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Parti pris de l’étranger

45 % des Français musulmans estiment que les attaques du 7 octobre sont des « actions de résistance ». Alors que pendant des décennies, les rapports entre la France et Israël alimentaient fantasmes et hantises, c’est désormais la « rue arabe » qui retient l’attention des Français.


Beaucoup de citoyens estiment que dans une France idéale, les soubresauts sanglants du Proche-Orient ne devraient pas affecter notre concorde civile. Toutefois, l’étude IFOP/Écran de veille du 18 décembre, concernant les regards portés par les Français musulmans sur ce conflit, ne laisse pas d’interroger. On y apprend que, pour 45 % des Français musulmans, les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre sont bien des « actions de résistance ». Seulement 10 % de l’ensemble des Français pensent cela ! Les plus jeunes, ceux qui vivent dans une banlieue aisée ou ceux qui vont le plus régulièrement à la prière sont les plus nombreux à partager cet avis. Sur le plan politique, 58 % des Français musulmans estiment que la France est plutôt du côté d’Israël contre 20 % en moyenne chez l’ensemble des Français ; et, enfin, 67 % considèrent que les médias sont du côté d’Israël (contre 38 % en moyenne chez les Français).

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De tels chiffres expliquent peut-être le choix du président Macron de ne pas se rendre à la manifestation contre l’antisémitisme du 12 novembre autant que l’argumentaire, certainement brillant, de Yassine Belattar. L’IFOP n’est pas en mesure de donner les réponses de nos concitoyens juifs. On se doute que leurs réponses seraient différentes de celles des musulmans, mais on ignore dans quel sens et ans quelle mesure. « La proportion des juifs est tellement faible (0.5 % de la population) qu’il est techniquement impossible d’en interviewer un millier à moins de se donner plusieurs mois pour le faire et un budget très élevé », explique François Kraus, directeur du pôle politique et actualités. De toute façon, alors que Jérôme Fourquet (qui travaille aussi à l’IFOP) nous a appris qu’un nouveau-né sur cinq ( !) en France se voyait attribuer un prénom arabo-musulman, ce sont les ingérences de la rue arabe qui alimentent les fantasmes et hantises des Français.

Stanislas: le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière

Après 45 ans de travail dans l’enseignement public, on n’attendait pas de notre chroniqueur, à l’occasion de la polémique autour de Stanislas, qu’il tresse des couronnes à l’enseignement privé. Ni qu’il exalte un enseignement public dont il fut le premier à constater que c’était « la fabrique des crétins » — que les crétins soient les élèves, certains enseignants entichés de pédagogisme, ou des responsables ministériels (et au plus haut niveau) qui n’entravent que pouic à l’Ecole. En fait, son avis d’expert est balancé, et témoigne d’une pensée… complexe.


L’inscription à Stanislas, sous un prétexte parfaitement foireux, des rejetons de la ministresse a redéclenché une guerre scolaire que l’on pensait réglée depuis la loi Debré — dont je convie le lecteur à prendre connaissance, pour bien mesurer ce que l’on avait cru enfoui et qui cheminait souterrainement.

C’est confortable, au fond, de gérer une école privée sous contrat. On reçoit des fonds (importants : l’ensemble des salaires, plus diverses allocations municipales et régionales, ce n’est pas rien).

En échange de cette manne inouïe, l’enseignement privé sous contrat n’a que des charges légères : suivre les programmes, par exemple. Il n’est même pas obligé de prendre les postulants qui se présentent — il fait le tri, de façon à ne garder que les élèves méritants, c’est-à-dire bien nés. Les Anciens de Stanislas ou de l’Alsacienne (le pendant protestant des catholiques de « Stan ») se tutoient, se partagent les postes, et se reconnaissent comme les oligarques d’un système démocratique qui croyait en avoir fini avec l’aristocratie. Molière a écrit l’Ecole des femmes ; ici, c’est l’Ecole de L’Entre-soi.

Etonnez-vous qu’on leur impose sans problèmes une tenue décente, des chaussures en cuir, une attitude raisonnable, pas de smartphones dans l’enceinte de l’établissement et une assiduité visible ?

Ne croyez pas un instant que les enseignants soient meilleurs que ceux du privé. L’enseignement privé a ses propres concours, mais le nombre d’agrégés, par exemple, est sensiblement inférieur à celui des grands lycées publics. Ils font rarement grève (mais cela arrive), et comme la gestion de ces bahuts est proche, on les remplace, en cas d’absence prolongée — quitte à faire appel à des parents pour assurer la continuité…

Le rectorat de Paris — ça a fait suffisamment jaser — a imposé aux lycées publics, via Affelnet, un système qui oblige à avoir un certain quota d’élèves à IPS (Indice de Position Sociale) moins reluisant que les natifs du Ve arrondissement. Pas des cancres — juste des élèves méritants qui étaient jusque-là rejetés loin des havres de grâce que sont Louis-le-Grand ou H-IV.
Mais les bahuts privés ont gardé la haute main sur leurs recrutements. Tout juste s’ils ont accepté de déclarer les noms de ceux qu’ils prennent en Seconde, de façon à libérer autant de places ailleurs, en cas de candidatures multiples — ce qui n’est pas rare.

Donnez-moi le droit de recruter qui je veux, et j’aurai sans problème 100% de reçus avec mention au Bac. Pas bien sorcier. Ceux qui vantent l’excellence de Stanislas devraient réfléchir. Le vrai mérite, c’est de faire réussir ceux qui ne sont pas nés avec une cuiller en or dans la bouche.

Les programmes sont donc censés être les mêmes — et des Inspecteurs sont là pour s’en assurer. Le catéchisme par exemple ne peut être qu’une option — et un établissement catholique qui le rendrait obligatoire serait gravement en infraction avec la loi.
Je dis bien « catéchisme » — là où l’on apprend que la Vierge le fut avant, pendant et après, que Judas était roux, que les habitants de Sodome tentèrent de… sodomiser un ange passant chez Loth, et que Moïse flottait bébé sur le Nil, tout comme Romulus et Rémus quelques siècles auparavant.

La culture religieuse, c’est tout autre chose. Dans mon souci de distiller à des classes pleines de musulmans ignares le minimum requis de Culture générale, j’avais fabriqué de (très longs) PowerPoints où avec force tableaux de maîtres et commentaires écrits, j’expliquais l’Ancien et le Nouveau testament — et le Coran, pendant que j’y étais —, le martyrologe chrétien (ah, saint Denis ramassant sa tête, c’est quelque chose !) et quelques réflexions sur les territoires du Diable. Mes élèves se délectèrent des diverses versions de la nudité de Bethsabée ou de Suzanne, et de la prédilection forcément sainte du vieux roi David pour les jeunes vierges. Entre autres. Après tout, sans quelques connaissances précises des visions attribuées à saint Jean, qui comprendrait le film de Minelli tiré du roman de Blasco Ibañez, Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse ?

Je n’ai bien évidemment rien contre le fait que des parents inscrivent leurs enfants dans des établissements professant telle ou telle conviction religieuse. Toutes les superstitions sont dans la nature. Et tant que ça ne contrarie pas les lois de la République…

D’où le fait qu’un lycée musulman faisant l’éloge de la charia se met naturellement hors la loi. Imaginez un établissement catholique qui à la lecture du présent article me condamnerait au bûcher…

L’ordre et la morale tiennent moins au ressassement des Dix commandements (dont la Déclaration des Droits de l’homme n’est au fond qu’une version laïque) qu’à l’étude des Lumières. C’est par la Culture (littéraire, artistique ou scientifique) que l’on s’intègre à la communauté nationale. Pas autrement.

Le hic, c’est que les lycées publics ne bénéficient pas des mêmes privilèges que le privé. Il faut accepter que le public embauche ses enseignants, avec beaucoup de flexibilité, gère ses budgets, édicte des règles de vie strictes, avec une possibilité d’exclure les élèves problématiques, au lieu de les inscrire à un stage poney. Il faut réécrire les programmes, de façon à ce que les enseignants sachent, à toute heure de cours, ce qu’ils doivent enseigner, sans avoir à le faire deviner (en vain) à des élèves censés construire leurs propres savoirs. Il faut que l’ordre et la discipline règnent dans le public comme dans le privé — et alors, alors seulement, le match privé / public n’aura plus de raison d’être, et les journaux pourront parler d’affaires graves, au lieu de vendre du papier en y étalant les classements toujours vains des établissements.

Loi immigration: le feuilleton de rentrée à suivre absolument

Jeudi dernier, à Matignon où il recevait les chefs de LR, le Premier ministre Gabriel Attal a bien confirmé qu’il allait retoucher l’AME.


On ne devrait pas tarder à voir le débat sur l’Aide Médicale d’État, l’A.M.E, revenir en pole position dans les discussions politiques et les articles de presse. Déjà, en coulisses on s’agite. C’est que le sujet est des plus sensibles. Les Républicains tenaient à la suppression pure et simple de cette facilité accordée systématiquement aux personnes étrangères en situation irrégulière présentes sur notre sol. Madame Borne, alors Premier ministre et déjà bien oubliée – ingratitude des temps – avait jugé préférable de sortir ce sujet de la loi immigration tout en promettant de revenir sur la question par une autre loi, spécifique, qu’elle annonçait pour le début de la présente année. M. Larcher, vieux briscard du sérail à qui on ne la fait pas, avait exigé un écrit, une lettre précisant cet engagement. Les paroles s’envolent, les écrits restent, on connaît l’adage. Sans doute est-ce aussi en raison de cette précautionneuse astuce que le nouvel hôte de Matignon s’est cru obligé de déclarer devant les députés, lors de la dernière séance de questions au gouvernement et en réponse à l’interpellation du chef des parlementaires LR, Olivier Marleix, que cet engagement serait tenu.

Quand ? Ce léger détail ne fut pas précisé. Pas plus qu’il ne le fut lors de l’entretien que les caciques de ce parti, MM. Ciotti, Retailleau et Marleix ont eu jeudi dernier à Matignon avec le Premier ministre. On sait qu’ils l’auraient trouvé « juvénile ». Juvénile mais pas davantage précis dans ses intentions. Comme quoi l’habileté en politique n’attend pas non plus le nombre des années. M. Marleix est sorti de ce rendez-vous plutôt confiant. Sous le charme de cette sémillante juvénilité, allez savoir ? Il lui a paru que le jeune homme « jouait franc jeu ». Quant à l’imprécision sur la date de la loi promise, il la justifia d’un mot qui, pris à la lettre, pourrait s’avérer bien cruel : « Il n’a été précis sur rien. » Quand on vous dit que le flou est un art politique de première grandeur et qu’il se pratique dès le berceau ou presque…

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En sortant l’AME de la loi immigration et en promettant une loi séparée, Mme Borne ne visait, pour dire les choses crûment, qu’à ménager la chèvre et le chou. La chèvre, les LR et leur exigence très droitière, le chou, sa majorité et ses pudeurs très gauche morale. Or, à ce que nous croyons savoir, c’est à peu près le même cheval qu’entendrait enfourcher le cavalier Attal. On s’orienterait en effet vers un agencement en deux temps, croit avoir décrypté M. Marleix. La loi pour définir quels seraient les bénéficiaires du dispositif AME, et un texte réglementaire pour établir la liste des prestations et des soins auxquels ils pourraient prétendre. Autant le dire sans ambages, voilà qui fleure à plein nez la bonne vieille usine à gaz. Voire l’entourloupe grand format. La liste des bénéficiaires aurait force de loi, très bien. Cela pour ménager la chèvre évoquée ci-dessus, mais le catalogue de soins, lui, ne relèverait que du réglementaire, en d’autres termes de dispositions potentiellement revues et corrigées en fonction de l’ère du temps, de l’humeur de la majorité en place, éventuellement de l’âge du capitaine et de la vitesse du vent. Il suffirait, on s’en doute, qu’on fasse entrer dans ce règlement suffisamment de critères d’éligibilité pour qu’on se retrouve Gros Jean comme devant, c’est-à-dire avec une AME qui serait quasiment en tout point ce qu’elle est actuellement. Au moins sur le papier, le tour de passe-passe ne peut être exclu, et, ainsi, le chou à pudeurs gauche morale mentionné plus haut, se trouverait lui aussi ménagé. Du très beau boulot, vous dis-je…

Ce « tout ça pour ça » se ferait au nom de nos valeurs humanistes, vous l’aurez compris. En juin dernier, M. Attal ne revendiquait pas autre chose lorsqu’il déclarait : « En plus de conserver les valeurs humanistes de la France, ils (les professionnels de santé) disent que pour des enjeux de sécurité sanitaire pour les Français, il faut garder un système de santé qui soigne ces personnes présentes sur notre sol. »

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« Des enjeux de sécurité sanitaire pour les Français » ? Quel aveu ! Ainsi donc, l’immigration débridée serait en elle-même porteuse d’un risque pour l’intégrité physique de l’ensemble de la population ? Constat assez inquiétant, pour ne pas dire terrifiant. Mais aussi constat passé assez volontiers sous silence. On n’en parle guère, assurément. C’est qu’il serait bien peu responsable de trop mettre en lumière une réalité qui risquerait d’affoler les foules, comprenez-vous. Il se peut que le juvénile personnage, non encore Premier ministre alors, ait cédé à un accès de candeur en laissant filer cette vérité d’évidence. Quoi qu’il en soit, il est parfaitement clair que ce paramètre devrait être en tête des préoccupations lorsqu’il s’agira de trousser la loi promise et de peaufiner le dispositif réglementaire y afférent (comme on dit dans la Gendarmerie). Il ne faudrait pas, tout de même, que l’affaire soit remise aux calendes grecques et n’accouche finalement que d’un placébo, un remède en trompe l’œil mais vide de tout principe actif. Cela aussi ne peut être exclu, tant on sait le mandarin Macron et le jeune docteur Attal assez experts dans l’art de jouer la montre et, surtout, de dorer la pilule.

