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Patriotisme d’importation

Jusqu’où un vice-président de la Commission européenne peut-il aller pour inciter les jeunes citoyens du Vieux Continent à voter? 


Si l’Union européenne se surpasse dans un domaine, c’est dans l’art de refiler les patates chaudes. Après avoir délégué une partie de sa production manufacturière aux Chinois, une partie de sa politique énergétique aux Russes et une partie de son « réarmement démographique » aux Africains, le Vieux Continent pourrait bien sous-traiter une partie de son civisme à… une citoyenne américaine. Le 10 janvier, un vice-président de la Commission, le Grec Margarítis Schinás, a très officiellement émis le souhait que Taylor Swift, talentueuse chanteuse d’outre-Atlantique, se mette au service de l’institution bruxelloise pour encourager les jeunes à voter lors des prochaines élections européennes le 9 juin. « J’espère que quelqu’un de son équipe médiatique suivra cette conférence de presse et lui transmettra ma demande », a lancé béatement le technocrate. Défense de rire ! Comment une idée aussi consternante a-t-elle pu germer ? Secrète passion pour la musique country ? Burn-out lié à un cruel sentiment d’inutilité ? Banal complexe provincial vis-à-vis des États-Unis ?

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La troisième solution est la bonne. En septembre dernier, la star aux 170 millions de disques vendus, connue pour son patriotisme, a appelé sur les réseaux sociaux ses jeunes concitoyens à voter aux prochaines présidentielles. Résultat, 35 000 d’entre eux se sont inscrits sur les listes électorales dès le lendemain. Un record. En attendant de connaître la réponse que Mlle Swift donnera à M. Schinás, remarquons que celui-ci n’est pas parvenu à identifier la moindre vedette européenne à même de satisfaire son désir mimétique. Preuve, s’il en était besoin, de l’inexistence d’une culture populaire commune sur notre continent. Quant à la mobilisation de la jeunesse lors des scrutins européens, elle est à peine plus consistante. La dernière fois, en 2019, la participation au vote des moins de 25 ans a atteint 42 %, contre 50 % pour l’ensemble de la population.

François Bayrou entre hier et demain…

Le maire de Pau, relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires, annonce avec fracas être en désaccord profond avec la politique suivie par Gabriel Attal, et il refuse de rentrer au gouvernement. L’homme politique de 72 ans semble ainsi se préparer pour 2027. Avec un argument simple: réconcilier la France d’en haut et d’en bas, pour empêcher l’arrivée du RN aux manettes. Ce que la trop parisienne macronie serait incapable de faire…


François Bayrou a refusé d’être ministre des Armées ; et pour l’Éducation nationale, « faute d’accord profond sur la politique à suivre », il n’entrera pas au gouvernement. Je perçois comme un ouf de soulagement du Premier ministre… On peut deviner que la philosophie éducative de François Bayrou l’aurait conduit vraisemblablement à être plus souple et moins réactif que l’ancien ministre Gabriel Attal. Ceux qui prédisaient qu’à tout prix il participerait à ce gouvernement qui n’en finit pas d’être inachevé en sont pour leurs frais. Je n’ai jamais vraiment apprécié le François Bayrou faiseur de président puisqu’il est clair que, sans lui, Emmanuel Macron n’aurait jamais été élu en 2017, si on ajoute la calamité judiciaire qui a amoindri François Fillon. Je n’ai pas davantage aimé l’auxiliaire dévoué et fidèle du macronisme, qui, malgré quelques accès surjoués d’indépendance, n’a jamais dérogé à une ligne qui me l’a rendu quasiment étranger par rapport à la personnalité que j’avais croisée puis connue et saluée au cours d’une période où il avait eu un rôle décisif de vigilance durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Sans oublier une direction vigoureuse du parti centriste qu’il avait sorti de la tiédeur et de l’équivoque constante.

Bayrou relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem

Comme je me doute que beaucoup, dans tous les cas, s’en prendront à lui en glosant sur son âge, son incroyable bonne fortune judiciaire – y aura-t-il appel ou non ? -, son ambition jamais rassasiée, son obstination à ne pas sacrifier toute espérance présidentielle pour 2027 et sur son faible bilan lors de son passage rue de Grenelle (de 1994 à 1997), comme on va insister sur les ombres du personnage, sur la plaie de sa longévité dans notre monde politique, je voudrais au contraire, avec nostalgie, rappeler la chance qu’il a été et les lumières projetées par une destinée singulière, entêtée, courageuse et tolérante à une certaine époque.

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Je n’oublie pas, je n’oublie rien. À chaque université d’été du CDS, il avait la délicatesse de me proposer d’intervenir en me garantissant une totale liberté. Il l’a toujours respectée et je n’ai jamais perçu, chez lui, la moindre inquiétude face à un discours imprévisible, désaccordé d’avec les rails du centrisme classique, parfois provocateur. J’ai pu ainsi vérifier sa sincérité dans l’affirmation de ses valeurs et la validité de ce que bien plus tard il a déclaré : quand tous pensent la même chose, on ne pense plus rien. Quand Nicolas Sarkozy était président de la République, ses avertissements sur le déficit, le scandale de l’arbitrage Sarkozy-Tapie-Lagarde, une pratique du pouvoir ne brillant pas par l’allure et la dignité, ont rassuré plus d’un citoyen. Il a représenté alors une forte espérance et dans l’ensemble de ses interventions et actions, sa vision de la politique, caractérisée par une volonté de dépassement de la droite et de la gauche et par un humanisme social, n’était pas sans anticiper ce qu’Emmanuel Macron a exploité par la suite. Sa propre campagne présidentielle en 2002 n’a pas été médiocre et s’il n’est pas parvenu au second tour, les thèmes qu’il a développés ont marqué l’opinion ainsi que telle ou telle de ses réactions impulsives, par exemple sa petite tape à un gamin qui voulait le voler.

Traversée du désert

François Mitterrand qui était aussi impitoyable sur les autres que complaisant avec lui-même, avait toujours été impressionné par l’effort et la constance dont François Bayrou avait dû user pour vaincre son bégaiement. Ce serait se tromper sur lui que de l’appréhender seulement au regard de ses expériences ministérielles (l’une de très courte durée place Vendôme) et de sa traversée du désert (très relative) avec le haut-commissariat au Plan durant l’attente de l’issue judiciaire le concernant. Maire de Pau, je crois savoir qu’une majorité des habitants est satisfaite de ses orientations et de son action.

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Tourner en dérision cette personnalité parce qu’elle serait depuis trop longtemps dans notre espace démocratique serait faire fi d’un homme politique qui n’a jamais fait honte à la République, d’un homme que l’humanité n’a jamais déserté et peut-être d’un futur candidat qui n’a pas dit son dernier mot.

Libres propos d'un inclassable

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Monsieur myself

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En 2019, Régis Debray nous régalait, et nous régale toujours, avec un livre intitulé Du génie français. Pourquoi Stendhal a-t-il détrôné Hugo ? Et que nous dit le premier de ce que nous sommes aujourd’hui ? Pour le savoir, il faut vite lire ou relire ce petit grand livre aussi instructif que drôle, dans cette veine qui caractérise Monsieur Debray, où la cruauté du constat est contrebalancée par une écriture joyeusement ironique.


« Monsieur Myself » est le titre du chapitre III de l’essai de Régis Debray, et fait entendre la concordance des temps entre les trois égotistes Lucien Leuwen, Fabrice del Dongo et Julien Sorel et le semi-autiste d’aujourd’hui qui déambule dans les rues, casque vissé sur la tête, ou oreillettes blanches pendouillant sous les lobes, et vous bousculant sans même s’excuser. « [Les personnages de Stendhal] sont jeunes, n’ont pas d’enfants, pas de famille, et, interdits de vieillissement, nous quittent en trois lignes. » Le jeunisme, avec lui, est en marche : « Vitamine C pour une société vieillissante qu’est la nôtre. Et que ça saute ! Fouette, cocher ! » Son style dont lui-même dit qu’il est « trop abrupt, trop heurté », « déplaît à son époque et enchante la nôtre. Raccourcis, ellipses, télescopages, ce décousu main est devenu standard. » (…) On « veut du brut, du cash et du leste ».

Stendhal, Balzac, Hugo

Balzac à côté est pesant ; ses descriptions n’en finissent pas. Qui n’a pas sauté quelques pages où un bahut était ausculté avec une minutie soporifique ? « Chez Beyle, les passages à sauter, il les saute lui-même » ! Et, contrairement à Hugo que les malheurs du monde – esclavage, peine de mort, travail des enfants – affectent, Stendhal n’en a cure : « Il est un Français léger, sociable, spirituel. » (…) « Son destin aura été de se libérer de l’Histoire comme destin. Croyant porter Napoléon aux nues, il hissait Fabrice sur le pavois. » (…) Et si «  L’Histoire reste nécessaire, c’est comme décor, comme toile de fond ». À l’image de ceux qui aujourd’hui se prennent en selfie devant tel ou tel monument, voire en live lors d’évènements.

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« L’idée qu’une personne ne saurait se réaliser qu’en participant à un collectif qui le dépasse et l’exprime à la fois – parti, église, classe, nation ou Internationale – et que c’est alors qu’elle devient libre, est à présent une idée dangereuse et son improbable avocat, l’idiot utile d’un goulag en chantier. Être libre, dorénavant, c’est couper les attaches ». Julien, Fabrice et Lucien sont les précurseurs de l’injonction de notre temps : « Deviens un autoentrepreneur, fais-toi un nom, un magot et un programme avec tes initiales ». Le passage où Régis Debray égrène tous les vocables qui commencent par auto est un répertoire historique et jubilatoire : « Entre l’autodétermination en alibi et l’autocratie en repoussoir, nous courons tous après l’autonomie en politique, l’autobiographie en librairie, l’autofiction en fin du fin (…) l’automobile à la campagne (my car is my castle) l’autoérotisme à demeure (il est sain de se masturber) ». Et ce n’est pas fini ! L’auto-engendrement de soi-même n’a pas de limites. « L’autiste conversationnel a besoin des autres pour converser avec lui-même », ce qui fait que « là où Balzac décrit et Flaubert s’efface, Stendhal se raconte ».

Quand le singulier se substitue au pluriel

Le singulier se substitue au pluriel, même si l’individualiste actuel n’est pas forcément singulier… Toujours est-il que notre fin limier s’interroge : « D’où vient que le titre qui marche est au singulier, le pluriel porte la poisse. Aurélien, oui. Les communistes, non. Jean Barois, oui. Les Thibault, non. Corydon, oui. Les Faux-Monnayeurs, non. L’enfance d’un chef, oui. Les chemins de la liberté, non. Knock, oui. Les Hommes de bonne volonté, non. Etc. » C’est que la « story » a remplacé l’Histoire. Dès lors, Les Misérables, Les Travailleurs de la mer, les Châtiments et les Orientales ne sont plus de saison. Que voulez-vous, le peuple fait populiste et le public qui le remplace est au spectacle.

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Les quelques pages consacrées à Victor Hugo sont – on s’en sera douté – à l’avantage de l’ogre de Guernesey. « Stendhal réduit l’homme à l’individu, Hugo voit l’homme à travers l’individu. » C’est la fameuse « ouverture de compas », si chère à Régis Debray, qui manque au « spectateur dégagé » que fut Henri Beyle et dont on apprend, par ailleurs, qu’il n’aimait pas la France. L’Italie vous avait tout de même une autre luminosité… Enfin, notre philosophe écrivain lui porte le coup de grâce : « Quatre-vingt-treize, qui dit le tout de la Révolution, c’est tempête sous un crâne. La vie de Henry Brulard, c’est plus cosy et peut se lire au lit. » A notre époque qui a substitué la couette ouatée à la couverture un peu rêche et le jeune loup solitaire à une communauté de destin, Stendhal se porte évidemment bien mieux que Victor Hugo.

