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«Nous demandons la suppression du droit du sol à Mayotte»

Sans maîtrise de ses frontières (maritimes), Mayotte connaît une explosion migratoire et une flambée de violences sans précédent. Pour enrayer ce cycle infernal, Gérald Darmanin a lancé en avril l’opération Wuambushu. Mansour Kamardine, député LR de ce 101e département français, applaudit mais attend encore plus de fermeté.


Causeur. Quel était le contexte de l’opération Wuambushu ?

Mansour Kamardine. L’opération de reconquête des territoires perdus et de restauration de l’État de droit à Mayotte a été lancée dans un contexte particulièrement tendu. La multiplication des agressions barbares contre les personnes et les biens par des hordes de jeunes sauvageons d’origine étrangère avait créé un climat de terreur sur l’ensemble du département et la population, qu’elle soit française ou étrangère en situation régulière, voulait une reprise en main ferme des questions régaliennes.

En quoi consiste précisément l’opération ?

Elle s’articule autour de trois axes : le démantèlement des bandes criminelles, la destruction de l’habitat illégal dangereux et indigne, et l’amplification de la reconduite à la frontière des clandestins, pour la plupart comoriens. Les objectifs du premier axe ont été atteints, puisque 75 bandes criminelles ont été démantelées et leurs chefs présentés à la justice. Le travail se poursuit pour neutraliser les réseaux criminels transnationaux de trafics d’êtres humains et leurs complices locaux. La destruction de bidonvilles a pris un sérieux retard en raison d’un véritable harcèlement judiciaire orchestré par les obsédés des droits des clandestins, qui sont des associations subventionnées et appuyées par des magistrats, adhérant notamment au Syndicat de la magistrature. Néanmoins, nous avons bon espoir que l’objectif de récupération des terrains spoliés soit atteint à la fin de l’année. En ce qui concerne le troisième axe, les manœuvres des autorités comoriennes, amplifiées par le manque de fermeté et d’habileté du Quai d’Orsay, ont conduit à un important « retard à l’allumage », mais les reconduites de clandestins ont retrouvé un rythme conséquent.

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Pouvez-vous nous rappeler les règles de naturalisation, dérogatoires au droit commun national, en vigueur sur l’île ?

Depuis 2018, un enfant né de parents étrangers peut obtenir la nationalité française à 18 ans à condition d’avoir vécu en France pendant au moins cinq ans depuis l’âge de 11 ans (comme en métropole) et à la condition supplémentaire de démontrer que l’un de ses parents était en situation régulière sur le territoire français depuis au moins trois mois au moment de sa naissance. Le gouvernement envisage de porter à douze mois le temps de présence légale d’au moins l’un des parents avant la naissance de la personne concernée. Nous demandons davantage, soit purement et simplement la suppression du droit du sol à Mayotte, afin de réserver l’acquisition de la nationalité française à la filiation et à la naturalisation, comme c’était le cas à Mayotte avant 1994.

La métropole peut-elle s’inspirer de l’exemple de Mayotte dans sa propre lutte contre l’immigration illégale ?

Pourquoi pas ! En effet, la situation actuelle de Mayotte est une fenêtre ouverte sur un avenir possible en métropole. Si nous n’arrivons pas à maîtriser nos frontières sur une île de 374 km², située à 70 km de pleine mer des côtes des Comores, où vivent 800 000 personnes, comment pourrions-nous maîtriser nos frontières européennes, avec Gibraltar qui se trouve à seulement 14 km de l’Afrique et de ses 1,2 milliard d’habitants ? Si nous échouons à Mayotte, nous échouerons en Europe. Nos compatriotes, dans leur immense majorité, ne sont ni racistes ni xénophobes. Ils expriment néanmoins leur volonté d’affirmer leur souveraineté en matière d’immigration. Il appartient aux Français de décider qui ils acceptent et qui ils refusent sur leur territoire.

On a entendu Edwy Plenel et d’autres figures de gauche dire que Mayotte et les Comores sont ethniquement un même peuple et que la frontière était une absurdité. Que vous inspirent de tels propos ?

J’observe chez les « belles âmes » de la gauche morale une méconnaissance patente de l’histoire, de la sociologie, de la linguistique et de la géographie du canal du Mozambique. Il n’y a pas dans cette partie du monde de peuple comorien. Il y a un peuple grand-comorien qui s’exprime dans une langue en tout point identique à celle des populations de la côte tanzanienne, mais aussi un peuple anjouanais, un peuple mohélien, un peuple malgache et un peuple français représenté par les Mahorais qui s’expriment tant en dialecte swahili qu’en dialecte malgache et en français. Surtout, j’ai découvert avec stupéfaction que cette gauche morale avait une conception ethnique de la nation, ce qui la rend finalement plus proche des idéologues nazis que des penseurs des Lumières. Toute ma vie, je me battrai contre cette conception nauséabonde de la Nation.

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D’où ce paradoxe : sur les plateaux TV, on a vu des Blancs accuser de racisme des Noirs musulmans qui souhaitent réguler l’immigration à Mayotte…

La gauche morale et l’extrême gauche ne savent plus où elles habitent ! Leur seule boussole est désormais la défense permanente et systématique des étrangers, surtout si ceux-ci sont en infraction au regard du droit. Les victimes, comme les Mahorais qui subissent les conséquences de l’immigration clandestine massive, sont traitées de bourreaux et les bourreaux sont protégés comme des victimes. Cette gauche à l’envers, qui insulte, au sens propre, tous ceux qui ne pensent pas comme elle, est en collapsus intellectuel. Elle est totalement aspirée par le marketing électoral des stratèges du Parti démocrate américain des années 1990. Ils sont passés de Karl Marx à Hillary Clinton. Tout un parcours !

Vous êtes député LR. La départementalisation du territoire sous Sarkozy a-t-elle selon vous permis de réguler le phénomène ? N’a-t-elle pas créé un appel d’air ?

Absolument pas ! Les trois principaux appels d’air à l’immigration clandestine sont l’accès à la nationalité, l’accès à l’école gratuite pour tous et l’accès à la santé gratuite pour tous. Les origines de la pression migratoire sont donc totalement extérieures à la départementalisation. Ce qui a rendu la situation explosive, ce sont la volonté délibérée, sous François Hollande, de laisser se développer la submersion migratoire de Mayotte à partir de 2012, l’activité ambiguë du Quai d’Orsay et l’échec de l’indépendance des Comores. Nous pouvons donc parachever la départementalisation, tout en coupant les trois principales pompes aspirantes de l’immigration. C’est même un devoir républicain.

Quand Mélenchon se bat la coulpe

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Dans une relative indifférence médiatique, le lider maximo vient de s’excuser publiquement d’avoir soutenu les émeutes de banlieue en juin dernier. Mais ne comptez pas non plus sur lui pour s’assagir complètement. Ses fans lui en voudraient trop.


En 1901, dans Que faire, Lénine écrivait une formule connue de tous les militants d’extrême gauche chevronnés, à commencer par les trotskistes : « Ce qui serait terrible, ce serait l’obstination dans l’erreur, une fausse honte à la reconnaître et à la corriger. »  Lundi dernier à Paris, on peut supposer que Jean-Luc Mélenchon s’est récité à lui-même ces quelques mots canoniques avant de concéder, au détour d’un discours en hommage à Salvador Allende, ses coupables errances durant les récentes émeutes de banlieue.

Le sens de la litote

« N’oublions pas non plus nos erreurs, a-t-il lancé. Je parle des miennes, et de celles de quelques-uns d’entre nous ici, d’avoir cru que la violence de guérilla urbaine pouvait venir à bout d’un régime, et que c’était une méthode qui pouvait avoir du succès. » Une allusion tout à fait implicite à la complaisance qui a été la sienne au début de l’été, quand la violence s’est déchaînée dans les rues de nos cités, avec plus 2 500 bâtiments dégradés, dont seules les écoles et les médiathèques méritaient, à ses yeux, d’être épargnées.

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Passons sur son sens de la litote – car ils ne sont pas seulement “quelques-uns” à avoir fauté : tous les cadres de La France insoumise, sans exception (sans doute quelques-uns étaient-ils terrorisés), ont accepté sans broncher les outrances du leader historique. Et reconnaissons les faits: celui qui est aujourd’hui président de l’Institut La Boétie vient de faire son mea culpa, et a reconnu en toute transparence que son refus d’appeler au calme en juin dernier était un message d’approbation, si ce n’est d’encouragement.

Pour se donner le beau rôle, l’ex-lambertise, qui arborait ce jour-là une surprenante cocarde tricolore à la boutonnière au lieu de son habituelle triangle rouge de déporté politique, a même surenchéri : « Je dis aux plus jeunes d’entre nous: ne commettez pas la même erreur que nous, souvenez-vous que rien ne vaut au-dessus de la démocratie et de la mobilisation populaire. Rien n’est plus fort que la volonté des masses quand elle s’exprime par une volonté politique et l’installation d’un pouvoir légal. »  N’en jetez plus.

Fabien Roussel ? Beaucoup trop violent pour Mélenchon

Trois jours plus tard, Jean-Luc Mélenchon enfonçait d’ailleurs le clou (certes pour contrarier ses alliés communistes – on ne se refait pas) en condamnant sur X/Twitter « l’initiative violente » du secrétaire national du PCF Fabien Roussel, qui venait d’appeler sur France Info à se rassembler devant les préfectures, voire à les « envahir » en guise de protestation contre la « vie chère ». Pour un peu, on reconnaîtrait à l’ancien député de Marseille le droit de dire : « la République c’est moi ».

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Mais revenons au discours de lundi dernier. Évidemment, devant un parterre d’huiles du mouvement, parmi lesquelles Mathilde Panot, Jean-Luc Mélenchon ne pouvait se contenter d’un simple repentir. Il devait quand même à ses admirateurs un ou deux de ces déhanchés qui ont fait sa réputation. N’a-t-il pas promis jadis qu’il était “le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas” ? Alors, tel Johnny Hallyday entonnant “Allumer le feu” à la fin d’un concert, l’Insoumis a repris le show habituel, a insulté Emmanuel Macron et Elisabeth Borne, attaquant carrément leur physique, les taxant de “visage bestial”, les comparant à Augusto Pinochet. Rien que ça ! Comment ça, vous dites qu’il est un Donald Trump de gauche ? A moins, que vous ne pensiez à la “culture du harcèlement” ?

La parole est à la défense. Dans Napoléon le petit, Victor Hugo écrivait: « La tribune française, c’est la bouche ouverte de l’esprit humain, faisant le chaos pour en tirer la vie, faisant la révolution pour en tirer la République. » Tant qu’il reste sur une estrade à distribuer des noms d’oiseaux, Jean-Luc Mélenchon ne fait pas de mal à grand monde. Un psychanalyste saluerait sans doute les effets salutaires d’une telle parole cathartique sur les deux publics cibles de l’extrême gauche : le personnel de l’Education nationale et la jeunesse des banlieues, deux populations particulièrement sensibles à la puissance du verbe – Médine ne dirait pas le contraire. Un publicitaire, lui, conseillerait peut-être à La France insoumise d’imiter le logo en forme de mégaphone du Nouveau Parti anticapitaliste et d’adopter enfin l’emblème qu’elle mérite: un bâton de guignol.

Que faire ?: La lutte décisive

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Mathilde Panot: quand la tentative de récupérer le combat des Iraniennes tourne au fiasco

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La chef de file des Insoumis à l’Assemblée nationale a osé reprendre le slogan « Femme, Vie, Liberté » des femmes iraniennes en lutte contre les mollahs. Mais, peut-on vraiment prétendre être du côté de la malheureuse Mahsa Amini sans évoquer l’islam, l’islamisme ou même le voile ? Et en pourfendant le reste du temps « l’islamophobie » supposée de notre République laïque ? Céline Pina dénonce une hypocrisie. Pire, une tartufferie.  


À la LFI, ils osent tout, c’est même à cela qu’on les reconnait. Nouvel épisode en date : après avoir servi la soupe à Médine, l’islamiste qui s’ignore, Mathilde Panot essaie de récupérer le très populaire combat des Iraniennes. Le problème c’est que lorsqu’on est en pleine dissonance cognitive, ce n’est pas sa vertu que l’on montre mais son hypocrisie que l’on exhibe.

