L’opposant numéro 1 à Vladimir Poutine n’est plus. Qu’il ait été tué ou qu’on l’ait laissé péricliter dans la colonie pénitentiaire où il faisait de fréquents séjours en « cellule de discipline » malgré un état de santé alarmant, le Kremlin voulait sa mort. Les chancelleries occidentales s’indignent de la cruauté du régime russe, et tiennent Vladimir Poutine pour responsable. À un mois des élections qui vont le confirmer à la tête du pays jusqu’en 2030, le dirigeant russe rappelle à l’Occident et à son peuple qu’il fait ce qu’il veut.
Ainsi, vient-on d’apprendre, ce 16 février 2024, la mort, à l’âge de 47 ans seulement, dans une prison – portant la sinistre appellation de « Loup polaire », où il purgeait une peine carcérale de dix-neuf ans pour « extrémisme » – située au-delà du glacial cercle arctique, d’Alexeï Navalny, principal opposant politique au régime dictatorial de Vladimir Poutine.
Stupeur, certes, au sein de nos démocraties et, plus généralement, du monde libre ! Car, par-delà même cette tragique disparition de Navalny, dont on ne louera jamais assez l’immense courage face à ce que beaucoup considéraient malheureusement comme une mort annoncée au vu de la dureté de ses conditions de détention, c’est la liberté, en sa plus noble, haute et belle expression, qui a été, de fait, assassinée là, et par la plus brutale, horrible et cynique des manières !
Le courage de la vérité
Comment, d’ailleurs, ne pas se souvenir, en d’aussi dramatiques circonstances, de ce que le grand Alexandre Soljenitsyne, le plus célèbre des dissidents au sein de l’ex-Union Soviétique, écrivait déjà, dans son Archipel du Goulag (1973), à propos de l’univers concentrationnaire, où il fut lui-même enfermé, au fin fond de la non moins hostile Sibérie, pendant de longues et cruelles années : « Notre univers n’est-il pas une cellule de condamnés à mort ? »
Condamné à mort : c’est cette très lourde sentence, aux funestes contours de peine capitale, que Navalny, le courage de la vérité néanmoins chevillé au corps comme à l’âme, affronta précisément, avec une détermination qui n’avait d’égale que sa lucidité, lorsqu’il revint, le 28 janvier 2021, d’Allemagne, où il avait été hospitalisé après avoir subi, en août 2020, une grave tentative d’empoisonnement (au novitchok, censé paralyser les réflexes neurologiques) de la part des services secrets poutiniens (le FSB, anciennement KGB), pour rentrer en Russie, où il savait pertinemment bien que, faute de soins adéquats au regard de sa santé ainsi fragilisée irrémédiablement, il périrait, reclus en un total isolement, sinon en une de ces terribles « cellules de discipline » dont les pouvoirs les plus tyranniques ont l’impénétrable secret, d’une lente et douloureuse agonie.
Car c’est ainsi, en d’aussi effroyables circonstances, où toute humanité semble même avoir disparu au mortifère horizon de ce monde glacial, que l’on meurt, comme aux pires heures de l’ère stalinienne, dans ce que l’on appelle pudiquement, mais surtout très hypocritement, une « colonie pénitentiaire ». Ce type de totalitarisme, un écrivain aussi talentueux que Franz Kafka l’a, du reste, particulièrement bien décrit lui aussi, en 1919 déjà, dans une nouvelle intitulée, justement, La colonie pénitentiaire. Kafkaïen, précisément !
Le destin d’un héros mort en martyr
Ainsi, est-ce également là, face à un aussi douloureux mais symbolique destin, en véritable martyr, où la mort le rend paradoxalement encore plus vivant, et la clameur de son combat pour la liberté plus que jamais retentissante aujourd’hui, qu’Alexeï Navalny, dont le silencieux mais éloquent sourire se parait infailliblement d’une sorte de politesse du désespoir, s’en est allé en ce morne jour d’hiver.
Que cet héroïque Alexeï Navalny, qui a désormais rejoint ces autres grandes figures de la dissidence russo-soviétique que furent Alexandre Soljenitsyne, Andreï Sakharov ou Alexandre Zinoviev (mémorable auteur, notamment, des Hauteurs Béantes), ne se désole toutefois pas trop là où il est à présent : son combat pour la liberté – l’inaliénable et précieuse liberté – demeurera à jamais, pour tout démocrate digne de ce nom, authentiquement épris de justice, un exemple à suivre, éternellement ! Ainsi, non, la mort d’Alexeï Navalny, qui aura ainsi payé de sa propre vie par sa résistance à l’oppression, ne sera pas vaine : nous, hommes et femmes de bonne volonté, profondément attachés aux imprescriptibles valeurs morales et principes philosophiques de l’humanisme, continuerons son immortel combat pour la liberté, partout dans le monde, y compris en Russie. Gloire à Navalny !
Didier Desrimais a récemment dénoncé les délires wokes, antispécisme y compris. L’essayiste animaliste David Chauvet lui répond.
Dans sa récente chronique pour Causeur évoquant le livre de Jean-François Braunstein La philosophie devenue folle, Didier Desrimais affirme ou à tout le moins laisse entendre que l’antispécisme est une forme de wokisme[1]. Disons-le clairement : cette affirmation n’a aucun fondement, mais Didier Desrimais et Jean-François Braunstein ont tout à fait raison de s’interroger sur les dérives passées et futures de l’antispécisme, comme de toute autre idéologie.
On peut très bien exécrer le wokisme et être antispéciste, si on définit l’antispécisme comme le fait de ne pas porter atteintes aux intérêts fondamentaux des animaux au seul critère qu’ils appartiennent à une autre espèce – je dis bien « intérêts des animaux », ce qui signifie qu’ils sont sensibles et doués de conscience. Chacun comprend qu’il y a une différence entre un moucheron et un cheval, oserai-je croire, et on ne rejettera pas la protection due à ce dernier en prétextant simplement de l’exemple du premier.
Oubliez les singeries de Singer
Donc, l’antispécisme ne devrait pas être considéré, par principe, comme « une philosophie devenue folle ». Se soucier des animaux ne date pas d’hier, et certainement pas de l’antispécisme de Peter Singer. Il suffit de se souvenir, pour parler de la seule civilisation judéo-chrétienne, que dans l’Eden Adam et Eve ne mangeaient pas de viande. On l’ignore souvent, mais cela a donné lieu à une « lecture végétarienne du christianisme », pour citer Olivier Christin et Guillaume Alonge dans leur belle étude Adam et Eve, le paradis, la viande et les légumes, dont le lecteur pourra trouver en ligne une chronique par votre serviteur[2]. En témoigne, l’ouvrage De abstinentia carnis du futur cardinal Silvio Antoniano au seizième siècle. Certes, il s’agissait moins de se soucier des animaux que de retrouver un idéal de pureté et d’humilité. Mais croyez bien que les antispécistes – du moins ceux qui, parmi eux, se soucient sincèrement des animaux – se satisferaient très bien de la fin des abattoirs, serait-elle motivée par tout autre chose que leur idéologie.
Quand je parle de sincérité, je veux dire que l’antispécisme peut aussi bien être un moyen de défendre les animaux qu’une vulgaire posture idéologique. Ou bien un simple jeu intellectuel, propre à sombrer dans les délires dont l’université est coutumière – ce que Didier Desrimais comme Jean-François Braunstein dénoncent brillamment. Mais voudra-t-on en revenir à la hiérarchie des races parce que l’antiracisme vire à présent au wokisme le plus grotesque ? Ou priver les femmes du droit de vote à cause du néoféminisme ? Non, alors de grâce, pas de deux poids deux mesures avec l’antispécisme. Ce n’est pas l’antispécisme en soi qu’il faut condamner mais, de même que l’antiracisme, ses dérives. Refuser qu’on torture ou qu’on tue les animaux n’implique pas d’accepter la zoophilie, de vouloir se marier avec son chat ou toute autre proposition issue d’esprits à la dérive.
Diabolisation
Ne pas faire cette distinction cruciale est non seulement un deux poids deux mesures, mais c’est une grave faute stratégique pour la droite : car la ficelle est grosse et il n’échappe à personne que derrière l’épouvantail de l’antispécisme, c’est la cause animale que certains cherchent à diaboliser, par exemple en assimilant au wokisme, de manière bassement opportuniste, la lutte contre la corrida ou contre la chasse. C’est alors de nos concitoyens, dans leur grande majorité sympathisants de cette cause, qu’on veut couper la droite. On ne le répètera jamais assez, tout comme l’écologie, la cause animale n’est pas essentiellement de gauche, et encore moins un avatar du wokisme[3].
Ou sinon, dites à Brigitte Bardot qu’elle est woke. Nul doute qu’elle goûtera le compliment avec la même volupté qu’une bouchée de viande.
Liberati (Prix Femina 2011 ; Prix Renaudot 2022) aime la récidive, surtout quand il s’agit de nous entraîner dans la débauche à bord d’une grosse Daimler dont les sièges de cuir bleu sentent le miel et le thé. Dans Les Démons (2020), on avait découvert Taïné et Alexis, duo vaguement incestueux. On les avait quittés à New York. On les retrouve à Rome, dans les années 1970.
La sœur, Taïné, photographe de talent, toxicomane, lesbienne de choc soumise à ses fantasmes les plus dingues ; le frère, Alexis, écrivain empêché, attiré par la chute, les partouzes, les bulles de champagne. Ils croisent Truman Capote, l’écrivain qui a foutu en rogne le plus grand acteur de tous les temps, Marlon Brando ; Helmut Berger, surnommé « l’Autrichienne », l’amant de Luchino Visconti ; Andy Warhol, et d’autres déjantés flamboyants qui auraient ouvert leur braguette devant les censeurs du wokisme. Heureusement que la mort les a projetés dans l’autre monde, leur évitant d’être confrontés à cette insupportable régression.
Le style de Liberati continue de faire mouche : baroque, lyrique, nerveux, à l’os. Le lecteur est convié à la table d’extravagants capables de vous occire pour éprouver la plus sublime des jouissances. C’est dionysiaque, fuligineux, insensé, à l’image de l’Occident, lieu de la chute où le soir ne cesse de tomber, pour reprendre l’image heideggérienne. La fête s’achève en 1973. Liberati : « La crise pétrolière de 1973 et le magnétisme énergique de New York finirait de vider la vie nocturne de ses vrais héros, accusant cette décadence qui fit de Rome une voie sans issue et un mouroir dès 1975. » Il ne faut jamais contrarier les plans du capitalisme.
Lors de ces séances de magie noire, nous croisons Dominique Mirhage, « la hyène du Capitole ». Elle apparaît lors d’un dîner, à Rome, un soir d’automne ; on la suit sur une vingtaine de pages, puis elle est rattrapée par son destin ; elle finit mal, dans la puanteur. La photographie de la couverture du roman, prise lors du tournage du film L’Urlo (1970), est celle de Tina Aumont, « la plus belle femme du monde », selon le réalisateur Tinto Brass. Elle a d’immenses yeux noirs, rehaussés de khôl, sa longue chevelure brune encadre un fin visage tourmenté ; elle tient dans la main droite un adorable poussin tout jaune. Elle est Bella dans le roman. « Alexis n’avait jamais remarqué à quel point le regard de Bella était sombre, il en montait une vapeur mélancolique et douce. » On pense qu’elle va être un personnage central. Eh bien, non, elle disparaît presque aussitôt après cette description. C’est comme ça, avec Liberati, et depuis son entrée fracassante en littérature : il faut s’habituer aux apparitions. En revanche, Truman Capote reste un pilier du récit. C’est le privilège de l’écrivain, celui qui vous croque et vous fait entrer, parfois de force, dans ses livres. Il est à Rome, Paris, Palm Springs. Avec sa voix de fausset et son regard lubrique, il virevolte comme le moustique, vous repère et vous suce le sang. Il n’hésite pas à fouiller dans les poubelles de l’élite fortunée et cosmopolite. Taïné et Alexis sont suffisamment désaxés pour finir dans Prières exaucées, son chef-d’œuvre posthume. Mais Liberati offre à ces décadents la pleine lumière dans une histoire contrôlée par le crâne de Yorick.
À propos de la nihiliste Taïné, d’origine russe, Liberati écrit : « Quant à ce que les psychologues appellent ‘’culpabilité’’ et les moralistes ‘’mauvaise conscience’’, elle n’en avait jamais jusqu’ici découvert en elle la trace. » Puritains désexualisés, s’abstenir.
Le «greenwashing» (blanchiment écologique), la communication à outrance visant à faire passer pour verts, durables et vertueux les produits et les stratégies des entreprises, est tellement omniprésent que nous avons fini par ne plus le percevoir. Mais il est pourtant en plein reflux à cause d’un mouvement qui se généralise baptisé «greenhushing» (silence écologique). Il consiste pour les entreprises à revenir sur leurs ambitions vertes proclamées de crainte maintenant d’être trainées en justice pour être incapables de les respecter. On peut à la fois s’en réjouir, la communication a tout de même des limites, et le déplorer.
N’avez-vous pas eu l’impression ces derniers temps que les entreprises communiquaient moins sur leurs engagements climatiques ? Si tel est le cas, votre intuition est la bonne. Ce nouveau phénomène a désormais un nom : le « greenhushing » (ou écosilence en français). Des acteurs économiques tels que BP, Shell ou Amazon l’ont pratiqué en 2023.
Mais de quoi s’agit-il exactement ? Pour comprendre ce qu’est le greenhushing, il est nécessaire de revenir sur des années de « greenwashing » (ou écoblanchiment) avec lequel il s’inscrit en rupture. Ce procédé, massivement utilisé depuis les années 1990, est aujourd’hui bien connu du public. Il consiste à maquiller en vert des produits ou des services qui ne le sont pas.
La France, pionnière d’une réglementation coercitive
Afin de juguler cette tendance en plein essor, les pouvoirs publics ont récemment décidé de s’emparer du sujet en mettant sur pied un arsenal législatif de plus en plus coercitif.
Notre pays a été le premier à ouvrir la voie. L’Union européenne s’est depuis engagée dans le bannissement des allégations environnementales génériques sans preuve. L’actualisation en ce sens des règles de consommation a été votée en janvier 2024 par les députés européens. Elle attend désormais l’approbation du Conseil avant d’être retranscrite sous deux ans dans les droits nationaux.
Outre-Atlantique, l’État de Californie a à son tour promulgué le 1er janvier dernier une loi anti-greenwashing. Majoritairement inspirée de la réglementation française, elle propose d’aller plus loin que la dernière mise à jour des « green guides » de la Federal Trade Commission en obligeant les annonceurs à fournir des données normalisées devant attester de la véracité de leurs promesses environnementales.
Contourner l’opinion publique… et la justice
Conséquence directe de ce nouvel environnement légal, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à cesser de communiquer sur leurs engagements climatiques. On appelle cela le greenhushing. Outre le fait de se conformer à la réglementation, elles évitent ainsi de s’exposer au jugement de l’opinion publique, mais aussi de leurs clients, des investisseurs et des médias tout en se protégeant d’éventuelles poursuites judiciaires.
Il faut dire que le nombre de dossiers portés en justice en raison de communications environnementales trompeuses n’a jamais été aussi nombreux. En particulier aux États-Unis, comme en témoigne l’impressionnante liste de la Federal Trade Commission. En mai dernier, Delta était ainsi poursuivie devant les juges californiens après avoir affirmé être la « première compagnie aérienne neutre en carbone ».
Compte tenu de l’apparition récente du phénomène, il est encore peu documenté. Le cabinet de conseil suisse South Pole fut le premier, dès 2022, à l’évoquer dans son rapport annuel « En route vers le Net Zéro ». Ce rapport a contribué à populariser le greenhushing. À tel point qu’il est à présent mentionné dans de grands titres de presse tels que le New York Times ou le Washington Post.
Il faut dire qu’il a connu un essor fulgurant. Au cours de cette dernière année, le nombre d’entreprises reconnaissant pratiquer le greenhushing a été multiplié par trois, selon South Pole. Au moins une sur cinq serait à présent concernée.
