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Jacques Bainville, la passion de l’Histoire

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La carte postale de Pascal Louvrier (4/6)


Les petits villages torpides que j’ai traversés, aux toits de lauze, fontaines rafraichissantes et monuments aux morts avec drapeaux tricolores, fête nationale oblige, m’ont incité à relire Jacques Bainville, l’un des grands intellectuels du XXe siècle. Son ouvrage Histoire de France, publié en 1924, vendu à 300 000 exemplaires en vingt ans, au style sec et précis, se lit comme un roman. Des Celtes à la Première guerre mondiale, on découvre les personnalités exemplaires qui ont fait la France. Les événements sont présentés chronologiquement, ce qui contribue à rendre l’analyse cohérente, parfois subjective et bougonne, de l’auteur. Pas de pathos ni de psychologie, mais une présentation claire et rigoureuse des événements qui ont grandi ou affaibli l’un des plus puissants pays au cœur d’une Europe qui ne fut pas toujours soumise à l’économie.

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Historien iconoclaste

Monarchiste, pilier de l’Action française de Charles Maurras rencontré en 1900 au Café de Flore, Bainville, par exemple, n’est pas tendre avec Napoléon. Mais, du haut de sa terrasse giralducienne, il sait demeurer lucide et reconnaît le vent des orages. Après la défaite de l’Allemagne en 1918, il pressent que les forces vives de son pays sont entamées. Ce Lorrain lutte de toutes ses forces contre un rapprochement avec l’Allemagne, dénonçant sans relâche la menace qu’elle représente pour la France. Il veut cependant rester optimiste et conclut : « Si l’on n’avait pas cette confiance, ce ne serait même pas la peine d’avoir des enfants. » Bainville possède une forte personnalité qui ne laisse jamais ses contemporains indifférents. Robert Brasillach, dans Notre avant-guerre, confie : « De ceux que j’ai connus, c’est peut-être l’homme qui m’en a le plus imposé. Non qu’il ne fût d’une gentillesse parfaite, mais je ne crois pas qu’aucun de ceux qui l’aient approché n’ait pas ressenti cette domination extraordinaire qui était la sienne. »

Mort le 9 février 1936, à 57 ans, il ne verra pas la Seconde guerre mondiale et ses effets dévastateurs malgré la victoire sur l’Allemagne nazie. Car comme il l’écrit au début de son Histoire de France : « Les Français ne sont ni une race ni un empire ; ils sont mieux, ils sont une nation. » Une nation qui mérite d’être connue, respectée et aimée. C’est le pari réussi de Bainville, historien iconoclaste qui détestait… l’Histoire.

L’horreur des monuments 2.0

Il y a vingt-cinq ans, le château de Falaise rouvrait ses portes après une décennie de travaux. Pourtant, loin de susciter la joie des visiteurs, la réouverture se fit sous le feu des critiques dénonçant l’enlaidissement de la demeure de Guillaume Le Conquérant. Force est de constater que la modernisation des monuments est malheureusement devenue un phénomène très répandu.


N’avez-vous pas remarqué, durant la décennie passée, la naissance – puis la prolifération – des écouteurs dans la grande majorité des monuments français ? Innombrables sont aujourd’hui les touristes qui déambulent, une voix féminine dans les oreilles et une télécommande à la main, dans ces monuments qui croulent sous le poids des âges. Alors que vous avez choisi de ne pas payer le supplément à 1€ pour la visite guidée, vous voyez votre enfant attiré par la lumière d’un écran au fond de la pièce. En quelques instants, il a sauté dessus et a enfilé le casque audio attenant et dévore du regard la vidéo interactive qui lui permet de visiter la salle du château virtuellement en comprenant dans quelle pièce il se situe. Sans écouter vraiment les indications, il avancera jusqu’à ce que l’interaction recommence à zéro, puis se dirigera vers l’écran suivant.

Ce cas de figure, vous l’avez probablement connu, sinon observé. Le château de Falaise est ainsi un exemple criant, que dis-je, hurlant, de la fatalité qui pousse le passé à s’adapter au futur dans l’espoir de grappiller quelques subventions qui pourvoiraient à ses besoins présents.

À la billetterie, on vous prêtera gracieusement pour le temps de la visite une tablette. Les instructions sont les suivantes : dans chaque pièce, scannez le code-barre pour voir à quoi elle ressemblait il y a dix siècles. Un jeu interactif vous permettra également de gagner des points en trouvant certains objets cachés dans cette salle virtuelle. Puis, la plupart des pièces comporteront une vidéoprojection mi-comique, mi-historique, avec une bande sonore à laquelle vous ne pourrez échapper. Évidemment, des écrans seront régulièrement disposés, au cas où vous n’en auriez pas assez pour vos yeux. C’est bien simple : pratiquement aucune pièce n’y échappe : un vrai désastre. Mettons ici de côté la bétonnisation forcenée de la rénovation à laquelle s’ajoutent un absurde plancher de verre, des escaliers en métal et un toit de toile blanche qui n’a rien à faire ici.

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Le château de Falaise, emblématique des seigneurs de Normandie et parmi eux, de Guillaume Le Conquérant, n’est pourtant qu’un symptôme de la dés-historicisation de nos monuments français. Le Panthéon, à Paris, en est un autre exemple : vous trouverez une boutique de souvenirs à l’intérieur du monument, dans une salle tout à fait d’époque qui serait probablement sublime sans le son de la carte bleue et les monceaux de produits commerciaux. Il en est de même pour la crypte, lieu de recueillement, sinon de respect. Alors que nous est donnée la chance de toucher du bout des doigts les tombeaux de certains des personnages les plus illustres de notre histoire, les écrans viennent à nouveau tout gâcher. À l’entrée de la crypte, plusieurs casques audios sont attachés à un banc, reliés à une histoire expliquant la raison d’être de ce monument. En parallèle, vous trouverez en face de chaque caveau un écran décrivant les hauts faits des personnages enterrés. Cet exemple pourrait être suivi de tant d’autres : ne cherchez pas, l’immense majorité des monuments de France est équipée d’écrans ou d’écouteurs.

Loin de l’histoire, loin de la connaissance et du respect, on trouve la marchandisation et la ludification de ces édifices pluriséculaires. Ne vous étonnez pas si vous entendez rires et discussions à voix haute dans une crypte, si vous voyez des enfants les yeux rivés sur une tablette. C’est d’ailleurs moins l’addiction aux écrans que leur exploitation par les responsables qui pèche. Aujourd’hui, force est de constater que la discipline historique n’a pas beaucoup d’avenir au milieu d’une époque de grande déculturation. Dès lors, pour attirer le visiteur lambda (et que celui-ci ne parte pas au bout d’une demi-heure car son marmot râle), les gestionnaires des monuments français n’ont d’autre choix que de rendre la visite pédagogique. Il faut alors utiliser le jeu, le divertissement pour combler le silence assourdissant d’un bâtiment froid et vide. Ne comprenant rien à ce qui l’entoure, le visiteur ne peut se résoudre à contempler bêtement les sublimes arcs-boutants de cette cathédrale, ou l’ingéniosité poliorcétique des bâtisseurs de ce château. Réduit à l’état de consommateur, il s’en ira, comme tout le monde, payer un euro de plus pour sa visite guidée dont il ne retiendra pas grand-chose.

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La transformation du patrimoine en marché culturel du tourisme ruine ainsi chaque jour un peu plus la beauté du paysage urbain de notre France. Alors que la solennité d’un monument de mille ans d’âge devrait nous tenir en respect, écarté de notre effrayante modernité, l’histoire s’adapte au présent et se plie à ses implacables lois mercantiles.

Il est cependant un château qui échappe à cette règle, celui de Plieux. Malheureusement, il est aujourd’hui impossible de le visiter. En attendant, faites au moins l’effort, durant vos visites estivales, de vous plonger un peu dans une mystérieuse histoire qui échappe un peu à votre compréhension.

Sempé, dessine-moi encore la France !

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Symbole d’une douce France aux accents nostalgiques, Jean-Jacques Sempé, le dessinateur du Petit Nicolas, est mort.


Sempé, c’était notre vase de Sèvres légèrement ébréché. Notre trésor national à portée de kiosques. Sous cloche, il avait emprisonné ce parfum de France tenace et vieillissant, nostalgique et envoûtant, réactionnaire et follement intemporel qui résiste à toutes les intempéries et modes absurdes. Il était un rempart à la veulerie généralisée. Sempé, c’était notre bout de France fantasmé et lancinant qui a accompagné notre longue errance, de notre jeunesse à l’âge adulte, du Petit Nicolas au New Yorker. Notre gilet de sauvetage par gros temps. Il donnait de l’intelligence aux magazines d’actualités. Il lui suffisait d’une seule page et d’une modeste légende pour condenser sa pensée. Un jour, en voyage à Boston, j’ai vu l’une de ses couvertures dans une librairie et je me suis senti à la maison. Grâce à lui, j’ai pu communier enfin avec mon pays et lui trouver des excuses. Il m’a rendu moins amer avec ma géographie intime. Loin du fracas d’une vaine modernité ou du tapage médiatique qui alourdissent les poses chez l’artiste, il dessinait la banalité du quotidien comme un paysan laboure son champ. Avec assiduité et le sentiment du devoir accompli.

Il était à l’opposé de notre époque geignarde et souillonne qui, à force de vouloir tout dénoncer, a perdu le sens du beau et du friable. Il ne griffait pas la page blanche pour éveiller les consciences politiques. La routine des ménages réglés comme du papier à musique ne le mettait pas mal à l’aise, il en subodorait même la richesse intérieure. Il en faisait son suc créatif. Ce discret bordelais à la mise soignée ne cherchait pas la stupeur et les tremblements parmi ces lecteurs. En art, ce sont souvent les bourgeois un peu froids et distants de son espèce, en imperméable et velours côtelé marchant dans un Saint-Germain-des-Prés de carte postale, qui chargent leur œuvre d’une rare puissance narrative et d’une émotion à fleur de peau. L’irrésistible Goscinny ressemblait plus à un chef d’entreprise dans la métallurgie qu’à un chevelu à feuilles Canson. Sans esbroufe, sans éclat, avec la rigueur des métronomes, Sempé a tapissé notre imaginaire de facteurs, de kermesses, de banderoles et de galurins. Les autres, les trublions, les provocateurs, les déconstructeurs ne touchent que l’épiderme sans atteindre le derme. Ils sont inoffensifs. Ils travaillent en surface au contraire des dessins de Sempé qui relevaient à la fois de la rêverie douce et des sentiments contrastés. Les fêlures silencieuses avaient chez ce taiseux le don de nous cueillir. Sa modestie était probablement une forme de distance aristocrate que les progressistes sont incapables de comprendre aujourd’hui.

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Il n’était pas dans le bénéfice net et dans l’efficience foireuse. Ses petits riens nous soulevaient le cœur. Nous avons été Raoul Taburin, Monsieur Lambert ou Catherine Certitude, au gré des circonstances. Il amenait de la profondeur aux choses que l’on croyait à tort insignifiantes. Un cycliste sur une route de campagne, un intellectuel assis devant sa bibliothèque, une dame à confesse ou un vieux monsieur cravaté au restaurant, ce décor immuable, d’un Paris figé à la Sautet, recelait mille variations, mille anfractuosités délicieuses et apaisantes. Dans une brasserie à moleskine, toute la panoplie des sentiments humains – la jalousie, la pleutrerie, le désir, l’ambition et l’abandon – défilaient sans poncifs et sans volonté d’instrumentaliser. Les personnages de Sempé étaient tout sauf monolithiques. Leurs failles nous habillaient élégamment. Il fuyait la grandiloquence des explications, il était la hantise des intervieweurs et des sociologues, et pour couronner le tableau, il avait un rapport assez éloigné avec les gens de BD. Ce qui lui a valu une image hautaine. Dans la revue A suivre en décembre 1984, il déclarait : « Oui, je suis décalé, mais le dessin humoristique est plus une manifestation littéraire et poétique que journalistique ». Il n’était pas adepte des cases et des bulles, sa famille était celle de Bosc ou de Chaval. Il se sentait donc étranger à l’univers formaté de la BD. Dans la même veine, avec le sens de la formule choc, Topor trouvait que cette bande-dessinée sacralisée dans les années 1980 était « une prolétarisation de l’artiste. Il travaille plus : il fait huit ou douze dessins sur une planche au lieu d’un ». Sempé était l’écrivain souterrain de nos bonheurs disparus.

Qatar : l’ami de tous, l’ennemi de personne

Pour survivre et prospérer, Doha cultive une diplomatie de sport, de culture ainsi que de dépannage et sauvetage géostratégique. Tout pour être utile et indispensable.


Au-delà des polémiques permanentes, une stratégie claire se dégage de l’ensemble des actions et initiatives qui constituent la politique étrangère du Qatar et qui l’assoient aux premiers rangs des acteurs de la scène internationale. Cette stratégie a deux faces ou deux piliers sur lesquels s’appuie une diplomatie d’influence allant dans le bon sens – c’est-à-dire le nôtre…. Cette stratégie, encourageante pour certains, menaçante pour d’autres, est d’abord et avant tout une police d’assurance vie – tout le monde dans la région se souvient d’août 1990 et l’invasion du Koweït – pour ce tout petit qui se protège en prenant de plus en plus d’importance sur l’échiquier mondial. Ses outils sont la diplomatie culturelle et le jeu du multilatéralisme et ils garantissent à Doha une visibilité aussi marquée que celle de son voisin émirati, mais surtout – et c’est son but ultime – protègent les intérêts vitaux et la survie du pays (entourés de voisins puissants qui convoitent ses richesses et souhaitent le soumettre) en se rendant utile aux intérêts de ses alliés (dont nous faisons partie qu’on le veuille ou non). 