Cette récupération politique, qui émane d’un parti défendant l’abaya, ne passe pas

Cela fait un an que Mahsa Amini est morte sous les coups de la police de la vertu pour un voile mal ajusté. Depuis, les Iraniennes ont montré ce qu’était réellement le voile : un outil d’ensevelissement de la femme, qui l’infériorise et témoigne de son impureté. Le voile n’est pas un vêtement, c’est un marqueur et aujourd’hui un marqueur du pouvoir et de l’emprise des islamistes. Le voile est le symbole de l’oppression des Iraniennes et leur choix de l’ôter, l’affirmation de leur volonté de retrouver leur liberté.

Il était donc très agaçant de voir les têtes d’affiches de LFI poser avec leur petit panneau « Femme, Vie, Liberté » en réussissant l’exploit de ne jamais mentionner le voile (pourtant au cœur de ce combat) ni l’islam, ni l’islamisme.

Les coutures grossières de l’islamo-gauchisme

Il fallait oser ? Mathilde Panot l’a fait. Et elle s’est pris une volée de bois vert, les internautes lui rappelant que dans un tweet récent, datant du 8 septembre, elle avait dénoncé, en anglais, l’ « islamophobie » de la France, car celle-ci « combattait le port du voile ». Le tout dans le cadre de la défense du port de l’abaya, autre marqueur islamiste, que certains tentent ici d’imposer dans les salles de classe des collèges et lycées.

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Autre élément amusant : une note de contexte a été ajouté au tweet racoleur de la député qui souligne encore plus la fourberie de sa posture ; en effet celle-ci pose, poing levé, avec une image de Mahsa Amini voilée. Or, c’est en ôtant leur hidjab que les Iraniennes expriment leur révolte. Avoir choisi une image de la femme qui l’incarne portant le voile a été perçu par beaucoup comme le révélateur inconscient de la déloyauté de LFI dans ce combat.

Défendre une vision rétrograde de l’islam en France, pour faire semblant de la combattre en Iran, est déjà assez détestable. Mais à cela s’ajoute le fait de prôner l’émancipation pour les femmes iraniennes, tout en la refusant de fait à la femme musulmane française. Celle-ci doit bien baigner dans son élément communautaro-islamiste et porter scrupuleusement son voile, faute de quoi LFI se verrait orpheline de combat victimaire et ne pourrait intenter de procès en islamophobie au pays, à sa droite ou à ses actuels dirigeants centristes.

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Sacrifier les femmes musulmanes pour s’attirer les bonnes grâces des barbus et pouvoir hurler à l’oppression et au racisme, voilà le vrai combat de Mathilde Panot et compagnie. Finalement, le petit bourgeois blanc LFI du XXIème siècle qui sait ce qui est mieux pour le « racisé », ressemble beaucoup au colonialiste blanc du XIXème qui savait ce qui était bon pour les colonisés… C’est toute l’ironie de l’histoire.

Silence coupable

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Joss Beaumont est de retour!

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« Le Professionnel », film de Georges Lautner, revient ce soir sur France 3 à 21 h 10


Fallait-il le stopper ? C’est peut-être la seule question que les fans de Belmondo se posent aujourd’hui. La seule question qui hante les adolescents des années 1980. Sur le rebord d’une fenêtre du château de Maintenon, l’auxiliaire Farges n’a pas tremblé. Il a tiré en rafale. Objet de colloques et de controverses, la fin du Professionnel a-t-elle une portée tragique ou rédemptrice ? Est-ce une victoire de la raison d’État ou un plaidoyer pour la parole donnée ? Cette quête suicidaire et méthodique est-elle une manière de retrouver l’honneur perdu d’un patriote, dernier baroud avant extinction ou une spirale vaine et désespérée, éloge d’une violence sans fin ? Au-delà des interrogations, des interprétations diverses, du caractère anar-droitard, splendide de dérision et de nihilisme, ce film de 1981 luit dans la nuit noire. Combien de temps encore sera-t-il diffusé à la télévision française, d’habitude si vigilante à gommer les aspérités du monde d’avant et les outrances verbales ? Un jour, nous aurons droit à un appareil critique lourd et bavard pour désamorcer certains propos décomplexés et le second degré libertarien qui irriguent cette farce policière à visée comico-tragique.

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Le Professionnel, c’est une borne, plutôt une frontière, il y a un avant et un après Professionnel. Nous sommes au théâtre français sous la direction de Rémy Julienne, un mélange des genres qui n’a pas vocation à éduquer, sensibiliser, alerter le public sur les dérives du monde occidental, juste divertir à coups de dérapages et de bons mots, de castagne et d’envolées lyriques, de filles en nuisette et d’agents spéciaux, de gros flingues et d’hélico. Le dialogue d’Audiard trop écrit, assurément jubilatoire et un brin forcé, est compensé par les tête-à-queue d’une Fiat 131 Supermirafiori rouge. Le Professionnel assume ouvertement une nostalgie française, ce fond de sauce que l’on voudrait diluer à l’eau contrite d’un progressisme aveuglant.

Lautner, amuseur amusé, ne se prive d’aucune pichenette, il dégaine les moments de bravoure avec une virtuosité rieuse : le coup de la baignoire, la « presse démocratique », les barbouzes blousés, une bavure déguisée en machination à moins que ce ne soit l’inverse, l’esprit « espionnage et châtaignes », le ministre forcément pusillanime, le colonel démissionnaire, la pute au grand cœur et la fidélité au « Service Action », dernière astuce pour calmer la rancœur d’un fonctionnaire émérite abandonné dans l’enfer du Malagawi. Pourquoi aime-t-on tant ce film « décadent » à la bande-son magnétique et au pessimisme suintant ?

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Parce que le commandant Beaumont est fidèle à une France qui l’a trahi, à la fois cible mouvante et ange vengeur, emphatique et lucide sur sa propre destinée. Revenu des morts, il adresse un solde de tout compte à sa patrie. Il dit merde aux donneurs d’ordre. Parce que Jean-Paul porte un improbable blouson de cuir aux manches détachables et des médailles militaires à même le torse, qu’il est déniaisé de tout discours officiel, que son entêtement a quelque chose de beau et de gratuit, qu’il fut peut-être le seul acteur de sa génération à nous réjouir autant par sa puissance physique que par sa liberté langagière, parce qu’il avait l’avantage de la surprise dans les couloirs d’un palace. Qu’avec lui, enfin, les planqués, les satisfaits, les serviles, les coteries et les faux durs étaient tancés vigoureusement. Parce qu’il était gamin et d’humeur amère dans sa folle échappée. Parce que « le régime biribi avait dû le galvaniser » selon son instructeur et qu’il était ce condensé de muscles et d’ironie dans un pays qui commençait tout juste à avoir peur de son ombre et à s’auto-flageller. Et puis, on aime Le Professionnel aussi pour cette galerie des glaces réfléchissantes, une série de portraits baroques et d’attitudes désuètes, enfouie dans notre histoire personnelle, les longues jambes de Doris Frederiksen dans la suite Victor Hugo, la diction sacerdotale du Président N’Djala, un Pierre Vernier gélatineux, une Elisabeth Margoni à l’érotisme maternel suffocant, un Michel Beaune liquéfié par son déshonneur, un Bernard-Pierre Donnadieu qui chute malencontreusement sur l’arête d’un billard, un Jean Desailly à la rosette fanée, un Robert Hossein sublime d’assurance (« C’est un drôle de flic, un sale con, mais un flic maousse ») et puis les épaisses montures de Cyrielle Clair au saut du lit comme un moment de douceur arraché à la laideur des temps obscurs. On se souviendra longtemps de son regard et de son nom de fiction, elle s’appelait Alice Ancelin. Ce soir, nous serons devant notre poste car lorsque la machine est emballée, personne ne stoppe Joss Beaumont.

Monsieur Nostalgie

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Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo

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Couple mal assorti cherche sortie

L’Opéra-Garnier ouvre la saison lyrique parisienne avec Don Pascuale, irrésistible « dramma buffo » de Donizetti


Pas de morte saison pour Gaetano Donizetti. L’Opéra-Bastille, en février dernier, accueillait dans ses murs la huitième reprise de l’immortel Lucia di Lammermoor, dans une mise en scène d’Andrei Serban millésimée… 1995 ! Cette fois, l’Opéra-Garnier ouvre la saison lyrique parisienne avec Don Pascuale, irrésistible « dramma buffo » du compositeur prolifique dont ce n’est jamais que le soixante huitième opéra : Donizetti n’en écrira plus que deux encore avant de passer l’arme à gauche.

Composition prétendument expédiée en moins de deux semaines – le maître se plaisait à répandre le mythe d’une éblouissante facilité, propre à son génie – créé à Paris en 1843, ce petit joyau de commedia dell’arte, traversé d’un humour doux amer, s’exporta aussitôt avec succès, triomphant dans toutes les salles européennes. Sur un livret de Giovanni Ruffini (1807-1881) tellement remanié par le compositeur que le poète en vint à exiger le retrait de son nom, l’intrigue oppose Don Pascuale, un pingre mais riche barbon un peu puéril, pressé de convoler avec une demoiselle dans la fleur de l’âge, à son neveu Ernesto qu’il menace de déshériter s’il épouse une jeune veuve, Norina. Organisé par son ami le docteur Malatesta, un faux mariage finira par convaincre le vieillard dupé à repousser avec effroi son projet matrimonial. D’un bout à l’autre, cette comédie aux accents mélancoliques est un ravissement.  

Troisième reprise d’une production millésimée 2019, la mise en scène inventive et minimaliste de Damiano Michieletto transpose l’action à l’époque du smartphone, des incrustations d’images sur fond vert et des intérieurs high tech. Don Pascuale partage avec sa bonne un « ça m’suffit » à l’ameublement plouc à souhait, que son épouse toute neuve, Norina, dissimulée sous le pseudonyme de Sofronia pour se transformer illico en harpie dissipatrice, réaménagera en loft dispendieux. Meurtri, humilié, pressuré, le mari ne songe plus dès lors qu’à se débarrasser de cette mégère : le but est atteint ; le stratagème aboutit à un mariage plus « décent » : entre jeunes gens. La morale est sauve.

Laurent Naouri © Bernard Martinez

Les effets spéciaux de l’écran géant qui place en gros plan, sur un fond en incrustation vidéo, le visage filmé de Norina permet à Julie Fuchs de déployer son talent comique hors pair, avec force mimiques que le spectateur détaille à loisir. La soprano française – qu’on a déjà entendu l’an passé en Gulietta dans Les Capulets et les Montaigu – accuserait-elle, décidément, une certaine fatigue ? Vibrato distendu, aigus difficiles, projection trop courte – la chanteuse (qui succède à Nadine Sierra puis à Pretty Yende) n’était pas à son meilleur au soir de la première. Tel n’est pas le cas de Laurent Naouri, qui remplace quant à lui Michel Pertusi dans le rôle-titre, tandis que le baryton Florian Sempey, qui campait déjà le docteur Malatesta en 2018 et 2019, et qu’on a pu entendre cette année même dans Roméo et Juliette, endosse le personnage avec brio. Dans le rôle d’Ernesto, le ténor René Barbera qui l’an passé incarnait le comte Almaviva du Barbier de Séville avec la même force jaillissante et cuivrée.

Rien, dans les faiblesses (passagères ?) d’une partie de la distribution, qui ne porte fondamentalement atteinte à la vivacité désopilante d’un spectacle musicalement magistral, sous la baguette transalpine de Speranza Scappucci. Elle dirigeait déjà à Paris Les Capulets… l’an passé. Agée de 50 ans, invitée pour la saison 2025 au Royal Opera House de Londres, c’est la « cheffe » qui monte. Qu’on se le dise.      


Don Pasquale. Opéra en trois actes de Donizetti. Direction Speranza Scappucci. Mise en scène Damiano Michieletto. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec Laurent Naouri (Don Pasquale), Florian Sempey (Dottor Malatesta), Julie Fuchs (Norina), Slawomir Szychowiak (le notaire).

Palais Garnier. Les 20, 22, 25 septembre, 5, 11, 13 octobre à 19h30.
Durée du spectacle : environ 2h35     

Le spectacle lamentable de Lampedusa n’a que trop duré!

Seule face au douloureux dossier humain de l’immigration illégale, l’Italie réclame la solidarité de ses voisins. Comment mettre fin au drame des migrants clandestins qui affluent sur nos côtes ? voilà la question que devrait se poser François Gemenne du GIEC, plutôt que d’insulter Marion Maréchal !


