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Le Voltaire algérien

Pour avoir dénoncé dans son pays l’entente tacite entre les militaires et les islamistes, Boualem Sansal est devenu la cible d’un parti dévot et la bête noire du pouvoir. Le romancier, qui estime que l’islam a tué la culture, tire pour nous la sonnette d’alarme: la France est en pleine régression, et a atteint un point de bascule. Propos recueillis par Elisabeth Lévy, Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques.


Causeur. Dans votre roman Vivre, un petit groupe d’« appelés » apprend que la Terre va bientôt disparaître. Ils ont la possibilité de sauver une partie de l’humanité, qu’ils appellent les « élus ». Que nous raconte ce terrible impératif de sélection ?

Boualem Sansal. Le dilemme fait partie de la condition humaine ! Ce qui est nouveau et terrifiant ici, c’est l’immensité de l’opération et le délai imparti, sept cent quatre-vingts petits jours pour choisir, parmi les 8 milliards d’habitants de la Terre, les 3 à 4 milliards qui seront sauvés. C’est mission impossible à tous points de vue, organisationnel, matériel, moral, politique, religieux. Les appelés refusent cette responsabilité, puis s’y résignent. Ne pas le faire, c’est voir l’humanité disparaître, accepter, c’est en sauver une partie qui pourrait surune autre planète s’inventer une nouvelle vie, fonder une nouvelle humanité. Le rêve.

À la différence des grands monothéismes, la religion de l’écologie annonce que personne ne sera sauvé. Puisque nous sommes tous coupables…

Le problème avec les Prophètes, religieux ou civils, c’est qu’ils parlent avec des majuscules : la Vérité, le Destin déjà tracé, la Culpabilité, le Châtiment. Comment discuter avec eux quand on est un homme minusculeet malveillanta priori ? La véritable religion de l’homme, c’est le réel, c’est là qu’il habite, et c’est avec lui qu’il doit s’arranger.

Vous n’avez pas juste un problème avec Dieu, mais avec l’autorité en général. « Les humains, écrivez-vous,n’ont pas d’autres ennemis sur Terre que leur gouvernement, d’où l’intérêt vital qu’ils se gouvernent eux-mêmes. »

Je le pense. Le gouvernement tient son pouvoir du peuple, mais une fois aux commandes, il se croit son propre créateur, par génération spontanée, se bombarde Deus ex-machina et fait ce qu’il veut de nos vies et de nos biens.

Ce qu’il veut, c’est mal imité compte tenu de son impuissance réelle. A-t-il existé dans l’Histoire des systèmes qui ont marché différemment ?

Athènes dans l’Antiquité, la Suisse aujourd’hui où on vote tous les matins ; c’est possible parce que c’est un petit pays sérieux. Dans les grands pays,le référendum est un moyen pour le peuple souverain de reprendre la main et de recadrer le gouvernement.Mais le peuple est mort, vivent les consommateurs !

Vous dressez un portrait cocasse de la France wokisée. Avec l’épisode hilarant d’une réforme fantôme qui déclenche polémiques et batailles politiques.

Les intellectuels français d’avant-garde n’ont pas attendu le wokisme américain pour inventer le leur, un truc péremptoire et sournois, franchement minable. Monter en chaire et déclamer du vide par hologramme, ça ils aiment. Ils sont le crépuscule de cette merveilleuse société savante qui a fait les Lumières et la grandeur de la France.

Il est beaucoup question de religion dans votre livre. Avez-vous été croyant dans votre vie ?

Je suis un athée de naissance, irréductible mais pas fanatique. Pour moi, l’athéisme est la seule foi raisonnable dans ce monde de fous, on a déjà du mal à s’entendre sur des choses simples, si on ajoute les dieux et la religion, on va s’entretuer comme on le fait depuis des siècles. Restons entre humains.

Dans votre livre, toutes les religions en prennent pour leur grade.

L’islamique surtout, la petite dernière, elle est née arméede tant de prétentions et de brutalités qu’on ne sait quoi lui opposer. Elle nous refuse et nous dénie notre dignité humaine. Elle est pourtant née du judaïsme qui a fait de l’étude et du débat sans intention prosélyte un outil de connaissance privilégié. C’est une religion parfaite de ce point de vue-là. Elle devrait l’imiter, ce n’est pas honteux d’imiter ses parents. Enfin bon, elle a seshalachiquescomme chacun et ils ne sont pas commodes. Il faudraittous lespiquer au sérum de laïcité et les renvoyer à leurs yeshivot, médersas et autres ashrams lointains.

Vous avez eu cette formule : « Un islamiste est un musulman impatient. » N’existe-t-il pas un islam avec lequel on pourrait vivre tranquillement ?

Allah le veut :« l’islam doit régner sur terre », point. Le reste doit disparaître. Depuis sa naissance il est en marche, concentré sur l’objectif. Bilan à ce jour : il règne sur 49 pays et progresse hardiment dans 30 autres, dont la France, compte 2 milliards de fidèles, soit 25 % de la population mondiale, et ne manque pas de bénévoles idiots. Il n’y a plus d’endroit au monde où on vit tranquillement avec l’islam, quelles que soient sa foi et les concessions qu’on lui fait pour l’amadouer.

Cet islamisme, qui fournit, en même temps que des règles, une identité et une communauté de référence, séduit une grande partie de la jeunesse musulmane en Europe. Comment combattre cette emprise ? À l’évidence, pas par la science et la raison…

Comment lutter contre une croyance sans croyance ? C’est une bonne question. Je n’ai pas la réponse. Je suis frappé par le fait que l’islam qui se déploie en France depuis un siècle n’a en rien été ébranlé, influencé, par la société française, ses valeurs, son anthropologie. J’ai visité la France et je l’ai vu de mes yeux : une régression colossale est en marche dans ses territoires et dans l’âme de ses enfants. C’était donc vrai, l’inversion des pôles a atteint le point de bascule.

Il y a quelques jours, le président algérien a lancé un message à ses compatriotes émigrés : « Si vous êtes malheureux, revenez, on a besoin de vous. » Compte tenu de l’échec patent de l’intégration d’une partie des descendants d’immigrés, ne pourraient-ils pas trouver une meilleure vie dans le pays de leurs parents ?

Les programmes d’aide au retour n’ont jamais manqué. Sur les trente dernières années, on a rapatrié quoi, 2 000 à 3 000 personnes, dont une partie est repartie aussitôt. Il n’y a pas assez d’emplois en Algérie ni de moyens pour faire plus. Et puis le pays est une dictature, rappelez-vous, et des plus ennuyeuses, les Franco-Algériens ne sont pas fous pour venir s’enterrer dans un bled que ses habitants fuient à la nage. Tebounne pourrait commencer par retenir les siens et délivrer des laissez-passer pour récupérer ses OQTF.

Pouvez-vous expliquer le fonctionnement de cette dictature ?

Elle a emprunté aux meilleures dictatures du monde, anciennes etactuelles. Son clavier a sept touches : Terreur, Bureaucratie, Propagande, Corruption, Mensonge, Nationalisme, Religion. Chaque touche a elle-même ses petits réglages. Ainsi, la Terreur peut être massive, sourde, psychologique, morale, aléatoire, continue, et se combiner avec Bureaucratie, Propagande, etc.

Mais vous pouvez critiquer le régime et vous ne vous en privez pas…

J’étais enseignant et haut fonctionnaire, tranquille dans mon coin. Un jour de 2003, dans une interview en France, j’ai osé dire que sous son air de parfait démocrate, Bouteflika était un islamiste que la junte militaire avait embauché pour dealer avec les islamistes, embobiner les Occidentaux avec son bagout éclectique et la sauver elle-même de la justice internationale qui instruisait contre elle sur des allégations de crimes contre l’humanité. Ma vie s’est brusquement détériorée. Je passe sur les détails, ils ennuieraient vos lecteurs, mais plusieurs touches du clavier ont été actionnées par une main invisible experte.

Votre femme n’est pas voilée ?

Toutes les femmes ne sont pas voilées en Algérie, certaines résistent encore et la mienne plus que d’autres, car elle a le malheur de m’avoir pour mari et que par-là elle est plus visée que d’autres.

La plupart des dictatures ont un visage. À qui profite le système algérien ?

L’hydre algérienne a mille têtes, les généraux, les oligarques, les religieux et le président qui fait l’équilibre. Tout leur appartient.

Comment expliquez-vous que le régime soit si hostile à la France ?

Le régime n’existe que par la France. À l’indépendance, les militaires sont descendus des maquis avec un narratif attrape-nigaud qui a merveilleusement fonctionné : « Nous avons sacrifié nos vies pour libérer le pays du colonialisme français barbare et lui ouvrir un avenir radieux, le devoir nous dicte de poursuivre le combat, la France criminelle est notre ennemi éternel. » Ils se sont ainsi offert une légitimité à vie, piégeant et le peuple, transformé en armée de réserve, et la France qui s’est engluée entre défensive et repentance.

Est-ce le recul de la culture qui a permis à l’islam de s’imposer ?

C’est l’inverse, la religion a tué la culture. On a mis du temps pour comprendre que notre désastre culturel venait du poisoninoculé au pays par les imams importés du Proche-Orient et les prêches des chaînes satellitaires islamiques. Dans ma petite ville, à 50 kilomètres d’Alger, formée autour d’un campus universitaire moderne cosmopolite avec une vraie culture, bourré de docteurs, de PHD, de chercheurs, d’étudiants, il y avait une petite mosquée oubliée, comme abandonnée. Aujourd’hui, la ville compte dix grandes mosquées toujours bondées de foules vibrantes, et ressemble au Kaboul des talibans. Le couple islam-islamisme a vaincu la science et la culture.

Pourtant, les Algériens semblent avoir unanimement condamné le terrorisme islamiste.

Ils ont condamné le terrorisme, sans l’imputer forcément aux islamistes. Beaucoup pensent que des massacres ont été commis par des agents du contre-terrorisme.

Et c’est faux ?

Non, mais la loi sur la Réconciliation interdit d’en connaître sous peine de prison. Elle a effacé cette histoire et l’a remplacée par une vague bluette appelée « la tragédie nationale ». La religion et l’armée sont blanchies, elles n’apparaissent plus comme le problème, mais comme sa solution. Le retour à la paix, c’est lui, l’islam de paix et detolérance, c’est elle, la glorieuse armée nationale. L’amnistie générale et la culture de l’oubli ont fait le reste : la fameuse régression.

On a aussi vu s’amplifier la haine contre les juifs…

On a d’abord la haine d’Israël et du sionisme, mais c’est théorique, ça fait partie du discours d’ambiance débité journellement par la radio.O n est dans Orwell, cinq minutes de haine par jour. Les juifs, c’est autre chose, là on est dans le religieux, dans l’histoire longue, la vraie magie, les vieilles terreurs et la violence incroyable du Coran contre eux, jamais expliquée. L’ordre est qu’il faut les haïr et les maudire du mieux qu’on peut, ça plaît à Allah. Les malades adorent.

Comment expliquez-vous qu’au Maroc, il reste des juifs alors qu’en Algérie il n’y en a plus du tout ?

C’est aussi vrai des chrétiens, il n’en reste plus. Comme toute dictature, le pouvoir voulait son peuple, formaté pour l’obéissance, musulman nationaliste stricto sensu, pas de curieux, pas d’espions, pas de rapporteurs, pas de contaminants. Le Maroc, c’est autre chose, on réfléchit un peu dans ce vieux pays, on a de la mémoire, la courte et la longue.

L’Algérie n’a évidemment pas signé les accords d’Abraham. Néanmoins, sont-ils un motif d’espoir pour vous ?

L’Algérie ne les signera jamais, mais moi j’y crois et j’applaudis les pays signataires. Il s’est trouvé là des hommes d’État qui ont eu ce courage, comme Sadate à l’époque, de braver l’impensable. Qu’en pensent les peuples ? Sont-ils d’accord ? J’ai des doutes. Il faut convaincre les pays du Proche-Orient, le danger est là.

Si on résume : en Algérie, il n’y a aucun espoir. Et en France, il y a des Algériens qui mettent le bazar.

C’est bien la situation. Beaucoup l’aiment comme ça, d’autres ne la voient pas ou ne veulent pas savoir. Que faire ? Continuer à alerter, à expliquer aux gens de quelle terrible façon ils vont bientôt mourir.

Y a-t-il une réconciliation possible entre la France et l’Algérie, entre les Algériens et les Français ?

Macron y croit et fait tout pour y parvenir. Son forcing sur Tebboune a abouti à ce que la commission mixte, créée en août 2022, se réunisse enfin en novembre 2023. Alleluia ! On attend la suite, mais sans rêver s’il vous plaît.

Ici, on a plutôt tendance à lui reprocher de céder tout le temps aux Algériens, de faire profil bas face à leurs accusations délirantes…

Macron pensait qu’il réussirait cette réconciliation qu’aucun président avant lui n’a pu faire. Le challenge s’est avéré un engrenage malin, il s’est trouvé obligé de multiplier les gestes pendant que Tebboune fermait une à uneles portes de la réconciliation, la dernière, l’irréparable, étant le grand remplacement du français par l’anglais, et l’arabe of course.

N’obtiendrait-on pas plus de résultats en tapant du poing sur la table ?

« Le pouvoir algérien ne croit qu’au rapport de forces »,expliquait Xavier Driencourt, dans son très remarqué opus L’Énigme algérienne. La question est alors celle-ci: la France veut-elle, sait-elle, peut-elle relever la tête et taper du poing ? Si oui, il propose de dénoncer unilatéralement l’accord de 1968 qui favorise la circulation et le séjour des Algériens en France. L’Assemblée a dit niet.

Pourquoi n’utilisez-vous pas cet accord pour quitter ce pays devenu si invivable ?

J’y pense chaque jour. Invivable est un mot faible, il faut ajouter : dangereux, absurde, parano, schizo, ridicule, désespérant, sourd, aveugle… bref, cauchemardesque. Il serait si beau, si accueillant avec un gouvernement humain, démocrate, laïque, audacieux, copain comme cochon avec une France glorieuse comme elle a toujours aimé être.

Vivre: Le compte à rebours

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Chemin de croix jusqu’au Mékong

Les Derniers hommes, de David Oelhoffen, film aussi réussi qu’éprouvant, suit la fuite de légionnaires français dans la jungle en Indochine, alors que les Japonais viennent d’attaquer à la fin de la Seconde Guerre mondiale…


Non, vous n’êtes pas dans le dernier opus de Werner Herzog. Ni dans un remake d’Aguirre ou la colère de Dieu transposé pendant la guerre d’Indochine. Mais dans le quatrième long métrage de David Oelhoffen, réalisateur de Loin des hommes en 2013 puis de Frères ennemis en 2018. Également scénariste, il s’est appuyé, pour ce dernier film, sur Le chien jaune, récit d’un ancien légionnaire d’Indochine, mais également sur les recherches du documentariste, anthropologue et historien Eric Deroo, spécialiste des populations autochtones dans la période coloniale.

Quand la France de Vichy collaborait avec les Japonais

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler l’arrière-plan historique où s’inscrit cette œuvre de fiction : Les derniers hommes prend sa source dans la cruelle réalité. Pendant quatre ans, la France de Vichy a collaboré avec les Japonais. La légion étrangère compte alors une bonne part d’Allemands, mais aussi des Juifs exfiltrés, des anarchistes espagnols, des Polonais, des Roumains… Le 9 mars 1945, les Japonais attaquent par surprise les postes de commandements français d’Indochine pour éradiquer toute présence coloniale. Méprisés par les Anglais, haïs par les Chinois, les légionnaires sont des proscrits.

