lors qu’il n’était pas de gauche, le soutien systématique octroyé à des causes politiques et syndicales qui contestaient l’institution judiciaire et ses jugements, la perversion de pratiques judiciaires, inspirées par l’idéologie, qui s’en prenaient au patronat et à la police au prétexte des quelques policiers ou patrons renvoyés devant les tribunaux correctionnels, la détestation de certaines lois ou de tel ou tel président de la République, qui conduisait à des injustices, l’indulgence, voire la complaisance pour les émeutiers d’il y a quelques semaines, le mépris régulièrement diffusé à l’égard du sentiment populaire aspirant à l’ordre, à la sûreté des personnes, à la protection des biens et à la rigueur à l’égard des coupables avec le souhait de peines exécutées.

Le « mur des cons » du Syndicat de la magistrature, en 2013. Image: Capture d’écran Youtube.

Le Mur des cons, sur lequel j’avais l’honneur d’être, est venu ajouter de l’ignominie à ce qui prétendait n’être qu’une pochade et qui en réalité a rendu presque insurmontable le fossé entre la société et l’institution judiciaire, il a amplifié de manière dramatique la perte de confiance et d’estime du citoyen à l’égard des juges. Ce qui a suscité l’indignation, au-delà de l’abjection tournant en dérision le père d’une victime, le créateur d’une association en faveur des victimes ou moquant exclusivement certains politiques, est l’incroyable laxisme qui a prévalu au sujet de ce désastre dont nous sommes loin d’être encore revenus.

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Et pourtant, aussi bien dans mes écrits que dans mes propos, dans les conférences, dans les multiples circonstances où un magistrat, de surcroît devenu honoraire, a le droit de s’exprimer, longtemps, tout en dénonçant le scandale de ce syndicat politisé et ses effets délétères sur l’opinion publique, j’affirmais aussi qu’il était inconcevable qu’on le supprimât et que d’ailleurs aucun pouvoir n’en aurait l’envie ni le courage. Mon argumentation était de bonne foi et cependant, sans cesse, on me rétorquait, sur les réseaux sociaux ou ailleurs, que j’avais tort, on me mentionnait des textes, on stigmatisait l’impuissance des gouvernements. Le citoyen ne s’en laissait pas conter !

Si, avec ce billet, je vais faire en quelque sorte amende honorable, je ne suis pas décidé à battre ma coulpe tout seul. Faut-il oublier une grande part de la classe médiatique qui a durablement tressé des louanges à ce syndicalisme et vanté son opposition aux pouvoirs de droite, passé sous silence tous les gardes des Sceaux de gauche qui ont favorisé ce syndicalisme en l’installant confortablement dans les arcanes des décideurs et des hiérarchies, dans les rouages politiques, minimisé cette lâcheté qui n’a jamais incité les indignés à droite à franchir le pas opératoire de la suppression du Syndicat de la magistrature ? Convient-il d’exonérer de sa responsabilité le syndicalisme judiciaire centriste qui, au nom de sa propre sauvegarde et pour se faciliter l’action, par corporatisme aussi, n’a jamais mis en cause la dérive de ce faux syndicat, de ce vrai parti ?

Le parti-pris de « magistrats militants dans un cadre social »

Pourquoi alors s’émouvoir maintenant de ce qui affecte, infecte depuis si longtemps la Justice ?

Parce que nous avons un garde des Sceaux qui s’est dit « énervé », « excédé » par la participation du Syndicat de la magistrature à la fête de l’Humanité. Pour lui, « le Syndicat de la magistrature, ce n’est pas la Justice ».

Parce que malheureusement ce constat a été avéré avec la prestation honteuse de ces magistrats, en compagnie du Syndicat des avocats de France qui, lui, n’est tenu à aucune réserve politique, monologuant contre les violences policières, stigmatisant la police et osant même qualifier de « révoltés » ceux qu’une personne avait nommé « émeutiers parce qu’ils avaient dégradé et brûlé des bâtiments publics ».

