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10 septembre 2001, le jour d’avant

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Le 11-Septembre a balayé nos certitudes d’Occidentaux


Tout a déjà été écrit sur le 11 septembre 2001, sur les jours et sur les années qui ont suivi, jusqu’à aujourd’hui, car plus jamais, depuis cette date qui sonne comme une déflagration, le monde ne fut comme avant. Et le monde d’avant, nous disait-on, allait nous entraîner en pente douce vers le triomphe de l’Occident et de son libéralisme… 

Le conflit des civilisations larvait pourtant et Ben Laden finit par réveiller Clio, muse de l’Histoire, dont on doute aujourd’hui qu’elle puisse retrouver le sommeil. Le 10 septembre donc ressemblait à peu près à ceci pour des jeunes qui, à l’époque, avaient la vingtaine et n’avaient connu ni la Guerre froide, ni les chocs pétroliers et n’avaient pas encore atteint la dizaine au moment de la chute du Mur. Nous nous préparions à entamer une nouvelle année académique et, pour financer nos sorties, nous accomplissions des jobs d’étudiants plus ou moins bien rémunérés. Entre copains, nous nous écharpions à propos de nos clubs de football respectifs, avec la perspective de la journée de Champions League du lendemain. Nous draguions maladroitement en multipliant des SMS aux filles que nous convoitions ; parfois, elles nous répondaient, souvent elles ignoraient nos avances.

Nous sommes tous Américains

Les plus à gauche parmi nous raillaient les étourderies de George W. Bush, ce président un peu plouc que j’avais décidé de soutenir par esprit de contradiction. Les plus littéraires avaient lu American PsychoL.A. Confidential et Autant en emporte le vent ; les cinéphiles s’étaient contentés d’en voir les films. Les hamburgers dans nos assiettes et les Coca-Cola sur les tables signaient notre américanisation dont nous ne savions que penser.  Le lendemain, nous serions de toute façon tous Américains ; deux ans après, au moment de la guerre en Irak, tous anti-Américains ; et une décennie plus tard, nos sentiments à l’égard de l’Oncle Sam commenceraient à varier en fonction de la personnalité du pensionnaire de la Maison Blanche…

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Pour fixer notre rendez-vous de ce soir-là, nous avions usé de nos premiers téléphones portables, un Nokia pour la majorité d’entre nous. Les réseaux sociaux n’avaient pas encore envahi nos vies ni bouleversé notre rapport aux autres. La télé-réalité n’en était qu’à ses balbutiements et personne, en dehors de quelques farfelus, n’avait vraiment entrepris de faire de sa vie un spectacle durant davantage que le quart d’heure warholien. Nous n’avions pas encore Wikipedia, qui naîtrait à peu près à cette époque, et encore moins les outils de l’intelligence artificielle, pour nos recherches rapides.

Insouciance perdue

Surtout, nous étions insouciants, épris de notre sécurité car certains que rien de fâcheux n’arriverait de notre vivant. Le commandant Massoud venait d’être assassiné, mais cela ne préfigurait à nos yeux rien de l’enchaînement qui allait dès le lendemain plonger le monde dans le chaos. Le dragon chinois était certes réveillé, mais ne constituait pas une menace existentielle. La Russie poutinienne peinait encore à effacer les affres de décennies de communisme et d’ouverture soudaine aux marchés. Deux mois auparavant, un de ces professeurs qui se sont trompés sur tout avait peu apprécié que je lui suggérasse l’avènement d’un monde multipolaire basé sur les civilisations de Huntington. Pour le reste, le réchauffement climatique n’avait pas encore décidé de tous nous tuer, le wokisme de nous culpabiliser et Black Lives Matter de faire de nous des racistes systémiques.  


À plusieurs milliers de kilomètres de notre tablée, ce 10 septembre 2001, les 3000 personnes qui ont aujourd’hui leur nom gravé à l’emplacement des anciennes tours du World Trade mangeaient les mêmes burgers et avaient des préoccupations similaires aux nôtres : dans cette Amérique qui n’avait déjà plus rien de celle de John Wayne, leurs conversations tournaient sans doute autour des Yankees qui s’apprêtaient à affronter les White Sox, du dernier album d’Alicia Keys qui occupait la tête du hit-parade, du cours de la bourse, de l’été qui se terminait, des amis, des amours et des emmerdes, sans savoir que ce soir-là serait leur dernier. Pearl Harbour, retraçant ce qui était encore la plus grande attaque jamais commise sur le sol américain, figurait depuis quelques semaines à l’affiche des cinémas.

En même temps que les tours, tout s’est donc effondré le lendemain, à commencer par nos certitudes. Chacun se souviendra toujours ce qu’il faisait ce jour-là. Les plus madrés comprirent instantanément que le monde serait différent, sans deviner l’enchaînement qui allait mener de la guerre en Afghanistan aux attentats qui secouèrent l’Europe. Les complotistes trouvèrent dans cet événement planétaire et dans les nouvelles technologies qui pointaient le premier fait sur lequel asseoir leur révisionnisme. Déjà, le « pas d’amalgame » sévissait dans les rangs de la gauche qui, vingt-cinq ans plus tard, n’a toujours rien compris et s’allie désormais avec les islamistes. Très peu ont tiré les leçons de ce qui s’est passé, avec pour conséquence, l’installation du conflit de civilisations jusque dans nos villages isolés. Assurément, en analysant le monde qui est advenu et, pire encore, celui qui s’annonce, il m’arrive parfois d’avoir envie de remonter le temps et, l’espace d’un instant, de voir apparaître sur le calendrier la date du 10 septembre 2001.

Causeur a besoin de vous !

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L’appel d’Élisabeth Lévy à tous ceux qui lisent, soutiennent et accompagnent Causeur. Notre journal traverse aujourd’hui une période particulièrement difficile. Pour préserver cette voix libre, singulière et indépendante, nous avons plus que jamais besoin de l’aide de nos lecteurs et de nos amis. Merci.


Je ne tournerai pas autour du pot. Depuis le début de l’aventure Causeur en 2007, nous n’avons jamais été aussi près de mettre la clef sous la porte. CECI EST UN SOS !

Depuis 2022, avec la dégradation de la situation économique, nous avons subi une chute notable des ventes et une hausse des coûts (à l’exception des salaires). Comme toute la presse. Mais à la différence de la plupart de nos confrères et concurrents, nous ne disposons pas d’un matelas de ressources publicitaires pour amortir le choc, ni d’une trésorerie permettant de faire face aux imprévus.

Nous n’attendons pas les bras croisés. Nous travaillons d’arrache-pied pour trouver de nouvelles sources de revenus. Mais pour inventer l’avenir, il faut assurer le présent. Ce qui, pour nous, suppose de trouver 120000 euros d’ici le 25 septembre. Nous cherchons donc 120 super-donateurs qui, moyennant 1000 euros (soit 340 une fois la déduction fiscale appliquée) auront, en plus de la satisfaction d’avoir sauvé un espace de liberté, celle d’être des sociétaires permanents de la société des amis de Causeur qui sera en quelque sorte le salon de la patronne. À ce titre, ils auront la possibilité d’échanger régulièrement avec la rédaction de Causeur et votre servante, et ceci dès le début de l’année 2027, quand nous les convierons à faire connaissance autour d’un verre. Nous organiserons aussi dans tout le pays des rencontres avec des personnalités du monde intellectuel, politique et économique. Autrement dit, nous ne vous proposons pas seulement de financer la conversation civique, nous vous offrons la possibilité d’y participer directement.

Pourquoi nous sauver ?

Vous êtes nombreux à nous dire que grâce à Causeur, vous vous sentez moins seul. Nous sommes certes un journal de droite, d’une droite malicieuse, décalée, libertaire, un peu punk sur les bords, mais nous sommes d’abord des défenseurs de l’esprit des Lumières, de l’engueulade civilisée. Quand l’entre-soi idéologique devient une vertu, nous voulons renouer avec l’esprit de salon qui a fait la grandeur de la France.

Peter Sloterdijk explique qu’écrire c’est adresser une lettre à des amis inconnus. Vous êtes ces amis. Nous avons besoin de vous. Et nous voulons croire que vous avez besoin de nous.

Pisa 2025: sans surprise, les résultats de la «grande garderie» sont nuls

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Les résultats de l’enquête Pisa 2025 sont tombés hier. Tombés. C’est le mot. Lourdement tombés même. Ils confirment en effet une tendance très inquiétante: le niveau scolaire des Français s’effondre. Libérons l’école ! L’appel de Lisa Hirsig


Le niveau des élèves français continue de reculer fortement dans tous les domaines testés : compréhension de l’écrit, mathématiques et culture scientifique. Cette dégradation n’est pas propre à la France : de nombreux pays de l’OCDE enregistrent des baisses, notamment depuis le choc de la pandémie. Mais nous chutons plus vite que la moyenne. Depuis le début des années 2000, on peut même parler de dégringolade: -53 points en mathématiques, – 28 en lecture et -20 en sciences ! Les scores de 2022, déjà historiquement bas, n’ont pas été corrigés. Ces contre-performances ne reflètent plus l’ambition d’un pays qui continue de se voir comme une référence éducative[1].

Geffray charge les réseaux sociaux

Monsieur Geffray s’est empressé de rejeter la responsabilité de ces résultats désastreux sur ses prédécesseurs, promettant un retour en tête de classement dès 2033 et tentant de faire oublier qu’il grenouille à l’Education nationale depuis 2017 et qu’il a même été Directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO), c’est-à-dire « numéro 2 du ministère » et qu’il a à ce titre piloté des « réformes majeures »… qui n’ont donné aucun résultat positif. Il incrimine les réseaux sociaux et veut se concentrer sur le collège dont les objectifs sont selon lui « un peu flous ». Pourtant, si le test PISA teste des élèves de 15 ans, les difficultés sont avérées dès l’école primaire.

Discours de rentrée du ministre Édouard Geffray, Lycée Arago, Paris 12e, 25 août 2026 © Jeanne Accorsini /SIPA

Car cette descente aux enfers n’est pas un accident. Elle a des causes structurelles, identifiées depuis longtemps, mais que les gouvernements successifs refusent de traiter, par incompétence et manque de courage. Elles sont trop nombreuses pour que j’en fasse une liste exhaustive ici mais découlent toutes du péché originel : la volonté de remplacer la transmission du savoir, jugée bourgeoise et discriminante par la lutte contre les inégalités sociales. Au nom de celle-ci, on a privé tous les élèves de l’héritage auquel ils ont droit : la somme des connaissances acquises avant eux et le patrimoine culturel de leur pays.  

Cette politique de la table rase a permis de baisser le volume d’heures consacrées aux enseignements fondamentaux, notamment à la maîtrise de langue française et à la découverte de la littérature. Depuis les années 1970, le temps qui leur est consacré sur l’ensemble du cursus primaire a été réduit de près de 400 heures[2]. Un élève sortant de CM2 aujourd’hui a reçu l’équivalent d’une année de français de moins qu’un élève des années 1970…  Cette amputation progressive affaiblit la maîtrise des fondamentaux – lecture, écriture, orthographe, grammaire et même les compétences en mathématiques – alors que le système accueille un public de plus en plus hétérogène.

Querelles de pédagos jamais vraiment réglées

Au nom de l’égalité, on a également expérimenté dès les années 60 de nouvelles méthodes d’apprentissage de la lecture qui se sont durablement installées dans les classes. Une étude récente de Jérôme Deauvieau et Paul Gioia (enquête Formalect de 2021) a démontré la nocivité de ces méthodes dites mixtes ou globales encore largement pratiquées. En effet, ces approches, qui mélangent déchiffrage et reconnaissance globale de mots, fonctionnent mal, particulièrement avec les élèves issus de familles dites défavorisées. Les méthodes strictement phoniques et syllabiques, utilisées au début du XXe siècle, produisent de meilleurs résultats et accélèrent l’acquisition de la lecture pour tous les élèves, quel que soit le milieu social dont ils sont issus. Or, l’étude est formelle : moins de 5% des enseignants de CP utilisent la méthode la plus efficace[3].   

La formation des enseignants elle-même constitue un problème majeur. Trop idéologisée, trop éloignée des données scientifiques sur l’apprentissage, elle privilégie depuis des décennies des théories pédagogiques rousseauistes (le fameux « élève au centre du système »), défendues par les chantres de la lutte contre les inégalités par l’éducation nouvelle tels Philippe Meirieu, Jean Foucambert ou Eveline Charmeux. Ils ont installé durablement dans les Inspé[4] l’obsession sociale au détriment de la transmission des savoirs, jugée trop bourgeoise… Les enseignants, formés dans ce cadre marxisant, incapables d’analyser avec recul leurs pratiques pédagogiques, et les parents qui ont eux-mêmes traversé ce système, peinent à transmettre ce qu’ils n’ont pas solidement acquis. On assiste à un effet cumulatif de transmission défaillante. C’est ainsi que se trouvent dans les listes de références de l’Education nationale des œuvres militantes comme Cent culottes et sans papier, Mandela et Nelson au détriment de textes classiques.