L’édition 2024 du rapport de South Pole, qui vient d’être publiée, nous apprend que tous les secteurs d’activité se livrent à présent au greenhushing. Parmi les 1 400 compagnies sondées, 86% de celles commercialisant des biens de consommation et 72% des compagnies pétrolières disent avoir réduit leur communication.
Mais cette nouvelle pratique ne se limite pas aux activités les plus polluantes. Les entreprises les plus engagées dans la lutte contre le changement climatique sont même en première ligne. Sur le panel étudié par South Pole, 88% des firmes proposant des services environnementaux déclarent…
Le Quai d’Orsay est-il bien le ministère des Affaires étrangères? Liliane Messika procède à quelques rappels historiques utiles, après la lecture d’un communiqué du gouvernement français concernant les violences des Israéliens en Cisjordanie.
Le Quai d’Orsay est bien le ministère des Affaires étrangères ? Pourtant, c’est à la rue arabe et à ses soumis hexagonaux qu’il a adressé un communiqué le 13 février 2024 : « La France adopte des sanctions à l’encontre de colons israéliens extrémistes qui se sont rendus coupables de violences contre des civils palestiniens en Cisjordanie. À ce titre, 28 individus sont visés par une interdiction administrative du territoire français. (…) La colonisation est illégale en droit international et doit cesser. Sa poursuite est incompatible avec la création d’un État palestinien viable, qui est la seule solution pour qu’Israéliens et Palestiniens puissent vivre, côte à côte, en paix et en sécurité »[1].
Tout est calibré pour une lecture antisioniste : le choix des mots est un code compris par ceux qu’il vise à apaiser, comme par ceux qui endureront les violences induites. Quant au poids des faux, il pèsera sur les manifestations antisémites, déjà multipliées par 1000 depuis le 7 octobre, dans notre pays.
Explication de texte
« Cisjordanie » est déjà un maître-mot. Il désigne la partie occidentale du Jourdain, que le royaume hachémite de Jordanie avait illégalement annexée lors de la guerre contre Israël, le 15 mai 1948, quand il a déclaré son indépendance vis-à-vis de son colonisateur britannique.
Lorsque Israël l’a reconquise en 1967, ses habitants avaient une carte d’identité jordanienne. Mais en 1970, l’OLP[2] ayant tenté, une fois de trop, d’assassiner le roi Hussein, celui-ci lança l’opération « Septembre Noir », qui tua entre 3500 et 10 000 fedayin et en blessa 110 000 selon les terroristes. Des sources plus fiables parlent de 3500 morts et 10 000 blessés.[3] Les fauteurs de troubles furent expulsés et partirent à Tunis. En 1988, le roi amputa ce membre de son royaume et supprima les cartes d’identité à ses habitants. Les négociations avec Israël étaient probablement déjà engagées, car lorsque le traité fut signé, en 1994, la Jordanie refusa de récupérer ce territoire, arguant qu’elle y avait déjà renoncé et laissant à l’État juif le soin de négocier avec le représentant des ex-Jordaniens, Yasser Arafat.
Jusqu’en 1948, « Judée-Samarie » était l’appellation officielle de cette contrée, y compris dans la Résolution 181 de l’ONU, qui délimita, en 1947, le partage de la Palestine mandataire (exception faite de la Jordanie, déjà constituée en État arabe par les Britanniques en 1922).
À partir de 1967, elle devint « West Bank » (rive ouest) en international dans le texte, et Cisjordanie en langue politique arabe de la France.
Dans le même registre, « colons israéliens extrémistes » est le chiffon rouge qui acte que la France a adopté le narratif palestinien. Elle n’use d’ailleurs du vocable « extrémiste » que contre les Juifs : même les pogromistes du 7 octobre n’y ont pas eu droit.[4]
Alors que l’anglais nomme les villages juifs dans les territoires disputés « settlements », implantations, le Quai d’Orsay utilise le mot « colonies », connoté « occupation française de l’Algérie ». Le sous-entendu est bien entendu : pour la rue arabe de France et ses idiots utiles de l’extrême gauche antisioniste, tout Israélien est un colon, donc un extrémiste, donc un salaud à abattre, l’objectif étant d’en libérer « toute la Palestine du fleuve à la mer ».
Ceux qui ont inventé ce slogan savent très bien qu’ils parlent de l’intégralité du territoire entre la frontière Est d’Israël, le Jourdain et sa frontière Ouest, la mer Méditerranée. Ceux qui le répètent ignorent souvent de quelle mer et de quel fleuve il s’agit, mais ils comprennent que c’est un synonyme de « Mort aux Juifs ! »
Il ne viendrait pas à l’esprit des premiers de qualifier de colons les 2,1 millions d’Arabes israéliens qui vivent en Israël. Ces citoyens ne risquent aucune violence de la part de leur entourage juif. Les seconds l’ignorent et de toute façon, ils trouveraient que « cépapareil ».
Les partis arabes du pays de l’apartheid
Les députés arabes de la Knesset, le parlement israélien, se plaignent souvent de la violence qui règne dans leurs localités[6] et reprochent au gouvernement de ne pas y mettre le holà avec assez d’énergie.[7]
Si on ne connaissait pas le tropisme palestinolâtre du Monde, on se demanderait pourquoi, quand il en parle, il retire leur nationalité à ces citoyens israéliens en les appelant « Palestiniens d’Israël », alors qu’une majorité d’entre eux est opposée à l’idée de devenir des citoyens palestiniens : « Au sein de l’échantillon arabe, la part des chrétiens et des druzes qui se sentent partie prenante de l’État d’Israël (84%) est nettement plus élevée que celle des musulmans (66%), mais cette part constitue toujours une majorité importante dans tous les groupes religieux. Une ventilation par âge montre que la plus forte augmentation du sentiment d’appartenance à l’État d’Israël et à ses problèmes concerne la cohorte la plus jeune, âgée de 18 à 24 ans (juin, 44 % ; novembre, 70 %) »[8].
Les Israéliens ayant rendu coup pour coup à ceux des Palestiniens qui, jusqu’alors, les attaquaient en toute impunité, sont traités avec sévérité par leur Justice. Comme l’avait été Salah Hamouri, « avocat franco-israélien prisonnier politique » en français et « condamné pour tentative d’assassinat d’un rabbin et participation à un mouvement terroriste » en hébreu. La rue arabe de plusieurs banlieues françaises voulait faire de lui un citoyen d’honneur. Mais quand il a été expulsé d’Israël et qu’il est arrivé sur le sol français, elle s’est vigoureusement indignée de ce qu’elle a appelé une « déportation ».
Les coupables israéliens de déprédations sur des villages palestiniens sont en prison en Israël et rien n’indique qu’ils aient envie de venir goûter l’antisémitisme hexagonal. Le communiqué du Quai d’Orsay leur interdisant l’accès à notre pays est donc purement symbolique.
« La colonisation est illégale en droit international et doit cesser »
Colonisation : « constitution, à une assez grande distance d’une métropole, d’un établissement permanent, échappant à l’autorité des populations indigènes et demeurant dans la dépendance de la métropole d’origine »[9]. Depuis quelle métropole lointaine le peuple juif aurait-il créé un établissement permanent, échappant à l’autorité des populations indigènes ? Et qui, à part lui, sont ces populations ?
Les « réfugiés palestiniens », eux, n’ont qu’à revendiquer un ancêtre qui y a vécu deux ans pour avoir le label. Ils sont les descendants « des personnes dont la résidence normale était la Palestine pendant la période du 1er juin 1946 au 15 mai 1948, et qui ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance à la suite du conflit de 1948 »[10].
Bien que le processus de paix soit en panne, le pacte toujours en vigueur entre Israël et les Palestiniens est le traité des Accords d’Oslo : « Oslo II, article X.2 : Les nouveaux redéploiements des forces militaires israéliennes vers des sites militaires spécifiés commenceront après l’inauguration du Conseil et seront progressivement mis en œuvre à la mesure de la prise en charge de l’ordre public et de la sécurité intérieure par la police palestinienne… Oslo II, Article XI.2.e : Au cours des nouvelles phases de redéploiement, qui seront achevées dans les 18 mois suivant la date de l’investiture du Conseil, les pouvoirs et les responsabilités en matière de territoire seront progressivement transférés à la juridiction palestinienne qui couvrira le territoire de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, à l’exception des questions qui seront négociées dans le cadre des négociations sur le statut permanent »[11].
Ce que les Français appellent « colonies » fait partie des questions qui doivent être discutées pour les échanges territoriaux permettant de dessiner « des frontières sûres et reconnues » selon les termes de la Résolution onusienne n°242. Les « colonies » sont peut-être haram[12], mais elles ne sont pas illégales au regard du droit international.
« Sa poursuite est incompatible avec la création d’un État palestinien viable »
Pourquoi la France estime-t-elle l’existence de villages juifs incompatible avec un État palestinien, alors qu’elle trouve normale celle des villages arabes dans l’État juif ? Le 7 octobre 2023, cela faisait 18 ans qu’il n’y avait plus un seul juif, donc a fortiori aucune « colonie », dans toute la Bande de Gaza. Le Hamas y régnait sans limite. Ce qui a mis en danger cet État palestinien de facto, c’est son attaque du territoire israélien pour procéder aux massacres que l’on sait, pas la présence d’une quelconque présence juive. A contrario, lorsque la paix a été signée entre l’État juif et l’Égypte en 1979, les Israéliens, qui avaient construit des villages dans le Sinaï après 1967, ont été rapatriés dans Israël intramuros. Les réfractaires ont été évacués de force par Ariel Sharon, Premier ministre de l’époque, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais que leurs parents haïssaient avec autant de passion qu’ils exècrent Netanyahou.
La République française a plus de choses en commun avec la démocratie israélienne qu’avec les républiques islamiques qui pratiquent la charia et le nettoyage ethnique. Pourquoi nos dirigeants sont-ils les derniers à s’en rendre compte ?
[12] Haram = licite selon le Coran. « Les Juifs n’ont pas le droit de souiller la mosquée al-Aqsa de leurs pieds dégoûtants ». Vidéo de Mahmoud Abbas : https://www.memri.org/tv/palestinian-president-mahmoud-abbas-jews-have-no-right-defile-al-aqsa-mosque-their-filthy-feet
Interrogations autour du déclin cognitif de Joe Biden. Il conserve une bonne mémoire, selon son avocat, mais pas question de publier les transcriptions censées le démontrer ! Dimanche dernier, l’avocat du président américain, maitre Robert Bauer a écarté sur CBS la question de la publication des transcriptions de l’audition de Biden par Robert Hur, alors qu’il prétend qu’elles prouvent que les propos de ce dernier sur l’état cognitif du président américain sont sans fondement.
Les défaillances mentales de Joe Biden font les gros titres des journaux outre-Atlantique, ces derniers jours, après la publication des mentions peu flatteuses du rapport du procureur spécial Robert Hur quant à sa mémoire. Nombre de médias assurent que les capacités du président commencent à décliner, mais la question n’est pas nouvelle. Si depuis quelques mois certains articles de presse affirment que Biden est victime d’usure, ses capacités cognitives faisaient déjà l’objet de critiques en 2016. Diverses vidéos le montrent dans des situations inquiétantes, obéissant même sans broncher à un « lapin géant » (!) (notre vidéo ci-dessous). Le 11 février, l’avocat de Biden était l’invité de Margaret Brennan, journaliste animant Face the Nation sur CBS, une émission penchant légèrement vers le centre gauche. Robert Bauer, par ailleurs époux de la conseillère principale de Biden, Anita Dunn, s’est escrimé à tenter de discréditer le rapport de Hur, un républicain nommé par le procureur général des États-Unis, autrement dit le ministre fédéral de la Justice, censé être relativement indépendant du président depuis le scandale du Watergate. Dans sa note interne confidentielle, le procureur spécial Hur recommande de ne pas poursuivre Biden concernant les documents classifiés que ce dernier avait conservés après son départ de la vice-présidence en janvier 2017. Mais il motive son propos en mettant en cause la santé mentale du président, l’illustrant par le fait que Biden ne se souvient plus de la date de la mort de son fils aîné, Beau, ou de celles de son mandat de veep. L’état cognitif de Biden serait tel qu’un tribunal pourrait difficilement obtenir de lui des réponses : « Nous avons également considéré qu’au procès, M. Biden se présenterait probablement à un jury, comme il l’a fait lors de notre interview de lui, comme un vieil homme sympathique, bien intentionné. Il ressort de nos interactions directes avec lui et de nos observations que c’est quelqu’un au sujet de qui de nombreux jurés voudront considérer qu’il y a un doute raisonnable. Il serait difficile de convaincre un jury de le condamner […] pour un crime grave requérant un état mental permettant d’agir volontairement. »
Bob Baueur, l’avocat de Joe Biden, s’est voulu rassurant sur CBS, 11 février. Capture CBS.
Question embarrassante sur CBS
Lorsque Bauer a déployé ses effets de manche, son indignation et déclaré que les allusions du rapport à la mémoire de Biden étaient inexactes, Mme Brennan a souligné qu’il avait assisté à l’interrogatoire de plus de deux jours et lui a demandé si le président avait rencontré des difficultés à se rappeler des détails. Usant de la langue de bois, son avocat a répondu que Biden avait répondu directement aux questions et « livré ses meilleurs souvenirs » dont il pense qu’ils sont utiles à l’enquête. Mme Brennan a poursuivi en lui demandant s’il était favorable à la publication des transcriptions à partir desquels a été rédigé le rapport, mais le conseil juridique du président a répondu que c’était au gouvernement de décider, le document étant classifié. La journaliste n’a pas lâché le morceau et a voulu savoir s’il recommanderait qu’elles soient rendues publiques si elles corroboraient ses propres souvenirs, à quoi l’avocat et époux de la conseillère principale du président a répondu qu’il n’était pas un spécialiste du processus en cours. Sans doute aucun, il n’avait pas été briefé en amont de l’émission !
Hur, un républicain, est accusé de partialité, mais c’est le ministre Merrick Garland qui a publié la note confidentielle que lui a remis le procureur spécial. Il ne pouvait cependant l’enfouir après s’être engagé l’an dernier à publier tous les rapports autant que possible. Le procureur spécial a-t-il orienté ses notes en sachant que la confidentialité mentionnée ne servirait qu’à le dédouaner politiquement ? Les démocrates disent que oui, les républicains soutiennent son approche sur le plan juridique. Toujours est-il que si Garland est fortement critiqué pour ne pas avoir caviardé les remarques ravageuses du rapport, les faits mentionnés ne constituent pas une surprise totale, même si la plupart des médias omettaient de parler du comportement du président.
Des dénégations ne pouvant cacher les faits
Biden et son entourage ont affiché une indignation bien ostensible, le président s’exclamant même : « Comment diable ose-t-il ? » concernant son supposé oubli quant à la disparition de son fils. Peu après, il a confondu ses homologues égyptien et mexicain. Si la question de son état mental fait assez souvent l’objet de gros titres depuis quelques jours, on pouvait cependant déjà constater d’inquiétantes confusions depuis qu’il était revenu sous le feu des projecteurs en vue de l’élection de 2020. Notamment en ce qui concerne son fils décédé. Quelques jours avant la présidentielle, il avait d’abord présenté sa petite-fille comme étant son fils lors d’une visite à Philadelphie. En novembre 2022, il a affirmé que son fils avait perdu la vie en Irak alors qu’il est décédé aux États-Unis. La compassion que l’on peut ressentir pour un père qui a perdu son enfant ne suffit pas à effacer les doutes. Et les doutes sont lourds tant le président américain multiplie les incohérences, les comportements étranges et erratiques que ses défenseurs expliquent par ses difficultés d’élocution. Sans doute ces difficultés expliquent-t-elles qu’il ait mordillé un doigt de son épouse alors qu’elle discourait durant la campagne de 2020, qu’il ait tenté de serrer la main manquante d’un soldat amputé, qu’il serre des mains imaginaires. Etc. Si les multiples chutes de Biden ont été largement relayées par les médias, que ce soit à vélo, sur une estrade ou en embarquant dans Air Force One, des attitudes plus troublantes ont été tout autant ignorées. C’est notamment le cas d’un épisode autour de Pâques, il y a deux ans, où une personne déguisée en lapin a détourné le président des journalistes auxquels il répondait concernant la politique étrangère. Biden s’est plié aux consignes du lagomorphe démocrate !
