Accueil Site Page 589

Tant qu’il y aura des films: Martin Scorsese, à la perfection

Que peuvent une « première dame de France » surestimée (Bernadette, de Léa Domenach, notre critique à lire sur le site demain et déjà dans le magazine) et un cinéaste britannique pourfendeur de moulins à vent (Ken Loach, dont le film « The Old Oak » sera à l’affiche le 25 octobre) contre le superbe cinéma de Martin Scorsese ? Rien quand on les compare au nouvel opus du maestro américain toujours en verve, lui.


Sept mois de tournage et un budget de 200 millions de dollars. Débarrassons-nous d’abord des chiffres liés au nouveau film de l’auteur de Taxi Driver et Raging Bull. La démesure fait partie intégrante de la maison Scorsese, tout comme celle des voisins Coppola et Spielberg. Les anciens papes du « Nouvel Hollywood » n’ont jamais fait dans la dentelle et nul ne s’en plaint puisque les résultats sont en général à la hauteur. Scorsese se détache cependant du lot avec la volonté maintes fois avérée de faire de ses films autant de contributions à une Histoire de la Nation américaine. En adaptant le roman de David Grann, publié en 2017, il apporte une nouvelle pierre à cet ensemble absolument passionnant. Il s’agit ici du rapport des États-Unis aux Indiens Osage, enrichis par les terres pétrolifères sur lesquelles ils vivent. Le film se situe ainsi dans les années 1920, alors que plusieurs membres de la tribu amérindienne du comté d’Osage, en Oklahoma, sont assassinés après avoir trouvé du pétrole sur leurs terres. Le FBI mène alors l’enquête. Conscient de la gravité de son sujet, Scorsese multiplie les traitements pour en donner l’ampleur et la complexité : construction narrative très écrite, personnages et caractères finement dessinés, recourt à des documents d’époque vrais ou recréés pour l’occasion, utilisation du média d’alors, la radio, parmi d’autres trouvailles. Le tout porté par une distribution qui, comme toujours chez Scorsese, relève de la piste aux étoiles peuplée de cabots de génie : Robert De Niro et Leonardo DiCaprio en tête mais pas seulement, car chaque rôle secondaire est délectable. Soit dit en passant, DiCaprio devait initialement tenir le rôle du héros, un agent du FBI, avant de finalement vouloir incarner le neveu du personnage joué par De Niro. Un changement d’autant plus bénéfique que le neveu en question s’avère des plus ambigus. Et le tandem familial alors constitué par les deux stars masculines prend une ampleur tout à fait réjouissante et vénéneuse. Et c’est Jesse Plemons qui endosse in fine les habits de l’agent fédéral. À quoi il faut impérativement ajouter la musique de Robbie Robertson, les décors de Jack Fisk et les costumes de Jacqueline West. Et pour parachever l’ensemble, la touche finale du montage effectué par la complice de toujours en la matière : Thelma Schoonmaker.

La réalité que décrit ce Killers of the Flower Moon est simple : pour faire main basse en toute impunité sur l’incroyable richesse des Osages, les Blancs épousent sans vergogne les héritières et éliminent sans scrupule les obstacles à leurs projets. On rejoue ici aux cow-boys et aux Indiens, mais sans l’attirail anecdotique de la conquête de l’Ouest tendance westerns historiques. Mais c’esttout autant violent, âpre et rugueux. Les vaches et les chevaux ont disparu au profit des gisements de pétrole et des automobiles. Reste une lutte sans merci dont les gagnants historiques sont désormais connus.

A lire aussi: Michel Denis, et que ça swing!

Avec cette histoire, Scorsese filme également l’émergence d’une autre Amérique, celle de la mafia. Il est ainsi en terrain connu, lui qui a si bien cerné, disséqué, comme Coppola, les mœurs de la « Pieuvre ».

Mais ce qui frappe vraiment avec ce nouveau film, c’est assurément l’extrême fluidité d’un style inimitable. Une fois encore, Scorsese raconte une histoire avec un incroyable souci de lisibilité. Son« il était une fois » (fictif ou non, peu importe) fait mouche et nous sommes comme happés par un conteur hors pair qui multiplie les ramifications de son récit sans jamais perdre de vue l’essentiel. Les trois heures et vingt-six minutes du film ne sont pas de trop pour rendre compte de cette intrigue au long cours. Scorsese prend ainsi le temps de poser le décor en montrant, par exemple, comment les Osages tentaient de faire vivre leurs traditions ancestrales tout en menant une existence quotidienne de magnats du pétrole, manoirs grandioses et domestiques blancs compris. Tant et si bien qu’au final, on dirait le film d’un jeune homme à la créativité débordante tourné par un délicieux vieux sage.

Henda du 9-3 et Gwen de Sarcelles: Éducation nationale, la fin du contrat social?

0

Vous vous inquiétiez déjà de la baisse de niveau des enfants confiés à l’Éducation nationale ? Ce n’était rien à côté de l’activisme islamo-gauchiste de certains profs. Qui ne s’en cachent même plus !


Les Français font preuve d’une immense patience envers l’État et l’évolution désastreuse de ses « institutions généralement défaillantes dans leurs fonctions essentielles, celle de la représentation comme celles de l’action », ainsi que les qualifie François Sureau.

Pourquoi ?
Le refus légitime et de bon sens du chaos. Un reste de loyauté envers des services publics qui, jadis, servaient le bien commun, et dont certains fonctionnaires, heureusement, ont encore à cœur l’intérêt général. L’espoir, hélas de plus en plus fragile, qu’il soit encore possible de redresser la barre malgré des décennies de démantèlement méthodique de l’héritage du Conseil National de la Résistance.

Qui l’État place-t-il devant les enfants ?

Mais la patience des Français a des limites, et l’État joue avec le feu lorsqu’il oblige les citoyens à mettre leurs enfants en danger en les livrant à l’abrutissement et à l’endoctrinement.

Voici en effet deux exemples de ce à quoi l’État abandonne les enfants de France : « Henda du 9-3 » et « Gwen de Sarcelles », enseignantes liées au groupuscule d’extrême-gauche Révolution Permanente du sulfureux Anasse Kazib.

A lire aussi: Et une fois les abayas remisées au placard, Monsieur Attal?

Henda s’est fait connaître début juillet en apportant son soutien aux pillards qui ont brûlé des écoles et des bibliothèques, selon elle simples « modes d’action radicaux qu’on qualifie de violences », ainsi qu’au Comité Adama. Gwen s’est déplacée à Trappes pour défendre le port de l’abaya, qualifie l’interdiction de cette tenue d’« attaque sexiste, raciste, islamophobe et colonialiste », dénonce les « violences policières », veut l’accueil de « milliers de migrants » et fait l’éloge de ce qu’elle-même appelle « émeutes ». Et ce n’est pas tout : n’oublions pas la propagande d’associations douteuses lors de sorties scolaires, le prosélytisme transactiviste et, bien sûr, les nombreuses soumissions à l’islamisation, jusque dans la composition des programmes et des manuels qui ne se sont pas améliorés depuis que Souâd Ayada en dénonçait courageusement la malhonnêteté intellectuelle.

Effondrement

Désormais, dans l’école de la République, les enfants qui entrent en sixième ne savent pas combien il y a de quarts d’heure dans trois quarts d’heure, mais ont bien appris qu’il y a des femmes à pénis et des hommes enceints ! Ils connaissent par cœur les moindres subtilités du tri sélectif. Et passent donc leurs journées avec Henda et Gwen qui sont libres de leur raconter absolument tout ce qu’elles veulent ! Ce n’est pas là un simple effondrement du service public, c’est une trahison du contrat social. L’État ne se contente pas de ne plus remplir correctement sa mission et de transformer le système scolaire en garderie, il oblige les citoyens à livrer leurs enfants à des activistes qui les soumettent à un bourrage de crâne idéologique, et les conditionnent à la médiocrité.

Comment les Français pourraient-ils encore longtemps accepter cela ? Quousque tandem abutere, Éducation Nationale, patientia nostra ?

A lire aussi: Lutte (musclée) contre le harcèlement scolaire: faudrait savoir ce qu’on veut!

Contrairement à ses prédécesseurs, le nouveau ministre de l’Éduc’Nat, Gabriel Attal, semble décidé à agir, et plutôt dans le bon sens. On se gardera bien de faire trop confiance à un macroniste, mais reconnaissons que celui-ci fait d’excellents débuts à la tête d’un ministère difficile, dans lequel le « pas de vague » a depuis longtemps pris la place de toute déontologie.

Et il ne se contente pas de déclarations d’intention, il agit : c’est vrai de l’interdiction de l’abaya, c’est vrai de l’intervention bienvenue de la police pour interpeller un harceleur – les établissements scolaires doivent être des sanctuaires, pas des zones de non-droit. Il reste cependant énormément à faire, et Gabriel Attal va devoir se hâter s’il veut sauver ce qu’il reste de légitimité à l’État : le système scolaire était la fierté de la République, il est en train de devenir son tombeau.

«Pourquoi j’ai choisi d’avoir un chien (et pas un enfant)», d’Hélène Gateau: un amour de livre

On connaît le refrain : qui aime les animaux n’aime pas les gens — et réciproquement. Notre rédacteur, farouche partisan de nos amis les bêtes, a lu avec une conscience un peu partisane le dernier livre de la vétérinaire-star du petit écran. Diagnostic: tant pis pour le dépeuplement de la France, les animaux de compagnie le valent bien.


Ma récente chronique sur ce fils de p*** qui a cru intelligent de croquer une souris apprivoisée (et après enquête, il est toujours accepté comme élève de prépas au lycée Thiers, avec la mansuétude d’une majorité d’enseignants, alors qu’il devrait croupir aux Baumettes) m’a valu ici même quelques commentaires désobligeants — ou étonnés, dans le genre « mais enfin, ce n’était qu’une souris… »

Ouais. Mais la prochaine fois, ce sera toi.

Je prends donc le risque de consacrer un nouvel article à la cause animale. Plus exactement aux avantages, qu’Hélène Gateau souligne avec humour tout au long de son plaidoyer, que représente l’adoption d’un chien par rapport à la démonstration in vivo de votre capacité de viviparité.

Quadrupède contre bipède humanoïde

Partons d’un peu loin. L’adhésion des imbéciles aux « communautés », la limitation à une race, un genre biologique ou une religion, sont insupportables dans une République qui ne connaît ni races, ni préférences sexuelles, et tient à égalité hommes et femmes — et même les connards.

Alors, condamner les femmes à un destin hormonal (« tu enfanteras dans la péridurale aux alentours de 30 ans pour cause d’appel biologique ») me paraît tout aussi mutilant. Hélène Gateau était arrivée à l’âge où parents et amis vous questionnent (et pire, ne disent rien mais n’en pensent pas moins) sur l’arrivée éventuelle d’un petit tas de chair pleurnichant, consommateur avide de couches et distillateur de culpabilités, pour des années, envers ses géniteurs. Un être gluant que l’on vous colle sur le ventre dès sa sortie, afin que le processus d’imprégnation, jadis théorisé par Konrad Lorenz (1903-1989) et qui contribua puissamment à son prix Nobel de médecine en 1973, commence au plus vite. De sorte que le moutard restera des années durant collé aux jupes de sa mère (sommée par ailleurs de reprendre une vie professionnelle au plus vite), avant de la répudier à l’âge des premiers boutons d’acné. « Être mère, souligne Hélène Gateau, c’est faire naître un enfant et une nouvelle femme. Ce n’est pas que je suis entièrement satisfaite de qui je suis, mais je n’ai jamais voulu prendre le risque de devenir une autre. »
Ni d’être un jour appelée « maman » par son mari.

A lire aussi, Yannis Ezziadi: Michel Denis, et que ça swing!

Sans compter qu’être enceinte, c’est prendre le risque d’avoir un garçon — ce qui, figurez-vous, entraîne un déclin cognitif plus rapide que lorsqu’on a des filles, comme l’a établi une étude très récente.
Et comme on ne peut pas choisir…

Rien de tel avec un chien. Cueilli autour de 10 semaines, juste au début du sevrage, il passe de sa mère à vous, et vouera à son maître un amour et une fidélité que vous n’obtiendrez jamais (la seconde en particulier) d’un bipède humanoïde. Tout le livre — que je ne vais pas résumer ici — est l’analyse des relations entre un chien et son maître. C’est un manuel complet d’éthologie, écrit dans un style familier et plein d’humour.

Le chien consolide le couple, lui

Un chien consolide un couple — alors que 20 à 25 % des couples se séparent dans les mois qui suivent la naissance d’un enfant — encore plus vite lorsque ladite naissance a eu pour objet de rafistoler une relation déjà en loques. L’arrivée d’un chien ne se traduit ni par des modifications physiologiques, ni par des stress psychiques — le fameux baby blues. Un chien est juste source de joie.
Et financièrement, il revient infiniment moins cher. Élever un enfant, disent les statisticiens, c’est consacrer sur 18 ans en moyenne 180 000 euros à son éducation. Un chien, ce sont des croquettes, un harnais, une laisse — et quelques vaccins. Et c’est tout.
Un chien, quand vous l’emmenez en week-end avec vous, ne vous demande pas toutes les trois minutes « quand est-ce qu’on arrive ? », ni n’exige de tablette pour jouer à des jeux réducteurs de QI. Un chien manifestera sa joie de vous voir revenir, le soir — mon bouvier bernois — 75 kilos — me sautait dans les bras en prenant son élan, ce qui suppose une musculature et une stabilité conséquentes.

Ma seule inquiétude, au sortir de ce livre, est qu’il lance la mode des scottish terrier. On a vu au fil des années ce que l’engouement pour telle ou telle race (les bergers allemands, les pitbulls, les labradors ou plus récemment les bergers australiens) donnait rapidement en termes de dégénérescence, la demande entraînant des croisements rapides peu favorables à la diversité génétique. D’où les problèmes des chiens à la mode, de la dysplasie des bergers allemands ou des labradors aux tares dangereuses des american staffordshires et autres dogues argentins.

A lire aussi, du même auteur: La Voie royale : l’enfer des prépas, vraiment ?

C’est pourquoi j’ai choisi un labrit — le petit berger des Pyrénées. On en voit peu, ça ne demande aucun soin particulier, c’est frugal et increvable. L’animal qu’il me fallait pour m’accompagner dans mes 10 ou 15 kilomètres quotidiens.

Brighelli’s dog

Actor’s Studio

Hélène Gateau finit son ouvrage en évoquant la mort de l’animal — qui arrive, selon les races, entre 8 et 15 ans. Rappelez-vous Beethoven, ce gentil film où, refusant dans un premier temps d’adopter le chiot saint-bernard qui leur est tombé du ciel, Charles Grodin constate : « On l’aime, et puis il meurt, et on est dévasté ». Etudiant des textes théâtraux avec mes élèves, je les ai surpris plus d’une fois par ma capacité à pleurer quand la scène l’impliquait. « Mais comment faites-vous ? » Ma foi, comme à l’Actor’s Studio (il faut être bon comédien pour être prof) : je me rappelais la mort de ce bouvier bernois — Phébus, de son petit nom —, sur laquelle je surimprimais le récit, dans l’Odyssée, de la mort du chien d’Ulysse, qui vingt ans durant, attendit le retour de son maître :

« Un grand chien couché leva la tête et les oreilles ; c’était Argos, le chien que le vaillant Ulysse achevait d’élever, quand il fallut partir vers la sante ilion, sans en avoir joui… Il reconnut Ulysse en l’homme qui venait et, remuant la queue, coucha les deux oreilles : la force lui manqua pour s’approcher du maître.

