La campagne glamour et colorée de Sarah Knafo est aussi celle d’une candidate qui maîtrise tous ses sujets. À l’écoute des familles et des commerçants, défendant la sécurité autant que la beauté, elle propose un plan « Haussmann 2.0 » pour tourner la page des années Hidalgo. Et se targue d’être la seule qui fera l’union des droites plutôt que l’alliance avec les macronistes.
Causeur. Il y a vingt ans, Éric Zemmour expliquait dans Le Premier Sexe que les femmes pouvaient faire de la politique à condition d’incarner des valeurs masculines. À en juger par votre campagne très girly, il s’est trompé !
Sarah Knafo. Ça commence fort ! Vous me posez les mêmes questions que France Inter ! (Rires.) Dès que les femmes entrent en politique, elles passent au look tailleur-cheveux au carré. Pas moi. Ça ne m’empêche pas d’être capable d’autorité, dont on dit communément que c’est une valeur masculine. La féminité n’est pas incompatible avec la poigne. Une femme peut tout à fait faire preuve d’autorité et un homme totalement en manquer. La compétence n’a rien à voir avec le sexe. Anne Hidalgo a détruit Paris. Margaret Thatcher a redressé le Royaume-Uni.
Vous n’en faites pas moins une campagne très glamour !
Merci ! Vous devriez dire aussi que ma campagne est innovante, moderne, convaincante ! Avec le programme le plus sérieux de tous…
C’est une façon de dire que vous êtes une jolie femme à la conquête de la plus belle ville du monde…
Bon, dit comme ça… ! (Rires.) Après tout, Paris est la ville de la galanterie, la ville des Parisiennes…
Pour l’ancienne banlieusarde que vous êtes, que représente la Parisienne ?
Avant tout une femme libre. Quand j’habitais en Seine-Saint-Denis, je voyais les Parisiennes comme des femmes élégantes, un peu cassantes, un peu capricieuses, avec un petit grain de folie. Des femmes qui s’habillent comme elles veulent et sortent entre copines à trois heures du matin. Je veux que cette aventure se poursuive, que les Parisiennes se sentent libres le soir, libres la nuit, qu’elles s’habillent, se maquillent et en soient fières. C’est pourquoi je leur ai consacré mon premier discours de campagne, dans lequel j’ai annoncé que j’allais me battre pour que Paris soit leur ville, une ville dans laquelle on n’a pas peur.
Parlons du ton de votre campagne et notamment de ces vidéos mignonnettes et écharpes jaunes qui font fureur, semble-t-il. Permettez-nous d’être un peu moins enthousiastes pour ce message disneylandisé. Pourquoi s’adresser à nous comme à des enfants ?
Ce que vous êtes ronchons ! Certes, j’utilise l’essentiel de mon temps de parole à proposer des choses très sérieuses, des économies, des mesures, des baisses d’impôts. Mais franchement, tous ces militants joyeux et souriants qui font campagne avec moi, avec une écharpe jaune autour du cou et des tracts colorés dans les mains, vous ne trouvez pas que ça fait du bien dans cette ville que les socialistes ont rendue si triste ? Eh bien tant pis pour les mauvais coucheurs, moi, je trouve ça formidable ! Ça redonne de l’espoir à quantité de gens qui pensent que la politique est sinistre et les élus, tous des menteurs, ternes et déprimants. Résultat, on a vu plein de nouvelles idées émerger sur le terrain, comme sur internet, avec par exemple ces dessins animés qui sont même arrivés jusqu’à vous. Ces petits films ont été conçus par de jeunes soutiens. Je ne vous cache pas que la première fois que j’en ai vu un, je me suis demandé : « Mais c’est quoi ce truc ? » Et puis, je me suis dit que cette joie un peu enfantine faisait du bien aux gens et que, si ma campagne donnait envie de créer, d’innover, il fallait le valoriser et le partager. Et je remercie tous ceux qui contribuent à faire de cette campagne une première en politique : une campagne heureuse.
Une campagne heureuse, une ville heureuse, vous parlez beaucoup de bonheur. Mais que les politiques laissent notre bonheur tranquille. Faites de Paris une ville où on peut vivre et même être mal sans être en butte à mille tracas, ce sera déjà bien !
Sauf que mon slogan, c’est « Une ville heureuse », pas « Je ferai votre bonheur malgré vous ». Croyez-moi, je ne veux pas entrer dans les chambres à coucher ni obliger les gens à être heureux comme dans Le Meilleur des mondes. J’aime la liberté et la vie privée est sacrée pour moi. Reste que, même si tout va bien dans votre vie, quand vous sortez et que les rues sont sales, les déplacements, un parcours du combattant et le mobilier urbain atroce, ça vous mine. La vue de ces poubelles horribles en métal grisouille, avec des sacs en plastique pendouillant, me déprime. Et je suis loin d’être la seule ! La beauté, c’est bon pour le moral ! Songez encore à ces kiosques à journaux qui, dans le monde entier, sont reconnus comme des symboles de Paris et qu’Anne Hidalgo a entrepris de remplacer par des édifices modernes et gris. Marcel Proust disait que se trouver dans un bel endroit calmait ses angoisses. Derrière ces multitudes de tensions et désagréments qui plombent le quotidien des Parisiens, il y a des décisions publiques. Ce sont ces décisions, pas la fatalité, qui nous font perdre des heures dans les embouteillages ou les tracas administratifs, qui font que nous traversons certains quartiers avec la boule au ventre. Alors, oui, je veux offrir les conditions du bonheur aux Parisiens. Et vous permettre, puisque vous y tenez, d’être malheureux dans un environnement de paix et de beauté.