Parce que ces mêmes magistrats se sont présentés, déniant être des juges politisés, comme des « magistrats militants dans un cadre social » en affichant donc sans vergogne le caractère partisan de leur implication dans cette fête organisée par le parti communiste français. Je suis persuadé que sollicités par LFI, ils n’auraient pas hésité à venir apporter leur approbation à Jean-Luc Mélenchon pour qui « la police tue » tandis que Fabien Roussel s’est toujours gardé à ce sujet d’une attitude non républicaine. Débordé sur sa gauche par le Syndicat de la magistrature !

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Parce que l’arrogance de cette exhibition montre bien qu’à force de laisser le ver prospérer, le fruit se détruit.

Parce que, saisi il y a plusieurs mois par le ministre Dupond-Moretti, le Conseil supérieur de la magistrature n’a toujours pas répondu aux trois questions posées, dont l’essentielle portait sur le droit de grève des magistrats (JDD). Si un jour la réflexion collective aboutit à un résultat, je doute fort qu’il soit sans la moindre équivoque. Ce qui laissera le pouvoir politique face à ses responsabilités. Celui d’aujourd’hui et celui de demain, de 2027.

Parce qu’il y a, de plus en plus, une incompréhension citoyenne face à cette partialité publique ostentatoire quand on sent intuitivement ou à la réflexion que l’acte de justice exige sérénité, prudence, équité et, plus que tout, impartialité et que l’absence de ces dispositions chez le magistrat fait craindre le pire à tous ceux qui d’une manière ou d’une autre ont à faire avec l’institution. Ce superbe métier, cet honneur de raccommoder, de réparer, de sanctionner ne doivent plus être à la merci d’une conception dévoyée du droit, d’une perversion politicienne. Un magistrat est un serviteur, pas un militant.

Parce qu’il y a enfin dans le statut de la magistrature défini par la loi organique, dans son article 10, ces dispositions très claires qui n’ont été méconnues que par l’impuissance, la lâcheté ou la perversion politiques : « Toute délibération politique est interdite au corps judiciaire ; toute manifestation d’hostilité au principe ou à la forme du gouvernement de la République de même que toute démonstration de nature politique incompatible avec la réserve que leur imposent leurs fonctions ; est également interdite toute action concertée de nature à arrêter ou entraver le fonctionnement des juridictions ».

Par quelque biais qu’on les interprète, elles concernent le Syndicat de la magistrature, ses dérives, ses préjugés et son idéologie. Et son absence totale de réserve.

On a pu longtemps être arrêté par une sorte de scrupule. Interdire n’est jamais gratifiant. Mais le Syndicat de la magistrature, dans son naufrage, entraîne bien plus que lui : la Justice, la confiance qu’elle doit susciter, le respect qu’elle doit inspirer.

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Suffirait-il, comme un sénateur l’avait proposé, lors de l’examen du projet de loi organique sur la Justice en juin 2023, de prescrire « le respect du principe d’impartialité pour les magistrats syndiqués » ? Ce qui devrait aller de soi et qui pourtant a été contesté au nom de la liberté d’expression. Ne faudrait-il pas, selon une revendication constante d’Eric Ciotti, par exemple en janvier 2023, « interdire l’appartenance syndicale des magistrats » ?

Ce qui a relevé longtemps d’un débat théorique, parce qu’apparemment rien ne pressait et qu’une sorte de tabou existait, est dorénavant inscrit dans une réflexion qui ne peut plus faire comme si le militantisme politique revendiqué par le Syndicat de la magistrature ne posait pas un immense problème dans notre démocratie. Celle-ci peut-elle se permettre d’avoir un tiers de la magistrature qui viole ouvertement ses principes et stigmatise les forces régaliennes qui la servent ?

Ce syndicat contraint à s’interroger sur la survie du syndicalisme judiciaire.

Quel pouvoir républicain aura l’audace d’une radicalité en me donnant modestement raison demain parce que j’ai eu tort hier ?