Quel spectacle lamentable, indigne d’un débat intellectuel censé promouvoir la tolérance des idées, que d’entendre et voir, sur le plateau de télévision d’une importante chaîne française d’information, LCI, un éminent rapporteur du GIEC, François Gemenne, également directeur de l’Observatoire Hugo (dédié aux migrations environnementales) à l’Université de Liège, se livrer sans scrupules ni vergogne, pensant contredire ainsi son adversaire politico-idéologique, à une insulte d’infâme teneur sexiste.

L’insulte sexiste à l’encontre de Marion Marechal

Car c’est bien ce à quoi cet irrespectueux politologue belge s’est adonné sans la moindre nuance, pas plus tard que ce 15 septembre, en y accusant sommairement, en guise de seul argument pour étayer son point de vue, Marion Maréchal d’avoir – je cite –  « sauté dans le premier avion pour faire sa pin-up à Lampedusa ». Aussi pitoyable qu’indigent, en plus de sa manifeste goujaterie, ce type d’invective !

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Entendons-nous, afin de ne point prêter le flanc à je ne sais quelle autre malveillante ou absurde critique : je ne connais pas, personnellement, Marion Maréchal, ni ne l’ai même jamais rencontrée ou simplement croisée ; quant au parti, « Reconquête ! », dont elle est la vice-présidente (sous l’égide d’Éric Zemmour) et pour lequel elle conduira la liste aux prochaines élections européennes de 2024, c’est peu dire qu’il ne répond guère aux exigences de mon engagement politique, pas plus qu’il ne correspond, à bien des égards (dont celui, précisément, de l’immigration), à mes valeurs morales ou mes principes philosophiques. A fortiori, ma vision de l’humanisme ! Mais enfin : tel n’est pas, en ce cas, la question !

La solitude de l’Italie face aux lacunes de l’Europe

Car si je prends ici le risque – j’en suis conscient au vu de la malhonnêteté intellectuelle, sinon du dogmatisme sectaire, de bon nombre de nos prétendus « débatteurs », souvent férus de vaines polémiques, au sein de la plupart des médias français – de défendre, en cette tribune, Marion Maréchal lors de ce fameux déplacement sur l’île de Lampedusa, située encore plus au sud que les côtes tunisiennes, c’est qu’elle a eu objectivement raison, et c’est là un mérite non négligeable, d’y dénoncer publiquement, non sans faire preuve là d’une indéniable dose de courage, « l’hypocrisie », sinon l’inertie ou même l’indifférence, des instances européennes face à la solitude de l’Italie en ce dramatique dossier, tant sur le plan humain que social ou politique, qu’est celui  de l’immigration en provenance principalement, et massivement, d’Afrique subsaharienne.

Un cri d’alarme

Davantage : ce cri d’alarme qu’a ainsi lancé à juste titre Marion Maréchal par rapport à ce manque patent de solidarité, voire de simple compassion, de la part de l’Union Européenne face à l’Italie, ainsi livrée à elle-même et comme abandonnée de toutes parts en ce dossier particulièrement douloureux, plus encore que complexe, je le fais également mien, moi qui, bien que de culture française (par ma mère), suis aussi, par la nationalité de mon père, un citoyen italien, et donc détenteur, comme tel, d’un passeport lui-même également italien !

Car s’il est exact que j’aime passionnément la France, dont la langue comme la culture ont forgé mon esprit, sinon les lumières de ma raison, (« ma patrie, ce sont les livres » fait opportunément dire, à ce propos, la grande Marguerite Yourcenar, dans ses Mémoires d’Hadrien, à son héros littéraire), il n’en demeure pas moins vrai que l’Italie, par le sang qui coule dans mes veines, reste particulièrement chère à mon cœur.

C’est dire si je n’aime guère voir souffrir ainsi aujourd’hui, par cette solitude dans laquelle l’Europe la plonge aussi injustement depuis de longues et cruelles années, l’ancestrale patrie ou, mieux, l’historique berceau de l’humanisme le plus généreux, universaliste et éclairé tout à la fois, de Léonard de Vinci à Giordano Bruno, en passant par l’immense et érudit Pic de la Mirandole !

Un épouvantable et gigantesque cimetière marin

D’où, en guise de conclusion, cet appel que je lance, moi aussi, à l’Europe : il est de son devoir moral, tel un impératif catégorique kantien, de venir enfin en aide, sans plus attendre ni tergiverser face à l’urgence de la situation tout autant qu’à l’ampleur de cette tragédie, à l’Italie, qui, seule, ne peut plus supporter effectivement, par-delà ses admirables efforts aussi bien que sa bonne volonté en la matière, le colossal fardeau, pour certes nécessaire qu’il soit sur le plan humain, de cette entreprise titanesque qu’est celle de porter bien évidemment secours aux dizaines, sinon centaines, de milliers de désespérés qui, fuyant leur pays, la misère, la guerre, la famine ou la dictature, affluent au péril de leur vie mais quasi quotidiennement désormais, par vagues successives et pratiquement ininterrompues, au milieu de cet épouvantable et vaste cimetière marin qu’est aussi devenue malheureusement aujourd’hui, par incurie politique, égoïsme nationaliste, racisme systémique, calcul économique ou banditisme organisé, la Méditerranée !

Le réel oblige Macron à parler une langue qu’il ne maîtrise pas

N’en déplaise à la Macronie, la société ouverte et consumériste n’est pas celle que désirent les gens ordinaires, attachés aux liens familiaux, locaux, traditionnels. Le paradis diversitaire exalté par le fanatisme progressiste ne fait pas rêver la France profonde.


Emmanuel Macron n’a plus les mots, tant le réel lui échappe. Dans Le Figaro Magazine du 4 août, le chef de l’État a soudainement découvert l’urgence de « faire nation », comme on fait la tambouille : un cache-misère semblable au « vivre-ensemble », terme qu’il dit pourtant « ne pas aimer ». Or, comment faire nation sous la tutelle d’un président qui défend la souveraineté européenne, le consommateur remplaçable et qui récuse l’idée de préférence nationale ? Les progressistes de l’après-guerre se pensaient malins en s’affirmant « citoyens du monde ». Ils moquaient les ploucs attachés à leur patrie, leurs traditions, leurs morts. « Pétainistes ! », « Fascistes ! » : ces injures restent celles des perroquets du mondialisme heureux. Ils accablent ceux qui persistent à se réclamer d’une continuité historique et d’une défiance face à l’immigration musulmane de masse. Macron est de cette lignée hors-sol : il a voulu opposer universalisme et nationalisme, progressisme et populisme. Il se croyait porté par un mouvement de fond appelé à en finir avec les peuples enracinés et les nostalgies de la France sentimentale. Mais c’est une réaction inverse qui partout dans le monde se confirme, avec le réveil des nations et des souverainetés. Le réel oblige Macron à parler une langue qu’il ne maîtrise pas.

Une France éclatée est vouée à disparaitre

C’est pourquoi le recentrage présidentiel sur la nation est un leurre. Sa conversion fait écho à celle, aussi peu crédible, de Jacques Attali : après avoir fait l’éloge du nomadisme et de la société sans frontières, celui-ci affirme désormais, dans un entretien à Livre noir : « Il y a clairement une demande générale de sauver l’identité française.[…] Il faut à tout prix défendre la langue française et l’enseignement de la culture française. » Mazette ! Cela fait un demi-siècle que des lanceurs d’alerte enfoncent ces clous, en se faisant étiqueter « extrême droite » par les laborantins de l’homme technique et indifférencié. C’est Macron qui, le 28 août 2018, en visite au Danemark, récitait : « Le vrai Danois n’existe pas. Il est déjà européen. C’est vrai aussi pour les Français. » Faire nation ne veut rien dire dans la bouche de celui qui dit en même temps vouloir poursuivre « une politique de peuplement » et persiste à affirmer faussement, dans le même Fig Mag : « Nous avons toujours été un pays d’immigration et nous continuerons de l’être. » La France de Macron fait nation comme une pension de famille fait famille. Relire Bossuet : « Le propre de l’unité est d’exclure. » Une France éclatée est vouée à disparaître. Rien n’arrêtera son saccage tant que ceux qui la maltraitent resteront au pouvoir.

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N’en déplaise à la Macronie soutenue par la classe financière et le système technocratique, une société ouverte et consumériste n’est pas celle que désirent les gens ordinaires. Ceux-ci restent attachés aux liens familiaux, locaux, traditionnels. Ils sont réceptifs au bon sens et au pragmatisme. Le paradis diversitaire chanté par le progressisme exalté ne fait pas rêver la France profonde. Elle se sait fragile et craint pour sa survie. Le même cauchemar totalitaire d’un monde technique et indifférent à l’homme, qui a imposé ses effrayantes tyrannies au XXe siècle, se redessine dans le mépris porté à l’âme des peuples. Or c’est cette part intime, rejetée par les faux « humanistes », qui devient une donnée politique nouvelle en imposant l’identité nationale comme un sujet central. Michel Auboin, ancien préfet chargé de l’intégration, confirme ce sursaut existentiel: « Une majorité de Français qui partagent la même histoire forment la majorité silencieuse d’un pays qui feint de les ignorer[1]. » C’est à ces oubliés, ces dizaines de millions de « Français de souche », voués à être remplacés par des peuples exotiques, qu’il revient de prendre la parole pour dire d’où ils viennent, qui ils sont, et surtout, où ils ne veulent pas aller. En l’occurrence, ils refusent la contre-société islamisée qui s’épanouit sous Macron.

À dire vrai, Emmanuel Macron n’est pas le seul coupable. L’indifférence portée à la nation et à son peuple est une trahison partagée par de nombreux dirigeants, à commencer par ceux de la droite. Prononcer le mot « France » leur est encore une épreuve. En janvier 2003, Alain Juppé, président de l’UMP, trouvait moderne de proposer, pour les deux peuples, la double nationalité franco-allemande, en balayant les sentiments d’appartenance. En mai 2015, les fondateurs du parti LR expliquaient pour leur part : « Nous souhaitons nous appeler Les Républicains car nous défendons avant tout l’identité républicaine », déclaration commune de Laurent Wauquiez et Nathalie Kosciusko-Morizet. Alors à l’UMP, Bruno Le Maire déclarait à la même époque : « Je me battrai contre ceux de ma famille politique qui disent que la question identitaire est prioritaire. » Tirant le bilan de son débat sur l’identité nationale lancé en 2009, Nicolas Sarkory déclarait le 7 avril 2015,devant la commission exécutive de l’UMP : « Je n’aurais pas dû parler d’identité nationale, mais dire que je voulais défendre les valeurs de la République. » L’évocation de la République et de ses valeurs est un procédé de faussaire : il sert à ne pas évoquer la France, ses états d’âme et son déclin, de peur de faire le jeu de l’« extrême droite ».

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L’« initiative politique d’ampleur » annoncée par le chef de l’État passera à côté du sujet si elle doit persister dans une communication brouillonne appelant à l’ « apaisement » tout en écartant de l’« arc républicain »les mouvements politiques (LFI, RN, Reconquête, etc.) qui n’ont pas l’heur de plaire à la Macronie. Le pouvoir, isolé, doit accepter d’entendre les plaintes des Français oubliés, sommés de taire leurs inquiétudes existentielles au nom de la religion dévoyée des droits de l’homme. Rien ne serait plus révoltant, de la part d’un pouvoir se réclamant de la concorde et de la non-discrimination, que de chercher à étouffer encore davantage l’« homme réel ». Il est vrai que, derrière la menterie du « faire nation », s’observe une nation qui se défait.


[1]. Le défi d’être français, Presses de la Cité, 2023.

Le défi d'être Français

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Antoine Dupont: trop d’engagement?

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L’acteur Jean Dujardin et le sportif ont reproché à l’hebdomadaire Valeurs actuelles de les avoir mis en une.


