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«Je veux renverser la table. Le redressement de la capitale est possible»

Grand entretien avec Sarah Knafo (2/2)


«Je veux renverser la table. Le redressement de la capitale est possible»
L'eurodéputée Sarah Knafo. Photo: Hannah Assouline

La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.


Relire la première partie.

Causeur. Peut-on mener une politique de la beauté à Paris ?

Sarah Knafo. Pourquoi pas, puisqu’il y a aujourd’hui une politique de la laideur ? Je veux rétablir le mobilier urbain iconique de Paris. Nous allons remplacer les bancs, les réverbères, les corbeilles de rue, les abribus et les kiosques à journaux avec des modèles fidèles à l’identité esthétique de Paris. Je vais mettre l’urbanisme au service du Beau. Ce qui a fait la beauté de Paris, c’est un cahier des charges précis pour toutes les nouvelles constructions, comme dans tant de villages magnifiques de Normandie ou du Pays basque, qui exige que les nouvelles constructions s’insèrent harmonieusement dans le paysage. Il faut rompre définitivement avec l’idéologie du « fonctionnalisme » architectural. Les émules de Le Corbusier, cet architecte qui voyait la merveilleuse Rome comme un « musée des horreurs », parce qu’il détestait la beauté, l’ornement, la décoration, les fontaines… Ces gens ont tellement abîmé Paris ! Je propose de renouer avec les principes du baron Haussmann, encore étudiés aujourd’hui par les urbanistes du monde entier, car il a su bâtir une ville lumineuse, intelligente, propre et harmonieuse.

Une « politique de la laideur » : mobilier urbain et dispositifs de voirie, en rupture avec l’héritage haussmannien et le souci du Beau. DR.

Vous voulez qu’on construise des pastiches haussmanniens ?

Non. Je veux qu’on retrouve ce qui a fait la force de l’urbanisme parisien pendant des siècles : innover sans renier. Regardez la place des Vosges en 1612, avec ses briques et ses arcades, puis le Paris d’Haussmann deux siècles et demi plus tard, avec sa pierre de taille et ses grands boulevards. Tout a changé, les matériaux, les échelles, les usages, et pourtant c’est la même ville, la même élégance, la même évidence. Demandez à n’importe quel touriste américain, il vous dira « that’s so french ». Jusqu’au xxe siècle, chaque génération a amélioré le style, en utilisant des matériaux plus durables, des techniques plus audacieuses, sans faire totalement table rase. Et puis on a rompu avec cette tradition. Mon ambition, c’est de renouer avec cette exigence du Beau qui a fait de Paris la plus belle ville du monde.

Ce qui nous amène à la question du logement. Aujourd’hui, Paris est peuplée de bourgeois, de fonctionnaires et de pauvres qui les servent. Comment faites-vous pour faire revenir les familles et les classes moyennes ?

Je mets fin à la politique socialiste qui a créé la pénurie, avec l’encadrement des loyers et la folle politique qui veut transformer Paris en HLM géant. Nous sommes aujourd’hui à 25 % de logements sociaux, le candidat de gauche veut arriver à 40 %.

Ce faisant, Anne Hidalgo n’a-t-elle pas défendu les locataires et les classes populaires ?

L’encadrement des loyers est la pire des fausses bonnes idées, et on le sait depuis longtemps. Les mesures d’encadrement des loyers prises à travers la planète s’arrêtent en moyenne au bout de cinq ou six ans, tant ses résultats sont catastrophiques. En France, on a voulu en sortir dès 1948 (avec la loi libérant les loyers des logements neufs ou rénovés). On avait déjà compris que cette mesure communiste produisait de la pénurie et donc l’impossibilité de se loger. Même François Mitterrand n’est pas revenu dessus ! Il a donc fallu attendre Emmanuel Macron et Édouard Philippe pour que la loi permette aux collectivités qui le souhaitaient d’encadrer les loyers. Seules des villes de gauche l’ont utilisée. Ce qui n’a évidemment pas empêché les loyers de continuer de monter. La Mairie de Paris parle d’une « modération de la hausse des loyers ». En français normal, ça veut dire : « Les loyers augmentent ! »

Comment expliquer ce paradoxe ?