C’est à partir d’une idée de l’acteur (cf. La 317e section, de Pierre Schoendoerffer, ou encore le merveilleux Désert des Tartares, de Valerio Zurlini) et documentaliste ornithophile Jacques Perrin (1941-2022) que David Oelhoffen s’est lancé dans l’aventure. Le film a été tourné en Guyane. Il faut se reporter au dossier de presse pour comprendre pourquoi le décor fait si parfaitement illusion : « En me rendant [en Guyane française] pour les repérages, explique le cinéaste, j’ai été très surpris en arrivant dans une ville appelée Cacao : elle était entièrement habitée par une ethnie laotienne, les Hmongs. Les Hmongs sont un peu l’équivalent des harkis pour le Sud-Est asiatique. C’était une population historiquement ostracisée par les Vietnamiens et les Chinois, qui ont décidé de soutenir les Français, puis les Américains après 1954. Lorsque les Américains ont évacué à leur tour le Vietnam et le Laos en 1973, ces populations ont été massacrées. Les survivants ont fui le pays. Les Français ont eu cette fois l’honneur de recueillir une partie de ces populations qui les avaient aidés. Un préfet a ensuite eu l’idée de les envoyer en Guyane, où personne n’arrivait à cultiver les terres. En arrivant à Cacao, je découvre donc des maisons laotiennes, des agriculteurs laotiens, des cultures en terrasse. On y parle le Hmong. » Singulier télescopage, mais dont il fallait encore savoir tirer le meilleur parti.

A lire aussi, Sophie Bachat: Ciel mon ADN!

Les derniers hommes élude donc à peu près totalement le contexte historique dans lequel prend place cette odyssée captivante –  mais c’est tant mieux : loin de toute approche documentariste, le film pénètre sans retour la contrée aveugle de la fatalité, de l’irréversible, du tragique à l’état pur : en 1945, une escouade de légionnaires exténués tente d’échapper à la traque des fantassins nippons, et de rejoindre, à travers la jungle, les troupes alliées en territoire chinois, à 300 km de distance. Pour ces hommes au bout du rouleau, promis à une mort certaine s’ils n’évacuent pas le « camp de repos » de Khan Khaï où ils végétaient dans un sursis précaire, commence alors un « voyage au bout de la nuit » qui tiendra le spectateur en haleine jusqu’au dénouement.  

Nature hostile et images éprouvantes

Sous la houlette de leur chef l’adjudant Janiçki (Andrzej Chyra), Lisbonne (Nuno Lopes), Karlson (Axel Granberger), Terfeuil, dit « Sorbonne » (Yann Goven), Volmann, dit « Poussin » (Felix Meyer), Tinh (Tang Va, le seul asiatique, de cette ethnie “mong” qu’on appelait les “ Meo” à l’époque coloniale), Aubrac (Arnaud Churin), Alvarez (Antonio Lopez), Mathusalem (Wim Willaer), Pepelucci dit « Musso » (Francesco Casisa), Stigmann (Aurélien Caeyman), Eisinger (Maxence Perrin – le fils du regretté Jacques Perrin), Marly (Guillaume Verdier) et Lemiotte (Guido Caprino), le “défroqué” de l’armée tenu en suspicion par ses compagnons – la colonne se lance éperdument dans la forêt hostile.

Ces hommes mal en point sauveront-ils leur peau ? Discipline, devoir d’obéissance, instinct de survie, esprit d’équipe, résistance physique et mentale sont mis à l’épreuve dans un chemin de croix qui semble les mener tous irrévocablement à leur perte. Le journal de bord du commandant ponctue, en voix off, les étapes du calvaire, la rédaction de son carnet transitant d’une plume à l’autre, à mesure que la troupe poursuivie par l’ennemi, rongée par la faim, la maladie, le désespoir qui guette, est décimée dans la torpeur tropicale… D’où quelques séquences éprouvantes, tel le scalp, filmé en gros plan, du jeune soldat japonais tombé entre les griffes de ces morts-vivants, ou cette embuscade, riveraine d’un cours d’eau paludéen, qui laisse derrière elle une flottille de noyés flottant à sa surface. Ou encore cette soudaine attaque d’un tigre, lequel a presque dévoré son homme avant d’être abattu, puis sa chair mangée par ces hères faméliques… À la lisière du fantastique, ce huis-clos sans cloisons, moite, sanglant, halluciné, nous ouvre par moments, comme par effraction, la vision d’un grandiose panorama : la nature intacte, immense, inviolée. Image du paradis perdu ? La rédemption ultime de Lemiotte, transfuge pathétique de ces garçons sacrifiés, finira par donner sens à cette quête d’un salut terrestre, au terme du martyre, sur la rive adverse du Mékong.   

Les Derniers hommes. Film de David Oelhoffen. France, couleur, 2023. Durée : 2h03. En salle le 21 février 2024

Guerre civile africaine à La Haye

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L’immigration en provenance de l’Érythrée a valu aux Pays-Bas d’être le théâtre de scènes de guérilla urbaine. Samedi 17 février au soir, des opposants au régime dictatorial érythréen ont assiégé une salle des fêtes à La Haye où des centaines de ses partisans étaient réunis. La police, bien que prévenue que ça risquait de dégénérer, fut totalement débordée. La correspondance de René ter Steege dans l’autre pays du fromage (et de l’immigration massive incontrôlée).


Les émeutes, à une échelle rarement vue dans le pays, coïncident avec les tractations laborieuses en vue de former un gouvernement de droite. M. Geert Wilders, grand vainqueur des élections législatives de novembre 2023, compte réduire drastiquement l’immigration extra-européenne. Après la « bataille de La Haye », il a exhorté ses partenaires gouvernementaux potentiels à ne plus tergiverser. « Moi Premier ministre, je rétablirai l’ordre d’une main de fer » a-t-il affirmé sur le site de son Parti pour la Liberté. « On en a plus que marre. Pourquoi laisse-t-on entrer des gens venus pour démolir notre pays et s’y livrer à leurs vendettas ? Il faut arrêter les fauteurs de trouble et les expulser ! »

Ce n’était pas la première fois que la communauté érythréenne installée aux Pays-Bas – quelques 25 000 personnes – se faisait remarquer par sa violence. Mais sa capacité à se faire vomir des Néerlandais a donc atteint son acmé, samedi soir, quand de jeunes hommes venus de plusieurs points des Pays-Bas convergèrent vers la salle des fêtes où quelques 700 de leurs compatriotes étaient venus pour fêter soit le nouvel an, soit leur dictateur, selon les sources.

Huit policiers blessés

Les trop rares policiers présents initialement réussirent à repousser les assaillants de la salle des fêtes, et en payèrent un lourd prix : huit agents blessés ! Les attaquants s’en prirent aussi aux pompiers, au personnel médical et à d’autres agents déployés sur place pour éteindre les incendies de voitures de police, de cars de tourisme et d’une partie de la fameuse salle des fêtes. Des hordes de manifestants attaquèrent également des voitures et des immeubles du quartier environnant et dont les habitants eurent la peur de leur vie. Tout comme les fêtards érythréens assiégés, qui craignaient non sans raison de périr dans les flammes quand la police semblait sur le point de céder aux assaillants. Ceux-ci, visiblement bien entraînés, empêchèrent les pompiers de s’approcher sous une pluie de briques et de bombes incendiaires. Le bruit d’explosifs augmenta l’atmosphère de guérilla urbaine, selon les journalistes présents. « Leur violence était d’une ampleur inouïe, les policiers ont été attaqués avec des couteaux et des bâtons. Même les plus aguerris d’entre eux n’avaient jamais connu cela », selon un porte-parole de la police de La Haye. Dimanche, treize jeunes Erythréens furent arrêtés, bilan plutôt maigre vue l’ampleur des émeutes.

A lire aussi, Liliane Messika: Le Quai d’Orsay et la rue arabe

Le maire de La Haye, M. Jan van Zanen, a admis avoir sous-estimé le danger quand il autorisa les adhérents à la dictature érythréenne de se rassembler, vu les troubles récents dans deux autres villes néerlandaises. Cette fois-ci, cependant, les contre-manifestants, membres des Brigades Nhamedu, avaient mieux organisé le siège de leurs opposants. Ils étaient aussi beaucoup plus nombreux, mieux ‘armés’ et avaient rempli leurs cocktails Molotov auprès d’une station-service près du champ de bataille, selon des témoins. 

La régularisation automatique de ces réfugiés critiquée

Pratiquement tous les demandeurs d’asile érythréens reçoivent leurs papiers de régularisation, selon les experts. L’Érythrée se trouve sous le joug du même dictateur, Isaias Afwerki, depuis l’indépendance en 1993. De jeunes hommes fuyant le service militaire constituent le gros des réfugiés aux Pays-Bas, mais des amis du dictateur s’y sentent tout aussi à l’aise, en témoigne cette supposée fête en son honneur samedi soir et dimanche matin à La Haye…

Pour M. Wilders, il est grand temps de mettre fin à la quasi-automaticité avec laquelle des Érythréens sont admis aux Pays-Bas. Les émeutes du week-end augmentent la pression sur ses potentiels partenaires gouvernementaux – tous réunis dans l’horreur après ces événements, et désireux de s’attaquer à la source du problème. Mais les propositions radicales de M. Wilders effarouchent certains partenaires de centre-droit, qui ont l’autre jour encore fait capoter les efforts de former un gouvernement. Les marchandages continuent en coulisse. Sur ces entrefaites, la popularité de M. Wilders ne cesse de croître, à en croire les derniers sondages. En novembre, son parti obtint 37 des 150 sièges parlementaires. En cas d’élections anticipées, selon des sondages publiés juste avant cet effarant transfert vers un quartier populaire de La Haye d’un conflit d’une sinistre dictature africaine, il obtiendrait désormais une cinquantaine de sièges.

Immigration, « arc républicain »: mettez-vous d’accord!

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L’immigration reste, pour Emmanuel Macron, un sujet intouchable. «Je n’ai jamais eu un mot contre l’immigration», se flatte le chef de l’État, ce lundi, dans le journal communiste L’Humanité. Fabrice Leggeri, ancien patron de Frontex, rejoint de son côté le Rassemblement national.


Si Emmanuel Macron justifie néanmoins, devant le quotidien communiste, son opposition de principe à l’immigration clandestine, il dédaigne les inquiétudes populaires sur les entrées massives, soutenues également par ses intervieweurs. «Je n’ai jamais considéré que le RN ou Reconquête s’inscrivaient dans l’arc républicain», précise-t-il en rappelant, à propos du RN: «J’ai toujours considéré, comme avec la loi immigration, que les textes importants ne devaient pas passer grâce à leurs voix». Pour une fois, le propos est clair. Il consiste, d’une part, en la négation des difficultés nées d’une immigration légale qui fait venir près de 500 000 personnes chaque année, et, d’autre part, en la diabolisation de ceux qui alertent sur la fragmentation en cours de la société.

Toutefois, cet abus de pouvoir n’est pas propre au président. Il est l’expression d’un système défendu par une oligarchie protégée par ses juges. Tous cherchent à étouffer les craintes des Français qui vivent une dépossession. C’est le président de la Cour des Comptes, l’ancien socialiste Pierre Moscovici, qui a reporté d’autorité au 4 janvier dernier un rapport sur l’immigration qui aurait pu éclairer le débat parlementaire. C’est le président du Conseil Constitutionnel, l’ancien socialiste Laurent Fabius, qui a présidé à la décision du 25 janvier de rejeter les amendements déposés par la droite pour durcir la timide loi immigration. Le peuple, premier concerné par les bouleversements qui accablent son pays, est tenu à l’écart des décisions prises par d’autres.

A lire aussi, Jean-Eric Schoettl: Loi immigration : désaveu d’échec

Dans ce contexte, le témoignage de Fabrice Leggeri, ancien patron de Frontex, le gendarme théorique des frontières de l’Union européenne, vient compléter le descriptif idéologique du mécanisme immigationniste qui s’est généralisé au niveau européen. Ce haut fonctionnaire, qui a rejoint ce week-end Jordan Bardella (RN) sur sa liste aux européennes comme numéro 3, a dirigé durant sept ans la structure de contrôle des entrées en Europe. Il avait été nommé à ce poste sur proposition du socialiste Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur. Leggeri explique pourquoi il a dû démissionner en 2022 sous les pressions du gouvernement, de la Commission européenne et de multiples ONG lui reprochant sa trop grande fermeté. Il cite une conversation de 2019 avec la nouvelle commissaire européenne, Ylva Johansson. Elle lui explique : « Votre job, c’est de faire rentrer les migrants et de les accueillir parce qu’ils viennent par amour. Et que ça vous plaise ou non, nous sommes un continent vieillissant et donc vous devez les laisser entrer ». Depuis, le Pacte sur l’immigration et l’asile a décidé de répartir les migrants dans l’UE sous couvert d’une amende de 20 000 euros par migrant refusé par un pays.

Le Français Fabrice Leggeri photographié à Bruxelles en 2015. M. Leggeri a été directeur de l’agence Frontex de l’Union européenne entre 2015 et 2022 © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Mais comment ces « élites » peuvent-elles croire qu’elles vont imposer leurs lubies par ces méthodes anti-démocratiques ? La débâcle leur est promise.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Emprise, mâles toxiques, hommes déconstruits — et autres carabistouilles

Notre chroniqueur, boomer non repentant, semble choqué par les revendications féministes qui globalement, dit-il, visent à castrer les hommes: et après on s’étonne de la diminution spectaculaire du nombre d’enfants! Des plaisanteries sexistes auxquelles la direction de Causeur ne saurait s’associer, et que les commentateurs mettront certainement en pièces…


Il faut bien reconnaître que ce que la vertu contemporaine, dont Gérard Miller fut longtemps le plus bel ornement, nomme « emprise » correspond à ce que l’on a depuis des millénaires appelé « amour ». Ce mouvement qui pousse l’homme et la femme l’un vers l’autre, puis l’un dans l’autre, fut le motif de tant d’œuvres d’art, tant de livres, tant de communications et de commentaires, qu’il paraissait naturel.
Pas du tout, s’indignent les belles consciences contemporaines, dont Sandrine Rousseau est l’illustration majeure : il s’est construit dans l’oppression des femmes. Ce qui, il y a encore trente ans, passait pour une belle histoire est revu (et corrigé) aujourd’hui comme une emprise inadmissible. Et des quinquagénaires en quête de notoriété s’indignent qu’on leur ait fait vivre des passions pleines d’orgasmes et de déchirements.

La femelle n’est pas entièrement dissoute dans la femme. Le mâle n’est pas complètement consumé dans l’homme

Un livre tout récent de Pascal Quignard, Compléments à la théorie sexuelle et sur l’amour, que je vous conseille vivement tant il brille d’intelligence, s’amuse quelque peu de ces affirmations modernes. Après avoir examiné la façon dont la morale religieuse a censuré les élans les plus naturels, occulté les corps, stigmatisé la passion et condamné tout autre position que le missionnaire, il précise :

« Tout ce que Sigmund Freud avait ramené de vivant du fond du monde animal — et du passé du temps — semble expirer une nouvelle fois sous nos yeux. L’enfant n’est plus un pervers polymorphe. Les sexualités des adultes et leurs désordres ne sont plus invraisemblablement et féériquement infantiles. La sexuation n’appartient plus en propre à la genèse hétérosexuelle des espèces animales. L’amour ne consiste plus dans l’usage sauvage de tout ce qui entre et sort des corps de la femme et de l’homme par douze trouées étranges (…) Or, sur tous ces points, Freud avait raison et aucune de ces avancées ne doit être corrigée, ni déniée, ni trahie, quoi qu’on dise, quoi qu’on lise, quoi qu’on conseille, quoi qu’on légifère. La sexuation est coriace. Le désir est immarcescible. La pulsion est inéducable. La femelle n’est pas entièrement dissoute dans la femme. Le mâle n’est pas complètement consumé dans l’homme. »

Actuellement dans les kiosques, Causeur #120: Sexe: le retour de bâton

(Avant d’aller plus loin, entendons-nous. J’ai une grande admiration pour la théorie freudienne, qui reste fonctionnelle pour l’essentiel — et une méfiance fondamentale pour les psychanalystes qui s’en réclament aujourd’hui, plus animés d’un désir de toute-puissance que d’explications plausibles, quand ils ne sont pas habités — un joli mot, quand on y pense — par une libido sous hypnose).

Reprenons les items énumérés par Quignard reprenant Freud

Oui, l’enfant est initialement tordu — et le but de l’éducation est de redresser ce paquet de nœuds et de pulsions : « Tiens-toi droit ! » dit l’institutrice — un mot qui vient d’une vielle racine *st- signifiant « se tenir droit », que vous retrouvez dans le latin stare comme dans l’anglais stand. Éduquer, c’est dénaturer : il faut être bête comme un pédagogue néo-rousseauiste pour croire que l’enfant est bon.