Le New York Post a souligné que la personne ainsi accoutrée était probablement Meghan Hays, la responsable des relations avec la presse de la Maison-Blanche. On la voit en photo dans ce costume le même jour. Rien qui n’aide à mettre sous le boisseau la question qu’agitent depuis le début de sa présidence de nombreux républicains, celle concernant le réel pouvoir du président. Biden ne semble pas toujours savoir où il va, comme lorsqu’il a fallu qu’un agent du Secret Service lui indique qu’il devait marcher dans l’allée alors qu’il s’égarait quasiment sur la pelouse de la Maison-Blanche après avoir quitté Marine one, l’hélicoptère présidentiel. Mais ses propos et attitudes ne semblent pas inquiéter ses conseillers et l’ensemble de son gouvernement qui ont une direction. Le médecin de la présidence, le Dr Kevin O’Connor, a déclaré l’an dernier que Biden « demeure apte au travail et s’acquitte pleinement de toutes ses responsabilités sans exception ni accommodement ». L’éventualité de son retrait de la course à la présidentielle a été balayée d’un revers de main et le président triomphe dans les urnes des primaires démocrates.
Chaque jour nous apporte un peu plus la démonstration que le camp des certitudes sombre dans la panique. Il s’y noie. Voilà que ses tenants se voient toujours davantage contraints de sortir du bois. Alors, les masques tombent.
Tant qu’ils n’avaient pas à gesticuler hors de leur zone de confort, nous pouvions les créditer a priori et sans plus d’examen d’une certaine capacité intellectuelle, d’une puissance dialectique potentiellement supérieure, d’un brio de la pensée et du verbe dignes de respect, si ce n’est d’admiration. Or, au gré des rares confrontations qu’ils acceptent – ou plutôt qu’ils ne sont plus en mesure d’éviter – on ne peut que constater chez eux un niveau plutôt consternant. Deloire et Jost, respectivement instigateur et artisan de la croisade anti-CNews, en sont les consternants exemples de ces derniers jours. Ils font l’actualité, et ils la font mal.
Nous passerons ici sous silence l’indigence des arguments qu’ils s’imaginent livrer dans les interviews. Quand ils en livrent. M. Deloire n’en est pas encore à ce stade, manifestement. Faute d’en avoir vraiment sous le pied, et réalisant sans doute qu’il s’est trompé de cour où faire rouler sa bille, il fuit, il quitte le plateau. François Jost, lui, sémiologue, prof d’université, ce qui peut valoir excuse aux yeux de certains, avoue tranquillement sur l’antenne de Sud Radio qu’il se range à l’avis du journal le Monde pour classer à l’extrême droite tel groupe ou telle association. Le Monde érigé, donc, en mètre étalon de mesure et de jauge idéologique pour la classification et l’évaluation de la pensée et des opinions. De même, quand on demande à ce grand intellectuel de se situer, puisqu’il faudra, selon lui et ces nouveaux inquisiteurs, que tout locuteur invité des médias le fasse, il répond, sans rire, Humaniste. « Je suis humaniste ». Outre que la réponse est des plus plates et d’une lâcheté déconcertante, elle est surtout sans aucune valeur. Pour un marxiste-léniniste, pour un révolutionnaire convaincu, un individu se déclarant humaniste est immédiatement classé à droite, relégué dans le marécage de la réaction bourgeoise. Pour un religieux traditionaliste, par exemple, il est à caser dans l’engeance plus ou moins voltairienne, agnostique, voire athée, donc à gauche. On aperçoit ainsi la nullité de la réponse apportée et, au-delà, la paresse du raisonnement.
Mais il y a bien pire. Et ce pire du pire est à chercher dans le principe même de la démarche. Ses promoteurs ne sont même pas dans l’état de vigilance intellectuelle qui leur permettrait de réaliser à quel point ce principe est, en soi, une impasse. Ou pour parler dru, une phénoménale connerie. Ils affirment être les chevaliers blancs du pluralisme. Sauf qu’ils en seront à terme les fossoyeurs (Ce qui, après tout, est peut-être bien leur but réel). Monsieur de La Palisse l’aurait dit infiniment mieux que moi : il n’y a pas de pluralisme sans pluralité, et c’est précisément cette réalité bien concrète que représente – ou tente de représenter – le système médiatique que nous connaissons. La liberté de la presse en actes, fruit d’un rude et noble combat. Avec au bout, donc, une pluralité, une diversité d’offres. Et c’est ainsi que ce pluralisme s’est trouvé – mécaniquement – enrichi par l’avènement d’une chaine comme CNews, puisque cette offre n’existait pas auparavant. En bonne logique, nos croisés du pluralisme devraient s’en réjouir. Au lieu de cela, au prix d’un contresens intellectuel à peine concevable, ils s’emploient à déplacer la norme du pluralisme de l’ensemble du spectre de la presse française à chacun de ses éléments, à chaque média en particulier (avec une focalisation militante, évidemment, sur CNews). Le pluralisme, la pluralité de l’offre ne relèverait plus de l’ensemble du paysage, mais, répétons-le de chaque élément, de chaque titre.
Transposé à la presse écrite, ce procédé reviendrait à exiger de L’Humanité une pluralité d’approches, d’invités, d’interviews, de sensibilités, etc. parfaite, conforme au manuel Deloire-Jost. Et, bien sûr, même exigence pour Le Figaro. Ce qui fera que, à terme, on aboutira tout bonnement, et surtout inéluctablement, à l’uniformité des contenus. C’est l’évidence même. Le résultat ne sera rien d’autre que la négation même de la pluralité, la vraie, la réelle, appréhendée comme elle doit l’être conformément à son principe, c’est à dire en prenant en compte l’intégralité de l’offre de presse et non sa fragmentation façon puzzle. Si on s’écarte de cette logique-là, la seule qui vaille, un seul journal suffira, au fond. Tel est peut-être bien l’impensé ou l’inavoué des Deloire et Jost (et de leurs mandants, bien sûr). D’ailleurs, Jost, mine de rien, nous a fait gagner un temps précieux dans la perception de cette affaire puisqu’il nous a livré le titre du journal unique et idéal selon lui : Le Monde.
L’ordre puritain est en marche. Au nom de l’égalité et de la justice, les progressistes et les néoféministes traquent le moindre écart, la transgression, l’expression du fantasme. La sexualité doit répondre à l’impératif de transparence, et les rapports homme/femme à une charte aseptisée. C’est la rééducation à l’ère MeToo.
Pour leurs 50 ans, Les Valseuses sont privées de sortie. Le film autrefois culte est déprogrammé par M6. À vrai dire ce qui est étonnant, c’est qu’une chaîne de télé ait envisagé de le diffuser. Et pas seulement parce qu’il est habité par un Depardieu (magnétique) que la bonne société a mis au ban. L’errance amicale, délinquante et sexuelle de deux voyous sexy est une insulte à notre époque. Dans Les Valseuses, les viols sont requalifiés en romances (avec la complicité des victimes) ; aujourd’hui, des romances sont requalifiées en viol. La relation consentie, puis regrettée est en effet un classique des prétoires – j’étais sous emprise. Avant, on appelait ça le désir. On dira, comme Zemmour, que Les Valseuses fait l’apologie de l’individualisme triomphant et conquérant (je veux, je prends). Dans le climat actuel, il rappelle surtout que la sexualité, autrefois, pouvait être transgressive, tragique, joyeuse – et impérieuse. Comme l’observait Sade, « il n’est point d’homme qui ne veuille être despote quand il bande ». Dans le fond, les féministes d’aujourd’hui ne disent pas autre chose. Sauf qu’elles ont ce despotisme en horreur. Au cas où ce texte serait lu par des mal-comprenants, ce despotisme qui se joue dans l’ordre symbolique ne signifie en rien qu’il faille tolérer la moindre violence, mais que le fantasme n’est pas soumis à l’impératif démocratique.
Miou-Miou, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere dans le film culte de Bertrand Blier, Les Valseuses (1974).
Domine-moi
En tout cas, aucun ado de 1974 n’aurait pu prédire qu’un demi-siècle plus tard, on ferait dans la presse comme il faut l’apologie de la sexualité sans pénétration, celle-ci étant réduite à une technique de domination, voire aux prémices du viol. Ni que de jeunes adultes se glorifieraient de n’avoir aucune sexualité. Beaucoup revendiquent bruyamment leur abstinence, et pas parce que « le désir s’accroît quand l’effet se recule » (Racine). Pour Thelma, interrogée par Libération en 2020, c’est « une construction sociale » qui doit lui éviter de céder à « la possibilité de désirer, de fantasmer et d’avoir un rapport sexuel ». Thelma est à l’avant-garde. Un monde sans fantasme, voilà l’utopie du xxie siècle. Il s’agit bien, sous couvert d’égalité et de justice, de domestiquer la sexualité, c’est-à-dire d’en finir avec elle. Il n’est pas question de réprimer les instincts, rôle dévolu à la civilisation, mais d’effacer jusqu’à leur souvenir, d’où la rage mise à nier toute spécificité du désir masculin. Comme le montre Muray, légiste sourcilleux de l’humanité historique et ennemi irréconciliable du nouvel homme (qui est une femme comme les autres), la sexualité est le plus grand obstacle à l’utopie d’un monde délivré du mal, l’ultime refuge de la négativité et des séparations qui, écrit-il dans un texte comme toujours visionnaire, « animèrent pendant des siècles la merveilleuse confrontation comique et dialectique entre Éros et Thanatos[1] ». Il n’y a pas de sexualité sans altérité (y compris entre personnes du même sexe), et l’altérité fondamentale reste malgré tout la division sexuée de l’espèce. Aussi le catéchisme contemporain interdit-il d’y faire référence. Comme le souligne Mathieu Bock-Côté dans l’entretien qu’il nous donne ce mois-ci, dans 1984, des adultes sont obligés de dire que deux et deux font cinq. Aujourd’hui, il leur est interdit de dire qu’il y a des hommes et des femmes.
Cette entreprise de normalisation de l’intime vient de loin. Muray en détecte les prémices au xixe siècle : « L’état de catastrophe dans lequel se trouve désormais la vie sexuelle est le résultat de la victoire du romantisme, c’est-à-dire de la religion de l’authenticité sur l’art tortueux et sophistiqué du libertinage. » La religion de l’authenticité, c’est l’exacte définition du puritanisme.
La ruse de ce puritanisme est de s’acoquiner avec une apparence de permissivité maximale. Comment peut-on parler de puritanisme quand le sexe est partout, s’indignent les progressistes. « L’évocation sexuelle est devenue la métaphore générale de la satisfaction, écrivait Paul Yonnet en 2000 dans le numéro du quarantième anniversaire du Débat[2]. Personne ne s’en étonne, personne ne s’en offusque. » Un quart de siècle plus tard, ça offusque pas mal de monde au point que la publicité s’est rangée des bagnoles : plus personne n’oserait vendre une voiture en promettant la femme[3]. Les temps ont changé… et c’est très bien, faut-il s’empresser d’ajouter si on veut vivre tranquille.
Une nouvelle addiction
Il est vrai cependant que la détestation du sexe va de pair avec l’omniprésence du porno. Certes, celui-ci représentait 14 % des entrées en 1974, l’année de sortie d’Emmanuelle, et 25 % en 1975. Déjà, Yonnet constatait que cette avalanche de sons, images et mots n’avait aucune influence sur la vie amoureuse : « On aurait pu s’attendre à une société dionysiaque, un bond en avant de la libido et des expériences amoureuses, bref une atmosphère d’érotisation compulsive des mœurs. » Il n’en a rien été. Les mœurs sexuelles des Français sont restées passablement stables et conjugales. La porno, en revanche, a beaucoup changé. En plus d’être de plus en plus violent, il est, pour nombre d’adolescents (et sans doute des adultes), une véritable addiction. Justement : le porno n’est plus un adjuvant, un excitant, mais un substitut au sexe charnel.
Dans les milieux conservateurs, le point de vue courant sur le nouveau puritanisme est qu’il serait un backlash, un retour de bâton, par rapport aux excès de la libération sexuelle. La satiété aurait tué le désir. Il y a du vrai à l’échelle d’individus, comme ces enfants de soixante-huitards devenus intraitables sur les bonnes mœurs[4]. Mais peut-être que la libération sexuelle a été une étape dans l’étouffement de la sexualité par positivité. « Si la libido est descendue dans la rue en mai 68, résume lumineusement Muray, c’est qu’elle n’avait plus rien à cacher. Et seuls les morts n’ont rien à cacher. »
Ce qui tue la sexualité, ce n’est pas la répression, c’est la lumière. « La volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal », écrit Baudelaire. On ne fait pas le mal en public. Soumise à l’impératif sacré de transparence, la libido doit signer des engagements, expier ses péchés, obéir à un code de bonne conduite, partager les tâches domestiques. La terreur sociale, confortée par le droit, s’invite « jusque sous nos draps », pour reprendre l’expression de Noémie Halioua (voir l’article sur son livre de Frédéric Magellan dans notre dossier). Pas étonnant que nos imaginaires soient tentés d’aller voir ailleurs.
Notre époque qui croit être passée de l’ombre à la lumière avec #MeToo, ne tolère plus sur la sexualité qu’un discours clinique ou apocalyptique. La vie sexuelle doit se conformer à la grammaire de la démocratie et de la bonne foi. Répétons encore, pour les malentendants que le déplorer, ce n’est pas accepter que l’homme propose et dispose mais penser que, s’il plaît aux humains de jouer avec les anciens rôles sexués, c’est leur liberté. Cela fait longtemps que les femmes ne sont plus assignées à l’intérieur – même si certaines choisissent ce rôle, ce qui est aussi leur liberté. Ainsi, observe Muray, nous voyons disparaître parce que frappées d’opprobre, voire d’illégalité « des choses devenues impensables comme la division des sexes, le corps différencié, le plaisir égoïste, le secret, les interdits, la conquête, l’immoralité, la trahison, l’obscénité, la complicité, l’opacité, la duplicité, la culpabilité, la lascivité et tant d’autres choses encore qui se nourrissaient non seulement de l’opposition entre hommes et femmes, mais aussi de la division entre public et privé ».
La menace hygiéniste
Cette conception hygiéniste se double d’un discours apocalyptique qui confond la norme avec sa transgression, et ne dépeint la sexualité et singulièrement l’hétérosexualité que sous les auspices de la violence et de la domination. Comme le Blanc du discours décolonial, l’homme du discours féministe est structurellement coupable.
Une relation clairement consentie peut être qualifiée de viol, en particulier quand la femme est mineure – nonobstant le fait que la majorité sexuelle est à 15 ans. La zone trouble des amours interdites n’appelle que des condamnations dépourvues de toute compréhension.
Campé sur son statut victimaire et sur la créance que cela lui donne sur la gent masculine, le féminisme post-MeToo fait tomber des têtes. Pour de vrai. Tout homme célèbre n’ayant pas une vie sexuelle irréprochable est menacé. Sur les plateaux de cinéma, on ne parle que de ça. Les proscrits se passent des textes et des références sur le maccarthysme. C’est qu’acteurs et réalisateurs sont à la merci d’une dénonciation suivie d’une mise au ban, s’appuyant ou pas sur une blague déplacée, un regard en coin, voire, cela arrive, un comportement réellement répréhensible. La meilleure preuve que ça marche, c’est que, sans n’avoir jamais rien fait d’illégal, des hommes autrefois coureurs de jupons se rangent. Au rythme où nous « avançons », le vagabondage sexuel sera bientôt puni par la loi. En attendant, l’inquisition s’en charge. Les producteurs de cinéma ont été sommés par le CNC d’assister à un stage de rééducation, comme ils fleurissent désormais dans de nombreuses institutions.