La parole, rien qu'elle

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Le Mur des cons

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Immigration et travail: à se taper la tête contre les murs

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© Unsplash

Immigration. Quand ils ne parviennent pas à recruter dans les métiers « en tension », les patrons ne sont évidemment pas opposés à la régularisation des sans-papiers. Le billet de Sophie de Menthon, qui défend un meilleur accueil des « gentils » et réclame qu’on éloigne enfin les « méchants »!


Au moment où le débarquement de migrants à Lampedusa occupe tous les esprits, il faudrait tout de même que l’on fasse un jour preuve de bon sens, et que le gouvernement commence à réfléchir, en toute objectivité, à régler les problèmes intérieurs qui sont les nôtres, en particulier celui du rapport entre immigration et emploi.
Besoin de logique, besoin de justice, besoin de pédagogie, en oubliant les hystériques du racisme sur le sujet et les extrêmes de tous bords.
Commençons par le commencement, et changeons une loi scélérate :
Pour un sans-papier, sur le territoire français, il faut travailler en toute illégalité, au moins deux ans et présenter 24 bulletins de salaire pour obtenir le droit de rester en France et de continuer à travailler. Donc, concrètement, le gouvernement encourage le travail illégal et le récompense. Qui peut m’expliquer ? Cela fait trop longtemps que dure cette schizophrénie, dans l’indifférence, l’hypocrisie, les contradictions, les incohérences et les dédales administratifs. STOP ! Cette situation aberrante touche un grand nombre de secteurs, actuellement en manque cruel de main-d’œuvre (restauration, nettoyage, bâtiment, sécurité, aide à domicile…). Dans le BTP, en région parisienne, un salarié sur deux est sans-papier.

Métiers en tension

C’est ce qu’on appelle « les métiers en tension ». Et bien sûr, non, virer tous les étrangers ne fera pas occuper ces emplois par des chômeurs français ! Cet état de fait suscite l’incompréhension totale des chefs d’entreprises, des syndicats et de ceux qui se plongent dans cette problématique insoluble. Alors, on fait semblant : le patron fait semblant ou ne reconnaît pas les faux papiers… mais il fait tout bien par ailleurs: il déclare le salarié, paie les charges, respecte le droit du travail. Même chose pour son salarié en situation irrégulière, et tout cela fonctionne à la satisfaction de tout le monde depuis le recrutement jusqu’à… un contrôle plus poussé. Par ailleurs, il faut arrêter de prétendre que ces salariés étrangers sont sous-payés : ils sont soumis a minima au SMIC et au Code du travail comme tous les autres, avec les mêmes droits. Nous cherchons des gens qui veulent et peuvent travailler, et nous les traitons convenablement, revendiquent les « coupables ».  

A lire aussi, Gabriel Robin: Lampedusa: un jour sans fin

Que les politiques fassent perdurer cette situation est une honte nationale. Qui mettra fin à ce système hypocrite et incohérent ? Le TRAVAIL doit être la clé du droit de séjour en France. Un travailleur étranger qui obtient un contrat de travail en bonne et due forme devrait pouvoir bénéficier d’un permis de séjour adapté, sur le modèle de la « Green Card » aux USA, ce qui permettrait à ce travailleur de bénéficier d’une carte de résident en France et d’y séjourner légalement le temps de son contrat de travail. Et, bien sûr, sans avoir le droit de faire venir sa famille ou alors dans des conditions à déterminer (que personne n’a le courage de déterminer). Par ailleurs, ne confondons pas « permis de séjour » lié au travail et régularisation complète.