Ces polémiques entre Jean Dujardin (Antoine Dupont approuvant ce dernier), et Valeurs actuelles (sa couverture sur la « France Rugby » avec les photographies des deux premiers) seraient ridicules si elles n’étaient pas révélatrices d’une idéologisation de tout… D’accord pour « la France Rugby », mais pas de récupération politique. Ce ne sont pas nos valeurs. Voilà, peu ou prou, la substance de ce que le duo oppose à l’hebdomadaire Valeurs actuelles. On pourrait penser que l’affaire est gravissime alors que ce journal se contente d’énoncer une évidence – il y a bien une France du rugby, qui sur tous les plans suscite plus l’adhésion que le monde du foot – et d’exprimer son admiration pour l’équipe de France et notamment son remarquable et exemplaire capitaine Antoine Dupont. Il y a des interventions plus critiquables ! Comment ne pas être surpris, d’abord, par l’irritation politique de Jean Dujardin qui, pourtant, a été vivement contesté pour la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde que le progressisme a qualifié de « ringarde » et de conservatrice ? Autrement dit, il impute à Valeurs Actuelles, de manière absurde, ce que lui-même s’est vu reprocher…

Antoine Dupont a tort de s’embarquer dans cette controverse

Pour Antoine Dupont, il faut que je sois clair. Il appartient, sur le plan sportif, à cette élite infiniment rare – pratiquement un duo ! – qui, quoi qu’elle puisse penser et dire, aura toujours les suffrages de la majorité des citoyens, tant elle domine et est admirée. On aura compris que l’autre membre du duo est Kylian Mbappé. Je les considère, pour ma part, comme intouchables sur le plan sportif. D’autant plus qu’Antoine Dupont, lui, n’est jamais tombé dans les délires de Mbappé, notamment au sujet de la mort de Nahel. Il me semble cependant qu’Antoine Dupont aurait pu et dû se dispenser d’une telle controverse qui brouille une image dont la grande force était d’être universelle, partagée par l’ensemble de la communauté nationale, en tout cas celle qui supporte le rugby. En effet sa réaction est susceptible de laisser croire que son sport n’aurait pas droit à un enthousiasme sans la moindre coloration politique. Ce qui serait navrant. On sait qu’Antoine Dupont a une sensibilité et des convictions de gauche. Comme citoyen, il avait déjà manifesté son opposition au projet de loi sur les retraites en signant une pétition avec d’autres sportifs. Pour ma part j’avais d’ailleurs regretté que ce formidable joueur et cette personnalité d’une discrétion remarquée se soient engagés publiquement de cette manière.

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Le doigt dans l’engrenage

Parce que, une fois le doigt et l’esprit mis dans un processus partisan, la fatalité est implacable qui va vous conduire régulièrement à donner votre avis sur des sujets importants mais pour lesquels le sportif admiré que l’on est n’a pas de légitimité particulière pour convaincre ceux qui ne pensent pas comme lui. Je dénonçais, au début de mon billet, l’idéologisation de tout. Je regrette qu’au sein d’un consensus quasi total qui résiste à quelques assauts aigres, Jean Dujardin et Antoine Dupont, pour cibler Valeurs Actuelles et se distinguer sans nécessité, aient cru bon de faire dissidence. L’hebdo a eu de la classe : « on vous aime sans savoir pour qui vous votez » ! Qu’Antoine Dupont garde son engagement pour les matchs ! La France aura besoin du demi de mêlée performant qu’il est et du capitaine exemplaire inspirant confiance à tous, partenaires et citoyens.

La princesse roumaine qui écrivait en français

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L’historienne Aude Terray retrace la vie pleine d’arabesques de la princesse Bibesco (1886-1973) au cours de ce turbulent XXème siècle.


Aujourd’hui, les figures du féminisme se conjuguent à l’impératif. Il n’y aurait qu’une seule forme de féminisme, victimaire et revanchard, où la misère sociale tiendrait toute sa place dans un processus d’émancipation. L’historienne Aude Terray nous montre une autre voie, forcément iconoclaste et inclassable, loin des bidonvilles et des terrils, dans les hautes sphères, à l’abri des fins de mois difficiles, quoique les revers de fortune et les exils furent le lot de nombreux « beautiful people » du siècle dernier. Les soubresauts politiques et les drames intimes n’épargnent pas les « bien nées ». La main de dieu ne tremble pas lorsqu’il s’agit de rééquilibrer les injustices immanentes. Il y a du courage intellectuel et une grande sincérité de consacrer une biographie aussi complète à la princesse Bibesco chez Tallandier. Dans le titre, elle lui accole deux qualificatifs « frondeuse et cosmopolite » qui résument un destin hors-norme au cœur des mondanités et des lettres françaises, à l’ombre des palais et des ambassades. Dès son avant-propos, Aude Terray avertit le lecteur : « Qui se souvient aujourd’hui que la princesse Bibesco fut un des auteurs les plus lus de sa génération ? ». En concurrence avec Colette et Anna de Noailles, cette chérie des salons et des librairies, fêtée et célébrée comme le fut, plus tard, dans les années 1950, le charmant petit monstre bondissant Sagan. Avec Marthe Bibesco, nous sommes du côté des Guermantes, dans le somptuaire et l’organdi, les propriétés de milliers d’hectares aussi étendues que des principautés, dans les fastes d’une domesticité sans limite, tout semble acquis et intangible, hypnotique et évanescent, presque irréel. Même Marcel Proust s’improvise « coach littéraire ». En se mariant à Georges, gentleman-driver et pionnier de l’aviation balbutiante, héros sur terre et dans les airs, elle noue son destin avec l’un des hommes les plus riches et les plus influents de Roumanie. Que reste-t-il de ces mondes enfouis ? La cavalcade des guerres mondiales a balayé cette race de nantis aventuriers, gaspillant leur temps avec l’énergie du désespoir, bataillant pour exister dans un milieu qui ne pardonne aucune faute d’étiquette, se tenant toujours droit et faisant fi des tourments personnels. Les plus esthètes d’entre nous se souviennent du tableau de Boldini représentant la princesse. Les autres ont vu sa photographie dans les rares magazines ou ouvrages qui citent parfois son nom. Une beauté altière et triste, un style à la garçonne, les paupières lasses et le regard sombre, une intensité qui se dissimule derrière un calme olympien, une intelligence aux aguets, presque inquiète.

Marthe Bibesco peinte par Giovanni Boldini (1911) D.R.

De cette princesse des Carpates, je me rappelais la couverture fripée et atrocement colorée des éditions de poche « J’ai lu » dans une maison de famille, puis son nom inscrit sur les Cahiers Rouges de Grasset. Son image était pour le moins floue dans mon esprit. Ses débuts dans la carrière littéraire m’étaient presque inconnus, je ne savais rien de son rôle dans une Roumanie soumise à une instabilité chronique qui tomba sous le rideau de fer après la capitulation allemande. Aude Terray, par un remarquable travail d’enquête, a suivi les traces de cette princesse en Roumanie, à Londres et dans le Paris flamboyant de la Belle Époque, et a permis d’y voir plus clair, notamment ses interventions en faveur de la communauté juive dans son pays. C’est prodigieux de précision, jamais ennuyeux, avec le ton approprié. Car, Aude Terray n’occulte rien, elle décrit fidèlement un parcours, ne tombant ni dans la caricature, ni dans l’hagiographie. On pourrait aisément faire un portrait à charge, un peu pathétique et facile, d’une fille mal aimée par sa mère qui deviendra elle-même une mère si peu affectueuse et pourtant libératrice. L’auteur réussit à se placer à bonne distance, elle aime son héroïne sans la faire passer pour une victime ou une « sans cœur ». Elle lui redonne par son écriture sans graisse, une profondeur oubliée, un éclat vibrant. De ses amours contrariées avec Georges et Henry de Jouvenel, elle écrit : « La jeune femme semble fuir l’amour autant qu’elle le recherche. Comme si elle craignait de se perdre, de décevoir, d’être déçue ». L’historienne n’est pas dupe de ces succès : « certes, elle est un des auteurs à succès des années 1920, une des rares de sa génération à signer des contrats, mais ses rentrées d’argent sont loin de suffire à son train de vie, celui d’une femme de grand luxe qui ne saurait se passer de ses architectes et décorateurs, de ses jardiniers et de ses milliers de bulbes de fleurs annuels, de ses multiples robes et chapeaux, de ses coiffeurs et masseurs, de ses voyages, voitures et chauffeurs, de ses réceptions et bataillons de domestiques ». Les dernières pages sur les amitiés indéfectibles, les soutiens qui résistent quand le vent de l’Histoire a tourné, sa passion pour le « Grand Charles » et Churchill sont poignantes. En refermant cette biographie de belle allure, on a envie de lire cette princesse et de rencontrer enfin son style.

La princesse Bibesco – Frondeuse et cosmopolite – de Aude Terray – Tallandier

Le Spleen du Berry

Thomas Morales a la France sentimentale. Non sans humour, notre chroniqueur aime se remémorer le « bon vieux temps ». Avec Monsieur Nostalgie (Héliopoles, 2023), son nouveau livre, on explore son panthéon personnel.


Qu’une grande actrice oubliée passe l’arme à gauche, qu’un ancien président de la République ou notre Johnny national cassent leur pipe, et l’auteur de ces lignes sait pouvoir compter sur Thomas Morales. Le chroniqueur berrichon est le roi de la nécrologie. Quand Causeur cherche en urgence un texte sur une figure publique disparue, l’écrivain répond dans l’heure avec un papier susceptible de rendre jaloux les autres journaux : c’est souvent le mieux troussé de toute la presse. Chaque dimanche après-midi, Thomas Morales offre également une chronique aux lecteurs de notre site. Le quasi-quinquagénaire publie ces temps-ci son nouveau recueil de textes. Inlassablement, il continue de labourer le sillon de la nostalgie. Par goût et par conviction, précise-t-il. Cela lui ferait grand plaisir, confie-t-il, que nous l’appelions « Monsieur Nostalgie », une fois son livre fermé. Il y explore tour à tour la langue française, les brocantes, la télévision ou le cinéma, et évoque aussi la province ou Paris. C’est une lecture réconfortante, alors que se profile à l’horizon un automne déprimant pour beaucoup de monde. C’est un précis de nostalgie que l’écrivain veut inclassable et, il l’espère, divertissant. Mission accomplie ! Thomas Morales retravaille inlassablement ses textes, telle la plus précieuse des verroteries. L’exercice commence par une évocation d’Audiard et se referme sur… Philippe Lavil. Morales fustige les mauvais coucheurs de notre époque et estime qu’il n’y a pas de mauvais goût. Au fil des pages, nous croisons Simenon, Sempé, Vialatte, Serge Lama, Lucien Bodard, Roland Topor, Bernard Blier, Romy Schneider, Lino Ventura, Jacques Chirac ou Félix Potin. Et bien d’autres.

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Les emmerdes volent en escadrille, disait Chichi. Les évocations de Morales s’enchaînent aussi, sans aucun ennui, notamment parce que ce n’est pas de la littérature « engagée ». Cela fait un bien fou. Tenons-nous à l’écart de la rentrée littéraire, et à bonne distance de toutes ces nouveautés woke et anti-woke qui ne manquent pas de s’accumuler sur les étals des libraires. Le lauréat du premier prix Denis Tillinac et membre du jury du prix des Hussards préfère s’épanouir avec les vieilleries, et nous ouvre sa malle à souvenirs. « Je suis né trop tard, à une époque où déjà les auteurs racontaient des histoires comme on élabore un plan com’ pour un sous-secrétaire d’État insignifiant », confesse l’écrivain qui, comme beaucoup de Français, se sent un peu perdu dans la mondialisation. Pas une littérature engagée, disions-nous ? C’est à voir. Des bords de sa Loire natale, où il dit souffrir du syndrome de la sous-préfecture abandonnée, notre ami assure qu’il n’est pas réactionnaire, mais nous met tout de même en garde : « La nostalgie n’est pas encore un crime. Elle le deviendra, soyez-en sûr, au train où la modernité avance et gangrène nos existences. » On ne sait plus alors si Monsieur Nostalgie veut encore nous amuser, ou s’il n’est pas tout à coup nettement plus sérieux.

Thomas Morales, Monsieur Nostalgie, Héliopoles, 2023.

Monsieur Nostalgie

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«Nous demandons la suppression du droit du sol à Mayotte»

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Mansour Kamardine, député LR de la 2e circonscription de Mayotte. © Hannah Assouline

Sans maîtrise de ses frontières (maritimes), Mayotte connaît une explosion migratoire et une flambée de violences sans précédent. Pour enrayer ce cycle infernal, Gérald Darmanin a lancé en avril l’opération Wuambushu. Mansour Kamardine, député LR de ce 101e département français, applaudit mais attend encore plus de fermeté.


Causeur. Quel était le contexte de l’opération Wuambushu ?