Depuis plusieurs années, le Qatar mène une politique proactive dans la région afin de peser non seulement comme un acteur géopolitique sur qui s’appuyer et sur qui compter, mais également comme un médiateur de crises. Doha articule ses efforts de médiation autour de deux grandes crises mondiales majeures : l’Afghanistan et le dossier du nucléaire iranien. Elle bénéficie dans ce cadre du soutien des États-Unis et des Européens pour lesquels ses liens de confiance avec Téhéran sont un atout considérable. La présence de la base militaire d’Al Oudeid, plus grosse base américaine hors territoire américain, rajoute une dimension à ce positionnement unique de l’Émirat. Cela ne l’empêche pas de jouer aussi un rôle sur des dossiers aussi sensibles que celui de Gaza, où il a concouru avec l’Égypte à la trêve récente avec Israël, celui du Mali, au printemps dernier, ou celui du Tchad où il a contribué à la signature d’un accord entre la junte militaire et les groupes rebelles la semaine dernière.

Dans un environnement international où l’hégémonie américaine post-soviétique est de plus en plus contestée par des puissances émergentes, il faudra désormais compter avec des acteurs régionaux capables de désamorcer en amont les crises ou de contribuer à les résoudre ou au moins les atténuer en aval. Certes, les trois ans de négociations à Doha autour du dossier afghan, entre Américains, Talibans et représentants du gouvernement afghan n’ont pas abouti à un départ coordonné des troupes américaines. En même temps, la crise suscitée par reprise de l’Afghanistan par les Talibans démontre le rôle indispensable du Qatar dans la région. Car c’est Doha qui a contribué à la gestion de l’évacuation en catastrophe dont nous avons tous été témoins il y a un an. Ainsi, le Qatar a largement contribué à plus de la moitié des rapatriements des personnels afghans proches des pays occidentaux entre l’été et l’hiver 2021. 

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Le Qatar a pris une place majeure également en accueillant la reprise des pourparlers autour de la relance du JCPOA, l’accord sur le nucléaire iranien dont était sorti l’ancien président Donald Trump, en recevant les parties américaine et iranienne depuis des mois. Si les discussions achoppent encore à l’heure actuelle sur la question des garanties exigées par Téhéran, souhaitant s’assurer qu’une prochaine administration américaine ne ressortira pas du traité, le Qatar a déjà gagné ses galons de médiateur incontournable de crises régionales, rôle réservé auparavant à Oman.

Le Qatar joue aussi la bouée de sauvetage géopolitique. Dernièrement, Doha a proposé son aide et versé 60 millions de dollars à l’armée libanaise pour le paiement des salaires. Ce n’est pas la première fois que Doha vient en aide à des pays ou des parties au bord du gouffre, comme ce fut aussi le cas avec Gaza, la Somalie, la Turquie et l’Égypte notamment1. Pour Doha, c’est aussi un moyen de prévenir des crises risquant de déstabiliser des États et des régions entières tout en s’imposant comme un acteur diplomatique de poids.

L’autre face de la stratégie qatarie est sa diplomatie culturelle. Outre des évènements culturels sportifs de tout premier ordre, la Coupe du Monde qui s’annonce est le plus grand évènement que le pays ait eu à organiser. Elle est la première du genre dans le monde arabe.

Depuis une décennie, les préparations de tournois prestigieux poussent le pays à se transformer en profondeur. C’est sans doute la pression permanente des opinions publiques occidentales qui a joué un rôle d’une part, mais aussi – et c’est souvent ignoré – grâce à une stratégie d’ouverture et de mise en conformité avec les grands standards internationaux en matière de droit social, d’ouverture politique et d’accès à l’information. Pour la première fois dans la région, un embryon de droit du travail a vu le jour. Cette législation reste à perfectionner, mais qui témoigne d’une volonté de modernisation. La construction des stades et les conditions de travail sur les chantiers ont été sujets à critiques et polémiques non sans fondement, mais le pays ne peut rien cacher : tous les projecteurs sont braqués sur lui.

Aujourd’hui, la kafala, ce système de parrainage moyenâgeux, a été abandonné, un salaire minimum est imposé et des équipes d’inspecteurs du travail, recrutées en grand nombre, font appliquer les nouvelles lois sur la durée du travail et ses conditions.

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Pour ce faire, Doha s’est offert le soutien et les services de l’Organisation Internationale du Travail qui a dressé plusieurs rapports encourageants depuis de nombreux mois. À l’image de certains pays voisins, comme le Koweït et l’Arabie Saoudite, des élections ont vu le jour en octobre 2021 pour permettre le renouvellement d’une partie du conseil de la Shura, le parlement qatari. Enfin dernièrement, le pays a planché pour faire aboutir une loi sur le droit à l’information, qui ouvre progressivement le Qatar à la liberté de la presse

Au-delà des critiques et dénonciations, on devrait aussi reconnaître le chemin parcouru. Un pays qui, comme beaucoup d’autres dans la région, était très éloigné des critères occidentaux de développement, s’est transformé en quelques dix ans. 32 ans après la chute de Koweït, Doha s’érige en contre-modèle et surtout, contrairement à d’autres acteurs de la région, démontre que la stratégie de la nuisance et de la déstabilisation n’est pas la seule option pour survivre et prospérer au Moyen-Orient.  

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1 Avec qui Doha s’est réconcilié en 2021, après la crise du Golfe démarrée en juin 2017. Depuis, Doha a annoncé vouloir investir pour 4,5 millions de dollars dans le pays. 

Piscines, jets privés, SUV : la chasse aux « riches » est lancée

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La députée écologiste Sandrine Rousseau a qualifié la balade d’Emmanuel Macron en jet-ski de « criminelle ».


La tendance est à la délation. Épier son voisin serait même devenu une forme d’art sous nos latitudes. Depuis le printemps dernier, des internautes français inspirés par leurs homologues étasuniens consacrent l’essentiel de leur temps libre à traquer les déplacements des avions privés de nos milliardaires nationaux. Tout a commencé avec le compte « l’avion de Bernard » qui a été suivi lors d’un vol Paris-Tokyo à l’aide des transpondeurs ADS-B, système équipant les avions qui permet à tout un chacun d’observer les vols.

Qu’un chef d’entreprise employant plus de 170.000 personnes se déplace à travers le monde serait donc choquant. Un compte Twitter intitulé I Fly Bernard a même été créé pour diffuser les trajets des grands patrons français et les dépeindre en « criminels climatiques ».  Ce militant revendique dans sa biographie utiliser comme sources OXFAM et Greenpeace, ONG aux biais idéologiques et politiques manifestes qui nous ont en partie conduits à la crise énergétique que nous subissons aujourd’hui, du fait de leur opposition bornée au nucléaire.

Comme il fallait s’y attendre, l’extrême-gauche s’est engouffrée dans la brèche – à tel point qu’on serait en droit de se demander si elle n’est pas à l’origine de cette opération de diffamation. Au cœur du mois d’août, L’Humanité désignait à sa une les milliardaires comme autant de « criminels climatiques » à placer aux arrêts ou à jeter de force dans des « bus Macron ». Un numéro qu’ont complaisamment relayé les députés de la NUPES, à commencer par l’inénarrable Thomas Portes. Les a-t-on entendus, ces bolchéviques contemporains, s’indigner de la tournée sud-américaine du Bolivar d’opérette, Jean-Luc Mélenchon ?

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Parti deux mois en 2019 sur le continent sud-américain, le Bolivar d’opérette a récidivé en se rendant cet été en Colombie, au Honduras ou encore au Mexique. Sans s’attarder sur le saccage causé par les idées révolutionnaires et marxistes en Amérique du Sud, notamment au Venezuela de Chavez et Maduro où il est impossible de faire ses courses alimentaires sans s’équiper d’une brouette de billets, l’hypocrisie de l’extrême-gauche laisse une fois de plus pantois. Dénonçant toute honte bue les « criminels climatiques », en commençant par les cibles bien commodes des « milliardaires », ces gens qui ont cautionné les pires atrocités et continuent de soutenir plus ou moins directement des régimes hostiles à notre pays, semblent ne pas s’appliquer les règles qu’ils entendent imposer aux autres.

Le respect de la vie privée et du droit de propriété est dû à tous. Aux plus privilégiés comme aux plus infortunés d’entre nous. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen le garantit dans ses articles 2 et 17. Pour la NUPES comme pour OXFAM, la lutte des classes est malheureusement l’horizon indépassable d’une utopie qui s’est toujours transformée en cauchemar là où elle a été appliquée. Après les plus privilégiés, les Français de toutes sortes seront visés. Cinq jacuzzis privés de la station vosgienne de Gérardmer ont ainsi été retrouvés éventrés, les saboteurs ayant laissé derrière eux des mots inquiétants déstinés à leurs victimes : « L’eau c’est fait pour boire ». Des actes qui rappellent notamment les dégradations de voitures berlines et SUV dans Paris.

Personne ne niera que la crise climatique demande des efforts collectifs – la France en fait plus que la très grande majorité des pays du monde -, mais ces méthodes sont aussi contre-productives que dangereuses. La complaisance avec laquelle sont traitées ces actions de sabotage, de violation de la vie privée, de diffamation et de dénonciation, devrait très sérieusement nous inquiéter. Ils ont commencé par traquer les avions de grands patrons, qui, rappelons-le tout de même, payent leur essence et leurs déplacements quand monsieur Mélenchon vit des deniers publics depuis des décennies ; ils finiront demain par cartographier toutes les piscines privées pour les dégrader, voire en obtiendront l’interdiction.

C’est un totalitarisme qui se met en place, grâce à la bienveillance d’une partie de la classe politique la plus démagogique et la passivité des autres, trop effrayés à l’idée d’affronter les totems et les tabous d’une époque devenue folle. Dans un tel contexte international, la France a pourtant besoin de tout sauf d’un affrontement social. Que la NUPES s’occupe plutôt des criminels bien réels qui empoisonnent la vie des Français et des islamistes multipropriétaires tel monsieur Iquioussen, cause de l’été qui jouit pourtant d’un patrimoine immobilier composé de plusieurs dizaines de lots ne répondant pas aux normes d’ordre public de salubrité… sans que cela n’offusque qui que ce soit.

Sport de combat : l’UFC pose ses valises à Paris le 3 septembre

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C’est en janvier 2020 que le MMA, acronyme anglais de Mixed Martial Arts qui signifie Arts Martiaux Mixtes, a été légalisé en France. Dans quelques semaines, l’Accor Hotel Arena ouvre ses portes à la plus célèbres des organisations mondiales de ce sport, l’UFC…


Le MMA est une discipline encore méconnue en France, où il jouit souvent d’une mauvaise réputation, car les combats se déroulent dans un octogone (que certains appellent volontiers « cage » pour animaliser le lieu et assimiler les combattants à des « fauves ») mais également en raison des nombreux clichés qui sont véhiculés à son encontre comme l’idée que dans ce sport « tous les coups sont permis ». Ce qui est parfaitement inexact car le nombre de coups proscrits est pléthorique : coup de tête, doigts dans les yeux, coups dans les organes génitaux, coups dans l’arrière du crâne (l’occiput), dans la nuque, dans le dos, coups de pieds ou de genoux dans la tête d’un adversaire au sol, les coups de coude de haut en bas au sol, etc…

Le MMA, un mélange de nombreux sports de combat

Tout d’abord, dans les sports de combats, il existe différents « types » de sport. Les sports de percussion, de frappe, comme la boxe anglaise, la boxe française, la boxe thaïlandaise ou encore le kickboxing. Les sports de préhension, de saisie, comme le judo, la lutte gréco-romaine, la lutte libre, le sambo sportif, le jiu-jitsu brésilien ou encore la luta livre. Les sports hybrides mélangent percussion et préhension, c’est le cas du sambo combat, du sanda ou encore du pancrace. Le MMA fait partie de ces sports hybrides dans lequel il est possible de donner des coups avec ses poings, ses coudes, ses genoux et ses jambes. Les techniques de lutte et de jiu-jitsu sont également utilisées pour amener son adversaire au sol pour lui appliquer un ground and pound (frapper l’adversaire avec ses poings ou coudes alors que celui-ci se trouve au sol) ou essayer de le soumettre en lui appliquant une prise de soumission (étranglement, clé de bras, de genoux, de cheville, de talon).

Il s’agit donc du sport de combat le plus complet qui existe, ce qui explique que l’engouement pour cette discipline ne date pas d’hier, y compris chez nous.

Un sport déjà bien implanté en France

Le MMA est pratiqué en France depuis plus de deux décennies, mais les combattants français étaient contraints de s’exiler s’ils souhaitaient prendre part à des compétitions car ce sport n’a été légalisé qu’il y a deux ans et demi par l’ancienne ministre des sports, Roxana Maracineanu. Devenir professionnel était possible mais il fallait se rendre en Angleterre, aux États-Unis ou au Japon pour combattre, en témoigne les parcours de Cyrille Diabaté (un des premiers français à avoir été à l’UFC, il a réalisé son premier combat dans l’organisation en 2010), de Gregory Bouchelaghem ou encore de Karl Amoussou.