Sophie de Menthon ne manque pas d’air

La pauvreté intellectuelle et morale de ceux qui ne « pensent » pas mais jonglent avec une bouillie idéologique sur ce sujet, entraine l’inéluctable et stupide tarte à la crème du « légaliser serait un appel d’air ».
Non ! Car cette régularisation est uniquement pour ceux qui travaillent déjà officiellement et donc sont intégrés. On pourrait très bien aussi, par la suite, ne laisser entrer en France à l’avenir que ceux qui sont munis d’une promesse d’embauche contrôlée avec permis de séjour le temps du contrat; le contrat terminé, l’immigré aurait deux mois pour retrouver un nouveau contrat et sinon il rentre dans son pays. Mais, direz-vous, de toute façon, on ne renvoie personne ou si peu… En tout cas, il serait urgent de renvoyer les individus qui posent un problème, ce serait déjà formidable. Actuellement, concernant la question migratoire, on mélange malheureusement tout, selon sa couleur politique: les sans-papiers, les cas sociaux à la rue, les sans boulot, les drogués, les caïds des banlieues, les vrais réfugiés, le regroupement familial (à arrêter ou limiter de toute urgence), les boat people, etc. Ce ne doit évidemment pas être le même traitement dans chaque cas, et je parle bien dans cette tribune des travailleurs. La « nouvelle loi immigration » a comme socle l’entreprise, mais bien sûr avec la menace coutumière de l’amende (4000€ pour emploi illégal, et 8000 si récidive). Qu’est-ce que cela résout?

A lire aussi : «Nous demandons la suppression du droit du sol à Mayotte»

Ah si ! une innovation importante : les patrons devront désormais prendre sur le temps de travail de leurs salariés pour que ceux-ci apprennent le français ! Sauvés ? Cette nouvelle loi me fait l’impression d’un simple camouflage de notre situation migratoire qui ne touche pas aux sujets fondamentaux. Quid des cadeaux présidentiels faits à certains pays en autorisant un nombre déterminé d’émigrés (je pense à l’Algérie) ? Quid des expulsions ? Quid du laxisme et de la lenteur de la justice ? Certes, il convient de lutter contre l’emploi caché non déclaré, mais c’est l’arbre qui cache la forêt. Le vrai scandale, c’est l’emploi « illégal » tel que je l’évoquais; car l’illégalité, répétons-le encore et encore, est promue par l’État qui martèle que pour avoir le droit de travailler, il faut d’abord travailler sans en avoir le droit. À se taper la tête contre les murs, oui.

La France sens dessus dessous !

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Lampedusa: un jour sans fin

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Ile de Lampedusa, Italie, 16 septembre 2023 © Cecilia Fabiano/LaPresse cecilia/SIPA

Les bateaux ne cessent d’arriver dans l’île italienne, distante de moins de 200 km des côtes tunisiennes. Gérald Darmanin annonce ce matin qu’il refusera l’accueil en France des clandestins débarqués à Lampedusa. Cet après-midi, on apprend qu’un centre d’accueil va être installé à Menton (06). Analyse.


Le nom Lampedusa fut longtemps connu comme celui porté par l’écrivain Giuseppe Tomasi di Lampedusa. Ce prince et Grand d’Espagne fit dire à son personnage Tancredi cette phrase depuis tombée dans le langage courant : « Si nous voulons que tout reste tel que c’est, il faut que tout change ». Les images qui nous parviennent de la petite île de Lampedusa résonnent ici avec cruauté. Oui, si nous voulons que l’Europe reste telle qu’elle est, il faut que les politiques migratoires des États membres changent… et radicalement.

Depuis son accession au pouvoir, Giorgia Meloni a voulu jouer selon les règles de l’Union européenne. Comme rappelé dans un précédent article, l’Italie est un pays particulièrement vieillissant, même selon les standards continentaux. Sa natalité en berne l’oblige à trouver des solutions, notamment pour combler le vide de main d’œuvre dans les « petits métiers ». Pas de quoi toutefois expliquer la vague sans précédent d’arrivées irrégulières qui s’abat sur les côtes transalpines d’une botte plus que jamais flanc sud de l’Europe. Ainsi, le nombre de migrants illégaux a explosé depuis janvier 2023, atteignant des records sans précédents. Pour tout dire, sur dix personnes arrivées illégalement en Europe en 2023, huit sont passées par l’Italie.

