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Des échecs et des femmes

Quoi que vous en pensiez, la nouvelle la plus enthousiasmante de la semaine fut la victoire, aux championnats de France féminins d’échecs, de la Franco-iranienne Mitra Hejazipour — française depuis le mois de mars. C’est du moins ce que pense notre chroniqueur, fervent amateur des 64 cases.


Mitra Hejazipour, née en 1993, est grand maître international féminin d’échecs. Comme tous les génies précoces de l’échiquier, elle a commencé très jeune, à 6 ans — et a immédiatement été détectée par les instances échiquéennes de son pays d’origine, l’Iran. Comme la Russie, comme les pays asiatiques, l’Iran n’hésite pas à repérer très jeunes les surdoués du pays, qu’il s’agisse d’échecs, de mathématiques ou d’appétences particulières pour l’antisémitisme et l’énergie atomique — deux spécialités qui là-bas n’en font qu’une.

Qu’Annie Ernaux aille se faire voir en Iran !

Vice-championne du monde à 10 ans — mais à égalité de points avec la championne Hou Yifan —, elle accumule dès lors les victoires : titre national en 2012, championne d’Asie en 2015, elle est proclamée grand maître. Et en 2019, au championnat du monde de blitz à Moscou, elle ôte son voile, qu’elle considère comme une limitation et non comme une protection des femmes, pour protester contre la condition féminine en Iran. Une condition féminine qui inquiète nos féministes auto-proclamées, celles qui dans le même temps défendent en France le port du voile et de l’abaya, comme l’a raconté ici même Céline Pina : et c’est à ça qu’on a donné le prix Nobel de littérature…

Alors Mitra Hejazipour passe en France, et rejoint le club de Brest, qui avec son aide accède en 2020 à la première division française. Et la voilà championne de France, quelques mois après avoir obtenu la nationalité française. Eh oui, il y a des immigrés de talent…

Le jeu d’échecs est une remarquable matrice de courage, d’acharnement et d’apprentissage de la confiance en soi. Si vous n’avez pas poussé du bois dès votre plus jeune âge, si Bobby Fisher infligeant à Boris Spassky la raclée que l’on sait à Reykjavik en 1972 cela ne vous dit rien, si vous n’avez pas dévoré jadis Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig ou La Défense Loujine de Nabokov, vous avez peut-être vu, sur Netflix, la remarquable mini-série intitulée Le Jeu de la dame, inspirée du roman homonyme de Walter Tevis.

Le monde étouffant des grandes parties

Walter Tevis ? Mais si, rappelez-vous ! Il est l’auteur de L’Arnaqueur, dont Robert Rossen tira en 1961 un film mémorable avec Paul Newman. Des années durant, j’ai conseillé ce roman à mes élèves pour leur apprendre comment perdre alors même que l’on est le plus fort — et en définitive comment gagner. The Queen’s gambit (titre originel) narre la montée au firmament de Beth Harmon, orpheline mal barrée mais sauvée par le jeu d’échecs que lui enseigne l’homme à tout faire de l’orphelinat. Anya Taylor-Joy, dont j’ai eu par ailleurs l’occasion de dire tout le bien que l’on peut en penser quand elle a joué dans The Menu l’année dernière, interprète le rôle de cette quasi-autiste avec une perfection rare. Je n’ai pas la télé, et je suis tombé par hasard sur Le Jeu de la dame pendant le confinement, chez des amis. Lisez le roman de Tevis, autrement complexe que la série, qui a laissé de côté certains aspects un peu trop réalistes du roman. Mais telle qu’elle est, la série donne une idée exacte du monde étouffant des grandes parties, et Marie Sebag, championne de France en 2000 à 14 ans, et première à accéder, en 2008, au statut de Grand maître international, interviewée par le Figaro, en a dit tout le bien qu’elle mérite.

Capablanca / Alekhine : une partie mémorable

Il est de nécessité publique que nous remettions sur pied l’élitisme républicain, en détectant de façon précoce les vrais talents chez les enfants ou les adolescents. Comme je le raconte dans mon dernier livre, et comme j’ai eu l’occasion de le rappeler dans les médias, la politique égalitariste imposée depuis quarante ans ne s’est pas contentée de fabriquer des inégalités insupportables : elle a tellement baissé le niveau qu’elle a découragé les meilleurs de s’identifier comme tels. Il faut urgemment rétablir des filières de niveau, regrouper les meilleurs et aider les plus faibles, accepter l’idée que les prétendus HPI ne cassent pas trois briques mais que de vrais génies, appartenant à toutes les conditions sociales, somnolent dans un système scolaire qui ne leur demande surtout pas de briller, et pratiquement le leur interdit. Il faut dire que les pédagogues auxquels Jospin puis tous les ministres ont confié les clefs de la rue de Grenelle se sont cooptés sur un seul critère, celui de la médiocrité. Le vrai talent est désormais mal vu dans ce pays : pour reprendre ma métaphore échiquéenne, on apprend à la rigueur le coup du berger, mais surtout pas davantage.

J’appelle de mes vœux un régime nouveau qui incitera chacun à aller au plus haut de ses capacités — et qui saura faire venir en France les talents repérés à l’étranger, et non tous les demandeurs d’asile qui auront nagé jusqu’à Lampedusa. Et en attendant, je fais comme Philip Marlowe à la fin de The High Window :

« It was night. I went home and put my old house clothes on and set the chessmen out and mixed a drink and played over another Capablanca. It went fifty-nine moves. Beautiful cold remorseless chess, almost creepy in its silent implacability.

When it was done I listened at the open window for a while and smelled the night. Then I carried my glass out to the kitchen and rinsed it and filled it with ice water and stood at the sink sipping it and looking at my face in the mirror.

« You and Capablanca' » I said.”

Ça a bercé mon adolescence. Pour ceux qui ne savent pas, José Raúl Capablanca (1888-1942) fut l’un des plus grands joueurs d’échecs de tous les temps — sa partie contre Alekhine aux championnats du monde de 1927, alors même qu’il jouait avec les noirs, est encore dans toutes les mémoires… Dans celles de Beth Harmon ou de Mitra Hejazipour certainement.

Denis Podalydès, les artistes de gauche commencent à me les briser menu

Denis Podalydès est un artiste qui excelle dans son domaine, celui du théâtre et du cinéma. Il devrait s’en tenir à ça. Car, ce 27 septembre, sur le plateau de “C dans l’air”, il s’est révélé être un piètre commentateur politique. 


« Je suis le contraire d’un artiste engagé. Je suis un artiste dégagé. Je ne peux pas être engagé. À part la droite, il n’y a rien au monde que je méprise autant que la gauche. » Pierre Desproges.

Comme l’immense majorité des artistes, Denis Podalydès est de gauche. On le sait et on ne lui en tient pas rigueur – ses prestations sur la scène ou à l’écran font notre bonheur ; on oublie le reste. 

Il n’est venu à personne l’idée de lui balancer au visage, à chacun de ses appels à voter pour Ségolène Royal ou François Hollande, la triste histoire de la gauche française, ses turpitudes, ses trahisons et ses crimes depuis ses débuts, que nous daterons aux environs de 1792. Lui n’a pas hésité – quel courage ! et sur la télévision publique en plus ! quelle audace ! – à dénoncer le fascisme et l’extrême droite, et à réclamer à Marine Le Pen un acte de repentance. Il l’a fait avec la bêtise et l’ignorance qui caractérisent les interventions politiques et moralisatrices des artistes engagés. Et de gauche, forcément de gauche.

Denis Podalydès n’oublie pas l’histoire, lui

Tel un perroquet, il a babillé la même chanson que caquettent ses congénères théâtreux depuis que la gauche est tombée, pour ne plus jamais en sortir, dans la potion lepéno-fasciste concoctée par François Mitterrand et les socialistes dans les années 80 : « On laisse ce parti toujours prospérer, alors que c’est un parti qui n’a jamais fait son aggiornamento, jamais fait de repentance sur ses propres origines […] C’est toute l’histoire de l’extrême droite française, anti-démocratique, fasciste, et jamais Marine Le Pen n’a fait acte de repentance sur cette histoire-là. Donc, c’est-à-dire qu’elle assume toujours. C’est toujours un parti anti-démocratique. Oui, mais maintenant on dit : “oui mais si on rappelle le fascisme, ça n’a aucun effet”. C’est vrai mais c’est parce qu’il y a un oubli de l’histoire. Alors, devant ça, je ne sais pas exactement ce qu’il faut faire, pour contrer ça, pour qu’en 2027, on ne réédite pas quand même 2002. » Rappelons d’abord à l’acteur qui se plaint des défaillances historiques de tout un chacun que le fascisme a également été aux portes du pouvoir en 2017 et 2022.  Conseillons-lui ensuite, « pour contrer ça », de se taire, du moins lorsqu’il n’est pas sur les planches d’un théâtre, où il excelle. Car l’image de cet homme tentant, sous la douce férule de Patrick Cohen, de parler de la politique française en général et du RN en particulier, est cruelle et dégradante. On sent pourtant que l’artiste aimerait dire quelque chose d’intelligent, quelque chose d’original sur le fascisme et l’extrême droite. Puisant dans son expérience de comédien la gestuelle et le ton de l’homme mesuré qui sait de quoi il parle, le voici qui déverse malheureusement un tombereau d’âneries et de platitudes mille fois rabâchées. Patrick Cohen et Anne-Élisabeth Lemoine boivent du petit lait : ce que dit Denis Podalydès est totalement stupide mais comme c’est pour « faire barrage » à l’extrême droite, tout est pour le mieux dans le plus guignolesque des mondes médiatiques.

A lire ensuite: Comparer la France à l’Iran, la tribune honteuse signée par Annie Ernaux

Aucun de ces deux journalistes ne corrigera par conséquent Denis Podalydès. Il y aurait pourtant eu des choses à dire ; en particulier, puisque le sujet semble lui tenir à cœur, sur les origines et l’histoire des différents mouvements et partis, et pas seulement le RN, qui composent le paysage politique français. Cela aurait pu commencer par les origines révolutionnaires, totalitaires et meurtrières de la gauche – celle qui guillotina à tour de bras, qui déclencha l’élimination génocidaire d’une partie de la population et inaugura les tribunaux révolutionnaires qui serviront de modèles aux purges soviétiques – celle dont se réclame explicitement l’extrême gauche actuelle. De même, l’histoire de la gauche quand il s’est agi de continuer et d’amplifier la colonisation tant décriée par la même gauche des décennies plus tard aurait pu être rappelée. Sans doute aurait-il également été utile d’évoquer l’attitude pour le moins équivoque d’un Parti communiste gêné aux entournures par le pacte germano-soviétique au début de la Seconde guerre mondiale – le départ sans retour pendant la guerre de Maurice Thorez en URSS, les démarches du PCF auprès des autorités allemandes pour obtenir la reparution de L’Humanité, la propagande de conciliation avec les « prolétaires et camarades allemands », etc. N’oublions pas les députés de gauche – hormis les communistes, exclus justement à cause du pacte germano-soviétique – qui votèrent les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Quant au seul François Mitterrand, suffisamment de livres ont été consacrés à son parcours politique sinueux, c’est le moins qu’on puisse dire, pour que nous n’en rajoutions pas. Nous pourrions continuer ainsi à noircir le tableau en omettant de rappeler qu’une autre gauche que celle de Jules Ferry déplora la poursuite d’une colonisation vouée à l’échec ; que des militants communistes, contredisant les décisions des cadres du Parti, s’engagèrent dès 1940 dans la résistance ; qu’il y eut quelques députés de gauche pour voter contre les pleins pouvoirs à Pétain ; et que de nombreux militants socialistes eurent du mal à digérer les révélations sur les amitiés douteuses et cependant indéfectibles de Mitterrand avec d’anciens cagoulards ou collaborationnistes avérés. L’histoire est pleine de ces subtilités qui rendent inopérantes les pseudo-vérités manichéennes des idéologues, et ridicules les assommantes leçons de morale des ignares.

Le plus étrange, et le plus bête, dans les propos de Denis Podalydès, est cette injonction au repentir faite à Marine Le Pen. À ce compte-là, et au vu du catalogue non exhaustif évoqué ci-dessus, c’est toute la classe politique qui devrait « faire son aggiornamento » et comparaître devant le tribunal de l’histoire ; histoire que le comédien, malgré sa crainte d’un « oubli de l’histoire », ne connaît visiblement pas. L’histoire récente elle-même semble lui échapper. Ce qui le conduit à proférer la plus grosse ineptie de la soirée, à savoir que le RN est un « parti anti-démocratique ». Bien des reproches peuvent être faits à ce parti – entre autres de promettre démagogiquement la retraite à 60 ans, d’avoir mis un bémol à ses critiques envers l’UE et l’euro ou d’adhérer maintenant comme tout le monde au dogme écologiste pro-GIEC – mais il est difficile, à moins d’être aveuglé par l’idéologie, de l’accuser de ne pas être démocratique. Son fonctionnement interne, son absence de remise en cause des résultats électoraux, son comportement dans l’hémicycle, et même le polissage de ses interventions sur les plateaux radiophoniques et télévisuels, tendent au contraire à montrer un parti plus enclin à respecter les règles démocratiques que celui de Jean-Luc Mélenchon et de ses séides. 

On ne fait pas de politique avec la morale…

Les artistes, ainsi que les sportifs, devraient cesser de donner des leçons de morale politique aux Français qui, non seulement ne leur en demandent pas tant, mais, de plus, se trouvent bien marris de ne plus pouvoir apprécier simplement des prestations artistiques ou des exploits sportifs régulièrement entachés par le souvenir d’une tribune les admonestant et leur indiquant pour qui ils doivent ou non voter. « Sans aller jusqu’à dire que je suis un homme de droite, je ne suis en tout cas pas de gauche : je ne peux pas supporter qu’on dise des conneries », déclarait Michel Audiard à qui nous emprunterons, pour conclure cette chronique, une de ses plus célèbres répliques. 

Refusant de paraître vieux jeu et encore moins grossier, le Français de la Pampa périphérique parfois rude reste toujours courtois… mais la vérité l’oblige à dire à Denis Podalydès et autres Antoine Dupont qu’ils commencent à les lui briser menu.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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SNCF, à nous de vous faire préférer la voiture!

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Notre collaboratrice raconte comment elle en est arrivée à perdre le prix du billet de train qu’elle avait acheté pour préférer sa puissante berline (une petite citadine de 15 ans d’âge), à cause de l’organisation erratique de nos transports ferroviaires. Coup de gueule.


Dimanche dernier, pour la première fois de ma vie, je suis descendue d’un train pour prendre ma voiture. J’ai perdu le prix du billet Aller/Retour (TER non remboursable). J’ai pris cette décision car je ne me voyais faire 4h de trajet dans des conditions indignes et dangereuses. La prochaine étape pour la SNCF, c’est le tiers-monde près de chez vous, avec les passagers sur le toit.

Les galériens de la gare de Paris Bercy Bourgogne – Pays d’Auvergne

En effet, c’est le cas tous les vendredis et dimanche : le train pour Lyon au départ de Paris-Bercy est pris d’assaut. Les TGV pratiquant des tarifs d’usuriers, les gens voyagent de plus en plus en TER. Donc cela fait au moins deux ans (pour ce que j’ai pu constater) que la SNCF sait que certains jours, certains trains roulent sans assurer le minimum de sécurité et de confort à ses clients. Là je n’étais pas à gare de Bercy, mais quelques arrêts après. Dans « les territoires », comme disent les communicants et politiques parisiens. Et la situation était pire encore. Le train était déjà bondé, c’était l’avant dernier TER de la journée, les gens tentaient de forcer le passage, les esprits s’échauffaient, mais de toute façon, dans le train, tout le monde était déjà debout, dans les couloirs, au niveau des entrées et certains venaient de faire déjà 1h30 de trajet le nez écrasé contre la porte. Il en restait 4 pour atteindre Lyon.

A lire aussi, du même auteur: Voile: a-t-on le droit de dire «merde» au Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU?

Alors que fait la SNCF face à cette situation? Eh bien rien. Les gueux prennent d’assaut les TER du vendredi et du dimanche? Eh bien qu’ils en bavent : on ne va tout de même pas relever la qualité du service pour des gens qui ont le mauvais goût de ne pas vivre à Paris et ne peuvent se payer le TGV.

L’essayiste et journaliste Céline Pina © Photo Hannah ASSOULINE

Il se trouve que cette fois-ci j’ai croisé un agent SNCF. Je lui ai donc demandé s’il était normal de faire circuler un train dans ces conditions. Il a été très désagréable, mais je l’ai été aussi. Donc 1 à 1, la balle au centre. Mais ce qui est intéressant, au-delà de l’absence d’empathie, c’est que le type n’avait même pas idée que l’on puisse réfléchir à des améliorations. Sa réponse était en boucle: « et vous voulez quoi? Qu’on empêche les gens de monter? On a prévenu, mais les gens veulent quand-même prendre les transports tous en même temps ». Ben oui, sont cons les gens. Ils travaillent en général le lundi et ont besoin de rentrer le dernier jour du week-end. Et la SNCF n’a jamais réfléchi à ce fait ?

Des passagers traités comme du bétail

Et quand vous faites remarquer que le long du trajet, d’autres personnes ne pourront accéder au train et que le suivant connait en général les mêmes problèmes, il hausse les épaules en mode « chacun sa merde ». En revanche l’idée d’améliorer le service ou que quelqu’un puisse travailler à cela, ne semble ne même pas lui traverser l’esprit.

Et pourtant il y a de quoi s’interroger. Les vieux Corails étaient peut-être moches, quoique… Mais on pouvait faire monter énormément de monde dedans. Les nouveaux trains sont plus élégants et vastes, mais ils offrent peu de place et surtout sont limités. Une locomotive pouvait tirer un nombre important de wagons dans les Corails. En revanche dans les nouveaux trains, quand les gens désagréables sur les quais vous disent : « on peut rien faire de plus, on a déjà mis deux rames! », vous vous demandez s’il y a encore un seul type compétent dans la boite. Deux de ces nouvelles rames ne permettent pas de gérer ce type d’afflux.

A lire aussi, Martin Pimentel: Une « loi Gayssot » contre les climatosceptiques? Vivement demain!

Pourquoi, alors que la situation est prévisible, se renouvelle depuis des années et que la SNCF est au courant des conditions de transport qu’elle inflige à ses clients, l’entreprise continue à les traiter comme du bétail ? Pourquoi les Régions ne se battent pas pour un meilleur service? Pourquoi, alors que ces trains sont d’utilité publique et que leur fréquentation se développe, faire des choix de matériel inadaptés et aberrants?

Céline Pina : « J’aime ma bagnole »

Mais, ce dimanche, alors que les portes ne réussissaient pas à se refermer car les corps des voyageurs et la masse des valises n’arrivaient pas à se compresser assez, j’ai sauté hors du train. J’ai pris ma voiture. Essence et péage compris, cela m’a coûté moins cher que le TGV. Bon c’était bien plus cher que le TER, mais se sentir indépendant, libre et pas méprisée par une entreprise qui semble se moquer de la qualité de son service, cela n’a pas de prix.

En plus je ne perds même pas de précieuses heures de travail car au vu des conditions de circulation de ce TER, je n’aurai pas pu sortir mon ordinateur pour écrire… Il se trouve que j’ai d’autres déplacements à faire sur cette ligne les dimanches soirs. Je me suis donc organisée pour ne plus prendre le train. J’étais quelqu’un qui privilégiait les transports en commun. Grâce à la SNCF, ce n’est plus le cas.

Ces biens essentiels

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La blague de Laurence Fox (« Inspecteur Lewis ») qui pourrait faire fermer GB News

Une séquence télé malheureuse et odieusement drôle (voir notre vidéo) provoque un petit scandale au Royaume Uni. La chaîne conservatrice GB News est accusée de « polluer le débat public ».


Tout comme les bien-pensants français veulent faire fermer CNews, qu’ils considèrent comme un danger quasi-fasciste, leurs homologues outre-Manche, qui habitent tous ces enclaves verdoyantes où réside typiquement la bourgeoisie londonienne, tentent de faire fermer GB News, également présentée comme une menace d’extrême droite. Chacune de ces chaînes a un positionnement similaire sur le marché audiovisuel, bien que CNews soit plus mature, plus rodée. Toutes les deux ont osé ouvrir le débat sur la droite, en frôlant la droite radicale.