Par le fait que chaque fois que vous tentez de brider l’économie, l’économie se venge. Les propriétaires décident de louer leurs biens sur Airbnb pour retrouver de la rentabilité, par exemple…

Anne Hidalgo lors d’une cérémonie marquant le quatrième anniversaire de la police municipale parisienne, Paris, 28 novembre 2025. (C) Franck Derouda/SIPA

Oui, mais la Mairie leur a imposé une limitation du nombre de nuits autorisées en Airbnb – 90 par an au maximum.

Raison pour laquelle certains propriétaires ont tout simplement renoncé à louer leur bien, se retrouvant alors à payer une taxe sur les logements vacants ! Les plus malins toutefois ont trouvé une autre martingale : louer leur bien avec le statut de résidence secondaire, qui échappe à l’encadrement des loyers. Qu’a fait la mairie ? Elle a créé une brigade de contrôle des locations ! Trente inspecteurs qui vont voir les locataires pour les pousser à attaquer leur propriétaire en justice afin de faire requalifier leur bail en résidence principale ! Il faut que cette absurdité cesse. Notez qu’à l’échelle nationale, nous sommes seulement deux candidats de ces municipales à proposer de déplafonner les loyers : Jean-Michel Aulas à Lyon, et moi à Paris. Les autres n’y ont pas pensé un seul instant.

Vous avez un autre point commun avec Aulas. Lui non plus ne connaît pas le tarif du ticket de métro…

Mais non, c’était le Passe Navigo ! Le ticket de métro, je le connais puisque comme je n’ai plus de Passe, je prends des tickets justement ! Bon, j’aurais préféré ne pas me tromper, mais voilà le scoop : je ne suis pas ChatGPT. Les journalistes et mes adversaires ont été ravis. J’espère qu’ils ont bien profité, car je n’ai pas l’intention de passer la campagne à leur faire plaisir. (Rires.)

C’est certes démagogique, mais cela nourrit le procès en déconnexion.

Bof. Je mène une vie normale, comme des millions de gens, j’ai une vie professionnelle et une vie de famille. Je fais mes courses, je cuisine, je marche. Tout ce monde politique là est très nouveau pour moi. Je n’ai ni chauffeur ni protection policière.

Vous en faudrait-il une ?

Je ne me pose jamais cette question. Je n’aime pas me victimiser.

Vous dites que la droite ne peut plus se permettre de se chamailler. Et cela vaut pour Paris, mais aussi pour la France. Si Marion Maréchal vous tendait la main pour faire l’union des droites, que répondriez-vous ?

Et pourquoi pas ! Nous ne sommes pas des milliers à porter ce discours, alors un jour… Si on m’avait dit que Causeur essaierait de nous réconcilier !

Sophia Chikirou, votre concurrente Insoumise a déclaré sur Radio Nova que vous lui faisiez penser à Dexter, ce fameux tueur en série. Ça vous a énervée ?

En gros, elle dit que je suis super sur la forme, souriante et sympa, mais que cela doit cacher quelque chose. C’est un raisonnement de parano. Je ne vais tout de même pas me déguiser en loup-garou pour ressembler à l’image que LFI se fait de moi ! Je n’ai pas de programme bis ni d’agenda caché. Il n’y a pas de Sarah Knafo derrière Sarah Knafo. Par ailleurs, elle semble ignorer que Dexter est un justicier qui tue des criminels. Je ne sais pas quels criminels elle me voit tuer, mais je vais me contenter de tuer ses idées dans les urnes !

Il est difficile de ne pas évoquer la mort de Quentin Deranque, à Lyon, qui n’est évidemment pas sans lien avec la violence des Insoumis. Ce drame semble avoir dessillé une bonne partie de nos concitoyens. Assiste-t-on à un tournant majeur ?