La présidente du Conseil des ministres italien Giorgia Meloni, Rome, 8 mai 2023 © LaPresse/Roberto Monaldo/Shutter/SIPA

Le départ français du Sahel produit déjà ses effets

Entre le lundi 11 et le mercredi 13 septembre, ce sont plus de 199 bateaux chargés de 8 500 personnes à leur bord qui ont accosté à Lampedusa. Les images qui nous parviennent montrent une île devenue Camp des Saints, submergée de jeunes hommes africains majoritairement venus du Sahel quand ils provenaient plutôt autrefois du Golfe de Guinée.

Les déstabilisations du Mali puis du Burkina-Faso et du Niger commencent déjà à produire leurs effets. Les mercenaires russes sont débordés, de même que les forces militaires locales. Il est d’ailleurs tout à fait envisageable que ces masses d’hommes soient instrumentalisées contre l’Europe, ayant pour double effet de nous menacer et de vider un peu une région littéralement surpeuplée avec le plus haut taux de fécondité au monde.

A lire aussi, Loup Viallet: Niger: la France maraboutée

En 2019, une Giorgia Meloni en campagne, sous l’influence de Luigi di Maio, affirmait munie d’un billet de Franc CFA : « C’est ce qu’on appelle le franc CFA. C’est la monnaie coloniale que la France imprime pour 14 nations africaines, à laquelle elle applique le seigneuriage et en vertu de laquelle elle exploite les ressources de ces nations ». On passera sur le mensonge et la bêtise de la déclaration initiale, aucun pays bénéficiant de ce taux de change ne semblant vouloir le quitter, pas même ceux qui usent et abusent de la francophobie d’État, et Giorgia Meloni ayant depuis mis de l’eau dans son vin. Mais cette phrase en dit tout de même long sur l’inculture totale d’une bonne part des Européens s’agissant de l’Afrique et de ses dynamiques historiques.

Le départ de la France du Sahel n’est une bonne nouvelle pour aucun habitant du Vieux continent, surtout pour l’Italie. L’immigration était déjà très difficilement contrôlable, elle pourrait devenir demain impossible à juguler. Giorgia Meloni a engagé des réformes d’envergure depuis le début de l’année. Elle a notamment mis en place l’Etat d’urgence migratoire et grandement limité le régime de « protection spéciale renforcée ». Pourtant, toutes ces mesures ne suffisent pas à faire face à cette invasion quotidienne. Les bateaux ne cessent d’arriver.

Une Europe ouverte aux quatre vents

Ils auraient d’ailleurs tort de se priver, tant l’Europe est pour eux un Eldorado. La télévision burkinabaise le rappelait encore récemment, comme pour mieux encourager les candidats à l’exil : la France offre absolument tout. Couverture-maladie, accueil, aides en tous genres, protections des ONG et de la Justice, et même de l’argent de proche en espèces sonnantes et trébuchantes. Les appels d’air sont si nombreux qu’il semble vain d’en dresser de nouveau la liste par le menu. Giorgia Meloni n’a aucun atout dans son jeu pour enrayer cette spirale infernale.


Quand l’Europe est envahie, elle ne propose pas d’expulser mais de « répartir » les migrants clandestins. Démonstration est désormais faite : on ne peut pas régler ce problème en restant dans les clous. Matteo Salvini l’avait d’ailleurs en partie compris… ce qui entraina sa condamnation par la justice de son pays pour avoir tenté de refouler les bateaux…

Des solutions existent. Meloni avait d’ailleurs entamé des démarches intelligentes auprès de la Tunisie de Kaïs Saïed, démarches sabordées par les manœuvres de la gauche italienne et du Parlement européen. Notons d’ailleurs que les bateaux sont partis de Sfax, avec très certainement l’assentiment au moins tacite des autorités locales. Comment leur en vouloir ?

A lire aussi, Daniel Salvatore Schiffer: Le spectacle lamentable de Lampedusa n’a que trop duré!

Eux aussi subissent ce qui peut désormais être appelé une invasion. Si nous ne les aidons pas financièrement, ils ne feront pas le travail à notre place.