L’establishment médiatique n’aime pas qu’on l’empêche de roupiller

Sans surprise, les radiodiffuseurs établis, qui se positionnent fortement à gauche, trouvent cela intolérable. De la même manière que CNews bat régulièrement ses concurrents en France, GB News obtient souvent des taux d’audience supérieurs, voire très supérieurs, à ceux de BBC News, Sky News ou Talk TV, la nouvelle chaîne de Rupert Murdoch. Et cela a poussé l’establishment médiatique à de nouveaux sommets d’hystérie.

Cette semaine, GB News fait l’objet de critiques particulièrement virulentes à la suite d’un incident, le soir du mardi 27 septembre, qui a vu un de ses intervenants réguliers, l’ancien acteur Laurence Fox, faire un commentaire odieux à propos d’une journaliste de gauche (notre vidéo ci-dessous)

L’animateur de l’émission, Dan Wootton, tout en souriant, n’a rien fait pour rappeler son interlocuteur à l’ordre. Résultat des courses : l’animateur et le commentateur ont été immédiatement suspendus. Face à cette transgression, bien que promptement sanctionnée, les journalistes et politiques de la gauche et du centre ont immédiatement poussé des cris d’orfraie en appelant carrément à fermeture de la chaîne.

Dans la séquence polémique, l’acteur adresse des propos misogynes à l’égard d’une journaliste, Ava Evans, néofeministe qualifiée de « féministe 4.0 »
« Montre-moi un seul homme qui se respecte qui voudrait jamais (mais jamais !) coucher avec cette femme – à l’exception d’ un « incel ». (= homme célibataire, timide, pas du tout doué pour la drague)
« Qui voudrait mettre ça dans son lit ? »

Lors de l’émission d’actualités phare de la BBC, Newsnight, l’ancien chef du service politique de SkyNews, Adam Boulton a exigé que l’Ofcom, le régulateur audiovisuel (l’équivalent britannique de l’Arcom), ferme GB News. Furieux, il s’est écrié : « Il existe au Royaume Uni un équilibre aussi fragile que vital dans le paysage audiovisuel. Je pense que GB News essaie de casser cet équilibre, et franchement, ce que l’Ofcom devrait faire, c’est fermer la chaîne ».

Lors de la même émission, une députée conservatrice modérée, Caroline Nokes, a déclaré que GB News « devrait être retirée des ondes » et a juré qu’elle ne serait jamais plus présente sur un plateau de cette chaîne.

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A la radio, un des animateurs vedettes de la BBC, Nick Robinson, n’a pas non plus maché ses paroles, affirmant que GB News « polluait le débat public ». Est-ce une coïncidence que sa propre émission d’actualités ait perdu plus d’un million d’auditeurs au cours de l’année écoulée ? Inévitablement, le chroniqueur d’extrême gauche du Guardian, Owen Jones, a déclaré : « Il est inconcevable que l’on autorise la diffusion d’une telle émission ».

Le paysage audiovisuel serait « équilibré » ? Sky News fait du prosélytisme en faveur d’un programme « woke » et « écolo », tout à fait Starmer-compatible (Sir Keir Starmer étant le leader travailliste). En 2017, l’animateur vedette de la très gauchiste Channel 4 News, Jon Snow, a été accusé d’avoir chanté « Fuck the Tories » lors de la prise d’une photo de groupe au festival de musique rock de Glastonbury.  

Balayez devant votre porte !

Les appels à virer Wootton et Fox résonnent de manière ironique, quand on pense qu’à la BBC et sur d’autres grandes chaînes britanniques, les fautes graves restent impunies pendant des années. Ce n’est qu’après sa mort que la BBC a reconnu qu’un de ses animateurs les plus connus, Sir Jimmy Savile, était un délinquant sexuel qui profitait de sa position pour abuser d’enfants. Et il n’est pas le seul délinquant sexuel de la BBC à avoir été tardivement démasqué après des années de dissimulation.

Les chaînes grand public ne semblent pas sanctionner le simple fait de tenir des propos tout à fait déplacés. En 2019, Jo Brand, une humoriste de la BBC, a plaisanté en suggérant de jeter de l’acide à la figure de Nigel Farage. Aucune mesure n’a été prise. En 2020, Sophie Dukes, humoriste et militante de Black Lives Matter, a plaisanté sur le fait de tuer des Blancs sur la BBC. Aucune sanction. En 2020, l’actrice des films Harry Potter, Miriam Margolyes (Professeur Sprout), a déclaré qu’elle voulait que Boris Johnson meure en direct à la télévision, alors qu’il était malade du Covid. Aucune suite n’a été donnée à cette déclaration.

Les mêmes personnes qui demandent la fermeture de GB News ont-elles demandé la fermeture de la BBC et de Channel 4 ? C’est une question purement rhétorique. Bien sûr que non.

GB News a connu des débuts difficiles mais a trouvé un écho auprès des téléspectateurs britanniques qui, à l’instar des téléspectateurs de CNews en France, ont cherché une alternative à la pensée unique façon gauche caviar de l’establishment médiatique. Les deux chaînes et leurs journalistes ont commis des erreurs, comme cela arrive à tout le monde. Mais l’hypocrisie de ceux qui appellent à la fermeture de ces chaînes qui parlent à bien des gens dans les classes populaires, ainsi qu’à des conservateurs pur jus, ne connaît plus de limites. Le problème fondamental des hypocrites, c’est qu’ils ne supportent pas d’être contredits. 

Michel Denis, et que ça swing!

Michel Denis, c’est près de soixante ans de jazz et de blues. Né en 1941, ce batteur français a accompagné les plus grands, de Dizzy Gillespie à Memphis Slim. Il déplore aujourd’hui la perte de ce qui faisait l’essence du jazz : le swing ! Propos recueillis par Yannis Ezziadi.


Michel Denis, c’est un gamin de Meudon. Un vrai ! Dès mon arrivée devant sa maison, il me raconte qu’il est né en 1941 et qu’ici, quand il était enfant, c’était la campagne… et que c’était mieux avant ! Il y avait une ferme pas loin, sa mère l’y emmenait chercher le lait. Sa mère qui a connu Lucette, la femme de Céline, avec qui elle discutait au marché. Souvenirs de l’enfance. Nostalgie. Plus tard, Michel Denis fait ses études aux Arts déco. Il se prépare à être architecte d’intérieur. Mais il découvre le jazz et se met à la batterie. Un temps amateur, il devient vite professionnel et accompagne les musiciens américains qui viennent jouer à Paris. Il est successivement batteur permanent de plusieurs clubs de jazz comme Les Trois Maillets, Le Bilboquet et Le Caveau de la Huchette. Durant sa longue carrière, Michel Denis a accompagné les plus grandes légendes du jazz et du blues : Memphis Slim, Dizzy Gillespie, Don Byas, Johnny Griffin, B.B. King, Clark Terry, Stéphane Grappelli, John Lee Hooker ou encore Erroll Garner. Pendant trente-cinq ans, Michel Denis joue quasiment tous les soirs. Aujourd’hui, on peut encore, si on est très chanceux, l’entendre dans les clubs de jazz où, jadis, il officiait quotidiennement. Certains de ces clubs sont un peu devenus des musées. Je me souviens l’avoir vu jouer au Caveau de la Huchette. Ça, c’est un musée ! Bourré de touristes d’ailleurs. On y vient pour revivre le passé, les grandes heures du swing, des caves de jazz. J’avais 19 ans. Je me souviens d’une machine à swing. Ça roulait ! Je le retrouve pour Causeur. Rencontre avec un vieux routard du jazz.


Causeur. Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec le jazz ?

Michel Denis. Je m’en souviens très bien, car ce fut un choc. J’étais tout jeune. J’avais un voisin qui s’appelait Maurice. Il jouait un peu de piano et avait une collection de disques incroyable. Il avait un disque dédicacé de Charlie Parker ! Un jour, il me dit : « Tu ne connais pas la musique noire américaine ? Tiens, je vais te faire écouter ! » Et j’ai tout de suite été emballé. Ça a été une révélation. Je ressentais quelque chose que je n’avais jamais ressenti, avec aucune autre musique. Ça m’a rapidement obsédé. Je me suis mis à écouter des disques, beaucoup de disques, puis à aller aux concerts. Le premier que j’ai vu, c’était Kid Ory à la Salle Pleyel je crois. J’ai aussi vu Louis Armstrong. Vous imaginez ? Je tombais bien !

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Et vos débuts de musicien ?

J’ai commencé avec mon frère et avec quelques copains. Je devais avoir 18 ans. Je n’avais pas de batterie. J’avais juste loué une caisse claire et une cymbale chez Couillé, une maison de location d’instruments sur le boulevard Saint-Michel. Et voilà, je jouais sur des disques, chez mes parents. Ensuite on a monté des groupes et on a joué à droite et à gauche, de manière amateur. Mon premier engagement professionnel a été en rentrant de l’armée. C’était pour jouer au Slow Club. Et puis, après, il y a eu Les Trois Maillets… et j’y suis resté sept ans. J’étais le batteur permanent. C’est comme ça que j’ai commencé à jouer avec de très bons musiciens.

Comment avez-vous appris la batterie ?

En allant surtout voir jouer les musiciens et en les écoutant ! Je passais des nuits entières dans les clubs à écouter Art Blakey et les Jazz Messenger, Kenny Clarke, Buddy Rich… Après, je me suis perfectionné à l’école de batterie de Dante Agostini. Kenny Clarke, que je connaissais déjà, y enseignait. Kenny Clarke était une légende ! C’est un musicien qui a apporté quelque chose de nouveau dans la batterie. C’était un maître. Il avait joué avec Charlie Parker, Thelonious Monk, Charles Mingus, Miles Davis. Quand j’ai demandé à Kenny de m’aider à me perfectionner, il m’a répondu : « Michel… je ne peux rien t’apprendre. La musique, tu l’as déjà en toi. Je peux juste te donner un petit conseil. Tu prends une caisse claire de batterie, tes balais, et tu lances le métronome. Si tu arrives à swinguer avec ça, tu seras un bon batteur. » Et puis j’ai appris en jouant, en jouant beaucoup. Et surtout au contact des grands. Le premier grand musicien que j’ai accompagné, c’était le saxophoniste Don Byas. Un musicien dont le style faisait la transition entre le swing et le be-bop. C’était une pointure, il avait joué avec Bud Powell ! C’est lui qui avait remplacé Lester Young dans l’orchestre de Count Basie en tant que soliste.

À l’époque, les musiciens américains avaient-ils des préjugés du genre « les Français ne peuvent pas jouer du jazz » ?

Pas du tout. En tout cas, moi, je n’ai pas vécu ça. Et puis il faut dire une chose : les Noirs américains étaient tellement contents de venir jouer en France… En Amérique, il y avait la ségrégation, alors qu’ici ils étaient traités comme des dieux. La France était le paradis pour eux. On les admirait tellement. On était tellement heureux qu’ils viennent ici. On était honorés de leur présence. Certains se sont d’ailleurs installés ici. Dexter Gordon est resté longtemps à Paris. Johnny Griffin et Nina Simone aussi. Un soir, je jouais avec Memphis Slim aux Trois Maillets et une nana débarque et demande un peu de fric à Memphis. Elle lui explique qu’elle n’a pas de quoi prendre un taxi. Ils avaient l’air de bien se connaître. C’était Nina Simone ! Elle était fauchée, et elle savait où trouver Memphis. Enfin voilà, c’était ça la nuit des jazz clubs à Paris. Avec tous ces gens. Tous ces Américains dans la capitale. Et Miles Davis ! Miles adorait la France. Kenny Clarke lui avait dit de rester vivre à Paris. Miles lui avait répondu : « Non, si je reste ici, je vais perdre mon jazz. Mon Jazz, c’est New York. » Et c’est vrai qu’à New York on ne jouait pas exactement comme ici. Ici, on jouait plus cool que là-bas. À New York, on jouait plus dur. Mais le jazz, ici, faisait bouillonner des quartiers entiers. C’était la folie. On commençait à jouer à 22 heures et on terminait à deux, parfois trois heures. Sans compter les bœufs ! Moi, aux Trois Maillets, je terminais à deux heures et ensuite je me dépêchais d’aller voir jouer les autres au Chat qui Pêche. J’ai vu Charles Mingus là-bas ! Et après, on allait au Leaving Room, sur les Champs-Élysées. J’ai vécu la nuit pendant trente-cinq ans. La rue Saint-Benoît était noire de monde à trois heures du matin. Les gens se bousculaient pour aller écouter Miles Davis, Bud Powell et Art Blakey au Club Saint-Germain. C’est après 1968 que l’ambiance a décliné. Il n’y avait plus la même atmosphère dans les rues. C’était moins festif, moins insouciant. Et c’était moins beau ! Les gens étaient de moins en moins classe, de moins en moins bien habillés. Ça ne brillait plus.

Sam Woodyard, Chicago, 1957. D.R

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Vous avez beaucoup joué avec Memphis Slim ?

Oui. Pendant dix-neuf ans tout de même ! On a fait 52 pays ensemble. On a enregistré plusieurs albums aussi, on jouait souvent en duo. Il m’a emmené chez lui, à Chicago. Memphis m’a fait découvrir son quartier, South Side. J’étais l’un des seuls Blancs. Il m’a fait faire la tournée des grands-ducs et m’a présenté à tout le monde pour qu’on me laisse tranquille. Il était très respecté là-bas. Et puis Memphis, c’était une armoire ! Physiquement, il était très impressionnant. C’était un géant.

D.R

Comment définiriez-vous le swing ?

Alors là, vous me demandez l’impossible ! Ça ne s’explique pas. Non. Tu swingues ou tu ne swingues pas, c’est tout. C’est comme la beauté, c’est indéfinissable. C’est évident et indéfinissable. Le swing, c’est un truc qui se passe dans le jazz. Il y a des tas de mecs qui jouent du jazz et qui ne swinguent pas. Ils n’ont pas le truc. En Amérique, on considérait que si tu swinguais, tu étais un bon, même si tu n’étais pas un technicien d’exception sur ton instrument. C’était le swing avant tout. Mais c’est un truc assez mystérieux. Par exemple, il m’est arrivé de jouer accompagné de types avec qui j’avais l’habitude de swinguer… et certains soirs, ça ne swinguait pas. Rien à faire ! On avait beau essayer, le swing ne venait pas. Mais quand le swing est là, c’est l’extase. On a l’impression de voler quoi… ça roule ! Les musiciens fusionnent, ne font plus qu’un, et la machine se lance. C’est un peu comme une transe. On est embarqué dans un truc qui nous dépasse.

Puisque vous ne pouvez le définir, pouvez-vous en donner quelques exemples ?

Oui, bonne idée ! Pour le comprendre, il faut plutôt l’écouter. Eh bien le swing absolu, c’est lorsque le batteur Sam Woodyard joue dans l’orchestre de Duke Ellington. Il n’y a pas plus swing que ça pour moi. Allez écouter ça et vous allez entendre ce qu’est le swing. Avant Woodyard, il y a eu Chick Webb comme grand swingman. Là, c’est un sommet. Vous pouvez aussi écouter Art Blakey, Max Roach, Philly Joe Jones et Kenny Clarke. Là, vous avez de quoi vous en mettre plein les oreilles. Vous allez ressentir ce qu’est le swing. Car le swing, ça ne se comprend pas, ça se ressent.

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Aujourd’hui, on a un peu tendance à tout mettre sous l’appellation « jazz ». Pour vous, la condition du jazz est-elle le swing ?

Exactement ! Mais aujourd’hui, quand on dit ça, on passe pour un vieux con. Eh bien tant pis ! Je le dis quand même. Et je vais aller plus loin. Je vais vous le dire franchement… pour moi, il n’y a presque plus de jazz. Même chez les Américains. On a tout mélangé et on a perdu le swing, qui est l’essence du jazz. Louis Armstrong avait dit dans les années soixante que vu la direction que prenait le jazz, ça ne durerait qu’un siècle et que ça deviendrait ensuite une musique de musée. Les jeunes musiciens de jazz sont désormais de bons musiciens, mais ils ne swinguent pas. Il y a la chanson magnifique de Duke Ellington, It don’t Mean a Thing (if it Ain’t Got That Swing) qui dit que si on joue du jazz et qu’on ne swingue pas, ça ne veut rien dire. Il y a une chaîne sur le satellite qui s’appelle Djazz : et il n’y a jamais de jazz ! Il y a de la musique africaine, de la musique brésilienne, cubaine, parfois de la musique instrumentale d’improvisation, oui, mais qui ne swingue pas ! Et c’est pareil dans les festivals. Pour moi, le jazz est mort il y a vingt ans. Quand les derniers grands sont morts. De jazz, il n’y a plus que l’appellation, mais l’âme n’est plus là. L’âme du jazz, c’est le swing. Si le jazz ne swingue pas, il n’a plus aucun sens.


Afida Turner © Guillaume Brunet-Lentz.

La question d’Afida Turner

Afida Turner. Cher Michel, je vous ai écouté ! Pour jouer ainsi, pensez-vous avoir été Noir dans une autre vie ?

Michel Denis. C’est drôle que vous me disiez ça ! Car vous n’êtes pas la seule. Le musicien de jazz Gerard Baldini m’appelait « le Nègre blanc ». Et un jour, Marc-Édouard Nabe – qui a beaucoup écrit sur le jazz – m’avait dédicacé son livre pour « l’homme qui frappe en noir ». Qui frappe sur la batterie bien sûr !

Mais voilà, je suis bien un gosse de Meudon. Et blanc, incontestablement ! C’est la seule chose dont je sois certain. Le jazz est évidemment une musique noire. La supériorité des Noirs sur les Blancs dans cette musique est indéniable. Tout simplement car, dans le jazz, tous les grands créateurs étaient noirs ! Mais ensuite, il y a eu de grands musiciens blancs. Comme Stan Getz ou Chet Baker, par exemple. Ce sont des nègres blancs ! Le jazz, c’est l’Afrique. L’intention du jazz est africaine, c’est une certitude.

Le quatrième élément

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  « Qu’on ne me dérange sous aucun prétexte.

   – Bien, Monsieur le Premier ministre. »

Les bras chargés de dossiers, la secrétaire s’éclipsa, refermant avec toute la douceur requise la lourde porte matelassée. Elle se dit in petto qu’elle avait rarement vu Jean-Louis Patureau dans un tel état. Comme elle avait l’âme compatissante et que trois ans de collaboration professionnelle créent, malgré qu’on en ait, des liens affectifs, elle ne put s’empêcher de le plaindre.

Que le lecteur ne se méprenne pas : rien de trouble dans cet attachement. Outre que l’âge canonique allait sous peu sonner à sa porte, madame Martinet éprouvait pour la fonction et, par voie de conséquence, pour celui qui l’exerçait, un respect quasi sacré. Veuve, de surcroît, vouant à son défunt époux un culte tenace, elle n’avait jamais considéré Patureau autrement que comme un homme pour qui il convenait qu’elle se dévouât perinde ac cadaver. Sans rien attendre d’autre que la satisfaction procurée par le travail accompli et la gratitude qu’il lui manifestait parfois, par des paroles aimables qui la faisaient rosir. Comme lui-même éprouvait peu d’attrait pour les aventures extraconjugales (elles défont les carrières, en témoignent quelques exemples fameux) et bien que sa secrétaire fût encore assez gironde, la cause avait été entendue dès le début.

Comment, toutefois, Solange Martinet n’eût-elle pas remarqué les changements survenus au fil des jours, imperceptibles d’abord, puis de plus en plus nets ? Les cheveux qui grisonnent, les cernes qui alourdissent le regard, les épaules qui s’affaissent, le teint qui se ternit… À quarante-neuf ans, Jean-Louis Patureau avait perdu de sa superbe. Nettement moins fringant qu’à son entrée à Matignon. Pour l’heure, affalé derrière son bureau. Remâchant tout ce qu’il a enduré durant ces trois dernières années et qui remonte en lui comme des gorgées de bile. Trois ans de dévouement. De couleuvres avalées sans mot dire. D’impopularité croissante – les sondages en témoignent. Certes, le contrat, tacite, a été respecté : au président, les honneurs et la parade. A lui les basses besognes. Le capitaine du navire, en bel uniforme, et le soutier aux mains maculées de cambouis. Un partage des rôles librement accepté. Avec l’espoir, il en convient volontiers, que tant de sacrifices trouveront un jour leur récompense, quand, les deux mandats présidentiels achevés, il pourra à son tour…

Une espérance légitime il y a encore quelques mois. Et puis la crise, économique, financière. La dette qui se creuse. La bourse qui s’affole. L’ébranlement d’un système dont la fragilité se révèle soudain. Le doute qui s’insinue. La perte de confiance. Les mesures qu’il faut prendre en catastrophe pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore. Le harcèlement de l’opposition et des syndicats. Le mécontentement général. Les manifestations de la rue et la hantise qu’elles ne dégénèrent. La haine, enfin, qu’il sent sourdre et qu’il convient d’affronter, sans donner le moindre signe de panique. Pour ajouter à tout cela, le sentiment amer de servir de bouc émissaire.