« Ulysse l’avait vu : il détourna la tête en essuyant un pleur… »

Je m’arrête ici, je ne vois plus mon clavier qu’à travers un voile humide.

Hélène Gateau, Pourquoi j’ai choisi d’avoir un chien (et pas un enfant), Albin Michel, septembre 2023, 170 p.

Pourquoi j'ai choisi d'avoir un chien (et pas un enfant)

Price: ---

0 used & new available from

Lampedusa, terre d’un affrontement démagogique

La crise migratoire que symbolise l’île de Lampedusa met à mal l’unité européenne, notamment en opposant l’Italie de Meloni à l’Allemagne de Scholtz. À la justification humanitaire traditionnelle, les acteurs pro-migration ont ajouté un nouvel argument, selon lequel nos économies auraient besoin de main-d’œuvre. Mais ont-ils raison? Analyse.


Depuis plusieurs années, l’ile de Lampedusa est prise d’assaut par les migrants qui, quotidiennement, débarquent dans l’attente d’un transfert dans l’espace italien puis européen. Symbole de la lassitude qui domine en Europe, au regard de la plus importante crise migratoire du siècle, la petite ile sicilienne est trop souvent utilisée comme terrain d’une bataille politique tous azimuts. Discours après discours, visite après visite, promesses après promesses, Lampedusa se retrouve seule, abandonnée face à un problème pour lequel des solutions existent mais ne sont pas appliquées.  À qui profite le crime ?

En l’espace de quelques semaines, l’Italie s’est transformée en champ de bataille politique mais aussi économique. Dans les deux cas ce sont deux visions opposées de l’Europe qui s’affrontent. En témoigne la visite de la présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen à Lampedusa, le jour même de la venue de Marine Le Pen, invitée à Pontida par Matteo Salvini.

À lire aussi, Georges Kuzmanovic: Lampedusa: « Marine Le Pen, Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen font des moulinets »

Que reste-t-il donc des annonces et des bonnes résolutions de solidarité européenne ?

Ile de Lampedusa, Italie, 16 septembre 2023 © Cecilia Fabiano/LaPresse cecilia/SIPA

Un sommet Med 9 qui ne permet pas de résoudre le problème des traversées

La France a été le premier pays à avoir trouvé une entente commune avec l’Italie concernant la gestion des migrants. Quant à l’Allemagne, elle a démontré toute son ambiguïté en finançant les ONG qui aident les clandestins à débarquer en Italie, tout en refusant ensuite aux migrants débarqués l’accès à son territoire.

L’attitude du gouvernement allemand a fortement irrité le gouvernement italien qui a adopté une position dure à son égard. En réponse à la proposition allemande dans le Pacte sur la migration et l’asile, l’Italie pourrait présenter un amendement qui prévoit que la responsabilité de l’accueil des migrants incombe au pays d’où provient l’ONG qui les transporte.

En marge du sommet Med9 qui s’est déroulé vendredi 29 septembre à Malte, Giorgia Meloni a déclaré : « J’ai eu des échanges avec le chancelier Scholz. L’Allemagne est arrivée avec quelques amendements, dont un en particulier, celui concernant les ONG qui représente pour nous un pas en arrière. » Et a ensuite ajouté : « On ne peut pas être solidaire avec les frontières des autres ».

La Tunisie disposée à aider, oui mais…

Avec la situation dramatique qui frappe la Tunisie, les fuites vers l’Europe vont augmenter et il deviendra impossible de gérer cet énorme flux de personnes qui débarqueront sur les côtes italiennes. Le ministre tunisien de l’Intérieur, Kamel Feki, a souligné que son pays ne peut pas absorber les flux massifs de migrants irréguliers, en provenance des pays subsahariens, au-delà de ses capacités sociales et financières, ni agir en tant que pays d’accueil. Et il a ajouté que la question de l’immigration nécessite des concessions mutuelles de la part des pays les plus riches. Bruxelles a immédiatement mis à disposition 150 millions d’aides, et promis que 900 autres seraient débloqués si Tunis parvient à un accord avec le FMI – lequel demande toutefois de profondes réformes économiques en échange de 1,5 milliard € de soutien…

A lire aussi, Gabriel Robin: Une solution simple et consensuelle: les migrants au Vatican

Une chose est claire : chaque pays d’Europe est sous la pression de l’opinion publique qui souhaite plus de fermeté vis-à-vis de l’immigration de la part de leurs gouvernants. Les Européens ne comprennent pas pourquoi, malgré les promesses et les annonces, l’Union Européenne n’a pas encore agi.

Continuer à faire venir des milliers de personnes en utilisant toujours les mêmes discours est pure démagogie. L’immigration serait obligatoirement bénéfique, car elle répond au besoin de main d’œuvre pour soutenir l’économie. Mais ces discours ne nous disent pas comment intégrer correctement des gens ayant une éducation, une formation et une culture différente de notre style de vie.

Pour fonctionner l’intégration a besoin de deux critères fondamentaux. Primo, l’assimilation. Les immigrés doivent accepter et respecter les règles, le mode de vie et la culture du pays qui les accueille. Secondo, les perspectives économiques. Avec 95 millions de personnes à risque de pauvreté et d’exclusion sociale, quel type d’avenir peut bien offrir l’Europe si ce n’est du travail pour la plupart insuffisant pour vivre dignement ?

Le massacre des punaises et des illusions

0

La guerre des punaises de lit aura bien lieu…


À vaincre sans périls, on triomphe sans gloire. Les dernières campagnes ont été rudes pour Jupiter Fulgurator : Covid interruptus, guerre des masques, chasse aux vaccins, retraites, duperies de Vlad l’empaleur, divorce du couple franco-allemand, abandon des Arméniens, alertes noires en Afrique rouge, Bérézina à Bamako… Dernière déconvenue, un redoutable ennemi de l’intérieur, des hétéroptères hématophages, les punaises de lit, infestent un foyer sur dix. Clément Beaune veut « objectiver la situation avec tous les acteurs ». Au XVIe siècle, Barthélemy de Chasseneuz s’était spécialisé dans les procès d’animaux, la défense des nuisibles, rats d’Autun, charançons.

Trop c’est trop. Chef des armées, Bayard inépuisable, Emmanuel Macron prend son risque. Le président va livrer la mère de toutes les batailles, une opération spéciale contre la Cimex lectularius. Il tient sa revanche, l’acmé de son deuxième quinquennat, avec à la clé la relocalisation d’une grande industrie de l’insecticide bio. Aymeric Caron a le cafard, Sandrine Rousseau est perplexe : Baygon jaune ou Baygon vert ? Les surmulots parisiens sont-ils porteurs de punaises ?

D.R.

Le Monde sans volonté ni représentation

Le Massacre des illusions, c’est l’anthologie du savoureux Zibaldone de Leopardi. Dernier des Classiques, premier des Modernes, le génie de Recanati annonce l’existentialisme, Schopenhauer. Deux siècles plus tard, nos dernières illusions, écologiques, économiques, migratoires, éducatives tournent au cauchemar. Partout les grands remplacements, déclassements, croassements ; depuis 7, 77 ans, les mêmes indignations, postures, et impuissances. « Ils dînent du mensonge, et soupent du scandale » (Chénier).

La part de l’industrie dans notre PIB a diminué de moitié depuis 1980. La dette publique, 3050 milliards d’euros, 111,8 % du PIB, a triplé depuis 2003. Bruno Le Maire, impair la rigueur, siphonne les caisses complémentaires. Lampedusa est confrontée à une vague migratoire inédite. C’est bien évidemment la faute de l’Europe. Ne faisons rien c’est plus prudent. Ursula et Giorgia, nouvelles copines, godillent dans la mer des sarcasmes. « Chacun doit prendre sa part ». La formule est jésuite. Il y en aura pour tout le monde. La tête ou les jambes ? Suella Braverman, ministre anglaise de l’Intérieur, juriste diplômée de Cambridge, plombe l’ambiance. Elle dénonce le dévoiement de la convention de Genève de 1951 sur les réfugiés, parle de « menace existentielle » pour notre mode de vie. L’infâme est l’avenir de l’homme.

A lire aussi, Maximilien Nagy et Jeremy Stubbs: «Cruella Braverman», la ministre britannique qui pense que la Convention de Genève sur les réfugiés n’est plus adaptée à l’époque

Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital, c’est un opus de Michel Desmurget (docteur en neuroscience) qui dénonce le lavage des cerveaux et l’opium des écrans. Voyeuse, exhibitionniste, narcissique, La Petite poucette de Michel Serres surfe dans la bêtise et le néant. Le Grand Meaulnes et Fermina Marquez sont enterrés depuis belle lurette. La jeunesse donne sa langue au chat (GPT). Les BD et mangas ne sont pas une voie d’entrée vers la littérature. Pas de performance économique sans « literacy ». La lecture n’est pas valorisée par notre système éducatif, sous-performant et inégalitaire. L’écroulement du niveau scolaire est entériné. Enfumage pédago de « questions problématisées », notes bidon, tous dopés… Le syndrome du Tour de France… par deux enfants. Rue de Grenelle, dans les rectorats, c’est l’omerta, pas de vagues.

Le sentiment tragique de l’avis

Au royaume des idées, à gauche, les faits n’ont pas d’importance. Les ravis de la crèche culturelle s’aiment à tous vents. La Maison des Ecrivains et de la Littérature tisse le linceul du vieux monde dans l’entre-soi, les prix qu’on court de la révolte et une novlangue de pacotille. Grand débat d’octobre : « Qu’est-ce qui fait encore commun ? Quelque chose se passe, a lieu, qui fait converger des lignes de fuite, des lignes esthétiques, éthiques, des lignes de pensée et de création (…) À la fois ‘faire ensemble’ et ‘faire l’ensemble’, le réinventer, l’inventer peut-être. À l’écoute des écrivains et penseurs invités, nous interrogerons les formes de solidarité, de résistance, de militance qui agrègent les énergies ; les livres où les voix se partagent, s’écoutent et parfois s’entendent ; les mondes – sports, chœurs, jeux, réseaux, troupes d’acteurs, collectifs d’auteurs… – où des forces se regroupent ; les lieux communs que nous avons en partage » (site de la MEL). Le grand soir reconductible… Rue du Vieux Colombier, sur France Inter, la raison tonne en son critère ; au Bon Marché voisin, c’est l’éruption de la faim. Les pauvres ont des problèmes, les progressistes ont des principes.

Najat s’agite, Jean-Michel s’enferre, Pap s’abstient. Gabriel Attal est dans l’action. Le jeune cornac veut « reconquérir le mois de juin, parce que chaque jour, chaque cours compte ». Sa priorité absolue c’est le harcèlement scolaire. Bientôt des brigades dédiées, cours d’empathie, jeux de rôles. « Je ne reculerai devant rien, la peur doit changer de camp ». Le Garde des Sceaux, raccord, « envisage une saisine systématique du portable et sa confiscation définitive s’il a été utilisé pour le cyberharcèlement ». La fête du slip est terminée.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Punaises de lit: charivari contre Pascal Praud

« Il faut saisir l’occasion par les cheveux ». Emmanuel Macron connait le proverbe et ne manque pas de toupet. 1/3 marchand de falafels, 1/3 consultant, 1/3 senior Oliveira, sans oublier un quatrième tiers Monsieur Champagne, Jupiter a un avis sur tout et surtout un avis. Il passe des pactes, organise des conclaves nocturnes, fait tourner les tables. Sur TF1, dans Pif, les vestiaires, les boites de nuit, avec Mcfly, Carlito, Hugo Travers, il bat la campagne, « met sur la table », devise, sermonne, fait tout, dit tout, tout le temps. Pilier, ailier, demi d’emmêlé, soigneur, il distribue les bons points et du popcorn « à la française », à la mi-temps.

Image: Capture YouTube.

Les courtisans, prébendiers, ministres, mouches du coach, applaudissent le mime bavard, les gesticulations d’un hanneton sur le dos, cornérisé depuis deux ans. « Le moyen le plus direct de gagner la renommée est d’affirmer avec une ferme assurance et le plus souvent possible, qu’on la possède déjà » (Leopardi). Panem et circensens, à Rome, c’était pour le peuple ; les élites sont aujourd’hui contaminées. Dans les années 30 le Dr Voronoff proposait des cures de jouvence, greffait des testicules de singe pour redonner une vigueur intellectuelle et physique.

Ne jetons pas l’eau du bain avec le bébé. Jupiter et les décors du roi ont une fonction. Toute société a besoin de bouc émissaire. Les élections sont un rite d’expiation. Emmanuel Macron est un chef haï, précieux, idéal, coupable du malheur comme du pire. On ne gouverne pas innocemment. Théâtralement, l’Occident et ses élites acculturées, naïves, hors-sol, agonisent. Prise dans une tenaille maléfique, « mondialisation-reféodalisation », l’Europe s’auto-intoxique.

Pierre Manent prend de la hauteur. « Aujourd’hui, un seul interdit pèse sur l’Humanité : ne pas se diviser (…). L’Europe a décidé de partir de zéro, d’effacer les Nations, d’effacer les vieilles confessions européennes qui avait accompagné, nourri, l’histoire européenne. Partir de zéro veut dire ne plus porter aucune proposition, commencer à mettre à l’œuvre l’unification de l’Humanité, l’Europe se présentant comme la première version du brouillon de l’unification de l’Humanité, mais une Humanité qui n’est définie par aucun contenu, qui n’a aucune visée, qui n’a aucune articulation interne, une Humanité informe » (Pascal et la proposition chrétienne).

« …Quant au bonheur des masses, il me fait rire, car mon petit cerveau ne peut concevoir une masse heureuse composée d’individus qui ne le sont pas » (Giacomo Leopardi).

Marianne au pays des merveilles

Price: ---

0 used & new available from

Pascal et la proposition chrétienne

Price: ---

0 used & new available from

Faites-les lire !: Pour en finir avec le crétin digital

Price: ---

0 used & new available from

Punaises de lit: charivari contre Pascal Praud

0

Elisabeth Lévy revient sur les propos de Pascal Praud sur les punaises de lit et l’immigration, dans son émission sur CNews, à laquelle elle participe. Des députés ont saisi l’Arcom pour le faire taire.


Si je vous parle ce matin de la polémique autour de l’émission de Pascal Praud qui a animé le weekend, ce n’est pas pour prendre la défense d’un copain ou d’un supérieur, mais parce qu’il s’agit d’un exemple archétypal des procès en sorcellerie dont la multiplication rend le débat public impossible et le climat irrespirable.


Pascal Praud n’a rien affirmé, il a demandé à son invité, expert es punaises de lit, s’il y avait un rapport entre leur prolifération et la présence de migrants dont beaucoup vivent dans des conditions d’hygiène insalubres.

