Alors que la FNSEA, débordée par les Jeunes Agriculteurs, a annoncé le «siège» de Paris pour une «durée indéterminée», le ministre de l’Intérieur a mis en place «un dispositif défensif important afin d’empêcher tout blocage» du marché de Rungis, et appelle les Français «à anticiper et à ne pas encombrer les routes» face aux blocages.
« Touche pas à mon paysan ! » Le choix de Gérald Darmanin de mobiliser, dès ce lundi, des blindés et 15 000 policiers et gendarmes pour protéger Paris et Rungis des agriculteurs en colère fait craindre un possible affrontement de l’Etat jacobin face au monde rural.
Le monde technocratique bousculé
Le ministre de l’Intérieur est certes dans son rôle. Mais un recours à la force publique, dans un tel contexte de révoltes généralisées, aurait pour conséquences d’attiser les incendies partout déclarés. L’habileté apparente de Gabriel Attal, qui a su vendredi pactiser avec le leader Jérôme Bayle sur fond de bottes de foin à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), a vite montré les limites de la communication du Premier ministre.
Derrière la cause agricole, c’est tout un système technocratique producteur de planifications, de normes et de surveillances qui est remis en question, y compris à l’échelle européenne. De surcroit, le monde rural apparait comme le dernier dépositaire d’une identité française menacée par la mondialisation et des dirigeants amnésiques, insensibles au besoin d’enracinement des peuples. Les noms des petites villes qui s’égrènent au fil des barrages routiers rappellent le poème des « cent villages » d’Aragon : Montesquieu-Volvestre, Carbonne, Sourniac, Saint-Félix-de Tournegat, Parcay-Meslay, Cannectancourt, Pamiers, etc. Comme l’écrit Robert Redeker dans Le Figaro de ce lundi[1] : « La révolte des agriculteurs (…) est le véritable soulèvement du peuple de la terre, loin du pitoyable folklore écologiste qui s’est approprié cette appellation », en effaçant le mot peuple pour ne retenir que « soulèvement de la terre ».
L’Agriculture au-dessus de tout ?
Le saccage des richesses françaises, commis au nom d’idéologies irréalistes, a assez duré. Après les destructions de l’industrie et de l’énergie, il est urgent de préserver l’agriculture de cette perspective. Son affaiblissement est déjà entamé quand la France importe aujourd’hui 70% des fruits, 30% des légumes, 84% de la pêche ! « On a décidé de mettre l’agriculture au-dessus de tout », a promis Attal vendredi, avant de reconnaitre dimanche qu’il fallait aussi « changer d’état d’esprit ». Si les mots ont un sens, cela oblige le gouvernement à s’extraire, à la fois, de la tutelle soviétoïde de l’Union européenne et de ses diktats absurdes sur la décroissance, mais aussi de la tyrannie écologiste qui, au nom de ses démentes utopies, en est venue dimanche à jeter de la soupe sur le portrait (protégé) de la Joconde, au musée du Louvre.
Or toute la politique présidentielle a été construite en soutien à l’UE supranationale et à une écologie punitive. C’est pour plaire aux Verts que Macron a avalisé dans un premier temps le sabotage du parc nucléaire français et a accéléré l’enlaidissement des paysages par la multiplication des éoliennes, y compris en mer. Mardi dernier, la porte-parole du gouvernement, Priscat Thevenot, parlait de « colère légitime » à propos des jacqueries. De fait, l’opinion est derrière les agriculteurs. Mais, non, les blindés n’auront pas raison des tracteurs.
De Nuit et Brouillard d’Alain Resnais (1956) à La Conférence de Matti Geschonneck (2022), en passant par La Liste de Schindler (Steven Spielberg, 1993), La vie est belle (Roberto Benigni, 1997) ou encore Le Fils de Saul (Laszlo Nemes, 2015), la représentation de la Shoah sur grand écran s’est toujours révélée ultrasensible et pour le moins controversée. Le réalisateur plasticien-expérimentateur britannique Jonathan Glazer (déjà auteur des fort stimulants Sexy Beast, Birth et Under the Skin) nous propose une nouvelle version « intimiste » et réaliste/ naturaliste qui ne pourra laisser personne indifférent. Grand Prix du Jury à Cannes cette année.
Autant le dire tout net : si vous souhaitez sortir de votre zone de confort, alors il faut prestement courir découvrir sur grand écran ce très perturbant et asphyxiant « Zone d’intérêt » que l’on doit à un auteur inclassable, Jonathan Glazer. Le titre tout d’abord, terrible, bureaucratique, mécanique, impersonnel, glacial, monstrueux, évoque l’expression consacrée par les SS afin de décrire le périmètre de 40 kms carrés entourant le camp de concentration (en fait d’extermination) d’Auschwitz-Birkenau, situé dans la province de Silésie (Pologne actuelle) et habité par les officiers nazis et leurs familles.
Ce film irrespirable se concentre plus spécifiquement sur la vie familiale et quotidienne de Rudolf Höss, officier SS et commandant du plus vaste complexe du système concentrationnaire nazi, du 1er mai 1940 au 1er décembre 1943, puis de nouveau entre mai et septembre 1944, période durant laquelle la déportation massive des Juifs polonais et hongrois a porté la machine de mort à son efficacité maximale, via notamment l’utilisation du Zyklon B (élément non abordé toutefois ici).
Hors-champ de l’indicible
À rebours de ce que l’on pourrait attendre (ou craindre), Glazer opte intelligemment pour un hors-champ systématique qui se révèle finalement hyper désarçonnant et « malaisant » pour le spectateur. Par le choix mathématique et scientifique de ses cadrages, ses angles, ses profondeurs de champ, ses focales, il laisse en permanence sourdre l’horreur par-delà les murs et les enceintes de cette maison familiale fort banale, petit coin de paradis protégé et barricadé abritant jardin luxuriant, serre végétale bien fournie et piscine estivale. Ce qui contribue à faire le petit bonheur de M. Höss (incarné par l’excellent Christian Friedel, remarqué chez Haneke avec Le Ruban blanc), sa femme Hedwig (fantastique Sandra Hüller, confirmant la palette de ses talents après le palmé Anatomie d’une chute) ainsi que leur tribu composée de cinq têtes blondes afin de se conformer aux directives du Führer dans l’optique de l’expansion vers l’Est (concept du « Lebensraum », espace vital) par la force démographique et militaire.
Si le film commence comme une chronique sociale bucolique au cœur d’un paysage campagnard avec notre « sympathique » famille se baignant dans les eaux vives d’une rivière, la bande-son devient vite fracturée, désynchronisée, saturée, stridente, industrielle, laissant bientôt s’échapper au loin des bruits sourds et angoissants évoquant concomitamment des râles, des cris, des tirs de fusil, des aboiements de chiens et surtout des fumées et des feux crachées par des cheminées que l’on devine industrielles et fonctionnant sans répit jour et nuit dans le cadre de la stricte application de la « solution finale »…
Le génie de Glazer est d’avoir parsemé son cauchemar pelliculé de références subliminales à la mythologie des contes de fées d’origine nordique et germanique comme Hansel et Gretel des frères Grimm. Chaque soir, le bon commandant zélé Rudolf lit à sa jeune fille quelques extraits de ce conte merveilleux du XIXe siècle, permettant à la petite Gretel de prendre vie dans les songes enfantins et d’investir le site concentrationnaire maudit afin de tenter de récupérer des pierres au pied des monticules de cendres encore chaudes… suite aux crémations de masse. Difficile de faire plus glauque et suffocant…
Plus globalement, le contraste est saisissant entre les magnifiques plans de nature, de fleurs en éclosion, du bourdonnement des insectes, du chant des oiseaux, des hennissements de chevaux, de l’écoulement des cours d’eaux et d’autre part, l’évocation par bribes, par sons, par touches impressionnistes de l’horreur la plus noire à quelques centaines de mètres.
Banalité du Mal
M. Höss apparaît comme un officier-modèle et besogneux, obsédé par la recherche d’un meilleur rendement de ses « fours » afin de se faire remarquer et apprécier par sa hiérarchie à l’instar de n’importe quel employé « corporate » d’une entreprise publique ou privée. Il incarne parfaitement ce qu’Hannah Arendt nommait la « banalité du mal » dans son fameux livre Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal, publié en 1963 suite à la couverture journalistique en Israël du procès du principal responsable de la logistique de la « solution finale ». Des hommes méticuleux et méthodiques, soucieux de donner le meilleur d’eux-mêmes dans l’accomplissement des objectifs fixés par le Reichsführer au nom de l’Etat, du peuple et de la race, sans aucun état d’âme ni aucune considération éthique… « au-delà de toute humanité » selon notre référentiel judéo-chrétien.
Et que dire de Mme Höss ? Ses journées sont partagées entre l’éducation des enfants et l’entretien de sa petite propriété, bien aidée par des « servantes » d’origine juive sur lesquelles pèse en permanence la menace d’être renvoyées de l’autre côté du mur… Malaise lorsque l’on voit Madame se regarder dans la glace de sa chambre essayer un manteau de fourrure vraisemblablement arraché à une suppliciée juive, susurrer à son mari sur l’oreiller son désir de retourner en vacances en Italie pour une balnéothérapie ou encore causer avec ses voisines des différentes variétés de fleurs qu’elle s’enorgueillit d’avoir réussi à faire pousser dans son jardin édénique… Un Éden totalement artificiel et hallucinant jouxtant un Enfer bien réel, matérialisé par ce grand Moloch industriel engloutissant les pauvres âmes non-aryennes tout en éructant les flammes d’un véritable Pandémonium qui était prévu pour durer « 1000 ans » ! Au final, un grand film, pour la Mémoire, aux partis pris esthétiques radicaux, afin de ne jamais oublier l’indicible ni l’unicité de cette « catastrophe absolue ».
Bac Films
Restent ces dernières images très étranges et perturbantes, montrant des femmes d’entretien de notre époque actuelle reproduire mécaniquement et quotidiennement les mêmes gestes de nettoyage « sans état d’âme » sur les vitres abritant et mettant en évidence les chaussures et effets personnels des juifs récupérés à la Libération des camps ainsi que l’entretien des différentes pièces des fours crématoires avant l’arrivée des visiteurs et des touristes sur un site classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité… En conclusion, une expérience « extrême » de laquelle on ressort forcément broyé avec un goût de cendres dans la bouche…
Des centaines de signatures d’écrivaillons sévèrement burnés s’opposent dans une pétition à ce que Sylvain Tesson parraine le Printemps des Poètes. Dans cette prose dénuée de poésie, on l’accuse d’être un réac de la pire espèce. Pourtant s’il est un auteur où tout dans l’œuvre et dans sa vie est poésie, romanesque et profondeur de champs, c’est bien lui. L’idéologie sectaire des signataires n’est qu’un prétexte. Ce qui leur fait peur avec Tesson, c’est de souffrir la comparaison.
Le brave citoyen regarde le monde planqué derrière ses persiennes, écoute l’air du temps l’oreille collée aux portes, s’informe par le petit trou de la serrure. Aidé en cela par des journalistes-midinettes, soldats de plomb de la machine politico-médiatique lancée dans l’opération diversion: plus l’on travaille à la fabrique des cons, plus le système tiendra bon. On nourrit le peuple de vulgarité sur les restes de la succession Hallyday, par la découpe à l’abattoir de la carcasse Depardieu, et, aujourd’hui, on le shoote à l’impudeur avec la lente agonie publique d’Alain Delon. Sans jamais l’inciter à revoir l’acteur gagné par la fièvre face à une Girardot brulante dans Rocco, ou éteindre un Ronet incandescent en pleine mer ou dans une piscine. Pas plus qu’au milieu de la polémique, on fera référence à l’infinie délicatesse s’échappant de l’armoire à glace Depardieu chuchotant à Deneuve dans le Dernier Métro: “vous regarder est une joie, une joie et une souffrance.” Autant de plaintes et de déliés en un seul homme ne plaiderait pas la cause, n’alimenterait pas la version “gros dégueulasse”.
Sylvanothérapie. L’entre-soi du monde de la culture ne va pas changer la donne de la médiocrité ambiante. La pétition a remplacé la lettre anonyme. On se sent pousser des couilles à partir de 300 signatures. A 500 on est des Robocop, des Charles Bronson auxiliaires de justice, des Charles Manson de l’application des peines. La chasse aux réacs est ouverte. La meute a mis à prix la belle gueule cassée de Sylvain Tesson. Wanted dead or alive. Justement, mort ou vif pourrait être le titre d’une bio de Tesson. Mort ou vif, peu importe le talent est là, intact. Il aime la vie à la folie en affranchi d’une mort de dingue. Et le succès veille avec les anges à ce que “les feuilles des arbres brillent comme des tessons de bouteille” (Blondin). Réac, quelle horreur! Et pourtant, comment ne pas l’être quand on a aimé Paris, les bistrots, le ballon de blanc et l’œuf dur du comptoir, nos études Rue Princesse, le master “allons boire un dernier verre à Castres” (Nimier), ses chauffeurs de taxis un brin franchouillard, avec la fine moustache de Noël Roquevert et leur chien couché sur le plaid à carreaux à la place du mort, le Paris des Halles aux Halles et des tapins pour queue dalle… Réac, c’est de la nostalgie à boire comme un trou, à pleurer des Danube, en remontant la rivière d’un saumon échappé d’une fanfare kusturicienne. Au pied de la montagne, difficile d’endiguer la nostalgie, devant la beauté et la puissance minérale qui dépasse les hommes. Au pied du chêne, difficile de ne pas douter de la fiabilité des femmes à préserver l’essentiel… le gland.
“A plus de deux, il n’y a que des bandes de cons”(Brassens). Je ne sais s’il y aura une contre-pétition de soutien à Sylvain Tesson et je m’en bats les œillets. À sa santé je préfère me servir un whisky, allumer un cigare, m’enfoncer dans le canapé à peine remis des frayeurs à suivre sa partie de roulette russe. Une fois son œuvre en montagnes slaves avalée, il m’arrive d’avoir le vertige assis sur le tabouret d’un comptoir. Alors j’auto-pétitionne pour lui dire “les mots des pauvres gens, ne rentre pas trop tard et surtout ne prend pas froid.”