Il a compris que le vent tournait le jour où un journal satirique l’a caricaturé en vautour perché sur un cadavre de mouton, becquetant les derniers lambeaux de viande encore attachés au squelette. Avec une légende assassine : « Quand Patureau sera-t-il enfin repu de la chair du peuple ? » Il en a fait des cauchemars, se rêvant en urubu traqué par une troupe de chasseurs. Pour la première fois, l’a effleuré la tentation de démissionner, à laquelle il a résisté. Par ambition, peut-être. Par dignité, sûrement. Avec un indéniable courage. Fût-on simple soutier, on ne quitte pas le navire en détresse.

Comme pour s’assurer d’une improbable réalité, il lit de nouveau la dépêche que madame Martinet vient de lui remettre « La France en passe d’être encore dégradée. Estimant insuffisants les efforts entrepris pour redresser la situation, les agences de notation… »

Insuffisants ! Des efforts insuffisants ! Quelle injustice ! Il a le sentiment d’avoir tout tenté pour éviter le désastre. L’augmentation des impôts. La majoration des taxes existantes – sans compter la création de nouvelles, dans tous les domaines possibles. Les budgets rabotés, dégraissés, dans tous les ministères.

Ah, il s’est torturé la cervelle pour trouver comment éponger, au moins en partie, une dette abyssale. Taxe sur les jardins, baptisée « impôt terre ». Taxe sur les étangs et les piscines, que seul le souci d’euphonie avait préservée de l’appellation « impôt eau ». Taxe sur les enterrements, que de mauvais esprits avaient immédiatement nommée « impôt feu ». Une aubaine pour les humoristes. Tout cela, c’est lui, et lui seul qui l’a conçu, élaboré, mis en œuvre, soulevant l’ire catégorielle des horticulteurs, des maîtres nageurs et des croque-morts. Sans compter celle des professions annexes et sous-traitantes.

Ces sacrifices, il a réussi à les faire accepter en déployant une rhétorique éprouvée qui en appelle à la solidarité nationale. A la nécessité de l’effort commun. A l’urgence de tenir tête à l’étranger, prompt à profiter de nos défaillances, rêvant, comme on sait, de nous réduire en servage. Grosses ficelles, certes, mais efficaces. Comme la métaphore du char de l’Etat embourbé dans une ornière dont seul peut le tirer l’effort commun. « Attelons-nous à la tâche, mes chers compatriotes, et, sortis de ce mauvais pas, nous retrouverons bientôt les sentiers de la gloire. » La péroraison de son discours télévisé avait marqué les esprits au point que l’opposition avait, pour un temps, modéré sa vindicte.

Oui, mais voilà : tout cela a été vain. Une accalmie fallacieuse. Il faut trouver autre chose. Tenter, encore une fois, de colmater les brèches. Patureau sait bien qu’il ne peut compter que sur lui-même. Ses ministres ? Des incapables. Des égoïstes préoccupés de leur seule carrière. Soucieux de surnager, quoi qu’il arrive. Prompts à plastronner dans les temps d’euphorie, à se terrer en période de crise. Le président ? Il connaît d’avance sa réponse :

 « Débrouillez-vous, Patureau (il userait sans doute d’un terme plus cru). Je vous ai nommé pour cela. Vous avez toute ma confiance, vous le savez bien. »

Du reste, le président est en voyage, un de ces voyages qu’il affectionne. En visite officielle dans l’enclave espagnole de Llivia dont nul n’ignore l’importance stratégique, économique et culturelle. Pas question pour lui d’écourter un séjour préparé depuis des mois par notre diplomatie. Il en attend une remontée d’au moins trois points dans les sondages.

Jean-Louis Patureau se lève, arpente à grands pas son bureau, signe, chez lui, d’une réflexion intense. Il se remémore une à une toutes les mesures déjà prises, cherchant en vain un secteur d’où tirer d’indispensables subsides capables d’apaiser, au moins pour un temps, ces maudites agences.

Soudain, semblable au cardinal de Richelieu qui, aux dires d’un de ses biographes, caracolait à quatre pattes autour de son billard en hennissant comme un cheval – mais seulement dans les moments de jubilation –, le Premier ministre bondit en poussant une sorte de hululement. A mi-chemin du cri de la chouette et de celui d’un porc qu’on égorge. Il se rue sur la sonnette placée sur son bureau, en actionne le bouton avec frénésie.

Solange Martinet paraît aussitôt, s’immobilise sur le seuil.

 « Vous m’avez appelée, Monsieur le Premier ministre ?

   – Oui, j’ai besoin de vous. Mais ne restez donc pas debout comme une potiche. Asseyez-vous en face de moi. Oui, là, dans le fauteuil des visiteurs, que je vous voie en face. Les quatre éléments, ça vous dit quelque chose ? »

Interloquée, elle a posé timidement une partie de ses rotondités sur le bord du fauteuil et se tait, attendant la suite.

   « Alors, Martinet ? Suis-je clair, oui ou non ? Les quatre éléments ? »

C’est la première fois qu’il l’interpelle avec une telle brutalité, sans user du Madame habituel, et elle croit deviner, dans ce manquement, un trouble extrême. Ce en quoi elle ne se trompe nullement.

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   « Eh bien, Monsieur, oui… Je crois… Je crois me souvenir qu’il s’agit de l’eau, de l’air, de la terre et du feu…

   – Fort bien. L’eau, le feu, la terre, j’ai déjà donné. On les raye de la carte. Inutilisables. Reste l’air. Que n’y ai-je pensé plus tôt, hein ? Martinet, dites-moi tout. Je note. Nous verrons ensuite.

   – Tout vous dire ? Et sur quoi donc, Monsieur le Pre… ?

   – Mais sur l’air, voyons ! Feriez-vous semblant de ne pas comprendre ? Tout ce qui vous passe par la tête. Un brain storming, mais individuel. Il n’en sera que plus efficace. Je vous écoute. »

   Il prend un bloc et un stylo, inversant ainsi les rôles. D’ordinaire, c’est elle qui note en sténo les paroles tombées de l’auguste bouche.

   « Vous me prenez au dépourvu ! Courant d’air, air liquide, armée de l’Air, prendre l’air…

   – Ah ! Excellent, prendre l’air. Continuez.

   – Air conditionné, avoir l’air, prendre de grands airs, pomper l’air, si je puis me permettre une expression aussi vulgaire…

   – Permettez-vous. Nous ferons le tri à la fin.

   – Fredonner un air, sans en avoir l’air, changer d’air, à l’air libre, chambre à air, air comprimé… »

   Les yeux baissés, après avoir mis ses méninges à rude épreuve, elle finit par articuler d’une voix faible :

   « Ma foi, je crois que c’est tout…

   – En êtes-vous sûre ? Allons, encore un petit effort ! »

Solange Martinet se concentre. Ses yeux fixent, sans le voir, le portrait du président trônant derrière le bureau où Patureau, stylo brandi, attend la suite.

   «  L’air de rien… Une prise d’air, ne pas manquer d’air, avoir un air de deux airs… S’envoyer en l’air… Vous me faites dire des horreurs ! »

Elle se tortille sur son fauteuil, évitant de croiser le regard de son interlocuteur.

   « Mais non, Solange ! C’est très bien. Nous sommes entre adultes, n’est-ce pas ? »

Solange. Il l’a appelée Solange. Pour la première fois. Elle en est abasourdie. Pense soudain, sans trop savoir pourquoi, qu’elle devrait sans attendre renouveler le vase d’immortelles sur la tombe de son époux.

Le Premier ministre semble satisfait. Il a recoiffé le stylo de son capuchon, hoche  la tête.

   «  Ce sera tout. Nous avons bien travaillé. Plus productifs en un quart d’heure qu’en trois heures de Conseil des ministres. Laissez-moi, maintenant. Je dois me mettre au travail. Le temps presse. Surtout, encore une fois, que personne ne me dérange. Sous aucun prétexte. Il en va de l’avenir de la France. »

   « Le redressement de notre pays passe par une maîtrise absolue des quatre éléments qui conditionnent la vie quotidienne de nos concitoyens. Voilà pourquoi il convient aujourd’hui de réglementer, dans un souci d’assainissement des finances publiques, la consommation de l’air, tant dans la sphère publique que privée. » Campé à la tribune, Jean-Louis Patureau est assez fier de son préambule. Lui qui, jeune loup de l’opposition, n’avait pas de sarcasmes assez cinglants pour fustiger la langue de bois des gouvernants, s’est parfaitement coulé dans le moule. Il a même acquis dans l’art oratoire une maestria que bien des politiciens lui envient.

Il laisse passer un silence, promène sur les bancs de l’hémicycle abondamment garnis un regard empreint de gravité, redresse les micros avant de poursuivre :

   « Mesdames et Messieurs les députés, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance une loi tout juste élaborée par le gouvernement que je conduis. En vertu de l’article 16 de la Constitution et en raison du péril que fait courir à la France la situation présente, elle sera décrétée et appliquée en urgence, dès demain. En voici les grandes lignes.

   « Article premier : l’air absorbé par chacun tout au long de sa vie fera l’objet d’une taxation proportionnelle au volume consommé. Afin d’en déterminer le montant annuel, tous les citoyens âgés de plus de 10 ans et de moins de 80 ans devront se soumettre à une mesure quinquennale de capacité pulmonaire.

   « Art. 2 : seront exempts de ce contrôle les asthmatiques chroniques et ceux qui ne disposent que d’un poumon. Ils verront leur taxe automatiquement réduite de moitié.

   « Art. 3 : à l’inverse, avoir un air de deux airs entraînera le doublement automatique de la contribution.

   « Art. 4 : tout changement d’air devra être signalé aux autorités compétentes et pourra donner lieu à une taxation supplémentaire.

   « Art. 5 : prendre de grands airs impliquera une contribution spécifique.

   « Art. 6 : ceux qui n’ont l’air de rien échapperont à la taxe susdite, à condition d’en faire la demande à la mairie de leur domicile.

   « Art 7 : pomper l’air de son voisin sera puni d’une amende proportionnelle au préjudice subi.

   « Art 8 : s’envoyer en l’air sera soumis à une autorisation préalable des organismes habilités. Cette autorisation devra être sollicitée quinze jours à l’avance et donnera lieu à un impôt forfaitaire dont le montant sera fixé par le Parlement.

   « Mesdames et messieurs les députés, vous comprendrez que ce n’est pas de gaîté de cœur que des mesures aussi drastiques ont été arrêtées. Mais à situation exceptionnelle, décisions exceptionnelles. J’entends des ricanements sur les bancs de l’opposition, et même des lazzis. Que ceux qui m’interpellent en me demandant de quoi j’ai l’air prennent garde. Le peuple saura juger, en temps voulu, leur attitude scélérate. »

 « Applaudissements nourris sur les bancs de la majorité ». Tels seront les commentaires du Journal officiel.

Six mois ont passé. La France retient toujours son souffle. Comme prévu, Jean-Louis Patureau est candidat à l’élection présidentielle qui se profile. Les augures lui prédisent de bonnes chances de succès. Solange Martinet a opté pour une teinture auburn qui donne à son opulente chevelure un aspect léonin. Il lui arrive de plus en plus souvent de négliger de se rendre au cimetière. Les immortelles ont fini, à leur tour, par rendre l’âme. Elle n’en a cure. Elle éprouve parfois, en son for intérieur, de grands élans de fierté. N’a-t-elle pas contribué, et de façon éminente encore qu’occulte, au salut du pays ? S’il est élu, Patureau épinglera peut-être la Légion d’honneur sur son corsage. Une telle perspective lui procure une ivresse avant-courrière. Elle a déjà choisi la couleur du tailleur qui s’harmonisera le mieux au ruban rouge.

Au véritable french tacos

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Apprentissage de la lecture: et si on passait à la méthode Apili?

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En France, l’Éducation nationale est un précieux héritage, trahi, et en déclin depuis quarante ans. Pour la compréhension de l’écrit, la France se classe au 16e rang européen seulement (rapport Pirls 2021).


Depuis quatre décennies, l’Éducation nationale en France est en proie à une crise profonde, une crise qui a vu la qualité de l’enseignement chuter, tandis que le niveau de littératie des étudiants stagne. Cette débâcle ne peut être imputée à un facteur unique, mais plutôt à une série d’erreurs, de politiques éducatives discutables et d’idéologies obsolètes.

Le dilemme de la méthode d’apprentissage

Au cœur de cette crise se trouve le dilemme persistant entre la méthode globale et la méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture. Les partis politiques de gauche, au pouvoir depuis 40 ans, ont favorisé la méthode globale, mettant l’accent sur la reconnaissance des mots. Cette méthode a fait ses preuves ailleurs, mais pas en France.

L’écho de Jean Jaurès : la fluidité de la lecture

Jean Jaurès, figure politique et pédagogue éclairé, avait bien compris l’importance fondamentale de la lecture fluide. « Savoir lire vraiment sans hésitation » disait-il. Ses paroles sont aujourd’hui d’une actualité brûlante. La fluidité de la lecture est cruciale pour la compréhension, et c’est précisément ce qui a fait défaut dans le système éducatif français depuis des décennies.

Numéro 71 du magazine Causeur

L’avis éclairé de Luc Ferry

Luc Ferry, expert en pédagogie, souligne que l’apprentissage de la lecture ne se limite pas au simple déchiffrage des mots, mais doit s’accompagner d’une compréhension profonde et d’une véritable passion pour la lecture. Cette perspective éclaire l’importance de réformer notre approche de l’éducation.

Jean-Michel Blanquer : un espoir de réforme

Dans ce contexte sombre, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale de 2017 à 2022, a entrepris des réformes visant à remettre l’éducation sur la voie de l’excellence. Sa vision et ses actions, centrées sur le retour à la méthode syllabique et la promotion de la lecture, sont perçues comme une bouffée d’air frais dans un système éducatif étouffant.

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Le dévoilement de l’hypocrisie éducative

L’abandon institutionnel de l’école publique en France a été un sujet de préoccupation depuis des décennies, mais il est temps de révéler l’hypocrisie qui s’est répandue chez certains acteurs politiques de gauche. Comme l’ont souligné les journalistes Éric Conan et Carole Barjon dans leurs analyses précises, la gauche a souvent prétendu lutter contre les inégalités éducatives tout en contribuant à les aggraver. Cette hypocrisie est devenue de plus en plus apparente, mettant en lumière une réalité sombre.

L’élitisme de gauche

Le cynisme élitaire a prospéré au sein de la gauche, où ceux qui se disent défenseurs de la justice sociale et de l’ouverture d’esprit ont souvent été les premiers à inscrire leurs enfants dans des établissements privés ou publics élitistes sur dérogation. Comme le disait avec perspicacité Michel Leroux, « les dévots de l’équité aiment rarement partager ». Cette réalité hypocrite a persisté pendant des années, mais elle est désormais démasquée et dénoncée. Le cas de Pap Ndiaye, qui choisit une éducation privée pour ses propres enfants tout en se définissant comme un « homme de gauche », en est un exemple frappant.

Le débat sur la qualité de l’enseignement

Le déclin de l’Éducation nationale en France ne peut être attribué uniquement aux politiques menées au cours des 30 dernières années. Il est nécessaire de se pencher sur la qualité de l’enseignement lui-même. Comme le soulignent les experts, la France est le pays où les élèves passent le moins de temps à travailler ensemble, privilégiant plutôt l’écoute passive des enseignants. Les présentations orales sont rares, et l’écrit conserve une place prépondérante. Les méthodes pédagogiques semblent en décalage croissant avec les capacités d’apprentissage des élèves, et l’organisation des établissements ainsi que les emplois du temps des enseignants posent problème.

Pourtant, la liberté pédagogique est un élément essentiel du métier d’enseignant, permettant d’adapter l’enseignement aux besoins des élèves. Il est crucial de soutenir les enseignants dans leur quête d’efficacité pédagogique et de favoriser le dialogue entre la recherche en sciences de l’éducation et le monde de l’enseignement.

L’adaptation de l’Éducation nationale à la société moderne

L’Éducation nationale française n’a pas su s’adapter à la société moderne. Elle persiste à être le seul lieu où l’enfant rencontre le savoir, alors que les familles souhaitent que l’école prenne en charge ce moment où l’élève s’approprie le savoir. Le modèle finlandais, par sa meilleure concertation et organisation, a réussi à dégager la pression sur les petites classes et à favoriser le travail coopératif. Cependant, il n’y a pas de modèle parfait, et il est temps de repenser le contenu de l’enseignement pour préparer les jeunes aux besoins futurs plutôt que de copier aveuglément des modèles étrangers. Il est temps de faire preuve de bon sens pour moderniser notre système éducatif.

APILI : une solution subtile

Alors que nous explorons les problèmes de l’éducation en France et les solutions potentielles, il est temps d’évoquer APILI (apili.fr), une méthode d’apprentissage de la lecture créée par Benjamin Stevens, un orthophoniste d’origine belge.

APILI se distingue par son approche syllabique, enseignant la lecture par les sons et les syllabes, tout en intégrant l’écriture de manière ludique. Cette méthode incarne la vision de Jean Jaurès en encourageant la fluidité de la lecture dès le début de l’apprentissage.

Le test concluant à Noisy-le-Sec

APILI ne se contente pas d’être une solution théorique.

Cette méthode a été testée avec succès dans une école primaire de Noisy-le-Sec, en banlieue parisienne. Là, elle a suscité l’enthousiasme des enseignants et des élèves, et vraisemblablement pourrait avoir des effets miraculeux sur des enfants allophones, autistes et des adultes trisomiques. Cette réussite inclusive renforce l’idée que la méthode APILI offre une lueur d’espoir pour l’éducation en France.

L’éducation en France a été trahie par des décennies d’idéologies et de méthodes d’apprentissage inefficaces. Mais il y a de l’espoir. Les réformes de Jean-Michel Blanquer et l’émergence de méthodes telles qu’APILI marquent le début d’une nouvelle ère pour l’apprentissage de la lecture en France. Il est temps de rétablir l’excellence éducative et de préparer nos apprenants à un avenir brillant. Comme le disait George Eliot, « le commencement est toujours aujourd’hui ». Il est temps de commencer à changer les choses.

Apili: Apprendre à lire grâce à l'humour !

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Une « loi Gayssot » contre les climatosceptiques? Vivement demain!

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Après nous avoir parlé des hordes de délinquants dans les rues, à la suite de la mort de Nahel, de l’ensauvagement ou bien du wokisme à l’Éducation nationale, notre rédacteur en chef web verserait-il aujourd’hui dans le climatoscepticime ? Impardonnable: ce site et le changement climatique, c’est très sérieux !


Il ne s’agit pas tout à fait de contester ici le changement climatique. En fait, ce n’est même pas le sujet !

Cette question qui me harcèle

Ce qui nous intéresse, c’est de savoir si demain la liberté de la presse va s’arrêter là où commence la lutte contre le dérèglement climatique, comme le craint l’excellente Judith Waintraub, dans le Figaro Magazine. Depuis le 27 septembre, un groupe de députés a commencé à passer des auditions, en vue d’une proposition de loi qui vise à expurger de nos gazettes tout ce qui s’apparenterait selon les brillants élus à des thèses climatosceptiques. Il s’agit d’un projet tout à fait sérieux, émanant d’un groupe transpartisan, avec des députés de gauche et de droite, et à leur tête le socialiste de la Haute-Vienne Stéphane Delautrette.

