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Robert Badinter: respect ou idolâtrie?

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Il arrive de plus en plus souvent qu’à la tragédie de la mort d’une personnalité illustre et remarquable, s’ajoutent des incompréhensions qui projettent comme une ombre. Ainsi pour Robert Badinter et la volonté de sa famille d’écarter de l’hommage national le RN et LFI. Marine Le Pen a pris acte de cette exclusion et s’est abstenue. LFI s’est fait représenter par deux de ses députés.

L’hommage national rendu au ministère de la Justice a eu beaucoup d’allure et sa dignité a été exemplaire. La panthéonisation de Robert Badinter a été annoncée et, selon mon mauvais esprit habituel, j’ai immédiatement songé à tous les citoyens qui ne l’auraient pas souhaitée pour lui. Même si, évidemment, avec la propension de notre président à multiplier cette suprême consécration républicaine, on ne pouvait pas soutenir qu’il ne la méritait pas par rapport à d’autres. Si je n’approuve pas Jean-Luc Mélenchon dénonçant le fait qu’un hommage national, par principe, ne doit exclure personne – chaque famille de disparu est libre de ses choix – et il est décent d’en prendre acte sans les transgresser, il n’en demeure pas moins que la splendide et austère ordonnance de la cérémonie de deuil en l’honneur de RB autorise quelques interrogations, sans irrévérence.

Belles phrases

D’abord celle au sujet du verbe présidentiel, que l’allocution ait été rédigée par une « plume », comme c’est certain, et qu’elle ait été revue et relue par Emmanuel Macron lui-même, comme c’est sûr. On ne peut nier qu’elle a été de qualité, avec de la pompe, de l’ornement, avec des bonheurs d’expression tellement recherchés qu’ils en devenaient proches de l’enflure à force de lyrisme surjoué sur la mort, la guillotine, les camps… C’est la principale faiblesse des discours présidentiels, dans ces moments forts, dramatiques où le regret, l’admiration et les leçons pour le futur viennent se poser sur des vies brisées. En ne se méfiant pas assez de la surenchère dans le culte des belles phrases dont se délecte celui qui les prononce, avec pourtant une authentique tristesse. Je me suis toujours gardé en cour d’assises d’une forme d’émotion pléonastique, d’intensité redondante par rapport à l’extrémité tellement explosive, suffisante à elle seule, du réel criminel dont il était question. Malgré le caractère incomparable de cette pratique et la noblesse de cet hommage national, ma critique me semble cependant justifiée, du moins acceptable.

Au-delà de cette gêne, j’avoue être en général mal à l’aise face à ces étouffements funèbres qui à force d’hyperboles ne sont pas loin de faire perdre au mort ce qu’il avait eu de formidablement vivant – sa grandeur, sa richesse, ses pulsions, ses colères, ses contradictions et son humanité précisément, toute de lumières incontestables et de quelques ombres inéluctables.

Je mesure bien les contraintes d’un hommage de cette sorte mais je ne suis pas persuadé qu’embaumer Robert Badinter par le verbe lui rende justice et qu’une approche moins confite mais évidemment fidèle, digne et respectueuse ne l’aurait pas rendu plus plausible, au-delà de ses très proches accablés par le chagrin, en tout cas pour l’immense cercle de tous ceux qui ont pu le connaître, avec ses divers visages et manières d »exister, au cours de l’accomplissement de ses nombreuses missions.

Il y avait un Robert Badinter pour sa famille, pour la famille politique de gauche, pour les progressistes qui n’en revenaient pas de voir exprimer avec tant de force une philosophie de faiblesse et des principes de désarmement social, pour les humanistes de tous bords qui approuvaient l’abolition de la peine de mort, si largement préparée par un François Mitterrand longtemps partisan des hautes œuvres mortelles puis revenu courageusement à résipiscence…

D’ailleurs il faut bien considérer que la suppression de la peine de mort – pour des raisons que j’ai déjà expliquées, je ne l’aurais jamais requise, même si un dossier m’en avait imposé l’éventualité – ne relève pas de la politique ni de la politique pénale mais d’une conception de la transcendance, d’un humanisme à tout prix, et de la vie en société, de sorte qu’on peut célébrer Robert Badinter sur ce plan. Sans pour cela stigmatiser les adversaires de l’abolition qui subissent une double peine: les élites les méprisent et ils n’ont jamais pu donner leur avis !

Mansuétude pénale

En revanche, on aura le droit de lui reprocher d’avoir mis en place, avec une ou deux avancées, à coups de suppressions et d’adoucissements dangereux, les bases d’une mansuétude pénale désastreuse dont les effets délétères sont encore en cours dans certains programmes et idéologies et qui pourrait se résumer par : la société est plus coupable que le criminel ou le délinquant, d’ailleurs surgis de ses flancs. Il n’y a pas loin du Badinter compassionnel au Macron alternatif… Lorsque le respect tourne à l’idolâtrie, on élimine la multitude qui n’était pas séduite par le parcours exceptionnel d’un Robert Badinter, soit parce qu’elle le connaissait très mal, soit parce qu’elle ne l’appréhendait qu’au travers du prisme de l’avocat plus acharné à combattre le risque de mort qu’encouraient ses clients qu’indigné par les crimes de ceux-ci, soit, enfin, parce qu’elle était rétive à l’ambiguïté de cette personnalité, ayant été à la fois sénateur socialiste et étiquetée sublime conscience de gauche (qui en manquait, il est vrai).

Ces réserves pèsent peu et ne réclament que le droit à leur expression, dans le respect que Robert Badinter – dont le destin fut à la fois tragique, un miracle d’intelligence et de réussite, une consécration officielle, un exemple pour la lucidité juridique et le droit international, l’énergie et l’obstination d’un militant pour une social-démocratie paisible et civilisée, en résumé un être superbement brillant et profondément humain – inspire évidemment à beaucoup. Quels que soient les controverses et les dissentiments. On accepte l’immensité des éloges si on ne nous prive pas de quelques piécettes de dénonciation. L’idolâtrie le statufie. Alors qu’il va bouger longtemps dans l’esprit et le cœur de ceux qui l’aiment, l’admirent ou le discutent. Dans tous les cas il sera vivant pour toujours.

Noli me tangere

N’en déplaise aux nouvelles ligues de vertu, acteur n’est pas un métier comme un autre. Pour être magnifiés par un metteur en scène, les comédiens doivent accepter d’incarner un troublant objet du désir.


Le cinéma capte et restitue la lumière de la beauté.
La lumière du regard divin et diabolique de l’acteur, où brille le feu du sacré et du sacrilège.
Le cinéma exacerbe le désir de s’approcher du feu, de le posséder, de le « mettre en boîte ».
Dans la Laternamagica, disait Bergman.
Dans le cercle de lumière, répète Blanche DuBois1.
En bravant l’interdit et risquant la brûlure.
De cette quête, on ne sort pas indemne.
Il s’agit d’un pacte faustien.
Non Mlle Gardin. Être acteur, actrice ou metteur en scène, ce n’est pas comme d’être boulanger2.
Au boulanger, on ne demande pas de mimer pour la caméra un baiser sur la bouche, de feindre une étreinte sexuelle, de se mettre nu, de se livrer à des ébats avec un ou plusieurs partenaires, de pleurer désespérément, de simuler un coït, d’éprouver du plaisir.

Non Mlles Haenel et Godrèche, vous n’empêcherez pas le metteur en scène qui vous sublime et vous magnifie en vous confiant un premier rôle au cinéma de s’approcher de vous, de tomber amoureux de vous. Demandez à Marlene Dietrich, elle vous parlera de von Sternberg.

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Oui, acteur est une activité à part. Que les philosophes grecs déploraient. Que l’église condamnait à l’excommunication. Que les femmes n’eurent pas le droit de pratiquer pendant vingt siècles. Et lorsqu’elles eurent ce droit, elles furent regardées longtemps à l’égal des courtisanes. Aujourd’hui, acteur est une activité qui conduit nombre d’hommes et de femmes au désespoir, à la délinquance, à la drogue, à l’alcool, aux conduites extrêmes, à la folie et à la mort.

Cocteau disait plaisamment qu’acteur et prostitué sont les deux métiers où le marchand est également la marchandise. On a l’air d’exiger qu’actrice soit un job comme assistante sociale, caissière ou puéricultrice. Un métier comme un autre, où celle, celui qui l’exerce pour subsister en n’ayant pas le choix est protégé de toute violence sociale par des lois et un syndicat. C’est pourquoi on ne se revendique pas « artiste interprète » mais « intermittent du spectacle ». C’est un faux-semblant. Acteur est un métier parfaitement inutile. Un art indispensable, fascinant et merveilleux.

Metoo passera, comme avant lui le scandale « Fatty »Arbuckle et le code Hays qui en résulta. Cela fit les gros titres des journaux de l’entre-deux-guerres, et occupa Hollywood pendant vingt ans. Qui s’en souvient ?

Ne me touche pas, dit Delon à Visconti.
Or, l’ayant touché, il en fit un mythe.


  1. Personnage de la pièce de Tennessee Williams Un tramway nommé désir. ↩︎
  2. Lors de la cérémonie télévisée des Molière 2017, Blanche Gardin avait accablé Polanski en soulignant que son métier de réalisateur n’était en rien une excuse: « On ne dit pas, par exemple, d’un boulanger: ‘oui d’accord c’est vrai, il viole un peu des gosses dans le fournil, mais bon il fait une baguette extraordinaire’ », avait lancé l’humoriste aux défenseurs du célèbre réalisateur. ↩︎

Ciel mon ADN!

Notre chroniqueuse attend désespérément le retour de la bonne comédie populaire «made in France». Cocorico la satisfera-t-elle ?


Lorsque mon rédacteur en chef m’a proposé de chroniquer Cocorico de Julien Hervé, sorti en salle le 7 février, je reconnais que cela m’a laissé assez perplexe… Férue de comédies populaires comme la France en avait le secret mais dont les cinéastes semblent avoir perdu la recette depuis quelques années, avec mes a priori de cinéphile, cette idée, je l’avoue, ne m’enchantait pas. Mais que diable ! Sortons de notre zone de confort, comme on dit dans les bouquins de développement personnel. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue, on s’y amuse beaucoup, et le propos n’est pas si inintéressant. D’ailleurs le public est au rendez-vous : plus de 500 000 entrées en une semaine.

Clavier est-il un Français au carré? Un pitch simple et efficace

Un jeune couple issu de milieux sociaux différents – d’un côté des aristocrates vignerons bordelais, de l’autre des parvenus ayant fait fortune dans l’automobile – décide de faire les grandes présentations en vue du mariage. Pour fêter ça, les amoureux ont l’idée d’offrir aux deux familles des tests ADN. Ceux-ci font des ravages en ce moment : en effet, 200 000 Français feraient appel chaque année à des sociétés américaines – la pratique étant interdite en France – pour découvrir leurs origines lointaines. S’ancrer dans ses origines, un des dadas de notre siècle déboussolé ?

Et là, bien évidemment, c’est le drame. N’en dévoilons pas davantage, nous pouvons juste révéler qu’aucun des personnages ne se découvre d’ancêtres trop « exotiques », c’est-à-dire juifs, arabes ou noirs. Et ceci est intelligent de la part des scénaristes, car cela nous épargne le couplet du vivre ensemble à l’image de Qu’est-ce-qu’on a fait au bon Dieu ?

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Voyage dans le temps, me voilà rapidement propulsée dans l’émission culte de mon enfance (de notre enfance à tous) : Au théâtre ce soir ! Car tout y est : le rythme, la qualité des acteurs (nous reviendrons sur la performance de Clavier), le découpage dramatique.  En effet, nous pouvons considérer que Cocorico est un vaudeville en trois actes : la découverte du pot aux roses, les réactions des protagonistes qui servent de principaux ressorts comiques, et bien sûr le dénouement heureux. Mais ici, il ne s’agit pas de « Ciel mon mari ! », mais de « Ciel mon ADN ! » Tout cela représente la signature du meilleur de cette tradition bien française qu’est le Théâtre de Boulevard… Les scénaristes ont bien entendu abusé des clichés qui correspondent aux nouvelles origines des personnages, mais ce dispositif n’est nullement gênant, car en noyant le cliché dans le cliché, celui-ci finit par disparaître.

Alerte spoiler

Je ne résiste pas à la tentation de « spoiler » un peu, à dévoiler un des résultats des tests, le plus farfelu. Le personnage de Christian Clavier, Frédéric Bouvier-Sauvage, qui se targue d’être Français depuis la nuit des temps, preuves à l’appui – les portraits de ses ancêtres qui ornent les murs du château – se découvre des origines… cherokees. Après une période de déni et de dépression, son sang cherokee ne fait qu’un tour. Il fonce avec sa voiture dans un restaurant Buffalo Grill, avec dans l’idée de sauver le bison, emblème de la chaîne. Cela donne lieu à la scène la plus drôle du film. Et on éclate d’un rire spontané et clair, comme lorsque nous étions enfant.

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Le casting est très réussi : Clavier fait du Clavier sans trop en faire et maîtrise à merveille sa vis comica, quant à Didier Bourdon il réussit à tenir à bonne distance son personnage de « beauf » enrichi dans lequel on l’a déjà vu. Les deux actrices qui interprètent leurs épouses respectives : Sylvie Testud et Marianne Denicourt sont issues du cinéma d’auteur, et elles ne font pas tache, bien au contraire, le mariage « intello-popu » fonctionne ici à merveille. Toutes proportions gardées, ce film n’est pas sans rappeler le cinéma de Lauzier des années 70-80, dont Clavier fut un des acteurs fétiches. Lauzier y dénonçait les mœurs post soixante-huitardes avec beaucoup de sarcasmes. Ces mêmes pointes de sarcasme que nous pouvons déceler dans Cocorico. 

Assisterons-nous, avec ce film, à un retour de la bonne comédie populaire made in France ? Les paris sont ouverts.

Une collusion entre l’UNRWA et le Hamas est-elle possible?

L’armée israélienne a découvert un tunnel du Hamas sous les bureaux de l’UNRWA. La Française et ancienne ministre Catherine Colonna préside un groupe chargé de déterminer si l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens fait le nécessaire pour «assurer sa neutralité», après qu’Israël a accusé douze de ses employés d’avoir participé aux attaques du 7 octobre 2023.


Après que des Hamasniks aient été pris la main sur leur badge de l’UNRWA, l’agence de l’ONU au service exclusif des réfugiés palestiniens a licencié ceux de ses salariés qui cumulaient cet emploi avec un mandat d’artificier ou de tueur pour le Hamas.

Et voici qu’un autre scandale touche cette malheureuse agence, avec la découverte d’un tunnel informatique du Hamas sous son siège central, dans le quartier luxueux de Rimal, à l’ouest de la ville de Gaza.

Visitez Gaza, son UNRWA et ses tunnels…

Une expédition dans ledit tunnel a été organisée pour la presse avec le colonel Nissim Hazan, qui commandait l’équipe responsable de la découverte. Le tunnel, long de 700 mètres et profond de 18, menait à un bureau, avec des coffres-forts en acier (qui avaient été ouverts et vidés), à des toilettes carrelées et à de grandes pièces, notamment l’une pour les serveurs informatiques et une autre pour le stockage de piles de batteries industrielles.