Elisabeth Lévy : « La pétition contre Sylvain Tesson montre une haine de la liberté »
Si haut d’ici-bas
Fuir, fuir la chair, les voix, Retrouver la matière, Le verre, la pierre, le bois, Remonter les rivières
Prendre les chemins de crête, Là où jaillit la lumière L’âme s’ouvre à la quête, L’infini, la prière
Ressentir la puissance, Le mystère, l’élégance, La vertu du silence, Du divin la présence,
Com la bulle de champagne Remonte à la surface, Au pied de la montagne Un vertige le dépasse
Question sans coupon-réponse, Lumière blanche, bout du tunnel, Est-ce des phares est-ce l’éternel, Ou bien la mort qui s’annonce
Pour atteindre le sommet Laisser à la consigne Tout ce qui n’est pas digne De hauteur, d’être nommé.
Devant tant de beauté, Privilège d’invité Enfin déconnecté, Il sent ses larmes monter
Il faut bien redescendre, Pour ceux qu’on aime être tendre, Retrouver ses racines, Ses recettes de cuisine
Seuls les morts peuvent savoir, Croire en quoi dans l’absence, Le big bang, le trou noir, L’ivresse des livres, la science, L’ivresse de vivre, l’enfance…
Dans l’rétro voir ce qui reste, Du sexe la beauté du geste, Pour chaque femme un alcootest, Seul l’amour d’Eve, d’Everest
Dans l’absence le lâcher prise, Dans la chute doubler la mise, En silence panser ses plaies D’insolence, d’homme fêlé
Si c’est si beau vu d’en-bas, L’eau de la source, l’homme des bois, Sans façon il vit com ça, Sain et sauf et vice-versa…
À l’Opéra Bastille, la relecture contemporaine de La Traviata, et sa mise en scène par Simon Stone, en font beaucoup trop. Dommage.
Salle comble, ovation délirante au tomber de rideau du chef-d’œuvre de Verdi, dans cette production du metteur en scène australien Simon Stone millésimée 2019 dont la reprise l’année suivante avait dû être annulée, vaincue par la pandémie. Ce n’est pas la première transposition contemporaine de l’admirable livret concocté en 1853 par Francesco Maria Piave d’après la pièce tirée par Dumas fils lui-même de son propre roman paru cinq années plus tôt. Il faut se souvenir que Verdi, toujours célibataire à quarante ans, entretient alors la chanteuse Giuseppina Strepponi : le compositeur déjà célébrissime n’épousera sa maîtresse qu’en 1859. Autant dire qu’à l’époque, une telle situation n’était pas sans faire jaser dans le beau monde. En adaptant La Dame aux Camélias, Verdi ne s’aventurait pas tout à fait en terrain vierge…
Éternelle, la figure de la courtisane s’actualise dans des avatars inégalement convaincants, dont la mise en scène de Robert Carsen pour la Fenice, en 2004, reste l’exemple élégant entre tous, et décidément le mieux abouti : Violetta en jet-setteuse se faisant injecter à la seringue, dans le bras, des remontants à haute dose ; Alfredo en paparazzi compulsif ; une jonchée de billets libellés en euros en guise de feuilles mortes tapissant un sol campagnard, au deuxième acte…
Sous les auspices du « jeune » Stone (né en 1984), également acteur et cinéaste, La Traviata – littéralement, « la dévoyée » – prend chair cette fois sous les traits d’une influenceuse narcissique dont le décor, plateau tournant laisse circuler, sur deux murs perpendiculaires, l’affichage en continu et en taille XXL des échanges Instagram, SMS triviaux agrémentés d’émojis, courriels perso de la Violetta, et jusqu’aux résultats d’analyses médicales forwardés par le labo pour l’avertir que son cancer récidive… Le procédé est assez marrant, avouons-le, et provoque d’ailleurs des éclats de rire clairsemés dans la salle. Sinon que, superposés aux arias chantés en italien (et dont on suit volontiers le sous-titre en traduction sur écran, comme toujours, au-dessus du cadre de scène), ces signatures, rédigées dans un français bas de gamme, morceaux choisis anachroniquement entachés de cette insondable vulgarité puisée sans filtre à l’égout de la « culture » numérique propre au présent siècle, distraient l’attention du spectateur. Au point de polluer, dans une optique somme toute assez racoleuse, le drame poignant qui devrait nous absorber tout entier.
C’est d’autant plus dommage que cette régie, sur le plan du graphisme visuel comme de la technique des enchaînements, fonctionne de façon ultra efficace – par ailleurs émaillée de jolies trouvailles : telle, reproduite à l’échelle, la statue équestre dorée à l’or fin de Jeanne d’Arc, pareille à celle que l’on peut admirer dans Paris, place des Pyramides, en retrait de la rue de Rivoli, et qui apparaît à plusieurs reprises sur le plateau, comme une allégorie de la sainteté martyre.
Dans le rôle-titre, la soprano Nadine Sierra prend la relève de Pretty Yende (remplacée dans le rôle de Violetta Valery, pour la seule représentation du 25 février, par la soprano russe Kristina Mkhitaryan) tandis que le ténor René Barbera, prenant la suite de Benjamin Bernheim qui l’interprétait déjà fabuleusement en 2019, campe à son tour Alfredo Germont au plus haut niveau. Dans les deux cas, la nouvelle distribution est magnifique : vibrato impeccable, phrasé souverain, virtuosité jusque dans les aigus les plus redoutables. Quant à notre baryton national Ludovic Tézier, il se surpasse dans l’emploi du géniteur Germont, dans une sobriété, une aisance, une apparente facilité confondantes, sa voix d’airain impeccablement projetée, en lien avec une gestuelle parfaite. A côté de ces stars incontournables de la scène lyrique, l’excellente mezzo de la Troupe de l’Opéra de Paris, Marine Chagnon (Flora), la soprano Cassandre Berthon (Annina), ou encore le ténor polonais « maison », Maciej Kwasnikowski… Du grand art sur le plan vocal.
Reste que, si les lectures contemporaines du répertoire lyrique permettent, dans leur principe, de revivifier à bon escient un patrimoine sinon menacé de sclérose, ce n’est pourtant pas à n’importe quel prix. Et surtout pas au sacrifice du génie intrinsèque de l’œuvre proprement dite. Et là, vraiment, Simon Stone, je te le dis comme je le pense, tu es too much.
La Traviata. Opéra en trois actes de Giuseppe Verdi (1853). Direction : Giacomo Sagripanti. Mise en scène : Simon Stone. Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec Nadine Sierra/Pretty Yende, Marine Chagnon, Cassandre Berthon, René Barbera, Ludovic Tézier… Opéra Bastille, les 23, 27, 30 janvier, 2, 5, 8, 10, 14, 16, 20 février à 19h30, le 25 février à 14h30 Durée : 2h45
Jean Szlamowicz veut en finir avec l’écriture inclusive. Contre les assauts woke qui écornent le français, son nouvel essai prouve que c’est une ineptie de confondre la langue et le sexe, le genre des mots et le sexe des gens. Une démonstration magistrale et définitive.
Le Sexe et la Langue. Sous ce titre délicieusement facétieux, le linguiste Jean Szlamowicz règle magistralement son compte à l’écriture inclusive et aux métastases grammaticales du militantisme néoféministe. Opposant une belle (et rare) rigueur intellectuelle aux niaiseries mi-doloristes mi-hargneuses des damnés de la grammaire, ce spécialiste d’analyse rhétorique passe au crible le discours de celles-et-ceux pour qui les pires humiliations sont à chercher du côté d’une langue française odieusement masculiniste, à réformer d’urgence pour que la vie soit plus belle. Pour toustes.
Féminisation au forceps
Devant les théories fantaisistes de néomasochistes « prêts à s’inventer un adversaire pour continuer d’être féministes », l’auteur remet à sa place toute une « clique de coupeurs de langue » qui « se rêvent maquisards […] au fond de leur blog », et rappelle l’essentiel : la langue est une combinatoire de signes arbitraires, elle ne représente rien ni personne, elle est l’outil de la pensée et non pas son contenu. « Il ne faut pas confondre la langue et le sexe, le genre des mots et le sexe des gens. » Les points médians et les « e » muets, censés féminiser au forceps une langue si phallocrate, sont avant tout des absurdités linguistiques. Vouloir féminiser la langue par-delà l’usage – « cheffe », « professeure », « chauffeuse de bus », « autrice » – est grotesque avant même d’être idéologique. Si l’on suit le raisonnement fallacieux consistant à dire que les mots sont les miroirs des choses et le reflet des phénomènes, que l’absence de féminin pour « médecin » est bien la preuve de la « minoration » sociale des femmes, on en vient à se demander de quel droit le mot « train », avec si peu de lettres, peut prétendre désigner une locomotive avec tous ses wagons, pourquoi le mot « oiseau » s’emploie pour un moineau autant que pour un condor des Andes, sous l’effet de quelles manigances complotistes le mot « microscopique » est à ce point visible à l’œil nu et, finalement, pourquoi le mot « invisibilisation » n’a rien d’invisible. Avouons toutefois que sur ce dernier point, on gagnerait à confondre les mots et les choses.
Face à une ribambelle de pseudo-linguistes atterrants, désireux de libérer notre langue de carcans imaginaires qu’ils rêvent par tous les biais d’objectiver afin de leur opposer des actes de résistance admirables, Jean Szlamowicz énonce avec érudition et humour des vérités qui fâchent. Non, le genre, en grammaire, n’est pas un marquage d’opposition sexuelle, mais d’opposition tout court, le masculin et le féminin servant à créer des nuances et des différences (galet/galette, herbe/herbage, moteur/motorisation, médecin/médecine…) et non à sexuer la langue : un radiateur n’a rien de masculin, pas plus qu’une fenêtre n’a quelque chose de féminin. Oui, comme dans la majorité des langues, le masculin est généralisant et a une valeur de neutre : on va chez le coiffeur même si la personne qui s’occupe de nous est une coiffeuse. Le jarawara (Amazonie) est, nous apprend-il, l’une des rares langues où le féminin a une valeur générique, mais la coutume de frapper les jeunes filles nubiles à coups de bâton n’est peut-être pas un fait social à la hauteur de ce féminisme grammatical abouti. Non, la « langue » n’est pas du « discours » : une phrase (plutôt très) misogyne telle que « les femmes doivent rester à la maison » ne présente aucun fait grammatical « répréhensible ».Pour finir, oui, la langue est nécessairement « à la traîne », accusée qu’elle est par le progressexisme de ne pas adopter assez vite des néologismes et des tournures qui – voyons ! – tombent sous le sens :il.elle pleut, je ne vais pas chez le coiffeur.euse. Quoiqu’on parle souvent de ce qui n’a pas de réalité tangible (discours), il faut tout de même que les choses existent pour pouvoir les nommer (langue) : qu’il y ait, par exemple, suffisamment d’hommes sages-femmes pour que « sage-homme » s’impose, au-delà de la leçon de grammaire nunuche dispensée par un navet cinématographique à visée sociétale (Sage-Homme, Jennifer Devoldère, 2023).
Réponse cinglante
La réponse de Jean Szlamowicz aux indignations du militantisme inclusiviste est merveilleusement cinglante, et on ne peut mieux dire : « Les injustices existent, mais ailleurs que dans la grammaire […] et quand on est friand de subtilités symboliques, on devrait être capable de se poser la question de savoir s’il y a plus d’oppression à vivre sous un voile ou à accorder le suffixe -eur de manière générique. » Quant à la langue, nous rassure-t-il, elle est modifiée par l’usage et non par les lubies de simili-intellectuels imbibés de théories gramsciennes : « Si les locuteurs ont besoin d’un féminin, ils le créeront et l’utiliseront. S’ils n’en ont pas besoin, ils ne passeront pas leur temps […] à imaginer des féminins inutiles. » En attendant, glissons Le Sexe et la Langue dans nos bibliothèques respectives.
La langue et la grammaire sont les énièmes ZAD –zones à démolir – de militants égocentriques gagnés par l’ennui civilisationnel et l’inculture d’atmosphère. Agitant les derniers hochets marketing du moment, ils continuent à ânonner mécaniquement que « la langue est fasciste ». Tellement fasciste qu’elle a permis à Roland Barthes, en son temps, de dispenser toute une année de cours sur le « désir de Neutre ». Tellement fasciste, qu’elle autorise, à présent, l’ouvrage officiel de la Cité internationale de la langue française (Villers-Cotterêts), dirigé par la philologue Barbara Cassin, à se fourvoyer dans la syntaxe de la dernière phrase des Mots de J.-P. Sartre, adaptée pour l’occasion au thème de la langue (« une langue qui les vaut toutes et qui (sic) vaut n’importe laquelle »). Terrible défaite – la pire de toutes – pour les déconstructeurs d’hier, de se voir anéantir par la langue des démolisseurs d’aujourd’hui.
Jean Szlamowicz (préf. Nathalie Heinich), Le Sexe et la Langue : petite grammaire du genre en français, où l’on étudie écriture inclusive et autres dérives militantes, Intervalles, 2023.
Dans nos écoles, l’inquiétant sous-texte du concours « Nous autres » organisé par la CASDEN Banque Populaire et Lilian Thuram
La propagande antiraciste à la sauce woke s’immisce partout. À l’école, elle peut être orchestrée conjointement par l’Éducation nationale, un groupe bancaire, une mutuelle des agents du service public, un musée et un ancien footballeur reconverti dans le business de l’antiracisme, et viser les élèves dès le plus jeune âge.