Un lynchage

Tempête sur les réseaux sociaux ! Les punaises de la sacristie progressiste se déchaînent, mais aussi les Nupistes et des macronistes. Plus une palanquée de journalistes toujours aux taquets pour exhiber leur belle âme ! « Racisme rance », « propos sordides »… « Praud est maurrassien » à les entendre, voire plus, puisqu’il est accusé de parler comme les nazis qui accusaient les Juifs de propager le typhus. Je suis partout est de retour, délire le député « Renaissance » Christopher Weissberg, qui compare donc CNews au torchon collaborationniste. Comme pour tous ces Jean Moulin d’opérette, la délation est un devoir citoyen, ils se rengorgent évidemment d’avoir saisi l’Arcom.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: A gauche, la défaite en chantant

On a le droit de critiquer Pascal Praud, évidemment, mais il ne s’agit pas là de critiques ; il s’agit d’un lynchage où la sottise se conjugue à la volonté de nuire. Praud a posé une question. Donc, tous ces gens qui se targuent par ailleurs d’être sans tabou nous font un aveu: certaines questions sont interdites. L’immigration dans son ensemble doit être soustraite au débat.

Le succès de CNews étonne

Certes, j’en conviens, l’évocation de questions corporelles peut nous sembler gênante. Mais c’est aussi une question de santé publique. Il est évident que les migrations favorisent la circulation des virus et des parasites. Affirmer cela ne traduit aucun jugement moral sur les personnes. La grande entomologiste Mathilde Panot, elle, décrète qu’il n’y a aucun lien entre hygiène et punaises de lit. Peut-être, mais la zone d’attente de Roissy est infestée de ces punaises, comme l’était il y a quelques années un camp de migrants à Nantes.

Coïncidence, dans ce tumulte, Le Parisien dimanche publiait hier deux pages sur les performances de CNews et de Praud, lequel bat quotidiennement BFMTV. On y apprend qu’au gouvernement, malgré les vapeurs de Rima Abdul Malak, beaucoup regardent CNews parce qu’elle soulève de vrais sujets. Le ressort de ce succès, c’est que c’est une chaîne qui parle aux gens ordinaires, ne méprise pas leurs problèmes et traite de questions que le service public préfère souvent minimiser (la sécurité, l’immigration, l’islamisation…). De plus, CNews ne donne pas de leçons de maintien, et ne dit pas aux gens qu’ils ne vivent pas ce qu’ils vivent. C’est la véritable raison de la haine que certains vouent à Praud et à CNews: remettre en cause le magistère moral que la gauche culturelle s’était indûment auto-décernée.


Elisabeth Lévy – « Punaises de lit et immigration : Pascal Praud subit un lynchage ! »

Retrouvez notre directrice du lundi au jeudi dans la matinale de Sud Radio.

50 ans d’ «Eléments»: la Nouvelle Droite mange-t-elle vraiment des enfants?

La revue a célébré son demi-siècle d’existence avec un colloque à Paris, à la Cité universitaire. Nous sommes allés écouter. Contrairement aux caricatures, les amis d’Alain de Benoist sont intellectuels mais non violents. Bon anniversaire !


C’est dans le superbe cadre de la Fondation Biermans-Lapôtre et sa résidence de style Art déco, qui accueille les étudiants belges et luxembourgeois depuis près d’un siècle, dans le XIVème arrondissement, par une belle journée de fin septembre que l’on ne saurait espérer certains mois d’août pourris, que se tenait le colloque du cinquantième anniversaire de la revue Eléments. Un lieu très européen pour un magazine qui précise dans son titre-même œuvrer « pour la civilisation européenne ». L’occasion de réunir autour d’Alain de Benoist, barde de la Nouvelle Droite, plusieurs tables rondes, avec pour thème le clivage gauche-droite, le wokisme, ou encore le conflit russo-ukrainien et de sortir quelques Unes des archives.



Néo-paganisme et bataille culturelle

Objet de recherche académique, le GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne) et la nébuleuse de revues qui gravitent autour (Eléments, Nouvelle Ecole, Krisis) fait aussi l’objet depuis un demi-siècle de tout un tas de fantasmes et de spéculations quant à ses origines troubles. Une franc-maçonnerie d’extrême droite fondée par d’anciens SS français et danois ? Ce fut en tout cas la thèse proposée par un travail universitaire pas tout à fait sérieux. En fait, le GRECE et Eléments naissent dans le bouillonnement de l’immédiat après-68, avec un pari audacieux : alors que la droite avait complètement abandonné le terrain des idées à la gauche en ces temps d’archi-domination marxiste, Alain de Benoist, lecteur d’Antonio Gramsci, et ses acolytes décidèrent de porter le combat sur le terrain culturel. Pas de participation à la bataille électorale, mais l’espoir, « d’ici trente ans », d’avoir gagné celle des esprits. En prenant parfois le contrepied du kit officiel des convictions obligatoires à avoir au sein des marges de la droite : la vieille droite était nationaliste ? La Nouvelle Droite sera européenne. La vieille droite était catholique ? La Nouvelle Droite sera païenne, ressuscitera les dieux du Panthéon ; Alain de Benoist, dans Comment peut-on être païen (1981), opposa polythéisme et monothéisme, Athènes et Jérusalem. Si elle récupère de vieux thèmes de droite, comme le régionalisme, la Nouvelle Droite s’intéresse aussi à l’écologie et à la décroissance. Surtout, elle laisse de côté les vieux rêves « restaurationistes » classiques à droite.

A lire aussi, Jonathan Miller : La blague de Laurence Fox (« Inspecteur Lewis ») qui pourrait faire fermer GB News

Passée relativement inaperçue pendant le début de la décennie 70, la Nouvelle Droite devient vraiment la Nouvelle Droite quand elle est désignée ainsi par ses adversaires ; en 1979, en quelques mois, le mouvement fait l’objet de 500 articles et d’une violente campagne de presse. En fait, un règlement de compte entre Le Figaro (le supplément, Le Figaro magazine, accueillait bon nombre de plumes néo-droitières) et Le Monde, ce dernier alimenté de dossiers de presse réalisés par… la droite conservatrice catholique, aux antipodes du GRECE sur les questions d’avortement et de bioéthique.

Alain de Benoist aura son premier vrai quart d’heure de gloire warholien avec un passage chez Bernard Pivot, en septembre 1979 : la Nouvelle Droite est désormais estampillée « vue à la TV ».

La décomposition du clivage droite-gauche

Johnny Hallyday a eu sa période yéyé, sa période hippie, sa période Michel Berger, sa période Mad Max. La Nouvelle Droite a eu sa période biologiste voire eugéniste, sa période « aile droite du giscardisme », puis des périodes plus socialisantes et un intérêt pour le tiers-monde, vu comme un autre axe, avec l’Europe, de résistance à l’Amérique. En pleine guerre froide, Alain de Benoist écrit un jour dans Eléments : « Certains ne se résignent pas à la pensée d’avoir un jour à porter la casquette de l’Armée rouge. De fait, ce n’est pas une perspective agréable. Nous, nous ne supportons pas l’idée d’avoir un jour à passer ce qui nous reste à vivre en mangeant des hamburgers du côté de Brooklyn ». Une fois le mur de Berlin tombé, Alain de Benoist identifie, au moment de la guerre du Golfe, de la guerre de Yougoslavie et de Maastricht, la fin du clivage gauche-droite et de nouvelles recompositions possibles. Ce fut le premier thème du colloque de ce samedi. Se rapprochant de Jean-Edern Hallier et de quelques figures dissidentes au sein du Parti communiste, Alain de Benoist dégage dès cette époque des ponts possibles avec certaines gauches. C’est la fameuse époque du prétendu complot « rouge-brun ». Il aura fallu une trentaine d’années pour qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen se retrouvent une première fois au deuxième tour d’une élection présidentielle avec une seule grande conviction en commun : le sentiment que le clivage gauche-droite est dépassé, la sensation d’être le candidat du « ni ni » ou du « et et ». Et puis, en historien des idées, Alain de Benoist remarque à quel point les idées sont de petites choses volages qui passent d’un camp à l’autre tous les siècles : écologisme, régionalisme, et même nation.

Il en va de même pour les injures politiques, pourrait-on ajouter : « laïcard », insulte cléricale qui circulait dans La Croix dans les années 1880, a trouvé une deuxième jeunesse au sein de la gauche indigéniste depuis quelques années. Paradoxalement, c’est au moment où l’intuition néo-droitière semble avoir triomphé que François Bousquet, rédacteur en chef du journal Eléments depuis 2017, et autre intervenant lors de cette première table ronde, trouve au clivage droite-gauche un dernier charme et propose une voie légèrement discordante (l’ancien seguiniste et chevènementiste Gaël Brustier, ancien conseiller d’Arnaud et de Julien Dray, participait également à ce débat). Et si le clivage avait encore de beaux restes ? « Etre d’avant-garde, c’est savoir ce qui est mort ; être d’arrière-garde, c’est l’aimer encore », écrivait Roland Barthes.

Jean-Paul Brighelli, national-souverainiste infiltré

Les tables rondes se suivent. L’une d’elles met face-à-face Roger Chudeau, député RN élu dans le Loir-et-Cher et Jean-Paul Brighelli, avec pour thème « De la pensée unique au wokisme: face aux flics de la pensée ! ». Face à un parlementaire défendant sa future proposition de loi visant à interdire notamment l’écriture inclusive, les opérations de transidentité pour les mineurs, les réunions racialisées, le port de l’hidjab sur les terrains de sport, Brighelli chausse la vue longue pour regarder quarante ans en arrière. Selon lui, l’écriture inclusive n’est qu’un épiphénomène qui ne fait que couronner des décennies de démission de l’école. Dès 1963, la DGESCO (direction générale de l’enseignement scolaire) et à sa tête René Haby demandaient à ce que le français enseigné en classe soit le français oral. Entreprise hasardeuse, car comme le précise Brighelli, « le français reste une langue très écrite, il suffit de voir toutes les lettres qu’on ne prononce pas ».

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Abaya: culturel ou cultuel, on l’a dans le luc!

Treize ans plus tard, Haby est aux manettes rue de Grenelle pour la mise en place du collège unique, « an 1 de l’apocalypse scolaire ». Brighelli prend des accents nationaux-souverainistes en s’écriant : « Il faut rapidement enseigner l’histoire de la Nation, refaire des classes de niveaux, restaurer l’exigence et la sélection, relancer la course à l’excellence, restaurer la langue française, restaurer la France ». Presque une provocation en milieu grand-européen.

Un journal sauvé par Manuel Valls

Bien sûr, on tique un peu quand Régis Le Sommier, reporter en Ukraine et en Russie ces dix-huit derniers mois, avance : « Les Russes pardonneront tout aux Ukrainiens et rien aux Occidentaux ». On espère que les Ukrainiens eux aussi pardonneront à leurs actuels agresseurs… La revue, qui a sorti un hors-série à la Russie en mai 2023, ne cache pas un petit tropisme russophile, qualifié poliment de « non-alignement sur les uns ni sur les autres ». On peut quand même se demander si ce symposium d’esprits libres et de « cœurs rebelles » (c’est le titre d’un livre de Dominique Venner, figure importante de la Nouvelle Droite) proposé par Eléments aurait été possible dans un régime de type russe, et si les participants n’auraient pas risqué un empoisonnement au polonium lors du cocktail final. Il n’empêche, sans être obligé d’être d’accord sur tout, Eléments, depuis cinquante ans, secoue et agite les idées, non seulement contre l’air du temps, mais aussi, contre les réflexes de pensée de la droite. Surtout, Eléments a su détecter, parfois avec dix ans d’avance, des thèmes qui sont par la suite devenus centraux dans le débat des idées : la pensée unique, le transhumanisme, la théorie du genre, le wokisme. Lire Eléments, c’est parfois se plonger dans le cauchemar qui nous attend dans la prochaine décennie.

Ces dernières années, le magazine a perdu son caractère austère et ses photos en noir et blanc, et propose des Unes plus flashy, un style plus mass media et des dossiers un peu plus racoleurs, sur les « 36 youtubeurs dissidents à aimer ou détester » ou sur les « 501 imposteurs les plus néfastes », sans perdre de son exigence intellectuelle. L’un des intervenants du colloque, sous l’effet du rosé, me fait une confession : « la première fois que j’ai acheté le magazine, c’était il y a vingt-cinq ans, je demande Eléments à voix basse au buraliste, gêné, en regardant à droite et à gauche derrière moi, comme quand on achète sa première boite de capotes anglaises ». La publication s’affiche désormais fièrement en tête de gondole, souvent à côté de Causeur, dans les kiosques et chez les marchands de journaux. Elle tourne également parmi les journalistes de gauche (ceux qui lisent encore), qui se la passent sous le manteau. Elle a su bénéficier d’un coup de pub inespéré lors d’une passe d’armes entre Michel Onfray et Manuel Valls en 2015, lorsque ce dernier avait déclaré : « Quand un philosophe connu, apprécié par beaucoup de Français, Michel Onfray, explique qu’Alain de Benoist – qui était le philosophe de la Nouvelle droite dans les années 70 et 80, qui d’une certaine manière a façonné la matrice idéologique du Front national, avec le Club de l’Horloge, le GRECE – (…) vaut mieux que Bernard-Henri Lévy, ça veut dire qu’on perd les repères ».

Le Monde en 1979, Valls en 2015 : la Nouvelle Droite doit à peu près tout à la gauche !

Chants homophobes au parc des Princes: quand les mots font mâle

0

« Les Marseillais c’est des pédés, des fils de putes, des enculés (…) et par les couilles on les pendra, hélas des couilles ils en ont pas ! » Après le chant à connotation homophobe entendu lors de PSG / OM (4-0), la semaine dernière, la commission de discipline de la Ligue s’est réunie et entend prononcer des sanctions contre le club ou certains joueurs. Olivier Klein, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), aurait aimé voir le match interrompu. Seulement, les chants ont été entendus après le coup de sifflet final…


L’homosexualité est en France admise par la société depuis belle lurette et on s’en félicite. Connue depuis l’Antiquité, elle a été tolérée dans notre pays jusqu’en 1791, date à laquelle on a aboli le crime de sodomie. Si le Régime de Vichy a pénalisé ensuite les relations homosexuelles entre personnes du même sexe quand l’une d’elles se révélait mineure, depuis 1982 la majorité sexuelle est la même pour tous. On a créé enfin le PACS et le mariage a été autorisé aux homosexuels.

Voyez la vie en rose, mais n’en portez pas (Karl Lagerfeld)

La phrase attribuée à la mère du regretté Karl Lagerfeld : « L’homosexualité est comme une couleur de cheveux, rien de plus » sonne désormais comme une banalité pour la majorité des Français qui ne conçoit pas l’homosexualité comme une tare. Restaient des mots, frappés d’obsolescence. Par qui allaient-ils être proférés ? Qui allaient-ils viser ?

À lire aussi, Denis Hatchondo: Oh hisse en… endaphné!!!

La masculinité toxique a heureusement récupéré les vocables à connotation homophobe qui risquaient de tomber en désuétude. Les supporters des équipes de foot, représentants patentés du patriarcat, fervents amateurs du barbecue et buveurs de bière invétérés s’en sont emparés pour déprécier les joueurs de l’équipe opposée à celle qu’ils soutiennent. Des gradins montent les chants de ces fanatiques et leurs mots font mâle. D’aucuns soutiennent que les mots scellant cette connivence virile s’entendent jusque dans les vestiaires des clubs. Les insultes comme « fiotte », « lopette », « tarlouze », « tafiolle » ou même… « enculé » fusent.


