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Macron, un homme de circonstance

Pour l’écrivain Bruno Lafourcade, le chef de l’État fonctionne comme une IA. Il n’a pas d’idéologie mais un logiciel, pas de convictions mais des connexions, et il ajuste ses opinions en fonction du public. De quoi déplaire aux Gaulois réfractaires.


L’homme providentiel

« On nous a si mal vendu Emmanuel Macron, pâle et fade trader, montré dans un meeting poussant sa voix ridiculement dans les aigus, en chaman halluciné, qu’il ne trompera personne ; il est impossible que ce promoteur des pays-hôtels, des corps-marchandises, de l’ubérisation des paysages, des bras et des ventres, qui célèbre les poulaillers sans fermiers, les renards sans lois, les smicards sans avenir, dépasse dix pour cent au premier tour. »

Ces fulgurantes prémonitions, je les écrivais dans mon journal, en février 2017. Trois mois plus tard, M. Macron était triomphalement élu. C’est commode, un journal : on y vérifie ses prophéties. Il faut dire que la propagande était stupéfiante. Ainsi, un peu plus tard, j’écrivais, toujours dans mon journal :

« J’ai regardé un débat entre MM. Duhamel et Barbier, arbitré par Mme Elkrief, pour plus d’impartialité. De M. Macron, il ressort un portrait contrasté : il travaille quarante-huit heures par jour ; il a découvert l’Amérique ; il soigne les verrues ; il lit dans le Nescafé ; il tord les fourchettes avec les yeux ; il épile les maillots ; il ressuscitera au troisième jour. »

Avant lui, seul Obama, me semble-t-il, avait bénéficié d’une telle propagande. Chez nous, provinciaux de l’Amérique, la promotion ressemblait plus à celle des barquettes de colin chez Picard.

La réaction des ronds-points

Après la propagande, la réalité.

D’emblée, il s’employa à nous humilier. Ce fut la Fête de la musique, où l’Élysée se transforma en bar technoïde, avec gogo-dancers se déhanchant dans leurs minishorts, au milieu d’un pandémonium mixé par des DJ. Puis un selfie à Saint-Martin, avec de petites frappes nous adressant des doigts d’honneur. Et un 14-Juillet où l’orchestre interarmées s’essayait au pas de deux, en jouant Daft Punk au tuba et au clairon. Et ça, de transformer l’armée en fanfare électro-funk, ça le faisait ricaner ; dans la tribune, il souriait en enfant ravi d’avoir mis le chat dans la machine à laver. Les ministres et les généraux aussi applaudissaient, ivres de bonheur d’être humiliés. Au même moment, quelque part, des soldats français tombaient dans une embuscade. Ils croyaient mourir pour la patrie, c’était pour la Techno Parade.

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Les tribunes, en général, ne lui réussissent pas ; le football non plus. Au Qatar, devant des émirs, pendant une finale, on le vit hurler en levant le poing, hystérique et inquiétant. Mais il ne se contenta pas de nous faire honte : il voulait réformer et sauver la planète. Cette ambition s’accompagna de remarques sur « les gens qui ne sont rien » et ne se donnent pas la peine de traverser la rue pour trouver du boulot à dix heures par jour payées six.

Pour les punir, dans les villages, l’école ferma, et la gare, et la Poste, et la maternité – pendant que le prix des carburants augmentait. C’est qu’il ne voulait « rien céder aux fainéants », ces « Gaulois réfractaires au changement ».

« Les gens détestent les réformes ! »

Non, seulement avant la planète, ils veulent sauver les leurs.

« Qu’ils viennent me chercher ! »

Ils vinrent.

Il reçut des œufs, une tarte (à Tain), des tomates et des casseroles : le matamore se voyait en chef, il se découvrait marmiton.

Puis se leva une foule qu’il ne connaissait pas, dont les algorithmes ne lui avaient pas parlé. Ce furent les gilets jaunes canal historique, le petit peuple des palettes et des ronds-points ; c’étaient Joseph le retraité, Nathalie l’infirmière, Michel l’artisan, et tous en avaient mal au pis de se faire traire. Ils prirent comme signe de ralliement le gilet fluorescent des piétons qui ne veulent pas finir sous une voiture. Eux ne voulaient pas finir sous la mondialisation. Réduits aux vignettes Crit’Air 5, avalant des kilomètres de taxes pour emmener leurs enfants à l’école ou leurs parents à l’hôpital, ils n’émurent pas M. Macron. On lâcha les cognes. Certains patientaient depuis Malik Oussekine. Comme il n’y avait que du petit Blanc, on put éborgner et mutiler sans que la douleur morale, la nuit, réveille quiconque.

Le président algorithmique

La suite confirma ce qui avait précédé.

Tout n’est pas sa faute, bien entendu, depuis le Covid jusqu’à l’incendie de Notre-Dame. Mais, chaque fois, ses réactions furent anormales, ampoulées : « Nous sommes en guerre » ; grossières : « J’ai très envie de les emmerder » ; et surtout artificielles : tout, chez lui, est faux, jusqu’à sa façon de marcher, cette lenteur démonstrative censée lui donner de la majesté. Tout, chez lui, est de circonstance, pas seulement les opinions. Sa tête au premier chef, si je puis dire. Il s’en fabrique une pour chaque événement. La plus pénible est celle d’enterrement qu’il prend pour parler d’un attentat, du Covid, du 11-Novembre, ou consoler Mbappé.

Sa cohérence est comme sa tête – de circonstance, donc : avant-hier, pas de culture française et on est en guerre ; hier, la première est multiple et la guerre est à nos portes ; aujourd’hui, on n’est pas « une nation multiculturelle » et la guerre est finie. C’est un DRH qui n’a pas d’idéologie mais un logiciel, pas de convictions mais des connexions, moins un cœur qu’un QR code : il fournit les mêmes réponses à des électeurs différents, qui seront de toute façon virés pour manque de productivité.

On le dit déconnecté, c’est le contraire. Il attend seulement sa mise à jour pour avoir des certitudes. Il est le premier chef d’État algorithmique, le premier dont la pensée fonctionne comme une IA. Il a perfectionné l’habitude d’ajuster ses opinions au public. Il prend ses décisions avec un tableau de bord intérieur où s’affichent, en temps réel, les indices, les tendances et le taux de satisfaction-client. Il ne dirige pas un pays, il administre une interface ; il ne parle pas à un peuple, mais à un panel.

Le désastre est total. Il voulait une République en Marche, il l’a laissée en veille. La start-up est en maintenance. On cherche l’appli pour un nouveau pays.

De la culture de masse aux cultures archipellisées, le danger du grand délitement

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L’avènement de la télé-réalité puis des réseaux sociaux ont entériné le basculement dans un nouvel âge où les individus n’ont plus de références communes.


Jusqu’à il y a peu, chaque génération se construisait, en plus d’une culture générale, des souvenirs communs, mélange d’émissions télévisées, de chefs d’Etat portés au pouvoir avant d’être défaits par les urnes ou renversés par des coups d’Etat, de modes vestimentaires et décoratives, de débats de société, d’exploits sportifs, de succès musicaux sur lesquels se sont formés des couples, de films qui ont bercé les imaginaires et d’événements dont chacun saisissait instantanément la portée historique – se souvenant précisément ce qu’il faisait au moment où ils advinrent.

Dans les années soixante, on vivait sous De Gaulle et sous l’œil de tante Yvonne, on roulait en DS ou en Simca1000 et, si on était italien, en Fiat500, on s’encanaillait sur les rythmes yé-yé, la Nouvelle Vague déferlait sur le cinéma. Une décennie plus tard, dans les soixante-dix, on se déhanchait sur des airs disco, les poteaux carrés de Glasgow empêchèrent les Verts de décrocher la coupe d’Europe – ce qui ne les empêcha pas de défiler sur les Champs-Elysées -, on connaissait les dimanches sans voiture, on admirait indifféremment Montand et Delon – peu importe leurs couleurs politiques respectives. Les années 80 virent s’effondrer le mur de Berlin dont chacun voulait avoir chez lui un morceau et apportèrent les dernières étincelles de génie avant l’extinction des feux : c’étaient les années Canal, les écrivains qui défilaient chez Pivot, Philippe Starck qui redécorait le monde. Dans la décennie quatre-vingt-dix, on rêvait de vivre ses amitiés comme dans la série Friends, Johnny fêtait ses cinquante ans au Parc des Princes, mais c’est dans une autre arène, au Stade de France, que les Bleus soulevèrent la Coupe du monde sous les yeux de Jacques Chirac, avant de défiler eux aussi, mais triomphants, sur la principale artère parisienne.

