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PISA et dépendances

Si le niveau des petits Français est en baisse, c’est parce que celui de leurs profs dévisse aussi. Leur formation est le nœud du problème que doit résoudre le ministre de l’Éducation nationale. Jean-Paul Brighelli lui souhaite bonne chance, et soumet quelques pistes de réflexion.


Cette lettre ouverte à Gabriel Attal, publiée dans notre magazine le 3 janvier, a été rédigée avant sa nomination à Matignon NDLR.

Monsieur le ministre,

Choc PISA, dites-vous… Mais le plus choquant est que la nouvelle déroute de l’école française n’a choqué personne. Même les médias ne sont pas parvenus à faire monter la sauce, tant tout le monde, depuis trente ans que la débandade s’est accentuée – au lendemain de la loi Jospin – est résigné à voir le niveau glisser vers les abysses.

Certes, une statistique réalisée en 2022, après un an et demi d’interruption des cours, est légèrement faussée. Mais elle l’est tout autant pour les tigres du Sud-Est asiatique –et pour l’Estonie, meilleur élève de l’Europe.

Nos voisins d’outre-Rhin ont moins bien digéré que nous la nouvelle de leur effondrement. Déjà en 2000, la première évaluation PISA avait occasionné outre-Rhin un choc salutaire : les Allemands, qui se croyaient encore à l’heureux temps de l’école bismarckienne, décidèrent de réagir avec un vrai succès. Cette fois, c’est l’afflux soudain de réfugiés syriens, invités par Angela Merkel à venir violer des Allemandes lors de la Saint-Sylvestre 2016, qui a fait chuter la moyenne.

Le règne des pédagogistes se termine-t-il?

Nous avons nous-mêmes vécu un épisode équivalent après la double décision ingénieuse du couple gauchiste Giscard/Haby, qui en 1976 ont opté à la fois pour le collège unique et pour le regroupement familial. J’étais déjà enseignant, nous avons vu arriver des gosses pas plus méchants que d’autres mais franchement illettrés, insérés dans les classes sur le seul critère de leur âge. Forcément, les enseignants soumis à la « massification » – un mot atroce qui ne réjouit que les pédagogues professionnels – ont baissé le niveau de leurs exigences, afin de ne pas perdre tout à fait ce tiers de classe qui ne comprenait rien, quitte à sacrifier ceux qui savaient déjà tout. Quand on pense que ce sont les enfants de ces immigrés-là qui sévissent aujourd’hui dans les banlieues, on s’étonne moins.

L’une de vos premières décisions – j’en parlais déjà dans mon dernier livre, L’École à deux vitesses – est donc d’en finir avec ce collège unique, ce qui enflamme la combativité des fossoyeurs en exercice du système scolaire. Philippe Meirieu appelle ainsi ses troupes – qui en trente ans ont infiltré le ministère et les universités– à « résister » : en se prenant pour de Gaulle, il vous attribue un rôle peu reluisant. Peut-être faudrait-il indiquer à ces archontes de la malfaisance que leur règne se termine.

En effet, monsieur le ministre, si vous ne prenez pas des mesures complémentaires immédiates, leur dictature se pérennisera – et se renforcera. La formation des maîtres, dites-vous à raison, est à revoir complètement. Afin de provoquer un déclic dans la mémoire des boomers dont les petits-enfants sont massacrés consciencieusement par ces mêmes pédagogues et leurs séides, vous avez parlé de reconstituer les écoles normales sur un cycle de trois ans post-bac.

Il faudra effectivement recruter intensément si l’on veut que la fiction des classes de niveau devienne une réalité tangible. En répartissant les élèves selon leurs aptitudes, et surtout – c’est essentiel – en fixant un nombre d’élèves dans ces divers groupes inversement proportionnel aux difficultés, éventuellement en donnant aux établissements assez de latitude pour augmenter selon les besoins les emplois du temps des matières en tension, vous allez créer un besoin d’enseignants de qualité qui, pour le moment, ne peut être satisfait. Les jurys peinent à donner les concours à des candidats d’une médiocrité insigne, vu qu’ils arrivent souvent de psycho-socio-nigologie, filières où l’on n’enseigne aucune des matières qu’ils sont censés enseigner.

Et comme ils ont bénéficié, en deux ans de master MEEF, d’une formation visant à apprendre à n’apprendre rien (un constat fait dès 1999 par Jean-Claude Michéa dans L’Enseignement de l’ignorance), ils se retrouvent admirablement inaptes à transmettre quoi que ce soit.

C’est le nœud du problème. Les redoublements, le brevet, les notes aux examens, tout cela n’est que broutilles et écran de fumée. Allez jusqu’au bout et supprimez le bac, relique vieillotte d’un système que l’on ne ressuscitera pas. Ce sera près d’un milliard d’euros économisés chaque année.

Ne pas faire confiance à ceux qui ont détruit le système

Puis-je faire une suggestion pour améliorer le recrutement et la formation des maîtres ? Cessez de la confier aux universités, et proposez-la aux lycées à CPGE. Henri-IV a déjà une classe expérimentale, post-bac, qui en trois ans propose de former des professeurs des écoles compétents. Nul besoin d’universitaires experts en recherches pointues pour enseigner à des néo-étudiants auxquels il suffit, au fond, de transmettre tout ce que l’on a soigneusement évité de leur apprendre dans les quinze années précédentes — de l’orthographe à la date de la bataille de Marignan en passant par l’étude des fractions ou des nombres à décimales. Deux questions dont de récents sondages en sixième ont prouvé qu’elles n’avaient pas été abordées au primaire.

Si vous abandonnez la formation des maîtres aux universités, vous allez renforcer le pouvoir de la clique mérieutique qui se frotte déjà les mains à l’idée de contourner vos préconisations – comme elle l’a fait jadis lorsque Gilles de Robien a voulu institutionnaliser l’apprentissage de la lecture-écriture en alpha-syllabique.

Plutôt qu’à des universitaires auteurs de thèses sur l’inutilité de l’orthographe ou du bon français qui s’acharneront à défaire votre projet avant qu’il soit éclos, confiez donc la formation des maîtres aux enseignants de lycée et de classes préparatoires – par exemple ceux qu’une saine gestion des prépas en surnombre à Paris, actuellement en projet, laisserait le bec dans l’eau. Quitte à charger du chapeautage de cette formation une personne digne de confiance – après tout, l’actuel recteur de Paris a réussi à imposer la méthode Lego dans la capitale, conformément aux préconisations de Stanislas Dehaene, et à insuffler de la mixité scolaire dans les lycées de la capitale sans pour autant descendre le niveau.

Vous ne pouvez pas faire confiance à ceux qui ont détruit le système, et qui frappent aujourd’hui à votre porte pour se voir confier des fonctions qui leur permettront de torpiller vos intentions. Seuls de vrais enseignants, maîtres de leur discipline, peuvent assurer  l’apprentissage de ces mêmes disciplines. Et ils sauront en même temps initier les étudiants aux subtilités de la vraie pédagogie – celle qui ne laisse personne en route et permet à chacun d’aller au plus haut de ses capacités.

Cela dit, bravo pour votre réactivité dans l’affaire du collège d’Issou. Les élèves sanctionnés doivent être déplacés plus loin – loin de leurs familles toxiques, de leurs « grands frères » et de leur ghetto.

L'Enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes

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Identité nipponne

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Et si, juste après sa mort, vous découvriez que votre mari n’est pas du tout celui qu’il prétendait être ?


C’est entre autres à Lotz, en Pologne, que le réalisateur japonais Kei Ishikawa né en 1977 a été formé au cinéma. Extraterritorialité qui n’est sans doute pas étrangère au climat étrangement glacé de ce quatrième long métrage, adaptation d’un roman de Keiichiro Hirano qui a remporté en 2018 le prix Yomiuri – l’équivalent du Goncourt, au Japon. Sous les auspices de Art House, c’est son premier film distribué en France.

Un jeune homme timide, dessinateur naïf à ses heures, rencontre une jeune veuve dans la papeterie où elle travaille. Mère d’un petit garçon, Rie (c’est son prénom) en tombe amoureuse, et se marie bientôt avec lui. Daisuko Tamiguchi est bûcheron, ou plus exactement apprenti sylviculteur. Là-dessus, le pauvre gars meurt accidentellement, écrasé sous le tronc de l’arbre qu’il venait d’abattre maladroitement. Survient son frère aîné, mais sur la photo qui orne l’autel funèbre, celui-ci ne reconnaît pas Daisuko : manifestement, son identité a été usurpée. Séduisant avocat, Akira Kido (joué par l’excellent et photogénique acteur Satoshi Tsumabuki), un de ces nombreux Coréens nés au Japon qu’on appelle les « Zainichi », est engagé par la veuve pour découvrir quel homme pouvait bien se dissimuler derrière la figure du disparu.

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Prologue d’une intrigue labyrinthique, faite d’ellipses, de détours, de flashback et de rebondissements, qui exigent du spectateur une attention soutenue. Sous le masque du thriller – assassinats, identités travesties, successives et compliquées…-, traversant les années au fil des remariages et autres soubresauts familiaux, A man dissèque non sans âpreté la société nipponne contemporaine : état des lieux qui arpente ses marges criminelles, ses préjugés de castes, ses non-dits… Avec, en arrière-plan, le tableau de la ville du XXIᵉ siècle, métropole arachnéenne, tentaculaire, en chantier permanent.

À l’enseigne de Magritte, dont la célèbre et énigmatique toile surréaliste Reproduction interdite (1937), encadre l’exposition et le dénouement du film, A man questionne le vertige de l’identité, dans une singulière sobriété formelle, conjuguée à une déroutante virtuosité scénaristique. Au risque que le spectateur, piégé dans l’entrelacs des faux-semblants, se perde un peu en chemin.

A man © film Partners

A Man. Film de Kei Ishikawa. Japon, couleur, 2022. Durée : 2h01. En salles le 31 janvier 2024

A Man

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Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

Face à Marion Maréchal et Jordan Bardella, la talentueuse tête de liste LR aux élections européennes va vite devoir sortir les griffes et briller dans les polémiques politiciennes pour espérer se faire une place.


Qui n’est pas de droite aujourd’hui ? Ce titre ne se veut pas provocateur. Il exprime mon impression derrière la multitude des antagonismes souvent dérisoires qui encombrent la vie politique et font le miel de l’espace médiatique. À bien observer, si nous n’avons hélas pas encore une droite du courage, en revanche le courage de se dire de droite n’en est plus un. Tant cette identité qui mêle libéralisme et pensée conservatrice est devenue celle qui semble le plus correspondre au réel et à la politique qu’il devrait imposer pour une France redressée dans tous ses états. Cette conviction n’est pas contradictoire avec l’abus ridicule, vide de sens, de l’appellation « extrême droite », qui prétend placer sous un pavillon unique une diversité intellectuelle et partisane impressionnante. Elle n’est destinée qu’à favoriser la paresse des analyses et le conformisme des dénonciations. Je l’affirme d’autant plus volontiers que je ne me sens pas totalement partie prenante de cette droite qui sur les plans politique et médiatique, me fatigue trop souvent par sa prévisibilité et son manque d’audace. Plus apte à pourfendre, quelquefois brillamment, la gauche qu’à se constituer comme espace autonome et vraiment mobilisateur.

RN, LR, Reconquête: la guérilla permanente

Si je n’avais pas le sens du ridicule, je continuerais à me qualifier d’anarchiste de droite, tant cette dénomination, conciliant ma vision du monde et de la société avec mon désir d’intelligente subversion, me semble de loin la plus appropriée à l’état d’esprit d’un certain nombre de concitoyens. Ils ont pour dénominateur commun de croire au pouvoir de la politique et à la politique qui serait mise en œuvre par un pouvoir courageux, efficace et exemplaire.