Les effets de l’immigration de masse sur la baisse du niveau

Enfin, l’impact de l’immigration ne peut plus être occulté[5] Les données PISA montrent de manière récurrente que les élèves issus de parents étrangers obtiennent, en moyenne, des scores nettement inférieurs à ceux des élèves autochtones. En France, cet écart est particulièrement marqué. Même si le milieu socio-économique explique une part importante de la différence, l’effet net reste significatif. Joachim Le Floch-Imad, dans Main basse sur l’Éducation nationale (2025) et dans les analyses de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, souligne que l’immigration n’est pas la cause première de l’effondrement, mais qu’elle en accentue toutes les difficultés préexistantes, contribuant à tirer le niveau global vers le bas. Ignorer cette réalité au nom d’un tabou n’aide ni les élèves concernés ni le système dans son ensemble.

La chute critique du niveau n’est pas une nouveauté. Isabelle Stal et  Françoise Thom dans l’Ecole des barbares, Jean-Paul Brighelli, dans La Fabrique du crétin (2005) et ses suites, avaient déjà dressé un diagnostic implacable de cette « mort programmée de l’école », dénonçant les effets cumulés du pédagogisme, de la baisse d’exigence et de la perte des fondamentaux. Les solutions cosmétiques adoptées par les responsables politiques successifs– ajustements de programmes, annonces de « refondation » ou de « choc des savoirs », uniformisation des tenues scolaires, – se sont révélées insuffisantes. A trop longtemps privilégier l’idéologie sur les faits, le volume administratif sur le volume d’heures utiles, et l’égalité formelle sur l’efficacité réelle, le système ne produit plus que dégradation, mensonge, et malheur. Car n’oublions pas que derrière ces chiffres se cachent des destins individuels brisés et la détresse de millions de « petits Pierre qui ne savent pas lire » pour paraphraser Chantal Delsol[6]. La chute n’est pas inéluctable mais plus on attend, plus les efforts à fournir seront difficiles à soutenir.

Ne confondez pas uniforme à l’école et école uniforme

Il faut changer de logique. La libéralisation de l’école, c’est-à-dire l’ouverture à une plus grande autonomie des établissements notamment dans leur recrutement et la gestion de leurs budgets, à la liberté de choix des familles et à une concurrence réelle entre projets pédagogiques, apparaît comme la voie la plus prometteuse. La plupart des parents désirent une bonne instruction pour leurs enfants et attendent de l’Etat qu’il finance des écoles qui fonctionnent vraiment, se moquant bien de leur statut ! Un système monopolistique, centralisé et uniformisé, ne peut pas s’adapter à la diversité des besoins ni sanctionner l’inefficacité. Là où la concurrence existe les établissements qui réussissent attirent, et ceux qui échouent sont contraints de s’améliorer ou de disparaître.

Libérer l’offre scolaire ne signifie pas abandonner l’État, mais lui faire jouer un rôle de garant des programmes fondamentaux et de financeur. Les expériences étrangères et les exemples français de réussite (établissements privés ou publics autonomes) montrent que la pression concurrentielle force à se concentrer sur ce qui marche : méthodes efficaces, discipline, exigence et temps d’enseignement suffisant. Les candidats à la présidentielle sont très peu nombreux à se saisir de ces solutions, par crainte de la réaction du « mammouth » de l’Education nationale. Lors de la présentation du budget 2024, Gabriel Attal se vantait d’être à la tête du plus gros employeur public. Il jugeait cette « énormité » flatteuse et sous-entendait qu’elle lui conférait de la puissance. En réalité, ce monstre bureaucratique enfanté par un Etat trop centralisateur est aujourd’hui quasi irréformable. Le poids des syndicats de professeurs et les blocages idéologiques liés à des décennies de gauchisme militant au sein de l’institution compliquent encore la tâche. Mais le courage ne sera plus une option si nous voulons sauver nos enfants d’une mort cérébrale certaine et notre pays d’un déclassement définitif.

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[1] Données de long terme (différence entre 2003 et 2025) : Mathématiques : -53 points (de 511 à 458) Compréhension de l’écrit : -40 points (de 496 à 456) Sciences : – 28 points (de 511 à 483)

[2] Baisse du nombre d’heures de français depuis les années 1970
Site « Sauver les lettres » (sauv.net / horcomp.php) qui compile les arrêtés officiels d’horaires.

[3] Mauvaise méthode d’apprentissage de la lecture (étude Deauvieau-Gioia / Formalect 2021)

Enquête Formalect (2021) : questionnaire auprès de ~9 300 enseignants de CP (échantillon large et représentatif), croisé avec les résultats des évaluations nationales de leurs élèves (~140 000 élèves).

Résultat principal : les méthodes phoniques synthétiques strictes (syllabiques, sans mots « outils » ou reconnaissance globale non décodable) sont plus efficaces pour la fluence et la compréhension que les méthodes mixtes. L’écart est plus marqué pour les élèves fragiles et ceux scolarisés dans des écoles à recrutement social populaire. Elles sont utilisées dans moins de 5% des classes.

Rapport Deauvieau J. et Gioia P., « L’efficacité des méthodes d’enseignement de la lecture. Une enquête sur le cas français », Études et documents du CMH n° 45, avril 2024.

Note du Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) n° 11, juin 2024, rédigée par les mêmes auteurs.

[4] Les 33 Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (INSPÉ) forment les enseignants du primaire/ secondaire et les conseillers principaux d’éducation.

[5] Impact de l’immigration sur les résultats.

– Le test PISA de l’OCDE distingue les élèves autochtones des élèves issus de l’immigration de manière détaillée. Ces données sont disponibles dans les bases de données PISA (publiques) et font l’objet de chapitres dédiés dans les rapports officiels.

– Analyses complémentaires (Observatoire de l’immigration et de la démographie, 2025) soulignent que l’écart contribue à tirer la moyenne nationale vers le bas, même si le milieu social reste le facteur dominant.

[6] La détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (PLON), Chantal Delsol.

« J’sais pas j’étais pas née »

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«J’ai pas de souvenir…»: face à Darius Rochebin qui l’interrogeait sur LCI sur les présidents de la Ve République, l’écologiste Marine Tondelier était gênée et a vécu un grand moment de solitude


Comme prévu le classement PISA est catastrophique. En réalité c’est un effondrement français, européen et occidental. Pour notre pays, on n’a pas besoin d’études internationales pour connaître l’étendue du désastre. Il suffit d’écouter Marine Tondelier interrogée par Darius Rochebin.

Pompidou ?
– J’ai pas de souvenirs, pas de trucs marquants à dire sur lui en tant que citoyenne, électrice.
La croissance, le développement, l’industrie ?
– Bah vous ça vous a marqué apparemment
– Giscard ?
– Bah moi il me fait penser à Macron.

Comme l’observe mon ami Amine El-Khatmi, cette grande féministe n’est même pas fichue de citer l’IVG pour Giscard. Le reste est à l’avenant. Son couplet convenu sur De Gaulle se conclut par « des comme lui, on n’en a plus ! » – quelle profondeur de jugement. Sarkozy c’est très mal et, de Chirac, ce qui l’a marquée, c’est « Mangez des pommes », c’est-à-dire une phrase prononcée par la marionnette de Chirac aux Guignols. Et elle ignore évidemment que Pompidou est le premier à avoir parlé de risque environnemental. D’accord, moi aussi je l’ignorais et je l’ai appris dans un post de Raphaël Doan, mais notez que je n’aspire pas à diriger la France. À moins bien sûr que des pressions amicales….

Marine Tondelier est pré-candidate à la magistrature suprême mais ne sait rien sur ses prédécesseurs. Avec un argument massue (et particulièrement significatif) : J’sais pas, j’étais pas née. On croyait que la politique consistait à s’inscrire dans une généalogie, à penser qu’il y a quelque chose de plus grand que soi qui nous a précédé et nous survivra. Pas pour Tondelier. Son seul horizon c’est ce qu’elle a vécu. Heureusement qu’on ne l’a pas interrogée sur Napoléon ou Du Guesclin – pour le dernier, je ne suis pas sûre qu’elle connaisse le nom.

Sans surprise, les réseaux sociaux ont été pris d’un immense éclat de rire : vacuité, naufrage, néant vertigineux, elle prend cher. Pour ma part, j’ai de la peine pour elle.

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Marine Tondelier ne sait même pas qu’elle ne sait pas. Elle est doublement victime: de la destruction de l’école et du mensonge sur cette destruction. Si j’en crois Wikipédia, Tondelier a fait une hypokhâgne et obtenu un diplôme de Sciences Po Lille. L’Etat lui a fait croire (à elle et ses parents) qu’elle était armée pour appartenir à l’élite. Tout comme il délivre chaque année le bac et le droit d’aller à la fac à des ados qui ne maîtrisent pas leur langue et ignorent qui est Pompidou et ne parlons pas de Montaigne.

La recette bien connue de ce désastre est une bouillie de lâcheté et d’idéologie, dont le résultat est : exigence minimale, bienveillance maximale. On a remplacé la verticalité – un maitre un élève, un qui enseigne, l’autre qui apprend. Ne les vexons pas avec des mauvaises notes. La seule bienveillance, c’est la vérité qui commencerait par annoncer que, désormais, il n’y aura pas plus de 60 % de reçus au bac (et je suis sympa). Ce qui bien entendu n’arrivera pas, tous les parents sont électeurs.

Dans la foulée, comme le souligne Lisa Hirsig dans son excellente analyse, l’Ecole ne se donne plus comme mission la transmission des savoirs qui nous ont forgés, mais la lutte contre les inégalités. Comme on ne pouvait pas faire progresser les médiocres (qu’on qualifie pudiquement d’élèves défavorisés) on s’est employé à faire régresser les bons. Et on y est arrivé. Un expert-éducation de l’OCDE, commanditaire du classement PISA, fait cet aveu stupéfiant dans Le Monde : « La forte baisse des résultats des élèves les plus favorisés entre 2015 et 2025 est presque une bonne nouvelle. »

À l’image de Marine Tondelier, beaucoup de jeunes adultes sont titulaires de diplômes Potemkine. Mais comme elle, ils ne savent pas d’où ils viennent et n’ont pas les armes pour penser le monde où ils vivent. Demain, ils feront tourner le pays. Et ça, ça fait peur.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

La voix des peuples n’affole que les faux démocrates

La droite populiste étant aux portes du pouvoir en France, les accusations contre les « parias » et la diabolisation envers les « déclinistes » montent en intensité verbeuse, observe notre chroniqueur.


Le crescendo dans l’injure caractérise la classe politique, paniquée devant la voix des peuples. L’enflure de ses mots blessants est proportionnelle à sa négation du réel. Ceux qui osaient naguère perturber le système dans son confort intellectuel étaient considérés, j’en témoigne, comme « populistes », « complotistes », « déclinistes ». La routine, pour les infréquentables.

Cette fois, la présidentielle approchant, les accusations contre les parias montent en intensité verbeuse. Qui critique le bloc central ou La France insoumise prend le risque d’être qualifié d’« extrême droite », de « fasciste », de « nazi ». La nette victoire de l’AfD (Alternative für Deutschland) dans une élection régionale allemande a été qualifiée lundi par Libération de « choc fasciste ». Même la pensée bourgeoise ronronnante a pu y voir l’arrivée de « néo-nazis ». Il est vrai qu’il est plus simple de disqualifier un résultat électoral que d’en comprendre les ressorts.

Ainsi procède la « bêtise des gens intelligents » dont Jacques Julliard se lamentait. L’effondrement de l’école dans le classement Pisaest plus généralement celui des partis. Même le RN n’a pas osé féliciter l’AfD pour son succès, terrorisé à l’idée d’être assimilé à une formation hitlérienne, à en croire les fabricants de bobards. En réalité, l’AfD a été plébiscitée, y compris par beaucoup d’abstentionnistes d’hier, pour s’être adressée au peuple allemand méprisé de ses élites. Ce mouvement libéral-conservateur, soutien d’Israël et de Donald Trump, a le tort, pour les censeurs, de vouloir appliquer une radicalité dans son refus d’une immigration musulmane qui ne s’intègre plus, et dans le rapatriement — la remigration — des étrangers indésirables. Ces électeurs exaspérés sont les porte-voix d’un mouvement plus général, qui ne se laisse plus intimider par des procédés de diabolisation trop usés.

Le risque totalitaire n’est pas dans ce sursaut populaire, terreau de la démocratie ; il est chez ceux qui veulent le briser. Hurler au nazisme, au prétexte que l’AfD invite les Allemands à retrouver leur fierté perdue, est un procédé stalinien. D’autant que l’ex-RDA, dont est issue la Saxe-Anhalt mal-pensante, a été biberonnée à l’antifascisme d’Etat. Criminaliser le nationalisme allemand en laissant croire à une résurgence de Mein Kampf est également une ineptie : le IIIe Reich méprisait les États-nations et se voyait comme la perpétuation des mille ans du Saint-Empire romain germanique.