Les sociétaires de la CASDEN Banque Populaire ont en effet reçu récemment un message leur expliquant comment participer, s’ils sont enseignants, à la 9ème édition nationale du concours “Nous Autres”, édition soutenue par le ministère de l’Éducation nationale et organisée par ladite banque, la MGEN et… la Fondation Lilian Thuram. Ce concours est ouvert aux classes de… la maternelle à la 6e ! Les enseignants intéressés peuvent inscrire leur classe sur un site dédié puis, après avoir reçu un kit de « ressources pédagogiques », concevoir avec leurs élèves une production artistique pour illustrer « la déconstruction du racisme ». Tant qu’ils y étaient, les promoteurs de ce concours à connotation woke auraient pu lancer un concours sur la « déconstruction de la langue française » illustrée par la citation qui trône en majesté sur le message envoyé aux sociétaires de la banque en question et signée Lilian Thuram : « Il faut construire l’idée que chacun de nous pouvons rendre la société meilleure. »
Le business de la Fondation Thuram repose sur des âneries
Cette démarche « éducative » se veut antiraciste, citoyenne et humaniste. Elle propage en réalité les théories racialistes issues des universités américaines et adoptées en France par des militants wokes dont le pseudo-antiracisme « réintroduit le principe racial et le communautarisme ethnique qu’il prétend combattre » (Paul Yonnet). Pour que l’idéologie racialiste s’impose en France, les thuriféraires de cette dernière ont inventé un « racisme systémique » qui n’a jamais existé dans notre pays, et répandu la novlangue racialiste : racisé, privilège blanc, racisme structurel, systémique ou institutionnel, suprématie blanche, blanchité, universalisme blanc, etc. Sur le site de ce concours, nous pouvons lire les propos de Lilian Thuram, copier-coller des lieux communs du racialisme woke : « Le racisme est avant tout une construction politique, économique et intellectuelle. Nous devons prendre conscience que l’Histoire nous a conditionnés, de génération en génération, à nous voir avant tout comme des Noirs, des Blancs, des Maghrébins, des Asiatiques… La Fondation [Lilian Thuram] souhaite réfléchir sur les mécanismes de domination. » Ignorance crasse ou aveuglement idéologique ? Sans doute les deux. « L’Histoire nous a conditionnés à » est une allégation abstraite qui ne veut strictement rien dire. Quant aux « mécanismes de domination », nul besoin de préciser qui domine qui – il est entendu que seuls les Blancs ont été des colonisateurs et des esclavagistes, que seuls les Blancs ont pillé, tué, déclenché des guerres, que seuls les Blancs sont racistes, etc. Bref, « les Blancs » sont le mal absolu. C’est sur ce socle simpliste et manichéen que repose le racialisme woke. Lilian Thuram, qu’il en soit conscient ou non, participe à la création de quelque chose de tout à fait nouveau en France, une vision purement raciale et ethnique des rapports entre les individus dans la société ; il promeut une idéologie qui va à l’encontre d’un objectif louable retourné et transformé en arme de destruction de l’Occident, lequel ne devrait son développement et sa prospérité qu’à l’exploitation coloniale, l’esclavage et la domination brutale sur d’autres peuples – exploitation et domination qui perdureraient dans la société actuelle et concerneraient en premier lieu les descendants des anciennes colonies et les immigrés « racisés » qui n’hésitent pourtant pas à tenter de s’installer dans ce pays soi-disant foncièrement xénophobe et raciste.
Comme Christiane Taubira et les entrepreneurs identitaires Rokhaya Diallo et Pascal Blanchard, Lilian Thuram évoque régulièrement l’esclavage transatlantique mais omet systématiquement de narrer l’histoire de l’esclavagisme oriental, arabo-musulman ou intra-africain. L’histoire est révisée afin de concorder avec les thèses victimaires de l’idéologie racialiste. Dans son livre La pensée blanche, sorte de recueil de toutes les platitudes et de toutes les âneries qui résonnent dans les amphis décolonialistes et racialistes de Paris-VIII et de Sciences-Po, M. Thuram écrit : « L’appétit de l’homme blanc pour la possession matérielle et le pouvoir l’a aveuglé sur le mal qu’il a causé à notre mère Terre, dans sa recherche de ce qu’il appelle les ressources naturelles. » Outre la bêtise essentialiste légèrement raciste et la fadeur de l’assertion, on notera la touche écolo signalée par une sémantique abêtie digne de Greta Thunberg, la fille infirme de Gaïa. Dans le même ouvrage, l’ex-footballeur décrit les séances pédagogiques stupéfiantes qu’il élabore pour expliquer la « suprématie blanche » aux élèves blancs et noirs rencontrés lors de ses conférences dans des établissements scolaires. Premièrement, avec les enfants blancs (expérience rapportée également lors d’une émission lunaire sur France Culture, voir mon papier du 3 juin 2021) : « Je prends une feuille blanche en leur disant : “Les enfants, est-ce que vous êtes de la même couleur que cette feuille ?” Ils me disent “non”. “Pourquoi vous dites que vous êtes blancs alors ?” Et là ils me disent : “ben, on sait pas, par habitude.” C’est ça qu’il faut déconstruire. » Deuxièmement, avec les enfants noirs : « Très souvent, je demande aux enfants noirs comment ils s’imaginent Dieu. Ils me répondent que c’est un homme avec une longue barbe blanche et des cheveux blancs. Tous me répondent qu’Il est blanc. Je leur rappelle : « On dit que Dieu a fait l’homme à Son image ; comment toi, petit garçon marron, tu peux imaginer que Dieu est blanc ? » Ils sont surpris… N’est-ce pas une preuve majeure du blanchissement de notre pensée ? » Voilà à quel type de « raisonnements » peuvent être confrontés les enfants lors de leur scolarité.
On frôle le racisme anti-blanc en permanence
Distribution des prix et endoctrinement woke : les lauréats du concours susmentionné – des élèves de la maternelle à la 6e, est-il nécessaire de rappeler – se verront offrir la collection complète des œuvres de Lilian Thuram, une photo dédicacée de l’auteur et une carte « L’Afrique au centre, changeons nos imaginaires ». Il serait souhaitable que les fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale se penchent plus avant sur les différentes actions menées par les « antiracistes » racialistes wokes dans nos écoles, lisent leurs œuvres et celles des théoriciens anglo-saxons qui les inspirent, et envisagent le désastre que serait une société qui n’entretiendrait des rapports entre les individus qu’à l’aune de leurs thèses. « Les concepts racialistes sont des concepts révolutionnaires qui se font passer pour réformistes mais engendrent en fait une société nouvelle radicalement conflictuelle, et qui devient incapable d’envisager même théoriquement un authentique monde commun », écrit Mathieu Bock-Côté dans son excellent essai, La Révolution racialiste. Le pseudo-antiracisme des entrepreneurs identitaires est en réalité un authentique anti-occidentalisme frisant souvent le racisme anti-Blancs et implantant dans le cœur des plus jeunes le rejet des valeurs et des symboles d’une civilisation que les activistes wokes leur enjoignent de détester. En montrant du doigt « l’homme blanc », Lilian Thuram essentialise un groupe humain et prête à chaque individu de ce dernier des tares et des défauts communs et supposément inhérents à une couleur de peau. En même temps, il enracine dans l’âme des « non-Blancs » les ressentiments et les frustrations qui ne peuvent que naître à l’énoncé d’une société « blanche » injuste, privilégiée et « suprémaciste », « institutionnellement » raciste. Cet énoncé est faux mais permet à ce pseudo-antiracisme de « rendre la pensée raciale acceptable et de faire de l’Occident l’objet principal d’une haine sans limites. De plus, « ce “nouvel antiracisme” recourt à des catégories raciales pour se définir dans ses fondements comme dans ses objectifs. D’où le paradoxe d’un antiracisme racialiste, voire raciste. C’est pourquoi il serait plus adéquat de le caractériser comme un pseudo-antiracisme, et, plus précisément, comme un antiracisme anti-Blancs. Mais un antiracisme anti-Blancs, c’est un “antiracisme” raciste ». (Pierre-André Taguieff, dans Marianne, le 25 octobre 2020).
Lilian Thuram sait-il très exactement ce qu’il fait ? On peut en douter. Est-il le jouet d’idéologues décolonialistes et racialistes profitant de l’image de l’ancien défenseur de l’équipe de France « black-blanc-beur » championne du monde en 1998 ? C’est fort possible. Un des plus éminents en même temps que des plus pernicieux et fanatiques de ces idéologues se nomme Pascal Blanchard et vient de co-signer avec l’ex-footballeur un ouvrage intitulé Mes étoiles noires en image. Dans La France n’a pas dit son dernier mot, Éric Zemmour rapporte les propos que Blanchard lui a glissés à l’oreille, un soir de mai 2010, après un débat houleux lors d’une émission télévisuelle : « Tu pourras dire ce que tu veux. On s’en fout. On gagnera, on tient les programmes scolaires. » Blanchard, historien autoproclamé spécialiste de l’Afrique (1), se réjouit de voir la marionnette Thuram parrainer des concours scolaires soi-disant « contre le racisme », débiter des platitudes sur l’esclavage sur la radio publique ou tenir de laborieuses causeries décolonialistes dans les écoles. Avec ses amis Françoise Vergès, Éric Fassin et Christiane Taubira, il manigance depuis des années dans les coulisses politico-culturelles pour la création d’un Musée des histoires coloniales. La Maison des mondes africains, projet de l’ex-ministre de la Culture pouvant englober cette histoire coloniale, verra-t-elle le jour ? Il semblerait bien que oui : si l’on en croit Le Monde, cet établissement souhaité par Emmanuel Macron pourrait s’installer dans le bâtiment de la Fondation Cartier en 2025 ou 2026. Pascal Blanchard, déjà recruté par notre président pour diriger “Portraits de France”, un comité chargé de proposer les noms de personnalités « reflétant la diversité » pouvant devenir des noms de rues, attend beaucoup de cette nouvelle institution : propagande agressive, affichage médiatique, postes à pourvoir et voyages scolaires édifiants sont en vue.
Pour tenter d’éviter une fracture définitive de la société, et en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard, il serait bon de protéger nos enfants contre l’entrisme à l’école des thèses et des slogans racialistes élaborés par des agitateurs professionnels et sectaires, et colportés par de pauvres bougres manipulés par des idéologues prêts à tout pour détruire notre pays. Si rien ne change, nous pouvons nous attendre au pire, c’est-à-dire à un conflit ethno-racial permanent, alimenté de surcroît par l’islamisme et par cette « excroissance hystérique du racisme anti-Blancs » (G.W. Goldnadel) qu’est le racisme anti-juif actuel, dont nous percevons les signes avant-coureurs dans l’actualité récente, celle, entre autres, des nombreux « faits divers » que les médias mainstream ont tant de mal à relater.
(1) Sur CNews, en mars 2021, pour répondre à Bernard Rougier qui lui demandait s’il parlait une langue africaine, l’autoproclamé africaniste Pascal Blanchard a déclaré qu’on peut « travailler sur l’ensemble de l’Afrique »sans parler « les 76 langues des 76 pays » que compte l’Afrique. Quelques secondes auparavant, le même Blanchard s’était vanté d’avoir soutenu à la Sorbonne une thèse sur l’histoire de l’Afrique. En France, on peut donc passer une thèse sur l’histoire de l’Afrique dans une université prestigieuse tout en ignorant qu’environ 2000 langues sont parlées sur ce continent qui compte non pas 76 mais 54 pays. C’est bon à savoir.
Rebecca Manzoni a remplacé Jérôme Garcin à la présentation de l’émission Le Masque et la Plume. Le critique revient sur son parcours (Les nouvelles littéraires, FR3, Le Nouvel Obs, France inter…) au micro de notre chroniqueur Philippe Bilger
J’ai soumis « à la question » Jérôme Garcin le 27 janvier sur Fréquence Protestante.
Puis-je avouer que face à cette personnalité toute d’intelligence, de finesse et de culture j’ai éprouvé comme une forme de timidité de peur de n’être pas à la hauteur, avec mes interrogations, de la richesse qui m’était offerte ?
En effet, animateur du Masque et la Plume, une émission mythique et exemplaire sur le plan de la critique cinématographique, théâtrale et littéraire, responsable des pages culturelles de l’Obs, écrivain de race, Jérôme Garcin a su, ce qui est rare, anticiper et, sans y être contraint, laisser la place à des successeurs qui tenteront de l’égaler.
Tout serait à mettre en évidence dans cet entretien tant la profondeur des analyses, la justesse précise et scrupuleuse des points de vue et l’émotion retenue d’une sensibilité d’autant plus perceptible qu’elle se veut « serrée », pour le fond comme pour la forme, ont porté au comble mon estime pour cette superbe qualité humaine et intellectuelle.
Je voudrais privilégier, dans mon embarras du choix, la part essentielle de l’écrivain qui, dans une langue toute de maîtrise classique, sans la moindre superfluité, a su rendre universels des tragédies familiales et des désastres intimes, avec la mort d’un frère jumeau à six ans, celle d’un père jeune à la suite d’un accident de cheval, celle d’un autre frère, d’un beau-père (qu’il n’a pas connu) et d’autres chagrins…
C’est la littérature et sa magnificence qui lui ont permis de se débrider pour le plus grand bonheur des lecteurs à la fois déchirés et admiratifs. Il avait l’intention de faire revivre ses « disparus », de les faire renaître. Noble mission accomplie.
Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).
« Journaliste depuis mes 19 ans, écrivain publié sur le tard à 37 ans, j’écris depuis toujours »
« Au Masque et la Plume, pendant 35 ans, j’ai moins été un questionneur qu’un animateur »
« Je n’ai jamais été un animateur neutre, et je pense que cette émission s’accommoderait très mal d’un animateur neutre (…) C’est une émission où l’on s’engage ! »
« Je n’étais pas du tout destiné à faire ce métier. Je me voyais beaucoup moins exposé (…) Quand j’ai commencé à faire de la télévision, j’ai senti sur mon épaule la main un peu crispée de mon père, un peu austère, Philippe Garcin, me disant Que vas-tu faire sous ces projecteurs ? »
« La vraie prescription culturelle vient aujourd’hui de l’audiovisuel, plus de la presse écrite »
« Aujourd’hui, ayant quitté toutes mes fonctions au Masque et la Plume et à la direction des pages culturelles de l’Obs (où je garde un bloc-notes), je me sens libre de prendre la fuite comme bon me semble où bon me semble… »
Famille, école et numérique seraient les trois incubateurs qui inoculent le sexisme aux enfants dès le plus jeune âge, s’alarment les scientifiques du Haut Conseil à l’égalité.