Apolline de Malherbe scandalisée

Dimanche dernier, c’est bien « enculé » qu’on scandait dans l’enceinte du PSG. Apolline de Malherbe, scandalisée, s’en est vivement émue à l’antenne de RMC. Sa pudeur ne l’a pas autorisée à prononcer intégralement l’odieux vocable, elle s’est donc contentée d’en lâcher la première syllabe, du bout des lèvres. Les auditeurs qui ont reconstitué sans peine le détestable mot sont encore sous le choc.

Dans le même temps, partout dans la presse, on lisait ces propos convenus, également formulés : « Des chants homophobes envers l’Olympique de Marseille ont été entonnés par les supporters du PSG, dimanche soir, au parc des Princes qui accueillait le Classico. » D’après les journalistes sportifs présents, « ces chants de la honte » auraient duré plus d’une dizaine de minutes.

Olivier Klein hors-jeu

Qu’on se rassure, en haut lieu, l’affaire est prise très au sérieux. Olivier Klein, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) a été très ferme dans « Apolline Matin », mardi matin, sur RMC et RMC Story. Il ne sera pas question de minimiser l’affaire au nom d’un « folklore » inhérent au monde du football. Martial, l’homme a clamé : « J’ai saisi la justice avec l’accord de la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra et la ministre de l’Égalité, Bérangère Couillard. J’ai demandé au procureur, à travers l’article 40, de regarder ce qui s’est passé au parc des Princes. » Pour Olivier Klein : « ces chants sont insupportables (…) »  Il ajoute : « L’arbitre n’a pas arrêté le match comme il pouvait le faire (…) Il faut faire cesser ces chants odieux (…) Donc, on peut peut-être au moins trouver ceux qui ont lancé ces chants, faire preuve à la fois de fermeté et de pédagogie, parce que c’est l’intérêt de tous les clubs. Ces types de comportements n’ont pas leur place dans le sport. »

A lire aussi, Frédéric Magellan: Transgenres dans le sport: Le député Julien Odoul(RN) dénonce la complaisance d’Amélie Oudéa-Castéra

Alors que le PSG, lui aussi, « condamne fermement » les chants en question, M. Klein ajoute, enfonçant le clou : « J’ai vu la condamnation du club et je m’en réjouis, mais je pense vraiment qu’on ne peut plus accepter ce genre de comportement dans un stade, que ça soit des propos homophobes ou des propos racistes, il faut dire stop pour que cela ne se reproduise plus. » La ministre des Sports fait chorus : « Il est impensable de rester sourd à de tels chants haineux et homophobes dans nos tribunes. » Aussi, elle invite le club de la capitale « à déposer plainte pour identifier les auteurs et les traduire devant la justice, pour qu’ils soient sortis des stades. » Elle précise : « Notre message est clair : fermeté absolue contre l’inadmissible. » On est ravi de voir ainsi l’État monter au créneau sur un sujet de cette importance.

Déconstruire les implicites

Cela n’a, en effet, que trop duré. Haro sur le patriarcat qui se sert de mots homophobes pour asseoir sa domination et renforcer l’idée selon laquelle la norme du courage et de la force est incarnée par le seul homme viril. On ne peut pas laisser affirmer de cette façon que la faiblesse et la lâcheté seraient l’apanage des femmes. Du reste, l’association Les Dégommeuses, qui, depuis 2012, lutte vaillamment contre les discriminations « dans le sport et par le sport » avait, dès 2016, appelé à un sursaut national. Dans une tribune de Libération, pionnière, elle soulignait déjà la nécessité de« déconstruire les implicites sexistes ou homophobes qui polluent le milieu du foot, chez les professionnel-le-s mais aussi chez amateur(es) (…) ». 

Pour ne pas faillir devant l’ampleur de la tâche à laquelle il s’attelle, le gouvernement devrait peut-être s’inspirer de Mattel : l’éditeur du Scrabble veille à épurer régulièrement le lexique autorisé dans son jeu pour en proscrire les termes injurieux et racistes. « (…) il faut bien avoir en tête que les mots employés, dans le jeu comme dans la vie, sont importants », précise le linguiste indépendant chargé en 2023 de nettoyer le jeu pour la francophonie. « Les mots ont le pouvoir de renforcer et d’honorer, mais ils peuvent aussi être utilisés pour affaiblir, décourager et manquer de respect. » poursuit-il. Parmi les mots ciblés par la purge, on relève « rital », « bimbo », « keuf » et « cagole ». Si « enculé », « grognasse » et « salope » en ont réchappé, on espère leurs jours comptés. On en profite aussi pour rappeler au gouvernement, en ces temps de crise, le mot de Boris Vian, à méditer : « Il y a deux façons d’enculer les mouches : avec ou sans leur consentement. »

Pantomimes et voix humaine

Il y a 60 ans disparaissait Jean Cocteau (1889-1963), la collection Les Cahiers Rouges de Grasset réédite cinq textes rares du Prince des Poètes dans un volume intitulé « Paris »


On peut être irrité par l’attitude. Exagérément pittoresque. Touche-à-tout confinant à l’ivresse. L’art de la conversation flirtant avec le bavardage ; la langue apprêtée jusqu’à en perdre haleine ; l’esprit turbinant à faire exploser les mécanismes savants ; le personnage dionysien, farfadet opiomane de lui-même, faussement aérien et dramatiquement léger, picorant dans chaque discipline l’esprit du moment. En somme, Parisien dans son acception pleine et entière ; enfant terrible d’un siècle naissant. Sautillant et grave. Boulevardier et tragédien. Quand cette nationalité, car il s’agissait bien d’une identité géographique avant-guerre, avait encore un sens, une réalité esthétique et portait en elle, le sceau des plaisirs les plus mordants.

Grasset

On ne naissait pas impunément dans la Capitale aux prémices de la Belle Époque. Bien que né à Maisons-Laffitte, Cocteau accompagna, initia, suivit parfois, devança souvent les grands mouvements de balancier du XXème siècle dans un Paris épicentre de tous les arts, des ballets russes au dadaïsme, du surréalisme au cinéma, des ateliers de couture à la scène, de la céramique aux bosquets du Palais-Royal, de la bohème bourgeoise aux ors académiques, une vie dédiée à l’expression sous toutes ses altitudes. Frénétique et irisée. Comme si cette vie fragile ne pouvait pas s’envisager sur un rythme moins saccadé, plus attentiste et anodin, indifférent au fatras des modes.

A lire aussi, du même auteur: Quand on arrive en ville!

Trop orgueilleux et trop talentueux pour laisser sa place, Cocteau a été au cœur du réacteur de la création. Même s’il employait le mot « poésie » sans modération, sa marque, son génie et ses raccourcis, se révèlent aujourd’hui au premier coup d’œil. C’est ce qu’on appelle la persistance d’un style. Bien peu d’artistes accèdent à cette renommée-là. La seule chose vraiment ratée à son actif, erreur fatale du calendrier, maudit mois d’octobre, se situe précisément le jour de sa mort. Il eut la mauvaise idée de partir un jour après son amie Edith Piaf. La môme lui rafla les suffrages des gazettes. Elle n’avait pas l’habitude de partager la vedette. Le rappel des foules fut pour elle. Pour se rendre compte du personnage hors-cadre et de la virtuosité de son imaginaire, il faut revoir le long entretien accordé à Roger Stéphane en avril 1963. Dans ce portrait-souvenir, on se régale de chaque saillie, de chaque évocation, de chaque agencement de mots parce que Cocteau fait défiler tous les songes et ses proches : Picasso, Radiguet, Satie, Rostand, Diaghilev, Chanel, etc. Il démarre cette conversation par un mensonge, une coquetterie d’homme installé : « J’ai perdu le brio » et il se révèle bien entendu brillant dans l’énumération de ses premiers emballements artistiques en parlant de sa passion du cirque, notamment du célèbre duo « Foottit et Chocolat » ou des multiples perruques de Rossini. Quand il se lance sur le sujet Gabrielle Chanel, naturellement les formules lui viennent à la bouche. Au début de sa carrière, avant qu’elle ne devienne le visage du commandeur de la rue Cambon, selon lui, elle était « silencieuse », « une petite auvergnate », « une tête de cygne noir » qui vendait des tricots Shetland. Quant à Diaghilev toujours sans le sou, il « portait une pelisse tenue par des épingles à nourrices ». Élu en 1955 au fauteuil 31 de l’Académie, le même qu’Edmond Rostand, Cocteau a cette merveilleuse prémonition : « Son rêve aurait été d’être Mallarmé ». Il qualifie Picasso de « grand perturbateur du trafic ». La définition a du chien. On retrouve ce don pour faire danser les phrases dans le recueil Paris suivi de Notes sur l’amour. Sur cette ville, il alterne les caresses et les coups de griffe, il se méfie de son aura. « Paris n’est point aimable. Paris est agressif. Le premier choc amène une détente. C’est alors que le fat estime la bataille gagnée ; elle commence. Une ombre de réussite cache une interminable période creuse » écrit-il. Ajoutant plus loin : « Paris possède un estomac d’autruche. Il digère tout. Il n’assimile rien ». Il se fait plus nostalgique sur son quartier du Palais-Royal : « Cette petite ville gardée par les chats, possède ses mœurs, ses manies et ses indigènes, indigènes pareils à certains vieux gondoliers de Venise qui n’ont jamais vu ni cheval ni voiture ». Difficile de faire mieux, alors on s’incline et on savoure.

Paris suivi de Notes sur l’amour – Jean Cocteau – Les Cahiers Rouges – Grasset

Paris: suivi de Notes sur l'amour

Price: ---

0 used & new available from

Le flux romanesque contemporain de Zeruya Shalev


La romancière israélienne Zeruya Shalev, née en 1959, est à mettre dans la lignée des Amos Oz ou des David Grossman. Elle renouvelle une description puissamment originale de l’Israël d’aujourd’hui, contaminé par son histoire, mais désireux de survivre parallèlement à un judaïsme très présent, qui constitue un arrière-fond que personne ne remet vraiment en question. Difficile dans ces conditions de mener une existence décomplexée, à l’abri des impondérables qui caractérisent, depuis sa création, l’État israélien.

Deux belles héroïnes

Stupeur narre une histoire actuelle, dans un pays récemment constitué (en 1948), et encore soumis aux spasmes de l’histoire. Il y a en fait, dans ce roman, deux héroïnes principales. Les chapitres alternent leur histoire.

L’une est une jeune femme habitant Haïfa, nommée Atara, en recherche de son passé familial. L’autre est une femme déjà vieille, Rachel, jadis une « combattante infaillible », nous dit Zeruya Shalev. Elle a appartenu dans sa jeunesse au Lehi. Une note nous indique que le Lehi est un « groupe de résistance sioniste extrémiste qui s’est battu entre 1940 et 1948 pour libérer la Palestine du mandat britannique ». Le roman de Shalev est la rencontre de ces deux femmes, comme s’il fallait établir une jonction entre le passé et le présent pour justifier la violence de l’origine, terrible, mais n’aboutissant qu’à une sécurité encore imparfaite.

A lire aussi, Gil Mihaely: Israël, des jours redoutables

Ce qui motive la quête d’Atara, et son désir tout-puissant de rencontrer Rachel, ce sont les liens familiaux qui existent entre elles deux et qui lui ont été dissimulés. Rachel fut la première femme du père d’Atara. Atara veut reconstituer la colonne vertébrale généalogique de sa famille, qui passe par les femmes, comme si les hommes n’étaient pas essentiels. Certes, ils séduisent leur épouse, ils font la guerre, comme le fils d’Atara, Eden, qui combat dans les commandos. Mais le rôle de chacun reste annexe. Zeruya Shalev n’évite aucun détail des répercussions de la guerre sur les liens familiaux. Ni pour Eden, traumatisé par ce qu’il endure, ni pour Rachel, surtout, qui a sacrifié sa vie pour la cause. La vieille femme ressasse ses souvenirs de jeunesse, s’interrogeant sur leur bien-fondé. « Jamais, écrit Zeruya Shalev, elle n’avait eu le moindre doute sur la légitimité de leur combat, maintenant non plus, ce n’est pas cela qu’elle remet en cause, mais ce qui pousse un être humain à se dévouer à une idée davantage qu’à ceux qui lui sont le plus cher. » Il y a chez Rachel un sentiment fréquent de déception de ce qu’est devenu Israël, sans commune mesure avec son idéal de jeunesse qu’elle partageait avec ses compagnons du Lehi. Elle se dit néanmoins, point crucial, que, « sans pays, les Juifs auraient continué à être cruellement persécutés ».

Un regard au microscope

Le roman de Shalev s’efforce de retenir le temps, en se développant lentement, privilégiant une presque immobilité. Les motivations des personnages, en particulier celles des deux héroïnes Atara et Rachel, nous sont décrites minutieusement et apparaissent au lecteur comme de fascinants objets de pensée historique. Shalev ralentit volontairement la course du monde, pour nous le faire mieux percevoir dans ses moindres variations, comme si elle utilisait un microscope. Elle écrit par exemple à propos d’Atara : « Elle cherche l’esprit qui sous-tend les matériaux fanés, les idées qui se sont concrétisées dans telle ou telle architecture. Non pas pour intégrer le temps mais pour intégrer celle-ci au flux contemporain sous un nouvel angle. » Très beau passage, qui laisse entrevoir brièvement ce que peut vouloir dire cette approche du réel dans des conditions aussi problématiques, littéralement dans un flux contemporain, comme elle l’écrit, en général insaisissable. C’est peut-être ce désœuvrement métaphysique que ce roman, Stupeur, voudrait avant tout mettre en évidence, à travers deux femmes magnifiques.


La judaïté est affaire de transmission, depuis des temps immémoriaux. Atara veut arriver jusqu’à Rachel pour qu’elle lui dévoile le pourquoi de son prénom, c’est-à-dire de sa naissance – de son origine. C’est une quête fondamentale. « Elle veut revoir Rachel, trouver à nouveau refuge à l’ombre de cette filiation première, la dernière qui lui reste, s’imprégner lentement du rayonnement puissant de ce corps sec. » Peut-être alors trouvera-t-elle enfin la lumière, mais quelle lumière ? Shalev ne le dit pas explicitement. Au lecteur d’y répondre selon sa propre sensibilité, et, pour mieux y réussir peut-être, de reprendre le roman à la première page. Car Stupeur appartient à la rare catégorie des romans qu’on peut relire, qu’on a envie de relire, pour n’en être pas déjà séparé…

Zeruya Shalev, Stupeur. Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz. Éd. Gallimard, collection « Du monde entier ».

Stupeur

Price: ---

0 used & new available from

Tant qu’il y aura des films: Martin Scorsese, à la perfection

0
© Apple TV +

Que peuvent une « première dame de France » surestimée (Bernadette, de Léa Domenach, notre critique à lire sur le site demain et déjà dans le magazine) et un cinéaste britannique pourfendeur de moulins à vent (Ken Loach, dont le film « The Old Oak » sera à l’affiche le 25 octobre) contre le superbe cinéma de Martin Scorsese ? Rien quand on les compare au nouvel opus du maestro américain toujours en verve, lui.