Du génie français

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LFI aux Invalides: il est curieux de forcer la porte d’un enterrement

La présence de députés LFI, ayant tenu des propos controversés sur le Hamas, ce matin aux Invalides à l’hommage aux 42 victimes franco-israéliennes du 7 octobre, est dure à avaler. Pourquoi ne pas avoir envoyé François Ruffin ? Une honte pour la gauche. Le président Macron devrait parler à midi.


L’hommage aux victimes françaises du 7 octobre suscite beaucoup de polémiques. Si le président Macron comptait faire l’unité autour de cet hommage, c’est raté.

Le scandale, évidemment, est arrivé par les Insoumis. Ils sont invités, ils viendront. L’Élysée s’en est lavé les mains : aux partis de faire ce qui est « juste et élégant ». Des mots qui visiblement n’ont pas le même sens pour tous.

Coquerel et Panot oseront-ils regarder les familles en face ?

Bien sûr, que les députés LFI viennent à l’hommage, c’est leur droit. Les usages républicains etc, etc. Même si eux s’en moquent, en réalité, des usages républicains! C’est aussi leur droit de ne pas qualifier le Hamas d’organisation terroriste, voire, comme Danièle Obono au micro de Jean-Jacques Bourdin, de l’appeler « mouvement de résistance ». C’est leur droit de traiter Israël d’État « terroriste », « génocidaire » ou de parler d’ « apartheid ». C’est leur droit de faire des appels du pied aux islamo-antisémites. Nous sommes dans une démocratie.

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Mais, c’est aussi leur droit d’être décents. Il est curieux de forcer la porte d’un enterrement. Cinq familles accusent LFI d’« indécence », de « relativisme » et de « négationnisme ». Et elles estiment que la présence de Mathilde Panot serait une injure. Comme l’a dit, également chez Jean-Jacques Bourdin, le député franco-israélien Meyer Habib, LFI aurait pu déléguer François Ruffin ou Alexis Corbière dont la langue n’a pas tremblé après le 7 octobre. Mais non : ce sera Coquerel – qui qualifie Israël d’État terroriste – et Panot ! Peu leur importe de blesser des familles endeuillées. On verra s’ils osent les regarder en face. Le pire, c’est que le président de la République cède à l’extrême gauche en promettant un autre hommage (un temps mémoriel, dit-on à l’Elysée) pour les Français morts à Gaza.

Mais toutes les victimes se valent, me répliquera-t-on !

Évidemment ! Toutes les victimes se valent. Mais toutes les morts ne s’équivalent pas. Toutes les victimes du conflit entre Israël et le Hamas ne sont pas mortes dans les mêmes conditions. Annoncer maintenant qu’on va honorer les victimes de Gaza, c’est établir implicitement une symétrie entre le 7 Octobre et la riposte israélienne. Or, le Hamas a délibérément massacré et torturé des civils – et l’a même filmé. Les Israéliens, de leur côté, tuent des civils dans une guerre qu’ils estiment existentielle – mais ils ne cherchent pas cela. Je vous renvoie vers un article récent de Newsweek qui montre leurs efforts pour épargner les vies civiles [1].

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Un hommage n’est pas seulement une manifestation de compassion, c’est un acte politique. Une façon d’affirmer qu’entre la théocratie terroriste qui gouverne Gaza et la démocratie israélienne, aussi imparfaite soit-elle, la France peut choisir son camp. Si le président veut honorer les Français et tous les civils morts à Gaza, d’accord, très bien, mais qu’il dise alors que le Hamas est responsable de leur malheur.

Seulement, on dirait plutôt qu’Emmanuel Macron veut échapper au soupçon du deux poids-deux mesures. Il est difficile de ne pas y voir un appel du pied à la rue musulmane. Une cuillère pour papa, une cuillère pour maman. Ce chèvreetchoutisme n’est décidément pas à la hauteur de l’Histoire…


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale après le journal de 8 heures.


[1] https://www.newsweek.com/israel-implemented-more-measures-prevent-civilian-casualties-any-other-nation-history-opinion-1865613

La chambre hot


Un chantage à la sextape impliquant un sénateur et une assistante médicale déstabilise le Sénat. Gérard Larcher aurait tenu l’affaire secrète depuis des mois.


Avec son président bedonnant, ses élus presque inamovibles, sa bonne table, ses mœurs du début du siècle, le Sénat cultive une image « Belle Epoque » délicieusement surannée. À travers l’histoire que nous raconte aujourd’hui Le Canard enchaîné, nous voilà carrément plongés dans l’ambiance du vaudeville, remis au goût du jour, dans une version 2.0. Une affaire qui ferait des gorges chaudes dans les couloirs feutrés du Palais du Luxembourg…

C’est en effet une histoire de sextape qui donnerait des sueurs froides depuis trois mois au président Larcher, deuxième personnage de l’Etat. Dans cette vidéo, on y voit un sénateur « ayant occupé de hautes fonctions », le pantalon sur les chaussettes, dans son bureau, dans une posture à mi-chemin entre Rocco Siffredi et le président Félix Faure peu avant de s’éteindre. La séquence a été filmée par une personne de sexe opposé qui, nous rassure le Canard, a donné tous les signaux de son consentement.

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L’affaire en serait restée là si l’intrigante n’avait décidé de faire de ce chef-d’œuvre cinématographique un outil de pression. Assistante médicale du médecin du Sénat, elle aurait fait vivre « un cauchemar » à celui-ci pendant deux ans, bien certaine d’être « intouchable » car « protégée » par un parlementaire influent. Elle se vante alors de pouvoir faire « virer n’importe qui » grâce à une vidéo. Pour prouver ses dires, l’assistante la transmet même au médecin.

Un beau jour d’octobre 2023, le toubib perd patience et signale le comportement de sa subordonnée à la Directrice des ressources humaines de la prestigieuse maison. Quelques jours plus tard, la secrétaire générale de la questure (la plus haute fonctionnaire du Sénat) s’enquiert de l’affaire et s’entretient avec le médecin. Consciencieux, le médecin donne une description précise de la vidéo. L’affaire remonte jusqu’à la présidence. C’est alors que Gérard Larcher demande que lui soit remise une copie de la vidéo. On imagine presque le président, une fois le téléchargement terminé, rejouant la fameuse scène de Daniel Gélin dans La vie est un long fleuve tranquille.

Hélas, pour notre bon médecin, c’est le début des ennuis. En janvier dernier, il reçoit une lettre de dix pages lui annonçant l’ouverture d’une procédure de licenciement. En cinq années de bons et loyaux services, il n’y avait pas grand-chose à reprocher au praticien, mais en fouillant dans les poubelles, on trouve bien une demi-journée d’absence injustifiée. Pas de mention, en revanche, de l’affaire de la vidéo, parmi les motifs de licenciement.

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Une intrigue qui s’emboîte avec une autre, toujours au Sénat, toujours avec le même médecin. En novembre 2023, souvenez-vous, le sénateur au petit chat Joël Guerriau défraye la chronique[1]. Arrêté par la police et mis en examen, il est soupçonné d’avoir tenté de droguer à son domicile une députée MoDem, probablement dans le but d’en faire son quatre heures. Après sa mise en examen, l’élu de Loire-Atlantique est allé consulter le médecin du Sénat, lequel lui a prescrit un arrêt de travail. Un choix qui n’a pas plu, mais alors pas du tout plu au président Larcher, qui s’est mis en colère tout rouge. Gardien de la tranquillité de sa vénérable institution, Gérard Larcher n’avait qu’une hâte, avant même les conclusions de l’enquête judicaire : pousser l’encombrant sénateur à démissionner. Mais tant que l’arrêt de travail court, impossible ! Gérard Larcher contacte alors le conseil de l’ordre départemental des médecins, qui défend le confrère : « soumis au secret médical, le docteur a justifié l’entièreté de ses décisions thérapeutiques ».

Ni le président du Sénat, ni le médecin n’ont souhaité répondre à la presse suite aux révélations du jour du Canard Enchainé. Dans un ultime paragraphe de l’article de nos confrères, on apprend que c’est le fameux sénateur de la vidéo qui a imposé au médecin l’effrontée collaboratrice ! En avril 2021, l’élu se serait même ému, auprès du président Larcher, de la modeste paye de l’assistante. Peu après, celle-ci a bénéficié d’un vrai coup de pouce, avec une augmentation de 45%. Le palmipède conclut : « à l’époque, personne n’avait pipé mot ».


[1] https://www.causeur.fr/la-deputee-sandrine-josso-le-senateur-joel-guerriau-et-le-petit-chat-270140

Retour à la case départ

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Même si, face aux jacqueries des agriculteurs intervenues dans plusieurs pays de l’UE, Ursula Von der Leyen revoit sa copie, les agriculteurs français ont peut-être eu tort de rentrer si vite dans leurs fermes.


Si on peut avoir une certitude en ce début de mois de février 2024, c’est que la révolte des agriculteurs français n’aura servi à rien. Démarrée à l’automne de l’année dernière, elle aura connu sa phase spectaculaire (dans le sens d’« événement de la Société du Spectacle ») pendant deux bonnes semaines au mois de janvier, avant de laisser la place à d’autres sujets qui sauront capter l’attention du consommateur d’informations…

Des blocages d’autoroute un peu gênants, quelques interpellations et gardes à vue à la suite d’intrusions au marché de Rungis, un peu de lisier et de fumier déversé devant des préfectures, quelques destructions de denrées importées, deux ou trois dégradations plus importantes ici ou là pour faire monter la sauce, des clichés savamment mis en scène montrant le face-à-face ô combien photogénique entre des tracteurs et des blindés de la gendarmerie, au total un feuilleton à 400 millions d’euros de budget pour deux semaines de diffusion avec un taux d’approbation de 80% sur Rotten Tomatoes1 ! On attend avec impatience la saison 2 juste après les élections européennes, même si les producteurs n’ont pas encore confirmé qu’elle aurait bien lieu.

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Remboursement des taxes sur les carburants non routiers

La plupart des mesures annoncées pour satisfaire les syndicats paysans majoritaires (FNSEA en tête) sont temporaires. La fiscalité avantageuse sur le gazole agricole le demeure… jusqu’à ce qu’on décide qu’elle soit écologiquement inacceptable, ce qui peut arriver dans six mois ou dans six ans, alors qu’à l’évidence le parc de tracteurs ne sera jamais électrifié dans un avenir proche. Les accords de libre-échange avec le Mercosur sont suspendus jusqu’aux élections européennes, mais les négociations continuent et il n’y a absolument aucun doute qu’elles finissent par aboutir tôt ou tard tant l’industrie allemande a besoin de nouveaux débouchés. La diminution des importations en provenance d’Ukraine ne semble pas peser lourd face à la détermination absolue d’Ursula von der Leyen et des autocrates européistes de faire entrer à toute force l’ancienne république soviétique dans le giron de l’UE.

Les écologistes scandalisés

Quant aux assouplissements relatifs à l’utilisation de certains pesticides et autres intrants contestés, ils ne sauraient être définitifs tant on peut être sûr que la gauche politique et médiatique (et, soyons justes, un souci authentique de santé publique et de préservation des sols et des nappes phréatiques que des électeurs de droite partisans d’une agriculture française forte peuvent eux aussi avoir) parviendra à les remettre en cause à plus ou moins brève échéance. Enfin, comme le rappelle Jean-Baptiste Noé dans son excellent article2, le problème de l’inflation monstrueuse des normes n’a pas vraiment été abordé lors des négociations entre syndicats et gouvernement, tout juste a-t-il été concédé que désormais on ferait en sorte d’arrêter de « sur-transposer » les directives européennes dans le code juridique français. Promesse qui ne mange pas de pain, qui n’engage que peu, mais surtout qui n’est pas à la hauteur des enjeux : ce n’est pas à un arrêt de l’inflation normative qu’il faudrait procéder, mais bien à une réduction des normes et à une simplification administrative et juridique.

