Furieux de voir Amazon invité d’honneur au Festival du Livre de Paris, les libraires préfèrent quitter la fête. Elisabeth Lévy revient sur la polémique dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.
Tout fout le camp !
Amazon sème la zizanie au Salon du Livre. La littérature n’adoucit pas les mœurs. Comme le résume Jonathan Siksou, il n’y avait pas de vaches au Salon de l’Agriculture, et il n’y aura pas de libraires au Salon du livre.
Le syndicat de la librairie française, qui regroupe 850 librairies, a décidé de boycotter le salon du livre de Paris, qui se tiendra les 17, 18, 19 avril au grand Palais. Raison de cette colère : Amazon est le partenaire officiel du Salon.
« Amazon n’est pas un ami du livre, il constitue, par sa puissance et ses visées prédatrices et hégémoniques, un risque majeur pour les auteurs et autrices, les éditeurs, éditrices et les libraires », affirme le syndicat.
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Il y a une vieille bisbille entre les libraires et le géant du e-commerce, les premiers accusant le second de contourner la loi sur le prix unique du livre avec des pratiques limite sur les frais de port. « Il paraît irresponsable, au nom d’intérêts financiers de court terme, d’offrir à Amazon une telle visibilité et honorabilité », ajoute l’organisme. En somme, Amazon est accusé de concurrence déloyale. Pour les adversaires de la plateforme, c’est un peu comme si on faisait parrainer le salon de la diététique par McDo.
Est-ce qu’ils ont raison ? Eh bien non ! Nous sommes en effet face à une petite contradiction: les Français pleurnichent volontiers sur la disparition des petits commerces et la dévitalisation de leurs centres-villes, mais ils se ruent sur les achats en ligne, qu’il s’agisse de livres ou de vêtements. Or le salon n’est pas là pour célébrer les libraires, mais le livre. Il n’a donc pas vocation à dire où les gens doivent les acheter…
Les petites libraires pensent souvent un peu la même chose
Primo, grâce à Amazon, l’accès aux livres n’est pas réservé aux habitants des centres-villes.
Deuxio, la profession est de plus en plus politisée et bien-pensante. Les libraires aujourd’hui se croient chargés de nous rééduquer. Demandez un livre de Renaud Camus ou de Fayard et vous avez une bonne chance de vous entendre répondre d’un ton sentencieux « Madame, nous ne vendons pas cet auteur ».
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Sur Amazon, on trouve tout, y compris des ouvrages dont Le Monde ou Télérama ont décidé qu’ils ne devaient pas être accessibles. Alors oui, désolée, je défendrai plus volontiers les marchands de fringues que les libraires. Et c’est désolant mais c’est ainsi : quand les libraires jouent les censeurs, c’est une plateforme américaine qui défend la liberté d’expression.
Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Sud Radio dans la matinale
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