Le guide a expliqué : « Nous sommes au cœur du secret, dans les entrepôts de serveurs. … Il y a dix armoires de serveurs ici, pleines de gadgets… A côté d’eux se trouvait une puissante salle électrique. Ces deux pièces étaient exactement sous la salle centrale de communication du siège de l’UNRWA[1]. »

Apparemment, l’électricité était fournie par l’UNRWA : les câbles électriques entre les deux ont été sectionnés, mais laissés en place. Ils sont donc visibles, au départ dans le sous-sol de l’UNRWA et à l’arrivée, dans les installations du Hamas sous celui-ci.

Collusion entre l’UNRWA et le Hamas ? Élémentaire, mon cher Watson

Le monde entier fait mine de s’en étonner, mais elle est inévitable : Gaza est un État de facto depuis que les Israéliens s’en sont retirés sans contrepartie en juillet 2005, il y a 18 ans.

18 ans ! Il y a donc des Palestiniens, en âge de voter (si des élections étaient organisées), qui n’ont jamais rencontré un juif de leur vie.

Avant d’être Hamasnik, Gaza appartenait à la zone A, déterminée par les Accords d’Oslo.  Signés en 1993, par Yasser Arafat pour l’OLP et Yitzhak Rabin pour Israël, ces accords prévoyaient la création d’un État palestinien en cinq ans, si les étapes pour y mener étaient respectées par les deux parties. Yasser Arafat devait reconnaître le droit d’Israël à vivre en paix et abandonner la lutte armée et Yitzhak Rabin devait reconnaître l’OLP en tant que « représentant légitime du peuple palestinien », ce qui fut fait et acté par le changement de nom du mouvement en « Autorité palestinienne » à qui l’occupant remit les clés de la zone A dès 1994.

La Cisjordanie et Gaza étaient réparties en trois zones A, B et C : la zone A gouvernée exclusivement par les Palestiniens, la zone B gouvernée par les Palestiniens pour tout ce qui était civil et les Israéliens pour tout ce qui était sécuritaire et la zone C restant, dans un premier temps sous contrôle israélien. 90% des Palestiniens vivaient en zones A et B.

Gaza étant en zone A, la Bande était gouvernée par l’Autorité palestinienne depuis 1994. À la mort d’Arafat, Mahmoud Abbas fut élu président de l’Autorité palestinienne et donc de Gaza, en 2005 pour un mandat de quatre ans.

Bien que la partie palestinienne n’ait pas rempli ses obligations vis-à-vis des Accords d’Oslo (reconnaissance d’Israël et arrêt des attentats), les Israéliens s’en sont retirés en 2005 : les civils juifs ont abandonné leurs villages, ce qui rendait inutile la présence des militaires, uniquement présents sur place pour protéger leur vie et leur sécurité.

Pour mémoire, il y a sur le territoire israélien non disputé, 2,1 millions de citoyens israéliens arabes qui vivent, sans avoir besoin de protection.

À Gaza, près de deux millions de Palestiniens vivent donc depuis 18 ans sur un territoire autonome, gouvernés par des autorités qu’ils ont choisies, dans des villes créées par la charité internationale, que l’on nomme à tort « camps de réfugiés », dont toutes les dépenses régaliennes sont couvertes par la communauté internationale : éducation, santé, voirie… mais pas la police ni l’armée.

Puisqu’il n’y a que des Palestiniens musulmans à Gaza, les employés de l’agence exclusivement au service des « réfugiés palestiniens » (à ne pas confondre avec les réfugiés tout court, qui relèvent du Haut-Commissariat aux Réfugiés) sont forcément des musulmans palestiniens. Etant donné que, depuis 2005, Gaza est une dictature dure, où rien ne peut advenir sans l’imprimatur lourdement taxé du Hamas, les 13 000 employés que l’UNRWA y salarie sont nommés ou accrédités par lui.

L’UNRWA n’est pas le gardien de son frère

Le Suisse Pierre Krähenbühl ayant dû démissionner en 2019 de son poste de directeur de l’UNRWA, suite à des accusations entre abus de pouvoir, népotisme et scandales sexuels, il a été promu à la tête de la Croix-Rouge internationale.

C’est donc son successeur et compatriote Philippe Lazzarini à qui est échu le devoir de plaider son ignorance pour l’épisode post-7 octobre.

Un tunnel aurait été construit sous ses locaux et des troupes du Hamas y auraient travaillé ? Ah bon ? Toute personne habitant trois étages au-dessus d’un appartement en travaux peut témoigner qu’il n’y a aucun moyen de se rendre compte de l’existence d’un chantier dans l’immeuble, a fortiori quand il s’agit d’en construire un second en-dessous.

Dans son communiqué, l’UNRWA a indiqué qu’elle n’avait « pas l’expertise militaire et sécuritaire ni la capacité d’entreprendre des inspections militaires de ce qui se trouve ou pourrait se trouver dans ses locaux »[2], ce d’autant moins qu’elle avait quitté son QG le 12 octobre, cinq jours après le début de la guerre.

Les mêmes habitants de l’immeuble ci-dessus imaginé attesteront certainement qu’un tunnel de 700 mètres de long, doté des infrastructures nécessaires à la vie de dizaines de personnes et au maintien d’un réseau informatique de haut niveau peut être construit en moins de quatre mois sans qu’il manque un bouton de culotte à l’air conditionné.

Invité à aller visiter le tunnel, Lazzarini a passé son tour

Le coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) a frotté le nez de Lazzarini dans ses contradictions : « Mais si, vous saviez ! Le creusement d’un tunnel prend plus de quatre mois. Nous avons invité des hauts fonctionnaires de l’ONU à venir voir, et lors de réunions passées avec vous et d’autres fonctionnaires de l’ONU, nous vous avons informé que le Hamas utilisait le siège de l’UNRWA », a-t-il tweeté sur X.

Parmi les visiteurs à qui Tsahal a montré ces tunnels, un journaliste a déclaré : « il a fallu au total deux minutes de visite du siège de l’UNRWA, situé au cœur du quartier chic de Rimal, pour comprendre qu’ils savaient tout. »[3]

Il a vu, il a reconnu, mais de retour au bureau, vaincra-t-il la réticence de son rédacteur en chef ?


[1] www.reuters.com/world/middle-east/hamas-had-command-tunnel-under-un-gaza-hq-israeli-military-says-2024-02-10/

[2] https://bnnbreaking.com/world/unrwa-denies-knowledge-of-hamas-data-center-discovered-under-gaza-headquarters

[3] https://honestreporting.com/u-n-aware-media-defend-unrwa-as-agency-plays-dumb-about-hamas-tunnels-under-hq/

Euthanasie, GPA, antispécisme, genre: le wokisme en a encore sous le pied!

De la théorie du genre à la bioéthique en passant par l’antispécisme : panorama non exhaustif des thèses universitaires les plus absurdes, les plus immorales ou les plus risibles – le cumul n’étant pas interdit.


Avant de disséquer dans son dernier ouvrage, La religion woke (1), les thèses déconstructivistes qui ravagent les sociétés occidentales, Jean-François Braunstein avait déjà examiné de près dans La philosophie devenue folle (2), l’excellent essai dont il va être question ici, les travaux de certains « penseurs » très à la mode et ayant participé à l’entrisme, dans le monde universitaire, des théories les plus farfelues devenues, par la force de l’ignorance, de la bêtise idéologique et de la paresse intellectuelle, des thèses « acceptables » et relayées par des professeurs se targuant de progressisme.

Conversations « illicites » avec ma chienne

La théorie du genre est maintenant incontournable dans les universités anglo-saxonnes et connaît un réel succès en France. Le jargon butlérien, après avoir fait le bonheur d’Éric Fassin et de Paris-VIII, a envahi les amphis de la Sorbonne, de Sciences Po, de l’ENS et de quasiment toutes les universités françaises. La théorie en question est aussi fluide, trouble et maigrelette que le liquide rachidien de ses thuriféraires mais les conséquences de son enseignement sont catastrophiques : le transgenrisme, dernier avatar de l’obsession démiurgique et narcissique des déconstructeurs de la distinction sexuelle, ravage une partie de notre jeunesse avec la complicité de l’Éducation nationale, de l’université et de la caste médiatico-culturelle wokiste. Concomitamment, écrit Braunstein, l’idéologie de la « libération animale », initiée par le philosophe et professeur de bioéthique australien Peter Singer, a favorisé l’émergence de l’animalisme et de l’antispécisme chers à Aymeric Caron. Singer, effaçant d’un trait les différences entre « l’animal humain » et « l’animal non humain », s’étonne que les relations sexuelles entre les hommes et les animaux soient encore taboues. Dans la foulée, Monika Bakke, une universitaire polonaise adepte des thèses de Singer, regrette qu’ « aucun pays ne reconnaisse le mariage entre les humains et les animaux ». De son côté, l’universitaire américaine Donna Haraway décrit sa relation avec Mlle Cayenne Pepper, sa chienne, les « baisers mouillés et profonds » qu’elles échangent et les « conversations illicites » qu’elles tiennent, le but étant de « troubler » les distinctions entre les espèces pour finir par « s’entremêler avec le riz, les abeilles, les tulipes, la flore intestinale et tout être organique auquel l’existence humaine doit d’être ce qu’elle est, et réciproquement ». Bref, sous couvert de réflexion philosophique, ça délire à plein tube. Et ce n’est pas fini. Et même ça s’accélère  – du plus abject au plus risible. 

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Selon Singer, écrit J. F. Braunstein, si l’on définit l’humanité par le langage, la conscience et la raison, les humains ne jouissant plus de toutes ces facultés – « les enfants et adultes handicapés mentaux, les vieillards séniles ou les personnes en coma dépassé », selon luipeuvent éventuellement devenir des cobayes d’expérimentations à la place d’animaux « beaucoup plus conscients ou intelligents que ces humains extrêmement diminués ». À un journaliste l’interrogeant sur l’utilisation des chimpanzés dans la recherche pharmacologique, Singer répond qu’il préférerait qu’on cherche à « obtenir le consentement des proches de gens qui sont dans des états végétatifs » et qu’on expérimente les nouveaux traitements sur ces « animaux humains diminués ». Cette idée révoltante n’est pas un « dérapage malheureux », affirme Braunstein en rappelant que Peter Singer est partisan, comme nombre de ses collègues éthiciens, de l’euthanasie sans consentement des personnes dans le coma, des vieillards souffrant de démence sénile ou des enfants « défectueux » – Singer trouve par exemple raisonnable la suggestion du prix Nobel de médecine Francis Crick, à savoir la possibilité d’un délai de trois jours après la naissance d’un enfant pour que les parents puissent effectuer certains tests sur son potentiel génétique puis décider de le laisser vivre ou de le tuer. Si, demain, l’euthanasie est légalisée en France, sommes-nous certains d’échapper longtemps à ce que nous considérons aujourd’hui comme des débordements monstrueux ? Est-il inconcevable d’imaginer que ces derniers puissent devenir, sous la pression des idéologies progressistes, les gestes routiniers et utilitaristes d’une organisation totalitaire, bio-technocratique et eugéniste dirigée par des individus ayant oublié le sens tragique de l’existence et dénués de toute morale ?


Refermons l’excellent essai de Jean-François Braunstein et soumettons à son auteur le cas d’Anna Smajdor, cas remarquable qui pourrait introduire un nouvel ouvrage sur la folie grandissante dans le monde philosophique et universitaire.

GPA « éthique » ?

Anna Smajdor est professeure agrégée de philosophie à l’université d’Oslo. Il y a quelques mois, dans un article intitulé « Whole-Body gestionnal donation » (WGBD ou « Don gestationnel de corps entier ») et paru dans la revue Theoretical Medicine and Bioethics (3), cette éthicienne pro-GPA a émis l’hypothèse d’utiliser comme mères porteuses des femmes… en état de mort cérébrale. « Il n’y a pas de raison médicale évidente pour laquelle l’initiation de telles grossesses ne serait pas possible », décrète-t-elle en introduction de son article. Par ailleurs, elle considère qu’il serait raisonnable de proposer le « don gestationnel de corps entier » (ou WGBD) à toute personne voulant « éviter les risques et les contraintes liés à la gestation d’un fœtus dans son propre corps ». Pour les cas où certaines de ces GPA échoueraient, Anna Smajdor déroule une argumentation abjecte, qu’elle estime, elle, « raisonnable » et « éthique » : « Si les fœtus sont gravement endommagés par des facteurs inattendus découlant de la gestation en état de mort cérébrale – nul besoin de laisser naître des bébés gravement endommagés. […] L’avortement, en particulier l’avortement tardif, peut être traumatisant pour les femmes enceintes, à la fois émotionnellement et physiquement. Cependant, dans le cas du WGBD, la femme gestante est déjà morte et ne peut pas être blessée. Les parents mandatés peuvent décider de l’avortement sans avoir à se soucier des effets sur la donneuse gestante. » Afin d’écarter d’éventuelles récriminations féministes, Anna Smajdor propose que les hommes en état de mort cérébrale participent également au programme WGBD. Bien sûr, concède la chercheuse, il y a des risques mortels, surtout au moment de l’accouchement – « mais pour les donneurs en état de mort cérébrale, le concept de “mortel” n’a aucun sens : le gestateur est déjà mort. » Ces idées délirantes ont suscité de vives polémiques – mais pour combien de temps encore ? Comme le note Sylviane Agacinski dans L’ homme désincarné (4) : « Nos contemporains ont beau répéter à l’envi toute l’horreur que leur inspirent les totalitarismes, ils n’en tirent aucune leçon. On tourne “la morale” en dérision et l’on se moque des “vieux tabous”. Tout est justifié au nom des intérêts individuels et des “demandes sociétales” que le droit est sommé de ne pas entraver. »

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Les divagations d’Anna Smajdor s’accordent parfaitement avec le projet de déconstruction de l’humanité et d’élimination de la moralité que soutiennent à leur manière philosophes utilitaristes et théoriciens du genre. L’un d’entre eux, Paul B. Preciado, disciple halluciné de Derrida et de Butler, escompte l’avènement du transgenrisme, de la bio-technologie et de l’utérus artificiel afin de mettre à bas ce qu’il appelle, dans ce salmigondis infect, l’ordre hétéro-patriarco-colonial. Tandis qu’Anna Smajdor envisage une nouvelle manière, monstrueuse, de GPA, Preciado propose « l’arrêt de l’assignation du sexe à la naissance » en demandant que les sages-femmes cessent de dire aux parents : « Vous avez eu un garçon (ou une fille) », pour leur annoncer triomphalement : « Bravo ! Vous avez eu un corps vivant ». Le plus curieux est de constater qu’il existe des individus qui écoutent les délires de ces énergumènes le plus sérieusement du monde, sans frémir devant le projet immoral de cette philosophie devenue folle ou sans éclater de rire devant les idées sottes – ou d’une telle absurdité que seuls des intellectuels peuvent y croire, selon la célèbre formule d’Orwell – qui lui servent d’arguments.

