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Au nom de l’antifascisme…

Comment les journaux de gauche blanchissent la Jeune Garde


Au nom de l’antifascisme…
On ne va pas les marier ! Le député lfiste Raphaël Arnault et la militante féministe de droite Alice Cordier. Photos DR.

« Il existe aujourd’hui une forme d’antifascisme archéologique qui est en somme un bon prétexte pour se voir décerner un brevet d’antifasciste réel. […] Une bonne partie de l’antifascisme d’aujourd’hui, ou, du moins, ce qu’on appelle antifascisme, est soit naïve et stupide, soit prétextuelle et de mauvaise foi ; en effet, elle combat, ou fait semblant de combattre, un phénomène mort et enterré, archéologique, qui ne peut plus faire peur à personne. C’est, en somme, un antifascisme de tout confort et de tout repos. »
Pier Paolo Pasolini, Écrits corsaires.


Depuis le meurtre abominable de Quentin, les médias de gauche, de Libération au Monde, de France Info à France Inter et la télévision publique, distillent jour après jour, avec plus ou moins de subtilité, les mêmes discours sur ce que ce drame aurait permis de mettre en évidence – à savoir, selon eux, la présence sur notre sol de très nombreux et dangereux groupuscules fascistes. Ce sont eux qui, tout compte fait, seraient responsables des violences qui ont conduit au lynchage d’un jeune homme de 23 ans « présumé néo-nazi et antisémite », pour reprendre avec des pincettes antiseptiques les propos inqualifiables de Ségolène Royal. Le quotidien L’Humanité s’est particulièrement distingué, multipliant jour après jour les couvertures et les articles les plus tendancieux voire les plus mensongers. Rappelons au passage que ce journal est subventionné avec l’argent de nos impôts à hauteur de 6 à 7 millions d’euros par an.

Inversion accusatoire

Les titres de couvertures et des articles du quotidien communiste du 14 février, jour du décès de Quentin, au 20 février, annoncent la couleur. Elle est exclusivement brune : « Un militant identitaire de 23 ans est décédé à la suite d’affrontements. Une tragédie que récupère honteusement la galaxie réactionnaire. » « Des groupuscules néofascistes appellent à la vengeance. » « Le risque de représailles brunes ». « À Lyon, la contagion fasciste. Plusieurs interpellations ont eu lieu dans l’enquête sur la mort du militant identitaire Quentin Deranque. Ce drame met en lumière l’implantation des groupuscules d’extrême droite dans la capitale des Gaules. » « La stratégie de terreur des identitaires. Laboratoire des idées xénophobes, la capitale des Gaules est régulièrement le théâtre d’attaques contre des militants de gauche et progressistes. » Pas un mot sur les exactions de la Jeune Garde qui, depuis sa création en 2018, insulte, harcèle, agresse, tabasse en meute militants du RN, étudiants de l’UNI et toute personne qu’elle soupçonne d’être un « fasciste ». Pas un mot non plus sur le co-fondateur de ce groupuscule hyper-violent, Raphaël Arnault, qui, déjà condamné pour violences en réunion, a menacé de mettre une « balle dans la tête » d’Alice Cordier, la directrice du collectif Némésis. Pas un mot sur les collaborateurs parlementaires du député LFI impliqués dans les actions violentes qui ont abouti au meurtre de Quentin.