Mitterrand, Don Juan en politique

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Déprime russe

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Il y a des films qui se méritent. En fait partie La Grâce (traduction très approximative du titre russe original, «Blazh » qui renvoie davantage à l’idée de « caprice »). Une blonde adolescente aux traits archangéliques s’est mise en route avec un homme de belle allure, son père – barbe de trois jours, entretenue tout de même au rasoir électrique : lui au volant d’un vieux van aménagé pour y dormir, elle sur l’autre siège, regard farouche dans un visage lilial. Elle prend des photos avec son appareil polaroïd, une urne noire posée sur ses genoux. Ils ont l’un et l’autre les ongles sales : la vie à la dure.

Avouons que la lenteur concertée de ces quasi deux heures que dure La grâce n’est pas sans procurer au spectateur le mieux intentionné du monde la tentation de l’ennui, au péril de la somnolence. Et pourtant, ce n’est pas seulement la curiosité qui jusqu’au dénouement aura tenu votre serviteur captif de ce road movie fort peu épique dans le no man’s land de la Russie rurale. Le périple s’amorce dans les montagnes caucasiennes, plus exactement dans la république autonome de Kabardino-Balkarie (située comme chacun sait au nord de la Géorgie). Contrée polyglotte où les autochtones n’échangent pas exclusivement en langue russe.

On comprend vite que l’urne noire, objet fétiche, recèle les cendres de la mère de l’immaculée jeune fille. Elle et son père se dirigent vers la mer de Barents, rivage septentrional de l’immense contrée, qu’ils arpentent sur de mauvaises routes encerclées de vastes et austères paysages. Entre eux, la tension, palpable quoique peu diserte, explose à la moindre occasion, tandis qu’ils font étape dans des bleds paupérisés à l’extrême. Notre paire de routard joint les deux bouts en organisant, pour la distraction des locaux, des projections en plein air sur un écran de fortune, matériel portatif dont leur van est équipé. Anthropologie d’un monde enlaidi, agressif, déprimé.     

Dans la pure tradition qui relie Tarkovski à Sokourov, cette aride odyssée paysagiste relève de l’allégorie : passage à l’âge adulte, acceptation de la finitude…  D’un côté la maturation de la nubile, diaphane et photogénique enfant de 15 ou 16 ans, bientôt déflorée par un ravissant moujik, lequel, juché sur une moto tout terrain, la harcèle inlassablement de ses assiduités – désir immédiat, virginal, sans appel : « ne me poursuit pas », ordonnera-t-elle, la chose faite (hors champ), après un dernier baiser furtif et un polaroïd volé au fessier musclé du paysan, enjoint de se retourner pour la photo – souvenir de sa mâle nudité, shootée dans l’encadrement de la croisée…. Le géniteur veuf fera quant à lui son deuil de l’absente dans une rencontre un peu pathétique, (coït laissé hors champ également) levée au hasard d’un point de chute, dans ces confins déshérités où rouille une station météo de l’âge soviétique…

Etrange ovni que ce film millésimé 2021, premier long métrage de fiction du cinéaste Ilya Povolotsky lequel, natif d’Izhevsk en 1987, vient du documentaire. L’homme vit actuellement à Paris. Placé sous le signe d’une lenteur implacable, La Grâce est la seule production qui en 2023 ait franchi la frontière russe jusqu’à atteindre… le Festival de Cannes !  Inutile de dire que le film n’a pas été vu dans le pays enchanté de Vladimir Poutine. En attendant, il sort à Paris.             

La Grâce. Film d’Ilya Povolotsky. Russie, 2021, couleur. Durée : 1h58. En salles le 24 janvier 2024

Sauternes oblige

Les vins de Sauternes sont un trésor national aujourd’hui mal-aimé. Au château de Fargues, la famille de Lur Saluces perpétue un savoir-faire exceptionnel qui donne toute sa noblesse à ce précieux nectar.


Le 24 juillet 2023, le marquis Alexandre de Lur Saluces rendait son dernier souffle au château de Fargues, dans lequel il vivait depuis sa naissance en 1934, au milieu des champs, des vignes et des forêts, à Sauternes. Tout a déjà été dit au sujet de ce grand homme du vin, qui était aussi un grand lettré, à qui son grand-père Eugène (ami de Charles Maurras) faisait lire lessermonsde Bossuet à l’âge où, d’ordinaire, on collectionne les images de pin-up hollywoodiennes ! Alexandre de Lur Saluces avait été le propriétaire du mythique Château d’Yquem, de 1968 à 2004, jusqu’à ce que Bernard Arnault le rachète avec le projet explicite de produire un vin de Sauternes plus « accessible ».

Fargues peut se conserver cent ans. Dans sa jeunesse, il offre une explosion de fraîcheur et d’agrumes.

Ne partageant probablement pas cette philosophie, le marquis, tel le roi Lear, s’était alors replié en son château de Fargues, une forteresse du XIIIe siècle, et propriété de la famille depuis… 1472 ! (L’arbre généalogique des Lur Saluces remonte aux Capétiens, ce qui en fait l’une des plus vieilles familles de France.) Sorti du Moyen Âge avec tous ses fantômes, le château est une merveille qu’il faut absolument visiter, à l’image d’ailleurs de tout le Sauternais, dont les paysages évoquent ceux de la Toscane vallonnée.

Gestes ancestraux

Vingt ans après, c’est peu dire que les sauternes élaborés à Fargues ont dépassé en grandeur ceux de son illustre voisin : sans aucun marketing, les Lur Saluces, père et fils, ont inventé ici un luxe artisanal et paysan, ancré dans la terre et soumis au rythme des saisons. Ils ont appliqué à leurs vignes des gestes ancestraux, ainsi que nous l’explique Philippe de Lur Saluces, le troisième enfant d’Alexandre, auquel celui-ci a peu à peu confié les rênes du château, après une période d’épreuves initiatiques dignes des chevaliers de la Table ronde… « En hiver, on taille et on brûle les sarments ; au printemps, on laboure légèrement les sols sur lesquels on répand un peu d’engrais naturel et on attache les vignes aux piquets de bois avec de l’osier ; l’été, on les effeuille, on ramasse le foin pour faire du fumier et on restaure les barriques ; l’automne, enfin, on récolte les raisins à la main, dans des paniers en bois de peuplier colmatés avec de la cire rouge… »

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Philippe et son épouse Charlotte (issue d’une noble famille vendéenne, les Boux de Casson) forment un couple fusionnel. Avant de rejoindre le château de Fargues en 2004, à la demande du marquis, ils ont vécu longtemps à l’étranger, et notamment en Chine. Cette expérience est aujourd’hui bien utile pour vendre du sauternes à des consommateurs asiatiques qui ignorent totalement l’idée d’accords mets-vins, puisque tous les plats sont posés sur la table en même temps pendant le repas. Après la mort de son père, Philippe s’est retrouvé en pleine lumière, face aux médias du monde entier, avec, sur les épaules, le poids d’un héritage familial écrasant : « Je redoutais les acabailles, la fête qui marque la fin des récoltes avec les vendangeurs ; c’est un rituel très important au cours duquel la plus jeune des vendangeuses fait un discours et donne ensuite la parole au propriétaire. C’est à ce moment-là que la relation avec les ouvriers se forge et que l’on gagne leur respect, ou pas… Les vendangeurs de Sauternes sont l’élite, car ils doivent savoir récolter chaque grain à la main, par tris successifs. Je leur ai dit qu’ils n’étaient pas là seulement pour ramasser du raisin, mais qu’ils étaient là pour faire Fargues ! »

Sacerdoce

Aujourd’hui, produire un grand vin de Sauternes relève du pur sacerdoce, car sa consommation s’est effondrée. Les sauternes représentent 0,1 % de la production et 0,4 % du chiffre d’affaires des vins de Bordeaux… Jusque dans les années 1950, c’était l’âge d’or, on servait du sauternes à l’apéritif dans des verres en cristal de Baccarat. Yquem se vendait trois fois plus cher que les plus grands vins rouges de Bordeaux ! Aujourd’hui, son prix est à peine celui d’un modeste deuxième grand cru classé de Pauillac. Et que dire de tous les autres ? On trouve des bouteilles de sauternes à 30 euros, alors que chaque pied de vigne ne donne qu’un petit verre de vin. Les 140 producteurs de Sauternes et de Barsac en sont ainsi réduits, pour beaucoup, à faire du vin blanc sec, plus facile à écouler.

Par peur du sucre, les Français ont renoncé à boire ce qui demeure l’un des plus grands vins du monde, le sauternes.

Encore un trésor national dont plus personne ne parle alors qu’il faudrait le redécouvrir de toute urgence. Oubliez votre peur du sucre et allez vous immerger dans cette petite oasis de civilisation entourée de pins et de murs de pierres sèches. C’est dans cet écosystème préservé que les brumes automnales venues de la Garonne et du Ciron permettent l’apparition de la toujours mystérieuse « pourriture noble » : un champignon auquel les savants ont donné le nom austère de botrytis cinerea (la cendre). Partout ailleurs, le botrytis est un parasite ;à Sauternes, c’est de l’or ! De septembre à novembre, il confit les raisins en évaporant leur eau et en concentrant leurs sucres et leurs parfums. Mais la vision de cette pourriture noire faisait peur ! Au XVIIIe siècle, les négociants de Bordeaux n’osaient pas dire la vérité à leurs clients hollandais, anglais et américains, ils en avaient honte. Le secret du sauternes n’est donc connu que depuis deux siècles à peine.« Pour obtenir le botrytis, on ne peut pas traiter les vignes chimiquement, sinon, il disparaîtrait : aucun vin n’est donc plus naturel et sain que le sauternes ! » s’enflamme Philippe de Lur Saluces dont le regard ressemble soudain à celui de ses ancêtres qui avaient bouté l’Anglais hors de France aux côtés de la Pucelle…

Comment boire un Fargues ? Jeune : avec des huîtres et des saint-jacques ; vieux, avec un roquefort bien crémeux, un ris de veau à la truffe, un homard rôti… Avec seulement 20 000 bouteilles par an, Fargues incarne la quintessence aristocratique de Sauternes.Ses nectars sublimes, gorgés de sève, peuvent se conserver cent ans (en vieillissant, ils acquièrent des notes de safran et d’écorce d’orange).