Un blocus naval ?

En sus d’une collaboration avec le Maghreb, les États européens doivent réviser drastiquement leur législation et réduire le pouvoir de nuisance des associations d’aides à l’immigration. C’est un impératif. N’en doutez point: tous ces militants pensent comme Jean-Luc Mélenchon, lequel vient de déclarer qu’une fois élu, il entamerait une « vague de régularisations massives ». Au fond, il est à se demander si l’emploi de la force n’est pas désormais nécessaire. Un blocus naval semble une solution « démagogique », mais comment faire autrement quand des milliers d’hommes débarquent sans nous demander l’autorisation, avec la complicité de passeurs et d’ONG qui les amènent en Europe en connaissance de cause, conscients de notre impuissance, de notre enchainement à des valeurs d’accueil qui se retournent désormais contre nous ?

Il s’agit d’un combat littéralement existentiel qui demande un effort spécifique de chaque État membre ainsi que de l’Union européenne toute entière. Nous ne devons plus céder au chantage émotionnel de l’extrême gauche. Quel message envoyons-nous au reste du monde quand nous montrons que 8 000 pauvres hères peuvent ainsi défier l’un des continents les plus riches ? Mateusz Morawiecki a raison de tancer l’Allemagne, Donald Tusk et Manfred Weber: il faut dire stop à l’immigration illégale. Quant à nous Français, il serait temps que nous mettions enfin nos actes en rapport avec nos discours. Gérald Darmanin a dit ce matin même à la radio que la France n’accepterait pas de migrants arrivés à Lampedusa. En début d’après-midi, nous apprenions qu’un centre d’accueil allait être installé à Menton, joyau de la Côte d’Azur. Plus tard, il sera trop tard.

Le Camp des Saints ; précédé de Big Other

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Le non du peuple

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Harcèlement, violence, lâcheté et morgue administrative: la chaîne fatale

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Le ministre de l'Education Gabriel Attal, Châteauneuf-en-Thymerais (28), 15 septembre 2023 © ISA HARSIN/SIPA

Nicolas N*** est donc mort, pendu à une taie de traversin. Les courriers échangés entre ses parents et le rectorat de Versailles sont éloquents sur bien des points, dit notre chroniqueur : refus d’entendre, refus de voir, refus de dire, enseignants et administratifs sont le parfait exemple de la sagesse orientale et du déni français.


L’affaire commence au mois de mars. Charline Avenel, amie personnelle d’Emmanuel Macron (elle appartient à cette cuvée « Léopold Sedar Senghor » de l’ENA qui est l’équivalent en macronie de ce que fut la promotion Voltaire en hollandie) était encore rectrice de Versailles —, elle n’est partie que l’été dernier pantoufler dans un organisme lucratif. Mais les faits remontent encore plus loin : depuis des mois Nicolas N***, jeune Guadeloupéen scolarisé dans un lycée professionnel de Poissy, dans les Yvelines, était harcelé par deux petites racailles. Du genre sans doute qui n’aime pas les Noirs, même si Nicolas avait le teint fort clair. Un gentil garçon, assidu, attentif, et qui croyait, a expliqué sa mère, en la justice des adultes.

Eh bien il a vu ce qu’étaient les enfants — « cet âge et sans pitié », disait fort bien La Fontaine — et ce que sont les adultes. Et il ne l’a pas supporté. Il avait changé d’établissement début septembre (alors même qu’Attal souhaitait que ce soient les harceleurs qui soient déplacés), il était retombé du haut de ses illusions, il n’est pas allé au bout de la première semaine de la rentrée. Même s’il avait d’autres soucis, ce fut sans doute la goutte d’eau qui, au dernier moment, pousse l’esprit à parier sur la mort, comme dit Camus.