Le Haut Conseil à l’égalité (HCE) a publié son rapport annuel, lundi 22 janvier, intitulé « S’attaquer aux racines du sexisme »[1]. En fait de rapport, il s’agit d’un long commentaire d’une enquête Viavoice réalisée pour l’occasion auprès de 3500 personnes. Et cette enquête est donc interprétée dans un seul but : démontrer que tout va de plus en plus mal. Le sexisme est partout. Il commence à la maison, avec des parents reproduisant des schémas genrés traditionnels (ces monstres offrent des poupées à leurs filles !), il continue à l’école et il explose en ligne.
Neuf femmes sur 10 ont subi des situations sexistes, nous dit-on. Mais si ça commence à la blague un peu grivoise ou au compliment, heureusement pour elles !
Les clichés masculinistes progressent. 28% des jeunes hommes pensent que les hommes sont plus faits pour être patrons que les femmes. Donc, 72% pensent le contraire. Autre exemple : un quart des sondés trouvent normal qu’une femme soigne plus son physique qu’un homme. Donc les ¾ ne le pensent pas ! Si on ajoute que 86% des hommes pensent qu’une femme peut être présidente et 83% qu’elle peut gagner plus que son conjoint, on se dit que l’égalité est devenue la norme. Mais l’égalité réelle n’est pas atteinte, bien sûr, et les femmes subissent encore beaucoup d’injustices, nous dit-on… Les hommes aussi. Beaucoup s’estiment victimes de généralisations (par exemple, lorsque l’on affirme qu’ils seraient tous sexistes). Ça aussi, c’est une preuve de sexisme !
Rien ne va dans cette étude, en réalité :
L’objet « sexisme » est inopérant, car il est idéologique. Tout ce qui relève de la différence des sexes est considéré sexiste. Or, un traitement différencié est souvent légitime (par exemple, dans une maternité on ne traite pas de la même façon les hommes et les femmes, ou dans le sport). Le HCE se désole que les 2/3 des sondés pensent qu’un homme doit protéger les femmes. Ah, c’est donc mal de penser ça ? En quoi ?
Il y a un postulat arbitraire à la base de ce sondage : il y aurait un continuum entre le sexisme et la violence. Tu commences par une mauvaise blague, et tu finis par cogner. Pardon, mais cela n’est pas démontré.
On observe une prétention normative. On explique aux gens comment ils doivent vivre. Si des femmes préfèrent élever leurs enfants que travailler, doit-on les dénoncer ?
On y retrouve l’habituelle pulsion de censure. Le Haut Conseil demande ainsi à l’Arcom de surveiller la représentation des femmes dans les médias. Pourra-t-on demain représenter des chipies, des menteuses, ou juste des saintes ?
Enfin, bien sûr, on refuse totalement de se demander si certaines cultures favorisent les comportements violents ou répressifs. Il ne faut pas stigmatiser !
Rassurez-vous, la rééducation est en bonne voie. 60% des Français sont révoltés qu’une femme se fasse siffler dans la rue, 62% qu’un homme insiste pour avoir un rapport sexuel avec sa conjointe et 36% qu’un homme commente la tenue vestimentaire d’une femme, le fameux compliment sexiste. A tout hasard, je précise que j’appartiens à la minorité qui trouve ça très bien.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio
Après « Paris 1900 » et « Paris romantique », le Petit Palais accueille le dernier volet de sa trilogie : « Le Paris de la Modernité » (1905 – 1925), la plus belle exposition de la capitale en ce début d’année 2024
Se rendre au musée fait désormais partie des dix commandements du Parisien de souche ou du touriste perdu, une obligation autant éducative qu’une soumission patrimoniale à l’Art. Alors parfois, sans volonté propre, poussé par la muséographie galopante de la ville lumière et la peur de rater un événement, de « ne pas en être », d’être déclassé culturellement en somme, le visiteur ère entre Orsay et Le Louvre, confond Van Gogh et Berthe Morisot, pousse sa promenade dominicale jusqu’à Marmottan, s’impatiente de la réouverture du musée Delacroix et se félicite que l’on puisse encore admirer le scaphandre des frères Carmagnolle de 1882 au Musée de la Marine, tout là-haut, au Trocadéro. La vie culturelle de notre époque impose ses péages, ses parcours balisés, ses grandes œuvres à admirer, son appareil critique à adouber et ses expositions toujours plus emphatiques, notre nouveau bloc de constitutionnalité. Les chiffres de fréquentation donnent raison aux administrateurs et aux conservateurs, le Louvre a connu des records d’affluence avec 8,9 millions de visiteurs en 2023 et Orsay avec 3,9 millions est le paradis des tour-opérateurs. La Ligue des Champions peut trembler. Bientôt, il y aura plus de spectateurs devant Les Raboteurs de parquet que sur la pelouse du Parc des Princes, Caillebotte a enfin stoppé Ancelotti à domicile. Non, toutes les expos de la capitale ne se valent pas. Il y a parfois de l’arnaque dans l’air, des sujets fumeux, des coups de com’, du remplissage à la va-vite avec des pièces d’intérêt discutable, des anniversaires forcés, une médiocrité intellectuelle dans les commentaires, des accrochages artificiels et peu soignés ; le marketing culturel a les moyens de vous faire sortir de votre lit ! Car son magistère pèse lourd sur les bonnes consciences. Il est inattaquable, au-dessus des partis, plus puissant que la Démocratie, plus intimidant que l’expression des peuples. L’Art est ce nouveau totem indépassable qui dispose de tous les droits, en son nom, tout est permis, même de vous soutirer une quinzaine d’euros pour trois peintures et une sculpture de guingois, un discours victimaire repentant et une ordalie accablante. Mais, fort heureusement, il existe aussi des lieux riches par la profusion et la variété des objets présentés, le cheminement intelligent, l’absence de cloison, l’union libre entre le chevalet et l’établi, la fenêtre historique panoramique (avant, pendant et après la Première Guerre mondiale), tout simplement la beauté d’un projet bien pensé et orchestré, qui saisit, dès la première salle, par son brio et sa sincérité, son élan et son empreinte. « Le Paris de la Modernité » (1905-1925) au Petit Palais jusqu’au 14 avril est, sans conteste, la plus belle exposition de Paris qui vous amènera de Montmartre à Montparnasse, de la ruche aux diadèmes de Cartier, du manifeste du Futurisme à la Tour Eiffel illuminée aux couleurs des chevrons Citroën, des tranchées à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, du fauvisme à l’Ours blanc de François Pompon, de la Belle Époque aux Années folles. Après deux heures passées dans le tourbillon de ce premier quart du XXème siècle, vous serez secoué par tant de virtuosité et indisposé par l’actualité culturelle du moment, ravagé par l’omniprésence des faiseurs et des bonimenteurs, des fausses valeurs et des aigrefins du marché, toute cette faune qui vit sur la bête, des galeries aux institutions, et dicte les cadres dirigistes de la création.
C’est à l’aune de ces vingt années tempétueuses, terribles et fascinantes, entre 1905 et 1925, que vous comprendrez l’aphasie et la morale puérile de nos temps si sourcilleux, complètement inaptes, incapables de saisir l’expression artistique, sa liberté et sa geste révolutionnaire, son scandale immanent. Où sont les Picasso, Marie Laurencin, Man Ray, Paul Poiret, Nijinski, Modigliani, Apollinaire, Jacques-Emile Ruhlmann, Fernand Léger, Diaghilev et autres dadaïstes du XXIème siècle ? Pour vous inciter à vous rendre au Petit Palais, je n’emploierai pas les mots et les préceptes en vogue, la place sous-évaluée des femmes dans l’Histoire de l’art, le multiculturalisme émancipateur et les minorités opprimées. Je vous parlerai seulement des œuvres et de leur onde démiurgique, quelques instantanés que mon œil a accrochés, pour le plaisir des lignes, pour leur impudeur, pour leur provocante inspiration. En vrac et en frac : les garçonnes charnues, ces madones extatiques peintes par Tamara de Lempicka, une toile intitulée « Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique » exécutée par Lolo l’Âne sous l’œil rieur de Roland Dorgelès et de la chanteuse de cabaret Coccinelle, une montre-bracelet Tank, une automobile Peugeot Type BP1 dite « Bébé Peugeot », ludique torpédo de 1913, Joséphine Baker stylisée par van Dongen, le Christ rédempteur de Paul Landowski et même l’Hommage à Blériot de Delaunay.
Des militantes ont tenté de recouvrir le tableau de soupe, ce matin, pour défendre une meilleure alimentation pour tous, cette fois… Les dingos de « Riposte alimentaire » seront poursuivis.
L’infamant outrage des écolos à « la Joconde »
Quand s’attaquer à l’art, et à ses plus grands chefs-d’œuvre notoirement, a-t-il jamais représenté un argument digne de ce nom, rationnel, respectable et objectif, pour défendre des idées, aussi nobles, par ailleurs, soient celles-ci ? Car, si j’ai bonne mémoire, seuls les régimes dictatoriaux, qu’ils soient d’extrême-gauche ou d’extrême-droite et qu’on les nomme, par-delà tout clivage politico-idéologique, « fascisme », nazisme » ou « stalinisme », se sont honteusement adonnés à ce genre de pratique, particulièrement méprisable sur le plan intellectuel et abject au niveau moral.
De la barbarie : violence et ignorance
C’est pourtant à ce type de comportement, dont on ne sait si c’est l’aspect barbare, le geste violent ou l’ignorance crasse, qu’il faut blâmer le plus ici, que deux militantes prétendument écologistes se sont livrées, ce dimanche matin 28 janvier 2024 au prestigieux musée du Louvre, en aspergeant de soupe, en guise de revendication pour une meilleure alimentation pour tous, un tableau aussi magnifique, par-delà même sa célébrité planétaire, que « La Joconde » de cet immense artiste, inégalé à plus d’un titre, que fut Léonard de Vinci.
Oui, Léonard de Vinci, ce « génie universel », comme le qualifia jadis le grand Goethe en personne, et, de surcroît, tant par la perfection de son prodigieux talent que par l’ampleur de ses multiples connaissances, prince des humanistes !
Leonard de Vinci : précurseur, avant la lettre, de l’écologie
Davantage : savent-ils, ces ignares s’attaquant ainsi vulgairement, de manière aussi scandaleuse qu’indigne, aux symboles les plus sublimes et précieux de notre héritage culturel, sinon civilisationnel, que Léonard de Vinci fut lui-même, en son temps, un ardent défenseur, précurseur avant la lettre, de l’écologie précisément, comme le prouvent à suffisance, entre autres traits de génie, ses nombreuses inventions en la matière, depuis d’ingénieux systèmes d’irrigation des terres agricoles jusqu’à de non moins extraordinaires protections naturelles des sites paysagistes, en passant par un énorme respect de la vie, qu’elle soit animale ou végétale, sous toutes ses formes ?
Ainsi, par exemple, ce végétarien convaincu, et même déjà « vegan », ne mangeait-il jamais de viande, au motif qu’il ne souhaitait pas, disait-il alors ouvertement, tuer ou faire souffrir d’ « innocentes créatures », ni se nourrir ou se gaver, précisait-il encore à qui voulait bien l’entendre, de ses « congénères » !
Un très contradictoire paradoxe
Mieux : cet aimable, généreux et bienveillant Léonard se plaisait même, lorsqu’il se promenait au milieu des marchés de sa belle ville natale de Florence, d’y acheter, parfois pour des sommes considérables, les cages d’oiseaux, pour le seul bonheur de les ouvrir ensuite et de libérer ainsi, au vu et au su de ses voisins ébahis, ces mêmes volatiles !
Ainsi, vouloir s’attaquer à l’œuvre artistique d’un être aussi respectueux de la nature justement, des animaux aussi bien que des humains également, n’est-il pas, de la part de ces nouveaux fanatiques de l’écologie culpabilisatrice, le moindre, on en conviendra aisément, des paradoxes, aux inénarrables mais tragiques confins de la contradiction la plus patente !
Les vandales du Louvre
Et, de fait, les milliers de pages de ses nombreux codex, que j’ai eu le gratifiant honneur d’étudier intégralement et dans leur langue originale, mais que ces écolos de basse gamme n’ont manifestement jamais lus, regorgent de ce genre d’anecdotes, aussi savoureuses que significatives, voire simplement bienvenues, pour tout écologiste digne de ce nom, mais que ne sont pourtant pas, visiblement, ces récentes vandales du Louvre.
Pis : lorsque je les entends hurler, comme elles l’ont effectivement fait ce dimanche matin devant « La Joconde » aspergée de cette imbuvable soupe, qu’il est légitime de s’en prendre à l’art pour mettre en avant une revendication socio-politique, il me revient immanquablement en tête, certes toutes proportions gardées et sans vouloir bien sûr comparer ici l’incomparable, ce que clamaient haut et fort certains dignitaires et autres propagandistes nazis, dont des criminels tels que Joseph Goebbels ou Hermann Göring, lorsqu’ils disaient, face notamment à des artistes qu’ils taxaient alors abusivement de « dégénérés », « sortir leur revolver quand ils entendaient le mot culture »
Quand dégrader l’art ou mépriser la culture revient à avilir les idées que l’on croit défendre
Oui : en s’attelant à dégrader ainsi, de manière aussi inconsidérée, les plus grands chefs-d’œuvre artistiques, comme ils l’ont par ailleurs déjà fait en tentant d’abîmer d’autres tableaux de maîtres au sein d’autres importants musées à travers le monde, ce n’est pas seulement sur notre culture, ni même notre civilisation, qu’ils crachent aussi misérablement ; c’est d’abord eux-mêmes, et les idées ou le parti qu’ils croient propager de la sorte, qu’ils salissent et avilissent ainsi irrémédiablement. Infâme !
Alors que la FNSEA, débordée par les Jeunes Agriculteurs, a annoncé le «siège» de Paris pour une «durée indéterminée», le ministre de l’Intérieur a mis en place «un dispositif défensif important afin d’empêcher tout blocage» du marché de Rungis, et appelle les Français «à anticiper et à ne pas encombrer les routes» face aux blocages.