A lire, du même auteur : Pourquoi Nicolas Sarkozy m’a-t-il déçu?

Rien ne me paraît plus absurde que cette guérilla permanente qui oppose Les Républicains, le Rassemblement National et Reconquête!. On sait que l’union des droites demeurera une aspiration inconcevable pratiquement, tant que les positions extrêmes d’Eric Zemmour seront un défi au caractère opératoire que doit avoir tout programme, que la présence de Marine Le Pen (malgré le formidable déblayage éthique et historique qu’elle a réalisé) interdira un rapprochement qu’elle ne souhaite pas et que la droite classique continuera à camper dans un refus peureux, persuadée par la gauche que ce que François Mitterrand a accompli avec le parti communiste, elle n’a pas, elle, au moins à le tenter. On voit un parfait exemple de cette aberration avec la campagne des élections européennes où le seul souci de Jordan Bardella est d’inciter François-Xavier Bellamy à changer de cap ; en laissant croire que les Républicains n’ont qu’un petit pas à faire pour rejoindre le RN, ce qui est faire bon marché du talent, de l’intelligence, de la constance et du bilan de celui qui a été désigné enfin comme tête de liste des LR. On constate que les qualités intrinsèques de Marion Maréchal et sa lucidité se sont dégradées depuis qu’elle est à Reconquête! et que malgré les rapports de force et de rivalité qui auraient surgi avec son maintien au RN, elle aurait mieux fait de ne pas le quitter et de le faire progresser de l’intérieur. Quand elle s’aventure à dénier à Bruno Le Maire, à Gérald Darmanin, à Marine Le Pen et à Jordan Bardella d’être des personnalités de droite pour ne créditer de ce label que Reconquête!, elle exagère. Elle se trompe également quand elle déclare que « François-Xavier Bellamy devrait logiquement être avec nous » (Le Figaro). De quel préjugé tire-t-elle cette accusation selon laquelle, après les élections européennes, LR rejoindrait le macronisme ? Elle n’en sait rien et leur prête une attitude équivoque que pour l’instant rien ne confirme…

Les Républicains loin de mourir ?

Je perçois que cette attitude bizarrement commune de deux adversaires à l’encontre de LR, n’a pour finalité que d’essayer de réduire encore davantage l’espace de ce parti, comme s’il était voué à l’étouffement entre ces deux forces dont l’une pour l’instant est largement en tête et l’autre en difficulté. Il reviendra à François-Xavier Bellamy de sortir ses griffes et d’accepter ce que les débats politiques, pour être efficaces et convaincants, imposent de vulgarité et de polémiques. Cette impossibilité aujourd’hui, à l’exception d’accords sur le terrain vite disqualifiés par la hiérarchie de LR, de songer à une union des droites, n’empêche pas cette famille politique largement entendue, avec son centre et ses extrémités, d’être prépondérante dans notre démocratie.

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Il est fini le temps où, qualifiée de la « droite la plus bête du monde », elle faisait tout pour justifier cet opprobre. Les Républicains ont beau être moqués qu’ils réussissent ou échouent, ils n’en restent pas moins l’incarnation, contre des adversaires inégalement importants qui aspirent à les absorber, d’une philosophie politique qui devrait se faire une gloire de savoir concilier humanisme et rigueur, cohérence et pragmatisme. Dans la forme j’ai apprécié la révolte d’une certaine droite face au grotesque ostracisme qu’on souhaitait faire subir à Sylvain Tesson, choisi pour parrainer le printemps des poètes. Tout ne passe plus, elle se rebiffe. Sur le fond et pour l’organisation, hommes, femmes et idées, j’ai parfois l’impression d’une France qui attend d’être représentée par un grand et vrai parti de droite. Orpheline mais emplie d’espérance.

Taxi driver à Aden

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Le Yémen n’a pas d’industrie cinématographique. Mais, avec Amr Gamal, il a un grand cinéaste. Les lueurs d’Aden, son film, suit l’itinéraire d’un couple qui ne peut pas se permettre d’avoir un quatrième enfant, alors que la guerre civile fait rage.


La religion ménage toujours des arrangements avec ses propres préceptes. Faut-il croire le prophète, qui assure qu’avant 120 jours le fœtus n’a pas d’âme ? Ou bien est-ce 40 jours ? À quel stade de la grossesse le tabou de l’avortement est-il levé par le Très-Haut ?

Un ménage aux abois

Ahmed, un employé d’Aden TV, la télévision d’Etat, (bien réelle, la chaîne est aujourd’hui fermée) dont le salaire n’est pas tombé depuis trois mois, a dû se résoudre, pour arriver à nourrir sa famille, à s’improviser chauffeur de taxi. Isra’a, sa femme, se sait enceinte de son quatrième enfant. Pour se convaincre de son bon droit à avorter, elle n’en finit pas de visionner sur son smartphone le prêche en ligne qui lui suggère qu’elle ne commet aucun péché, et la rassure sur son sort dans l’au-delà.

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Au marché, tout est cher : la famille se restreint même sur la nourriture. Le petit ménage aux abois vient de se voir contraint de déménager dans un taudis sordide, faute de pouvoir payer le loyer de l’appartement décent qu’il occupait jusqu’alors.  On tâche encore de sauver l’essentiel : scolariser les enfants dans le privé, pas dans le public ; commander chez le tailleur un uniforme pour le petit dernier. Garder, si possible, la tête haute.

© Paname distribution.

Nous sommes en 2019, à Aden, la grande ville portuaire d’un Yémen miné par la guerre civile. Les barrages militaires scandent la chaussée, une soldatesque arrogante circule en camions, sans égards pour les civils. Les coupures de courant se multiplient, l’eau est rationnée : tout semble partir à vau-l’eau. Il faut pouvoir compter sur sa famille, sur ses proches, sur ses soutiens : un sentiment de déclassement hante la classe moyenne. Tout se monnaye – la corruption est le lot commun.

L’avorteuse au niqab noir

Pas à pas, Les lueurs d’Aden suit l’itinéraire de ce couple en crise, au cœur d’une cité désormais régentée par la religion mahométane. La décision d’avorter se heurte, non seulement aux lois en vigueur, mais surtout aux interdits (à géométrie variable) de l’Islam. Muna, l’amie médecin qui aurait toutes les compétences requises pour prendre en charge cette IVG n’est jamais vêtue autrement qu’en niqab, en noir de la tête au pied dès qu’un homme se présente à sa vue, fût-il l’époux d’Isra’a, sa proche amie.  Va-t-elle, émue par le sort de la jeune gravide, agir contre ses principes ? N’aura-t-elle pas ensuite des remords ?

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The Burdened – titre original du film, soit : « les porteurs du fardeau » en Français – n’est pas seulement la chronique d’une débâcle intime sous pression sociétale, économique, confessionnelle. A travers ce drame familial, le réalisateur Amr Gamal brosse d’une main très sûre la peinture d’une ville, dans une remarquable économie de moyens, adossée à un scénario construit au millimètre, dialogues inclus. Ancien protectorat anglais comme l’on sait, Aden conserve encore, malgré les cicatrices de l’époque « socialiste » puis des soubresauts de cet interminable conflit attisé par l’Iran (opposant aujourd’hui, pour faire bref, les Houthis, au nord, et le sud sécessionniste, sur fond de rivalités entre Riyad et Abou Dhabi) des vestiges de son éclectisme architectural et paysager, avec ses monuments et ses parcs, mais surtout cette tapisserie urbaine dont ce passionnant long métrage se fait l’illustrateur et l’anthropologue attentif. Jusque dans l’attention portée aux figurants, à leur circulation dans le réseau des rues, à leurs tenues – on sent que visuellement, rien n’est laissé au hasard : la moindre séquence est parfaitement composée.   

Le Yémen n’a pas d’industrie cinématographique. À tout le moins peut-il à bon droit s’enorgueillir d’avoir un authentique cinéaste !  Né en 1983, Amr Gamal, dont l’une des productions théâtrales s’est exportée à Berlin – une première européenne pour la scène yéménite – est déjà l’auteur d’un long métrage, Ten Days before the Wedding, nomination du Yémen aux Oscars 2018. Les lueurs d’Aden sera donc son premier film distribué en France. Par son écriture au cordeau, précise autant qu’épurée, Les lueurs d’Aden rappelle l’esthétique du meilleur cinéma iranien d’aujourd’hui – on pense à Mani Haghrighi (Les Ombres persanes), Asghar Farhadi (Un Héros), ou encore, bien sûr, Jafar Panahi (3 visites, Taxi Téhéran)… Une lueur d’espoir sur le Yémen ? A l’heure même où le présent article est envoyé, les rebelles Houthis, instrumentalisés par l’Iran sur fond de chantage contre Israël, multiplient les accrochages avec la marine américaine en mer Rouge…     


Les lueurs d’Aden (The Burdened). Film de Amr Gamal. Yeman/Soudan/ Arabie saoudite, couleur, 2023. Durée : 1h31. En salles le 31 janvier 2024.

Décadence du ventre


Après qu’elles ont aspergé de soupe au potiron la Joconde, devenue ces temps-ci le souffre-douleur de la sottise écolomaniaque, nos deux hardies militantes ont entonné leur prêche et lancé cette question existentielle, certainement mûrement pensée : « Qu’est-ce qu’il y a de plus important ? L’art ou le droit à une alimentation saine et durable ? »

Musée du Louvre, 28 janvier 2024 © David CANTINIAUX / AFPTV / AFP

Cela revient en réalité à mettre sur le même plan l’élévation par l’art et le fonctionnement du transit, l’édification de l’esprit et la satisfaction de la panse. Voilà bien un rapprochement dont on pouvait penser que nous avions atteint un niveau suffisant de civilisation pour que sa trivialité et son ineptie nous soient épargnées. Mais non. Rien d’ailleurs, semble-t-il, ne nous sera épargné sur cette longue pente qui nous entraîne inexorablement vers la fosse commune des civilisations disparues.

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Sur cette pente de la décadence, il y a bien sûr les causes de la présente révolte du monde de ce que la technocratie triomphante range sous le vocable d’agriculture et que, pour ma part, je persiste à appeler paysannerie. Tout simplement parce que ce mot-là fait clairement référence au « pays ». D’ailleurs, au Moyen Âge le mot paysan signifiait d’abord « homme d’un pays ». Furetière, dans son dictionnaire, publié en 1690, deux ans après sa mort, livre cette autre définition du mot. « Pays est aussi un salut de gueux, un nom dont ils s’appellent l’un l’autre quand ils sont du même pays. » On appréciera comme il convient le recours au terme de « gueux ». Ce brave Furetière avait sans doute l’excuse des préjugés de son temps, ce qui n’est évidemment pas le cas des technocrates de Bruxelles et de leurs affidés des ministère parisiens, qui, toute condescendance bue, ne voient probablement dans le monde paysan d’aujourd’hui qu’un conglomérat disparate de gueux. Des gens de peu, des gens d’un autre âge, frappés d’obsolescence comme le terme lui-même.

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Les premiers assauts délétères contre ce monde-là sont peut-être à chercher du côté du remembrement. Ce que par commodité de langage nous appellerons le système s’emparait du pays justement, le modifiait en profondeur, se l’appropriait. On arrachait les haies, arasait les mottes, comblait les fossés, les trous d’eau, on éradiquait les boqueteaux. Il fallait fabriquer de grands espaces, pour de la grande rentabilité, pour de la grande efficacité d’exploitation, de la grande mécanisation. C’était le premier pas de la non moins grande dépossession. Le paysan, le gardien du Temple Nature, soumis à la loi du marché. Puis allaient s’imposer les combinazione ploutacratiques du libre échange, et leur cortège d’absurdités dont, aujourd’hui, sous nos yeux ces mêmes gardiens du Temple Nature crèvent.