Mansour Kamardine. L’opération de reconquête des territoires perdus et de restauration de l’État de droit à Mayotte a été lancée dans un contexte particulièrement tendu. La multiplication des agressions barbares contre les personnes et les biens par des hordes de jeunes sauvageons d’origine étrangère avait créé un climat de terreur sur l’ensemble du département et la population, qu’elle soit française ou étrangère en situation régulière, voulait une reprise en main ferme des questions régaliennes.

En quoi consiste précisément l’opération ?

Elle s’articule autour de trois axes : le démantèlement des bandes criminelles, la destruction de l’habitat illégal dangereux et indigne, et l’amplification de la reconduite à la frontière des clandestins, pour la plupart comoriens. Les objectifs du premier axe ont été atteints, puisque 75 bandes criminelles ont été démantelées et leurs chefs présentés à la justice. Le travail se poursuit pour neutraliser les réseaux criminels transnationaux de trafics d’êtres humains et leurs complices locaux. La destruction de bidonvilles a pris un sérieux retard en raison d’un véritable harcèlement judiciaire orchestré par les obsédés des droits des clandestins, qui sont des associations subventionnées et appuyées par des magistrats, adhérant notamment au Syndicat de la magistrature. Néanmoins, nous avons bon espoir que l’objectif de récupération des terrains spoliés soit atteint à la fin de l’année. En ce qui concerne le troisième axe, les manœuvres des autorités comoriennes, amplifiées par le manque de fermeté et d’habileté du Quai d’Orsay, ont conduit à un important « retard à l’allumage », mais les reconduites de clandestins ont retrouvé un rythme conséquent.

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Pouvez-vous nous rappeler les règles de naturalisation, dérogatoires au droit commun national, en vigueur sur l’île ?

Depuis 2018, un enfant né de parents étrangers peut obtenir la nationalité française à 18 ans à condition d’avoir vécu en France pendant au moins cinq ans depuis l’âge de 11 ans (comme en métropole) et à la condition supplémentaire de démontrer que l’un de ses parents était en situation régulière sur le territoire français depuis au moins trois mois au moment de sa naissance. Le gouvernement envisage de porter à douze mois le temps de présence légale d’au moins l’un des parents avant la naissance de la personne concernée. Nous demandons davantage, soit purement et simplement la suppression du droit du sol à Mayotte, afin de réserver l’acquisition de la nationalité française à la filiation et à la naturalisation, comme c’était le cas à Mayotte avant 1994.

La métropole peut-elle s’inspirer de l’exemple de Mayotte dans sa propre lutte contre l’immigration illégale ?

Pourquoi pas ! En effet, la situation actuelle de Mayotte est une fenêtre ouverte sur un avenir possible en métropole. Si nous n’arrivons pas à maîtriser nos frontières sur une île de 374 km², située à 70 km de pleine mer des côtes des Comores, où vivent 800 000 personnes, comment pourrions-nous maîtriser nos frontières européennes, avec Gibraltar qui se trouve à seulement 14 km de l’Afrique et de ses 1,2 milliard d’habitants ? Si nous échouons à Mayotte, nous échouerons en Europe. Nos compatriotes, dans leur immense majorité, ne sont ni racistes ni xénophobes. Ils expriment néanmoins leur volonté d’affirmer leur souveraineté en matière d’immigration. Il appartient aux Français de décider qui ils acceptent et qui ils refusent sur leur territoire.

On a entendu Edwy Plenel et d’autres figures de gauche dire que Mayotte et les Comores sont ethniquement un même peuple et que la frontière était une absurdité. Que vous inspirent de tels propos ?

J’observe chez les « belles âmes » de la gauche morale une méconnaissance patente de l’histoire, de la sociologie, de la linguistique et de la géographie du canal du Mozambique. Il n’y a pas dans cette partie du monde de peuple comorien. Il y a un peuple grand-comorien qui s’exprime dans une langue en tout point identique à celle des populations de la côte tanzanienne, mais aussi un peuple anjouanais, un peuple mohélien, un peuple malgache et un peuple français représenté par les Mahorais qui s’expriment tant en dialecte swahili qu’en dialecte malgache et en français. Surtout, j’ai découvert avec stupéfaction que cette gauche morale avait une conception ethnique de la nation, ce qui la rend finalement plus proche des idéologues nazis que des penseurs des Lumières. Toute ma vie, je me battrai contre cette conception nauséabonde de la Nation.

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D’où ce paradoxe : sur les plateaux TV, on a vu des Blancs accuser de racisme des Noirs musulmans qui souhaitent réguler l’immigration à Mayotte…

La gauche morale et l’extrême gauche ne savent plus où elles habitent ! Leur seule boussole est désormais la défense permanente et systématique des étrangers, surtout si ceux-ci sont en infraction au regard du droit. Les victimes, comme les Mahorais qui subissent les conséquences de l’immigration clandestine massive, sont traitées de bourreaux et les bourreaux sont protégés comme des victimes. Cette gauche à l’envers, qui insulte, au sens propre, tous ceux qui ne pensent pas comme elle, est en collapsus intellectuel. Elle est totalement aspirée par le marketing électoral des stratèges du Parti démocrate américain des années 1990. Ils sont passés de Karl Marx à Hillary Clinton. Tout un parcours !

Vous êtes député LR. La départementalisation du territoire sous Sarkozy a-t-elle selon vous permis de réguler le phénomène ? N’a-t-elle pas créé un appel d’air ?

Absolument pas ! Les trois principaux appels d’air à l’immigration clandestine sont l’accès à la nationalité, l’accès à l’école gratuite pour tous et l’accès à la santé gratuite pour tous. Les origines de la pression migratoire sont donc totalement extérieures à la départementalisation. Ce qui a rendu la situation explosive, ce sont la volonté délibérée, sous François Hollande, de laisser se développer la submersion migratoire de Mayotte à partir de 2012, l’activité ambiguë du Quai d’Orsay et l’échec de l’indépendance des Comores. Nous pouvons donc parachever la départementalisation, tout en coupant les trois principales pompes aspirantes de l’immigration. C’est même un devoir républicain.

Quand Mélenchon se bat la coulpe

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Jean-Luc Mélenchon au Plessis-Pâte (91), 15 septembre 2023 © MPP/SIPA

Dans une relative indifférence médiatique, le lider maximo vient de s’excuser publiquement d’avoir soutenu les émeutes de banlieue en juin dernier. Mais ne comptez pas non plus sur lui pour s’assagir complètement. Ses fans lui en voudraient trop.


En 1901, dans Que faire, Lénine écrivait une formule connue de tous les militants d’extrême gauche chevronnés, à commencer par les trotskistes : « Ce qui serait terrible, ce serait l’obstination dans l’erreur, une fausse honte à la reconnaître et à la corriger. »  Lundi dernier à Paris, on peut supposer que Jean-Luc Mélenchon s’est récité à lui-même ces quelques mots canoniques avant de concéder, au détour d’un discours en hommage à Salvador Allende, ses coupables errances durant les récentes émeutes de banlieue.

Le sens de la litote

« N’oublions pas non plus nos erreurs, a-t-il lancé. Je parle des miennes, et de celles de quelques-uns d’entre nous ici, d’avoir cru que la violence de guérilla urbaine pouvait venir à bout d’un régime, et que c’était une méthode qui pouvait avoir du succès. » Une allusion tout à fait implicite à la complaisance qui a été la sienne au début de l’été, quand la violence s’est déchaînée dans les rues de nos cités, avec plus 2 500 bâtiments dégradés, dont seules les écoles et les médiathèques méritaient, à ses yeux, d’être épargnées.

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Passons sur son sens de la litote – car ils ne sont pas seulement “quelques-uns” à avoir fauté : tous les cadres de La France insoumise, sans exception (sans doute quelques-uns étaient-ils terrorisés), ont accepté sans broncher les outrances du leader historique. Et reconnaissons les faits: celui qui est aujourd’hui président de l’Institut La Boétie vient de faire son mea culpa, et a reconnu en toute transparence que son refus d’appeler au calme en juin dernier était un message d’approbation, si ce n’est d’encouragement.

Pour se donner le beau rôle, l’ex-lambertise, qui arborait ce jour-là une surprenante cocarde tricolore à la boutonnière au lieu de son habituelle triangle rouge de déporté politique, a même surenchéri : « Je dis aux plus jeunes d’entre nous: ne commettez pas la même erreur que nous, souvenez-vous que rien ne vaut au-dessus de la démocratie et de la mobilisation populaire. Rien n’est plus fort que la volonté des masses quand elle s’exprime par une volonté politique et l’installation d’un pouvoir légal. »  N’en jetez plus.

Fabien Roussel ? Beaucoup trop violent pour Mélenchon

Trois jours plus tard, Jean-Luc Mélenchon enfonçait d’ailleurs le clou (certes pour contrarier ses alliés communistes – on ne se refait pas) en condamnant sur X/Twitter « l’initiative violente » du secrétaire national du PCF Fabien Roussel, qui venait d’appeler sur France Info à se rassembler devant les préfectures, voire à les « envahir » en guise de protestation contre la « vie chère ». Pour un peu, on reconnaîtrait à l’ancien député de Marseille le droit de dire : « la République c’est moi ».

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Mais revenons au discours de lundi dernier. Évidemment, devant un parterre d’huiles du mouvement, parmi lesquelles Mathilde Panot, Jean-Luc Mélenchon ne pouvait se contenter d’un simple repentir. Il devait quand même à ses admirateurs un ou deux de ces déhanchés qui ont fait sa réputation. N’a-t-il pas promis jadis qu’il était “le bruit et la fureur, le tumulte et le fracas” ? Alors, tel Johnny Hallyday entonnant “Allumer le feu” à la fin d’un concert, l’Insoumis a repris le show habituel, a insulté Emmanuel Macron et Elisabeth Borne, attaquant carrément leur physique, les taxant de “visage bestial”, les comparant à Augusto Pinochet. Rien que ça ! Comment ça, vous dites qu’il est un Donald Trump de gauche ? A moins, que vous ne pensiez à la “culture du harcèlement” ?

La parole est à la défense. Dans Napoléon le petit, Victor Hugo écrivait: « La tribune française, c’est la bouche ouverte de l’esprit humain, faisant le chaos pour en tirer la vie, faisant la révolution pour en tirer la République. » Tant qu’il reste sur une estrade à distribuer des noms d’oiseaux, Jean-Luc Mélenchon ne fait pas de mal à grand monde. Un psychanalyste saluerait sans doute les effets salutaires d’une telle parole cathartique sur les deux publics cibles de l’extrême gauche : le personnel de l’Education nationale et la jeunesse des banlieues, deux populations particulièrement sensibles à la puissance du verbe – Médine ne dirait pas le contraire. Un publicitaire, lui, conseillerait peut-être à La France insoumise d’imiter le logo en forme de mégaphone du Nouveau Parti anticapitaliste et d’adopter enfin l’emblème qu’elle mérite: un bâton de guignol.

Que faire ?: La lutte décisive

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Mathilde Panot: quand la tentative de récupérer le combat des Iraniennes tourne au fiasco

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La députée d'extrême gauche Mathilde Panot. Photo: Twitter

La chef de file des Insoumis à l’Assemblée nationale a osé reprendre le slogan « Femme, Vie, Liberté » des femmes iraniennes en lutte contre les mollahs. Mais, peut-on vraiment prétendre être du côté de la malheureuse Mahsa Amini sans évoquer l’islam, l’islamisme ou même le voile ? Et en pourfendant le reste du temps « l’islamophobie » supposée de notre République laïque ? Céline Pina dénonce une hypocrisie. Pire, une tartufferie.  


À la LFI, ils osent tout, c’est même à cela qu’on les reconnait. Nouvel épisode en date : après avoir servi la soupe à Médine, l’islamiste qui s’ignore, Mathilde Panot essaie de récupérer le très populaire combat des Iraniennes. Le problème c’est que lorsqu’on est en pleine dissonance cognitive, ce n’est pas sa vertu que l’on montre mais son hypocrisie que l’on exhibe.

Cette récupération politique, qui émane d’un parti défendant l’abaya, ne passe pas

Cela fait un an que Mahsa Amini est morte sous les coups de la police de la vertu pour un voile mal ajusté. Depuis, les Iraniennes ont montré ce qu’était réellement le voile : un outil d’ensevelissement de la femme, qui l’infériorise et témoigne de son impureté. Le voile n’est pas un vêtement, c’est un marqueur et aujourd’hui un marqueur du pouvoir et de l’emprise des islamistes. Le voile est le symbole de l’oppression des Iraniennes et leur choix de l’ôter, l’affirmation de leur volonté de retrouver leur liberté.