Quand le sperme est classé « pathogène »

Finissons sur une drôlerie. Car face à ces élucubrations désespérantes, il arrive un moment où se dégourdir les zygomatiques devient nécessaire et même vital. Dieu merci, les Butler, Haraway, Preciado, Smajdor et autres baudruches intellectuelles déconstructionnistes nous facilitent souvent la tâche. Les thèses chimériques de ces diafoirus universitaires mêlant jargon philosophique, baragouin sociologique et charabia scientifique, n’impressionnent que les cancres estudiantins et les journalistes ignares. Une première et très efficace façon de contrecarrer les ratiocinations bouffonnes de ces imposteurs est de s’en moquer, d’en rire de ce rire qui est « le dédain et la compréhension mêlés » (Flaubert). Anna Smajdor, encore elle, nous a fourni dernièrement une belle occasion d’appliquer cette redoutable méthode. Cette femme savante a en effet écrit avec Joona Räsänen, un professeur de philosophie finlandais qui semble aussi perché qu’elle, un article ahurissant paru dans Journal of Medical Ethics (5). On croit d’abord à un canular – du genre de ceux que Helen Plukrose, James Lindsay et Peter Boghossian firent il y a quelques années afin de dénoncer la vacuité intellectuelle de certaines revues universitaires spécialisées dans les études de genre ou les feminist studies. On comprend rapidement que ce n’en est pas un – et on s’esclaffe. Anna Smajdor et son comparse affirment en effet, dès l’entame de l’article, « qu’il existe des raisons impérieuses de considérer la grossesse comme une maladie. » Suit un résumé hallucinant de la thèse : « Comme une maladie, la grossesse affecte la santé de la personne enceinte, provoquant toute une gamme de symptômes allant de l’inconfort à la mort. Comme une maladie, la grossesse peut être traitée médicalement. Comme une maladie, la grossesse est provoquée par un agent pathogène, un organisme externe envahissant le corps de l’hôte. Comme pour une maladie, le risque de tomber enceinte peut être réduit en utilisant des mesures prophylactiques. »

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Aurore Bergé contre #NousToutes: le gouvernement coupera-t-il les subventions?

Les auteurs comparent alors la grossesse à… la rougeole – et ça vaut le détour : « Comme la rougeole, la grossesse est une maladie spontanément résolutive. Elle suit une trajectoire prévisible qui se termine généralement par le rétablissement du patient. La grossesse et la rougeole impliquent également des symptômes qui peuvent altérer la capacité fonctionnelle normale de la personne. […] La grossesse est nocive (comme la rougeole). »Enfin, le summum de cette pitrerie :« Comme la rougeole, la grossesse est également causée par un organisme d’origine externe qui pénètre dans le corps et provoque les conséquences néfastes que nous avons décrites. Ainsi, de ce point de vue, le sperme pourrait être considéré comme un agent pathogène au même titre que le virus de la rougeole. » Les occasions de rire se faisant rares, nous tiendrons nos lecteurs au courant des prochaines publications d’Anna Smajdor, comique agrégée de philosophie délirante au cirque universitaire d’Oslo. 

La philosophie devenue folle: Le genre, l'animal, la mort

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) Jean-François Braunstein, La religion woke, 2022, Éditions Grasset.

(2) Jean-François Braunstein, La philosophie devenue folle (le genre, l’animal, la mort), 2018, Éditions Grasset.

(3) Anna Smajdor, Whole body gestational donation, 2022, Theoretical Medicine and Bioethics.

(4) Sylviane Agacinski, L’homme désincarné, du corps charnel au corps fabriqué, 2019, Tracts Gallimard.

(5) Anna Smajdor, Joona Räsänen, Is pregnancy disease ? A normative approach, Journal of Medical Ethics.

Coût pour coût

Les immigrationnistes prétendent que les nouveaux arrivants sont une aubaine pour l’économie du pays qui les accueille. Une étude montre que c’est le contraire.


425 milliards d’euros. C’est ce qu’aurait coûté l’immigration aux Pays-Bas de 1995 à 2019. En effet, d’après l’étude « État providence sans frontières[1] », réalisée par plusieurs chercheurs et publiée par l’université d’Amsterdam, l’immigration non occidentale a coûté, annuellement, 17 milliards d’euros au gouvernement néerlandais en redistributions de toutes sortes. Et ce, pendant vingt-cinq ans. À l’inverse, pour ce qui est des bénéfices, l’immigration occidentale ne rapporterait qu’un milliard d’euros par an. L’un des auteurs de cette étude, le mathématicien Jan van de Beek, pointe du doigt l’État providence du pays, qui, par sa générosité, n’incite pas les nouveaux arrivants à trouver du travail. De plus, le grand nombre d’immigrants et les aides sociales qu’ils perçoivent fragilisent le système de protection sociale. Alors que les dépenses publiques en leur faveur sont supérieures à la moyenne pour l’éducation ou la sécurité sociale, les immigrés paient moins d’impôts et de cotisations. L’immigration aura-t-elle la peau de l’État providence néerlandais ? L’étude conclut en effet qu’entre immigration de masse et État providence, il faut choisir. Par ailleurs, ces chercheurs précisent que leurs conclusions « pourraient inspirer les chercheurs et les décideurs politiques dans d’autres pays, en particulier en Europe, ayant un État providence comparable ».

A lire aussi : Aux Pays-Bas, le coût de l’immigration n’est plus une question taboue

Comme la France par exemple, mais il semble que nous n’en prenons pas le chemin et il ne faut pas compter sur le monde économique. Sur Radio Classique, le 19 décembre, Patrick Martin, président du Medef, affirmait que « d’ici 2050, nous aurons besoin, sauf à réinventer notre modèle social et économique, de 3,9 millions de salariés étrangers ». Même son de cloche au niveau européen, il n’y a qu’à écouter Ylva Johansson, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, pour s’en convaincre. En Grèce, le 8 janvier, elle déclarait que l’UE avait besoin de 4,5 millions d’immigrés par an. Les contribuables n’ont pas fini de casquer.


[1] « Borderless Welfare State. The Consequences of Immigration for Public Finances », University of Amsterdam School of Economics, 2023.

Italie et Israël, les deux font la paire

L’Italie et Israël sont fortement liés par une proximité à la fois régionale, culturelle et économique. Et les chiffres de leurs échanges économiques le démontrent. En quelques années, l’Italie est passée de dixième à cinquième partenaire d’Israël. De son côté, Israël est devenu le point de référence en matière de technologie et sécurité.


Les relations entre l’Italie et Israël ont connu un important pas en avant ces dernières années. Bien que l’Italie ait été parmi les premières nations à reconnaître l’État d’Israël en 1949, les rapports entre les deux pays ont pris un véritable élan au début des années 1990 grâce surtout aux partis de droite. Gianfranco Fini, leader du parti de Giorgia Meloni, Alleanza Nazionale (aujourd’hui Fratelli d’Italia), lors du congrès du parti à Fiuggi en 1993, a condamné pour la première fois le fascisme, en citant notamment sa responsabilité dans la promulgation des lois raciales considérées comme « infâmes ». Il marquait ainsi une rupture historique avec le passé de son parti par rapport à Mussolini. En 2000, c’est Silvio Berlusconi qui a radicalement changé la politique italienne au Moyen-Orient, jusque-là caractérisée par une politique d’égale proximité avec Israël et avec les pays arabes. Berlusconi a toujours déclaré que l’Holocauste était un mal absolu, sur lequel aucun révisionnisme, déni ou sous-estimation n’était tolérable. Selon lui : « J’ai appris cette valeur, cette grande valeur de la liberté, de mon père, exilé en Suisse pour ne pas être arrêté par les nazis-fascistes, et de ma mère qui, enceinte, a risqué sa vie pour enlever une femme juive à un soldat nazi qui était destinée aux camps d’extermination ». Il Cavaliere fut l’initiateur et le promoteur d’une série d’accords économiques avec Israël, créant une synergie industrielle notamment sur le plan de la sécurité et de la défense.

Au cours des vingt dernières années, les relations entre les deux pays se sont développées par le biais de nombreuses initiatives et projets de coopération bilatérale. L’Italie et Israël possèdent une complémentarité naturelle : la forte vocation manufacturière italienne alliée à l’avant-garde des technologies israéliennes. En effet, de plus en plus d’entreprises italiennes participent à de nombreux appels d’offres publics et privés, notamment dans le cadre de l’Accord de Coopération Industrielle, Scientifique et Technologique signé en 2000 qui a financé plus de 200 projets d’intérêt commun.

Rapprochement culturel

Une coopération culturelle bilatérale repose sur un accord de coopération datant de 1971 et sur des programmes triennaux. Ainsi les Instituts culturels italiens de Tel-Aviv et de Haïfa ont entrepris des actions destinées à promouvoir les initiatives culturelles. Les résultats dans les domaines de l’édition, du cinéma, du design, de l’art et de la musique sont particulièrement positifs. La culture italienne est très appréciée par les Israéliens, qui visitent souvent la Péninsule pour des motifs d’études, de travail ou de tourisme. Au cours des dix dernières années, 105 livres de grands auteurs italiens – du XXe siècle et de l’époque contemporaine –  (Pierpaolo Pasolini, Antonio Gramsci, Giacomo Leopardi, Eugenio Montale, Primo Levi, Erri De Luca, Natalia Ginzburg) ont été traduits en hébreu. L’italien est devenu la troisième langue traduite en hébreu, précédée uniquement par l’anglais et l’allemand.

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En Italie, il existe un intérêt constant pour la littérature juive. Des dizaines d’écrivains écrivant en hébreu ont été traduits en italien et l’appréciation de leur travail ne cesse de croître. Et, aux côtés des grands noms (Avraham Yehoshua, Amos Oz lui-même, David Grossman), des auteurs comme Etgar Keret font leur apparition dans les librairies italiennes. Les écrivains israéliens ont également été honorés par la Foire du livre de Turin qui les a choisis en 2008 comme invités d’honneur.

Enfin, trois missions archéologiques sont actives en Israël et bénéficient de contributions publiques. À leur tête des chercheurs italiens de l’université La Sapienza de Rome, de la deuxième université de Naples, l’université de la Campanie Luigi-Vanvitellie et de l’université de Florence. En outre, l’Italie accueille chaque année de nombreux événements culturels israéliens tels que des expositions d’art, des concerts de musique et des festivals de films.

Synergies économiques

Le marché israélien reste d’un grand intérêt pour l’Italie. Israël bénéficie d’une excellente réputation dans les secteurs liés à la haute technologie, à la biomédecine, à l’innovation agricole, à la sécurité et aux énergies renouvelables. Cette innovation technologique séduit les industriels italiens désireux d’apporter une complémentarité à la fois dans la phase de recherche, de dépôts de brevets, mais aussi au niveau de la création et de la commercialisation des produits finis. L’Italie est considérée comme un partenaire sérieux dans la phase d’industrialisation des produits et des technologies, grâce à l’importance, la diversification et la flexibilité de son système industriel.

La collaboration dans le domaine énergétique se structure dans le temps et se manifeste avant tout à travers des collaborations entre entreprises privées. Parmi les principales associations figurent différents pôles d’innovation créés en Israël par le premier opérateur électrique d’Italie ENEL, tels que l’« Innovation Hub » (actif depuis 2016 à Tel Aviv), « Infralab » (Haïfa de 2020 à 2021), « FinSec Lab » (depuis 2021 à Beer-Sheva, avec Mastercard), « AI&Robotics Lab » (Tel Aviv depuis  2022). D’autres accords ont été signés par la principale entreprise italienne de transport de gaz, SNAM, en 2020 avec trois entreprises israéliennes : Delek Drilling et DAN pour ce qui est de la transition au gaz naturel liquéfié dans les transports publics ; avec DAN pour le développement de projets de mobilité verte ; et avec la start-up H2PRO dans la recherche sur l’hydrogène. Le groupe multiservice italien A2A et l’israélien IIA ont signé un accord-cadre en 2021 pour des projets de collaboration dans le domaine de l’innovation avec les entreprises.

Dans le domaine de la sécurité, le dialogue entre les institutions italiennes et israéliennes dans le domaine de la cybertechnologie et de la sécurité de l’information se poursuit. De nombreuses entreprises israéliennes collaborent avec des entreprises italiennes sur ce sujet. Un projet italo-israélien a même débuté dans le secteur spatial pour la réalisation de quatre expériences de recherche biologique et pharmacologique en microgravité grâce à DIDO III. Ce satellite miniaturisé développé par la société israélienne SpacePharma a été mis en orbite par l’italien Fusée Vega en septembre 2020.

Les échanges commerciaux enregistrent quant à eux un progrès certain. Ils se sont élevés à 4,8 milliards d’euros en 2022, une hausse de 17,1% par rapport à l’année précédente. L’Italie est devenue le deuxième fournisseur et le septième client européen d’Israël. Ces résultats ne feront qu’augmenter dans les années à venir. Le renforcement de cette coopération sera sans doute stratégique et aussi utile aux deux pays pour faire face aux différents défis : menace terroriste, instabilité politique internationale, crise énergétique mondiale.

Moi est un autre

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Condamné à mort en 1948 pour crimes de sang, celui qui s’appelle alors Joseph Damiani, truand englué dans la délinquance sordide, n’est pas encore l’Autre, José Giovanni, l’auteur Gallimard et le scénariste proche de Ventura et Delon. Ce long chemin vers la rédemption nous est raconté par un maître du genre, Gilles Antonowicz.


Gilles Antonowicz, habitué des prétoires et des zones grises, cherche la vérité dans le parcours brumeux d’hommes hors-cadre, d’hommes bannis par la bonne société. Les réprouvés et les exclus du système ont toujours eu sa préférence. Cet avocat honoraire examine les pièces d’un dossier avec un flair de pointer, retourne les bibliothèques de France, ne se satisfait jamais d’une explication simpliste et rassurante sur la psychologie d’un condamné. Il ne croit pas aux raccourcis, aux aveux téléguidés, aux marchandages médiatiques et autres simagrées de justice. Son obstination est à la hauteur de son courage d’écrivain. Car, il en faut pour consacrer des essais charpentés sur des affaires louches, indéfendables, sensibles, aux relents de Collaboration et d’égarements politiques, à ceux aussi dont le sort est scellé d’avance, les recalés des salles d’audience et les perpétuels reclus. Les dissidents, armes à la main ou code pénal dans la manche, aux amitiés douteuses et aux compromissions torves, l’intéressent pour ce qu’ils disent ou ne disent pas des époques incertaines. Antonowicz n’a pas la passion du crime et de ses assesseurs pour satisfaire le sensationnalisme de la ménagère, il aime se plonger dans des périodes complexes où les rôles sont parfois interchangeables, où la palette des nuances est nécessaire pour appréhender au plus près la vérité de chacun. Notre société manichéenne ne peut comprendre cette subtilité-là. Elle n’autorise que la schlague et les intimidations. Elle est trop lourde pour saisir l’âme humaine face au tumulte du monde extérieur. Antonowicz n’excuse pas, il n’absout pas, il n’est ni un juge, ni un curé, il raconte avec une précision qui devrait rendre jaloux ses jeunes confrères du barreau. Il ne se contente pas de la pulpe des choses, de la surface éphémère d’un procès, il en décortique la mécanique et l’infernal tourbillon. Antonowicz aurait pu travailler chez les maîtres horlogers suisses, sa « réserve de marche » est infinie. Avec lui, sous une plume soyeuse et chirurgicale, nous sommes déjà entrés dans l’intimité de Jacques Isorni, de Maurice Garçon et de Pierre Pucheu. Si ces noms vous sont totalement inconnus, lisez Antonowicz pour avoir une vue d’ensemble. Dernièrement, il a travaillé sur les affaires d’Outreau et les berrichons Mis et Thiennot. Ses conclusions ne font pas plaisir à tout le monde. On pourrait croire qu’il a une vision romantique d’un destin. Sa lucidité et sa rigueur nous apportent très souvent un éclairage nouveau aux banalités répétées sans cesse sur des événements vieux désormais de soixante-dix ans. Lire Antonowicz, c’est souvent s’arcbouter sur un sujet vitreux, rebattre les cartes, démêler la pelote, éviter les autoroutes de la pensée, apprendre à douter de soi et aussi faire montre d’une magnanimité sur une descente aux enfers. L’auteur sait combien la linéarité est un leurre, un masque pour continuer de barboter tranquillement en société.