On n’a pas assez vu le coup venir. Mais – en exagérant à peine, en fait si peu…- on pourrait dire que le remembrement n’était que la répétition en petit format de ce que serait Schengen. Plus de haies, plus de frontières, de vastes espaces pour un marché sans entraves ni limites et le profit décuplé qui va avec. La logique idéologique est à l’identique dans les deux cas, faire place nette devant la gloutonnerie impérialiste et apatride du système. Le remembrement ou comment mettre Schengen au milieu du village. Einstein assurait que si l’abeille venait à disparaître, l’humanité elle-même disparaîtrait. Cela vaut aussi, et plus encore, c’est l’évidence même, pour le paysan. L’abeille humaine à bonnet jaune.

Mitterrand, Don Juan en politique

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Le Parti socialiste belge invente la « gauche cocaïne »

Les Belges ont eux aussi leur colline du crack! Dans le cabinet du ministère de l’Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont été saisis pas moins de 50 paquets de cocaïne…


Nous connaissions la gauche caviar. La Belgique, jamais en reste lorsqu’il s’agit d’innover en matière politique, vient d’inventer la « gauche cocaïne ». Les socialistes y ont viré coco : rien à voir avec un tournant communiste, encore moins d’un « Bad Godesberg » à l’envers, mais plutôt d’un bad trip : cinquante pacsons de cocaïne ont été découverts dans le cabinet de la ministre socialiste de l’Enseignement Caroline Désir. Sur les terres wallonnes, le Parti socialiste règne en caïd depuis de longues décennies, pour le pire, jamais pour le meilleur : il suffit, pour s’en convaincre, de se pencher sur la situation économique abyssale de ce coin, autrefois parmi les plus prospères de la planète ou sur l’état des libertés publiques dans une région où tout homme de droite est forcément d’extrême droite et donc potentiellement interdit de parole ou de meeting en raison du sacro-saint cordon sanitaire.

TrainPSotting

Quand tout pouvoir vous appartient, vous êtes libre de toutes les dérives, sans réellement être inquiété ou rejeté dans l’opposition. La liste des scandales impliquant le PS, dirigé par Paul Magnette (que l’on voit fréquemment morigéner sur les plateaux français) est d’ailleurs longue comme le bras : de l’affaire Agusta-Dassault dans les années 90 au récent Qatar Gate, affaire de corruption au Parlement européen, le parti a été maintes fois éclaboussé.

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Le PS est un monde de « copains et de coquins » et désormais aussi de cocaïne. Jugez plutôt : le baron présumé dans cette affaire est lui-même le fils de Fadila Laanan, autre personnalité du parti, ancienne ministre qui se fit davantage connaître pour ses bourdes et ses buzz enfantins que par ses talents, notamment en matière de culture dont elle avait la charge. Les mauvaises langues diront d’ailleurs que le Pablo Escobar du plat pays ne fut pas engagé sur ses qualités propres, mais parce qu’il possédait la carte du bon parti. Au PS, avant de faire razzia sur la chnouf, il y avait longtemps qu’on l’avait fait sur les postes.

Ce « TrainPSotting », dans lequel des figures socialistes ont remplacé Ewan McGregor dans le rôle principal, est évidemment dramatique au sein d’un pays miné par la drogue, avec pour porte d’entrée le port d’Anvers où les mafias font régner la terreur. Que cette affaire ait lieu au sein du ministère de l’Enseignement, chargé de la formation de la jeunesse, est encore plus dramatique ; que la ministre à la tête du cabinet où la découverte a eu lieu n’ait pas encore démissionné, en dit long sur la toute-puissance du PS ; que le monde politico-médiatique ait étouffé l’affaire pendant des semaines ne dit rien qui vaille sur la démocratie en Wallonie.

L’appel du grand large

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Affaire Sylvain Tesson. Mais au fait ça veut dire quoi, être «réactionnaire» aujourd’hui ?


Ce monde devient irrespirable. Et qu’on ne nous dise pas qu’il s’agit là d’un « sentiment », ou qu’il en a toujours été ainsi ! Face au déferlement des « affaires », qui n’en sont à vrai dire que pour leurs commanditaires, on rêve d’un nouveau Karl Kraus qui mettrait les pieds dans la fourmilière, d’un ironiste au cœur généreux et au verbe aussi incisif que celui de son aîné viennois constatant que « chaque époque a l’épidémie qu’elle mérite[1] ». La nôtre s’enchante de son inculture, et joue à se faire peur au lieu de voir les vrais dangers qui la menacent. Mais le wokisme ne date pas d’hier, et Jean Baudrillard avait déjà tout dit, avec une lucidité sans fard, dans ce brulot qu’est La conjuration des imbéciles (1997), et que Libération ne publierait probablement plus : « La vraie question devient alors : ne peut-on plus l’«ouvrir » de quelque façon, proférer quoi que ce soit d’insolite, d’insolent, d’hétérodoxe ou de paradoxal sans être automatiquement d’extrême-droite (ce qui est, il faut bien le dire, un hommage à l’extrême-droite)[2]». Quoi que ce soit de poétique, faudrait-il ajouter, d’aventureux, de tendre et sarcastique comme le sont les écrits de Sylvain Tesson, « réactionnaire » comme chacun devrait désormais le savoir, icône de l’extrême-droite littéraire et sans doute bien pire encore.

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Sylvain Tesson n’a pas besoin d’être défendu car il n’est pas coupable

Aussi sociable que solitaire, et en cela proche du « vagabond romantique » (Wanderer) et de l’Anarque de Jünger, ce fin prosateur et intrépide marcheur est parfaitement capable d’affronter seul la meute, ou de prendre la tangente sans se préoccuper de savoir s’il sera poursuivi pour délit de fuite. Le grand vent de liberté qui l’a propulsé sur les routes ne le laissera pas croupir dans le marécage médiatique. Gageons même qu’il est déjà ailleurs, dans l’univers qui est le sien et qui lui vaut tant de lecteurs. Mais lui témoigner admiration et solidarité c’est aussi défendre le droit imprescriptible de choisir librement, comme il l’a toujours fait, la vie qu’on entend mener. Amoureux comme Segalen de la diversité du monde – ou au moins de ce qu’il en reste -, Tesson a bien davantage à nous apprendre de la vie que le néo-conformisme moral contemporain voulant qu’on ne voie plus le réel qu’à travers le filtre de l’idéologie ; et condamnant ainsi notre triste époque à n’avoir plus aucune idée du « destin des mots », comme Kraus le déplorait au siècle dernier. Mais au fait ça veut dire quoi, être « réactionnaire » aujourd’hui ?

Ennemi du Progrès

Être un sale type et un danger pour la société, on l’aura compris. Mais encore ? Le mot est à lui seul un oxymore puisque le « réactionnaire » fait de sa réaction – signe qu’il est en vie ! – un système dans lequel il s’enferme, devenant ainsi un fanatique de l’immobilisme, un chantre du passéisme puisque, non content de s’immobiliser, le réactionnaire rêve de restaurer ce qui n’est plus et de renverser l’ordre nouveau qui l’a supplanté. En quoi n’est-il pas alors lui aussi un « révolutionnaire » ? Héritée de la Révolution française et de la Réaction monarchiste qu’elle a suscitée, l’opposition radicale entre réactionnaire et révolutionnaire est en effet corrigée par la sémantique ordinaire voulant que l’un et l’autre se retournent en arrière (lat. revolvere) : l’un avec nostalgie, l’autre avec la volonté d’éradiquer ce qui l’empêche d’avancer vers un avenir toujours plus radieux. Est-ce donc un crime de considérer qu’on aurait pu conserver ce qu’il y avait de bon dans l’ancien monde ?

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Certains rappellent, pour défendre Tesson, que Baudelaire fut lui aussi un « réactionnaire » et que cela ne l’a pas empêché d’être un grand poète qui eut néanmoins le mauvais goût de préférer Joseph de Maistre à Voltaire. D’autres affirmeront qu’un grand poète est d’autant plus dangereux qu’il a de tels goûts. Car un réactionnaire est davantage qu’un conservateur ; c’est un ennemi du Progrès et donc du genre humain. Encore faut-il être capable de distinguer ce qui, dans la conservation, relève d’une stagnation mortifère ou contribue à la préservation de ce sans quoi le genre en question cesserait d’être humain ! Tout homme de culture est à cet égard à la fois révolutionnaire et conservateur, comme n’ont pas manqué de le rappeler les plus grands d’entre eux. Un penseur plutôt « de gauche » comme Günther Anders ne disait pas autre chose : « Je suis un « conservateur » en matière d’ontologie, car ce qui importe aujourd’hui, pour la première fois, c’est de conserver le monde absolument comme il est[3]» Au péril nucléaire s’ajoute en effet depuis quelques décennies un péril culturel, spirituel : peut-on encore dire sans être cloué au pilori que la modernité a produit beaucoup de non-sens et de laideur ? Dire qu’on n’a aucune affinité avec une culture comme celle de l’islam qui exclut les femmes de la vie sociale ? Dire comme le fait Tesson qu’énoncer en poète ce qu’on voit est plus important que pratiquer la dénonciation sans accepter la contradiction.

Demander des comptes à la modernité

Réactionnaires et conservateurs, supposés ou assumés, ont en tout cas en commun d’oser critiquer la sacro-sainte modernité ; les plus radicaux pour la jeter au panier, les autres pour lui demander des comptes quant aux résultats civilisateurs dont elle se glorifie : « La modernité repose sur le principe de la rivalité mimétique » note quant à lui Tesson[4] qui lui préfère de loin les grands espaces, le silence fertile de la vie d’ermite, et la patience du guetteur espérant que son immobilité lui permettra d’entrevoir la panthère des neiges. S’il y a mille et une manières d’être antimoderne, celle de Tesson préserve indéniablement le monde plus qu’elle ne le menace.

De la conjuration des imbéciles

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Les Derniers Jours de l'humanité

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Eloge de l'énergie vagabonde

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Avec les fées

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[1] Karl Kraus, Les derniers jours de l’humanité, trad. J.-L. Besson et H. Christophe, Paris, Editions Agone, 2015. p. 133.

[2] Tribune publiée dans Libération le 7 mai 1997, puis dans De l’exorcisme en politique ou la conjuration des imbéciles, Paris, Sens et Tonka, 2000.

[3] Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse ? trad. Ch. David, Paris, Allia, 2010, p. 76.

[4] Eloge de l’énergie vagabonde, Paris, Editions des Equateurs/Pocket, 2007, p. 197.

Stanislas: une longue cabale médiatique

Sexisme, catéchisme obligatoire, dérive autoritaire… Mediapart est en permanence à la recherche de témoignages d’élèves pouvant apporter de l’eau à son moulin. Objectif: prouver que le prestigieux établissement catho du 6e arrondissement est autoritaire ou homophobe. Notre contributrice, bien renseignée, raconte les dernières péripéties de cette campagne de dénigrement au long cours, et rappelle que la plupart des élèves de Stan sont indignés par ce lynchage et soutiennent au contraire avec ferveur l’encadrement.


Acte III dans l’Affaire Stanislas : retour de la meute média (par) tique. Un peu aidée, il est vrai, par l’apprentie ministre dont les propos florianesques – et un poil approximatifs – sur le vécu de fifils et le ressenti-de-sa-maman ont propulsé le collège Stanislas sur le devant de la scène.