Ce qui se dessine, à l’approche de la présidentielle, est une régression obscurantiste portée par des mouvements dits progressistes. La France insoumise, qui défend l’idée d’une insurrection en cas de victoire du RN en mai 2027, est un mouvement inquiétant, tant pour sa revendication de la violence que pour ses accointances avec le suprémacisme islamiste. Le personnel de Radio France, qui appelle à la grève au prétexte qu’un journaliste de Valeurs actuelles, Charles Sapin, fera chaque dimanche matin un éditorial de trois minutes sur France Inter, confirme le sectarisme de l’audiovisuel public. Ceux qui, au centre et à droite, prédisent le chaos en cas de victoire de Marine Le Pen ont pareillement peur de la colère du peuple oublié. Hier soir, sur CNews, Bruno Retailleau a clairement rompu avec le bloc central tout en qualifiant de RN de « démagogique ». Or, si le candidat LR veut redonner aux Français le dernier mot, il s’oblige dès lors à regarder dans la même direction qu’eux.

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Le monde brûle-t-il ?

Cet été, les incendies ont envahi les écrans français, au point de donner l’impression d’une planète entière en flammes. Pourtant, les données satellitaires racontent une histoire sensiblement différente: spectaculaire à l’échelle nationale, la saison des feux de 2026 est loin de constituer un embrasement mondial.


Une carte constellée de taches rouges, des murs de flammes, des villages et des campings évacués ! L’affaire semble entendue: ce que la France a vécu cet été, la planète entière le vivra demain. L’extrapolation mérite pourtant examen.

Sans conteste, la France a connu cette année des incendies sans précédent depuis le début des relevés satellitaires, en 2012. Pour les habitants évacués, la vitesse et la violence des feux ont laissé des traces indélébiles. Les images de cet été ont donc bien reflété des catastrophes. Mais elles ne disent pas tout. La France n’est pas le monde. Si, à la même date, l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne ont aussi connu une mauvaise saison, la Roumanie, la Croatie et la Grèce sont restées très en dessous de leurs niveaux habituels. L’Europe a ainsi offert des tableaux opposés.

A lire aussi: Est-il possible de protéger le ciel ukrainien sans entrer en guerre contre la Russie?

Élargissons encore. Le Global Wildfire Information System, qui suit les feux par satellite à l’échelle du globe, indique que 2026 est jusqu’ici une année plutôt calme. Cela tient principalement au faible nombre de feux en Afrique, qui représente habituellement plus de la moitié des surfaces brûlées mondiales, ainsi qu’en Amérique du Sud.

Sur vingt ans, la superficie mondiale brûlée chaque année est même à la baisse, en raison surtout du recul des feux de savane et de broussailles. Rien de tout cela ne rend moins graves les incendies français. Aussi la prévention doit-elle être une priorité, d’autant que le réchauffement climatique peut accroître le risque en favorisant des conditions plus chaudes et plus sèches. Mais il ne faut pas oublier qu’une catastrophe locale ne préjuge pas de la situation planétaire. Reste à comprendre pourquoi nous croyons souvent l’inverse.

Une raison importante tient au fait que les incendies possèdent un avantage redoutable dans la bataille des perceptions: les caméras filment admirablement les forêts en flammes, beaucoup moins bien les millions d’hectares qui ne brûlent pas. Pour savoir si le monde brûle, mieux vaut donc regarder les séries statistiques que les écrans de télévision.

Sous l’ignorance, le voile


Au lendemain de la publication du classement PISA, état des lieux du niveau scolaire dans les principaux pays développés de la planète, nous aurions grand tort de bomber le torse. S’il y a une chose – une seule – qui prospère en France, c’est bien l’ignorance. Voilà ce que nous révèle l’implacable palmarès. Et de tous les échecs – si nombreux – du président Macron après dix années de pitoyables services, celui-ci est de loin le plus cuisant, le plus dramatique et le plus impardonnable.

L’ignorance donc, chez nous, caracole. Ce n’est pas nouveau. Dès 1980, Paul Guth publiait chez Albin Michel un petit livre, Lettre ouverte aux futurs illettrés, avec en exergue ce constat désabusé : « Autrefois, les illettrés étaient ceux qui n’allaient pas à l’école, aujourd’hui ce sont ceux qui y vont ». L’année précédente, l’historien et homme de télévision Alain Decaux lançait lui aussi un cri d’alerte sous la forme d’un long article publié dans le Figaro Magazine : « On n’enseigne plus l’histoire à nos enfants. » Dès les années 60, le linguiste Étiemble s’inquiétait du dépérissement galopant de notre langue au profit d’une anglicisation, ou plutôt une américanisation qui allait inéluctablement aboutir à ce que nous subissons aujourd’hui dans nos échanges quotidiens, le triomphe de ce que l’auteur appelait « le sabir Atlantique ».

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Il n’est sans doute pas inutile de préciser que la gauche n’était pas encore au pouvoir en France lorsque ces cris d’alerte étaient lancés et ces constats accablants mis sur la table.

Depuis, le désastre en ces domaines n’a fait que croître et embellir. L’ignorance serait donc le point fort des acquis de l’instruction publique à la française. Avec une conséquence à laquelle on ne prête pas suffisamment attention. L’ignorance est le fumier sur lequel l’obscurantisme et les superstitions – toutes les superstitions – prospèrent. Claude Lévi-Strauss le notait déjà au début des années 1990. Plus le savoir et la maîtrise du raisonnement reculent, plus prospèrent les fausses certitudes, les feintes vérités toutes faites, prêtes à l’emploi, à la fois terriblement pernicieuses et formidablement confortables. Elles sont le refuge commode où les cerveaux impréparés à l’acquisition des savoirs, à la connaissance, à la capacité d’analyse et de critique,  et donc incapables de poser clairement les limites entre le certain, le probable et le douteux (la définition même du philosophe donnée par l’Encyclopédie des Lumières) vont trouver à se gaver des anesthésiantes pilules que savent si bien dorer les marchands de dogmes à deux balles dont le commerce est aujourd’hui aussi florissant qu’il a pu l’être dans les temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité.

« Nous savons maintenant que les civilisations sont mortelles » constataient amer et lucide Paul Valéry dans un texte célèbre de 1919. Eh bien, nous savons, ici et maintenant, clairement quel sera le fossoyeur de la nôtre, de civilisation : l’ignorance, tout simplement.

L’Évangile selon Abel Ferrara

Le réalisateur new-yorkais Abel Ferrara revient sur son parcours dans un livre. Ses mémoires permettent d’entrer dans les coulisses d’une œuvre aussi libre que conflictuelle


Dans Scène, ses mémoires publiés aux éditions Séguier (traduit de l’anglais (États-Unis) par Yves Gabay), Abel Ferrara revient sur près d’un demi-siècle de cinéma. Des premiers films tournés à New York aux productions internationales, il traverse les tournages, les acteurs, les producteurs, les excès et les conflits. Mais le livre tient surtout à une obsession : trouver les moyens de faire le film qu’il a en tête.

Ferrara commence avec presque rien. En 1976, il réalise 9 Lives of a Wet Pussy sous le pseudonyme de Jimmy Boy L., qu’il considère comme son « diplôme ». Il garde de cette période ce qu’il appelle « le fantasme de la percée » : réunir trois sous, faire un film et voir le monde entier venir le regarder. Ce rêve ne l’a jamais quitté.

Puis vient Driller Killer. Un peintre fauché, un appartement, une perceuse transformée en arme. Ferrara filme le New York de la fin des années 1970, ses immeubles abandonnés, ses graffitis, sa violence. La ville fournit le décor, mais aussi la matière même de ses premiers films.

De L’Ange de la vengeance à King of New York, de Bad Lieutenant à The Addiction et New Rose Hotel, une même tension traverse son cinéma. Les personnages sont poussés jusqu’à leurs limites, qu’il s’agisse de violence, de drogue, de foi ou de culpabilité. Christopher Walken, Harvey Keitel, Willem Dafoe, Juliette Binoche et Gérard Depardieu viendront donner à cette œuvre des visages très différents.

King of New York naît notamment du choc provoqué chez Ferrara par Terminator et Mad Max 2. Il imagine une fusillade dans une église, avec un tireur déguisé en hassid. De cette idée surgit un film où Frank White, interprété par Christopher Walken, revient à New York pour reprendre le contrôle de la ville.

Bad Lieutenant conduit cette logique beaucoup plus loin. Harvey Keitel y incarne un policier détruit par la drogue, le jeu et la culpabilité. Après avoir touché le fond, il rencontre dans le pardon accordé par une religieuse une possibilité de rédemption. La vision du Christ dans l’église fait basculer le film vers une forme de Passion. Scorsese, qui avait lui-même affronté ces questions dans La Dernière Tentation du Christ, considérera Bad Lieutenant comme l’un des grands films consacrés à la rédemption.

Ferrara ne sépare guère cette matière de sa propre existence. Dans Scène, il raconte ses addictions et ses arrestations. Lors de l’une d’elles, il se retrouve avec des pochons de cocaïne dans la main, coincé par les policiers devant son propre appartement. La scène possède l’absurdité d’une séquence de film, sauf qu’elle s’est réellement produite.

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Cette proximité entre vie et cinéma donne aussi au livre sa part la plus sombre. Ferrara revient sur les dégâts de l’alcool et de la drogue, notamment dans sa vie familiale. La légende du cinéaste maudit laisse alors place à quelque chose de plus difficile : les conséquences concrètes d’une existence menée à toute vitesse. Son rapport à l’industrie explique une autre constante de son parcours. À Hollywood, il voit « les experts-comptables » prendre le pouvoir sur le cinéma. Les films commencent à être pensés en fonction de ce qu’ils doivent rapporter. Ferrara supporte mal cette logique, comme il supporte mal qu’on lui dise ce que le public est censé aimer. Il écrit qu’il va au cinéma pour être « bousculé, chaviré ». Cette opposition se retrouve dans son rapport au montage. Après l’expérience désastreuse de Cat Chaser, dont le film a été profondément remanié sans son accord, il fait du final cut une condition non négociable. Pour Ferrara, le montage constitue le dernier lieu où le cinéaste peut encore décider de ce que sera son film. New Rose Hotel offre une illustration particulièrement intéressante de cette méthode. Le texte de William Gibson modifie sa conception du récit. Les flashback, les variations d’une même scène et les prises différentes de Christopher Walken permettent au montage de faire surgir plusieurs films à partir du même matériau. Le récit devient une matière à recomposer plutôt qu’une ligne à suivre.

Le conflit avec Cannes autour de Welcome to New York prolonge cette volonté de conserver la maîtrise du film. Thierry Frémaux, directeur du Festival de Cannes, lui demande des coupes pour une éventuelle sélection. Ferrara refuse. Le film ne sera retenu ni par la compétition, ni par la Quinzaine des réalisateurs, ni pour une séance spéciale.

Ferrara regarde pourtant les nouvelles technologies avec moins de méfiance que l’industrie traditionnelle. Le téléphone permet désormais de tourner avec une caméra dans la poche ; Internet offre un accès direct à la diffusion. Pour celui qui a commencé avec quelques dollars et des moyens de fortune, cette évolution ouvre de nouvelles possibilités. Scène raconte finalement la trajectoire d’un cinéaste qui n’a cessé de défendre sa manière de faire des films. Une trajectoire faite de succès, de dérapages, de conflits et de fidélités. Ferrara en connaît le prix, mais continue d’avancer avec la même obstination.

256 pages, publication le 1er octobre.

Scène. Mémoires (Édition française)

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La petite phrase allemande qui devrait inquiéter les centristes français

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Le peuple, cette priorité oubliée


Une leçon de l’AfD ? Ce coup de tonnerre est à analyser. Quand on scrute un événement traumatisant, il perd sa nuisance pour souvent se muer en enseignement. Magdebourg, « nouvel épicentre de l’extrême droite européenne », selon le journal Le Parisien, fait de la région de Saxe-Anhalt un laboratoire que la majorité de ses habitants désirent appréhender comme une renaissance.

Raison garder

Pour être angoissé par cette victoire, on a le droit cependant de garder raison et de ne pas prendre intégralement l’avancée de l’AfD, dans le climat actuel de l’Allemagne et malgré la déconfiture du chancelier Merz, pour le retour de l’hitlérisme dans toute son horreur.

L’Histoire ne repasse jamais les mêmes plats et le propre de sa totale imprévisibilité est qu’elle peut surprendre favorablement même les plus pessimistes d’entre nous. Puis-je faire référence à un sondage d’auditeurs, le 7 septembre, sur Sud Radio – aux antipodes de l’extrême droite –, qui, à 90 %, ont déclaré ne pas s’émouvoir du succès de l’AfD !

On peut laisser les politologues nous expliquer les raisons identitaires, politiques et sociales de cette éclatante progression de l’AfD – nostalgie de l’Allemagne de l’Est, immigration, faiblesse du pouvoir central, déclassement –, mais je voudrais insister sur un point pas si dérisoire que cela : l’apparence. Le leader de l’AfD, Ulrich Siegmund, n’avait pas une tête de « néo-nazi » et son amabilité, son sourire, son urbanité, sans contradiction avec la dureté du fond et du projet, n’ont pas été pour rien dans le score du parti.