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Les générations se sont succédé, par ordre alphabétique, X, puis Y – les millenials -, enfin Z. Le rythme s’est accéléré, sans le souffle épique, et les préoccupations, les combats politiques, les modes, les goûts culturels ont changé avant qu’ils ne pussent s’imprimer sur une pellicule qui constituerait le film de l’époque. En conséquence, on peut se demander si les jeunes seront à l’avenir encore à même de se créer des souvenirs communs afin d’inscrire leurs histoires individuelles dans un destin collectif. Les individus de 25 ans n’ont déjà plus totalement les mêmes références que ceux qui fêtent leurs 20 ans. Et parmi eux, les origines diverses, qu’elles soient ethniques, culturelles ou sociales, ajoutent à l’émiettement.

Comme il existe des ères géologiques et des périodes historiques, des âges de fer et de bronze, sans doute existe-t-il des périodes culturelles ? Nous sommes ainsi passés de la culture sacrée à la culture de masse avec la sécularisation et la démocratisation des biens de consommation. Nous basculons aujourd’hui de la culture de masse aux (sous-)cultures[1] archipellisées. Il est difficile de dater l’émergence de cet âge nouveau, sans doute au tournant du siècle, quand l’avènement des réseaux sociaux et de la télé-réalité ont concordé, avec pour toile de fond un contexte international qui s’est soudainement tendu un 11 septembre. L’histoire s’est réveillée et accélérée, le multiculturalisme a créé le communautarisme, la société liquide a défait les liens organiques, les canaux de communication se sont multipliés, le relativisme a acté que tout se valait et a donc dévalorisé le Beau, l’école a cessé d’enseigner les savoirs et l’obsolescence est devenue la marque de fabrique de contenus de mauvaise qualité.

Une culture identique est pourtant indispensable car elle est la langue commune permettant, malgré les différences d’opinion, de se comprendre, de prendre conscience du destin nous unissant et de se respecter. Faute de ciment, une société ne peut que se déliter et ses forces vives finissent par ne plus se comprendre, vivre côte à côte avant de finir face à face. Le débat public actuel et ses tristes passions n’en sont finalement que la conséquence logique.


[1] L’utilisation du terme « sous-culture » s’entend dans le sens de culture propre à un sous-groupe de la population, sans jugement de valeur

L’érotisme algorithmique

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Avant d’avoir des histoires d’amour avec l’Intelligence artificielle, comme nous l’expliquait Libération cette semaine, nous avions accepté de soumettre notre libido aux applications de rencontres sur nos smartphones qui gèrent nos émois amoureux comme un DRH.


Nous avons gamifié le désir et personne n’a levé le petit doigt. Ce qui autrefois déchirait les chairs, consumait les nuits dans une urgence bestiale et qui n’avait besoin d’aucun manuel d’utilisation, s’est pétrifié en interface utilisateur optimisée pour le taux de rétention client. Le frisson du premier regard ? Un algorithme de recommandation basé sur six selfies photoshopés et trois mythomanies soigneusement rédigées. La chair appelant la chair ? terminé. Désormais c’est une requête SQL filtrant les profils compatibles selon des critères qu’on n’oserait pas avouer à son psychanalyste. L’abandon dans les bras de l’autre ? Incinéré. Vous assisterez à un atelier de négociation préalable sur les modalités du consentement, avec compte-rendu écrit et validation par signature électronique. On se plie aux injonctions toxiques et démoniaques des Sandrine Rousseau et autres castratrices procédurales, ces nouvelles vestales du consentement bureaucratique.

Métrique

On ne baise plus. On déploie « une expérience relationnelle ». On ne jouit plus. On valide les metrics de satisfaction mutuelle. On ne s’éprend plus. On entre en phase de bêta test avec option de désengagement unilatéral si les KPIs affectifs stagnent. On aseptise le vocabulaire pour mieux endormir nos sentiments.

Les applications de rencontre ont opéré une marchandisation de la concupiscence qui aurait fait rougir les proxénètes de l’Ancien Régime.

On se swipe comme des SKU dans un entrepôt Amazon, on se catégorise dans des taxonomies mentales (« potentiel coup unique », « relation transitionnelle », « trop structuré psychologiquement pour mes pathologies »), on se supprime sans préavis quand le cache émotionnel arrive à saturation. Chaque profil défile à la cadence d’une sentence capitale : trois secondes pour décider si cet exemplaire d’humanité mérite qu’on lui accorde le privilège d’une conversation insipide qui débouchera peut-être, si la synchronicité cosmique opère, et si aucune option supérieure ne se manifeste entre-temps, sur un verre dans un bar cacophonique où l’on comparera nos névroses respectives en simulant un intérêt désincarné.

Le premier rendez-vous s’est métamorphosé en assessment center déguisé en moment convivial. On présente son curriculum vitæ sentimental, on justifie ses motivations avec le lyrisme d’une lettre de candidature, on négocie son package relationnel. On se jauge, on se soupèse, on calcule le retour sur investissement émotionnel avant même d’avoir effleuré l’épiderme de l’autre. Le baiser final ? Une poignée de main charnelle validant le passage au tour suivant.

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Et le coït lui-même — ce territoire sauvage où les corps parlaient un dialecte antérieur au langage — s’est bureaucratisé en chorégraphie consultative. On sollicite l’autorisation pour chaque geste, on verbalise chaque intention, on transforme l’étreinte en conseil d’administration où chacun doit approuver l’ordre du jour avant de passer à l’exécution. « Puis-je procéder à une palpation de cette zone ? » « Ton niveau de confort avec cette pratique ? » « Confirmes-tu ton accord sur l’accord préalable ? » Le consentement éclairé, cette camisole consentie, a euthanasié le désir obscur, on signe le safe-word avant même d’avoir bandé.

La déontologie a castré l’érotisme. On ne se jette plus l’un sur l’autre avec cette faim qui abolit la raison ; on se demande courtoisement si la fenêtre temporelle est opportune et si les conditions atmosphériques permettent un rapprochement épidermique conforme aux protocoles établis.

Attention : fantôme !

Le ghosting ? Nomenclature euphémisée pour un meurtre aseptisé, un homicide administratif, la disparition organisée sans l’inconvénient du cadavre. Pourquoi s’expliquer, pourquoi endosser la violence du rejet, pourquoi affronter le regard de quelqu’un pour lui signifier son obsolescence, quand on peut simplement le vaporiser d’un geste, le dissoudre dans les limbes du double-tick azure, l’expurger de sa timeline comme on éradique un malware ? L’autre n’était qu’un onglet parmi cinquante-trois. Les onglets, ça se clôture. Sans liturgie, sans justification, sans même ce minimum de courage que les veules d’antan concédaient encore à leurs victimes.

Le polyamour, ce portefeuille de plug-ins affectifs, s’est hissé en champion de la modernité sentimentale. Le messie de ceux qui convoitent tout, sans rien élire. On nous le vend comme une insurrection affective, l’avant-garde de l’émancipation relationnelle. En réalité, c’est une police d’assurance tous risques pour dilettantes émotionnels. Rien de plus qu’un hedge fund sentimental où l’on diversifie son portefeuille pour ne jamais être pris au dépourvu si l’un des actifs s’effondre. On veut la chaleur du couple sans l’ennui de la monogamie. On désire l’excitation de la prédation sans la cruauté assumée de l’adultère. On espère le frisson de la transgression sans le courage du scandale. En 2026, même Feeld arbore des badges de consentement et des liens de profils couplés – comme si la jalousie se gérait avec un Kanban board éthique.

Alors on conceptualise. On érige des architectures relationnelles qui feraient sangloter un ingénieur des Ponts. On rédige des chartes plus volumineuses que le traité de Lisbonne, on orchestre des méta-conversations sur nos méta-affects jusqu’à ce que même la libido ait besoin d’un consultant externe pour se localiser. On fornique à plusieurs avec des protocoles plus rigides qu’une assemblée générale de copropriété, des Google Calendars synchronisés pour éviter les collisions corporelles, des groupes WhatsApp pour administrer la logistique des tendresses croisées. « Mardi chez Léa, mercredi tu peux voir Thomas, jeudi on se retrouve tous si personne n’a une meilleure offre. » L’amour par rotation, la jouissance en multipropriété, l’intimité en temps partagé.