« Pratiques homophobes, sexistes et autoritaires »

Si Stan est un établissement pour privilégiés, il aurait volontiers laissé ce privilège à d’autres. Le problème étant que les autres ne lui arrivent pas à la cheville et que, pour cette raison, maman Amélie y a mis sa progéniture et les molosses d’Edwy veulent y planter leurs crocs. À l’affût depuis août 2023, ils ont sauté sur l’occasion. Et avec les copains journaleux et les commis d’Hidalgo, mis l’établissement en état de siège : la mairie de Paris a déclaré suspendre, à titre conservatoire, le versement de ses subventions et la pression s’accroît sur la communauté éducative lynchée par la presse, les réseaux sociaux et les collègues du Café pédagogique. Pourquoi s’attaquer au dernier haut lieu de l’excellence, à l’heure même où les résultats scolaires des petits Français sont « parmi les plus bas jamais mesurés » et quand les professeurs se voient souhaiter « une Paty » en guise de bonne année, si ce n’est pour fuir une réalité que la mauvaise conscience et l’idéologie haineuse ne sauraient voir ?

Cérémonie de passation des pouvoirs, entre Gabriel Attal et Amélie Oudéa-Castera, le 12 janvier 2024 © Philemon Henry/SIPA

Maman Amélie, Papa N’Diaye et le petit Gabriel

C’est l’acte III d’une affaire remontant à juin 2022. Initiée par l’Express et Mediapart qui dénonçaient dans leurs colonnes des « pratiques homophobes, sexistes et autoritaires » et convainquaient – sans trop d’efforts- le Groupe Gauche Communiste, Écologiste et Citoyenne du Conseil Régional d’Île de France de réclamer l’ouverture d’une enquête administrative. Trouvant le ministre de l’époque, Papa N’Diaye, dont les enfants scolarisés à l’École alsacienne font des longueurs dans la piscine de Stan, un peu mollasson, Mediapart en remettait une couche en février 2023 et remportait la première manche. Fin de l’Acte I, début de l’Acte II : inspection de l’établissement. Les inquisiteurs généraux ont fait leur travail avec zèle pendant deux mois, invité témoins et/ou victimes à se victimiser et/ou témoigner, assuré les délateurs de la confidentialité de leur démarche. De là un rapport colligeant les manquements de Stan à l’Ordre wokiste avec lequel l’Éducation nationale ne saurait transiger, surtout depuis qu’il a grand-remplacé l’instruction. Ce rapport, déposé sur le bureau de Gabriel Attal en août 20231, n’a pas donné lieu à des sanctions administratives : non par complaisance (on a vu ce que donnaient les privilèges), mais parce qu’il ne pointait que des écarts individuels sans faire état de problèmes systémiques. Rideau sur l’Acte II.

A lire aussi, Jean-Robert Pitte: Merci à Stanislas !

Tempête médiatique

Pour rétablir la vérité sur cette affaire et défendre l’honneur et la survie de leur établissement, Frédéric Gautier, directeur de Stan, et Louis Manaranche, censeur-directeur des classes préparatoires, ont répondu aux questions de la presse et fait quelques plateaux, notamment ceux de France Info. Au-dessus de la tempête médiatique, de ce qu’elle charrie de mensonges et de bassesse, de ce qu’elle révèle de l’état du pays, leur clarté, leur mesure et leur élégance nous ont convaincus d’une chose : c’est à de tels éducateurs que nous aimerions confier nos enfants. Si l’esprit Stan pouvait souffler sur l’Éducation nationale… Marie, étudiante en CPGE, fait partie des élèves de Stan (l’immense majorité) qui, n’ayant que de la gratitude à exprimer, n’ont été sollicités ni par les inspecteurs généraux, ni par Mediapart. Alors qu’en juillet dernier les petits anges mettaient la France à feu et à sang, Marie et ses camarades terminaient studieusement et poliment leur année scolaire. La jeune fille, issue de la classe moyenne, doit son admission dans ce « repaire de privilégiés » à son travail et aux efforts consentis par ses parents (avant tout éducatifs : pallier les déficiences de l’école et instruire à la maison). Enfin, se faisant la voix de ses condisciples, Marie redit le bonheur d’être à Stan, la droiture et le dévouement de l’encadrement, et s’indigne de ce procès en sorcellerie.

L’Acte IV sera-t-il judiciaire ? Une enquête aurait été ouverte par le parquet de Paris en automne 2023 après un signalement de l’inspection générale de l’Éducation nationale et les associations « Stop-Homophobie » et « Mousse » ont annoncé le vendredi 26 janvier avoir déposé plainte contre Stanislas pour « discrimination LGBTphobe », accusation que la direction récuse2. Le combat ne fait que commencer. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire !

La victoire de l’excellence en matière d’éducation n’est pas pour demain et le parcours de Stan est semé d’embûches. Mais n’oublions pas que Le Cid est une tragédie à fin heureuse…


W.G Sebald et Gaëlle Bourges: le miracle

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Comme une coïncidence : après « Oh les beaux jours » de Beckett (moment rare, nous l’avons dit ici-même), « Austerlitz », de Gaëlle Bourges. Petite différence entre les deux : l’un était un grand moment, l’autre est un chef d’œuvre – différence de nature, étanchéité absolue entre les deux.


Gaëlle Bourges a écrit et mis en scène un spectacle total – « Austerlitz », d’après W.G. Sebald – d’une intelligence syncrétique qui impressionne et émeut tout à la fois : mémorable et hors-norme.

L’histoire racontée, dite par une voix off claire, précise, est celle d’une enfant qui danse, devenue une chorégraphe (Gaëlle Bourges) célébrée (et sa troupe).

L’un des personnages-clés du spectacle – et peut-être de la vie – est le hasard, et le sens qu’il confère aux rencontres, au passé (rétrospectivement), au présent : y a-t-il un sens et une vérité à tout cela ? Le propos serait presque rebattu s’il n’y avait la manière – unique.

Non seulement la manière de le dire : le texte, donc, très élaboré, qui procède par libres associations d’idées ou d’images, flux de conscience apparemment désordonnés qui se résolvent in fine dans un magnifique et mélancolique bouquet. Comme un précipité chimique : tout, alors, cristallise, les rêves évoqués et la réalité de la troupe, aujourd’hui constituée.

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Mais aussi, mais surtout, la mise en scène : ce rideau de tulle qui sépare la scène de la salle, qui « floute » la scène comme la mémoire filtre les souvenirs (magnifique procédé) : non pas un obstacle, ce rideau, mais un lien, qui unit passé (souvenirs) et présent.

La projection de diapositives, en noir et blanc, qui double l’évocation des souvenirs par la voix off, et qu’illustrent les six ou sept danseurs et danseuses, fantômes derrière le rideau de tulle ; les jeux de lumière qui dessinent, voire sculptent le sol ; la musique récurrente, qui parachève les impressions que provoquent les mots et la danse ; la suggestivité des images (figurées ou réelles) que procure l’ensemble : tout est pensé, prémédité et contribue à l’impression d’un spectacle unique. En sortant du théâtre, bouleversé, je me récitais les mots de Stendhal, dans Rome, Naples et Florence (1826) : « J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux-Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »

NB Il reste DEUX représentations : mardi 30 et mercredi 31 janvier. Comment convaincre ceux qui aiment le théâtre qu’ils en ressortiront éblouis ?

NB bis : j’ai vu deux fois le spectacle. Depuis quand n’avais-je pas fait cela… ? À chaque fois, certains ont quitté la salle (donc, c’est possible) ; les autres ont applaudi à tout rompre. Je n’ai pas quitté la salle.

Austerlitz

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Austerlitz, de Gaëlle Bourges, Théâtre Public de Montreuil, durée 1H40 ; métro Mairie de Montreuil. Tél. : 0148704890.

Et aussi : le 13 et le 14 février, à la Maison de la Culture d’Amiens ; le 1er mars au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry-sur-Seine ; du 5 au 7 mars, au Théâtre de la Vignette de Montpellier.

Blindés contre tracteurs

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Alors que la FNSEA, débordée par les Jeunes Agriculteurs, a annoncé le «siège» de Paris pour une «durée indéterminée», le ministre de l’Intérieur a mis en place «un dispositif défensif important afin d’empêcher tout blocage» du marché de Rungis, et appelle les Français «à anticiper et à ne pas encombrer les routes» face aux blocages.


« Touche pas à mon paysan ! » Le choix de Gérald Darmanin de mobiliser, dès ce lundi, des blindés et 15 000 policiers et gendarmes pour protéger Paris et Rungis des agriculteurs en colère fait craindre un possible affrontement de l’Etat jacobin face au monde rural.

Le monde technocratique bousculé

Le ministre de l’Intérieur est certes dans son rôle. Mais un recours à la force publique, dans un tel contexte de révoltes généralisées, aurait pour conséquences d’attiser les incendies partout déclarés. L’habileté apparente de Gabriel Attal, qui a su vendredi pactiser avec le leader Jérôme Bayle sur fond de bottes de foin à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), a vite montré les limites de la communication du Premier ministre.

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Derrière la cause agricole, c’est tout un système technocratique producteur de planifications, de normes et de surveillances qui est remis en question, y compris à l’échelle européenne. De surcroit, le monde rural apparait comme le dernier dépositaire d’une identité française menacée par la mondialisation et des dirigeants amnésiques, insensibles au besoin d’enracinement des peuples. Les noms des petites villes qui s’égrènent au fil des barrages routiers rappellent le poème des « cent villages » d’Aragon : Montesquieu-Volvestre, Carbonne, Sourniac, Saint-Félix-de Tournegat, Parcay-Meslay, Cannectancourt, Pamiers, etc. Comme l’écrit Robert Redeker dans Le Figaro de ce lundi[1] : « La révolte des agriculteurs (…) est le véritable soulèvement du peuple de la terre, loin du pitoyable folklore écologiste qui s’est approprié cette appellation », en effaçant le mot peuple pour ne retenir que « soulèvement de la terre ».

L’Agriculture au-dessus de tout ?

Le saccage des richesses françaises, commis au nom d’idéologies irréalistes, a assez duré. Après les destructions de l’industrie et de l’énergie, il est urgent de préserver l’agriculture de cette perspective. Son affaiblissement est déjà entamé quand la France importe aujourd’hui 70% des fruits, 30% des légumes, 84% de la pêche ! « On a décidé de mettre l’agriculture au-dessus de tout », a promis Attal vendredi, avant de reconnaitre dimanche qu’il fallait aussi « changer d’état d’esprit ». Si les mots ont un sens, cela oblige le gouvernement à s’extraire, à la fois, de la tutelle soviétoïde de l’Union européenne et de ses diktats absurdes sur la décroissance, mais aussi de la tyrannie écologiste qui, au nom de ses démentes utopies, en est venue dimanche à jeter de la soupe sur le portrait (protégé) de la Joconde, au musée du Louvre.

A lire aussi: «On marche sur la tête»: le système mis en accusation

Or toute la politique présidentielle a été construite en soutien à l’UE supranationale et à une écologie punitive. C’est pour plaire aux Verts que Macron a avalisé dans un premier temps le sabotage du parc nucléaire français et a accéléré l’enlaidissement des paysages par la multiplication des éoliennes, y compris en mer. Mardi dernier, la porte-parole du gouvernement, Priscat Thevenot, parlait de « colère légitime » à propos des jacqueries. De fait, l’opinion est derrière les agriculteurs. Mais, non, les blindés n’auront pas raison des tracteurs.


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/societe/robert-redeker-la-revolte-des-agriculteurs-est-le-veritable-soulevement-du-peuple-de-la-terre-20240128

PISA et dépendances

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Un jour comme un autre dans une école primaire de la commune d’Ambroise (Indre-et-Loire), pendant les années 1970 © Bridgemans Images

Si le niveau des petits Français est en baisse, c’est parce que celui de leurs profs dévisse aussi. Leur formation est le nœud du problème que doit résoudre le ministre de l’Éducation nationale. Jean-Paul Brighelli lui souhaite bonne chance, et soumet quelques pistes de réflexion.