Certes, les tribunaux résistent, comme le montre la liste des acquittés célèbres, établie par Jean-Baptiste Roques. Ils ne condamnent pas le dragueur lourd, l’inquisition s’en charge. Pour combien de temps ? Une magistrate qui a assisté au séminaire de l’École nationale de la magistrature sur les « violences sexistes et sexuelles », résume ainsi les travaux : « Jour 1 : l’homme est ontologiquement violent. Jour 2: une femme qui se plaint a nécessairement une vérité à dire, même si elle ment sur les détails. »
Freud l’annonçait : « Celui qui promettrait à l’humanité de la délivrer de la sujétion sexuelle, quelque sottise qu’il dise, serait considéré comme un héros. » Nous y sommes. Tout cela, répétons-le, n’a pas commencé avec MeToo. Mais pourrait bien finir avec MeToo. Si aucun régime communiste n’est parvenu à faire dépérir l’État, le dépérissement de la sexualité est en bonne voie. Le féminisme sera peut-être, pour notre malheur à tous, la seule révolution de l’histoire qui réalisera son programme.
[1] « Sortie de la libido, entrée des artistes », Critique, juin-juil. 2000 (repris dans Essais, Les Belles-Lettres, 2010).
[2] Paul Yonnet, « Libérer le sexe pour se libérer du sexe », Le Débat, n° 112(5), nov.-déc. 2000.
[3] « Il a la voiture, il aura la femme », promettait je ne sais plus quelle marque automobile dans les années 1990.
[4] Raison pour laquelle, outre l’envie de faire une petite blague, nous avons choisi ce titre de une.
RSF a raison : il est temps de vérifier si le pluralisme est bien respecté sur certains médias ! s’amuse notre chroniqueur Didier Desrimais.
Ce qui se passe actuellement en France est incroyable. Suite à une saisine de Reporters sans frontières (RSF), ONG ayant en principe « pour objectif la défense de la liberté de la presse », le Conseil d’État a décidé d’inciter l’Arcom à faire respecter le pluralisme dans les médias audiovisuels en tenant compte non plus seulement du temps de parole des personnalités politiques invitées mais également de l’orientation de pensée supposée des participants, chroniqueurs et animateurs des différentes émissions. Cela s’appelle un fichage politique et est normalement interdit sous nos latitudes démocratiques. Pourtant, sous la férule de RSF, le Conseil d’État demande à l’Arcom de se pencher sur le dossier CNews dans un délai de six mois. Pourquoi spécifiquement CNews ? C’est que la chaîne connaît un succès grandissant. Succès qu’elle doit aux sujets abordés (parfois par elle seule), aux reportages sur la vie réelle des Français, aux débats qu’ils suscitent sur les plateaux grâce à ses excellents journalistes, chroniqueurs et invités. La ligne éditoriale de CNews n’est un mystère pour personne. La ligne éditoriale de France Inter n’est pas plus mystérieuse. Différence notable : CNews est une chaîne privée ; France Inter, une radio publique. Question pluralisme, je ne suis pas certain que France Inter, qui devrait être la radio de tous les Français puisque tous les Français paient pour elle, soit la mieux placée : une partie de l’électorat y est régulièrement conspué, l’écologisme y a une place prépondérante (une charte environnementale interne proscrit explicitement tout débat contradictoire et remise en question des rapports du GIEC), l’idéologie européiste y prospère gentiment, le wokisme également, la matinale d’information est le summum de l’entre-soi gaucho-libéral-libertaire.
Concernant cette dernière, lorsque Nicolas Demorand, Léa Salamé, Sonia Devillers et Claude Askolovitch sont en vacances, ce sont leurs clones, Simon Le Baron, Alexandra Bensaid et Laetitia Gayet qui les remplacent. Votre serviteur a écouté attentivement la matinale du mardi 3 février animée par ces derniers. Compte-rendu :
7h44. L’édito politique. Yaël Goosz méprise certains Français. Il trouve qu’ils ont des idées nauséabondes et qu’ils votent mal. Il méprise tout autant les représentants politiques qui ont été élus par ces Français. Ce matin-là, il s’interroge – « Un tabou politique est-il en train de tomber face au RN ? » – et répond immédiatement par l’affirmative en montrant du doigt les coupables, Emmanuel Macron et Gabriel Attal qui, selon lui, ont enterré « la notion “d’arc républicain” ». Attal a eu en effet l’outrecuidance d’expliquer dans les médias que son « arc républicain » à lui, c’est tout l’hémicycle – c’est-à-dire l’ensemble des élus issus d’élections démocratiques – ce qui semble chagriner l’éditorialiste politique qui ne comprend pas : dans son discours de politique générale le Premier ministre sonnait pourtant la charge contre le « parti du Frexit déguisé » et les « amis de Poutine ». Au goût de M. Goosz ce discours manquait quand même un peu de cette coloration brunâtre qui distingue les méchants fachos des gentils républicains. Du coup, le journaliste s’y colle : il rappelle d’abord que Jordan Bardella a récemment affirmé ne pas croire que Jean-Marie Le Pen était antisémite ; puis, profitant grossièrement de l’émotion suscitée par la mort de Robert Badinter, que ce dernier « a passé sa vie à alerter contre la “lepénisation des esprits” ». Visiblement agacé par « l’atonie du camp macroniste » face au RN, Yaël Goosz s’est trituré les méninges pour écrire un bon mot supposé faire mouche – « Sans arc, on cherche les flèches ! » – suivi bientôt d’un second : « À force de tirer sur la corde, l’arc finit par casser. » L’éditorialiste est la proie des idées fixes, que voulez-vous, le RN l’obsède. Dans son avant-dernier édito, il s’étranglait d’indignation en évoquant l’annonce de Gérald Darmanin sur la fin du droit du sol à Mayotte : « Emmanuel Macron est-il prêt à s’appuyer sur le RN, sur ses voix, pour faire passer la révision ? » Dans son antépénultième chronique, il se demandait si François Bayrou ne faisait pas le jeu du RN. Quelques jours auparavant il affirmait que le RN surfait sur la crise agricole en se « repaissant des souffrances » des agriculteurs. La proie des idées fixes, vous dis-je.
7h50. Alexandra Bensaid, alias Miss Woke, reçoit l’actrice Jodie Foster à l’occasion de la sortie de la quatrième saison de la série True Detective. Deux mots sur le cinéma hollywoodien comparé aux séries produites par HBO ou Netflix, trois bricoles sur le scénario de la série en question, puis Alexandra Bensaid lance les sujets sociétaux qui lui tiennent vraiment à cœur : le casting de la nouvelle saison de True Detective est formidable, « c’est une représentante des minorités (Kali Race, collègue de Foster dans la série, est “racisée”) et deux femmes en tête d’affiche – ça dit à quel point le cinéma américain a changé ! » La journaliste évoque ensuite l’affaire Weinstein, Gérard Depardieu, les déclarations de Judith Godrèche. « Je sais que vous vivez en France un moment assez MeeToo », dit l’actrice tout en affirmant être une « femme forte » n’ayant jamais rencontré de problèmes avec ses réalisateurs et ses producteurs. Enfin, Alexandra Bensaid avoue son inquiétude pour les Etats-Unis : « Il y a beaucoup de retours en arrière. La discrimination positive a disparu dans les facs. Il y a beaucoup de grandes entreprises qui sont en train de revenir en arrière sur leurs programmes de diversité. Est-ce que vous sentez tout ça ? » Jodie Foster botte en touche : « Vous posez beaucoup de questions politiques mais moi je fais du cinéma avant tout. » La journaliste ne comprend visiblement pas le français que l’actrice américaine parle pourtant à la perfection et la relance sur les « inquiétudes qui pèsent sur la démocratie américaine », entre autres la possible future élection de Trump « dont les électeurs ont lancé l’assaut du Capitole en janvier 2021 », rappelle-t-elle avec une subtilité de mammouth. Constatant qu’Alexandra Bensaid a la comprenette difficile, Jodie Foster – diplômée de Yale, polyglotte, QI de 132 – précise simplement mais fermement sa pensée : « Je ne parle pas de politique américaine. C’est une très mauvaise idée pour moi et pour les acteurs en général. Moi je fais du cinéma, c’est ça mon job à moi. » Mme Bensaid est désappointée : d’habitude, quand elle interviouwe une actrice française sur la politique, celle-ci embraie aussitôt pour asséner avec une éloquence de perroquet les banalités progressistes, féministes ou écologistes de la gauche culturelle. Il faut dire que les actrices françaises donneuses de leçons de morale à deux balles n’ont pas la moitié du quart du QI de Jodie Foster. Il est vrai aussi que nombre d’entre elles n’ont pas le quart de la moitié de son talent. Et je ne parle pas que de Léa Seydoux.
8h17. Pierre Haski, ancien directeur adjoint de Libération, fondateur du site d’extrême gauche Rue89 et membre de Reporters sans Frontières, consacre sa chronique géopolitique à « la catastrophe humanitaire en cours à Rafah ». Il évoque le témoignage apocalyptique du docteur Raphaël Pitti, médecin humanitaire de l’ONG Mehad, la veille sur France Culture. Le 6 février, France Info relayait déjà sur ses ondes les informations du même docteur Pitti de retour de Gaza. Le 8 février, le docteur Pitti était déjà dans les studios de France Inter et, conformément à l’aberrante propagande répandue pour faire des Israéliens les nouveaux nazis, comparait Gaza au… Ghetto de Varsovie, tout en refusant de condamner clairement le Hamas. Sur la radio publique, quand on tient un intervenant qui se conforme à la ligne pro-palestinienne de ladite radio, on ne le lâche pas et on se le prête de studio en studio !
8H47. La revue de presse. Laetitia Gayet remplace Claude Askolovitch, ce qui ne change strictement rien quant au choix des journaux cités préférentiellement. Libération a droit à sa pub quotidienne – la veille, le quotidien avait déjà fait l’essentiel de la revue de presse de Mme Gayet. Le Monde et L’Obs sont régulièrement cités. Sur France Inter on n’évoque jamais les magazines Valeurs actuelles, L’Incorrect ou Causeur, sauf pour les accuser d’être… d’extrême droite. On peut en revanche, comme ce matin-là, citer longuement la revue Regards en omettant de dire qu’elle est une revue d’extrême gauche qui se fit connaître pour son titre de couverture tout en nuances en juillet 2023 : « Dire les faits : 1) La police tue. 2) Son racisme est systémique. » Le lendemain, Laetitia Gayet citera La Croix, Le Canard enchaîné, L’Obs, Le 1, Le Monde et Libération – c’est-à-dire la fine fleur de la presse de centre gauche, de gauche et d’extrême gauche. Le même jour, pour débattre sur « les combats de Robert Badinter », Simon Le Baron recevra Thomas Legrand, journaliste à France Inter et à Libération, Raphaëlle Bacqué, journaliste au Monde, et Pablo Pillaud-Vivien, journaliste et rédacteur en chef de la revue d’extrême gauche Regards. Facétieux, l’auditeur attentif Gilles-William Goldnadel notera immédiatement sur son compte X : « Triomphe du pluralisme de sévices publics. »
9H43. L’édito média. Cyril Lacarrière rappelle ce que les fidèles auditeurs sont censés déjà savoir puisque Edwy Plenel était la veille dans les studios de France Inter pour annoncer qu’il quitte la présidence de Médiapart. « C’est une espèce en voie de disparition qui part avec lui : le patron de presse à l’ancienne », se lamente le chroniqueur en regrettant qu’aujourd’hui une certaine presse, suivez mon regard, promeuve « une idéologie politique » – ce qui n’a jamais été le cas de Médiapart, comme chacun sait. Ah ! bien sûr, concède Cyril Lacarrière, Plenel a des défauts ; Plenel s’est mis à dos Charlie Hebdo ; Plenel a protégé Tariq Ramadan ; Plenel a un côté donneur de leçons qui peut énerver. Mais, s’enflamme le chroniqueur, quel homme, quel journaliste, quelle force, quelle personnalité, quelle réussite ! On comprend mieux pourquoi Plenel pense qu’il est une sorte de dieu aux yeux des journalistes.
Fin d’une matinale de France Inter ressemblant à toutes les matinales de France Inter.
Le Conseil d’État juge que, pour apprécier le respect du pluralisme de l’information par un média audiovisuel, « l’Arcom doit prendre en compte la diversité des courants de pensée et d’opinions représentés par l’ensemble des participants des programmes diffusés, y compris les chroniqueurs, animateurs et invités, et pas uniquement le temps d’intervention des personnalités politiques ». Si l’Arcom veut se faire la main, nous lui conseillons de commencer par un média où le relevé des « courants de pensée et d’opinions de l’ensemble des participants » sera relativement aisé, évident, rapide et incontestable. J’ai bien une petite idée mais je ne veux influencer personne – ce dont je suis certain, c’est que ce n’est sans doute pas CNews qui viendra en premier à l’esprit des membres de l’Arcom si l’expression « honnêteté intellectuelle » veut encore dire quelque chose.
D’ailleurs, Yaël Goosz semble penser la même chose que moi et prend les devants: « L’Arcom, dit-il pour conclure son édito du 15 février, doit inventer de toutes pièces, pour l’automne, la nomenclature qui permettra de dire si une chaîne est pluraliste ou non, hors temps de parole politique. En « fliquant » chroniqueurs, journalistes, producteurs ? On m’a certifié que non. Il n’empêche, il y aura bien un nouveau cadre, défini par qui ? Comment ? Ce n’est pas parce que CNews tousse, que la chasse aux dérives doit devenir virale. » Cette déclaration sonne comme un aveu.
Une étude universitaire prétend que Tsahal pollue trop depuis le début de la guerre contre le Hamas… À toutes les calamités dont Israël est systématiquement accusé, s’ajoute donc le problème écolo.
Depuis le début de sa campagne militaire pour neutraliser le Hamas dans la bande de Gaza, Israël est accusé de tous les maux, de la violation des droits humains au génocide. Maintenant, ses critiques ont trouvé un nouvel angle d’attaque : son action serait en train d’exacerber la catastrophe climatique qui menace la planète. C’est la thèse d’une étude publiée en janvier par des chercheurs britanniques et américains[1]. Ces derniers affirment que les émissions de gaz à effet de serre générées au cours des deux premiers mois de la guerre seraient plus grandes que l’empreinte carbone annuelle de plus de vingt autres pays et territoires (sans spécifier lesquels). Selon leurs calculs, au moins 281 000 tonnes métriques de CO2 auraient été émises par avions, chars, missiles et bombes, ainsi que par les usines qui les fabriquent. Presque la moitié de ces émissions serait attribuable à des avions de transport américains qui ont livré des fournitures militaires aux Israéliens.
L’étude, prépubliée en ligne, a été favorablement accueillie par le journal anglais de gauche The Guardian, puis largement reprise par les médias progressistes[2]. Elle a été saluée par un rapporteur spécial des Nations unies. Les faibles moyens militaires du Hamas sont présentés presque de manière vertueuse par The Guardian, puisque ses tirs de roquettes n’ont généré que 713 tonnes de CO2. Mais le 1,7 million de tonnes israéliennes (mesuré sur un an) représente peu à côté d’autres chiffres. En 2022, les forces armées américaines ont émis 48 millions pour seulement une partie de leurs activités. Selon l’Agence européenne de la sécurité aérienne, les avions partant d’aéroports européens en ont émis 147 millions en 2019. Et qui s’aventurerait à évaluer le bilan carbone de la guerre en Ukraine ? Certes, la planète se réchauffe, mais les critiques d’Israël sont surchauffés.
[1]. « A Multitemporal Snapshot of Greenhouse Gas Emissions from the Israel-Gaza Conflict », Social Science Research Network, 9 janvier 2024.
[2]. Nina Lakhani, « Emissions from Israel’s War in Gaza have “immense” effect on climate catastrophe », 9 janvier 2024.