J’espère que Jean-Luc Mélenchon ne s’en inspirera pas et qu’il continuera, par son hostilité ostensible à l’égard de tous ceux qui n’appartiennent pas à son camp extrême, à décourager quiconque de le rejoindre ! À l’évidence, il hait même ceux qu’il devrait convaincre.

L’AfD, ou l’art de parler au peuple ?

Mais, pour m’attacher à l’essentiel, un propos de Linda, dans l’article du Parisien, assistante sociale de 32 ans, dit tout au sujet de l’AfD : « Pour la première fois, j’ai l’impression qu’un candidat a fait de son peuple une priorité. »

Cette pensée est capitale : elle vise, dans le programme comme dans la forme, à persuader le peuple qu’on a véritablement changé de registre, qu’on ne se contente plus de l’invoquer comme un mantra et que la préoccupation fondamentale de la politique – pour gagner comme pour durer – sera de répondre effectivement à ses attentes en apaisant ses plaies. C’est ce qu’affirme à sa manière cette citoyenne allemande.

Sur le plan national, à l’occasion de cette campagne présidentielle, qui parviendra à transmettre le message selon lequel le peuple sera « vraiment une priorité » ? Pas seulement dans les propos, en façade, mais dans tout ce qui relève de l’organisation, de l’imagination et de l’invention. Par exemple, Bruno Retailleau nous présente une équipe de campagne très estimable, mais absolument pas accordée à un humus démocratique qui s’est lassé des mêmes têtes, des professionnels répétitifs et d’une vague qui est incapable de faire croire, par sa seule existence, qu’elle va engendrer du renouveau. Geoffroy Didier !!!

Aucune dérision à l’encontre de nos responsables politiques. Ils doivent composer avec un système démocratique qui est devenu l’art de retarder indéfiniment l’appel au peuple, de noyer les référendums nécessaires envisagés sous une avalanche bureaucratique et de convaincre le citoyen que s’occuper de ce qui le regarde serait un crime. Pour agir, il faudra d’abord détruire tous ces écrans importuns traduisant, en état de droit, en langage noble, les raisons de notre impuissance. Est-il impossible de retenir la leçon de Linda, ce seul enseignement de l’AfD ?

7-Octobre: le coup de téléphone qui embarrasse Netanyahou

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Selon une enquête de Haaretz, le Premier ministre israélien aurait été personnellement averti par Mohammed ben Zayed et le chef du renseignement égyptien. Comme en 1973, les informations existaient, mais elles se sont heurtées aux certitudes du pouvoir.


Selon une enquête de Haaretz, fondée sur des dizaines de témoignages, des documents et des échanges entre membres de l’entourage de Benyamin Netanyahou, ce dernier aurait reçu plusieurs avertissements explicites dans les semaines précédant le 7 octobre 2023. Le bureau du Premier ministre dément catégoriquement ces informations.

Négociations secrètes

Selon l’enquête, depuis le début de 2023, Israël et le Hamas auraient mené, avec l’autorisation de Netanyahou, des négociations secrètes en vue d’une trêve durable à Gaza. Les discussions portaient sur un allègement du blocus, la création de zones commerciales, l’entrée de marchandises, l’exploitation du gisement gazier Gaza Marine et la libération des quatre Israéliens alors détenus dans l’enclave. À la fin d’août, Netanyahou aurait accepté la libération de trente prisonniers palestiniens, dont vingt condamnés à perpétuité, mais aurait ensuite retardé la réunion du comité ministériel nécessaire pour approuver l’accord.

Début septembre, Yahya Sinwar aurait brusquement interrompu les pourparlers. Il aurait ensuite demandé à un intermédiaire du Fatah de prévenir Israël qu’il préparait une « immense surprise », une opération exceptionnelle qu’il qualifiait de zilzal, « tremblement de terre ». Le message aurait été transmis à un conseiller palestinien de Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis, puis au Shin Bet le 15 septembre.

Ronen Bar, chef du renseignement intérieur israélien de 2021 à 2025

Ronen Bar, directeur du Shin Bet, aurait immédiatement alerté Netanyahou. Lors d’une réunion organisée le 17 septembre, il aurait estimé qu’Israël se trouvait sur une trajectoire d’affrontement et recommandé une attaque préventive ou, au minimum, un renforcement important des défenses à Gaza et en Cisjordanie. Aucune décision n’aurait été prise. Les services auraient toutefois interprété la menace comme pouvant concerner l’enlèvement d’Elizabeth Tsurkov, alors captive en Irak, et non une attaque massive depuis Gaza.

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Constatant l’absence de réaction israélienne, Mohammed ben Zayed aurait personnellement téléphoné à Netanyahou une dizaine de jours avant le massacre. Au cours d’une conversation de 45 minutes, il l’aurait averti que Sinwar préparait une opération majeure susceptible d’embraser toute la région et de menacer les accords d’Abraham. Netanyahou aurait répondu que le Hamas projetait probablement une action en Cisjordanie et qu’Israël était prêt à tous les scénarios. Pourtant, selon l’enquête, Netanyahou n’aurait communiqué l’alerte émiratie ni au chef du Mossad, ni au directeur du Shin Bet, ni au chef d’état-major.

Mohammed ben Zayed, Émir d’Abou Dabi. DR.

L’article replace ces avertissements dans une politique plus ancienne. Depuis 2017, Sinwar aurait poursuivi simultanément deux stratégies : préparer militairement le Hamas à une confrontation décisive et rechercher un accord économique susceptible d’améliorer la situation à Gaza. Plusieurs projets de trêve et d’échange de prisonniers auraient progressé, avant d’être retardés par Netanyahou. Dans le même temps, celui-ci aurait régulièrement refusé les propositions de l’armée visant à mener une opération d’envergure contre le Hamas, préférant contenir Gaza pour concentrer les efforts sur l’Iran et le front nord. L’enquête affirme également que plusieurs possibilités de libérer rapidement des otages civils se seraient présentées dans les premières heures et les premiers jours suivant le massacre.

Le 7 octobre à 19 heures, le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, aurait informé le directeur du Mossad, David Barnea, que le Hamas était prêt à libérer immédiatement tous les civils et que Doha proposait sa médiation. Barnea aurait répondu qu’Israël refusait alors toute discussion avec le Hamas. Son entourage confirme l’existence de la proposition, mais affirme que le Hamas exigeait en contrepartie l’arrêt de l’offensive israélienne et de nouveaux droits sur le mont du Temple. Le Qatar conteste cette version et soutient qu’aucune condition aussi lourde n’avait été formulée à ce stade.

Le lendemain, Rawhi Mushtaha, bras droit de Sinwar, aurait également informé un proche de Mohammed Dahlan que le Hamas était prêt à libérer sans contrepartie les civils, terme qui, dans la définition de Sinwar, désignait les otages âgés de moins de 18 ans ou de plus de 50 ans. Le message aurait été transmis au Shin Bet, sans susciter de négociation. Un haut responsable israélien reconnaît que certaines de ces propositions sont parvenues aux services et au gouvernement, mais explique que les dirigeants, encore sous le choc, n’étaient pas psychologiquement ni opérationnellement prêts à les examiner. Le soir du 7 octobre, la libération des otages ne figurait d’ailleurs pas encore parmi les objectifs de guerre arrêtés par le gouvernement.

Washington ne serait intervenu que plusieurs jours plus tard. Antony Blinken aurait évoqué la question avec Netanyahou le 12 octobre, sans obtenir de réponse claire. Ce n’est que le 14 octobre que le Premier ministre israélien aurait accepté la médiation qatarie. David Barnea se rendit à Doha le lendemain, huit jours après la première proposition. Entre-temps, les bombardements s’étaient intensifiés, les positions s’étaient durcies et le prix exigé par le Hamas avait augmenté.

« Immense surprise »

La thèse générale de l’enquête est donc double. Avant le 7-Octobre, plusieurs avertissements suffisamment inquiétants n’auraient pas été correctement interprétés, partagés ou suivis d’effet tandis qu’après l’attaque, le choc et la priorité donnée à la destruction du Hamas auraient empêché Israël d’examiner immédiatement des propositions susceptibles de sauver des dizaines d’otages civils.

À la même période, vraisemblablement dans les derniers jours de septembre 2023, une autre alerte serait parvenue directement au cabinet du Premier ministre. Le général Abbas Kamel, chef du renseignement égyptien, aurait averti Netanyahou que le Hamas préparait « quelque chose d’inhabituel », une « opération terrifiante ». Selon Yediot Aharonot, Netanyahou lui aurait répondu qu’Israël maîtrisait la situation à Gaza et que le véritable danger se trouvait en Cisjordanie, où des forces étaient redéployées. L’article de Haaretz ne précise toutefois ni la date exacte de cet avertissement ni quels responsables israéliens, en dehors de Netanyahou et de son cabinet, en auraient été informés. Il affirme seulement que, lors d’une réunion sécuritaire tenue le 1er octobre, le Premier ministre n’a mentionné aucune des alertes personnelles qu’il aurait reçues.

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L’enquête de Haaretz entretient une ambiguïté qui renforce l’accusation portée contre Netanyahou. Dès le 15 septembre 2023, le Shin Bet avait reçu, par l’intermédiaire d’un responsable du Fatah et d’un conseiller palestinien de Mohammed ben Zayed, un avertissement attribué à Yahya Sinwar selon lequel celui-ci préparait une « immense surprise », qualifiée de zilzal. Ronen Bar avait immédiatement transmis l’information à Netanyahou et, le 17 septembre, une réunion réunissant le Shin Bet, l’armée, le Mossad et le Conseil national de sécurité avait examiné la menace. Bar avait même estimé qu’Israël se trouvait sur une « trajectoire d’affrontement » et recommandé une attaque préventive ou, au minimum, un renforcement des défenses. La menace avait donc bien été portée à la connaissance de l’ensemble de l’appareil sécuritaire, même si elle avait été mal interprétée, certains responsables imaginant une opération en Cisjordanie ou une tentative de s’emparer d’Elizabeth Tsurkov en Irak. L’alerte que Netanyahou aurait ensuite passée sous silence est différente. Il s’agit de l’appel personnel de Mohammed ben Zayed, une dizaine de jours plus tard, confirmant que Sinwar préparait une action majeure contre Israël. Lorsque Ronen Bar et Herzi Halevi affirment ne pas avoir été informés de « l’alerte du président des Émirats », ils désignent cette seconde mise en garde, et non le message reçu le 15 septembre. La nuance est toutefois essentielle. Netanyahou n’aurait pas dissimulé aux services l’existence même de la menace, puisqu’ils en connaissaient déjà la substance mais il aurait omis de leur transmettre une confirmation supplémentaire, émanant cette fois directement d’un chef d’État allié. Cette confirmation aurait pu donner davantage de poids au premier avertissement et conduire les responsables israéliens à « faire un plus un », mais présenter l’appareil sécuritaire comme entièrement maintenu dans l’ignorance par le Premier ministre va au-delà de ce que démontre l’article.

Publiée à quarante jours des élections, l’information a fait l’effet d’une bombe. Les chefs des partis d’opposition ont même publié un communiqué commun réclamant la création d’une commission d’enquête d’État, une décision que Netanyahou s’est jusqu’ici bien gardé de prendre. Une telle commission pourrait pourtant établir rapidement si cet appel entre Bibi et Mohammed ben Zayed a bien eu lieu car ce genre d’échange entre deux chefs d’État ne se déroule jamais sans intermédiaires, sans témoins ni sans laisser de traces.

Sur le fond, plus on en apprend sur les semaines qui ont précédé le 7-Octobre, plus le parallèle avec septembre-octobre 1973 s’impose. À l’époque, le roi Hussein de Jordanie avait personnellement averti Golda Meir de l’imminence d’une attaque syrienne. À la veille de la guerre, Ashraf Marwan, proche conseiller du président égyptien Anouar el-Sadate, avait également donné l’alerte lors d’un rendez-vous d’urgence à Londres avec le chef du Mossad, Zvi Zamir. En 2023 comme en 1973, les informations existaient et provenaient de sources jugées fiables. Mais lorsque les dirigeants tiennent un scénario pour impossible, parce qu’il leur paraît irrationnel ou contraire aux intérêts de l’ennemi, même les meilleures alertes peinent à ébranler leurs certitudes. Le renseignement échoue alors moins à voir qu’à convaincre ceux qui croient déjà savoir.

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10 septembre 2001, le jour d’avant

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New York en 1994. A gauche la statue de la Liberté, au fond Manhattan dominé par les deux tours du World Trade Center © FIEVEZ/SIPA

Le 11-Septembre a balayé nos certitudes d’Occidentaux


Tout a déjà été écrit sur le 11 septembre 2001, sur les jours et sur les années qui ont suivi, jusqu’à aujourd’hui, car plus jamais, depuis cette date qui sonne comme une déflagration, le monde ne fut comme avant. Et le monde d’avant, nous disait-on, allait nous entraîner en pente douce vers le triomphe de l’Occident et de son libéralisme… 

Le conflit des civilisations larvait pourtant et Ben Laden finit par réveiller Clio, muse de l’Histoire, dont on doute aujourd’hui qu’elle puisse retrouver le sommeil. Le 10 septembre donc ressemblait à peu près à ceci pour des jeunes qui, à l’époque, avaient la vingtaine et n’avaient connu ni la Guerre froide, ni les chocs pétroliers et n’avaient pas encore atteint la dizaine au moment de la chute du Mur. Nous nous préparions à entamer une nouvelle année académique et, pour financer nos sorties, nous accomplissions des jobs d’étudiants plus ou moins bien rémunérés. Entre copains, nous nous écharpions à propos de nos clubs de football respectifs, avec la perspective de la journée de Champions League du lendemain. Nous draguions maladroitement en multipliant des SMS aux filles que nous convoitions ; parfois, elles nous répondaient, souvent elles ignoraient nos avances.