Si vous leur rendez visite, Charlotte et Philippe vous conseilleront des millésimes déjà anciens à des prix qui ne reflètent pas l’énormité du travail accompli, comme la cuvée 1996 (60 euros) ou la 2002 (à 80 euros).

www.chateaudefargues.com

À visiter :

La Maison du Sauternes. Créée en 1979 au coeur du village, cette association représente les 140 châteaux de l’appellation. Millésimes de 1976 à 2022, c’est la plus grande cave à Sauternes du monde ! Prix vignerons. www.maisondusauternes.com

Jean-Marie Rouart: Napoléon et son monde à la veille des Cent-Jours

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La Maîtresse italienne, le fort joli roman de Jean-Marie Rouart, s’appuie sur des considérations historiques passionnantes quant à l’époque napoléonienne.


On savait Jean-Marie Rouart fasciné par l’épopée napoléonienne. Il lui avait consacré déjà un fort bel essai, en 2012, Napoléon ou la destinée. Il revient aujourd’hui sur ce grand sujet, en concentrant son propos sur la captivité de l’Empereur déchu à l’île d’Elbe, quand celui-ci prépara ce qu’on appela les Cent-Jours. Cette période trouble de complots en tous genres fut également propice aux amours clandestines, le désœuvrement et le climat suave de l’Italie réchauffant les cœurs.

Un personnage oublié de l’histoire

Jean-Marie Rouart est allé repêcher, dans la petite histoire, un personnage oublié, mais haut en couleur, celui de la mystérieuse comtesse Miniaci, « la coqueluche de Florence », écrit-il. Il en fait le ressort principal de son récit. À vrai dire, on ne connaît presque rien d’elle : « La comtesse, écrit Rouart, cumulait ainsi les énigmes. On ne savait pas vraiment ni d’où elle venait, ni qui la protégeait, ni quelles étaient ses opinions ».

Rouart suppose qu’elle fut la maîtresse du colonel Campbell, officier anglais chargé de surveiller Napoléon à l’île d’Elbe.

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Le colonel était donc très souvent à Florence, aux petits soins pour sa capricieuse comtesse qu’il adorait, et il délaissait sa mission. Si bien que Napoléon, le jour convenu, put quitter sans encombre sa prison dorée. Telle est la trame que suit Jean-Marie Rouart dans ce roman basé sur des faits historiques, mais où il laisse, pour une certaine part, libre cours à son imagination.

De grandes séductrices

Ce faisant, Jean-Marie Rouart dévoile, je crois, beaucoup de ses pensées les plus intimes, en particulier sur le chapitre des femmes, lorsqu’il parle de toutes les superbes héroïnes de cette époque bénie qui, par-delà des siècles, le séduisent encore et l’inspirent. Il décrit bien sûr la comtesse Miniaci comme une amoureuse sublime : « Tout son corps, affirme-t-il, ne semble avoir été créé que pour donner de la volupté. » Ce génie qu’ont quelques femmes pour les choses de l’amour se retrouve quand Rouart trace le portrait de Pauline Bonaparte, la sœur préférée de Napoléon et l’une des plus extraordinaires figures féminines de son temps. Rouart, qui l’appelle d’ailleurs familièrement « cette adorable Messaline », se plaît à la peindre ainsi : « Belle, mutine, aguicheuse, paresseuse pour ce qui l’ennuie, infatigable sur la piste de danse, ultra séduisante, chaleureuse, avec un fond de bonté, elle possède au plus haut degré l’art de tirer de la vie tous les sucs du plaisir. » Ici, le romancier est certainement en adéquation avec la réalité.

Une leçon d’histoire

Car ce roman de Rouart possède une dimension réaliste très sérieuse. L’écrivain connaît admirablement cette période de l’histoire, aussi bien qu’un historien professionnel. Ce livre est donc l’occasion pour lui de peser les événements et ceux qui les ont faits. D’où des considérations historiques passionnantes, et, surtout, une galerie de portraits révélatrice de ces grands acteurs du passé, à commencer par Napoléon lui-même, reprenant pied à l’île d’Elbe.

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Rouart s’arrête également sur Louis XVIII, monarque résumant à lui tout seul « le renfermé et l’obsolète de l’Ancien Régime ». Il n’oublie pas non plus Murat, roi de Naples, ou encore (liste non exhaustive) Talleyrand, grand chambellan sous l’Empire et prince de Bénévent. Autant de personnages controversés, dont Jean-Marie Rouart n’hésite pas à parler de manière non conformiste, mais profonde. Par exemple, sur Talleyrand arrivant au Congrès de Vienne et s’apprêtant à jouer une partie difficile, il note : « Tout le monde comprit alors que grâce au vieux diplomate qui dominait le congrès de sa lucidité, de son intelligence, et de la liberté que lui donnait son absence totale de scrupules, la France vaincue était désormais un partenaire à part entière. »

Ce qui, dans cet épisode de la vie de Napoléon, intéresse Jean-Marie Rouart, écrivain politique sagace, c’est bien évidemment la perspective historique : les Cent-Jours qui se profilent à l’horizon, et puis Waterloo, le 18 juin 1815, qui mettra un terme final au retour de l’Aigle. De tout cela, délaissant un moment la comtesse dans son palais italien, Rouart nous parle avec ardeur. Il sait nous communiquer son goût pour cette période si émouvante de l’histoire de France, jusque dans les plus petits détails. Ce qui donne, ce faisant, un fort joli roman, très moderne, écrit dans un style savoureux, et bien plus sérieux qu’on ne pourrait croire.

Jean-Marie Rouart, La Maîtresse italienne. Éd. Gallimard. 176 p.

La garce au cœur noir

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Le nouveau roman de Romain Slocombe commence comme un polar de Simenon. Une femme est interrogée par un commissaire de police. Il n’y a pas le sandwich jambon-beurre et les bières, mais l’ambiance est la même. Nous sommes en 1947, à Marseille. Elle se nomme Aline Beaucaire, c’est une Alsacienne, mère d’un petit Paul, employée dans les hôtels, tombée amoureuse d’un sergent pilote, espion au service des nazis, alors que son mari, Roger, est déporté dans un stalag en Autriche. Elle a suivi son amant peu recommandable, mais à la beauté du diable, en zone libre. Leur objectif était de rejoindre Alger, via Marseille qui grouille de vrais/faux espions.

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Protagonistes repoussants

La trajectoire d’Aline est romanesque dans une période où la frontière entre le bien et le mal est abolie. Tous les coups sont permis, surtout les plus tordus. Mais l’intrigue du roman de Romain Slocombe, tirée de faits réels, se corse. Cette femme, qui se prend pour l’actrice collabo Mireille Balin, amoureuse de Jean Gabin, dans le film Pépé le Moko, de Julien Devivier, est soupçonnée d’être la « Panthère rouge ». Cette dernière porte le même prénom qu’elle, et se nomme étrangement Bockert, une presque parfaite homonymie. La « Panthère rouge » est une belle blonde, née en Suisse, qui a frayé avec la gestapo et s’est rendue coupable de crimes horribles. Elle est accusée d’avoir dénoncé un maquis à Clermont-Ferrand, des enfants juifs dans les écoles de Nice, d’avoir assisté, et même participé, à des interrogatoires musclés pour faire parler des résistants. Bref, c’est « une vraie garce nazie ».

De nos jours, on saurait rapidement si les deux femmes ne font qu’une, puisque nous apprenons, lors de l’interrogatoire d’Aline Beaucaire, qu’elle fut mordue, enfant, au visage par un chien, et qu’elle en a gardé une cicatrice à la lèvre inférieure (page 109).

A lire aussi: Tant qu’il y aura des films

Romain Slocombe, spécialiste de l’histoire de la collaboration, auteur d’une trentaine de romans dont L’Affaire Léon Sadorski (2016), nous entraîne sur un chemin semé d’embûches, où les traitres, les espions, les policiers, les truands sont réversibles. La dramaturgie, jamais, ne faiblit. Les rebondissements sont nombreux, avec soudain un crime qui ressurgit dans le Jura, et jette un peu plus le discrédit sur des protagonistes déjà repoussants. Il convient d’ailleurs d’être très attentif jusqu’à la fin du récit.

Tout ce que l’on peut me reprocher…

Avec Une sale Française, Romain Slocombe, montre avec habileté qu’il est d’imprudent de porter un jugement arbitraire et définitif sur l’Occupation, époque qui ne cesse de fasciner. Mis à part les résistants de la première heure, vrais patriotes, qui constituèrent « l’Armées des ombres », pour reprendre le titre du magnifique roman de Joseph Kessel, la majorité de nos compatriotes apprirent à barboter dans les eaux troubles du pétainisme et se refirent, à peu de frais, une virginité, une fois la guerre achevée.

Comme l’affirme Alice, pardon Aline : « Je n’ai jamais fait de politique, monsieur le commissaire. Je ne suis qu’une femme de ménage. Comme je vous l’ai dit, tout ce que l’on peut me reprocher est d’avoir manqué de prudence. Et d’être tombée amoureuse de Cat. »

Romain Slocombe, Une sale Française, Éditions du Seuil.

Une sale Française

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Nous sommes tous Franquin!

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Alors que la 51ème édition du Festival de la bande dessinée d’Angoulême ouvrira ses portes jeudi prochain, nous fêtons en janvier les 100 ans de la naissance d’André Franquin, le génial inventeur de Gaston


Parce que c’était lui, parce que c’était nous. Avant la panthéonisation de la BD, ses colloques et ses planches vendues aux enchères, ses galeristes et son marché lucratif, tous les enfants des années 1960, 1970 et 1980, fidèles abonnés de Spirou et de Tintin ou acheteurs occasionnels, qui souvent, pour la première fois de leur vie, ouvraient la porte d’une librairie ou d’une maison de la presse, avons senti le choc.

Quand le talent saute aux yeux

« Un souffle barbare », « un remous hard-rock » comme le chantait Claude Nougaro. Nous savions intimement que cet art populaire pétri de gags et de héros bondissants serait notre nouvel eldorado. Comme dans d’autres domaines culturels, toujours en retard d’une bataille esthétique, la machine universitaire et les corps constitués ont mis du temps à reconnaître cette évidence et à sortir les albums du rayon « enfantillage ». Le talent sautait pourtant aux yeux, l’intelligence du trait explosait, la fantaisie masquait les idées sombres, ce monde en miniature, burlesque et d’une haute précision, était paradoxalement plus grand que nous. Nous avons succombé à la franco-belge, plus précisément à l’école de Marcinelle chère à l’éditeur Charles Dupuis. Au-delà de la nostalgie de nos années d’apprentissage se dégage une émotion particulière à la lecture de nos premiers albums cartonnés. Quelque chose de familial, de secret, de personnel et merveilleux dans le processus de création, sans les mots pour l’expliquer bien évidemment, ni des théories fumeuses à l’appui, nous avions perçu l’allure générale, la variété, la noirceur, la rébellion intérieure, le rire effronté, la beauté des décors, le rythme et l’inestimable élan communicatif qui caractérisent l’univers d’André Franquin (1924 – 1997).

A lire aussi, du même auteur: Astérix, Corto, Gaston, Alix, Clifton, Blake et Mortimer: les «nouveaux» héros du Livre!

Idées noires

Avec Hergé et Disney, il faisait assurément partie du tiercé gagnant du 9ème art. Son empreinte est immense, et elle continue d’inspirer. Chez ses anciens confrères ou les nouvelles générations d’auteurs, on s’incline devant ce génie doté d’un crayon virtuose et d’un esprit funambule. Franquin, le dépressif productif, l’angoissé inventif, le perfectionniste qui riait bruyamment, avait improvisé le Marsupilami en un après-midi, loin de sa Palombie natale. Reprenant la série Spirou après Jijé, c’est lui qui a aéré les cases, brisé la ligne claire, laissant passer un vent de folie et de modernité, un ton humoristique à mi-chemin entre le réalisme et la pochade. Champignac et Zantafio lui disent encore merci. Les légendes de ce métier que l’on expose aujourd’hui dans les musées ont été honorées de travailler à ses côtés. Morris avec son inamovible nœud papillon, aussi célèbre que le foulard rouge de Lucky Luke affirmait que son compagnonnage avec Franquin équivalait à 20 ans d’Académie. Roba, le papa de « Boule et Bill » le comparait à Dürer, le dessinateur et graveur de la Renaissance. Même Hergé, chiche en compliments, admirait sa maestria. Après une brouille avec l’empire Dupuis, Franquin quitta très momentanément la banlieue de Charleroi pour « vendre » sa série « Modeste et Pompon » chez le concurrent Tintin, à Bruxelles. Puis, il revint à la maison qui était tenue alors par le rédacteur en chef, le barbu Yvan Delporte, véritable tête pensante de Spirou.