Et le désir est une reformulation de la libido infantile. Faire l’amour consiste à aller aussi loin que possible dans la reconquête de l’enfer perdu des désirs enfantins — stade anal et pulsions sadiques (ou masochistes) compris… Quant à la pénétration, elle est la conséquence de cette domination double : l’homme ne « prend » une femme que par abus de sens, puisque techniquement c’est le contraire qui se passe, demandez donc à vos compagnes, si elles ne vous ont pas encore reconstruits. Et oui, « la sexuation est coriace ».

A lire aussi: Réarmement démographique? 95 fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant!

Les belles âmes s’en vont citant Camus qui aurait dit qu’« un homme, ça s’empêche » — en oubliant que Camus lui-même, qui a poussé deux fois son épouse au suicide, s’est fort peu empêché, lui-même : le jour de sa mort, il avait rendez-vous, de deux heures en deux heures, avec trois femmes différentes, dont l’une au moins, Mette Ivers, avait une petite trentaine d’années de moins que lui — oh que c’est mal ! C’est dans cette vie sexuelle débridée qu’il a puisé l’inspiration de ses plus grandes œuvres — La Chute par exemple, dont Sartre salua toute l’importance dans la lettre écrite au lendemain de la mort de l’écrivain. Et oui, l’œuvre d’art est hors morale, et toutes celles qui prétendent obéir à des impératifs moraux ne sont guère que des prospectus pharmaceutiques, comme disait Benjamin Péret.

Je vous souhaite vivement vivre avec vos amours actuelles et futures de belles situations d’emprise — et il n’y a pas de fatalité dans le sens de cette emprise, il y a autant d’hommes que de femmes sublimement harassés par l’amour, et qui restent pantelants sur des lits défaits — à leur image. Cessons d’écouter les jérémiades reconstruites de tel ou telle, pleurant son immaturité d’autrefois — mais l’amour, pauvre cloche, est toujours une replongée dans l’immaturité des pulsions. Vous avez souffert ? À la bonne heure ! À l’heure de votre mort, le souvenir de ces suaves souffrances vous donnera la force de sauter le pas dans un dernier sourire.

Pascal Quignard, Compléments à la théorie sexuelle et sur l’amour, Le Seuil, janvier 2024, 363 p.

Compléments à la théorie sexuelle et sur l amour

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De l’uniforme et des inégalités scolaires…

Pour faire passer l’idée de l’expérimentation de l’uniforme scolaire auprès des enseignants (et de l’idéologie de gauche…), l’argument de la lutte contre les inégalités à l’école est sans cesse avancé. Mais, en réalité, le principal objectif recherché est le retour d’un climat scolaire serein et propice aux apprentissages, rappelle notre contributeur, directeur d’école directement concerné.


Le sujet de la tenue vestimentaire des élèves fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps. Il semblerait d’ailleurs que ce soit les opposants à l’uniforme qui aient davantage voix au chapitre que ceux qui sont favorables à une tenue commune pour les élèves. À lire les nombreux articles, les multiples invectives lancées aux supposés visages de l’extrémisme réincarné au travers du vêtement scolaire, cela doit tout de même secouer une bonne partie de l’échiquier politique, surtout du côté bien-pensant, évidemment !

La gauche moralisatrice et adoratrice de la différence ayant remplacé la gauche républicaine et patriote d’antan, c’est sur le sujet des inégalités que porte principalement le débat. Et c’est bien là le problème, car ce n’est pas le principal objectif de l’expérimentation de la tenue commune proposée par le gouvernement. Bien sûr, il s’agit d’exprimer à grands cris que l’uniforme ne masquera pas les inégalités entre enfants, qu’elles réapparaîtront davantage ailleurs, avec les autres vêtements, manteaux, chaussures… ou dans les accessoires comme les montres. Ceci est partiellement vrai et ce n’est pas le point qui intéresse prioritairement dans le port d’une tenue commune à l’école.

L’autre « inégalité » dont la presse de gauche ne parle jamais

D’ailleurs la communication officielle du ministère de l’Education nationale reprend cet argument sans le mettre au premier plan dans le guide destiné à encadrer la mise en place de la mesure :
« Cette démarche vise en tout premier lieu à renforcer la cohésion entre élèves et à améliorer le climat scolaire. […] C’est aussi un moyen de valoriser l’image de l’école et de l’établissement en créant un sentiment d’appartenance et d’unité entre les élèves. Il peut offrir des conditions de socialisation où les différences sociales se réduisent et permet de lutter contre le règne de l’apparence, trop souvent source de souffrances d’enfants et de familles. En cela, il facilite les relations entre les élèves, les familles et les enseignants et contribue à créer un climat scolaire propice au bien-être et à la réussite scolaire de chaque élève en lui permettant de s’épanouir au sein d’une école à l’abri de toutes formes d’inégalités et de prosélytisme. »

A lire aussi, Emmanuelle Ménard: Béziers candidate à l’expérimentation de l’uniforme à l’école

Et sur le site ministériel, https://www.education.gouv.fr/tout-savoir-sur-l-experimentation-d-une-tenue-vestimentaire-commune-l-ecole-380643 :

« Destinée à réduire les différences sociales, à lutter contre le règne de l’apparence et contre toutes formes d’inégalités et de prosélytisme, l’expérimentation doit permettre de :
-Renforcer la cohésion entre les élèves
-Améliorer le climat scolaire
-Contribuer à créer une atmosphère de travail et d’égalité au sein de l’établissement
-Valoriser l’image de l’école et de l’établissement en créant un sentiment d’appartenance et d’unité entre les élèves. »

Nous voyons bien qu’il ne s’agit pas de masquer les inégalités entre enfants, mais bien de les réduire, et de les laisser à une place qui ne serait plus prépondérante au sein des établissements scolaires et des relations entre les élèves.

Si certaines inégalités sont légitimement déplorables dans notre système scolaire, c’est surtout celles qui touchent l’enseignement dispensé par les professeurs qu’il convient de combattre à l’école car elles entérinent celles des élèves qu’un enseignement d’égale valeur pourrait atténuer, selon leurs capacités réelles et non selon leurs lieux ou conditions de naissance. Ainsi, les vraies inégalités qui écrasent toutes les autres à l’école sont bien qu’à certains endroits un apprentissage est possible alors qu’il ne l’est pas ailleurs. Ou formulé autrement, pourquoi certains enseignements ne portent pas partout en France à l’élévation aussi haut que possible de tous les élèves en capacité de réussir.

Ordre et tenue !

Alors les chantres de l’égalitarisme nous disent que l’uniforme n’y pourra rien. Evidemment si nous regardons les conséquences sans questionner les causes, en effet la tenue commune ne réglera pas le problème de l’inégalité des apprentissages dispensés dans l’école de la République française. Mais si nous daignons nous intéresser à certaines causes, nous trouvons principalement deux aspects, l’un concerne les professeurs eux-mêmes, leurs compétences, leurs savoirs, donc leurs formations très inégales, bien souvent assez inachevées ; l’autre dépend des enfants que nous accueillons et qui parfois, ou souvent selon les endroits, sont très difficilement élèves. Là, l’uniforme a toute sa place dans le cadre qu’il convient absolument de remettre pour de nouveau donner du sens à la présence à l’école de tous les enfants. En passant le portail de l’école, l’enfant doit devenir élève et savoir que la connaissance est au centre de l’école. La tenue vestimentaire commune peut y aider. Il s’agit de remettre de l’ordre et de la tenue justement, là où malheureusement règnent bien souvent le désordre et la désinvolture.

A lire aussi, du même auteur: Islamisme, wokisme: les «parents vigilants» ne savent plus où donner de la tête

L’école, ce n’est pas Mac Do, on n’y vient pas comme on aime, ce n’est pas aux enfants de choisir leurs apprentissages. Il est donc de bon ton d’effectuer une distinction nette entre les temps de l’élève à l’école et de l’enfant au centre de loisirs. Qu’ils ne soient pas habillés de la même façon peut tout à fait les aider à faire la différence entre ces deux moments de leur vie, bien souvent dans les mêmes locaux, ou très proches les uns des autres.

L’élève est là pour apprendre, les enseignants adaptent leurs apprentissages de façon que chaque élève puisse les recevoir. Aux enfants de faire l’effort d’être élèves, l’uniforme peut faciliter l’établissement d’un climat serein, propice au sérieux et au travail scolaire. Aux enseignants de faire le reste, notamment œuvre de pédagogie pour élever les êtres en devenir au plus haut de leurs capacités. Mais il convient au préalable d’avoir des élèves face à soi, d’avoir des êtres disposés à recevoir le savoir que les professeurs doivent transmettre, et donc maîtriser auparavant, bien entendu. Nous revenons au premier point, celui des inégalités d’enseignements…

Ainsi, pour conclure, il serait sincèrement souhaitable que les débats à propos de la tenue scolaire soient sérieux et apaisés, dans un climat serein, car il est incroyable de voir ce qu’ils véhiculent comme inepties en plus d’être inutilement agressifs et moralisateurs. L’idéal serait d’agir sur les deux tableaux en même temps, remettre du cadre en quelque sorte à tous les niveaux. Favoriser le devenir élève du côté des enfants en développant tous les éléments constitutifs du cadre, car la tenue n’en est qu’un, comme le langage, l’assiduité, la ponctualité, la politesse, et bien sûr le premier d’entre eux : le respect. Dans le même temps, former réellement les enseignants à leur métier en travaillant conjointement dans deux directions : les connaissances pures à maîtriser et les gestes professionnels à acquérir. Une formation en alternance serait bienvenue. Quoi qu’il en soit, saisissons l’opportunité et expérimentons la tenue commune à l’école, vivons-la, évaluons-la et concluons ensuite sur ces effets, au lieu de jeter le bébé avec l’eau du bain et continuer de regarder impassiblement notre école s’effondrer davantage chaque année.

Ils scandent «Free Palestine» au Bataclan

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Le réfugié syrien Ameen Khayr forme avec le jeune producteur allemand Thorben Tüdelkopf le duo de musique électro «Shkoon». Alors qu’ils présentaient leurs nouvelles compositions au Bataclan le 10 février, ils ont repris la chanson «Yamma mwel el hawa» qui évoque le conflit israélo-palestinien. Le public s’est alors mis à scander «Free Palestine». On aurait préféré une minute de silence pour les victimes du terrorisme islamiste.


Des centaines de personnes scandent Free Palestine pendant un concert au Bataclan le 10 février. Les faits remontent à il y a une semaine, mais cela n’a été révélé qu’hier[1]. C’était pendant le concert du duo germano-syrien techno Shkoon – le chanteur Ameen Khayr est un réfugié syrien. Ses chansons, indique Radio Nova, parlent tolérance, amour, liberté, antiracisme, fraternité… Très bien.

Mais il n’est pas sûr que les jeunes qui assistaient à ce concert soient pétris de tolérance et d’amour.

Littéralement, « Free Palestine » n’a rien de choquant. Il est légitime de défendre l’existence d’un Etat palestinien. Mais c’est une question de contexte, comme dirait l’ex-patronne d’Harvard Claudine Gay qui affirmait qu’appeler au génocide des juifs pouvait (ou pas) être une violation du règlement de son université selon le contexte (d’où le montage rigolo avec la couverture de Mein Kampf remplacé par Mein Context sur les réseaux sociaux). En l’occurrence, « Free Palestine », dans le contexte actuel, cela ne signifie pas libérez la Cisjordanie et Gaza (qui n’est plus occupée) conformément aux résolutions de l’ONU, mais libérez la Palestine de la Mer au Jourdain, autrement dit : détruisez Israël. Ce slogan est scandé dans les manifs, il est tagué dans nos facs, il fait fureur dans les facs américaines. Depuis le 7 Octobre, « Free Palestine » n’est plus un plaidoyer pour le peuple palestinien qu’on pourrait tous partager mais un slogan pro-Hamas. Peut-être les jeunes du Bataclan ne le savent-ils pas. L’ignorance n’est pas une excuse.

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Nous qui défendons le pluralisme, nous voudrions interdire cela ?

Évidemment pas. Je déteste la censure. Mais tout n’est pas une affaire de droit. Ce qui est autorisé par la loi peut-être interdit par la décence. Rappelons que 90 de nos compatriotes sont morts au Bataclan, 130 en tout le 13 novembre 2015, victimes du terrorisme islamiste. Le même terrorisme qui, le 7 octobre, a tué, mutilé et torturé 1200 Israéliens parce qu’ils étaient juifs. Le Bataclan est un lieu de mémoire. C’est un lieu hautement symbolique qui rappelle que la bataille contre le djihadisme est loin d’être gagnée.

Or, l’islamo-gauchisme s’en donne à cœur joie. Les victimes du 7 octobre sont passées par pertes et profits. Le pogrom du Hamas est mis sur le même plan que la riposte israélienne. Le président brésilien Lula compare la riposte israélienne contre Gaza à la Shoah ! Adrien Quatennens et d’autres insoumis parlent de « génocide ».

A lire aussi: Le Quai d’Orsay et la rue arabe

On a le droit de dire des âneries. On a le droit d’affirmer que le Hamas est un mouvement de résistance comme l’a fait Danièle Obono etc. Mais on peut tout de même le dire ailleurs qu’au Bataclan, lieu d’une mémoire endeuillée. Au lieu d’encourager son public dans la haine des ju… pardon d’Israël, on aurait préféré que Shkoon, adepte de la fraternité et de la tolérance, appelle les spectateurs à observer une minute de silence pour les victimes du 13 Novembre et du 7 octobre – pour lesquelles nous avons une pensée ce matin.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale.


[1] https://www.valeursactuelles.com/societe/lors-dun-concert-au-bataclan-le-public-scande-free-palestine

Africaines et modernes, grâce «à l’école de l’universel» de Germaine Le Goff

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François-Xavier Freland nous révèle avec brio le parcours d’une femme remarquable.


François-Xavier Freland, journaliste et écrivain, connait bien l’Afrique et il l’aime sans complaisance, comme on doit aimer ceux à qui on veut vraiment du bien, loin des litanies victimaires et misérabilistes. En cela il est un descendant direct de Germaine Le Goff, même si leur parenté généalogique est plus distante. C’est le parcours remarquable de cette « éducatrice en Afrique » que François-Xavier Freland nous retrace dans son dernier ouvrage paru tout récemment aux éditions Intervalles. Le style est toujours vif et le rythme trépidant comme dans tous ses ouvrages, qu’ils relèvent du reportage ou de la littérature.

L’Afrique dans sa complexité

D’ailleurs ce petit livre procède tout autant du récit biographique que de l’analyse géopolitique. Avec François-Xavier Freland, on peut gager en effet qu’il s’agira d’aventure et d’histoire, de passion et de raison, de volonté et de lucidité autant que d’amour. La vie de Germaine Le Goff est romanesque à bien des égards : une enfance très pauvre dans la Bretagne rurale et maritime au tournant des 19ème et 20ème siècles, l’élévation grâce à l’école de la République mais sans renoncer à prier Dieu quelquefois, deux maris profondément aimés, les horizons lointains de l’Afrique coloniale de l’entre-deux-guerres, un projet audacieux, quelques revers et de grands succès, et puis la reconnaissance, institutionnelle et surtout celle du cœur. Mais Germaine Le Goff nous fait aussi réfléchir sur le destin de l’Afrique d’aujourd’hui et de demain : quel rôle pour les élites africaines que la fondatrice de la première école normale d’institutrices à contribué à faire émerger de la tradition et du lien colonial ?

Car Germaine Le Goff est à la fois féministe et anticoloniale, mais à sa manière, sans idéologie ou idéalisme aveugle, en favorisant la synthèse heureuse de l’émancipation des femmes et du développement social, de la modernité et de l’africanité. Elle s’éprend de l’Afrique, mais toujours en gardant au cœur ses origines françaises et bretonnes. Elle n’est pas de ces « expatriés » qui se perdent outre-mer, et qui, déracinés, n’ont in fine leur place ni ici ni là-bas. Du Soudan français (le Mali actuel) au Sénégal, et à travers ses élèves venues « d’Afrique-Équatoriale française » comme « d’Afrique-Occidentale française », elle apprend l’Afrique dans sa complexité, elle affronte l’hostilité des traditionalistes africains et le racisme de certains colonialistes français. Mais elle poursuit son but et trouve des alliés, dans son couple d’abord, avec Joseph Le Goff lui aussi fonctionnaire de l’Éducation nationale et qui partage ses idées, dans l’administration française aussi parfois, à des moments clés pour soutenir ses projets, et parmi les Africains progressistes comme Léopold Sédar Senghor avec qui elle entretiendra une correspondance tout au long de sa vie.

