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Quand les exilés de Dubaï pleurnichent

"Influvoleurs" : leur paradis fiscal explose


Quand les exilés de Dubaï pleurnichent
«Pauvre homme ! » L'influenceuse Nabilla exilée à Dubai depuis 2019 a taclé Tibo InShape après un message sur les frappes iraniennes. Photos DR.

Ils ont fui la « France pourrie » et ses impôts pour le soleil de Dubaï. Soudain, les missiles iraniens les ont rattrapés. Résultat : passeport brandi, larmes de crocodile et hurlements : « La France, protégez-nous ! » Et le contribuable, comme toujours, devrait casquer…


Dubaï s’embrase. Pas en un feu d’artifice sponsorisé par une marque de luxe, mais en traînées de missiles iraniens qui déchirent le ciel au-dessus des piscines à débordement.

Les influenceurs français, ces champions de l’évasion fiscale en string léopard, filment leur terreur en live, passeport tricolore brandi comme un bouclier anti-missile. Quatre ans à cracher sur la France — « pays de nazis fiscaux », « trou à rats woke », « machine à braquages » — et au premier boom, le disque rayé change de face : « Macron, sors-nous de là ! France, protège-nous ! »

Bienvenue au spectacle des ingrats en mode PLS. Ceux qui ont sucé le contribuable jusqu’à la moelle, l’ont insulté en stories monétisées, et qui exigent maintenant qu’il les sorte du merdier qu’ils ont choisi pour zéro impôt. Plongeons sans combinaison dans le marécage de cette hypocrisie dorée.

Le patriotisme d’urgence : quand un missile fait dégouliner le mascara et réveille le Français qui sommeillait

Ils avaient fui pour le soleil gratuit, les villas à dix millions et la « sécurité » émiratie vendue comme un coffre-fort inviolable. Puis les missiles iraniens, riposte furieuse aux frappes US-Israël ayant liquidé Khamenei, ont transformé la Marina en champ de tir géant.

Maeva Ghennam, ex-Marseillais, trois millions d’abonnés (on se demande bien qui ils sont, et on frémit à la réponse), se filme en panique totale, passeport coincé dans le décolleté : « On a tous nos passeports ici dans nos tétés : on est des Français hein, oh la France, protégez-nous ! » Elle avoue avoir « crié comme une hystérique », pleuré, et même « fait pipi dans sa culotte » (sic). Hilarant. Quelques mois plus tôt, elle vomissait encore : « Pour rien au monde je ne rentrerai vivre en France. » La même qui, après un contrôle douanier en 2024, crachait : « La justice en France, je peux plus. À Dubaï, personne ne nous braque. » Sauf que les braqueurs, cette fois, s’appellent Fateh ou Qiam ??, et eux ne demandent pas de papiers, ils n’en ont pas besoin.

Benjamin Samat, ce phare de la pensée issu des eaux troubles de la téléréalité, hurle contre les moqueurs : « Se faire réveiller par des missiles qui explosent en pleine nuit, je le souhaite à personne, sauf à vous, bande de chiens ! » Le même qui glorifiait le paradis où l’on échappe aux « gens qui viennent nous braquer et nous chier dessus ». Jazz Correia, cash en caméra cachée en 2021 : « Je déteste la France ! Moi très clairement, je la déteste. » Revenus : jusqu’à 300 000 euros mensuels. Le prix du vide intersidéral entre deux oreilles. Zéro au fisc français, merci les free-zones. Aujourd’hui, elle chiale. Le patriotisme, chez ces gens-là, est un interrupteur : off pour les taxes, on pour les évacuations d’urgence. Méprisable ne suffit même plus.

La ménagerie des pleurnichards : portraits au vitriol d’une caste en mode survie

Maeva, Jazz, Benjamin, Agathe Auproux, Élodie Gossuin, Diego El Glaoui, Laura Lempika, Fidji Ruiz… Un best-of des Marseillais en version Apocalypse Now. Tous ont bâti leur empire sur le dos des vues françaises : placements produits, contrats avec des marques tricolores, audience hexagonale crédule et lobotomisée. Puis dès que l’argent a commencé à pleuvoir, tous ont filé aux Émirats pour snober l’impôt sur le revenu, les cotisations, la « France qui taxe jusqu’au trognon ». Setup société : 5 000 à 10 000 euros, zéro impôt sur revenus et dividendes. Le rêve humide du parasite professionnel.

Le mépris ? Quotidien, rentable, assumé sans vergogne. La France « pourrie », « socialiste », « woke jusqu’à la nausée ». Dubaï : « safe », « propre », « méritocratique », on se demande bien quel mérite ils invoquent, eux dont la valeur ajoutée à la civilisation humaine est strictement négative. Jusqu’au premier intercepteur qui pète au-dessus de la Burj. Là, la France redevient la nounou providentielle, l’État sauveur, le pays dont on agite le passeport comme un sésame anti-missiles. Nabilla vole au secours de Maeva dans un élan de solidarité de caste qui aurait fait ricaner Balzac.