Le phénomène Gaston

Un jour de février 1957, un type tout mou apparut dans les colonnes. Il portait lui aussi un nœud papillon. Qui c’est celui-là ? Aucune explication. Aucun indice. La semaine suivante, le même bonhomme se présentait toujours à la porte de la rédaction, cette fois-ci, le col ouvert. Et le 14 mars, carrément décontracté en col roulé et fumant sa cigarette. Un héros sans-emploi, un héros de trop selon la formule consacrée, un bricoleur empêché, un collègue de bureau envahissant. C’est Fantasio qui lâcha le morceau et s’inquiéta le premier d’un tel perturbateur dans un court texte devenu prophétique : « Attention ! Depuis quelques semaines, un personnage bizarre erre dans les pages du journal. Nous ignorons tout de lui. Nous savons simplement qu’il s’appelle Gaston. Tenez-le à l’œil ! Il m’a l’air d’un drôle de type ! ». Gaston précéda les « Idées noires » de 1977 où Franquin cherchait « à être plus rosse, plus corsé ». Cet artiste majeur du XXème siècle ne fut jamais bête et encore moins méchant. 

Monsieur Nostalgie

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Le grand capital contre les juifs

La complaisance qui entoure les manifestations antisémites sur les campus américains s’explique par un mot : l’argent ! Abreuvées de subventions venant de pays arabes, les universités ferment les yeux sur le militantisme de leurs étudiants. Et des philanthropes tels que Soros et les Rockefeller financent aussi bien le Parti démocrate que des lobbys « propalestiniens ».


Aux États-Unis, au cours des trois derniers mois, les campus universitaires et certaines institutions gouvernementales ont été le théâtre de nombreuses manifestations propalestiniennes accompagnées d’incitations à la haine, voire au génocide. Les actes d’agression et de vandalisme antisémites se sont multipliés dans les grandes villes. Et pour couronner le tout, le 5 décembre, les présidentes de trois des universités les plus prestigieuses, appelées àjustifier devant le Congrès la tolérance apparente accordée à l’antisémitisme par leurs institutions, n’ont pu donner que des réponses évasives. Comment expliquer une telle dérive dans une démocratie occidentale ? La clé de l’énigme réside moins dansla puissance des idées que dans celle de l’argent. Car l’argent séduit les instances dirigeantes, comme il finance les activités des militants. Si les autorités ont souvent tardé à sanctionner leurs étudiants qui célébraient ouvertement les atrocités du Hamas, ce n’est pas sans lien avec les sommes faramineuses dont des pays arabes, le Qatar en tête, abreuvent les universités américaines depuis des années[1]. En revanche, toutes les actions prétendument antisionistes ont été organisées par des ONG qui, elles, sont arrosées par les dollars du grand capital philanthropique américain[2].

Un système financier complexe

L’argent qui finance ces ONG transite par un système complexe et opaque qui sert aussi à subventionner les ambitions électorales du Parti démocrate, ainsi que toutes les causes intersectionnelles à la mode. Le capital provient souvent des grands philanthropes de la gauche, comme le Rockefeller Brothers Fund ou les Open Society Foundations de George Soros. Mais les sommes circulent à travers d’autres organismes sans but lucratif qui jouent le rôle de « sponsor fiscal », apportant aux ONG bénéficiaires des avantages fiscaux et la possibilité de cacher l’identité de leurs donateurs.

A lire aussi, Barbara Lefèbvre: Viols du 7 octobre: féministes, où êtes-vous?

Il existe deux grands spécialistes de ce qu’on appelle le « dark money » ou « argent anonyme ». Le groupe Tides, créé en 1976, gère deux fonds et une entreprise de lobbying. Il reçoit des sommes importantes des Rockfeller Brothers, mais surtout de Soros qui, entre 2020 et 2022, lui a donné presque 42 millions de dollars. Confirmant qu’on peut être capitaliste et très à gauche, Pierre Omidyar, le fondateur d’eBay, et Peter Buffett, fils de Warren, y ont également contribué. Arabella Advisors, créée en 2005 par Eric Kessler, un ancien de l’administration Clinton, gère cinq fonds différents. Entre 2020 et 2022, Soros lui a donné plus de 60 millions. En 2022, le groupe a levé 1,35 milliard de dollars.

Tout cet argent sert, entre autres choses, à irriguer un réseau dense d’organismes antisionistes dans les milieux universitaires et militants. Depuis 2005, un mouvement informel, Boycott, Divestment and Sanctions (BDS), dirigé par un Palestinian BDS National Committee composé de Palestiniens, inspire des actions pour appeler les universités américaines à boycotter Israël et à désinvestir dans les entreprises commerçant avec lui. Ces appels ont surtout pour objectif de maintenir la question palestinienne sur le devant de la scène. Sous l’égide du comité BDS – qui a été déclaré antisémite par le Parlement allemand en 2019 – des « Israeli Apartheid Weeks » sont organisées chaque année sur les campus pour dénoncer le sionisme. Le mouvement jouit du concours des plus de 200 branches de Students for Justice in Palestine (SJP) aux États-Unis et au Canada. Ce réseau s’est doté en 2010 d’un comité national dont le financement est facilité par un sponsor fiscal, la WESPAC Foundation. SJP a été interdit dans l’état de Floride en octobre 2023 et suspendu par l’université George Washington en novembre. L’organisme est aidé aussi par American Muslims for Palestine(AMP), fondé en 2006 par un des cofondateurs de SJP, Hatem Al-Bazian, professeur américano-palestinien à Berkeley. Une organisation sœur, Americans for Justice in Palestine, joue le rôle de sponsor fiscal et ses revenus en 2022 étaient de plus d’un million et demi de dollars. Les deux entités sont l’objet d’un procès concernant un adolescent tué par le Hamas qu’elles sont accusées d’avoir soutenu.

A relire, du même auteur: Les pogromistes des campus américains

Une liste sans fin

Une autre ONG, Samidoun, créée en 2011 au Canada afin de mener campagne pour la libération des prisonniers palestiniens en Israël, est accusée d’être une couverture pour le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Elle a été déclarée organisation terroriste en Israël en 2012 et interdite en Allemagne en octobre 2023. Son sponsor fiscal est Alliance for Global Justice (AGJ), un fonds alimenté par Tides et à qui Soros a donné 250 000 dollars en 2020. Ses revenus en 2020-2021 s’élevaient à plus de 56 millions de dollars. En plus de faire l’éloge des régimes de gauche autoritaires, AGJ est accusée de lever des fonds pour le collectif Palestine vaincra, l’organisme français à qui on reproche sa proximité avec le FPLP et que Gérald Darmanin a essayé en vain de dissoudre en 2022. En 2023, ArabellaAdvisors a judicieusement coupé ses liens avec AGJ. Deux groupes de juifs antisionistes, Jewish Voice for Peace (JVP), fondée en 1996, et If Not Now, né en 2014, ont reçu des sommes importantes des Rockefeller et de Soros, et If Not Now de la part de Tideset d’Arabella Advisors. Cette liste pourrait se prolonger de manière fastidieuse. Pour boucler la boucle, terminons par l’exemple de l’US Campaign for PalestinianRights, une coalition d’ONG placée sous la houlette d’un autre organisme, Education for a Just Peace in the Middle East. Ce dernier, qui a profité de la générosité des Rockefeller, est accusé de soutenir indirectement le Hamas. Elle est le sponsor fiscal du Palestinian BDS National Committee. Selon le fantasme traditionnel, les juifs exploitent le capital pour manipuler le monde. Ici, les judéophobes l’exploitent à des fins antisémites. On pourrait dire que les juifs sont les victimes des protocoles des « sages antisionistes ».


[1]. Armin Rosen, « What Yale Has in Common with Hamas », Tablet Magazine, 29 nov. 2023 ; Bari Weiss, « Is Campus Rage Fueled by Middle Eastern Money? », The Free Press, 12 déc. 2023.

[2]. Sources : les sites du Rockefeller Brothers Fund et des Open Society Foundations, InfluenceWatch, ProPublica, The Washington Beacon, The Washington Examiner.

Macron, ce faussaire malhabile

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Mardi, Emmanuel Macron a affirmé avoir vu dans les émeutiers de juillet 2023 des jeunes qui s’ennuyaient – rien de plus. Dès lors, il est impossible de le croire quand il dit vouloir se battre « pour que la France reste la France ».


Des mots, des amas de mots : Emmanuel Macron n’a su s’extraire de son travers verbeux, mardi soir, à l’issue de plus de deux heures de conférence de presse. Rien n’a justifié que le chef de l’État empressé s’invite, à 20h15, dans les foyers via six chaînes de télévision. La jactance présidentielle n’a fait que caricaturer davantage celui qui a affirmé : « J’assume de continuer à présider le réel ». Au contraire, Macron ne maîtrise plus le contrôle de la réalité. Il croyait pouvoir la domestiquer avec son approche orwellienne de la « double pensée », ce « en même temps » autorisant tout et son contraire. L’exemple le plus significatif de la décrédibilisation du récit officiel a été de l’entendre, sur les émeutes urbaines de juillet dernier, rejeter tout lien avec l’immigration au prétexte que les jeunes insurgés, très majoritairement issus du Maghreb, « étaient de nationalité française, pour la quasi-totalité nés en France ». Pour le président, ces casseurs, qui criaient souvent « Allah Akbar ! », n’auraient été motivés que parce qu’ils « s’ennuyaient ». Macron s’est également félicité de l’efficacité de l’Union européenne, notamment dans sa promotion des vaccins anti-Covid dont il persiste à vanter l’efficacité en dépit de leurs protections médiocres et de leurs effets secondaires importants. C’est ce même président indifférent aux faits qui s’est inquiété sans vergogne de la survenue d’une « génération de complotistes » formés par les réseaux sociaux à avoir « un rapport faussé à la vérité ». Comment, dans ces conditions, croire en la sincérité de Macron quand il dit vouloir se battre « pour que la France reste la France », en s’appropriant au passage les mots d’Éric Zemmour et d’Eric Ciotti ?

A lire aussi: Des Jeux plus gros que le ventre

Macron est un faussaire de plus en plus malhabile : il ne survit que par son aisance dans le verbe et une propagande qui contourne le réel. Parmi les maigres annonces de mardi soir, celle d’une obligation à suivre des cours de théâtre au collège marque l’empreinte d’un président qui excelle dans la mise en scène et le jeu de rôle. Mais sa déconnection des gens ordinaires lui fait répéter les mêmes erreurs sur la meilleure manière de contrer le RN, qu’il nomme « Front national ». Ce n’est pas seulement en luttant « contre l’immigration clandestine » que Macron peut espérer faire reculer Marine Le Pen. Celle-ci est portée par le sentiment d’abandon qu’éprouvent des Français face à une immigration légale qui bouscule les fragiles équilibres sociologiques et culturels.

A relire: Immigration et démographie urbaine: les cartes à peine croyables de France Stratégie

Le « grand effacement » est un risque que Macron a évoqué à propos de la place de l’Europe dans les bouleversements géopolitiques. « Il ne s’agit pas de notre pays », a-t-il même précisé. Or c’est justement cette perspective d’une dilution de la France qui devrait mobiliser ses inquiétudes. La chute de la natalité (moins 6,6% en 2023) conjuguée à la forte et féconde immigration musulmane sont autant de facteurs pouvant laisser craindre, avant la fin de ce siècle, en de profonds changements civilisationnels.

En réponse, Macron a promis « un plan de lutte contre l’infertilité ». En rire, ou en pleurer ?

Parti pris de l’étranger

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D.R

45 % des Français musulmans estiment que les attaques du 7 octobre sont des « actions de résistance ». Alors que pendant des décennies, les rapports entre la France et Israël alimentaient fantasmes et hantises, c’est désormais la « rue arabe » qui retient l’attention des Français.