Cette lettre ouverte à Gabriel Attal, publiée dans notre magazine le 3 janvier, a été rédigée avant sa nomination à Matignon NDLR.

Monsieur le ministre,

Choc PISA, dites-vous… Mais le plus choquant est que la nouvelle déroute de l’école française n’a choqué personne. Même les médias ne sont pas parvenus à faire monter la sauce, tant tout le monde, depuis trente ans que la débandade s’est accentuée – au lendemain de la loi Jospin – est résigné à voir le niveau glisser vers les abysses.

Certes, une statistique réalisée en 2022, après un an et demi d’interruption des cours, est légèrement faussée. Mais elle l’est tout autant pour les tigres du Sud-Est asiatique –et pour l’Estonie, meilleur élève de l’Europe.

Nos voisins d’outre-Rhin ont moins bien digéré que nous la nouvelle de leur effondrement. Déjà en 2000, la première évaluation PISA avait occasionné outre-Rhin un choc salutaire : les Allemands, qui se croyaient encore à l’heureux temps de l’école bismarckienne, décidèrent de réagir avec un vrai succès. Cette fois, c’est l’afflux soudain de réfugiés syriens, invités par Angela Merkel à venir violer des Allemandes lors de la Saint-Sylvestre 2016, qui a fait chuter la moyenne.

Le règne des pédagogistes se termine-t-il?

Nous avons nous-mêmes vécu un épisode équivalent après la double décision ingénieuse du couple gauchiste Giscard/Haby, qui en 1976 ont opté à la fois pour le collège unique et pour le regroupement familial. J’étais déjà enseignant, nous avons vu arriver des gosses pas plus méchants que d’autres mais franchement illettrés, insérés dans les classes sur le seul critère de leur âge. Forcément, les enseignants soumis à la « massification » – un mot atroce qui ne réjouit que les pédagogues professionnels – ont baissé le niveau de leurs exigences, afin de ne pas perdre tout à fait ce tiers de classe qui ne comprenait rien, quitte à sacrifier ceux qui savaient déjà tout. Quand on pense que ce sont les enfants de ces immigrés-là qui sévissent aujourd’hui dans les banlieues, on s’étonne moins.

L’une de vos premières décisions – j’en parlais déjà dans mon dernier livre, L’École à deux vitesses – est donc d’en finir avec ce collège unique, ce qui enflamme la combativité des fossoyeurs en exercice du système scolaire. Philippe Meirieu appelle ainsi ses troupes – qui en trente ans ont infiltré le ministère et les universités– à « résister » : en se prenant pour de Gaulle, il vous attribue un rôle peu reluisant. Peut-être faudrait-il indiquer à ces archontes de la malfaisance que leur règne se termine.

En effet, monsieur le ministre, si vous ne prenez pas des mesures complémentaires immédiates, leur dictature se pérennisera – et se renforcera. La formation des maîtres, dites-vous à raison, est à revoir complètement. Afin de provoquer un déclic dans la mémoire des boomers dont les petits-enfants sont massacrés consciencieusement par ces mêmes pédagogues et leurs séides, vous avez parlé de reconstituer les écoles normales sur un cycle de trois ans post-bac.

Il faudra effectivement recruter intensément si l’on veut que la fiction des classes de niveau devienne une réalité tangible. En répartissant les élèves selon leurs aptitudes, et surtout – c’est essentiel – en fixant un nombre d’élèves dans ces divers groupes inversement proportionnel aux difficultés, éventuellement en donnant aux établissements assez de latitude pour augmenter selon les besoins les emplois du temps des matières en tension, vous allez créer un besoin d’enseignants de qualité qui, pour le moment, ne peut être satisfait. Les jurys peinent à donner les concours à des candidats d’une médiocrité insigne, vu qu’ils arrivent souvent de psycho-socio-nigologie, filières où l’on n’enseigne aucune des matières qu’ils sont censés enseigner.

Et comme ils ont bénéficié, en deux ans de master MEEF, d’une formation visant à apprendre à n’apprendre rien (un constat fait dès 1999 par Jean-Claude Michéa dans L’Enseignement de l’ignorance), ils se retrouvent admirablement inaptes à transmettre quoi que ce soit.

C’est le nœud du problème. Les redoublements, le brevet, les notes aux examens, tout cela n’est que broutilles et écran de fumée. Allez jusqu’au bout et supprimez le bac, relique vieillotte d’un système que l’on ne ressuscitera pas. Ce sera près d’un milliard d’euros économisés chaque année.

Ne pas faire confiance à ceux qui ont détruit le système

Puis-je faire une suggestion pour améliorer le recrutement et la formation des maîtres ? Cessez de la confier aux universités, et proposez-la aux lycées à CPGE. Henri-IV a déjà une classe expérimentale, post-bac, qui en trois ans propose de former des professeurs des écoles compétents. Nul besoin d’universitaires experts en recherches pointues pour enseigner à des néo-étudiants auxquels il suffit, au fond, de transmettre tout ce que l’on a soigneusement évité de leur apprendre dans les quinze années précédentes — de l’orthographe à la date de la bataille de Marignan en passant par l’étude des fractions ou des nombres à décimales. Deux questions dont de récents sondages en sixième ont prouvé qu’elles n’avaient pas été abordées au primaire.

Si vous abandonnez la formation des maîtres aux universités, vous allez renforcer le pouvoir de la clique mérieutique qui se frotte déjà les mains à l’idée de contourner vos préconisations – comme elle l’a fait jadis lorsque Gilles de Robien a voulu institutionnaliser l’apprentissage de la lecture-écriture en alpha-syllabique.

Plutôt qu’à des universitaires auteurs de thèses sur l’inutilité de l’orthographe ou du bon français qui s’acharneront à défaire votre projet avant qu’il soit éclos, confiez donc la formation des maîtres aux enseignants de lycée et de classes préparatoires – par exemple ceux qu’une saine gestion des prépas en surnombre à Paris, actuellement en projet, laisserait le bec dans l’eau. Quitte à charger du chapeautage de cette formation une personne digne de confiance – après tout, l’actuel recteur de Paris a réussi à imposer la méthode Lego dans la capitale, conformément aux préconisations de Stanislas Dehaene, et à insuffler de la mixité scolaire dans les lycées de la capitale sans pour autant descendre le niveau.

Vous ne pouvez pas faire confiance à ceux qui ont détruit le système, et qui frappent aujourd’hui à votre porte pour se voir confier des fonctions qui leur permettront de torpiller vos intentions. Seuls de vrais enseignants, maîtres de leur discipline, peuvent assurer  l’apprentissage de ces mêmes disciplines. Et ils sauront en même temps initier les étudiants aux subtilités de la vraie pédagogie – celle qui ne laisse personne en route et permet à chacun d’aller au plus haut de ses capacités.

Cela dit, bravo pour votre réactivité dans l’affaire du collège d’Issou. Les élèves sanctionnés doivent être déplacés plus loin – loin de leurs familles toxiques, de leurs « grands frères » et de leur ghetto.

L'Enseignement de l'ignorance et ses conditions modernes

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Identité nipponne

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Et si, juste après sa mort, vous découvriez que votre mari n’est pas du tout celui qu’il prétendait être ?


C’est entre autres à Lotz, en Pologne, que le réalisateur japonais Kei Ishikawa né en 1977 a été formé au cinéma. Extraterritorialité qui n’est sans doute pas étrangère au climat étrangement glacé de ce quatrième long métrage, adaptation d’un roman de Keiichiro Hirano qui a remporté en 2018 le prix Yomiuri – l’équivalent du Goncourt, au Japon. Sous les auspices de Art House, c’est son premier film distribué en France.

Un jeune homme timide, dessinateur naïf à ses heures, rencontre une jeune veuve dans la papeterie où elle travaille. Mère d’un petit garçon, Rie (c’est son prénom) en tombe amoureuse, et se marie bientôt avec lui. Daisuko Tamiguchi est bûcheron, ou plus exactement apprenti sylviculteur. Là-dessus, le pauvre gars meurt accidentellement, écrasé sous le tronc de l’arbre qu’il venait d’abattre maladroitement. Survient son frère aîné, mais sur la photo qui orne l’autel funèbre, celui-ci ne reconnaît pas Daisuko : manifestement, son identité a été usurpée. Séduisant avocat, Akira Kido (joué par l’excellent et photogénique acteur Satoshi Tsumabuki), un de ces nombreux Coréens nés au Japon qu’on appelle les « Zainichi », est engagé par la veuve pour découvrir quel homme pouvait bien se dissimuler derrière la figure du disparu.

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Prologue d’une intrigue labyrinthique, faite d’ellipses, de détours, de flashback et de rebondissements, qui exigent du spectateur une attention soutenue. Sous le masque du thriller – assassinats, identités travesties, successives et compliquées…-, traversant les années au fil des remariages et autres soubresauts familiaux, A man dissèque non sans âpreté la société nipponne contemporaine : état des lieux qui arpente ses marges criminelles, ses préjugés de castes, ses non-dits… Avec, en arrière-plan, le tableau de la ville du XXIᵉ siècle, métropole arachnéenne, tentaculaire, en chantier permanent.

À l’enseigne de Magritte, dont la célèbre et énigmatique toile surréaliste Reproduction interdite (1937), encadre l’exposition et le dénouement du film, A man questionne le vertige de l’identité, dans une singulière sobriété formelle, conjuguée à une déroutante virtuosité scénaristique. Au risque que le spectateur, piégé dans l’entrelacs des faux-semblants, se perde un peu en chemin.

A man © film Partners

A Man. Film de Kei Ishikawa. Japon, couleur, 2022. Durée : 2h01. En salles le 31 janvier 2024

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Droite: Bellamy, tête de liste et tête de turc

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François-Xavier Bellamy, Paris, 2020. ©NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Face à Marion Maréchal et Jordan Bardella, la talentueuse tête de liste LR aux élections européennes va vite devoir sortir les griffes et briller dans les polémiques politiciennes pour espérer se faire une place.


Qui n’est pas de droite aujourd’hui ? Ce titre ne se veut pas provocateur. Il exprime mon impression derrière la multitude des antagonismes souvent dérisoires qui encombrent la vie politique et font le miel de l’espace médiatique. À bien observer, si nous n’avons hélas pas encore une droite du courage, en revanche le courage de se dire de droite n’en est plus un. Tant cette identité qui mêle libéralisme et pensée conservatrice est devenue celle qui semble le plus correspondre au réel et à la politique qu’il devrait imposer pour une France redressée dans tous ses états. Cette conviction n’est pas contradictoire avec l’abus ridicule, vide de sens, de l’appellation « extrême droite », qui prétend placer sous un pavillon unique une diversité intellectuelle et partisane impressionnante. Elle n’est destinée qu’à favoriser la paresse des analyses et le conformisme des dénonciations. Je l’affirme d’autant plus volontiers que je ne me sens pas totalement partie prenante de cette droite qui sur les plans politique et médiatique, me fatigue trop souvent par sa prévisibilité et son manque d’audace. Plus apte à pourfendre, quelquefois brillamment, la gauche qu’à se constituer comme espace autonome et vraiment mobilisateur.

RN, LR, Reconquête: la guérilla permanente

Si je n’avais pas le sens du ridicule, je continuerais à me qualifier d’anarchiste de droite, tant cette dénomination, conciliant ma vision du monde et de la société avec mon désir d’intelligente subversion, me semble de loin la plus appropriée à l’état d’esprit d’un certain nombre de concitoyens. Ils ont pour dénominateur commun de croire au pouvoir de la politique et à la politique qui serait mise en œuvre par un pouvoir courageux, efficace et exemplaire.

A lire, du même auteur : Pourquoi Nicolas Sarkozy m’a-t-il déçu?