Nous sommes tous Américains

Les plus à gauche parmi nous raillaient les étourderies de George W. Bush, ce président un peu plouc que j’avais décidé de soutenir par esprit de contradiction. Les plus littéraires avaient lu American PsychoL.A. Confidential et Autant en emporte le vent ; les cinéphiles s’étaient contentés d’en voir les films. Les hamburgers dans nos assiettes et les Coca-Cola sur les tables signaient notre américanisation dont nous ne savions que penser.  Le lendemain, nous serions de toute façon tous Américains ; deux ans après, au moment de la guerre en Irak, tous anti-Américains ; et une décennie plus tard, nos sentiments à l’égard de l’Oncle Sam commenceraient à varier en fonction de la personnalité du pensionnaire de la Maison Blanche…

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Pour fixer notre rendez-vous de ce soir-là, nous avions usé de nos premiers téléphones portables, un Nokia pour la majorité d’entre nous. Les réseaux sociaux n’avaient pas encore envahi nos vies ni bouleversé notre rapport aux autres. La télé-réalité n’en était qu’à ses balbutiements et personne, en dehors de quelques farfelus, n’avait vraiment entrepris de faire de sa vie un spectacle durant davantage que le quart d’heure warholien. Nous n’avions pas encore Wikipedia, qui naîtrait à peu près à cette époque, et encore moins les outils de l’intelligence artificielle, pour nos recherches rapides.

Insouciance perdue

Surtout, nous étions insouciants, épris de notre sécurité car certains que rien de fâcheux n’arriverait de notre vivant. Le commandant Massoud venait d’être assassiné, mais cela ne préfigurait à nos yeux rien de l’enchaînement qui allait dès le lendemain plonger le monde dans le chaos. Le dragon chinois était certes réveillé, mais ne constituait pas une menace existentielle. La Russie poutinienne peinait encore à effacer les affres de décennies de communisme et d’ouverture soudaine aux marchés. Deux mois auparavant, un de ces professeurs qui se sont trompés sur tout avait peu apprécié que je lui suggérasse l’avènement d’un monde multipolaire basé sur les civilisations de Huntington. Pour le reste, le réchauffement climatique n’avait pas encore décidé de tous nous tuer, le wokisme de nous culpabiliser et Black Lives Matter de faire de nous des racistes systémiques.  


À plusieurs milliers de kilomètres de notre tablée, ce 10 septembre 2001, les 3000 personnes qui ont aujourd’hui leur nom gravé à l’emplacement des anciennes tours du World Trade mangeaient les mêmes burgers et avaient des préoccupations similaires aux nôtres : dans cette Amérique qui n’avait déjà plus rien de celle de John Wayne, leurs conversations tournaient sans doute autour des Yankees qui s’apprêtaient à affronter les White Sox, du dernier album d’Alicia Keys qui occupait la tête du hit-parade, du cours de la bourse, de l’été qui se terminait, des amis, des amours et des emmerdes, sans savoir que ce soir-là serait leur dernier. Pearl Harbour, retraçant ce qui était encore la plus grande attaque jamais commise sur le sol américain, figurait depuis quelques semaines à l’affiche des cinémas.

En même temps que les tours, tout s’est donc effondré le lendemain, à commencer par nos certitudes. Chacun se souviendra toujours ce qu’il faisait ce jour-là. Les plus madrés comprirent instantanément que le monde serait différent, sans deviner l’enchaînement qui allait mener de la guerre en Afghanistan aux attentats qui secouèrent l’Europe. Les complotistes trouvèrent dans cet événement planétaire et dans les nouvelles technologies qui pointaient le premier fait sur lequel asseoir leur révisionnisme. Déjà, le « pas d’amalgame » sévissait dans les rangs de la gauche qui, vingt-cinq ans plus tard, n’a toujours rien compris et s’allie désormais avec les islamistes. Très peu ont tiré les leçons de ce qui s’est passé, avec pour conséquence, l’installation du conflit de civilisations jusque dans nos villages isolés. Assurément, en analysant le monde qui est advenu et, pire encore, celui qui s’annonce, il m’arrive parfois d’avoir envie de remonter le temps et, l’espace d’un instant, de voir apparaître sur le calendrier la date du 10 septembre 2001.

Causeur a besoin de vous !

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L’appel d’Élisabeth Lévy à tous ceux qui lisent, soutiennent et accompagnent Causeur. Notre journal traverse aujourd’hui une période particulièrement difficile. Pour préserver cette voix libre, singulière et indépendante, nous avons plus que jamais besoin de l’aide de nos lecteurs et de nos amis. Merci.


Je ne tournerai pas autour du pot. Depuis le début de l’aventure Causeur en 2007, nous n’avons jamais été aussi près de mettre la clef sous la porte. CECI EST UN SOS !

Depuis 2022, avec la dégradation de la situation économique, nous avons subi une chute notable des ventes et une hausse des coûts (à l’exception des salaires). Comme toute la presse. Mais à la différence de la plupart de nos confrères et concurrents, nous ne disposons pas d’un matelas de ressources publicitaires pour amortir le choc, ni d’une trésorerie permettant de faire face aux imprévus.

Nous n’attendons pas les bras croisés. Nous travaillons d’arrache-pied pour trouver de nouvelles sources de revenus. Mais pour inventer l’avenir, il faut assurer le présent. Ce qui, pour nous, suppose de trouver 120000 euros d’ici le 25 septembre. Nous cherchons donc 120 super-donateurs qui, moyennant 1000 euros (soit 340 une fois la déduction fiscale appliquée) auront, en plus de la satisfaction d’avoir sauvé un espace de liberté, celle d’être des sociétaires permanents de la société des amis de Causeur qui sera en quelque sorte le salon de la patronne. À ce titre, ils auront la possibilité d’échanger régulièrement avec la rédaction de Causeur et votre servante, et ceci dès le début de l’année 2027, quand nous les convierons à faire connaissance autour d’un verre. Nous organiserons aussi dans tout le pays des rencontres avec des personnalités du monde intellectuel, politique et économique. Autrement dit, nous ne vous proposons pas seulement de financer la conversation civique, nous vous offrons la possibilité d’y participer directement.

Pourquoi nous sauver ?

Vous êtes nombreux à nous dire que grâce à Causeur, vous vous sentez moins seul. Nous sommes certes un journal de droite, d’une droite malicieuse, décalée, libertaire, un peu punk sur les bords, mais nous sommes d’abord des défenseurs de l’esprit des Lumières, de l’engueulade civilisée. Quand l’entre-soi idéologique devient une vertu, nous voulons renouer avec l’esprit de salon qui a fait la grandeur de la France.

Peter Sloterdijk explique qu’écrire c’est adresser une lettre à des amis inconnus. Vous êtes ces amis. Nous avons besoin de vous. Et nous voulons croire que vous avez besoin de nous.

Pisa 2025: sans surprise, les résultats de la «grande garderie» sont nuls

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Lisa Hirsig est enseignante, chroniqueuse et auteur de "La grande garderie" (Albin Michel) © Hannah Assouline

Les résultats de l’enquête Pisa 2025 sont tombés hier. Tombés. C’est le mot. Lourdement tombés même. Ils confirment en effet une tendance très inquiétante: le niveau scolaire des Français s’effondre. Libérons l’école ! L’appel de Lisa Hirsig


Le niveau des élèves français continue de reculer fortement dans tous les domaines testés : compréhension de l’écrit, mathématiques et culture scientifique. Cette dégradation n’est pas propre à la France : de nombreux pays de l’OCDE enregistrent des baisses, notamment depuis le choc de la pandémie. Mais nous chutons plus vite que la moyenne. Depuis le début des années 2000, on peut même parler de dégringolade: -53 points en mathématiques, – 28 en lecture et -20 en sciences ! Les scores de 2022, déjà historiquement bas, n’ont pas été corrigés. Ces contre-performances ne reflètent plus l’ambition d’un pays qui continue de se voir comme une référence éducative[1].

Geffray charge les réseaux sociaux

Monsieur Geffray s’est empressé de rejeter la responsabilité de ces résultats désastreux sur ses prédécesseurs, promettant un retour en tête de classement dès 2033 et tentant de faire oublier qu’il grenouille à l’Education nationale depuis 2017 et qu’il a même été Directeur général de l’enseignement scolaire (DGESCO), c’est-à-dire « numéro 2 du ministère » et qu’il a à ce titre piloté des « réformes majeures »… qui n’ont donné aucun résultat positif. Il incrimine les réseaux sociaux et veut se concentrer sur le collège dont les objectifs sont selon lui « un peu flous ». Pourtant, si le test PISA teste des élèves de 15 ans, les difficultés sont avérées dès l’école primaire.

Discours de rentrée du ministre Édouard Geffray, Lycée Arago, Paris 12e, 25 août 2026 © Jeanne Accorsini /SIPA

Car cette descente aux enfers n’est pas un accident. Elle a des causes structurelles, identifiées depuis longtemps, mais que les gouvernements successifs refusent de traiter, par incompétence et manque de courage. Elles sont trop nombreuses pour que j’en fasse une liste exhaustive ici mais découlent toutes du péché originel : la volonté de remplacer la transmission du savoir, jugée bourgeoise et discriminante par la lutte contre les inégalités sociales. Au nom de celle-ci, on a privé tous les élèves de l’héritage auquel ils ont droit : la somme des connaissances acquises avant eux et le patrimoine culturel de leur pays.  

Cette politique de la table rase a permis de baisser le volume d’heures consacrées aux enseignements fondamentaux, notamment à la maîtrise de langue française et à la découverte de la littérature. Depuis les années 1970, le temps qui leur est consacré sur l’ensemble du cursus primaire a été réduit de près de 400 heures[2]. Un élève sortant de CM2 aujourd’hui a reçu l’équivalent d’une année de français de moins qu’un élève des années 1970…  Cette amputation progressive affaiblit la maîtrise des fondamentaux – lecture, écriture, orthographe, grammaire et même les compétences en mathématiques – alors que le système accueille un public de plus en plus hétérogène.

Querelles de pédagos jamais vraiment réglées

Au nom de l’égalité, on a également expérimenté dès les années 60 de nouvelles méthodes d’apprentissage de la lecture qui se sont durablement installées dans les classes. Une étude récente de Jérôme Deauvieau et Paul Gioia (enquête Formalect de 2021) a démontré la nocivité de ces méthodes dites mixtes ou globales encore largement pratiquées. En effet, ces approches, qui mélangent déchiffrage et reconnaissance globale de mots, fonctionnent mal, particulièrement avec les élèves issus de familles dites défavorisées. Les méthodes strictement phoniques et syllabiques, utilisées au début du XXe siècle, produisent de meilleurs résultats et accélèrent l’acquisition de la lecture pour tous les élèves, quel que soit le milieu social dont ils sont issus. Or, l’étude est formelle : moins de 5% des enseignants de CP utilisent la méthode la plus efficace[3].   

La formation des enseignants elle-même constitue un problème majeur. Trop idéologisée, trop éloignée des données scientifiques sur l’apprentissage, elle privilégie depuis des décennies des théories pédagogiques rousseauistes (le fameux « élève au centre du système »), défendues par les chantres de la lutte contre les inégalités par l’éducation nouvelle tels Philippe Meirieu, Jean Foucambert ou Eveline Charmeux. Ils ont installé durablement dans les Inspé[4] l’obsession sociale au détriment de la transmission des savoirs, jugée trop bourgeoise… Les enseignants, formés dans ce cadre marxisant, incapables d’analyser avec recul leurs pratiques pédagogiques, et les parents qui ont eux-mêmes traversé ce système, peinent à transmettre ce qu’ils n’ont pas solidement acquis. On assiste à un effet cumulatif de transmission défaillante. C’est ainsi que se trouvent dans les listes de références de l’Education nationale des œuvres militantes comme Cent culottes et sans papier, Mandela et Nelson au détriment de textes classiques.

Les effets de l’immigration de masse sur la baisse du niveau

Enfin, l’impact de l’immigration ne peut plus être occulté[5] Les données PISA montrent de manière récurrente que les élèves issus de parents étrangers obtiennent, en moyenne, des scores nettement inférieurs à ceux des élèves autochtones. En France, cet écart est particulièrement marqué. Même si le milieu socio-économique explique une part importante de la différence, l’effet net reste significatif. Joachim Le Floch-Imad, dans Main basse sur l’Éducation nationale (2025) et dans les analyses de l’Observatoire de l’immigration et de la démographie, souligne que l’immigration n’est pas la cause première de l’effondrement, mais qu’elle en accentue toutes les difficultés préexistantes, contribuant à tirer le niveau global vers le bas. Ignorer cette réalité au nom d’un tabou n’aide ni les élèves concernés ni le système dans son ensemble.

