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Nantes: le silence pesant de Johanna Rolland

Si LFI se maintient face à elle au second tour, Foulques Chombart de Lauwe devrait l’emporter


Nantes: le silence pesant de Johanna Rolland
La maire sortante de Nantes Johanna Rolland, Paris, 20 janvier 2026 © ISA HARSIN/SIPA

La maire de Nantes, numéro 2 du PS, est prise en étau entre possible défaite aux municipales et compromission avec LFI.


Il y a des images et des attitudes dont un parti ne se remet pas. Et il y a des mots qui, une fois prononcés, ne s’effacent plus. Et il y a un mort. Quentin Deranque avait 23 ans. Le 12 février 2026, en marge d’un meeting de Rima Hassan à Sciences-Po Lyon, ce jeune homme assurant la sécurité bénévole de militantes du collectif Némésis a été passé à tabac par au moins six antifas masqués et cagoulés. Parmi eux, Jacques-Élie Favrot (assistant parlementaire en titre du député LFI Raphaël Arnault, fondateur de la Jeune Garde). Malgré l’horreur de ce lynchage, LFI a choisi de ne pas rompre avec sa milice.

« Ok Jean-Marie Le Pen » : Mélenchon s’enfonce

Si l’assassinat du jeune Quentin constitue la plus grave ignominie récente impliquant LFI, c’est une autre séquence, survenue dans les jours suivants, qui a précipité l’isolement définitif de LFI. Et qui éclaire, à Nantes comme ailleurs, l’impossibilité croissante de toute alliance avec ce parti.

Le 26 février 2026, en meeting à Lyon, Jean-Luc Mélenchon fait du Le Pen en « ironisant » sur la prononciation du nom du criminel sexuel américain Jeffrey Epstein : « L’affaire Epstein ? Ah, je voulais dire Epstine, pardon ! Cela fait plus russe, alors maintenant vous direz Einstine au lieu d’Einstein, Frankenstine au lieu de Frankenstein. Voilà, tout le monde comprend comment il faut faire. » La salle est hilare. Comme l’avait fait Jean-Marie Le Pen, le gourou insoumis joue sur la consonance juive d’un patronyme pour insinuer un complot visant à dissimuler l’origine d’Epstein. Un ressort antisémite classique : celui du nom comme marqueur d’appartenance.

Quelques jours plus tard, le 1er mars à Perpignan, il récidive en prononçant délibérément mal le nom de l’eurodéputé Place publique Raphaël Glucksmann : « Monsieur Gluckman… Glucksmann pardon… après j’en ai pour des heures. » Même mécanique, même public hilare. La réponse de Glucksmann sur X est cinglante et laconique : « Ok Jean-Marie Le Pen. » Le parallèle est dévastateur : Jean-Marie Le Pen avait été condamné par la justice pour son fameux « Durafour crématoire », jeu de mot associant le nom d’un ministre juif aux fours des camps nazis. Deux occurrences en moins d’une semaine ne constituent plus un lapsus. Elles dessinent une stratégie. Celle d’un Mélenchon qui a compris qu’il ne serait jamais président, et dévoile son vrai visage. A défaut de gagner dans les urnes, il cherche le chaos et la guerre civile.

Cette fois, plus personne ne peut faire semblant d’ignorer l’antisémitisme de LFI, y compris à gauche.

Au PS, la rupture se dit tout haut. Sauf pour l’instant à Nantes

L’onde de choc nationale a des conséquences directes sur la politique locale nantaise. François Hollande a été d’une clarté absolue sur BFMTV : « Je considère que la relation avec LFI est terminée, elle est rompue. Il ne peut pas y avoir, pour les élections qui viennent, d’alliances entre les socialistes et La France insoumise. » Jérôme Guedj, Carole Delga, Pierre Jouvet — la liste des socialistes qui refusent toute alliance avec LFI s’allonge chaque jour. Le mouvement Place publique a, de son côté, confirmé sans équivoque n’avoir conclu « aucune alliance, même locale et isolée, avec La France insoumise » dans toute la France, rappelant que l’antisémitisme « n’a pas sa place dans notre société » et qu’ « aucune complaisance, aucune ambiguïté, aucun sous-entendu ne peuvent être tolérés ».