Le problème de souverainetés antinomiques pas réglé

On peut dès lors parler d’une occasion manquée, un peu comme les gilets jaunes en ont été une, qui aurait pu remettre la France périphérique (c’est-à-dire la France historique, la France des paysages, la France profonde) sur le devant de la scène. Et rebattre en partie les cartes du jeu démocratique. Car ce qui se joue à l’ombre de la crise agricole qui a agité notre pays et qui continue de créer des remous chez nos voisins européens, c’est à la fois la construction politique supranationale et le dogme néolibéral consubstantiel au fonctionnement de l’UE.

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D’un point de vue politique, il ne peut pas y avoir en même temps une souveraineté européenne et une souveraineté nationale. Le pouvoir macroniste le sait bien et ment sciemment aux Français en les vantant en même temps dans tous ses discours. Soit on défend l’Europe en tant que puissance seule à même de faire contrepoids à la Chine, aux États-Unis, aux BRICS ou à tout autre entité à projection globale dans le monde, et dans ce cas l’Europe ne peut que devenir un empire supranational qui gère ses provinces en fonction de ses intérêts supérieurs et non des peuples qui les habitent, soit on défend une vision classique centrée sur l’existence d’États-nations qui coopèrent entre eux mais qui, en dernière instance, défendent d’abord leurs intérêts propres suivant le mandat politique reçu lors de chaque élection. Les deux visions ont leur légitimité, mais elles sont incompatibles. En revanche, seule la seconde possède encore une légitimité démocratique exercée à travers le vote. Or, la Commission européenne, non élue, ne cesse de s’arroger des pouvoirs qui dépouillent toujours un peu plus les États membres de l’UE de leurs prérogatives habituelles. Il y a là un quasi coup d’État qui passe étrangement inaperçu, mais surtout qui n’est rendu possible qu’avec la complicité… des États-nations eux-mêmes, ou du moins de leurs exécutifs. C’est pourquoi les concessions faites par le gouvernement français ne valent pas grand-chose, puisque dans le même temps, ce dernier ne cesse d’abandonner son périmètre de décision à la Commission européenne.

Les Ulis, 2 février 2024 © Michel Euler/AP/SIPA

Cessons d’importer des produits déloyalement concurrents

D’un point de vue économique (mais aussi sanitaire, juridique et, in fine, politique aussi), la révolte des agriculteurs a mis en évidence le problème posé par une vision strictement libérale des choses, par l’extension infinie du domaine du marché. Dans son article déjà cité, Jean-Baptiste Noé a raison de dire que ce « n’est pas en s’enfermant derrière de hautes murailles que l’on sauvera l’agriculture française », pour autant la question se pose de l’assujettissement total du monde paysan aux règles de concurrence libre et non faussée. Non seulement le marché n’est pas toujours le moyen le plus efficace de régler les choses (on renverra le lecteur à la série D’Argent et de sang consacrée à la méga-arnaque aux quotas carbone, catastrophe absolue découlant directement de la financiarisation libérale d’un secteur qui aurait dû être réglementé par les pouvoirs publics), mais il est des sujets qui devraient échapper au marché et rester dans le giron politique et démocratique. La sécurité alimentaire, qu’elle soit celle de l’autosuffisance et de l’indépendance ou celle de la qualité sanitaire et de la sûreté environnementale, en est un. Interdire le glyphosate ou les néonicotinoïdes à nos paysans quand il est interdit à tous les producteurs qui ont le droit de vendre sur notre sol, cela peut avoir du sens, car si les rendements baissent, ils baissent pour tout le monde. Les interdire quand tout le monde les autorise et qu’on n’érige pas de barrières douanières, c’est à la fois suicidaire et hypocrite.

Nos agriculteurs sont rentrés sagement (dans l’ensemble) chez eux sur leurs tracteurs après avoir obtenu quelques concessions temporaires qui ne changent rien au cadre économique, politique et normatif dans lequel ils évoluent. Les mêmes causes provoquant les mêmes conséquences, ils sont fondamentalement revenus à la case départ, après ce qui ressemble à un baroud d’honneur.


1 Rotten Tomatoes est un site Internet dévolu aux critiques et aux informations sur les films. Le nom provient du vieux cliché qui voulait que le public des vaudevilles jette des tomates pourries (rotten tomatoes en anglais) sur les acteurs pour sanctionner la médiocrité d’une représentation.

2 https://www.causeur.fr/nos-agriculteurs-se-revoltent-surtout-contre-la-chape-des-normes-275452 

Guillaume Peltier ou la politique pour les nuls

Être parent ne présage évidemment en rien de nos capacités politiques !


Existe-t-il des données ou des indicateurs objectifs qui permettent de s’assurer de la qualité d’un homme politique ? Peut-on tracer le portrait type du bon dirigeant et si oui, la vertu est-elle le gage d’une politique efficace et adaptée ? Faut-il avoir des enfants pour se projeter dans l’avenir et ne pas finir dévoré par le narcissisme et épuisé par la jouissance ? En tout cas, selon Guillaume Peltier, « la mode des politiques qui n’ont pas d’enfants » est inquiétante. Selon le numéro 2 sur la liste de Reconquête aux européennes, « avoir des enfants est un message politique (…) C’est la garantie de sérieux, de concret par rapport au présent, par rapport à l’avenir. C’est la certitude que la valeur de transmission va l’emporter sur la valeur de l’ambition. »

Marié, cinq enfants

Qu’en termes galants ces choses-là sont dites. Ce type de communication politique, faussement empreinte de bon sens mais qui ne fait qu’aligner les clichés les plus éculés sans se soucier de leur pertinence, est souvent le degré zéro à la fois de l’intelligence et de l’honnêteté. À écouter Guillaume Peltier, une société où les adultes seraient en majorité des parents devrait être un havre de paix où le souci de l’avenir l’emporterait sur les satisfactions du présent, où l’on penserait autant aux autres qu’à soi. Il se trouve que la plupart des humains ont des enfants et que nos sociétés ne semblent pas avoir trouvé dans l’enfantement, la recette des rapports sociaux harmonieux. Les choses semblent être bien plus compliquées.

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C’est oublier que le rapport à l’enfant a aussi sa part d’égoïsme. L’enfant ce n’est pas l’oubli de soi, c’est aussi l’espoir de ne pas s’effacer complètement du monde même si on sait ne pouvoir échapper au tragique de la condition humaine. C’est omettre également dans le raisonnement que c’est souvent au nom de la famille, de la loyauté au clan que l’individu peut aussi justifier des conduites déviantes ou le fait de faire passer l’intérêt des siens avant l’intérêt général. L’existence d’une famille peut ainsi au contraire être vue comme un risque de népotisme qui détournerait l’homme de pouvoir de ses devoirs envers la Cité.

On met souvent en avant, dans la République romaine, l’honneur des pères qui n’hésitèrent pas à exécuter leur fils pour avoir gravement manqué aux lois de Rome ou à la discipline militaire. Il s’agit ici de mettre en scène le sens du devoir des dirigeants, en montrant que l’homme dévoué à l’État et au bien public, fait passer ceux-ci avant sa famille. Autrement dit, ces mythes ou histoires édifiantes font du lien familial, un risque pour l’intérêt général et non un atout pour y accéder, contrairement au discours de Guillaume Peltier.

Churchill, Roosevelt et Hitler

Avoir ou non des enfants est une décision intime, et parfois n’est pas de l’ordre de la décision. Certains couples n’y arrivent pas, d’autres ne le peuvent pas, d’autres enfin ne le souhaitent pas. Etre père ou mère n’est pas un gage d’équilibre mental, de maturité et ne présage en rien de nos capacités, cette donnée n’est pas signifiante. Je me souviens d’un message qui circulait sur internet lorsque j’étais plus jeune, il s’agissait de choisir le meilleur dirigeant entre ces trois profils : le premier était alcoolique, sujet à la dépression et piètre gestionnaire de ses deniers. Le second était atteint d’une maladie invalidante, mentait sur sa santé et était connu pour tromper sa femme. Le troisième était sobre, en bonne santé et n’avait qu’une seule compagne. A priori, le bon sens pousse à choisir le 3ème profil. Porteur de toutes les garanties en termes de tenue et de bienséance. Sauf que le premier personnage est Churchill, le second Roosevelt et le dernier, Hitler.

L’École: du temps de cerveau humain disponible pour Coca-Cola et l’islamisme

Notre collaborateur s’est attelé à la refonte de son ouvrage de 2006, Une école sous influence, où, parmi les premiers, il dénonçait la mainmise islamique sur des élèves auxquels on n’apprenait plus rien. Les faits lui donnaient raison à l’époque, et l’ont malheureusement conforté, ces vingt dernières années, dans sa conviction : si on laisse une cervelle inoccupée, elle s’emplit de n’importe quel prêt-à-penser sous la forme d’un prêt-à-croire. Il soumet ici à la sagacité (et à la critique) des lecteurs ce qui devrait être son premier chapitre.


Sans doute vous rappelez-vous la splendide formule de Patrick Le Lay, alors président-directeur-général du groupe TF1 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».
Autant donner la citation dans son contexte (in Les Dirigeants face au changement, Editions du huitième jour, 2004) :
« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.
« Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise.
« La télévision, c’est une activité sans mémoire. Si l’on compare cette industrie à celle de l’automobile, par exemple, pour un constructeur d’autos, le processus de création est bien plus lent ; et si son véhicule est un succès il aura au moins le loisir de le savourer. Nous, nous n’en aurons même pas le temps ! »

Évidement des jeunes cervelles

J’ai dit « splendide formule », parce qu’il est rare qu’un chef d’entreprise avoue avec un cynisme aussi parfait quel est son but final. Et aussi parce que, comme toute formule vraie, elle marche avec n’importe quel exemple. Tenez : 
« À la base, la fonction actuelle de l’enseignement de l’ignorance, selon la belle formule de Jean-Claude Michéa, c’est d’aider Tariq Ramadan, les Frères musulmans et l’Internationale woke à vendre leurs produits. Et pour cela, nous leur fournissons du temps de jeune cerveau humain disponible ».

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Il y a deux leviers dans ce processus, activés en même temps. D’un côté, la logique ultime de la société du spectacle, où Télévision et Ecole fournissent non des savoirs mais des divertissements — ce qui, au sens pascalien originaire du texte, signifie un détournement de l’esprit vers des sujets annexes ludiques et vides de sens. D’un autre côté, les pédagogies de l’évidement des jeunes cervelles offrent aux divers fanatismes qui actuellement se disputent la possession de ces espaces vierges un merveilleux champ d’expérimentation.

Si vous n’apprenez pas en classe que la Terre est ronde, alors qu’on le sait au moins depuis le Vème siècle av. J.C., ce qui a amené bien des explorateurs à se lancer dans des expéditions lointaines, Pythéas à l’extrême nord, Hannon ou Euthymènes au sud… Si vous n’apprenez pas en classe que la Shoah a fait 6 millions de morts, et que le Grand Muphti de Jérusalem l’approuvait entièrement, comment voulez-vous que des banlieusards fanatisés par des prêches et des médias incontrôlés ne pensent pas qu’Israël a inventé les crimes du Hamas ?

