Elisabeth Levy évoque les Français bloqués au Moyen-Orient. L’Etat, c’est pas ta mère ! lance-t-elle lors de sa chronique matinale. Nous vous proposons de l’écouter.
Avec la guerre, des milliers de Français sont bloqués au Moyen-Orient. On ne risque pas de l’oublier car en plus de toutes les vidéos bouleversantes de notre influenceuses à Dubaï, quand elles ne savent plus quoi dire sur cette guerre qui continue et ce régime iranien qui tient bon, nos chaines info diffusent d’émouvants reportages sur ces sinistrés d’un nouveau type : les touristes coincés dans une zone de conflit, indignés d’être abandonnés. Quand ils arrivent enfin à Paris, les micros se tendent pour recueillir le récit de leur calvaire. Scoop : tous ont des familles, des boulots et des vies à reprendre. Que fait le gouvernement ?
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300 à 400 000 Français sont établis dans la région. Pour l’essentiel, eux se débrouillent. Ce sont surtout les vacanciers affolés qui ont contacté le ministère des Affaires étrangères. 36000 sont inscrits sur le fil d’Ariane, la plateforme du Quai d’Orsay et il y a eu 7000 appels à la cellule de crise. Quelques rares vols de rapatriements, notamment sanitaires, ont pu être effectués. Sinon, les agents de l’Etat écoutent, enregistrent et conseillent des itinéraires pour rallier un aéroport ouvert. Ils n’ont pas de portables, ces touristes, pour devoir demander à Paris comment aller de Tel-Aviv au Caire ?
Elisabeth Lévy est sans cœur. On aimerait bien la voir, attendant sans savoir, avec des enfants en bas âge…
Oui, peut-être que j’appellerais moi aussi pour qu’on vienne me chercher mais trop de cœur, ça empêche de penser. Il est désagréable, voire effrayant d’attendre dans un hôtel ou un aéroport de pouvoir rentrer chez soi. Mais je pense aux Gazaouis, aux Libanais, aux Israéliens des kibboutz et des frontières. La guerre n’a pas gâché leurs vacances, elle a détruit leurs vies.
Nous assistons à une collision anthropologique. D’un côté le tourisme ne voit dans la planète sans-frontiérisée que des sites à visiter, des peuplades exotiques à découvrir et des méga-centres commerciaux à arpenter. De l’autre, la réalité ancestrale de la guerre – eux ou nous. Les vacanciers découvrent que l’Histoire n’est pas un manège d’où on descend à la fin du tour.
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Ils se tournent, bien sûr, vers maman-gouvernement, comme on faisait à 16 ans quand on était en rade à l’autre bout du monde. La grandeur de l’âge adulte c’est qu’on est responsable de soi. Le contrat social dit que l’Etat doit nous protéger. Pas vivre à notre place. L’Etat n’est pas ta mère. Ni un tour-operator. Le gouvernement français ne peut pas arrêter la guerre pour évacuer ses ressortissants. Si nos ancêtres avaient été aussi démunis, dépendants face aux aléas, je ne suis franchement pas sûre que l’espèce aurait survécu. Comme l’écrit l’immense Philippe Muray, l’Occident meurt en bermuda.
Essais : L'Empire du Bien, Apres l'Histoire I-II, Exorcismes spirituels I-IV
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Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio
Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale
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