A lire aussi, Foulques Chombart de Lauwe et David Angevin : En finir avec la gauche radicale dans nos mairies

À Nantes, le premier adjoint de Johanna Rolland, Bassem Asseh, a clairement exprimé sur X — comme d’autres cadres du PS local — l’incompatibilité fondamentale entre les valeurs républicaines et une alliance avec un parti qui accumule impunément les sorties antisémites. Sa position rejoint celle d’une majorité des leaders socialistes : après la mort de Quentin, après les blagues de Mélenchon sur les noms juifs, s’allier avec LFI reviendrait à cautionner la dérive raciste et violente de LFI.

Le dilemme cornélien de Johanna Rolland

Le sondage Odoxa commandé par Foulques Chombart de Lauwe (candidat unique de le droite et du centre à Nantes) et publié par Le Point a mis en lumière une réalité arithmétique : dans une triangulaire au second tour, la maire sortante est donnée perdante à 40 % contre 42 % pour son challenger de droite, avec LFI maintenu à 18 %. Si Johanna Rolland fait alliance avec LFI, elle atteindrait 54 % et la mairie serait conservée. Sans cette alliance, Nantes basculerait à droite pour la première fois depuis des décennies.

Numéro deux du Parti socialiste au plan national, Johanna Rolland se retrouve face au choix le plus difficile de sa vie politique. Si elle accepte la main des Insoumis pour conserver son fauteuil, elle envoie un signal dévastateur : que la conservation du pouvoir vaut plus que les principes, que les blagues de Mélenchon sur les noms juifs sont un détail négligeable, que le sang de Quentin et les milices encadrées par des élus LFI ne constituent pas un obstacle rédhibitoire. Elle contredirait frontalement la ligne de son propre camp. Elle affaiblirait la reconstruction du PS en tant que force républicaine identifiée à des valeurs claires. Et elle offre à Chombart de Lauwe l’argument massue pour la suite de la campagne : « Johanna Rolland s’est alliée aux antisémites pour garder sa mairie. »

Foulques Chombart de Lauwe l’a d’ailleurs exprimé sans détour, interpellant publiquement la maire sortante sur une éventuelle « alliance de la honte » : « Est-ce qu’elle vend ses propres valeurs politiques pour un poste ? »

Chombart de Lauwe ou la droite enfin soudée

De l’autre côté de l’échiquier, Foulques Chombart de Lauwe a réussi un pari qu’on jugeait impossible il y a dix-huit mois : fédérer l’intégralité de la droite et du centre nantais, de LR à Renaissance en passant par Horizons, le MoDem, et Nouvelle Énergie, parti de David Lisnard. L’ancienne ministre centriste Sarah El Haïry figure en numéro deux sur sa liste. Bruno Retailleau, David Lisnard, Gabriel Attal se sont déplacés pour le soutenir. Son premier grand meeting à la Cité des congrès a réuni 1 200 personnes et refusé du monde. Une dynamique jamais vu dans le camp conservateur nantais. Il a exclu toute alliance avec le Rassemblement national, au premier comme au second tour, désarmant ainsi l’une des principales attaques de ses adversaires.

Sa stratégie de campagne est claire : outre le bilan calamiteux du PS à Nantes, devenue une ZAD géante, Chombard insiste sur l’ignominie morale de LFI. Il n’a pas attendu le sondage pour pointer le paradoxe : « Depuis 12 ans, rien ne va entre le PS et l’extrême gauche LFI. Tout les oppose, mais ils s’allient pour se maintenir au pouvoir. » Dans cette configuration, chaque jour sans réponse claire de Johanna Rolland sur l’alliance LFI est un jour supplémentaire où Chombart de Lauwe peut légitimement demander aux Nantais : sera-t-elle républicaine ?

À douze jours du premier tour, une seule question structure désormais la campagne nantaise, au-delà des programmes, des promesses et des sondages : Johanna Rolland, numéro deux du Parti socialiste français, aura-t-elle le courage de dire ce que ses propres alliés disent déjà : qu’une alliance avec le parti de Jean-Luc Mélenchon, celui qui a laissé sa milice impunie et qui plaisante en meeting sur les noms juifs, est devenue moralement impossible ? La réponse à cette question ne sera pas seulement nantaise. Elle dira quelque chose de l’état de la gauche française, de sa capacité à choisir les principes plutôt que les strapontins, de sa sincérité dans la lutte contre l’antisémitisme quand ce combat a un coût électoral. Les Nantais attendent. Le silence de Johanna Rolland commence à ressembler à une réponse.



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Romancier, journaliste, conseiller politique, createur de l'Université du Futur

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