Rien ne me paraît plus absurde que cette guérilla permanente qui oppose Les Républicains, le Rassemblement National et Reconquête!. On sait que l’union des droites demeurera une aspiration inconcevable pratiquement, tant que les positions extrêmes d’Eric Zemmour seront un défi au caractère opératoire que doit avoir tout programme, que la présence de Marine Le Pen (malgré le formidable déblayage éthique et historique qu’elle a réalisé) interdira un rapprochement qu’elle ne souhaite pas et que la droite classique continuera à camper dans un refus peureux, persuadée par la gauche que ce que François Mitterrand a accompli avec le parti communiste, elle n’a pas, elle, au moins à le tenter. On voit un parfait exemple de cette aberration avec la campagne des élections européennes où le seul souci de Jordan Bardella est d’inciter François-Xavier Bellamy à changer de cap ; en laissant croire que les Républicains n’ont qu’un petit pas à faire pour rejoindre le RN, ce qui est faire bon marché du talent, de l’intelligence, de la constance et du bilan de celui qui a été désigné enfin comme tête de liste des LR. On constate que les qualités intrinsèques de Marion Maréchal et sa lucidité se sont dégradées depuis qu’elle est à Reconquête! et que malgré les rapports de force et de rivalité qui auraient surgi avec son maintien au RN, elle aurait mieux fait de ne pas le quitter et de le faire progresser de l’intérieur. Quand elle s’aventure à dénier à Bruno Le Maire, à Gérald Darmanin, à Marine Le Pen et à Jordan Bardella d’être des personnalités de droite pour ne créditer de ce label que Reconquête!, elle exagère. Elle se trompe également quand elle déclare que « François-Xavier Bellamy devrait logiquement être avec nous » (Le Figaro). De quel préjugé tire-t-elle cette accusation selon laquelle, après les élections européennes, LR rejoindrait le macronisme ? Elle n’en sait rien et leur prête une attitude équivoque que pour l’instant rien ne confirme…

Les Républicains loin de mourir ?

Je perçois que cette attitude bizarrement commune de deux adversaires à l’encontre de LR, n’a pour finalité que d’essayer de réduire encore davantage l’espace de ce parti, comme s’il était voué à l’étouffement entre ces deux forces dont l’une pour l’instant est largement en tête et l’autre en difficulté. Il reviendra à François-Xavier Bellamy de sortir ses griffes et d’accepter ce que les débats politiques, pour être efficaces et convaincants, imposent de vulgarité et de polémiques. Cette impossibilité aujourd’hui, à l’exception d’accords sur le terrain vite disqualifiés par la hiérarchie de LR, de songer à une union des droites, n’empêche pas cette famille politique largement entendue, avec son centre et ses extrémités, d’être prépondérante dans notre démocratie.

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Il est fini le temps où, qualifiée de la « droite la plus bête du monde », elle faisait tout pour justifier cet opprobre. Les Républicains ont beau être moqués qu’ils réussissent ou échouent, ils n’en restent pas moins l’incarnation, contre des adversaires inégalement importants qui aspirent à les absorber, d’une philosophie politique qui devrait se faire une gloire de savoir concilier humanisme et rigueur, cohérence et pragmatisme. Dans la forme j’ai apprécié la révolte d’une certaine droite face au grotesque ostracisme qu’on souhaitait faire subir à Sylvain Tesson, choisi pour parrainer le printemps des poètes. Tout ne passe plus, elle se rebiffe. Sur le fond et pour l’organisation, hommes, femmes et idées, j’ai parfois l’impression d’une France qui attend d’être représentée par un grand et vrai parti de droite. Orpheline mais emplie d’espérance.

Taxi driver à Aden

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Les lueurs d'Aden. © Paname distribution.

Le Yémen n’a pas d’industrie cinématographique. Mais, avec Amr Gamal, il a un grand cinéaste. Les lueurs d’Aden, son film, suit l’itinéraire d’un couple qui ne peut pas se permettre d’avoir un quatrième enfant, alors que la guerre civile fait rage.


La religion ménage toujours des arrangements avec ses propres préceptes. Faut-il croire le prophète, qui assure qu’avant 120 jours le fœtus n’a pas d’âme ? Ou bien est-ce 40 jours ? À quel stade de la grossesse le tabou de l’avortement est-il levé par le Très-Haut ?

Un ménage aux abois

Ahmed, un employé d’Aden TV, la télévision d’Etat, (bien réelle, la chaîne est aujourd’hui fermée) dont le salaire n’est pas tombé depuis trois mois, a dû se résoudre, pour arriver à nourrir sa famille, à s’improviser chauffeur de taxi. Isra’a, sa femme, se sait enceinte de son quatrième enfant. Pour se convaincre de son bon droit à avorter, elle n’en finit pas de visionner sur son smartphone le prêche en ligne qui lui suggère qu’elle ne commet aucun péché, et la rassure sur son sort dans l’au-delà.

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Au marché, tout est cher : la famille se restreint même sur la nourriture. Le petit ménage aux abois vient de se voir contraint de déménager dans un taudis sordide, faute de pouvoir payer le loyer de l’appartement décent qu’il occupait jusqu’alors.  On tâche encore de sauver l’essentiel : scolariser les enfants dans le privé, pas dans le public ; commander chez le tailleur un uniforme pour le petit dernier. Garder, si possible, la tête haute.

© Paname distribution.

Nous sommes en 2019, à Aden, la grande ville portuaire d’un Yémen miné par la guerre civile. Les barrages militaires scandent la chaussée, une soldatesque arrogante circule en camions, sans égards pour les civils. Les coupures de courant se multiplient, l’eau est rationnée : tout semble partir à vau-l’eau. Il faut pouvoir compter sur sa famille, sur ses proches, sur ses soutiens : un sentiment de déclassement hante la classe moyenne. Tout se monnaye – la corruption est le lot commun.

L’avorteuse au niqab noir

Pas à pas, Les lueurs d’Aden suit l’itinéraire de ce couple en crise, au cœur d’une cité désormais régentée par la religion mahométane. La décision d’avorter se heurte, non seulement aux lois en vigueur, mais surtout aux interdits (à géométrie variable) de l’Islam. Muna, l’amie médecin qui aurait toutes les compétences requises pour prendre en charge cette IVG n’est jamais vêtue autrement qu’en niqab, en noir de la tête au pied dès qu’un homme se présente à sa vue, fût-il l’époux d’Isra’a, sa proche amie.  Va-t-elle, émue par le sort de la jeune gravide, agir contre ses principes ? N’aura-t-elle pas ensuite des remords ?

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The Burdened – titre original du film, soit : « les porteurs du fardeau » en Français – n’est pas seulement la chronique d’une débâcle intime sous pression sociétale, économique, confessionnelle. A travers ce drame familial, le réalisateur Amr Gamal brosse d’une main très sûre la peinture d’une ville, dans une remarquable économie de moyens, adossée à un scénario construit au millimètre, dialogues inclus. Ancien protectorat anglais comme l’on sait, Aden conserve encore, malgré les cicatrices de l’époque « socialiste » puis des soubresauts de cet interminable conflit attisé par l’Iran (opposant aujourd’hui, pour faire bref, les Houthis, au nord, et le sud sécessionniste, sur fond de rivalités entre Riyad et Abou Dhabi) des vestiges de son éclectisme architectural et paysager, avec ses monuments et ses parcs, mais surtout cette tapisserie urbaine dont ce passionnant long métrage se fait l’illustrateur et l’anthropologue attentif. Jusque dans l’attention portée aux figurants, à leur circulation dans le réseau des rues, à leurs tenues – on sent que visuellement, rien n’est laissé au hasard : la moindre séquence est parfaitement composée.   

Le Yémen n’a pas d’industrie cinématographique. À tout le moins peut-il à bon droit s’enorgueillir d’avoir un authentique cinéaste !  Né en 1983, Amr Gamal, dont l’une des productions théâtrales s’est exportée à Berlin – une première européenne pour la scène yéménite – est déjà l’auteur d’un long métrage, Ten Days before the Wedding, nomination du Yémen aux Oscars 2018. Les lueurs d’Aden sera donc son premier film distribué en France. Par son écriture au cordeau, précise autant qu’épurée, Les lueurs d’Aden rappelle l’esthétique du meilleur cinéma iranien d’aujourd’hui – on pense à Mani Haghrighi (Les Ombres persanes), Asghar Farhadi (Un Héros), ou encore, bien sûr, Jafar Panahi (3 visites, Taxi Téhéran)… Une lueur d’espoir sur le Yémen ? A l’heure même où le présent article est envoyé, les rebelles Houthis, instrumentalisés par l’Iran sur fond de chantage contre Israël, multiplient les accrochages avec la marine américaine en mer Rouge…     


Les lueurs d’Aden (The Burdened). Film de Amr Gamal. Yeman/Soudan/ Arabie saoudite, couleur, 2023. Durée : 1h31. En salles le 31 janvier 2024.

Décadence du ventre

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DR.

Après qu’elles ont aspergé de soupe au potiron la Joconde, devenue ces temps-ci le souffre-douleur de la sottise écolomaniaque, nos deux hardies militantes ont entonné leur prêche et lancé cette question existentielle, certainement mûrement pensée : « Qu’est-ce qu’il y a de plus important ? L’art ou le droit à une alimentation saine et durable ? »

Musée du Louvre, 28 janvier 2024 © David CANTINIAUX / AFPTV / AFP

Cela revient en réalité à mettre sur le même plan l’élévation par l’art et le fonctionnement du transit, l’édification de l’esprit et la satisfaction de la panse. Voilà bien un rapprochement dont on pouvait penser que nous avions atteint un niveau suffisant de civilisation pour que sa trivialité et son ineptie nous soient épargnées. Mais non. Rien d’ailleurs, semble-t-il, ne nous sera épargné sur cette longue pente qui nous entraîne inexorablement vers la fosse commune des civilisations disparues.

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Sur cette pente de la décadence, il y a bien sûr les causes de la présente révolte du monde de ce que la technocratie triomphante range sous le vocable d’agriculture et que, pour ma part, je persiste à appeler paysannerie. Tout simplement parce que ce mot-là fait clairement référence au « pays ». D’ailleurs, au Moyen Âge le mot paysan signifiait d’abord « homme d’un pays ». Furetière, dans son dictionnaire, publié en 1690, deux ans après sa mort, livre cette autre définition du mot. « Pays est aussi un salut de gueux, un nom dont ils s’appellent l’un l’autre quand ils sont du même pays. » On appréciera comme il convient le recours au terme de « gueux ». Ce brave Furetière avait sans doute l’excuse des préjugés de son temps, ce qui n’est évidemment pas le cas des technocrates de Bruxelles et de leurs affidés des ministère parisiens, qui, toute condescendance bue, ne voient probablement dans le monde paysan d’aujourd’hui qu’un conglomérat disparate de gueux. Des gens de peu, des gens d’un autre âge, frappés d’obsolescence comme le terme lui-même.

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Les premiers assauts délétères contre ce monde-là sont peut-être à chercher du côté du remembrement. Ce que par commodité de langage nous appellerons le système s’emparait du pays justement, le modifiait en profondeur, se l’appropriait. On arrachait les haies, arasait les mottes, comblait les fossés, les trous d’eau, on éradiquait les boqueteaux. Il fallait fabriquer de grands espaces, pour de la grande rentabilité, pour de la grande efficacité d’exploitation, de la grande mécanisation. C’était le premier pas de la non moins grande dépossession. Le paysan, le gardien du Temple Nature, soumis à la loi du marché. Puis allaient s’imposer les combinazione ploutacratiques du libre échange, et leur cortège d’absurdités dont, aujourd’hui, sous nos yeux ces mêmes gardiens du Temple Nature crèvent.