L’opposant numéro 1 à Vladimir Poutine n’est plus. Qu’il ait été tué ou qu’on l’ait laissé péricliter dans la colonie pénitentiaire où il faisait de fréquents séjours en « cellule de discipline » malgré un état de santé alarmant, le Kremlin voulait sa mort. Les chancelleries occidentales s’indignent de la cruauté du régime russe, et tiennent Vladimir Poutine pour responsable. À un mois des élections qui vont le confirmer à la tête du pays jusqu’en 2030, le dirigeant russe rappelle à l’Occident et à son peuple qu’il fait ce qu’il veut.
Ainsi, vient-on d’apprendre, ce 16 février 2024, la mort, à l’âge de 47 ans seulement, dans une prison – portant la sinistre appellation de « Loup polaire », où il purgeait une peine carcérale de dix-neuf ans pour « extrémisme » – située au-delà du glacial cercle arctique, d’Alexeï Navalny, principal opposant politique au régime dictatorial de Vladimir Poutine.
Stupeur, certes, au sein de nos démocraties et, plus généralement, du monde libre ! Car, par-delà même cette tragique disparition de Navalny, dont on ne louera jamais assez l’immense courage face à ce que beaucoup considéraient malheureusement comme une mort annoncée au vu de la dureté de ses conditions de détention, c’est la liberté, en sa plus noble, haute et belle expression, qui a été, de fait, assassinée là, et par la plus brutale, horrible et cynique des manières !
Le courage de la vérité
Comment, d’ailleurs, ne pas se souvenir, en d’aussi dramatiques circonstances, de ce que le grand Alexandre Soljenitsyne, le plus célèbre des dissidents au sein de l’ex-Union Soviétique, écrivait déjà, dans son Archipel du Goulag (1973), à propos de l’univers concentrationnaire, où il fut lui-même enfermé, au fin fond de la non moins hostile Sibérie, pendant de longues et cruelles années : « Notre univers n’est-il pas une cellule de condamnés à mort ? »
Condamné à mort : c’est cette très lourde sentence, aux funestes contours de peine capitale, que Navalny, le courage de la vérité néanmoins chevillé au corps comme à l’âme, affronta précisément, avec une détermination qui n’avait d’égale que sa lucidité, lorsqu’il revint, le 28 janvier 2021, d’Allemagne, où il avait été hospitalisé après avoir subi, en août 2020, une grave tentative d’empoisonnement (au novitchok, censé paralyser les réflexes neurologiques) de la part des services secrets poutiniens (le FSB, anciennement KGB), pour rentrer en Russie, où il savait pertinemment bien que, faute de soins adéquats au regard de sa santé ainsi fragilisée irrémédiablement, il périrait, reclus en un total isolement, sinon en une de ces terribles « cellules de discipline » dont les pouvoirs les plus tyranniques ont l’impénétrable secret, d’une lente et douloureuse agonie.
Car c’est ainsi, en d’aussi effroyables circonstances, où toute humanité semble même avoir disparu au mortifère horizon de ce monde glacial, que l’on meurt, comme aux pires heures de l’ère stalinienne, dans ce que l’on appelle pudiquement, mais surtout très hypocritement, une « colonie pénitentiaire ». Ce type de totalitarisme, un écrivain aussi talentueux que Franz Kafka l’a, du reste, particulièrement bien décrit lui aussi, en 1919 déjà, dans une nouvelle intitulée, justement, La colonie pénitentiaire. Kafkaïen, précisément !
Le destin d’un héros mort en martyr
Ainsi, est-ce également là, face à un aussi douloureux mais symbolique destin, en véritable martyr, où la mort le rend paradoxalement encore plus vivant, et la clameur de son combat pour la liberté plus que jamais retentissante aujourd’hui, qu’Alexeï Navalny, dont le silencieux mais éloquent sourire se parait infailliblement d’une sorte de politesse du désespoir, s’en est allé en ce morne jour d’hiver.
Que cet héroïque Alexeï Navalny, qui a désormais rejoint ces autres grandes figures de la dissidence russo-soviétique que furent Alexandre Soljenitsyne, Andreï Sakharov ou Alexandre Zinoviev (mémorable auteur, notamment, des Hauteurs Béantes), ne se désole toutefois pas trop là où il est à présent : son combat pour la liberté – l’inaliénable et précieuse liberté – demeurera à jamais, pour tout démocrate digne de ce nom, authentiquement épris de justice, un exemple à suivre, éternellement ! Ainsi, non, la mort d’Alexeï Navalny, qui aura ainsi payé de sa propre vie par sa résistance à l’oppression, ne sera pas vaine : nous, hommes et femmes de bonne volonté, profondément attachés aux imprescriptibles valeurs morales et principes philosophiques de l’humanisme, continuerons son immortel combat pour la liberté, partout dans le monde, y compris en Russie. Gloire à Navalny !
Didier Desrimais a récemment dénoncé les délires wokes, antispécisme y compris. L’essayiste animaliste David Chauvet lui répond.
Dans sa récente chronique pour Causeur évoquant le livre de Jean-François Braunstein La philosophie devenue folle, Didier Desrimais affirme ou à tout le moins laisse entendre que l’antispécisme est une forme de wokisme[1]. Disons-le clairement : cette affirmation n’a aucun fondement, mais Didier Desrimais et Jean-François Braunstein ont tout à fait raison de s’interroger sur les dérives passées et futures de l’antispécisme, comme de toute autre idéologie.
On peut très bien exécrer le wokisme et être antispéciste, si on définit l’antispécisme comme le fait de ne pas porter atteintes aux intérêts fondamentaux des animaux au seul critère qu’ils appartiennent à une autre espèce – je dis bien « intérêts des animaux », ce qui signifie qu’ils sont sensibles et doués de conscience. Chacun comprend qu’il y a une différence entre un moucheron et un cheval, oserai-je croire, et on ne rejettera pas la protection due à ce dernier en prétextant simplement de l’exemple du premier.
Oubliez les singeries de Singer
Donc, l’antispécisme ne devrait pas être considéré, par principe, comme « une philosophie devenue folle ». Se soucier des animaux ne date pas d’hier, et certainement pas de l’antispécisme de Peter Singer. Il suffit de se souvenir, pour parler de la seule civilisation judéo-chrétienne, que dans l’Eden Adam et Eve ne mangeaient pas de viande. On l’ignore souvent, mais cela a donné lieu à une « lecture végétarienne du christianisme », pour citer Olivier Christin et Guillaume Alonge dans leur belle étude Adam et Eve, le paradis, la viande et les légumes, dont le lecteur pourra trouver en ligne une chronique par votre serviteur[2]. En témoigne, l’ouvrage De abstinentia carnis du futur cardinal Silvio Antoniano au seizième siècle. Certes, il s’agissait moins de se soucier des animaux que de retrouver un idéal de pureté et d’humilité. Mais croyez bien que les antispécistes – du moins ceux qui, parmi eux, se soucient sincèrement des animaux – se satisferaient très bien de la fin des abattoirs, serait-elle motivée par tout autre chose que leur idéologie.
Quand je parle de sincérité, je veux dire que l’antispécisme peut aussi bien être un moyen de défendre les animaux qu’une vulgaire posture idéologique. Ou bien un simple jeu intellectuel, propre à sombrer dans les délires dont l’université est coutumière – ce que Didier Desrimais comme Jean-François Braunstein dénoncent brillamment. Mais voudra-t-on en revenir à la hiérarchie des races parce que l’antiracisme vire à présent au wokisme le plus grotesque ? Ou priver les femmes du droit de vote à cause du néoféminisme ? Non, alors de grâce, pas de deux poids deux mesures avec l’antispécisme. Ce n’est pas l’antispécisme en soi qu’il faut condamner mais, de même que l’antiracisme, ses dérives. Refuser qu’on torture ou qu’on tue les animaux n’implique pas d’accepter la zoophilie, de vouloir se marier avec son chat ou toute autre proposition issue d’esprits à la dérive.
Diabolisation
Ne pas faire cette distinction cruciale est non seulement un deux poids deux mesures, mais c’est une grave faute stratégique pour la droite : car la ficelle est grosse et il n’échappe à personne que derrière l’épouvantail de l’antispécisme, c’est la cause animale que certains cherchent à diaboliser, par exemple en assimilant au wokisme, de manière bassement opportuniste, la lutte contre la corrida ou contre la chasse. C’est alors de nos concitoyens, dans leur grande majorité sympathisants de cette cause, qu’on veut couper la droite. On ne le répètera jamais assez, tout comme l’écologie, la cause animale n’est pas essentiellement de gauche, et encore moins un avatar du wokisme[3].
Ou sinon, dites à Brigitte Bardot qu’elle est woke. Nul doute qu’elle goûtera le compliment avec la même volupté qu’une bouchée de viande.
Liberati (Prix Femina 2011 ; Prix Renaudot 2022) aime la récidive, surtout quand il s’agit de nous entraîner dans la débauche à bord d’une grosse Daimler dont les sièges de cuir bleu sentent le miel et le thé. Dans Les Démons (2020), on avait découvert Taïné et Alexis, duo vaguement incestueux. On les avait quittés à New York. On les retrouve à Rome, dans les années 1970.
La sœur, Taïné, photographe de talent, toxicomane, lesbienne de choc soumise à ses fantasmes les plus dingues ; le frère, Alexis, écrivain empêché, attiré par la chute, les partouzes, les bulles de champagne. Ils croisent Truman Capote, l’écrivain qui a foutu en rogne le plus grand acteur de tous les temps, Marlon Brando ; Helmut Berger, surnommé « l’Autrichienne », l’amant de Luchino Visconti ; Andy Warhol, et d’autres déjantés flamboyants qui auraient ouvert leur braguette devant les censeurs du wokisme. Heureusement que la mort les a projetés dans l’autre monde, leur évitant d’être confrontés à cette insupportable régression.
Le style de Liberati continue de faire mouche : baroque, lyrique, nerveux, à l’os. Le lecteur est convié à la table d’extravagants capables de vous occire pour éprouver la plus sublime des jouissances. C’est dionysiaque, fuligineux, insensé, à l’image de l’Occident, lieu de la chute où le soir ne cesse de tomber, pour reprendre l’image heideggérienne. La fête s’achève en 1973. Liberati : « La crise pétrolière de 1973 et le magnétisme énergique de New York finirait de vider la vie nocturne de ses vrais héros, accusant cette décadence qui fit de Rome une voie sans issue et un mouroir dès 1975. » Il ne faut jamais contrarier les plans du capitalisme.
Lors de ces séances de magie noire, nous croisons Dominique Mirhage, « la hyène du Capitole ». Elle apparaît lors d’un dîner, à Rome, un soir d’automne ; on la suit sur une vingtaine de pages, puis elle est rattrapée par son destin ; elle finit mal, dans la puanteur. La photographie de la couverture du roman, prise lors du tournage du film L’Urlo (1970), est celle de Tina Aumont, « la plus belle femme du monde », selon le réalisateur Tinto Brass. Elle a d’immenses yeux noirs, rehaussés de khôl, sa longue chevelure brune encadre un fin visage tourmenté ; elle tient dans la main droite un adorable poussin tout jaune. Elle est Bella dans le roman. « Alexis n’avait jamais remarqué à quel point le regard de Bella était sombre, il en montait une vapeur mélancolique et douce. » On pense qu’elle va être un personnage central. Eh bien, non, elle disparaît presque aussitôt après cette description. C’est comme ça, avec Liberati, et depuis son entrée fracassante en littérature : il faut s’habituer aux apparitions. En revanche, Truman Capote reste un pilier du récit. C’est le privilège de l’écrivain, celui qui vous croque et vous fait entrer, parfois de force, dans ses livres. Il est à Rome, Paris, Palm Springs. Avec sa voix de fausset et son regard lubrique, il virevolte comme le moustique, vous repère et vous suce le sang. Il n’hésite pas à fouiller dans les poubelles de l’élite fortunée et cosmopolite. Taïné et Alexis sont suffisamment désaxés pour finir dans Prières exaucées, son chef-d’œuvre posthume. Mais Liberati offre à ces décadents la pleine lumière dans une histoire contrôlée par le crâne de Yorick.
À propos de la nihiliste Taïné, d’origine russe, Liberati écrit : « Quant à ce que les psychologues appellent ‘’culpabilité’’ et les moralistes ‘’mauvaise conscience’’, elle n’en avait jamais jusqu’ici découvert en elle la trace. » Puritains désexualisés, s’abstenir.
La société américaine Delta Airlines affirmait dans un message en 2020 qu'elle allait devenir la première compagnie aérienne neutre en carbone. La voici désormais poursuivie devant la justice en Californie pour communication fallacieuse... Image: DR.
Le «greenwashing» (blanchiment écologique), la communication à outrance visant à faire passer pour verts, durables et vertueux les produits et les stratégies des entreprises, est tellement omniprésent que nous avons fini par ne plus le percevoir. Mais il est pourtant en plein reflux à cause d’un mouvement qui se généralise baptisé «greenhushing» (silence écologique). Il consiste pour les entreprises à revenir sur leurs ambitions vertes proclamées de crainte maintenant d’être trainées en justice pour être incapables de les respecter. On peut à la fois s’en réjouir, la communication a tout de même des limites, et le déplorer.
N’avez-vous pas eu l’impression ces derniers temps que les entreprises communiquaient moins sur leurs engagements climatiques ? Si tel est le cas, votre intuition est la bonne. Ce nouveau phénomène a désormais un nom : le « greenhushing » (ou écosilence en français). Des acteurs économiques tels que BP, Shell ou Amazon l’ont pratiqué en 2023.
Mais de quoi s’agit-il exactement ? Pour comprendre ce qu’est le greenhushing, il est nécessaire de revenir sur des années de « greenwashing » (ou écoblanchiment) avec lequel il s’inscrit en rupture. Ce procédé, massivement utilisé depuis les années 1990, est aujourd’hui bien connu du public. Il consiste à maquiller en vert des produits ou des services qui ne le sont pas.
La France, pionnière d’une réglementation coercitive
Afin de juguler cette tendance en plein essor, les pouvoirs publics ont récemment décidé de s’emparer du sujet en mettant sur pied un arsenal législatif de plus en plus coercitif.
Notre pays a été le premier à ouvrir la voie. L’Union européenne s’est depuis engagée dans le bannissement des allégations environnementales génériques sans preuve. L’actualisation en ce sens des règles de consommation a été votée en janvier 2024 par les députés européens. Elle attend désormais l’approbation du Conseil avant d’être retranscrite sous deux ans dans les droits nationaux.
Outre-Atlantique, l’État de Californie a à son tour promulgué le 1er janvier dernier une loi anti-greenwashing. Majoritairement inspirée de la réglementation française, elle propose d’aller plus loin que la dernière mise à jour des « green guides » de la Federal Trade Commission en obligeant les annonceurs à fournir des données normalisées devant attester de la véracité de leurs promesses environnementales.
Contourner l’opinion publique… et la justice
Conséquence directe de ce nouvel environnement légal, les entreprises sont de plus en plus nombreuses à cesser de communiquer sur leurs engagements climatiques. On appelle cela le greenhushing. Outre le fait de se conformer à la réglementation, elles évitent ainsi de s’exposer au jugement de l’opinion publique, mais aussi de leurs clients, des investisseurs et des médias tout en se protégeant d’éventuelles poursuites judiciaires.
Il faut dire que le nombre de dossiers portés en justice en raison de communications environnementales trompeuses n’a jamais été aussi nombreux. En particulier aux États-Unis, comme en témoigne l’impressionnante liste de la Federal Trade Commission. En mai dernier, Delta était ainsi poursuivie devant les juges californiens après avoir affirmé être la « première compagnie aérienne neutre en carbone ».
Compte tenu de l’apparition récente du phénomène, il est encore peu documenté. Le cabinet de conseil suisse South Pole fut le premier, dès 2022, à l’évoquer dans son rapport annuel « En route vers le Net Zéro ». Ce rapport a contribué à populariser le greenhushing. À tel point qu’il est à présent mentionné dans de grands titres de presse tels que le New York Times ou le Washington Post.
Il faut dire qu’il a connu un essor fulgurant. Au cours de cette dernière année, le nombre d’entreprises reconnaissant pratiquer le greenhushing a été multiplié par trois, selon South Pole. Au moins une sur cinq serait à présent concernée.