Revenons à Patrick Le Lay. Tous les mots dans son explication ont un sens précis. Par exemple, lorsqu’il note que « la télévision, c’est une activité sans mémoire », il touche au plus près du fonctionnement majeur de notre présent : il n’a pas de passé.

C’est un fait sidérant, et essentiel : les jeunes ignorent qu’il s’est passé quelque chose avant leur naissance — pas même que leur père a mis son p’tit zinzin dans le p’tit machin de leur mère, comme chantait le regretté Henri Dès. Rien. L’Histoire commence avec la génération Z.

L’islam procède de même. Et pour être tout à fait cohérent, il élimine, dès qu’il en a l’occasion, toutes les traces des civilisations qui l’ont précédé —parce qu’il n’est pas lui-même une civilisation, contrairement à ce qu’affirment les béats de l’islamisation, mais la négation de toutes les autres. Il dynamite les bouddhas de Bamian, exécute le directeur des antiquités de Palmyre, attaque le musée du Bardo en Tunisie.

© Pascal Fayolle/SIPA

En 2015, j’écrivais sur ce dernier événement : « La « destruction des idoles » ne suffit pas à expliquer cet acharnement, au marteau-piqueur ou à la kalachnikov, à bousiller des œuvres d’art : il s’agit d’éradiquer le Temps. Les témoignages du Temps. D’en finir avec l’Histoire par d’autres voies que celles qu’avait imaginées Francis Fukuyama ».

À un dieu incréé doit correspondre un monde immuable. Terre brûlée et tabula rasa. L’islam est la religion d’un désert qui entend le rester.

Pourquoi tant d’élèves musulmans méprisent-ils ce qu’on cherche à leur enseigner ?

D’ailleurs, chaque fois que l’islam a rencontré dans ses rangs un savant, il a tout fait pour l’éliminer. Il met Avicenne en prison, et en 1182, le calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur lance contre Averroès une campagne de diffamation et d’interdictions qui amènera le philosophe à être exposé à la risée publique dans la mosquée de Cordoue, et finalement exilé jusqu’à sa mort. Chance, il n’a pas fini empalé.
Ah, ils ont bonne mine, les thuriféraires d’Al-Andalus !

D’où la répugnance aux études de nombre d’élèves musulmans. Pas tous : il en est qui ont réfléchi, et qui ont choisi la voie du savoir — et très probablement celle de l’agnosticisme : on estime à 40% le nombre de musulmans athées. D’où leur contestation de tout ce que dit le prof — et surtout, de tout ce que dit la prof : le mépris des femmes, qui se révèle si bien dans les sacs-poubelles dont ils les obligent à se vêtir, s’étend aux enseignantes, y compris dans le Supérieur. Manque de pot, elles sont majoritaires dans la plupart des disciplines, aujourd’hui. Ah, l’identification est bien difficile pour les garçons !

A lire aussi, du même auteur: Le Recteur de Paris démissionne, la ministresse est toujours là: le monde à l’envers de l’Educ-Nat

En revanche, ces mêmes croyants sont de grands consommateurs de boissons sucrées, ce qui entraîne une double épidémie, d’obésité d’abord et de diabète ensuite. Un médecin à qui ses patients musulmans et diabétiques demandaient s’ils pouvaient quand même faire le ramadan leur répondait de façon impavide : « Vous pouvez — mais vous mourrez ». Et de leur expliquer que le Coran a prévu la dispense de jeûne pour les malades. Mais qui va croire la parole d’un roumi, quand le premier prêcheur inculte venu de Turquie ou d’outre-Méditerranée affirme le contraire ?

Il n’y a qu’à voir, dans les marchés musulmans de ma bonne ville de Marseille, les pyramides de boissons sur-sucrées aux couleurs chatoyantes. Leur consommation fait partie de la stratégie du canapé chère aux institutionnels du divertissement télévisé, quand la seule activité physique consiste à appuyer sur les touches d’une télécommande.

Au même moment, on apprend que l’organisation des Jeux olympiques, à Paris, a affermé l’événement à la société Coca-Cola. Comme l’écrivait Le Monde dès septembre 2023 : « Parrain officiel du relais de la flamme, expliquent dans le « quotidien du soir » les docteurs Pierre-Vladimir Ennezat et Guillaume Sarre, Coca-Cola a également obtenu le privilège d’avoir son image jouxtant celle des porteurs du flambeau. La multinationale est une nouvelle fois associée à l’idéal d’un esprit sain dans un corps sain, visant ainsi à être assimilée, dans l’esprit du grand public, à une boisson pour sportifs.
« Pourtant, l’organisation des JO en France était une belle occasion pour promouvoir la santé et réduire nos dépenses de soins abyssales. Malheureusement, le choix de Coca-Cola comme sponsor n’incite pas à l’optimisme. Car il est bien documenté que la consommation de boissons sucrées (jus de fruits et sodas) provoque un dérèglement métabolique contribuant largement à une pandémie meurtrière et silencieuse : celle des maladies chroniques dites « non transmissibles ». »

Le slogan doit changer, et les J.O. peuvent le partager avec l’Ecole : Un esprit malsain dans un corps malade — ou le contraire, à votre guise.

Une école sous influence ou Tartuffe-roi

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Une alchimie bien hermétique

Dans un futur proche où règne l’intelligence artificielle (original!), les émotions humaines sont très mal vues. Léa Seydoux et Bertrand Bonello nous ennuient avec leur film SF en VF lourdingue.


Depuis Tiresia (2002), Bertrand Bonello, 56 ans, scénariste, réalisateur, musicien, en outre coproducteur de ses propres films, suit un itinéraire esthétique qui s’évertue à déjouer les attentes, quoique balisé par quelques motifs récurrents : la hantise du temps qui advient (au passé comme au futur), la menace de la catastrophe, la difficulté d’aimer… Son dixième long métrage se porte à bonne distance du court, énigmatique et capiteux roman de Henry James, La Bête dans la jungle, auquel il emprunte son titre, et dont il est censé s’inspirer. La bête du pressentiment tragique s’incarne ici, non pas dans l’Angleterre édouardienne, mais dans le colloque sentimental de Gabrielle (Léa Seydoux) et de Louis (campé par l’excellent acteur britannique George MacKay, rôle de prime abord dévolu à feu Gaspard Ulliel, disparu prématurément comme l’on sait dans un accident de ski). La liaison prend corps dans trois époques: en 1910, dans un Paris inondé par la fameuse crue de la Seine; en 2014 à l’âge du virtuel et des réseaux sociaux ; et en 2044, dans un univers où l’intelligence artificielle a définitivement terrassé les affects.


Une toile, trois ambiances

Intrigue labyrinthique, étagée dans le temps et dans plusieurs espaces géographiques, dont la signature ressortit davantage à un échafaudage intellectuel qu’à une foisonnante construction romanesque. Sous le signe d’Arnold Schönberg dont la bande-son exhumera un passage (tronqué) du génial sextuor à cordes La Nuit transfigurée, Gabrielle s’incarne d’abord dans une pianiste d’avant-garde de la Belle Epoque, jeune femme élégante et mondaine (Léa Seydoux fera l’essayage d’une bonne dizaine de jolies robes d’époque) qui, épouse morose d’un industriel de poupées, courtisée au passage par le couturier Paul Poiret, s’énamoure entre salon, loge d’opéra et véranda, d’un ravissant dandy rêveur à la mise coquettement collet monté, Louis.

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On croit comprendre qu’en fait, Gabrielle, soudain transportée dans un futur proche de notre présent (en 2044, donc), est soumise à un programme scientifique visant à purger son ADN des traumas subis dans ses vies antérieures… Dans sa troisième incarnation, Gabrielle, jeune comédienne au chômage en quête de castings, garde en l’absence des propriétaires une opulente villa moderniste perchée dans les hauteurs de Los Angeles, tandis que Louis s’est mué en harceleur névrosé s’apprêtant à venger dans le sang son supposé manque d’amour (toujours puceau, il ne peut aimer les femmes qu’en rêve) –  nouvel avatar de ces juvéniles serial killers que cultive l’Amérique du Nord.

Propos assez vain

Une chiromancienne de mauvais augure apparaît à l’occasion à Gabrielle, dans une dimension onirique qui ne se prive pas de piller David Lynch de façon quasi littérale. Tantôt allongée nue dans un bain d’eau noire régénérateur, tantôt nageant en sylphide dans une cave envahie par les eaux, l’héroïne solitaire se verra également instiller une piqûre dans l’oreille par un robot d’anticipation, sera draguée à l’occasion par une poupée-robot lesbienne de race noire (Guslagie Malanda)…

L’exercice de style a ses limites. Déjà, on s’en souvient, le cinéaste de L’Apollonide (2011) ou de Saint-Laurent (2014)  nous avait gratifié en 2016 d’un Nocturama (film qu’on peut revoir actuellement sur Netflix) désancré de toute réalité plausible où, dans un Paris en état de siège, une improbable bande de teenagers bon genre (leur obédience islamiste prudemment évacuée au passage) fomentait une série d’attentats à la bombe simultanés, pour finir piégée dans les rayons de la Samaritaine, fatalement pris sous la mitraille du GIGN…


Cette déréalisation est décidément la marque de fabrique d’un cinéaste dont l’ésotérisme abscons agace d’autant plus qu’il ne débouche, en somme, que sur un propos assez vain, plus ennuyeux que stimulant. Même les idées du générique de fin, à scanner sur QR Code, ou encore des green screen sur lesquels Léa Seydoux introduit et clôt son apparition, semblent relever davantage de la pose intellectuelle que d’enjeux esthétiques vitaux. N’est pas alchimiste qui veut.                    

La Bête. Film de Bertrand Bonello. Avec Léa Seydoux, Georges MacKay, Guslagin Malanda. France, couleur, 2023. Durée : 2h26.

Dali, c’est raté

On n’est (vraiment) pas obligé de faire un « biopic » sur tout le monde


La tendance de ce début d’année, c’est biopics tous azimuts : de Florence Arthaud à Pierre Bonnard, en passant par Priscilla Presley et Bob Marley, personne ne semble pouvoir échapper à cette mode généralement désastreuse.

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Le Daaaaaalí ! de Quentin Dupieux n’échappe hélas pas à la règle. Certes, le cinéaste se moque (très gentiment) du personnage médiatique composé par l’artiste, mais l’ensemble reste à ce premier degré. Seule originalité (toute relative), le peintre espagnol est incarné à l’écran par plusieurs acteurs successifs, entre autres Jonathan Cohen, Édouard Baer et Gilles Lellouche : plusieurs cabots sont nécessaires pour interpréter le cabot Dalí.

On est en droit de trouver l’argument un peu court. Le film l’est aussi (78 minutes), ce qui s’avère être sa principale qualité.

Patriotisme d’importation

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D.R

Jusqu’où un vice-président de la Commission européenne peut-il aller pour inciter les jeunes citoyens du Vieux Continent à voter? 


Si l’Union européenne se surpasse dans un domaine, c’est dans l’art de refiler les patates chaudes. Après avoir délégué une partie de sa production manufacturière aux Chinois, une partie de sa politique énergétique aux Russes et une partie de son « réarmement démographique » aux Africains, le Vieux Continent pourrait bien sous-traiter une partie de son civisme à… une citoyenne américaine. Le 10 janvier, un vice-président de la Commission, le Grec Margarítis Schinás, a très officiellement émis le souhait que Taylor Swift, talentueuse chanteuse d’outre-Atlantique, se mette au service de l’institution bruxelloise pour encourager les jeunes à voter lors des prochaines élections européennes le 9 juin. « J’espère que quelqu’un de son équipe médiatique suivra cette conférence de presse et lui transmettra ma demande », a lancé béatement le technocrate. Défense de rire ! Comment une idée aussi consternante a-t-elle pu germer ? Secrète passion pour la musique country ? Burn-out lié à un cruel sentiment d’inutilité ? Banal complexe provincial vis-à-vis des États-Unis ?