Amour co-construit

On ne jouit plus. On co-construit des espaces de plaisirs inclusifs. On ne désire plus. On déconstruit les normativités hégémoniques en se faisant besogner par trois personnes différentes dans la même semaine — chacune avec son créneau horaire et ses limites clairement établies dans un document partagé accessible via Notion. On utilise la novlangue comme anesthésiant émotionnel. Ainsi se dévoile toute l’obscénité du jargon corporate appliqué à l’orgasme.

Et ceux qui persistent ensemble ? Ils ne s’aiment plus, ils cohabitent dans une tranchée affective en attendant que l’un capitule ou qu’une meilleure proposition se matérialise sur le marché. Ils survivent via thérapie de couple à 120€ la séance — cette prostitution inversée où l’on rémunère quelqu’un pour simuler l’intérêt qu’on ne se porte plus. L’intimité s’est bureaucratisée, métamorphosée en project management conjugal avec rétrospectives trimestrielles et objectifs à atteindre avant la clôture de l’exercice fiscal.

On ne fait plus l’amour, on case un slot entre le CrossFit et le meal prep dominical. On baise comme on coche une case sur une checklist, sans élan, sans faim, sans cette urgence viscérale qui abolit tout le reste. Juste pour valider qu’on maintient une activité sexuelle, pour pouvoir le mentionner en séance, pour ne pas être celui qui a laissé filer trop de semaines sans friction épidermique. Le désir — ce tyran magnifique qui jetait jadis les amants hors des lits conjugaux et dans les bras de catastrophes sublimes — s’est domestiqué en ronronnement programmable via notification push. « Ton partenaire souhaite programmer une intimité partagée jeudi 21h15. Accepter / Reporter / Snooze. »

L’auto-sabotage n’est même plus inconscient. On le pratique en pleine lumière, avec la méthodologie d’un product manager itérant sur son MVP sentimental. On sélectionne systématiquement celui ou celle qui dysfonctionnera — le narcissique, l’émotionnellement oblitéré, l’affectivement constipé — parce qu’au moins, quand ça s’effondre, on peut se dire qu’on maîtrisait le script de bout en bout. On provoque la rupture avant qu’elle ne nous surprenne, on saborde la relation dès qu’elle menace de devenir tangible, dès qu’elle exige quelque chose d’aussi obscène que de la présence, de la vulnérabilité, de l’abandon.

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Parce que le véritable amour — celui qui vous saisit aux tripes sans préavis, qui exige tout sans garantie de retour, qui demande qu’on se jette dans le vide sans filet de sécurité — cette aberration archaïque, déraisonnable, totalement non-scalable, nous terrorise infiniment plus que la solitude, que l’échec, que n’importe quelle douleur répertoriée et prévisible. Quand il se manifeste avec ses exigences primitives — présence, fidélité, abandon, cette obscénité première qui demande qu’on se donne sans clause résolutoire — on recule comme devant un contrat léonin rédigé par un sadique.

On préfère l’amour sous abonnement mensuel, révocable d’un clic, sans engagement au-delà des trente premiers jours, avec option de pause et reprise ultérieure si les conditions du marché s’améliorent. L’Amour 2.0, c’est Netflix pour solitaires compulsifs : un catalogue infini de chairs interchangeables, des épisodes qu’on zappe dès que le rythme faiblit, et cette sensation lancinante qu’on pourrait peut-être trouver mieux — plus stimulant, plus compatible, mieux optimisé pour nos pathologies spécifiques — si on scrollait encore un peu.

Alors on remplit. On remplit le vide de profils interchangeables, de notifications qui font croire qu’on existe, de relations à géométrie variable où personne ne s’engage vraiment. On appelle ça de la « fluidité », du « refus des schémas toxiques ». En réalité, c’est l’esquive élevée au rang d’art de vivre, la fuite transformée en manifeste générationnel, la lâcheté rebaptisée émancipation. Et le taux de natalité s’effondre. Plus d’enfants adultérins, plus d’enfants du tout d’ailleurs. Même la transgression fertile a disparu, remplacée par la stérilité aseptisée. Pendant que la France passe en solde naturel négatif en 2025 – première depuis la guerre –, on swipe pour s’aménager des espaces de plaisirs infertiles.

Et à force de scroller dans le vide, on ne trouve plus rien de bandant. Juste le reflet de son propre visage dans l’écran noir quand la batterie finit par lâcher.

Et ce visage-là, vieilli prématurément par des nuits blanches sans saveurs devant un écran, et le mensonge qu’on se répète depuis des années, on ne le reconnaît même plus.

Que reste-t-il au final ? Un fantôme qui attend une notification salvatrice. Mais l’écran reste noir. Parce que l’humain, en se désabonnant de l’humain, s’est déjà effacé.

Khmers rouges: la mort en masse


La neige tombe sur la gare de Pantin. Les rails disparaissent dans le brouillard. Les lumières scintillent et éclairent les hangars aux vitres cassées, tagués sur leurs flancs. Les grues métalliques plantées le long des voies ressemblent à des miradors. Combien de wagons plombés ont-ils traversé cette plaine, en direction de la mort érigée en système ? La neige est belle et fraîche. Elle rend la nuit claire. Et pourtant c’est un décor de mort que je vois défiler derrière les vitres du train. C’était hier en Europe. Mais le nazisme n’a pas le monopole exorbitant du génocide au XXᵉ siècle. Le communisme l’a également mis en pratique, et partout dans le monde.

Pol Pot, Frère numéro 1 

Je lis Quartier des fantômes, témoignage glaçant de Rithy Panh, qui survécut enfant au régime khmer rouge. Accompagné de l’écrivain-éditeur, Christophe Bataille, cosignataire du livre, il pénètre dans ce qui reste du centre S21, « centre de la tuerie », dirigé par l’impavide Duch. Les Khmers rouges ont triomphé au Cambodge, pays déstabilisé par les conséquences de la guerre du Vietnam, en 1975. Leurs principaux dirigeants ont étudié à Paris. Certains ont même adhéré au PCF et noué des liens étroits avec l’UNEF. Pol Pot, leur chef sanguinaire, suivit ce parcours. Il subit l’influence de Jacques Duclos, dirigeant du PCF, et Jacques Vergès, le célèbre avocat de Klaus Barbie et Georges Ibrahim Abdallah. Il devint ainsi le promoteur d’un système collectiviste fondé sur la doctrine de la dictature du prolétariat.

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D’abord sensible au culte de la personnalité version Staline, Pol Pot refuse le processus de déstalinisation, et durcit sa position en adhérant à la Chine maoïste. En entrant dans Phnom Penh, le 17 avril 1975, l’armée khmer n’oublie pas de piller l’ambassade d’URSS. Le tyran Pol Pot, « Frère numéro 1 », soutenu par quelques grandes figures de la gauche française, comme le journaliste-biographe Jean Lacouture, décrète le déplacement forcé des habitants de Phnom Penh et met en place un système génocidaire qui causera la mort d’environ 2 millions de personnes entre 1975 et 1979, soit le quart de la population totale. Le journal Libération, dirigé à l’époque par les maoïstes, titre : « Les révolutionnaires sont entrés dans Phnom Penh : sept jours de fête pour une libération. »

Ecole transformée en camp

Rithy Panh, devenu cinéaste, se souvient de cette « ancienne école jaunie aux volets bleu clair » transformée en camp de la mort, le S21. Il l’a filmé, il y a vingt ans, surtout la nuit, car la nuit forme un linceul enveloppant les fantômes des victimes torturées, éviscérées, contraintes de manger leurs excréments afin qu’elles reconnaissent leur trahison. Un souvenir, parmi d’autres : on ôte l’enfant à la mère qui se vide de son sang ; elle le voit s’éloigner avec le bourreau Ho qui revient seul. Il faut « épurer » la ville « mauvaise », « corrompue » par le capitalisme. Panh se remémore son père, professeur, profession devenue suspecte aux yeux des Khmers rouges. « À S21, écrit Panh, c’est la fin. Plus la peine de prier, ce sont déjà des cadavres. Sont-ils des hommes ou animaux ? C’est une autre histoire. »

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Le sadisme des bourreaux est sans limite. Il n’est pas sans rappeler certaines descriptions de Malraux dans La condition humaine. On est confrontés à l’enfer génocidaire dicté par une idéologie qui détruit l’individu jusqu’à la moelle. Même l’âme, quand elle quitte le corps, ses bourreaux endoctrinés continuent de la traquer. Il faut tout prendre, tout faire fondre, les machines surtout, symbole exemplaire du capitalisme, doivent disparaître, c’est l’anéantissement de la classe bourgeoise et capitaliste. C’est la terreur à l’œuvre, « la mort en masse. »

Les mots tuent

Les tortionnaires encore en vie répondent aux questions. La caméra tourne. Ils confondent, minimisent leurs actes, ils n’ont pas vu, parfois juste entendu. Ils peuvent être loquaces. « C’est l’ensemble qui dit la vérité du crime, écrit Panh (…). L’homme filmé reconnaît ses crimes, simplement, c’est au-delà du cinéma. » Il y a donc les documentaires : L’Image manquante et S21, la machine de mort khmère rouge. Et puis ce livre, Quartier des fantômes.