L’édition 2024 du rapport de South Pole, qui vient d’être publiée, nous apprend que tous les secteurs d’activité se livrent à présent au greenhushing. Parmi les 1 400 compagnies sondées, 86% de celles commercialisant des biens de consommation et 72% des compagnies pétrolières disent avoir réduit leur communication.
Mais cette nouvelle pratique ne se limite pas aux activités les plus polluantes. Les entreprises les plus engagées dans la lutte contre le changement climatique sont même en première ligne. Sur le panel étudié par South Pole, 88% des firmes proposant des services environnementaux déclarent…
Le Quai d’Orsay est-il bien le ministère des Affaires étrangères? Liliane Messika procède à quelques rappels historiques utiles, après la lecture d’un communiqué du gouvernement français concernant les violences des Israéliens en Cisjordanie.
Le Quai d’Orsay est bien le ministère des Affaires étrangères ? Pourtant, c’est à la rue arabe et à ses soumis hexagonaux qu’il a adressé un communiqué le 13 février 2024 : « La France adopte des sanctions à l’encontre de colons israéliens extrémistes qui se sont rendus coupables de violences contre des civils palestiniens en Cisjordanie. À ce titre, 28 individus sont visés par une interdiction administrative du territoire français. (…) La colonisation est illégale en droit international et doit cesser. Sa poursuite est incompatible avec la création d’un État palestinien viable, qui est la seule solution pour qu’Israéliens et Palestiniens puissent vivre, côte à côte, en paix et en sécurité »[1].
Tout est calibré pour une lecture antisioniste : le choix des mots est un code compris par ceux qu’il vise à apaiser, comme par ceux qui endureront les violences induites. Quant au poids des faux, il pèsera sur les manifestations antisémites, déjà multipliées par 1000 depuis le 7 octobre, dans notre pays.
Explication de texte
« Cisjordanie » est déjà un maître-mot. Il désigne la partie occidentale du Jourdain, que le royaume hachémite de Jordanie avait illégalement annexée lors de la guerre contre Israël, le 15 mai 1948, quand il a déclaré son indépendance vis-à-vis de son colonisateur britannique.
Lorsque Israël l’a reconquise en 1967, ses habitants avaient une carte d’identité jordanienne. Mais en 1970, l’OLP[2] ayant tenté, une fois de trop, d’assassiner le roi Hussein, celui-ci lança l’opération « Septembre Noir », qui tua entre 3500 et 10 000 fedayin et en blessa 110 000 selon les terroristes. Des sources plus fiables parlent de 3500 morts et 10 000 blessés.[3] Les fauteurs de troubles furent expulsés et partirent à Tunis. En 1988, le roi amputa ce membre de son royaume et supprima les cartes d’identité à ses habitants. Les négociations avec Israël étaient probablement déjà engagées, car lorsque le traité fut signé, en 1994, la Jordanie refusa de récupérer ce territoire, arguant qu’elle y avait déjà renoncé et laissant à l’État juif le soin de négocier avec le représentant des ex-Jordaniens, Yasser Arafat.
Jusqu’en 1948, « Judée-Samarie » était l’appellation officielle de cette contrée, y compris dans la Résolution 181 de l’ONU, qui délimita, en 1947, le partage de la Palestine mandataire (exception faite de la Jordanie, déjà constituée en État arabe par les Britanniques en 1922).
À partir de 1967, elle devint « West Bank » (rive ouest) en international dans le texte, et Cisjordanie en langue politique arabe de la France.
Dans le même registre, « colons israéliens extrémistes » est le chiffon rouge qui acte que la France a adopté le narratif palestinien. Elle n’use d’ailleurs du vocable « extrémiste » que contre les Juifs : même les pogromistes du 7 octobre n’y ont pas eu droit.[4]
Alors que l’anglais nomme les villages juifs dans les territoires disputés « settlements », implantations, le Quai d’Orsay utilise le mot « colonies », connoté « occupation française de l’Algérie ». Le sous-entendu est bien entendu : pour la rue arabe de France et ses idiots utiles de l’extrême gauche antisioniste, tout Israélien est un colon, donc un extrémiste, donc un salaud à abattre, l’objectif étant d’en libérer « toute la Palestine du fleuve à la mer ».
Ceux qui ont inventé ce slogan savent très bien qu’ils parlent de l’intégralité du territoire entre la frontière Est d’Israël, le Jourdain et sa frontière Ouest, la mer Méditerranée. Ceux qui le répètent ignorent souvent de quelle mer et de quel fleuve il s’agit, mais ils comprennent que c’est un synonyme de « Mort aux Juifs ! »
Il ne viendrait pas à l’esprit des premiers de qualifier de colons les 2,1 millions d’Arabes israéliens qui vivent en Israël. Ces citoyens ne risquent aucune violence de la part de leur entourage juif. Les seconds l’ignorent et de toute façon, ils trouveraient que « cépapareil ».
Les partis arabes du pays de l’apartheid
Les députés arabes de la Knesset, le parlement israélien, se plaignent souvent de la violence qui règne dans leurs localités[6] et reprochent au gouvernement de ne pas y mettre le holà avec assez d’énergie.[7]
Si on ne connaissait pas le tropisme palestinolâtre du Monde, on se demanderait pourquoi, quand il en parle, il retire leur nationalité à ces citoyens israéliens en les appelant « Palestiniens d’Israël », alors qu’une majorité d’entre eux est opposée à l’idée de devenir des citoyens palestiniens : « Au sein de l’échantillon arabe, la part des chrétiens et des druzes qui se sentent partie prenante de l’État d’Israël (84%) est nettement plus élevée que celle des musulmans (66%), mais cette part constitue toujours une majorité importante dans tous les groupes religieux. Une ventilation par âge montre que la plus forte augmentation du sentiment d’appartenance à l’État d’Israël et à ses problèmes concerne la cohorte la plus jeune, âgée de 18 à 24 ans (juin, 44 % ; novembre, 70 %) »[8].
Les Israéliens ayant rendu coup pour coup à ceux des Palestiniens qui, jusqu’alors, les attaquaient en toute impunité, sont traités avec sévérité par leur Justice. Comme l’avait été Salah Hamouri, « avocat franco-israélien prisonnier politique » en français et « condamné pour tentative d’assassinat d’un rabbin et participation à un mouvement terroriste » en hébreu. La rue arabe de plusieurs banlieues françaises voulait faire de lui un citoyen d’honneur. Mais quand il a été expulsé d’Israël et qu’il est arrivé sur le sol français, elle s’est vigoureusement indignée de ce qu’elle a appelé une « déportation ».
Les coupables israéliens de déprédations sur des villages palestiniens sont en prison en Israël et rien n’indique qu’ils aient envie de venir goûter l’antisémitisme hexagonal. Le communiqué du Quai d’Orsay leur interdisant l’accès à notre pays est donc purement symbolique.
« La colonisation est illégale en droit international et doit cesser »
Colonisation : « constitution, à une assez grande distance d’une métropole, d’un établissement permanent, échappant à l’autorité des populations indigènes et demeurant dans la dépendance de la métropole d’origine »[9]. Depuis quelle métropole lointaine le peuple juif aurait-il créé un établissement permanent, échappant à l’autorité des populations indigènes ? Et qui, à part lui, sont ces populations ?
Les « réfugiés palestiniens », eux, n’ont qu’à revendiquer un ancêtre qui y a vécu deux ans pour avoir le label. Ils sont les descendants « des personnes dont la résidence normale était la Palestine pendant la période du 1er juin 1946 au 15 mai 1948, et qui ont perdu leur foyer et leurs moyens de subsistance à la suite du conflit de 1948 »[10].
Bien que le processus de paix soit en panne, le pacte toujours en vigueur entre Israël et les Palestiniens est le traité des Accords d’Oslo : « Oslo II, article X.2 : Les nouveaux redéploiements des forces militaires israéliennes vers des sites militaires spécifiés commenceront après l’inauguration du Conseil et seront progressivement mis en œuvre à la mesure de la prise en charge de l’ordre public et de la sécurité intérieure par la police palestinienne… Oslo II, Article XI.2.e : Au cours des nouvelles phases de redéploiement, qui seront achevées dans les 18 mois suivant la date de l’investiture du Conseil, les pouvoirs et les responsabilités en matière de territoire seront progressivement transférés à la juridiction palestinienne qui couvrira le territoire de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza, à l’exception des questions qui seront négociées dans le cadre des négociations sur le statut permanent »[11].
Ce que les Français appellent « colonies » fait partie des questions qui doivent être discutées pour les échanges territoriaux permettant de dessiner « des frontières sûres et reconnues » selon les termes de la Résolution onusienne n°242. Les « colonies » sont peut-être haram[12], mais elles ne sont pas illégales au regard du droit international.
« Sa poursuite est incompatible avec la création d’un État palestinien viable »
Pourquoi la France estime-t-elle l’existence de villages juifs incompatible avec un État palestinien, alors qu’elle trouve normale celle des villages arabes dans l’État juif ? Le 7 octobre 2023, cela faisait 18 ans qu’il n’y avait plus un seul juif, donc a fortiori aucune « colonie », dans toute la Bande de Gaza. Le Hamas y régnait sans limite. Ce qui a mis en danger cet État palestinien de facto, c’est son attaque du territoire israélien pour procéder aux massacres que l’on sait, pas la présence d’une quelconque présence juive. A contrario, lorsque la paix a été signée entre l’État juif et l’Égypte en 1979, les Israéliens, qui avaient construit des villages dans le Sinaï après 1967, ont été rapatriés dans Israël intramuros. Les réfractaires ont été évacués de force par Ariel Sharon, Premier ministre de l’époque, que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître, mais que leurs parents haïssaient avec autant de passion qu’ils exècrent Netanyahou.
La République française a plus de choses en commun avec la démocratie israélienne qu’avec les républiques islamiques qui pratiquent la charia et le nettoyage ethnique. Pourquoi nos dirigeants sont-ils les derniers à s’en rendre compte ?
[12] Haram = licite selon le Coran. « Les Juifs n’ont pas le droit de souiller la mosquée al-Aqsa de leurs pieds dégoûtants ». Vidéo de Mahmoud Abbas : https://www.memri.org/tv/palestinian-president-mahmoud-abbas-jews-have-no-right-defile-al-aqsa-mosque-their-filthy-feet
Interrogations autour du déclin cognitif de Joe Biden. Il conserve une bonne mémoire, selon son avocat, mais pas question de publier les transcriptions censées le démontrer ! Dimanche dernier, l’avocat du président américain, maitre Robert Bauer a écarté sur CBS la question de la publication des transcriptions de l’audition de Biden par Robert Hur, alors qu’il prétend qu’elles prouvent que les propos de ce dernier sur l’état cognitif du président américain sont sans fondement.
Les défaillances mentales de Joe Biden font les gros titres des journaux outre-Atlantique, ces derniers jours, après la publication des mentions peu flatteuses du rapport du procureur spécial Robert Hur quant à sa mémoire. Nombre de médias assurent que les capacités du président commencent à décliner, mais la question n’est pas nouvelle. Si depuis quelques mois certains articles de presse affirment que Biden est victime d’usure, ses capacités cognitives faisaient déjà l’objet de critiques en 2016. Diverses vidéos le montrent dans des situations inquiétantes, obéissant même sans broncher à un « lapin géant » (!) (notre vidéo ci-dessous). Le 11 février, l’avocat de Biden était l’invité de Margaret Brennan, journaliste animant Face the Nation sur CBS, une émission penchant légèrement vers le centre gauche. Robert Bauer, par ailleurs époux de la conseillère principale de Biden, Anita Dunn, s’est escrimé à tenter de discréditer le rapport de Hur, un républicain nommé par le procureur général des États-Unis, autrement dit le ministre fédéral de la Justice, censé être relativement indépendant du président depuis le scandale du Watergate. Dans sa note interne confidentielle, le procureur spécial Hur recommande de ne pas poursuivre Biden concernant les documents classifiés que ce dernier avait conservés après son départ de la vice-présidence en janvier 2017. Mais il motive son propos en mettant en cause la santé mentale du président, l’illustrant par le fait que Biden ne se souvient plus de la date de la mort de son fils aîné, Beau, ou de celles de son mandat de veep. L’état cognitif de Biden serait tel qu’un tribunal pourrait difficilement obtenir de lui des réponses : « Nous avons également considéré qu’au procès, M. Biden se présenterait probablement à un jury, comme il l’a fait lors de notre interview de lui, comme un vieil homme sympathique, bien intentionné. Il ressort de nos interactions directes avec lui et de nos observations que c’est quelqu’un au sujet de qui de nombreux jurés voudront considérer qu’il y a un doute raisonnable. Il serait difficile de convaincre un jury de le condamner […] pour un crime grave requérant un état mental permettant d’agir volontairement. »
Bob Baueur, l’avocat de Joe Biden, s’est voulu rassurant sur CBS, 11 février. Capture CBS.
Question embarrassante sur CBS
Lorsque Bauer a déployé ses effets de manche, son indignation et déclaré que les allusions du rapport à la mémoire de Biden étaient inexactes, Mme Brennan a souligné qu’il avait assisté à l’interrogatoire de plus de deux jours et lui a demandé si le président avait rencontré des difficultés à se rappeler des détails. Usant de la langue de bois, son avocat a répondu que Biden avait répondu directement aux questions et « livré ses meilleurs souvenirs » dont il pense qu’ils sont utiles à l’enquête. Mme Brennan a poursuivi en lui demandant s’il était favorable à la publication des transcriptions à partir desquels a été rédigé le rapport, mais le conseil juridique du président a répondu que c’était au gouvernement de décider, le document étant classifié. La journaliste n’a pas lâché le morceau et a voulu savoir s’il recommanderait qu’elles soient rendues publiques si elles corroboraient ses propres souvenirs, à quoi l’avocat et époux de la conseillère principale du président a répondu qu’il n’était pas un spécialiste du processus en cours. Sans doute aucun, il n’avait pas été briefé en amont de l’émission !
Hur, un républicain, est accusé de partialité, mais c’est le ministre Merrick Garland qui a publié la note confidentielle que lui a remis le procureur spécial. Il ne pouvait cependant l’enfouir après s’être engagé l’an dernier à publier tous les rapports autant que possible. Le procureur spécial a-t-il orienté ses notes en sachant que la confidentialité mentionnée ne servirait qu’à le dédouaner politiquement ? Les démocrates disent que oui, les républicains soutiennent son approche sur le plan juridique. Toujours est-il que si Garland est fortement critiqué pour ne pas avoir caviardé les remarques ravageuses du rapport, les faits mentionnés ne constituent pas une surprise totale, même si la plupart des médias omettaient de parler du comportement du président.
Des dénégations ne pouvant cacher les faits
Biden et son entourage ont affiché une indignation bien ostensible, le président s’exclamant même : « Comment diable ose-t-il ? » concernant son supposé oubli quant à la disparition de son fils. Peu après, il a confondu ses homologues égyptien et mexicain. Si la question de son état mental fait assez souvent l’objet de gros titres depuis quelques jours, on pouvait cependant déjà constater d’inquiétantes confusions depuis qu’il était revenu sous le feu des projecteurs en vue de l’élection de 2020. Notamment en ce qui concerne son fils décédé. Quelques jours avant la présidentielle, il avait d’abord présenté sa petite-fille comme étant son fils lors d’une visite à Philadelphie. En novembre 2022, il a affirmé que son fils avait perdu la vie en Irak alors qu’il est décédé aux États-Unis. La compassion que l’on peut ressentir pour un père qui a perdu son enfant ne suffit pas à effacer les doutes. Et les doutes sont lourds tant le président américain multiplie les incohérences, les comportements étranges et erratiques que ses défenseurs expliquent par ses difficultés d’élocution. Sans doute ces difficultés expliquent-t-elles qu’il ait mordillé un doigt de son épouse alors qu’elle discourait durant la campagne de 2020, qu’il ait tenté de serrer la main manquante d’un soldat amputé, qu’il serre des mains imaginaires. Etc. Si les multiples chutes de Biden ont été largement relayées par les médias, que ce soit à vélo, sur une estrade ou en embarquant dans Air Force One, des attitudes plus troublantes ont été tout autant ignorées. C’est notamment le cas d’un épisode autour de Pâques, il y a deux ans, où une personne déguisée en lapin a détourné le président des journalistes auxquels il répondait concernant la politique étrangère. Biden s’est plié aux consignes du lagomorphe démocrate !