Gilles Antonowicz © Alain Le BOT/Opale.photo

Il a jeté sa gourme cette fois-ci sur José Giovanni (1923 – 2004), son passé dans le couloir de la mort, douze ans de détention, sa grâce, son entrée en littérature sous les bons auspices de son avocat Stephen Hecquet (Le Trou, Le Deuxième Souffle, Classe tous risques, l’Excommunié, Ho !, Les Ruffians, etc..) et ses millions d’entrées au cinéma avec Becker, Deray, Enrico ou Verneuil. Du personnage, les cinéphiles avaient quelques tuyaux usés, de vagues réminiscences, on savait que Giovanni avait été dans de beaux draps, il avait frôlé la grande faucheuse de très près, il en parlait peu, même si son cinéma est rempli de mauvais garçons et de haines féroces, d’impasses et d’impossibles renaissances. Cet ancien de Stanislas termina sa vie sous la croix helvétique, entre ces deux pôles, Antonowicz vous dit tout. Alphonse Boudard, un autre camarade de Centrale et de salons du livre, s’était plus longuement épanché sur sa jeunesse turbulente, il en gardait les séquelles mais tentait de faire rire avec ses déboires en cascade. Giovanni était plus tendu, plus crispé, plus tourmenté aussi, même dans les interviews anodines, on sentait son extrême nervosité, cette sensibilité qui fait grincer les dents. Comme à son habitude, Antonowicz part sans idées préconçues, rien que les faits, les dates, les recoupements, les témoignages, un décryptage historique et il resserre la focale sur le bonhomme. C’est prodigieux. Dans cette « Histoire d’une rédemption » aux éditions Glyphe, il trace les pleins et les déliés, les hauts et les bas, les carences et les refoulements successifs d’un itinéraire « fascinant ». Les pages sur l’enfance et la jeunesse de celui qui s’appelle Damiani sont remarquables ; on voit ce gamin sur la pente fatale, puis c’est l’enchainement, la fidélité au frère, l’attachement à la mère, dans une atmosphère corso-mafieuse poreuse, le jeu et les filles, les hôtels, l’argent facile, les déveines, les promiscuités honteuses, le PPF, les Chantiers de jeunesse, la montagne comme seul exutoire, la Libération et ses ombres, un embrouillamini qui n’effraie pas Antonowicz. Et puis, tout au fond, la lumière des salles obscures, le retour chaotique à la « normalité ».

« Je n’avais pas assez de sens moral pour faire la part des choses. Le retour à la vie normale vous attriste par sa fadeur » avouait-il. Le cinéma et la littérature auront été ses exhausteurs d’existence.

José Giovanni – Histoire d’une rédemption – de Gilles Antonowicz – éditions Glyphe  

Jose Giovanni, histoire d'une redemption

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Le coup de force des juges contre CNews, coupable de sa liberté

CNews contre ces nazes…


La liberté d’expression, régulièrement malmenée par la macronie dans sa lutte contre les mal-pensants, est frontalement attaquée depuis mardi par des juges cloueurs de becs, avec le soutien d’une presse acquise à la censure. La dérive liberticide du pouvoir, mobilisé pour faire taire la pensée récalcitrante, se rapproche du modèle totalitaire, dont le but est l’élimination autoritaire de toute pensée alternative. 

Les frontières idéologiques de Christophe Deloire

Aujourd’hui, existe le risque d’une nationalisation de l’information. Saisi par Reporters sans frontières (RSF), association présidée par le journaliste Christophe Deloire (notre vidéo ci-dessous), le Conseil d’État a ainsi sommé l’Arcom, instance de régulation de l’audiovisuel, de renforcer son contrôle éditorial sur CNews. RSF et le Conseil d’État reprochent à la chaîne de Vincent Bolloré, qui rencontre un succès d’audience en lien avec son approche du réel, de ne pas respecter le pluralisme des opinions. En réalité, l’Arcom est incitée par la gauche la plus intolérante à retirer le droit de diffusion de la chaîne privée, donc à la réduire au silence. Pour cela, CNews, qui respecte l’équilibre des temps de parole des politiques, est sommée par la justice administrative de changer sa ligne éditoriale, représentée aussi par ses chroniqueurs, ses animateurs et ses invités. Jamais une intrusion des juges dans la liberté d’expression n’aura été aussi brutale. Jamais une association de journalistes, RSF, n’aura été si loin dans la traque aux confrères déviants de la pensée officielle. Revient cette réflexion de Soljenitsyne, lors de son passage en Vendée en 1993 : « Aujourd’hui les dissidents sont à l’Est, ils vont passer à l’Ouest ». Nous y sommes.

A relire, Elisabeth Lévy: Nos impôts, leur radio

Où l’illibéralisme peut se nicher…

Cet assaut des juges contre CNews relève du coup de force. Un magistrat n’a pas compétence, sauf en dictature, pour apprécier la ligne éditoriale d’un média ni pour le placer sous surveillance. Reste que cette décision illibérale comble d’aise, ce mercredi, la presse « progressiste », qui ne s’est jamais émue de l’absence de pluralisme dans l’audiovisuel public. En plus de quarante ans de journalisme, je n’ai pour ma part jamais été invité à France Inter, radio publique théoriquement soumise, plus que d’autres, à l’équilibre des opinions et des débats. Le militantisme est une réalité admise dans l’audiovisuel public. Ni RSF ni le Conseil d’État n’y ont jamais trouvé à redire. Ils ne disent mot non plus sur les appels au boycott de la chaîne privée par une partie de la gauche et de l’extrême gauche. Ceux-ci prennent prétexte de leur absence volontaire pour dénoncer un parti pris politique de CNews.

Et si on regardait du côté de France inter ?

Pour y participer comme chroniqueur, je peux témoigner de son esprit d’ouverture, de sa liberté de ton et de son goût pour la confrontation des idées.

L’effet de la nouvelle jurisprudence du Conseil d’État pourrait bien d’ailleurs obliger Radio France, dépositaire de la pensée dominante, à s’ouvrir aux indésirables et autres parias. En attendant, CNews se voit promue par ses censeurs comme la chaîne qui montre ce que le conformisme voudrait occulter. Il n’y a pas là plus bel hommage à sa liberté.

Ted, le nouvel ami de mes voisins vignerons

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Dans sa campagne, notre chroniqueur vient de croiser le premier robot viticole du village.


Le panneau indique : « Machine autonome en fonctionnement ici. Restez à l’écart ». Et au lieu du bavardage des vendangeuses, c’est le bourdonnement d’un robot qui se fait entendre.

Bienvenue dans le sud de la France, en 2024, juste à côté de chez moi, où, en promenant les chiens dans les vignes, je tombe sur Ted, un cultivateur compact, vert et blanc, doté d’une intelligence artificielle, alimenté par batterie et infatigable désherbeur.  

Ted travaille d’arrache-pied, enjambant les vignes et coupant les herbes mauves. Il n’est ni mignon ni amical. Il s’arrête net s’il rencontre un obstacle humain. Mais il est dévoué. Il ne s’arrête pas pour déjeuner et, à la fin de la journée, Fabien, son tuteur humain, le branche pour recharger ses batteries.  

Désherber sous les vignes, au lieu de les arroser de produits chimiques, est un travail fastidieux et exigeant. La précision est essentielle pour couper les mauvaises herbes sans endommager les vignes. Pour les producteurs biologiques, et les nombreux autres qui pratiquent une agriculture raisonnable, les herbicides sont interdits ou évités. C’est alors qu’entre en scène Ted, avec ses lames pour cultiver la terre et ses « doigts » flexibles pour s’attaquer aux mauvaises herbes, les arracher afin qu’elles puissent être replacées dans le sol.

Les vignerons ne rigolent plus

Parmi les différentes tâches d’un viticulteur, le désherbage n’est pas la plus recherchée. Mais Ted ne rechigne pas à ce travail, c’est même sa seule raison d’être. Ted a été fabriqué par Naïo technologies, une start-up française basée à l’ouest d’ici, près de Toulouse. Il s’agit d’un prototype et, au début, les vignerons se sont moqués. Mais le scepticisme est en train de disparaître. « C’est une transformation qui pourrait se produire rapidement », m’a dit Philippe, un viticulteur local. « Encore plus vite s’ils nous laissent installer des panneaux solaires et alors nous n’aurons même plus besoin d’acheter du diesel ».

Ted ronronne pendant six heures avant que sa batterie ne s’épuise, désherbant et cultivant.  Il compense en endurance ce qui lui manque en vitesse. Le champ – plus il est grand, mieux c’est – est cartographié à l’avance à l’aide d’un récepteur de positionnement, puis Ted se débrouille tout seul. 

A lire aussi, Thomas Ménagé: Colère des agriculteurs: la macronie récolte les graines qu’elle a semées

Il est admirablement discret. S’il n’y avait pas les panneaux d’avertissement obligatoires en matière de santé et de sécurité au bord des parcelles sur lesquelles il travaille, les passants ne se douteraient peut-être même pas de sa présence. Ted est plus discret qu’un tracteur, il est pratiquement silencieux et ne rejette pas de gazole nauséabond. 

Qu’est-ce qui ne plaît pas à Ted est une question dont la réponse est nuancée. Les agriculteurs se plaignent toujours, de tout, de la météo aux prix. Ils consomment des milliards de subventions et exigent constamment d’être protégés de la concurrence. Ils affirment avec raison que leur travail est éreintant et dangereux.  Ils exigent des congés et une assurance maladie pour s’adonner à des tâches abrutissantes, comme conduire des tracteurs climatisés dans des champs toute la journée. 

Est-il cynique de se demander si la robotique n’est pas l’occasion de se débarrasser de ces hommes et femmes perpétuellement ennuyés ? Remplacer les agriculteurs pleurnichards par l’intelligence artificielle semble être une bonne affaire. L’économie semble favoriser un remplacement rapide de ces agriculteurs turbulents.

Mais il est également vrai qu’il y a quelque chose à perdre ici, moins matériel, plus spirituel, en rompant un accord ancien entre les agriculteurs et les consommateurs pour le remplacer par l’IA.

Prenons par exemple le vin rouge moelleux produit par Pierre au coin de la rue, dont les raisins ont été cueillis à la main. Il ne piétine pas les raisins pieds nus. Il possède une centrifugeuse italienne hors de prix. Mais il joue du saxophone sur son jus en fermentation, alors qu’il repose dans ses cuves en acier inoxydable. Cela compte sûrement.  Je le vois bien se lancer dans un Ted, en fait. Même le vigneron biologique le plus dévoué finit par se lasser de cultiver et de désherber.

Les fruits de l’agriculture sont bien plus que des marchandises. Nous les mettons en bouche. Qu’il s’agisse de bœuf, de pain de maïs, d’olives, de fromage ou de vin, ce sont des produits consommables. Ted s’arrête-t-il là ? À quels algorithmes confierez-vous ce que vous mangez ?  Peut-être s’agira-t-il d’une croyance de luxe. Mais je ne suis pas sûr que le Château AI soit la tasse de thé de tout le monde.

Ted est le premier robot agricole à avoir atteint notre commune endormie, ce qui prouve à suffisance qu’il ne s’agit pas d’une révolution lointaine, mais qu’elle est sur le pas de la porte. L’ère de la machine pilotée par l’homme est révolue, les énormes machines à vendanger sont des mastodontes. Les robots récolteront bientôt le raisin et bientôt tout le reste. Il ne reste plus qu’à produire une machine pour tailler et former les vignes. Celle-ci ne tardera pas à arriver.

A lire aussi, Emmanuel Tresmontant: Sauternes oblige

Des entreprises de machines agricoles bien établies, comme John Deere et Kubota, et des start-ups spécialisées dans l’IA aux États-Unis, en Italie et en France se lancent sur le marché. Des robots cueillent déjà des fraises en Espagne. Sur YouTube, on peut voir la vidéo d’un robot israélien cueillant des pêches, presque comme un ballet.

On s’était dit rendez-vous dans mille ans

Le vin est la principale activité de mon village depuis 1 000 ans. Les Romains y produisaient du vin, une bouillie sirupeuse qui n’a pas grand-chose à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui, en utilisant des esclaves. Le Canal du Midi, au XVIIe siècle, a été le premier bond en avant pour la région et les premiers faux châteaux sont apparus. Il y avait 300 chevaux dans notre village lorsque le chemin de fer est arrivé au XVIIIe siècle, et les villageois se sont enrichis grâce aux exportations de vin ordinaire qui aurait été assez médiocre, mais plus sûr à boire que l’eau, la plupart du temps. Cette prospérité s’est arrêtée avec le phylloxéra qui a tué les vignes, puis la Grande Guerre, la dépression et à nouveau la guerre.  Les pieds noirs expulsés d’Algérie sont arrivés dans les années soixante, achetant terres et tracteurs.  Aujourd’hui, nous avons le TGV, les autoroutes et les aéroports. Plus récemment, des garagistes ambitieux sont arrivés, achetant des vignes, les convertissant à l’agriculture biologique, produisant des vins innovants et raffinés.  Nous sommes soudain devenus la Floride de l’Europe, avec du raisin.

Et maintenant, que se passe-t-il ? Est-ce la fin de la viticulture et de l’agriculture traditionnelles, le début d’une nouvelle ère qui élimine les agriculteurs et les remplace par des ingénieurs systèmes, chargés de faire fonctionner les robots ? Je pense que la résistance sera vaine. Les producteurs les plus grands et les plus riches seront les premiers à sauter le pas, et les petits producteurs de boutiques résisteront le plus longtemps, récoltant leurs raisins à la main jusqu’à ce qu’ils deviennent des curiosités nationales.

L’imminent Salon de l’agriculture à Paris, la spectaculaire vitrine annuelle de l’agriculture française, attirera cette année plus de robots agricoles que jamais, ce qui donne un avant-goût des choses à venir. À une époque où les agriculteurs semblent être devenus plus exigeants que jamais, il est inévitable que cette ancienne forme d’activité humaine, la production d’aliments et de boissons, tombe sous l’influence des robots et de l’IA.  

Ces moteurs permettront peut-être un jour d’éliminer ce qui rend l’agriculture si difficile, à savoir les agriculteurs eux-mêmes, mais à table, nous ne saurons peut-être pas ce que nous avons perdu avant qu’il n’y en ait plus.

France, a Nation on the Verge of a Nervous Breakdown

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Robert Badinter: respect ou idolâtrie?

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Place Vendôme, Paris, 14 février 2024 © Eliot Blondet-POOL/SIPA

Il arrive de plus en plus souvent qu’à la tragédie de la mort d’une personnalité illustre et remarquable, s’ajoutent des incompréhensions qui projettent comme une ombre. Ainsi pour Robert Badinter et la volonté de sa famille d’écarter de l’hommage national le RN et LFI. Marine Le Pen a pris acte de cette exclusion et s’est abstenue. LFI s’est fait représenter par deux de ses députés.