Le train accélère tandis que la neige oblitère le paysage ferroviaire. Une réflexion de Rithy Panh m’obsède. Il dit en substance que dans un monde totalitaire, les mots tuent. Alors il cherche les mots qui « réparent, et qui ne sont pas les mots creux de la conscience mondiale. » Il ajoute : « Ce n’est pas le devoir de mémoire, mais une quête morale. » C’est pour cela que la confusion générale, entretenue par le brouhaha, est si nocive.

Rithy Panh, Christophe Bataille, Quartier des fantômes, Grasset. 128 pages

Quartier des fantômes

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Mal persistant

Une maison, quatre jeunes filles, un même destin


Le film de Mascha Schilinski tente de nous raconter l’histoire de quatre jeunes filles, Alma, Erika, Angelika et Lenka à quatre époques qui se superposent. Chacune grandit, de l’enfance à l’adolescence, dans une ferme glauque et ténébreuse du nord de l’Allemagne. Au fil du siècle, la maison se métamorphose, mais ne se libère jamais de sa mémoire : les échos du passé traversent le temps. Les destins des jeunes filles semblent se répondre, se refléter, comme liés par un fil invisible. Pourtant, à force de complexité et d’artifices narratifs, l’intrigue brouille les repères et finit par égarer des spectateurs un peu désemparés face à ce labyrinthe temporel.

Une expérience sensorielle troublante

Sur le plan cinématographique, le film de Mascha Schilinski est particulièrement réussi : superbe photographie ocre du chef opérateur Fabian Gamper, mise en scène rigoureuse, composition léchée des plans, travail sonore méticuleux… Les Échos du passé est indubitablement une expérience esthétique captivante et crispante, un poème sensoriel trouble dont la mélancolie profonde et permanente se pare d’une inquiétante étrangeté morbide.

Une narration fragmentée comme métaphore

La cinéaste nous conte le destin de quatre femmes vivant à des époques différentes au sein d’un même lieu, une grande ferme sombre et sinistre. Utilisant un art du montage impressionnant, elle agence et entrelace une narration complexe où les gestes et les événements se répondent à travers le temps. Elle tisse un jeu de miroirs qui lui permet d’esquisser une métaphore de la condition féminine, victime d’une violence insidieuse et diabolique se transmettant de génération en génération, véritable pulsion de mort perverse, macabre et inéluctable.

L’Histoire en sourdine, le mal en héritage

Quels que soient les moments de l’Histoire — très peu évoquée, comme si tous ces personnages vivaient en fait en dehors de l’histoire de leur pays et du monde —, quelles que soient les générations, même lorsque le pays sort de la guerre, leurs démons s’accrochent. Femmes et hommes restent hantés par un mal profond qui outrepasse les horreurs d’une époque révolue.

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Une radicalité fascinante mais éprouvante

Bien malheureusement, cette audace cinématographique est à la fois la force et la faiblesse du film. Car la cinéaste, radicale, n’a aucune générosité et complexifie volontairement son récit, rendant ses intrigues très difficilement compréhensibles. Ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les sensations ressenties par le spectateur : celles suscitées par la beauté de sa mise en scène, souvent poseuse et artificielle, et celles provoquées par les chocs des faits racontés.

Un cinéma cruel, sans échappatoire

Rude, beau et poseur, cruel et éprouvant, inventif et drastique, Les Échos du passé traite de sujets cruciaux — le viol, l’inceste, la maladie mentale, le déterminisme et la souffrance indicible des femmes — filmés avec la même rigueur protestante, glaciale et malsaine que celle de Michael Haneke dans Le Ruban blanc.

Une fiction tendue et claustrophobe, répétant la boucle inéluctable qui enferme ses personnages dans un destin sans échappatoire ni grâce possible.

Et le seul moment véritablement apaisé du film est la scène où retentit la superbe chanson Stranger d’Anna von Hausswolff, offrant une brève respiration.


In die Sonne schauen
2h29

Euthanasie: Nietzsche ou Jésus!

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Coup de théâtre: les sénateurs ont rejeté l’instauration de toute forme d’aide à mourir lors des débats sur la fin de vie, mercredi 21 janvier. Dominée par la droite de M. Retailleau, la chambre haute a écarté cette réforme “sociétale” majeure.


À la surprise générale, dans la nuit du 21 au 22 janvier, le Sénat a rejeté le principe du droit au suicide assisté et à l’euthanasie. Il l’a remplacé par « le droit » de toute personne « au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance ». Ce droit est garanti jusqu’au décès de la personne, « sans qu’aucune intervention volontaire ait pour intention de provoquer la mort ou d’aider à mourir. » Le Sénat réaffirme ainsi le droit aux soins palliatifs, « même lorsque ces moyens sont susceptibles d’altérer la conscience ou de raccourcir la vie, dès lors qu’ils ont pour finalité exclusive le soulagement de la souffrance. » (article 2).

Il s’est donc trouvé une majorité de sénateurs pour rejeter le texte adopté précédemment en commission, et qui prévoyait de permettre la mort volontaire dans les derniers jours de la vie, comme un prolongement des soins palliatifs ou de la sédation. Pour les uns, plutôt à gauche, ce texte n’allait pas assez loin dans la reconnaissance du droit à la mort, tandis que pour les autres il était inacceptable, car « mettant le pied dans la porte » en brisant l’interdit de tuer.

Pied dans la porte

La stratégie du « pied dans la porte », refusée par le Sénat, est bien une réalité. Elle est assumée, depuis des décennies par les promoteurs de l’euthanasie de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), et elle est aussi vérifiée dans les pays qui l’ont légalisée. Tous ont élargi les conditions d’accès à la mort « volontaire », pour porter sur les personnes atteintes de souffrances psychiques et sur les mineurs. Plusieurs de ces pays, corrélativement, ont réduit leurs investissements dans les soins palliatifs. Aujourd’hui, 5% des décès au Canada sont provoqués par injection létale, et la proportion augmente chaque année.

Dans l’impossibilité de trouver un compromis entre la vie et la mort, le Sénat s’est « replié » sur le terrain consensuel des soins palliatifs. Des soins dont la France manque cruellement. Seulement 50% des besoins sont satisfaits actuellement, avec 7500 lits, et ces besoins vont croître avec le vieillissement de la population. L’Etat n’alloue que 1,6 milliard d’euros par an à ce besoin essentiel ; et l’augmentation prévue d’un milliard dans les 10 prochaines années est loin de suffire.

A lire aussi, Dominique Labarrière: Euthanasie: «vivre encore un peu!» implore la ministre de la Santé

Le Sénat a aussi reconnu la liberté des établissements, notamment confessionnels, de ne pas pratiquer l’euthanasie et le suicide. Il a également supprimé le « délit d’entrave » qui condamnait à deux ans de prison et 30000 euros d’amende toute personne essayant de prévenir ou d’empêcher l’euthanasie ou le suicide d’un tiers, même d’un proche.

Le Sénat se prononcera sur l’ensemble du texte le 28 janvier. S’il l’adopte ainsi modifié, il enverra son texte à l’Assemblée qui devra alors travailler à partir de lui. S’il le rejette en revanche, l’Assemblée se ressaisira alors de son propre texte adopté en mai dernier. Ce texte était terrible : il permettait l’euthanasie et le suicide sur décision d’un seul médecin, à la demande orale d’un patient, en trois jours, sans que les proches soient informés et puissent agir en justice. Le tout pouvant être pratiqué sur une personne dont la maladie n’est pas même en phase terminale. Quant au contrôle, il ne devait être exercé qu’après la mort, celle-ci pouvant être infligée par le même médecin qui a décidé de la mort. Tant les conditions d’accès à la mort, que la procédure d’exécution de la décision et son contrôle ont été conçus pour faciliter la mort. Les portes de la mort seraient grandes ouvertes, pour garantir une prétendue « liberté ».