Le New York Post a souligné que la personne ainsi accoutrée était probablement Meghan Hays, la responsable des relations avec la presse de la Maison-Blanche. On la voit en photo dans ce costume le même jour. Rien qui n’aide à mettre sous le boisseau la question qu’agitent depuis le début de sa présidence de nombreux républicains, celle concernant le réel pouvoir du président. Biden ne semble pas toujours savoir où il va, comme lorsqu’il a fallu qu’un agent du Secret Service lui indique qu’il devait marcher dans l’allée alors qu’il s’égarait quasiment sur la pelouse de la Maison-Blanche après avoir quitté Marine one, l’hélicoptère présidentiel. Mais ses propos et attitudes ne semblent pas inquiéter ses conseillers et l’ensemble de son gouvernement qui ont une direction. Le médecin de la présidence, le Dr Kevin O’Connor, a déclaré l’an dernier que Biden « demeure apte au travail et s’acquitte pleinement de toutes ses responsabilités sans exception ni accommodement ». L’éventualité de son retrait de la course à la présidentielle a été balayée d’un revers de main et le président triomphe dans les urnes des primaires démocrates.
Chaque jour nous apporte un peu plus la démonstration que le camp des certitudes sombre dans la panique. Il s’y noie. Voilà que ses tenants se voient toujours davantage contraints de sortir du bois. Alors, les masques tombent.
Tant qu’ils n’avaient pas à gesticuler hors de leur zone de confort, nous pouvions les créditer a priori et sans plus d’examen d’une certaine capacité intellectuelle, d’une puissance dialectique potentiellement supérieure, d’un brio de la pensée et du verbe dignes de respect, si ce n’est d’admiration. Or, au gré des rares confrontations qu’ils acceptent – ou plutôt qu’ils ne sont plus en mesure d’éviter – on ne peut que constater chez eux un niveau plutôt consternant. Deloire et Jost, respectivement instigateur et artisan de la croisade anti-CNews, en sont les consternants exemples de ces derniers jours. Ils font l’actualité, et ils la font mal.
Nous passerons ici sous silence l’indigence des arguments qu’ils s’imaginent livrer dans les interviews. Quand ils en livrent. M. Deloire n’en est pas encore à ce stade, manifestement. Faute d’en avoir vraiment sous le pied, et réalisant sans doute qu’il s’est trompé de cour où faire rouler sa bille, il fuit, il quitte le plateau. François Jost, lui, sémiologue, prof d’université, ce qui peut valoir excuse aux yeux de certains, avoue tranquillement sur l’antenne de Sud Radio qu’il se range à l’avis du journal le Monde pour classer à l’extrême droite tel groupe ou telle association. Le Monde érigé, donc, en mètre étalon de mesure et de jauge idéologique pour la classification et l’évaluation de la pensée et des opinions. De même, quand on demande à ce grand intellectuel de se situer, puisqu’il faudra, selon lui et ces nouveaux inquisiteurs, que tout locuteur invité des médias le fasse, il répond, sans rire, Humaniste. « Je suis humaniste ». Outre que la réponse est des plus plates et d’une lâcheté déconcertante, elle est surtout sans aucune valeur. Pour un marxiste-léniniste, pour un révolutionnaire convaincu, un individu se déclarant humaniste est immédiatement classé à droite, relégué dans le marécage de la réaction bourgeoise. Pour un religieux traditionaliste, par exemple, il est à caser dans l’engeance plus ou moins voltairienne, agnostique, voire athée, donc à gauche. On aperçoit ainsi la nullité de la réponse apportée et, au-delà, la paresse du raisonnement.
Mais il y a bien pire. Et ce pire du pire est à chercher dans le principe même de la démarche. Ses promoteurs ne sont même pas dans l’état de vigilance intellectuelle qui leur permettrait de réaliser à quel point ce principe est, en soi, une impasse. Ou pour parler dru, une phénoménale connerie. Ils affirment être les chevaliers blancs du pluralisme. Sauf qu’ils en seront à terme les fossoyeurs (Ce qui, après tout, est peut-être bien leur but réel). Monsieur de La Palisse l’aurait dit infiniment mieux que moi : il n’y a pas de pluralisme sans pluralité, et c’est précisément cette réalité bien concrète que représente – ou tente de représenter – le système médiatique que nous connaissons. La liberté de la presse en actes, fruit d’un rude et noble combat. Avec au bout, donc, une pluralité, une diversité d’offres. Et c’est ainsi que ce pluralisme s’est trouvé – mécaniquement – enrichi par l’avènement d’une chaine comme CNews, puisque cette offre n’existait pas auparavant. En bonne logique, nos croisés du pluralisme devraient s’en réjouir. Au lieu de cela, au prix d’un contresens intellectuel à peine concevable, ils s’emploient à déplacer la norme du pluralisme de l’ensemble du spectre de la presse française à chacun de ses éléments, à chaque média en particulier (avec une focalisation militante, évidemment, sur CNews). Le pluralisme, la pluralité de l’offre ne relèverait plus de l’ensemble du paysage, mais, répétons-le de chaque élément, de chaque titre.
Transposé à la presse écrite, ce procédé reviendrait à exiger de L’Humanité une pluralité d’approches, d’invités, d’interviews, de sensibilités, etc. parfaite, conforme au manuel Deloire-Jost. Et, bien sûr, même exigence pour Le Figaro. Ce qui fera que, à terme, on aboutira tout bonnement, et surtout inéluctablement, à l’uniformité des contenus. C’est l’évidence même. Le résultat ne sera rien d’autre que la négation même de la pluralité, la vraie, la réelle, appréhendée comme elle doit l’être conformément à son principe, c’est à dire en prenant en compte l’intégralité de l’offre de presse et non sa fragmentation façon puzzle. Si on s’écarte de cette logique-là, la seule qui vaille, un seul journal suffira, au fond. Tel est peut-être bien l’impensé ou l’inavoué des Deloire et Jost (et de leurs mandants, bien sûr). D’ailleurs, Jost, mine de rien, nous a fait gagner un temps précieux dans la perception de cette affaire puisqu’il nous a livré le titre du journal unique et idéal selon lui : Le Monde.
L’ordre puritain est en marche. Au nom de l’égalité et de la justice, les progressistes et les néoféministes traquent le moindre écart, la transgression, l’expression du fantasme. La sexualité doit répondre à l’impératif de transparence, et les rapports homme/femme à une charte aseptisée. C’est la rééducation à l’ère MeToo.
Pour leurs 50 ans, Les Valseuses sont privées de sortie. Le film autrefois culte est déprogrammé par M6. À vrai dire ce qui est étonnant, c’est qu’une chaîne de télé ait envisagé de le diffuser. Et pas seulement parce qu’il est habité par un Depardieu (magnétique) que la bonne société a mis au ban. L’errance amicale, délinquante et sexuelle de deux voyous sexy est une insulte à notre époque. Dans Les Valseuses, les viols sont requalifiés en romances (avec la complicité des victimes) ; aujourd’hui, des romances sont requalifiées en viol. La relation consentie, puis regrettée est en effet un classique des prétoires – j’étais sous emprise. Avant, on appelait ça le désir. On dira, comme Zemmour, que Les Valseuses fait l’apologie de l’individualisme triomphant et conquérant (je veux, je prends). Dans le climat actuel, il rappelle surtout que la sexualité, autrefois, pouvait être transgressive, tragique, joyeuse – et impérieuse. Comme l’observait Sade, « il n’est point d’homme qui ne veuille être despote quand il bande ». Dans le fond, les féministes d’aujourd’hui ne disent pas autre chose. Sauf qu’elles ont ce despotisme en horreur. Au cas où ce texte serait lu par des mal-comprenants, ce despotisme qui se joue dans l’ordre symbolique ne signifie en rien qu’il faille tolérer la moindre violence, mais que le fantasme n’est pas soumis à l’impératif démocratique.
Miou-Miou, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere dans le film culte de Bertrand Blier, Les Valseuses (1974).
Domine-moi
En tout cas, aucun ado de 1974 n’aurait pu prédire qu’un demi-siècle plus tard, on ferait dans la presse comme il faut l’apologie de la sexualité sans pénétration, celle-ci étant réduite à une technique de domination, voire aux prémices du viol. Ni que de jeunes adultes se glorifieraient de n’avoir aucune sexualité. Beaucoup revendiquent bruyamment leur abstinence, et pas parce que « le désir s’accroît quand l’effet se recule » (Racine). Pour Thelma, interrogée par Libération en 2020, c’est « une construction sociale » qui doit lui éviter de céder à « la possibilité de désirer, de fantasmer et d’avoir un rapport sexuel ». Thelma est à l’avant-garde. Un monde sans fantasme, voilà l’utopie du xxie siècle. Il s’agit bien, sous couvert d’égalité et de justice, de domestiquer la sexualité, c’est-à-dire d’en finir avec elle. Il n’est pas question de réprimer les instincts, rôle dévolu à la civilisation, mais d’effacer jusqu’à leur souvenir, d’où la rage mise à nier toute spécificité du désir masculin. Comme le montre Muray, légiste sourcilleux de l’humanité historique et ennemi irréconciliable du nouvel homme (qui est une femme comme les autres), la sexualité est le plus grand obstacle à l’utopie d’un monde délivré du mal, l’ultime refuge de la négativité et des séparations qui, écrit-il dans un texte comme toujours visionnaire, « animèrent pendant des siècles la merveilleuse confrontation comique et dialectique entre Éros et Thanatos[1] ». Il n’y a pas de sexualité sans altérité (y compris entre personnes du même sexe), et l’altérité fondamentale reste malgré tout la division sexuée de l’espèce. Aussi le catéchisme contemporain interdit-il d’y faire référence. Comme le souligne Mathieu Bock-Côté dans l’entretien qu’il nous donne ce mois-ci, dans 1984, des adultes sont obligés de dire que deux et deux font cinq. Aujourd’hui, il leur est interdit de dire qu’il y a des hommes et des femmes.
Cette entreprise de normalisation de l’intime vient de loin. Muray en détecte les prémices au xixe siècle : « L’état de catastrophe dans lequel se trouve désormais la vie sexuelle est le résultat de la victoire du romantisme, c’est-à-dire de la religion de l’authenticité sur l’art tortueux et sophistiqué du libertinage. » La religion de l’authenticité, c’est l’exacte définition du puritanisme.
La ruse de ce puritanisme est de s’acoquiner avec une apparence de permissivité maximale. Comment peut-on parler de puritanisme quand le sexe est partout, s’indignent les progressistes. « L’évocation sexuelle est devenue la métaphore générale de la satisfaction, écrivait Paul Yonnet en 2000 dans le numéro du quarantième anniversaire du Débat[2]. Personne ne s’en étonne, personne ne s’en offusque. » Un quart de siècle plus tard, ça offusque pas mal de monde au point que la publicité s’est rangée des bagnoles : plus personne n’oserait vendre une voiture en promettant la femme[3]. Les temps ont changé… et c’est très bien, faut-il s’empresser d’ajouter si on veut vivre tranquille.
Une nouvelle addiction
Il est vrai cependant que la détestation du sexe va de pair avec l’omniprésence du porno. Certes, celui-ci représentait 14 % des entrées en 1974, l’année de sortie d’Emmanuelle, et 25 % en 1975. Déjà, Yonnet constatait que cette avalanche de sons, images et mots n’avait aucune influence sur la vie amoureuse : « On aurait pu s’attendre à une société dionysiaque, un bond en avant de la libido et des expériences amoureuses, bref une atmosphère d’érotisation compulsive des mœurs. » Il n’en a rien été. Les mœurs sexuelles des Français sont restées passablement stables et conjugales. La porno, en revanche, a beaucoup changé. En plus d’être de plus en plus violent, il est, pour nombre d’adolescents (et sans doute des adultes), une véritable addiction. Justement : le porno n’est plus un adjuvant, un excitant, mais un substitut au sexe charnel.
Dans les milieux conservateurs, le point de vue courant sur le nouveau puritanisme est qu’il serait un backlash, un retour de bâton, par rapport aux excès de la libération sexuelle. La satiété aurait tué le désir. Il y a du vrai à l’échelle d’individus, comme ces enfants de soixante-huitards devenus intraitables sur les bonnes mœurs[4]. Mais peut-être que la libération sexuelle a été une étape dans l’étouffement de la sexualité par positivité. « Si la libido est descendue dans la rue en mai 68, résume lumineusement Muray, c’est qu’elle n’avait plus rien à cacher. Et seuls les morts n’ont rien à cacher. »
Ce qui tue la sexualité, ce n’est pas la répression, c’est la lumière. « La volupté unique et suprême de l’amour gît dans la certitude de faire le mal », écrit Baudelaire. On ne fait pas le mal en public. Soumise à l’impératif sacré de transparence, la libido doit signer des engagements, expier ses péchés, obéir à un code de bonne conduite, partager les tâches domestiques. La terreur sociale, confortée par le droit, s’invite « jusque sous nos draps », pour reprendre l’expression de Noémie Halioua (voir l’article sur son livre de Frédéric Magellan dans notre dossier). Pas étonnant que nos imaginaires soient tentés d’aller voir ailleurs.
Notre époque qui croit être passée de l’ombre à la lumière avec #MeToo, ne tolère plus sur la sexualité qu’un discours clinique ou apocalyptique. La vie sexuelle doit se conformer à la grammaire de la démocratie et de la bonne foi. Répétons encore, pour les malentendants que le déplorer, ce n’est pas accepter que l’homme propose et dispose mais penser que, s’il plaît aux humains de jouer avec les anciens rôles sexués, c’est leur liberté. Cela fait longtemps que les femmes ne sont plus assignées à l’intérieur – même si certaines choisissent ce rôle, ce qui est aussi leur liberté. Ainsi, observe Muray, nous voyons disparaître parce que frappées d’opprobre, voire d’illégalité « des choses devenues impensables comme la division des sexes, le corps différencié, le plaisir égoïste, le secret, les interdits, la conquête, l’immoralité, la trahison, l’obscénité, la complicité, l’opacité, la duplicité, la culpabilité, la lascivité et tant d’autres choses encore qui se nourrissaient non seulement de l’opposition entre hommes et femmes, mais aussi de la division entre public et privé ».
La menace hygiéniste
Cette conception hygiéniste se double d’un discours apocalyptique qui confond la norme avec sa transgression, et ne dépeint la sexualité et singulièrement l’hétérosexualité que sous les auspices de la violence et de la domination. Comme le Blanc du discours décolonial, l’homme du discours féministe est structurellement coupable.
Une relation clairement consentie peut être qualifiée de viol, en particulier quand la femme est mineure – nonobstant le fait que la majorité sexuelle est à 15 ans. La zone trouble des amours interdites n’appelle que des condamnations dépourvues de toute compréhension.
Campé sur son statut victimaire et sur la créance que cela lui donne sur la gent masculine, le féminisme post-MeToo fait tomber des têtes. Pour de vrai. Tout homme célèbre n’ayant pas une vie sexuelle irréprochable est menacé. Sur les plateaux de cinéma, on ne parle que de ça. Les proscrits se passent des textes et des références sur le maccarthysme. C’est qu’acteurs et réalisateurs sont à la merci d’une dénonciation suivie d’une mise au ban, s’appuyant ou pas sur une blague déplacée, un regard en coin, voire, cela arrive, un comportement réellement répréhensible. La meilleure preuve que ça marche, c’est que, sans n’avoir jamais rien fait d’illégal, des hommes autrefois coureurs de jupons se rangent. Au rythme où nous « avançons », le vagabondage sexuel sera bientôt puni par la loi. En attendant, l’inquisition s’en charge. Les producteurs de cinéma ont été sommés par le CNC d’assister à un stage de rééducation, comme ils fleurissent désormais dans de nombreuses institutions.