Il était donc très agaçant de voir les têtes d’affiches de LFI poser avec leur petit panneau « Femme, Vie, Liberté » en réussissant l’exploit de ne jamais mentionner le voile (pourtant au cœur de ce combat) ni l’islam, ni l’islamisme.

Les coutures grossières de l’islamo-gauchisme

Il fallait oser ? Mathilde Panot l’a fait. Et elle s’est pris une volée de bois vert, les internautes lui rappelant que dans un tweet récent, datant du 8 septembre, elle avait dénoncé, en anglais, l’ « islamophobie » de la France, car celle-ci « combattait le port du voile ». Le tout dans le cadre de la défense du port de l’abaya, autre marqueur islamiste, que certains tentent ici d’imposer dans les salles de classe des collèges et lycées.

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli: Abaya: culturel ou cultuel, on l’a dans le luc!

Autre élément amusant : une note de contexte a été ajouté au tweet racoleur de la député qui souligne encore plus la fourberie de sa posture ; en effet celle-ci pose, poing levé, avec une image de Mahsa Amini voilée. Or, c’est en ôtant leur hidjab que les Iraniennes expriment leur révolte. Avoir choisi une image de la femme qui l’incarne portant le voile a été perçu par beaucoup comme le révélateur inconscient de la déloyauté de LFI dans ce combat.

Défendre une vision rétrograde de l’islam en France, pour faire semblant de la combattre en Iran, est déjà assez détestable. Mais à cela s’ajoute le fait de prôner l’émancipation pour les femmes iraniennes, tout en la refusant de fait à la femme musulmane française. Celle-ci doit bien baigner dans son élément communautaro-islamiste et porter scrupuleusement son voile, faute de quoi LFI se verrait orpheline de combat victimaire et ne pourrait intenter de procès en islamophobie au pays, à sa droite ou à ses actuels dirigeants centristes.

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Sacrifier les femmes musulmanes pour s’attirer les bonnes grâces des barbus et pouvoir hurler à l’oppression et au racisme, voilà le vrai combat de Mathilde Panot et compagnie. Finalement, le petit bourgeois blanc LFI du XXIème siècle qui sait ce qui est mieux pour le « racisé », ressemble beaucoup au colonialiste blanc du XIXème qui savait ce qui était bon pour les colonisés… C’est toute l’ironie de l’histoire.

Silence coupable

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Joss Beaumont est de retour!

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D.R.

« Le Professionnel », film de Georges Lautner, revient ce soir sur France 3 à 21 h 10


Fallait-il le stopper ? C’est peut-être la seule question que les fans de Belmondo se posent aujourd’hui. La seule question qui hante les adolescents des années 1980. Sur le rebord d’une fenêtre du château de Maintenon, l’auxiliaire Farges n’a pas tremblé. Il a tiré en rafale. Objet de colloques et de controverses, la fin du Professionnel a-t-elle une portée tragique ou rédemptrice ? Est-ce une victoire de la raison d’État ou un plaidoyer pour la parole donnée ? Cette quête suicidaire et méthodique est-elle une manière de retrouver l’honneur perdu d’un patriote, dernier baroud avant extinction ou une spirale vaine et désespérée, éloge d’une violence sans fin ? Au-delà des interrogations, des interprétations diverses, du caractère anar-droitard, splendide de dérision et de nihilisme, ce film de 1981 luit dans la nuit noire. Combien de temps encore sera-t-il diffusé à la télévision française, d’habitude si vigilante à gommer les aspérités du monde d’avant et les outrances verbales ? Un jour, nous aurons droit à un appareil critique lourd et bavard pour désamorcer certains propos décomplexés et le second degré libertarien qui irriguent cette farce policière à visée comico-tragique.

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Le Professionnel, c’est une borne, plutôt une frontière, il y a un avant et un après Professionnel. Nous sommes au théâtre français sous la direction de Rémy Julienne, un mélange des genres qui n’a pas vocation à éduquer, sensibiliser, alerter le public sur les dérives du monde occidental, juste divertir à coups de dérapages et de bons mots, de castagne et d’envolées lyriques, de filles en nuisette et d’agents spéciaux, de gros flingues et d’hélico. Le dialogue d’Audiard trop écrit, assurément jubilatoire et un brin forcé, est compensé par les tête-à-queue d’une Fiat 131 Supermirafiori rouge. Le Professionnel assume ouvertement une nostalgie française, ce fond de sauce que l’on voudrait diluer à l’eau contrite d’un progressisme aveuglant.

Lautner, amuseur amusé, ne se prive d’aucune pichenette, il dégaine les moments de bravoure avec une virtuosité rieuse : le coup de la baignoire, la « presse démocratique », les barbouzes blousés, une bavure déguisée en machination à moins que ce ne soit l’inverse, l’esprit « espionnage et châtaignes », le ministre forcément pusillanime, le colonel démissionnaire, la pute au grand cœur et la fidélité au « Service Action », dernière astuce pour calmer la rancœur d’un fonctionnaire émérite abandonné dans l’enfer du Malagawi. Pourquoi aime-t-on tant ce film « décadent » à la bande-son magnétique et au pessimisme suintant ?

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Parce que le commandant Beaumont est fidèle à une France qui l’a trahi, à la fois cible mouvante et ange vengeur, emphatique et lucide sur sa propre destinée. Revenu des morts, il adresse un solde de tout compte à sa patrie. Il dit merde aux donneurs d’ordre. Parce que Jean-Paul porte un improbable blouson de cuir aux manches détachables et des médailles militaires à même le torse, qu’il est déniaisé de tout discours officiel, que son entêtement a quelque chose de beau et de gratuit, qu’il fut peut-être le seul acteur de sa génération à nous réjouir autant par sa puissance physique que par sa liberté langagière, parce qu’il avait l’avantage de la surprise dans les couloirs d’un palace. Qu’avec lui, enfin, les planqués, les satisfaits, les serviles, les coteries et les faux durs étaient tancés vigoureusement. Parce qu’il était gamin et d’humeur amère dans sa folle échappée. Parce que « le régime biribi avait dû le galvaniser » selon son instructeur et qu’il était ce condensé de muscles et d’ironie dans un pays qui commençait tout juste à avoir peur de son ombre et à s’auto-flageller. Et puis, on aime Le Professionnel aussi pour cette galerie des glaces réfléchissantes, une série de portraits baroques et d’attitudes désuètes, enfouie dans notre histoire personnelle, les longues jambes de Doris Frederiksen dans la suite Victor Hugo, la diction sacerdotale du Président N’Djala, un Pierre Vernier gélatineux, une Elisabeth Margoni à l’érotisme maternel suffocant, un Michel Beaune liquéfié par son déshonneur, un Bernard-Pierre Donnadieu qui chute malencontreusement sur l’arête d’un billard, un Jean Desailly à la rosette fanée, un Robert Hossein sublime d’assurance (« C’est un drôle de flic, un sale con, mais un flic maousse ») et puis les épaisses montures de Cyrielle Clair au saut du lit comme un moment de douceur arraché à la laideur des temps obscurs. On se souviendra longtemps de son regard et de son nom de fiction, elle s’appelait Alice Ancelin. Ce soir, nous serons devant notre poste car lorsque la machine est emballée, personne ne stoppe Joss Beaumont.

Monsieur Nostalgie

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Ma dernière séance : Marielle, Broca et Belmondo

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Couple mal assorti cherche sortie

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"Don Pasquale", Opéra en trois actes de Donizetti, Opéra de Paris 23-24 © Franck Ferville / OnP

L’Opéra-Garnier ouvre la saison lyrique parisienne avec Don Pascuale, irrésistible « dramma buffo » de Donizetti


Pas de morte saison pour Gaetano Donizetti. L’Opéra-Bastille, en février dernier, accueillait dans ses murs la huitième reprise de l’immortel Lucia di Lammermoor, dans une mise en scène d’Andrei Serban millésimée… 1995 ! Cette fois, l’Opéra-Garnier ouvre la saison lyrique parisienne avec Don Pascuale, irrésistible « dramma buffo » du compositeur prolifique dont ce n’est jamais que le soixante huitième opéra : Donizetti n’en écrira plus que deux encore avant de passer l’arme à gauche.

Composition prétendument expédiée en moins de deux semaines – le maître se plaisait à répandre le mythe d’une éblouissante facilité, propre à son génie – créé à Paris en 1843, ce petit joyau de commedia dell’arte, traversé d’un humour doux amer, s’exporta aussitôt avec succès, triomphant dans toutes les salles européennes. Sur un livret de Giovanni Ruffini (1807-1881) tellement remanié par le compositeur que le poète en vint à exiger le retrait de son nom, l’intrigue oppose Don Pascuale, un pingre mais riche barbon un peu puéril, pressé de convoler avec une demoiselle dans la fleur de l’âge, à son neveu Ernesto qu’il menace de déshériter s’il épouse une jeune veuve, Norina. Organisé par son ami le docteur Malatesta, un faux mariage finira par convaincre le vieillard dupé à repousser avec effroi son projet matrimonial. D’un bout à l’autre, cette comédie aux accents mélancoliques est un ravissement.  

Troisième reprise d’une production millésimée 2019, la mise en scène inventive et minimaliste de Damiano Michieletto transpose l’action à l’époque du smartphone, des incrustations d’images sur fond vert et des intérieurs high tech. Don Pascuale partage avec sa bonne un « ça m’suffit » à l’ameublement plouc à souhait, que son épouse toute neuve, Norina, dissimulée sous le pseudonyme de Sofronia pour se transformer illico en harpie dissipatrice, réaménagera en loft dispendieux. Meurtri, humilié, pressuré, le mari ne songe plus dès lors qu’à se débarrasser de cette mégère : le but est atteint ; le stratagème aboutit à un mariage plus « décent » : entre jeunes gens. La morale est sauve.

Laurent Naouri © Bernard Martinez

Les effets spéciaux de l’écran géant qui place en gros plan, sur un fond en incrustation vidéo, le visage filmé de Norina permet à Julie Fuchs de déployer son talent comique hors pair, avec force mimiques que le spectateur détaille à loisir. La soprano française – qu’on a déjà entendu l’an passé en Gulietta dans Les Capulets et les Montaigu – accuserait-elle, décidément, une certaine fatigue ? Vibrato distendu, aigus difficiles, projection trop courte – la chanteuse (qui succède à Nadine Sierra puis à Pretty Yende) n’était pas à son meilleur au soir de la première. Tel n’est pas le cas de Laurent Naouri, qui remplace quant à lui Michel Pertusi dans le rôle-titre, tandis que le baryton Florian Sempey, qui campait déjà le docteur Malatesta en 2018 et 2019, et qu’on a pu entendre cette année même dans Roméo et Juliette, endosse le personnage avec brio. Dans le rôle d’Ernesto, le ténor René Barbera qui l’an passé incarnait le comte Almaviva du Barbier de Séville avec la même force jaillissante et cuivrée.

Rien, dans les faiblesses (passagères ?) d’une partie de la distribution, qui ne porte fondamentalement atteinte à la vivacité désopilante d’un spectacle musicalement magistral, sous la baguette transalpine de Speranza Scappucci. Elle dirigeait déjà à Paris Les Capulets… l’an passé. Agée de 50 ans, invitée pour la saison 2025 au Royal Opera House de Londres, c’est la « cheffe » qui monte. Qu’on se le dise.      


Don Pasquale. Opéra en trois actes de Donizetti. Direction Speranza Scappucci. Mise en scène Damiano Michieletto. Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec Laurent Naouri (Don Pasquale), Florian Sempey (Dottor Malatesta), Julie Fuchs (Norina), Slawomir Szychowiak (le notaire).

Palais Garnier. Les 20, 22, 25 septembre, 5, 11, 13 octobre à 19h30.
Durée du spectacle : environ 2h35     

Le spectacle lamentable de Lampedusa n’a que trop duré!

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La présidente du conseil de l'Union européenne Ursula von der Leyen et la présidente du Conseil italien Giorga Meloni, Lampedusa, 17 septembre 2023 © Cecilia Fabiano/AP/SIPA

Seule face au douloureux dossier humain de l’immigration illégale, l’Italie réclame la solidarité de ses voisins. Comment mettre fin au drame des migrants clandestins qui affluent sur nos côtes ? voilà la question que devrait se poser François Gemenne du GIEC, plutôt que d’insulter Marion Maréchal !