« Touche pas à mon paysan ! » Le choix de Gérald Darmanin de mobiliser, dès ce lundi, des blindés et 15 000 policiers et gendarmes pour protéger Paris et Rungis des agriculteurs en colère fait craindre un possible affrontement de l’Etat jacobin face au monde rural.
Le monde technocratique bousculé
Le ministre de l’Intérieur est certes dans son rôle. Mais un recours à la force publique, dans un tel contexte de révoltes généralisées, aurait pour conséquences d’attiser les incendies partout déclarés. L’habileté apparente de Gabriel Attal, qui a su vendredi pactiser avec le leader Jérôme Bayle sur fond de bottes de foin à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), a vite montré les limites de la communication du Premier ministre.
Derrière la cause agricole, c’est tout un système technocratique producteur de planifications, de normes et de surveillances qui est remis en question, y compris à l’échelle européenne. De surcroit, le monde rural apparait comme le dernier dépositaire d’une identité française menacée par la mondialisation et des dirigeants amnésiques, insensibles au besoin d’enracinement des peuples. Les noms des petites villes qui s’égrènent au fil des barrages routiers rappellent le poème des « cent villages » d’Aragon : Montesquieu-Volvestre, Carbonne, Sourniac, Saint-Félix-de Tournegat, Parcay-Meslay, Cannectancourt, Pamiers, etc. Comme l’écrit Robert Redeker dans Le Figaro de ce lundi[1] : « La révolte des agriculteurs (…) est le véritable soulèvement du peuple de la terre, loin du pitoyable folklore écologiste qui s’est approprié cette appellation », en effaçant le mot peuple pour ne retenir que « soulèvement de la terre ».
L’Agriculture au-dessus de tout ?
Le saccage des richesses françaises, commis au nom d’idéologies irréalistes, a assez duré. Après les destructions de l’industrie et de l’énergie, il est urgent de préserver l’agriculture de cette perspective. Son affaiblissement est déjà entamé quand la France importe aujourd’hui 70% des fruits, 30% des légumes, 84% de la pêche ! « On a décidé de mettre l’agriculture au-dessus de tout », a promis Attal vendredi, avant de reconnaitre dimanche qu’il fallait aussi « changer d’état d’esprit ». Si les mots ont un sens, cela oblige le gouvernement à s’extraire, à la fois, de la tutelle soviétoïde de l’Union européenne et de ses diktats absurdes sur la décroissance, mais aussi de la tyrannie écologiste qui, au nom de ses démentes utopies, en est venue dimanche à jeter de la soupe sur le portrait (protégé) de la Joconde, au musée du Louvre.
Or toute la politique présidentielle a été construite en soutien à l’UE supranationale et à une écologie punitive. C’est pour plaire aux Verts que Macron a avalisé dans un premier temps le sabotage du parc nucléaire français et a accéléré l’enlaidissement des paysages par la multiplication des éoliennes, y compris en mer. Mardi dernier, la porte-parole du gouvernement, Priscat Thevenot, parlait de « colère légitime » à propos des jacqueries. De fait, l’opinion est derrière les agriculteurs. Mais, non, les blindés n’auront pas raison des tracteurs.
De Nuit et Brouillard d’Alain Resnais (1956) à La Conférence de Matti Geschonneck (2022), en passant par La Liste de Schindler (Steven Spielberg, 1993), La vie est belle (Roberto Benigni, 1997) ou encore Le Fils de Saul (Laszlo Nemes, 2015), la représentation de la Shoah sur grand écran s’est toujours révélée ultrasensible et pour le moins controversée. Le réalisateur plasticien-expérimentateur britannique Jonathan Glazer (déjà auteur des fort stimulants Sexy Beast, Birth et Under the Skin) nous propose une nouvelle version « intimiste » et réaliste/ naturaliste qui ne pourra laisser personne indifférent. Grand Prix du Jury à Cannes cette année.
Autant le dire tout net : si vous souhaitez sortir de votre zone de confort, alors il faut prestement courir découvrir sur grand écran ce très perturbant et asphyxiant « Zone d’intérêt » que l’on doit à un auteur inclassable, Jonathan Glazer. Le titre tout d’abord, terrible, bureaucratique, mécanique, impersonnel, glacial, monstrueux, évoque l’expression consacrée par les SS afin de décrire le périmètre de 40 kms carrés entourant le camp de concentration (en fait d’extermination) d’Auschwitz-Birkenau, situé dans la province de Silésie (Pologne actuelle) et habité par les officiers nazis et leurs familles.
Ce film irrespirable se concentre plus spécifiquement sur la vie familiale et quotidienne de Rudolf Höss, officier SS et commandant du plus vaste complexe du système concentrationnaire nazi, du 1er mai 1940 au 1er décembre 1943, puis de nouveau entre mai et septembre 1944, période durant laquelle la déportation massive des Juifs polonais et hongrois a porté la machine de mort à son efficacité maximale, via notamment l’utilisation du Zyklon B (élément non abordé toutefois ici).
Hors-champ de l’indicible
À rebours de ce que l’on pourrait attendre (ou craindre), Glazer opte intelligemment pour un hors-champ systématique qui se révèle finalement hyper désarçonnant et « malaisant » pour le spectateur. Par le choix mathématique et scientifique de ses cadrages, ses angles, ses profondeurs de champ, ses focales, il laisse en permanence sourdre l’horreur par-delà les murs et les enceintes de cette maison familiale fort banale, petit coin de paradis protégé et barricadé abritant jardin luxuriant, serre végétale bien fournie et piscine estivale. Ce qui contribue à faire le petit bonheur de M. Höss (incarné par l’excellent Christian Friedel, remarqué chez Haneke avec Le Ruban blanc), sa femme Hedwig (fantastique Sandra Hüller, confirmant la palette de ses talents après le palmé Anatomie d’une chute) ainsi que leur tribu composée de cinq têtes blondes afin de se conformer aux directives du Führer dans l’optique de l’expansion vers l’Est (concept du « Lebensraum », espace vital) par la force démographique et militaire.
Si le film commence comme une chronique sociale bucolique au cœur d’un paysage campagnard avec notre « sympathique » famille se baignant dans les eaux vives d’une rivière, la bande-son devient vite fracturée, désynchronisée, saturée, stridente, industrielle, laissant bientôt s’échapper au loin des bruits sourds et angoissants évoquant concomitamment des râles, des cris, des tirs de fusil, des aboiements de chiens et surtout des fumées et des feux crachées par des cheminées que l’on devine industrielles et fonctionnant sans répit jour et nuit dans le cadre de la stricte application de la « solution finale »…
Le génie de Glazer est d’avoir parsemé son cauchemar pelliculé de références subliminales à la mythologie des contes de fées d’origine nordique et germanique comme Hansel et Gretel des frères Grimm. Chaque soir, le bon commandant zélé Rudolf lit à sa jeune fille quelques extraits de ce conte merveilleux du XIXe siècle, permettant à la petite Gretel de prendre vie dans les songes enfantins et d’investir le site concentrationnaire maudit afin de tenter de récupérer des pierres au pied des monticules de cendres encore chaudes… suite aux crémations de masse. Difficile de faire plus glauque et suffocant…
Plus globalement, le contraste est saisissant entre les magnifiques plans de nature, de fleurs en éclosion, du bourdonnement des insectes, du chant des oiseaux, des hennissements de chevaux, de l’écoulement des cours d’eaux et d’autre part, l’évocation par bribes, par sons, par touches impressionnistes de l’horreur la plus noire à quelques centaines de mètres.
Banalité du Mal
M. Höss apparaît comme un officier-modèle et besogneux, obsédé par la recherche d’un meilleur rendement de ses « fours » afin de se faire remarquer et apprécier par sa hiérarchie à l’instar de n’importe quel employé « corporate » d’une entreprise publique ou privée. Il incarne parfaitement ce qu’Hannah Arendt nommait la « banalité du mal » dans son fameux livre Eichmann à Jérusalem : Rapport sur la banalité du mal, publié en 1963 suite à la couverture journalistique en Israël du procès du principal responsable de la logistique de la « solution finale ». Des hommes méticuleux et méthodiques, soucieux de donner le meilleur d’eux-mêmes dans l’accomplissement des objectifs fixés par le Reichsführer au nom de l’Etat, du peuple et de la race, sans aucun état d’âme ni aucune considération éthique… « au-delà de toute humanité » selon notre référentiel judéo-chrétien.
Et que dire de Mme Höss ? Ses journées sont partagées entre l’éducation des enfants et l’entretien de sa petite propriété, bien aidée par des « servantes » d’origine juive sur lesquelles pèse en permanence la menace d’être renvoyées de l’autre côté du mur… Malaise lorsque l’on voit Madame se regarder dans la glace de sa chambre essayer un manteau de fourrure vraisemblablement arraché à une suppliciée juive, susurrer à son mari sur l’oreiller son désir de retourner en vacances en Italie pour une balnéothérapie ou encore causer avec ses voisines des différentes variétés de fleurs qu’elle s’enorgueillit d’avoir réussi à faire pousser dans son jardin édénique… Un Éden totalement artificiel et hallucinant jouxtant un Enfer bien réel, matérialisé par ce grand Moloch industriel engloutissant les pauvres âmes non-aryennes tout en éructant les flammes d’un véritable Pandémonium qui était prévu pour durer « 1000 ans » ! Au final, un grand film, pour la Mémoire, aux partis pris esthétiques radicaux, afin de ne jamais oublier l’indicible ni l’unicité de cette « catastrophe absolue ».
Bac Films
Restent ces dernières images très étranges et perturbantes, montrant des femmes d’entretien de notre époque actuelle reproduire mécaniquement et quotidiennement les mêmes gestes de nettoyage « sans état d’âme » sur les vitres abritant et mettant en évidence les chaussures et effets personnels des juifs récupérés à la Libération des camps ainsi que l’entretien des différentes pièces des fours crématoires avant l’arrivée des visiteurs et des touristes sur un site classé au Patrimoine Mondial de l’Humanité… En conclusion, une expérience « extrême » de laquelle on ressort forcément broyé avec un goût de cendres dans la bouche…
Des centaines de signatures d’écrivaillons sévèrement burnés s’opposent dans une pétition à ce que Sylvain Tesson parraine le Printemps des Poètes. Dans cette prose dénuée de poésie, on l’accuse d’être un réac de la pire espèce. Pourtant s’il est un auteur où tout dans l’œuvre et dans sa vie est poésie, romanesque et profondeur de champs, c’est bien lui. L’idéologie sectaire des signataires n’est qu’un prétexte. Ce qui leur fait peur avec Tesson, c’est de souffrir la comparaison.
Le brave citoyen regarde le monde planqué derrière ses persiennes, écoute l’air du temps l’oreille collée aux portes, s’informe par le petit trou de la serrure. Aidé en cela par des journalistes-midinettes, soldats de plomb de la machine politico-médiatique lancée dans l’opération diversion: plus l’on travaille à la fabrique des cons, plus le système tiendra bon. On nourrit le peuple de vulgarité sur les restes de la succession Hallyday, par la découpe à l’abattoir de la carcasse Depardieu, et, aujourd’hui, on le shoote à l’impudeur avec la lente agonie publique d’Alain Delon. Sans jamais l’inciter à revoir l’acteur gagné par la fièvre face à une Girardot brulante dans Rocco, ou éteindre un Ronet incandescent en pleine mer ou dans une piscine. Pas plus qu’au milieu de la polémique, on fera référence à l’infinie délicatesse s’échappant de l’armoire à glace Depardieu chuchotant à Deneuve dans le Dernier Métro: “vous regarder est une joie, une joie et une souffrance.” Autant de plaintes et de déliés en un seul homme ne plaiderait pas la cause, n’alimenterait pas la version “gros dégueulasse”.
Sylvanothérapie. L’entre-soi du monde de la culture ne va pas changer la donne de la médiocrité ambiante. La pétition a remplacé la lettre anonyme. On se sent pousser des couilles à partir de 300 signatures. A 500 on est des Robocop, des Charles Bronson auxiliaires de justice, des Charles Manson de l’application des peines. La chasse aux réacs est ouverte. La meute a mis à prix la belle gueule cassée de Sylvain Tesson. Wanted dead or alive. Justement, mort ou vif pourrait être le titre d’une bio de Tesson. Mort ou vif, peu importe le talent est là, intact. Il aime la vie à la folie en affranchi d’une mort de dingue. Et le succès veille avec les anges à ce que “les feuilles des arbres brillent comme des tessons de bouteille” (Blondin). Réac, quelle horreur! Et pourtant, comment ne pas l’être quand on a aimé Paris, les bistrots, le ballon de blanc et l’œuf dur du comptoir, nos études Rue Princesse, le master “allons boire un dernier verre à Castres” (Nimier), ses chauffeurs de taxis un brin franchouillard, avec la fine moustache de Noël Roquevert et leur chien couché sur le plaid à carreaux à la place du mort, le Paris des Halles aux Halles et des tapins pour queue dalle… Réac, c’est de la nostalgie à boire comme un trou, à pleurer des Danube, en remontant la rivière d’un saumon échappé d’une fanfare kusturicienne. Au pied de la montagne, difficile d’endiguer la nostalgie, devant la beauté et la puissance minérale qui dépasse les hommes. Au pied du chêne, difficile de ne pas douter de la fiabilité des femmes à préserver l’essentiel… le gland.
“A plus de deux, il n’y a que des bandes de cons”(Brassens). Je ne sais s’il y aura une contre-pétition de soutien à Sylvain Tesson et je m’en bats les œillets. À sa santé je préfère me servir un whisky, allumer un cigare, m’enfoncer dans le canapé à peine remis des frayeurs à suivre sa partie de roulette russe. Une fois son œuvre en montagnes slaves avalée, il m’arrive d’avoir le vertige assis sur le tabouret d’un comptoir. Alors j’auto-pétitionne pour lui dire “les mots des pauvres gens, ne rentre pas trop tard et surtout ne prend pas froid.”