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« Au début, la vie à Djenné ressemble à un conte de fée. Quelques jours seulement. Le modeste couple d’instituteurs débarqué de province accède au rang de notables de la colonie. Le vertige est là quand on a vécu la misère, les fins de mois difficiles, la lutte, le froid. » Mais ce n’est pas évident d’installer la confiance indispensable à la transmission, entre le colon et le colonisé. « Le Français, c’est l’autre, le Blanc, le toubab » auquel on se soumet par la force des choses mais dont on se méfie et se défie, surtout lorsque c’est une femme et qu’elle s’est mise en tête d’apprendre à lire aux filles. Après l’école, après avoir été instruites, elles ne voudront plus piler le mile et mépriseront la case africaine ! Eh bien oui, Germaine Le Goff veut faire des femmes africaines des femmes instruites et plus encore, elle veut former une élite féminine qui contribuera à sortir l’Afrique de son sous-développement et de la tutelle coloniale. Mais non elle ne veut pas que « ses filles » élevées à « l’école de l’universel » oublient leur singulier africain, elle veut même qu’elles le chérissent et en fassent une vraie richesse.

Émancipation et progrès

En 1937, après une dizaine d’années à enseigner en Afrique, à concocter des manuels adaptés, mêlant poésie et morale, littérature française et contes africains, Germaine Le Goff va enfin mettre en œuvre le projet auquel elle rêve depuis longtemps : fonder une école normale d’institutrices pour jeunes femmes africaines. « Le 21 mars 1938, le Gouverneur général – conforté par le retour des « progressistes » au pouvoir – rend publique sa décision de créer la première École normale d’institutrices pour jeunes filles à Rufisque ».

L’émancipation des femmes africaines entrait tout naturellement dans le projet de Léon Blum qui intégra des femmes à son gouvernement, et tenta en vain d’introduire une égalité de droit à la nationalité en Algérie contre le statut de l’indigénat qui garantissait au pouvoir religieux sa domination sur les populations musulmanes. Or il n’existait « en Afrique occidentale en tout et pour tout qu’une école de sage-femmes. Les fillettes africaines [n’avaient] droit qu’à un enseignement primaire et secondaire là où les hommes [pouvaient] suivre des études universitaires ». Germaine Le Goff était persuadée que l’éducation des filles permettrait d’élever les sociétés africaines toutes entières et son école en a fait la preuve.

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Si en 1926, Germaine et Joseph Le Goff avaient involontairement raté la visite officielle de « Pétain l’éradicateur », le « nettoyeur du Maroc » dix ans plus tard, c’est en toute connaissance de cause qu’ils saluent le changement politique et « l’idéologie du Front populaire [qui] fait son entrée avec fracas dans la société bien hiérarchisée des colonies. » Et pendant la guerre, Germaine interdira à ses élèves de chanter « Maréchal nous voilà ! », admirant De Gaulle et préparant la Libération de la France puis l’Indépendance de l’Afrique. En janvier 1944, le Général De Gaulle lors de son passage à Dakar avant la conférence de Brazzaville, salue donc Germaine Le Goff, « la bonne servante de la France » et reçoit des mains de son petit-fils, une sculpture d’une jeune fille africaine réalisée par Joseph.

Retour en France

Après son retour en France en 1956, dans la grande villa bretonne qu’elle a choisie au bord d’une rivière calme, et après les indépendances africaines, les succès de celles qu’elle appelait « ses filles » et qui l’appelaient « maman », ont illuminé tout le reste de la vie de Germaine. À chacun de ses voyages en Afrique durant les années 60 et 70, elle les retrouvait. L’une est la première femme ministre du continent et deviendra ambassadeur de Guinée aux Nations unies, une autre est première femme députée en Côte d’Ivoire puis ministre, une autre encore, également ancienne legoffienne, la députée socialiste Caroline Diop, est présidente du Mouvement national des femmes, et nommée ministre de l’Action sociale par le futur président sénégalais Abdou Diouf.

Mais le plus bel hommage à Germaine Le Goff est peut-être le roman de Mariama Bâ, écrivaine sénégalaise passée elle aussi par l’école normale de Rufisque, Une si longue lettre. « Nous sortir de l’enlisement des traditions, superstitions et mœurs ; nous faire apprécier de multiples civilisations sans reniement de la nôtre ; (…) faire fructifier en nous les valeurs de la morale universelle ; voilà la tâche que s’était assignée l’admirable directrice ». Une conception de l’Afrique loin de la victimisation décoloniale wokiste tellement répandue aujourd’hui. Un héritage pour une nouvelle alliance entre l’Afrique et l’Occident qui passe forcément par une relation privilégiée avec la France. Voilà qui pourra exaspérer certains et faire adorer à d’autres, ce petit livre merveilleusement écrit, courageux, à la fois nostalgique et plein d’espoir.

Une si longue lettre

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Une cuisine qui ne ment pas

Frédéric Simonin est l’un des derniers chefs-patrons de Paris, un vrai Parigot-tête de veau qui, avant de faire ses classes auprès de Joël Robuchon, a connu l’école de la rue, en banlieue. Aussi attentif envers son personnel qu’il l’est à l’origine de ses produits, c’est en poète qu’il décline les terroirs de France.


Les Jeux olympiques attendus par tous comme le Messie auront au moins eu le mérite de nous révéler le vide intergalactique qui habite le cerveau de nos dirigeants et l’idée au fond très pessimiste qu’ils se font de notre pays : comme si, pour exister, Paris avait besoin de ces bacchanales païennes vues et revues à satiété. Outre que tout le monde a eu, ou aura, un jour, les JO (d’où le côté vulgaire de la chose), rappelons à nos Machiavel de pacotille que Paris rayonnait autrefois, telle une étoile transformant sa propre substance en lumière. Quelle était donc la substance de Paris ? C’était une ville vivante et amusante où le petit peuple côtoyait la bourgeoisie et l’aristocratie, parfois au sein d’un même immeuble (ce que raconte très bien Hemingway dans son plus beau livre : Paris est une fête). Les petits commerces à la façade élégante pullulaient dans tous les quartiers, ainsi que les bals musette, les foires au jambon et les matchs de boxe… Les plus grands peintres et les meilleurs écrivains y avaient élu domicile, jouissant de cette liberté de créer et d’aimer qui n’existait nulle part ailleurs. Dans Le Monde d’hier, Stefan Zweig note ainsi sa stupéfaction lorsqu’il voit qu’ici des femmes blanches sortent avec des militaires noirs américains, chose inimaginable dans la Vienne et le Berlin des années 1930 !

Le plus comique dans cette affaire est que tous les Parisiens qui le peuvent ont d’ores et déjà décidé de fuir, du 24 juillet au 11 août, laissant sous les yeux des caméras du monde un village Potemkine vidé de ses habitants… Belle publicité.

Ravioles au foie gras, dans un bouillon de crevettes grises parfumé au gingembre et à la citronnelle.

On aurait très bien pu à la place célébrer l’invention du restaurant ! Celui-ci, en effet, fut créé à Paris, en 1765, rue des Poulies, près du Louvre, par un certain Boulanger, qui proposait des bouillons de poule et autres petits plats destinés à restaurer (requinquer) les passants. Avant la Révolution, on en comptait déjà une centaine. 1 000 en 1825. Plus de 2 000 en 1834. Sous Napoléon III, sur un million de Parisiens, 200 000 allaient y manger tous les jours. En 1903, on recense 2 000 cafés et brasseries, 1 500 restaurants et 12 000 marchands de vin où l’on peut casser la croûte (la consommation est alors d’un litre de vin par jour et par personne !) : autant de lieux de rencontre conçus pour supporter la tension et les cruautés de la vie.

Dans le fil de cette histoire, nous aimerions ici rendre hommage à l’un des derniers chefs-patrons de Paris, un vrai Parigot-tête de veau au grand cœur dont le restaurant (situé dans le quartier des Ternes) s’inscrit dans cette tradition sans laquelle nous ne serions plus que des zombies. Au début des années 2000, Frédéric Simonin fut, aux côtés de son mentor Joël Robuchon, l’un des premiers chefs à célébrer le terroir oublié de Paris, avec ses maraîchers d’Île-de-France, ses champignonnières et ses recettes traditionnelles comme les pommes Pont-Neuf (ancêtres de la frite), le bœuf miroton (connu depuis le xviie siècle), le homard Thermidor, le potage au cresson, les petits pois à la parisienne, la tarte Bourdaloue et le fontainebleau aux cerises aigres-douces de Montmorency…

A lire aussi, du même auteur: Chasseurs sachant chasser

Né en 1975, Frédéric Simonin aurait pu très mal tourner : « J’ai passé mon enfance à Aubervilliers. Mon père militaire était toujours absent et ma mère tenait des bars de nuit : j’ai ainsi côtoyé des voyous, des maquereaux et des gangsters… J’étais en échec scolaire, très perturbé, un enfant débordant d’énergie dans un corps d’homme. À 13 ans, mes parents m’ont mis dans un internat militaire à La Roche-Guyon où j’ai découvert la rigueur et la camaraderie avec d’autres enfants de militaires, aussi paumés que moi. Mon rêve, c’était d’intégrer la Légion étrangère qui est l’élite de l’armée. Avec le recul, je pense que la disparition du service militaire a été une catastrophe sociale pour la France, car c’était une machine à intégrer. Deux ans après, j’ai commencé mon apprentissage en cuisine dans un joli restaurant situé au bord de la Seine et la première chose que j’ai faite a été d’envoyer mon plateau dans la gueule d’un client qui m’avait manqué de respect… »

Envoyé à Saint-Brieuc, en Bretagne, Frédéric tombe sur un chef bienveillant, Roland Pariset, qui va prendre le temps de le former et de lui apprendre à canaliser son énergie, un nouveau père, un vrai Jean Valjean !

De retour à Paris, il prend le bottin et écrit des lettres de candidature à tous les grands restaurants qui le font rêver : « À l’époque, on écrivait à la main et on recevait des réponses somptueuses avec le tampon de l’établissement ! C’était émouvant. Aujourd’hui, on communique sur Instagram. »

Ledoyen, Taillevent, l’hôtel Meurice, le George V, la Table de Joël Robuchon… Pendant des années, Simonin apprend le métier à la dure, comme un soldat, en se frottant aux plus grands chefs. En 2006, il gagne deux étoiles Michelin au service de l’ancien séminariste qui voulait devenir prêtre, Joël Robuchon, puis devient Meilleur Ouvrier de France, un concours qu’il remporte brillamment, mais qui le laisse sur le carreau : « J’en ai pleuré. Et après ? me suis-je dit, ça ne change rien de ce que je suis… On est ici de passage. »

À la tête de son propre restaurant depuis 2010, Simonin s’efforce d’être bon et juste avec son personnel et cela se sent : « Je leur apprends à être en éveil et à utiliser tous leurs sens. Je veux qu’ils soient autonomes et capables de réaliser un plat de A à Z : quand on le goûte, on sent qu’il y a une unité, un geste, une énergie. »

Très technique, sa cuisine paraît fluide et naturelle et privilégie des produits d’exception comme la rare truffe du Périgord Louis Pradel, qui embaume sa poitrine fondante de cochon au jus de civet…

Tous ses plats expriment un imaginaire poétique qui nous fait voyager, à l’image de ses exquises ravioles de foie gras servies dans un consommé de crevettes grises parfumé au gingembre. « Aujourd’hui, la concurrence est rude : il y a des tas de bons restaurants dans le monde qui ont plus de moyens que nous, plus de personnel, plus de design, moins de taxes… Nous, nous devons survivre ! » Alors, Monsieur Macron, les JO, c’est bien, mais l’avenir de notre gastronomie, c’est mieux !

Frédéric Simonin Restaurant
Menu déjeuner à 55 euros.
25, rue Bayen, 75017 Paris
01 45 74 74 74
www.fredericsimonin.com

Les « Naufragés du Wager » et la fin du délire attalamaniaque

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.


Rien n’y fait. Quand ça ne veut pas… Malgré des efforts soutenus pour atteindre l’excellence, comme on dirait à « Stan », en dépit de solutions égrainées avec l’entrain d’un serveur téléphonique : « Pour avoir des gestionnaires, tapez 1 ; pour des révolutionnaires, tapez 2 », nonobstant la promesse de « réarmement » et de « régénération », l’imaginaire politique d’Emmanuel Macron reste en cale sèche. Le libraire de mon quartier a très certainement perçu ma quête d’épopée quand il m’a conseillé de me plonger dans Les Naufragés du Wager, de David Grann (LeSous-Sol, 2023). Je n’aime rien autant que ces œuvres où le talent de l’écrivain vient harponner le réel. Le va-et-vient entre ce récit et la récente actualité politique fut tout simplement délicieux.

L’autre séparatisme

Imaginez, le vaisseau de ligne de Sa Majesté envoyé au sein d’une escouade sous le commandement du jeune officier Attal, avec un cap clair et un esprit conquérant. J’ai vécu pendant quelques jours l’emballement médiatique autour de la nomination du « plus jeune Premier ministre » comme celle du commodore Anson sur son navire. Comme frappées par une fièvre soudaine, les rédactions ont été victimes d’un délire attalamaniaque, qui, finalement, n’a pas duré une semaine.

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L’expédition, avant de passer le cap Horn des élections européennes, a connu sa première grosse vague avec Amélie Oudéa-Castéra. Je l’apprécie pour sa capacité à dire très clairement l’entre-soi bourgeois, le séparatisme des très hauts revenus. Mais déjà apparaissent à l’horizon les quarantièmes rugissants avec la colère des agriculteurs ; travailleurs de la terre et de la misère. Elle dit beaucoup de l’époque. Quand le travail ne paie pas. Quand le grand désordre libéral, illustré par les traités iniques de libre-échange, va jusqu’à atteindre votre propre dignité, le sens de votre vie.

Pour éviter les cinquantièmes hurlants et les soixantièmes déferlants, Sa Majesté et le jeune commodore Attal regardent la carte de la région. Île de la Désolation. Port de la Famine. Golfe des Peines. Rochers de la Tromperie. Baie de la Séparation des amis. Restent pour eux quelques raisons de ne pas totalement désespérer de la situation. L’équipage du Wager, avant de faire naufrage, a été fortement diminué par le scorbut. Notre système de santé connaît quelques difficultés, mais il devrait pouvoir y faire face. Après avoir échoué sur une île vierge au large de la Patagonie, les survivants s’organisent mais des mutineries éclatent. Je n’évoquerai pas ici les scènes de cannibalisme car, vraiment, nous y échapperons à coup sûr.

Rendez-vous sur l’autre rive

David Grann est un maître du récit. Plus encore, il interroge superbement sur le sens des récits. Face aux crises françaises, nombreuses et complexes, les alternatives et les possibles sont immenses à condition de les rendre désirables. Quand la politique n’est plus une espérance exagérée, elle se réduit à un tableur Excel déshumanisé.

Je vais maintenant lire le dernier Tesson. Ma sensibilité politique n’a jamais cadenassé mes goûts littéraires. Je préfère la compagnie d’un très bon livre d’un auteur de l’autre rive à une soirée avec des poètes « progressistes » qui sont déjà cuits avant même d’être maudits. Quand Ferré chantait « Thank You Satan », cela avait une autre gueule. « Pour le péché que tu fais naître /Au sein des plus raides vertus ».

Les Naufragés du Wager

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Le Voltaire algérien

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Boualem Sansal © Hannah Assouline

Pour avoir dénoncé dans son pays l’entente tacite entre les militaires et les islamistes, Boualem Sansal est devenu la cible d’un parti dévot et la bête noire du pouvoir. Le romancier, qui estime que l’islam a tué la culture, tire pour nous la sonnette d’alarme: la France est en pleine régression, et a atteint un point de bascule. Propos recueillis par Elisabeth Lévy, Gil Mihaely et Jean-Baptiste Roques.