La chute critique du niveau n’est pas une nouveauté. Isabelle Stal et  Françoise Thom dans l’Ecole des barbares, Jean-Paul Brighelli, dans La Fabrique du crétin (2005) et ses suites, avaient déjà dressé un diagnostic implacable de cette « mort programmée de l’école », dénonçant les effets cumulés du pédagogisme, de la baisse d’exigence et de la perte des fondamentaux. Les solutions cosmétiques adoptées par les responsables politiques successifs– ajustements de programmes, annonces de « refondation » ou de « choc des savoirs », uniformisation des tenues scolaires, – se sont révélées insuffisantes. A trop longtemps privilégier l’idéologie sur les faits, le volume administratif sur le volume d’heures utiles, et l’égalité formelle sur l’efficacité réelle, le système ne produit plus que dégradation, mensonge, et malheur. Car n’oublions pas que derrière ces chiffres se cachent des destins individuels brisés et la détresse de millions de « petits Pierre qui ne savent pas lire » pour paraphraser Chantal Delsol[6]. La chute n’est pas inéluctable mais plus on attend, plus les efforts à fournir seront difficiles à soutenir.

Ne confondez pas uniforme à l’école et école uniforme

Il faut changer de logique. La libéralisation de l’école, c’est-à-dire l’ouverture à une plus grande autonomie des établissements notamment dans leur recrutement et la gestion de leurs budgets, à la liberté de choix des familles et à une concurrence réelle entre projets pédagogiques, apparaît comme la voie la plus prometteuse. La plupart des parents désirent une bonne instruction pour leurs enfants et attendent de l’Etat qu’il finance des écoles qui fonctionnent vraiment, se moquant bien de leur statut ! Un système monopolistique, centralisé et uniformisé, ne peut pas s’adapter à la diversité des besoins ni sanctionner l’inefficacité. Là où la concurrence existe les établissements qui réussissent attirent, et ceux qui échouent sont contraints de s’améliorer ou de disparaître.

Libérer l’offre scolaire ne signifie pas abandonner l’État, mais lui faire jouer un rôle de garant des programmes fondamentaux et de financeur. Les expériences étrangères et les exemples français de réussite (établissements privés ou publics autonomes) montrent que la pression concurrentielle force à se concentrer sur ce qui marche : méthodes efficaces, discipline, exigence et temps d’enseignement suffisant. Les candidats à la présidentielle sont très peu nombreux à se saisir de ces solutions, par crainte de la réaction du « mammouth » de l’Education nationale. Lors de la présentation du budget 2024, Gabriel Attal se vantait d’être à la tête du plus gros employeur public. Il jugeait cette « énormité » flatteuse et sous-entendait qu’elle lui conférait de la puissance. En réalité, ce monstre bureaucratique enfanté par un Etat trop centralisateur est aujourd’hui quasi irréformable. Le poids des syndicats de professeurs et les blocages idéologiques liés à des décennies de gauchisme militant au sein de l’institution compliquent encore la tâche. Mais le courage ne sera plus une option si nous voulons sauver nos enfants d’une mort cérébrale certaine et notre pays d’un déclassement définitif.

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[1] Données de long terme (différence entre 2003 et 2025) : Mathématiques : -53 points (de 511 à 458) Compréhension de l’écrit : -40 points (de 496 à 456) Sciences : – 28 points (de 511 à 483)

[2] Baisse du nombre d’heures de français depuis les années 1970
Site « Sauver les lettres » (sauv.net / horcomp.php) qui compile les arrêtés officiels d’horaires.

[3] Mauvaise méthode d’apprentissage de la lecture (étude Deauvieau-Gioia / Formalect 2021)

Enquête Formalect (2021) : questionnaire auprès de ~9 300 enseignants de CP (échantillon large et représentatif), croisé avec les résultats des évaluations nationales de leurs élèves (~140 000 élèves).

Résultat principal : les méthodes phoniques synthétiques strictes (syllabiques, sans mots « outils » ou reconnaissance globale non décodable) sont plus efficaces pour la fluence et la compréhension que les méthodes mixtes. L’écart est plus marqué pour les élèves fragiles et ceux scolarisés dans des écoles à recrutement social populaire. Elles sont utilisées dans moins de 5% des classes.

Rapport Deauvieau J. et Gioia P., « L’efficacité des méthodes d’enseignement de la lecture. Une enquête sur le cas français », Études et documents du CMH n° 45, avril 2024.

Note du Conseil scientifique de l’Éducation nationale (CSEN) n° 11, juin 2024, rédigée par les mêmes auteurs.

[4] Les 33 Instituts nationaux supérieurs du professorat et de l’éducation (INSPÉ) forment les enseignants du primaire/ secondaire et les conseillers principaux d’éducation.

[5] Impact de l’immigration sur les résultats.

– Le test PISA de l’OCDE distingue les élèves autochtones des élèves issus de l’immigration de manière détaillée. Ces données sont disponibles dans les bases de données PISA (publiques) et font l’objet de chapitres dédiés dans les rapports officiels.

– Analyses complémentaires (Observatoire de l’immigration et de la démographie, 2025) soulignent que l’écart contribue à tirer la moyenne nationale vers le bas, même si le milieu social reste le facteur dominant.

[6] La détresse du petit Pierre qui ne sait pas lire (PLON), Chantal Delsol.

« J’sais pas j’étais pas née »

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Capture LCI.

«J’ai pas de souvenir…»: face à Darius Rochebin qui l’interrogeait sur LCI sur les présidents de la Ve République, l’écologiste Marine Tondelier était gênée et a vécu un grand moment de solitude


Comme prévu le classement PISA est catastrophique. En réalité c’est un effondrement français, européen et occidental. Pour notre pays, on n’a pas besoin d’études internationales pour connaître l’étendue du désastre. Il suffit d’écouter Marine Tondelier interrogée par Darius Rochebin.

Pompidou ?
– J’ai pas de souvenirs, pas de trucs marquants à dire sur lui en tant que citoyenne, électrice.
La croissance, le développement, l’industrie ?
– Bah vous ça vous a marqué apparemment
– Giscard ?
– Bah moi il me fait penser à Macron.

Comme l’observe mon ami Amine El-Khatmi, cette grande féministe n’est même pas fichue de citer l’IVG pour Giscard. Le reste est à l’avenant. Son couplet convenu sur De Gaulle se conclut par « des comme lui, on n’en a plus ! » – quelle profondeur de jugement. Sarkozy c’est très mal et, de Chirac, ce qui l’a marquée, c’est « Mangez des pommes », c’est-à-dire une phrase prononcée par la marionnette de Chirac aux Guignols. Et elle ignore évidemment que Pompidou est le premier à avoir parlé de risque environnemental. D’accord, moi aussi je l’ignorais et je l’ai appris dans un post de Raphaël Doan, mais notez que je n’aspire pas à diriger la France. À moins bien sûr que des pressions amicales….

Marine Tondelier est pré-candidate à la magistrature suprême mais ne sait rien sur ses prédécesseurs. Avec un argument massue (et particulièrement significatif) : J’sais pas, j’étais pas née. On croyait que la politique consistait à s’inscrire dans une généalogie, à penser qu’il y a quelque chose de plus grand que soi qui nous a précédé et nous survivra. Pas pour Tondelier. Son seul horizon c’est ce qu’elle a vécu. Heureusement qu’on ne l’a pas interrogée sur Napoléon ou Du Guesclin – pour le dernier, je ne suis pas sûre qu’elle connaisse le nom.

Sans surprise, les réseaux sociaux ont été pris d’un immense éclat de rire : vacuité, naufrage, néant vertigineux, elle prend cher. Pour ma part, j’ai de la peine pour elle.

A lire aussi, du même auteur: Vénération Mélenchon

Marine Tondelier ne sait même pas qu’elle ne sait pas. Elle est doublement victime: de la destruction de l’école et du mensonge sur cette destruction. Si j’en crois Wikipédia, Tondelier a fait une hypokhâgne et obtenu un diplôme de Sciences Po Lille. L’Etat lui a fait croire (à elle et ses parents) qu’elle était armée pour appartenir à l’élite. Tout comme il délivre chaque année le bac et le droit d’aller à la fac à des ados qui ne maîtrisent pas leur langue et ignorent qui est Pompidou et ne parlons pas de Montaigne.

La recette bien connue de ce désastre est une bouillie de lâcheté et d’idéologie, dont le résultat est : exigence minimale, bienveillance maximale. On a remplacé la verticalité – un maitre un élève, un qui enseigne, l’autre qui apprend. Ne les vexons pas avec des mauvaises notes. La seule bienveillance, c’est la vérité qui commencerait par annoncer que, désormais, il n’y aura pas plus de 60 % de reçus au bac (et je suis sympa). Ce qui bien entendu n’arrivera pas, tous les parents sont électeurs.

Dans la foulée, comme le souligne Lisa Hirsig dans son excellente analyse, l’Ecole ne se donne plus comme mission la transmission des savoirs qui nous ont forgés, mais la lutte contre les inégalités. Comme on ne pouvait pas faire progresser les médiocres (qu’on qualifie pudiquement d’élèves défavorisés) on s’est employé à faire régresser les bons. Et on y est arrivé. Un expert-éducation de l’OCDE, commanditaire du classement PISA, fait cet aveu stupéfiant dans Le Monde : « La forte baisse des résultats des élèves les plus favorisés entre 2015 et 2025 est presque une bonne nouvelle. »

À l’image de Marine Tondelier, beaucoup de jeunes adultes sont titulaires de diplômes Potemkine. Mais comme elle, ils ne savent pas d’où ils viennent et n’ont pas les armes pour penser le monde où ils vivent. Demain, ils feront tourner le pays. Et ça, ça fait peur.


Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Sud Radio

La voix des peuples n’affole que les faux démocrates

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Marine Le Pen, ici photographiée à l'Assemblée nationale en janvier, est la favorite des sondages pour la prochaine élection présidentielle française © J.E.E/SIPA

La droite populiste étant aux portes du pouvoir en France, les accusations contre les « parias » et la diabolisation envers les « déclinistes » montent en intensité verbeuse, observe notre chroniqueur.


Le crescendo dans l’injure caractérise la classe politique, paniquée devant la voix des peuples. L’enflure de ses mots blessants est proportionnelle à sa négation du réel. Ceux qui osaient naguère perturber le système dans son confort intellectuel étaient considérés, j’en témoigne, comme « populistes », « complotistes », « déclinistes ». La routine, pour les infréquentables.

Cette fois, la présidentielle approchant, les accusations contre les parias montent en intensité verbeuse. Qui critique le bloc central ou La France insoumise prend le risque d’être qualifié d’« extrême droite », de « fasciste », de « nazi ». La nette victoire de l’AfD (Alternative für Deutschland) dans une élection régionale allemande a été qualifiée lundi par Libération de « choc fasciste ». Même la pensée bourgeoise ronronnante a pu y voir l’arrivée de « néo-nazis ». Il est vrai qu’il est plus simple de disqualifier un résultat électoral que d’en comprendre les ressorts.

Ainsi procède la « bêtise des gens intelligents » dont Jacques Julliard se lamentait. L’effondrement de l’école dans le classement Pisaest plus généralement celui des partis. Même le RN n’a pas osé féliciter l’AfD pour son succès, terrorisé à l’idée d’être assimilé à une formation hitlérienne, à en croire les fabricants de bobards. En réalité, l’AfD a été plébiscitée, y compris par beaucoup d’abstentionnistes d’hier, pour s’être adressée au peuple allemand méprisé de ses élites. Ce mouvement libéral-conservateur, soutien d’Israël et de Donald Trump, a le tort, pour les censeurs, de vouloir appliquer une radicalité dans son refus d’une immigration musulmane qui ne s’intègre plus, et dans le rapatriement — la remigration — des étrangers indésirables. Ces électeurs exaspérés sont les porte-voix d’un mouvement plus général, qui ne se laisse plus intimider par des procédés de diabolisation trop usés.

Le risque totalitaire n’est pas dans ce sursaut populaire, terreau de la démocratie ; il est chez ceux qui veulent le briser. Hurler au nazisme, au prétexte que l’AfD invite les Allemands à retrouver leur fierté perdue, est un procédé stalinien. D’autant que l’ex-RDA, dont est issue la Saxe-Anhalt mal-pensante, a été biberonnée à l’antifascisme d’Etat. Criminaliser le nationalisme allemand en laissant croire à une résurgence de Mein Kampf est également une ineptie : le IIIe Reich méprisait les États-nations et se voyait comme la perpétuation des mille ans du Saint-Empire romain germanique.