Elisabeth Lévy : « La pétition contre Sylvain Tesson montre une haine de la liberté »
Si haut d’ici-bas
Fuir, fuir la chair, les voix, Retrouver la matière, Le verre, la pierre, le bois, Remonter les rivières
Prendre les chemins de crête, Là où jaillit la lumière L’âme s’ouvre à la quête, L’infini, la prière
Ressentir la puissance, Le mystère, l’élégance, La vertu du silence, Du divin la présence,
Com la bulle de champagne Remonte à la surface, Au pied de la montagne Un vertige le dépasse
Question sans coupon-réponse, Lumière blanche, bout du tunnel, Est-ce des phares est-ce l’éternel, Ou bien la mort qui s’annonce
Pour atteindre le sommet Laisser à la consigne Tout ce qui n’est pas digne De hauteur, d’être nommé.
Devant tant de beauté, Privilège d’invité Enfin déconnecté, Il sent ses larmes monter
Il faut bien redescendre, Pour ceux qu’on aime être tendre, Retrouver ses racines, Ses recettes de cuisine
Seuls les morts peuvent savoir, Croire en quoi dans l’absence, Le big bang, le trou noir, L’ivresse des livres, la science, L’ivresse de vivre, l’enfance…
Dans l’rétro voir ce qui reste, Du sexe la beauté du geste, Pour chaque femme un alcootest, Seul l’amour d’Eve, d’Everest
Dans l’absence le lâcher prise, Dans la chute doubler la mise, En silence panser ses plaies D’insolence, d’homme fêlé
Si c’est si beau vu d’en-bas, L’eau de la source, l’homme des bois, Sans façon il vit com ça, Sain et sauf et vice-versa…
À l’Opéra Bastille, la relecture contemporaine de La Traviata, et sa mise en scène par Simon Stone, en font beaucoup trop. Dommage.
Salle comble, ovation délirante au tomber de rideau du chef-d’œuvre de Verdi, dans cette production du metteur en scène australien Simon Stone millésimée 2019 dont la reprise l’année suivante avait dû être annulée, vaincue par la pandémie. Ce n’est pas la première transposition contemporaine de l’admirable livret concocté en 1853 par Francesco Maria Piave d’après la pièce tirée par Dumas fils lui-même de son propre roman paru cinq années plus tôt. Il faut se souvenir que Verdi, toujours célibataire à quarante ans, entretient alors la chanteuse Giuseppina Strepponi : le compositeur déjà célébrissime n’épousera sa maîtresse qu’en 1859. Autant dire qu’à l’époque, une telle situation n’était pas sans faire jaser dans le beau monde. En adaptant La Dame aux Camélias, Verdi ne s’aventurait pas tout à fait en terrain vierge…
Éternelle, la figure de la courtisane s’actualise dans des avatars inégalement convaincants, dont la mise en scène de Robert Carsen pour la Fenice, en 2004, reste l’exemple élégant entre tous, et décidément le mieux abouti : Violetta en jet-setteuse se faisant injecter à la seringue, dans le bras, des remontants à haute dose ; Alfredo en paparazzi compulsif ; une jonchée de billets libellés en euros en guise de feuilles mortes tapissant un sol campagnard, au deuxième acte…
Sous les auspices du « jeune » Stone (né en 1984), également acteur et cinéaste, La Traviata – littéralement, « la dévoyée » – prend chair cette fois sous les traits d’une influenceuse narcissique dont le décor, plateau tournant laisse circuler, sur deux murs perpendiculaires, l’affichage en continu et en taille XXL des échanges Instagram, SMS triviaux agrémentés d’émojis, courriels perso de la Violetta, et jusqu’aux résultats d’analyses médicales forwardés par le labo pour l’avertir que son cancer récidive… Le procédé est assez marrant, avouons-le, et provoque d’ailleurs des éclats de rire clairsemés dans la salle. Sinon que, superposés aux arias chantés en italien (et dont on suit volontiers le sous-titre en traduction sur écran, comme toujours, au-dessus du cadre de scène), ces signatures, rédigées dans un français bas de gamme, morceaux choisis anachroniquement entachés de cette insondable vulgarité puisée sans filtre à l’égout de la « culture » numérique propre au présent siècle, distraient l’attention du spectateur. Au point de polluer, dans une optique somme toute assez racoleuse, le drame poignant qui devrait nous absorber tout entier.
C’est d’autant plus dommage que cette régie, sur le plan du graphisme visuel comme de la technique des enchaînements, fonctionne de façon ultra efficace – par ailleurs émaillée de jolies trouvailles : telle, reproduite à l’échelle, la statue équestre dorée à l’or fin de Jeanne d’Arc, pareille à celle que l’on peut admirer dans Paris, place des Pyramides, en retrait de la rue de Rivoli, et qui apparaît à plusieurs reprises sur le plateau, comme une allégorie de la sainteté martyre.
Dans le rôle-titre, la soprano Nadine Sierra prend la relève de Pretty Yende (remplacée dans le rôle de Violetta Valery, pour la seule représentation du 25 février, par la soprano russe Kristina Mkhitaryan) tandis que le ténor René Barbera, prenant la suite de Benjamin Bernheim qui l’interprétait déjà fabuleusement en 2019, campe à son tour Alfredo Germont au plus haut niveau. Dans les deux cas, la nouvelle distribution est magnifique : vibrato impeccable, phrasé souverain, virtuosité jusque dans les aigus les plus redoutables. Quant à notre baryton national Ludovic Tézier, il se surpasse dans l’emploi du géniteur Germont, dans une sobriété, une aisance, une apparente facilité confondantes, sa voix d’airain impeccablement projetée, en lien avec une gestuelle parfaite. A côté de ces stars incontournables de la scène lyrique, l’excellente mezzo de la Troupe de l’Opéra de Paris, Marine Chagnon (Flora), la soprano Cassandre Berthon (Annina), ou encore le ténor polonais « maison », Maciej Kwasnikowski… Du grand art sur le plan vocal.
Reste que, si les lectures contemporaines du répertoire lyrique permettent, dans leur principe, de revivifier à bon escient un patrimoine sinon menacé de sclérose, ce n’est pourtant pas à n’importe quel prix. Et surtout pas au sacrifice du génie intrinsèque de l’œuvre proprement dite. Et là, vraiment, Simon Stone, je te le dis comme je le pense, tu es too much.
La Traviata. Opéra en trois actes de Giuseppe Verdi (1853). Direction : Giacomo Sagripanti. Mise en scène : Simon Stone. Orchestre et chœurs de l’Opéra national de Paris. Avec Nadine Sierra/Pretty Yende, Marine Chagnon, Cassandre Berthon, René Barbera, Ludovic Tézier… Opéra Bastille, les 23, 27, 30 janvier, 2, 5, 8, 10, 14, 16, 20 février à 19h30, le 25 février à 14h30 Durée : 2h45
Jean Szlamowicz veut en finir avec l’écriture inclusive. Contre les assauts woke qui écornent le français, son nouvel essai prouve que c’est une ineptie de confondre la langue et le sexe, le genre des mots et le sexe des gens. Une démonstration magistrale et définitive.
Le Sexe et la Langue. Sous ce titre délicieusement facétieux, le linguiste Jean Szlamowicz règle magistralement son compte à l’écriture inclusive et aux métastases grammaticales du militantisme néoféministe. Opposant une belle (et rare) rigueur intellectuelle aux niaiseries mi-doloristes mi-hargneuses des damnés de la grammaire, ce spécialiste d’analyse rhétorique passe au crible le discours de celles-et-ceux pour qui les pires humiliations sont à chercher du côté d’une langue française odieusement masculiniste, à réformer d’urgence pour que la vie soit plus belle. Pour toustes.
Féminisation au forceps
Devant les théories fantaisistes de néomasochistes « prêts à s’inventer un adversaire pour continuer d’être féministes », l’auteur remet à sa place toute une « clique de coupeurs de langue » qui « se rêvent maquisards […] au fond de leur blog », et rappelle l’essentiel : la langue est une combinatoire de signes arbitraires, elle ne représente rien ni personne, elle est l’outil de la pensée et non pas son contenu. « Il ne faut pas confondre la langue et le sexe, le genre des mots et le sexe des gens. » Les points médians et les « e » muets, censés féminiser au forceps une langue si phallocrate, sont avant tout des absurdités linguistiques. Vouloir féminiser la langue par-delà l’usage – « cheffe », « professeure », « chauffeuse de bus », « autrice » – est grotesque avant même d’être idéologique. Si l’on suit le raisonnement fallacieux consistant à dire que les mots sont les miroirs des choses et le reflet des phénomènes, que l’absence de féminin pour « médecin » est bien la preuve de la « minoration » sociale des femmes, on en vient à se demander de quel droit le mot « train », avec si peu de lettres, peut prétendre désigner une locomotive avec tous ses wagons, pourquoi le mot « oiseau » s’emploie pour un moineau autant que pour un condor des Andes, sous l’effet de quelles manigances complotistes le mot « microscopique » est à ce point visible à l’œil nu et, finalement, pourquoi le mot « invisibilisation » n’a rien d’invisible. Avouons toutefois que sur ce dernier point, on gagnerait à confondre les mots et les choses.
Face à une ribambelle de pseudo-linguistes atterrants, désireux de libérer notre langue de carcans imaginaires qu’ils rêvent par tous les biais d’objectiver afin de leur opposer des actes de résistance admirables, Jean Szlamowicz énonce avec érudition et humour des vérités qui fâchent. Non, le genre, en grammaire, n’est pas un marquage d’opposition sexuelle, mais d’opposition tout court, le masculin et le féminin servant à créer des nuances et des différences (galet/galette, herbe/herbage, moteur/motorisation, médecin/médecine…) et non à sexuer la langue : un radiateur n’a rien de masculin, pas plus qu’une fenêtre n’a quelque chose de féminin. Oui, comme dans la majorité des langues, le masculin est généralisant et a une valeur de neutre : on va chez le coiffeur même si la personne qui s’occupe de nous est une coiffeuse. Le jarawara (Amazonie) est, nous apprend-il, l’une des rares langues où le féminin a une valeur générique, mais la coutume de frapper les jeunes filles nubiles à coups de bâton n’est peut-être pas un fait social à la hauteur de ce féminisme grammatical abouti. Non, la « langue » n’est pas du « discours » : une phrase (plutôt très) misogyne telle que « les femmes doivent rester à la maison » ne présente aucun fait grammatical « répréhensible ».Pour finir, oui, la langue est nécessairement « à la traîne », accusée qu’elle est par le progressexisme de ne pas adopter assez vite des néologismes et des tournures qui – voyons ! – tombent sous le sens :il.elle pleut, je ne vais pas chez le coiffeur.euse. Quoiqu’on parle souvent de ce qui n’a pas de réalité tangible (discours), il faut tout de même que les choses existent pour pouvoir les nommer (langue) : qu’il y ait, par exemple, suffisamment d’hommes sages-femmes pour que « sage-homme » s’impose, au-delà de la leçon de grammaire nunuche dispensée par un navet cinématographique à visée sociétale (Sage-Homme, Jennifer Devoldère, 2023).
Réponse cinglante
La réponse de Jean Szlamowicz aux indignations du militantisme inclusiviste est merveilleusement cinglante, et on ne peut mieux dire : « Les injustices existent, mais ailleurs que dans la grammaire […] et quand on est friand de subtilités symboliques, on devrait être capable de se poser la question de savoir s’il y a plus d’oppression à vivre sous un voile ou à accorder le suffixe -eur de manière générique. » Quant à la langue, nous rassure-t-il, elle est modifiée par l’usage et non par les lubies de simili-intellectuels imbibés de théories gramsciennes : « Si les locuteurs ont besoin d’un féminin, ils le créeront et l’utiliseront. S’ils n’en ont pas besoin, ils ne passeront pas leur temps […] à imaginer des féminins inutiles. » En attendant, glissons Le Sexe et la Langue dans nos bibliothèques respectives.
La langue et la grammaire sont les énièmes ZAD –zones à démolir – de militants égocentriques gagnés par l’ennui civilisationnel et l’inculture d’atmosphère. Agitant les derniers hochets marketing du moment, ils continuent à ânonner mécaniquement que « la langue est fasciste ». Tellement fasciste qu’elle a permis à Roland Barthes, en son temps, de dispenser toute une année de cours sur le « désir de Neutre ». Tellement fasciste, qu’elle autorise, à présent, l’ouvrage officiel de la Cité internationale de la langue française (Villers-Cotterêts), dirigé par la philologue Barbara Cassin, à se fourvoyer dans la syntaxe de la dernière phrase des Mots de J.-P. Sartre, adaptée pour l’occasion au thème de la langue (« une langue qui les vaut toutes et qui (sic) vaut n’importe laquelle »). Terrible défaite – la pire de toutes – pour les déconstructeurs d’hier, de se voir anéantir par la langue des démolisseurs d’aujourd’hui.
Jean Szlamowicz (préf. Nathalie Heinich), Le Sexe et la Langue : petite grammaire du genre en français, où l’on étudie écriture inclusive et autres dérives militantes, Intervalles, 2023.
Dans nos écoles, l’inquiétant sous-texte du concours « Nous autres » organisé par la CASDEN Banque Populaire et Lilian Thuram
La propagande antiraciste à la sauce woke s’immisce partout. À l’école, elle peut être orchestrée conjointement par l’Éducation nationale, un groupe bancaire, une mutuelle des agents du service public, un musée et un ancien footballeur reconverti dans le business de l’antiracisme, et viser les élèves dès le plus jeune âge.