Beaucoup de citoyens estiment que dans une France idéale, les soubresauts sanglants du Proche-Orient ne devraient pas affecter notre concorde civile. Toutefois, l’étude IFOP/Écran de veille du 18 décembre, concernant les regards portés par les Français musulmans sur ce conflit, ne laisse pas d’interroger. On y apprend que, pour 45 % des Français musulmans, les attaques terroristes du Hamas du 7 octobre sont bien des « actions de résistance ». Seulement 10 % de l’ensemble des Français pensent cela ! Les plus jeunes, ceux qui vivent dans une banlieue aisée ou ceux qui vont le plus régulièrement à la prière sont les plus nombreux à partager cet avis. Sur le plan politique, 58 % des Français musulmans estiment que la France est plutôt du côté d’Israël contre 20 % en moyenne chez l’ensemble des Français ; et, enfin, 67 % considèrent que les médias sont du côté d’Israël (contre 38 % en moyenne chez les Français).

A lire aussi : La conquête tranquille

De tels chiffres expliquent peut-être le choix du président Macron de ne pas se rendre à la manifestation contre l’antisémitisme du 12 novembre autant que l’argumentaire, certainement brillant, de Yassine Belattar. L’IFOP n’est pas en mesure de donner les réponses de nos concitoyens juifs. On se doute que leurs réponses seraient différentes de celles des musulmans, mais on ignore dans quel sens et ans quelle mesure. « La proportion des juifs est tellement faible (0.5 % de la population) qu’il est techniquement impossible d’en interviewer un millier à moins de se donner plusieurs mois pour le faire et un budget très élevé », explique François Kraus, directeur du pôle politique et actualités. De toute façon, alors que Jérôme Fourquet (qui travaille aussi à l’IFOP) nous a appris qu’un nouveau-né sur cinq ( !) en France se voyait attribuer un prénom arabo-musulman, ce sont les ingérences de la rue arabe qui alimentent les fantasmes et hantises des Français.

Stanislas: le beurre, l’argent du beurre et le cul de la crémière

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Après 45 ans de travail dans l’enseignement public, on n’attendait pas de notre chroniqueur, à l’occasion de la polémique autour de Stanislas, qu’il tresse des couronnes à l’enseignement privé. Ni qu’il exalte un enseignement public dont il fut le premier à constater que c’était « la fabrique des crétins » — que les crétins soient les élèves, certains enseignants entichés de pédagogisme, ou des responsables ministériels (et au plus haut niveau) qui n’entravent que pouic à l’Ecole. En fait, son avis d’expert est balancé, et témoigne d’une pensée… complexe.


L’inscription à Stanislas, sous un prétexte parfaitement foireux, des rejetons de la ministresse a redéclenché une guerre scolaire que l’on pensait réglée depuis la loi Debré — dont je convie le lecteur à prendre connaissance, pour bien mesurer ce que l’on avait cru enfoui et qui cheminait souterrainement.

C’est confortable, au fond, de gérer une école privée sous contrat. On reçoit des fonds (importants : l’ensemble des salaires, plus diverses allocations municipales et régionales, ce n’est pas rien).

En échange de cette manne inouïe, l’enseignement privé sous contrat n’a que des charges légères : suivre les programmes, par exemple. Il n’est même pas obligé de prendre les postulants qui se présentent — il fait le tri, de façon à ne garder que les élèves méritants, c’est-à-dire bien nés. Les Anciens de Stanislas ou de l’Alsacienne (le pendant protestant des catholiques de « Stan ») se tutoient, se partagent les postes, et se reconnaissent comme les oligarques d’un système démocratique qui croyait en avoir fini avec l’aristocratie. Molière a écrit l’Ecole des femmes ; ici, c’est l’Ecole de L’Entre-soi.

Etonnez-vous qu’on leur impose sans problèmes une tenue décente, des chaussures en cuir, une attitude raisonnable, pas de smartphones dans l’enceinte de l’établissement et une assiduité visible ?

Ne croyez pas un instant que les enseignants soient meilleurs que ceux du privé. L’enseignement privé a ses propres concours, mais le nombre d’agrégés, par exemple, est sensiblement inférieur à celui des grands lycées publics. Ils font rarement grève (mais cela arrive), et comme la gestion de ces bahuts est proche, on les remplace, en cas d’absence prolongée — quitte à faire appel à des parents pour assurer la continuité…

Le rectorat de Paris — ça a fait suffisamment jaser — a imposé aux lycées publics, via Affelnet, un système qui oblige à avoir un certain quota d’élèves à IPS (Indice de Position Sociale) moins reluisant que les natifs du Ve arrondissement. Pas des cancres — juste des élèves méritants qui étaient jusque-là rejetés loin des havres de grâce que sont Louis-le-Grand ou H-IV.
Mais les bahuts privés ont gardé la haute main sur leurs recrutements. Tout juste s’ils ont accepté de déclarer les noms de ceux qu’ils prennent en Seconde, de façon à libérer autant de places ailleurs, en cas de candidatures multiples — ce qui n’est pas rare.

Donnez-moi le droit de recruter qui je veux, et j’aurai sans problème 100% de reçus avec mention au Bac. Pas bien sorcier. Ceux qui vantent l’excellence de Stanislas devraient réfléchir. Le vrai mérite, c’est de faire réussir ceux qui ne sont pas nés avec une cuiller en or dans la bouche.

Les programmes sont donc censés être les mêmes — et des Inspecteurs sont là pour s’en assurer. Le catéchisme par exemple ne peut être qu’une option — et un établissement catholique qui le rendrait obligatoire serait gravement en infraction avec la loi.
Je dis bien « catéchisme » — là où l’on apprend que la Vierge le fut avant, pendant et après, que Judas était roux, que les habitants de Sodome tentèrent de… sodomiser un ange passant chez Loth, et que Moïse flottait bébé sur le Nil, tout comme Romulus et Rémus quelques siècles auparavant.

La culture religieuse, c’est tout autre chose. Dans mon souci de distiller à des classes pleines de musulmans ignares le minimum requis de Culture générale, j’avais fabriqué de (très longs) PowerPoints où avec force tableaux de maîtres et commentaires écrits, j’expliquais l’Ancien et le Nouveau testament — et le Coran, pendant que j’y étais —, le martyrologe chrétien (ah, saint Denis ramassant sa tête, c’est quelque chose !) et quelques réflexions sur les territoires du Diable. Mes élèves se délectèrent des diverses versions de la nudité de Bethsabée ou de Suzanne, et de la prédilection forcément sainte du vieux roi David pour les jeunes vierges. Entre autres. Après tout, sans quelques connaissances précises des visions attribuées à saint Jean, qui comprendrait le film de Minelli tiré du roman de Blasco Ibañez, Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse ?

Je n’ai bien évidemment rien contre le fait que des parents inscrivent leurs enfants dans des établissements professant telle ou telle conviction religieuse. Toutes les superstitions sont dans la nature. Et tant que ça ne contrarie pas les lois de la République…

D’où le fait qu’un lycée musulman faisant l’éloge de la charia se met naturellement hors la loi. Imaginez un établissement catholique qui à la lecture du présent article me condamnerait au bûcher…

L’ordre et la morale tiennent moins au ressassement des Dix commandements (dont la Déclaration des Droits de l’homme n’est au fond qu’une version laïque) qu’à l’étude des Lumières. C’est par la Culture (littéraire, artistique ou scientifique) que l’on s’intègre à la communauté nationale. Pas autrement.

Le hic, c’est que les lycées publics ne bénéficient pas des mêmes privilèges que le privé. Il faut accepter que le public embauche ses enseignants, avec beaucoup de flexibilité, gère ses budgets, édicte des règles de vie strictes, avec une possibilité d’exclure les élèves problématiques, au lieu de les inscrire à un stage poney. Il faut réécrire les programmes, de façon à ce que les enseignants sachent, à toute heure de cours, ce qu’ils doivent enseigner, sans avoir à le faire deviner (en vain) à des élèves censés construire leurs propres savoirs. Il faut que l’ordre et la discipline règnent dans le public comme dans le privé — et alors, alors seulement, le match privé / public n’aura plus de raison d’être, et les journaux pourront parler d’affaires graves, au lieu de vendre du papier en y étalant les classements toujours vains des établissements.

Loi immigration: le feuilleton de rentrée à suivre absolument

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Jeudi dernier, à Matignon où il recevait les chefs de LR, le Premier ministre Gabriel Attal a bien confirmé qu’il allait retoucher l’AME.


On ne devrait pas tarder à voir le débat sur l’Aide Médicale d’État, l’A.M.E, revenir en pole position dans les discussions politiques et les articles de presse. Déjà, en coulisses on s’agite. C’est que le sujet est des plus sensibles. Les Républicains tenaient à la suppression pure et simple de cette facilité accordée systématiquement aux personnes étrangères en situation irrégulière présentes sur notre sol. Madame Borne, alors Premier ministre et déjà bien oubliée – ingratitude des temps – avait jugé préférable de sortir ce sujet de la loi immigration tout en promettant de revenir sur la question par une autre loi, spécifique, qu’elle annonçait pour le début de la présente année. M. Larcher, vieux briscard du sérail à qui on ne la fait pas, avait exigé un écrit, une lettre précisant cet engagement. Les paroles s’envolent, les écrits restent, on connaît l’adage. Sans doute est-ce aussi en raison de cette précautionneuse astuce que le nouvel hôte de Matignon s’est cru obligé de déclarer devant les députés, lors de la dernière séance de questions au gouvernement et en réponse à l’interpellation du chef des parlementaires LR, Olivier Marleix, que cet engagement serait tenu.

Quand ? Ce léger détail ne fut pas précisé. Pas plus qu’il ne le fut lors de l’entretien que les caciques de ce parti, MM. Ciotti, Retailleau et Marleix ont eu jeudi dernier à Matignon avec le Premier ministre. On sait qu’ils l’auraient trouvé « juvénile ». Juvénile mais pas davantage précis dans ses intentions. Comme quoi l’habileté en politique n’attend pas non plus le nombre des années. M. Marleix est sorti de ce rendez-vous plutôt confiant. Sous le charme de cette sémillante juvénilité, allez savoir ? Il lui a paru que le jeune homme « jouait franc jeu ». Quant à l’imprécision sur la date de la loi promise, il la justifia d’un mot qui, pris à la lettre, pourrait s’avérer bien cruel : « Il n’a été précis sur rien. » Quand on vous dit que le flou est un art politique de première grandeur et qu’il se pratique dès le berceau ou presque…

A lire aussi: Immigration: les perroquets avaient tort

En sortant l’AME de la loi immigration et en promettant une loi séparée, Mme Borne ne visait, pour dire les choses crûment, qu’à ménager la chèvre et le chou. La chèvre, les LR et leur exigence très droitière, le chou, sa majorité et ses pudeurs très gauche morale. Or, à ce que nous croyons savoir, c’est à peu près le même cheval qu’entendrait enfourcher le cavalier Attal. On s’orienterait en effet vers un agencement en deux temps, croit avoir décrypté M. Marleix. La loi pour définir quels seraient les bénéficiaires du dispositif AME, et un texte réglementaire pour établir la liste des prestations et des soins auxquels ils pourraient prétendre. Autant le dire sans ambages, voilà qui fleure à plein nez la bonne vieille usine à gaz. Voire l’entourloupe grand format. La liste des bénéficiaires aurait force de loi, très bien. Cela pour ménager la chèvre évoquée ci-dessus, mais le catalogue de soins, lui, ne relèverait que du réglementaire, en d’autres termes de dispositions potentiellement revues et corrigées en fonction de l’ère du temps, de l’humeur de la majorité en place, éventuellement de l’âge du capitaine et de la vitesse du vent. Il suffirait, on s’en doute, qu’on fasse entrer dans ce règlement suffisamment de critères d’éligibilité pour qu’on se retrouve Gros Jean comme devant, c’est-à-dire avec une AME qui serait quasiment en tout point ce qu’elle est actuellement. Au moins sur le papier, le tour de passe-passe ne peut être exclu, et, ainsi, le chou à pudeurs gauche morale mentionné plus haut, se trouverait lui aussi ménagé. Du très beau boulot, vous dis-je…