Ce qui se dessine, à l’approche de la présidentielle, est une régression obscurantiste portée par des mouvements dits progressistes. La France insoumise, qui défend l’idée d’une insurrection en cas de victoire du RN en mai 2027, est un mouvement inquiétant, tant pour sa revendication de la violence que pour ses accointances avec le suprémacisme islamiste. Le personnel de Radio France, qui appelle à la grève au prétexte qu’un journaliste de Valeurs actuelles, Charles Sapin, fera chaque dimanche matin un éditorial de trois minutes sur France Inter, confirme le sectarisme de l’audiovisuel public. Ceux qui, au centre et à droite, prédisent le chaos en cas de victoire de Marine Le Pen ont pareillement peur de la colère du peuple oublié. Hier soir, sur CNews, Bruno Retailleau a clairement rompu avec le bloc central tout en qualifiant de RN de « démagogique ». Or, si le candidat LR veut redonner aux Français le dernier mot, il s’oblige dès lors à regarder dans la même direction qu’eux.

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Le monde brûle-t-il ?

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D.R.

Cet été, les incendies ont envahi les écrans français, au point de donner l’impression d’une planète entière en flammes. Pourtant, les données satellitaires racontent une histoire sensiblement différente: spectaculaire à l’échelle nationale, la saison des feux de 2026 est loin de constituer un embrasement mondial.


Une carte constellée de taches rouges, des murs de flammes, des villages et des campings évacués ! L’affaire semble entendue: ce que la France a vécu cet été, la planète entière le vivra demain. L’extrapolation mérite pourtant examen.

Sans conteste, la France a connu cette année des incendies sans précédent depuis le début des relevés satellitaires, en 2012. Pour les habitants évacués, la vitesse et la violence des feux ont laissé des traces indélébiles. Les images de cet été ont donc bien reflété des catastrophes. Mais elles ne disent pas tout. La France n’est pas le monde. Si, à la même date, l’Espagne, le Portugal et l’Allemagne ont aussi connu une mauvaise saison, la Roumanie, la Croatie et la Grèce sont restées très en dessous de leurs niveaux habituels. L’Europe a ainsi offert des tableaux opposés.

A lire aussi: Est-il possible de protéger le ciel ukrainien sans entrer en guerre contre la Russie?

Élargissons encore. Le Global Wildfire Information System, qui suit les feux par satellite à l’échelle du globe, indique que 2026 est jusqu’ici une année plutôt calme. Cela tient principalement au faible nombre de feux en Afrique, qui représente habituellement plus de la moitié des surfaces brûlées mondiales, ainsi qu’en Amérique du Sud.

Sur vingt ans, la superficie mondiale brûlée chaque année est même à la baisse, en raison surtout du recul des feux de savane et de broussailles. Rien de tout cela ne rend moins graves les incendies français. Aussi la prévention doit-elle être une priorité, d’autant que le réchauffement climatique peut accroître le risque en favorisant des conditions plus chaudes et plus sèches. Mais il ne faut pas oublier qu’une catastrophe locale ne préjuge pas de la situation planétaire. Reste à comprendre pourquoi nous croyons souvent l’inverse.

Une raison importante tient au fait que les incendies possèdent un avantage redoutable dans la bataille des perceptions: les caméras filment admirablement les forêts en flammes, beaucoup moins bien les millions d’hectares qui ne brûlent pas. Pour savoir si le monde brûle, mieux vaut donc regarder les séries statistiques que les écrans de télévision.

Sous l’ignorance, le voile

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2015 © WITT/SIPA

Au lendemain de la publication du classement PISA, état des lieux du niveau scolaire dans les principaux pays développés de la planète, nous aurions grand tort de bomber le torse. S’il y a une chose – une seule – qui prospère en France, c’est bien l’ignorance. Voilà ce que nous révèle l’implacable palmarès. Et de tous les échecs – si nombreux – du président Macron après dix années de pitoyables services, celui-ci est de loin le plus cuisant, le plus dramatique et le plus impardonnable.

L’ignorance donc, chez nous, caracole. Ce n’est pas nouveau. Dès 1980, Paul Guth publiait chez Albin Michel un petit livre, Lettre ouverte aux futurs illettrés, avec en exergue ce constat désabusé : « Autrefois, les illettrés étaient ceux qui n’allaient pas à l’école, aujourd’hui ce sont ceux qui y vont ». L’année précédente, l’historien et homme de télévision Alain Decaux lançait lui aussi un cri d’alerte sous la forme d’un long article publié dans le Figaro Magazine : « On n’enseigne plus l’histoire à nos enfants. » Dès les années 60, le linguiste Étiemble s’inquiétait du dépérissement galopant de notre langue au profit d’une anglicisation, ou plutôt une américanisation qui allait inéluctablement aboutir à ce que nous subissons aujourd’hui dans nos échanges quotidiens, le triomphe de ce que l’auteur appelait « le sabir Atlantique ».

A lire aussi, Lisa Hirsig: Pisa 2025: sans surprise, les résultats de la «grande garderie» sont nuls

Il n’est sans doute pas inutile de préciser que la gauche n’était pas encore au pouvoir en France lorsque ces cris d’alerte étaient lancés et ces constats accablants mis sur la table.

Depuis, le désastre en ces domaines n’a fait que croître et embellir. L’ignorance serait donc le point fort des acquis de l’instruction publique à la française. Avec une conséquence à laquelle on ne prête pas suffisamment attention. L’ignorance est le fumier sur lequel l’obscurantisme et les superstitions – toutes les superstitions – prospèrent. Claude Lévi-Strauss le notait déjà au début des années 1990. Plus le savoir et la maîtrise du raisonnement reculent, plus prospèrent les fausses certitudes, les feintes vérités toutes faites, prêtes à l’emploi, à la fois terriblement pernicieuses et formidablement confortables. Elles sont le refuge commode où les cerveaux impréparés à l’acquisition des savoirs, à la connaissance, à la capacité d’analyse et de critique,  et donc incapables de poser clairement les limites entre le certain, le probable et le douteux (la définition même du philosophe donnée par l’Encyclopédie des Lumières) vont trouver à se gaver des anesthésiantes pilules que savent si bien dorer les marchands de dogmes à deux balles dont le commerce est aujourd’hui aussi florissant qu’il a pu l’être dans les temps les plus reculés de l’histoire de l’humanité.

« Nous savons maintenant que les civilisations sont mortelles » constataient amer et lucide Paul Valéry dans un texte célèbre de 1919. Eh bien, nous savons, ici et maintenant, clairement quel sera le fossoyeur de la nôtre, de civilisation : l’ignorance, tout simplement.

L’Évangile selon Abel Ferrara

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DR

Le réalisateur new-yorkais Abel Ferrara revient sur son parcours dans un livre. Ses mémoires permettent d’entrer dans les coulisses d’une œuvre aussi libre que conflictuelle


Dans Scène, ses mémoires publiés aux éditions Séguier (traduit de l’anglais (États-Unis) par Yves Gabay), Abel Ferrara revient sur près d’un demi-siècle de cinéma. Des premiers films tournés à New York aux productions internationales, il traverse les tournages, les acteurs, les producteurs, les excès et les conflits. Mais le livre tient surtout à une obsession : trouver les moyens de faire le film qu’il a en tête.

Ferrara commence avec presque rien. En 1976, il réalise 9 Lives of a Wet Pussy sous le pseudonyme de Jimmy Boy L., qu’il considère comme son « diplôme ». Il garde de cette période ce qu’il appelle « le fantasme de la percée » : réunir trois sous, faire un film et voir le monde entier venir le regarder. Ce rêve ne l’a jamais quitté.

Puis vient Driller Killer. Un peintre fauché, un appartement, une perceuse transformée en arme. Ferrara filme le New York de la fin des années 1970, ses immeubles abandonnés, ses graffitis, sa violence. La ville fournit le décor, mais aussi la matière même de ses premiers films.

De L’Ange de la vengeance à King of New York, de Bad Lieutenant à The Addiction et New Rose Hotel, une même tension traverse son cinéma. Les personnages sont poussés jusqu’à leurs limites, qu’il s’agisse de violence, de drogue, de foi ou de culpabilité. Christopher Walken, Harvey Keitel, Willem Dafoe, Juliette Binoche et Gérard Depardieu viendront donner à cette œuvre des visages très différents.

King of New York naît notamment du choc provoqué chez Ferrara par Terminator et Mad Max 2. Il imagine une fusillade dans une église, avec un tireur déguisé en hassid. De cette idée surgit un film où Frank White, interprété par Christopher Walken, revient à New York pour reprendre le contrôle de la ville.

Bad Lieutenant conduit cette logique beaucoup plus loin. Harvey Keitel y incarne un policier détruit par la drogue, le jeu et la culpabilité. Après avoir touché le fond, il rencontre dans le pardon accordé par une religieuse une possibilité de rédemption. La vision du Christ dans l’église fait basculer le film vers une forme de Passion. Scorsese, qui avait lui-même affronté ces questions dans La Dernière Tentation du Christ, considérera Bad Lieutenant comme l’un des grands films consacrés à la rédemption.

Ferrara ne sépare guère cette matière de sa propre existence. Dans Scène, il raconte ses addictions et ses arrestations. Lors de l’une d’elles, il se retrouve avec des pochons de cocaïne dans la main, coincé par les policiers devant son propre appartement. La scène possède l’absurdité d’une séquence de film, sauf qu’elle s’est réellement produite.

A lire aussi: Colette Jéramec et Pierre Drieu la Rochelle, une histoire d’amour

Cette proximité entre vie et cinéma donne aussi au livre sa part la plus sombre. Ferrara revient sur les dégâts de l’alcool et de la drogue, notamment dans sa vie familiale. La légende du cinéaste maudit laisse alors place à quelque chose de plus difficile : les conséquences concrètes d’une existence menée à toute vitesse. Son rapport à l’industrie explique une autre constante de son parcours. À Hollywood, il voit « les experts-comptables » prendre le pouvoir sur le cinéma. Les films commencent à être pensés en fonction de ce qu’ils doivent rapporter. Ferrara supporte mal cette logique, comme il supporte mal qu’on lui dise ce que le public est censé aimer. Il écrit qu’il va au cinéma pour être « bousculé, chaviré ». Cette opposition se retrouve dans son rapport au montage. Après l’expérience désastreuse de Cat Chaser, dont le film a été profondément remanié sans son accord, il fait du final cut une condition non négociable. Pour Ferrara, le montage constitue le dernier lieu où le cinéaste peut encore décider de ce que sera son film. New Rose Hotel offre une illustration particulièrement intéressante de cette méthode. Le texte de William Gibson modifie sa conception du récit. Les flashback, les variations d’une même scène et les prises différentes de Christopher Walken permettent au montage de faire surgir plusieurs films à partir du même matériau. Le récit devient une matière à recomposer plutôt qu’une ligne à suivre.

Le conflit avec Cannes autour de Welcome to New York prolonge cette volonté de conserver la maîtrise du film. Thierry Frémaux, directeur du Festival de Cannes, lui demande des coupes pour une éventuelle sélection. Ferrara refuse. Le film ne sera retenu ni par la compétition, ni par la Quinzaine des réalisateurs, ni pour une séance spéciale.

Ferrara regarde pourtant les nouvelles technologies avec moins de méfiance que l’industrie traditionnelle. Le téléphone permet désormais de tourner avec une caméra dans la poche ; Internet offre un accès direct à la diffusion. Pour celui qui a commencé avec quelques dollars et des moyens de fortune, cette évolution ouvre de nouvelles possibilités. Scène raconte finalement la trajectoire d’un cinéaste qui n’a cessé de défendre sa manière de faire des films. Une trajectoire faite de succès, de dérapages, de conflits et de fidélités. Ferrara en connaît le prix, mais continue d’avancer avec la même obstination.

256 pages, publication le 1er octobre.

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La petite phrase allemande qui devrait inquiéter les centristes français

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Ulrich Siegmund de l'AfD s'amuse de la couverture du magazine Der Spiegel le présentant en une comme "l'homme le plus dangereux d'Allemagne", lors d'un rassemblement de son mouvement politique à Klötze, 16 août 2026 © Peter Gercke/DPA/SIPA

Le peuple, cette priorité oubliée


Une leçon de l’AfD ? Ce coup de tonnerre est à analyser. Quand on scrute un événement traumatisant, il perd sa nuisance pour souvent se muer en enseignement. Magdebourg, « nouvel épicentre de l’extrême droite européenne », selon le journal Le Parisien, fait de la région de Saxe-Anhalt un laboratoire que la majorité de ses habitants désirent appréhender comme une renaissance.

Raison garder

Pour être angoissé par cette victoire, on a le droit cependant de garder raison et de ne pas prendre intégralement l’avancée de l’AfD, dans le climat actuel de l’Allemagne et malgré la déconfiture du chancelier Merz, pour le retour de l’hitlérisme dans toute son horreur.

L’Histoire ne repasse jamais les mêmes plats et le propre de sa totale imprévisibilité est qu’elle peut surprendre favorablement même les plus pessimistes d’entre nous. Puis-je faire référence à un sondage d’auditeurs, le 7 septembre, sur Sud Radio – aux antipodes de l’extrême droite –, qui, à 90 %, ont déclaré ne pas s’émouvoir du succès de l’AfD !