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Depuis quelques années, de nombreux français combattent ou ont combattu dans de prestigieuses organisations comme Cheick Kongo au Bellator aux États-Unis (deuxième organisation au monde derrière l’UFC), Morgan Charrière au Cage Warriors au Royaume-Uni, Salahdine Parnasse au KSW en Pologne ou encore Benoît Saint-Denis au Brave aux Émirats arabes unis. Les salles françaises de MMA commencent à être réputées, en raison du talent des athlètes français qui s’y entraînent et des combattants étrangers qui désirent s’y entraîner pour progresser au contact de coachs renommés.

Des Français à la conquête de l’organisation américaine

Tous les éléments sont donc réunis pour accueillir le plus grand spectacle de l’histoire du MMA tricolore. Rendez-vous le 3 septembre prochain à Paris-Bercy pour voir le Français Cyril Gane (surnommé à raison Bon Gamin) se mesurait à l’Australien Tai Tuivasa. Un autre Français, Nassourdine Imavov aura pour mission de venir à bout de l’Américain Joaquin Buckley, sans oublier la Niçoise Manon Fiorot qui affrontera la redoutable Brésilienne Jessica Andrade.

Contrairement aux apparences, le MMA n’est pas un sport « 100 % masculin », les femmes ont pleinement leur place dans cette discipline, en témoignent les nombreuses championnes de l’organisation, toutes plus talentueuses les unes que les autres, de Amanda Nunes à Valentina Shevchenko en passant par Carla Esparza.

L’événement a affiché complet très rapidement

C’est le vendredi 24 juin, à partir de 10 heures, que les 10 000 places étaient mises en vente. Cependant, en raison des préventes, tous les billets avaient déjà trouvé preneur avant. Il n’est donc plus possible de réserver sur les deux sites prévus Ticketmaster et celui de l’Arena. Pourtant, le prix de certaines places avait de quoi en repousser plus d’un. Pour être au plus proche de l’octogone, il fallait dépenser près de 1600 euros ! Les places les moins chères se sont envolées à 83 euros mais le prix moyen dépassait allègrement les 150 euros. En raison des prix des billets jugés exorbitants, de nombreux fans ont laissé éclater leur colère sur les réseaux sociaux. Que ces derniers se rassurent, bien que toutes les places aient été vendues, l’événement sera diffusé en direct sur RMC Sport.

Il n’y a pas de crimes passionnels !

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Le crime passionnel est un genre criminel qui a toujours eu beaucoup de succès auprès des Français parce qu’ils y trouvent de quoi susciter leur indignation et stimuler, en même temps, leurs émotions.


Je ne suis pas sûr que le crime passionnel existe véritablement si on veut bien le définir par un meurtre ou un assassinat causé par le seul amour de la victime. Alors qu’en réalité le ressort fondamental en est l’amour de soi, la douleur d’être abandonné, l’humiliation d’être méprisé.

Dans le magazine du Parisien, un remarquable article de Vincent Gautronneau a projeté un sombre éclairage sur Jérôme Gaillard qui, dans des circonstances ayant impliqué des tiers, a assassiné, au mois de février 2021, Magali Blandin en proférant dans le cabinet du juge d’instruction cette phrase terrifiante d’égoïsme et de vérité crue : « J’aimais profondément ma femme. Le seul moyen de garder Magali, c’était de prendre sa vie ».

Étrange destin d’ailleurs, et signifiant, que celui de ce mis en examen s’étant par la suite suicidé en prison.

J’entends bien que par facilité on pourrait me rétorquer que tout crime, sortant de la froide catégorie des vols à main armée et des transgressions motivées par le seul lucre, est irrigué par la passion et que son auteur est forcément détaché de lui-même et de sa rationalité. Il me semble que ce serait s’écarter de la particularité de ces crimes prétendument inspirés par la perte d’un être qui ne serait pas soi mais en réalité motivés par le seul souci de soi.

Contrairement à ce qu’affirme Jérôme Gaillard pour donner un tour tragiquement noble à un amour à mort conclu par un crime, « il n’aimait pas profondément sa femme » mais banalement ne supportait pas qu’elle veuille le quitter en choisissant pourtant, pour résoudre cette intolérance, une solution extraordinaire : la tuer.

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Jérôme Gaillard, prisonnier d’un conflit entre le soi honorable et le soi dévoyé et pervers, n’a pas su trouver d’autre issue que de se débarrasser sur Magali Blandin de son implacable dilemme.

Et il a qualifié son acte insensé et profondément égoïste de crime passionnel. Cela fait toujours mieux dans un cabinet d’instruction et plus tard face à une cour d’assises.

Mais celle-ci, avec les jurés qui sont revenus de cette apologie trop confortable, si complaisante à l’égard de l’auteur, si faussement apitoyée envers la victime, est de moins en moins dupe. Derrière le crime ils n’ont plus aucun mal à percevoir la passion de soi, derrière l’apparente sensibilité meurtrie, la perversion d’une malfaisance ne concevant pas que demeure vivant l’instrument de sa défaite humaine, saine et sauve la responsable de son extrême désillusion : n’être plus aimé et devoir s’accommoder de cela !

Dans ma carrière d’avocat général j’ai connu quelques affaires relevant de cet horrible registre mettant à mal définitivement autrui, parfois une famille.

Je ne cesse pas de m’interroger – alors que depuis onze ans j’ai quitté ce rôle d’avocat de tous les citoyens qui m’a comblé pour sa mission de compréhension et d’utilité sociale – sur ma curiosité jamais lassée pour les obscurités de l’âme humaine, les mystères de l’être. Le crime pousse au paroxysme ce qui gît en certains d’entre nous, il est un révélateur de ce que nous pourrions être, il nous fait entrevoir qu’il y a des voies interdites.

Puisque même les crimes passionnels n’en sont pas et se leurrent.

Le Graal du monde arthurien… à petit prix

Camille-Apollonia Narducci est agrégée et docteur ès Lettres — et médiévaliste. Elle a rédigé en juillet un long résumé du monde arthurien pour la revue Eléments, à laquelle nous avons extorqué ses coordonnées pour lui demander un compte-rendu du gros volume de romans arthuriens intitulé Les Chevaliers de la Table Ronde qui vient de paraître chez GallimardQuarto”.


La compilation des romans arthuriens de Martin Aurell et Michel Pastoureau parue en Quarto est un petit bijou qui ravira tout arthurianiste — ou tout grand enfant désireux de « s’évader de son quotidien » de canicule et de tergiversations.

À ceux qui ont découvert Arthur avec le cynisme du Kaamelot d’Alexandre Astier, ou ceux qui, collégiens, se sont vus forcés de plancher sur une piètre actualisation d’un Chrétien de Troyes qui n’avait pas mérité ça, il faut dire que se plonger à fond dans l’univers arthurien n’est pas aisé, tant il est morcelé. Les manuscrits sont partiels, les éditions chères et laconiques, les traductions inexistantes. Aussi merveilleux soient-ils, un étudiant ne peut guère investir pour un semestre et des UE obligatoires dans les trois tomes du Livre du Graal que Philippe Walter a dirigés pour la Pléiade à partir de 2001.

Martin Aurell et Michel Pastoureau réussissent le tour de force de réunir sept textes arthuriens en un seul volume de 1080 pages seulement — emportable partout sans risquer une paralysie des avant-bras. Une compilation existait déjà ? Oui, chez Bouquins, publiée en 1989. Elle était plus riche ? Oui, il y avait 15 textes…

Mais voilà, Martin Aurell et Michel Pastoureau, formidables vulgarisateurs, osent sacrifier un certain degré scolastique pour parler au profane. Le profane est hanté par le monde arthurien : il a des posters d’Eva Green en Morgane dans sa chambre, il cherche Excalibur dans ses jeux vidéo préférés et a rêvé, enfant, devant les heaumes en plastique que les boutiques à touristes de Carcassonne et alii proposent à l’étalage.

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Les auteurs n’oublient donc pas l’essentiel : le Moyen Âge fascine, mais son étude est en voie de disparition. Il est bon de baliser a minima l’édification de la « matière de Bretagne », parce que sa construction elle-même — et pas seulement les textes qui la constituent — a un sens. La clarté, la concision et l’érudition des auteurs mettent le mythe arthurien à la portée des caniches médiévistes que nous sommes : chronologie, du IIe au XXe siècle, en tête d’ouvrage, « Dictionnaire des principaux personnages de la littérature arthurienne de langue française » agrémenté de sublimes illustration préraphaélites, analyse sur « Le Roi Arthur, un personnage éminemment politique », un abrégé de La Légende du roi Arthur de ce même Martin Aurell, bible de tout médiéviste qui se respecte.

C’est le nec plus ultra de l’arthurianisme actuel. Le tout est agrémenté de ce qui fascine le plus dans le Moyen Âge : l’image. Enluminures, photographies, reproduction de bas-relief ou de sculptures, on peut naviguer de l’une à l’autre et visualiser la mystification autour des chevaliers de la Table Ronde. Les scans de manuscrits, sur une page complète, sont d’une très belle qualité et en couleurs, ils sont tirés des fonds de la BNF mais aussi de la London British Library. « Arthur trouve un géant qui grille un cochon » suffit à faire comprendre que Logres, le royaume légendaire d’Arthur, est une mystification autour du mot « ogre ». Mais si, ces gens savaient rire !

Les sept textes que Martien Aurell et Michel Pastoureau ont choisis retracent le monde arthurien : non seulement le roi, mais le système politique, ethnographique, religieux — en un mot littéraire — qu’il centralise. Et ce, à travers des textes allant de 1100 à 1225, rédigé à l’origine en gallois, latin et ancien français. Chacun est préfacé en deux ou trois pages qui en problématisent les enjeux et les difficultés.

Tout commence avec le Kulhwch et Olwen où le roi « vole même la vedette aux fiancés éponymes » et qui, bien qu’issu d’un manuscrit de 1100, rend compte de la société celtique des VIe-VIIIe. Arthur, déjà détenteur de Caledvwlch « Dure Entaille », y banquette dans son palais de Kelliwig « Bosquet de la forêt » — et on se délecte à articuler ces noms si exotiques. Et si le lecteur ne connaît le médiéval qu’à travers Game of Thrones, sang et sexe, il ne sera pas déçu, puisque Arthur, déjà, y découpe une sorcière « par le milieu, si bien qu’elle ressemblait à deux bassins ». Sic.

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À ces préliminaires gallois succède le « best-seller de l’historiographie médiévale » qu’est l’Histoire des rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth. Et si l’Arthur du texte en moyen gallois résidait en Cornouailles et luttait contre les Géants, celui de Geoffroy vit dans le Pays de Galles et affronte des Saxons. Oui : le chef de guerre reste, mais son combat s’actualise. Les circonstances de rédaction coïncident avec une guerre de succession entre Matilde et Etienne de Blois pour les trônes d’Angleterre et de Normandie, respectivement fille et neveu du côté de sa sœur, d’Henri Ier, mort sans héritier mâle. Apparaît alors le méchant du monde arthurien : Mordret, l’usurpateur. Il est « le neveu maternel d’Arthur, semblable à l’usurpateur Etienne de Blois qui se parjure en désobéissant aux dernières volontés de son oncle »… L’historiographie arthurienne d’hier sert le présent des années 1135 — et des nôtres, puisque Martin Aurell et Michel Rastoureau montrent une sacralité actuelle en train de s’édifier.

Quant à Mordret (ou Mordred), il est, selon les textes, le neveu ou le fils d’Arthur, conçu avec sa demi-sœur, la magicienne Morgane. C’est lui qui blesse mortellement son géniteur lors de la bataille finale de Salesbières, après laquelle la Grande-Bretagne entre dans quatre siècles de « dark ages ». Mais en même temps, en tuant le mythe, Mordred fait entrer l’Angleterre dans l’Histoire.

À noter que dans Excalibur (1981), John Boorman avait fait jouer Mordred par son propre fils. Chacun résout l’Œdipe comme il peut.

Parce que le mythe ne se limite pas à la traduction littéraire de concepts politiques, Martin Aurell et Michel Pastoureau continuent avec deux des principaux romans de Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au Lion et Perceval ou le Conte du Graal. L’aristocratie guerrière y conjugue aventure martiale et amoureuse, afin que chacun puisse dire, à l’image du paysan gardien de taureaux : « Je suis un homme ».

Vient un troisième texte dont le personnage central n’est plus Arthur : le Roman du roi Yder. « Arthur s’y montre sous un jour défavorable : jaloux, mesquin, sans grandeur ni autorité. C’est là un cas presque unique dans toute la littérature arthurienne de langue française. » Le héros se distingue en luttant à main nue contre un ours, échappé de la ménagerie royale et surgi inopinément dans la Chambre des dames. Michel Pastoureau a dû se délecter, lui à qui l’on doit l’Ours, histoire d’un roi déchu, en préfaçant ce texte.

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Pour les Celtes, l’ours est le totem royal : qu’un héros prenne à bras le corps l’ours symbole d’Arthur illustre la tâche de tout auteur s’attaquant à la matière de Bretagne. C’est le mythe en train de s’étoffer malgré les premières contraintes qui lui ont été associées, Chrétien de Troyes et Geoffroy de Monmouth en tête.