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Le 23 février, L’Humanité se déchaîne. Une couverture et sept pages dénoncent les « sordides calculs » d’une extrême droite qui exploiterait la mort de Quentin. Un journaliste écrit : « Saluts nazis, vociférations homophobes et racistes : le défilé de Lyon, samedi, n’avait rien d’une marche blanche en hommage au militant ultranationaliste Quentin Deranque, battu à mort le 12 février. » À croire que les 3500 participants ayant marché pacifiquement pour honorer la mémoire de Quentin et réclamer justice étaient tous des suppôts d’Hitler. Les journalistes de L’Humanité, comme d’ailleurs ceux du Monde, Libération, La Croix ou France Info, n’ont vu que la dizaine de débiles faisant des saluts nazis ou tenant des propos racistes. Du message des parents de Quentin remerciant « les participants venus dans une démarche sincère et digne », ces médias n’ont retenu que la partie regrettant les « débordements racistes ». Les mêmes médias ont par ailleurs omis de souligner la présence des crétins qui ont proféré les pires insanités sur Quentin et sur les manifestants au passage du cortège à Lyon. Adepte fanatique de la reductio ad hitlerum, Nathalie Tehio, la présidente de la Ligue des droits de l’homme, signe un papier affirmant que « la glorification du régime nazi est toujours présente ». La violence de l’extrême gauche est « conjoncturelle » et répond à une menace tandis que la violence de l’extrême droite est « structurelle » et est intrinsèque à l’idéologie néo-nazie qui gangrènerait le RN, écrit-elle en substance. Rappelons que cette avocate s’est résolument opposée à la dissolution de… la Jeune Garde.

Combat: chic, un nouveau média qui s’oppose à l’extrême droite !

Enfin, le quotidien communiste annonce qu’il s’est associé à Radio Nova, Les Inrocks, StreetPress et Blast pour éditer Combat ! Front commun contre l’extrême droite, un « manuel indispensable pour mener la bataille idéologique. À l’heure où, quatre-vingt-deux ans après l’assassinat par l’armée nazie des 23 de l’Affiche rouge, des néo-nazis ont pu défiler dans les rues de Lyon librement, samedi », écrit sans vergogne Fabien Gay, directeur de L’Humanité

Petits rappels. Radio Nova et Les Inrocks appartiennent au banquier gauchiste Matthieu Pigasse qui a affirmé vouloir mettre les médias qu’il contrôle – Le Monde, Télérama, Le Nouvel Obs, etc. – au service de son combat contre « la droite radicale ». Comme le révélait Boulevard Voltaire en juin 20241, le média d’extrême gauche StreetPress profite depuis des années de la générosité de L’Open Society Foundation de George Soros et est affilié à Sphera Network, un réseau européen d’ONG et de médias « indépendants » financé en partie par la Commission européenne. StreetPress est connu pour ses accointances avec la Jeune Garde. La journaliste Daphné Deschamps et le rédacteur en chef adjoint Christophe-Cécil Garnier s’affichent en effet aux côtés de Raphaël Arnault lors de conférences ou de réunions où apparaissent également des députés LFI. En octobre 2023, Mathieu Molard, rédacteur en chef de ce média, intervenait aux côtés de Raphaël Arnault dans un colloque organisé par la « fondation insoumise », l’institut La Boétie. Blast est un média d’extrême gauche sur lequel Pierre Sauvêtre, sociologue à l’université de Paris Nanterre, a expliqué que la mort de Quentin aurait surtout permis de révéler la formation d’un « arc néofasciste » extrêmement large, allant du PS au RN en passant par le LR et Renaissance, et ayant pour ennemi commun la seule formation politique antifasciste respectueuse de l’esprit républicain, LFI. Défense de rire.  


Maladie infantile

Le 27 février, le quotidien communiste continue de relayer les discours de Jean-Luc Mélenchon et de ses lieutenants réclamant la dissolution du collectif Némésis, en consacrant sa couverture et trois pleines pages à ce « mouvement fémonationaliste ». Les jeunes femmes de Némésis y sont bien sûr traitées de tous les noms d’oiseaux néofascistes.  