Sept mois de tournage et un budget de 200 millions de dollars. Débarrassons-nous d’abord des chiffres liés au nouveau film de l’auteur de Taxi Driver et Raging Bull. La démesure fait partie intégrante de la maison Scorsese, tout comme celle des voisins Coppola et Spielberg. Les anciens papes du « Nouvel Hollywood » n’ont jamais fait dans la dentelle et nul ne s’en plaint puisque les résultats sont en général à la hauteur. Scorsese se détache cependant du lot avec la volonté maintes fois avérée de faire de ses films autant de contributions à une Histoire de la Nation américaine. En adaptant le roman de David Grann, publié en 2017, il apporte une nouvelle pierre à cet ensemble absolument passionnant. Il s’agit ici du rapport des États-Unis aux Indiens Osage, enrichis par les terres pétrolifères sur lesquelles ils vivent. Le film se situe ainsi dans les années 1920, alors que plusieurs membres de la tribu amérindienne du comté d’Osage, en Oklahoma, sont assassinés après avoir trouvé du pétrole sur leurs terres. Le FBI mène alors l’enquête. Conscient de la gravité de son sujet, Scorsese multiplie les traitements pour en donner l’ampleur et la complexité : construction narrative très écrite, personnages et caractères finement dessinés, recourt à des documents d’époque vrais ou recréés pour l’occasion, utilisation du média d’alors, la radio, parmi d’autres trouvailles. Le tout porté par une distribution qui, comme toujours chez Scorsese, relève de la piste aux étoiles peuplée de cabots de génie : Robert De Niro et Leonardo DiCaprio en tête mais pas seulement, car chaque rôle secondaire est délectable. Soit dit en passant, DiCaprio devait initialement tenir le rôle du héros, un agent du FBI, avant de finalement vouloir incarner le neveu du personnage joué par De Niro. Un changement d’autant plus bénéfique que le neveu en question s’avère des plus ambigus. Et le tandem familial alors constitué par les deux stars masculines prend une ampleur tout à fait réjouissante et vénéneuse. Et c’est Jesse Plemons qui endosse in fine les habits de l’agent fédéral. À quoi il faut impérativement ajouter la musique de Robbie Robertson, les décors de Jack Fisk et les costumes de Jacqueline West. Et pour parachever l’ensemble, la touche finale du montage effectué par la complice de toujours en la matière : Thelma Schoonmaker.

La réalité que décrit ce Killers of the Flower Moon est simple : pour faire main basse en toute impunité sur l’incroyable richesse des Osages, les Blancs épousent sans vergogne les héritières et éliminent sans scrupule les obstacles à leurs projets. On rejoue ici aux cow-boys et aux Indiens, mais sans l’attirail anecdotique de la conquête de l’Ouest tendance westerns historiques. Mais c’esttout autant violent, âpre et rugueux. Les vaches et les chevaux ont disparu au profit des gisements de pétrole et des automobiles. Reste une lutte sans merci dont les gagnants historiques sont désormais connus.

A lire aussi: Michel Denis, et que ça swing!

Avec cette histoire, Scorsese filme également l’émergence d’une autre Amérique, celle de la mafia. Il est ainsi en terrain connu, lui qui a si bien cerné, disséqué, comme Coppola, les mœurs de la « Pieuvre ».

Mais ce qui frappe vraiment avec ce nouveau film, c’est assurément l’extrême fluidité d’un style inimitable. Une fois encore, Scorsese raconte une histoire avec un incroyable souci de lisibilité. Son« il était une fois » (fictif ou non, peu importe) fait mouche et nous sommes comme happés par un conteur hors pair qui multiplie les ramifications de son récit sans jamais perdre de vue l’essentiel. Les trois heures et vingt-six minutes du film ne sont pas de trop pour rendre compte de cette intrigue au long cours. Scorsese prend ainsi le temps de poser le décor en montrant, par exemple, comment les Osages tentaient de faire vivre leurs traditions ancestrales tout en menant une existence quotidienne de magnats du pétrole, manoirs grandioses et domestiques blancs compris. Tant et si bien qu’au final, on dirait le film d’un jeune homme à la créativité débordante tourné par un délicieux vieux sage.

Henda du 9-3 et Gwen de Sarcelles: Éducation nationale, la fin du contrat social?

0
D.R.

Vous vous inquiétiez déjà de la baisse de niveau des enfants confiés à l’Éducation nationale ? Ce n’était rien à côté de l’activisme islamo-gauchiste de certains profs. Qui ne s’en cachent même plus !


Les Français font preuve d’une immense patience envers l’État et l’évolution désastreuse de ses « institutions généralement défaillantes dans leurs fonctions essentielles, celle de la représentation comme celles de l’action », ainsi que les qualifie François Sureau.

Pourquoi ?
Le refus légitime et de bon sens du chaos. Un reste de loyauté envers des services publics qui, jadis, servaient le bien commun, et dont certains fonctionnaires, heureusement, ont encore à cœur l’intérêt général. L’espoir, hélas de plus en plus fragile, qu’il soit encore possible de redresser la barre malgré des décennies de démantèlement méthodique de l’héritage du Conseil National de la Résistance.

Qui l’État place-t-il devant les enfants ?

Mais la patience des Français a des limites, et l’État joue avec le feu lorsqu’il oblige les citoyens à mettre leurs enfants en danger en les livrant à l’abrutissement et à l’endoctrinement.

Voici en effet deux exemples de ce à quoi l’État abandonne les enfants de France : « Henda du 9-3 » et « Gwen de Sarcelles », enseignantes liées au groupuscule d’extrême-gauche Révolution Permanente du sulfureux Anasse Kazib.

A lire aussi: Et une fois les abayas remisées au placard, Monsieur Attal?

Henda s’est fait connaître début juillet en apportant son soutien aux pillards qui ont brûlé des écoles et des bibliothèques, selon elle simples « modes d’action radicaux qu’on qualifie de violences », ainsi qu’au Comité Adama. Gwen s’est déplacée à Trappes pour défendre le port de l’abaya, qualifie l’interdiction de cette tenue d’« attaque sexiste, raciste, islamophobe et colonialiste », dénonce les « violences policières », veut l’accueil de « milliers de migrants » et fait l’éloge de ce qu’elle-même appelle « émeutes ». Et ce n’est pas tout : n’oublions pas la propagande d’associations douteuses lors de sorties scolaires, le prosélytisme transactiviste et, bien sûr, les nombreuses soumissions à l’islamisation, jusque dans la composition des programmes et des manuels qui ne se sont pas améliorés depuis que Souâd Ayada en dénonçait courageusement la malhonnêteté intellectuelle.

Effondrement

Désormais, dans l’école de la République, les enfants qui entrent en sixième ne savent pas combien il y a de quarts d’heure dans trois quarts d’heure, mais ont bien appris qu’il y a des femmes à pénis et des hommes enceints ! Ils connaissent par cœur les moindres subtilités du tri sélectif. Et passent donc leurs journées avec Henda et Gwen qui sont libres de leur raconter absolument tout ce qu’elles veulent ! Ce n’est pas là un simple effondrement du service public, c’est une trahison du contrat social. L’État ne se contente pas de ne plus remplir correctement sa mission et de transformer le système scolaire en garderie, il oblige les citoyens à livrer leurs enfants à des activistes qui les soumettent à un bourrage de crâne idéologique, et les conditionnent à la médiocrité.

Comment les Français pourraient-ils encore longtemps accepter cela ? Quousque tandem abutere, Éducation Nationale, patientia nostra ?

A lire aussi: Lutte (musclée) contre le harcèlement scolaire: faudrait savoir ce qu’on veut!

Contrairement à ses prédécesseurs, le nouveau ministre de l’Éduc’Nat, Gabriel Attal, semble décidé à agir, et plutôt dans le bon sens. On se gardera bien de faire trop confiance à un macroniste, mais reconnaissons que celui-ci fait d’excellents débuts à la tête d’un ministère difficile, dans lequel le « pas de vague » a depuis longtemps pris la place de toute déontologie.

Et il ne se contente pas de déclarations d’intention, il agit : c’est vrai de l’interdiction de l’abaya, c’est vrai de l’intervention bienvenue de la police pour interpeller un harceleur – les établissements scolaires doivent être des sanctuaires, pas des zones de non-droit. Il reste cependant énormément à faire, et Gabriel Attal va devoir se hâter s’il veut sauver ce qu’il reste de légitimité à l’État : le système scolaire était la fierté de la République, il est en train de devenir son tombeau.

«Pourquoi j’ai choisi d’avoir un chien (et pas un enfant)», d’Hélène Gateau: un amour de livre

0
La vétérinaire et journaliste TV Hélène Gateau, Albin Michel.

On connaît le refrain : qui aime les animaux n’aime pas les gens — et réciproquement. Notre rédacteur, farouche partisan de nos amis les bêtes, a lu avec une conscience un peu partisane le dernier livre de la vétérinaire-star du petit écran. Diagnostic: tant pis pour le dépeuplement de la France, les animaux de compagnie le valent bien.


Ma récente chronique sur ce fils de p*** qui a cru intelligent de croquer une souris apprivoisée (et après enquête, il est toujours accepté comme élève de prépas au lycée Thiers, avec la mansuétude d’une majorité d’enseignants, alors qu’il devrait croupir aux Baumettes) m’a valu ici même quelques commentaires désobligeants — ou étonnés, dans le genre « mais enfin, ce n’était qu’une souris… »

Ouais. Mais la prochaine fois, ce sera toi.

Je prends donc le risque de consacrer un nouvel article à la cause animale. Plus exactement aux avantages, qu’Hélène Gateau souligne avec humour tout au long de son plaidoyer, que représente l’adoption d’un chien par rapport à la démonstration in vivo de votre capacité de viviparité.

Quadrupède contre bipède humanoïde

Partons d’un peu loin. L’adhésion des imbéciles aux « communautés », la limitation à une race, un genre biologique ou une religion, sont insupportables dans une République qui ne connaît ni races, ni préférences sexuelles, et tient à égalité hommes et femmes — et même les connards.

Alors, condamner les femmes à un destin hormonal (« tu enfanteras dans la péridurale aux alentours de 30 ans pour cause d’appel biologique ») me paraît tout aussi mutilant. Hélène Gateau était arrivée à l’âge où parents et amis vous questionnent (et pire, ne disent rien mais n’en pensent pas moins) sur l’arrivée éventuelle d’un petit tas de chair pleurnichant, consommateur avide de couches et distillateur de culpabilités, pour des années, envers ses géniteurs. Un être gluant que l’on vous colle sur le ventre dès sa sortie, afin que le processus d’imprégnation, jadis théorisé par Konrad Lorenz (1903-1989) et qui contribua puissamment à son prix Nobel de médecine en 1973, commence au plus vite. De sorte que le moutard restera des années durant collé aux jupes de sa mère (sommée par ailleurs de reprendre une vie professionnelle au plus vite), avant de la répudier à l’âge des premiers boutons d’acné. « Être mère, souligne Hélène Gateau, c’est faire naître un enfant et une nouvelle femme. Ce n’est pas que je suis entièrement satisfaite de qui je suis, mais je n’ai jamais voulu prendre le risque de devenir une autre. »
Ni d’être un jour appelée « maman » par son mari.

A lire aussi, Yannis Ezziadi: Michel Denis, et que ça swing!

Sans compter qu’être enceinte, c’est prendre le risque d’avoir un garçon — ce qui, figurez-vous, entraîne un déclin cognitif plus rapide que lorsqu’on a des filles, comme l’a établi une étude très récente.
Et comme on ne peut pas choisir…

Rien de tel avec un chien. Cueilli autour de 10 semaines, juste au début du sevrage, il passe de sa mère à vous, et vouera à son maître un amour et une fidélité que vous n’obtiendrez jamais (la seconde en particulier) d’un bipède humanoïde. Tout le livre — que je ne vais pas résumer ici — est l’analyse des relations entre un chien et son maître. C’est un manuel complet d’éthologie, écrit dans un style familier et plein d’humour.

Le chien consolide le couple, lui

Un chien consolide un couple — alors que 20 à 25 % des couples se séparent dans les mois qui suivent la naissance d’un enfant — encore plus vite lorsque ladite naissance a eu pour objet de rafistoler une relation déjà en loques. L’arrivée d’un chien ne se traduit ni par des modifications physiologiques, ni par des stress psychiques — le fameux baby blues. Un chien est juste source de joie.
Et financièrement, il revient infiniment moins cher. Élever un enfant, disent les statisticiens, c’est consacrer sur 18 ans en moyenne 180 000 euros à son éducation. Un chien, ce sont des croquettes, un harnais, une laisse — et quelques vaccins. Et c’est tout.
Un chien, quand vous l’emmenez en week-end avec vous, ne vous demande pas toutes les trois minutes « quand est-ce qu’on arrive ? », ni n’exige de tablette pour jouer à des jeux réducteurs de QI. Un chien manifestera sa joie de vous voir revenir, le soir — mon bouvier bernois — 75 kilos — me sautait dans les bras en prenant son élan, ce qui suppose une musculature et une stabilité conséquentes.

Ma seule inquiétude, au sortir de ce livre, est qu’il lance la mode des scottish terrier. On a vu au fil des années ce que l’engouement pour telle ou telle race (les bergers allemands, les pitbulls, les labradors ou plus récemment les bergers australiens) donnait rapidement en termes de dégénérescence, la demande entraînant des croisements rapides peu favorables à la diversité génétique. D’où les problèmes des chiens à la mode, de la dysplasie des bergers allemands ou des labradors aux tares dangereuses des american staffordshires et autres dogues argentins.

A lire aussi, du même auteur: La Voie royale : l’enfer des prépas, vraiment ?

C’est pourquoi j’ai choisi un labrit — le petit berger des Pyrénées. On en voit peu, ça ne demande aucun soin particulier, c’est frugal et increvable. L’animal qu’il me fallait pour m’accompagner dans mes 10 ou 15 kilomètres quotidiens.

Brighelli’s dog

Actor’s Studio

Hélène Gateau finit son ouvrage en évoquant la mort de l’animal — qui arrive, selon les races, entre 8 et 15 ans. Rappelez-vous Beethoven, ce gentil film où, refusant dans un premier temps d’adopter le chiot saint-bernard qui leur est tombé du ciel, Charles Grodin constate : « On l’aime, et puis il meurt, et on est dévasté ». Etudiant des textes théâtraux avec mes élèves, je les ai surpris plus d’une fois par ma capacité à pleurer quand la scène l’impliquait. « Mais comment faites-vous ? » Ma foi, comme à l’Actor’s Studio (il faut être bon comédien pour être prof) : je me rappelais la mort de ce bouvier bernois — Phébus, de son petit nom —, sur laquelle je surimprimais le récit, dans l’Odyssée, de la mort du chien d’Ulysse, qui vingt ans durant, attendit le retour de son maître :

« Un grand chien couché leva la tête et les oreilles ; c’était Argos, le chien que le vaillant Ulysse achevait d’élever, quand il fallut partir vers la sante ilion, sans en avoir joui… Il reconnut Ulysse en l’homme qui venait et, remuant la queue, coucha les deux oreilles : la force lui manqua pour s’approcher du maître.

« Ulysse l’avait vu : il détourna la tête en essuyant un pleur… »

Je m’arrête ici, je ne vois plus mon clavier qu’à travers un voile humide.