Agonie politique

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’objectif principal des promoteurs de l’euthanasie n’est pas tant de soulager la souffrance que de changer notre rapport à la mort, et donc à la vie. Il s’agit de faire de la mort une liberté, d’étendre la puissance individuelle sur sa propre existence. C’est ce pouvoir de l’homme sur lui-même – en particulier par le suicide – qui serait l’expression suprême de sa dignité. Pour Odette Thibault, fondatrice de l’ADMD, le suicide « est le seul moyen de mourir… vivant », c’est « la suprême autonomie, celle qui définit l’être humain… avant qu’on ne la perde tout à fait. » De même, pour Henri Caillavet, ancien président de l’ADMD et sénateur, « le suicide conscient est l’acte unique authentique de la liberté de l’homme ». Pendant les débats cette semaine, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a lui aussi proclamé : « La mort volontaire, c’était l’expression du libre arbitre absolu avec une phrase: ‘‘Dieu ne prévaudra!’’».

De cette conception de l’homme, il résulte que perdre son autonomie est une déchéance. Pour Pour Odette Thibault, « Prolonger cette déchéance est, à mon avis, une des plus graves atteintes qu’on puisse porter à la dignité humaine ».

Est-ce cette conception de la « dignité » que nous voulons voir triompher en France ? Une conception nietzschéenne ? Ou est-ce la dignité qui transparaît dans le soin affectueux porté aux malades, jusqu’à leurs morts, par les soins palliatifs, dans la grande tradition de la charité chrétienne ? En fait, avec l’euthanasie, nous avons le choix entre Nietzsche ou Jésus.

Frénésie au ministère de la (Puéri)culture

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Le 5 novembre dernier, Rachida Dati remettait en grande pompe le premier Prix pour les livres de bébés.


Cette distinction récompensera désormais les ouvrages destinés aux enfants de moins de trois ans, « les premiers livres d’une vie », se rengorge la ministre de la Culture. L’heureuse récipiendaire, Aurore Petit, a donc reçu 4000 euros pour son livre Eté Pop. Elle n’a pas dit ce qu’elle ferait de cette somme prélevée au contribuable mais semblait très heureuse, quoiqu’un peu surprise qu’un livre « si simple » soit récompensé. À vrai dire, l’intrigue est inexistante et le livre consiste en six pop-up au graphisme assez grossier.

On se rappelle que Mme Dati avait déjà lancé l’opération « Ma première carte de bibliothèque » qui invitait les maires à remettre une carte au nom de l’enfant dès sa déclaration de naissance. Comme si les individus n’étaient pas déjà assez encartés comme ça… Comme si c’était à l’Etat de s’occuper de la fréquentation régulière des bibliothèques municipales…

Pourquoi cette frénésie puéricultrice au ministère ?

Au-delà du rappel obligatoire de certains messages collectivistes (ce prix ne récompensera jamais un livre faisant la promotion du libéralisme comme Je suis un pain au chocolat de Charles Gave ou même un classique non déconstruit), j’y vois surtout la manifestation d’un Etat pris de panique devant l’incapacité de nombreux adultes, parents et professeurs, à instruire les enfants. Il constate, comme nous, que nombre de parents se contentent de leur fournir des tablettes dès leur plus jeune âge. Il ne peut que se lamenter sur le niveau catastrophique des jeunes professeurs, en particulier dans les matières dites littéraires. Les rapports des jurys de concours sont à ce titre éloquents. Il assiste effaré à la grande démission d’une génération qui, privée d’héritage, n’a rien à transmettre.

Car quoi ? Les enfants ne lisent plus certes mais que lisent les adultes, professeurs compris ? Ils « scrollent » les actualités sur internet, feuillettent des manuels de développement personnel qui, au vu de la consommation d’antidépresseurs dans notre pays n’atteignent pas leur objectif, et se jettent dans les bras d’auteurs lénifiants qui livrent trois fois par an des histoires « d’héroïnes des temps modernes » ou de femmes éconduites retrouvant l’amour après avoir accepté leur différence (ouf !) ou acceptant « de vivre pour elles-mêmes et en accord avec la nature », dans un esprit bouddhisant. Les meilleures ventes de livres en ce moment ? Des BD, des polars sur fond de lutte des classes et un Goncourt plaintif et douceâtre dont l’auteur se vante en préambule d’avoir été soutenu par le Centre national du livre. Rien de très exaltant ! 

A lire aussi: MeTooMedia: le palmarès de l’entre-soi

Quand ce même adulte est en sus professeur, il accroît son pouvoir de nuisance. Soucieux de satisfaire sa hiérarchie, il se conforme aux listes publiées par l’Éducation nationale, exigeant que sa classe lise Monsieur Crocodile a beaucoup faimMon prof est un troll ou Cent Culottes et sans papier. Il fait réciter à ses petites victimes des poèmes commis par des « collègues » qui promeuvent les valeurs de la République ou de l’olympisme triomphant. Il fait ainsi preuve de son engagement bien sûr car, il en est convaincu, sa mission est de lutter contre les inégalités. On lui a vissé dans le crâne que la belle langue favorisait le fils de bourgeois ayant appris à parler avec ses parents. Mal formé, il est généralement incapable de distinguer une bonne méthode d’apprentissage de la lecture d’une autre aux effets néfastes : dyslexie, dysorthographie, mauvaise compréhension et finalement dégoût de la lecture.  

Mais voilà, avec le temps, car ces pratiques délétères ne sont malheureusement pas nouvelles, les parents des tout petits d’aujourd’hui sont souvent incapables de les guider dans leur découverte de la littérature. Ils ont perdu le bon sens qui consistait simplement à leur procurer des imagiers montrant des paysages, des animaux ou des véhicules. N’ayant pas bénéficié de la lecture de contes de fées ou des récits mythologiques les exposant par là-même à des systèmes de temps complexes (imparfait-passé simple, subjonctifs…), à un vocabulaire varié et à des tournures grammaticales élaborées, ils n’ont même pas l’idée de les proposer à leurs propres enfants. Ceux-ci sont alors aussi freinés dans leur progression et deviennent rapidement incapables d’accéder au sens de textes élaborés. Le cercle vicieux est malheureusement enclenché depuis des décennies.  

Abreuvés d’études en tous genres et convaincus de leur pouvoir, les ministres se sentent responsables. Ils souhaitent alors corriger les effets des politiques précédentes mais retombent irrémédiablement dans le même travers : l’étatisme. C’est ainsi qu’ils créent des prix littéraires et affublent les nouveau-nés de cartes de bibliothèques municipales. C’est ainsi qu’ils continuent d’amender les programmes alors même qu’il faudrait les réduire à des objectifs de fin de cycles afin de laisser les enseignants choisir 100 % d’œuvres classiques s’ils le souhaitent. C’est ainsi qu’ils modifient les critères de recevabilité au concours de professeur des écoles au lieu de le supprimer pour le remplacer par un examen permettant aux chefs d’établissements de choisir leurs équipes. C’est ainsi qu’ils obligent les parents à mettre leurs enfants à l’école dès 3 ans, privant ainsi les grands-parents qui le souhaiteraient de leur transmettre une partie de leur héritage culturel. C’est ainsi qu’ils font la promotion de la « littérature contemporaine jeunesse », toujours proche des gens et surtout engagée, au détriment des classiques, bourrés d’affreux stéréotypes de genre, n’évoquant même pas la lutte des classes… C’est vrai : de quoi auraient-ils l’air s’ils disaient simplement « vous êtes libres » ? ». Et pourquoi les payerions-nous alors ?

La Grande Garderie

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🎙️ Podcast: Trump à Davos, le Mercosur à Strasbourg, et le budget à Paris

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Avec Céline Pina, Eliott Mamane et Jeremy Stubbs.


Au cours de son discours devant le Forum économique mondial à Davos, Donald Trump a insisté sur le fait que les Etats-Unis avaient toujours besoin du Groenland pour assurer la sécurité du monde libre, tout en niant vouloir prendre possession de ce territoire par la force des armes. Pourtant, l’idée d’annexer un territoire – par quelque moyen que ce soit – appartenant à une autre nation est aujourd’hui devenue irrecevable aux yeux des Européens pour qui la paix dépend du respect de la souveraineté de chacun.