L’hommage national rendu au ministère de la Justice a eu beaucoup d’allure et sa dignité a été exemplaire. La panthéonisation de Robert Badinter a été annoncée et, selon mon mauvais esprit habituel, j’ai immédiatement songé à tous les citoyens qui ne l’auraient pas souhaitée pour lui. Même si, évidemment, avec la propension de notre président à multiplier cette suprême consécration républicaine, on ne pouvait pas soutenir qu’il ne la méritait pas par rapport à d’autres. Si je n’approuve pas Jean-Luc Mélenchon dénonçant le fait qu’un hommage national, par principe, ne doit exclure personne – chaque famille de disparu est libre de ses choix – et il est décent d’en prendre acte sans les transgresser, il n’en demeure pas moins que la splendide et austère ordonnance de la cérémonie de deuil en l’honneur de RB autorise quelques interrogations, sans irrévérence.

Belles phrases

D’abord celle au sujet du verbe présidentiel, que l’allocution ait été rédigée par une « plume », comme c’est certain, et qu’elle ait été revue et relue par Emmanuel Macron lui-même, comme c’est sûr. On ne peut nier qu’elle a été de qualité, avec de la pompe, de l’ornement, avec des bonheurs d’expression tellement recherchés qu’ils en devenaient proches de l’enflure à force de lyrisme surjoué sur la mort, la guillotine, les camps… C’est la principale faiblesse des discours présidentiels, dans ces moments forts, dramatiques où le regret, l’admiration et les leçons pour le futur viennent se poser sur des vies brisées. En ne se méfiant pas assez de la surenchère dans le culte des belles phrases dont se délecte celui qui les prononce, avec pourtant une authentique tristesse. Je me suis toujours gardé en cour d’assises d’une forme d’émotion pléonastique, d’intensité redondante par rapport à l’extrémité tellement explosive, suffisante à elle seule, du réel criminel dont il était question. Malgré le caractère incomparable de cette pratique et la noblesse de cet hommage national, ma critique me semble cependant justifiée, du moins acceptable.

Au-delà de cette gêne, j’avoue être en général mal à l’aise face à ces étouffements funèbres qui à force d’hyperboles ne sont pas loin de faire perdre au mort ce qu’il avait eu de formidablement vivant – sa grandeur, sa richesse, ses pulsions, ses colères, ses contradictions et son humanité précisément, toute de lumières incontestables et de quelques ombres inéluctables.

Je mesure bien les contraintes d’un hommage de cette sorte mais je ne suis pas persuadé qu’embaumer Robert Badinter par le verbe lui rende justice et qu’une approche moins confite mais évidemment fidèle, digne et respectueuse ne l’aurait pas rendu plus plausible, au-delà de ses très proches accablés par le chagrin, en tout cas pour l’immense cercle de tous ceux qui ont pu le connaître, avec ses divers visages et manières d »exister, au cours de l’accomplissement de ses nombreuses missions.

Il y avait un Robert Badinter pour sa famille, pour la famille politique de gauche, pour les progressistes qui n’en revenaient pas de voir exprimer avec tant de force une philosophie de faiblesse et des principes de désarmement social, pour les humanistes de tous bords qui approuvaient l’abolition de la peine de mort, si largement préparée par un François Mitterrand longtemps partisan des hautes œuvres mortelles puis revenu courageusement à résipiscence…

D’ailleurs il faut bien considérer que la suppression de la peine de mort – pour des raisons que j’ai déjà expliquées, je ne l’aurais jamais requise, même si un dossier m’en avait imposé l’éventualité – ne relève pas de la politique ni de la politique pénale mais d’une conception de la transcendance, d’un humanisme à tout prix, et de la vie en société, de sorte qu’on peut célébrer Robert Badinter sur ce plan. Sans pour cela stigmatiser les adversaires de l’abolition qui subissent une double peine: les élites les méprisent et ils n’ont jamais pu donner leur avis !

Mansuétude pénale

En revanche, on aura le droit de lui reprocher d’avoir mis en place, avec une ou deux avancées, à coups de suppressions et d’adoucissements dangereux, les bases d’une mansuétude pénale désastreuse dont les effets délétères sont encore en cours dans certains programmes et idéologies et qui pourrait se résumer par : la société est plus coupable que le criminel ou le délinquant, d’ailleurs surgis de ses flancs. Il n’y a pas loin du Badinter compassionnel au Macron alternatif… Lorsque le respect tourne à l’idolâtrie, on élimine la multitude qui n’était pas séduite par le parcours exceptionnel d’un Robert Badinter, soit parce qu’elle le connaissait très mal, soit parce qu’elle ne l’appréhendait qu’au travers du prisme de l’avocat plus acharné à combattre le risque de mort qu’encouraient ses clients qu’indigné par les crimes de ceux-ci, soit, enfin, parce qu’elle était rétive à l’ambiguïté de cette personnalité, ayant été à la fois sénateur socialiste et étiquetée sublime conscience de gauche (qui en manquait, il est vrai).

Ces réserves pèsent peu et ne réclament que le droit à leur expression, dans le respect que Robert Badinter – dont le destin fut à la fois tragique, un miracle d’intelligence et de réussite, une consécration officielle, un exemple pour la lucidité juridique et le droit international, l’énergie et l’obstination d’un militant pour une social-démocratie paisible et civilisée, en résumé un être superbement brillant et profondément humain – inspire évidemment à beaucoup. Quels que soient les controverses et les dissentiments. On accepte l’immensité des éloges si on ne nous prive pas de quelques piécettes de dénonciation. L’idolâtrie le statufie. Alors qu’il va bouger longtemps dans l’esprit et le cœur de ceux qui l’aiment, l’admirent ou le discutent. Dans tous les cas il sera vivant pour toujours.

Noli me tangere

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Alain Delon et Luchino Visconti lors du tournage de Rocco et ses frères (1960). DR.

N’en déplaise aux nouvelles ligues de vertu, acteur n’est pas un métier comme un autre. Pour être magnifiés par un metteur en scène, les comédiens doivent accepter d’incarner un troublant objet du désir.


Le cinéma capte et restitue la lumière de la beauté.
La lumière du regard divin et diabolique de l’acteur, où brille le feu du sacré et du sacrilège.
Le cinéma exacerbe le désir de s’approcher du feu, de le posséder, de le « mettre en boîte ».
Dans la Laternamagica, disait Bergman.
Dans le cercle de lumière, répète Blanche DuBois1.
En bravant l’interdit et risquant la brûlure.
De cette quête, on ne sort pas indemne.
Il s’agit d’un pacte faustien.
Non Mlle Gardin. Être acteur, actrice ou metteur en scène, ce n’est pas comme d’être boulanger2.
Au boulanger, on ne demande pas de mimer pour la caméra un baiser sur la bouche, de feindre une étreinte sexuelle, de se mettre nu, de se livrer à des ébats avec un ou plusieurs partenaires, de pleurer désespérément, de simuler un coït, d’éprouver du plaisir.

Non Mlles Haenel et Godrèche, vous n’empêcherez pas le metteur en scène qui vous sublime et vous magnifie en vous confiant un premier rôle au cinéma de s’approcher de vous, de tomber amoureux de vous. Demandez à Marlene Dietrich, elle vous parlera de von Sternberg.

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Oui, acteur est une activité à part. Que les philosophes grecs déploraient. Que l’église condamnait à l’excommunication. Que les femmes n’eurent pas le droit de pratiquer pendant vingt siècles. Et lorsqu’elles eurent ce droit, elles furent regardées longtemps à l’égal des courtisanes. Aujourd’hui, acteur est une activité qui conduit nombre d’hommes et de femmes au désespoir, à la délinquance, à la drogue, à l’alcool, aux conduites extrêmes, à la folie et à la mort.

Cocteau disait plaisamment qu’acteur et prostitué sont les deux métiers où le marchand est également la marchandise. On a l’air d’exiger qu’actrice soit un job comme assistante sociale, caissière ou puéricultrice. Un métier comme un autre, où celle, celui qui l’exerce pour subsister en n’ayant pas le choix est protégé de toute violence sociale par des lois et un syndicat. C’est pourquoi on ne se revendique pas « artiste interprète » mais « intermittent du spectacle ». C’est un faux-semblant. Acteur est un métier parfaitement inutile. Un art indispensable, fascinant et merveilleux.

Metoo passera, comme avant lui le scandale « Fatty »Arbuckle et le code Hays qui en résulta. Cela fit les gros titres des journaux de l’entre-deux-guerres, et occupa Hollywood pendant vingt ans. Qui s’en souvient ?

Ne me touche pas, dit Delon à Visconti.
Or, l’ayant touché, il en fit un mythe.


  1. Personnage de la pièce de Tennessee Williams Un tramway nommé désir. ↩︎
  2. Lors de la cérémonie télévisée des Molière 2017, Blanche Gardin avait accablé Polanski en soulignant que son métier de réalisateur n’était en rien une excuse: « On ne dit pas, par exemple, d’un boulanger: ‘oui d’accord c’est vrai, il viole un peu des gosses dans le fournil, mais bon il fait une baguette extraordinaire’ », avait lancé l’humoriste aux défenseurs du célèbre réalisateur. ↩︎

Ciel mon ADN!

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De gauche à droite, Sylvie Testud, Didier Bourdon, Christian Clavier et Marianne Denicourt, "Cocorico" (2024) de Julien Hervé © SND / M6 Films

Notre chroniqueuse attend désespérément le retour de la bonne comédie populaire «made in France». Cocorico la satisfera-t-elle ?


Lorsque mon rédacteur en chef m’a proposé de chroniquer Cocorico de Julien Hervé, sorti en salle le 7 février, je reconnais que cela m’a laissé assez perplexe… Férue de comédies populaires comme la France en avait le secret mais dont les cinéastes semblent avoir perdu la recette depuis quelques années, avec mes a priori de cinéphile, cette idée, je l’avoue, ne m’enchantait pas. Mais que diable ! Sortons de notre zone de confort, comme on dit dans les bouquins de développement personnel. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue, on s’y amuse beaucoup, et le propos n’est pas si inintéressant. D’ailleurs le public est au rendez-vous : plus de 500 000 entrées en une semaine.

Clavier est-il un Français au carré? Un pitch simple et efficace

Un jeune couple issu de milieux sociaux différents – d’un côté des aristocrates vignerons bordelais, de l’autre des parvenus ayant fait fortune dans l’automobile – décide de faire les grandes présentations en vue du mariage. Pour fêter ça, les amoureux ont l’idée d’offrir aux deux familles des tests ADN. Ceux-ci font des ravages en ce moment : en effet, 200 000 Français feraient appel chaque année à des sociétés américaines – la pratique étant interdite en France – pour découvrir leurs origines lointaines. S’ancrer dans ses origines, un des dadas de notre siècle déboussolé ?

Et là, bien évidemment, c’est le drame. N’en dévoilons pas davantage, nous pouvons juste révéler qu’aucun des personnages ne se découvre d’ancêtres trop « exotiques », c’est-à-dire juifs, arabes ou noirs. Et ceci est intelligent de la part des scénaristes, car cela nous épargne le couplet du vivre ensemble à l’image de Qu’est-ce-qu’on a fait au bon Dieu ?

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Voyage dans le temps, me voilà rapidement propulsée dans l’émission culte de mon enfance (de notre enfance à tous) : Au théâtre ce soir ! Car tout y est : le rythme, la qualité des acteurs (nous reviendrons sur la performance de Clavier), le découpage dramatique.  En effet, nous pouvons considérer que Cocorico est un vaudeville en trois actes : la découverte du pot aux roses, les réactions des protagonistes qui servent de principaux ressorts comiques, et bien sûr le dénouement heureux. Mais ici, il ne s’agit pas de « Ciel mon mari ! », mais de « Ciel mon ADN ! » Tout cela représente la signature du meilleur de cette tradition bien française qu’est le Théâtre de Boulevard… Les scénaristes ont bien entendu abusé des clichés qui correspondent aux nouvelles origines des personnages, mais ce dispositif n’est nullement gênant, car en noyant le cliché dans le cliché, celui-ci finit par disparaître.

Alerte spoiler

Je ne résiste pas à la tentation de « spoiler » un peu, à dévoiler un des résultats des tests, le plus farfelu. Le personnage de Christian Clavier, Frédéric Bouvier-Sauvage, qui se targue d’être Français depuis la nuit des temps, preuves à l’appui – les portraits de ses ancêtres qui ornent les murs du château – se découvre des origines… cherokees. Après une période de déni et de dépression, son sang cherokee ne fait qu’un tour. Il fonce avec sa voiture dans un restaurant Buffalo Grill, avec dans l’idée de sauver le bison, emblème de la chaîne. Cela donne lieu à la scène la plus drôle du film. Et on éclate d’un rire spontané et clair, comme lorsque nous étions enfant.

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Le casting est très réussi : Clavier fait du Clavier sans trop en faire et maîtrise à merveille sa vis comica, quant à Didier Bourdon il réussit à tenir à bonne distance son personnage de « beauf » enrichi dans lequel on l’a déjà vu. Les deux actrices qui interprètent leurs épouses respectives : Sylvie Testud et Marianne Denicourt sont issues du cinéma d’auteur, et elles ne font pas tache, bien au contraire, le mariage « intello-popu » fonctionne ici à merveille. Toutes proportions gardées, ce film n’est pas sans rappeler le cinéma de Lauzier des années 70-80, dont Clavier fut un des acteurs fétiches. Lauzier y dénonçait les mœurs post soixante-huitardes avec beaucoup de sarcasmes. Ces mêmes pointes de sarcasme que nous pouvons déceler dans Cocorico. 

Assisterons-nous, avec ce film, à un retour de la bonne comédie populaire made in France ? Les paris sont ouverts.

Une collusion entre l’UNRWA et le Hamas est-elle possible?

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Ecole financée par l'UNRWA, Gaza, 2014 © SIPANY/SIPA

L’armée israélienne a découvert un tunnel du Hamas sous les bureaux de l’UNRWA. La Française et ancienne ministre Catherine Colonna préside un groupe chargé de déterminer si l’agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens fait le nécessaire pour «assurer sa neutralité», après qu’Israël a accusé douze de ses employés d’avoir participé aux attaques du 7 octobre 2023.


Après que des Hamasniks aient été pris la main sur leur badge de l’UNRWA, l’agence de l’ONU au service exclusif des réfugiés palestiniens a licencié ceux de ses salariés qui cumulaient cet emploi avec un mandat d’artificier ou de tueur pour le Hamas.

Et voici qu’un autre scandale touche cette malheureuse agence, avec la découverte d’un tunnel informatique du Hamas sous son siège central, dans le quartier luxueux de Rimal, à l’ouest de la ville de Gaza.

Visitez Gaza, son UNRWA et ses tunnels…

Une expédition dans ledit tunnel a été organisée pour la presse avec le colonel Nissim Hazan, qui commandait l’équipe responsable de la découverte. Le tunnel, long de 700 mètres et profond de 18, menait à un bureau, avec des coffres-forts en acier (qui avaient été ouverts et vidés), à des toilettes carrelées et à de grandes pièces, notamment l’une pour les serveurs informatiques et une autre pour le stockage de piles de batteries industrielles.