Causeur. Dans votre roman Vivre, un petit groupe d’« appelés » apprend que la Terre va bientôt disparaître. Ils ont la possibilité de sauver une partie de l’humanité, qu’ils appellent les « élus ». Que nous raconte ce terrible impératif de sélection ?

Boualem Sansal. Le dilemme fait partie de la condition humaine ! Ce qui est nouveau et terrifiant ici, c’est l’immensité de l’opération et le délai imparti, sept cent quatre-vingts petits jours pour choisir, parmi les 8 milliards d’habitants de la Terre, les 3 à 4 milliards qui seront sauvés. C’est mission impossible à tous points de vue, organisationnel, matériel, moral, politique, religieux. Les appelés refusent cette responsabilité, puis s’y résignent. Ne pas le faire, c’est voir l’humanité disparaître, accepter, c’est en sauver une partie qui pourrait surune autre planète s’inventer une nouvelle vie, fonder une nouvelle humanité. Le rêve.

À la différence des grands monothéismes, la religion de l’écologie annonce que personne ne sera sauvé. Puisque nous sommes tous coupables…

Le problème avec les Prophètes, religieux ou civils, c’est qu’ils parlent avec des majuscules : la Vérité, le Destin déjà tracé, la Culpabilité, le Châtiment. Comment discuter avec eux quand on est un homme minusculeet malveillanta priori ? La véritable religion de l’homme, c’est le réel, c’est là qu’il habite, et c’est avec lui qu’il doit s’arranger.

Vous n’avez pas juste un problème avec Dieu, mais avec l’autorité en général. « Les humains, écrivez-vous,n’ont pas d’autres ennemis sur Terre que leur gouvernement, d’où l’intérêt vital qu’ils se gouvernent eux-mêmes. »

Je le pense. Le gouvernement tient son pouvoir du peuple, mais une fois aux commandes, il se croit son propre créateur, par génération spontanée, se bombarde Deus ex-machina et fait ce qu’il veut de nos vies et de nos biens.

Ce qu’il veut, c’est mal imité compte tenu de son impuissance réelle. A-t-il existé dans l’Histoire des systèmes qui ont marché différemment ?

Athènes dans l’Antiquité, la Suisse aujourd’hui où on vote tous les matins ; c’est possible parce que c’est un petit pays sérieux. Dans les grands pays,le référendum est un moyen pour le peuple souverain de reprendre la main et de recadrer le gouvernement.Mais le peuple est mort, vivent les consommateurs !

Vous dressez un portrait cocasse de la France wokisée. Avec l’épisode hilarant d’une réforme fantôme qui déclenche polémiques et batailles politiques.

Les intellectuels français d’avant-garde n’ont pas attendu le wokisme américain pour inventer le leur, un truc péremptoire et sournois, franchement minable. Monter en chaire et déclamer du vide par hologramme, ça ils aiment. Ils sont le crépuscule de cette merveilleuse société savante qui a fait les Lumières et la grandeur de la France.

Il est beaucoup question de religion dans votre livre. Avez-vous été croyant dans votre vie ?

Je suis un athée de naissance, irréductible mais pas fanatique. Pour moi, l’athéisme est la seule foi raisonnable dans ce monde de fous, on a déjà du mal à s’entendre sur des choses simples, si on ajoute les dieux et la religion, on va s’entretuer comme on le fait depuis des siècles. Restons entre humains.

Dans votre livre, toutes les religions en prennent pour leur grade.

L’islamique surtout, la petite dernière, elle est née arméede tant de prétentions et de brutalités qu’on ne sait quoi lui opposer. Elle nous refuse et nous dénie notre dignité humaine. Elle est pourtant née du judaïsme qui a fait de l’étude et du débat sans intention prosélyte un outil de connaissance privilégié. C’est une religion parfaite de ce point de vue-là. Elle devrait l’imiter, ce n’est pas honteux d’imiter ses parents. Enfin bon, elle a seshalachiquescomme chacun et ils ne sont pas commodes. Il faudraittous lespiquer au sérum de laïcité et les renvoyer à leurs yeshivot, médersas et autres ashrams lointains.

Vous avez eu cette formule : « Un islamiste est un musulman impatient. » N’existe-t-il pas un islam avec lequel on pourrait vivre tranquillement ?

Allah le veut :« l’islam doit régner sur terre », point. Le reste doit disparaître. Depuis sa naissance il est en marche, concentré sur l’objectif. Bilan à ce jour : il règne sur 49 pays et progresse hardiment dans 30 autres, dont la France, compte 2 milliards de fidèles, soit 25 % de la population mondiale, et ne manque pas de bénévoles idiots. Il n’y a plus d’endroit au monde où on vit tranquillement avec l’islam, quelles que soient sa foi et les concessions qu’on lui fait pour l’amadouer.

Cet islamisme, qui fournit, en même temps que des règles, une identité et une communauté de référence, séduit une grande partie de la jeunesse musulmane en Europe. Comment combattre cette emprise ? À l’évidence, pas par la science et la raison…

Comment lutter contre une croyance sans croyance ? C’est une bonne question. Je n’ai pas la réponse. Je suis frappé par le fait que l’islam qui se déploie en France depuis un siècle n’a en rien été ébranlé, influencé, par la société française, ses valeurs, son anthropologie. J’ai visité la France et je l’ai vu de mes yeux : une régression colossale est en marche dans ses territoires et dans l’âme de ses enfants. C’était donc vrai, l’inversion des pôles a atteint le point de bascule.

Il y a quelques jours, le président algérien a lancé un message à ses compatriotes émigrés : « Si vous êtes malheureux, revenez, on a besoin de vous. » Compte tenu de l’échec patent de l’intégration d’une partie des descendants d’immigrés, ne pourraient-ils pas trouver une meilleure vie dans le pays de leurs parents ?

Les programmes d’aide au retour n’ont jamais manqué. Sur les trente dernières années, on a rapatrié quoi, 2 000 à 3 000 personnes, dont une partie est repartie aussitôt. Il n’y a pas assez d’emplois en Algérie ni de moyens pour faire plus. Et puis le pays est une dictature, rappelez-vous, et des plus ennuyeuses, les Franco-Algériens ne sont pas fous pour venir s’enterrer dans un bled que ses habitants fuient à la nage. Tebounne pourrait commencer par retenir les siens et délivrer des laissez-passer pour récupérer ses OQTF.

Pouvez-vous expliquer le fonctionnement de cette dictature ?

Elle a emprunté aux meilleures dictatures du monde, anciennes etactuelles. Son clavier a sept touches : Terreur, Bureaucratie, Propagande, Corruption, Mensonge, Nationalisme, Religion. Chaque touche a elle-même ses petits réglages. Ainsi, la Terreur peut être massive, sourde, psychologique, morale, aléatoire, continue, et se combiner avec Bureaucratie, Propagande, etc.

Mais vous pouvez critiquer le régime et vous ne vous en privez pas…

J’étais enseignant et haut fonctionnaire, tranquille dans mon coin. Un jour de 2003, dans une interview en France, j’ai osé dire que sous son air de parfait démocrate, Bouteflika était un islamiste que la junte militaire avait embauché pour dealer avec les islamistes, embobiner les Occidentaux avec son bagout éclectique et la sauver elle-même de la justice internationale qui instruisait contre elle sur des allégations de crimes contre l’humanité. Ma vie s’est brusquement détériorée. Je passe sur les détails, ils ennuieraient vos lecteurs, mais plusieurs touches du clavier ont été actionnées par une main invisible experte.

Votre femme n’est pas voilée ?

Toutes les femmes ne sont pas voilées en Algérie, certaines résistent encore et la mienne plus que d’autres, car elle a le malheur de m’avoir pour mari et que par-là elle est plus visée que d’autres.

La plupart des dictatures ont un visage. À qui profite le système algérien ?

L’hydre algérienne a mille têtes, les généraux, les oligarques, les religieux et le président qui fait l’équilibre. Tout leur appartient.

Comment expliquez-vous que le régime soit si hostile à la France ?

Le régime n’existe que par la France. À l’indépendance, les militaires sont descendus des maquis avec un narratif attrape-nigaud qui a merveilleusement fonctionné : « Nous avons sacrifié nos vies pour libérer le pays du colonialisme français barbare et lui ouvrir un avenir radieux, le devoir nous dicte de poursuivre le combat, la France criminelle est notre ennemi éternel. » Ils se sont ainsi offert une légitimité à vie, piégeant et le peuple, transformé en armée de réserve, et la France qui s’est engluée entre défensive et repentance.

Est-ce le recul de la culture qui a permis à l’islam de s’imposer ?

C’est l’inverse, la religion a tué la culture. On a mis du temps pour comprendre que notre désastre culturel venait du poisoninoculé au pays par les imams importés du Proche-Orient et les prêches des chaînes satellitaires islamiques. Dans ma petite ville, à 50 kilomètres d’Alger, formée autour d’un campus universitaire moderne cosmopolite avec une vraie culture, bourré de docteurs, de PHD, de chercheurs, d’étudiants, il y avait une petite mosquée oubliée, comme abandonnée. Aujourd’hui, la ville compte dix grandes mosquées toujours bondées de foules vibrantes, et ressemble au Kaboul des talibans. Le couple islam-islamisme a vaincu la science et la culture.

Pourtant, les Algériens semblent avoir unanimement condamné le terrorisme islamiste.

Ils ont condamné le terrorisme, sans l’imputer forcément aux islamistes. Beaucoup pensent que des massacres ont été commis par des agents du contre-terrorisme.

Et c’est faux ?

Non, mais la loi sur la Réconciliation interdit d’en connaître sous peine de prison. Elle a effacé cette histoire et l’a remplacée par une vague bluette appelée « la tragédie nationale ». La religion et l’armée sont blanchies, elles n’apparaissent plus comme le problème, mais comme sa solution. Le retour à la paix, c’est lui, l’islam de paix et detolérance, c’est elle, la glorieuse armée nationale. L’amnistie générale et la culture de l’oubli ont fait le reste : la fameuse régression.

On a aussi vu s’amplifier la haine contre les juifs…

On a d’abord la haine d’Israël et du sionisme, mais c’est théorique, ça fait partie du discours d’ambiance débité journellement par la radio.O n est dans Orwell, cinq minutes de haine par jour. Les juifs, c’est autre chose, là on est dans le religieux, dans l’histoire longue, la vraie magie, les vieilles terreurs et la violence incroyable du Coran contre eux, jamais expliquée. L’ordre est qu’il faut les haïr et les maudire du mieux qu’on peut, ça plaît à Allah. Les malades adorent.

Comment expliquez-vous qu’au Maroc, il reste des juifs alors qu’en Algérie il n’y en a plus du tout ?

C’est aussi vrai des chrétiens, il n’en reste plus. Comme toute dictature, le pouvoir voulait son peuple, formaté pour l’obéissance, musulman nationaliste stricto sensu, pas de curieux, pas d’espions, pas de rapporteurs, pas de contaminants. Le Maroc, c’est autre chose, on réfléchit un peu dans ce vieux pays, on a de la mémoire, la courte et la longue.

L’Algérie n’a évidemment pas signé les accords d’Abraham. Néanmoins, sont-ils un motif d’espoir pour vous ?

L’Algérie ne les signera jamais, mais moi j’y crois et j’applaudis les pays signataires. Il s’est trouvé là des hommes d’État qui ont eu ce courage, comme Sadate à l’époque, de braver l’impensable. Qu’en pensent les peuples ? Sont-ils d’accord ? J’ai des doutes. Il faut convaincre les pays du Proche-Orient, le danger est là.

Si on résume : en Algérie, il n’y a aucun espoir. Et en France, il y a des Algériens qui mettent le bazar.

C’est bien la situation. Beaucoup l’aiment comme ça, d’autres ne la voient pas ou ne veulent pas savoir. Que faire ? Continuer à alerter, à expliquer aux gens de quelle terrible façon ils vont bientôt mourir.

Y a-t-il une réconciliation possible entre la France et l’Algérie, entre les Algériens et les Français ?

Macron y croit et fait tout pour y parvenir. Son forcing sur Tebboune a abouti à ce que la commission mixte, créée en août 2022, se réunisse enfin en novembre 2023. Alleluia ! On attend la suite, mais sans rêver s’il vous plaît.

Ici, on a plutôt tendance à lui reprocher de céder tout le temps aux Algériens, de faire profil bas face à leurs accusations délirantes…

Macron pensait qu’il réussirait cette réconciliation qu’aucun président avant lui n’a pu faire. Le challenge s’est avéré un engrenage malin, il s’est trouvé obligé de multiplier les gestes pendant que Tebboune fermait une à uneles portes de la réconciliation, la dernière, l’irréparable, étant le grand remplacement du français par l’anglais, et l’arabe of course.

N’obtiendrait-on pas plus de résultats en tapant du poing sur la table ?

« Le pouvoir algérien ne croit qu’au rapport de forces »,expliquait Xavier Driencourt, dans son très remarqué opus L’Énigme algérienne. La question est alors celle-ci: la France veut-elle, sait-elle, peut-elle relever la tête et taper du poing ? Si oui, il propose de dénoncer unilatéralement l’accord de 1968 qui favorise la circulation et le séjour des Algériens en France. L’Assemblée a dit niet.

Pourquoi n’utilisez-vous pas cet accord pour quitter ce pays devenu si invivable ?

J’y pense chaque jour. Invivable est un mot faible, il faut ajouter : dangereux, absurde, parano, schizo, ridicule, désespérant, sourd, aveugle… bref, cauchemardesque. Il serait si beau, si accueillant avec un gouvernement humain, démocrate, laïque, audacieux, copain comme cochon avec une France glorieuse comme elle a toujours aimé être.

Vivre: Le compte à rebours

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Chemin de croix jusqu’au Mékong

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© GALATÉE FILMS / TANDEM DISTRIB.

Les Derniers hommes, de David Oelhoffen, film aussi réussi qu’éprouvant, suit la fuite de légionnaires français dans la jungle en Indochine, alors que les Japonais viennent d’attaquer à la fin de la Seconde Guerre mondiale…


Non, vous n’êtes pas dans le dernier opus de Werner Herzog. Ni dans un remake d’Aguirre ou la colère de Dieu transposé pendant la guerre d’Indochine. Mais dans le quatrième long métrage de David Oelhoffen, réalisateur de Loin des hommes en 2013 puis de Frères ennemis en 2018. Également scénariste, il s’est appuyé, pour ce dernier film, sur Le chien jaune, récit d’un ancien légionnaire d’Indochine, mais également sur les recherches du documentariste, anthropologue et historien Eric Deroo, spécialiste des populations autochtones dans la période coloniale.

Quand la France de Vichy collaborait avec les Japonais

Il n’est peut-être pas inutile de rappeler l’arrière-plan historique où s’inscrit cette œuvre de fiction : Les derniers hommes prend sa source dans la cruelle réalité. Pendant quatre ans, la France de Vichy a collaboré avec les Japonais. La légion étrangère compte alors une bonne part d’Allemands, mais aussi des Juifs exfiltrés, des anarchistes espagnols, des Polonais, des Roumains… Le 9 mars 1945, les Japonais attaquent par surprise les postes de commandements français d’Indochine pour éradiquer toute présence coloniale. Méprisés par les Anglais, haïs par les Chinois, les légionnaires sont des proscrits.

C’est à partir d’une idée de l’acteur (cf. La 317e section, de Pierre Schoendoerffer, ou encore le merveilleux Désert des Tartares, de Valerio Zurlini) et documentaliste ornithophile Jacques Perrin (1941-2022) que David Oelhoffen s’est lancé dans l’aventure. Le film a été tourné en Guyane. Il faut se reporter au dossier de presse pour comprendre pourquoi le décor fait si parfaitement illusion : « En me rendant [en Guyane française] pour les repérages, explique le cinéaste, j’ai été très surpris en arrivant dans une ville appelée Cacao : elle était entièrement habitée par une ethnie laotienne, les Hmongs. Les Hmongs sont un peu l’équivalent des harkis pour le Sud-Est asiatique. C’était une population historiquement ostracisée par les Vietnamiens et les Chinois, qui ont décidé de soutenir les Français, puis les Américains après 1954. Lorsque les Américains ont évacué à leur tour le Vietnam et le Laos en 1973, ces populations ont été massacrées. Les survivants ont fui le pays. Les Français ont eu cette fois l’honneur de recueillir une partie de ces populations qui les avaient aidés. Un préfet a ensuite eu l’idée de les envoyer en Guyane, où personne n’arrivait à cultiver les terres. En arrivant à Cacao, je découvre donc des maisons laotiennes, des agriculteurs laotiens, des cultures en terrasse. On y parle le Hmong. » Singulier télescopage, mais dont il fallait encore savoir tirer le meilleur parti.