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Bon, le RN a bien sûr été exclu. « Notre pratique est de ne pas travailler avec le RN », assume crânement M. Delautrette. On ne peut qu’être navré de constater qu’à l’Assemblée nationale, tout le monde peut verser de chaudes larmes sur nos enfants victimes du harcèlement à l’école – cela fera d’ailleurs l’objet d’un éditorial brillant d’Elisabeth Lévy dans le numéro de Causeur à paraitre mercredi prochain – mais qu’on n’hésite pas à continuer d’ostraciser et de persécuter les élus de la droite nationale. Passons…

Un projet qui devrait provoquer un tollé médiatique

Dans le détail, que sait-on de la loi en préparation ? Pour l’instant, je l’ai dit, nous n’en sommes qu’aux consultations. Mais, l’idée lumineuse de tous ces députés qui se piquent de nous aider à « sauver la planète » est en fait chipée à une association militante, QuotaClimat. En tout cas, si de ces consultations découle bien par la suite une loi votée par l’hémicycle, nul doute que cela fera couler beaucoup d’encre, et que cela soulèvera un tollé dans les médias.

Car, en effet, il s’agirait de confier à l’Arcom le soin de s’assurer que les médias audiovisuels traitent des enjeux écologiques pendant 20% du temps d’antenne (l’Arcom est l’organisme de régulation des médias qu’on appelait il y a encore peu de temps le CSA). Pire, il se verrait confier la tâche de vérifier que les enjeux climatiques sont couverts conformément à un soi-disant « consensus scientifique ». Monsieur le député Delautrette affirme ainsi : « Il y a un dérèglement climatique et il est d’origine anthropique, c’est-à-dire lié aux activités humaines. Ces deux postulats doivent bien sûr échapper au débat contradictoire ». Mais, alors que le Figaro Magazine lui rappelait ses propos inquiétants quant à la liberté de la presse (et même tout simplement à la liberté d’expression), le député a protesté. Bien évidemment, il assure qu’il est très attaché au « respect de la liberté de la presse »... On peut souvent lire, çà et là, que les médias n’alertent pas assez sur le danger de l’urgence climatique, qu’il y aurait un déni de la réalité entretenu par les journalistes. Cela a d’ailleurs fait l’objet d’un film réussi sur Netflix, avec Leonardo DiCaprio et Meryl Streep, Don’t Look Up. Alors, on pourrait se dire que nos députés veulent faire œuvre utile, après tout…

On ne force pas à boire un âne qui n’a pas soif

Les médias n’ont pourtant pas besoin d’être encouragés ; ils relaient déjà à longueur d’antenne cette propagande du moment. Concernant le climat, les journalistes prennent déjà très au sérieux leur mission évangélisatrice. L’année dernière, Radio France a par exemple adopté une charte, appelée le Tournant, qui est assez orwellienne. Et effrayante. Sa première clause stipule, je cite : « Nous nous tenons résolument du côté de la science, en sortant du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine. Elle est un fait scientifique établi, pas une opinion parmi d’autres ».

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Et en effet, si vous vous branchez sur France inter, quelle que soit l’heure de la journée, c’est 1) un sujet sur les violences policières ou sexuelles « systémiques » 2) un sujet sur la théorie du genre ou les transgenres 3) un sujet sur l’écologie. Et puis on recommence. Le changement climatique occupe aussi des pages entières de nos journaux. Le Monde a ainsi une rubrique « Planète » dans son cahier principal depuis des années – alors je ne vois pas ce qu’il faut demander de plus aux journalistes. Cette semaine, dans l’émission Quotidien, ils avaient acheté des billets de trains pour que toute une équipe aille harceler les exposants du Monaco Yacht Show. Du grand journalisme d’investigation, évidemment ! Non, vraiment, les journalistes (une profession qui penche naturellement et intrinsèquement sur la gauche) n’ont vraiment pas besoin d’être fliqués pour s’assurer qu’ils vont nous parler du climat, et tout le monde le sait très bien. À la télé toujours, les bulletins des prévisions météo ont carrément été renommés « Journal météo climat » cette année. Puisque je vous dis que tout le monde y met déjà du sien.

Alors, faut-il vraiment comptabiliser le temps d’antenne sur ce sujet inquiétant, comme on le fait pour les partis politiques lors des campagnes électorales ? Faut-il vraiment obliger CNews à recevoir des militants hystériques comme Aymeric Caron, Claire Nouvian ou Sandrine Rousseau, qui, de toute façon, préfèrent ne pas adresser la parole aux médias trop conservateurs à leurs yeux ? Cela me semble être une nouvelle usine à gaz, tout juste bonne à occuper quelques ronds-de-cuir dans la tour des bureaux de l’Arcom…

Liberté d’expression : attention fragile !

Le président de l’ONU parle déjà la même langue que Sandrine Rousseau, comme l’a analysé cette semaine Didier Desrimais dans les colonnes de Causeur. Mais peut-être que bientôt, je n’aurai plus le droit de publier ce type de tribunes, donc !

Enfin, non, concernant l’origine anthropique, il n’y a pas de consensus scientifique total. Sera-t-il interdit de lire demain le bouquin de Steven Koonin « Climat, la part d’incertitude » ? Pourtant, c’est quand même un ancien conseiller d’Obama ! Et, même si pour ma part je ne remets pas en cause le changement climatique, je ne veux pas qu’on interdise à des journalistes ou des essayistes de discuter de ces sujets. Par exemple, il existe des voix qui estiment que le GIEC est politisé, ou trop alarmiste.

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Il n’est pas indispensable, pour être corrompu par les pensées totalitaires, de vivre dans un pays totalitaire… Et même si elle est évidemment encadrée, il ne faut toucher à ce qui encadre la liberté d’expression qu’avec une précaution extrême. Soyez donc rassurés, ce site ne deviendra pas climatosceptique aujourd’hui à cause de moi. Mais, je ne tiens pas à ce que demain la loi nous oblige à reprendre en boucle les préconisations du GIEC. Même si c’est pour mon bien.

Jack-Alain Léger, la douleur de vivre

Écrivain au grand style, Jack-Alain Léger s’est illustré avec un égal génie à travers des dizaines de pamphlets et de romans difficilement trouvables aujourd’hui. Trop talentueux, trop tourmenté, il a été marginalisé par le milieu littéraire. Dix ans après son suicide, Jean Azarel recompose le puzzle d’une vie d’écorché.


Ça commence comme une tragédie. Comme si la vie d’un écrivain devait être écrite une bonne fois pour toutes par Sophocle. La mère de celui qui se cache derrière cinq pseudonymes, dont le plus célèbre est Jack-Alain Léger (1947-2013), a perdu un fils à la naissance. Elle devient dépressive, boit trop, fume beaucoup. Quelques jours avant de mettre au monde Daniel Théron, futur Jack-Alain Léger, elle tente de se tuer. Dans Autoportrait au loup (1982), autobiographie trash, presque introuvable aujourd’hui, ou alors à un prix prohibitif, l’écrivain, maudit dès la naissance, écrit : « Il fallait faire avec ça… Un ça de mort-né qui mort, à les entendre ces femmes, pleurait encore, vivait encore, les appelait la nuit – un ça de fou ! Vivre avec ce surmoi, avec des parents écrasés par la faute, errer, j’étais damné. »


Mélancolie destructrice

Daniel Théron portera toute sa vie les stigmates invisibles de la mélancolie destructrice. Dans l’un de ses livres – quarante romans, essais, pamphlets, dont deux jugés islamophobes – Le Bleu le bleu (1971) signé Dashiell Hedayat, l’écrivain, qui ne cesse de brouiller les pistes à la manière de Romain Gary, revient au frère mort-né, Louis, étranglé à la naissance par le cordon ombilical, d’où le visage bleu du bébé qui le hante.

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Il faudra supporter ça, et tant d’autres choses, la bipolarité décelée très tôt, un physique grassouillet, une homosexualité pas franchement assumée, la non-reconnaissance du milieu littéraire – toujours prêt à couper la tête de celui qui possède du style –, une vraie hargne de boxeur, une folie irradiant ses romans, et toujours la mère castratrice et adulée, cette mère qui meurt en 1971, le laissant dévasté, n’osant, malgré le caractère sacrilège de ses écrits, lui rendre hommage à la manière de Georges Bataille dans son livre profanateur Ma mère. Dans Autoportrait au loup, Léger avoue : « Mother, nous sommes des morts-vivants lorsque je pose ma joue sur ton ventre pour des confidences chuchotées dans l’abandon de tes gestes… Tes canines bleuissaient deux poinçons à mon cou lorsque tu m’embrassais. »

Le style, aucun doute, Jack-Alain Léger le possède. Mais ça ne suffit pas pour lui permettre de supporter sa silhouette de plus en plus alourdie par les anxiolytiques et les lecteurs de moins en moins nombreux. Comme il fut également chanteur, à la « voix incertaine, flûtée, traînante », on peut dire qu’il ressemblait un peu à Elvis Presley à la fin de sa vie, sans l’excentricité des costumes, même si l’écrivain le fut, excentrique dans ses tenues, à ses débuts.

Hautement dépressif, comme on est hautement toxique pour soi-même, incapable de gérer la répétitivité affligeante du quotidien, Jack-Alain Léger fait la demande d’être mis sous tutelle. L’avocat Emmanuel Pierrat, qui deviendra son exécuteur testamentaire, est désigné par un juge pour assumer ce rôle. Malgré un livre réussi, Zanzaro Circus (2012), l’écrivain est au bout du rouleau. Le 17 juillet 2013, Jack-Alain Léger se jette par la fenêtre de son appartement parisien, au huitième étage. L’été, à Paris, les rues désertes, écrasées de chaleur, donnent au malheur un poids insoutenable. C’est la chute finale. Un flash à la radio, dans la nuit, vient rompre le silence. On apprend la mort d’un romancier bourré de talent, caractériel, rancunier, batailleur, emmerdeur force 8, persécuté par ses pairs dont je tairai les noms, car beaucoup d’entre eux sévissent encore.

Dans Zanzaro Circus, la phrase affûtée, ce compagnon de débine, balance : « Je jure sur l’honneur, ami lecteur, que je n’invente rien, que ces pages sont du reportage sur le vif. Je n’ai pas d’imagination, mais une mémoire d’éléphant. »

Un écrivain sublimé

À l’instar d’un autre écrivain de grand talent, Yves Navarre, prix Goncourt 1980 pour Le Jardin d’acclimatation, les ouvrages de Jack-Alain Léger, publiés chez plusieurs éditeurs, sont difficilement trouvables. Heureusement que Cécile Guilbert est parvenue à en réunir trois aux éditions Denoël. Grâce à Jean Azarel, qui publie la première biographie de l’écrivain, il y aura, il faut l’espérer, d’autres initiatives pour faire découvrir l’auteur de Monsignore (1976), best-seller qui devint un film hollywoodien, hélas raté. Le livre d’Azarel s’appuie sur les témoignages de la famille, d’amis et d’éditeurs. Le puzzle de la vie de son sujet se reconstitue au fil des chapitres. C’est vivant, jamais lassant, car Jean Azarel est plus qu’un biographe, c’est un écrivain. Il fallait cette qualité rare pour nous faire revivre une telle personnalité fragmentée, et nous donner le goût de (re)lire un auteur travestissant son passé, parfois de mauvaise foi, refusant d’être considéré comme un parano, mais aux fulgurances géniales et à la causticité salutaire. Un homme ambivalent et libre. Tout ce qu’on aime pour mettre une bonne droite aux littérateurs.

Un mot encore. En 2001, sort le livre Ali le Magnifique, signé Paul Smaïl. C’est l’histoire d’un jeune beur, « épileptique comme l’Idiot », qui a été fasciné par la « société du Spectacle ». C’est drôle et émouvant à la fois, cette dénonciation des fringues haut de gamme, montres hors de prix, voitures inabordables qui mènent tout droit au désespoir et à l’assassinat. La gauche encense le livre aux vertus progressistes. Cécile Guilbert, interrogée par Jean Azarel, confirme : « Dans l’inconscient d’une certaine intelligentsia, Smaïl était le beur idéal, la justification d’un engagement politique et d’une forme de bien-penser. »

Smaïl, bien sûr, n’existe pas. Il se nomme Jack-Alain Léger. Les critiques, qui décernent les diplômes de moraline, se sont fait piéger par cette imposture de haut vol. Leur colère est homérique et leur vengeance digne de Zeus. On ne trompe pas impunément le tribunal de la bien-pensance sans encourir la peine maximale : la condamnation à l’oubli.


Jean Azarel, Vous direz que je suis tombé : vies et morts de Jack-Alain Léger, Séguier, 2023.

Jack-Alain Léger, Le Siècle des ténèbres – Le Roman – Jacob Jacobi (préf. Cécile Guilbert), Denoël, 2006.

Le Siècle des ténèbres - Le Roman - Jacob Jacobi

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Lutte (musclée) contre le harcèlement scolaire: faudrait savoir ce qu’on veut!

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Un mineur de 14 ans a été interpellé lundi 18 septembre dans un collège d’Alfortville (94). Il est soupçonné de harcèlement transphobe et de menaces de mort vis-à-vis d’une autre élève, âgée de 15 ans. Mais, certains pensent que les policiers, ces grosses brutes, n’auraient pas dû entrer dans le collège.


Voici une série pour les amateurs d’inconséquence, exclusivement… L’inénarrable représentante de EELV – et amie du rappeur Médine – n’a pas apprécié que des policiers entrent dans une école pour y arrêter un élève présentant un danger pour une collégienne. D’autres figures médiatiques y sont allés de leur couplet anti-flic et ont avancé l’hypothèse d’un trauma collectif. Quant au drapeau arc en ciel, on ne l’a guère vu flotter, alors que l’élève harcelée aurait dû particulièrement émouvoir les militants homosexuels.

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L’interpellation de l’élève harceleur par les policiers en plein milieu d’un cours dans un collège d’Alfortville a suscité une petite polémique déclenchant dans les rangs des professionnels de la révolte une salve de critiques et d’indignation surjouée mais terriblement mal placée.

Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Chuck Norris ne voit rien à redire : l’intervention était dans les règles

Au lendemain de l’arrestation, Marine Tondelier, chef de file de EELV, s’est ainsi offusquée sur le plateau des 4 Vérités, la matinale de Télématin, de l’action jugée disproportionnée des forces de l’ordre. Après des « années d’inaction, d’incompréhension sur le sujet, de déni parfois (…) tout d’un coup, on est dans Walker Texas Ranger » s’est-elle exclamée (on sent ici la punchline bien concoctée par l’équipe en charge des éléments de langage), fustigeant l’écart entre la lâcheté du « pas de vague » – encore bien implantée dans la hiérarchie de l’Education nationale comme en témoigne le suicide de Nicolas et la lettre du rectorat de Versailles – et le retour tonitruant de l’autorité régalienne.

Il est pour qui, le trauma ?

Autre réaction, celle d’une haute figure médiatique du progressisme multiculti, le rédacteur en chef de la revue de gauche Regards ; Pablo Pillaud-Vivien. Celui qui est aussi chroniqueur régulier dans l’émission « 22h max » sur BFMTV a, quant à lui, joué la carte de l’empathie en se mettant à la place des élèves qui ont assisté à l’arrestation de l’élève harceleur devant toute la classe. « Si ça crée un trauma dans toute la classe, je pense qu’il y a un souci ». C’est ben vrai !

Autrement dit, le « souci » n’est pas tant qu’une élève reçoive des menaces de mort et des insultes à caractère transphobe de la part d’un autre élève, mais que des policiers fassent leur travail de policier en charge de protéger et de réprimer. L’inversion des rôles est à sa comble. Si trauma il y a, il est en réalité plus à chercher du côté de la victime, de cette élève en transition de genre qui a subi des messages homophobes d’une rare violence verbale tels que « sale travelo », « on va tegourger [t’égorger] », « suicide toi sale pd », « j’ai une haine envers ta race », ou encore « tu mérites de mourir », « je vais te faire une Hitler ».

Et si, au contraire, cela calmait les esprits ?

Mais, quand bien même les élèves seraient choqués par cette intervention, certes inhabituelle mais légale, de la police au sein de leur établissement, ce n’est pas une si mauvaise chose. L’exemplarité ayant force de dissuasion, cette interpellation peut de nouveau susciter la peur de la sanction et contribuer à atténuer le sentiment d’impunité.

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On vit à une époque où le « name and shame » est dégainé à tout-va pour les entreprises accusées d’écocide ou pour des multinationales qui refusent de faire baisser les prix pour lutter contre l’inflation alimentaire ; en revanche, il ne serait pas convenable de faire honte aux élèves harceleurs devant toute leur classe… Continuer à prendre des pincettes alors que le degré de violence des mineurs est en perpétuel crescendo, cela relève d’un angélisme inconséquent !

Inconséquence, quand tu nous tiens… 

Par ailleurs, il est tout de même surprenant que ces deux figures politico médiatiques ayant toujours à cœur de défendre les discriminations que subissent des minorités, passent plus de temps à critiquer l’action de la police qu’à se réjouir de l’arrestation du harceleur avant que ses menaces deviennent réelles et se soldent par un suicide de plus ! 

Le ministre de l’Education réunit les recteurs d’académie en vision conférence, après le suicide de Nicolas, Paris, 18 septembre 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

La communauté au drapeau arc-en-ciel et aux couleurs rose blanc bleu (c’est le drapeau des militants trans, mettez-vous un peu à la page en lisant les articles de Jeremy Stubbs), pourtant si exubérante lorsqu’il s’agit de défiler et de revendiquer de nouveaux droits, s’est également distinguée par son étonnant mutisme. L’élève trans harcelée n’a pas eu le droit à la mobilisation des militants LGBTQ+ pour condamner la transphobie du harceleur, contrairement à celle déployée pour Lucas harcelé à cause de son homosexualité. Son suicide avait alors suscité la stupeur et la condamnation de tous et en particulier celle des militants gays dont plusieurs associations avaient signé une tribune pour appeler Pap Ndiaye, notre (ex) ministre wokisé de l’Education Nationale, à lancer une conférence pour mieux lutter contre les LGBTphobies et le harcèlement scolaire.

Le retour du sanctuaire oublié

Aujourd’hui, la victime du harcèlement transphobe est donc passée au second plan. Elle fut occultée par l’interpellation de son bourreau, car aux yeux de la patronne des écologistes et du chroniqueur gauchiste, l’important était de condamner la police – et quoi de plus efficace pour critiquer l’action des forces de l’ordre, que de rappeler que l’école est « un sanctuaire ». Ah le sanctuaire !… Voilà un argument décisif, mais utilisé à géométrie variable. Brandi pour taper sur les flics, mais enterré pour défendre la laïcité. Car ceux qui martèlent que l’école doit être protégée du monde extérieur et que ses portes ne devraient pas s’ouvrir aux policiers sont les mêmes qui légitiment l’intrusion du port de tenues religieuses à l’école comme l’abaya ; tenue qui invisibilise le corps des femmes, bafoue la laïcité et éventre ce sanctuaire qu’est effectivement notre école républicaine.

A relire, du même auteur: Délais de décence à géométrie variable

À gauche, la haine du flic est plus forte que tout. Lorsqu’il s’agit d’alimenter la haine antiflic qui a encore retenti dans les rues de Paris, samedi 23 septembre, lors de la manif contre les violences-policières-et-le-racisme-systémique, tout est permis chez les gauchistes, y compris de sacrifier leurs propres convictions. Cela étant, et au-delà de cette polémique inutile, reste à savoir quelle sanction sera prise à l’encontre de l’élève harceleur et si ce dernier se verra dans l’obligation de rester éloigné de sa victime ou non. Le gouvernement a présenté mercredi son plan choc contre le harcèlement scolaire. Au-delà des cours d’empathie promis par Gabriel Attal, le plan prévoit notamment que toutes les situations de harcèlement seront systématiquement recensées, et qu’en cas de harcèlement grave, les terroristes des préaux seront écartés de l’établissement scolaire. Pour les travaux pratiques, Alfortville semble nous offrir un fantastique cas d’école…

Des échecs et des femmes

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Quoi que vous en pensiez, la nouvelle la plus enthousiasmante de la semaine fut la victoire, aux championnats de France féminins d’échecs, de la Franco-iranienne Mitra Hejazipour — française depuis le mois de mars. C’est du moins ce que pense notre chroniqueur, fervent amateur des 64 cases.


Mitra Hejazipour, née en 1993, est grand maître international féminin d’échecs. Comme tous les génies précoces de l’échiquier, elle a commencé très jeune, à 6 ans — et a immédiatement été détectée par les instances échiquéennes de son pays d’origine, l’Iran. Comme la Russie, comme les pays asiatiques, l’Iran n’hésite pas à repérer très jeunes les surdoués du pays, qu’il s’agisse d’échecs, de mathématiques ou d’appétences particulières pour l’antisémitisme et l’énergie atomique — deux spécialités qui là-bas n’en font qu’une.

