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Le spectacle lamentable de Lampedusa n’a que trop duré!

Une tribune libre de Daniel Salvatore Schiffer

Le spectacle lamentable de Lampedusa n’a que trop duré!
La présidente du conseil de l'Union européenne Ursula von der Leyen et la présidente du Conseil italien Giorga Meloni, Lampedusa, 17 septembre 2023 © Cecilia Fabiano/AP/SIPA

Seule face au douloureux dossier humain de l’immigration illégale, l’Italie réclame la solidarité de ses voisins. Comment mettre fin au drame des migrants clandestins qui affluent sur nos côtes ? voilà la question que devrait se poser François Gemenne du GIEC, plutôt que d’insulter Marion Maréchal !


Quel spectacle lamentable, indigne d’un débat intellectuel censé promouvoir la tolérance des idées, que d’entendre et voir, sur le plateau de télévision d’une importante chaîne française d’information, LCI, un éminent rapporteur du GIEC, François Gemenne, également directeur de l’Observatoire Hugo (dédié aux migrations environnementales) à l’Université de Liège, se livrer sans scrupules ni vergogne, pensant contredire ainsi son adversaire politico-idéologique, à une insulte d’infâme teneur sexiste.

L’insulte sexiste à l’encontre de Marion Marechal

Car c’est bien ce à quoi cet irrespectueux politologue belge s’est adonné sans la moindre nuance, pas plus tard que ce 15 septembre, en y accusant sommairement, en guise de seul argument pour étayer son point de vue, Marion Maréchal d’avoir – je cite –  « sauté dans le premier avion pour faire sa pin-up à Lampedusa ». Aussi pitoyable qu’indigent, en plus de sa manifeste goujaterie, ce type d’invective !

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Entendons-nous, afin de ne point prêter le flanc à je ne sais quelle autre malveillante ou absurde critique : je ne connais pas, personnellement, Marion Maréchal, ni ne l’ai même jamais rencontrée ou simplement croisée ; quant au parti, « Reconquête ! », dont elle est la vice-présidente (sous l’égide d’Éric Zemmour) et pour lequel elle conduira la liste aux prochaines élections européennes de 2024, c’est peu dire qu’il ne répond guère aux exigences de mon engagement politique, pas plus qu’il ne correspond, à bien des égards (dont celui, précisément, de l’immigration), à mes valeurs morales ou mes principes philosophiques. A fortiori, ma vision de l’humanisme ! Mais enfin : tel n’est pas, en ce cas, la question !

La solitude de l’Italie face aux lacunes de l’Europe

Car si je prends ici le risque – j’en suis conscient au vu de la malhonnêteté intellectuelle, sinon du dogmatisme sectaire, de bon nombre de nos prétendus « débatteurs », souvent férus de vaines polémiques, au sein de la plupart des médias français – de défendre, en cette tribune, Marion Maréchal lors de ce fameux déplacement sur l’île de Lampedusa, située encore plus au sud que les côtes tunisiennes, c’est qu’elle a eu objectivement raison, et c’est là un mérite non négligeable, d’y dénoncer publiquement, non sans faire preuve là d’une indéniable dose de courage, « l’hypocrisie », sinon l’inertie ou même l’indifférence, des instances européennes face à la solitude de l’Italie en ce dramatique dossier, tant sur le plan humain que social ou politique, qu’est celui  de l’immigration en provenance principalement, et massivement, d’Afrique subsaharienne.

Un cri d’alarme

Davantage : ce cri d’alarme qu’a ainsi lancé à juste titre Marion Maréchal par rapport à ce manque patent de solidarité, voire de simple compassion, de la part de l’Union Européenne face à l’Italie, ainsi livrée à elle-même et comme abandonnée de toutes parts en ce dossier particulièrement douloureux, plus encore que complexe, je le fais également mien, moi qui, bien que de culture française (par ma mère), suis aussi, par la nationalité de mon père, un citoyen italien, et donc détenteur, comme tel, d’un passeport lui-même également italien !

Car s’il est exact que j’aime passionnément la France, dont la langue comme la culture ont forgé mon esprit, sinon les lumières de ma raison, (« ma patrie, ce sont les livres » fait opportunément dire, à ce propos, la grande Marguerite Yourcenar, dans ses Mémoires d’Hadrien, à son héros littéraire), il n’en demeure pas moins vrai que l’Italie, par le sang qui coule dans mes veines, reste particulièrement chère à mon cœur.

C’est dire si je n’aime guère voir souffrir ainsi aujourd’hui, par cette solitude dans laquelle l’Europe la plonge aussi injustement depuis de longues et cruelles années, l’ancestrale patrie ou, mieux, l’historique berceau de l’humanisme le plus généreux, universaliste et éclairé tout à la fois, de Léonard de Vinci à Giordano Bruno, en passant par l’immense et érudit Pic de la Mirandole !

Un épouvantable et gigantesque cimetière marin

D’où, en guise de conclusion, cet appel que je lance, moi aussi, à l’Europe : il est de son devoir moral, tel un impératif catégorique kantien, de venir enfin en aide, sans plus attendre ni tergiverser face à l’urgence de la situation tout autant qu’à l’ampleur de cette tragédie, à l’Italie, qui, seule, ne peut plus supporter effectivement, par-delà ses admirables efforts aussi bien que sa bonne volonté en la matière, le colossal fardeau, pour certes nécessaire qu’il soit sur le plan humain, de cette entreprise titanesque qu’est celle de porter bien évidemment secours aux dizaines, sinon centaines, de milliers de désespérés qui, fuyant leur pays, la misère, la guerre, la famine ou la dictature, affluent au péril de leur vie mais quasi quotidiennement désormais, par vagues successives et pratiquement ininterrompues, au milieu de cet épouvantable et vaste cimetière marin qu’est aussi devenue malheureusement aujourd’hui, par incurie politique, égoïsme nationaliste, racisme systémique, calcul économique ou banditisme organisé, la Méditerranée !




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Philosophe, écrivain, auteur, notamment, de « La Philosophie d’Emmanuel Levinas – Métaphysique, esthétique, éthique (Presses Universitaires de France), « Oscar Wilde » et « Lord Byron » (publiés tous deux chez Gallimard-Folio Biographies), directeur des ouvrages collectifs « Penser Salman Rushdie » (Editions de l’Aube/Fondation Jean Jaurès) et « Repenser le rôle de l’intellectuel » (Editions de l’Aube).

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