La culpabilité change de camp

Du côté des copains, rien que de très ordinaire. « T’es nul, t’es moche, ta mère est une pute, ta sœur aussi, … » — on connaît le refrain. C’est du côté des adultes que les dysfonctionnements les plus criants ont vu le jour. Entre les profs qui n’ont pas voulu voir (le prof principal arguant que les altercations avaient eu lieu hors établissement, désolé, faites-vous péter la gueule dans l’enceinte du bahut, et une autre témoin des invectives mais qui a prudemment choisi de ne pas intervenir), le proviseur qui a émis un doute préalable (il évoque « une situation ressentie comme harcelante » afin d’éviter le mot harcèlement, qui est un délit punissable, depuis mars 2022, de dix années de prison, ne dramatisons pas…) et le rectorat enfin qui pour défendre ses agents, comme la loi lui en fait l’obligation, menace carrément de porter plainte pour plainte abusive (la famille avait déposé une main courante), précisant que le tarif d’une telle médisance est de cinq ans de prison et 45 000€ d’amende, les parents de Nicolas ont eu l’embarras du choix, entre couardise, morgue, et violence de l’appareil d’État. Même soutenu par ses parents, que vouliez-vous que fasse un jeune homme qui a dû se sentir méprisé et abandonné par ceux-là mêmes sur lesquels il comptait ? La culpabilité avait changé de camp (voir le courrier reproduit en bas de page).

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Sur les réseaux sociaux, il est des enseignants qui tentent de justifier l’attitude de leurs collègues. Esprit de corps des minables. Ils sont de la même race que ceux qui, à Conflans, refusent que leur collège prenne le nom de Samuel-Paty. Même s’il est des plaintes abusives, parfois même des agressions de parents tout à fait injustifiées, il faut tout prendre au sérieux, quand on sait qu’à la clef il y a un suicide possible. C’est fragile, un gamin.

En 45 ans, j’ai eu à intervenir deux fois sur des faits de harcèlement. La première fois, c’était sous mes yeux : j’ai pris le harceleur par l’oreille, en lui expliquant que s’il bougeait je la lui arrachais, et je l’ai traîné chez le principal. Mais j’ai la carrure pour ça. La seconde fois, nous avons réagi en bloc, obtenu immédiatement l’exclusion temporaire des harceleurs, et en conseil de discipline, leur radiation des concours qu’ils préparaient.

Le proviseur prudent toujours en place

Le plus beau, si je puis dire, c’est que ces enseignants aveugles enseignent toujours. Que ce proviseur prudent est toujours en place. Que l’administratif pète-sec qui a écrit au nom de l’institution n’a pas été suspendu : il sera peut-être déplacé sur un poste équivalent, le temps de se faire oublier. Et que les deux crapules qui harcelaient Nicolas ont fait une rentrée normale dans leur lycée. Leur statut nouveau leur a sans doute valu une promotion dans la voyoucratie locale.

C’est toute une chaîne de responsables qu’il faut traîner devant les tribunaux pour comportements ayant entraîné la mort sans intention de la donner, propos racistes (je ne peux croire que la couleur de peau de Nicolas n’a pas joué un rôle dans ce harcèlement, il y a des ethnies entières en banlieue qui détestent les Noirs) et non-assistance à personne en danger. Alors, chers collègues adeptes du « pas de vagues », vous arrivez toujours à vous regarder dans un miroir le matin ?

Le fait est qu’il devrait y avoir une enquête de police — automatique après un suicide — et surtout une enquête administrative pour démêler le vrai du faux. Il y a des plaintes pour harcèlement qui n’ont d’autre raison que d’obtenir un changement d’établissement. J’aimerais croire que des sanctions seront prises, quand on aura établi que des dysfonctionnements graves ont eu lieu. Mais j’en doute — ou alors, dans tant de temps, que la mort du gamin se sera diluée dans les espaces bureaucratiques. « Bonne justice est prompte », disait Henri IV. Oui, mais ça, c’était avant.


Suicide de Nicolas: l’opinion veut des têtes maintenant, celle de Charline Avenel…

Chaque matin, Elisabeth Lévy donne son avis sur l’actualité dans la matinale de Sud Radio, après le journal de 8 heures.