Qu’Annie Ernaux aille se faire voir en Iran !

Vice-championne du monde à 10 ans — mais à égalité de points avec la championne Hou Yifan —, elle accumule dès lors les victoires : titre national en 2012, championne d’Asie en 2015, elle est proclamée grand maître. Et en 2019, au championnat du monde de blitz à Moscou, elle ôte son voile, qu’elle considère comme une limitation et non comme une protection des femmes, pour protester contre la condition féminine en Iran. Une condition féminine qui inquiète nos féministes auto-proclamées, celles qui dans le même temps défendent en France le port du voile et de l’abaya, comme l’a raconté ici même Céline Pina : et c’est à ça qu’on a donné le prix Nobel de littérature…

Alors Mitra Hejazipour passe en France, et rejoint le club de Brest, qui avec son aide accède en 2020 à la première division française. Et la voilà championne de France, quelques mois après avoir obtenu la nationalité française. Eh oui, il y a des immigrés de talent…

Le jeu d’échecs est une remarquable matrice de courage, d’acharnement et d’apprentissage de la confiance en soi. Si vous n’avez pas poussé du bois dès votre plus jeune âge, si Bobby Fisher infligeant à Boris Spassky la raclée que l’on sait à Reykjavik en 1972 cela ne vous dit rien, si vous n’avez pas dévoré jadis Le Joueur d’échecs de Stefan Zweig ou La Défense Loujine de Nabokov, vous avez peut-être vu, sur Netflix, la remarquable mini-série intitulée Le Jeu de la dame, inspirée du roman homonyme de Walter Tevis.

Le monde étouffant des grandes parties

Walter Tevis ? Mais si, rappelez-vous ! Il est l’auteur de L’Arnaqueur, dont Robert Rossen tira en 1961 un film mémorable avec Paul Newman. Des années durant, j’ai conseillé ce roman à mes élèves pour leur apprendre comment perdre alors même que l’on est le plus fort — et en définitive comment gagner. The Queen’s gambit (titre originel) narre la montée au firmament de Beth Harmon, orpheline mal barrée mais sauvée par le jeu d’échecs que lui enseigne l’homme à tout faire de l’orphelinat. Anya Taylor-Joy, dont j’ai eu par ailleurs l’occasion de dire tout le bien que l’on peut en penser quand elle a joué dans The Menu l’année dernière, interprète le rôle de cette quasi-autiste avec une perfection rare. Je n’ai pas la télé, et je suis tombé par hasard sur Le Jeu de la dame pendant le confinement, chez des amis. Lisez le roman de Tevis, autrement complexe que la série, qui a laissé de côté certains aspects un peu trop réalistes du roman. Mais telle qu’elle est, la série donne une idée exacte du monde étouffant des grandes parties, et Marie Sebag, championne de France en 2000 à 14 ans, et première à accéder, en 2008, au statut de Grand maître international, interviewée par le Figaro, en a dit tout le bien qu’elle mérite.

Capablanca / Alekhine : une partie mémorable

Il est de nécessité publique que nous remettions sur pied l’élitisme républicain, en détectant de façon précoce les vrais talents chez les enfants ou les adolescents. Comme je le raconte dans mon dernier livre, et comme j’ai eu l’occasion de le rappeler dans les médias, la politique égalitariste imposée depuis quarante ans ne s’est pas contentée de fabriquer des inégalités insupportables : elle a tellement baissé le niveau qu’elle a découragé les meilleurs de s’identifier comme tels. Il faut urgemment rétablir des filières de niveau, regrouper les meilleurs et aider les plus faibles, accepter l’idée que les prétendus HPI ne cassent pas trois briques mais que de vrais génies, appartenant à toutes les conditions sociales, somnolent dans un système scolaire qui ne leur demande surtout pas de briller, et pratiquement le leur interdit. Il faut dire que les pédagogues auxquels Jospin puis tous les ministres ont confié les clefs de la rue de Grenelle se sont cooptés sur un seul critère, celui de la médiocrité. Le vrai talent est désormais mal vu dans ce pays : pour reprendre ma métaphore échiquéenne, on apprend à la rigueur le coup du berger, mais surtout pas davantage.

J’appelle de mes vœux un régime nouveau qui incitera chacun à aller au plus haut de ses capacités — et qui saura faire venir en France les talents repérés à l’étranger, et non tous les demandeurs d’asile qui auront nagé jusqu’à Lampedusa. Et en attendant, je fais comme Philip Marlowe à la fin de The High Window :

« It was night. I went home and put my old house clothes on and set the chessmen out and mixed a drink and played over another Capablanca. It went fifty-nine moves. Beautiful cold remorseless chess, almost creepy in its silent implacability.

When it was done I listened at the open window for a while and smelled the night. Then I carried my glass out to the kitchen and rinsed it and filled it with ice water and stood at the sink sipping it and looking at my face in the mirror.

« You and Capablanca' » I said.”

Ça a bercé mon adolescence. Pour ceux qui ne savent pas, José Raúl Capablanca (1888-1942) fut l’un des plus grands joueurs d’échecs de tous les temps — sa partie contre Alekhine aux championnats du monde de 1927, alors même qu’il jouait avec les noirs, est encore dans toutes les mémoires… Dans celles de Beth Harmon ou de Mitra Hejazipour certainement.

Denis Podalydès, les artistes de gauche commencent à me les briser menu

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L'acteur Denis Podalydes à Venise, 4 septembre 2023 © Laurent VU/SIPA

Denis Podalydès est un artiste qui excelle dans son domaine, celui du théâtre et du cinéma. Il devrait s’en tenir à ça. Car, ce 27 septembre, sur le plateau de “C dans l’air”, il s’est révélé être un piètre commentateur politique. 


« Je suis le contraire d’un artiste engagé. Je suis un artiste dégagé. Je ne peux pas être engagé. À part la droite, il n’y a rien au monde que je méprise autant que la gauche. » Pierre Desproges.

Comme l’immense majorité des artistes, Denis Podalydès est de gauche. On le sait et on ne lui en tient pas rigueur – ses prestations sur la scène ou à l’écran font notre bonheur ; on oublie le reste. 

Il n’est venu à personne l’idée de lui balancer au visage, à chacun de ses appels à voter pour Ségolène Royal ou François Hollande, la triste histoire de la gauche française, ses turpitudes, ses trahisons et ses crimes depuis ses débuts, que nous daterons aux environs de 1792. Lui n’a pas hésité – quel courage ! et sur la télévision publique en plus ! quelle audace ! – à dénoncer le fascisme et l’extrême droite, et à réclamer à Marine Le Pen un acte de repentance. Il l’a fait avec la bêtise et l’ignorance qui caractérisent les interventions politiques et moralisatrices des artistes engagés. Et de gauche, forcément de gauche.

Denis Podalydès n’oublie pas l’histoire, lui

Tel un perroquet, il a babillé la même chanson que caquettent ses congénères théâtreux depuis que la gauche est tombée, pour ne plus jamais en sortir, dans la potion lepéno-fasciste concoctée par François Mitterrand et les socialistes dans les années 80 : « On laisse ce parti toujours prospérer, alors que c’est un parti qui n’a jamais fait son aggiornamento, jamais fait de repentance sur ses propres origines […] C’est toute l’histoire de l’extrême droite française, anti-démocratique, fasciste, et jamais Marine Le Pen n’a fait acte de repentance sur cette histoire-là. Donc, c’est-à-dire qu’elle assume toujours. C’est toujours un parti anti-démocratique. Oui, mais maintenant on dit : “oui mais si on rappelle le fascisme, ça n’a aucun effet”. C’est vrai mais c’est parce qu’il y a un oubli de l’histoire. Alors, devant ça, je ne sais pas exactement ce qu’il faut faire, pour contrer ça, pour qu’en 2027, on ne réédite pas quand même 2002. » Rappelons d’abord à l’acteur qui se plaint des défaillances historiques de tout un chacun que le fascisme a également été aux portes du pouvoir en 2017 et 2022.  Conseillons-lui ensuite, « pour contrer ça », de se taire, du moins lorsqu’il n’est pas sur les planches d’un théâtre, où il excelle. Car l’image de cet homme tentant, sous la douce férule de Patrick Cohen, de parler de la politique française en général et du RN en particulier, est cruelle et dégradante. On sent pourtant que l’artiste aimerait dire quelque chose d’intelligent, quelque chose d’original sur le fascisme et l’extrême droite. Puisant dans son expérience de comédien la gestuelle et le ton de l’homme mesuré qui sait de quoi il parle, le voici qui déverse malheureusement un tombereau d’âneries et de platitudes mille fois rabâchées. Patrick Cohen et Anne-Élisabeth Lemoine boivent du petit lait : ce que dit Denis Podalydès est totalement stupide mais comme c’est pour « faire barrage » à l’extrême droite, tout est pour le mieux dans le plus guignolesque des mondes médiatiques.

A lire ensuite: Comparer la France à l’Iran, la tribune honteuse signée par Annie Ernaux

Aucun de ces deux journalistes ne corrigera par conséquent Denis Podalydès. Il y aurait pourtant eu des choses à dire ; en particulier, puisque le sujet semble lui tenir à cœur, sur les origines et l’histoire des différents mouvements et partis, et pas seulement le RN, qui composent le paysage politique français. Cela aurait pu commencer par les origines révolutionnaires, totalitaires et meurtrières de la gauche – celle qui guillotina à tour de bras, qui déclencha l’élimination génocidaire d’une partie de la population et inaugura les tribunaux révolutionnaires qui serviront de modèles aux purges soviétiques – celle dont se réclame explicitement l’extrême gauche actuelle. De même, l’histoire de la gauche quand il s’est agi de continuer et d’amplifier la colonisation tant décriée par la même gauche des décennies plus tard aurait pu être rappelée. Sans doute aurait-il également été utile d’évoquer l’attitude pour le moins équivoque d’un Parti communiste gêné aux entournures par le pacte germano-soviétique au début de la Seconde guerre mondiale – le départ sans retour pendant la guerre de Maurice Thorez en URSS, les démarches du PCF auprès des autorités allemandes pour obtenir la reparution de L’Humanité, la propagande de conciliation avec les « prolétaires et camarades allemands », etc. N’oublions pas les députés de gauche – hormis les communistes, exclus justement à cause du pacte germano-soviétique – qui votèrent les pleins pouvoirs au Maréchal Pétain. Quant au seul François Mitterrand, suffisamment de livres ont été consacrés à son parcours politique sinueux, c’est le moins qu’on puisse dire, pour que nous n’en rajoutions pas. Nous pourrions continuer ainsi à noircir le tableau en omettant de rappeler qu’une autre gauche que celle de Jules Ferry déplora la poursuite d’une colonisation vouée à l’échec ; que des militants communistes, contredisant les décisions des cadres du Parti, s’engagèrent dès 1940 dans la résistance ; qu’il y eut quelques députés de gauche pour voter contre les pleins pouvoirs à Pétain ; et que de nombreux militants socialistes eurent du mal à digérer les révélations sur les amitiés douteuses et cependant indéfectibles de Mitterrand avec d’anciens cagoulards ou collaborationnistes avérés. L’histoire est pleine de ces subtilités qui rendent inopérantes les pseudo-vérités manichéennes des idéologues, et ridicules les assommantes leçons de morale des ignares.

Le plus étrange, et le plus bête, dans les propos de Denis Podalydès, est cette injonction au repentir faite à Marine Le Pen. À ce compte-là, et au vu du catalogue non exhaustif évoqué ci-dessus, c’est toute la classe politique qui devrait « faire son aggiornamento » et comparaître devant le tribunal de l’histoire ; histoire que le comédien, malgré sa crainte d’un « oubli de l’histoire », ne connaît visiblement pas. L’histoire récente elle-même semble lui échapper. Ce qui le conduit à proférer la plus grosse ineptie de la soirée, à savoir que le RN est un « parti anti-démocratique ». Bien des reproches peuvent être faits à ce parti – entre autres de promettre démagogiquement la retraite à 60 ans, d’avoir mis un bémol à ses critiques envers l’UE et l’euro ou d’adhérer maintenant comme tout le monde au dogme écologiste pro-GIEC – mais il est difficile, à moins d’être aveuglé par l’idéologie, de l’accuser de ne pas être démocratique. Son fonctionnement interne, son absence de remise en cause des résultats électoraux, son comportement dans l’hémicycle, et même le polissage de ses interventions sur les plateaux radiophoniques et télévisuels, tendent au contraire à montrer un parti plus enclin à respecter les règles démocratiques que celui de Jean-Luc Mélenchon et de ses séides. 

On ne fait pas de politique avec la morale…

Les artistes, ainsi que les sportifs, devraient cesser de donner des leçons de morale politique aux Français qui, non seulement ne leur en demandent pas tant, mais, de plus, se trouvent bien marris de ne plus pouvoir apprécier simplement des prestations artistiques ou des exploits sportifs régulièrement entachés par le souvenir d’une tribune les admonestant et leur indiquant pour qui ils doivent ou non voter. « Sans aller jusqu’à dire que je suis un homme de droite, je ne suis en tout cas pas de gauche : je ne peux pas supporter qu’on dise des conneries », déclarait Michel Audiard à qui nous emprunterons, pour conclure cette chronique, une de ses plus célèbres répliques. 

Refusant de paraître vieux jeu et encore moins grossier, le Français de la Pampa périphérique parfois rude reste toujours courtois… mais la vérité l’oblige à dire à Denis Podalydès et autres Antoine Dupont qu’ils commencent à les lui briser menu.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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SNCF, à nous de vous faire préférer la voiture!

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Inde, image d'illustration © Unsplash

Notre collaboratrice raconte comment elle en est arrivée à perdre le prix du billet de train qu’elle avait acheté pour préférer sa puissante berline (une petite citadine de 15 ans d’âge), à cause de l’organisation erratique de nos transports ferroviaires. Coup de gueule.


Dimanche dernier, pour la première fois de ma vie, je suis descendue d’un train pour prendre ma voiture. J’ai perdu le prix du billet Aller/Retour (TER non remboursable). J’ai pris cette décision car je ne me voyais faire 4h de trajet dans des conditions indignes et dangereuses. La prochaine étape pour la SNCF, c’est le tiers-monde près de chez vous, avec les passagers sur le toit.

Les galériens de la gare de Paris Bercy Bourgogne – Pays d’Auvergne

En effet, c’est le cas tous les vendredis et dimanche : le train pour Lyon au départ de Paris-Bercy est pris d’assaut. Les TGV pratiquant des tarifs d’usuriers, les gens voyagent de plus en plus en TER. Donc cela fait au moins deux ans (pour ce que j’ai pu constater) que la SNCF sait que certains jours, certains trains roulent sans assurer le minimum de sécurité et de confort à ses clients. Là je n’étais pas à gare de Bercy, mais quelques arrêts après. Dans « les territoires », comme disent les communicants et politiques parisiens. Et la situation était pire encore. Le train était déjà bondé, c’était l’avant dernier TER de la journée, les gens tentaient de forcer le passage, les esprits s’échauffaient, mais de toute façon, dans le train, tout le monde était déjà debout, dans les couloirs, au niveau des entrées et certains venaient de faire déjà 1h30 de trajet le nez écrasé contre la porte. Il en restait 4 pour atteindre Lyon.

A lire aussi, du même auteur: Voile: a-t-on le droit de dire «merde» au Haut-Commissariat aux droits de l’homme de l’ONU?

Alors que fait la SNCF face à cette situation? Eh bien rien. Les gueux prennent d’assaut les TER du vendredi et du dimanche? Eh bien qu’ils en bavent : on ne va tout de même pas relever la qualité du service pour des gens qui ont le mauvais goût de ne pas vivre à Paris et ne peuvent se payer le TGV.

L’essayiste et journaliste Céline Pina © Photo Hannah ASSOULINE

Il se trouve que cette fois-ci j’ai croisé un agent SNCF. Je lui ai donc demandé s’il était normal de faire circuler un train dans ces conditions. Il a été très désagréable, mais je l’ai été aussi. Donc 1 à 1, la balle au centre. Mais ce qui est intéressant, au-delà de l’absence d’empathie, c’est que le type n’avait même pas idée que l’on puisse réfléchir à des améliorations. Sa réponse était en boucle: « et vous voulez quoi? Qu’on empêche les gens de monter? On a prévenu, mais les gens veulent quand-même prendre les transports tous en même temps ». Ben oui, sont cons les gens. Ils travaillent en général le lundi et ont besoin de rentrer le dernier jour du week-end. Et la SNCF n’a jamais réfléchi à ce fait ?

Des passagers traités comme du bétail

Et quand vous faites remarquer que le long du trajet, d’autres personnes ne pourront accéder au train et que le suivant connait en général les mêmes problèmes, il hausse les épaules en mode « chacun sa merde ». En revanche l’idée d’améliorer le service ou que quelqu’un puisse travailler à cela, ne semble ne même pas lui traverser l’esprit.

Et pourtant il y a de quoi s’interroger. Les vieux Corails étaient peut-être moches, quoique… Mais on pouvait faire monter énormément de monde dedans. Les nouveaux trains sont plus élégants et vastes, mais ils offrent peu de place et surtout sont limités. Une locomotive pouvait tirer un nombre important de wagons dans les Corails. En revanche dans les nouveaux trains, quand les gens désagréables sur les quais vous disent : « on peut rien faire de plus, on a déjà mis deux rames! », vous vous demandez s’il y a encore un seul type compétent dans la boite. Deux de ces nouvelles rames ne permettent pas de gérer ce type d’afflux.

A lire aussi, Martin Pimentel: Une « loi Gayssot » contre les climatosceptiques? Vivement demain!

Pourquoi, alors que la situation est prévisible, se renouvelle depuis des années et que la SNCF est au courant des conditions de transport qu’elle inflige à ses clients, l’entreprise continue à les traiter comme du bétail ? Pourquoi les Régions ne se battent pas pour un meilleur service? Pourquoi, alors que ces trains sont d’utilité publique et que leur fréquentation se développe, faire des choix de matériel inadaptés et aberrants?

Céline Pina : « J’aime ma bagnole »

Mais, ce dimanche, alors que les portes ne réussissaient pas à se refermer car les corps des voyageurs et la masse des valises n’arrivaient pas à se compresser assez, j’ai sauté hors du train. J’ai pris ma voiture. Essence et péage compris, cela m’a coûté moins cher que le TGV. Bon c’était bien plus cher que le TER, mais se sentir indépendant, libre et pas méprisée par une entreprise qui semble se moquer de la qualité de son service, cela n’a pas de prix.

En plus je ne perds même pas de précieuses heures de travail car au vu des conditions de circulation de ce TER, je n’aurai pas pu sortir mon ordinateur pour écrire… Il se trouve que j’ai d’autres déplacements à faire sur cette ligne les dimanches soirs. Je me suis donc organisée pour ne plus prendre le train. J’étais quelqu’un qui privilégiait les transports en commun. Grâce à la SNCF, ce n’est plus le cas.

Ces biens essentiels

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La blague de Laurence Fox (« Inspecteur Lewis ») qui pourrait faire fermer GB News

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L'acteur Laurence Fox à une manifesation anti-confinement, Londres, 26 juin 2021 © Christopher Walls/Shutterstock/SIPA

Une séquence télé malheureuse et odieusement drôle (voir notre vidéo) provoque un petit scandale au Royaume Uni. La chaîne conservatrice GB News est accusée de « polluer le débat public ».


Tout comme les bien-pensants français veulent faire fermer CNews, qu’ils considèrent comme un danger quasi-fasciste, leurs homologues outre-Manche, qui habitent tous ces enclaves verdoyantes où réside typiquement la bourgeoisie londonienne, tentent de faire fermer GB News, également présentée comme une menace d’extrême droite. Chacune de ces chaînes a un positionnement similaire sur le marché audiovisuel, bien que CNews soit plus mature, plus rodée. Toutes les deux ont osé ouvrir le débat sur la droite, en frôlant la droite radicale.

L’establishment médiatique n’aime pas qu’on l’empêche de roupiller

Sans surprise, les radiodiffuseurs établis, qui se positionnent fortement à gauche, trouvent cela intolérable. De la même manière que CNews bat régulièrement ses concurrents en France, GB News obtient souvent des taux d’audience supérieurs, voire très supérieurs, à ceux de BBC News, Sky News ou Talk TV, la nouvelle chaîne de Rupert Murdoch. Et cela a poussé l’establishment médiatique à de nouveaux sommets d’hystérie.

