
C’est peu dire que l’objectif aimante le visage éphébique et la gracile anatomie de Samuel Kircher, beau gosse à l’opulente et blonde chevelure : d’un bout à l’autre de ce premier long métrage, signé du réalisateur belge Valéry Carmoy, présenté l’an passé à Cannes dans la sélection de la Quinzaine des cinéastes, le jeune acteur photogénique se voit, pour ainsi dire, amoureusement dévoré par la caméra. Décidément éprise de gros plans sur les mines du mignon.
Douleur persistante
Sous les traits du comédien susnommé, aujourd’hui âgé de 21 ans (découvert il y a trois ans dans L’été dernier, ultime perle noire de l’irremplaçable Catherine Breillat) et frère cadet de Paul Kircher (tous deux confrères dans le métier), Camille, adolescent taciturne, accessoirement complexé, hé oui, de puer des pieds, a intégré une classe Sport Etude de haut niveau, en compétition pour des championnats de boxe inter-écoles, puis européens. Son hobby ? Flanqué de son meilleur pote Matteo (Faycal Anaflous), qui pratique également la boxe anglaise au sein de cet internat majoritairement peuplé de garçons, suspendre à des cordages, au cœur de la forêt avoisinante, des appâts carnassiers pour le plaisir candide de surprendre les renards sauvages s’emparer du bout de bidoche – d’où le titre du film : La danse des renards.
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Or il advient qu’au cours d’une de ces équipées Camille chute accidentellement d’une falaise. Sauvé par Matteo, lequel a courageusement rejoint les secours en portant l’ami blessé sur son dos jusqu’à la ville, le garçon peine à reprendre ses entraînements et à obéir au volontarisme viril du coach : une douleur térébrante l’assaille à l’endroit de la longue cicatrice qui lui strie l’avant-bras. Ses congénères soupçonnent Camille de fabuler, d’autant que les toubibs ne diagnostiquent aucune séquelle. La solidarité des jeunes mâles, tout comme l’amitié fusionnelle avec l’incontrôlable Matteo sont mises à l’épreuve… Baume à cette juvénile et belliqueuse masculinité, la tendresse secourable de la génitrice, mais surtout la prude délicatesse de Yasmine, adolescente un peu hommasse, championne de taekwondo et trompettiste à ses heures, sur l’épaule de qui Camille, ostracisé par le groupe, se consolera…
Consternante jeunesse
On comprend la portée symbolique que Valéry Carnoy semble prêter au canidé à grosse queue dont les meutes envahissantes seront promises à se voir décimées, au cours d’une chasse organisée par la municipalité, dans le dernier tiers du film. Sur le ring, un ultime combat décidera du destin futur de Camille, mais aussi du sort de sa vieille amitié fusionnelle avec Matteo.
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Le réalisateur confesse que ce premier « long » serait une manière d’extrapolation d’un court métrage antérieur de 18mn, Titan, qu’à l’instar de votre serviteur vous pourrez d’ailleurs visionner en accès libre sur Vimeo : une petite bande d’ados passablement débiles s’infligent sadiquement des épreuves de virilité à coups de scarifications, de déshabillage forcé et de tirs de revolvers à plombs, le mouflet Titan, victime de ce bizutage en bande, s’apaisant in fine dans les bras de sa maman…
Il est à craindre que la fascination manifeste – légitime au demeurant, pourquoi pas ? – de Carnoy pour la chair vulnérable des petites brutes testostéronées ne suffise pas à véhiculer un suspense très accrocheur, sur une heure et demie que dure le film. Reste que, à travers un naturalisme anthropologique assumé, La danse des renards portraiture hélas avec exactitude cette consternante jeunesse bigarrée de 2026, dont le lexique à l’oral, entre deux gnons, se résume tout au plus à une dizaine d’interjections : mytho, sa mère, bâtard, t’es ouf, frère, j’men bats les couilles, je kiffe, etc.
1h30. En salles le 18 mars 2026
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