Pourquoi cette soudaine envie parisienne ? Pour doper votre cote de popularité ?
Je n’avais pas besoin d’une campagne municipale pour passer à la télévision. Je crois l’avoir prouvé l’an dernier ! Mais il se trouve que je suis parisienne et que je n’aime pas ce que ma ville devient. J’ai réfléchi plusieurs mois avant de prendre ma décision, j’ai consulté, soupesé le pour et le contre. Je me suis demandé si un autre candidat pouvait relever ce défi, j’ai regardé les programmes. Aucun n’était satisfaisant. J’ai donc estimé que ma candidature pouvait apporter quelque chose et je me suis lancée. Pour que ma ville arrête de se dévitaliser, de se vider de ses familles, de ses commerces et de ses restaurants de quartier. Pour que Paris, qui a hérité des plus beaux monuments et des plus belles perspectives du monde, arrête de s’enlaidir chaque jour. On peut inverser cette tendance. C’est pourquoi ma campagne est axée sur des solutions très concrètes.
Nous avons regardé ces solutions, qui sont détaillées dans un programme de 130 pages. Comment les résumeriez-vous en deux phrases ?
J’ai regardé le dernier numéro de Causeur. Comment le résumeriez-vous en deux phrases ? En deux phrases : Allez vite sur mon site unevilleheureuse.fr. Allez-y ! Et encore deux autres : je vais dépenser moins pour taxer moins, pour que les Parisiens gagnent plus. Je vais renouer avec le Paris éternel, celui que l’on aime tous, et le projeter dans l’avenir : une sorte de plan Haussmann 2.0. Il faut être ambitieux pour Paris.
Vous promettez de rendre les rues plus sûres. Mais une ville, surtout une capitale, ne doit pas être un havre de paix. Or, même dans les quartiers autrefois animés, passé 23 heures, c’est le désert. Pas de cafés, pas de musique, pas de grappes de fêtards. Paris est-elle devenue une ville de vieux et de couche-tôt ?
En vingt-cinq ans de règne socialiste, Paris a perdu 200 000 habitants. Eh oui, on y fait moins la fête. Une soirée à Paris, avec le prix dément du stationnement auquel il faut ajouter la nounou, c’est hors de prix. À grands traits : il reste à Paris des étudiants, des touristes et des retraités qui ont eu la chance de pouvoir acheter un appartement quand c’était encore possible. Mais les jeunes actifs sont de plus en plus nombreux à quitter la ville, dès qu’ils veulent fonder une famille. Et regardez les villes voisines : Levallois, Saint-Mandé, Vincennes, là-bas, vous voyez des poussettes partout dans les parcs. Je me souviens d’un temps où Yves Montand chantait Un gamin de Paris. Aujourd’hui les écoles ferment et les gamins sont partis. Une ville heureuse est une ville où on a envie de faire des enfants. De donner la vie, oui, parce que la ville est sûre, parce que la ville est accueillante, parce que la ville est rassurante et gaie.
Programme décidément très maternel !
Il faut une Mère pour Paris ! (Rires)
Comment comptez-vous faciliter la vie des commerçants et des artisans ?
Avez-vous remarqué qu’il est de plus en plus difficile de trouver un plombier, un menuisier ou un électricien dans Paris ? Ils acceptent de moins en moins de chantiers dans Paris. Tout simplement parce que l’heure de stationnement est plus chère que le SMIC horaire de leur branche. Ça leur coûte de l’argent de venir ! Je propose la première heure de stationnement gratuite pour tous. Gratuité pour les deux-roues. Gratuité également entre midi et 14 heures pour aider les restaurateurs en augmentant votre pouvoir d’achat. Ce n’est plus possible de budgéter 36 euros de stationnement avant d’avoir commandé le moindre plat ! Ensuite cinq euros de l’heure quel que soit le véhicule et l’arrondissement, et extension du tarif résident à tout l’arrondissement.
Sans doute, mais les modes de vie ont changé. La restauration, le commerce, les cinémas sont bien plus menacés par Uber Eats, Amazon et Netflix que par le prix du stationnement.
Vous posez là une question essentielle, civilisationnelle, même, qui me tient d’autant plus à cœur que je suis moi-même fille de commerçants. Je crois qu’il y aura éternellement des lieux marchands dans les villes modernes. J’en veux pour preuve qu’en Chine, dans une mégalopole comme Shenzhen, l’une des plus high-tech au monde, où l’on peut se faire livrer des colis par drone en dix minutes, se trouvent pourtant les plus grands centres commerciaux du monde. Pourquoi sont-ils bondés alors qu’il est possible de consommer tout ce qu’on veut en restant chez soi ? Parce que, sans remonter à Aristote, nous sommes des animaux sociaux, nous avons besoin de contacts humains. Je vais peut-être passer pour l’optimiste de service, mais je suis certaine que le commerce et la restauration traditionnels ne mourront jamais : ils sont éternels. Si Paris se vide de ses commerces, ce n’est pas à cause d’un phénomène exogène. C’est parce que les socialistes ont pris de mauvaises décisions en matière de circulation, de stationnement, de taxes, de lutte contre l’insécurité. Des choses sur lesquelles on peut et doit agir.