Hélène Gateau, Pourquoi j’ai choisi d’avoir un chien (et pas un enfant), Albin Michel, septembre 2023, 170 p.

Pourquoi j'ai choisi d'avoir un chien (et pas un enfant)

Price: ---

0 used & new available from

Lampedusa, terre d’un affrontement démagogique

0
L'Italienne Giorgia Meloni et le Français Emmanuel Macron, Rome, 26 septembre 2023 © Filippo Monteforte/AP/SIPA

La crise migratoire que symbolise l’île de Lampedusa met à mal l’unité européenne, notamment en opposant l’Italie de Meloni à l’Allemagne de Scholtz. À la justification humanitaire traditionnelle, les acteurs pro-migration ont ajouté un nouvel argument, selon lequel nos économies auraient besoin de main-d’œuvre. Mais ont-ils raison? Analyse.


Depuis plusieurs années, l’ile de Lampedusa est prise d’assaut par les migrants qui, quotidiennement, débarquent dans l’attente d’un transfert dans l’espace italien puis européen. Symbole de la lassitude qui domine en Europe, au regard de la plus importante crise migratoire du siècle, la petite ile sicilienne est trop souvent utilisée comme terrain d’une bataille politique tous azimuts. Discours après discours, visite après visite, promesses après promesses, Lampedusa se retrouve seule, abandonnée face à un problème pour lequel des solutions existent mais ne sont pas appliquées.  À qui profite le crime ?

En l’espace de quelques semaines, l’Italie s’est transformée en champ de bataille politique mais aussi économique. Dans les deux cas ce sont deux visions opposées de l’Europe qui s’affrontent. En témoigne la visite de la présidente de la Commission Européenne Ursula von der Leyen à Lampedusa, le jour même de la venue de Marine Le Pen, invitée à Pontida par Matteo Salvini.

À lire aussi, Georges Kuzmanovic: Lampedusa: « Marine Le Pen, Giorgia Meloni et Ursula von der Leyen font des moulinets »

Que reste-t-il donc des annonces et des bonnes résolutions de solidarité européenne ?

Ile de Lampedusa, Italie, 16 septembre 2023 © Cecilia Fabiano/LaPresse cecilia/SIPA

Un sommet Med 9 qui ne permet pas de résoudre le problème des traversées

La France a été le premier pays à avoir trouvé une entente commune avec l’Italie concernant la gestion des migrants. Quant à l’Allemagne, elle a démontré toute son ambiguïté en finançant les ONG qui aident les clandestins à débarquer en Italie, tout en refusant ensuite aux migrants débarqués l’accès à son territoire.

L’attitude du gouvernement allemand a fortement irrité le gouvernement italien qui a adopté une position dure à son égard. En réponse à la proposition allemande dans le Pacte sur la migration et l’asile, l’Italie pourrait présenter un amendement qui prévoit que la responsabilité de l’accueil des migrants incombe au pays d’où provient l’ONG qui les transporte.

En marge du sommet Med9 qui s’est déroulé vendredi 29 septembre à Malte, Giorgia Meloni a déclaré : « J’ai eu des échanges avec le chancelier Scholz. L’Allemagne est arrivée avec quelques amendements, dont un en particulier, celui concernant les ONG qui représente pour nous un pas en arrière. » Et a ensuite ajouté : « On ne peut pas être solidaire avec les frontières des autres ».

La Tunisie disposée à aider, oui mais…

Avec la situation dramatique qui frappe la Tunisie, les fuites vers l’Europe vont augmenter et il deviendra impossible de gérer cet énorme flux de personnes qui débarqueront sur les côtes italiennes. Le ministre tunisien de l’Intérieur, Kamel Feki, a souligné que son pays ne peut pas absorber les flux massifs de migrants irréguliers, en provenance des pays subsahariens, au-delà de ses capacités sociales et financières, ni agir en tant que pays d’accueil. Et il a ajouté que la question de l’immigration nécessite des concessions mutuelles de la part des pays les plus riches. Bruxelles a immédiatement mis à disposition 150 millions d’aides, et promis que 900 autres seraient débloqués si Tunis parvient à un accord avec le FMI – lequel demande toutefois de profondes réformes économiques en échange de 1,5 milliard € de soutien…

A lire aussi, Gabriel Robin: Une solution simple et consensuelle: les migrants au Vatican

Une chose est claire : chaque pays d’Europe est sous la pression de l’opinion publique qui souhaite plus de fermeté vis-à-vis de l’immigration de la part de leurs gouvernants. Les Européens ne comprennent pas pourquoi, malgré les promesses et les annonces, l’Union Européenne n’a pas encore agi.

Continuer à faire venir des milliers de personnes en utilisant toujours les mêmes discours est pure démagogie. L’immigration serait obligatoirement bénéfique, car elle répond au besoin de main d’œuvre pour soutenir l’économie. Mais ces discours ne nous disent pas comment intégrer correctement des gens ayant une éducation, une formation et une culture différente de notre style de vie.

Pour fonctionner l’intégration a besoin de deux critères fondamentaux. Primo, l’assimilation. Les immigrés doivent accepter et respecter les règles, le mode de vie et la culture du pays qui les accueille. Secondo, les perspectives économiques. Avec 95 millions de personnes à risque de pauvreté et d’exclusion sociale, quel type d’avenir peut bien offrir l’Europe si ce n’est du travail pour la plupart insuffisant pour vivre dignement ?

Le massacre des punaises et des illusions

0
D.R.

La guerre des punaises de lit aura bien lieu…


À vaincre sans périls, on triomphe sans gloire. Les dernières campagnes ont été rudes pour Jupiter Fulgurator : Covid interruptus, guerre des masques, chasse aux vaccins, retraites, duperies de Vlad l’empaleur, divorce du couple franco-allemand, abandon des Arméniens, alertes noires en Afrique rouge, Bérézina à Bamako… Dernière déconvenue, un redoutable ennemi de l’intérieur, des hétéroptères hématophages, les punaises de lit, infestent un foyer sur dix. Clément Beaune veut « objectiver la situation avec tous les acteurs ». Au XVIe siècle, Barthélemy de Chasseneuz s’était spécialisé dans les procès d’animaux, la défense des nuisibles, rats d’Autun, charançons.

Trop c’est trop. Chef des armées, Bayard inépuisable, Emmanuel Macron prend son risque. Le président va livrer la mère de toutes les batailles, une opération spéciale contre la Cimex lectularius. Il tient sa revanche, l’acmé de son deuxième quinquennat, avec à la clé la relocalisation d’une grande industrie de l’insecticide bio. Aymeric Caron a le cafard, Sandrine Rousseau est perplexe : Baygon jaune ou Baygon vert ? Les surmulots parisiens sont-ils porteurs de punaises ?

D.R.

Le Monde sans volonté ni représentation

Le Massacre des illusions, c’est l’anthologie du savoureux Zibaldone de Leopardi. Dernier des Classiques, premier des Modernes, le génie de Recanati annonce l’existentialisme, Schopenhauer. Deux siècles plus tard, nos dernières illusions, écologiques, économiques, migratoires, éducatives tournent au cauchemar. Partout les grands remplacements, déclassements, croassements ; depuis 7, 77 ans, les mêmes indignations, postures, et impuissances. « Ils dînent du mensonge, et soupent du scandale » (Chénier).

La part de l’industrie dans notre PIB a diminué de moitié depuis 1980. La dette publique, 3050 milliards d’euros, 111,8 % du PIB, a triplé depuis 2003. Bruno Le Maire, impair la rigueur, siphonne les caisses complémentaires. Lampedusa est confrontée à une vague migratoire inédite. C’est bien évidemment la faute de l’Europe. Ne faisons rien c’est plus prudent. Ursula et Giorgia, nouvelles copines, godillent dans la mer des sarcasmes. « Chacun doit prendre sa part ». La formule est jésuite. Il y en aura pour tout le monde. La tête ou les jambes ? Suella Braverman, ministre anglaise de l’Intérieur, juriste diplômée de Cambridge, plombe l’ambiance. Elle dénonce le dévoiement de la convention de Genève de 1951 sur les réfugiés, parle de « menace existentielle » pour notre mode de vie. L’infâme est l’avenir de l’homme.

A lire aussi, Maximilien Nagy et Jeremy Stubbs: «Cruella Braverman», la ministre britannique qui pense que la Convention de Genève sur les réfugiés n’est plus adaptée à l’époque

Faites-les lire ! Pour en finir avec le crétin digital, c’est un opus de Michel Desmurget (docteur en neuroscience) qui dénonce le lavage des cerveaux et l’opium des écrans. Voyeuse, exhibitionniste, narcissique, La Petite poucette de Michel Serres surfe dans la bêtise et le néant. Le Grand Meaulnes et Fermina Marquez sont enterrés depuis belle lurette. La jeunesse donne sa langue au chat (GPT). Les BD et mangas ne sont pas une voie d’entrée vers la littérature. Pas de performance économique sans « literacy ». La lecture n’est pas valorisée par notre système éducatif, sous-performant et inégalitaire. L’écroulement du niveau scolaire est entériné. Enfumage pédago de « questions problématisées », notes bidon, tous dopés… Le syndrome du Tour de France… par deux enfants. Rue de Grenelle, dans les rectorats, c’est l’omerta, pas de vagues.

Le sentiment tragique de l’avis

Au royaume des idées, à gauche, les faits n’ont pas d’importance. Les ravis de la crèche culturelle s’aiment à tous vents. La Maison des Ecrivains et de la Littérature tisse le linceul du vieux monde dans l’entre-soi, les prix qu’on court de la révolte et une novlangue de pacotille. Grand débat d’octobre : « Qu’est-ce qui fait encore commun ? Quelque chose se passe, a lieu, qui fait converger des lignes de fuite, des lignes esthétiques, éthiques, des lignes de pensée et de création (…) À la fois ‘faire ensemble’ et ‘faire l’ensemble’, le réinventer, l’inventer peut-être. À l’écoute des écrivains et penseurs invités, nous interrogerons les formes de solidarité, de résistance, de militance qui agrègent les énergies ; les livres où les voix se partagent, s’écoutent et parfois s’entendent ; les mondes – sports, chœurs, jeux, réseaux, troupes d’acteurs, collectifs d’auteurs… – où des forces se regroupent ; les lieux communs que nous avons en partage » (site de la MEL). Le grand soir reconductible… Rue du Vieux Colombier, sur France Inter, la raison tonne en son critère ; au Bon Marché voisin, c’est l’éruption de la faim. Les pauvres ont des problèmes, les progressistes ont des principes.

Najat s’agite, Jean-Michel s’enferre, Pap s’abstient. Gabriel Attal est dans l’action. Le jeune cornac veut « reconquérir le mois de juin, parce que chaque jour, chaque cours compte ». Sa priorité absolue c’est le harcèlement scolaire. Bientôt des brigades dédiées, cours d’empathie, jeux de rôles. « Je ne reculerai devant rien, la peur doit changer de camp ». Le Garde des Sceaux, raccord, « envisage une saisine systématique du portable et sa confiscation définitive s’il a été utilisé pour le cyberharcèlement ». La fête du slip est terminée.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Punaises de lit: charivari contre Pascal Praud

« Il faut saisir l’occasion par les cheveux ». Emmanuel Macron connait le proverbe et ne manque pas de toupet. 1/3 marchand de falafels, 1/3 consultant, 1/3 senior Oliveira, sans oublier un quatrième tiers Monsieur Champagne, Jupiter a un avis sur tout et surtout un avis. Il passe des pactes, organise des conclaves nocturnes, fait tourner les tables. Sur TF1, dans Pif, les vestiaires, les boites de nuit, avec Mcfly, Carlito, Hugo Travers, il bat la campagne, « met sur la table », devise, sermonne, fait tout, dit tout, tout le temps. Pilier, ailier, demi d’emmêlé, soigneur, il distribue les bons points et du popcorn « à la française », à la mi-temps.

Image: Capture YouTube.

Les courtisans, prébendiers, ministres, mouches du coach, applaudissent le mime bavard, les gesticulations d’un hanneton sur le dos, cornérisé depuis deux ans. « Le moyen le plus direct de gagner la renommée est d’affirmer avec une ferme assurance et le plus souvent possible, qu’on la possède déjà » (Leopardi). Panem et circensens, à Rome, c’était pour le peuple ; les élites sont aujourd’hui contaminées. Dans les années 30 le Dr Voronoff proposait des cures de jouvence, greffait des testicules de singe pour redonner une vigueur intellectuelle et physique.

Ne jetons pas l’eau du bain avec le bébé. Jupiter et les décors du roi ont une fonction. Toute société a besoin de bouc émissaire. Les élections sont un rite d’expiation. Emmanuel Macron est un chef haï, précieux, idéal, coupable du malheur comme du pire. On ne gouverne pas innocemment. Théâtralement, l’Occident et ses élites acculturées, naïves, hors-sol, agonisent. Prise dans une tenaille maléfique, « mondialisation-reféodalisation », l’Europe s’auto-intoxique.

Pierre Manent prend de la hauteur. « Aujourd’hui, un seul interdit pèse sur l’Humanité : ne pas se diviser (…). L’Europe a décidé de partir de zéro, d’effacer les Nations, d’effacer les vieilles confessions européennes qui avait accompagné, nourri, l’histoire européenne. Partir de zéro veut dire ne plus porter aucune proposition, commencer à mettre à l’œuvre l’unification de l’Humanité, l’Europe se présentant comme la première version du brouillon de l’unification de l’Humanité, mais une Humanité qui n’est définie par aucun contenu, qui n’a aucune visée, qui n’a aucune articulation interne, une Humanité informe » (Pascal et la proposition chrétienne).

« …Quant au bonheur des masses, il me fait rire, car mon petit cerveau ne peut concevoir une masse heureuse composée d’individus qui ne le sont pas » (Giacomo Leopardi).

Marianne au pays des merveilles

Price: ---

0 used & new available from

Pascal et la proposition chrétienne

Price: ---

0 used & new available from

Faites-les lire !: Pour en finir avec le crétin digital

Price: ---

0 used & new available from

Punaises de lit: charivari contre Pascal Praud

0
Pascal Praud © Canal+

Elisabeth Lévy revient sur les propos de Pascal Praud sur les punaises de lit et l’immigration, dans son émission sur CNews, à laquelle elle participe. Des députés ont saisi l’Arcom pour le faire taire.


Si je vous parle ce matin de la polémique autour de l’émission de Pascal Praud qui a animé le weekend, ce n’est pas pour prendre la défense d’un copain ou d’un supérieur, mais parce qu’il s’agit d’un exemple archétypal des procès en sorcellerie dont la multiplication rend le débat public impossible et le climat irrespirable.


Pascal Praud n’a rien affirmé, il a demandé à son invité, expert es punaises de lit, s’il y avait un rapport entre leur prolifération et la présence de migrants dont beaucoup vivent dans des conditions d’hygiène insalubres.