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Les derniers hommes élude donc à peu près totalement le contexte historique dans lequel prend place cette odyssée captivante –  mais c’est tant mieux : loin de toute approche documentariste, le film pénètre sans retour la contrée aveugle de la fatalité, de l’irréversible, du tragique à l’état pur : en 1945, une escouade de légionnaires exténués tente d’échapper à la traque des fantassins nippons, et de rejoindre, à travers la jungle, les troupes alliées en territoire chinois, à 300 km de distance. Pour ces hommes au bout du rouleau, promis à une mort certaine s’ils n’évacuent pas le « camp de repos » de Khan Khaï où ils végétaient dans un sursis précaire, commence alors un « voyage au bout de la nuit » qui tiendra le spectateur en haleine jusqu’au dénouement.  

Nature hostile et images éprouvantes

Sous la houlette de leur chef l’adjudant Janiçki (Andrzej Chyra), Lisbonne (Nuno Lopes), Karlson (Axel Granberger), Terfeuil, dit « Sorbonne » (Yann Goven), Volmann, dit « Poussin » (Felix Meyer), Tinh (Tang Va, le seul asiatique, de cette ethnie “mong” qu’on appelait les “ Meo” à l’époque coloniale), Aubrac (Arnaud Churin), Alvarez (Antonio Lopez), Mathusalem (Wim Willaer), Pepelucci dit « Musso » (Francesco Casisa), Stigmann (Aurélien Caeyman), Eisinger (Maxence Perrin – le fils du regretté Jacques Perrin), Marly (Guillaume Verdier) et Lemiotte (Guido Caprino), le “défroqué” de l’armée tenu en suspicion par ses compagnons – la colonne se lance éperdument dans la forêt hostile.

Ces hommes mal en point sauveront-ils leur peau ? Discipline, devoir d’obéissance, instinct de survie, esprit d’équipe, résistance physique et mentale sont mis à l’épreuve dans un chemin de croix qui semble les mener tous irrévocablement à leur perte. Le journal de bord du commandant ponctue, en voix off, les étapes du calvaire, la rédaction de son carnet transitant d’une plume à l’autre, à mesure que la troupe poursuivie par l’ennemi, rongée par la faim, la maladie, le désespoir qui guette, est décimée dans la torpeur tropicale… D’où quelques séquences éprouvantes, tel le scalp, filmé en gros plan, du jeune soldat japonais tombé entre les griffes de ces morts-vivants, ou cette embuscade, riveraine d’un cours d’eau paludéen, qui laisse derrière elle une flottille de noyés flottant à sa surface. Ou encore cette soudaine attaque d’un tigre, lequel a presque dévoré son homme avant d’être abattu, puis sa chair mangée par ces hères faméliques… À la lisière du fantastique, ce huis-clos sans cloisons, moite, sanglant, halluciné, nous ouvre par moments, comme par effraction, la vision d’un grandiose panorama : la nature intacte, immense, inviolée. Image du paradis perdu ? La rédemption ultime de Lemiotte, transfuge pathétique de ces garçons sacrifiés, finira par donner sens à cette quête d’un salut terrestre, au terme du martyre, sur la rive adverse du Mékong.   

Les Derniers hommes. Film de David Oelhoffen. France, couleur, 2023. Durée : 2h03. En salle le 21 février 2024

Guerre civile africaine à La Haye

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La Haye. La police hollandaise débordée par les émeutiers africains, 17 février 2024 © Capture VRT NWS

L’immigration en provenance de l’Érythrée a valu aux Pays-Bas d’être le théâtre de scènes de guérilla urbaine. Samedi 17 février au soir, des opposants au régime dictatorial érythréen ont assiégé une salle des fêtes à La Haye où des centaines de ses partisans étaient réunis. La police, bien que prévenue que ça risquait de dégénérer, fut totalement débordée. La correspondance de René ter Steege dans l’autre pays du fromage (et de l’immigration massive incontrôlée).


Les émeutes, à une échelle rarement vue dans le pays, coïncident avec les tractations laborieuses en vue de former un gouvernement de droite. M. Geert Wilders, grand vainqueur des élections législatives de novembre 2023, compte réduire drastiquement l’immigration extra-européenne. Après la « bataille de La Haye », il a exhorté ses partenaires gouvernementaux potentiels à ne plus tergiverser. « Moi Premier ministre, je rétablirai l’ordre d’une main de fer » a-t-il affirmé sur le site de son Parti pour la Liberté. « On en a plus que marre. Pourquoi laisse-t-on entrer des gens venus pour démolir notre pays et s’y livrer à leurs vendettas ? Il faut arrêter les fauteurs de trouble et les expulser ! »

Ce n’était pas la première fois que la communauté érythréenne installée aux Pays-Bas – quelques 25 000 personnes – se faisait remarquer par sa violence. Mais sa capacité à se faire vomir des Néerlandais a donc atteint son acmé, samedi soir, quand de jeunes hommes venus de plusieurs points des Pays-Bas convergèrent vers la salle des fêtes où quelques 700 de leurs compatriotes étaient venus pour fêter soit le nouvel an, soit leur dictateur, selon les sources.

Huit policiers blessés

Les trop rares policiers présents initialement réussirent à repousser les assaillants de la salle des fêtes, et en payèrent un lourd prix : huit agents blessés ! Les attaquants s’en prirent aussi aux pompiers, au personnel médical et à d’autres agents déployés sur place pour éteindre les incendies de voitures de police, de cars de tourisme et d’une partie de la fameuse salle des fêtes. Des hordes de manifestants attaquèrent également des voitures et des immeubles du quartier environnant et dont les habitants eurent la peur de leur vie. Tout comme les fêtards érythréens assiégés, qui craignaient non sans raison de périr dans les flammes quand la police semblait sur le point de céder aux assaillants. Ceux-ci, visiblement bien entraînés, empêchèrent les pompiers de s’approcher sous une pluie de briques et de bombes incendiaires. Le bruit d’explosifs augmenta l’atmosphère de guérilla urbaine, selon les journalistes présents. « Leur violence était d’une ampleur inouïe, les policiers ont été attaqués avec des couteaux et des bâtons. Même les plus aguerris d’entre eux n’avaient jamais connu cela », selon un porte-parole de la police de La Haye. Dimanche, treize jeunes Erythréens furent arrêtés, bilan plutôt maigre vue l’ampleur des émeutes.

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Le maire de La Haye, M. Jan van Zanen, a admis avoir sous-estimé le danger quand il autorisa les adhérents à la dictature érythréenne de se rassembler, vu les troubles récents dans deux autres villes néerlandaises. Cette fois-ci, cependant, les contre-manifestants, membres des Brigades Nhamedu, avaient mieux organisé le siège de leurs opposants. Ils étaient aussi beaucoup plus nombreux, mieux ‘armés’ et avaient rempli leurs cocktails Molotov auprès d’une station-service près du champ de bataille, selon des témoins. 

La régularisation automatique de ces réfugiés critiquée

Pratiquement tous les demandeurs d’asile érythréens reçoivent leurs papiers de régularisation, selon les experts. L’Érythrée se trouve sous le joug du même dictateur, Isaias Afwerki, depuis l’indépendance en 1993. De jeunes hommes fuyant le service militaire constituent le gros des réfugiés aux Pays-Bas, mais des amis du dictateur s’y sentent tout aussi à l’aise, en témoigne cette supposée fête en son honneur samedi soir et dimanche matin à La Haye…

Pour M. Wilders, il est grand temps de mettre fin à la quasi-automaticité avec laquelle des Érythréens sont admis aux Pays-Bas. Les émeutes du week-end augmentent la pression sur ses potentiels partenaires gouvernementaux – tous réunis dans l’horreur après ces événements, et désireux de s’attaquer à la source du problème. Mais les propositions radicales de M. Wilders effarouchent certains partenaires de centre-droit, qui ont l’autre jour encore fait capoter les efforts de former un gouvernement. Les marchandages continuent en coulisse. Sur ces entrefaites, la popularité de M. Wilders ne cesse de croître, à en croire les derniers sondages. En novembre, son parti obtint 37 des 150 sièges parlementaires. En cas d’élections anticipées, selon des sondages publiés juste avant cet effarant transfert vers un quartier populaire de La Haye d’un conflit d’une sinistre dictature africaine, il obtiendrait désormais une cinquantaine de sièges.

Immigration, « arc républicain »: mettez-vous d’accord!

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Emmanuel Macron en une de "L'Humanité", 19 février 2024.

L’immigration reste, pour Emmanuel Macron, un sujet intouchable. «Je n’ai jamais eu un mot contre l’immigration», se flatte le chef de l’État, ce lundi, dans le journal communiste L’Humanité. Fabrice Leggeri, ancien patron de Frontex, rejoint de son côté le Rassemblement national.


Si Emmanuel Macron justifie néanmoins, devant le quotidien communiste, son opposition de principe à l’immigration clandestine, il dédaigne les inquiétudes populaires sur les entrées massives, soutenues également par ses intervieweurs. «Je n’ai jamais considéré que le RN ou Reconquête s’inscrivaient dans l’arc républicain», précise-t-il en rappelant, à propos du RN: «J’ai toujours considéré, comme avec la loi immigration, que les textes importants ne devaient pas passer grâce à leurs voix». Pour une fois, le propos est clair. Il consiste, d’une part, en la négation des difficultés nées d’une immigration légale qui fait venir près de 500 000 personnes chaque année, et, d’autre part, en la diabolisation de ceux qui alertent sur la fragmentation en cours de la société.

Toutefois, cet abus de pouvoir n’est pas propre au président. Il est l’expression d’un système défendu par une oligarchie protégée par ses juges. Tous cherchent à étouffer les craintes des Français qui vivent une dépossession. C’est le président de la Cour des Comptes, l’ancien socialiste Pierre Moscovici, qui a reporté d’autorité au 4 janvier dernier un rapport sur l’immigration qui aurait pu éclairer le débat parlementaire. C’est le président du Conseil Constitutionnel, l’ancien socialiste Laurent Fabius, qui a présidé à la décision du 25 janvier de rejeter les amendements déposés par la droite pour durcir la timide loi immigration. Le peuple, premier concerné par les bouleversements qui accablent son pays, est tenu à l’écart des décisions prises par d’autres.

A lire aussi, Jean-Eric Schoettl: Loi immigration : désaveu d’échec

Dans ce contexte, le témoignage de Fabrice Leggeri, ancien patron de Frontex, le gendarme théorique des frontières de l’Union européenne, vient compléter le descriptif idéologique du mécanisme immigationniste qui s’est généralisé au niveau européen. Ce haut fonctionnaire, qui a rejoint ce week-end Jordan Bardella (RN) sur sa liste aux européennes comme numéro 3, a dirigé durant sept ans la structure de contrôle des entrées en Europe. Il avait été nommé à ce poste sur proposition du socialiste Bernard Cazeneuve, alors ministre de l’Intérieur. Leggeri explique pourquoi il a dû démissionner en 2022 sous les pressions du gouvernement, de la Commission européenne et de multiples ONG lui reprochant sa trop grande fermeté. Il cite une conversation de 2019 avec la nouvelle commissaire européenne, Ylva Johansson. Elle lui explique : « Votre job, c’est de faire rentrer les migrants et de les accueillir parce qu’ils viennent par amour. Et que ça vous plaise ou non, nous sommes un continent vieillissant et donc vous devez les laisser entrer ». Depuis, le Pacte sur l’immigration et l’asile a décidé de répartir les migrants dans l’UE sous couvert d’une amende de 20 000 euros par migrant refusé par un pays.

Le Français Fabrice Leggeri photographié à Bruxelles en 2015. M. Leggeri a été directeur de l’agence Frontex de l’Union européenne entre 2015 et 2022 © Geert Vanden Wijngaert/AP/SIPA

Mais comment ces « élites » peuvent-elles croire qu’elles vont imposer leurs lubies par ces méthodes anti-démocratiques ? La débâcle leur est promise.

Journal d'un paria: Bloc-notes 2020-21

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Emprise, mâles toxiques, hommes déconstruits — et autres carabistouilles

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Illustration du n°59 de "Causeur" "L'amour après Wenstein" © Causeur

Notre chroniqueur, boomer non repentant, semble choqué par les revendications féministes qui globalement, dit-il, visent à castrer les hommes: et après on s’étonne de la diminution spectaculaire du nombre d’enfants! Des plaisanteries sexistes auxquelles la direction de Causeur ne saurait s’associer, et que les commentateurs mettront certainement en pièces…


Il faut bien reconnaître que ce que la vertu contemporaine, dont Gérard Miller fut longtemps le plus bel ornement, nomme « emprise » correspond à ce que l’on a depuis des millénaires appelé « amour ». Ce mouvement qui pousse l’homme et la femme l’un vers l’autre, puis l’un dans l’autre, fut le motif de tant d’œuvres d’art, tant de livres, tant de communications et de commentaires, qu’il paraissait naturel.
Pas du tout, s’indignent les belles consciences contemporaines, dont Sandrine Rousseau est l’illustration majeure : il s’est construit dans l’oppression des femmes. Ce qui, il y a encore trente ans, passait pour une belle histoire est revu (et corrigé) aujourd’hui comme une emprise inadmissible. Et des quinquagénaires en quête de notoriété s’indignent qu’on leur ait fait vivre des passions pleines d’orgasmes et de déchirements.

La femelle n’est pas entièrement dissoute dans la femme. Le mâle n’est pas complètement consumé dans l’homme

Un livre tout récent de Pascal Quignard, Compléments à la théorie sexuelle et sur l’amour, que je vous conseille vivement tant il brille d’intelligence, s’amuse quelque peu de ces affirmations modernes. Après avoir examiné la façon dont la morale religieuse a censuré les élans les plus naturels, occulté les corps, stigmatisé la passion et condamné tout autre position que le missionnaire, il précise :

« Tout ce que Sigmund Freud avait ramené de vivant du fond du monde animal — et du passé du temps — semble expirer une nouvelle fois sous nos yeux. L’enfant n’est plus un pervers polymorphe. Les sexualités des adultes et leurs désordres ne sont plus invraisemblablement et féériquement infantiles. La sexuation n’appartient plus en propre à la genèse hétérosexuelle des espèces animales. L’amour ne consiste plus dans l’usage sauvage de tout ce qui entre et sort des corps de la femme et de l’homme par douze trouées étranges (…) Or, sur tous ces points, Freud avait raison et aucune de ces avancées ne doit être corrigée, ni déniée, ni trahie, quoi qu’on dise, quoi qu’on lise, quoi qu’on conseille, quoi qu’on légifère. La sexuation est coriace. Le désir est immarcescible. La pulsion est inéducable. La femelle n’est pas entièrement dissoute dans la femme. Le mâle n’est pas complètement consumé dans l’homme. »

Actuellement dans les kiosques, Causeur #120: Sexe: le retour de bâton

(Avant d’aller plus loin, entendons-nous. J’ai une grande admiration pour la théorie freudienne, qui reste fonctionnelle pour l’essentiel — et une méfiance fondamentale pour les psychanalystes qui s’en réclament aujourd’hui, plus animés d’un désir de toute-puissance que d’explications plausibles, quand ils ne sont pas habités — un joli mot, quand on y pense — par une libido sous hypnose).

Reprenons les items énumérés par Quignard reprenant Freud

Oui, l’enfant est initialement tordu — et le but de l’éducation est de redresser ce paquet de nœuds et de pulsions : « Tiens-toi droit ! » dit l’institutrice — un mot qui vient d’une vielle racine *st- signifiant « se tenir droit », que vous retrouvez dans le latin stare comme dans l’anglais stand. Éduquer, c’est dénaturer : il faut être bête comme un pédagogue néo-rousseauiste pour croire que l’enfant est bon.