Le guide a expliqué : « Nous sommes au cœur du secret, dans les entrepôts de serveurs. … Il y a dix armoires de serveurs ici, pleines de gadgets… A côté d’eux se trouvait une puissante salle électrique. Ces deux pièces étaient exactement sous la salle centrale de communication du siège de l’UNRWA[1]. »

Apparemment, l’électricité était fournie par l’UNRWA : les câbles électriques entre les deux ont été sectionnés, mais laissés en place. Ils sont donc visibles, au départ dans le sous-sol de l’UNRWA et à l’arrivée, dans les installations du Hamas sous celui-ci.

Collusion entre l’UNRWA et le Hamas ? Élémentaire, mon cher Watson

Le monde entier fait mine de s’en étonner, mais elle est inévitable : Gaza est un État de facto depuis que les Israéliens s’en sont retirés sans contrepartie en juillet 2005, il y a 18 ans.

18 ans ! Il y a donc des Palestiniens, en âge de voter (si des élections étaient organisées), qui n’ont jamais rencontré un juif de leur vie.

Avant d’être Hamasnik, Gaza appartenait à la zone A, déterminée par les Accords d’Oslo.  Signés en 1993, par Yasser Arafat pour l’OLP et Yitzhak Rabin pour Israël, ces accords prévoyaient la création d’un État palestinien en cinq ans, si les étapes pour y mener étaient respectées par les deux parties. Yasser Arafat devait reconnaître le droit d’Israël à vivre en paix et abandonner la lutte armée et Yitzhak Rabin devait reconnaître l’OLP en tant que « représentant légitime du peuple palestinien », ce qui fut fait et acté par le changement de nom du mouvement en « Autorité palestinienne » à qui l’occupant remit les clés de la zone A dès 1994.

La Cisjordanie et Gaza étaient réparties en trois zones A, B et C : la zone A gouvernée exclusivement par les Palestiniens, la zone B gouvernée par les Palestiniens pour tout ce qui était civil et les Israéliens pour tout ce qui était sécuritaire et la zone C restant, dans un premier temps sous contrôle israélien. 90% des Palestiniens vivaient en zones A et B.

Gaza étant en zone A, la Bande était gouvernée par l’Autorité palestinienne depuis 1994. À la mort d’Arafat, Mahmoud Abbas fut élu président de l’Autorité palestinienne et donc de Gaza, en 2005 pour un mandat de quatre ans.

Bien que la partie palestinienne n’ait pas rempli ses obligations vis-à-vis des Accords d’Oslo (reconnaissance d’Israël et arrêt des attentats), les Israéliens s’en sont retirés en 2005 : les civils juifs ont abandonné leurs villages, ce qui rendait inutile la présence des militaires, uniquement présents sur place pour protéger leur vie et leur sécurité.

Pour mémoire, il y a sur le territoire israélien non disputé, 2,1 millions de citoyens israéliens arabes qui vivent, sans avoir besoin de protection.

À Gaza, près de deux millions de Palestiniens vivent donc depuis 18 ans sur un territoire autonome, gouvernés par des autorités qu’ils ont choisies, dans des villes créées par la charité internationale, que l’on nomme à tort « camps de réfugiés », dont toutes les dépenses régaliennes sont couvertes par la communauté internationale : éducation, santé, voirie… mais pas la police ni l’armée.

Puisqu’il n’y a que des Palestiniens musulmans à Gaza, les employés de l’agence exclusivement au service des « réfugiés palestiniens » (à ne pas confondre avec les réfugiés tout court, qui relèvent du Haut-Commissariat aux Réfugiés) sont forcément des musulmans palestiniens. Etant donné que, depuis 2005, Gaza est une dictature dure, où rien ne peut advenir sans l’imprimatur lourdement taxé du Hamas, les 13 000 employés que l’UNRWA y salarie sont nommés ou accrédités par lui.

L’UNRWA n’est pas le gardien de son frère

Le Suisse Pierre Krähenbühl ayant dû démissionner en 2019 de son poste de directeur de l’UNRWA, suite à des accusations entre abus de pouvoir, népotisme et scandales sexuels, il a été promu à la tête de la Croix-Rouge internationale.

C’est donc son successeur et compatriote Philippe Lazzarini à qui est échu le devoir de plaider son ignorance pour l’épisode post-7 octobre.

Un tunnel aurait été construit sous ses locaux et des troupes du Hamas y auraient travaillé ? Ah bon ? Toute personne habitant trois étages au-dessus d’un appartement en travaux peut témoigner qu’il n’y a aucun moyen de se rendre compte de l’existence d’un chantier dans l’immeuble, a fortiori quand il s’agit d’en construire un second en-dessous.

Dans son communiqué, l’UNRWA a indiqué qu’elle n’avait « pas l’expertise militaire et sécuritaire ni la capacité d’entreprendre des inspections militaires de ce qui se trouve ou pourrait se trouver dans ses locaux »[2], ce d’autant moins qu’elle avait quitté son QG le 12 octobre, cinq jours après le début de la guerre.

Les mêmes habitants de l’immeuble ci-dessus imaginé attesteront certainement qu’un tunnel de 700 mètres de long, doté des infrastructures nécessaires à la vie de dizaines de personnes et au maintien d’un réseau informatique de haut niveau peut être construit en moins de quatre mois sans qu’il manque un bouton de culotte à l’air conditionné.

Invité à aller visiter le tunnel, Lazzarini a passé son tour

Le coordinateur des activités gouvernementales dans les territoires (COGAT) a frotté le nez de Lazzarini dans ses contradictions : « Mais si, vous saviez ! Le creusement d’un tunnel prend plus de quatre mois. Nous avons invité des hauts fonctionnaires de l’ONU à venir voir, et lors de réunions passées avec vous et d’autres fonctionnaires de l’ONU, nous vous avons informé que le Hamas utilisait le siège de l’UNRWA », a-t-il tweeté sur X.

Parmi les visiteurs à qui Tsahal a montré ces tunnels, un journaliste a déclaré : « il a fallu au total deux minutes de visite du siège de l’UNRWA, situé au cœur du quartier chic de Rimal, pour comprendre qu’ils savaient tout. »[3]

Il a vu, il a reconnu, mais de retour au bureau, vaincra-t-il la réticence de son rédacteur en chef ?


[1] www.reuters.com/world/middle-east/hamas-had-command-tunnel-under-un-gaza-hq-israeli-military-says-2024-02-10/

[2] https://bnnbreaking.com/world/unrwa-denies-knowledge-of-hamas-data-center-discovered-under-gaza-headquarters

[3] https://honestreporting.com/u-n-aware-media-defend-unrwa-as-agency-plays-dumb-about-hamas-tunnels-under-hq/

Euthanasie, GPA, antispécisme, genre: le wokisme en a encore sous le pied!

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Image d'illustration Pixabay

De la théorie du genre à la bioéthique en passant par l’antispécisme : panorama non exhaustif des thèses universitaires les plus absurdes, les plus immorales ou les plus risibles – le cumul n’étant pas interdit.


Avant de disséquer dans son dernier ouvrage, La religion woke (1), les thèses déconstructivistes qui ravagent les sociétés occidentales, Jean-François Braunstein avait déjà examiné de près dans La philosophie devenue folle (2), l’excellent essai dont il va être question ici, les travaux de certains « penseurs » très à la mode et ayant participé à l’entrisme, dans le monde universitaire, des théories les plus farfelues devenues, par la force de l’ignorance, de la bêtise idéologique et de la paresse intellectuelle, des thèses « acceptables » et relayées par des professeurs se targuant de progressisme.

Conversations « illicites » avec ma chienne

La théorie du genre est maintenant incontournable dans les universités anglo-saxonnes et connaît un réel succès en France. Le jargon butlérien, après avoir fait le bonheur d’Éric Fassin et de Paris-VIII, a envahi les amphis de la Sorbonne, de Sciences Po, de l’ENS et de quasiment toutes les universités françaises. La théorie en question est aussi fluide, trouble et maigrelette que le liquide rachidien de ses thuriféraires mais les conséquences de son enseignement sont catastrophiques : le transgenrisme, dernier avatar de l’obsession démiurgique et narcissique des déconstructeurs de la distinction sexuelle, ravage une partie de notre jeunesse avec la complicité de l’Éducation nationale, de l’université et de la caste médiatico-culturelle wokiste. Concomitamment, écrit Braunstein, l’idéologie de la « libération animale », initiée par le philosophe et professeur de bioéthique australien Peter Singer, a favorisé l’émergence de l’animalisme et de l’antispécisme chers à Aymeric Caron. Singer, effaçant d’un trait les différences entre « l’animal humain » et « l’animal non humain », s’étonne que les relations sexuelles entre les hommes et les animaux soient encore taboues. Dans la foulée, Monika Bakke, une universitaire polonaise adepte des thèses de Singer, regrette qu’ « aucun pays ne reconnaisse le mariage entre les humains et les animaux ». De son côté, l’universitaire américaine Donna Haraway décrit sa relation avec Mlle Cayenne Pepper, sa chienne, les « baisers mouillés et profonds » qu’elles échangent et les « conversations illicites » qu’elles tiennent, le but étant de « troubler » les distinctions entre les espèces pour finir par « s’entremêler avec le riz, les abeilles, les tulipes, la flore intestinale et tout être organique auquel l’existence humaine doit d’être ce qu’elle est, et réciproquement ». Bref, sous couvert de réflexion philosophique, ça délire à plein tube. Et ce n’est pas fini. Et même ça s’accélère  – du plus abject au plus risible. 

A lire aussi, du même auteur: Woke fiction, le cinéma français n’est pas épargné

Selon Singer, écrit J. F. Braunstein, si l’on définit l’humanité par le langage, la conscience et la raison, les humains ne jouissant plus de toutes ces facultés – « les enfants et adultes handicapés mentaux, les vieillards séniles ou les personnes en coma dépassé », selon luipeuvent éventuellement devenir des cobayes d’expérimentations à la place d’animaux « beaucoup plus conscients ou intelligents que ces humains extrêmement diminués ». À un journaliste l’interrogeant sur l’utilisation des chimpanzés dans la recherche pharmacologique, Singer répond qu’il préférerait qu’on cherche à « obtenir le consentement des proches de gens qui sont dans des états végétatifs » et qu’on expérimente les nouveaux traitements sur ces « animaux humains diminués ». Cette idée révoltante n’est pas un « dérapage malheureux », affirme Braunstein en rappelant que Peter Singer est partisan, comme nombre de ses collègues éthiciens, de l’euthanasie sans consentement des personnes dans le coma, des vieillards souffrant de démence sénile ou des enfants « défectueux » – Singer trouve par exemple raisonnable la suggestion du prix Nobel de médecine Francis Crick, à savoir la possibilité d’un délai de trois jours après la naissance d’un enfant pour que les parents puissent effectuer certains tests sur son potentiel génétique puis décider de le laisser vivre ou de le tuer. Si, demain, l’euthanasie est légalisée en France, sommes-nous certains d’échapper longtemps à ce que nous considérons aujourd’hui comme des débordements monstrueux ? Est-il inconcevable d’imaginer que ces derniers puissent devenir, sous la pression des idéologies progressistes, les gestes routiniers et utilitaristes d’une organisation totalitaire, bio-technocratique et eugéniste dirigée par des individus ayant oublié le sens tragique de l’existence et dénués de toute morale ?


Refermons l’excellent essai de Jean-François Braunstein et soumettons à son auteur le cas d’Anna Smajdor, cas remarquable qui pourrait introduire un nouvel ouvrage sur la folie grandissante dans le monde philosophique et universitaire.

GPA « éthique » ?

Anna Smajdor est professeure agrégée de philosophie à l’université d’Oslo. Il y a quelques mois, dans un article intitulé « Whole-Body gestionnal donation » (WGBD ou « Don gestationnel de corps entier ») et paru dans la revue Theoretical Medicine and Bioethics (3), cette éthicienne pro-GPA a émis l’hypothèse d’utiliser comme mères porteuses des femmes… en état de mort cérébrale. « Il n’y a pas de raison médicale évidente pour laquelle l’initiation de telles grossesses ne serait pas possible », décrète-t-elle en introduction de son article. Par ailleurs, elle considère qu’il serait raisonnable de proposer le « don gestationnel de corps entier » (ou WGBD) à toute personne voulant « éviter les risques et les contraintes liés à la gestation d’un fœtus dans son propre corps ». Pour les cas où certaines de ces GPA échoueraient, Anna Smajdor déroule une argumentation abjecte, qu’elle estime, elle, « raisonnable » et « éthique » : « Si les fœtus sont gravement endommagés par des facteurs inattendus découlant de la gestation en état de mort cérébrale – nul besoin de laisser naître des bébés gravement endommagés. […] L’avortement, en particulier l’avortement tardif, peut être traumatisant pour les femmes enceintes, à la fois émotionnellement et physiquement. Cependant, dans le cas du WGBD, la femme gestante est déjà morte et ne peut pas être blessée. Les parents mandatés peuvent décider de l’avortement sans avoir à se soucier des effets sur la donneuse gestante. » Afin d’écarter d’éventuelles récriminations féministes, Anna Smajdor propose que les hommes en état de mort cérébrale participent également au programme WGBD. Bien sûr, concède la chercheuse, il y a des risques mortels, surtout au moment de l’accouchement – « mais pour les donneurs en état de mort cérébrale, le concept de “mortel” n’a aucun sens : le gestateur est déjà mort. » Ces idées délirantes ont suscité de vives polémiques – mais pour combien de temps encore ? Comme le note Sylviane Agacinski dans L’ homme désincarné (4) : « Nos contemporains ont beau répéter à l’envi toute l’horreur que leur inspirent les totalitarismes, ils n’en tirent aucune leçon. On tourne “la morale” en dérision et l’on se moque des “vieux tabous”. Tout est justifié au nom des intérêts individuels et des “demandes sociétales” que le droit est sommé de ne pas entraver. »

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Les divagations d’Anna Smajdor s’accordent parfaitement avec le projet de déconstruction de l’humanité et d’élimination de la moralité que soutiennent à leur manière philosophes utilitaristes et théoriciens du genre. L’un d’entre eux, Paul B. Preciado, disciple halluciné de Derrida et de Butler, escompte l’avènement du transgenrisme, de la bio-technologie et de l’utérus artificiel afin de mettre à bas ce qu’il appelle, dans ce salmigondis infect, l’ordre hétéro-patriarco-colonial. Tandis qu’Anna Smajdor envisage une nouvelle manière, monstrueuse, de GPA, Preciado propose « l’arrêt de l’assignation du sexe à la naissance » en demandant que les sages-femmes cessent de dire aux parents : « Vous avez eu un garçon (ou une fille) », pour leur annoncer triomphalement : « Bravo ! Vous avez eu un corps vivant ». Le plus curieux est de constater qu’il existe des individus qui écoutent les délires de ces énergumènes le plus sérieusement du monde, sans frémir devant le projet immoral de cette philosophie devenue folle ou sans éclater de rire devant les idées sottes – ou d’une telle absurdité que seuls des intellectuels peuvent y croire, selon la célèbre formule d’Orwell – qui lui servent d’arguments.