Un lynchage

Tempête sur les réseaux sociaux ! Les punaises de la sacristie progressiste se déchaînent, mais aussi les Nupistes et des macronistes. Plus une palanquée de journalistes toujours aux taquets pour exhiber leur belle âme ! « Racisme rance », « propos sordides »… « Praud est maurrassien » à les entendre, voire plus, puisqu’il est accusé de parler comme les nazis qui accusaient les Juifs de propager le typhus. Je suis partout est de retour, délire le député « Renaissance » Christopher Weissberg, qui compare donc CNews au torchon collaborationniste. Comme pour tous ces Jean Moulin d’opérette, la délation est un devoir citoyen, ils se rengorgent évidemment d’avoir saisi l’Arcom.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: A gauche, la défaite en chantant

On a le droit de critiquer Pascal Praud, évidemment, mais il ne s’agit pas là de critiques ; il s’agit d’un lynchage où la sottise se conjugue à la volonté de nuire. Praud a posé une question. Donc, tous ces gens qui se targuent par ailleurs d’être sans tabou nous font un aveu: certaines questions sont interdites. L’immigration dans son ensemble doit être soustraite au débat.

Le succès de CNews étonne

Certes, j’en conviens, l’évocation de questions corporelles peut nous sembler gênante. Mais c’est aussi une question de santé publique. Il est évident que les migrations favorisent la circulation des virus et des parasites. Affirmer cela ne traduit aucun jugement moral sur les personnes. La grande entomologiste Mathilde Panot, elle, décrète qu’il n’y a aucun lien entre hygiène et punaises de lit. Peut-être, mais la zone d’attente de Roissy est infestée de ces punaises, comme l’était il y a quelques années un camp de migrants à Nantes.

Coïncidence, dans ce tumulte, Le Parisien dimanche publiait hier deux pages sur les performances de CNews et de Praud, lequel bat quotidiennement BFMTV. On y apprend qu’au gouvernement, malgré les vapeurs de Rima Abdul Malak, beaucoup regardent CNews parce qu’elle soulève de vrais sujets. Le ressort de ce succès, c’est que c’est une chaîne qui parle aux gens ordinaires, ne méprise pas leurs problèmes et traite de questions que le service public préfère souvent minimiser (la sécurité, l’immigration, l’islamisation…). De plus, CNews ne donne pas de leçons de maintien, et ne dit pas aux gens qu’ils ne vivent pas ce qu’ils vivent. C’est la véritable raison de la haine que certains vouent à Praud et à CNews: remettre en cause le magistère moral que la gauche culturelle s’était indûment auto-décernée.


Elisabeth Lévy – « Punaises de lit et immigration : Pascal Praud subit un lynchage ! »

Retrouvez notre directrice du lundi au jeudi dans la matinale de Sud Radio.

50 ans d’ «Eléments»: la Nouvelle Droite mange-t-elle vraiment des enfants?

0
Alain de Benoist. © BALTEL/SIPA

La revue a célébré son demi-siècle d’existence avec un colloque à Paris, à la Cité universitaire. Nous sommes allés écouter. Contrairement aux caricatures, les amis d’Alain de Benoist sont intellectuels mais non violents. Bon anniversaire !


C’est dans le superbe cadre de la Fondation Biermans-Lapôtre et sa résidence de style Art déco, qui accueille les étudiants belges et luxembourgeois depuis près d’un siècle, dans le XIVème arrondissement, par une belle journée de fin septembre que l’on ne saurait espérer certains mois d’août pourris, que se tenait le colloque du cinquantième anniversaire de la revue Eléments. Un lieu très européen pour un magazine qui précise dans son titre-même œuvrer « pour la civilisation européenne ». L’occasion de réunir autour d’Alain de Benoist, barde de la Nouvelle Droite, plusieurs tables rondes, avec pour thème le clivage gauche-droite, le wokisme, ou encore le conflit russo-ukrainien et de sortir quelques Unes des archives.



Néo-paganisme et bataille culturelle

Objet de recherche académique, le GRECE (Groupement de recherche et d’études pour la civilisation européenne) et la nébuleuse de revues qui gravitent autour (Eléments, Nouvelle Ecole, Krisis) fait aussi l’objet depuis un demi-siècle de tout un tas de fantasmes et de spéculations quant à ses origines troubles. Une franc-maçonnerie d’extrême droite fondée par d’anciens SS français et danois ? Ce fut en tout cas la thèse proposée par un travail universitaire pas tout à fait sérieux. En fait, le GRECE et Eléments naissent dans le bouillonnement de l’immédiat après-68, avec un pari audacieux : alors que la droite avait complètement abandonné le terrain des idées à la gauche en ces temps d’archi-domination marxiste, Alain de Benoist, lecteur d’Antonio Gramsci, et ses acolytes décidèrent de porter le combat sur le terrain culturel. Pas de participation à la bataille électorale, mais l’espoir, « d’ici trente ans », d’avoir gagné celle des esprits. En prenant parfois le contrepied du kit officiel des convictions obligatoires à avoir au sein des marges de la droite : la vieille droite était nationaliste ? La Nouvelle Droite sera européenne. La vieille droite était catholique ? La Nouvelle Droite sera païenne, ressuscitera les dieux du Panthéon ; Alain de Benoist, dans Comment peut-on être païen (1981), opposa polythéisme et monothéisme, Athènes et Jérusalem. Si elle récupère de vieux thèmes de droite, comme le régionalisme, la Nouvelle Droite s’intéresse aussi à l’écologie et à la décroissance. Surtout, elle laisse de côté les vieux rêves « restaurationistes » classiques à droite.

A lire aussi, Jonathan Miller : La blague de Laurence Fox (« Inspecteur Lewis ») qui pourrait faire fermer GB News

Passée relativement inaperçue pendant le début de la décennie 70, la Nouvelle Droite devient vraiment la Nouvelle Droite quand elle est désignée ainsi par ses adversaires ; en 1979, en quelques mois, le mouvement fait l’objet de 500 articles et d’une violente campagne de presse. En fait, un règlement de compte entre Le Figaro (le supplément, Le Figaro magazine, accueillait bon nombre de plumes néo-droitières) et Le Monde, ce dernier alimenté de dossiers de presse réalisés par… la droite conservatrice catholique, aux antipodes du GRECE sur les questions d’avortement et de bioéthique.

Alain de Benoist aura son premier vrai quart d’heure de gloire warholien avec un passage chez Bernard Pivot, en septembre 1979 : la Nouvelle Droite est désormais estampillée « vue à la TV ».

La décomposition du clivage droite-gauche

Johnny Hallyday a eu sa période yéyé, sa période hippie, sa période Michel Berger, sa période Mad Max. La Nouvelle Droite a eu sa période biologiste voire eugéniste, sa période « aile droite du giscardisme », puis des périodes plus socialisantes et un intérêt pour le tiers-monde, vu comme un autre axe, avec l’Europe, de résistance à l’Amérique. En pleine guerre froide, Alain de Benoist écrit un jour dans Eléments : « Certains ne se résignent pas à la pensée d’avoir un jour à porter la casquette de l’Armée rouge. De fait, ce n’est pas une perspective agréable. Nous, nous ne supportons pas l’idée d’avoir un jour à passer ce qui nous reste à vivre en mangeant des hamburgers du côté de Brooklyn ». Une fois le mur de Berlin tombé, Alain de Benoist identifie, au moment de la guerre du Golfe, de la guerre de Yougoslavie et de Maastricht, la fin du clivage gauche-droite et de nouvelles recompositions possibles. Ce fut le premier thème du colloque de ce samedi. Se rapprochant de Jean-Edern Hallier et de quelques figures dissidentes au sein du Parti communiste, Alain de Benoist dégage dès cette époque des ponts possibles avec certaines gauches. C’est la fameuse époque du prétendu complot « rouge-brun ». Il aura fallu une trentaine d’années pour qu’Emmanuel Macron et Marine Le Pen se retrouvent une première fois au deuxième tour d’une élection présidentielle avec une seule grande conviction en commun : le sentiment que le clivage gauche-droite est dépassé, la sensation d’être le candidat du « ni ni » ou du « et et ». Et puis, en historien des idées, Alain de Benoist remarque à quel point les idées sont de petites choses volages qui passent d’un camp à l’autre tous les siècles : écologisme, régionalisme, et même nation.

Il en va de même pour les injures politiques, pourrait-on ajouter : « laïcard », insulte cléricale qui circulait dans La Croix dans les années 1880, a trouvé une deuxième jeunesse au sein de la gauche indigéniste depuis quelques années. Paradoxalement, c’est au moment où l’intuition néo-droitière semble avoir triomphé que François Bousquet, rédacteur en chef du journal Eléments depuis 2017, et autre intervenant lors de cette première table ronde, trouve au clivage droite-gauche un dernier charme et propose une voie légèrement discordante (l’ancien seguiniste et chevènementiste Gaël Brustier, ancien conseiller d’Arnaud et de Julien Dray, participait également à ce débat). Et si le clivage avait encore de beaux restes ? « Etre d’avant-garde, c’est savoir ce qui est mort ; être d’arrière-garde, c’est l’aimer encore », écrivait Roland Barthes.

Jean-Paul Brighelli, national-souverainiste infiltré

Les tables rondes se suivent. L’une d’elles met face-à-face Roger Chudeau, député RN élu dans le Loir-et-Cher et Jean-Paul Brighelli, avec pour thème « De la pensée unique au wokisme: face aux flics de la pensée ! ». Face à un parlementaire défendant sa future proposition de loi visant à interdire notamment l’écriture inclusive, les opérations de transidentité pour les mineurs, les réunions racialisées, le port de l’hidjab sur les terrains de sport, Brighelli chausse la vue longue pour regarder quarante ans en arrière. Selon lui, l’écriture inclusive n’est qu’un épiphénomène qui ne fait que couronner des décennies de démission de l’école. Dès 1963, la DGESCO (direction générale de l’enseignement scolaire) et à sa tête René Haby demandaient à ce que le français enseigné en classe soit le français oral. Entreprise hasardeuse, car comme le précise Brighelli, « le français reste une langue très écrite, il suffit de voir toutes les lettres qu’on ne prononce pas ».

A lire aussi, Jean-Paul Brighelli : Abaya: culturel ou cultuel, on l’a dans le luc!

Treize ans plus tard, Haby est aux manettes rue de Grenelle pour la mise en place du collège unique, « an 1 de l’apocalypse scolaire ». Brighelli prend des accents nationaux-souverainistes en s’écriant : « Il faut rapidement enseigner l’histoire de la Nation, refaire des classes de niveaux, restaurer l’exigence et la sélection, relancer la course à l’excellence, restaurer la langue française, restaurer la France ». Presque une provocation en milieu grand-européen.

Un journal sauvé par Manuel Valls

Bien sûr, on tique un peu quand Régis Le Sommier, reporter en Ukraine et en Russie ces dix-huit derniers mois, avance : « Les Russes pardonneront tout aux Ukrainiens et rien aux Occidentaux ». On espère que les Ukrainiens eux aussi pardonneront à leurs actuels agresseurs… La revue, qui a sorti un hors-série à la Russie en mai 2023, ne cache pas un petit tropisme russophile, qualifié poliment de « non-alignement sur les uns ni sur les autres ». On peut quand même se demander si ce symposium d’esprits libres et de « cœurs rebelles » (c’est le titre d’un livre de Dominique Venner, figure importante de la Nouvelle Droite) proposé par Eléments aurait été possible dans un régime de type russe, et si les participants n’auraient pas risqué un empoisonnement au polonium lors du cocktail final. Il n’empêche, sans être obligé d’être d’accord sur tout, Eléments, depuis cinquante ans, secoue et agite les idées, non seulement contre l’air du temps, mais aussi, contre les réflexes de pensée de la droite. Surtout, Eléments a su détecter, parfois avec dix ans d’avance, des thèmes qui sont par la suite devenus centraux dans le débat des idées : la pensée unique, le transhumanisme, la théorie du genre, le wokisme. Lire Eléments, c’est parfois se plonger dans le cauchemar qui nous attend dans la prochaine décennie.

Ces dernières années, le magazine a perdu son caractère austère et ses photos en noir et blanc, et propose des Unes plus flashy, un style plus mass media et des dossiers un peu plus racoleurs, sur les « 36 youtubeurs dissidents à aimer ou détester » ou sur les « 501 imposteurs les plus néfastes », sans perdre de son exigence intellectuelle. L’un des intervenants du colloque, sous l’effet du rosé, me fait une confession : « la première fois que j’ai acheté le magazine, c’était il y a vingt-cinq ans, je demande Eléments à voix basse au buraliste, gêné, en regardant à droite et à gauche derrière moi, comme quand on achète sa première boite de capotes anglaises ». La publication s’affiche désormais fièrement en tête de gondole, souvent à côté de Causeur, dans les kiosques et chez les marchands de journaux. Elle tourne également parmi les journalistes de gauche (ceux qui lisent encore), qui se la passent sous le manteau. Elle a su bénéficier d’un coup de pub inespéré lors d’une passe d’armes entre Michel Onfray et Manuel Valls en 2015, lorsque ce dernier avait déclaré : « Quand un philosophe connu, apprécié par beaucoup de Français, Michel Onfray, explique qu’Alain de Benoist – qui était le philosophe de la Nouvelle droite dans les années 70 et 80, qui d’une certaine manière a façonné la matrice idéologique du Front national, avec le Club de l’Horloge, le GRECE – (…) vaut mieux que Bernard-Henri Lévy, ça veut dire qu’on perd les repères ».

Le Monde en 1979, Valls en 2015 : la Nouvelle Droite doit à peu près tout à la gauche !

Chants homophobes au parc des Princes: quand les mots font mâle

0
Parc des Princes, Paris, 24 septembre 2023 © J.E.E/SIPA

« Les Marseillais c’est des pédés, des fils de putes, des enculés (…) et par les couilles on les pendra, hélas des couilles ils en ont pas ! » Après le chant à connotation homophobe entendu lors de PSG / OM (4-0), la semaine dernière, la commission de discipline de la Ligue s’est réunie et entend prononcer des sanctions contre le club ou certains joueurs. Olivier Klein, délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH), aurait aimé voir le match interrompu. Seulement, les chants ont été entendus après le coup de sifflet final…


L’homosexualité est en France admise par la société depuis belle lurette et on s’en félicite. Connue depuis l’Antiquité, elle a été tolérée dans notre pays jusqu’en 1791, date à laquelle on a aboli le crime de sodomie. Si le Régime de Vichy a pénalisé ensuite les relations homosexuelles entre personnes du même sexe quand l’une d’elles se révélait mineure, depuis 1982 la majorité sexuelle est la même pour tous. On a créé enfin le PACS et le mariage a été autorisé aux homosexuels.

Voyez la vie en rose, mais n’en portez pas (Karl Lagerfeld)

La phrase attribuée à la mère du regretté Karl Lagerfeld : « L’homosexualité est comme une couleur de cheveux, rien de plus » sonne désormais comme une banalité pour la majorité des Français qui ne conçoit pas l’homosexualité comme une tare. Restaient des mots, frappés d’obsolescence. Par qui allaient-ils être proférés ? Qui allaient-ils viser ?

À lire aussi, Denis Hatchondo: Oh hisse en… endaphné!!!

La masculinité toxique a heureusement récupéré les vocables à connotation homophobe qui risquaient de tomber en désuétude. Les supporters des équipes de foot, représentants patentés du patriarcat, fervents amateurs du barbecue et buveurs de bière invétérés s’en sont emparés pour déprécier les joueurs de l’équipe opposée à celle qu’ils soutiennent. Des gradins montent les chants de ces fanatiques et leurs mots font mâle. D’aucuns soutiennent que les mots scellant cette connivence virile s’entendent jusque dans les vestiaires des clubs. Les insultes comme « fiotte », « lopette », « tarlouze », « tafiolle » ou même… « enculé » fusent.