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La troisième solution est la bonne. En septembre dernier, la star aux 170 millions de disques vendus, connue pour son patriotisme, a appelé sur les réseaux sociaux ses jeunes concitoyens à voter aux prochaines présidentielles. Résultat, 35 000 d’entre eux se sont inscrits sur les listes électorales dès le lendemain. Un record. En attendant de connaître la réponse que Mlle Swift donnera à M. Schinás, remarquons que celui-ci n’est pas parvenu à identifier la moindre vedette européenne à même de satisfaire son désir mimétique. Preuve, s’il en était besoin, de l’inexistence d’une culture populaire commune sur notre continent. Quant à la mobilisation de la jeunesse lors des scrutins européens, elle est à peine plus consistante. La dernière fois, en 2019, la participation au vote des moins de 25 ans a atteint 42 %, contre 50 % pour l’ensemble de la population.

François Bayrou entre hier et demain…

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Le maire de Pau, relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires, annonce avec fracas être en désaccord profond avec la politique suivie par Gabriel Attal, et il refuse de rentrer au gouvernement. L’homme politique de 72 ans semble ainsi se préparer pour 2027. Avec un argument simple: réconcilier la France d’en haut et d’en bas, pour empêcher l’arrivée du RN aux manettes. Ce que la trop parisienne macronie serait incapable de faire…


François Bayrou a refusé d’être ministre des Armées ; et pour l’Éducation nationale, « faute d’accord profond sur la politique à suivre », il n’entrera pas au gouvernement. Je perçois comme un ouf de soulagement du Premier ministre… On peut deviner que la philosophie éducative de François Bayrou l’aurait conduit vraisemblablement à être plus souple et moins réactif que l’ancien ministre Gabriel Attal. Ceux qui prédisaient qu’à tout prix il participerait à ce gouvernement qui n’en finit pas d’être inachevé en sont pour leurs frais. Je n’ai jamais vraiment apprécié le François Bayrou faiseur de président puisqu’il est clair que, sans lui, Emmanuel Macron n’aurait jamais été élu en 2017, si on ajoute la calamité judiciaire qui a amoindri François Fillon. Je n’ai pas davantage aimé l’auxiliaire dévoué et fidèle du macronisme, qui, malgré quelques accès surjoués d’indépendance, n’a jamais dérogé à une ligne qui me l’a rendu quasiment étranger par rapport à la personnalité que j’avais croisée puis connue et saluée au cours d’une période où il avait eu un rôle décisif de vigilance durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy. Sans oublier une direction vigoureuse du parti centriste qu’il avait sorti de la tiédeur et de l’équivoque constante.

Bayrou relaxé dans l’affaire des assistants parlementaires du MoDem

Comme je me doute que beaucoup, dans tous les cas, s’en prendront à lui en glosant sur son âge, son incroyable bonne fortune judiciaire – y aura-t-il appel ou non ? -, son ambition jamais rassasiée, son obstination à ne pas sacrifier toute espérance présidentielle pour 2027 et sur son faible bilan lors de son passage rue de Grenelle (de 1994 à 1997), comme on va insister sur les ombres du personnage, sur la plaie de sa longévité dans notre monde politique, je voudrais au contraire, avec nostalgie, rappeler la chance qu’il a été et les lumières projetées par une destinée singulière, entêtée, courageuse et tolérante à une certaine époque.

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Je n’oublie pas, je n’oublie rien. À chaque université d’été du CDS, il avait la délicatesse de me proposer d’intervenir en me garantissant une totale liberté. Il l’a toujours respectée et je n’ai jamais perçu, chez lui, la moindre inquiétude face à un discours imprévisible, désaccordé d’avec les rails du centrisme classique, parfois provocateur. J’ai pu ainsi vérifier sa sincérité dans l’affirmation de ses valeurs et la validité de ce que bien plus tard il a déclaré : quand tous pensent la même chose, on ne pense plus rien. Quand Nicolas Sarkozy était président de la République, ses avertissements sur le déficit, le scandale de l’arbitrage Sarkozy-Tapie-Lagarde, une pratique du pouvoir ne brillant pas par l’allure et la dignité, ont rassuré plus d’un citoyen. Il a représenté alors une forte espérance et dans l’ensemble de ses interventions et actions, sa vision de la politique, caractérisée par une volonté de dépassement de la droite et de la gauche et par un humanisme social, n’était pas sans anticiper ce qu’Emmanuel Macron a exploité par la suite. Sa propre campagne présidentielle en 2002 n’a pas été médiocre et s’il n’est pas parvenu au second tour, les thèmes qu’il a développés ont marqué l’opinion ainsi que telle ou telle de ses réactions impulsives, par exemple sa petite tape à un gamin qui voulait le voler.

Traversée du désert

François Mitterrand qui était aussi impitoyable sur les autres que complaisant avec lui-même, avait toujours été impressionné par l’effort et la constance dont François Bayrou avait dû user pour vaincre son bégaiement. Ce serait se tromper sur lui que de l’appréhender seulement au regard de ses expériences ministérielles (l’une de très courte durée place Vendôme) et de sa traversée du désert (très relative) avec le haut-commissariat au Plan durant l’attente de l’issue judiciaire le concernant. Maire de Pau, je crois savoir qu’une majorité des habitants est satisfaite de ses orientations et de son action.

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Tourner en dérision cette personnalité parce qu’elle serait depuis trop longtemps dans notre espace démocratique serait faire fi d’un homme politique qui n’a jamais fait honte à la République, d’un homme que l’humanité n’a jamais déserté et peut-être d’un futur candidat qui n’a pas dit son dernier mot.

Libres propos d'un inclassable

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Monsieur myself

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Portrait de Stendhal par Ducis, 1835 DR.

En 2019, Régis Debray nous régalait, et nous régale toujours, avec un livre intitulé Du génie français. Pourquoi Stendhal a-t-il détrôné Hugo ? Et que nous dit le premier de ce que nous sommes aujourd’hui ? Pour le savoir, il faut vite lire ou relire ce petit grand livre aussi instructif que drôle, dans cette veine qui caractérise Monsieur Debray, où la cruauté du constat est contrebalancée par une écriture joyeusement ironique.


« Monsieur Myself » est le titre du chapitre III de l’essai de Régis Debray, et fait entendre la concordance des temps entre les trois égotistes Lucien Leuwen, Fabrice del Dongo et Julien Sorel et le semi-autiste d’aujourd’hui qui déambule dans les rues, casque vissé sur la tête, ou oreillettes blanches pendouillant sous les lobes, et vous bousculant sans même s’excuser. « [Les personnages de Stendhal] sont jeunes, n’ont pas d’enfants, pas de famille, et, interdits de vieillissement, nous quittent en trois lignes. » Le jeunisme, avec lui, est en marche : « Vitamine C pour une société vieillissante qu’est la nôtre. Et que ça saute ! Fouette, cocher ! » Son style dont lui-même dit qu’il est « trop abrupt, trop heurté », « déplaît à son époque et enchante la nôtre. Raccourcis, ellipses, télescopages, ce décousu main est devenu standard. » (…) On « veut du brut, du cash et du leste ».

Stendhal, Balzac, Hugo

Balzac à côté est pesant ; ses descriptions n’en finissent pas. Qui n’a pas sauté quelques pages où un bahut était ausculté avec une minutie soporifique ? « Chez Beyle, les passages à sauter, il les saute lui-même » ! Et, contrairement à Hugo que les malheurs du monde – esclavage, peine de mort, travail des enfants – affectent, Stendhal n’en a cure : « Il est un Français léger, sociable, spirituel. » (…) « Son destin aura été de se libérer de l’Histoire comme destin. Croyant porter Napoléon aux nues, il hissait Fabrice sur le pavois. » (…) Et si «  L’Histoire reste nécessaire, c’est comme décor, comme toile de fond ». À l’image de ceux qui aujourd’hui se prennent en selfie devant tel ou tel monument, voire en live lors d’évènements.

A lire aussi, Jonathan Siksou: Témoins gênants

« L’idée qu’une personne ne saurait se réaliser qu’en participant à un collectif qui le dépasse et l’exprime à la fois – parti, église, classe, nation ou Internationale – et que c’est alors qu’elle devient libre, est à présent une idée dangereuse et son improbable avocat, l’idiot utile d’un goulag en chantier. Être libre, dorénavant, c’est couper les attaches ». Julien, Fabrice et Lucien sont les précurseurs de l’injonction de notre temps : « Deviens un autoentrepreneur, fais-toi un nom, un magot et un programme avec tes initiales ». Le passage où Régis Debray égrène tous les vocables qui commencent par auto est un répertoire historique et jubilatoire : « Entre l’autodétermination en alibi et l’autocratie en repoussoir, nous courons tous après l’autonomie en politique, l’autobiographie en librairie, l’autofiction en fin du fin (…) l’automobile à la campagne (my car is my castle) l’autoérotisme à demeure (il est sain de se masturber) ». Et ce n’est pas fini ! L’auto-engendrement de soi-même n’a pas de limites. « L’autiste conversationnel a besoin des autres pour converser avec lui-même », ce qui fait que « là où Balzac décrit et Flaubert s’efface, Stendhal se raconte ».

Quand le singulier se substitue au pluriel

Le singulier se substitue au pluriel, même si l’individualiste actuel n’est pas forcément singulier… Toujours est-il que notre fin limier s’interroge : « D’où vient que le titre qui marche est au singulier, le pluriel porte la poisse. Aurélien, oui. Les communistes, non. Jean Barois, oui. Les Thibault, non. Corydon, oui. Les Faux-Monnayeurs, non. L’enfance d’un chef, oui. Les chemins de la liberté, non. Knock, oui. Les Hommes de bonne volonté, non. Etc. » C’est que la « story » a remplacé l’Histoire. Dès lors, Les Misérables, Les Travailleurs de la mer, les Châtiments et les Orientales ne sont plus de saison. Que voulez-vous, le peuple fait populiste et le public qui le remplace est au spectacle.

A lire aussi, Jean Chauvet: Dali, c’est raté

Les quelques pages consacrées à Victor Hugo sont – on s’en sera douté – à l’avantage de l’ogre de Guernesey. « Stendhal réduit l’homme à l’individu, Hugo voit l’homme à travers l’individu. » C’est la fameuse « ouverture de compas », si chère à Régis Debray, qui manque au « spectateur dégagé » que fut Henri Beyle et dont on apprend, par ailleurs, qu’il n’aimait pas la France. L’Italie vous avait tout de même une autre luminosité… Enfin, notre philosophe écrivain lui porte le coup de grâce : « Quatre-vingt-treize, qui dit le tout de la Révolution, c’est tempête sous un crâne. La vie de Henry Brulard, c’est plus cosy et peut se lire au lit. » A notre époque qui a substitué la couette ouatée à la couverture un peu rêche et le jeune loup solitaire à une communauté de destin, Stendhal se porte évidemment bien mieux que Victor Hugo.

Du génie français

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LFI aux Invalides: il est curieux de forcer la porte d’un enterrement

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La députée d'extrême gauche Mathilde Panot, manifestation pro-palestinienne, Paris, 4 novembre 2023 © Gabrielle CEZARD/SIPA

La présence de députés LFI, ayant tenu des propos controversés sur le Hamas, ce matin aux Invalides à l’hommage aux 42 victimes franco-israéliennes du 7 octobre, est dure à avaler. Pourquoi ne pas avoir envoyé François Ruffin ? Une honte pour la gauche. Le président Macron devrait parler à midi.