Quand le sperme est classé « pathogène »

Finissons sur une drôlerie. Car face à ces élucubrations désespérantes, il arrive un moment où se dégourdir les zygomatiques devient nécessaire et même vital. Dieu merci, les Butler, Haraway, Preciado, Smajdor et autres baudruches intellectuelles déconstructionnistes nous facilitent souvent la tâche. Les thèses chimériques de ces diafoirus universitaires mêlant jargon philosophique, baragouin sociologique et charabia scientifique, n’impressionnent que les cancres estudiantins et les journalistes ignares. Une première et très efficace façon de contrecarrer les ratiocinations bouffonnes de ces imposteurs est de s’en moquer, d’en rire de ce rire qui est « le dédain et la compréhension mêlés » (Flaubert). Anna Smajdor, encore elle, nous a fourni dernièrement une belle occasion d’appliquer cette redoutable méthode. Cette femme savante a en effet écrit avec Joona Räsänen, un professeur de philosophie finlandais qui semble aussi perché qu’elle, un article ahurissant paru dans Journal of Medical Ethics (5). On croit d’abord à un canular – du genre de ceux que Helen Plukrose, James Lindsay et Peter Boghossian firent il y a quelques années afin de dénoncer la vacuité intellectuelle de certaines revues universitaires spécialisées dans les études de genre ou les feminist studies. On comprend rapidement que ce n’en est pas un – et on s’esclaffe. Anna Smajdor et son comparse affirment en effet, dès l’entame de l’article, « qu’il existe des raisons impérieuses de considérer la grossesse comme une maladie. » Suit un résumé hallucinant de la thèse : « Comme une maladie, la grossesse affecte la santé de la personne enceinte, provoquant toute une gamme de symptômes allant de l’inconfort à la mort. Comme une maladie, la grossesse peut être traitée médicalement. Comme une maladie, la grossesse est provoquée par un agent pathogène, un organisme externe envahissant le corps de l’hôte. Comme pour une maladie, le risque de tomber enceinte peut être réduit en utilisant des mesures prophylactiques. »

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Aurore Bergé contre #NousToutes: le gouvernement coupera-t-il les subventions?

Les auteurs comparent alors la grossesse à… la rougeole – et ça vaut le détour : « Comme la rougeole, la grossesse est une maladie spontanément résolutive. Elle suit une trajectoire prévisible qui se termine généralement par le rétablissement du patient. La grossesse et la rougeole impliquent également des symptômes qui peuvent altérer la capacité fonctionnelle normale de la personne. […] La grossesse est nocive (comme la rougeole). »Enfin, le summum de cette pitrerie :« Comme la rougeole, la grossesse est également causée par un organisme d’origine externe qui pénètre dans le corps et provoque les conséquences néfastes que nous avons décrites. Ainsi, de ce point de vue, le sperme pourrait être considéré comme un agent pathogène au même titre que le virus de la rougeole. » Les occasions de rire se faisant rares, nous tiendrons nos lecteurs au courant des prochaines publications d’Anna Smajdor, comique agrégée de philosophie délirante au cirque universitaire d’Oslo. 

La philosophie devenue folle: Le genre, l'animal, la mort

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Les Gobeurs ne se reposent jamais

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(1) Jean-François Braunstein, La religion woke, 2022, Éditions Grasset.

(2) Jean-François Braunstein, La philosophie devenue folle (le genre, l’animal, la mort), 2018, Éditions Grasset.

(3) Anna Smajdor, Whole body gestational donation, 2022, Theoretical Medicine and Bioethics.

(4) Sylviane Agacinski, L’homme désincarné, du corps charnel au corps fabriqué, 2019, Tracts Gallimard.

(5) Anna Smajdor, Joona Räsänen, Is pregnancy disease ? A normative approach, Journal of Medical Ethics.

Coût pour coût

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D.R

Les immigrationnistes prétendent que les nouveaux arrivants sont une aubaine pour l’économie du pays qui les accueille. Une étude montre que c’est le contraire.


425 milliards d’euros. C’est ce qu’aurait coûté l’immigration aux Pays-Bas de 1995 à 2019. En effet, d’après l’étude « État providence sans frontières[1] », réalisée par plusieurs chercheurs et publiée par l’université d’Amsterdam, l’immigration non occidentale a coûté, annuellement, 17 milliards d’euros au gouvernement néerlandais en redistributions de toutes sortes. Et ce, pendant vingt-cinq ans. À l’inverse, pour ce qui est des bénéfices, l’immigration occidentale ne rapporterait qu’un milliard d’euros par an. L’un des auteurs de cette étude, le mathématicien Jan van de Beek, pointe du doigt l’État providence du pays, qui, par sa générosité, n’incite pas les nouveaux arrivants à trouver du travail. De plus, le grand nombre d’immigrants et les aides sociales qu’ils perçoivent fragilisent le système de protection sociale. Alors que les dépenses publiques en leur faveur sont supérieures à la moyenne pour l’éducation ou la sécurité sociale, les immigrés paient moins d’impôts et de cotisations. L’immigration aura-t-elle la peau de l’État providence néerlandais ? L’étude conclut en effet qu’entre immigration de masse et État providence, il faut choisir. Par ailleurs, ces chercheurs précisent que leurs conclusions « pourraient inspirer les chercheurs et les décideurs politiques dans d’autres pays, en particulier en Europe, ayant un État providence comparable ».

A lire aussi : Aux Pays-Bas, le coût de l’immigration n’est plus une question taboue

Comme la France par exemple, mais il semble que nous n’en prenons pas le chemin et il ne faut pas compter sur le monde économique. Sur Radio Classique, le 19 décembre, Patrick Martin, président du Medef, affirmait que « d’ici 2050, nous aurons besoin, sauf à réinventer notre modèle social et économique, de 3,9 millions de salariés étrangers ». Même son de cloche au niveau européen, il n’y a qu’à écouter Ylva Johansson, la commissaire européenne aux Affaires intérieures, pour s’en convaincre. En Grèce, le 8 janvier, elle déclarait que l’UE avait besoin de 4,5 millions d’immigrés par an. Les contribuables n’ont pas fini de casquer.


[1] « Borderless Welfare State. The Consequences of Immigration for Public Finances », University of Amsterdam School of Economics, 2023.

Italie et Israël, les deux font la paire

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Benjamin Netanyahu et Giorgia Meloni à Rome, 10 mars 2023 © Andrew Medichini/AP/SIPA

L’Italie et Israël sont fortement liés par une proximité à la fois régionale, culturelle et économique. Et les chiffres de leurs échanges économiques le démontrent. En quelques années, l’Italie est passée de dixième à cinquième partenaire d’Israël. De son côté, Israël est devenu le point de référence en matière de technologie et sécurité.


Les relations entre l’Italie et Israël ont connu un important pas en avant ces dernières années. Bien que l’Italie ait été parmi les premières nations à reconnaître l’État d’Israël en 1949, les rapports entre les deux pays ont pris un véritable élan au début des années 1990 grâce surtout aux partis de droite. Gianfranco Fini, leader du parti de Giorgia Meloni, Alleanza Nazionale (aujourd’hui Fratelli d’Italia), lors du congrès du parti à Fiuggi en 1993, a condamné pour la première fois le fascisme, en citant notamment sa responsabilité dans la promulgation des lois raciales considérées comme « infâmes ». Il marquait ainsi une rupture historique avec le passé de son parti par rapport à Mussolini. En 2000, c’est Silvio Berlusconi qui a radicalement changé la politique italienne au Moyen-Orient, jusque-là caractérisée par une politique d’égale proximité avec Israël et avec les pays arabes. Berlusconi a toujours déclaré que l’Holocauste était un mal absolu, sur lequel aucun révisionnisme, déni ou sous-estimation n’était tolérable. Selon lui : « J’ai appris cette valeur, cette grande valeur de la liberté, de mon père, exilé en Suisse pour ne pas être arrêté par les nazis-fascistes, et de ma mère qui, enceinte, a risqué sa vie pour enlever une femme juive à un soldat nazi qui était destinée aux camps d’extermination ». Il Cavaliere fut l’initiateur et le promoteur d’une série d’accords économiques avec Israël, créant une synergie industrielle notamment sur le plan de la sécurité et de la défense.

Au cours des vingt dernières années, les relations entre les deux pays se sont développées par le biais de nombreuses initiatives et projets de coopération bilatérale. L’Italie et Israël possèdent une complémentarité naturelle : la forte vocation manufacturière italienne alliée à l’avant-garde des technologies israéliennes. En effet, de plus en plus d’entreprises italiennes participent à de nombreux appels d’offres publics et privés, notamment dans le cadre de l’Accord de Coopération Industrielle, Scientifique et Technologique signé en 2000 qui a financé plus de 200 projets d’intérêt commun.

Rapprochement culturel

Une coopération culturelle bilatérale repose sur un accord de coopération datant de 1971 et sur des programmes triennaux. Ainsi les Instituts culturels italiens de Tel-Aviv et de Haïfa ont entrepris des actions destinées à promouvoir les initiatives culturelles. Les résultats dans les domaines de l’édition, du cinéma, du design, de l’art et de la musique sont particulièrement positifs. La culture italienne est très appréciée par les Israéliens, qui visitent souvent la Péninsule pour des motifs d’études, de travail ou de tourisme. Au cours des dix dernières années, 105 livres de grands auteurs italiens – du XXe siècle et de l’époque contemporaine –  (Pierpaolo Pasolini, Antonio Gramsci, Giacomo Leopardi, Eugenio Montale, Primo Levi, Erri De Luca, Natalia Ginzburg) ont été traduits en hébreu. L’italien est devenu la troisième langue traduite en hébreu, précédée uniquement par l’anglais et l’allemand.

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En Italie, il existe un intérêt constant pour la littérature juive. Des dizaines d’écrivains écrivant en hébreu ont été traduits en italien et l’appréciation de leur travail ne cesse de croître. Et, aux côtés des grands noms (Avraham Yehoshua, Amos Oz lui-même, David Grossman), des auteurs comme Etgar Keret font leur apparition dans les librairies italiennes. Les écrivains israéliens ont également été honorés par la Foire du livre de Turin qui les a choisis en 2008 comme invités d’honneur.

Enfin, trois missions archéologiques sont actives en Israël et bénéficient de contributions publiques. À leur tête des chercheurs italiens de l’université La Sapienza de Rome, de la deuxième université de Naples, l’université de la Campanie Luigi-Vanvitellie et de l’université de Florence. En outre, l’Italie accueille chaque année de nombreux événements culturels israéliens tels que des expositions d’art, des concerts de musique et des festivals de films.

Synergies économiques

Le marché israélien reste d’un grand intérêt pour l’Italie. Israël bénéficie d’une excellente réputation dans les secteurs liés à la haute technologie, à la biomédecine, à l’innovation agricole, à la sécurité et aux énergies renouvelables. Cette innovation technologique séduit les industriels italiens désireux d’apporter une complémentarité à la fois dans la phase de recherche, de dépôts de brevets, mais aussi au niveau de la création et de la commercialisation des produits finis. L’Italie est considérée comme un partenaire sérieux dans la phase d’industrialisation des produits et des technologies, grâce à l’importance, la diversification et la flexibilité de son système industriel.

La collaboration dans le domaine énergétique se structure dans le temps et se manifeste avant tout à travers des collaborations entre entreprises privées. Parmi les principales associations figurent différents pôles d’innovation créés en Israël par le premier opérateur électrique d’Italie ENEL, tels que l’« Innovation Hub » (actif depuis 2016 à Tel Aviv), « Infralab » (Haïfa de 2020 à 2021), « FinSec Lab » (depuis 2021 à Beer-Sheva, avec Mastercard), « AI&Robotics Lab » (Tel Aviv depuis  2022). D’autres accords ont été signés par la principale entreprise italienne de transport de gaz, SNAM, en 2020 avec trois entreprises israéliennes : Delek Drilling et DAN pour ce qui est de la transition au gaz naturel liquéfié dans les transports publics ; avec DAN pour le développement de projets de mobilité verte ; et avec la start-up H2PRO dans la recherche sur l’hydrogène. Le groupe multiservice italien A2A et l’israélien IIA ont signé un accord-cadre en 2021 pour des projets de collaboration dans le domaine de l’innovation avec les entreprises.

Dans le domaine de la sécurité, le dialogue entre les institutions italiennes et israéliennes dans le domaine de la cybertechnologie et de la sécurité de l’information se poursuit. De nombreuses entreprises israéliennes collaborent avec des entreprises italiennes sur ce sujet. Un projet italo-israélien a même débuté dans le secteur spatial pour la réalisation de quatre expériences de recherche biologique et pharmacologique en microgravité grâce à DIDO III. Ce satellite miniaturisé développé par la société israélienne SpacePharma a été mis en orbite par l’italien Fusée Vega en septembre 2020.

Les échanges commerciaux enregistrent quant à eux un progrès certain. Ils se sont élevés à 4,8 milliards d’euros en 2022, une hausse de 17,1% par rapport à l’année précédente. L’Italie est devenue le deuxième fournisseur et le septième client européen d’Israël. Ces résultats ne feront qu’augmenter dans les années à venir. Le renforcement de cette coopération sera sans doute stratégique et aussi utile aux deux pays pour faire face aux différents défis : menace terroriste, instabilité politique internationale, crise énergétique mondiale.

Moi est un autre

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© Éditions Glyphe

Condamné à mort en 1948 pour crimes de sang, celui qui s’appelle alors Joseph Damiani, truand englué dans la délinquance sordide, n’est pas encore l’Autre, José Giovanni, l’auteur Gallimard et le scénariste proche de Ventura et Delon. Ce long chemin vers la rédemption nous est raconté par un maître du genre, Gilles Antonowicz.


Gilles Antonowicz, habitué des prétoires et des zones grises, cherche la vérité dans le parcours brumeux d’hommes hors-cadre, d’hommes bannis par la bonne société. Les réprouvés et les exclus du système ont toujours eu sa préférence. Cet avocat honoraire examine les pièces d’un dossier avec un flair de pointer, retourne les bibliothèques de France, ne se satisfait jamais d’une explication simpliste et rassurante sur la psychologie d’un condamné. Il ne croit pas aux raccourcis, aux aveux téléguidés, aux marchandages médiatiques et autres simagrées de justice. Son obstination est à la hauteur de son courage d’écrivain. Car, il en faut pour consacrer des essais charpentés sur des affaires louches, indéfendables, sensibles, aux relents de Collaboration et d’égarements politiques, à ceux aussi dont le sort est scellé d’avance, les recalés des salles d’audience et les perpétuels reclus. Les dissidents, armes à la main ou code pénal dans la manche, aux amitiés douteuses et aux compromissions torves, l’intéressent pour ce qu’ils disent ou ne disent pas des époques incertaines. Antonowicz n’a pas la passion du crime et de ses assesseurs pour satisfaire le sensationnalisme de la ménagère, il aime se plonger dans des périodes complexes où les rôles sont parfois interchangeables, où la palette des nuances est nécessaire pour appréhender au plus près la vérité de chacun. Notre société manichéenne ne peut comprendre cette subtilité-là. Elle n’autorise que la schlague et les intimidations. Elle est trop lourde pour saisir l’âme humaine face au tumulte du monde extérieur. Antonowicz n’excuse pas, il n’absout pas, il n’est ni un juge, ni un curé, il raconte avec une précision qui devrait rendre jaloux ses jeunes confrères du barreau. Il ne se contente pas de la pulpe des choses, de la surface éphémère d’un procès, il en décortique la mécanique et l’infernal tourbillon. Antonowicz aurait pu travailler chez les maîtres horlogers suisses, sa « réserve de marche » est infinie. Avec lui, sous une plume soyeuse et chirurgicale, nous sommes déjà entrés dans l’intimité de Jacques Isorni, de Maurice Garçon et de Pierre Pucheu. Si ces noms vous sont totalement inconnus, lisez Antonowicz pour avoir une vue d’ensemble. Dernièrement, il a travaillé sur les affaires d’Outreau et les berrichons Mis et Thiennot. Ses conclusions ne font pas plaisir à tout le monde. On pourrait croire qu’il a une vision romantique d’un destin. Sa lucidité et sa rigueur nous apportent très souvent un éclairage nouveau aux banalités répétées sans cesse sur des événements vieux désormais de soixante-dix ans. Lire Antonowicz, c’est souvent s’arcbouter sur un sujet vitreux, rebattre les cartes, démêler la pelote, éviter les autoroutes de la pensée, apprendre à douter de soi et aussi faire montre d’une magnanimité sur une descente aux enfers. L’auteur sait combien la linéarité est un leurre, un masque pour continuer de barboter tranquillement en société.