Quel spectacle lamentable, indigne d’un débat intellectuel censé promouvoir la tolérance des idées, que d’entendre et voir, sur le plateau de télévision d’une importante chaîne française d’information, LCI, un éminent rapporteur du GIEC, François Gemenne, également directeur de l’Observatoire Hugo (dédié aux migrations environnementales) à l’Université de Liège, se livrer sans scrupules ni vergogne, pensant contredire ainsi son adversaire politico-idéologique, à une insulte d’infâme teneur sexiste.

L’insulte sexiste à l’encontre de Marion Marechal

Car c’est bien ce à quoi cet irrespectueux politologue belge s’est adonné sans la moindre nuance, pas plus tard que ce 15 septembre, en y accusant sommairement, en guise de seul argument pour étayer son point de vue, Marion Maréchal d’avoir – je cite –  « sauté dans le premier avion pour faire sa pin-up à Lampedusa ». Aussi pitoyable qu’indigent, en plus de sa manifeste goujaterie, ce type d’invective !

A lire aussi, Aurélien Marq: Femme, Vie, Liberté!

Entendons-nous, afin de ne point prêter le flanc à je ne sais quelle autre malveillante ou absurde critique : je ne connais pas, personnellement, Marion Maréchal, ni ne l’ai même jamais rencontrée ou simplement croisée ; quant au parti, « Reconquête ! », dont elle est la vice-présidente (sous l’égide d’Éric Zemmour) et pour lequel elle conduira la liste aux prochaines élections européennes de 2024, c’est peu dire qu’il ne répond guère aux exigences de mon engagement politique, pas plus qu’il ne correspond, à bien des égards (dont celui, précisément, de l’immigration), à mes valeurs morales ou mes principes philosophiques. A fortiori, ma vision de l’humanisme ! Mais enfin : tel n’est pas, en ce cas, la question !

La solitude de l’Italie face aux lacunes de l’Europe

Car si je prends ici le risque – j’en suis conscient au vu de la malhonnêteté intellectuelle, sinon du dogmatisme sectaire, de bon nombre de nos prétendus « débatteurs », souvent férus de vaines polémiques, au sein de la plupart des médias français – de défendre, en cette tribune, Marion Maréchal lors de ce fameux déplacement sur l’île de Lampedusa, située encore plus au sud que les côtes tunisiennes, c’est qu’elle a eu objectivement raison, et c’est là un mérite non négligeable, d’y dénoncer publiquement, non sans faire preuve là d’une indéniable dose de courage, « l’hypocrisie », sinon l’inertie ou même l’indifférence, des instances européennes face à la solitude de l’Italie en ce dramatique dossier, tant sur le plan humain que social ou politique, qu’est celui  de l’immigration en provenance principalement, et massivement, d’Afrique subsaharienne.

Un cri d’alarme

Davantage : ce cri d’alarme qu’a ainsi lancé à juste titre Marion Maréchal par rapport à ce manque patent de solidarité, voire de simple compassion, de la part de l’Union Européenne face à l’Italie, ainsi livrée à elle-même et comme abandonnée de toutes parts en ce dossier particulièrement douloureux, plus encore que complexe, je le fais également mien, moi qui, bien que de culture française (par ma mère), suis aussi, par la nationalité de mon père, un citoyen italien, et donc détenteur, comme tel, d’un passeport lui-même également italien !

Car s’il est exact que j’aime passionnément la France, dont la langue comme la culture ont forgé mon esprit, sinon les lumières de ma raison, (« ma patrie, ce sont les livres » fait opportunément dire, à ce propos, la grande Marguerite Yourcenar, dans ses Mémoires d’Hadrien, à son héros littéraire), il n’en demeure pas moins vrai que l’Italie, par le sang qui coule dans mes veines, reste particulièrement chère à mon cœur.

C’est dire si je n’aime guère voir souffrir ainsi aujourd’hui, par cette solitude dans laquelle l’Europe la plonge aussi injustement depuis de longues et cruelles années, l’ancestrale patrie ou, mieux, l’historique berceau de l’humanisme le plus généreux, universaliste et éclairé tout à la fois, de Léonard de Vinci à Giordano Bruno, en passant par l’immense et érudit Pic de la Mirandole !

Un épouvantable et gigantesque cimetière marin

D’où, en guise de conclusion, cet appel que je lance, moi aussi, à l’Europe : il est de son devoir moral, tel un impératif catégorique kantien, de venir enfin en aide, sans plus attendre ni tergiverser face à l’urgence de la situation tout autant qu’à l’ampleur de cette tragédie, à l’Italie, qui, seule, ne peut plus supporter effectivement, par-delà ses admirables efforts aussi bien que sa bonne volonté en la matière, le colossal fardeau, pour certes nécessaire qu’il soit sur le plan humain, de cette entreprise titanesque qu’est celle de porter bien évidemment secours aux dizaines, sinon centaines, de milliers de désespérés qui, fuyant leur pays, la misère, la guerre, la famine ou la dictature, affluent au péril de leur vie mais quasi quotidiennement désormais, par vagues successives et pratiquement ininterrompues, au milieu de cet épouvantable et vaste cimetière marin qu’est aussi devenue malheureusement aujourd’hui, par incurie politique, égoïsme nationaliste, racisme systémique, calcul économique ou banditisme organisé, la Méditerranée !

Le réel oblige Macron à parler une langue qu’il ne maîtrise pas

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Emmanuel Macron aux côtés de Jacques Attali en 2007. ©SIPA

N’en déplaise à la Macronie, la société ouverte et consumériste n’est pas celle que désirent les gens ordinaires, attachés aux liens familiaux, locaux, traditionnels. Le paradis diversitaire exalté par le fanatisme progressiste ne fait pas rêver la France profonde.


Emmanuel Macron n’a plus les mots, tant le réel lui échappe. Dans Le Figaro Magazine du 4 août, le chef de l’État a soudainement découvert l’urgence de « faire nation », comme on fait la tambouille : un cache-misère semblable au « vivre-ensemble », terme qu’il dit pourtant « ne pas aimer ». Or, comment faire nation sous la tutelle d’un président qui défend la souveraineté européenne, le consommateur remplaçable et qui récuse l’idée de préférence nationale ? Les progressistes de l’après-guerre se pensaient malins en s’affirmant « citoyens du monde ». Ils moquaient les ploucs attachés à leur patrie, leurs traditions, leurs morts. « Pétainistes ! », « Fascistes ! » : ces injures restent celles des perroquets du mondialisme heureux. Ils accablent ceux qui persistent à se réclamer d’une continuité historique et d’une défiance face à l’immigration musulmane de masse. Macron est de cette lignée hors-sol : il a voulu opposer universalisme et nationalisme, progressisme et populisme. Il se croyait porté par un mouvement de fond appelé à en finir avec les peuples enracinés et les nostalgies de la France sentimentale. Mais c’est une réaction inverse qui partout dans le monde se confirme, avec le réveil des nations et des souverainetés. Le réel oblige Macron à parler une langue qu’il ne maîtrise pas.

Une France éclatée est vouée à disparaitre

C’est pourquoi le recentrage présidentiel sur la nation est un leurre. Sa conversion fait écho à celle, aussi peu crédible, de Jacques Attali : après avoir fait l’éloge du nomadisme et de la société sans frontières, celui-ci affirme désormais, dans un entretien à Livre noir : « Il y a clairement une demande générale de sauver l’identité française.[…] Il faut à tout prix défendre la langue française et l’enseignement de la culture française. » Mazette ! Cela fait un demi-siècle que des lanceurs d’alerte enfoncent ces clous, en se faisant étiqueter « extrême droite » par les laborantins de l’homme technique et indifférencié. C’est Macron qui, le 28 août 2018, en visite au Danemark, récitait : « Le vrai Danois n’existe pas. Il est déjà européen. C’est vrai aussi pour les Français. » Faire nation ne veut rien dire dans la bouche de celui qui dit en même temps vouloir poursuivre « une politique de peuplement » et persiste à affirmer faussement, dans le même Fig Mag : « Nous avons toujours été un pays d’immigration et nous continuerons de l’être. » La France de Macron fait nation comme une pension de famille fait famille. Relire Bossuet : « Le propre de l’unité est d’exclure. » Une France éclatée est vouée à disparaître. Rien n’arrêtera son saccage tant que ceux qui la maltraitent resteront au pouvoir.

A lire aussi : Petit manifeste pour le droit à la continuité historique

N’en déplaise à la Macronie soutenue par la classe financière et le système technocratique, une société ouverte et consumériste n’est pas celle que désirent les gens ordinaires. Ceux-ci restent attachés aux liens familiaux, locaux, traditionnels. Ils sont réceptifs au bon sens et au pragmatisme. Le paradis diversitaire chanté par le progressisme exalté ne fait pas rêver la France profonde. Elle se sait fragile et craint pour sa survie. Le même cauchemar totalitaire d’un monde technique et indifférent à l’homme, qui a imposé ses effrayantes tyrannies au XXe siècle, se redessine dans le mépris porté à l’âme des peuples. Or c’est cette part intime, rejetée par les faux « humanistes », qui devient une donnée politique nouvelle en imposant l’identité nationale comme un sujet central. Michel Auboin, ancien préfet chargé de l’intégration, confirme ce sursaut existentiel: « Une majorité de Français qui partagent la même histoire forment la majorité silencieuse d’un pays qui feint de les ignorer[1]. » C’est à ces oubliés, ces dizaines de millions de « Français de souche », voués à être remplacés par des peuples exotiques, qu’il revient de prendre la parole pour dire d’où ils viennent, qui ils sont, et surtout, où ils ne veulent pas aller. En l’occurrence, ils refusent la contre-société islamisée qui s’épanouit sous Macron.

À dire vrai, Emmanuel Macron n’est pas le seul coupable. L’indifférence portée à la nation et à son peuple est une trahison partagée par de nombreux dirigeants, à commencer par ceux de la droite. Prononcer le mot « France » leur est encore une épreuve. En janvier 2003, Alain Juppé, président de l’UMP, trouvait moderne de proposer, pour les deux peuples, la double nationalité franco-allemande, en balayant les sentiments d’appartenance. En mai 2015, les fondateurs du parti LR expliquaient pour leur part : « Nous souhaitons nous appeler Les Républicains car nous défendons avant tout l’identité républicaine », déclaration commune de Laurent Wauquiez et Nathalie Kosciusko-Morizet. Alors à l’UMP, Bruno Le Maire déclarait à la même époque : « Je me battrai contre ceux de ma famille politique qui disent que la question identitaire est prioritaire. » Tirant le bilan de son débat sur l’identité nationale lancé en 2009, Nicolas Sarkory déclarait le 7 avril 2015,devant la commission exécutive de l’UMP : « Je n’aurais pas dû parler d’identité nationale, mais dire que je voulais défendre les valeurs de la République. » L’évocation de la République et de ses valeurs est un procédé de faussaire : il sert à ne pas évoquer la France, ses états d’âme et son déclin, de peur de faire le jeu de l’« extrême droite ».

A lire aussi : Emmanuel Macron est-il jaloux de ses ministres?

L’« initiative politique d’ampleur » annoncée par le chef de l’État passera à côté du sujet si elle doit persister dans une communication brouillonne appelant à l’ « apaisement » tout en écartant de l’« arc républicain »les mouvements politiques (LFI, RN, Reconquête, etc.) qui n’ont pas l’heur de plaire à la Macronie. Le pouvoir, isolé, doit accepter d’entendre les plaintes des Français oubliés, sommés de taire leurs inquiétudes existentielles au nom de la religion dévoyée des droits de l’homme. Rien ne serait plus révoltant, de la part d’un pouvoir se réclamant de la concorde et de la non-discrimination, que de chercher à étouffer encore davantage l’« homme réel ». Il est vrai que, derrière la menterie du « faire nation », s’observe une nation qui se défait.


[1]. Le défi d’être français, Presses de la Cité, 2023.

Le défi d'être Français

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Antoine Dupont: trop d’engagement?

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D.R.

L’acteur Jean Dujardin et le sportif ont reproché à l’hebdomadaire Valeurs actuelles de les avoir mis en une.