Certes, les tribunaux résistent, comme le montre la liste des acquittés célèbres, établie par Jean-Baptiste Roques. Ils ne condamnent pas le dragueur lourd, l’inquisition s’en charge. Pour combien de temps ? Une magistrate qui a assisté au séminaire de l’École nationale de la magistrature sur les « violences sexistes et sexuelles », résume ainsi les travaux : « Jour 1 : l’homme est ontologiquement violent. Jour 2: une femme qui se plaint a nécessairement une vérité à dire, même si elle ment sur les détails. »
Freud l’annonçait : « Celui qui promettrait à l’humanité de la délivrer de la sujétion sexuelle, quelque sottise qu’il dise, serait considéré comme un héros. » Nous y sommes. Tout cela, répétons-le, n’a pas commencé avec MeToo. Mais pourrait bien finir avec MeToo. Si aucun régime communiste n’est parvenu à faire dépérir l’État, le dépérissement de la sexualité est en bonne voie. Le féminisme sera peut-être, pour notre malheur à tous, la seule révolution de l’histoire qui réalisera son programme.
[1] « Sortie de la libido, entrée des artistes », Critique, juin-juil. 2000 (repris dans Essais, Les Belles-Lettres, 2010).
[2] Paul Yonnet, « Libérer le sexe pour se libérer du sexe », Le Débat, n° 112(5), nov.-déc. 2000.
[3] « Il a la voiture, il aura la femme », promettait je ne sais plus quelle marque automobile dans les années 1990.
[4] Raison pour laquelle, outre l’envie de faire une petite blague, nous avons choisi ce titre de une.
RSF a raison : il est temps de vérifier si le pluralisme est bien respecté sur certains médias ! s’amuse notre chroniqueur Didier Desrimais.
Ce qui se passe actuellement en France est incroyable. Suite à une saisine de Reporters sans frontières (RSF), ONG ayant en principe « pour objectif la défense de la liberté de la presse », le Conseil d’État a décidé d’inciter l’Arcom à faire respecter le pluralisme dans les médias audiovisuels en tenant compte non plus seulement du temps de parole des personnalités politiques invitées mais également de l’orientation de pensée supposée des participants, chroniqueurs et animateurs des différentes émissions. Cela s’appelle un fichage politique et est normalement interdit sous nos latitudes démocratiques. Pourtant, sous la férule de RSF, le Conseil d’État demande à l’Arcom de se pencher sur le dossier CNews dans un délai de six mois. Pourquoi spécifiquement CNews ? C’est que la chaîne connaît un succès grandissant. Succès qu’elle doit aux sujets abordés (parfois par elle seule), aux reportages sur la vie réelle des Français, aux débats qu’ils suscitent sur les plateaux grâce à ses excellents journalistes, chroniqueurs et invités. La ligne éditoriale de CNews n’est un mystère pour personne. La ligne éditoriale de France Inter n’est pas plus mystérieuse. Différence notable : CNews est une chaîne privée ; France Inter, une radio publique. Question pluralisme, je ne suis pas certain que France Inter, qui devrait être la radio de tous les Français puisque tous les Français paient pour elle, soit la mieux placée : une partie de l’électorat y est régulièrement conspué, l’écologisme y a une place prépondérante (une charte environnementale interne proscrit explicitement tout débat contradictoire et remise en question des rapports du GIEC), l’idéologie européiste y prospère gentiment, le wokisme également, la matinale d’information est le summum de l’entre-soi gaucho-libéral-libertaire.
Concernant cette dernière, lorsque Nicolas Demorand, Léa Salamé, Sonia Devillers et Claude Askolovitch sont en vacances, ce sont leurs clones, Simon Le Baron, Alexandra Bensaid et Laetitia Gayet qui les remplacent. Votre serviteur a écouté attentivement la matinale du mardi 3 février animée par ces derniers. Compte-rendu :
7h44. L’édito politique. Yaël Goosz méprise certains Français. Il trouve qu’ils ont des idées nauséabondes et qu’ils votent mal. Il méprise tout autant les représentants politiques qui ont été élus par ces Français. Ce matin-là, il s’interroge – « Un tabou politique est-il en train de tomber face au RN ? » – et répond immédiatement par l’affirmative en montrant du doigt les coupables, Emmanuel Macron et Gabriel Attal qui, selon lui, ont enterré « la notion “d’arc républicain” ». Attal a eu en effet l’outrecuidance d’expliquer dans les médias que son « arc républicain » à lui, c’est tout l’hémicycle – c’est-à-dire l’ensemble des élus issus d’élections démocratiques – ce qui semble chagriner l’éditorialiste politique qui ne comprend pas : dans son discours de politique générale le Premier ministre sonnait pourtant la charge contre le « parti du Frexit déguisé » et les « amis de Poutine ». Au goût de M. Goosz ce discours manquait quand même un peu de cette coloration brunâtre qui distingue les méchants fachos des gentils républicains. Du coup, le journaliste s’y colle : il rappelle d’abord que Jordan Bardella a récemment affirmé ne pas croire que Jean-Marie Le Pen était antisémite ; puis, profitant grossièrement de l’émotion suscitée par la mort de Robert Badinter, que ce dernier « a passé sa vie à alerter contre la “lepénisation des esprits” ». Visiblement agacé par « l’atonie du camp macroniste » face au RN, Yaël Goosz s’est trituré les méninges pour écrire un bon mot supposé faire mouche – « Sans arc, on cherche les flèches ! » – suivi bientôt d’un second : « À force de tirer sur la corde, l’arc finit par casser. » L’éditorialiste est la proie des idées fixes, que voulez-vous, le RN l’obsède. Dans son avant-dernier édito, il s’étranglait d’indignation en évoquant l’annonce de Gérald Darmanin sur la fin du droit du sol à Mayotte : « Emmanuel Macron est-il prêt à s’appuyer sur le RN, sur ses voix, pour faire passer la révision ? » Dans son antépénultième chronique, il se demandait si François Bayrou ne faisait pas le jeu du RN. Quelques jours auparavant il affirmait que le RN surfait sur la crise agricole en se « repaissant des souffrances » des agriculteurs. La proie des idées fixes, vous dis-je.
7h50. Alexandra Bensaid, alias Miss Woke, reçoit l’actrice Jodie Foster à l’occasion de la sortie de la quatrième saison de la série True Detective. Deux mots sur le cinéma hollywoodien comparé aux séries produites par HBO ou Netflix, trois bricoles sur le scénario de la série en question, puis Alexandra Bensaid lance les sujets sociétaux qui lui tiennent vraiment à cœur : le casting de la nouvelle saison de True Detective est formidable, « c’est une représentante des minorités (Kali Race, collègue de Foster dans la série, est “racisée”) et deux femmes en tête d’affiche – ça dit à quel point le cinéma américain a changé ! » La journaliste évoque ensuite l’affaire Weinstein, Gérard Depardieu, les déclarations de Judith Godrèche. « Je sais que vous vivez en France un moment assez MeeToo », dit l’actrice tout en affirmant être une « femme forte » n’ayant jamais rencontré de problèmes avec ses réalisateurs et ses producteurs. Enfin, Alexandra Bensaid avoue son inquiétude pour les Etats-Unis : « Il y a beaucoup de retours en arrière. La discrimination positive a disparu dans les facs. Il y a beaucoup de grandes entreprises qui sont en train de revenir en arrière sur leurs programmes de diversité. Est-ce que vous sentez tout ça ? » Jodie Foster botte en touche : « Vous posez beaucoup de questions politiques mais moi je fais du cinéma avant tout. » La journaliste ne comprend visiblement pas le français que l’actrice américaine parle pourtant à la perfection et la relance sur les « inquiétudes qui pèsent sur la démocratie américaine », entre autres la possible future élection de Trump « dont les électeurs ont lancé l’assaut du Capitole en janvier 2021 », rappelle-t-elle avec une subtilité de mammouth. Constatant qu’Alexandra Bensaid a la comprenette difficile, Jodie Foster – diplômée de Yale, polyglotte, QI de 132 – précise simplement mais fermement sa pensée : « Je ne parle pas de politique américaine. C’est une très mauvaise idée pour moi et pour les acteurs en général. Moi je fais du cinéma, c’est ça mon job à moi. » Mme Bensaid est désappointée : d’habitude, quand elle interviouwe une actrice française sur la politique, celle-ci embraie aussitôt pour asséner avec une éloquence de perroquet les banalités progressistes, féministes ou écologistes de la gauche culturelle. Il faut dire que les actrices françaises donneuses de leçons de morale à deux balles n’ont pas la moitié du quart du QI de Jodie Foster. Il est vrai aussi que nombre d’entre elles n’ont pas le quart de la moitié de son talent. Et je ne parle pas que de Léa Seydoux.
8h17. Pierre Haski, ancien directeur adjoint de Libération, fondateur du site d’extrême gauche Rue89 et membre de Reporters sans Frontières, consacre sa chronique géopolitique à « la catastrophe humanitaire en cours à Rafah ». Il évoque le témoignage apocalyptique du docteur Raphaël Pitti, médecin humanitaire de l’ONG Mehad, la veille sur France Culture. Le 6 février, France Info relayait déjà sur ses ondes les informations du même docteur Pitti de retour de Gaza. Le 8 février, le docteur Pitti était déjà dans les studios de France Inter et, conformément à l’aberrante propagande répandue pour faire des Israéliens les nouveaux nazis, comparait Gaza au… Ghetto de Varsovie, tout en refusant de condamner clairement le Hamas. Sur la radio publique, quand on tient un intervenant qui se conforme à la ligne pro-palestinienne de ladite radio, on ne le lâche pas et on se le prête de studio en studio !
8H47. La revue de presse. Laetitia Gayet remplace Claude Askolovitch, ce qui ne change strictement rien quant au choix des journaux cités préférentiellement. Libération a droit à sa pub quotidienne – la veille, le quotidien avait déjà fait l’essentiel de la revue de presse de Mme Gayet. Le Monde et L’Obs sont régulièrement cités. Sur France Inter on n’évoque jamais les magazines Valeurs actuelles, L’Incorrect ou Causeur, sauf pour les accuser d’être… d’extrême droite. On peut en revanche, comme ce matin-là, citer longuement la revue Regards en omettant de dire qu’elle est une revue d’extrême gauche qui se fit connaître pour son titre de couverture tout en nuances en juillet 2023 : « Dire les faits : 1) La police tue. 2) Son racisme est systémique. » Le lendemain, Laetitia Gayet citera La Croix, Le Canard enchaîné, L’Obs, Le 1, Le Monde et Libération – c’est-à-dire la fine fleur de la presse de centre gauche, de gauche et d’extrême gauche. Le même jour, pour débattre sur « les combats de Robert Badinter », Simon Le Baron recevra Thomas Legrand, journaliste à France Inter et à Libération, Raphaëlle Bacqué, journaliste au Monde, et Pablo Pillaud-Vivien, journaliste et rédacteur en chef de la revue d’extrême gauche Regards. Facétieux, l’auditeur attentif Gilles-William Goldnadel notera immédiatement sur son compte X : « Triomphe du pluralisme de sévices publics. »
9H43. L’édito média. Cyril Lacarrière rappelle ce que les fidèles auditeurs sont censés déjà savoir puisque Edwy Plenel était la veille dans les studios de France Inter pour annoncer qu’il quitte la présidence de Médiapart. « C’est une espèce en voie de disparition qui part avec lui : le patron de presse à l’ancienne », se lamente le chroniqueur en regrettant qu’aujourd’hui une certaine presse, suivez mon regard, promeuve « une idéologie politique » – ce qui n’a jamais été le cas de Médiapart, comme chacun sait. Ah ! bien sûr, concède Cyril Lacarrière, Plenel a des défauts ; Plenel s’est mis à dos Charlie Hebdo ; Plenel a protégé Tariq Ramadan ; Plenel a un côté donneur de leçons qui peut énerver. Mais, s’enflamme le chroniqueur, quel homme, quel journaliste, quelle force, quelle personnalité, quelle réussite ! On comprend mieux pourquoi Plenel pense qu’il est une sorte de dieu aux yeux des journalistes.
Fin d’une matinale de France Inter ressemblant à toutes les matinales de France Inter.
Le Conseil d’État juge que, pour apprécier le respect du pluralisme de l’information par un média audiovisuel, « l’Arcom doit prendre en compte la diversité des courants de pensée et d’opinions représentés par l’ensemble des participants des programmes diffusés, y compris les chroniqueurs, animateurs et invités, et pas uniquement le temps d’intervention des personnalités politiques ». Si l’Arcom veut se faire la main, nous lui conseillons de commencer par un média où le relevé des « courants de pensée et d’opinions de l’ensemble des participants » sera relativement aisé, évident, rapide et incontestable. J’ai bien une petite idée mais je ne veux influencer personne – ce dont je suis certain, c’est que ce n’est sans doute pas CNews qui viendra en premier à l’esprit des membres de l’Arcom si l’expression « honnêteté intellectuelle » veut encore dire quelque chose.
D’ailleurs, Yaël Goosz semble penser la même chose que moi et prend les devants: « L’Arcom, dit-il pour conclure son édito du 15 février, doit inventer de toutes pièces, pour l’automne, la nomenclature qui permettra de dire si une chaîne est pluraliste ou non, hors temps de parole politique. En « fliquant » chroniqueurs, journalistes, producteurs ? On m’a certifié que non. Il n’empêche, il y aura bien un nouveau cadre, défini par qui ? Comment ? Ce n’est pas parce que CNews tousse, que la chasse aux dérives doit devenir virale. » Cette déclaration sonne comme un aveu.
Une étude universitaire prétend que Tsahal pollue trop depuis le début de la guerre contre le Hamas… À toutes les calamités dont Israël est systématiquement accusé, s’ajoute donc le problème écolo.
Depuis le début de sa campagne militaire pour neutraliser le Hamas dans la bande de Gaza, Israël est accusé de tous les maux, de la violation des droits humains au génocide. Maintenant, ses critiques ont trouvé un nouvel angle d’attaque : son action serait en train d’exacerber la catastrophe climatique qui menace la planète. C’est la thèse d’une étude publiée en janvier par des chercheurs britanniques et américains[1]. Ces derniers affirment que les émissions de gaz à effet de serre générées au cours des deux premiers mois de la guerre seraient plus grandes que l’empreinte carbone annuelle de plus de vingt autres pays et territoires (sans spécifier lesquels). Selon leurs calculs, au moins 281 000 tonnes métriques de CO2 auraient été émises par avions, chars, missiles et bombes, ainsi que par les usines qui les fabriquent. Presque la moitié de ces émissions serait attribuable à des avions de transport américains qui ont livré des fournitures militaires aux Israéliens.
L’étude, prépubliée en ligne, a été favorablement accueillie par le journal anglais de gauche The Guardian, puis largement reprise par les médias progressistes[2]. Elle a été saluée par un rapporteur spécial des Nations unies. Les faibles moyens militaires du Hamas sont présentés presque de manière vertueuse par The Guardian, puisque ses tirs de roquettes n’ont généré que 713 tonnes de CO2. Mais le 1,7 million de tonnes israéliennes (mesuré sur un an) représente peu à côté d’autres chiffres. En 2022, les forces armées américaines ont émis 48 millions pour seulement une partie de leurs activités. Selon l’Agence européenne de la sécurité aérienne, les avions partant d’aéroports européens en ont émis 147 millions en 2019. Et qui s’aventurerait à évaluer le bilan carbone de la guerre en Ukraine ? Certes, la planète se réchauffe, mais les critiques d’Israël sont surchauffés.
[1]. « A Multitemporal Snapshot of Greenhouse Gas Emissions from the Israel-Gaza Conflict », Social Science Research Network, 9 janvier 2024.
[2]. Nina Lakhani, « Emissions from Israel’s War in Gaza have “immense” effect on climate catastrophe », 9 janvier 2024.