Gilles Antonowicz © Alain Le BOT/Opale.photo

Il a jeté sa gourme cette fois-ci sur José Giovanni (1923 – 2004), son passé dans le couloir de la mort, douze ans de détention, sa grâce, son entrée en littérature sous les bons auspices de son avocat Stephen Hecquet (Le Trou, Le Deuxième Souffle, Classe tous risques, l’Excommunié, Ho !, Les Ruffians, etc..) et ses millions d’entrées au cinéma avec Becker, Deray, Enrico ou Verneuil. Du personnage, les cinéphiles avaient quelques tuyaux usés, de vagues réminiscences, on savait que Giovanni avait été dans de beaux draps, il avait frôlé la grande faucheuse de très près, il en parlait peu, même si son cinéma est rempli de mauvais garçons et de haines féroces, d’impasses et d’impossibles renaissances. Cet ancien de Stanislas termina sa vie sous la croix helvétique, entre ces deux pôles, Antonowicz vous dit tout. Alphonse Boudard, un autre camarade de Centrale et de salons du livre, s’était plus longuement épanché sur sa jeunesse turbulente, il en gardait les séquelles mais tentait de faire rire avec ses déboires en cascade. Giovanni était plus tendu, plus crispé, plus tourmenté aussi, même dans les interviews anodines, on sentait son extrême nervosité, cette sensibilité qui fait grincer les dents. Comme à son habitude, Antonowicz part sans idées préconçues, rien que les faits, les dates, les recoupements, les témoignages, un décryptage historique et il resserre la focale sur le bonhomme. C’est prodigieux. Dans cette « Histoire d’une rédemption » aux éditions Glyphe, il trace les pleins et les déliés, les hauts et les bas, les carences et les refoulements successifs d’un itinéraire « fascinant ». Les pages sur l’enfance et la jeunesse de celui qui s’appelle Damiani sont remarquables ; on voit ce gamin sur la pente fatale, puis c’est l’enchainement, la fidélité au frère, l’attachement à la mère, dans une atmosphère corso-mafieuse poreuse, le jeu et les filles, les hôtels, l’argent facile, les déveines, les promiscuités honteuses, le PPF, les Chantiers de jeunesse, la montagne comme seul exutoire, la Libération et ses ombres, un embrouillamini qui n’effraie pas Antonowicz. Et puis, tout au fond, la lumière des salles obscures, le retour chaotique à la « normalité ».

« Je n’avais pas assez de sens moral pour faire la part des choses. Le retour à la vie normale vous attriste par sa fadeur » avouait-il. Le cinéma et la littérature auront été ses exhausteurs d’existence.

José Giovanni – Histoire d’une rédemption – de Gilles Antonowicz – éditions Glyphe  

Jose Giovanni, histoire d'une redemption

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Le coup de force des juges contre CNews, coupable de sa liberté

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© SICCOLI PATRICK/SIPA

CNews contre ces nazes…


La liberté d’expression, régulièrement malmenée par la macronie dans sa lutte contre les mal-pensants, est frontalement attaquée depuis mardi par des juges cloueurs de becs, avec le soutien d’une presse acquise à la censure. La dérive liberticide du pouvoir, mobilisé pour faire taire la pensée récalcitrante, se rapproche du modèle totalitaire, dont le but est l’élimination autoritaire de toute pensée alternative. 

Les frontières idéologiques de Christophe Deloire

Aujourd’hui, existe le risque d’une nationalisation de l’information. Saisi par Reporters sans frontières (RSF), association présidée par le journaliste Christophe Deloire (notre vidéo ci-dessous), le Conseil d’État a ainsi sommé l’Arcom, instance de régulation de l’audiovisuel, de renforcer son contrôle éditorial sur CNews. RSF et le Conseil d’État reprochent à la chaîne de Vincent Bolloré, qui rencontre un succès d’audience en lien avec son approche du réel, de ne pas respecter le pluralisme des opinions. En réalité, l’Arcom est incitée par la gauche la plus intolérante à retirer le droit de diffusion de la chaîne privée, donc à la réduire au silence. Pour cela, CNews, qui respecte l’équilibre des temps de parole des politiques, est sommée par la justice administrative de changer sa ligne éditoriale, représentée aussi par ses chroniqueurs, ses animateurs et ses invités. Jamais une intrusion des juges dans la liberté d’expression n’aura été aussi brutale. Jamais une association de journalistes, RSF, n’aura été si loin dans la traque aux confrères déviants de la pensée officielle. Revient cette réflexion de Soljenitsyne, lors de son passage en Vendée en 1993 : « Aujourd’hui les dissidents sont à l’Est, ils vont passer à l’Ouest ». Nous y sommes.

A relire, Elisabeth Lévy: Nos impôts, leur radio

Où l’illibéralisme peut se nicher…

Cet assaut des juges contre CNews relève du coup de force. Un magistrat n’a pas compétence, sauf en dictature, pour apprécier la ligne éditoriale d’un média ni pour le placer sous surveillance. Reste que cette décision illibérale comble d’aise, ce mercredi, la presse « progressiste », qui ne s’est jamais émue de l’absence de pluralisme dans l’audiovisuel public. En plus de quarante ans de journalisme, je n’ai pour ma part jamais été invité à France Inter, radio publique théoriquement soumise, plus que d’autres, à l’équilibre des opinions et des débats. Le militantisme est une réalité admise dans l’audiovisuel public. Ni RSF ni le Conseil d’État n’y ont jamais trouvé à redire. Ils ne disent mot non plus sur les appels au boycott de la chaîne privée par une partie de la gauche et de l’extrême gauche. Ceux-ci prennent prétexte de leur absence volontaire pour dénoncer un parti pris politique de CNews.

Et si on regardait du côté de France inter ?

Pour y participer comme chroniqueur, je peux témoigner de son esprit d’ouverture, de sa liberté de ton et de son goût pour la confrontation des idées.

L’effet de la nouvelle jurisprudence du Conseil d’État pourrait bien d’ailleurs obliger Radio France, dépositaire de la pensée dominante, à s’ouvrir aux indésirables et autres parias. En attendant, CNews se voit promue par ses censeurs comme la chaîne qui montre ce que le conformisme voudrait occulter. Il n’y a pas là plus bel hommage à sa liberté.

Ted, le nouvel ami de mes voisins vignerons

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© Naio Technologies

Dans sa campagne, notre chroniqueur vient de croiser le premier robot viticole du village.


Le panneau indique : « Machine autonome en fonctionnement ici. Restez à l’écart ». Et au lieu du bavardage des vendangeuses, c’est le bourdonnement d’un robot qui se fait entendre.

Bienvenue dans le sud de la France, en 2024, juste à côté de chez moi, où, en promenant les chiens dans les vignes, je tombe sur Ted, un cultivateur compact, vert et blanc, doté d’une intelligence artificielle, alimenté par batterie et infatigable désherbeur.  

Ted travaille d’arrache-pied, enjambant les vignes et coupant les herbes mauves. Il n’est ni mignon ni amical. Il s’arrête net s’il rencontre un obstacle humain. Mais il est dévoué. Il ne s’arrête pas pour déjeuner et, à la fin de la journée, Fabien, son tuteur humain, le branche pour recharger ses batteries.  

Désherber sous les vignes, au lieu de les arroser de produits chimiques, est un travail fastidieux et exigeant. La précision est essentielle pour couper les mauvaises herbes sans endommager les vignes. Pour les producteurs biologiques, et les nombreux autres qui pratiquent une agriculture raisonnable, les herbicides sont interdits ou évités. C’est alors qu’entre en scène Ted, avec ses lames pour cultiver la terre et ses « doigts » flexibles pour s’attaquer aux mauvaises herbes, les arracher afin qu’elles puissent être replacées dans le sol.

Les vignerons ne rigolent plus

Parmi les différentes tâches d’un viticulteur, le désherbage n’est pas la plus recherchée. Mais Ted ne rechigne pas à ce travail, c’est même sa seule raison d’être. Ted a été fabriqué par Naïo technologies, une start-up française basée à l’ouest d’ici, près de Toulouse. Il s’agit d’un prototype et, au début, les vignerons se sont moqués. Mais le scepticisme est en train de disparaître. « C’est une transformation qui pourrait se produire rapidement », m’a dit Philippe, un viticulteur local. « Encore plus vite s’ils nous laissent installer des panneaux solaires et alors nous n’aurons même plus besoin d’acheter du diesel ».

Ted ronronne pendant six heures avant que sa batterie ne s’épuise, désherbant et cultivant.  Il compense en endurance ce qui lui manque en vitesse. Le champ – plus il est grand, mieux c’est – est cartographié à l’avance à l’aide d’un récepteur de positionnement, puis Ted se débrouille tout seul. 

A lire aussi, Thomas Ménagé: Colère des agriculteurs: la macronie récolte les graines qu’elle a semées

Il est admirablement discret. S’il n’y avait pas les panneaux d’avertissement obligatoires en matière de santé et de sécurité au bord des parcelles sur lesquelles il travaille, les passants ne se douteraient peut-être même pas de sa présence. Ted est plus discret qu’un tracteur, il est pratiquement silencieux et ne rejette pas de gazole nauséabond. 

Qu’est-ce qui ne plaît pas à Ted est une question dont la réponse est nuancée. Les agriculteurs se plaignent toujours, de tout, de la météo aux prix. Ils consomment des milliards de subventions et exigent constamment d’être protégés de la concurrence. Ils affirment avec raison que leur travail est éreintant et dangereux.  Ils exigent des congés et une assurance maladie pour s’adonner à des tâches abrutissantes, comme conduire des tracteurs climatisés dans des champs toute la journée. 

Est-il cynique de se demander si la robotique n’est pas l’occasion de se débarrasser de ces hommes et femmes perpétuellement ennuyés ? Remplacer les agriculteurs pleurnichards par l’intelligence artificielle semble être une bonne affaire. L’économie semble favoriser un remplacement rapide de ces agriculteurs turbulents.

Mais il est également vrai qu’il y a quelque chose à perdre ici, moins matériel, plus spirituel, en rompant un accord ancien entre les agriculteurs et les consommateurs pour le remplacer par l’IA.

Prenons par exemple le vin rouge moelleux produit par Pierre au coin de la rue, dont les raisins ont été cueillis à la main. Il ne piétine pas les raisins pieds nus. Il possède une centrifugeuse italienne hors de prix. Mais il joue du saxophone sur son jus en fermentation, alors qu’il repose dans ses cuves en acier inoxydable. Cela compte sûrement.  Je le vois bien se lancer dans un Ted, en fait. Même le vigneron biologique le plus dévoué finit par se lasser de cultiver et de désherber.

Les fruits de l’agriculture sont bien plus que des marchandises. Nous les mettons en bouche. Qu’il s’agisse de bœuf, de pain de maïs, d’olives, de fromage ou de vin, ce sont des produits consommables. Ted s’arrête-t-il là ? À quels algorithmes confierez-vous ce que vous mangez ?  Peut-être s’agira-t-il d’une croyance de luxe. Mais je ne suis pas sûr que le Château AI soit la tasse de thé de tout le monde.

Ted est le premier robot agricole à avoir atteint notre commune endormie, ce qui prouve à suffisance qu’il ne s’agit pas d’une révolution lointaine, mais qu’elle est sur le pas de la porte. L’ère de la machine pilotée par l’homme est révolue, les énormes machines à vendanger sont des mastodontes. Les robots récolteront bientôt le raisin et bientôt tout le reste. Il ne reste plus qu’à produire une machine pour tailler et former les vignes. Celle-ci ne tardera pas à arriver.

A lire aussi, Emmanuel Tresmontant: Sauternes oblige

Des entreprises de machines agricoles bien établies, comme John Deere et Kubota, et des start-ups spécialisées dans l’IA aux États-Unis, en Italie et en France se lancent sur le marché. Des robots cueillent déjà des fraises en Espagne. Sur YouTube, on peut voir la vidéo d’un robot israélien cueillant des pêches, presque comme un ballet.

On s’était dit rendez-vous dans mille ans

Le vin est la principale activité de mon village depuis 1 000 ans. Les Romains y produisaient du vin, une bouillie sirupeuse qui n’a pas grand-chose à voir avec ce que nous connaissons aujourd’hui, en utilisant des esclaves. Le Canal du Midi, au XVIIe siècle, a été le premier bond en avant pour la région et les premiers faux châteaux sont apparus. Il y avait 300 chevaux dans notre village lorsque le chemin de fer est arrivé au XVIIIe siècle, et les villageois se sont enrichis grâce aux exportations de vin ordinaire qui aurait été assez médiocre, mais plus sûr à boire que l’eau, la plupart du temps. Cette prospérité s’est arrêtée avec le phylloxéra qui a tué les vignes, puis la Grande Guerre, la dépression et à nouveau la guerre.  Les pieds noirs expulsés d’Algérie sont arrivés dans les années soixante, achetant terres et tracteurs.  Aujourd’hui, nous avons le TGV, les autoroutes et les aéroports. Plus récemment, des garagistes ambitieux sont arrivés, achetant des vignes, les convertissant à l’agriculture biologique, produisant des vins innovants et raffinés.  Nous sommes soudain devenus la Floride de l’Europe, avec du raisin.

Et maintenant, que se passe-t-il ? Est-ce la fin de la viticulture et de l’agriculture traditionnelles, le début d’une nouvelle ère qui élimine les agriculteurs et les remplace par des ingénieurs systèmes, chargés de faire fonctionner les robots ? Je pense que la résistance sera vaine. Les producteurs les plus grands et les plus riches seront les premiers à sauter le pas, et les petits producteurs de boutiques résisteront le plus longtemps, récoltant leurs raisins à la main jusqu’à ce qu’ils deviennent des curiosités nationales.

L’imminent Salon de l’agriculture à Paris, la spectaculaire vitrine annuelle de l’agriculture française, attirera cette année plus de robots agricoles que jamais, ce qui donne un avant-goût des choses à venir. À une époque où les agriculteurs semblent être devenus plus exigeants que jamais, il est inévitable que cette ancienne forme d’activité humaine, la production d’aliments et de boissons, tombe sous l’influence des robots et de l’IA.  

Ces moteurs permettront peut-être un jour d’éliminer ce qui rend l’agriculture si difficile, à savoir les agriculteurs eux-mêmes, mais à table, nous ne saurons peut-être pas ce que nous avons perdu avant qu’il n’y en ait plus.

France, a Nation on the Verge of a Nervous Breakdown

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