Si on comprend très bien que les Européens aient besoin d’exprimer avec une certaine force leur opposition à l’approche de Donald Trump, on peut se demander si Emmanuel Macron a trouvé la meilleure façon de le faire. Car lors de son propre discours à Davos, le chef de l’Etat français a évoqué un possible rapprochement commercial avec la Chine pour compenser les relations tendues avec l’Amérique. Sauf que le peu de combattivité des Européens face à la Chine est précisément un des manquements que Donald Trump leur rapproche. La France veut-elle vraiment suivre l’exemple du Premier ministre canadien, Mark Carney, qui vient de se rendre à Pékin pour forger un nouveau partenariat avec Xi Jinping? Est-ce qu’on affirme sa liberté simplement en changeant de maître?

Dans une certaine mesure, on peut dire que le duel Macron-Trump, c’est l’affrontement entre l’impérialisme de la norme et l’impérialisme de la force.

A lire : Règlement de comptes à OK Davos

A Strasbourg, le Parlement européen a refusé pour le moment de ratifier le traité avec le Mercosur en saisissant la Cour de justice européenne pour que cette dernière valide la compatibilité de cet accord avec le droit européen. Or, si la France se montre très réticente quant à l’application d’un tel accord de libre-échange, l’Allemagne est favorable. Ces tensions internes expriment toute l’incapacité de l’Union européenne à se comporter comme une grande puissance, et les artifices techniques par lesquelles la Commission tente d’imposer l’application immédiate de l’accord montre toute l’immaturité des classes gouvernantes actuelles du Vieux Continent.

La même immaturité trouve un reflet exact au niveau français. Le gouvernement semble sur le point de faire passer son budget, non seulement parce que les députés n’ont pas encore envie de faire face aux électeurs, mais aussi parce qu’un certain nombre des motifs pour des motions de censure ont si peu à voir avec de vraies questions budgétaires.

Le sexisme c’est tabou, on en viendra tous à bout!

Comme chaque année, notre directrice de la rédaction se plonge avec délice dans le rapport sur le sexisme en France du Haut Conseil à l’Egalité. Mais cette fois-ci, c’est décidé: elle n’entend plus écouter le HCE tant qu’il ne dénoncera pas les bobards délirants du néo-féminisme! Nous vous proposons de découvrir sa chronique.


Le Haut Conseil à l’Egalité (HCE) publie son rapport annuel sur le sexisme en France. C’est mon marronnier personnel. Chaque année, le HCE explique aux Françaises combien elles sont malheureuses, opprimées, discriminées.
Le sexisme, profondément ancré dans notre société, crée un système structurant d’inégalité. Et il est évidemment reconnu comme un moteur du continuum des « violences sexistes et sexuelles », qui vont du compliment à l’agression, comme chacun sait.

A lire aussi, Simon Evans: Jeunes hommes: tous tueurs nés, vraiment?

Sexisme très méchant et sexisme faussement bienveillant

Le sexiste prend aujourd’hui deux formes, selon le Haut Conseil :
Le sexisme hostile : c’est la dévalorisation systématique des femmes et parfois les violences ; il concernerait 23 % des hommes et 12 % des femmes. À quelle catégorie appartient le sifflement dans la rue ? On ne sait pas. Mais sur ce terrain du sexisme méchant, le HCE a détecté cette année une nouvelle tendance venue, je vous le donne en mille, d’Amérique. Ce qui menace l’égalité des sexes en France, ce n’est pas l’islam radical ni le fait que nous accueillons des millions d’hommes issus de cultures peu regardantes sur les droits des femmes. Non, c’est le masculinisme. C’est la faute à Trump, bien sûr.
Le sexisme paternaliste : à côté de ce sexisme méchant, il y a un sexisme faussement bienveillant, paternaliste, qui considère les femmes comme des êtres à protéger. Il serait particulièrement répandu chez nous, les boomers.
Mais le mal est partout. 84 % des femmes ont vécu au moins une situation relevant du sexisme, apprend-on (harcèlement, violences sexuelles, blagues graveleuses…). Je m’inquiète pour les 16 % qui ne l’ont jamais rencontré et je propose de leur offrir à chacune une blague graveleuse.

A lire aussi, Vincent Citot: La grande féminisation et ses enjeux

Vous ne pouvez pas ironiser sur les violences contre les femmes ! me réplique-t-on toujours. Loin de moi cette idée. Mais se moquer des foutaises du HCE est un devoir. Ce qu’il appelle sexisme bienveillant, c’est le délicieux jeu de rôles entre les sexes où la femme est le butin et l’homme le chasseur. Personne n’est obligé de s’y prêter, on peut échanger les rôles et il n’empêche pas les femmes d’être libres et de prendre la vie d’assaut. Foutez la paix à celles qui veulent des fleurs, des compliments et des portes tenues. Ce qu’ils appellent sexisme, c’est la différence des sexes. Le HCE sera content quand il n’y aura plus ni hommes ni femmes.
Selon le HCE, le déferlement des réseaux masculinistes dans le numérique, qui prétendent répondre aux féministes, est la nouvelle manifestation du sexisme hostile. Cela va de théoriciens de l’infériorité des femmes à des primates conjurant leur peur des femmes en disant des horreurs, parfois en en faisant. 1 milliard d’euros auraient été affectés à ces causes entre 2019 et 2023 (mais c’est une paille à côté de tout ce qui est venu financer les délires wokistes). Le HCE s’inquiète de ce retour de bâton (le fameux « backlash »). J’écouterai le HCE quand il dénoncera les bobards délirants du néo-féminisme punitif et policier qui voit en tout homme un violeur en puissance.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Douglas Murray: se battre à l’israélienne

Dans son nouveau livre, Douglas Murray estime que les Occidentaux ont tout à apprendre de la combativité d’Israël face à ses ennemis. Le journaliste britannique tire un trait d’union entre nazis et terroristes propalestiniens: leur culte de la mort qui vise à anéantir les juifs est un défi existentiel pour toutes les sociétés démocratiques.


Parmi les trop nombreuses victimes de la tuerie de Bondi Beach en Australie, le 14 décembre 2025, se trouvait Alexander Kleytman. Il a succombé aux tirs d’un terroriste en tentant de protéger son épouse. Né en 1938, il avait fui son Ukraine natale pour échapper à la Shoah par balles. Réfugié en Sibérie avec sa mère, il y a connu des conditions de vie très dures avant de pouvoir, un jour, émigrer en Australie. L’engrenage mortel qu’il avait évité dans son enfance l’a rattrapé des décennies plus tard, de l’autre côté de la planète. Un trait d’union direct peut en effet être tracé entre les nazis du passé et les terroristes propalestiniens d’aujourd’hui. Ils partagent un même culte de la mort qui vise l’anéantissement des juifs et constitue un défi existentiel pour les sociétés démocratiques. C’est la thèse du dernier livre de Douglas Murray, Les Démocraties et la Mort. Israël, l’islamisme et nous. Sorti en anglais en avril, il vient de paraître aux presses de L’Artilleur dans l’excellente traduction de Niels Le Saux.

Culte macabre

Dans la langue de Shakespeare qui cultive les formules ramassées, le titre d’origine est plus explicite : On Democracies and Death Cults. Israel, Hamas and the Future of the West. On comprend déjà que, selon l’auteur, ce qui caractérise l’organisation terroriste palestinienne, c’est sa façon de placer la mort au-dessus de la vie dans toutes les circonstances. Ce culte macabre permet à ses « soldats » d’agir avec une absence totale de pitié et d’aller le plus loin possible pour inspirer la terreur à leurs victimes réelles et potentielles. Comment les sociétés démocratiques peuvent-elles résister à une telle force ? Entretenir un culte similaire serait contraire à leurs principes fondamentaux. Mais jusqu’ici, nos dirigeants se sont contentés de déclarations creuses et louvoyantes ainsi que d’actions timides et incohérentes. Pour Murray, nous avons tout à apprendre d’Israël qui a réussi à survivre contre vents et marées, et à faire preuve de combativité face aux ennemis les plus déterminés. Or on nous répète à satiété qu’Israël est un État d’apartheid génocidaire, que c’est lui l’adversaire de la civilisation et que le Hamas est du côté du Bien. Murray réfute cette inversion des valeurs. Son livre est un récit fouillé de ce qui s’est passé depuis le 7-Octobre. C’est aussi une défense d’Israël, de son existence et de sa riposte au Hamas. Enfin, c’est une réflexion sur l’étrange haine de soi des Occidentaux et un appel à l’action face aux adorateurs de la mort qui menacent le monde libre.