Cette semaine, GB News fait l’objet de critiques particulièrement virulentes à la suite d’un incident, le soir du mardi 27 septembre, qui a vu un de ses intervenants réguliers, l’ancien acteur Laurence Fox, faire un commentaire odieux à propos d’une journaliste de gauche (notre vidéo ci-dessous)

L’animateur de l’émission, Dan Wootton, tout en souriant, n’a rien fait pour rappeler son interlocuteur à l’ordre. Résultat des courses : l’animateur et le commentateur ont été immédiatement suspendus. Face à cette transgression, bien que promptement sanctionnée, les journalistes et politiques de la gauche et du centre ont immédiatement poussé des cris d’orfraie en appelant carrément à fermeture de la chaîne.

Dans la séquence polémique, l’acteur adresse des propos misogynes à l’égard d’une journaliste, Ava Evans, néofeministe qualifiée de « féministe 4.0 »
« Montre-moi un seul homme qui se respecte qui voudrait jamais (mais jamais !) coucher avec cette femme – à l’exception d’ un « incel ». (= homme célibataire, timide, pas du tout doué pour la drague)
« Qui voudrait mettre ça dans son lit ? »

Lors de l’émission d’actualités phare de la BBC, Newsnight, l’ancien chef du service politique de SkyNews, Adam Boulton a exigé que l’Ofcom, le régulateur audiovisuel (l’équivalent britannique de l’Arcom), ferme GB News. Furieux, il s’est écrié : « Il existe au Royaume Uni un équilibre aussi fragile que vital dans le paysage audiovisuel. Je pense que GB News essaie de casser cet équilibre, et franchement, ce que l’Ofcom devrait faire, c’est fermer la chaîne ».

Lors de la même émission, une députée conservatrice modérée, Caroline Nokes, a déclaré que GB News « devrait être retirée des ondes » et a juré qu’elle ne serait jamais plus présente sur un plateau de cette chaîne.

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A la radio, un des animateurs vedettes de la BBC, Nick Robinson, n’a pas non plus maché ses paroles, affirmant que GB News « polluait le débat public ». Est-ce une coïncidence que sa propre émission d’actualités ait perdu plus d’un million d’auditeurs au cours de l’année écoulée ? Inévitablement, le chroniqueur d’extrême gauche du Guardian, Owen Jones, a déclaré : « Il est inconcevable que l’on autorise la diffusion d’une telle émission ».

Le paysage audiovisuel serait « équilibré » ? Sky News fait du prosélytisme en faveur d’un programme « woke » et « écolo », tout à fait Starmer-compatible (Sir Keir Starmer étant le leader travailliste). En 2017, l’animateur vedette de la très gauchiste Channel 4 News, Jon Snow, a été accusé d’avoir chanté « Fuck the Tories » lors de la prise d’une photo de groupe au festival de musique rock de Glastonbury.  

Balayez devant votre porte !

Les appels à virer Wootton et Fox résonnent de manière ironique, quand on pense qu’à la BBC et sur d’autres grandes chaînes britanniques, les fautes graves restent impunies pendant des années. Ce n’est qu’après sa mort que la BBC a reconnu qu’un de ses animateurs les plus connus, Sir Jimmy Savile, était un délinquant sexuel qui profitait de sa position pour abuser d’enfants. Et il n’est pas le seul délinquant sexuel de la BBC à avoir été tardivement démasqué après des années de dissimulation.

Les chaînes grand public ne semblent pas sanctionner le simple fait de tenir des propos tout à fait déplacés. En 2019, Jo Brand, une humoriste de la BBC, a plaisanté en suggérant de jeter de l’acide à la figure de Nigel Farage. Aucune mesure n’a été prise. En 2020, Sophie Dukes, humoriste et militante de Black Lives Matter, a plaisanté sur le fait de tuer des Blancs sur la BBC. Aucune sanction. En 2020, l’actrice des films Harry Potter, Miriam Margolyes (Professeur Sprout), a déclaré qu’elle voulait que Boris Johnson meure en direct à la télévision, alors qu’il était malade du Covid. Aucune suite n’a été donnée à cette déclaration.

Les mêmes personnes qui demandent la fermeture de GB News ont-elles demandé la fermeture de la BBC et de Channel 4 ? C’est une question purement rhétorique. Bien sûr que non.

GB News a connu des débuts difficiles mais a trouvé un écho auprès des téléspectateurs britanniques qui, à l’instar des téléspectateurs de CNews en France, ont cherché une alternative à la pensée unique façon gauche caviar de l’establishment médiatique. Les deux chaînes et leurs journalistes ont commis des erreurs, comme cela arrive à tout le monde. Mais l’hypocrisie de ceux qui appellent à la fermeture de ces chaînes qui parlent à bien des gens dans les classes populaires, ainsi qu’à des conservateurs pur jus, ne connaît plus de limites. Le problème fondamental des hypocrites, c’est qu’ils ne supportent pas d’être contredits. 

Michel Denis, et que ça swing!

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Michel Denis. © Hannah Assouline

Michel Denis, c’est près de soixante ans de jazz et de blues. Né en 1941, ce batteur français a accompagné les plus grands, de Dizzy Gillespie à Memphis Slim. Il déplore aujourd’hui la perte de ce qui faisait l’essence du jazz : le swing ! Propos recueillis par Yannis Ezziadi.


Michel Denis, c’est un gamin de Meudon. Un vrai ! Dès mon arrivée devant sa maison, il me raconte qu’il est né en 1941 et qu’ici, quand il était enfant, c’était la campagne… et que c’était mieux avant ! Il y avait une ferme pas loin, sa mère l’y emmenait chercher le lait. Sa mère qui a connu Lucette, la femme de Céline, avec qui elle discutait au marché. Souvenirs de l’enfance. Nostalgie. Plus tard, Michel Denis fait ses études aux Arts déco. Il se prépare à être architecte d’intérieur. Mais il découvre le jazz et se met à la batterie. Un temps amateur, il devient vite professionnel et accompagne les musiciens américains qui viennent jouer à Paris. Il est successivement batteur permanent de plusieurs clubs de jazz comme Les Trois Maillets, Le Bilboquet et Le Caveau de la Huchette. Durant sa longue carrière, Michel Denis a accompagné les plus grandes légendes du jazz et du blues : Memphis Slim, Dizzy Gillespie, Don Byas, Johnny Griffin, B.B. King, Clark Terry, Stéphane Grappelli, John Lee Hooker ou encore Erroll Garner. Pendant trente-cinq ans, Michel Denis joue quasiment tous les soirs. Aujourd’hui, on peut encore, si on est très chanceux, l’entendre dans les clubs de jazz où, jadis, il officiait quotidiennement. Certains de ces clubs sont un peu devenus des musées. Je me souviens l’avoir vu jouer au Caveau de la Huchette. Ça, c’est un musée ! Bourré de touristes d’ailleurs. On y vient pour revivre le passé, les grandes heures du swing, des caves de jazz. J’avais 19 ans. Je me souviens d’une machine à swing. Ça roulait ! Je le retrouve pour Causeur. Rencontre avec un vieux routard du jazz.


Causeur. Vous souvenez-vous de votre première rencontre avec le jazz ?

Michel Denis. Je m’en souviens très bien, car ce fut un choc. J’étais tout jeune. J’avais un voisin qui s’appelait Maurice. Il jouait un peu de piano et avait une collection de disques incroyable. Il avait un disque dédicacé de Charlie Parker ! Un jour, il me dit : « Tu ne connais pas la musique noire américaine ? Tiens, je vais te faire écouter ! » Et j’ai tout de suite été emballé. Ça a été une révélation. Je ressentais quelque chose que je n’avais jamais ressenti, avec aucune autre musique. Ça m’a rapidement obsédé. Je me suis mis à écouter des disques, beaucoup de disques, puis à aller aux concerts. Le premier que j’ai vu, c’était Kid Ory à la Salle Pleyel je crois. J’ai aussi vu Louis Armstrong. Vous imaginez ? Je tombais bien !

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Et vos débuts de musicien ?

J’ai commencé avec mon frère et avec quelques copains. Je devais avoir 18 ans. Je n’avais pas de batterie. J’avais juste loué une caisse claire et une cymbale chez Couillé, une maison de location d’instruments sur le boulevard Saint-Michel. Et voilà, je jouais sur des disques, chez mes parents. Ensuite on a monté des groupes et on a joué à droite et à gauche, de manière amateur. Mon premier engagement professionnel a été en rentrant de l’armée. C’était pour jouer au Slow Club. Et puis, après, il y a eu Les Trois Maillets… et j’y suis resté sept ans. J’étais le batteur permanent. C’est comme ça que j’ai commencé à jouer avec de très bons musiciens.

Comment avez-vous appris la batterie ?

En allant surtout voir jouer les musiciens et en les écoutant ! Je passais des nuits entières dans les clubs à écouter Art Blakey et les Jazz Messenger, Kenny Clarke, Buddy Rich… Après, je me suis perfectionné à l’école de batterie de Dante Agostini. Kenny Clarke, que je connaissais déjà, y enseignait. Kenny Clarke était une légende ! C’est un musicien qui a apporté quelque chose de nouveau dans la batterie. C’était un maître. Il avait joué avec Charlie Parker, Thelonious Monk, Charles Mingus, Miles Davis. Quand j’ai demandé à Kenny de m’aider à me perfectionner, il m’a répondu : « Michel… je ne peux rien t’apprendre. La musique, tu l’as déjà en toi. Je peux juste te donner un petit conseil. Tu prends une caisse claire de batterie, tes balais, et tu lances le métronome. Si tu arrives à swinguer avec ça, tu seras un bon batteur. » Et puis j’ai appris en jouant, en jouant beaucoup. Et surtout au contact des grands. Le premier grand musicien que j’ai accompagné, c’était le saxophoniste Don Byas. Un musicien dont le style faisait la transition entre le swing et le be-bop. C’était une pointure, il avait joué avec Bud Powell ! C’est lui qui avait remplacé Lester Young dans l’orchestre de Count Basie en tant que soliste.

À l’époque, les musiciens américains avaient-ils des préjugés du genre « les Français ne peuvent pas jouer du jazz » ?

Pas du tout. En tout cas, moi, je n’ai pas vécu ça. Et puis il faut dire une chose : les Noirs américains étaient tellement contents de venir jouer en France… En Amérique, il y avait la ségrégation, alors qu’ici ils étaient traités comme des dieux. La France était le paradis pour eux. On les admirait tellement. On était tellement heureux qu’ils viennent ici. On était honorés de leur présence. Certains se sont d’ailleurs installés ici. Dexter Gordon est resté longtemps à Paris. Johnny Griffin et Nina Simone aussi. Un soir, je jouais avec Memphis Slim aux Trois Maillets et une nana débarque et demande un peu de fric à Memphis. Elle lui explique qu’elle n’a pas de quoi prendre un taxi. Ils avaient l’air de bien se connaître. C’était Nina Simone ! Elle était fauchée, et elle savait où trouver Memphis. Enfin voilà, c’était ça la nuit des jazz clubs à Paris. Avec tous ces gens. Tous ces Américains dans la capitale. Et Miles Davis ! Miles adorait la France. Kenny Clarke lui avait dit de rester vivre à Paris. Miles lui avait répondu : « Non, si je reste ici, je vais perdre mon jazz. Mon Jazz, c’est New York. » Et c’est vrai qu’à New York on ne jouait pas exactement comme ici. Ici, on jouait plus cool que là-bas. À New York, on jouait plus dur. Mais le jazz, ici, faisait bouillonner des quartiers entiers. C’était la folie. On commençait à jouer à 22 heures et on terminait à deux, parfois trois heures. Sans compter les bœufs ! Moi, aux Trois Maillets, je terminais à deux heures et ensuite je me dépêchais d’aller voir jouer les autres au Chat qui Pêche. J’ai vu Charles Mingus là-bas ! Et après, on allait au Leaving Room, sur les Champs-Élysées. J’ai vécu la nuit pendant trente-cinq ans. La rue Saint-Benoît était noire de monde à trois heures du matin. Les gens se bousculaient pour aller écouter Miles Davis, Bud Powell et Art Blakey au Club Saint-Germain. C’est après 1968 que l’ambiance a décliné. Il n’y avait plus la même atmosphère dans les rues. C’était moins festif, moins insouciant. Et c’était moins beau ! Les gens étaient de moins en moins classe, de moins en moins bien habillés. Ça ne brillait plus.

Sam Woodyard, Chicago, 1957. D.R

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Vous avez beaucoup joué avec Memphis Slim ?

Oui. Pendant dix-neuf ans tout de même ! On a fait 52 pays ensemble. On a enregistré plusieurs albums aussi, on jouait souvent en duo. Il m’a emmené chez lui, à Chicago. Memphis m’a fait découvrir son quartier, South Side. J’étais l’un des seuls Blancs. Il m’a fait faire la tournée des grands-ducs et m’a présenté à tout le monde pour qu’on me laisse tranquille. Il était très respecté là-bas. Et puis Memphis, c’était une armoire ! Physiquement, il était très impressionnant. C’était un géant.

D.R

Comment définiriez-vous le swing ?

Alors là, vous me demandez l’impossible ! Ça ne s’explique pas. Non. Tu swingues ou tu ne swingues pas, c’est tout. C’est comme la beauté, c’est indéfinissable. C’est évident et indéfinissable. Le swing, c’est un truc qui se passe dans le jazz. Il y a des tas de mecs qui jouent du jazz et qui ne swinguent pas. Ils n’ont pas le truc. En Amérique, on considérait que si tu swinguais, tu étais un bon, même si tu n’étais pas un technicien d’exception sur ton instrument. C’était le swing avant tout. Mais c’est un truc assez mystérieux. Par exemple, il m’est arrivé de jouer accompagné de types avec qui j’avais l’habitude de swinguer… et certains soirs, ça ne swinguait pas. Rien à faire ! On avait beau essayer, le swing ne venait pas. Mais quand le swing est là, c’est l’extase. On a l’impression de voler quoi… ça roule ! Les musiciens fusionnent, ne font plus qu’un, et la machine se lance. C’est un peu comme une transe. On est embarqué dans un truc qui nous dépasse.

Puisque vous ne pouvez le définir, pouvez-vous en donner quelques exemples ?

Oui, bonne idée ! Pour le comprendre, il faut plutôt l’écouter. Eh bien le swing absolu, c’est lorsque le batteur Sam Woodyard joue dans l’orchestre de Duke Ellington. Il n’y a pas plus swing que ça pour moi. Allez écouter ça et vous allez entendre ce qu’est le swing. Avant Woodyard, il y a eu Chick Webb comme grand swingman. Là, c’est un sommet. Vous pouvez aussi écouter Art Blakey, Max Roach, Philly Joe Jones et Kenny Clarke. Là, vous avez de quoi vous en mettre plein les oreilles. Vous allez ressentir ce qu’est le swing. Car le swing, ça ne se comprend pas, ça se ressent.

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Aujourd’hui, on a un peu tendance à tout mettre sous l’appellation « jazz ». Pour vous, la condition du jazz est-elle le swing ?

Exactement ! Mais aujourd’hui, quand on dit ça, on passe pour un vieux con. Eh bien tant pis ! Je le dis quand même. Et je vais aller plus loin. Je vais vous le dire franchement… pour moi, il n’y a presque plus de jazz. Même chez les Américains. On a tout mélangé et on a perdu le swing, qui est l’essence du jazz. Louis Armstrong avait dit dans les années soixante que vu la direction que prenait le jazz, ça ne durerait qu’un siècle et que ça deviendrait ensuite une musique de musée. Les jeunes musiciens de jazz sont désormais de bons musiciens, mais ils ne swinguent pas. Il y a la chanson magnifique de Duke Ellington, It don’t Mean a Thing (if it Ain’t Got That Swing) qui dit que si on joue du jazz et qu’on ne swingue pas, ça ne veut rien dire. Il y a une chaîne sur le satellite qui s’appelle Djazz : et il n’y a jamais de jazz ! Il y a de la musique africaine, de la musique brésilienne, cubaine, parfois de la musique instrumentale d’improvisation, oui, mais qui ne swingue pas ! Et c’est pareil dans les festivals. Pour moi, le jazz est mort il y a vingt ans. Quand les derniers grands sont morts. De jazz, il n’y a plus que l’appellation, mais l’âme n’est plus là. L’âme du jazz, c’est le swing. Si le jazz ne swingue pas, il n’a plus aucun sens.


Afida Turner © Guillaume Brunet-Lentz.

La question d’Afida Turner

Afida Turner. Cher Michel, je vous ai écouté ! Pour jouer ainsi, pensez-vous avoir été Noir dans une autre vie ?

Michel Denis. C’est drôle que vous me disiez ça ! Car vous n’êtes pas la seule. Le musicien de jazz Gerard Baldini m’appelait « le Nègre blanc ». Et un jour, Marc-Édouard Nabe – qui a beaucoup écrit sur le jazz – m’avait dédicacé son livre pour « l’homme qui frappe en noir ». Qui frappe sur la batterie bien sûr !

Mais voilà, je suis bien un gosse de Meudon. Et blanc, incontestablement ! C’est la seule chose dont je sois certain. Le jazz est évidemment une musique noire. La supériorité des Noirs sur les Blancs dans cette musique est indéniable. Tout simplement car, dans le jazz, tous les grands créateurs étaient noirs ! Mais ensuite, il y a eu de grands musiciens blancs. Comme Stan Getz ou Chet Baker, par exemple. Ce sont des nègres blancs ! Le jazz, c’est l’Afrique. L’intention du jazz est africaine, c’est une certitude.

Le quatrième élément

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L'ancien Premier ministre Edouard Philippe, Le Plessis-Pâte, septembre 2023 © MPP/SIPA

  « Qu’on ne me dérange sous aucun prétexte.

   – Bien, Monsieur le Premier ministre. »

Les bras chargés de dossiers, la secrétaire s’éclipsa, refermant avec toute la douceur requise la lourde porte matelassée. Elle se dit in petto qu’elle avait rarement vu Jean-Louis Patureau dans un tel état. Comme elle avait l’âme compatissante et que trois ans de collaboration professionnelle créent, malgré qu’on en ait, des liens affectifs, elle ne put s’empêcher de le plaindre.

Que le lecteur ne se méprenne pas : rien de trouble dans cet attachement. Outre que l’âge canonique allait sous peu sonner à sa porte, madame Martinet éprouvait pour la fonction et, par voie de conséquence, pour celui qui l’exerçait, un respect quasi sacré. Veuve, de surcroît, vouant à son défunt époux un culte tenace, elle n’avait jamais considéré Patureau autrement que comme un homme pour qui il convenait qu’elle se dévouât perinde ac cadaver. Sans rien attendre d’autre que la satisfaction procurée par le travail accompli et la gratitude qu’il lui manifestait parfois, par des paroles aimables qui la faisaient rosir. Comme lui-même éprouvait peu d’attrait pour les aventures extraconjugales (elles défont les carrières, en témoignent quelques exemples fameux) et bien que sa secrétaire fût encore assez gironde, la cause avait été entendue dès le début.

Comment, toutefois, Solange Martinet n’eût-elle pas remarqué les changements survenus au fil des jours, imperceptibles d’abord, puis de plus en plus nets ? Les cheveux qui grisonnent, les cernes qui alourdissent le regard, les épaules qui s’affaissent, le teint qui se ternit… À quarante-neuf ans, Jean-Louis Patureau avait perdu de sa superbe. Nettement moins fringant qu’à son entrée à Matignon. Pour l’heure, affalé derrière son bureau. Remâchant tout ce qu’il a enduré durant ces trois dernières années et qui remonte en lui comme des gorgées de bile. Trois ans de dévouement. De couleuvres avalées sans mot dire. D’impopularité croissante – les sondages en témoignent. Certes, le contrat, tacite, a été respecté : au président, les honneurs et la parade. A lui les basses besognes. Le capitaine du navire, en bel uniforme, et le soutier aux mains maculées de cambouis. Un partage des rôles librement accepté. Avec l’espoir, il en convient volontiers, que tant de sacrifices trouveront un jour leur récompense, quand, les deux mandats présidentiels achevés, il pourra à son tour…

Une espérance légitime il y a encore quelques mois. Et puis la crise, économique, financière. La dette qui se creuse. La bourse qui s’affole. L’ébranlement d’un système dont la fragilité se révèle soudain. Le doute qui s’insinue. La perte de confiance. Les mesures qu’il faut prendre en catastrophe pour tenter de sauver ce qui peut l’être encore. Le harcèlement de l’opposition et des syndicats. Le mécontentement général. Les manifestations de la rue et la hantise qu’elles ne dégénèrent. La haine, enfin, qu’il sent sourdre et qu’il convient d’affronter, sans donner le moindre signe de panique. Pour ajouter à tout cela, le sentiment amer de servir de bouc émissaire.