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Les communistes les plus anciens s’interrogent: comment le gauchisme, la « maladie infantile du communisme », selon Lénine, a-t-elle pu finalement contaminer les instances médiatiques et politiques du PCF ? Naguère, les trotskistes accusaient les communistes français d’être aux ordres de Moscou et les désignaient d’un seul vocable qui avait valeur d’injure suprême : « stalinien ». Les manifestations du PC et de la CGT étaient alors encadrées par un service d’ordre composé majoritairement d’ouvriers sachant, de toutes les manières possibles, manier le manche de pioche : les étudiants gauchistes qui tentèrent l’aventure d’une percée dans les rangs de ces cocos-là s’en souviennent encore. À l’époque, tout sépare les ouvriers communistes des étudiants gauchistes : « Les ouvriers demeurent et demeureront méfiants vis-à-vis des étudiants qu’ils considèrent comme des enfants de riches et de privilégiés qui ne connaissent rien au monde ouvrier », écrit Jean-Pierre Le Goff2. L’action politique des gauchistes se veut déjà radicale et conflictuelle ; la révolution permanente est censée aboutir au renversement du système bourgeois et capitaliste et à l’avènement d’un mondesupposémentidéal, sans classes sociales, sans inégalités, sans interdits, sans hiérarchies, sans frontières. De son côté, le PCF opte pour la stratégie de « la voie démocratique au socialisme », abandonne la notion de « dictature du prolétariat » et, pour parvenir au pouvoir, envisage une alliance avec les socialistes – alliance qui lui sera fatale, comme chacun sait. Que s’est-il passé pour que les apparatchiks communistes d’aujourd’hui s’allient avec les adversaires gauchistes d’hier ? Il s’est d’abord passé que l’union de la gauche qui permettra l’accession au pouvoir de François Mitterrand, ne profitera électoralement qu’au PS. Il s’est passé ensuite que l’électorat communiste a fondu en même temps que fondait la classe ouvrière et que ce qu’il restait de cette dernière s’est tournée vers une droite nationale reprenant pour partie le projet économique du Programme commun de la gauche et ayant fait sien le discours sur l’immigration de Georges Marchais : « Il faut stopper l’immigration officielle et clandestine ». Au versant économique qui justifiait déjà à l’époque cette revendication, il faut aujourd’hui ajouter la perte des repères socio-culturels, le prosélytisme islamique, l’insécurité grandissante, toutes choses qui ont un rapport, quoi qu’en disent nos dirigeants et une bonne partie de la gauche, PC inclus, avec l’immigration. Il s’est enfin passé que, la gauche socialiste ayant fait en sorte que de plus en plus de jeunes gens échouent, dans tous les sens du terme, sur les bancs universitaires, l’extrême gauche mélenchoniste, déjà fortement implantée dans l’enseignement supérieur, a immédiatement saisi cette opportunité pour endoctriner des étudiants incultes, manipulables, en quête d’émotions politiques pseudo-révolutionnaires et superficielles, étudiants auxquels elle a fait gober des notions facilement assimilables, un gauchisme anticapitaliste et islamophile rudimentaire mâtiné d’un zeste d’écologisme et d’une pincée de wokisme. En fait, après avoir collaboré à la propagande immigrationniste et multiculturaliste élaborée, au nom de l’antiracisme, par les ex-trotskistes de SOS Racisme, les mélenchonistes sont les premiers à avoir consciencieusement appliqué les consignes du think tank Terra Nova recommandant au PS de ne plus chercher les suffrages de la classe ouvrière mais de cibler plutôt « les diplômés, les jeunes, les minorités » – même si LFI connaît actuellement quelques déconvenues, le mal est fait et le PC ne peut survivre, électoralement parlant, qu’en se mettant à sa remorque.

La ceinture rouge parisienne menacée par les lfistes

Les départements de Seine-Saint-Denis, du Val-de Marne et des Hauts-de-Seine comptaient 67 municipalités communistes en 1945. Il y en avait encore 54 en 1977. Il n’y en a plus que 17 aujourd’hui. Les Insoumis lorgnent sur certains de ces bastions communistes, Montreuil (93) et Vitry-sur-Seine ou Villejuif (94), entre autres. La ville de Saint-Denis, que les communistes ont perdue au profit du socialiste Mathieu Hanotin, verra aux prochaines élections une alliance LFI-PCF pour soutenir l’Insoumis Bally Bagayoko. En contrepartie, des accords sont prévus à Bobigny, Noisy-le-Sec, Sevran et Stains pour faire en sorte que ces communes demeurent dans le giron du PC. Bref, on sauve les (derniers) meubles en n’hésitant pas à s’acoquiner avec l’extrême gauche hier honnie et en caressant dans le sens du poil ses milices « antifascistes ».