A lire aussi, Gil Mihaely: Naor Narkis, l’ultra-hétérodoxe

Bien que connu pour ses livres, Douglas Murray est aussi un reporter de guerre. Son nouveau titre est enrichi par ses expériences. Après le 7-Octobre, il a passé au total six mois en Israël et a été deux fois à Gaza avec l’armée israélienne. Il a recueilli les témoignages de survivants, de familles de victimes et d’otages. Il a discuté longuement avec des militaires, des médecins et des psychothérapeutes. Il a interviewé les dirigeants du gouvernement et des partis d’opposition, sans omettre Benyamin Netanyahou. Il a rencontré des Arabes musulmans d’Israël et des Druzes. Et le Hamas ? Ce dernier a refusé d’accueillir le Britannique. Murray a pu pénétrer dans les prisons de haute sécurité pour parler avec les pires terroristes qui y sont détenus, mais ils n’avaient rien à ajouter aux déclarations de haine que le monde a déjà entendues.

Propagande mensongère

Car le discours du Hamas est aussi implacable que cohérent. Il est fondé sur une propagande mensongère qui, depuis le retrait d’Israël en 2005, présente Gaza comme un vaste camp de concentration où la population civile est soumise à des conditions de vie inhumaines. Murray détaille les sommes colossales données par les Américains, les Européens et le Qatar qui ont servi, non à secourir les Gazaouis, mais à enrichir les dirigeants du Hamas, et surtout à l’achat d’armes et à la construction du vaste réseau souterrain – plus de 560 kilomètres de tunnels avec 6 000 points d’entrée – destiné à abriter les combattants sous les structures civiles. Si les enfants souffrent tellement, c’est parce que le Hamas ne craint pas de les mettre en avant. Les soldats israéliens ont trouvé d’innombrables caches d’armes dans les écoles et les maisons, surtout dans les chambres d’enfants. En clair, le Hamas sacrifie sa population, enfants compris, en l’utilisant comme bouclier humain et comme vecteur de mobilisation de l’opinion internationale. Le chef Ismaël Haniyeh a déclaré en 2017 : « Les enfants sont des outils à utiliser contre Israël. Nous les sacrifions pour obtenir le soutien politique du monde. »

Comme prévu, une grande partie de l’opinion publique occidentale gobe ces mensonges et approuve ce culte de la mort. Dès le 7 octobre 2023, avant que Tsahal lance sa riposte, il y a des manifestations dans de nombreuses capitales pour protester, non contre la barbarie du Hamas, mais contre Israël. À la mort de Yahya Sinouar, les propalestiniens – qu’ils soient musulmans ou de gauche – pleurent sa disparition sur les campus et les places publiques. C’est une forme de compassion à l’envers, qui met les bourreaux à la place des victimes. Murray cite la militante canadienne Naomi Klein, qui prétend qu’Israël exhibe ses citoyens traumatisés comme arme de guerre. Elle et ses camarades sont totalement anesthésiés vis-à-vis des souffrances des juifs. Ces derniers seraient à la fois diaboliques par leur habileté et leur perversité, et des moins-que-rien ne méritant aucune empathie. Exactement le point de vue des nazis. Pas surprenant que dans les résidences gazaouies on ait trouvé des exemplaires de Mein Kampf. Pour ne pas être en reste, lors d’une manifestation propalestinienne devant l’opéra de Sydney, le 9 octobre 2023, les participants scandaient : « Gazons les juifs ! »

Après l’attentat de Bondi Beach, le Premier ministre australien Anthony Albanese a prononcé des discours où on ne trouve pas un seul mot sur le fait que les terroristes agissaient au nom de l’islam. En revanche, il a évoqué la menace de l’extrême droite. Entre une telle incapacité à nommer l’adversaire et le culte mortifère des islamistes, Murray identifie une autre voie, celle des Israéliens qui ont su combattre le mal sans célébrer la mort.

Douglas Murray, Les Démocraties et la Mort. Israël, l’islamisme et nous, L’Artilleur, 2025.

Macron, un homme de circonstance

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Emmanuel et Brigitte Macron lors de la Fête de la musique à l’Élysée, transformé pour l’occasion en « bar technoïde », Paris, 21 juin 2024 Instagram @POC

Pour l’écrivain Bruno Lafourcade, le chef de l’État fonctionne comme une IA. Il n’a pas d’idéologie mais un logiciel, pas de convictions mais des connexions, et il ajuste ses opinions en fonction du public. De quoi déplaire aux Gaulois réfractaires.


L’homme providentiel

« On nous a si mal vendu Emmanuel Macron, pâle et fade trader, montré dans un meeting poussant sa voix ridiculement dans les aigus, en chaman halluciné, qu’il ne trompera personne ; il est impossible que ce promoteur des pays-hôtels, des corps-marchandises, de l’ubérisation des paysages, des bras et des ventres, qui célèbre les poulaillers sans fermiers, les renards sans lois, les smicards sans avenir, dépasse dix pour cent au premier tour. »

Ces fulgurantes prémonitions, je les écrivais dans mon journal, en février 2017. Trois mois plus tard, M. Macron était triomphalement élu. C’est commode, un journal : on y vérifie ses prophéties. Il faut dire que la propagande était stupéfiante. Ainsi, un peu plus tard, j’écrivais, toujours dans mon journal :

« J’ai regardé un débat entre MM. Duhamel et Barbier, arbitré par Mme Elkrief, pour plus d’impartialité. De M. Macron, il ressort un portrait contrasté : il travaille quarante-huit heures par jour ; il a découvert l’Amérique ; il soigne les verrues ; il lit dans le Nescafé ; il tord les fourchettes avec les yeux ; il épile les maillots ; il ressuscitera au troisième jour. »

Avant lui, seul Obama, me semble-t-il, avait bénéficié d’une telle propagande. Chez nous, provinciaux de l’Amérique, la promotion ressemblait plus à celle des barquettes de colin chez Picard.

La réaction des ronds-points

Après la propagande, la réalité.

D’emblée, il s’employa à nous humilier. Ce fut la Fête de la musique, où l’Élysée se transforma en bar technoïde, avec gogo-dancers se déhanchant dans leurs minishorts, au milieu d’un pandémonium mixé par des DJ. Puis un selfie à Saint-Martin, avec de petites frappes nous adressant des doigts d’honneur. Et un 14-Juillet où l’orchestre interarmées s’essayait au pas de deux, en jouant Daft Punk au tuba et au clairon. Et ça, de transformer l’armée en fanfare électro-funk, ça le faisait ricaner ; dans la tribune, il souriait en enfant ravi d’avoir mis le chat dans la machine à laver. Les ministres et les généraux aussi applaudissaient, ivres de bonheur d’être humiliés. Au même moment, quelque part, des soldats français tombaient dans une embuscade. Ils croyaient mourir pour la patrie, c’était pour la Techno Parade.

A lire aussi, Marcel Gauchet: «Macron aura eu l’air d’un président mais il n’avait pas la chanson»

Les tribunes, en général, ne lui réussissent pas ; le football non plus. Au Qatar, devant des émirs, pendant une finale, on le vit hurler en levant le poing, hystérique et inquiétant. Mais il ne se contenta pas de nous faire honte : il voulait réformer et sauver la planète. Cette ambition s’accompagna de remarques sur « les gens qui ne sont rien » et ne se donnent pas la peine de traverser la rue pour trouver du boulot à dix heures par jour payées six.

Pour les punir, dans les villages, l’école ferma, et la gare, et la Poste, et la maternité – pendant que le prix des carburants augmentait. C’est qu’il ne voulait « rien céder aux fainéants », ces « Gaulois réfractaires au changement ».

« Les gens détestent les réformes ! »

Non, seulement avant la planète, ils veulent sauver les leurs.

« Qu’ils viennent me chercher ! »

Ils vinrent.

Il reçut des œufs, une tarte (à Tain), des tomates et des casseroles : le matamore se voyait en chef, il se découvrait marmiton.