J’aimerais être aussi optimiste sur ce point. Mais après le 7-Octobre, certains nous annonçaient déjà la déconfiture de l’extrême gauche. Ils disaient qu’en soutenant le Hamas, les Insoumis avaient franchi une ligne rouge… Manifestement, en France, il y a un public pour ce genre de positions. On nous disait même que les socio-démocrates seraient obligés de prendre leurs distances. Pourtant, l’année suivante, le PS confirmait son alliance avec LFI aux législatives. Il faut ne jamais oublier que la gauche ne recule jamais.

Revenons à la campagne parisienne. Rachida Dati se serait moqué du candidat socialiste Emmanuel Grégoire et de son équipe, qu’elle aurait accusés de « conspiration gay ». La communauté gay est importante à Paris. Beaucoup d’homosexuels viennent s’installer dans la capitale parce qu’ils veulent jouir du droit à l’indifférence. C’est aussi ça, une ville heureuse ?

Je suis comme vous très attachée à la liberté des individus. Leur sexualité relève de leur liberté.

Méfiez-vous, vous pourriez devenir une icône gay. Passons. On dirait que vous essayez de lisser votre discours et votre image.

Vous vous trompez. Je ne lisse pas mon discours. Je ne cherche pas la « normalisation ». Sur le plan économique, scolaire, régalien, culturel, notre système est à bout de souffle. Moi, je veux renverser la table.

Vous prônez l’Union des droites mais, certains pensent qu’à Paris, la multiplicité des candidatures pourrait au contraire faire perdre la droite. Comment répondez-vous ? Que ferez-vous si vous arrivez en tête ? En deuxième position ?

Au premier ou au second tour, je ferai exactement la même chose : je ferai gagner la droite, rien que la droite, et toute la droite. Comment ? Je suis la seule qui, avant même le premier tour, prône l’union des droites. Je vais tout faire pour la faire triompher. Avec moi, il n’y aura aucune mauvaise surprise. Je tendrai la main aux autres. Ceux qui la refuseraient feraient perdre la droite. Mais ils refusent de répondre clairement. Alors que nous avons une chance historique de gagner Paris, ils jouent avec le feu. Il faut une candidature sans risques, sans zones d’ombre, sans mauvaises surprises. C’est la mienne. La seule vraie candidature de droite, c’est celle qui veut l’union des droites, qui la propose dès maintenant à ses concurrents, et qui s’engage à la respecter quoi qu’il arrive. En clair, le seul vote utile c’est moi !

Le train des municipales en cache-t-il un autre ?

Vous voulez dire : y aura-t-il un impact national ? J’espère bien ! La droite peut gagner Paris, le redressement de la capitale est possible. Si nous y arrivons, cela sera un exemple pour le pays tout entier.

Et si vous n’y arrivez pas, avez-vous pensé à la suite ?

Je ferai la même chose. Et je ferai la même chose partout. À Paris, en France. C’est la même personne, la même méthode, la même mission, la même droite. Je dois cette clarté et cette permanence aux électeurs. Je veux qu’ils sachent qui je suis, quel est mon projet, quelles sont mes idées. Je suis créative et j’évolue, mais je ne change pas de direction selon la météo politique du jour.

Si vous faites un bon score, beaucoup de commentateurs penseront à Jacques Chirac, élu maire de Paris en 1977 grâce aux conseils de votre amie Marie-France Garaud, avant de se présenter aux présidentielles dès 1981. Que vous le vouliez ou pas, beaucoup diront que vous êtes la meilleure candidate pour Reconquête ! en 2027.

Mon ambition pour 2027, c’est d’être maire de Paris depuis un an et que le peuple parisien se dise qu’il a bien fait de m’élire. Même vous, les ronchons, vous pourrez vivre dans une ville heureuse !

Mars 2026 - #143

Article extrait du Magazine Causeur




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Elisabeth Lévy est directrice de la rédaction de Causeur. Jean-Baptiste Roques est directeur adjoint de la rédaction.

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