Apolline de Malherbe scandalisée

Dimanche dernier, c’est bien « enculé » qu’on scandait dans l’enceinte du PSG. Apolline de Malherbe, scandalisée, s’en est vivement émue à l’antenne de RMC. Sa pudeur ne l’a pas autorisée à prononcer intégralement l’odieux vocable, elle s’est donc contentée d’en lâcher la première syllabe, du bout des lèvres. Les auditeurs qui ont reconstitué sans peine le détestable mot sont encore sous le choc.

Dans le même temps, partout dans la presse, on lisait ces propos convenus, également formulés : « Des chants homophobes envers l’Olympique de Marseille ont été entonnés par les supporters du PSG, dimanche soir, au parc des Princes qui accueillait le Classico. » D’après les journalistes sportifs présents, « ces chants de la honte » auraient duré plus d’une dizaine de minutes.

Olivier Klein hors-jeu

Qu’on se rassure, en haut lieu, l’affaire est prise très au sérieux. Olivier Klein, le délégué interministériel à la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la haine anti-LGBT (DILCRAH) a été très ferme dans « Apolline Matin », mardi matin, sur RMC et RMC Story. Il ne sera pas question de minimiser l’affaire au nom d’un « folklore » inhérent au monde du football. Martial, l’homme a clamé : « J’ai saisi la justice avec l’accord de la ministre des sports, Amélie Oudéa-Castéra et la ministre de l’Égalité, Bérangère Couillard. J’ai demandé au procureur, à travers l’article 40, de regarder ce qui s’est passé au parc des Princes. » Pour Olivier Klein : « ces chants sont insupportables (…) »  Il ajoute : « L’arbitre n’a pas arrêté le match comme il pouvait le faire (…) Il faut faire cesser ces chants odieux (…) Donc, on peut peut-être au moins trouver ceux qui ont lancé ces chants, faire preuve à la fois de fermeté et de pédagogie, parce que c’est l’intérêt de tous les clubs. Ces types de comportements n’ont pas leur place dans le sport. »

A lire aussi, Frédéric Magellan: Transgenres dans le sport: Le député Julien Odoul(RN) dénonce la complaisance d’Amélie Oudéa-Castéra

Alors que le PSG, lui aussi, « condamne fermement » les chants en question, M. Klein ajoute, enfonçant le clou : « J’ai vu la condamnation du club et je m’en réjouis, mais je pense vraiment qu’on ne peut plus accepter ce genre de comportement dans un stade, que ça soit des propos homophobes ou des propos racistes, il faut dire stop pour que cela ne se reproduise plus. » La ministre des Sports fait chorus : « Il est impensable de rester sourd à de tels chants haineux et homophobes dans nos tribunes. » Aussi, elle invite le club de la capitale « à déposer plainte pour identifier les auteurs et les traduire devant la justice, pour qu’ils soient sortis des stades. » Elle précise : « Notre message est clair : fermeté absolue contre l’inadmissible. » On est ravi de voir ainsi l’État monter au créneau sur un sujet de cette importance.

Déconstruire les implicites

Cela n’a, en effet, que trop duré. Haro sur le patriarcat qui se sert de mots homophobes pour asseoir sa domination et renforcer l’idée selon laquelle la norme du courage et de la force est incarnée par le seul homme viril. On ne peut pas laisser affirmer de cette façon que la faiblesse et la lâcheté seraient l’apanage des femmes. Du reste, l’association Les Dégommeuses, qui, depuis 2012, lutte vaillamment contre les discriminations « dans le sport et par le sport » avait, dès 2016, appelé à un sursaut national. Dans une tribune de Libération, pionnière, elle soulignait déjà la nécessité de« déconstruire les implicites sexistes ou homophobes qui polluent le milieu du foot, chez les professionnel-le-s mais aussi chez amateur(es) (…) ». 

Pour ne pas faillir devant l’ampleur de la tâche à laquelle il s’attelle, le gouvernement devrait peut-être s’inspirer de Mattel : l’éditeur du Scrabble veille à épurer régulièrement le lexique autorisé dans son jeu pour en proscrire les termes injurieux et racistes. « (…) il faut bien avoir en tête que les mots employés, dans le jeu comme dans la vie, sont importants », précise le linguiste indépendant chargé en 2023 de nettoyer le jeu pour la francophonie. « Les mots ont le pouvoir de renforcer et d’honorer, mais ils peuvent aussi être utilisés pour affaiblir, décourager et manquer de respect. » poursuit-il. Parmi les mots ciblés par la purge, on relève « rital », « bimbo », « keuf » et « cagole ». Si « enculé », « grognasse » et « salope » en ont réchappé, on espère leurs jours comptés. On en profite aussi pour rappeler au gouvernement, en ces temps de crise, le mot de Boris Vian, à méditer : « Il y a deux façons d’enculer les mouches : avec ou sans leur consentement. »

Pantomimes et voix humaine

0
Réception de Jean Cocteau à l'Académie française, octobre 1955 © UNIVERSAL PHOTO/SIPA

Il y a 60 ans disparaissait Jean Cocteau (1889-1963), la collection Les Cahiers Rouges de Grasset réédite cinq textes rares du Prince des Poètes dans un volume intitulé « Paris »


On peut être irrité par l’attitude. Exagérément pittoresque. Touche-à-tout confinant à l’ivresse. L’art de la conversation flirtant avec le bavardage ; la langue apprêtée jusqu’à en perdre haleine ; l’esprit turbinant à faire exploser les mécanismes savants ; le personnage dionysien, farfadet opiomane de lui-même, faussement aérien et dramatiquement léger, picorant dans chaque discipline l’esprit du moment. En somme, Parisien dans son acception pleine et entière ; enfant terrible d’un siècle naissant. Sautillant et grave. Boulevardier et tragédien. Quand cette nationalité, car il s’agissait bien d’une identité géographique avant-guerre, avait encore un sens, une réalité esthétique et portait en elle, le sceau des plaisirs les plus mordants.

Grasset

On ne naissait pas impunément dans la Capitale aux prémices de la Belle Époque. Bien que né à Maisons-Laffitte, Cocteau accompagna, initia, suivit parfois, devança souvent les grands mouvements de balancier du XXème siècle dans un Paris épicentre de tous les arts, des ballets russes au dadaïsme, du surréalisme au cinéma, des ateliers de couture à la scène, de la céramique aux bosquets du Palais-Royal, de la bohème bourgeoise aux ors académiques, une vie dédiée à l’expression sous toutes ses altitudes. Frénétique et irisée. Comme si cette vie fragile ne pouvait pas s’envisager sur un rythme moins saccadé, plus attentiste et anodin, indifférent au fatras des modes.

A lire aussi, du même auteur: Quand on arrive en ville!

Trop orgueilleux et trop talentueux pour laisser sa place, Cocteau a été au cœur du réacteur de la création. Même s’il employait le mot « poésie » sans modération, sa marque, son génie et ses raccourcis, se révèlent aujourd’hui au premier coup d’œil. C’est ce qu’on appelle la persistance d’un style. Bien peu d’artistes accèdent à cette renommée-là. La seule chose vraiment ratée à son actif, erreur fatale du calendrier, maudit mois d’octobre, se situe précisément le jour de sa mort. Il eut la mauvaise idée de partir un jour après son amie Edith Piaf. La môme lui rafla les suffrages des gazettes. Elle n’avait pas l’habitude de partager la vedette. Le rappel des foules fut pour elle. Pour se rendre compte du personnage hors-cadre et de la virtuosité de son imaginaire, il faut revoir le long entretien accordé à Roger Stéphane en avril 1963. Dans ce portrait-souvenir, on se régale de chaque saillie, de chaque évocation, de chaque agencement de mots parce que Cocteau fait défiler tous les songes et ses proches : Picasso, Radiguet, Satie, Rostand, Diaghilev, Chanel, etc. Il démarre cette conversation par un mensonge, une coquetterie d’homme installé : « J’ai perdu le brio » et il se révèle bien entendu brillant dans l’énumération de ses premiers emballements artistiques en parlant de sa passion du cirque, notamment du célèbre duo « Foottit et Chocolat » ou des multiples perruques de Rossini. Quand il se lance sur le sujet Gabrielle Chanel, naturellement les formules lui viennent à la bouche. Au début de sa carrière, avant qu’elle ne devienne le visage du commandeur de la rue Cambon, selon lui, elle était « silencieuse », « une petite auvergnate », « une tête de cygne noir » qui vendait des tricots Shetland. Quant à Diaghilev toujours sans le sou, il « portait une pelisse tenue par des épingles à nourrices ». Élu en 1955 au fauteuil 31 de l’Académie, le même qu’Edmond Rostand, Cocteau a cette merveilleuse prémonition : « Son rêve aurait été d’être Mallarmé ». Il qualifie Picasso de « grand perturbateur du trafic ». La définition a du chien. On retrouve ce don pour faire danser les phrases dans le recueil Paris suivi de Notes sur l’amour. Sur cette ville, il alterne les caresses et les coups de griffe, il se méfie de son aura. « Paris n’est point aimable. Paris est agressif. Le premier choc amène une détente. C’est alors que le fat estime la bataille gagnée ; elle commence. Une ombre de réussite cache une interminable période creuse » écrit-il. Ajoutant plus loin : « Paris possède un estomac d’autruche. Il digère tout. Il n’assimile rien ». Il se fait plus nostalgique sur son quartier du Palais-Royal : « Cette petite ville gardée par les chats, possède ses mœurs, ses manies et ses indigènes, indigènes pareils à certains vieux gondoliers de Venise qui n’ont jamais vu ni cheval ni voiture ». Difficile de faire mieux, alors on s’incline et on savoure.

Paris suivi de Notes sur l’amour – Jean Cocteau – Les Cahiers Rouges – Grasset

Paris: suivi de Notes sur l'amour

Price: ---

0 used & new available from

Le flux romanesque contemporain de Zeruya Shalev

0
L'écrivaine israélienne Zeruya Shalev, Rome, 24 octobre 2007 © QUAGLIA/SIPA

La romancière israélienne Zeruya Shalev, née en 1959, est à mettre dans la lignée des Amos Oz ou des David Grossman. Elle renouvelle une description puissamment originale de l’Israël d’aujourd’hui, contaminé par son histoire, mais désireux de survivre parallèlement à un judaïsme très présent, qui constitue un arrière-fond que personne ne remet vraiment en question. Difficile dans ces conditions de mener une existence décomplexée, à l’abri des impondérables qui caractérisent, depuis sa création, l’État israélien.

Deux belles héroïnes

Stupeur narre une histoire actuelle, dans un pays récemment constitué (en 1948), et encore soumis aux spasmes de l’histoire. Il y a en fait, dans ce roman, deux héroïnes principales. Les chapitres alternent leur histoire.

L’une est une jeune femme habitant Haïfa, nommée Atara, en recherche de son passé familial. L’autre est une femme déjà vieille, Rachel, jadis une « combattante infaillible », nous dit Zeruya Shalev. Elle a appartenu dans sa jeunesse au Lehi. Une note nous indique que le Lehi est un « groupe de résistance sioniste extrémiste qui s’est battu entre 1940 et 1948 pour libérer la Palestine du mandat britannique ». Le roman de Shalev est la rencontre de ces deux femmes, comme s’il fallait établir une jonction entre le passé et le présent pour justifier la violence de l’origine, terrible, mais n’aboutissant qu’à une sécurité encore imparfaite.

A lire aussi, Gil Mihaely: Israël, des jours redoutables

Ce qui motive la quête d’Atara, et son désir tout-puissant de rencontrer Rachel, ce sont les liens familiaux qui existent entre elles deux et qui lui ont été dissimulés. Rachel fut la première femme du père d’Atara. Atara veut reconstituer la colonne vertébrale généalogique de sa famille, qui passe par les femmes, comme si les hommes n’étaient pas essentiels. Certes, ils séduisent leur épouse, ils font la guerre, comme le fils d’Atara, Eden, qui combat dans les commandos. Mais le rôle de chacun reste annexe. Zeruya Shalev n’évite aucun détail des répercussions de la guerre sur les liens familiaux. Ni pour Eden, traumatisé par ce qu’il endure, ni pour Rachel, surtout, qui a sacrifié sa vie pour la cause. La vieille femme ressasse ses souvenirs de jeunesse, s’interrogeant sur leur bien-fondé. « Jamais, écrit Zeruya Shalev, elle n’avait eu le moindre doute sur la légitimité de leur combat, maintenant non plus, ce n’est pas cela qu’elle remet en cause, mais ce qui pousse un être humain à se dévouer à une idée davantage qu’à ceux qui lui sont le plus cher. » Il y a chez Rachel un sentiment fréquent de déception de ce qu’est devenu Israël, sans commune mesure avec son idéal de jeunesse qu’elle partageait avec ses compagnons du Lehi. Elle se dit néanmoins, point crucial, que, « sans pays, les Juifs auraient continué à être cruellement persécutés ».

Un regard au microscope

Le roman de Shalev s’efforce de retenir le temps, en se développant lentement, privilégiant une presque immobilité. Les motivations des personnages, en particulier celles des deux héroïnes Atara et Rachel, nous sont décrites minutieusement et apparaissent au lecteur comme de fascinants objets de pensée historique. Shalev ralentit volontairement la course du monde, pour nous le faire mieux percevoir dans ses moindres variations, comme si elle utilisait un microscope. Elle écrit par exemple à propos d’Atara : « Elle cherche l’esprit qui sous-tend les matériaux fanés, les idées qui se sont concrétisées dans telle ou telle architecture. Non pas pour intégrer le temps mais pour intégrer celle-ci au flux contemporain sous un nouvel angle. » Très beau passage, qui laisse entrevoir brièvement ce que peut vouloir dire cette approche du réel dans des conditions aussi problématiques, littéralement dans un flux contemporain, comme elle l’écrit, en général insaisissable. C’est peut-être ce désœuvrement métaphysique que ce roman, Stupeur, voudrait avant tout mettre en évidence, à travers deux femmes magnifiques.


La judaïté est affaire de transmission, depuis des temps immémoriaux. Atara veut arriver jusqu’à Rachel pour qu’elle lui dévoile le pourquoi de son prénom, c’est-à-dire de sa naissance – de son origine. C’est une quête fondamentale. « Elle veut revoir Rachel, trouver à nouveau refuge à l’ombre de cette filiation première, la dernière qui lui reste, s’imprégner lentement du rayonnement puissant de ce corps sec. » Peut-être alors trouvera-t-elle enfin la lumière, mais quelle lumière ? Shalev ne le dit pas explicitement. Au lecteur d’y répondre selon sa propre sensibilité, et, pour mieux y réussir peut-être, de reprendre le roman à la première page. Car Stupeur appartient à la rare catégorie des romans qu’on peut relire, qu’on a envie de relire, pour n’en être pas déjà séparé…

Zeruya Shalev, Stupeur. Traduit de l’hébreu par Laurence Sendrowicz. Éd. Gallimard, collection « Du monde entier ».

Stupeur

Price: ---

0 used & new available from