Il a compris que le vent tournait le jour où un journal satirique l’a caricaturé en vautour perché sur un cadavre de mouton, becquetant les derniers lambeaux de viande encore attachés au squelette. Avec une légende assassine : « Quand Patureau sera-t-il enfin repu de la chair du peuple ? » Il en a fait des cauchemars, se rêvant en urubu traqué par une troupe de chasseurs. Pour la première fois, l’a effleuré la tentation de démissionner, à laquelle il a résisté. Par ambition, peut-être. Par dignité, sûrement. Avec un indéniable courage. Fût-on simple soutier, on ne quitte pas le navire en détresse.

Comme pour s’assurer d’une improbable réalité, il lit de nouveau la dépêche que madame Martinet vient de lui remettre « La France en passe d’être encore dégradée. Estimant insuffisants les efforts entrepris pour redresser la situation, les agences de notation… »

Insuffisants ! Des efforts insuffisants ! Quelle injustice ! Il a le sentiment d’avoir tout tenté pour éviter le désastre. L’augmentation des impôts. La majoration des taxes existantes – sans compter la création de nouvelles, dans tous les domaines possibles. Les budgets rabotés, dégraissés, dans tous les ministères.

Ah, il s’est torturé la cervelle pour trouver comment éponger, au moins en partie, une dette abyssale. Taxe sur les jardins, baptisée « impôt terre ». Taxe sur les étangs et les piscines, que seul le souci d’euphonie avait préservée de l’appellation « impôt eau ». Taxe sur les enterrements, que de mauvais esprits avaient immédiatement nommée « impôt feu ». Une aubaine pour les humoristes. Tout cela, c’est lui, et lui seul qui l’a conçu, élaboré, mis en œuvre, soulevant l’ire catégorielle des horticulteurs, des maîtres nageurs et des croque-morts. Sans compter celle des professions annexes et sous-traitantes.

Ces sacrifices, il a réussi à les faire accepter en déployant une rhétorique éprouvée qui en appelle à la solidarité nationale. A la nécessité de l’effort commun. A l’urgence de tenir tête à l’étranger, prompt à profiter de nos défaillances, rêvant, comme on sait, de nous réduire en servage. Grosses ficelles, certes, mais efficaces. Comme la métaphore du char de l’Etat embourbé dans une ornière dont seul peut le tirer l’effort commun. « Attelons-nous à la tâche, mes chers compatriotes, et, sortis de ce mauvais pas, nous retrouverons bientôt les sentiers de la gloire. » La péroraison de son discours télévisé avait marqué les esprits au point que l’opposition avait, pour un temps, modéré sa vindicte.

Oui, mais voilà : tout cela a été vain. Une accalmie fallacieuse. Il faut trouver autre chose. Tenter, encore une fois, de colmater les brèches. Patureau sait bien qu’il ne peut compter que sur lui-même. Ses ministres ? Des incapables. Des égoïstes préoccupés de leur seule carrière. Soucieux de surnager, quoi qu’il arrive. Prompts à plastronner dans les temps d’euphorie, à se terrer en période de crise. Le président ? Il connaît d’avance sa réponse :

 « Débrouillez-vous, Patureau (il userait sans doute d’un terme plus cru). Je vous ai nommé pour cela. Vous avez toute ma confiance, vous le savez bien. »

Du reste, le président est en voyage, un de ces voyages qu’il affectionne. En visite officielle dans l’enclave espagnole de Llivia dont nul n’ignore l’importance stratégique, économique et culturelle. Pas question pour lui d’écourter un séjour préparé depuis des mois par notre diplomatie. Il en attend une remontée d’au moins trois points dans les sondages.

Jean-Louis Patureau se lève, arpente à grands pas son bureau, signe, chez lui, d’une réflexion intense. Il se remémore une à une toutes les mesures déjà prises, cherchant en vain un secteur d’où tirer d’indispensables subsides capables d’apaiser, au moins pour un temps, ces maudites agences.

Soudain, semblable au cardinal de Richelieu qui, aux dires d’un de ses biographes, caracolait à quatre pattes autour de son billard en hennissant comme un cheval – mais seulement dans les moments de jubilation –, le Premier ministre bondit en poussant une sorte de hululement. A mi-chemin du cri de la chouette et de celui d’un porc qu’on égorge. Il se rue sur la sonnette placée sur son bureau, en actionne le bouton avec frénésie.

Solange Martinet paraît aussitôt, s’immobilise sur le seuil.

 « Vous m’avez appelée, Monsieur le Premier ministre ?

   – Oui, j’ai besoin de vous. Mais ne restez donc pas debout comme une potiche. Asseyez-vous en face de moi. Oui, là, dans le fauteuil des visiteurs, que je vous voie en face. Les quatre éléments, ça vous dit quelque chose ? »

Interloquée, elle a posé timidement une partie de ses rotondités sur le bord du fauteuil et se tait, attendant la suite.

   « Alors, Martinet ? Suis-je clair, oui ou non ? Les quatre éléments ? »

C’est la première fois qu’il l’interpelle avec une telle brutalité, sans user du Madame habituel, et elle croit deviner, dans ce manquement, un trouble extrême. Ce en quoi elle ne se trompe nullement.

A lire aussi, du même auteur: Une preuve accablante

   « Eh bien, Monsieur, oui… Je crois… Je crois me souvenir qu’il s’agit de l’eau, de l’air, de la terre et du feu…

   – Fort bien. L’eau, le feu, la terre, j’ai déjà donné. On les raye de la carte. Inutilisables. Reste l’air. Que n’y ai-je pensé plus tôt, hein ? Martinet, dites-moi tout. Je note. Nous verrons ensuite.

   – Tout vous dire ? Et sur quoi donc, Monsieur le Pre… ?

   – Mais sur l’air, voyons ! Feriez-vous semblant de ne pas comprendre ? Tout ce qui vous passe par la tête. Un brain storming, mais individuel. Il n’en sera que plus efficace. Je vous écoute. »

   Il prend un bloc et un stylo, inversant ainsi les rôles. D’ordinaire, c’est elle qui note en sténo les paroles tombées de l’auguste bouche.

   « Vous me prenez au dépourvu ! Courant d’air, air liquide, armée de l’Air, prendre l’air…

   – Ah ! Excellent, prendre l’air. Continuez.

   – Air conditionné, avoir l’air, prendre de grands airs, pomper l’air, si je puis me permettre une expression aussi vulgaire…

   – Permettez-vous. Nous ferons le tri à la fin.

   – Fredonner un air, sans en avoir l’air, changer d’air, à l’air libre, chambre à air, air comprimé… »

   Les yeux baissés, après avoir mis ses méninges à rude épreuve, elle finit par articuler d’une voix faible :

   « Ma foi, je crois que c’est tout…

   – En êtes-vous sûre ? Allons, encore un petit effort ! »

Solange Martinet se concentre. Ses yeux fixent, sans le voir, le portrait du président trônant derrière le bureau où Patureau, stylo brandi, attend la suite.

   «  L’air de rien… Une prise d’air, ne pas manquer d’air, avoir un air de deux airs… S’envoyer en l’air… Vous me faites dire des horreurs ! »

Elle se tortille sur son fauteuil, évitant de croiser le regard de son interlocuteur.

   « Mais non, Solange ! C’est très bien. Nous sommes entre adultes, n’est-ce pas ? »

Solange. Il l’a appelée Solange. Pour la première fois. Elle en est abasourdie. Pense soudain, sans trop savoir pourquoi, qu’elle devrait sans attendre renouveler le vase d’immortelles sur la tombe de son époux.

Le Premier ministre semble satisfait. Il a recoiffé le stylo de son capuchon, hoche  la tête.

   «  Ce sera tout. Nous avons bien travaillé. Plus productifs en un quart d’heure qu’en trois heures de Conseil des ministres. Laissez-moi, maintenant. Je dois me mettre au travail. Le temps presse. Surtout, encore une fois, que personne ne me dérange. Sous aucun prétexte. Il en va de l’avenir de la France. »

   « Le redressement de notre pays passe par une maîtrise absolue des quatre éléments qui conditionnent la vie quotidienne de nos concitoyens. Voilà pourquoi il convient aujourd’hui de réglementer, dans un souci d’assainissement des finances publiques, la consommation de l’air, tant dans la sphère publique que privée. » Campé à la tribune, Jean-Louis Patureau est assez fier de son préambule. Lui qui, jeune loup de l’opposition, n’avait pas de sarcasmes assez cinglants pour fustiger la langue de bois des gouvernants, s’est parfaitement coulé dans le moule. Il a même acquis dans l’art oratoire une maestria que bien des politiciens lui envient.

Il laisse passer un silence, promène sur les bancs de l’hémicycle abondamment garnis un regard empreint de gravité, redresse les micros avant de poursuivre :

   « Mesdames et Messieurs les députés, j’ai l’honneur de porter à votre connaissance une loi tout juste élaborée par le gouvernement que je conduis. En vertu de l’article 16 de la Constitution et en raison du péril que fait courir à la France la situation présente, elle sera décrétée et appliquée en urgence, dès demain. En voici les grandes lignes.

   « Article premier : l’air absorbé par chacun tout au long de sa vie fera l’objet d’une taxation proportionnelle au volume consommé. Afin d’en déterminer le montant annuel, tous les citoyens âgés de plus de 10 ans et de moins de 80 ans devront se soumettre à une mesure quinquennale de capacité pulmonaire.

   « Art. 2 : seront exempts de ce contrôle les asthmatiques chroniques et ceux qui ne disposent que d’un poumon. Ils verront leur taxe automatiquement réduite de moitié.

   « Art. 3 : à l’inverse, avoir un air de deux airs entraînera le doublement automatique de la contribution.

   « Art. 4 : tout changement d’air devra être signalé aux autorités compétentes et pourra donner lieu à une taxation supplémentaire.

   « Art. 5 : prendre de grands airs impliquera une contribution spécifique.

   « Art. 6 : ceux qui n’ont l’air de rien échapperont à la taxe susdite, à condition d’en faire la demande à la mairie de leur domicile.

   « Art 7 : pomper l’air de son voisin sera puni d’une amende proportionnelle au préjudice subi.

   « Art 8 : s’envoyer en l’air sera soumis à une autorisation préalable des organismes habilités. Cette autorisation devra être sollicitée quinze jours à l’avance et donnera lieu à un impôt forfaitaire dont le montant sera fixé par le Parlement.

   « Mesdames et messieurs les députés, vous comprendrez que ce n’est pas de gaîté de cœur que des mesures aussi drastiques ont été arrêtées. Mais à situation exceptionnelle, décisions exceptionnelles. J’entends des ricanements sur les bancs de l’opposition, et même des lazzis. Que ceux qui m’interpellent en me demandant de quoi j’ai l’air prennent garde. Le peuple saura juger, en temps voulu, leur attitude scélérate. »

 « Applaudissements nourris sur les bancs de la majorité ». Tels seront les commentaires du Journal officiel.

Six mois ont passé. La France retient toujours son souffle. Comme prévu, Jean-Louis Patureau est candidat à l’élection présidentielle qui se profile. Les augures lui prédisent de bonnes chances de succès. Solange Martinet a opté pour une teinture auburn qui donne à son opulente chevelure un aspect léonin. Il lui arrive de plus en plus souvent de négliger de se rendre au cimetière. Les immortelles ont fini, à leur tour, par rendre l’âme. Elle n’en a cure. Elle éprouve parfois, en son for intérieur, de grands élans de fierté. N’a-t-elle pas contribué, et de façon éminente encore qu’occulte, au salut du pays ? S’il est élu, Patureau épinglera peut-être la Légion d’honneur sur son corsage. Une telle perspective lui procure une ivresse avant-courrière. Elle a déjà choisi la couleur du tailleur qui s’harmonisera le mieux au ruban rouge.

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Apprentissage de la lecture: et si on passait à la méthode Apili?

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Le ministre de l'Education nationale, Gabriel Attal, Châteauneuf-en-Thymerais (28), 15 septembre 2023 © ISA HARSIN/SIPA

En France, l’Éducation nationale est un précieux héritage, trahi, et en déclin depuis quarante ans. Pour la compréhension de l’écrit, la France se classe au 16e rang européen seulement (rapport Pirls 2021).


Depuis quatre décennies, l’Éducation nationale en France est en proie à une crise profonde, une crise qui a vu la qualité de l’enseignement chuter, tandis que le niveau de littératie des étudiants stagne. Cette débâcle ne peut être imputée à un facteur unique, mais plutôt à une série d’erreurs, de politiques éducatives discutables et d’idéologies obsolètes.

Le dilemme de la méthode d’apprentissage

Au cœur de cette crise se trouve le dilemme persistant entre la méthode globale et la méthode syllabique pour l’apprentissage de la lecture. Les partis politiques de gauche, au pouvoir depuis 40 ans, ont favorisé la méthode globale, mettant l’accent sur la reconnaissance des mots. Cette méthode a fait ses preuves ailleurs, mais pas en France.

L’écho de Jean Jaurès : la fluidité de la lecture

Jean Jaurès, figure politique et pédagogue éclairé, avait bien compris l’importance fondamentale de la lecture fluide. « Savoir lire vraiment sans hésitation » disait-il. Ses paroles sont aujourd’hui d’une actualité brûlante. La fluidité de la lecture est cruciale pour la compréhension, et c’est précisément ce qui a fait défaut dans le système éducatif français depuis des décennies.

Numéro 71 du magazine Causeur

L’avis éclairé de Luc Ferry

Luc Ferry, expert en pédagogie, souligne que l’apprentissage de la lecture ne se limite pas au simple déchiffrage des mots, mais doit s’accompagner d’une compréhension profonde et d’une véritable passion pour la lecture. Cette perspective éclaire l’importance de réformer notre approche de l’éducation.

Jean-Michel Blanquer : un espoir de réforme

Dans ce contexte sombre, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale de 2017 à 2022, a entrepris des réformes visant à remettre l’éducation sur la voie de l’excellence. Sa vision et ses actions, centrées sur le retour à la méthode syllabique et la promotion de la lecture, sont perçues comme une bouffée d’air frais dans un système éducatif étouffant.

A lire aussi: Yassine Belattar: splendeurs et misères d’un courtisan

Le dévoilement de l’hypocrisie éducative

L’abandon institutionnel de l’école publique en France a été un sujet de préoccupation depuis des décennies, mais il est temps de révéler l’hypocrisie qui s’est répandue chez certains acteurs politiques de gauche. Comme l’ont souligné les journalistes Éric Conan et Carole Barjon dans leurs analyses précises, la gauche a souvent prétendu lutter contre les inégalités éducatives tout en contribuant à les aggraver. Cette hypocrisie est devenue de plus en plus apparente, mettant en lumière une réalité sombre.

L’élitisme de gauche

Le cynisme élitaire a prospéré au sein de la gauche, où ceux qui se disent défenseurs de la justice sociale et de l’ouverture d’esprit ont souvent été les premiers à inscrire leurs enfants dans des établissements privés ou publics élitistes sur dérogation. Comme le disait avec perspicacité Michel Leroux, « les dévots de l’équité aiment rarement partager ». Cette réalité hypocrite a persisté pendant des années, mais elle est désormais démasquée et dénoncée. Le cas de Pap Ndiaye, qui choisit une éducation privée pour ses propres enfants tout en se définissant comme un « homme de gauche », en est un exemple frappant.

Le débat sur la qualité de l’enseignement

Le déclin de l’Éducation nationale en France ne peut être attribué uniquement aux politiques menées au cours des 30 dernières années. Il est nécessaire de se pencher sur la qualité de l’enseignement lui-même. Comme le soulignent les experts, la France est le pays où les élèves passent le moins de temps à travailler ensemble, privilégiant plutôt l’écoute passive des enseignants. Les présentations orales sont rares, et l’écrit conserve une place prépondérante. Les méthodes pédagogiques semblent en décalage croissant avec les capacités d’apprentissage des élèves, et l’organisation des établissements ainsi que les emplois du temps des enseignants posent problème.

Pourtant, la liberté pédagogique est un élément essentiel du métier d’enseignant, permettant d’adapter l’enseignement aux besoins des élèves. Il est crucial de soutenir les enseignants dans leur quête d’efficacité pédagogique et de favoriser le dialogue entre la recherche en sciences de l’éducation et le monde de l’enseignement.

L’adaptation de l’Éducation nationale à la société moderne

L’Éducation nationale française n’a pas su s’adapter à la société moderne. Elle persiste à être le seul lieu où l’enfant rencontre le savoir, alors que les familles souhaitent que l’école prenne en charge ce moment où l’élève s’approprie le savoir. Le modèle finlandais, par sa meilleure concertation et organisation, a réussi à dégager la pression sur les petites classes et à favoriser le travail coopératif. Cependant, il n’y a pas de modèle parfait, et il est temps de repenser le contenu de l’enseignement pour préparer les jeunes aux besoins futurs plutôt que de copier aveuglément des modèles étrangers. Il est temps de faire preuve de bon sens pour moderniser notre système éducatif.

APILI : une solution subtile

Alors que nous explorons les problèmes de l’éducation en France et les solutions potentielles, il est temps d’évoquer APILI (apili.fr), une méthode d’apprentissage de la lecture créée par Benjamin Stevens, un orthophoniste d’origine belge.

APILI se distingue par son approche syllabique, enseignant la lecture par les sons et les syllabes, tout en intégrant l’écriture de manière ludique. Cette méthode incarne la vision de Jean Jaurès en encourageant la fluidité de la lecture dès le début de l’apprentissage.

Le test concluant à Noisy-le-Sec

APILI ne se contente pas d’être une solution théorique.

Cette méthode a été testée avec succès dans une école primaire de Noisy-le-Sec, en banlieue parisienne. Là, elle a suscité l’enthousiasme des enseignants et des élèves, et vraisemblablement pourrait avoir des effets miraculeux sur des enfants allophones, autistes et des adultes trisomiques. Cette réussite inclusive renforce l’idée que la méthode APILI offre une lueur d’espoir pour l’éducation en France.

L’éducation en France a été trahie par des décennies d’idéologies et de méthodes d’apprentissage inefficaces. Mais il y a de l’espoir. Les réformes de Jean-Michel Blanquer et l’émergence de méthodes telles qu’APILI marquent le début d’une nouvelle ère pour l’apprentissage de la lecture en France. Il est temps de rétablir l’excellence éducative et de préparer nos apprenants à un avenir brillant. Comme le disait George Eliot, « le commencement est toujours aujourd’hui ». Il est temps de commencer à changer les choses.

Apili: Apprendre à lire grâce à l'humour !

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Une « loi Gayssot » contre les climatosceptiques? Vivement demain!

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Image d'illustration Unsplash

Après nous avoir parlé des hordes de délinquants dans les rues, à la suite de la mort de Nahel, de l’ensauvagement ou bien du wokisme à l’Éducation nationale, notre rédacteur en chef web verserait-il aujourd’hui dans le climatoscepticime ? Impardonnable: ce site et le changement climatique, c’est très sérieux !


Il ne s’agit pas tout à fait de contester ici le changement climatique. En fait, ce n’est même pas le sujet !

Cette question qui me harcèle

Ce qui nous intéresse, c’est de savoir si demain la liberté de la presse va s’arrêter là où commence la lutte contre le dérèglement climatique, comme le craint l’excellente Judith Waintraub, dans le Figaro Magazine. Depuis le 27 septembre, un groupe de députés a commencé à passer des auditions, en vue d’une proposition de loi qui vise à expurger de nos gazettes tout ce qui s’apparenterait selon les brillants élus à des thèses climatosceptiques. Il s’agit d’un projet tout à fait sérieux, émanant d’un groupe transpartisan, avec des députés de gauche et de droite, et à leur tête le socialiste de la Haute-Vienne Stéphane Delautrette.