Puis la théologie chrétienne s’empare du monde arthurien avec la Quête du Graal. La figure emblématique est Galaad, seule incarnation sur terre de la chevalerie célestielle. Michel Pastoureau, à qui l’on doit aussi L’Art héraldique au Moyen Âge, rappelle que l’emblème de Galaad, une croix vermeille sur fond d’argent, est celui des Croisés. Mais en 1204, l’idéal des croisades a perdu de sa splendeur, les Croisés ont été achetés par Venise pour aller piller Constantinople…

Déjà se profile la fin du mythe, le dernier tour d’écrou qui fait de l’arthurien une histoire sans fin : c’est la Mort du roi Arthur et le départ du roi pour Avalon— où il séjourne depuis sa disparition avec Jésus, Elvis Presley et tous ceux qui sont appelés à revenir.

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Laïcité dans la justice : le voile et la robe

Le 2 mars dernier, la Cour de cassation rendait un arrêt aux termes duquel elle estime légale la disposition du règlement du barreau de Lille qui interdit aux avocats de porter, avec leur robe, tout signe distinctif ou d’appartenance religieuse.


Il est donc reconnu, par la haute juridiction, la compétence du conseil de l’ordre d’un barreau pour règlementer le port et l’usage de la robe d’avocat, en l’absence de dispositions législatives spécifiques et à défaut de dispositions règlementaires édictées par le Conseil national des barreaux (l’instance nationale représentative des avocats).

Cette décision de la Cour de cassation a été rendue dans le cadre d’une affaire où une élève avocate avait refusé de faire comme tout le monde lors de la cérémonie de prestation de son premier serment. En méconnaissance du règlement établi par le barreau de Lille, l’élève portait un signe religieux ostensible. Elle n’a donc pas pu prêter son serment. Lorsque l’on revendique l’expression de sa différence, on ne peut exiger l’application du principe d’égalité. Au risque de trahir d’emblée tout suspense, le signe ostensible en question n’était ni une kippa ni une grande croix. Étonnant non ?!

Malheureusement, cette décision de la Cour de cassation n’est pas suffisante pour mettre un terme aux revendications identitaires et vestimentaires que chaque corps de la société française a le droit de subir en permanence, du collège de Creil aux piscines de Grenoble en passant par certaines joueuses de football.

En reconnaissant une compétence aux différents barreaux pour prendre leurs dispositions sur ce sujet, chaque barreau est désormais confronté à cette question : est-il opportun de réglementer la tenue de l’avocat au tribunal ?

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Juridiquement, cela n’aurait aucun sens à part expliciter ce qui existe déjà. Quel intérêt à réglementer l’évidence en adoptant une disposition qui serait dénuée de toute portée ? Lorsqu’il intervient comme auxiliaire de justice, l’avocat concourt au service public de la justice, sa robe garantit l’égalité entre tous les avocats et, à travers elle, l’égalité des justiciables, fondement du droit au procès équitable. Dans l’exercice de ses fonctions de défense, l’avocat efface ce qui lui est personnel au profit de la défense de son client. Le barreau n’est pas Macdo, on ne vient pas comme on est. Il existe des règles, un savoir-vivre et des principes déontologiques qui exigent une tenue appropriée.

Tous les avocats ne partagent pourtant pas cette idée selon laquelle nos règles prohiberaient le port de signes religieux avec la robe. Une tribune publiée chez Mediapart rappelle que les libertés fondamentales impliqueraient assurément le droit légitime pour toute avocate de porter un hijab lorsqu’elle plaide en juridiction. Oser penser le contraire reviendrait assurément à se complaire dans le racisme, l’islamophobie, la discrimination, les amalgames, les stigmatisations (compléter la liste avec le refrain habituel).

Tout cela, pour les auteurs de ce texte, au nom du respect de tous les principes imaginables (la tolérance, la bienveillance, les droits de l’homme, la gentillesse,…) mais certainement pas du respect de la langue française qui, comme à l’accoutumée pour ce genre de revendications, est massacrée sous sa forme inclusive.

À la lecture des arguments employés, l’invocation des grands principes à rebours de ce pour quoi ils ont été institués, inspire une forme de sidération. Tout le propos peine pourtant à masquer le caractère paradoxal de la démarche entreprise. Ces personnes qui n’ont comme seule et unique préoccupation de revendiquer leur accoutrement personnel n’ont, à aucun moment, conscience des concessions évidentes qui sont rendus nécessaires par l’intégration dans une communauté professionnelle.

Qu’il est navrant de voir des confrères se complaire dans la confusion naïve entre ce qui relève de la liberté et ce qui n’est rien d’autre que l’expression de l’égoïsme le plus crétin.

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Quel crédit donner à celles qui n’ont de cesse :

  • de réclamer l’égalité, mais qui font exprès de ne rien faire comme tout le monde ;
  • d’invoquer l’ouverture à l’autre, mais se complaisent dans le repli sur elles-mêmes ;
  • de revendiquer la tolérance, mais qui ne sont animées que par des exigences agressives ;
  • de se prétendre victimes alors qu’elles ne sont que provocatrices.

On serait presque ému à la lecture du témoignage de la pauvre élève avocate qui, à cause de la décision de la Cour de cassation, doit renoncer à son rêve d’être pénaliste (elle ne pourra pas plaider en audience), n’arrive pas à trouver de collaboration et se sent exclue.

Effectivement, lorsque l’on se place sciemment en marge des exigences déontologiques élémentaires, c’est le prix à payer. Le port de la robe symbolise le respect que l’avocat doit au juge, à ses confrères et à son client. Peut-il en aller autrement pour celle qui délibérément n’a pas le souci de l’autre et n’est guidée que par des considérations nombrilistes : moi, mon voile, ma liberté, mes choix, ma religion.

Vraiment, ce n’est pas de chance, parce que c’est toujours sur le voile que ça tombe ! À croire qu’il y aurait un acharnement savamment orchestré, un racisme systémique parfaitement en place dirigé contre ces jeunes femmes empêchées de pouvoir librement exprimer leur personnalité. Que la France est intolérante, rance, raciste et nauséabonde, elle qui interdit aux femmes de porter un voile alors même qu’en Afghanistan c’est autorisé !

Oui, ce n’est pas de chance, mais il suffit d’ouvrir les yeux pour se rendre compte que, hormis les revendications liées au voile, il n’en existe aucune autre. Aucun avocat n’a exigé de porter une tenue délibérément ostentatoire et provocante en audience. Moi qui suis un grand fan du Tour de France, il ne m’est jamais venu à l’idée de venir plaider en audience avec mon bob cochonou vissé sur la tête, pourtant c’est ma liberté fondamentale à moi de faire ce que je veux.

Aujourd’hui, l’enjeu est important pour la profession, il est urgent qu’elle adopte sur le fond une position ferme sur le rappel de nos principes: aucun signe manifestant une appartenance ou une opinion religieuse, philosophique, communautaire ou politique n’est toléré avec le port de la robe d’avocat.

Il est grand temps de sortir des débats biaisés et des revendications nombrilistes. Espérons que nos instances contribueront à endiguer ce phénomène de harcèlement communautariste qui ne fait que trop durer.

Houria Bouteldja est-elle une héritière de Charles Maurras ?

Le 25 juillet, la militante décoloniale et antiraciste Houria Bouteldja a mené une conférence aux côtés des YouTubers d’extrême gauche, Raz et DanyCaligula. L’occasion pour elle d’exprimer un discours aux accents réactionnaires, sous l’approbation de ses partenaires mais à la consternation de nombreux internautes progressistes.


L’indigénisme est-il nécessairement de gauche ? Peut-être pas. La « tenaille identitaire » chère à Raphaël Enthoven et ses amis du Printemps Républicain trouve en tout cas son expression incontestable en cette décoloniale tenant un discours digne de certains membres de l’Action Française, à quelques détails près. La prise de parole d’Houria Bouteldja a fait un tollé dans la gauchosphère qui s’est insurgée devant la « nouvelle Maurice Barrès » comme la définit un internaute de gauche.

L’identité des « petits Blancs »

Au bout d’une heure de conférence de l’égérie indigéniste, le YouTuber DanyCaligula exprime l’idée que le problème des Français est qu’ils considèrent que l’immigration est une menace pour leur identité, que les bourgeois les ont amenés à considérer ce nouveau prolétariat comme des ennemis. On imagine, depuis sa tombe, Karl Marx hurler : « Armée de réserve du capitalisme ! », mais personne ne l’entend.

Et Houria Bouteldja embraye, mais de façon surprenante : « Il y a une grande perte d’identité historique. Les petits Blancs ont été dévastés avant nous ». Les « petits Blancs », ce sont les Français dits « de souche », à opposer aux « colonisés » qui sont ces migrants qui rejettent l’identité française, culture à laquelle ils sont censés s’assimiler : « Ce qu’on essaye de sauver à travers l’islam, à travers les traditions, c’est ce que les petits Blancs ont perdu […] Elle est où la tradition ? Elle est où la religion ? Elle est où la spiritualité ? ». Excellente question, Houria. En effet, la militante décoloniale nous fait penser à un discours d’Eric Zemmour : l’islam est une civilisation jeune et vigoureuse, la France en est une autre qui se meurt. L’identité liée à la religion ? C’est le discours que tiennent les royalistes depuis deux siècles.

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C’est notre maître à tous et c’est un as, vive Charles Maurras !

Contre toute attente, elle poursuit en développant une vision historique que ne renierait aucun de nos antimodernes.

« Ce qu’a fait l’État-nation en deux cents ans, c’est vraiment assécher l’individu, le groupe, aspirer toutes ses richesses ». Oui, Maurice Barrès disait la même chose il y a un peu plus d’un siècle. La République ayant détruit les coutumes locales, les langues régionales et les traditions, elle n’a laissé au Français qu’une culture nationale, prix à payer pour la force d’un peuple uni par une longue marche vers le centralisme. Les nostalgiques de la féodalité ne doivent pas en croire leurs yeux. Plus à gauche que la gauche, Houria Bouteldja défend les concepts de droite.

« Les classes populaires blanches ont échangé leurs traditions contre un certain niveau de vie, des droits, et la blanchité » ajoute-t-elle alors que les autres intervenants acquiescent. Mettons un instant de côté la blanchité, qu’elle définit comme cette « position sociale qui est le produit de l’histoire coloniale et de l’histoire de la traite négrière », indissociable du mouvement indigéniste. Ce qu’Houria Bouteldja promeut, c’est une pensée de droite. Les royalistes se sont longtemps évertués à expliquer que la République déconstruisait l’identité française par les Droits de l’Homme et l’industrialisation, rompant ainsi avec une société organisée de façon traditionnelle. Et la voilà qui se fait leur porte-voix. La blanchité est alors assimilable à l’universalisme républicain de gauche qui veut répandre la lumière dans le monde, au contraire donc des identités locales françaises ! « Il y a quelque chose de beau », dit-elle à propos de l’identité perdue des petits Blancs. Nous y sommes : Houria Bouteldja, figure de l’antiracisme et du décolonialisme, est de droite.

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Identitaire, oui. Patriote, jamais !

Mais alors, la très-réactionnaire Houria Bouteldja est-elle patriote ? Ne poussons pas trop loin. « Il arrive que dans les quartiers, on se révolte. On fout le feu partout, on s’autorise à brûler des établissements publics. C’est cool quoi ! On fait un peu ce qu’on veut. On est les maîtres chez nous ». Apologie de la violence, d’accord. Mais comprenez, c’est dans leur identité. Ils font comme à la maison. Les immigrés sont chez eux dans nos quartiers, ils y expriment leur identité, tentent de s’enraciner un peu : rien de plus normal. La révolte appartient de droit aux immigrés possédant une identité ; les Blancs en sont privés.

« On s’autorise des choses que les petits Blancs ne s’autorisent pas ». Oui, les Français pourront le confirmer : jamais nous ne nous permettrions tant de violence. Et pourtant, tout ce communautarisme trouve une lueur d’espoir par la suite : « Il y a une dignité, une culture [française] à reconstruire ».

On aurait tort de croire que l’antiracisme, le néo-féminisme et le wokisme sont des aspects repoussants de la modernité. Selon Bouteldja, c’est justement contre la modernité qu’ils se construisent : contre la démocratie, contre la liberté, contre l’abolition des cultures etc. A certains égards, sa position est aussi antimoderne que celui d’un réactionnaire français. D’ailleurs, beaucoup d’internautes de gauche l’ont tout de suite reconnu en commentant la conférence : « version islamique de Christine Boutin » ; « réactionnaire » ; « En fait Houria Bouteldja c’est Alain Soral, mais avec des cheveux et plus de virilité » ; « Houria Bouteldja et Eric Zemmour ne sont que les faces d’une même médaille identitaire », etc.

Pourtant, si la gauche identitaire et la droite patriote convergent dans leur refus de l’universalisme moderne, elles sont vouées à s’opposer…Alors qu’elles se rapprochent par l’existence et la promotion de l’identité, elles seront éloignées à jamais par la différence de leurs identités et l’opposition entre leurs intérêts.

Jacques Bainville, la passion de l’Histoire

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jacques bainville candide

La carte postale de Pascal Louvrier (4/6)


Les petits villages torpides que j’ai traversés, aux toits de lauze, fontaines rafraichissantes et monuments aux morts avec drapeaux tricolores, fête nationale oblige, m’ont incité à relire Jacques Bainville, l’un des grands intellectuels du XXe siècle. Son ouvrage Histoire de France, publié en 1924, vendu à 300 000 exemplaires en vingt ans, au style sec et précis, se lit comme un roman. Des Celtes à la Première guerre mondiale, on découvre les personnalités exemplaires qui ont fait la France. Les événements sont présentés chronologiquement, ce qui contribue à rendre l’analyse cohérente, parfois subjective et bougonne, de l’auteur. Pas de pathos ni de psychologie, mais une présentation claire et rigoureuse des événements qui ont grandi ou affaibli l’un des plus puissants pays au cœur d’une Europe qui ne fut pas toujours soumise à l’économie.