Ce « tout ça pour ça » se ferait au nom de nos valeurs humanistes, vous l’aurez compris. En juin dernier, M. Attal ne revendiquait pas autre chose lorsqu’il déclarait : « En plus de conserver les valeurs humanistes de la France, ils (les professionnels de santé) disent que pour des enjeux de sécurité sanitaire pour les Français, il faut garder un système de santé qui soigne ces personnes présentes sur notre sol. »

A lire aussi: Emmanuel Macron: quand la forme prend le pas sur le fond

« Des enjeux de sécurité sanitaire pour les Français » ? Quel aveu ! Ainsi donc, l’immigration débridée serait en elle-même porteuse d’un risque pour l’intégrité physique de l’ensemble de la population ? Constat assez inquiétant, pour ne pas dire terrifiant. Mais aussi constat passé assez volontiers sous silence. On n’en parle guère, assurément. C’est qu’il serait bien peu responsable de trop mettre en lumière une réalité qui risquerait d’affoler les foules, comprenez-vous. Il se peut que le juvénile personnage, non encore Premier ministre alors, ait cédé à un accès de candeur en laissant filer cette vérité d’évidence. Quoi qu’il en soit, il est parfaitement clair que ce paramètre devrait être en tête des préoccupations lorsqu’il s’agira de trousser la loi promise et de peaufiner le dispositif réglementaire y afférent (comme on dit dans la Gendarmerie). Il ne faudrait pas, tout de même, que l’affaire soit remise aux calendes grecques et n’accouche finalement que d’un placébo, un remède en trompe l’œil mais vide de tout principe actif. Cela aussi ne peut être exclu, tant on sait le mandarin Macron et le jeune docteur Attal assez experts dans l’art de jouer la montre et, surtout, de dorer la pilule.

Mitterrand, Don Juan en politique

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Déprime russe

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© Bodega Films

Il y a des films qui se méritent. En fait partie La Grâce (traduction très approximative du titre russe original, «Blazh » qui renvoie davantage à l’idée de « caprice »). Une blonde adolescente aux traits archangéliques s’est mise en route avec un homme de belle allure, son père – barbe de trois jours, entretenue tout de même au rasoir électrique : lui au volant d’un vieux van aménagé pour y dormir, elle sur l’autre siège, regard farouche dans un visage lilial. Elle prend des photos avec son appareil polaroïd, une urne noire posée sur ses genoux. Ils ont l’un et l’autre les ongles sales : la vie à la dure.

Avouons que la lenteur concertée de ces quasi deux heures que dure La grâce n’est pas sans procurer au spectateur le mieux intentionné du monde la tentation de l’ennui, au péril de la somnolence. Et pourtant, ce n’est pas seulement la curiosité qui jusqu’au dénouement aura tenu votre serviteur captif de ce road movie fort peu épique dans le no man’s land de la Russie rurale. Le périple s’amorce dans les montagnes caucasiennes, plus exactement dans la république autonome de Kabardino-Balkarie (située comme chacun sait au nord de la Géorgie). Contrée polyglotte où les autochtones n’échangent pas exclusivement en langue russe.

On comprend vite que l’urne noire, objet fétiche, recèle les cendres de la mère de l’immaculée jeune fille. Elle et son père se dirigent vers la mer de Barents, rivage septentrional de l’immense contrée, qu’ils arpentent sur de mauvaises routes encerclées de vastes et austères paysages. Entre eux, la tension, palpable quoique peu diserte, explose à la moindre occasion, tandis qu’ils font étape dans des bleds paupérisés à l’extrême. Notre paire de routard joint les deux bouts en organisant, pour la distraction des locaux, des projections en plein air sur un écran de fortune, matériel portatif dont leur van est équipé. Anthropologie d’un monde enlaidi, agressif, déprimé.     

Dans la pure tradition qui relie Tarkovski à Sokourov, cette aride odyssée paysagiste relève de l’allégorie : passage à l’âge adulte, acceptation de la finitude…  D’un côté la maturation de la nubile, diaphane et photogénique enfant de 15 ou 16 ans, bientôt déflorée par un ravissant moujik, lequel, juché sur une moto tout terrain, la harcèle inlassablement de ses assiduités – désir immédiat, virginal, sans appel : « ne me poursuit pas », ordonnera-t-elle, la chose faite (hors champ), après un dernier baiser furtif et un polaroïd volé au fessier musclé du paysan, enjoint de se retourner pour la photo – souvenir de sa mâle nudité, shootée dans l’encadrement de la croisée…. Le géniteur veuf fera quant à lui son deuil de l’absente dans une rencontre un peu pathétique, (coït laissé hors champ également) levée au hasard d’un point de chute, dans ces confins déshérités où rouille une station météo de l’âge soviétique…

Etrange ovni que ce film millésimé 2021, premier long métrage de fiction du cinéaste Ilya Povolotsky lequel, natif d’Izhevsk en 1987, vient du documentaire. L’homme vit actuellement à Paris. Placé sous le signe d’une lenteur implacable, La Grâce est la seule production qui en 2023 ait franchi la frontière russe jusqu’à atteindre… le Festival de Cannes !  Inutile de dire que le film n’a pas été vu dans le pays enchanté de Vladimir Poutine. En attendant, il sort à Paris.             

La Grâce. Film d’Ilya Povolotsky. Russie, 2021, couleur. Durée : 1h58. En salles le 24 janvier 2024

Sauternes oblige

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Charlotte et Philipe de Lur Saluces © Château de Fargues

Les vins de Sauternes sont un trésor national aujourd’hui mal-aimé. Au château de Fargues, la famille de Lur Saluces perpétue un savoir-faire exceptionnel qui donne toute sa noblesse à ce précieux nectar.


Le 24 juillet 2023, le marquis Alexandre de Lur Saluces rendait son dernier souffle au château de Fargues, dans lequel il vivait depuis sa naissance en 1934, au milieu des champs, des vignes et des forêts, à Sauternes. Tout a déjà été dit au sujet de ce grand homme du vin, qui était aussi un grand lettré, à qui son grand-père Eugène (ami de Charles Maurras) faisait lire lessermonsde Bossuet à l’âge où, d’ordinaire, on collectionne les images de pin-up hollywoodiennes ! Alexandre de Lur Saluces avait été le propriétaire du mythique Château d’Yquem, de 1968 à 2004, jusqu’à ce que Bernard Arnault le rachète avec le projet explicite de produire un vin de Sauternes plus « accessible ».

Fargues peut se conserver cent ans. Dans sa jeunesse, il offre une explosion de fraîcheur et d’agrumes.

Ne partageant probablement pas cette philosophie, le marquis, tel le roi Lear, s’était alors replié en son château de Fargues, une forteresse du XIIIe siècle, et propriété de la famille depuis… 1472 ! (L’arbre généalogique des Lur Saluces remonte aux Capétiens, ce qui en fait l’une des plus vieilles familles de France.) Sorti du Moyen Âge avec tous ses fantômes, le château est une merveille qu’il faut absolument visiter, à l’image d’ailleurs de tout le Sauternais, dont les paysages évoquent ceux de la Toscane vallonnée.

Gestes ancestraux

Vingt ans après, c’est peu dire que les sauternes élaborés à Fargues ont dépassé en grandeur ceux de son illustre voisin : sans aucun marketing, les Lur Saluces, père et fils, ont inventé ici un luxe artisanal et paysan, ancré dans la terre et soumis au rythme des saisons. Ils ont appliqué à leurs vignes des gestes ancestraux, ainsi que nous l’explique Philippe de Lur Saluces, le troisième enfant d’Alexandre, auquel celui-ci a peu à peu confié les rênes du château, après une période d’épreuves initiatiques dignes des chevaliers de la Table ronde… « En hiver, on taille et on brûle les sarments ; au printemps, on laboure légèrement les sols sur lesquels on répand un peu d’engrais naturel et on attache les vignes aux piquets de bois avec de l’osier ; l’été, on les effeuille, on ramasse le foin pour faire du fumier et on restaure les barriques ; l’automne, enfin, on récolte les raisins à la main, dans des paniers en bois de peuplier colmatés avec de la cire rouge… »

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Philippe et son épouse Charlotte (issue d’une noble famille vendéenne, les Boux de Casson) forment un couple fusionnel. Avant de rejoindre le château de Fargues en 2004, à la demande du marquis, ils ont vécu longtemps à l’étranger, et notamment en Chine. Cette expérience est aujourd’hui bien utile pour vendre du sauternes à des consommateurs asiatiques qui ignorent totalement l’idée d’accords mets-vins, puisque tous les plats sont posés sur la table en même temps pendant le repas. Après la mort de son père, Philippe s’est retrouvé en pleine lumière, face aux médias du monde entier, avec, sur les épaules, le poids d’un héritage familial écrasant : « Je redoutais les acabailles, la fête qui marque la fin des récoltes avec les vendangeurs ; c’est un rituel très important au cours duquel la plus jeune des vendangeuses fait un discours et donne ensuite la parole au propriétaire. C’est à ce moment-là que la relation avec les ouvriers se forge et que l’on gagne leur respect, ou pas… Les vendangeurs de Sauternes sont l’élite, car ils doivent savoir récolter chaque grain à la main, par tris successifs. Je leur ai dit qu’ils n’étaient pas là seulement pour ramasser du raisin, mais qu’ils étaient là pour faire Fargues ! »

Sacerdoce

Aujourd’hui, produire un grand vin de Sauternes relève du pur sacerdoce, car sa consommation s’est effondrée. Les sauternes représentent 0,1 % de la production et 0,4 % du chiffre d’affaires des vins de Bordeaux… Jusque dans les années 1950, c’était l’âge d’or, on servait du sauternes à l’apéritif dans des verres en cristal de Baccarat. Yquem se vendait trois fois plus cher que les plus grands vins rouges de Bordeaux ! Aujourd’hui, son prix est à peine celui d’un modeste deuxième grand cru classé de Pauillac. Et que dire de tous les autres ? On trouve des bouteilles de sauternes à 30 euros, alors que chaque pied de vigne ne donne qu’un petit verre de vin. Les 140 producteurs de Sauternes et de Barsac en sont ainsi réduits, pour beaucoup, à faire du vin blanc sec, plus facile à écouler.

Par peur du sucre, les Français ont renoncé à boire ce qui demeure l’un des plus grands vins du monde, le sauternes.

Encore un trésor national dont plus personne ne parle alors qu’il faudrait le redécouvrir de toute urgence. Oubliez votre peur du sucre et allez vous immerger dans cette petite oasis de civilisation entourée de pins et de murs de pierres sèches. C’est dans cet écosystème préservé que les brumes automnales venues de la Garonne et du Ciron permettent l’apparition de la toujours mystérieuse « pourriture noble » : un champignon auquel les savants ont donné le nom austère de botrytis cinerea (la cendre). Partout ailleurs, le botrytis est un parasite ;à Sauternes, c’est de l’or ! De septembre à novembre, il confit les raisins en évaporant leur eau et en concentrant leurs sucres et leurs parfums. Mais la vision de cette pourriture noire faisait peur ! Au XVIIIe siècle, les négociants de Bordeaux n’osaient pas dire la vérité à leurs clients hollandais, anglais et américains, ils en avaient honte. Le secret du sauternes n’est donc connu que depuis deux siècles à peine.« Pour obtenir le botrytis, on ne peut pas traiter les vignes chimiquement, sinon, il disparaîtrait : aucun vin n’est donc plus naturel et sain que le sauternes ! » s’enflamme Philippe de Lur Saluces dont le regard ressemble soudain à celui de ses ancêtres qui avaient bouté l’Anglais hors de France aux côtés de la Pucelle…

Comment boire un Fargues ? Jeune : avec des huîtres et des saint-jacques ; vieux, avec un roquefort bien crémeux, un ris de veau à la truffe, un homard rôti… Avec seulement 20 000 bouteilles par an, Fargues incarne la quintessence aristocratique de Sauternes.Ses nectars sublimes, gorgés de sève, peuvent se conserver cent ans (en vieillissant, ils acquièrent des notes de safran et d’écorce d’orange).