Ces polémiques entre Jean Dujardin (Antoine Dupont approuvant ce dernier), et Valeurs actuelles (sa couverture sur la « France Rugby » avec les photographies des deux premiers) seraient ridicules si elles n’étaient pas révélatrices d’une idéologisation de tout… D’accord pour « la France Rugby », mais pas de récupération politique. Ce ne sont pas nos valeurs. Voilà, peu ou prou, la substance de ce que le duo oppose à l’hebdomadaire Valeurs actuelles. On pourrait penser que l’affaire est gravissime alors que ce journal se contente d’énoncer une évidence – il y a bien une France du rugby, qui sur tous les plans suscite plus l’adhésion que le monde du foot – et d’exprimer son admiration pour l’équipe de France et notamment son remarquable et exemplaire capitaine Antoine Dupont. Il y a des interventions plus critiquables ! Comment ne pas être surpris, d’abord, par l’irritation politique de Jean Dujardin qui, pourtant, a été vivement contesté pour la cérémonie d’ouverture de la Coupe du monde que le progressisme a qualifié de « ringarde » et de conservatrice ? Autrement dit, il impute à Valeurs Actuelles, de manière absurde, ce que lui-même s’est vu reprocher…

Antoine Dupont a tort de s’embarquer dans cette controverse

Pour Antoine Dupont, il faut que je sois clair. Il appartient, sur le plan sportif, à cette élite infiniment rare – pratiquement un duo ! – qui, quoi qu’elle puisse penser et dire, aura toujours les suffrages de la majorité des citoyens, tant elle domine et est admirée. On aura compris que l’autre membre du duo est Kylian Mbappé. Je les considère, pour ma part, comme intouchables sur le plan sportif. D’autant plus qu’Antoine Dupont, lui, n’est jamais tombé dans les délires de Mbappé, notamment au sujet de la mort de Nahel. Il me semble cependant qu’Antoine Dupont aurait pu et dû se dispenser d’une telle controverse qui brouille une image dont la grande force était d’être universelle, partagée par l’ensemble de la communauté nationale, en tout cas celle qui supporte le rugby. En effet sa réaction est susceptible de laisser croire que son sport n’aurait pas droit à un enthousiasme sans la moindre coloration politique. Ce qui serait navrant. On sait qu’Antoine Dupont a une sensibilité et des convictions de gauche. Comme citoyen, il avait déjà manifesté son opposition au projet de loi sur les retraites en signant une pétition avec d’autres sportifs. Pour ma part j’avais d’ailleurs regretté que ce formidable joueur et cette personnalité d’une discrétion remarquée se soient engagés publiquement de cette manière.

A lire aussi, Philippe David: «Tous les Français se sentent représentés par l’équipe de France de rugby»

Le doigt dans l’engrenage

Parce que, une fois le doigt et l’esprit mis dans un processus partisan, la fatalité est implacable qui va vous conduire régulièrement à donner votre avis sur des sujets importants mais pour lesquels le sportif admiré que l’on est n’a pas de légitimité particulière pour convaincre ceux qui ne pensent pas comme lui. Je dénonçais, au début de mon billet, l’idéologisation de tout. Je regrette qu’au sein d’un consensus quasi total qui résiste à quelques assauts aigres, Jean Dujardin et Antoine Dupont, pour cibler Valeurs Actuelles et se distinguer sans nécessité, aient cru bon de faire dissidence. L’hebdo a eu de la classe : « on vous aime sans savoir pour qui vous votez » ! Qu’Antoine Dupont garde son engagement pour les matchs ! La France aura besoin du demi de mêlée performant qu’il est et du capitaine exemplaire inspirant confiance à tous, partenaires et citoyens.

La princesse roumaine qui écrivait en français

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Aperçu de la couverture du livre de Aude Terrray publié chez Tallandier.

L’historienne Aude Terray retrace la vie pleine d’arabesques de la princesse Bibesco (1886-1973) au cours de ce turbulent XXème siècle.


Aujourd’hui, les figures du féminisme se conjuguent à l’impératif. Il n’y aurait qu’une seule forme de féminisme, victimaire et revanchard, où la misère sociale tiendrait toute sa place dans un processus d’émancipation. L’historienne Aude Terray nous montre une autre voie, forcément iconoclaste et inclassable, loin des bidonvilles et des terrils, dans les hautes sphères, à l’abri des fins de mois difficiles, quoique les revers de fortune et les exils furent le lot de nombreux « beautiful people » du siècle dernier. Les soubresauts politiques et les drames intimes n’épargnent pas les « bien nées ». La main de dieu ne tremble pas lorsqu’il s’agit de rééquilibrer les injustices immanentes. Il y a du courage intellectuel et une grande sincérité de consacrer une biographie aussi complète à la princesse Bibesco chez Tallandier. Dans le titre, elle lui accole deux qualificatifs « frondeuse et cosmopolite » qui résument un destin hors-norme au cœur des mondanités et des lettres françaises, à l’ombre des palais et des ambassades. Dès son avant-propos, Aude Terray avertit le lecteur : « Qui se souvient aujourd’hui que la princesse Bibesco fut un des auteurs les plus lus de sa génération ? ». En concurrence avec Colette et Anna de Noailles, cette chérie des salons et des librairies, fêtée et célébrée comme le fut, plus tard, dans les années 1950, le charmant petit monstre bondissant Sagan. Avec Marthe Bibesco, nous sommes du côté des Guermantes, dans le somptuaire et l’organdi, les propriétés de milliers d’hectares aussi étendues que des principautés, dans les fastes d’une domesticité sans limite, tout semble acquis et intangible, hypnotique et évanescent, presque irréel. Même Marcel Proust s’improvise « coach littéraire ». En se mariant à Georges, gentleman-driver et pionnier de l’aviation balbutiante, héros sur terre et dans les airs, elle noue son destin avec l’un des hommes les plus riches et les plus influents de Roumanie. Que reste-t-il de ces mondes enfouis ? La cavalcade des guerres mondiales a balayé cette race de nantis aventuriers, gaspillant leur temps avec l’énergie du désespoir, bataillant pour exister dans un milieu qui ne pardonne aucune faute d’étiquette, se tenant toujours droit et faisant fi des tourments personnels. Les plus esthètes d’entre nous se souviennent du tableau de Boldini représentant la princesse. Les autres ont vu sa photographie dans les rares magazines ou ouvrages qui citent parfois son nom. Une beauté altière et triste, un style à la garçonne, les paupières lasses et le regard sombre, une intensité qui se dissimule derrière un calme olympien, une intelligence aux aguets, presque inquiète.

Marthe Bibesco peinte par Giovanni Boldini (1911) D.R.

De cette princesse des Carpates, je me rappelais la couverture fripée et atrocement colorée des éditions de poche « J’ai lu » dans une maison de famille, puis son nom inscrit sur les Cahiers Rouges de Grasset. Son image était pour le moins floue dans mon esprit. Ses débuts dans la carrière littéraire m’étaient presque inconnus, je ne savais rien de son rôle dans une Roumanie soumise à une instabilité chronique qui tomba sous le rideau de fer après la capitulation allemande. Aude Terray, par un remarquable travail d’enquête, a suivi les traces de cette princesse en Roumanie, à Londres et dans le Paris flamboyant de la Belle Époque, et a permis d’y voir plus clair, notamment ses interventions en faveur de la communauté juive dans son pays. C’est prodigieux de précision, jamais ennuyeux, avec le ton approprié. Car, Aude Terray n’occulte rien, elle décrit fidèlement un parcours, ne tombant ni dans la caricature, ni dans l’hagiographie. On pourrait aisément faire un portrait à charge, un peu pathétique et facile, d’une fille mal aimée par sa mère qui deviendra elle-même une mère si peu affectueuse et pourtant libératrice. L’auteur réussit à se placer à bonne distance, elle aime son héroïne sans la faire passer pour une victime ou une « sans cœur ». Elle lui redonne par son écriture sans graisse, une profondeur oubliée, un éclat vibrant. De ses amours contrariées avec Georges et Henry de Jouvenel, elle écrit : « La jeune femme semble fuir l’amour autant qu’elle le recherche. Comme si elle craignait de se perdre, de décevoir, d’être déçue ». L’historienne n’est pas dupe de ces succès : « certes, elle est un des auteurs à succès des années 1920, une des rares de sa génération à signer des contrats, mais ses rentrées d’argent sont loin de suffire à son train de vie, celui d’une femme de grand luxe qui ne saurait se passer de ses architectes et décorateurs, de ses jardiniers et de ses milliers de bulbes de fleurs annuels, de ses multiples robes et chapeaux, de ses coiffeurs et masseurs, de ses voyages, voitures et chauffeurs, de ses réceptions et bataillons de domestiques ». Les dernières pages sur les amitiés indéfectibles, les soutiens qui résistent quand le vent de l’Histoire a tourné, sa passion pour le « Grand Charles » et Churchill sont poignantes. En refermant cette biographie de belle allure, on a envie de lire cette princesse et de rencontrer enfin son style.

La princesse Bibesco – Frondeuse et cosmopolite – de Aude Terray – Tallandier

La princesse Bibesco: Frondeuse et Cosmopolite

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Le Spleen du Berry

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Thomas Morales. D.R

Thomas Morales a la France sentimentale. Non sans humour, notre chroniqueur aime se remémorer le « bon vieux temps ». Avec Monsieur Nostalgie (Héliopoles, 2023), son nouveau livre, on explore son panthéon personnel.


Qu’une grande actrice oubliée passe l’arme à gauche, qu’un ancien président de la République ou notre Johnny national cassent leur pipe, et l’auteur de ces lignes sait pouvoir compter sur Thomas Morales. Le chroniqueur berrichon est le roi de la nécrologie. Quand Causeur cherche en urgence un texte sur une figure publique disparue, l’écrivain répond dans l’heure avec un papier susceptible de rendre jaloux les autres journaux : c’est souvent le mieux troussé de toute la presse. Chaque dimanche après-midi, Thomas Morales offre également une chronique aux lecteurs de notre site. Le quasi-quinquagénaire publie ces temps-ci son nouveau recueil de textes. Inlassablement, il continue de labourer le sillon de la nostalgie. Par goût et par conviction, précise-t-il. Cela lui ferait grand plaisir, confie-t-il, que nous l’appelions « Monsieur Nostalgie », une fois son livre fermé. Il y explore tour à tour la langue française, les brocantes, la télévision ou le cinéma, et évoque aussi la province ou Paris. C’est une lecture réconfortante, alors que se profile à l’horizon un automne déprimant pour beaucoup de monde. C’est un précis de nostalgie que l’écrivain veut inclassable et, il l’espère, divertissant. Mission accomplie ! Thomas Morales retravaille inlassablement ses textes, telle la plus précieuse des verroteries. L’exercice commence par une évocation d’Audiard et se referme sur… Philippe Lavil. Morales fustige les mauvais coucheurs de notre époque et estime qu’il n’y a pas de mauvais goût. Au fil des pages, nous croisons Simenon, Sempé, Vialatte, Serge Lama, Lucien Bodard, Roland Topor, Bernard Blier, Romy Schneider, Lino Ventura, Jacques Chirac ou Félix Potin. Et bien d’autres.

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Les emmerdes volent en escadrille, disait Chichi. Les évocations de Morales s’enchaînent aussi, sans aucun ennui, notamment parce que ce n’est pas de la littérature « engagée ». Cela fait un bien fou. Tenons-nous à l’écart de la rentrée littéraire, et à bonne distance de toutes ces nouveautés woke et anti-woke qui ne manquent pas de s’accumuler sur les étals des libraires. Le lauréat du premier prix Denis Tillinac et membre du jury du prix des Hussards préfère s’épanouir avec les vieilleries, et nous ouvre sa malle à souvenirs. « Je suis né trop tard, à une époque où déjà les auteurs racontaient des histoires comme on élabore un plan com’ pour un sous-secrétaire d’État insignifiant », confesse l’écrivain qui, comme beaucoup de Français, se sent un peu perdu dans la mondialisation. Pas une littérature engagée, disions-nous ? C’est à voir. Des bords de sa Loire natale, où il dit souffrir du syndrome de la sous-préfecture abandonnée, notre ami assure qu’il n’est pas réactionnaire, mais nous met tout de même en garde : « La nostalgie n’est pas encore un crime. Elle le deviendra, soyez-en sûr, au train où la modernité avance et gangrène nos existences. » On ne sait plus alors si Monsieur Nostalgie veut encore nous amuser, ou s’il n’est pas tout à coup nettement plus sérieux.

Thomas Morales, Monsieur Nostalgie, Héliopoles, 2023.

Monsieur Nostalgie

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