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Historien iconoclaste

Monarchiste, pilier de l’Action française de Charles Maurras rencontré en 1900 au Café de Flore, Bainville, par exemple, n’est pas tendre avec Napoléon. Mais, du haut de sa terrasse giralducienne, il sait demeurer lucide et reconnaît le vent des orages. Après la défaite de l’Allemagne en 1918, il pressent que les forces vives de son pays sont entamées. Ce Lorrain lutte de toutes ses forces contre un rapprochement avec l’Allemagne, dénonçant sans relâche la menace qu’elle représente pour la France. Il veut cependant rester optimiste et conclut : « Si l’on n’avait pas cette confiance, ce ne serait même pas la peine d’avoir des enfants. » Bainville possède une forte personnalité qui ne laisse jamais ses contemporains indifférents. Robert Brasillach, dans Notre avant-guerre, confie : « De ceux que j’ai connus, c’est peut-être l’homme qui m’en a le plus imposé. Non qu’il ne fût d’une gentillesse parfaite, mais je ne crois pas qu’aucun de ceux qui l’aient approché n’ait pas ressenti cette domination extraordinaire qui était la sienne. »

Mort le 9 février 1936, à 57 ans, il ne verra pas la Seconde guerre mondiale et ses effets dévastateurs malgré la victoire sur l’Allemagne nazie. Car comme il l’écrit au début de son Histoire de France : « Les Français ne sont ni une race ni un empire ; ils sont mieux, ils sont une nation. » Une nation qui mérite d’être connue, respectée et aimée. C’est le pari réussi de Bainville, historien iconoclaste qui détestait… l’Histoire.

L’horreur des monuments 2.0

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Le château de Falaise : hanté par la modernité. Vous remarquerez l'affreuse entrée de ferraille. DR

Il y a vingt-cinq ans, le château de Falaise rouvrait ses portes après une décennie de travaux. Pourtant, loin de susciter la joie des visiteurs, la réouverture se fit sous le feu des critiques dénonçant l’enlaidissement de la demeure de Guillaume Le Conquérant. Force est de constater que la modernisation des monuments est malheureusement devenue un phénomène très répandu.


N’avez-vous pas remarqué, durant la décennie passée, la naissance – puis la prolifération – des écouteurs dans la grande majorité des monuments français ? Innombrables sont aujourd’hui les touristes qui déambulent, une voix féminine dans les oreilles et une télécommande à la main, dans ces monuments qui croulent sous le poids des âges. Alors que vous avez choisi de ne pas payer le supplément à 1€ pour la visite guidée, vous voyez votre enfant attiré par la lumière d’un écran au fond de la pièce. En quelques instants, il a sauté dessus et a enfilé le casque audio attenant et dévore du regard la vidéo interactive qui lui permet de visiter la salle du château virtuellement en comprenant dans quelle pièce il se situe. Sans écouter vraiment les indications, il avancera jusqu’à ce que l’interaction recommence à zéro, puis se dirigera vers l’écran suivant.

Ce cas de figure, vous l’avez probablement connu, sinon observé. Le château de Falaise est ainsi un exemple criant, que dis-je, hurlant, de la fatalité qui pousse le passé à s’adapter au futur dans l’espoir de grappiller quelques subventions qui pourvoiraient à ses besoins présents.

À la billetterie, on vous prêtera gracieusement pour le temps de la visite une tablette. Les instructions sont les suivantes : dans chaque pièce, scannez le code-barre pour voir à quoi elle ressemblait il y a dix siècles. Un jeu interactif vous permettra également de gagner des points en trouvant certains objets cachés dans cette salle virtuelle. Puis, la plupart des pièces comporteront une vidéoprojection mi-comique, mi-historique, avec une bande sonore à laquelle vous ne pourrez échapper. Évidemment, des écrans seront régulièrement disposés, au cas où vous n’en auriez pas assez pour vos yeux. C’est bien simple : pratiquement aucune pièce n’y échappe : un vrai désastre. Mettons ici de côté la bétonnisation forcenée de la rénovation à laquelle s’ajoutent un absurde plancher de verre, des escaliers en métal et un toit de toile blanche qui n’a rien à faire ici.

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Le château de Falaise, emblématique des seigneurs de Normandie et parmi eux, de Guillaume Le Conquérant, n’est pourtant qu’un symptôme de la dés-historicisation de nos monuments français. Le Panthéon, à Paris, en est un autre exemple : vous trouverez une boutique de souvenirs à l’intérieur du monument, dans une salle tout à fait d’époque qui serait probablement sublime sans le son de la carte bleue et les monceaux de produits commerciaux. Il en est de même pour la crypte, lieu de recueillement, sinon de respect. Alors que nous est donnée la chance de toucher du bout des doigts les tombeaux de certains des personnages les plus illustres de notre histoire, les écrans viennent à nouveau tout gâcher. À l’entrée de la crypte, plusieurs casques audios sont attachés à un banc, reliés à une histoire expliquant la raison d’être de ce monument. En parallèle, vous trouverez en face de chaque caveau un écran décrivant les hauts faits des personnages enterrés. Cet exemple pourrait être suivi de tant d’autres : ne cherchez pas, l’immense majorité des monuments de France est équipée d’écrans ou d’écouteurs.

Loin de l’histoire, loin de la connaissance et du respect, on trouve la marchandisation et la ludification de ces édifices pluriséculaires. Ne vous étonnez pas si vous entendez rires et discussions à voix haute dans une crypte, si vous voyez des enfants les yeux rivés sur une tablette. C’est d’ailleurs moins l’addiction aux écrans que leur exploitation par les responsables qui pèche. Aujourd’hui, force est de constater que la discipline historique n’a pas beaucoup d’avenir au milieu d’une époque de grande déculturation. Dès lors, pour attirer le visiteur lambda (et que celui-ci ne parte pas au bout d’une demi-heure car son marmot râle), les gestionnaires des monuments français n’ont d’autre choix que de rendre la visite pédagogique. Il faut alors utiliser le jeu, le divertissement pour combler le silence assourdissant d’un bâtiment froid et vide. Ne comprenant rien à ce qui l’entoure, le visiteur ne peut se résoudre à contempler bêtement les sublimes arcs-boutants de cette cathédrale, ou l’ingéniosité poliorcétique des bâtisseurs de ce château. Réduit à l’état de consommateur, il s’en ira, comme tout le monde, payer un euro de plus pour sa visite guidée dont il ne retiendra pas grand-chose.

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La transformation du patrimoine en marché culturel du tourisme ruine ainsi chaque jour un peu plus la beauté du paysage urbain de notre France. Alors que la solennité d’un monument de mille ans d’âge devrait nous tenir en respect, écarté de notre effrayante modernité, l’histoire s’adapte au présent et se plie à ses implacables lois mercantiles.

Il est cependant un château qui échappe à cette règle, celui de Plieux. Malheureusement, il est aujourd’hui impossible de le visiter. En attendant, faites au moins l’effort, durant vos visites estivales, de vous plonger un peu dans une mystérieuse histoire qui échappe un peu à votre compréhension.

Sempé, dessine-moi encore la France !

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Le Petit Nicolas © GINIES/SIPA

Symbole d’une douce France aux accents nostalgiques, Jean-Jacques Sempé, le dessinateur du Petit Nicolas, est mort.


Sempé, c’était notre vase de Sèvres légèrement ébréché. Notre trésor national à portée de kiosques. Sous cloche, il avait emprisonné ce parfum de France tenace et vieillissant, nostalgique et envoûtant, réactionnaire et follement intemporel qui résiste à toutes les intempéries et modes absurdes. Il était un rempart à la veulerie généralisée. Sempé, c’était notre bout de France fantasmé et lancinant qui a accompagné notre longue errance, de notre jeunesse à l’âge adulte, du Petit Nicolas au New Yorker. Notre gilet de sauvetage par gros temps. Il donnait de l’intelligence aux magazines d’actualités. Il lui suffisait d’une seule page et d’une modeste légende pour condenser sa pensée. Un jour, en voyage à Boston, j’ai vu l’une de ses couvertures dans une librairie et je me suis senti à la maison. Grâce à lui, j’ai pu communier enfin avec mon pays et lui trouver des excuses. Il m’a rendu moins amer avec ma géographie intime. Loin du fracas d’une vaine modernité ou du tapage médiatique qui alourdissent les poses chez l’artiste, il dessinait la banalité du quotidien comme un paysan laboure son champ. Avec assiduité et le sentiment du devoir accompli.

Il était à l’opposé de notre époque geignarde et souillonne qui, à force de vouloir tout dénoncer, a perdu le sens du beau et du friable. Il ne griffait pas la page blanche pour éveiller les consciences politiques. La routine des ménages réglés comme du papier à musique ne le mettait pas mal à l’aise, il en subodorait même la richesse intérieure. Il en faisait son suc créatif. Ce discret bordelais à la mise soignée ne cherchait pas la stupeur et les tremblements parmi ces lecteurs. En art, ce sont souvent les bourgeois un peu froids et distants de son espèce, en imperméable et velours côtelé marchant dans un Saint-Germain-des-Prés de carte postale, qui chargent leur œuvre d’une rare puissance narrative et d’une émotion à fleur de peau. L’irrésistible Goscinny ressemblait plus à un chef d’entreprise dans la métallurgie qu’à un chevelu à feuilles Canson. Sans esbroufe, sans éclat, avec la rigueur des métronomes, Sempé a tapissé notre imaginaire de facteurs, de kermesses, de banderoles et de galurins. Les autres, les trublions, les provocateurs, les déconstructeurs ne touchent que l’épiderme sans atteindre le derme. Ils sont inoffensifs. Ils travaillent en surface au contraire des dessins de Sempé qui relevaient à la fois de la rêverie douce et des sentiments contrastés. Les fêlures silencieuses avaient chez ce taiseux le don de nous cueillir. Sa modestie était probablement une forme de distance aristocrate que les progressistes sont incapables de comprendre aujourd’hui.

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Il n’était pas dans le bénéfice net et dans l’efficience foireuse. Ses petits riens nous soulevaient le cœur. Nous avons été Raoul Taburin, Monsieur Lambert ou Catherine Certitude, au gré des circonstances. Il amenait de la profondeur aux choses que l’on croyait à tort insignifiantes. Un cycliste sur une route de campagne, un intellectuel assis devant sa bibliothèque, une dame à confesse ou un vieux monsieur cravaté au restaurant, ce décor immuable, d’un Paris figé à la Sautet, recelait mille variations, mille anfractuosités délicieuses et apaisantes. Dans une brasserie à moleskine, toute la panoplie des sentiments humains – la jalousie, la pleutrerie, le désir, l’ambition et l’abandon – défilaient sans poncifs et sans volonté d’instrumentaliser. Les personnages de Sempé étaient tout sauf monolithiques. Leurs failles nous habillaient élégamment. Il fuyait la grandiloquence des explications, il était la hantise des intervieweurs et des sociologues, et pour couronner le tableau, il avait un rapport assez éloigné avec les gens de BD. Ce qui lui a valu une image hautaine. Dans la revue A suivre en décembre 1984, il déclarait : « Oui, je suis décalé, mais le dessin humoristique est plus une manifestation littéraire et poétique que journalistique ». Il n’était pas adepte des cases et des bulles, sa famille était celle de Bosc ou de Chaval. Il se sentait donc étranger à l’univers formaté de la BD. Dans la même veine, avec le sens de la formule choc, Topor trouvait que cette bande-dessinée sacralisée dans les années 1980 était « une prolétarisation de l’artiste. Il travaille plus : il fait huit ou douze dessins sur une planche au lieu d’un ». Sempé était l’écrivain souterrain de nos bonheurs disparus.

Qatar : l’ami de tous, l’ennemi de personne

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L'émir Tamim bin Hamad al-Thani du Qatar au forum Davos le 23 mai 2022. © Markus Schreiber/AP/SIPA

Pour survivre et prospérer, Doha cultive une diplomatie de sport, de culture ainsi que de dépannage et sauvetage géostratégique. Tout pour être utile et indispensable.


Au-delà des polémiques permanentes, une stratégie claire se dégage de l’ensemble des actions et initiatives qui constituent la politique étrangère du Qatar et qui l’assoient aux premiers rangs des acteurs de la scène internationale. Cette stratégie a deux faces ou deux piliers sur lesquels s’appuie une diplomatie d’influence allant dans le bon sens – c’est-à-dire le nôtre…. Cette stratégie, encourageante pour certains, menaçante pour d’autres, est d’abord et avant tout une police d’assurance vie – tout le monde dans la région se souvient d’août 1990 et l’invasion du Koweït – pour ce tout petit qui se protège en prenant de plus en plus d’importance sur l’échiquier mondial. Ses outils sont la diplomatie culturelle et le jeu du multilatéralisme et ils garantissent à Doha une visibilité aussi marquée que celle de son voisin émirati, mais surtout – et c’est son but ultime – protègent les intérêts vitaux et la survie du pays (entourés de voisins puissants qui convoitent ses richesses et souhaitent le soumettre) en se rendant utile aux intérêts de ses alliés (dont nous faisons partie qu’on le veuille ou non). 