Si vous leur rendez visite, Charlotte et Philippe vous conseilleront des millésimes déjà anciens à des prix qui ne reflètent pas l’énormité du travail accompli, comme la cuvée 1996 (60 euros) ou la 2002 (à 80 euros).

www.chateaudefargues.com

À visiter :

La Maison du Sauternes. Créée en 1979 au coeur du village, cette association représente les 140 châteaux de l’appellation. Millésimes de 1976 à 2022, c’est la plus grande cave à Sauternes du monde ! Prix vignerons. www.maisondusauternes.com

Jean-Marie Rouart: Napoléon et son monde à la veille des Cent-Jours

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La Maîtresse italienne, le fort joli roman de Jean-Marie Rouart, s’appuie sur des considérations historiques passionnantes quant à l’époque napoléonienne.


On savait Jean-Marie Rouart fasciné par l’épopée napoléonienne. Il lui avait consacré déjà un fort bel essai, en 2012, Napoléon ou la destinée. Il revient aujourd’hui sur ce grand sujet, en concentrant son propos sur la captivité de l’Empereur déchu à l’île d’Elbe, quand celui-ci prépara ce qu’on appela les Cent-Jours. Cette période trouble de complots en tous genres fut également propice aux amours clandestines, le désœuvrement et le climat suave de l’Italie réchauffant les cœurs.

Un personnage oublié de l’histoire

Jean-Marie Rouart est allé repêcher, dans la petite histoire, un personnage oublié, mais haut en couleur, celui de la mystérieuse comtesse Miniaci, « la coqueluche de Florence », écrit-il. Il en fait le ressort principal de son récit. À vrai dire, on ne connaît presque rien d’elle : « La comtesse, écrit Rouart, cumulait ainsi les énigmes. On ne savait pas vraiment ni d’où elle venait, ni qui la protégeait, ni quelles étaient ses opinions ».

Rouart suppose qu’elle fut la maîtresse du colonel Campbell, officier anglais chargé de surveiller Napoléon à l’île d’Elbe.

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Le colonel était donc très souvent à Florence, aux petits soins pour sa capricieuse comtesse qu’il adorait, et il délaissait sa mission. Si bien que Napoléon, le jour convenu, put quitter sans encombre sa prison dorée. Telle est la trame que suit Jean-Marie Rouart dans ce roman basé sur des faits historiques, mais où il laisse, pour une certaine part, libre cours à son imagination.

De grandes séductrices

Ce faisant, Jean-Marie Rouart dévoile, je crois, beaucoup de ses pensées les plus intimes, en particulier sur le chapitre des femmes, lorsqu’il parle de toutes les superbes héroïnes de cette époque bénie qui, par-delà des siècles, le séduisent encore et l’inspirent. Il décrit bien sûr la comtesse Miniaci comme une amoureuse sublime : « Tout son corps, affirme-t-il, ne semble avoir été créé que pour donner de la volupté. » Ce génie qu’ont quelques femmes pour les choses de l’amour se retrouve quand Rouart trace le portrait de Pauline Bonaparte, la sœur préférée de Napoléon et l’une des plus extraordinaires figures féminines de son temps. Rouart, qui l’appelle d’ailleurs familièrement « cette adorable Messaline », se plaît à la peindre ainsi : « Belle, mutine, aguicheuse, paresseuse pour ce qui l’ennuie, infatigable sur la piste de danse, ultra séduisante, chaleureuse, avec un fond de bonté, elle possède au plus haut degré l’art de tirer de la vie tous les sucs du plaisir. » Ici, le romancier est certainement en adéquation avec la réalité.

Une leçon d’histoire

Car ce roman de Rouart possède une dimension réaliste très sérieuse. L’écrivain connaît admirablement cette période de l’histoire, aussi bien qu’un historien professionnel. Ce livre est donc l’occasion pour lui de peser les événements et ceux qui les ont faits. D’où des considérations historiques passionnantes, et, surtout, une galerie de portraits révélatrice de ces grands acteurs du passé, à commencer par Napoléon lui-même, reprenant pied à l’île d’Elbe.

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Rouart s’arrête également sur Louis XVIII, monarque résumant à lui tout seul « le renfermé et l’obsolète de l’Ancien Régime ». Il n’oublie pas non plus Murat, roi de Naples, ou encore (liste non exhaustive) Talleyrand, grand chambellan sous l’Empire et prince de Bénévent. Autant de personnages controversés, dont Jean-Marie Rouart n’hésite pas à parler de manière non conformiste, mais profonde. Par exemple, sur Talleyrand arrivant au Congrès de Vienne et s’apprêtant à jouer une partie difficile, il note : « Tout le monde comprit alors que grâce au vieux diplomate qui dominait le congrès de sa lucidité, de son intelligence, et de la liberté que lui donnait son absence totale de scrupules, la France vaincue était désormais un partenaire à part entière. »

Ce qui, dans cet épisode de la vie de Napoléon, intéresse Jean-Marie Rouart, écrivain politique sagace, c’est bien évidemment la perspective historique : les Cent-Jours qui se profilent à l’horizon, et puis Waterloo, le 18 juin 1815, qui mettra un terme final au retour de l’Aigle. De tout cela, délaissant un moment la comtesse dans son palais italien, Rouart nous parle avec ardeur. Il sait nous communiquer son goût pour cette période si émouvante de l’histoire de France, jusque dans les plus petits détails. Ce qui donne, ce faisant, un fort joli roman, très moderne, écrit dans un style savoureux, et bien plus sérieux qu’on ne pourrait croire.

Jean-Marie Rouart, La Maîtresse italienne. Éd. Gallimard. 176 p.

La garce au cœur noir

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Le nouveau roman de Romain Slocombe commence comme un polar de Simenon. Une femme est interrogée par un commissaire de police. Il n’y a pas le sandwich jambon-beurre et les bières, mais l’ambiance est la même. Nous sommes en 1947, à Marseille. Elle se nomme Aline Beaucaire, c’est une Alsacienne, mère d’un petit Paul, employée dans les hôtels, tombée amoureuse d’un sergent pilote, espion au service des nazis, alors que son mari, Roger, est déporté dans un stalag en Autriche. Elle a suivi son amant peu recommandable, mais à la beauté du diable, en zone libre. Leur objectif était de rejoindre Alger, via Marseille qui grouille de vrais/faux espions.

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Protagonistes repoussants

La trajectoire d’Aline est romanesque dans une période où la frontière entre le bien et le mal est abolie. Tous les coups sont permis, surtout les plus tordus. Mais l’intrigue du roman de Romain Slocombe, tirée de faits réels, se corse. Cette femme, qui se prend pour l’actrice collabo Mireille Balin, amoureuse de Jean Gabin, dans le film Pépé le Moko, de Julien Devivier, est soupçonnée d’être la « Panthère rouge ». Cette dernière porte le même prénom qu’elle, et se nomme étrangement Bockert, une presque parfaite homonymie. La « Panthère rouge » est une belle blonde, née en Suisse, qui a frayé avec la gestapo et s’est rendue coupable de crimes horribles. Elle est accusée d’avoir dénoncé un maquis à Clermont-Ferrand, des enfants juifs dans les écoles de Nice, d’avoir assisté, et même participé, à des interrogatoires musclés pour faire parler des résistants. Bref, c’est « une vraie garce nazie ».

De nos jours, on saurait rapidement si les deux femmes ne font qu’une, puisque nous apprenons, lors de l’interrogatoire d’Aline Beaucaire, qu’elle fut mordue, enfant, au visage par un chien, et qu’elle en a gardé une cicatrice à la lèvre inférieure (page 109).

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Romain Slocombe, spécialiste de l’histoire de la collaboration, auteur d’une trentaine de romans dont L’Affaire Léon Sadorski (2016), nous entraîne sur un chemin semé d’embûches, où les traitres, les espions, les policiers, les truands sont réversibles. La dramaturgie, jamais, ne faiblit. Les rebondissements sont nombreux, avec soudain un crime qui ressurgit dans le Jura, et jette un peu plus le discrédit sur des protagonistes déjà repoussants. Il convient d’ailleurs d’être très attentif jusqu’à la fin du récit.

Tout ce que l’on peut me reprocher…

Avec Une sale Française, Romain Slocombe, montre avec habileté qu’il est d’imprudent de porter un jugement arbitraire et définitif sur l’Occupation, époque qui ne cesse de fasciner. Mis à part les résistants de la première heure, vrais patriotes, qui constituèrent « l’Armées des ombres », pour reprendre le titre du magnifique roman de Joseph Kessel, la majorité de nos compatriotes apprirent à barboter dans les eaux troubles du pétainisme et se refirent, à peu de frais, une virginité, une fois la guerre achevée.

Comme l’affirme Alice, pardon Aline : « Je n’ai jamais fait de politique, monsieur le commissaire. Je ne suis qu’une femme de ménage. Comme je vous l’ai dit, tout ce que l’on peut me reprocher est d’avoir manqué de prudence. Et d’être tombée amoureuse de Cat. »

Romain Slocombe, Une sale Française, Éditions du Seuil.

Une sale Française

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Nous sommes tous Franquin!

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Le dessinateur belge André Franquin, 1983 © VERDIER ERIC/SIPA

Alors que la 51ème édition du Festival de la bande dessinée d’Angoulême ouvrira ses portes jeudi prochain, nous fêtons en janvier les 100 ans de la naissance d’André Franquin, le génial inventeur de Gaston


Parce que c’était lui, parce que c’était nous. Avant la panthéonisation de la BD, ses colloques et ses planches vendues aux enchères, ses galeristes et son marché lucratif, tous les enfants des années 1960, 1970 et 1980, fidèles abonnés de Spirou et de Tintin ou acheteurs occasionnels, qui souvent, pour la première fois de leur vie, ouvraient la porte d’une librairie ou d’une maison de la presse, avons senti le choc.

Quand le talent saute aux yeux

« Un souffle barbare », « un remous hard-rock » comme le chantait Claude Nougaro. Nous savions intimement que cet art populaire pétri de gags et de héros bondissants serait notre nouvel eldorado. Comme dans d’autres domaines culturels, toujours en retard d’une bataille esthétique, la machine universitaire et les corps constitués ont mis du temps à reconnaître cette évidence et à sortir les albums du rayon « enfantillage ». Le talent sautait pourtant aux yeux, l’intelligence du trait explosait, la fantaisie masquait les idées sombres, ce monde en miniature, burlesque et d’une haute précision, était paradoxalement plus grand que nous. Nous avons succombé à la franco-belge, plus précisément à l’école de Marcinelle chère à l’éditeur Charles Dupuis. Au-delà de la nostalgie de nos années d’apprentissage se dégage une émotion particulière à la lecture de nos premiers albums cartonnés. Quelque chose de familial, de secret, de personnel et merveilleux dans le processus de création, sans les mots pour l’expliquer bien évidemment, ni des théories fumeuses à l’appui, nous avions perçu l’allure générale, la variété, la noirceur, la rébellion intérieure, le rire effronté, la beauté des décors, le rythme et l’inestimable élan communicatif qui caractérisent l’univers d’André Franquin (1924 – 1997).

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Idées noires

Avec Hergé et Disney, il faisait assurément partie du tiercé gagnant du 9ème art. Son empreinte est immense, et elle continue d’inspirer. Chez ses anciens confrères ou les nouvelles générations d’auteurs, on s’incline devant ce génie doté d’un crayon virtuose et d’un esprit funambule. Franquin, le dépressif productif, l’angoissé inventif, le perfectionniste qui riait bruyamment, avait improvisé le Marsupilami en un après-midi, loin de sa Palombie natale. Reprenant la série Spirou après Jijé, c’est lui qui a aéré les cases, brisé la ligne claire, laissant passer un vent de folie et de modernité, un ton humoristique à mi-chemin entre le réalisme et la pochade. Champignac et Zantafio lui disent encore merci. Les légendes de ce métier que l’on expose aujourd’hui dans les musées ont été honorées de travailler à ses côtés. Morris avec son inamovible nœud papillon, aussi célèbre que le foulard rouge de Lucky Luke affirmait que son compagnonnage avec Franquin équivalait à 20 ans d’Académie. Roba, le papa de « Boule et Bill » le comparait à Dürer, le dessinateur et graveur de la Renaissance. Même Hergé, chiche en compliments, admirait sa maestria. Après une brouille avec l’empire Dupuis, Franquin quitta très momentanément la banlieue de Charleroi pour « vendre » sa série « Modeste et Pompon » chez le concurrent Tintin, à Bruxelles. Puis, il revint à la maison qui était tenue alors par le rédacteur en chef, le barbu Yvan Delporte, véritable tête pensante de Spirou.