L’hommage aux victimes françaises du 7 octobre suscite beaucoup de polémiques. Si le président Macron comptait faire l’unité autour de cet hommage, c’est raté.

Le scandale, évidemment, est arrivé par les Insoumis. Ils sont invités, ils viendront. L’Élysée s’en est lavé les mains : aux partis de faire ce qui est « juste et élégant ». Des mots qui visiblement n’ont pas le même sens pour tous.

Coquerel et Panot oseront-ils regarder les familles en face ?

Bien sûr, que les députés LFI viennent à l’hommage, c’est leur droit. Les usages républicains etc, etc. Même si eux s’en moquent, en réalité, des usages républicains! C’est aussi leur droit de ne pas qualifier le Hamas d’organisation terroriste, voire, comme Danièle Obono au micro de Jean-Jacques Bourdin, de l’appeler « mouvement de résistance ». C’est leur droit de traiter Israël d’État « terroriste », « génocidaire » ou de parler d’ « apartheid ». C’est leur droit de faire des appels du pied aux islamo-antisémites. Nous sommes dans une démocratie.

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Mais, c’est aussi leur droit d’être décents. Il est curieux de forcer la porte d’un enterrement. Cinq familles accusent LFI d’« indécence », de « relativisme » et de « négationnisme ». Et elles estiment que la présence de Mathilde Panot serait une injure. Comme l’a dit, également chez Jean-Jacques Bourdin, le député franco-israélien Meyer Habib, LFI aurait pu déléguer François Ruffin ou Alexis Corbière dont la langue n’a pas tremblé après le 7 octobre. Mais non : ce sera Coquerel – qui qualifie Israël d’État terroriste – et Panot ! Peu leur importe de blesser des familles endeuillées. On verra s’ils osent les regarder en face. Le pire, c’est que le président de la République cède à l’extrême gauche en promettant un autre hommage (un temps mémoriel, dit-on à l’Elysée) pour les Français morts à Gaza.

Mais toutes les victimes se valent, me répliquera-t-on !

Évidemment ! Toutes les victimes se valent. Mais toutes les morts ne s’équivalent pas. Toutes les victimes du conflit entre Israël et le Hamas ne sont pas mortes dans les mêmes conditions. Annoncer maintenant qu’on va honorer les victimes de Gaza, c’est établir implicitement une symétrie entre le 7 Octobre et la riposte israélienne. Or, le Hamas a délibérément massacré et torturé des civils – et l’a même filmé. Les Israéliens, de leur côté, tuent des civils dans une guerre qu’ils estiment existentielle – mais ils ne cherchent pas cela. Je vous renvoie vers un article récent de Newsweek qui montre leurs efforts pour épargner les vies civiles [1].

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Un hommage n’est pas seulement une manifestation de compassion, c’est un acte politique. Une façon d’affirmer qu’entre la théocratie terroriste qui gouverne Gaza et la démocratie israélienne, aussi imparfaite soit-elle, la France peut choisir son camp. Si le président veut honorer les Français et tous les civils morts à Gaza, d’accord, très bien, mais qu’il dise alors que le Hamas est responsable de leur malheur.

Seulement, on dirait plutôt qu’Emmanuel Macron veut échapper au soupçon du deux poids-deux mesures. Il est difficile de ne pas y voir un appel du pied à la rue musulmane. Une cuillère pour papa, une cuillère pour maman. Ce chèvreetchoutisme n’est décidément pas à la hauteur de l’Histoire…


Cette chronique a été diffusée ce matin sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale après le journal de 8 heures.


[1] https://www.newsweek.com/israel-implemented-more-measures-prevent-civilian-casualties-any-other-nation-history-opinion-1865613

La chambre hot

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Un chantage à la sextape impliquant un sénateur et une assistante médicale déstabilise le Sénat. Gérard Larcher aurait tenu l’affaire secrète depuis des mois.


Avec son président bedonnant, ses élus presque inamovibles, sa bonne table, ses mœurs du début du siècle, le Sénat cultive une image « Belle Epoque » délicieusement surannée. À travers l’histoire que nous raconte aujourd’hui Le Canard enchaîné, nous voilà carrément plongés dans l’ambiance du vaudeville, remis au goût du jour, dans une version 2.0. Une affaire qui ferait des gorges chaudes dans les couloirs feutrés du Palais du Luxembourg…

C’est en effet une histoire de sextape qui donnerait des sueurs froides depuis trois mois au président Larcher, deuxième personnage de l’Etat. Dans cette vidéo, on y voit un sénateur « ayant occupé de hautes fonctions », le pantalon sur les chaussettes, dans son bureau, dans une posture à mi-chemin entre Rocco Siffredi et le président Félix Faure peu avant de s’éteindre. La séquence a été filmée par une personne de sexe opposé qui, nous rassure le Canard, a donné tous les signaux de son consentement.

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L’affaire en serait restée là si l’intrigante n’avait décidé de faire de ce chef-d’œuvre cinématographique un outil de pression. Assistante médicale du médecin du Sénat, elle aurait fait vivre « un cauchemar » à celui-ci pendant deux ans, bien certaine d’être « intouchable » car « protégée » par un parlementaire influent. Elle se vante alors de pouvoir faire « virer n’importe qui » grâce à une vidéo. Pour prouver ses dires, l’assistante la transmet même au médecin.

Un beau jour d’octobre 2023, le toubib perd patience et signale le comportement de sa subordonnée à la Directrice des ressources humaines de la prestigieuse maison. Quelques jours plus tard, la secrétaire générale de la questure (la plus haute fonctionnaire du Sénat) s’enquiert de l’affaire et s’entretient avec le médecin. Consciencieux, le médecin donne une description précise de la vidéo. L’affaire remonte jusqu’à la présidence. C’est alors que Gérard Larcher demande que lui soit remise une copie de la vidéo. On imagine presque le président, une fois le téléchargement terminé, rejouant la fameuse scène de Daniel Gélin dans La vie est un long fleuve tranquille.

Hélas, pour notre bon médecin, c’est le début des ennuis. En janvier dernier, il reçoit une lettre de dix pages lui annonçant l’ouverture d’une procédure de licenciement. En cinq années de bons et loyaux services, il n’y avait pas grand-chose à reprocher au praticien, mais en fouillant dans les poubelles, on trouve bien une demi-journée d’absence injustifiée. Pas de mention, en revanche, de l’affaire de la vidéo, parmi les motifs de licenciement.

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Une intrigue qui s’emboîte avec une autre, toujours au Sénat, toujours avec le même médecin. En novembre 2023, souvenez-vous, le sénateur au petit chat Joël Guerriau défraye la chronique[1]. Arrêté par la police et mis en examen, il est soupçonné d’avoir tenté de droguer à son domicile une députée MoDem, probablement dans le but d’en faire son quatre heures. Après sa mise en examen, l’élu de Loire-Atlantique est allé consulter le médecin du Sénat, lequel lui a prescrit un arrêt de travail. Un choix qui n’a pas plu, mais alors pas du tout plu au président Larcher, qui s’est mis en colère tout rouge. Gardien de la tranquillité de sa vénérable institution, Gérard Larcher n’avait qu’une hâte, avant même les conclusions de l’enquête judicaire : pousser l’encombrant sénateur à démissionner. Mais tant que l’arrêt de travail court, impossible ! Gérard Larcher contacte alors le conseil de l’ordre départemental des médecins, qui défend le confrère : « soumis au secret médical, le docteur a justifié l’entièreté de ses décisions thérapeutiques ».

Ni le président du Sénat, ni le médecin n’ont souhaité répondre à la presse suite aux révélations du jour du Canard Enchainé. Dans un ultime paragraphe de l’article de nos confrères, on apprend que c’est le fameux sénateur de la vidéo qui a imposé au médecin l’effrontée collaboratrice ! En avril 2021, l’élu se serait même ému, auprès du président Larcher, de la modeste paye de l’assistante. Peu après, celle-ci a bénéficié d’un vrai coup de pouce, avec une augmentation de 45%. Le palmipède conclut : « à l’époque, personne n’avait pipé mot ».


[1] https://www.causeur.fr/la-deputee-sandrine-josso-le-senateur-joel-guerriau-et-le-petit-chat-270140

Retour à la case départ

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Même si, face aux jacqueries des agriculteurs intervenues dans plusieurs pays de l’UE, Ursula Von der Leyen revoit sa copie, les agriculteurs français ont peut-être eu tort de rentrer si vite dans leurs fermes.


Si on peut avoir une certitude en ce début de mois de février 2024, c’est que la révolte des agriculteurs français n’aura servi à rien. Démarrée à l’automne de l’année dernière, elle aura connu sa phase spectaculaire (dans le sens d’« événement de la Société du Spectacle ») pendant deux bonnes semaines au mois de janvier, avant de laisser la place à d’autres sujets qui sauront capter l’attention du consommateur d’informations…

Des blocages d’autoroute un peu gênants, quelques interpellations et gardes à vue à la suite d’intrusions au marché de Rungis, un peu de lisier et de fumier déversé devant des préfectures, quelques destructions de denrées importées, deux ou trois dégradations plus importantes ici ou là pour faire monter la sauce, des clichés savamment mis en scène montrant le face-à-face ô combien photogénique entre des tracteurs et des blindés de la gendarmerie, au total un feuilleton à 400 millions d’euros de budget pour deux semaines de diffusion avec un taux d’approbation de 80% sur Rotten Tomatoes1 ! On attend avec impatience la saison 2 juste après les élections européennes, même si les producteurs n’ont pas encore confirmé qu’elle aurait bien lieu.

A lire aussi, Jean-Baptiste Noé: Nos agriculteurs se révoltent surtout contre la chape des normes

Remboursement des taxes sur les carburants non routiers

La plupart des mesures annoncées pour satisfaire les syndicats paysans majoritaires (FNSEA en tête) sont temporaires. La fiscalité avantageuse sur le gazole agricole le demeure… jusqu’à ce qu’on décide qu’elle soit écologiquement inacceptable, ce qui peut arriver dans six mois ou dans six ans, alors qu’à l’évidence le parc de tracteurs ne sera jamais électrifié dans un avenir proche. Les accords de libre-échange avec le Mercosur sont suspendus jusqu’aux élections européennes, mais les négociations continuent et il n’y a absolument aucun doute qu’elles finissent par aboutir tôt ou tard tant l’industrie allemande a besoin de nouveaux débouchés. La diminution des importations en provenance d’Ukraine ne semble pas peser lourd face à la détermination absolue d’Ursula von der Leyen et des autocrates européistes de faire entrer à toute force l’ancienne république soviétique dans le giron de l’UE.

Les écologistes scandalisés

Quant aux assouplissements relatifs à l’utilisation de certains pesticides et autres intrants contestés, ils ne sauraient être définitifs tant on peut être sûr que la gauche politique et médiatique (et, soyons justes, un souci authentique de santé publique et de préservation des sols et des nappes phréatiques que des électeurs de droite partisans d’une agriculture française forte peuvent eux aussi avoir) parviendra à les remettre en cause à plus ou moins brève échéance. Enfin, comme le rappelle Jean-Baptiste Noé dans son excellent article2, le problème de l’inflation monstrueuse des normes n’a pas vraiment été abordé lors des négociations entre syndicats et gouvernement, tout juste a-t-il été concédé que désormais on ferait en sorte d’arrêter de « sur-transposer » les directives européennes dans le code juridique français. Promesse qui ne mange pas de pain, qui n’engage que peu, mais surtout qui n’est pas à la hauteur des enjeux : ce n’est pas à un arrêt de l’inflation normative qu’il faudrait procéder, mais bien à une réduction des normes et à une simplification administrative et juridique.