On n’a pas assez vu le coup venir. Mais – en exagérant à peine, en fait si peu…- on pourrait dire que le remembrement n’était que la répétition en petit format de ce que serait Schengen. Plus de haies, plus de frontières, de vastes espaces pour un marché sans entraves ni limites et le profit décuplé qui va avec. La logique idéologique est à l’identique dans les deux cas, faire place nette devant la gloutonnerie impérialiste et apatride du système. Le remembrement ou comment mettre Schengen au milieu du village. Einstein assurait que si l’abeille venait à disparaître, l’humanité elle-même disparaîtrait. Cela vaut aussi, et plus encore, c’est l’évidence même, pour le paysan. L’abeille humaine à bonnet jaune.

Mitterrand, Don Juan en politique

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Le Parti socialiste belge invente la « gauche cocaïne »

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La ministre de l'Éducation, Caroline Désir, au Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles en juin 2023 © Shutterstock/SIPA

Les Belges ont eux aussi leur colline du crack! Dans le cabinet du ministère de l’Éducation de la Fédération Wallonie-Bruxelles ont été saisis pas moins de 50 paquets de cocaïne…


Nous connaissions la gauche caviar. La Belgique, jamais en reste lorsqu’il s’agit d’innover en matière politique, vient d’inventer la « gauche cocaïne ». Les socialistes y ont viré coco : rien à voir avec un tournant communiste, encore moins d’un « Bad Godesberg » à l’envers, mais plutôt d’un bad trip : cinquante pacsons de cocaïne ont été découverts dans le cabinet de la ministre socialiste de l’Enseignement Caroline Désir. Sur les terres wallonnes, le Parti socialiste règne en caïd depuis de longues décennies, pour le pire, jamais pour le meilleur : il suffit, pour s’en convaincre, de se pencher sur la situation économique abyssale de ce coin, autrefois parmi les plus prospères de la planète ou sur l’état des libertés publiques dans une région où tout homme de droite est forcément d’extrême droite et donc potentiellement interdit de parole ou de meeting en raison du sacro-saint cordon sanitaire.

TrainPSotting

Quand tout pouvoir vous appartient, vous êtes libre de toutes les dérives, sans réellement être inquiété ou rejeté dans l’opposition. La liste des scandales impliquant le PS, dirigé par Paul Magnette (que l’on voit fréquemment morigéner sur les plateaux français) est d’ailleurs longue comme le bras : de l’affaire Agusta-Dassault dans les années 90 au récent Qatar Gate, affaire de corruption au Parlement européen, le parti a été maintes fois éclaboussé.

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Le PS est un monde de « copains et de coquins » et désormais aussi de cocaïne. Jugez plutôt : le baron présumé dans cette affaire est lui-même le fils de Fadila Laanan, autre personnalité du parti, ancienne ministre qui se fit davantage connaître pour ses bourdes et ses buzz enfantins que par ses talents, notamment en matière de culture dont elle avait la charge. Les mauvaises langues diront d’ailleurs que le Pablo Escobar du plat pays ne fut pas engagé sur ses qualités propres, mais parce qu’il possédait la carte du bon parti. Au PS, avant de faire razzia sur la chnouf, il y avait longtemps qu’on l’avait fait sur les postes.

Ce « TrainPSotting », dans lequel des figures socialistes ont remplacé Ewan McGregor dans le rôle principal, est évidemment dramatique au sein d’un pays miné par la drogue, avec pour porte d’entrée le port d’Anvers où les mafias font régner la terreur. Que cette affaire ait lieu au sein du ministère de l’Enseignement, chargé de la formation de la jeunesse, est encore plus dramatique ; que la ministre à la tête du cabinet où la découverte a eu lieu n’ait pas encore démissionné, en dit long sur la toute-puissance du PS ; que le monde politico-médiatique ait étouffé l’affaire pendant des semaines ne dit rien qui vaille sur la démocratie en Wallonie.

L’appel du grand large

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Invité à la télévision dimanche 28 janvier 2024, l'écrivain Sylvain Tesson a déclaré: "Quelle fatigue ! Quel est mon crime et qui sont mes juges ? J’aime ce qui demeure plutôt que ce qui s’écroule..." Image: capture France TV.

Affaire Sylvain Tesson. Mais au fait ça veut dire quoi, être «réactionnaire» aujourd’hui ?


Ce monde devient irrespirable. Et qu’on ne nous dise pas qu’il s’agit là d’un « sentiment », ou qu’il en a toujours été ainsi ! Face au déferlement des « affaires », qui n’en sont à vrai dire que pour leurs commanditaires, on rêve d’un nouveau Karl Kraus qui mettrait les pieds dans la fourmilière, d’un ironiste au cœur généreux et au verbe aussi incisif que celui de son aîné viennois constatant que « chaque époque a l’épidémie qu’elle mérite[1] ». La nôtre s’enchante de son inculture, et joue à se faire peur au lieu de voir les vrais dangers qui la menacent. Mais le wokisme ne date pas d’hier, et Jean Baudrillard avait déjà tout dit, avec une lucidité sans fard, dans ce brulot qu’est La conjuration des imbéciles (1997), et que Libération ne publierait probablement plus : « La vraie question devient alors : ne peut-on plus l’«ouvrir » de quelque façon, proférer quoi que ce soit d’insolite, d’insolent, d’hétérodoxe ou de paradoxal sans être automatiquement d’extrême-droite (ce qui est, il faut bien le dire, un hommage à l’extrême-droite)[2]». Quoi que ce soit de poétique, faudrait-il ajouter, d’aventureux, de tendre et sarcastique comme le sont les écrits de Sylvain Tesson, « réactionnaire » comme chacun devrait désormais le savoir, icône de l’extrême-droite littéraire et sans doute bien pire encore.

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Sylvain Tesson n’a pas besoin d’être défendu car il n’est pas coupable

Aussi sociable que solitaire, et en cela proche du « vagabond romantique » (Wanderer) et de l’Anarque de Jünger, ce fin prosateur et intrépide marcheur est parfaitement capable d’affronter seul la meute, ou de prendre la tangente sans se préoccuper de savoir s’il sera poursuivi pour délit de fuite. Le grand vent de liberté qui l’a propulsé sur les routes ne le laissera pas croupir dans le marécage médiatique. Gageons même qu’il est déjà ailleurs, dans l’univers qui est le sien et qui lui vaut tant de lecteurs. Mais lui témoigner admiration et solidarité c’est aussi défendre le droit imprescriptible de choisir librement, comme il l’a toujours fait, la vie qu’on entend mener. Amoureux comme Segalen de la diversité du monde – ou au moins de ce qu’il en reste -, Tesson a bien davantage à nous apprendre de la vie que le néo-conformisme moral contemporain voulant qu’on ne voie plus le réel qu’à travers le filtre de l’idéologie ; et condamnant ainsi notre triste époque à n’avoir plus aucune idée du « destin des mots », comme Kraus le déplorait au siècle dernier. Mais au fait ça veut dire quoi, être « réactionnaire » aujourd’hui ?

Ennemi du Progrès

Être un sale type et un danger pour la société, on l’aura compris. Mais encore ? Le mot est à lui seul un oxymore puisque le « réactionnaire » fait de sa réaction – signe qu’il est en vie ! – un système dans lequel il s’enferme, devenant ainsi un fanatique de l’immobilisme, un chantre du passéisme puisque, non content de s’immobiliser, le réactionnaire rêve de restaurer ce qui n’est plus et de renverser l’ordre nouveau qui l’a supplanté. En quoi n’est-il pas alors lui aussi un « révolutionnaire » ? Héritée de la Révolution française et de la Réaction monarchiste qu’elle a suscitée, l’opposition radicale entre réactionnaire et révolutionnaire est en effet corrigée par la sémantique ordinaire voulant que l’un et l’autre se retournent en arrière (lat. revolvere) : l’un avec nostalgie, l’autre avec la volonté d’éradiquer ce qui l’empêche d’avancer vers un avenir toujours plus radieux. Est-ce donc un crime de considérer qu’on aurait pu conserver ce qu’il y avait de bon dans l’ancien monde ?

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Certains rappellent, pour défendre Tesson, que Baudelaire fut lui aussi un « réactionnaire » et que cela ne l’a pas empêché d’être un grand poète qui eut néanmoins le mauvais goût de préférer Joseph de Maistre à Voltaire. D’autres affirmeront qu’un grand poète est d’autant plus dangereux qu’il a de tels goûts. Car un réactionnaire est davantage qu’un conservateur ; c’est un ennemi du Progrès et donc du genre humain. Encore faut-il être capable de distinguer ce qui, dans la conservation, relève d’une stagnation mortifère ou contribue à la préservation de ce sans quoi le genre en question cesserait d’être humain ! Tout homme de culture est à cet égard à la fois révolutionnaire et conservateur, comme n’ont pas manqué de le rappeler les plus grands d’entre eux. Un penseur plutôt « de gauche » comme Günther Anders ne disait pas autre chose : « Je suis un « conservateur » en matière d’ontologie, car ce qui importe aujourd’hui, pour la première fois, c’est de conserver le monde absolument comme il est[3]» Au péril nucléaire s’ajoute en effet depuis quelques décennies un péril culturel, spirituel : peut-on encore dire sans être cloué au pilori que la modernité a produit beaucoup de non-sens et de laideur ? Dire qu’on n’a aucune affinité avec une culture comme celle de l’islam qui exclut les femmes de la vie sociale ? Dire comme le fait Tesson qu’énoncer en poète ce qu’on voit est plus important que pratiquer la dénonciation sans accepter la contradiction.

Demander des comptes à la modernité

Réactionnaires et conservateurs, supposés ou assumés, ont en tout cas en commun d’oser critiquer la sacro-sainte modernité ; les plus radicaux pour la jeter au panier, les autres pour lui demander des comptes quant aux résultats civilisateurs dont elle se glorifie : « La modernité repose sur le principe de la rivalité mimétique » note quant à lui Tesson[4] qui lui préfère de loin les grands espaces, le silence fertile de la vie d’ermite, et la patience du guetteur espérant que son immobilité lui permettra d’entrevoir la panthère des neiges. S’il y a mille et une manières d’être antimoderne, celle de Tesson préserve indéniablement le monde plus qu’elle ne le menace.

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[1] Karl Kraus, Les derniers jours de l’humanité, trad. J.-L. Besson et H. Christophe, Paris, Editions Agone, 2015. p. 133.

[2] Tribune publiée dans Libération le 7 mai 1997, puis dans De l’exorcisme en politique ou la conjuration des imbéciles, Paris, Sens et Tonka, 2000.

[3] Et si je suis désespéré que voulez-vous que j’y fasse ? trad. Ch. David, Paris, Allia, 2010, p. 76.

[4] Eloge de l’énergie vagabonde, Paris, Editions des Equateurs/Pocket, 2007, p. 197.

Stanislas: une longue cabale médiatique

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Sexisme, catéchisme obligatoire, dérive autoritaire… Mediapart est en permanence à la recherche de témoignages d’élèves pouvant apporter de l’eau à son moulin. Objectif: prouver que le prestigieux établissement catho du 6e arrondissement est autoritaire ou homophobe. Notre contributrice, bien renseignée, raconte les dernières péripéties de cette campagne de dénigrement au long cours, et rappelle que la plupart des élèves de Stan sont indignés par ce lynchage et soutiennent au contraire avec ferveur l’encadrement.


Acte III dans l’Affaire Stanislas : retour de la meute média (par) tique. Un peu aidée, il est vrai, par l’apprentie ministre dont les propos florianesques – et un poil approximatifs – sur le vécu de fifils et le ressenti-de-sa-maman ont propulsé le collège Stanislas sur le devant de la scène.