Le phénomène Gaston

Un jour de février 1957, un type tout mou apparut dans les colonnes. Il portait lui aussi un nœud papillon. Qui c’est celui-là ? Aucune explication. Aucun indice. La semaine suivante, le même bonhomme se présentait toujours à la porte de la rédaction, cette fois-ci, le col ouvert. Et le 14 mars, carrément décontracté en col roulé et fumant sa cigarette. Un héros sans-emploi, un héros de trop selon la formule consacrée, un bricoleur empêché, un collègue de bureau envahissant. C’est Fantasio qui lâcha le morceau et s’inquiéta le premier d’un tel perturbateur dans un court texte devenu prophétique : « Attention ! Depuis quelques semaines, un personnage bizarre erre dans les pages du journal. Nous ignorons tout de lui. Nous savons simplement qu’il s’appelle Gaston. Tenez-le à l’œil ! Il m’a l’air d’un drôle de type ! ». Gaston précéda les « Idées noires » de 1977 où Franquin cherchait « à être plus rosse, plus corsé ». Cet artiste majeur du XXème siècle ne fut jamais bête et encore moins méchant. 

Monsieur Nostalgie

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Le grand capital contre les juifs

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Rassemblement en soutien à la Palestine à l’université d’Harvard (Massachusetts), 14 octobre 2023 © Joseph Prezioso / AFP

La complaisance qui entoure les manifestations antisémites sur les campus américains s’explique par un mot : l’argent ! Abreuvées de subventions venant de pays arabes, les universités ferment les yeux sur le militantisme de leurs étudiants. Et des philanthropes tels que Soros et les Rockefeller financent aussi bien le Parti démocrate que des lobbys « propalestiniens ».


Aux États-Unis, au cours des trois derniers mois, les campus universitaires et certaines institutions gouvernementales ont été le théâtre de nombreuses manifestations propalestiniennes accompagnées d’incitations à la haine, voire au génocide. Les actes d’agression et de vandalisme antisémites se sont multipliés dans les grandes villes. Et pour couronner le tout, le 5 décembre, les présidentes de trois des universités les plus prestigieuses, appelées àjustifier devant le Congrès la tolérance apparente accordée à l’antisémitisme par leurs institutions, n’ont pu donner que des réponses évasives. Comment expliquer une telle dérive dans une démocratie occidentale ? La clé de l’énigme réside moins dansla puissance des idées que dans celle de l’argent. Car l’argent séduit les instances dirigeantes, comme il finance les activités des militants. Si les autorités ont souvent tardé à sanctionner leurs étudiants qui célébraient ouvertement les atrocités du Hamas, ce n’est pas sans lien avec les sommes faramineuses dont des pays arabes, le Qatar en tête, abreuvent les universités américaines depuis des années[1]. En revanche, toutes les actions prétendument antisionistes ont été organisées par des ONG qui, elles, sont arrosées par les dollars du grand capital philanthropique américain[2].

Un système financier complexe

L’argent qui finance ces ONG transite par un système complexe et opaque qui sert aussi à subventionner les ambitions électorales du Parti démocrate, ainsi que toutes les causes intersectionnelles à la mode. Le capital provient souvent des grands philanthropes de la gauche, comme le Rockefeller Brothers Fund ou les Open Society Foundations de George Soros. Mais les sommes circulent à travers d’autres organismes sans but lucratif qui jouent le rôle de « sponsor fiscal », apportant aux ONG bénéficiaires des avantages fiscaux et la possibilité de cacher l’identité de leurs donateurs.

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Il existe deux grands spécialistes de ce qu’on appelle le « dark money » ou « argent anonyme ». Le groupe Tides, créé en 1976, gère deux fonds et une entreprise de lobbying. Il reçoit des sommes importantes des Rockfeller Brothers, mais surtout de Soros qui, entre 2020 et 2022, lui a donné presque 42 millions de dollars. Confirmant qu’on peut être capitaliste et très à gauche, Pierre Omidyar, le fondateur d’eBay, et Peter Buffett, fils de Warren, y ont également contribué. Arabella Advisors, créée en 2005 par Eric Kessler, un ancien de l’administration Clinton, gère cinq fonds différents. Entre 2020 et 2022, Soros lui a donné plus de 60 millions. En 2022, le groupe a levé 1,35 milliard de dollars.

Tout cet argent sert, entre autres choses, à irriguer un réseau dense d’organismes antisionistes dans les milieux universitaires et militants. Depuis 2005, un mouvement informel, Boycott, Divestment and Sanctions (BDS), dirigé par un Palestinian BDS National Committee composé de Palestiniens, inspire des actions pour appeler les universités américaines à boycotter Israël et à désinvestir dans les entreprises commerçant avec lui. Ces appels ont surtout pour objectif de maintenir la question palestinienne sur le devant de la scène. Sous l’égide du comité BDS – qui a été déclaré antisémite par le Parlement allemand en 2019 – des « Israeli Apartheid Weeks » sont organisées chaque année sur les campus pour dénoncer le sionisme. Le mouvement jouit du concours des plus de 200 branches de Students for Justice in Palestine (SJP) aux États-Unis et au Canada. Ce réseau s’est doté en 2010 d’un comité national dont le financement est facilité par un sponsor fiscal, la WESPAC Foundation. SJP a été interdit dans l’état de Floride en octobre 2023 et suspendu par l’université George Washington en novembre. L’organisme est aidé aussi par American Muslims for Palestine(AMP), fondé en 2006 par un des cofondateurs de SJP, Hatem Al-Bazian, professeur américano-palestinien à Berkeley. Une organisation sœur, Americans for Justice in Palestine, joue le rôle de sponsor fiscal et ses revenus en 2022 étaient de plus d’un million et demi de dollars. Les deux entités sont l’objet d’un procès concernant un adolescent tué par le Hamas qu’elles sont accusées d’avoir soutenu.

A relire, du même auteur: Les pogromistes des campus américains

Une liste sans fin

Une autre ONG, Samidoun, créée en 2011 au Canada afin de mener campagne pour la libération des prisonniers palestiniens en Israël, est accusée d’être une couverture pour le Front populaire de libération de la Palestine (FPLP). Elle a été déclarée organisation terroriste en Israël en 2012 et interdite en Allemagne en octobre 2023. Son sponsor fiscal est Alliance for Global Justice (AGJ), un fonds alimenté par Tides et à qui Soros a donné 250 000 dollars en 2020. Ses revenus en 2020-2021 s’élevaient à plus de 56 millions de dollars. En plus de faire l’éloge des régimes de gauche autoritaires, AGJ est accusée de lever des fonds pour le collectif Palestine vaincra, l’organisme français à qui on reproche sa proximité avec le FPLP et que Gérald Darmanin a essayé en vain de dissoudre en 2022. En 2023, ArabellaAdvisors a judicieusement coupé ses liens avec AGJ. Deux groupes de juifs antisionistes, Jewish Voice for Peace (JVP), fondée en 1996, et If Not Now, né en 2014, ont reçu des sommes importantes des Rockefeller et de Soros, et If Not Now de la part de Tideset d’Arabella Advisors. Cette liste pourrait se prolonger de manière fastidieuse. Pour boucler la boucle, terminons par l’exemple de l’US Campaign for PalestinianRights, une coalition d’ONG placée sous la houlette d’un autre organisme, Education for a Just Peace in the Middle East. Ce dernier, qui a profité de la générosité des Rockefeller, est accusé de soutenir indirectement le Hamas. Elle est le sponsor fiscal du Palestinian BDS National Committee. Selon le fantasme traditionnel, les juifs exploitent le capital pour manipuler le monde. Ici, les judéophobes l’exploitent à des fins antisémites. On pourrait dire que les juifs sont les victimes des protocoles des « sages antisionistes ».


[1]. Armin Rosen, « What Yale Has in Common with Hamas », Tablet Magazine, 29 nov. 2023 ; Bari Weiss, « Is Campus Rage Fueled by Middle Eastern Money? », The Free Press, 12 déc. 2023.

[2]. Sources : les sites du Rockefeller Brothers Fund et des Open Society Foundations, InfluenceWatch, ProPublica, The Washington Beacon, The Washington Examiner.

Macron, ce faussaire malhabile

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Conférence de presse à l'Elysée, 16 janvier 2024 © Aurelien Morissard/AP/SIPA

Mardi, Emmanuel Macron a affirmé avoir vu dans les émeutiers de juillet 2023 des jeunes qui s’ennuyaient – rien de plus. Dès lors, il est impossible de le croire quand il dit vouloir se battre « pour que la France reste la France ».


Des mots, des amas de mots : Emmanuel Macron n’a su s’extraire de son travers verbeux, mardi soir, à l’issue de plus de deux heures de conférence de presse. Rien n’a justifié que le chef de l’État empressé s’invite, à 20h15, dans les foyers via six chaînes de télévision. La jactance présidentielle n’a fait que caricaturer davantage celui qui a affirmé : « J’assume de continuer à présider le réel ». Au contraire, Macron ne maîtrise plus le contrôle de la réalité. Il croyait pouvoir la domestiquer avec son approche orwellienne de la « double pensée », ce « en même temps » autorisant tout et son contraire. L’exemple le plus significatif de la décrédibilisation du récit officiel a été de l’entendre, sur les émeutes urbaines de juillet dernier, rejeter tout lien avec l’immigration au prétexte que les jeunes insurgés, très majoritairement issus du Maghreb, « étaient de nationalité française, pour la quasi-totalité nés en France ». Pour le président, ces casseurs, qui criaient souvent « Allah Akbar ! », n’auraient été motivés que parce qu’ils « s’ennuyaient ». Macron s’est également félicité de l’efficacité de l’Union européenne, notamment dans sa promotion des vaccins anti-Covid dont il persiste à vanter l’efficacité en dépit de leurs protections médiocres et de leurs effets secondaires importants. C’est ce même président indifférent aux faits qui s’est inquiété sans vergogne de la survenue d’une « génération de complotistes » formés par les réseaux sociaux à avoir « un rapport faussé à la vérité ». Comment, dans ces conditions, croire en la sincérité de Macron quand il dit vouloir se battre « pour que la France reste la France », en s’appropriant au passage les mots d’Éric Zemmour et d’Eric Ciotti ?

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Macron est un faussaire de plus en plus malhabile : il ne survit que par son aisance dans le verbe et une propagande qui contourne le réel. Parmi les maigres annonces de mardi soir, celle d’une obligation à suivre des cours de théâtre au collège marque l’empreinte d’un président qui excelle dans la mise en scène et le jeu de rôle. Mais sa déconnection des gens ordinaires lui fait répéter les mêmes erreurs sur la meilleure manière de contrer le RN, qu’il nomme « Front national ». Ce n’est pas seulement en luttant « contre l’immigration clandestine » que Macron peut espérer faire reculer Marine Le Pen. Celle-ci est portée par le sentiment d’abandon qu’éprouvent des Français face à une immigration légale qui bouscule les fragiles équilibres sociologiques et culturels.

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Le « grand effacement » est un risque que Macron a évoqué à propos de la place de l’Europe dans les bouleversements géopolitiques. « Il ne s’agit pas de notre pays », a-t-il même précisé. Or c’est justement cette perspective d’une dilution de la France qui devrait mobiliser ses inquiétudes. La chute de la natalité (moins 6,6% en 2023) conjuguée à la forte et féconde immigration musulmane sont autant de facteurs pouvant laisser craindre, avant la fin de ce siècle, en de profonds changements civilisationnels.

En réponse, Macron a promis « un plan de lutte contre l’infertilité ». En rire, ou en pleurer ?