Les sociétaires de la CASDEN Banque Populaire ont en effet reçu récemment un message leur expliquant comment participer, s’ils sont enseignants, à la 9ème édition nationale du concours “Nous Autres”, édition soutenue par le ministère de l’Éducation nationale et organisée par ladite banque, la MGEN et… la Fondation Lilian Thuram. Ce concours est ouvert aux classes de… la maternelle à la 6e ! Les enseignants intéressés peuvent inscrire leur classe sur un site dédié puis, après avoir reçu un kit de « ressources pédagogiques », concevoir avec leurs élèves une production artistique pour illustrer « la déconstruction du racisme ». Tant qu’ils y étaient, les promoteurs de ce concours à connotation woke auraient pu lancer un concours sur la « déconstruction de la langue française » illustrée par la citation qui trône en majesté sur le message envoyé aux sociétaires de la banque en question et signée Lilian Thuram : « Il faut construire l’idée que chacun de nous pouvons rendre la société meilleure. »
Le business de la Fondation Thuram repose sur des âneries
Cette démarche « éducative » se veut antiraciste, citoyenne et humaniste. Elle propage en réalité les théories racialistes issues des universités américaines et adoptées en France par des militants wokes dont le pseudo-antiracisme « réintroduit le principe racial et le communautarisme ethnique qu’il prétend combattre » (Paul Yonnet). Pour que l’idéologie racialiste s’impose en France, les thuriféraires de cette dernière ont inventé un « racisme systémique » qui n’a jamais existé dans notre pays, et répandu la novlangue racialiste : racisé, privilège blanc, racisme structurel, systémique ou institutionnel, suprématie blanche, blanchité, universalisme blanc, etc. Sur le site de ce concours, nous pouvons lire les propos de Lilian Thuram, copier-coller des lieux communs du racialisme woke : « Le racisme est avant tout une construction politique, économique et intellectuelle. Nous devons prendre conscience que l’Histoire nous a conditionnés, de génération en génération, à nous voir avant tout comme des Noirs, des Blancs, des Maghrébins, des Asiatiques… La Fondation [Lilian Thuram] souhaite réfléchir sur les mécanismes de domination. » Ignorance crasse ou aveuglement idéologique ? Sans doute les deux. « L’Histoire nous a conditionnés à » est une allégation abstraite qui ne veut strictement rien dire. Quant aux « mécanismes de domination », nul besoin de préciser qui domine qui – il est entendu que seuls les Blancs ont été des colonisateurs et des esclavagistes, que seuls les Blancs ont pillé, tué, déclenché des guerres, que seuls les Blancs sont racistes, etc. Bref, « les Blancs » sont le mal absolu. C’est sur ce socle simpliste et manichéen que repose le racialisme woke. Lilian Thuram, qu’il en soit conscient ou non, participe à la création de quelque chose de tout à fait nouveau en France, une vision purement raciale et ethnique des rapports entre les individus dans la société ; il promeut une idéologie qui va à l’encontre d’un objectif louable retourné et transformé en arme de destruction de l’Occident, lequel ne devrait son développement et sa prospérité qu’à l’exploitation coloniale, l’esclavage et la domination brutale sur d’autres peuples – exploitation et domination qui perdureraient dans la société actuelle et concerneraient en premier lieu les descendants des anciennes colonies et les immigrés « racisés » qui n’hésitent pourtant pas à tenter de s’installer dans ce pays soi-disant foncièrement xénophobe et raciste.
Comme Christiane Taubira et les entrepreneurs identitaires Rokhaya Diallo et Pascal Blanchard, Lilian Thuram évoque régulièrement l’esclavage transatlantique mais omet systématiquement de narrer l’histoire de l’esclavagisme oriental, arabo-musulman ou intra-africain. L’histoire est révisée afin de concorder avec les thèses victimaires de l’idéologie racialiste. Dans son livre La pensée blanche, sorte de recueil de toutes les platitudes et de toutes les âneries qui résonnent dans les amphis décolonialistes et racialistes de Paris-VIII et de Sciences-Po, M. Thuram écrit : « L’appétit de l’homme blanc pour la possession matérielle et le pouvoir l’a aveuglé sur le mal qu’il a causé à notre mère Terre, dans sa recherche de ce qu’il appelle les ressources naturelles. » Outre la bêtise essentialiste légèrement raciste et la fadeur de l’assertion, on notera la touche écolo signalée par une sémantique abêtie digne de Greta Thunberg, la fille infirme de Gaïa. Dans le même ouvrage, l’ex-footballeur décrit les séances pédagogiques stupéfiantes qu’il élabore pour expliquer la « suprématie blanche » aux élèves blancs et noirs rencontrés lors de ses conférences dans des établissements scolaires. Premièrement, avec les enfants blancs (expérience rapportée également lors d’une émission lunaire sur France Culture, voir mon papier du 3 juin 2021) : « Je prends une feuille blanche en leur disant : “Les enfants, est-ce que vous êtes de la même couleur que cette feuille ?” Ils me disent “non”. “Pourquoi vous dites que vous êtes blancs alors ?” Et là ils me disent : “ben, on sait pas, par habitude.” C’est ça qu’il faut déconstruire. » Deuxièmement, avec les enfants noirs : « Très souvent, je demande aux enfants noirs comment ils s’imaginent Dieu. Ils me répondent que c’est un homme avec une longue barbe blanche et des cheveux blancs. Tous me répondent qu’Il est blanc. Je leur rappelle : « On dit que Dieu a fait l’homme à Son image ; comment toi, petit garçon marron, tu peux imaginer que Dieu est blanc ? » Ils sont surpris… N’est-ce pas une preuve majeure du blanchissement de notre pensée ? » Voilà à quel type de « raisonnements » peuvent être confrontés les enfants lors de leur scolarité.
On frôle le racisme anti-blanc en permanence
Distribution des prix et endoctrinement woke : les lauréats du concours susmentionné – des élèves de la maternelle à la 6e, est-il nécessaire de rappeler – se verront offrir la collection complète des œuvres de Lilian Thuram, une photo dédicacée de l’auteur et une carte « L’Afrique au centre, changeons nos imaginaires ». Il serait souhaitable que les fonctionnaires du ministère de l’Éducation nationale se penchent plus avant sur les différentes actions menées par les « antiracistes » racialistes wokes dans nos écoles, lisent leurs œuvres et celles des théoriciens anglo-saxons qui les inspirent, et envisagent le désastre que serait une société qui n’entretiendrait des rapports entre les individus qu’à l’aune de leurs thèses. « Les concepts racialistes sont des concepts révolutionnaires qui se font passer pour réformistes mais engendrent en fait une société nouvelle radicalement conflictuelle, et qui devient incapable d’envisager même théoriquement un authentique monde commun », écrit Mathieu Bock-Côté dans son excellent essai, La Révolution racialiste. Le pseudo-antiracisme des entrepreneurs identitaires est en réalité un authentique anti-occidentalisme frisant souvent le racisme anti-Blancs et implantant dans le cœur des plus jeunes le rejet des valeurs et des symboles d’une civilisation que les activistes wokes leur enjoignent de détester. En montrant du doigt « l’homme blanc », Lilian Thuram essentialise un groupe humain et prête à chaque individu de ce dernier des tares et des défauts communs et supposément inhérents à une couleur de peau. En même temps, il enracine dans l’âme des « non-Blancs » les ressentiments et les frustrations qui ne peuvent que naître à l’énoncé d’une société « blanche » injuste, privilégiée et « suprémaciste », « institutionnellement » raciste. Cet énoncé est faux mais permet à ce pseudo-antiracisme de « rendre la pensée raciale acceptable et de faire de l’Occident l’objet principal d’une haine sans limites. De plus, « ce “nouvel antiracisme” recourt à des catégories raciales pour se définir dans ses fondements comme dans ses objectifs. D’où le paradoxe d’un antiracisme racialiste, voire raciste. C’est pourquoi il serait plus adéquat de le caractériser comme un pseudo-antiracisme, et, plus précisément, comme un antiracisme anti-Blancs. Mais un antiracisme anti-Blancs, c’est un “antiracisme” raciste ». (Pierre-André Taguieff, dans Marianne, le 25 octobre 2020).
Lilian Thuram sait-il très exactement ce qu’il fait ? On peut en douter. Est-il le jouet d’idéologues décolonialistes et racialistes profitant de l’image de l’ancien défenseur de l’équipe de France « black-blanc-beur » championne du monde en 1998 ? C’est fort possible. Un des plus éminents en même temps que des plus pernicieux et fanatiques de ces idéologues se nomme Pascal Blanchard et vient de co-signer avec l’ex-footballeur un ouvrage intitulé Mes étoiles noires en image. Dans La France n’a pas dit son dernier mot, Éric Zemmour rapporte les propos que Blanchard lui a glissés à l’oreille, un soir de mai 2010, après un débat houleux lors d’une émission télévisuelle : « Tu pourras dire ce que tu veux. On s’en fout. On gagnera, on tient les programmes scolaires. » Blanchard, historien autoproclamé spécialiste de l’Afrique (1), se réjouit de voir la marionnette Thuram parrainer des concours scolaires soi-disant « contre le racisme », débiter des platitudes sur l’esclavage sur la radio publique ou tenir de laborieuses causeries décolonialistes dans les écoles. Avec ses amis Françoise Vergès, Éric Fassin et Christiane Taubira, il manigance depuis des années dans les coulisses politico-culturelles pour la création d’un Musée des histoires coloniales. La Maison des mondes africains, projet de l’ex-ministre de la Culture pouvant englober cette histoire coloniale, verra-t-elle le jour ? Il semblerait bien que oui : si l’on en croit Le Monde, cet établissement souhaité par Emmanuel Macron pourrait s’installer dans le bâtiment de la Fondation Cartier en 2025 ou 2026. Pascal Blanchard, déjà recruté par notre président pour diriger “Portraits de France”, un comité chargé de proposer les noms de personnalités « reflétant la diversité » pouvant devenir des noms de rues, attend beaucoup de cette nouvelle institution : propagande agressive, affichage médiatique, postes à pourvoir et voyages scolaires édifiants sont en vue.
Pour tenter d’éviter une fracture définitive de la société, et en espérant qu’il ne soit pas déjà trop tard, il serait bon de protéger nos enfants contre l’entrisme à l’école des thèses et des slogans racialistes élaborés par des agitateurs professionnels et sectaires, et colportés par de pauvres bougres manipulés par des idéologues prêts à tout pour détruire notre pays. Si rien ne change, nous pouvons nous attendre au pire, c’est-à-dire à un conflit ethno-racial permanent, alimenté de surcroît par l’islamisme et par cette « excroissance hystérique du racisme anti-Blancs » (G.W. Goldnadel) qu’est le racisme anti-juif actuel, dont nous percevons les signes avant-coureurs dans l’actualité récente, celle, entre autres, des nombreux « faits divers » que les médias mainstream ont tant de mal à relater.
(1) Sur CNews, en mars 2021, pour répondre à Bernard Rougier qui lui demandait s’il parlait une langue africaine, l’autoproclamé africaniste Pascal Blanchard a déclaré qu’on peut « travailler sur l’ensemble de l’Afrique »sans parler « les 76 langues des 76 pays » que compte l’Afrique. Quelques secondes auparavant, le même Blanchard s’était vanté d’avoir soutenu à la Sorbonne une thèse sur l’histoire de l’Afrique. En France, on peut donc passer une thèse sur l’histoire de l’Afrique dans une université prestigieuse tout en ignorant qu’environ 2000 langues sont parlées sur ce continent qui compte non pas 76 mais 54 pays. C’est bon à savoir.
Rebecca Manzoni a remplacé Jérôme Garcin à la présentation de l’émission Le Masque et la Plume. Le critique revient sur son parcours (Les nouvelles littéraires, FR3, Le Nouvel Obs, France inter…) au micro de notre chroniqueur Philippe Bilger
J’ai soumis « à la question » Jérôme Garcin le 27 janvier sur Fréquence Protestante.
Puis-je avouer que face à cette personnalité toute d’intelligence, de finesse et de culture j’ai éprouvé comme une forme de timidité de peur de n’être pas à la hauteur, avec mes interrogations, de la richesse qui m’était offerte ?
En effet, animateur du Masque et la Plume, une émission mythique et exemplaire sur le plan de la critique cinématographique, théâtrale et littéraire, responsable des pages culturelles de l’Obs, écrivain de race, Jérôme Garcin a su, ce qui est rare, anticiper et, sans y être contraint, laisser la place à des successeurs qui tenteront de l’égaler.
Tout serait à mettre en évidence dans cet entretien tant la profondeur des analyses, la justesse précise et scrupuleuse des points de vue et l’émotion retenue d’une sensibilité d’autant plus perceptible qu’elle se veut « serrée », pour le fond comme pour la forme, ont porté au comble mon estime pour cette superbe qualité humaine et intellectuelle.
Je voudrais privilégier, dans mon embarras du choix, la part essentielle de l’écrivain qui, dans une langue toute de maîtrise classique, sans la moindre superfluité, a su rendre universels des tragédies familiales et des désastres intimes, avec la mort d’un frère jumeau à six ans, celle d’un père jeune à la suite d’un accident de cheval, celle d’un autre frère, d’un beau-père (qu’il n’a pas connu) et d’autres chagrins…
C’est la littérature et sa magnificence qui lui ont permis de se débrider pour le plus grand bonheur des lecteurs à la fois déchirés et admiratifs. Il avait l’intention de faire revivre ses « disparus », de les faire renaître. Noble mission accomplie.
Causeur vous propose de visionner cet entretien, enregistré dans le studio de Fréquence Protestante (100.7 FM Paris).
« Journaliste depuis mes 19 ans, écrivain publié sur le tard à 37 ans, j’écris depuis toujours »
« Au Masque et la Plume, pendant 35 ans, j’ai moins été un questionneur qu’un animateur »
« Je n’ai jamais été un animateur neutre, et je pense que cette émission s’accommoderait très mal d’un animateur neutre (…) C’est une émission où l’on s’engage ! »
« Je n’étais pas du tout destiné à faire ce métier. Je me voyais beaucoup moins exposé (…) Quand j’ai commencé à faire de la télévision, j’ai senti sur mon épaule la main un peu crispée de mon père, un peu austère, Philippe Garcin, me disant Que vas-tu faire sous ces projecteurs ? »
« La vraie prescription culturelle vient aujourd’hui de l’audiovisuel, plus de la presse écrite »
« Aujourd’hui, ayant quitté toutes mes fonctions au Masque et la Plume et à la direction des pages culturelles de l’Obs (où je garde un bloc-notes), je me sens libre de prendre la fuite comme bon me semble où bon me semble… »
Famille, école et numérique seraient les trois incubateurs qui inoculent le sexisme aux enfants dès le plus jeune âge, s’alarment les scientifiques du Haut Conseil à l’égalité.