Depuis plusieurs années, le Qatar mène une politique proactive dans la région afin de peser non seulement comme un acteur géopolitique sur qui s’appuyer et sur qui compter, mais également comme un médiateur de crises. Doha articule ses efforts de médiation autour de deux grandes crises mondiales majeures : l’Afghanistan et le dossier du nucléaire iranien. Elle bénéficie dans ce cadre du soutien des États-Unis et des Européens pour lesquels ses liens de confiance avec Téhéran sont un atout considérable. La présence de la base militaire d’Al Oudeid, plus grosse base américaine hors territoire américain, rajoute une dimension à ce positionnement unique de l’Émirat. Cela ne l’empêche pas de jouer aussi un rôle sur des dossiers aussi sensibles que celui de Gaza, où il a concouru avec l’Égypte à la trêve récente avec Israël, celui du Mali, au printemps dernier, ou celui du Tchad où il a contribué à la signature d’un accord entre la junte militaire et les groupes rebelles la semaine dernière.

Dans un environnement international où l’hégémonie américaine post-soviétique est de plus en plus contestée par des puissances émergentes, il faudra désormais compter avec des acteurs régionaux capables de désamorcer en amont les crises ou de contribuer à les résoudre ou au moins les atténuer en aval. Certes, les trois ans de négociations à Doha autour du dossier afghan, entre Américains, Talibans et représentants du gouvernement afghan n’ont pas abouti à un départ coordonné des troupes américaines. En même temps, la crise suscitée par reprise de l’Afghanistan par les Talibans démontre le rôle indispensable du Qatar dans la région. Car c’est Doha qui a contribué à la gestion de l’évacuation en catastrophe dont nous avons tous été témoins il y a un an. Ainsi, le Qatar a largement contribué à plus de la moitié des rapatriements des personnels afghans proches des pays occidentaux entre l’été et l’hiver 2021. 

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Le Qatar a pris une place majeure également en accueillant la reprise des pourparlers autour de la relance du JCPOA, l’accord sur le nucléaire iranien dont était sorti l’ancien président Donald Trump, en recevant les parties américaine et iranienne depuis des mois. Si les discussions achoppent encore à l’heure actuelle sur la question des garanties exigées par Téhéran, souhaitant s’assurer qu’une prochaine administration américaine ne ressortira pas du traité, le Qatar a déjà gagné ses galons de médiateur incontournable de crises régionales, rôle réservé auparavant à Oman.

Le Qatar joue aussi la bouée de sauvetage géopolitique. Dernièrement, Doha a proposé son aide et versé 60 millions de dollars à l’armée libanaise pour le paiement des salaires. Ce n’est pas la première fois que Doha vient en aide à des pays ou des parties au bord du gouffre, comme ce fut aussi le cas avec Gaza, la Somalie, la Turquie et l’Égypte notamment1. Pour Doha, c’est aussi un moyen de prévenir des crises risquant de déstabiliser des États et des régions entières tout en s’imposant comme un acteur diplomatique de poids.

L’autre face de la stratégie qatarie est sa diplomatie culturelle. Outre des évènements culturels sportifs de tout premier ordre, la Coupe du Monde qui s’annonce est le plus grand évènement que le pays ait eu à organiser. Elle est la première du genre dans le monde arabe.

Depuis une décennie, les préparations de tournois prestigieux poussent le pays à se transformer en profondeur. C’est sans doute la pression permanente des opinions publiques occidentales qui a joué un rôle d’une part, mais aussi – et c’est souvent ignoré – grâce à une stratégie d’ouverture et de mise en conformité avec les grands standards internationaux en matière de droit social, d’ouverture politique et d’accès à l’information. Pour la première fois dans la région, un embryon de droit du travail a vu le jour. Cette législation reste à perfectionner, mais qui témoigne d’une volonté de modernisation. La construction des stades et les conditions de travail sur les chantiers ont été sujets à critiques et polémiques non sans fondement, mais le pays ne peut rien cacher : tous les projecteurs sont braqués sur lui.

Aujourd’hui, la kafala, ce système de parrainage moyenâgeux, a été abandonné, un salaire minimum est imposé et des équipes d’inspecteurs du travail, recrutées en grand nombre, font appliquer les nouvelles lois sur la durée du travail et ses conditions.

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Pour ce faire, Doha s’est offert le soutien et les services de l’Organisation Internationale du Travail qui a dressé plusieurs rapports encourageants depuis de nombreux mois. À l’image de certains pays voisins, comme le Koweït et l’Arabie Saoudite, des élections ont vu le jour en octobre 2021 pour permettre le renouvellement d’une partie du conseil de la Shura, le parlement qatari. Enfin dernièrement, le pays a planché pour faire aboutir une loi sur le droit à l’information, qui ouvre progressivement le Qatar à la liberté de la presse

Au-delà des critiques et dénonciations, on devrait aussi reconnaître le chemin parcouru. Un pays qui, comme beaucoup d’autres dans la région, était très éloigné des critères occidentaux de développement, s’est transformé en quelques dix ans. 32 ans après la chute de Koweït, Doha s’érige en contre-modèle et surtout, contrairement à d’autres acteurs de la région, démontre que la stratégie de la nuisance et de la déstabilisation n’est pas la seule option pour survivre et prospérer au Moyen-Orient.  

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1 Avec qui Doha s’est réconcilié en 2021, après la crise du Golfe démarrée en juin 2017. Depuis, Doha a annoncé vouloir investir pour 4,5 millions de dollars dans le pays. 

Piscines, jets privés, SUV : la chasse aux « riches » est lancée

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Bernard Arnault et Emmanuel Macron à Paris, juin 2017. SIPA. 00811228_000008

La députée écologiste Sandrine Rousseau a qualifié la balade d’Emmanuel Macron en jet-ski de « criminelle ».


La tendance est à la délation. Épier son voisin serait même devenu une forme d’art sous nos latitudes. Depuis le printemps dernier, des internautes français inspirés par leurs homologues étasuniens consacrent l’essentiel de leur temps libre à traquer les déplacements des avions privés de nos milliardaires nationaux. Tout a commencé avec le compte « l’avion de Bernard » qui a été suivi lors d’un vol Paris-Tokyo à l’aide des transpondeurs ADS-B, système équipant les avions qui permet à tout un chacun d’observer les vols.

Qu’un chef d’entreprise employant plus de 170.000 personnes se déplace à travers le monde serait donc choquant. Un compte Twitter intitulé I Fly Bernard a même été créé pour diffuser les trajets des grands patrons français et les dépeindre en « criminels climatiques ».  Ce militant revendique dans sa biographie utiliser comme sources OXFAM et Greenpeace, ONG aux biais idéologiques et politiques manifestes qui nous ont en partie conduits à la crise énergétique que nous subissons aujourd’hui, du fait de leur opposition bornée au nucléaire.

Comme il fallait s’y attendre, l’extrême-gauche s’est engouffrée dans la brèche – à tel point qu’on serait en droit de se demander si elle n’est pas à l’origine de cette opération de diffamation. Au cœur du mois d’août, L’Humanité désignait à sa une les milliardaires comme autant de « criminels climatiques » à placer aux arrêts ou à jeter de force dans des « bus Macron ». Un numéro qu’ont complaisamment relayé les députés de la NUPES, à commencer par l’inénarrable Thomas Portes. Les a-t-on entendus, ces bolchéviques contemporains, s’indigner de la tournée sud-américaine du Bolivar d’opérette, Jean-Luc Mélenchon ?

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Parti deux mois en 2019 sur le continent sud-américain, le Bolivar d’opérette a récidivé en se rendant cet été en Colombie, au Honduras ou encore au Mexique. Sans s’attarder sur le saccage causé par les idées révolutionnaires et marxistes en Amérique du Sud, notamment au Venezuela de Chavez et Maduro où il est impossible de faire ses courses alimentaires sans s’équiper d’une brouette de billets, l’hypocrisie de l’extrême-gauche laisse une fois de plus pantois. Dénonçant toute honte bue les « criminels climatiques », en commençant par les cibles bien commodes des « milliardaires », ces gens qui ont cautionné les pires atrocités et continuent de soutenir plus ou moins directement des régimes hostiles à notre pays, semblent ne pas s’appliquer les règles qu’ils entendent imposer aux autres.

Le respect de la vie privée et du droit de propriété est dû à tous. Aux plus privilégiés comme aux plus infortunés d’entre nous. La déclaration des droits de l’homme et du citoyen le garantit dans ses articles 2 et 17. Pour la NUPES comme pour OXFAM, la lutte des classes est malheureusement l’horizon indépassable d’une utopie qui s’est toujours transformée en cauchemar là où elle a été appliquée. Après les plus privilégiés, les Français de toutes sortes seront visés. Cinq jacuzzis privés de la station vosgienne de Gérardmer ont ainsi été retrouvés éventrés, les saboteurs ayant laissé derrière eux des mots inquiétants déstinés à leurs victimes : « L’eau c’est fait pour boire ». Des actes qui rappellent notamment les dégradations de voitures berlines et SUV dans Paris.

Personne ne niera que la crise climatique demande des efforts collectifs – la France en fait plus que la très grande majorité des pays du monde -, mais ces méthodes sont aussi contre-productives que dangereuses. La complaisance avec laquelle sont traitées ces actions de sabotage, de violation de la vie privée, de diffamation et de dénonciation, devrait très sérieusement nous inquiéter. Ils ont commencé par traquer les avions de grands patrons, qui, rappelons-le tout de même, payent leur essence et leurs déplacements quand monsieur Mélenchon vit des deniers publics depuis des décennies ; ils finiront demain par cartographier toutes les piscines privées pour les dégrader, voire en obtiendront l’interdiction.

C’est un totalitarisme qui se met en place, grâce à la bienveillance d’une partie de la classe politique la plus démagogique et la passivité des autres, trop effrayés à l’idée d’affronter les totems et les tabous d’une époque devenue folle. Dans un tel contexte international, la France a pourtant besoin de tout sauf d’un affrontement social. Que la NUPES s’occupe plutôt des criminels bien réels qui empoisonnent la vie des Français et des islamistes multipropriétaires tel monsieur Iquioussen, cause de l’été qui jouit pourtant d’un patrimoine immobilier composé de plusieurs dizaines de lots ne répondant pas aux normes d’ordre public de salubrité… sans que cela n’offusque qui que ce soit.

Sport de combat : l’UFC pose ses valises à Paris le 3 septembre

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Conor McGregor contre Dustin Poirier lors d'un combat à Las Vegas, le 27 septembre 2014 © John Locher/AP/SIPA

C’est en janvier 2020 que le MMA, acronyme anglais de Mixed Martial Arts qui signifie Arts Martiaux Mixtes, a été légalisé en France. Dans quelques semaines, l’Accor Hotel Arena ouvre ses portes à la plus célèbres des organisations mondiales de ce sport, l’UFC…


Le MMA est une discipline encore méconnue en France, où il jouit souvent d’une mauvaise réputation, car les combats se déroulent dans un octogone (que certains appellent volontiers « cage » pour animaliser le lieu et assimiler les combattants à des « fauves ») mais également en raison des nombreux clichés qui sont véhiculés à son encontre comme l’idée que dans ce sport « tous les coups sont permis ». Ce qui est parfaitement inexact car le nombre de coups proscrits est pléthorique : coup de tête, doigts dans les yeux, coups dans les organes génitaux, coups dans l’arrière du crâne (l’occiput), dans la nuque, dans le dos, coups de pieds ou de genoux dans la tête d’un adversaire au sol, les coups de coude de haut en bas au sol, etc…

Le MMA, un mélange de nombreux sports de combat

Tout d’abord, dans les sports de combats, il existe différents « types » de sport. Les sports de percussion, de frappe, comme la boxe anglaise, la boxe française, la boxe thaïlandaise ou encore le kickboxing. Les sports de préhension, de saisie, comme le judo, la lutte gréco-romaine, la lutte libre, le sambo sportif, le jiu-jitsu brésilien ou encore la luta livre. Les sports hybrides mélangent percussion et préhension, c’est le cas du sambo combat, du sanda ou encore du pancrace. Le MMA fait partie de ces sports hybrides dans lequel il est possible de donner des coups avec ses poings, ses coudes, ses genoux et ses jambes. Les techniques de lutte et de jiu-jitsu sont également utilisées pour amener son adversaire au sol pour lui appliquer un ground and pound (frapper l’adversaire avec ses poings ou coudes alors que celui-ci se trouve au sol) ou essayer de le soumettre en lui appliquant une prise de soumission (étranglement, clé de bras, de genoux, de cheville, de talon).

Il s’agit donc du sport de combat le plus complet qui existe, ce qui explique que l’engouement pour cette discipline ne date pas d’hier, y compris chez nous.

Un sport déjà bien implanté en France

Le MMA est pratiqué en France depuis plus de deux décennies, mais les combattants français étaient contraints de s’exiler s’ils souhaitaient prendre part à des compétitions car ce sport n’a été légalisé qu’il y a deux ans et demi par l’ancienne ministre des sports, Roxana Maracineanu. Devenir professionnel était possible mais il fallait se rendre en Angleterre, aux États-Unis ou au Japon pour combattre, en témoigne les parcours de Cyrille Diabaté (un des premiers français à avoir été à l’UFC, il a réalisé son premier combat dans l’organisation en 2010), de Gregory Bouchelaghem ou encore de Karl Amoussou.