On peut laisser les politologues nous expliquer les raisons identitaires, politiques et sociales de cette éclatante progression de l’AfD – nostalgie de l’Allemagne de l’Est, immigration, faiblesse du pouvoir central, déclassement –, mais je voudrais insister sur un point pas si dérisoire que cela : l’apparence. Le leader de l’AfD, Ulrich Siegmund, n’avait pas une tête de « néo-nazi » et son amabilité, son sourire, son urbanité, sans contradiction avec la dureté du fond et du projet, n’ont pas été pour rien dans le score du parti.

J’espère que Jean-Luc Mélenchon ne s’en inspirera pas et qu’il continuera, par son hostilité ostensible à l’égard de tous ceux qui n’appartiennent pas à son camp extrême, à décourager quiconque de le rejoindre ! À l’évidence, il hait même ceux qu’il devrait convaincre.

L’AfD, ou l’art de parler au peuple ?

Mais, pour m’attacher à l’essentiel, un propos de Linda, dans l’article du Parisien, assistante sociale de 32 ans, dit tout au sujet de l’AfD : « Pour la première fois, j’ai l’impression qu’un candidat a fait de son peuple une priorité. »

Cette pensée est capitale : elle vise, dans le programme comme dans la forme, à persuader le peuple qu’on a véritablement changé de registre, qu’on ne se contente plus de l’invoquer comme un mantra et que la préoccupation fondamentale de la politique – pour gagner comme pour durer – sera de répondre effectivement à ses attentes en apaisant ses plaies. C’est ce qu’affirme à sa manière cette citoyenne allemande.

Sur le plan national, à l’occasion de cette campagne présidentielle, qui parviendra à transmettre le message selon lequel le peuple sera « vraiment une priorité » ? Pas seulement dans les propos, en façade, mais dans tout ce qui relève de l’organisation, de l’imagination et de l’invention. Par exemple, Bruno Retailleau nous présente une équipe de campagne très estimable, mais absolument pas accordée à un humus démocratique qui s’est lassé des mêmes têtes, des professionnels répétitifs et d’une vague qui est incapable de faire croire, par sa seule existence, qu’elle va engendrer du renouveau. Geoffroy Didier !!!

Aucune dérision à l’encontre de nos responsables politiques. Ils doivent composer avec un système démocratique qui est devenu l’art de retarder indéfiniment l’appel au peuple, de noyer les référendums nécessaires envisagés sous une avalanche bureaucratique et de convaincre le citoyen que s’occuper de ce qui le regarde serait un crime. Pour agir, il faudra d’abord détruire tous ces écrans importuns traduisant, en état de droit, en langage noble, les raisons de notre impuissance. Est-il impossible de retenir la leçon de Linda, ce seul enseignement de l’AfD ?

7-Octobre: le coup de téléphone qui embarrasse Netanyahou

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Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, à droite, et son épouse Sara votent lors des élections primaires du parti Likoud, en vue des élections législatives israéliennes d’octobre, à Jérusalem, lundi 17 août 2026 © UPI/Newscom/SIPA

Selon une enquête de Haaretz, le Premier ministre israélien aurait été personnellement averti par Mohammed ben Zayed et le chef du renseignement égyptien. Comme en 1973, les informations existaient, mais elles se sont heurtées aux certitudes du pouvoir.


Selon une enquête de Haaretz, fondée sur des dizaines de témoignages, des documents et des échanges entre membres de l’entourage de Benyamin Netanyahou, ce dernier aurait reçu plusieurs avertissements explicites dans les semaines précédant le 7 octobre 2023. Le bureau du Premier ministre dément catégoriquement ces informations.

Négociations secrètes

Selon l’enquête, depuis le début de 2023, Israël et le Hamas auraient mené, avec l’autorisation de Netanyahou, des négociations secrètes en vue d’une trêve durable à Gaza. Les discussions portaient sur un allègement du blocus, la création de zones commerciales, l’entrée de marchandises, l’exploitation du gisement gazier Gaza Marine et la libération des quatre Israéliens alors détenus dans l’enclave. À la fin d’août, Netanyahou aurait accepté la libération de trente prisonniers palestiniens, dont vingt condamnés à perpétuité, mais aurait ensuite retardé la réunion du comité ministériel nécessaire pour approuver l’accord.

Début septembre, Yahya Sinwar aurait brusquement interrompu les pourparlers. Il aurait ensuite demandé à un intermédiaire du Fatah de prévenir Israël qu’il préparait une « immense surprise », une opération exceptionnelle qu’il qualifiait de zilzal, « tremblement de terre ». Le message aurait été transmis à un conseiller palestinien de Mohammed ben Zayed, président des Émirats arabes unis, puis au Shin Bet le 15 septembre.

Ronen Bar, chef du renseignement intérieur israélien de 2021 à 2025

Ronen Bar, directeur du Shin Bet, aurait immédiatement alerté Netanyahou. Lors d’une réunion organisée le 17 septembre, il aurait estimé qu’Israël se trouvait sur une trajectoire d’affrontement et recommandé une attaque préventive ou, au minimum, un renforcement important des défenses à Gaza et en Cisjordanie. Aucune décision n’aurait été prise. Les services auraient toutefois interprété la menace comme pouvant concerner l’enlèvement d’Elizabeth Tsurkov, alors captive en Irak, et non une attaque massive depuis Gaza.

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Constatant l’absence de réaction israélienne, Mohammed ben Zayed aurait personnellement téléphoné à Netanyahou une dizaine de jours avant le massacre. Au cours d’une conversation de 45 minutes, il l’aurait averti que Sinwar préparait une opération majeure susceptible d’embraser toute la région et de menacer les accords d’Abraham. Netanyahou aurait répondu que le Hamas projetait probablement une action en Cisjordanie et qu’Israël était prêt à tous les scénarios. Pourtant, selon l’enquête, Netanyahou n’aurait communiqué l’alerte émiratie ni au chef du Mossad, ni au directeur du Shin Bet, ni au chef d’état-major.

Mohammed ben Zayed, Émir d’Abou Dabi. DR.

L’article replace ces avertissements dans une politique plus ancienne. Depuis 2017, Sinwar aurait poursuivi simultanément deux stratégies : préparer militairement le Hamas à une confrontation décisive et rechercher un accord économique susceptible d’améliorer la situation à Gaza. Plusieurs projets de trêve et d’échange de prisonniers auraient progressé, avant d’être retardés par Netanyahou. Dans le même temps, celui-ci aurait régulièrement refusé les propositions de l’armée visant à mener une opération d’envergure contre le Hamas, préférant contenir Gaza pour concentrer les efforts sur l’Iran et le front nord. L’enquête affirme également que plusieurs possibilités de libérer rapidement des otages civils se seraient présentées dans les premières heures et les premiers jours suivant le massacre.

Le 7 octobre à 19 heures, le Premier ministre qatari, Mohammed ben Abdelrahmane Al-Thani, aurait informé le directeur du Mossad, David Barnea, que le Hamas était prêt à libérer immédiatement tous les civils et que Doha proposait sa médiation. Barnea aurait répondu qu’Israël refusait alors toute discussion avec le Hamas. Son entourage confirme l’existence de la proposition, mais affirme que le Hamas exigeait en contrepartie l’arrêt de l’offensive israélienne et de nouveaux droits sur le mont du Temple. Le Qatar conteste cette version et soutient qu’aucune condition aussi lourde n’avait été formulée à ce stade.

Le lendemain, Rawhi Mushtaha, bras droit de Sinwar, aurait également informé un proche de Mohammed Dahlan que le Hamas était prêt à libérer sans contrepartie les civils, terme qui, dans la définition de Sinwar, désignait les otages âgés de moins de 18 ans ou de plus de 50 ans. Le message aurait été transmis au Shin Bet, sans susciter de négociation. Un haut responsable israélien reconnaît que certaines de ces propositions sont parvenues aux services et au gouvernement, mais explique que les dirigeants, encore sous le choc, n’étaient pas psychologiquement ni opérationnellement prêts à les examiner. Le soir du 7 octobre, la libération des otages ne figurait d’ailleurs pas encore parmi les objectifs de guerre arrêtés par le gouvernement.

Washington ne serait intervenu que plusieurs jours plus tard. Antony Blinken aurait évoqué la question avec Netanyahou le 12 octobre, sans obtenir de réponse claire. Ce n’est que le 14 octobre que le Premier ministre israélien aurait accepté la médiation qatarie. David Barnea se rendit à Doha le lendemain, huit jours après la première proposition. Entre-temps, les bombardements s’étaient intensifiés, les positions s’étaient durcies et le prix exigé par le Hamas avait augmenté.

« Immense surprise »

La thèse générale de l’enquête est donc double. Avant le 7-Octobre, plusieurs avertissements suffisamment inquiétants n’auraient pas été correctement interprétés, partagés ou suivis d’effet tandis qu’après l’attaque, le choc et la priorité donnée à la destruction du Hamas auraient empêché Israël d’examiner immédiatement des propositions susceptibles de sauver des dizaines d’otages civils.

À la même période, vraisemblablement dans les derniers jours de septembre 2023, une autre alerte serait parvenue directement au cabinet du Premier ministre. Le général Abbas Kamel, chef du renseignement égyptien, aurait averti Netanyahou que le Hamas préparait « quelque chose d’inhabituel », une « opération terrifiante ». Selon Yediot Aharonot, Netanyahou lui aurait répondu qu’Israël maîtrisait la situation à Gaza et que le véritable danger se trouvait en Cisjordanie, où des forces étaient redéployées. L’article de Haaretz ne précise toutefois ni la date exacte de cet avertissement ni quels responsables israéliens, en dehors de Netanyahou et de son cabinet, en auraient été informés. Il affirme seulement que, lors d’une réunion sécuritaire tenue le 1er octobre, le Premier ministre n’a mentionné aucune des alertes personnelles qu’il aurait reçues.

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L’enquête de Haaretz entretient une ambiguïté qui renforce l’accusation portée contre Netanyahou. Dès le 15 septembre 2023, le Shin Bet avait reçu, par l’intermédiaire d’un responsable du Fatah et d’un conseiller palestinien de Mohammed ben Zayed, un avertissement attribué à Yahya Sinwar selon lequel celui-ci préparait une « immense surprise », qualifiée de zilzal. Ronen Bar avait immédiatement transmis l’information à Netanyahou et, le 17 septembre, une réunion réunissant le Shin Bet, l’armée, le Mossad et le Conseil national de sécurité avait examiné la menace. Bar avait même estimé qu’Israël se trouvait sur une « trajectoire d’affrontement » et recommandé une attaque préventive ou, au minimum, un renforcement des défenses. La menace avait donc bien été portée à la connaissance de l’ensemble de l’appareil sécuritaire, même si elle avait été mal interprétée, certains responsables imaginant une opération en Cisjordanie ou une tentative de s’emparer d’Elizabeth Tsurkov en Irak. L’alerte que Netanyahou aurait ensuite passée sous silence est différente. Il s’agit de l’appel personnel de Mohammed ben Zayed, une dizaine de jours plus tard, confirmant que Sinwar préparait une action majeure contre Israël. Lorsque Ronen Bar et Herzi Halevi affirment ne pas avoir été informés de « l’alerte du président des Émirats », ils désignent cette seconde mise en garde, et non le message reçu le 15 septembre. La nuance est toutefois essentielle. Netanyahou n’aurait pas dissimulé aux services l’existence même de la menace, puisqu’ils en connaissaient déjà la substance mais il aurait omis de leur transmettre une confirmation supplémentaire, émanant cette fois directement d’un chef d’État allié. Cette confirmation aurait pu donner davantage de poids au premier avertissement et conduire les responsables israéliens à « faire un plus un », mais présenter l’appareil sécuritaire comme entièrement maintenu dans l’ignorance par le Premier ministre va au-delà de ce que démontre l’article.

Publiée à quarante jours des élections, l’information a fait l’effet d’une bombe. Les chefs des partis d’opposition ont même publié un communiqué commun réclamant la création d’une commission d’enquête d’État, une décision que Netanyahou s’est jusqu’ici bien gardé de prendre. Une telle commission pourrait pourtant établir rapidement si cet appel entre Bibi et Mohammed ben Zayed a bien eu lieu car ce genre d’échange entre deux chefs d’État ne se déroule jamais sans intermédiaires, sans témoins ni sans laisser de traces.

Sur le fond, plus on en apprend sur les semaines qui ont précédé le 7-Octobre, plus le parallèle avec septembre-octobre 1973 s’impose. À l’époque, le roi Hussein de Jordanie avait personnellement averti Golda Meir de l’imminence d’une attaque syrienne. À la veille de la guerre, Ashraf Marwan, proche conseiller du président égyptien Anouar el-Sadate, avait également donné l’alerte lors d’un rendez-vous d’urgence à Londres avec le chef du Mossad, Zvi Zamir. En 2023 comme en 1973, les informations existaient et provenaient de sources jugées fiables. Mais lorsque les dirigeants tiennent un scénario pour impossible, parce qu’il leur paraît irrationnel ou contraire aux intérêts de l’ennemi, même les meilleures alertes peinent à ébranler leurs certitudes. Le renseignement échoue alors moins à voir qu’à convaincre ceux qui croient déjà savoir.

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