Le problème de souverainetés antinomiques pas réglé

On peut dès lors parler d’une occasion manquée, un peu comme les gilets jaunes en ont été une, qui aurait pu remettre la France périphérique (c’est-à-dire la France historique, la France des paysages, la France profonde) sur le devant de la scène. Et rebattre en partie les cartes du jeu démocratique. Car ce qui se joue à l’ombre de la crise agricole qui a agité notre pays et qui continue de créer des remous chez nos voisins européens, c’est à la fois la construction politique supranationale et le dogme néolibéral consubstantiel au fonctionnement de l’UE.

A lire aussi, Thomas Ménagé: Colère des agriculteurs: la macronie récolte les graines qu’elle a semées

D’un point de vue politique, il ne peut pas y avoir en même temps une souveraineté européenne et une souveraineté nationale. Le pouvoir macroniste le sait bien et ment sciemment aux Français en les vantant en même temps dans tous ses discours. Soit on défend l’Europe en tant que puissance seule à même de faire contrepoids à la Chine, aux États-Unis, aux BRICS ou à tout autre entité à projection globale dans le monde, et dans ce cas l’Europe ne peut que devenir un empire supranational qui gère ses provinces en fonction de ses intérêts supérieurs et non des peuples qui les habitent, soit on défend une vision classique centrée sur l’existence d’États-nations qui coopèrent entre eux mais qui, en dernière instance, défendent d’abord leurs intérêts propres suivant le mandat politique reçu lors de chaque élection. Les deux visions ont leur légitimité, mais elles sont incompatibles. En revanche, seule la seconde possède encore une légitimité démocratique exercée à travers le vote. Or, la Commission européenne, non élue, ne cesse de s’arroger des pouvoirs qui dépouillent toujours un peu plus les États membres de l’UE de leurs prérogatives habituelles. Il y a là un quasi coup d’État qui passe étrangement inaperçu, mais surtout qui n’est rendu possible qu’avec la complicité… des États-nations eux-mêmes, ou du moins de leurs exécutifs. C’est pourquoi les concessions faites par le gouvernement français ne valent pas grand-chose, puisque dans le même temps, ce dernier ne cesse d’abandonner son périmètre de décision à la Commission européenne.

Les Ulis, 2 février 2024 © Michel Euler/AP/SIPA

Cessons d’importer des produits déloyalement concurrents

D’un point de vue économique (mais aussi sanitaire, juridique et, in fine, politique aussi), la révolte des agriculteurs a mis en évidence le problème posé par une vision strictement libérale des choses, par l’extension infinie du domaine du marché. Dans son article déjà cité, Jean-Baptiste Noé a raison de dire que ce « n’est pas en s’enfermant derrière de hautes murailles que l’on sauvera l’agriculture française », pour autant la question se pose de l’assujettissement total du monde paysan aux règles de concurrence libre et non faussée. Non seulement le marché n’est pas toujours le moyen le plus efficace de régler les choses (on renverra le lecteur à la série D’Argent et de sang consacrée à la méga-arnaque aux quotas carbone, catastrophe absolue découlant directement de la financiarisation libérale d’un secteur qui aurait dû être réglementé par les pouvoirs publics), mais il est des sujets qui devraient échapper au marché et rester dans le giron politique et démocratique. La sécurité alimentaire, qu’elle soit celle de l’autosuffisance et de l’indépendance ou celle de la qualité sanitaire et de la sûreté environnementale, en est un. Interdire le glyphosate ou les néonicotinoïdes à nos paysans quand il est interdit à tous les producteurs qui ont le droit de vendre sur notre sol, cela peut avoir du sens, car si les rendements baissent, ils baissent pour tout le monde. Les interdire quand tout le monde les autorise et qu’on n’érige pas de barrières douanières, c’est à la fois suicidaire et hypocrite.

Nos agriculteurs sont rentrés sagement (dans l’ensemble) chez eux sur leurs tracteurs après avoir obtenu quelques concessions temporaires qui ne changent rien au cadre économique, politique et normatif dans lequel ils évoluent. Les mêmes causes provoquant les mêmes conséquences, ils sont fondamentalement revenus à la case départ, après ce qui ressemble à un baroud d’honneur.


1 Rotten Tomatoes est un site Internet dévolu aux critiques et aux informations sur les films. Le nom provient du vieux cliché qui voulait que le public des vaudevilles jette des tomates pourries (rotten tomatoes en anglais) sur les acteurs pour sanctionner la médiocrité d’une représentation.

2 https://www.causeur.fr/nos-agriculteurs-se-revoltent-surtout-contre-la-chape-des-normes-275452 

Guillaume Peltier ou la politique pour les nuls

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Guillaume Peltier, sur CNews, le 5 février 2024. "Avoir des enfants est en soit un message politique". Capture d'écran Cnews.

Être parent ne présage évidemment en rien de nos capacités politiques !


Existe-t-il des données ou des indicateurs objectifs qui permettent de s’assurer de la qualité d’un homme politique ? Peut-on tracer le portrait type du bon dirigeant et si oui, la vertu est-elle le gage d’une politique efficace et adaptée ? Faut-il avoir des enfants pour se projeter dans l’avenir et ne pas finir dévoré par le narcissisme et épuisé par la jouissance ? En tout cas, selon Guillaume Peltier, « la mode des politiques qui n’ont pas d’enfants » est inquiétante. Selon le numéro 2 sur la liste de Reconquête aux européennes, « avoir des enfants est un message politique (…) C’est la garantie de sérieux, de concret par rapport au présent, par rapport à l’avenir. C’est la certitude que la valeur de transmission va l’emporter sur la valeur de l’ambition. »

Marié, cinq enfants

Qu’en termes galants ces choses-là sont dites. Ce type de communication politique, faussement empreinte de bon sens mais qui ne fait qu’aligner les clichés les plus éculés sans se soucier de leur pertinence, est souvent le degré zéro à la fois de l’intelligence et de l’honnêteté. À écouter Guillaume Peltier, une société où les adultes seraient en majorité des parents devrait être un havre de paix où le souci de l’avenir l’emporterait sur les satisfactions du présent, où l’on penserait autant aux autres qu’à soi. Il se trouve que la plupart des humains ont des enfants et que nos sociétés ne semblent pas avoir trouvé dans l’enfantement, la recette des rapports sociaux harmonieux. Les choses semblent être bien plus compliquées.

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C’est oublier que le rapport à l’enfant a aussi sa part d’égoïsme. L’enfant ce n’est pas l’oubli de soi, c’est aussi l’espoir de ne pas s’effacer complètement du monde même si on sait ne pouvoir échapper au tragique de la condition humaine. C’est omettre également dans le raisonnement que c’est souvent au nom de la famille, de la loyauté au clan que l’individu peut aussi justifier des conduites déviantes ou le fait de faire passer l’intérêt des siens avant l’intérêt général. L’existence d’une famille peut ainsi au contraire être vue comme un risque de népotisme qui détournerait l’homme de pouvoir de ses devoirs envers la Cité.

On met souvent en avant, dans la République romaine, l’honneur des pères qui n’hésitèrent pas à exécuter leur fils pour avoir gravement manqué aux lois de Rome ou à la discipline militaire. Il s’agit ici de mettre en scène le sens du devoir des dirigeants, en montrant que l’homme dévoué à l’État et au bien public, fait passer ceux-ci avant sa famille. Autrement dit, ces mythes ou histoires édifiantes font du lien familial, un risque pour l’intérêt général et non un atout pour y accéder, contrairement au discours de Guillaume Peltier.

Churchill, Roosevelt et Hitler

Avoir ou non des enfants est une décision intime, et parfois n’est pas de l’ordre de la décision. Certains couples n’y arrivent pas, d’autres ne le peuvent pas, d’autres enfin ne le souhaitent pas. Etre père ou mère n’est pas un gage d’équilibre mental, de maturité et ne présage en rien de nos capacités, cette donnée n’est pas signifiante. Je me souviens d’un message qui circulait sur internet lorsque j’étais plus jeune, il s’agissait de choisir le meilleur dirigeant entre ces trois profils : le premier était alcoolique, sujet à la dépression et piètre gestionnaire de ses deniers. Le second était atteint d’une maladie invalidante, mentait sur sa santé et était connu pour tromper sa femme. Le troisième était sobre, en bonne santé et n’avait qu’une seule compagne. A priori, le bon sens pousse à choisir le 3ème profil. Porteur de toutes les garanties en termes de tenue et de bienséance. Sauf que le premier personnage est Churchill, le second Roosevelt et le dernier, Hitler.

L’École: du temps de cerveau humain disponible pour Coca-Cola et l’islamisme

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DR.

Notre collaborateur s’est attelé à la refonte de son ouvrage de 2006, Une école sous influence, où, parmi les premiers, il dénonçait la mainmise islamique sur des élèves auxquels on n’apprenait plus rien. Les faits lui donnaient raison à l’époque, et l’ont malheureusement conforté, ces vingt dernières années, dans sa conviction : si on laisse une cervelle inoccupée, elle s’emplit de n’importe quel prêt-à-penser sous la forme d’un prêt-à-croire. Il soumet ici à la sagacité (et à la critique) des lecteurs ce qui devrait être son premier chapitre.


Sans doute vous rappelez-vous la splendide formule de Patrick Le Lay, alors président-directeur-général du groupe TF1 : « Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible ».
Autant donner la citation dans son contexte (in Les Dirigeants face au changement, Editions du huitième jour, 2004) :
« Il y a beaucoup de façons de parler de la télévision. Mais dans une perspective business, soyons réaliste : à la base, le métier de TF1, c’est d’aider Coca-Cola, par exemple, à vendre son produit. Or, pour qu’un message publicitaire soit perçu, il faut que le cerveau du téléspectateur soit disponible. Nos émissions ont pour vocation de le rendre disponible : c’est-à-dire de le divertir, de le détendre pour le préparer entre deux messages. Ce que nous vendons à Coca-Cola, c’est du temps de cerveau humain disponible.
« Rien n’est plus difficile que d’obtenir cette disponibilité. C’est là que se trouve le changement permanent. Il faut chercher en permanence les programmes qui marchent, suivre les modes, surfer sur les tendances, dans un contexte où l’information s’accélère, se multiplie et se banalise.
« La télévision, c’est une activité sans mémoire. Si l’on compare cette industrie à celle de l’automobile, par exemple, pour un constructeur d’autos, le processus de création est bien plus lent ; et si son véhicule est un succès il aura au moins le loisir de le savourer. Nous, nous n’en aurons même pas le temps ! »

Évidement des jeunes cervelles

J’ai dit « splendide formule », parce qu’il est rare qu’un chef d’entreprise avoue avec un cynisme aussi parfait quel est son but final. Et aussi parce que, comme toute formule vraie, elle marche avec n’importe quel exemple. Tenez : 
« À la base, la fonction actuelle de l’enseignement de l’ignorance, selon la belle formule de Jean-Claude Michéa, c’est d’aider Tariq Ramadan, les Frères musulmans et l’Internationale woke à vendre leurs produits. Et pour cela, nous leur fournissons du temps de jeune cerveau humain disponible ».

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Il y a deux leviers dans ce processus, activés en même temps. D’un côté, la logique ultime de la société du spectacle, où Télévision et Ecole fournissent non des savoirs mais des divertissements — ce qui, au sens pascalien originaire du texte, signifie un détournement de l’esprit vers des sujets annexes ludiques et vides de sens. D’un autre côté, les pédagogies de l’évidement des jeunes cervelles offrent aux divers fanatismes qui actuellement se disputent la possession de ces espaces vierges un merveilleux champ d’expérimentation.