Le Haut Conseil à l’égalité (HCE) a publié son rapport annuel, lundi 22 janvier, intitulé « S’attaquer aux racines du sexisme »[1]. En fait de rapport, il s’agit d’un long commentaire d’une enquête Viavoice réalisée pour l’occasion auprès de 3500 personnes. Et cette enquête est donc interprétée dans un seul but : démontrer que tout va de plus en plus mal. Le sexisme est partout. Il commence à la maison, avec des parents reproduisant des schémas genrés traditionnels (ces monstres offrent des poupées à leurs filles !), il continue à l’école et il explose en ligne.
Neuf femmes sur 10 ont subi des situations sexistes, nous dit-on. Mais si ça commence à la blague un peu grivoise ou au compliment, heureusement pour elles !
Les clichés masculinistes progressent. 28% des jeunes hommes pensent que les hommes sont plus faits pour être patrons que les femmes. Donc, 72% pensent le contraire. Autre exemple : un quart des sondés trouvent normal qu’une femme soigne plus son physique qu’un homme. Donc les ¾ ne le pensent pas ! Si on ajoute que 86% des hommes pensent qu’une femme peut être présidente et 83% qu’elle peut gagner plus que son conjoint, on se dit que l’égalité est devenue la norme. Mais l’égalité réelle n’est pas atteinte, bien sûr, et les femmes subissent encore beaucoup d’injustices, nous dit-on… Les hommes aussi. Beaucoup s’estiment victimes de généralisations (par exemple, lorsque l’on affirme qu’ils seraient tous sexistes). Ça aussi, c’est une preuve de sexisme !
Rien ne va dans cette étude, en réalité :
L’objet « sexisme » est inopérant, car il est idéologique. Tout ce qui relève de la différence des sexes est considéré sexiste. Or, un traitement différencié est souvent légitime (par exemple, dans une maternité on ne traite pas de la même façon les hommes et les femmes, ou dans le sport). Le HCE se désole que les 2/3 des sondés pensent qu’un homme doit protéger les femmes. Ah, c’est donc mal de penser ça ? En quoi ?
Il y a un postulat arbitraire à la base de ce sondage : il y aurait un continuum entre le sexisme et la violence. Tu commences par une mauvaise blague, et tu finis par cogner. Pardon, mais cela n’est pas démontré.
On observe une prétention normative. On explique aux gens comment ils doivent vivre. Si des femmes préfèrent élever leurs enfants que travailler, doit-on les dénoncer ?
On y retrouve l’habituelle pulsion de censure. Le Haut Conseil demande ainsi à l’Arcom de surveiller la représentation des femmes dans les médias. Pourra-t-on demain représenter des chipies, des menteuses, ou juste des saintes ?
Enfin, bien sûr, on refuse totalement de se demander si certaines cultures favorisent les comportements violents ou répressifs. Il ne faut pas stigmatiser !
Rassurez-vous, la rééducation est en bonne voie. 60% des Français sont révoltés qu’une femme se fasse siffler dans la rue, 62% qu’un homme insiste pour avoir un rapport sexuel avec sa conjointe et 36% qu’un homme commente la tenue vestimentaire d’une femme, le fameux compliment sexiste. A tout hasard, je précise que j’appartiens à la minorité qui trouve ça très bien.
Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio
Après « Paris 1900 » et « Paris romantique », le Petit Palais accueille le dernier volet de sa trilogie : « Le Paris de la Modernité » (1905 – 1925), la plus belle exposition de la capitale en ce début d’année 2024
Se rendre au musée fait désormais partie des dix commandements du Parisien de souche ou du touriste perdu, une obligation autant éducative qu’une soumission patrimoniale à l’Art. Alors parfois, sans volonté propre, poussé par la muséographie galopante de la ville lumière et la peur de rater un événement, de « ne pas en être », d’être déclassé culturellement en somme, le visiteur ère entre Orsay et Le Louvre, confond Van Gogh et Berthe Morisot, pousse sa promenade dominicale jusqu’à Marmottan, s’impatiente de la réouverture du musée Delacroix et se félicite que l’on puisse encore admirer le scaphandre des frères Carmagnolle de 1882 au Musée de la Marine, tout là-haut, au Trocadéro. La vie culturelle de notre époque impose ses péages, ses parcours balisés, ses grandes œuvres à admirer, son appareil critique à adouber et ses expositions toujours plus emphatiques, notre nouveau bloc de constitutionnalité. Les chiffres de fréquentation donnent raison aux administrateurs et aux conservateurs, le Louvre a connu des records d’affluence avec 8,9 millions de visiteurs en 2023 et Orsay avec 3,9 millions est le paradis des tour-opérateurs. La Ligue des Champions peut trembler. Bientôt, il y aura plus de spectateurs devant Les Raboteurs de parquet que sur la pelouse du Parc des Princes, Caillebotte a enfin stoppé Ancelotti à domicile. Non, toutes les expos de la capitale ne se valent pas. Il y a parfois de l’arnaque dans l’air, des sujets fumeux, des coups de com’, du remplissage à la va-vite avec des pièces d’intérêt discutable, des anniversaires forcés, une médiocrité intellectuelle dans les commentaires, des accrochages artificiels et peu soignés ; le marketing culturel a les moyens de vous faire sortir de votre lit ! Car son magistère pèse lourd sur les bonnes consciences. Il est inattaquable, au-dessus des partis, plus puissant que la Démocratie, plus intimidant que l’expression des peuples. L’Art est ce nouveau totem indépassable qui dispose de tous les droits, en son nom, tout est permis, même de vous soutirer une quinzaine d’euros pour trois peintures et une sculpture de guingois, un discours victimaire repentant et une ordalie accablante. Mais, fort heureusement, il existe aussi des lieux riches par la profusion et la variété des objets présentés, le cheminement intelligent, l’absence de cloison, l’union libre entre le chevalet et l’établi, la fenêtre historique panoramique (avant, pendant et après la Première Guerre mondiale), tout simplement la beauté d’un projet bien pensé et orchestré, qui saisit, dès la première salle, par son brio et sa sincérité, son élan et son empreinte. « Le Paris de la Modernité » (1905-1925) au Petit Palais jusqu’au 14 avril est, sans conteste, la plus belle exposition de Paris qui vous amènera de Montmartre à Montparnasse, de la ruche aux diadèmes de Cartier, du manifeste du Futurisme à la Tour Eiffel illuminée aux couleurs des chevrons Citroën, des tranchées à l’exposition internationale des arts décoratifs et industriels modernes, du fauvisme à l’Ours blanc de François Pompon, de la Belle Époque aux Années folles. Après deux heures passées dans le tourbillon de ce premier quart du XXème siècle, vous serez secoué par tant de virtuosité et indisposé par l’actualité culturelle du moment, ravagé par l’omniprésence des faiseurs et des bonimenteurs, des fausses valeurs et des aigrefins du marché, toute cette faune qui vit sur la bête, des galeries aux institutions, et dicte les cadres dirigistes de la création.
C’est à l’aune de ces vingt années tempétueuses, terribles et fascinantes, entre 1905 et 1925, que vous comprendrez l’aphasie et la morale puérile de nos temps si sourcilleux, complètement inaptes, incapables de saisir l’expression artistique, sa liberté et sa geste révolutionnaire, son scandale immanent. Où sont les Picasso, Marie Laurencin, Man Ray, Paul Poiret, Nijinski, Modigliani, Apollinaire, Jacques-Emile Ruhlmann, Fernand Léger, Diaghilev et autres dadaïstes du XXIème siècle ? Pour vous inciter à vous rendre au Petit Palais, je n’emploierai pas les mots et les préceptes en vogue, la place sous-évaluée des femmes dans l’Histoire de l’art, le multiculturalisme émancipateur et les minorités opprimées. Je vous parlerai seulement des œuvres et de leur onde démiurgique, quelques instantanés que mon œil a accrochés, pour le plaisir des lignes, pour leur impudeur, pour leur provocante inspiration. En vrac et en frac : les garçonnes charnues, ces madones extatiques peintes par Tamara de Lempicka, une toile intitulée « Et le soleil s’endormit sur l’Adriatique » exécutée par Lolo l’Âne sous l’œil rieur de Roland Dorgelès et de la chanteuse de cabaret Coccinelle, une montre-bracelet Tank, une automobile Peugeot Type BP1 dite « Bébé Peugeot », ludique torpédo de 1913, Joséphine Baker stylisée par van Dongen, le Christ rédempteur de Paul Landowski et même l’Hommage à Blériot de Delaunay.
Des militantes ont tenté de recouvrir le tableau de soupe, ce matin, pour défendre une meilleure alimentation pour tous, cette fois… Les dingos de « Riposte alimentaire » seront poursuivis.
L’infamant outrage des écolos à « la Joconde »
Quand s’attaquer à l’art, et à ses plus grands chefs-d’œuvre notoirement, a-t-il jamais représenté un argument digne de ce nom, rationnel, respectable et objectif, pour défendre des idées, aussi nobles, par ailleurs, soient celles-ci ? Car, si j’ai bonne mémoire, seuls les régimes dictatoriaux, qu’ils soient d’extrême-gauche ou d’extrême-droite et qu’on les nomme, par-delà tout clivage politico-idéologique, « fascisme », nazisme » ou « stalinisme », se sont honteusement adonnés à ce genre de pratique, particulièrement méprisable sur le plan intellectuel et abject au niveau moral.
De la barbarie : violence et ignorance
C’est pourtant à ce type de comportement, dont on ne sait si c’est l’aspect barbare, le geste violent ou l’ignorance crasse, qu’il faut blâmer le plus ici, que deux militantes prétendument écologistes se sont livrées, ce dimanche matin 28 janvier 2024 au prestigieux musée du Louvre, en aspergeant de soupe, en guise de revendication pour une meilleure alimentation pour tous, un tableau aussi magnifique, par-delà même sa célébrité planétaire, que « La Joconde » de cet immense artiste, inégalé à plus d’un titre, que fut Léonard de Vinci.
Oui, Léonard de Vinci, ce « génie universel », comme le qualifia jadis le grand Goethe en personne, et, de surcroît, tant par la perfection de son prodigieux talent que par l’ampleur de ses multiples connaissances, prince des humanistes !
Leonard de Vinci : précurseur, avant la lettre, de l’écologie
Davantage : savent-ils, ces ignares s’attaquant ainsi vulgairement, de manière aussi scandaleuse qu’indigne, aux symboles les plus sublimes et précieux de notre héritage culturel, sinon civilisationnel, que Léonard de Vinci fut lui-même, en son temps, un ardent défenseur, précurseur avant la lettre, de l’écologie précisément, comme le prouvent à suffisance, entre autres traits de génie, ses nombreuses inventions en la matière, depuis d’ingénieux systèmes d’irrigation des terres agricoles jusqu’à de non moins extraordinaires protections naturelles des sites paysagistes, en passant par un énorme respect de la vie, qu’elle soit animale ou végétale, sous toutes ses formes ?
Ainsi, par exemple, ce végétarien convaincu, et même déjà « vegan », ne mangeait-il jamais de viande, au motif qu’il ne souhaitait pas, disait-il alors ouvertement, tuer ou faire souffrir d’ « innocentes créatures », ni se nourrir ou se gaver, précisait-il encore à qui voulait bien l’entendre, de ses « congénères » !
Un très contradictoire paradoxe
Mieux : cet aimable, généreux et bienveillant Léonard se plaisait même, lorsqu’il se promenait au milieu des marchés de sa belle ville natale de Florence, d’y acheter, parfois pour des sommes considérables, les cages d’oiseaux, pour le seul bonheur de les ouvrir ensuite et de libérer ainsi, au vu et au su de ses voisins ébahis, ces mêmes volatiles !
Ainsi, vouloir s’attaquer à l’œuvre artistique d’un être aussi respectueux de la nature justement, des animaux aussi bien que des humains également, n’est-il pas, de la part de ces nouveaux fanatiques de l’écologie culpabilisatrice, le moindre, on en conviendra aisément, des paradoxes, aux inénarrables mais tragiques confins de la contradiction la plus patente !
Les vandales du Louvre
Et, de fait, les milliers de pages de ses nombreux codex, que j’ai eu le gratifiant honneur d’étudier intégralement et dans leur langue originale, mais que ces écolos de basse gamme n’ont manifestement jamais lus, regorgent de ce genre d’anecdotes, aussi savoureuses que significatives, voire simplement bienvenues, pour tout écologiste digne de ce nom, mais que ne sont pourtant pas, visiblement, ces récentes vandales du Louvre.
Pis : lorsque je les entends hurler, comme elles l’ont effectivement fait ce dimanche matin devant « La Joconde » aspergée de cette imbuvable soupe, qu’il est légitime de s’en prendre à l’art pour mettre en avant une revendication socio-politique, il me revient immanquablement en tête, certes toutes proportions gardées et sans vouloir bien sûr comparer ici l’incomparable, ce que clamaient haut et fort certains dignitaires et autres propagandistes nazis, dont des criminels tels que Joseph Goebbels ou Hermann Göring, lorsqu’ils disaient, face notamment à des artistes qu’ils taxaient alors abusivement de « dégénérés », « sortir leur revolver quand ils entendaient le mot culture »
Quand dégrader l’art ou mépriser la culture revient à avilir les idées que l’on croit défendre
Oui : en s’attelant à dégrader ainsi, de manière aussi inconsidérée, les plus grands chefs-d’œuvre artistiques, comme ils l’ont par ailleurs déjà fait en tentant d’abîmer d’autres tableaux de maîtres au sein d’autres importants musées à travers le monde, ce n’est pas seulement sur notre culture, ni même notre civilisation, qu’ils crachent aussi misérablement ; c’est d’abord eux-mêmes, et les idées ou le parti qu’ils croient propager de la sorte, qu’ils salissent et avilissent ainsi irrémédiablement. Infâme !