Et le désir est une reformulation de la libido infantile. Faire l’amour consiste à aller aussi loin que possible dans la reconquête de l’enfer perdu des désirs enfantins — stade anal et pulsions sadiques (ou masochistes) compris… Quant à la pénétration, elle est la conséquence de cette domination double : l’homme ne « prend » une femme que par abus de sens, puisque techniquement c’est le contraire qui se passe, demandez donc à vos compagnes, si elles ne vous ont pas encore reconstruits. Et oui, « la sexuation est coriace ».

A lire aussi: Réarmement démographique? 95 fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant!

Les belles âmes s’en vont citant Camus qui aurait dit qu’« un homme, ça s’empêche » — en oubliant que Camus lui-même, qui a poussé deux fois son épouse au suicide, s’est fort peu empêché, lui-même : le jour de sa mort, il avait rendez-vous, de deux heures en deux heures, avec trois femmes différentes, dont l’une au moins, Mette Ivers, avait une petite trentaine d’années de moins que lui — oh que c’est mal ! C’est dans cette vie sexuelle débridée qu’il a puisé l’inspiration de ses plus grandes œuvres — La Chute par exemple, dont Sartre salua toute l’importance dans la lettre écrite au lendemain de la mort de l’écrivain. Et oui, l’œuvre d’art est hors morale, et toutes celles qui prétendent obéir à des impératifs moraux ne sont guère que des prospectus pharmaceutiques, comme disait Benjamin Péret.

Je vous souhaite vivement vivre avec vos amours actuelles et futures de belles situations d’emprise — et il n’y a pas de fatalité dans le sens de cette emprise, il y a autant d’hommes que de femmes sublimement harassés par l’amour, et qui restent pantelants sur des lits défaits — à leur image. Cessons d’écouter les jérémiades reconstruites de tel ou telle, pleurant son immaturité d’autrefois — mais l’amour, pauvre cloche, est toujours une replongée dans l’immaturité des pulsions. Vous avez souffert ? À la bonne heure ! À l’heure de votre mort, le souvenir de ces suaves souffrances vous donnera la force de sauter le pas dans un dernier sourire.

Pascal Quignard, Compléments à la théorie sexuelle et sur l’amour, Le Seuil, janvier 2024, 363 p.

Compléments à la théorie sexuelle et sur l amour

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De l’uniforme et des inégalités scolaires…

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Béziers, février 2024 © Alain ROBERT/SIPA

Pour faire passer l’idée de l’expérimentation de l’uniforme scolaire auprès des enseignants (et de l’idéologie de gauche…), l’argument de la lutte contre les inégalités à l’école est sans cesse avancé. Mais, en réalité, le principal objectif recherché est le retour d’un climat scolaire serein et propice aux apprentissages, rappelle notre contributeur, directeur d’école directement concerné.


Le sujet de la tenue vestimentaire des élèves fait couler beaucoup d’encre ces derniers temps. Il semblerait d’ailleurs que ce soit les opposants à l’uniforme qui aient davantage voix au chapitre que ceux qui sont favorables à une tenue commune pour les élèves. À lire les nombreux articles, les multiples invectives lancées aux supposés visages de l’extrémisme réincarné au travers du vêtement scolaire, cela doit tout de même secouer une bonne partie de l’échiquier politique, surtout du côté bien-pensant, évidemment !

La gauche moralisatrice et adoratrice de la différence ayant remplacé la gauche républicaine et patriote d’antan, c’est sur le sujet des inégalités que porte principalement le débat. Et c’est bien là le problème, car ce n’est pas le principal objectif de l’expérimentation de la tenue commune proposée par le gouvernement. Bien sûr, il s’agit d’exprimer à grands cris que l’uniforme ne masquera pas les inégalités entre enfants, qu’elles réapparaîtront davantage ailleurs, avec les autres vêtements, manteaux, chaussures… ou dans les accessoires comme les montres. Ceci est partiellement vrai et ce n’est pas le point qui intéresse prioritairement dans le port d’une tenue commune à l’école.

L’autre « inégalité » dont la presse de gauche ne parle jamais

D’ailleurs la communication officielle du ministère de l’Education nationale reprend cet argument sans le mettre au premier plan dans le guide destiné à encadrer la mise en place de la mesure :
« Cette démarche vise en tout premier lieu à renforcer la cohésion entre élèves et à améliorer le climat scolaire. […] C’est aussi un moyen de valoriser l’image de l’école et de l’établissement en créant un sentiment d’appartenance et d’unité entre les élèves. Il peut offrir des conditions de socialisation où les différences sociales se réduisent et permet de lutter contre le règne de l’apparence, trop souvent source de souffrances d’enfants et de familles. En cela, il facilite les relations entre les élèves, les familles et les enseignants et contribue à créer un climat scolaire propice au bien-être et à la réussite scolaire de chaque élève en lui permettant de s’épanouir au sein d’une école à l’abri de toutes formes d’inégalités et de prosélytisme. »

A lire aussi, Emmanuelle Ménard: Béziers candidate à l’expérimentation de l’uniforme à l’école

Et sur le site ministériel, https://www.education.gouv.fr/tout-savoir-sur-l-experimentation-d-une-tenue-vestimentaire-commune-l-ecole-380643 :

« Destinée à réduire les différences sociales, à lutter contre le règne de l’apparence et contre toutes formes d’inégalités et de prosélytisme, l’expérimentation doit permettre de :
-Renforcer la cohésion entre les élèves
-Améliorer le climat scolaire
-Contribuer à créer une atmosphère de travail et d’égalité au sein de l’établissement
-Valoriser l’image de l’école et de l’établissement en créant un sentiment d’appartenance et d’unité entre les élèves. »

Nous voyons bien qu’il ne s’agit pas de masquer les inégalités entre enfants, mais bien de les réduire, et de les laisser à une place qui ne serait plus prépondérante au sein des établissements scolaires et des relations entre les élèves.

Si certaines inégalités sont légitimement déplorables dans notre système scolaire, c’est surtout celles qui touchent l’enseignement dispensé par les professeurs qu’il convient de combattre à l’école car elles entérinent celles des élèves qu’un enseignement d’égale valeur pourrait atténuer, selon leurs capacités réelles et non selon leurs lieux ou conditions de naissance. Ainsi, les vraies inégalités qui écrasent toutes les autres à l’école sont bien qu’à certains endroits un apprentissage est possible alors qu’il ne l’est pas ailleurs. Ou formulé autrement, pourquoi certains enseignements ne portent pas partout en France à l’élévation aussi haut que possible de tous les élèves en capacité de réussir.

Ordre et tenue !

Alors les chantres de l’égalitarisme nous disent que l’uniforme n’y pourra rien. Evidemment si nous regardons les conséquences sans questionner les causes, en effet la tenue commune ne réglera pas le problème de l’inégalité des apprentissages dispensés dans l’école de la République française. Mais si nous daignons nous intéresser à certaines causes, nous trouvons principalement deux aspects, l’un concerne les professeurs eux-mêmes, leurs compétences, leurs savoirs, donc leurs formations très inégales, bien souvent assez inachevées ; l’autre dépend des enfants que nous accueillons et qui parfois, ou souvent selon les endroits, sont très difficilement élèves. Là, l’uniforme a toute sa place dans le cadre qu’il convient absolument de remettre pour de nouveau donner du sens à la présence à l’école de tous les enfants. En passant le portail de l’école, l’enfant doit devenir élève et savoir que la connaissance est au centre de l’école. La tenue vestimentaire commune peut y aider. Il s’agit de remettre de l’ordre et de la tenue justement, là où malheureusement règnent bien souvent le désordre et la désinvolture.

A lire aussi, du même auteur: Islamisme, wokisme: les «parents vigilants» ne savent plus où donner de la tête

L’école, ce n’est pas Mac Do, on n’y vient pas comme on aime, ce n’est pas aux enfants de choisir leurs apprentissages. Il est donc de bon ton d’effectuer une distinction nette entre les temps de l’élève à l’école et de l’enfant au centre de loisirs. Qu’ils ne soient pas habillés de la même façon peut tout à fait les aider à faire la différence entre ces deux moments de leur vie, bien souvent dans les mêmes locaux, ou très proches les uns des autres.

L’élève est là pour apprendre, les enseignants adaptent leurs apprentissages de façon que chaque élève puisse les recevoir. Aux enfants de faire l’effort d’être élèves, l’uniforme peut faciliter l’établissement d’un climat serein, propice au sérieux et au travail scolaire. Aux enseignants de faire le reste, notamment œuvre de pédagogie pour élever les êtres en devenir au plus haut de leurs capacités. Mais il convient au préalable d’avoir des élèves face à soi, d’avoir des êtres disposés à recevoir le savoir que les professeurs doivent transmettre, et donc maîtriser auparavant, bien entendu. Nous revenons au premier point, celui des inégalités d’enseignements…

Ainsi, pour conclure, il serait sincèrement souhaitable que les débats à propos de la tenue scolaire soient sérieux et apaisés, dans un climat serein, car il est incroyable de voir ce qu’ils véhiculent comme inepties en plus d’être inutilement agressifs et moralisateurs. L’idéal serait d’agir sur les deux tableaux en même temps, remettre du cadre en quelque sorte à tous les niveaux. Favoriser le devenir élève du côté des enfants en développant tous les éléments constitutifs du cadre, car la tenue n’en est qu’un, comme le langage, l’assiduité, la ponctualité, la politesse, et bien sûr le premier d’entre eux : le respect. Dans le même temps, former réellement les enseignants à leur métier en travaillant conjointement dans deux directions : les connaissances pures à maîtriser et les gestes professionnels à acquérir. Une formation en alternance serait bienvenue. Quoi qu’il en soit, saisissons l’opportunité et expérimentons la tenue commune à l’école, vivons-la, évaluons-la et concluons ensuite sur ces effets, au lieu de jeter le bébé avec l’eau du bain et continuer de regarder impassiblement notre école s’effondrer davantage chaque année.

Ils scandent «Free Palestine» au Bataclan

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Image: réseaux sociaux.

Le réfugié syrien Ameen Khayr forme avec le jeune producteur allemand Thorben Tüdelkopf le duo de musique électro «Shkoon». Alors qu’ils présentaient leurs nouvelles compositions au Bataclan le 10 février, ils ont repris la chanson «Yamma mwel el hawa» qui évoque le conflit israélo-palestinien. Le public s’est alors mis à scander «Free Palestine». On aurait préféré une minute de silence pour les victimes du terrorisme islamiste.


Des centaines de personnes scandent Free Palestine pendant un concert au Bataclan le 10 février. Les faits remontent à il y a une semaine, mais cela n’a été révélé qu’hier[1]. C’était pendant le concert du duo germano-syrien techno Shkoon – le chanteur Ameen Khayr est un réfugié syrien. Ses chansons, indique Radio Nova, parlent tolérance, amour, liberté, antiracisme, fraternité… Très bien.

Mais il n’est pas sûr que les jeunes qui assistaient à ce concert soient pétris de tolérance et d’amour.

Littéralement, « Free Palestine » n’a rien de choquant. Il est légitime de défendre l’existence d’un Etat palestinien. Mais c’est une question de contexte, comme dirait l’ex-patronne d’Harvard Claudine Gay qui affirmait qu’appeler au génocide des juifs pouvait (ou pas) être une violation du règlement de son université selon le contexte (d’où le montage rigolo avec la couverture de Mein Kampf remplacé par Mein Context sur les réseaux sociaux). En l’occurrence, « Free Palestine », dans le contexte actuel, cela ne signifie pas libérez la Cisjordanie et Gaza (qui n’est plus occupée) conformément aux résolutions de l’ONU, mais libérez la Palestine de la Mer au Jourdain, autrement dit : détruisez Israël. Ce slogan est scandé dans les manifs, il est tagué dans nos facs, il fait fureur dans les facs américaines. Depuis le 7 Octobre, « Free Palestine » n’est plus un plaidoyer pour le peuple palestinien qu’on pourrait tous partager mais un slogan pro-Hamas. Peut-être les jeunes du Bataclan ne le savent-ils pas. L’ignorance n’est pas une excuse.

A lire aussi: L’Arcom commence son fichage politique, sueurs froides à France inter

Nous qui défendons le pluralisme, nous voudrions interdire cela ?

Évidemment pas. Je déteste la censure. Mais tout n’est pas une affaire de droit. Ce qui est autorisé par la loi peut-être interdit par la décence. Rappelons que 90 de nos compatriotes sont morts au Bataclan, 130 en tout le 13 novembre 2015, victimes du terrorisme islamiste. Le même terrorisme qui, le 7 octobre, a tué, mutilé et torturé 1200 Israéliens parce qu’ils étaient juifs. Le Bataclan est un lieu de mémoire. C’est un lieu hautement symbolique qui rappelle que la bataille contre le djihadisme est loin d’être gagnée.

Or, l’islamo-gauchisme s’en donne à cœur joie. Les victimes du 7 octobre sont passées par pertes et profits. Le pogrom du Hamas est mis sur le même plan que la riposte israélienne. Le président brésilien Lula compare la riposte israélienne contre Gaza à la Shoah ! Adrien Quatennens et d’autres insoumis parlent de « génocide ».

A lire aussi: Le Quai d’Orsay et la rue arabe

On a le droit de dire des âneries. On a le droit d’affirmer que le Hamas est un mouvement de résistance comme l’a fait Danièle Obono etc. Mais on peut tout de même le dire ailleurs qu’au Bataclan, lieu d’une mémoire endeuillée. Au lieu d’encourager son public dans la haine des ju… pardon d’Israël, on aurait préféré que Shkoon, adepte de la fraternité et de la tolérance, appelle les spectateurs à observer une minute de silence pour les victimes du 13 Novembre et du 7 octobre – pour lesquelles nous avons une pensée ce matin.


Cette chronique a d’abord été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction du lundi au jeudi dans la matinale.


[1] https://www.valeursactuelles.com/societe/lors-dun-concert-au-bataclan-le-public-scande-free-palestine

Africaines et modernes, grâce «à l’école de l’universel» de Germaine Le Goff

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© Editions Intervalles

François-Xavier Freland nous révèle avec brio le parcours d’une femme remarquable.


François-Xavier Freland, journaliste et écrivain, connait bien l’Afrique et il l’aime sans complaisance, comme on doit aimer ceux à qui on veut vraiment du bien, loin des litanies victimaires et misérabilistes. En cela il est un descendant direct de Germaine Le Goff, même si leur parenté généalogique est plus distante. C’est le parcours remarquable de cette « éducatrice en Afrique » que François-Xavier Freland nous retrace dans son dernier ouvrage paru tout récemment aux éditions Intervalles. Le style est toujours vif et le rythme trépidant comme dans tous ses ouvrages, qu’ils relèvent du reportage ou de la littérature.

L’Afrique dans sa complexité

D’ailleurs ce petit livre procède tout autant du récit biographique que de l’analyse géopolitique. Avec François-Xavier Freland, on peut gager en effet qu’il s’agira d’aventure et d’histoire, de passion et de raison, de volonté et de lucidité autant que d’amour. La vie de Germaine Le Goff est romanesque à bien des égards : une enfance très pauvre dans la Bretagne rurale et maritime au tournant des 19ème et 20ème siècles, l’élévation grâce à l’école de la République mais sans renoncer à prier Dieu quelquefois, deux maris profondément aimés, les horizons lointains de l’Afrique coloniale de l’entre-deux-guerres, un projet audacieux, quelques revers et de grands succès, et puis la reconnaissance, institutionnelle et surtout celle du cœur. Mais Germaine Le Goff nous fait aussi réfléchir sur le destin de l’Afrique d’aujourd’hui et de demain : quel rôle pour les élites africaines que la fondatrice de la première école normale d’institutrices à contribué à faire émerger de la tradition et du lien colonial ?