Si vous n’apprenez pas en classe que la Terre est ronde, alors qu’on le sait au moins depuis le Vème siècle av. J.C., ce qui a amené bien des explorateurs à se lancer dans des expéditions lointaines, Pythéas à l’extrême nord, Hannon ou Euthymènes au sud… Si vous n’apprenez pas en classe que la Shoah a fait 6 millions de morts, et que le Grand Muphti de Jérusalem l’approuvait entièrement, comment voulez-vous que des banlieusards fanatisés par des prêches et des médias incontrôlés ne pensent pas qu’Israël a inventé les crimes du Hamas ?

Revenons à Patrick Le Lay. Tous les mots dans son explication ont un sens précis. Par exemple, lorsqu’il note que « la télévision, c’est une activité sans mémoire », il touche au plus près du fonctionnement majeur de notre présent : il n’a pas de passé.

C’est un fait sidérant, et essentiel : les jeunes ignorent qu’il s’est passé quelque chose avant leur naissance — pas même que leur père a mis son p’tit zinzin dans le p’tit machin de leur mère, comme chantait le regretté Henri Dès. Rien. L’Histoire commence avec la génération Z.

L’islam procède de même. Et pour être tout à fait cohérent, il élimine, dès qu’il en a l’occasion, toutes les traces des civilisations qui l’ont précédé —parce qu’il n’est pas lui-même une civilisation, contrairement à ce qu’affirment les béats de l’islamisation, mais la négation de toutes les autres. Il dynamite les bouddhas de Bamian, exécute le directeur des antiquités de Palmyre, attaque le musée du Bardo en Tunisie.

© Pascal Fayolle/SIPA

En 2015, j’écrivais sur ce dernier événement : « La « destruction des idoles » ne suffit pas à expliquer cet acharnement, au marteau-piqueur ou à la kalachnikov, à bousiller des œuvres d’art : il s’agit d’éradiquer le Temps. Les témoignages du Temps. D’en finir avec l’Histoire par d’autres voies que celles qu’avait imaginées Francis Fukuyama ».

À un dieu incréé doit correspondre un monde immuable. Terre brûlée et tabula rasa. L’islam est la religion d’un désert qui entend le rester.

Pourquoi tant d’élèves musulmans méprisent-ils ce qu’on cherche à leur enseigner ?

D’ailleurs, chaque fois que l’islam a rencontré dans ses rangs un savant, il a tout fait pour l’éliminer. Il met Avicenne en prison, et en 1182, le calife Abu Yusuf Yaqub al-Mansur lance contre Averroès une campagne de diffamation et d’interdictions qui amènera le philosophe à être exposé à la risée publique dans la mosquée de Cordoue, et finalement exilé jusqu’à sa mort. Chance, il n’a pas fini empalé.
Ah, ils ont bonne mine, les thuriféraires d’Al-Andalus !

D’où la répugnance aux études de nombre d’élèves musulmans. Pas tous : il en est qui ont réfléchi, et qui ont choisi la voie du savoir — et très probablement celle de l’agnosticisme : on estime à 40% le nombre de musulmans athées. D’où leur contestation de tout ce que dit le prof — et surtout, de tout ce que dit la prof : le mépris des femmes, qui se révèle si bien dans les sacs-poubelles dont ils les obligent à se vêtir, s’étend aux enseignantes, y compris dans le Supérieur. Manque de pot, elles sont majoritaires dans la plupart des disciplines, aujourd’hui. Ah, l’identification est bien difficile pour les garçons !

A lire aussi, du même auteur: Le Recteur de Paris démissionne, la ministresse est toujours là: le monde à l’envers de l’Educ-Nat

En revanche, ces mêmes croyants sont de grands consommateurs de boissons sucrées, ce qui entraîne une double épidémie, d’obésité d’abord et de diabète ensuite. Un médecin à qui ses patients musulmans et diabétiques demandaient s’ils pouvaient quand même faire le ramadan leur répondait de façon impavide : « Vous pouvez — mais vous mourrez ». Et de leur expliquer que le Coran a prévu la dispense de jeûne pour les malades. Mais qui va croire la parole d’un roumi, quand le premier prêcheur inculte venu de Turquie ou d’outre-Méditerranée affirme le contraire ?

Il n’y a qu’à voir, dans les marchés musulmans de ma bonne ville de Marseille, les pyramides de boissons sur-sucrées aux couleurs chatoyantes. Leur consommation fait partie de la stratégie du canapé chère aux institutionnels du divertissement télévisé, quand la seule activité physique consiste à appuyer sur les touches d’une télécommande.

Au même moment, on apprend que l’organisation des Jeux olympiques, à Paris, a affermé l’événement à la société Coca-Cola. Comme l’écrivait Le Monde dès septembre 2023 : « Parrain officiel du relais de la flamme, expliquent dans le « quotidien du soir » les docteurs Pierre-Vladimir Ennezat et Guillaume Sarre, Coca-Cola a également obtenu le privilège d’avoir son image jouxtant celle des porteurs du flambeau. La multinationale est une nouvelle fois associée à l’idéal d’un esprit sain dans un corps sain, visant ainsi à être assimilée, dans l’esprit du grand public, à une boisson pour sportifs.
« Pourtant, l’organisation des JO en France était une belle occasion pour promouvoir la santé et réduire nos dépenses de soins abyssales. Malheureusement, le choix de Coca-Cola comme sponsor n’incite pas à l’optimisme. Car il est bien documenté que la consommation de boissons sucrées (jus de fruits et sodas) provoque un dérèglement métabolique contribuant largement à une pandémie meurtrière et silencieuse : celle des maladies chroniques dites « non transmissibles ». »

Le slogan doit changer, et les J.O. peuvent le partager avec l’Ecole : Un esprit malsain dans un corps malade — ou le contraire, à votre guise.

Une école sous influence ou Tartuffe-roi

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Une alchimie bien hermétique

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Léa SEYDOUX et George MACKAY, "La Bête", Bertrand BONELLO (2024) © Carole Bethuel / Ad Vitam Distribution

Dans un futur proche où règne l’intelligence artificielle (original!), les émotions humaines sont très mal vues. Léa Seydoux et Bertrand Bonello nous ennuient avec leur film SF en VF lourdingue.


Depuis Tiresia (2002), Bertrand Bonello, 56 ans, scénariste, réalisateur, musicien, en outre coproducteur de ses propres films, suit un itinéraire esthétique qui s’évertue à déjouer les attentes, quoique balisé par quelques motifs récurrents : la hantise du temps qui advient (au passé comme au futur), la menace de la catastrophe, la difficulté d’aimer… Son dixième long métrage se porte à bonne distance du court, énigmatique et capiteux roman de Henry James, La Bête dans la jungle, auquel il emprunte son titre, et dont il est censé s’inspirer. La bête du pressentiment tragique s’incarne ici, non pas dans l’Angleterre édouardienne, mais dans le colloque sentimental de Gabrielle (Léa Seydoux) et de Louis (campé par l’excellent acteur britannique George MacKay, rôle de prime abord dévolu à feu Gaspard Ulliel, disparu prématurément comme l’on sait dans un accident de ski). La liaison prend corps dans trois époques: en 1910, dans un Paris inondé par la fameuse crue de la Seine; en 2014 à l’âge du virtuel et des réseaux sociaux ; et en 2044, dans un univers où l’intelligence artificielle a définitivement terrassé les affects.


Une toile, trois ambiances

Intrigue labyrinthique, étagée dans le temps et dans plusieurs espaces géographiques, dont la signature ressortit davantage à un échafaudage intellectuel qu’à une foisonnante construction romanesque. Sous le signe d’Arnold Schönberg dont la bande-son exhumera un passage (tronqué) du génial sextuor à cordes La Nuit transfigurée, Gabrielle s’incarne d’abord dans une pianiste d’avant-garde de la Belle Epoque, jeune femme élégante et mondaine (Léa Seydoux fera l’essayage d’une bonne dizaine de jolies robes d’époque) qui, épouse morose d’un industriel de poupées, courtisée au passage par le couturier Paul Poiret, s’énamoure entre salon, loge d’opéra et véranda, d’un ravissant dandy rêveur à la mise coquettement collet monté, Louis.

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On croit comprendre qu’en fait, Gabrielle, soudain transportée dans un futur proche de notre présent (en 2044, donc), est soumise à un programme scientifique visant à purger son ADN des traumas subis dans ses vies antérieures… Dans sa troisième incarnation, Gabrielle, jeune comédienne au chômage en quête de castings, garde en l’absence des propriétaires une opulente villa moderniste perchée dans les hauteurs de Los Angeles, tandis que Louis s’est mué en harceleur névrosé s’apprêtant à venger dans le sang son supposé manque d’amour (toujours puceau, il ne peut aimer les femmes qu’en rêve) –  nouvel avatar de ces juvéniles serial killers que cultive l’Amérique du Nord.

Propos assez vain

Une chiromancienne de mauvais augure apparaît à l’occasion à Gabrielle, dans une dimension onirique qui ne se prive pas de piller David Lynch de façon quasi littérale. Tantôt allongée nue dans un bain d’eau noire régénérateur, tantôt nageant en sylphide dans une cave envahie par les eaux, l’héroïne solitaire se verra également instiller une piqûre dans l’oreille par un robot d’anticipation, sera draguée à l’occasion par une poupée-robot lesbienne de race noire (Guslagie Malanda)…

L’exercice de style a ses limites. Déjà, on s’en souvient, le cinéaste de L’Apollonide (2011) ou de Saint-Laurent (2014)  nous avait gratifié en 2016 d’un Nocturama (film qu’on peut revoir actuellement sur Netflix) désancré de toute réalité plausible où, dans un Paris en état de siège, une improbable bande de teenagers bon genre (leur obédience islamiste prudemment évacuée au passage) fomentait une série d’attentats à la bombe simultanés, pour finir piégée dans les rayons de la Samaritaine, fatalement pris sous la mitraille du GIGN…


Cette déréalisation est décidément la marque de fabrique d’un cinéaste dont l’ésotérisme abscons agace d’autant plus qu’il ne débouche, en somme, que sur un propos assez vain, plus ennuyeux que stimulant. Même les idées du générique de fin, à scanner sur QR Code, ou encore des green screen sur lesquels Léa Seydoux introduit et clôt son apparition, semblent relever davantage de la pose intellectuelle que d’enjeux esthétiques vitaux. N’est pas alchimiste qui veut.                    

La Bête. Film de Bertrand Bonello. Avec Léa Seydoux, Georges MacKay, Guslagin Malanda. France, couleur, 2023. Durée : 2h26.

Dali, c’est raté

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Jonathan Cohen © France 3 Cinéma

On n’est (vraiment) pas obligé de faire un « biopic » sur tout le monde


La tendance de ce début d’année, c’est biopics tous azimuts : de Florence Arthaud à Pierre Bonnard, en passant par Priscilla Presley et Bob Marley, personne ne semble pouvoir échapper à cette mode généralement désastreuse.

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Le Daaaaaalí ! de Quentin Dupieux n’échappe hélas pas à la règle. Certes, le cinéaste se moque (très gentiment) du personnage médiatique composé par l’artiste, mais l’ensemble reste à ce premier degré. Seule originalité (toute relative), le peintre espagnol est incarné à l’écran par plusieurs acteurs successifs, entre autres Jonathan Cohen, Édouard Baer et Gilles Lellouche : plusieurs cabots sont nécessaires pour interpréter le cabot Dalí.

On est en droit de trouver l’argument un peu court. Le film l’est aussi (78 minutes), ce qui s’avère être sa principale qualité.