A lire aussi, Didier Desrimais: L’arrogance des «élites» et la fin de la démocratie

Bon, le RN a bien sûr été exclu. « Notre pratique est de ne pas travailler avec le RN », assume crânement M. Delautrette. On ne peut qu’être navré de constater qu’à l’Assemblée nationale, tout le monde peut verser de chaudes larmes sur nos enfants victimes du harcèlement à l’école – cela fera d’ailleurs l’objet d’un éditorial brillant d’Elisabeth Lévy dans le numéro de Causeur à paraitre mercredi prochain – mais qu’on n’hésite pas à continuer d’ostraciser et de persécuter les élus de la droite nationale. Passons…

Un projet qui devrait provoquer un tollé médiatique

Dans le détail, que sait-on de la loi en préparation ? Pour l’instant, je l’ai dit, nous n’en sommes qu’aux consultations. Mais, l’idée lumineuse de tous ces députés qui se piquent de nous aider à « sauver la planète » est en fait chipée à une association militante, QuotaClimat. En tout cas, si de ces consultations découle bien par la suite une loi votée par l’hémicycle, nul doute que cela fera couler beaucoup d’encre, et que cela soulèvera un tollé dans les médias.

Car, en effet, il s’agirait de confier à l’Arcom le soin de s’assurer que les médias audiovisuels traitent des enjeux écologiques pendant 20% du temps d’antenne (l’Arcom est l’organisme de régulation des médias qu’on appelait il y a encore peu de temps le CSA). Pire, il se verrait confier la tâche de vérifier que les enjeux climatiques sont couverts conformément à un soi-disant « consensus scientifique ». Monsieur le député Delautrette affirme ainsi : « Il y a un dérèglement climatique et il est d’origine anthropique, c’est-à-dire lié aux activités humaines. Ces deux postulats doivent bien sûr échapper au débat contradictoire ». Mais, alors que le Figaro Magazine lui rappelait ses propos inquiétants quant à la liberté de la presse (et même tout simplement à la liberté d’expression), le député a protesté. Bien évidemment, il assure qu’il est très attaché au « respect de la liberté de la presse »... On peut souvent lire, çà et là, que les médias n’alertent pas assez sur le danger de l’urgence climatique, qu’il y aurait un déni de la réalité entretenu par les journalistes. Cela a d’ailleurs fait l’objet d’un film réussi sur Netflix, avec Leonardo DiCaprio et Meryl Streep, Don’t Look Up. Alors, on pourrait se dire que nos députés veulent faire œuvre utile, après tout…

On ne force pas à boire un âne qui n’a pas soif

Les médias n’ont pourtant pas besoin d’être encouragés ; ils relaient déjà à longueur d’antenne cette propagande du moment. Concernant le climat, les journalistes prennent déjà très au sérieux leur mission évangélisatrice. L’année dernière, Radio France a par exemple adopté une charte, appelée le Tournant, qui est assez orwellienne. Et effrayante. Sa première clause stipule, je cite : « Nous nous tenons résolument du côté de la science, en sortant du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine. Elle est un fait scientifique établi, pas une opinion parmi d’autres ».

A lire aussi, Eddy Royer: Quand « Blast : Le souffle de l’info » souffle sur les braises

Et en effet, si vous vous branchez sur France inter, quelle que soit l’heure de la journée, c’est 1) un sujet sur les violences policières ou sexuelles « systémiques » 2) un sujet sur la théorie du genre ou les transgenres 3) un sujet sur l’écologie. Et puis on recommence. Le changement climatique occupe aussi des pages entières de nos journaux. Le Monde a ainsi une rubrique « Planète » dans son cahier principal depuis des années – alors je ne vois pas ce qu’il faut demander de plus aux journalistes. Cette semaine, dans l’émission Quotidien, ils avaient acheté des billets de trains pour que toute une équipe aille harceler les exposants du Monaco Yacht Show. Du grand journalisme d’investigation, évidemment ! Non, vraiment, les journalistes (une profession qui penche naturellement et intrinsèquement sur la gauche) n’ont vraiment pas besoin d’être fliqués pour s’assurer qu’ils vont nous parler du climat, et tout le monde le sait très bien. À la télé toujours, les bulletins des prévisions météo ont carrément été renommés « Journal météo climat » cette année. Puisque je vous dis que tout le monde y met déjà du sien.

Alors, faut-il vraiment comptabiliser le temps d’antenne sur ce sujet inquiétant, comme on le fait pour les partis politiques lors des campagnes électorales ? Faut-il vraiment obliger CNews à recevoir des militants hystériques comme Aymeric Caron, Claire Nouvian ou Sandrine Rousseau, qui, de toute façon, préfèrent ne pas adresser la parole aux médias trop conservateurs à leurs yeux ? Cela me semble être une nouvelle usine à gaz, tout juste bonne à occuper quelques ronds-de-cuir dans la tour des bureaux de l’Arcom…

Liberté d’expression : attention fragile !

Le président de l’ONU parle déjà la même langue que Sandrine Rousseau, comme l’a analysé cette semaine Didier Desrimais dans les colonnes de Causeur. Mais peut-être que bientôt, je n’aurai plus le droit de publier ce type de tribunes, donc !

Enfin, non, concernant l’origine anthropique, il n’y a pas de consensus scientifique total. Sera-t-il interdit de lire demain le bouquin de Steven Koonin « Climat, la part d’incertitude » ? Pourtant, c’est quand même un ancien conseiller d’Obama ! Et, même si pour ma part je ne remets pas en cause le changement climatique, je ne veux pas qu’on interdise à des journalistes ou des essayistes de discuter de ces sujets. Par exemple, il existe des voix qui estiment que le GIEC est politisé, ou trop alarmiste.

L’enfer est pavé de bonnes intentions. Il n’est pas indispensable, pour être corrompu par les pensées totalitaires, de vivre dans un pays totalitaire… Et même si elle est évidemment encadrée, il ne faut toucher à ce qui encadre la liberté d’expression qu’avec une précaution extrême. Soyez donc rassurés, ce site ne deviendra pas climatosceptique aujourd’hui à cause de moi. Mais, je ne tiens pas à ce que demain la loi nous oblige à reprendre en boucle les préconisations du GIEC. Même si c’est pour mon bien.

Jack-Alain Léger, la douleur de vivre

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Jacques-Alain Léger. © JEAN-PHILIPPE BALTEL/SIPA

Écrivain au grand style, Jack-Alain Léger s’est illustré avec un égal génie à travers des dizaines de pamphlets et de romans difficilement trouvables aujourd’hui. Trop talentueux, trop tourmenté, il a été marginalisé par le milieu littéraire. Dix ans après son suicide, Jean Azarel recompose le puzzle d’une vie d’écorché.


Ça commence comme une tragédie. Comme si la vie d’un écrivain devait être écrite une bonne fois pour toutes par Sophocle. La mère de celui qui se cache derrière cinq pseudonymes, dont le plus célèbre est Jack-Alain Léger (1947-2013), a perdu un fils à la naissance. Elle devient dépressive, boit trop, fume beaucoup. Quelques jours avant de mettre au monde Daniel Théron, futur Jack-Alain Léger, elle tente de se tuer. Dans Autoportrait au loup (1982), autobiographie trash, presque introuvable aujourd’hui, ou alors à un prix prohibitif, l’écrivain, maudit dès la naissance, écrit : « Il fallait faire avec ça… Un ça de mort-né qui mort, à les entendre ces femmes, pleurait encore, vivait encore, les appelait la nuit – un ça de fou ! Vivre avec ce surmoi, avec des parents écrasés par la faute, errer, j’étais damné. »


Mélancolie destructrice

Daniel Théron portera toute sa vie les stigmates invisibles de la mélancolie destructrice. Dans l’un de ses livres – quarante romans, essais, pamphlets, dont deux jugés islamophobes – Le Bleu le bleu (1971) signé Dashiell Hedayat, l’écrivain, qui ne cesse de brouiller les pistes à la manière de Romain Gary, revient au frère mort-né, Louis, étranglé à la naissance par le cordon ombilical, d’où le visage bleu du bébé qui le hante.

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Il faudra supporter ça, et tant d’autres choses, la bipolarité décelée très tôt, un physique grassouillet, une homosexualité pas franchement assumée, la non-reconnaissance du milieu littéraire – toujours prêt à couper la tête de celui qui possède du style –, une vraie hargne de boxeur, une folie irradiant ses romans, et toujours la mère castratrice et adulée, cette mère qui meurt en 1971, le laissant dévasté, n’osant, malgré le caractère sacrilège de ses écrits, lui rendre hommage à la manière de Georges Bataille dans son livre profanateur Ma mère. Dans Autoportrait au loup, Léger avoue : « Mother, nous sommes des morts-vivants lorsque je pose ma joue sur ton ventre pour des confidences chuchotées dans l’abandon de tes gestes… Tes canines bleuissaient deux poinçons à mon cou lorsque tu m’embrassais. »

Le style, aucun doute, Jack-Alain Léger le possède. Mais ça ne suffit pas pour lui permettre de supporter sa silhouette de plus en plus alourdie par les anxiolytiques et les lecteurs de moins en moins nombreux. Comme il fut également chanteur, à la « voix incertaine, flûtée, traînante », on peut dire qu’il ressemblait un peu à Elvis Presley à la fin de sa vie, sans l’excentricité des costumes, même si l’écrivain le fut, excentrique dans ses tenues, à ses débuts.

Hautement dépressif, comme on est hautement toxique pour soi-même, incapable de gérer la répétitivité affligeante du quotidien, Jack-Alain Léger fait la demande d’être mis sous tutelle. L’avocat Emmanuel Pierrat, qui deviendra son exécuteur testamentaire, est désigné par un juge pour assumer ce rôle. Malgré un livre réussi, Zanzaro Circus (2012), l’écrivain est au bout du rouleau. Le 17 juillet 2013, Jack-Alain Léger se jette par la fenêtre de son appartement parisien, au huitième étage. L’été, à Paris, les rues désertes, écrasées de chaleur, donnent au malheur un poids insoutenable. C’est la chute finale. Un flash à la radio, dans la nuit, vient rompre le silence. On apprend la mort d’un romancier bourré de talent, caractériel, rancunier, batailleur, emmerdeur force 8, persécuté par ses pairs dont je tairai les noms, car beaucoup d’entre eux sévissent encore.

Dans Zanzaro Circus, la phrase affûtée, ce compagnon de débine, balance : « Je jure sur l’honneur, ami lecteur, que je n’invente rien, que ces pages sont du reportage sur le vif. Je n’ai pas d’imagination, mais une mémoire d’éléphant. »

Un écrivain sublimé

À l’instar d’un autre écrivain de grand talent, Yves Navarre, prix Goncourt 1980 pour Le Jardin d’acclimatation, les ouvrages de Jack-Alain Léger, publiés chez plusieurs éditeurs, sont difficilement trouvables. Heureusement que Cécile Guilbert est parvenue à en réunir trois aux éditions Denoël. Grâce à Jean Azarel, qui publie la première biographie de l’écrivain, il y aura, il faut l’espérer, d’autres initiatives pour faire découvrir l’auteur de Monsignore (1976), best-seller qui devint un film hollywoodien, hélas raté. Le livre d’Azarel s’appuie sur les témoignages de la famille, d’amis et d’éditeurs. Le puzzle de la vie de son sujet se reconstitue au fil des chapitres. C’est vivant, jamais lassant, car Jean Azarel est plus qu’un biographe, c’est un écrivain. Il fallait cette qualité rare pour nous faire revivre une telle personnalité fragmentée, et nous donner le goût de (re)lire un auteur travestissant son passé, parfois de mauvaise foi, refusant d’être considéré comme un parano, mais aux fulgurances géniales et à la causticité salutaire. Un homme ambivalent et libre. Tout ce qu’on aime pour mettre une bonne droite aux littérateurs.

Un mot encore. En 2001, sort le livre Ali le Magnifique, signé Paul Smaïl. C’est l’histoire d’un jeune beur, « épileptique comme l’Idiot », qui a été fasciné par la « société du Spectacle ». C’est drôle et émouvant à la fois, cette dénonciation des fringues haut de gamme, montres hors de prix, voitures inabordables qui mènent tout droit au désespoir et à l’assassinat. La gauche encense le livre aux vertus progressistes. Cécile Guilbert, interrogée par Jean Azarel, confirme : « Dans l’inconscient d’une certaine intelligentsia, Smaïl était le beur idéal, la justification d’un engagement politique et d’une forme de bien-penser. »

Smaïl, bien sûr, n’existe pas. Il se nomme Jack-Alain Léger. Les critiques, qui décernent les diplômes de moraline, se sont fait piéger par cette imposture de haut vol. Leur colère est homérique et leur vengeance digne de Zeus. On ne trompe pas impunément le tribunal de la bien-pensance sans encourir la peine maximale : la condamnation à l’oubli.


Jean Azarel, Vous direz que je suis tombé : vies et morts de Jack-Alain Léger, Séguier, 2023.

Jack-Alain Léger, Le Siècle des ténèbres – Le Roman – Jacob Jacobi (préf. Cécile Guilbert), Denoël, 2006.

Le Siècle des ténèbres - Le Roman - Jacob Jacobi

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Lutte (musclée) contre le harcèlement scolaire: faudrait savoir ce qu’on veut!

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Un mineur de 14 ans a été interpellé lundi 18 septembre dans un collège d’Alfortville (94). Il est soupçonné de harcèlement transphobe et de menaces de mort vis-à-vis d’une autre élève, âgée de 15 ans. Mais, certains pensent que les policiers, ces grosses brutes, n’auraient pas dû entrer dans le collège.


Voici une série pour les amateurs d’inconséquence, exclusivement… L’inénarrable représentante de EELV – et amie du rappeur Médine – n’a pas apprécié que des policiers entrent dans une école pour y arrêter un élève présentant un danger pour une collégienne. D’autres figures médiatiques y sont allés de leur couplet anti-flic et ont avancé l’hypothèse d’un trauma collectif. Quant au drapeau arc en ciel, on ne l’a guère vu flotter, alors que l’élève harcelée aurait dû particulièrement émouvoir les militants homosexuels.

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L’interpellation de l’élève harceleur par les policiers en plein milieu d’un cours dans un collège d’Alfortville a suscité une petite polémique déclenchant dans les rangs des professionnels de la révolte une salve de critiques et d’indignation surjouée mais terriblement mal placée.

Xose Bouzas / Hans Lucas / Hans Lucas via AFP

Chuck Norris ne voit rien à redire : l’intervention était dans les règles

Au lendemain de l’arrestation, Marine Tondelier, chef de file de EELV, s’est ainsi offusquée sur le plateau des 4 Vérités, la matinale de Télématin, de l’action jugée disproportionnée des forces de l’ordre. Après des « années d’inaction, d’incompréhension sur le sujet, de déni parfois (…) tout d’un coup, on est dans Walker Texas Ranger » s’est-elle exclamée (on sent ici la punchline bien concoctée par l’équipe en charge des éléments de langage), fustigeant l’écart entre la lâcheté du « pas de vague » – encore bien implantée dans la hiérarchie de l’Education nationale comme en témoigne le suicide de Nicolas et la lettre du rectorat de Versailles – et le retour tonitruant de l’autorité régalienne.

Il est pour qui, le trauma ?

Autre réaction, celle d’une haute figure médiatique du progressisme multiculti, le rédacteur en chef de la revue de gauche Regards ; Pablo Pillaud-Vivien. Celui qui est aussi chroniqueur régulier dans l’émission « 22h max » sur BFMTV a, quant à lui, joué la carte de l’empathie en se mettant à la place des élèves qui ont assisté à l’arrestation de l’élève harceleur devant toute la classe. « Si ça crée un trauma dans toute la classe, je pense qu’il y a un souci ». C’est ben vrai !

Autrement dit, le « souci » n’est pas tant qu’une élève reçoive des menaces de mort et des insultes à caractère transphobe de la part d’un autre élève, mais que des policiers fassent leur travail de policier en charge de protéger et de réprimer. L’inversion des rôles est à sa comble. Si trauma il y a, il est en réalité plus à chercher du côté de la victime, de cette élève en transition de genre qui a subi des messages homophobes d’une rare violence verbale tels que « sale travelo », « on va tegourger [t’égorger] », « suicide toi sale pd », « j’ai une haine envers ta race », ou encore « tu mérites de mourir », « je vais te faire une Hitler ».

Et si, au contraire, cela calmait les esprits ?

Mais, quand bien même les élèves seraient choqués par cette intervention, certes inhabituelle mais légale, de la police au sein de leur établissement, ce n’est pas une si mauvaise chose. L’exemplarité ayant force de dissuasion, cette interpellation peut de nouveau susciter la peur de la sanction et contribuer à atténuer le sentiment d’impunité.

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On vit à une époque où le « name and shame » est dégainé à tout-va pour les entreprises accusées d’écocide ou pour des multinationales qui refusent de faire baisser les prix pour lutter contre l’inflation alimentaire ; en revanche, il ne serait pas convenable de faire honte aux élèves harceleurs devant toute leur classe… Continuer à prendre des pincettes alors que le degré de violence des mineurs est en perpétuel crescendo, cela relève d’un angélisme inconséquent !

Inconséquence, quand tu nous tiens… 

Par ailleurs, il est tout de même surprenant que ces deux figures politico médiatiques ayant toujours à cœur de défendre les discriminations que subissent des minorités, passent plus de temps à critiquer l’action de la police qu’à se réjouir de l’arrestation du harceleur avant que ses menaces deviennent réelles et se soldent par un suicide de plus ! 

Le ministre de l’Education réunit les recteurs d’académie en vision conférence, après le suicide de Nicolas, Paris, 18 septembre 2023 © JEANNE ACCORSINI/SIPA

La communauté au drapeau arc-en-ciel et aux couleurs rose blanc bleu (c’est le drapeau des militants trans, mettez-vous un peu à la page en lisant les articles de Jeremy Stubbs), pourtant si exubérante lorsqu’il s’agit de défiler et de revendiquer de nouveaux droits, s’est également distinguée par son étonnant mutisme. L’élève trans harcelée n’a pas eu le droit à la mobilisation des militants LGBTQ+ pour condamner la transphobie du harceleur, contrairement à celle déployée pour Lucas harcelé à cause de son homosexualité. Son suicide avait alors suscité la stupeur et la condamnation de tous et en particulier celle des militants gays dont plusieurs associations avaient signé une tribune pour appeler Pap Ndiaye, notre (ex) ministre wokisé de l’Education Nationale, à lancer une conférence pour mieux lutter contre les LGBTphobies et le harcèlement scolaire.

Le retour du sanctuaire oublié

Aujourd’hui, la victime du harcèlement transphobe est donc passée au second plan. Elle fut occultée par l’interpellation de son bourreau, car aux yeux de la patronne des écologistes et du chroniqueur gauchiste, l’important était de condamner la police – et quoi de plus efficace pour critiquer l’action des forces de l’ordre, que de rappeler que l’école est « un sanctuaire ». Ah le sanctuaire !… Voilà un argument décisif, mais utilisé à géométrie variable. Brandi pour taper sur les flics, mais enterré pour défendre la laïcité. Car ceux qui martèlent que l’école doit être protégée du monde extérieur et que ses portes ne devraient pas s’ouvrir aux policiers sont les mêmes qui légitiment l’intrusion du port de tenues religieuses à l’école comme l’abaya ; tenue qui invisibilise le corps des femmes, bafoue la laïcité et éventre ce sanctuaire qu’est effectivement notre école républicaine.

A relire, du même auteur: Délais de décence à géométrie variable

À gauche, la haine du flic est plus forte que tout. Lorsqu’il s’agit d’alimenter la haine antiflic qui a encore retenti dans les rues de Paris, samedi 23 septembre, lors de la manif contre les violences-policières-et-le-racisme-systémique, tout est permis chez les gauchistes, y compris de sacrifier leurs propres convictions. Cela étant, et au-delà de cette polémique inutile, reste à savoir quelle sanction sera prise à l’encontre de l’élève harceleur et si ce dernier se verra dans l’obligation de rester éloigné de sa victime ou non. Le gouvernement a présenté mercredi son plan choc contre le harcèlement scolaire. Au-delà des cours d’empathie promis par Gabriel Attal, le plan prévoit notamment que toutes les situations de harcèlement seront systématiquement recensées, et qu’en cas de harcèlement grave, les terroristes des préaux seront écartés de l’établissement scolaire. Pour les travaux pratiques, Alfortville semble nous offrir un fantastique cas d’école…