Car Germaine Le Goff est à la fois féministe et anticoloniale, mais à sa manière, sans idéologie ou idéalisme aveugle, en favorisant la synthèse heureuse de l’émancipation des femmes et du développement social, de la modernité et de l’africanité. Elle s’éprend de l’Afrique, mais toujours en gardant au cœur ses origines françaises et bretonnes. Elle n’est pas de ces « expatriés » qui se perdent outre-mer, et qui, déracinés, n’ont in fine leur place ni ici ni là-bas. Du Soudan français (le Mali actuel) au Sénégal, et à travers ses élèves venues « d’Afrique-Équatoriale française » comme « d’Afrique-Occidentale française », elle apprend l’Afrique dans sa complexité, elle affronte l’hostilité des traditionalistes africains et le racisme de certains colonialistes français. Mais elle poursuit son but et trouve des alliés, dans son couple d’abord, avec Joseph Le Goff lui aussi fonctionnaire de l’Éducation nationale et qui partage ses idées, dans l’administration française aussi parfois, à des moments clés pour soutenir ses projets, et parmi les Africains progressistes comme Léopold Sédar Senghor avec qui elle entretiendra une correspondance tout au long de sa vie.

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« Au début, la vie à Djenné ressemble à un conte de fée. Quelques jours seulement. Le modeste couple d’instituteurs débarqué de province accède au rang de notables de la colonie. Le vertige est là quand on a vécu la misère, les fins de mois difficiles, la lutte, le froid. » Mais ce n’est pas évident d’installer la confiance indispensable à la transmission, entre le colon et le colonisé. « Le Français, c’est l’autre, le Blanc, le toubab » auquel on se soumet par la force des choses mais dont on se méfie et se défie, surtout lorsque c’est une femme et qu’elle s’est mise en tête d’apprendre à lire aux filles. Après l’école, après avoir été instruites, elles ne voudront plus piler le mile et mépriseront la case africaine ! Eh bien oui, Germaine Le Goff veut faire des femmes africaines des femmes instruites et plus encore, elle veut former une élite féminine qui contribuera à sortir l’Afrique de son sous-développement et de la tutelle coloniale. Mais non elle ne veut pas que « ses filles » élevées à « l’école de l’universel » oublient leur singulier africain, elle veut même qu’elles le chérissent et en fassent une vraie richesse.

Émancipation et progrès

En 1937, après une dizaine d’années à enseigner en Afrique, à concocter des manuels adaptés, mêlant poésie et morale, littérature française et contes africains, Germaine Le Goff va enfin mettre en œuvre le projet auquel elle rêve depuis longtemps : fonder une école normale d’institutrices pour jeunes femmes africaines. « Le 21 mars 1938, le Gouverneur général – conforté par le retour des « progressistes » au pouvoir – rend publique sa décision de créer la première École normale d’institutrices pour jeunes filles à Rufisque ».

L’émancipation des femmes africaines entrait tout naturellement dans le projet de Léon Blum qui intégra des femmes à son gouvernement, et tenta en vain d’introduire une égalité de droit à la nationalité en Algérie contre le statut de l’indigénat qui garantissait au pouvoir religieux sa domination sur les populations musulmanes. Or il n’existait « en Afrique occidentale en tout et pour tout qu’une école de sage-femmes. Les fillettes africaines [n’avaient] droit qu’à un enseignement primaire et secondaire là où les hommes [pouvaient] suivre des études universitaires ». Germaine Le Goff était persuadée que l’éducation des filles permettrait d’élever les sociétés africaines toutes entières et son école en a fait la preuve.

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Si en 1926, Germaine et Joseph Le Goff avaient involontairement raté la visite officielle de « Pétain l’éradicateur », le « nettoyeur du Maroc » dix ans plus tard, c’est en toute connaissance de cause qu’ils saluent le changement politique et « l’idéologie du Front populaire [qui] fait son entrée avec fracas dans la société bien hiérarchisée des colonies. » Et pendant la guerre, Germaine interdira à ses élèves de chanter « Maréchal nous voilà ! », admirant De Gaulle et préparant la Libération de la France puis l’Indépendance de l’Afrique. En janvier 1944, le Général De Gaulle lors de son passage à Dakar avant la conférence de Brazzaville, salue donc Germaine Le Goff, « la bonne servante de la France » et reçoit des mains de son petit-fils, une sculpture d’une jeune fille africaine réalisée par Joseph.

Retour en France

Après son retour en France en 1956, dans la grande villa bretonne qu’elle a choisie au bord d’une rivière calme, et après les indépendances africaines, les succès de celles qu’elle appelait « ses filles » et qui l’appelaient « maman », ont illuminé tout le reste de la vie de Germaine. À chacun de ses voyages en Afrique durant les années 60 et 70, elle les retrouvait. L’une est la première femme ministre du continent et deviendra ambassadeur de Guinée aux Nations unies, une autre est première femme députée en Côte d’Ivoire puis ministre, une autre encore, également ancienne legoffienne, la députée socialiste Caroline Diop, est présidente du Mouvement national des femmes, et nommée ministre de l’Action sociale par le futur président sénégalais Abdou Diouf.

Mais le plus bel hommage à Germaine Le Goff est peut-être le roman de Mariama Bâ, écrivaine sénégalaise passée elle aussi par l’école normale de Rufisque, Une si longue lettre. « Nous sortir de l’enlisement des traditions, superstitions et mœurs ; nous faire apprécier de multiples civilisations sans reniement de la nôtre ; (…) faire fructifier en nous les valeurs de la morale universelle ; voilà la tâche que s’était assignée l’admirable directrice ». Une conception de l’Afrique loin de la victimisation décoloniale wokiste tellement répandue aujourd’hui. Un héritage pour une nouvelle alliance entre l’Afrique et l’Occident qui passe forcément par une relation privilégiée avec la France. Voilà qui pourra exaspérer certains et faire adorer à d’autres, ce petit livre merveilleusement écrit, courageux, à la fois nostalgique et plein d’espoir.

Une si longue lettre

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Une cuisine qui ne ment pas

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Frédéric Simonin © Hannah Assouline

Frédéric Simonin est l’un des derniers chefs-patrons de Paris, un vrai Parigot-tête de veau qui, avant de faire ses classes auprès de Joël Robuchon, a connu l’école de la rue, en banlieue. Aussi attentif envers son personnel qu’il l’est à l’origine de ses produits, c’est en poète qu’il décline les terroirs de France.


Les Jeux olympiques attendus par tous comme le Messie auront au moins eu le mérite de nous révéler le vide intergalactique qui habite le cerveau de nos dirigeants et l’idée au fond très pessimiste qu’ils se font de notre pays : comme si, pour exister, Paris avait besoin de ces bacchanales païennes vues et revues à satiété. Outre que tout le monde a eu, ou aura, un jour, les JO (d’où le côté vulgaire de la chose), rappelons à nos Machiavel de pacotille que Paris rayonnait autrefois, telle une étoile transformant sa propre substance en lumière. Quelle était donc la substance de Paris ? C’était une ville vivante et amusante où le petit peuple côtoyait la bourgeoisie et l’aristocratie, parfois au sein d’un même immeuble (ce que raconte très bien Hemingway dans son plus beau livre : Paris est une fête). Les petits commerces à la façade élégante pullulaient dans tous les quartiers, ainsi que les bals musette, les foires au jambon et les matchs de boxe… Les plus grands peintres et les meilleurs écrivains y avaient élu domicile, jouissant de cette liberté de créer et d’aimer qui n’existait nulle part ailleurs. Dans Le Monde d’hier, Stefan Zweig note ainsi sa stupéfaction lorsqu’il voit qu’ici des femmes blanches sortent avec des militaires noirs américains, chose inimaginable dans la Vienne et le Berlin des années 1930 !

Le plus comique dans cette affaire est que tous les Parisiens qui le peuvent ont d’ores et déjà décidé de fuir, du 24 juillet au 11 août, laissant sous les yeux des caméras du monde un village Potemkine vidé de ses habitants… Belle publicité.

Ravioles au foie gras, dans un bouillon de crevettes grises parfumé au gingembre et à la citronnelle.

On aurait très bien pu à la place célébrer l’invention du restaurant ! Celui-ci, en effet, fut créé à Paris, en 1765, rue des Poulies, près du Louvre, par un certain Boulanger, qui proposait des bouillons de poule et autres petits plats destinés à restaurer (requinquer) les passants. Avant la Révolution, on en comptait déjà une centaine. 1 000 en 1825. Plus de 2 000 en 1834. Sous Napoléon III, sur un million de Parisiens, 200 000 allaient y manger tous les jours. En 1903, on recense 2 000 cafés et brasseries, 1 500 restaurants et 12 000 marchands de vin où l’on peut casser la croûte (la consommation est alors d’un litre de vin par jour et par personne !) : autant de lieux de rencontre conçus pour supporter la tension et les cruautés de la vie.

Dans le fil de cette histoire, nous aimerions ici rendre hommage à l’un des derniers chefs-patrons de Paris, un vrai Parigot-tête de veau au grand cœur dont le restaurant (situé dans le quartier des Ternes) s’inscrit dans cette tradition sans laquelle nous ne serions plus que des zombies. Au début des années 2000, Frédéric Simonin fut, aux côtés de son mentor Joël Robuchon, l’un des premiers chefs à célébrer le terroir oublié de Paris, avec ses maraîchers d’Île-de-France, ses champignonnières et ses recettes traditionnelles comme les pommes Pont-Neuf (ancêtres de la frite), le bœuf miroton (connu depuis le xviie siècle), le homard Thermidor, le potage au cresson, les petits pois à la parisienne, la tarte Bourdaloue et le fontainebleau aux cerises aigres-douces de Montmorency…

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Né en 1975, Frédéric Simonin aurait pu très mal tourner : « J’ai passé mon enfance à Aubervilliers. Mon père militaire était toujours absent et ma mère tenait des bars de nuit : j’ai ainsi côtoyé des voyous, des maquereaux et des gangsters… J’étais en échec scolaire, très perturbé, un enfant débordant d’énergie dans un corps d’homme. À 13 ans, mes parents m’ont mis dans un internat militaire à La Roche-Guyon où j’ai découvert la rigueur et la camaraderie avec d’autres enfants de militaires, aussi paumés que moi. Mon rêve, c’était d’intégrer la Légion étrangère qui est l’élite de l’armée. Avec le recul, je pense que la disparition du service militaire a été une catastrophe sociale pour la France, car c’était une machine à intégrer. Deux ans après, j’ai commencé mon apprentissage en cuisine dans un joli restaurant situé au bord de la Seine et la première chose que j’ai faite a été d’envoyer mon plateau dans la gueule d’un client qui m’avait manqué de respect… »

Envoyé à Saint-Brieuc, en Bretagne, Frédéric tombe sur un chef bienveillant, Roland Pariset, qui va prendre le temps de le former et de lui apprendre à canaliser son énergie, un nouveau père, un vrai Jean Valjean !

De retour à Paris, il prend le bottin et écrit des lettres de candidature à tous les grands restaurants qui le font rêver : « À l’époque, on écrivait à la main et on recevait des réponses somptueuses avec le tampon de l’établissement ! C’était émouvant. Aujourd’hui, on communique sur Instagram. »

Ledoyen, Taillevent, l’hôtel Meurice, le George V, la Table de Joël Robuchon… Pendant des années, Simonin apprend le métier à la dure, comme un soldat, en se frottant aux plus grands chefs. En 2006, il gagne deux étoiles Michelin au service de l’ancien séminariste qui voulait devenir prêtre, Joël Robuchon, puis devient Meilleur Ouvrier de France, un concours qu’il remporte brillamment, mais qui le laisse sur le carreau : « J’en ai pleuré. Et après ? me suis-je dit, ça ne change rien de ce que je suis… On est ici de passage. »

À la tête de son propre restaurant depuis 2010, Simonin s’efforce d’être bon et juste avec son personnel et cela se sent : « Je leur apprends à être en éveil et à utiliser tous leurs sens. Je veux qu’ils soient autonomes et capables de réaliser un plat de A à Z : quand on le goûte, on sent qu’il y a une unité, un geste, une énergie. »

Très technique, sa cuisine paraît fluide et naturelle et privilégie des produits d’exception comme la rare truffe du Périgord Louis Pradel, qui embaume sa poitrine fondante de cochon au jus de civet…

Tous ses plats expriment un imaginaire poétique qui nous fait voyager, à l’image de ses exquises ravioles de foie gras servies dans un consommé de crevettes grises parfumé au gingembre. « Aujourd’hui, la concurrence est rude : il y a des tas de bons restaurants dans le monde qui ont plus de moyens que nous, plus de personnel, plus de design, moins de taxes… Nous, nous devons survivre ! » Alors, Monsieur Macron, les JO, c’est bien, mais l’avenir de notre gastronomie, c’est mieux !

Frédéric Simonin Restaurant
Menu déjeuner à 55 euros.
25, rue Bayen, 75017 Paris
01 45 74 74 74
www.fredericsimonin.com

Les « Naufragés du Wager » et la fin du délire attalamaniaque

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Assemblée nationale, 16 janvier 2024 © Michel Euler/AP/SIPA

Habitué aux joutes médiatiques, hier comme dirigeant communiste, aujourd’hui comme chroniqueur politique, Olivier a des tripes et du cœur quand il s’agit de défendre ses idées. «J’aime qu’on me contredise!» pourrait être sa devise.


Rien n’y fait. Quand ça ne veut pas… Malgré des efforts soutenus pour atteindre l’excellence, comme on dirait à « Stan », en dépit de solutions égrainées avec l’entrain d’un serveur téléphonique : « Pour avoir des gestionnaires, tapez 1 ; pour des révolutionnaires, tapez 2 », nonobstant la promesse de « réarmement » et de « régénération », l’imaginaire politique d’Emmanuel Macron reste en cale sèche. Le libraire de mon quartier a très certainement perçu ma quête d’épopée quand il m’a conseillé de me plonger dans Les Naufragés du Wager, de David Grann (LeSous-Sol, 2023). Je n’aime rien autant que ces œuvres où le talent de l’écrivain vient harponner le réel. Le va-et-vient entre ce récit et la récente actualité politique fut tout simplement délicieux.

L’autre séparatisme

Imaginez, le vaisseau de ligne de Sa Majesté envoyé au sein d’une escouade sous le commandement du jeune officier Attal, avec un cap clair et un esprit conquérant. J’ai vécu pendant quelques jours l’emballement médiatique autour de la nomination du « plus jeune Premier ministre » comme celle du commodore Anson sur son navire. Comme frappées par une fièvre soudaine, les rédactions ont été victimes d’un délire attalamaniaque, qui, finalement, n’a pas duré une semaine.

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L’expédition, avant de passer le cap Horn des élections européennes, a connu sa première grosse vague avec Amélie Oudéa-Castéra. Je l’apprécie pour sa capacité à dire très clairement l’entre-soi bourgeois, le séparatisme des très hauts revenus. Mais déjà apparaissent à l’horizon les quarantièmes rugissants avec la colère des agriculteurs ; travailleurs de la terre et de la misère. Elle dit beaucoup de l’époque. Quand le travail ne paie pas. Quand le grand désordre libéral, illustré par les traités iniques de libre-échange, va jusqu’à atteindre votre propre dignité, le sens de votre vie.

Pour éviter les cinquantièmes hurlants et les soixantièmes déferlants, Sa Majesté et le jeune commodore Attal regardent la carte de la région. Île de la Désolation. Port de la Famine. Golfe des Peines. Rochers de la Tromperie. Baie de la Séparation des amis. Restent pour eux quelques raisons de ne pas totalement désespérer de la situation. L’équipage du Wager, avant de faire naufrage, a été fortement diminué par le scorbut. Notre système de santé connaît quelques difficultés, mais il devrait pouvoir y faire face. Après avoir échoué sur une île vierge au large de la Patagonie, les survivants s’organisent mais des mutineries éclatent. Je n’évoquerai pas ici les scènes de cannibalisme car, vraiment, nous y échapperons à coup sûr.

Rendez-vous sur l’autre rive

David Grann est un maître du récit. Plus encore, il interroge superbement sur le sens des récits. Face aux crises françaises, nombreuses et complexes, les alternatives et les possibles sont immenses à condition de les rendre désirables. Quand la politique n’est plus une espérance exagérée, elle se réduit à un tableur Excel déshumanisé.

Je vais maintenant lire le dernier Tesson. Ma sensibilité politique n’a jamais cadenassé mes goûts littéraires. Je préfère la compagnie d’un très bon livre d’un auteur de l’autre rive à une soirée avec des poètes « progressistes » qui sont déjà cuits avant même d’être maudits. Quand Ferré chantait « Thank You Satan », cela avait une autre gueule. « Pour le péché que tu fais naître /Au sein des plus raides vertus ».

Les Naufragés du Wager

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