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Depuis quelques années, de nombreux français combattent ou ont combattu dans de prestigieuses organisations comme Cheick Kongo au Bellator aux États-Unis (deuxième organisation au monde derrière l’UFC), Morgan Charrière au Cage Warriors au Royaume-Uni, Salahdine Parnasse au KSW en Pologne ou encore Benoît Saint-Denis au Brave aux Émirats arabes unis. Les salles françaises de MMA commencent à être réputées, en raison du talent des athlètes français qui s’y entraînent et des combattants étrangers qui désirent s’y entraîner pour progresser au contact de coachs renommés.

Des Français à la conquête de l’organisation américaine

Tous les éléments sont donc réunis pour accueillir le plus grand spectacle de l’histoire du MMA tricolore. Rendez-vous le 3 septembre prochain à Paris-Bercy pour voir le Français Cyril Gane (surnommé à raison Bon Gamin) se mesurait à l’Australien Tai Tuivasa. Un autre Français, Nassourdine Imavov aura pour mission de venir à bout de l’Américain Joaquin Buckley, sans oublier la Niçoise Manon Fiorot qui affrontera la redoutable Brésilienne Jessica Andrade.

Contrairement aux apparences, le MMA n’est pas un sport « 100 % masculin », les femmes ont pleinement leur place dans cette discipline, en témoignent les nombreuses championnes de l’organisation, toutes plus talentueuses les unes que les autres, de Amanda Nunes à Valentina Shevchenko en passant par Carla Esparza.

L’événement a affiché complet très rapidement

C’est le vendredi 24 juin, à partir de 10 heures, que les 10 000 places étaient mises en vente. Cependant, en raison des préventes, tous les billets avaient déjà trouvé preneur avant. Il n’est donc plus possible de réserver sur les deux sites prévus Ticketmaster et celui de l’Arena. Pourtant, le prix de certaines places avait de quoi en repousser plus d’un. Pour être au plus proche de l’octogone, il fallait dépenser près de 1600 euros ! Les places les moins chères se sont envolées à 83 euros mais le prix moyen dépassait allègrement les 150 euros. En raison des prix des billets jugés exorbitants, de nombreux fans ont laissé éclater leur colère sur les réseaux sociaux. Que ces derniers se rassurent, bien que toutes les places aient été vendues, l’événement sera diffusé en direct sur RMC Sport.

Il n’y a pas de crimes passionnels !

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Le chanteur Bertrand Cantat, rendu coupable d'un "crime passionnel" en ayant tué Marie Trintignant en 2003. © Francois Mori/AP/SIPA

Le crime passionnel est un genre criminel qui a toujours eu beaucoup de succès auprès des Français parce qu’ils y trouvent de quoi susciter leur indignation et stimuler, en même temps, leurs émotions.


Je ne suis pas sûr que le crime passionnel existe véritablement si on veut bien le définir par un meurtre ou un assassinat causé par le seul amour de la victime. Alors qu’en réalité le ressort fondamental en est l’amour de soi, la douleur d’être abandonné, l’humiliation d’être méprisé.

Dans le magazine du Parisien, un remarquable article de Vincent Gautronneau a projeté un sombre éclairage sur Jérôme Gaillard qui, dans des circonstances ayant impliqué des tiers, a assassiné, au mois de février 2021, Magali Blandin en proférant dans le cabinet du juge d’instruction cette phrase terrifiante d’égoïsme et de vérité crue : « J’aimais profondément ma femme. Le seul moyen de garder Magali, c’était de prendre sa vie ».

Étrange destin d’ailleurs, et signifiant, que celui de ce mis en examen s’étant par la suite suicidé en prison.

J’entends bien que par facilité on pourrait me rétorquer que tout crime, sortant de la froide catégorie des vols à main armée et des transgressions motivées par le seul lucre, est irrigué par la passion et que son auteur est forcément détaché de lui-même et de sa rationalité. Il me semble que ce serait s’écarter de la particularité de ces crimes prétendument inspirés par la perte d’un être qui ne serait pas soi mais en réalité motivés par le seul souci de soi.

Contrairement à ce qu’affirme Jérôme Gaillard pour donner un tour tragiquement noble à un amour à mort conclu par un crime, « il n’aimait pas profondément sa femme » mais banalement ne supportait pas qu’elle veuille le quitter en choisissant pourtant, pour résoudre cette intolérance, une solution extraordinaire : la tuer.

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Jérôme Gaillard, prisonnier d’un conflit entre le soi honorable et le soi dévoyé et pervers, n’a pas su trouver d’autre issue que de se débarrasser sur Magali Blandin de son implacable dilemme.

Et il a qualifié son acte insensé et profondément égoïste de crime passionnel. Cela fait toujours mieux dans un cabinet d’instruction et plus tard face à une cour d’assises.

Mais celle-ci, avec les jurés qui sont revenus de cette apologie trop confortable, si complaisante à l’égard de l’auteur, si faussement apitoyée envers la victime, est de moins en moins dupe. Derrière le crime ils n’ont plus aucun mal à percevoir la passion de soi, derrière l’apparente sensibilité meurtrie, la perversion d’une malfaisance ne concevant pas que demeure vivant l’instrument de sa défaite humaine, saine et sauve la responsable de son extrême désillusion : n’être plus aimé et devoir s’accommoder de cela !

Dans ma carrière d’avocat général j’ai connu quelques affaires relevant de cet horrible registre mettant à mal définitivement autrui, parfois une famille.

Je ne cesse pas de m’interroger – alors que depuis onze ans j’ai quitté ce rôle d’avocat de tous les citoyens qui m’a comblé pour sa mission de compréhension et d’utilité sociale – sur ma curiosité jamais lassée pour les obscurités de l’âme humaine, les mystères de l’être. Le crime pousse au paroxysme ce qui gît en certains d’entre nous, il est un révélateur de ce que nous pourrions être, il nous fait entrevoir qu’il y a des voies interdites.

Puisque même les crimes passionnels n’en sont pas et se leurrent.

Le Graal du monde arthurien… à petit prix

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Scène galante, miniature tirée d'"Yvain ou le chevalier au lion", Chrétien de Troyes, XIVe siècle

Camille-Apollonia Narducci est agrégée et docteur ès Lettres — et médiévaliste. Elle a rédigé en juillet un long résumé du monde arthurien pour la revue Eléments, à laquelle nous avons extorqué ses coordonnées pour lui demander un compte-rendu du gros volume de romans arthuriens intitulé Les Chevaliers de la Table Ronde qui vient de paraître chez GallimardQuarto”.


La compilation des romans arthuriens de Martin Aurell et Michel Pastoureau parue en Quarto est un petit bijou qui ravira tout arthurianiste — ou tout grand enfant désireux de « s’évader de son quotidien » de canicule et de tergiversations.

À ceux qui ont découvert Arthur avec le cynisme du Kaamelot d’Alexandre Astier, ou ceux qui, collégiens, se sont vus forcés de plancher sur une piètre actualisation d’un Chrétien de Troyes qui n’avait pas mérité ça, il faut dire que se plonger à fond dans l’univers arthurien n’est pas aisé, tant il est morcelé. Les manuscrits sont partiels, les éditions chères et laconiques, les traductions inexistantes. Aussi merveilleux soient-ils, un étudiant ne peut guère investir pour un semestre et des UE obligatoires dans les trois tomes du Livre du Graal que Philippe Walter a dirigés pour la Pléiade à partir de 2001.

Martin Aurell et Michel Pastoureau réussissent le tour de force de réunir sept textes arthuriens en un seul volume de 1080 pages seulement — emportable partout sans risquer une paralysie des avant-bras. Une compilation existait déjà ? Oui, chez Bouquins, publiée en 1989. Elle était plus riche ? Oui, il y avait 15 textes…

Mais voilà, Martin Aurell et Michel Pastoureau, formidables vulgarisateurs, osent sacrifier un certain degré scolastique pour parler au profane. Le profane est hanté par le monde arthurien : il a des posters d’Eva Green en Morgane dans sa chambre, il cherche Excalibur dans ses jeux vidéo préférés et a rêvé, enfant, devant les heaumes en plastique que les boutiques à touristes de Carcassonne et alii proposent à l’étalage.

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Les auteurs n’oublient donc pas l’essentiel : le Moyen Âge fascine, mais son étude est en voie de disparition. Il est bon de baliser a minima l’édification de la « matière de Bretagne », parce que sa construction elle-même — et pas seulement les textes qui la constituent — a un sens. La clarté, la concision et l’érudition des auteurs mettent le mythe arthurien à la portée des caniches médiévistes que nous sommes : chronologie, du IIe au XXe siècle, en tête d’ouvrage, « Dictionnaire des principaux personnages de la littérature arthurienne de langue française » agrémenté de sublimes illustration préraphaélites, analyse sur « Le Roi Arthur, un personnage éminemment politique », un abrégé de La Légende du roi Arthur de ce même Martin Aurell, bible de tout médiéviste qui se respecte.

C’est le nec plus ultra de l’arthurianisme actuel. Le tout est agrémenté de ce qui fascine le plus dans le Moyen Âge : l’image. Enluminures, photographies, reproduction de bas-relief ou de sculptures, on peut naviguer de l’une à l’autre et visualiser la mystification autour des chevaliers de la Table Ronde. Les scans de manuscrits, sur une page complète, sont d’une très belle qualité et en couleurs, ils sont tirés des fonds de la BNF mais aussi de la London British Library. « Arthur trouve un géant qui grille un cochon » suffit à faire comprendre que Logres, le royaume légendaire d’Arthur, est une mystification autour du mot « ogre ». Mais si, ces gens savaient rire !

Les sept textes que Martien Aurell et Michel Pastoureau ont choisis retracent le monde arthurien : non seulement le roi, mais le système politique, ethnographique, religieux — en un mot littéraire — qu’il centralise. Et ce, à travers des textes allant de 1100 à 1225, rédigé à l’origine en gallois, latin et ancien français. Chacun est préfacé en deux ou trois pages qui en problématisent les enjeux et les difficultés.

Tout commence avec le Kulhwch et Olwen où le roi « vole même la vedette aux fiancés éponymes » et qui, bien qu’issu d’un manuscrit de 1100, rend compte de la société celtique des VIe-VIIIe. Arthur, déjà détenteur de Caledvwlch « Dure Entaille », y banquette dans son palais de Kelliwig « Bosquet de la forêt » — et on se délecte à articuler ces noms si exotiques. Et si le lecteur ne connaît le médiéval qu’à travers Game of Thrones, sang et sexe, il ne sera pas déçu, puisque Arthur, déjà, y découpe une sorcière « par le milieu, si bien qu’elle ressemblait à deux bassins ». Sic.

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À ces préliminaires gallois succède le « best-seller de l’historiographie médiévale » qu’est l’Histoire des rois de Bretagne de Geoffroy de Monmouth. Et si l’Arthur du texte en moyen gallois résidait en Cornouailles et luttait contre les Géants, celui de Geoffroy vit dans le Pays de Galles et affronte des Saxons. Oui : le chef de guerre reste, mais son combat s’actualise. Les circonstances de rédaction coïncident avec une guerre de succession entre Matilde et Etienne de Blois pour les trônes d’Angleterre et de Normandie, respectivement fille et neveu du côté de sa sœur, d’Henri Ier, mort sans héritier mâle. Apparaît alors le méchant du monde arthurien : Mordret, l’usurpateur. Il est « le neveu maternel d’Arthur, semblable à l’usurpateur Etienne de Blois qui se parjure en désobéissant aux dernières volontés de son oncle »… L’historiographie arthurienne d’hier sert le présent des années 1135 — et des nôtres, puisque Martin Aurell et Michel Rastoureau montrent une sacralité actuelle en train de s’édifier.

Quant à Mordret (ou Mordred), il est, selon les textes, le neveu ou le fils d’Arthur, conçu avec sa demi-sœur, la magicienne Morgane. C’est lui qui blesse mortellement son géniteur lors de la bataille finale de Salesbières, après laquelle la Grande-Bretagne entre dans quatre siècles de « dark ages ». Mais en même temps, en tuant le mythe, Mordred fait entrer l’Angleterre dans l’Histoire.

À noter que dans Excalibur (1981), John Boorman avait fait jouer Mordred par son propre fils. Chacun résout l’Œdipe comme il peut.

Parce que le mythe ne se limite pas à la traduction littéraire de concepts politiques, Martin Aurell et Michel Pastoureau continuent avec deux des principaux romans de Chrétien de Troyes, Yvain ou le Chevalier au Lion et Perceval ou le Conte du Graal. L’aristocratie guerrière y conjugue aventure martiale et amoureuse, afin que chacun puisse dire, à l’image du paysan gardien de taureaux : « Je suis un homme ».

Vient un troisième texte dont le personnage central n’est plus Arthur : le Roman du roi Yder. « Arthur s’y montre sous un jour défavorable : jaloux, mesquin, sans grandeur ni autorité. C’est là un cas presque unique dans toute la littérature arthurienne de langue française. » Le héros se distingue en luttant à main nue contre un ours, échappé de la ménagerie royale et surgi inopinément dans la Chambre des dames. Michel Pastoureau a dû se délecter, lui à qui l’on doit l’Ours, histoire d’un roi déchu, en préfaçant ce texte.

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Pour les Celtes, l’ours est le totem royal : qu’un héros prenne à bras le corps l’ours symbole d’Arthur illustre la tâche de tout auteur s’attaquant à la matière de Bretagne. C’est le mythe en train de s’étoffer malgré les premières contraintes qui lui ont été associées, Chrétien de Troyes et Geoffroy de Monmouth en tête.