Celles-ci sont composées pour l’essentiel de fils de bonne famille. Ils se prénomment Raphaël, Jacques-Élie, Adrien ou Jean-Charles. Leurs parents sont enseignants, universitaires, journalistes, médecins, cadres supérieurs. Depuis plus de quarante ans, l’Éducation nationale les formate à l’idéologie gauchisante ; depuis trente ans, à l’écologisme ; depuis dix ans, au wokisme. Ils ont achevé leurs études sur les bancs d’écoles de commerce, d’IEP et d’universités gangrénées par les théories les plus mortifères, toutes issues des idéologies pré-citées, et où le militantisme remplace maintenant régulièrement l’enseignement et la transmission de connaissances. Faute de ces savoirs fondamentaux, ces activistes ne peuvent en rien rivaliser avec les personnages historiques dont ils se réclament: les éléments de langage ont supplanté les discours argumentés, les vociférations se sont substituées à l’art oratoire, les slogans gargouillés ont évincé les mots d’esprit. Ils haïssent la France et tous ceux qui l’aiment et la défendent et ont de l’action politique une idée assez binaire – il y a d’un côté les méchants fascistes, qu’il faut « éliminer », de l’autre les gentils « antifascistes ». Armés de principes simples et de gants coqués, ils se disent fiers d’éradiquer les néo-nazis, c’est-à-dire tous ceux qui ne pensent pas comme eux. Bêtes et bornés, leur inculture n’a d’égale que leur brutalité, brutalité verbale le plus souvent, brutalité physique lorsqu’ils sont à dix contre un, enivrés par l’odeur de mort qu’ils dégagent. 

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En 1969, dans l’hebdomadaire Tempo où il tient une rubrique intitulée Le Chaos, Pier Paolo Pasolini répond à la lettre que lui a envoyée Carletto, un « garçon du peuple » fasciste qui, à l’inverse des « odieux petits fascistes fils à papa », apparaît à Pasolini comme sensible et naïf, égaré dans sa recherche d’une « lumière » que tous les dogmes promettent « pour le futur » et que l’écrivain appelle la « lumière rhétorique » ou la « fausse lumière ». « Un jour, lui écrit-il, tu découvriras avec horreur ce qui t’est arrivé au cours des dernières années durant lesquelles tu étais sans défense contre les mauvaises fréquentations ». Pour accélérer l’avènement de ce jour, Pasolini ne lui fait pas la morale mais lui donne un conseil: « Étudie, pense, travaille, observe : la lumière est seulement dans la culture (ce qui ne veut pas toujours dire la culture enseignée à l’école), autrement dit, elle est seulement dans la renonciation rationnelle à toutes les fausses consolations. » À un autre jeune homme, Sarino, étudiant de gauche qui lui a écrit: « Pier Paolo, tu es un réactionnaire et un conservateur », Pasolini répond cette fois sans ménagement aucun: « Je n’aurais pas répondu à un message aussi péremptoire s’il ne me suggérait pas une confrontation avec le message précédent de Carletto. Carletto est un fasciste, cependant il est peu sûr de lui, humble au fond, il me demande de l’aide. Toi, tu es de gauche, d’extrême gauche, plus à gauche entre tous, et pourtant tu es fasciste. Tu es fasciste parce que tu es bête, autoritaire, incapable d’observer la réalité, esclave de quelques principes qui te semblent si inébranlablement justes qu’ils sont devenus une foi – horrible chose, lorsqu’elle ne s’accompagne pas de la charité, autrement dit, d’un rapport concret, vivant et réaliste avec l’histoire3. »  

  1. Boulevard Voltaire, Clémence de Longraye, Ce média d’extrême gauche « indépendant » en réalité financé par Soros et l’UE. 7 juin 2024. ↩︎
  2. Jean-Pierre Le Goff, La France d’hier. Récit d’un monde adolescent, des années 1950 à mai 68, 2018, Éditions Stock. ↩︎
  3. Pier Paolo Pasolini, Le Chaos, préface d’Olivier Rey, 2018, Éditions R&N. ↩︎


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Amateur de livres et de musique. Dernier ouvrage paru : Les Gobeurs ne se reposent jamais (éditions Ovadia, avril 2022).

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