« Pratiques homophobes, sexistes et autoritaires »

Si Stan est un établissement pour privilégiés, il aurait volontiers laissé ce privilège à d’autres. Le problème étant que les autres ne lui arrivent pas à la cheville et que, pour cette raison, maman Amélie y a mis sa progéniture et les molosses d’Edwy veulent y planter leurs crocs. À l’affût depuis août 2023, ils ont sauté sur l’occasion. Et avec les copains journaleux et les commis d’Hidalgo, mis l’établissement en état de siège : la mairie de Paris a déclaré suspendre, à titre conservatoire, le versement de ses subventions et la pression s’accroît sur la communauté éducative lynchée par la presse, les réseaux sociaux et les collègues du Café pédagogique. Pourquoi s’attaquer au dernier haut lieu de l’excellence, à l’heure même où les résultats scolaires des petits Français sont « parmi les plus bas jamais mesurés » et quand les professeurs se voient souhaiter « une Paty » en guise de bonne année, si ce n’est pour fuir une réalité que la mauvaise conscience et l’idéologie haineuse ne sauraient voir ?

Cérémonie de passation des pouvoirs, entre Gabriel Attal et Amélie Oudéa-Castera, le 12 janvier 2024 © Philemon Henry/SIPA

Maman Amélie, Papa N’Diaye et le petit Gabriel

C’est l’acte III d’une affaire remontant à juin 2022. Initiée par l’Express et Mediapart qui dénonçaient dans leurs colonnes des « pratiques homophobes, sexistes et autoritaires » et convainquaient – sans trop d’efforts- le Groupe Gauche Communiste, Écologiste et Citoyenne du Conseil Régional d’Île de France de réclamer l’ouverture d’une enquête administrative. Trouvant le ministre de l’époque, Papa N’Diaye, dont les enfants scolarisés à l’École alsacienne font des longueurs dans la piscine de Stan, un peu mollasson, Mediapart en remettait une couche en février 2023 et remportait la première manche. Fin de l’Acte I, début de l’Acte II : inspection de l’établissement. Les inquisiteurs généraux ont fait leur travail avec zèle pendant deux mois, invité témoins et/ou victimes à se victimiser et/ou témoigner, assuré les délateurs de la confidentialité de leur démarche. De là un rapport colligeant les manquements de Stan à l’Ordre wokiste avec lequel l’Éducation nationale ne saurait transiger, surtout depuis qu’il a grand-remplacé l’instruction. Ce rapport, déposé sur le bureau de Gabriel Attal en août 20231, n’a pas donné lieu à des sanctions administratives : non par complaisance (on a vu ce que donnaient les privilèges), mais parce qu’il ne pointait que des écarts individuels sans faire état de problèmes systémiques. Rideau sur l’Acte II.

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Tempête médiatique

Pour rétablir la vérité sur cette affaire et défendre l’honneur et la survie de leur établissement, Frédéric Gautier, directeur de Stan, et Louis Manaranche, censeur-directeur des classes préparatoires, ont répondu aux questions de la presse et fait quelques plateaux, notamment ceux de France Info. Au-dessus de la tempête médiatique, de ce qu’elle charrie de mensonges et de bassesse, de ce qu’elle révèle de l’état du pays, leur clarté, leur mesure et leur élégance nous ont convaincus d’une chose : c’est à de tels éducateurs que nous aimerions confier nos enfants. Si l’esprit Stan pouvait souffler sur l’Éducation nationale… Marie, étudiante en CPGE, fait partie des élèves de Stan (l’immense majorité) qui, n’ayant que de la gratitude à exprimer, n’ont été sollicités ni par les inspecteurs généraux, ni par Mediapart. Alors qu’en juillet dernier les petits anges mettaient la France à feu et à sang, Marie et ses camarades terminaient studieusement et poliment leur année scolaire. La jeune fille, issue de la classe moyenne, doit son admission dans ce « repaire de privilégiés » à son travail et aux efforts consentis par ses parents (avant tout éducatifs : pallier les déficiences de l’école et instruire à la maison). Enfin, se faisant la voix de ses condisciples, Marie redit le bonheur d’être à Stan, la droiture et le dévouement de l’encadrement, et s’indigne de ce procès en sorcellerie.

L’Acte IV sera-t-il judiciaire ? Une enquête aurait été ouverte par le parquet de Paris en automne 2023 après un signalement de l’inspection générale de l’Éducation nationale et les associations « Stop-Homophobie » et « Mousse » ont annoncé le vendredi 26 janvier avoir déposé plainte contre Stanislas pour « discrimination LGBTphobe », accusation que la direction récuse2. Le combat ne fait que commencer. À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire !

La victoire de l’excellence en matière d’éducation n’est pas pour demain et le parcours de Stan est semé d’embûches. Mais n’oublions pas que Le Cid est une tragédie à fin heureuse…


W.G Sebald et Gaëlle Bourges: le miracle

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© Danielle Voirin

Comme une coïncidence : après « Oh les beaux jours » de Beckett (moment rare, nous l’avons dit ici-même), « Austerlitz », de Gaëlle Bourges. Petite différence entre les deux : l’un était un grand moment, l’autre est un chef d’œuvre – différence de nature, étanchéité absolue entre les deux.


Gaëlle Bourges a écrit et mis en scène un spectacle total – « Austerlitz », d’après W.G. Sebald – d’une intelligence syncrétique qui impressionne et émeut tout à la fois : mémorable et hors-norme.

L’histoire racontée, dite par une voix off claire, précise, est celle d’une enfant qui danse, devenue une chorégraphe (Gaëlle Bourges) célébrée (et sa troupe).

L’un des personnages-clés du spectacle – et peut-être de la vie – est le hasard, et le sens qu’il confère aux rencontres, au passé (rétrospectivement), au présent : y a-t-il un sens et une vérité à tout cela ? Le propos serait presque rebattu s’il n’y avait la manière – unique.

Non seulement la manière de le dire : le texte, donc, très élaboré, qui procède par libres associations d’idées ou d’images, flux de conscience apparemment désordonnés qui se résolvent in fine dans un magnifique et mélancolique bouquet. Comme un précipité chimique : tout, alors, cristallise, les rêves évoqués et la réalité de la troupe, aujourd’hui constituée.

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Mais aussi, mais surtout, la mise en scène : ce rideau de tulle qui sépare la scène de la salle, qui « floute » la scène comme la mémoire filtre les souvenirs (magnifique procédé) : non pas un obstacle, ce rideau, mais un lien, qui unit passé (souvenirs) et présent.

La projection de diapositives, en noir et blanc, qui double l’évocation des souvenirs par la voix off, et qu’illustrent les six ou sept danseurs et danseuses, fantômes derrière le rideau de tulle ; les jeux de lumière qui dessinent, voire sculptent le sol ; la musique récurrente, qui parachève les impressions que provoquent les mots et la danse ; la suggestivité des images (figurées ou réelles) que procure l’ensemble : tout est pensé, prémédité et contribue à l’impression d’un spectacle unique. En sortant du théâtre, bouleversé, je me récitais les mots de Stendhal, dans Rome, Naples et Florence (1826) : « J’étais arrivé à ce point d’émotion où se rencontrent les sensations célestes données par les Beaux-Arts et les sentiments passionnés. En sortant de Santa Croce, j’avais un battement de cœur, la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber. »

NB Il reste DEUX représentations : mardi 30 et mercredi 31 janvier. Comment convaincre ceux qui aiment le théâtre qu’ils en ressortiront éblouis ?

NB bis : j’ai vu deux fois le spectacle. Depuis quand n’avais-je pas fait cela… ? À chaque fois, certains ont quitté la salle (donc, c’est possible) ; les autres ont applaudi à tout rompre. Je n’ai pas quitté la salle.

Austerlitz

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Austerlitz, de Gaëlle Bourges, Théâtre Public de Montreuil, durée 1H40 ; métro Mairie de Montreuil. Tél. : 0148704890.

Et aussi : le 13 et le 14 février, à la Maison de la Culture d’Amiens ; le 1er mars au Théâtre Antoine Vitez d’Ivry-sur-Seine ; du 5 au 7 mars, au Théâtre de la Vignette de Montpellier.

Blindés contre tracteurs

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Rungis, 29 janvier 2024 © Christophe Ena/AP/SIPA

Alors que la FNSEA, débordée par les Jeunes Agriculteurs, a annoncé le «siège» de Paris pour une «durée indéterminée», le ministre de l’Intérieur a mis en place «un dispositif défensif important afin d’empêcher tout blocage» du marché de Rungis, et appelle les Français «à anticiper et à ne pas encombrer les routes» face aux blocages.


« Touche pas à mon paysan ! » Le choix de Gérald Darmanin de mobiliser, dès ce lundi, des blindés et 15 000 policiers et gendarmes pour protéger Paris et Rungis des agriculteurs en colère fait craindre un possible affrontement de l’Etat jacobin face au monde rural.

Le monde technocratique bousculé

Le ministre de l’Intérieur est certes dans son rôle. Mais un recours à la force publique, dans un tel contexte de révoltes généralisées, aurait pour conséquences d’attiser les incendies partout déclarés. L’habileté apparente de Gabriel Attal, qui a su vendredi pactiser avec le leader Jérôme Bayle sur fond de bottes de foin à Montastruc-de-Salies (Haute-Garonne), a vite montré les limites de la communication du Premier ministre.

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Derrière la cause agricole, c’est tout un système technocratique producteur de planifications, de normes et de surveillances qui est remis en question, y compris à l’échelle européenne. De surcroit, le monde rural apparait comme le dernier dépositaire d’une identité française menacée par la mondialisation et des dirigeants amnésiques, insensibles au besoin d’enracinement des peuples. Les noms des petites villes qui s’égrènent au fil des barrages routiers rappellent le poème des « cent villages » d’Aragon : Montesquieu-Volvestre, Carbonne, Sourniac, Saint-Félix-de Tournegat, Parcay-Meslay, Cannectancourt, Pamiers, etc. Comme l’écrit Robert Redeker dans Le Figaro de ce lundi[1] : « La révolte des agriculteurs (…) est le véritable soulèvement du peuple de la terre, loin du pitoyable folklore écologiste qui s’est approprié cette appellation », en effaçant le mot peuple pour ne retenir que « soulèvement de la terre ».

L’Agriculture au-dessus de tout ?

Le saccage des richesses françaises, commis au nom d’idéologies irréalistes, a assez duré. Après les destructions de l’industrie et de l’énergie, il est urgent de préserver l’agriculture de cette perspective. Son affaiblissement est déjà entamé quand la France importe aujourd’hui 70% des fruits, 30% des légumes, 84% de la pêche ! « On a décidé de mettre l’agriculture au-dessus de tout », a promis Attal vendredi, avant de reconnaitre dimanche qu’il fallait aussi « changer d’état d’esprit ». Si les mots ont un sens, cela oblige le gouvernement à s’extraire, à la fois, de la tutelle soviétoïde de l’Union européenne et de ses diktats absurdes sur la décroissance, mais aussi de la tyrannie écologiste qui, au nom de ses démentes utopies, en est venue dimanche à jeter de la soupe sur le portrait (protégé) de la Joconde, au musée du Louvre.

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Or toute la politique présidentielle a été construite en soutien à l’UE supranationale et à une écologie punitive. C’est pour plaire aux Verts que Macron a avalisé dans un premier temps le sabotage du parc nucléaire français et a accéléré l’enlaidissement des paysages par la multiplication des éoliennes, y compris en mer. Mardi dernier, la porte-parole du gouvernement, Priscat Thevenot, parlait de « colère légitime » à propos des jacqueries. De fait, l’opinion est derrière les agriculteurs. Mais, non, les blindés n’auront pas raison des tracteurs.


[1] https://www.lefigaro.fr/vox/societe/robert-redeker-la-revolte-des-agriculteurs-est-le-veritable-soulevement-du-peuple-de-la-terre-20240128