Puis la théologie chrétienne s’empare du monde arthurien avec la Quête du Graal. La figure emblématique est Galaad, seule incarnation sur terre de la chevalerie célestielle. Michel Pastoureau, à qui l’on doit aussi L’Art héraldique au Moyen Âge, rappelle que l’emblème de Galaad, une croix vermeille sur fond d’argent, est celui des Croisés. Mais en 1204, l’idéal des croisades a perdu de sa splendeur, les Croisés ont été achetés par Venise pour aller piller Constantinople…

Déjà se profile la fin du mythe, le dernier tour d’écrou qui fait de l’arthurien une histoire sans fin : c’est la Mort du roi Arthur et le départ du roi pour Avalon— où il séjourne depuis sa disparition avec Jésus, Elvis Presley et tous ceux qui sont appelés à revenir.

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Laïcité dans la justice : le voile et la robe

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Le ministre de la Justice Eric Dupond-Moretti, mars 2021 © ROMUALD MEIGNEUX/SIPA Numéro de reportage : 01007443_000056

Le 2 mars dernier, la Cour de cassation rendait un arrêt aux termes duquel elle estime légale la disposition du règlement du barreau de Lille qui interdit aux avocats de porter, avec leur robe, tout signe distinctif ou d’appartenance religieuse.


Il est donc reconnu, par la haute juridiction, la compétence du conseil de l’ordre d’un barreau pour règlementer le port et l’usage de la robe d’avocat, en l’absence de dispositions législatives spécifiques et à défaut de dispositions règlementaires édictées par le Conseil national des barreaux (l’instance nationale représentative des avocats).

Cette décision de la Cour de cassation a été rendue dans le cadre d’une affaire où une élève avocate avait refusé de faire comme tout le monde lors de la cérémonie de prestation de son premier serment. En méconnaissance du règlement établi par le barreau de Lille, l’élève portait un signe religieux ostensible. Elle n’a donc pas pu prêter son serment. Lorsque l’on revendique l’expression de sa différence, on ne peut exiger l’application du principe d’égalité. Au risque de trahir d’emblée tout suspense, le signe ostensible en question n’était ni une kippa ni une grande croix. Étonnant non ?!

Malheureusement, cette décision de la Cour de cassation n’est pas suffisante pour mettre un terme aux revendications identitaires et vestimentaires que chaque corps de la société française a le droit de subir en permanence, du collège de Creil aux piscines de Grenoble en passant par certaines joueuses de football.

En reconnaissant une compétence aux différents barreaux pour prendre leurs dispositions sur ce sujet, chaque barreau est désormais confronté à cette question : est-il opportun de réglementer la tenue de l’avocat au tribunal ?

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Juridiquement, cela n’aurait aucun sens à part expliciter ce qui existe déjà. Quel intérêt à réglementer l’évidence en adoptant une disposition qui serait dénuée de toute portée ? Lorsqu’il intervient comme auxiliaire de justice, l’avocat concourt au service public de la justice, sa robe garantit l’égalité entre tous les avocats et, à travers elle, l’égalité des justiciables, fondement du droit au procès équitable. Dans l’exercice de ses fonctions de défense, l’avocat efface ce qui lui est personnel au profit de la défense de son client. Le barreau n’est pas Macdo, on ne vient pas comme on est. Il existe des règles, un savoir-vivre et des principes déontologiques qui exigent une tenue appropriée.

Tous les avocats ne partagent pourtant pas cette idée selon laquelle nos règles prohiberaient le port de signes religieux avec la robe. Une tribune publiée chez Mediapart rappelle que les libertés fondamentales impliqueraient assurément le droit légitime pour toute avocate de porter un hijab lorsqu’elle plaide en juridiction. Oser penser le contraire reviendrait assurément à se complaire dans le racisme, l’islamophobie, la discrimination, les amalgames, les stigmatisations (compléter la liste avec le refrain habituel).

Tout cela, pour les auteurs de ce texte, au nom du respect de tous les principes imaginables (la tolérance, la bienveillance, les droits de l’homme, la gentillesse,…) mais certainement pas du respect de la langue française qui, comme à l’accoutumée pour ce genre de revendications, est massacrée sous sa forme inclusive.

À la lecture des arguments employés, l’invocation des grands principes à rebours de ce pour quoi ils ont été institués, inspire une forme de sidération. Tout le propos peine pourtant à masquer le caractère paradoxal de la démarche entreprise. Ces personnes qui n’ont comme seule et unique préoccupation de revendiquer leur accoutrement personnel n’ont, à aucun moment, conscience des concessions évidentes qui sont rendus nécessaires par l’intégration dans une communauté professionnelle.

Qu’il est navrant de voir des confrères se complaire dans la confusion naïve entre ce qui relève de la liberté et ce qui n’est rien d’autre que l’expression de l’égoïsme le plus crétin.

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Quel crédit donner à celles qui n’ont de cesse :

  • de réclamer l’égalité, mais qui font exprès de ne rien faire comme tout le monde ;
  • d’invoquer l’ouverture à l’autre, mais se complaisent dans le repli sur elles-mêmes ;
  • de revendiquer la tolérance, mais qui ne sont animées que par des exigences agressives ;
  • de se prétendre victimes alors qu’elles ne sont que provocatrices.

On serait presque ému à la lecture du témoignage de la pauvre élève avocate qui, à cause de la décision de la Cour de cassation, doit renoncer à son rêve d’être pénaliste (elle ne pourra pas plaider en audience), n’arrive pas à trouver de collaboration et se sent exclue.

Effectivement, lorsque l’on se place sciemment en marge des exigences déontologiques élémentaires, c’est le prix à payer. Le port de la robe symbolise le respect que l’avocat doit au juge, à ses confrères et à son client. Peut-il en aller autrement pour celle qui délibérément n’a pas le souci de l’autre et n’est guidée que par des considérations nombrilistes : moi, mon voile, ma liberté, mes choix, ma religion.

Vraiment, ce n’est pas de chance, parce que c’est toujours sur le voile que ça tombe ! À croire qu’il y aurait un acharnement savamment orchestré, un racisme systémique parfaitement en place dirigé contre ces jeunes femmes empêchées de pouvoir librement exprimer leur personnalité. Que la France est intolérante, rance, raciste et nauséabonde, elle qui interdit aux femmes de porter un voile alors même qu’en Afghanistan c’est autorisé !

Oui, ce n’est pas de chance, mais il suffit d’ouvrir les yeux pour se rendre compte que, hormis les revendications liées au voile, il n’en existe aucune autre. Aucun avocat n’a exigé de porter une tenue délibérément ostentatoire et provocante en audience. Moi qui suis un grand fan du Tour de France, il ne m’est jamais venu à l’idée de venir plaider en audience avec mon bob cochonou vissé sur la tête, pourtant c’est ma liberté fondamentale à moi de faire ce que je veux.

Aujourd’hui, l’enjeu est important pour la profession, il est urgent qu’elle adopte sur le fond une position ferme sur le rappel de nos principes: aucun signe manifestant une appartenance ou une opinion religieuse, philosophique, communautaire ou politique n’est toléré avec le port de la robe d’avocat.

Il est grand temps de sortir des débats biaisés et des revendications nombrilistes. Espérons que nos instances contribueront à endiguer ce phénomène de harcèlement communautariste qui ne fait que trop durer.

Houria Bouteldja est-elle une héritière de Charles Maurras ?

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Houria Bouteldja, Raz et DanyCaligula lors d'un live Twitch le 25 juillet 2022. Capture d'écran Twitch

Le 25 juillet, la militante décoloniale et antiraciste Houria Bouteldja a mené une conférence aux côtés des YouTubers d’extrême gauche, Raz et DanyCaligula. L’occasion pour elle d’exprimer un discours aux accents réactionnaires, sous l’approbation de ses partenaires mais à la consternation de nombreux internautes progressistes.


L’indigénisme est-il nécessairement de gauche ? Peut-être pas. La « tenaille identitaire » chère à Raphaël Enthoven et ses amis du Printemps Républicain trouve en tout cas son expression incontestable en cette décoloniale tenant un discours digne de certains membres de l’Action Française, à quelques détails près. La prise de parole d’Houria Bouteldja a fait un tollé dans la gauchosphère qui s’est insurgée devant la « nouvelle Maurice Barrès » comme la définit un internaute de gauche.

L’identité des « petits Blancs »

Au bout d’une heure de conférence de l’égérie indigéniste, le YouTuber DanyCaligula exprime l’idée que le problème des Français est qu’ils considèrent que l’immigration est une menace pour leur identité, que les bourgeois les ont amenés à considérer ce nouveau prolétariat comme des ennemis. On imagine, depuis sa tombe, Karl Marx hurler : « Armée de réserve du capitalisme ! », mais personne ne l’entend.

Et Houria Bouteldja embraye, mais de façon surprenante : « Il y a une grande perte d’identité historique. Les petits Blancs ont été dévastés avant nous ». Les « petits Blancs », ce sont les Français dits « de souche », à opposer aux « colonisés » qui sont ces migrants qui rejettent l’identité française, culture à laquelle ils sont censés s’assimiler : « Ce qu’on essaye de sauver à travers l’islam, à travers les traditions, c’est ce que les petits Blancs ont perdu […] Elle est où la tradition ? Elle est où la religion ? Elle est où la spiritualité ? ». Excellente question, Houria. En effet, la militante décoloniale nous fait penser à un discours d’Eric Zemmour : l’islam est une civilisation jeune et vigoureuse, la France en est une autre qui se meurt. L’identité liée à la religion ? C’est le discours que tiennent les royalistes depuis deux siècles.

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C’est notre maître à tous et c’est un as, vive Charles Maurras !

Contre toute attente, elle poursuit en développant une vision historique que ne renierait aucun de nos antimodernes.

« Ce qu’a fait l’État-nation en deux cents ans, c’est vraiment assécher l’individu, le groupe, aspirer toutes ses richesses ». Oui, Maurice Barrès disait la même chose il y a un peu plus d’un siècle. La République ayant détruit les coutumes locales, les langues régionales et les traditions, elle n’a laissé au Français qu’une culture nationale, prix à payer pour la force d’un peuple uni par une longue marche vers le centralisme. Les nostalgiques de la féodalité ne doivent pas en croire leurs yeux. Plus à gauche que la gauche, Houria Bouteldja défend les concepts de droite.

« Les classes populaires blanches ont échangé leurs traditions contre un certain niveau de vie, des droits, et la blanchité » ajoute-t-elle alors que les autres intervenants acquiescent. Mettons un instant de côté la blanchité, qu’elle définit comme cette « position sociale qui est le produit de l’histoire coloniale et de l’histoire de la traite négrière », indissociable du mouvement indigéniste. Ce qu’Houria Bouteldja promeut, c’est une pensée de droite. Les royalistes se sont longtemps évertués à expliquer que la République déconstruisait l’identité française par les Droits de l’Homme et l’industrialisation, rompant ainsi avec une société organisée de façon traditionnelle. Et la voilà qui se fait leur porte-voix. La blanchité est alors assimilable à l’universalisme républicain de gauche qui veut répandre la lumière dans le monde, au contraire donc des identités locales françaises ! « Il y a quelque chose de beau », dit-elle à propos de l’identité perdue des petits Blancs. Nous y sommes : Houria Bouteldja, figure de l’antiracisme et du décolonialisme, est de droite.

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Identitaire, oui. Patriote, jamais !

Mais alors, la très-réactionnaire Houria Bouteldja est-elle patriote ? Ne poussons pas trop loin. « Il arrive que dans les quartiers, on se révolte. On fout le feu partout, on s’autorise à brûler des établissements publics. C’est cool quoi ! On fait un peu ce qu’on veut. On est les maîtres chez nous ». Apologie de la violence, d’accord. Mais comprenez, c’est dans leur identité. Ils font comme à la maison. Les immigrés sont chez eux dans nos quartiers, ils y expriment leur identité, tentent de s’enraciner un peu : rien de plus normal. La révolte appartient de droit aux immigrés possédant une identité ; les Blancs en sont privés.

« On s’autorise des choses que les petits Blancs ne s’autorisent pas ». Oui, les Français pourront le confirmer : jamais nous ne nous permettrions tant de violence. Et pourtant, tout ce communautarisme trouve une lueur d’espoir par la suite : « Il y a une dignité, une culture [française] à reconstruire ».

On aurait tort de croire que l’antiracisme, le néo-féminisme et le wokisme sont des aspects repoussants de la modernité. Selon Bouteldja, c’est justement contre la modernité qu’ils se construisent : contre la démocratie, contre la liberté, contre l’abolition des cultures etc. A certains égards, sa position est aussi antimoderne que celui d’un réactionnaire français. D’ailleurs, beaucoup d’internautes de gauche l’ont tout de suite reconnu en commentant la conférence : « version islamique de Christine Boutin » ; « réactionnaire » ; « En fait Houria Bouteldja c’est Alain Soral, mais avec des cheveux et plus de virilité » ; « Houria Bouteldja et Eric Zemmour ne sont que les faces d’une même médaille identitaire », etc.

Pourtant, si la gauche identitaire et la droite patriote convergent dans leur refus de l’universalisme moderne, elles sont vouées à s’opposer…Alors qu’elles se rapprochent par l’existence et la promotion de l’identité, elles seront éloignées à jamais par la différence de leurs identités et l’opposition entre leurs intérêts.