Tibo InShape, resté en France et payant ses impôts – détail apparemment révolutionnaire dans ce milieu – balance le tweet fatal : « Les influenceurs de Dubaï, finalement, on est bien en France, n’est-ce pas ? » Réponse de Nabilla : « Pauvre homme. » Difficile, pour un cerveau à peine plus évolué que celui d’un gastéropode oublié sur la plage artificielle de Jumeirah, d’articuler davantage. Le niveau du débat : stories, emojis, larmes de crocodile premium. D’un affligeant consommé.

Répétons-le sans gants, puisque la politesse serait ici une faute de goût : ces exilés ne sont pas des stratèges fiscaux de génie égarés sous les projecteurs. Ce sont des rebuts de téléréalité dont le business model repose entièrement sur le filtre Instagram et le bling revendu à des adolescents français lobotomisés par des années de contenu à zéro calorie intellectuelle. Ils dénigrent sans relâche un pays qu’ils n’ont jamais compris – ou jamais eu la capacité de comprendre. La France « qui n’offre rien », sauf l’audience qui les a enrichis, sauf la Sécurité sociale qu’ils fuient mais qu’ils invoqueraient au premier mal de gorge, sauf les routes, les écoles, les hôpitaux financés par les pigeons qu’ils méprisent en story sponsorisée.

Leur rapacité n’est pas un vice, c’est leur oxygène, leur identité, leur unique talent. Gagner des fortunes sur le dos du contribuable français, puis lui refuser le moindre centime. Monter des structures-écrans aux Émirats pour garder le cash immaculé. Et quand la géopolitique fait sauter le décor en carton-pâte, hurler au secours de la même France qu’ils ont piétinée entre deux placements produits. Quelques saillies savoureuses ont au moins eu le mérite de nommer les choses : Bruno Poncet aux Grandes Gueules sur RMC : « Ils sont partis, ne paient pas d’impôts en France, crachent sur la France et nous demandent de l’aide. Si Dubaï c’est si bien, qu’ils y restent jusqu’au bout. » Bastos va plus loin, avec une concision admirable : « Si tu veux revenir, tu paies. »

La vache à lait insultée, vidée, puis suppliée en pleurs

Le contribuable français, ce dindon consentant et récidiviste, finance donc leur rapatriement potentiel. Vols spéciaux, crise au Quai d’Orsay, Jean-Noël Barrot qui répète « priorité absolue » avec la conviction d’un homme qui sait pertinemment qu’il sauve des gens qui le détestent. Principe républicain touchant dans sa naïveté : la France protège les siens, sans scanner le bulletin de paie fiscal. Sauf que ces clowns ont sciemment choisi une poudrière géopolitique pour des motifs purement vénaux, les yeux ouverts, le portefeuille grand ouvert, la conscience hermétiquement close.

La loi permet de leur refiler la facture – « jusqu’à 100 000 euros par tête », ricane Charles Consigny sur RMC. « On les fait payer jusqu’au dernier centime. » Vincent Moscato : « Ils font honte à la France. » Guillaume Durand, laconique et définitif : « Chouineurs. » Et le contribuable paie. Comme il a payé leurs écoles, financé leur notoriété, alimenté leurs premières vues. Comme il paie encore via les marques qui les gavent. La boucle est infernale et parfaitement absurde : cracher sur le pays, le fuir, le haïr, puis exiger qu’il vous sauve et repartir cracher dessus dès que l’avion a atterri. C’est d’une stupidité, d’une cohérence presque admirable, si elle n’était pas si coûteuse.

Doit-on les rapatrier, ou les laisser méditer sur le tarmac ?

À titre personnel, la seconde option conserve un charme certain. Néanmoins, la France, dans son masochisme patriotique légendaire, les rapatriera sans doute. Comme elle l’a toujours fait pour les fuyards opportunistes, comme elle protège même ceux qui la vomissent avec application. C’est sa grandeur tordue, sa faiblesse congénitale, ce réflexe de la main tendue que rien n’éteint – pas même la gifle permanente.

Le goût de bile, lui, demeure. Ces exilés fiscaux sont le reflet grossi, caricatural, définitif de la France qu’ils prétendent haïr : une nation qui tolère l’ingratitude industrielle, finance ses propres fossoyeurs et ouvre grand les bras à ceux qui lui ont craché dessus en story monétisée. Leur avidité n’excuse rien. Ils ont choisi Dubaï pour l’argent facile et le ciel sans nuages. Qu’ils en boivent les explosions jusqu’à la lie. Dans le monde réel, on les laisserait cuire sur le bitume. Dans la nation-France, on leur tend la main – et le contribuable signe le chèque en fermant les yeux. La différence ? Le pigeon paie. Toujours. Pendant que les rapaces, une fois rentrés, reprendront leurs stories, l’air de rien : « La France, finalement, c’est pas si mal… pour se faire rembourser les implants. » Et le cirque reprendra. Jusqu’au prochain missile. Ou au prochain redressement fiscal. On a le droit de rêver.




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