Puis se leva une foule qu’il ne connaissait pas, dont les algorithmes ne lui avaient pas parlé. Ce furent les gilets jaunes canal historique, le petit peuple des palettes et des ronds-points ; c’étaient Joseph le retraité, Nathalie l’infirmière, Michel l’artisan, et tous en avaient mal au pis de se faire traire. Ils prirent comme signe de ralliement le gilet fluorescent des piétons qui ne veulent pas finir sous une voiture. Eux ne voulaient pas finir sous la mondialisation. Réduits aux vignettes Crit’Air 5, avalant des kilomètres de taxes pour emmener leurs enfants à l’école ou leurs parents à l’hôpital, ils n’émurent pas M. Macron. On lâcha les cognes. Certains patientaient depuis Malik Oussekine. Comme il n’y avait que du petit Blanc, on put éborgner et mutiler sans que la douleur morale, la nuit, réveille quiconque.

Le président algorithmique

La suite confirma ce qui avait précédé.

Tout n’est pas sa faute, bien entendu, depuis le Covid jusqu’à l’incendie de Notre-Dame. Mais, chaque fois, ses réactions furent anormales, ampoulées : « Nous sommes en guerre » ; grossières : « J’ai très envie de les emmerder » ; et surtout artificielles : tout, chez lui, est faux, jusqu’à sa façon de marcher, cette lenteur démonstrative censée lui donner de la majesté. Tout, chez lui, est de circonstance, pas seulement les opinions. Sa tête au premier chef, si je puis dire. Il s’en fabrique une pour chaque événement. La plus pénible est celle d’enterrement qu’il prend pour parler d’un attentat, du Covid, du 11-Novembre, ou consoler Mbappé.

Sa cohérence est comme sa tête – de circonstance, donc : avant-hier, pas de culture française et on est en guerre ; hier, la première est multiple et la guerre est à nos portes ; aujourd’hui, on n’est pas « une nation multiculturelle » et la guerre est finie. C’est un DRH qui n’a pas d’idéologie mais un logiciel, pas de convictions mais des connexions, moins un cœur qu’un QR code : il fournit les mêmes réponses à des électeurs différents, qui seront de toute façon virés pour manque de productivité.

On le dit déconnecté, c’est le contraire. Il attend seulement sa mise à jour pour avoir des certitudes. Il est le premier chef d’État algorithmique, le premier dont la pensée fonctionne comme une IA. Il a perfectionné l’habitude d’ajuster ses opinions au public. Il prend ses décisions avec un tableau de bord intérieur où s’affichent, en temps réel, les indices, les tendances et le taux de satisfaction-client. Il ne dirige pas un pays, il administre une interface ; il ne parle pas à un peuple, mais à un panel.

Le désastre est total. Il voulait une République en Marche, il l’a laissée en veille. La start-up est en maintenance. On cherche l’appli pour un nouveau pays.

Les hyaines

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De la culture de masse aux cultures archipellisées, le danger du grand délitement

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Concurrencée par YouTube, MTV, chaîne qui diffusait des clips musicaux puis de la télé-réalité, a fermé en France et dans plusieurs pays d'Europe fin 2025 © Yassine Mahjoub/SIPA

L’avènement de la télé-réalité puis des réseaux sociaux ont entériné le basculement dans un nouvel âge où les individus n’ont plus de références communes.


Jusqu’à il y a peu, chaque génération se construisait, en plus d’une culture générale, des souvenirs communs, mélange d’émissions télévisées, de chefs d’Etat portés au pouvoir avant d’être défaits par les urnes ou renversés par des coups d’Etat, de modes vestimentaires et décoratives, de débats de société, d’exploits sportifs, de succès musicaux sur lesquels se sont formés des couples, de films qui ont bercé les imaginaires et d’événements dont chacun saisissait instantanément la portée historique – se souvenant précisément ce qu’il faisait au moment où ils advinrent.

Dans les années soixante, on vivait sous De Gaulle et sous l’œil de tante Yvonne, on roulait en DS ou en Simca1000 et, si on était italien, en Fiat500, on s’encanaillait sur les rythmes yé-yé, la Nouvelle Vague déferlait sur le cinéma. Une décennie plus tard, dans les soixante-dix, on se déhanchait sur des airs disco, les poteaux carrés de Glasgow empêchèrent les Verts de décrocher la coupe d’Europe – ce qui ne les empêcha pas de défiler sur les Champs-Elysées -, on connaissait les dimanches sans voiture, on admirait indifféremment Montand et Delon – peu importe leurs couleurs politiques respectives. Les années 80 virent s’effondrer le mur de Berlin dont chacun voulait avoir chez lui un morceau et apportèrent les dernières étincelles de génie avant l’extinction des feux : c’étaient les années Canal, les écrivains qui défilaient chez Pivot, Philippe Starck qui redécorait le monde. Dans la décennie quatre-vingt-dix, on rêvait de vivre ses amitiés comme dans la série Friends, Johnny fêtait ses cinquante ans au Parc des Princes, mais c’est dans une autre arène, au Stade de France, que les Bleus soulevèrent la Coupe du monde sous les yeux de Jacques Chirac, avant de défiler eux aussi, mais triomphants, sur la principale artère parisienne.

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Les générations se sont succédé, par ordre alphabétique, X, puis Y – les millenials -, enfin Z. Le rythme s’est accéléré, sans le souffle épique, et les préoccupations, les combats politiques, les modes, les goûts culturels ont changé avant qu’ils ne pussent s’imprimer sur une pellicule qui constituerait le film de l’époque. En conséquence, on peut se demander si les jeunes seront à l’avenir encore à même de se créer des souvenirs communs afin d’inscrire leurs histoires individuelles dans un destin collectif. Les individus de 25 ans n’ont déjà plus totalement les mêmes références que ceux qui fêtent leurs 20 ans. Et parmi eux, les origines diverses, qu’elles soient ethniques, culturelles ou sociales, ajoutent à l’émiettement.

Comme il existe des ères géologiques et des périodes historiques, des âges de fer et de bronze, sans doute existe-t-il des périodes culturelles ? Nous sommes ainsi passés de la culture sacrée à la culture de masse avec la sécularisation et la démocratisation des biens de consommation. Nous basculons aujourd’hui de la culture de masse aux (sous-)cultures[1] archipellisées. Il est difficile de dater l’émergence de cet âge nouveau, sans doute au tournant du siècle, quand l’avènement des réseaux sociaux et de la télé-réalité ont concordé, avec pour toile de fond un contexte international qui s’est soudainement tendu un 11 septembre. L’histoire s’est réveillée et accélérée, le multiculturalisme a créé le communautarisme, la société liquide a défait les liens organiques, les canaux de communication se sont multipliés, le relativisme a acté que tout se valait et a donc dévalorisé le Beau, l’école a cessé d’enseigner les savoirs et l’obsolescence est devenue la marque de fabrique de contenus de mauvaise qualité.

Une culture identique est pourtant indispensable car elle est la langue commune permettant, malgré les différences d’opinion, de se comprendre, de prendre conscience du destin nous unissant et de se respecter. Faute de ciment, une société ne peut que se déliter et ses forces vives finissent par ne plus se comprendre, vivre côte à côte avant de finir face à face. Le débat public actuel et ses tristes passions n’en sont finalement que la conséquence logique.


[1] L’utilisation du terme « sous-culture » s’entend dans le sens de culture propre à un sous-groupe de la population, sans jugement de valeur

L’érotisme algorithmique

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DR.

Avant d’avoir des histoires d’amour avec l’Intelligence artificielle, comme nous l’expliquait Libération cette semaine, nous avions accepté de soumettre notre libido aux applications de rencontres sur nos smartphones qui gèrent nos émois amoureux comme un DRH.


Nous avons gamifié le désir et personne n’a levé le petit doigt. Ce qui autrefois déchirait les chairs, consumait les nuits dans une urgence bestiale et qui n’avait besoin d’aucun manuel d’utilisation, s’est pétrifié en interface utilisateur optimisée pour le taux de rétention client. Le frisson du premier regard ? Un algorithme de recommandation basé sur six selfies photoshopés et trois mythomanies soigneusement rédigées. La chair appelant la chair ? terminé. Désormais c’est une requête SQL filtrant les profils compatibles selon des critères qu’on n’oserait pas avouer à son psychanalyste. L’abandon dans les bras de l’autre ? Incinéré. Vous assisterez à un atelier de négociation préalable sur les modalités du consentement, avec compte-rendu écrit et validation par signature électronique. On se plie aux injonctions toxiques et démoniaques des Sandrine Rousseau et autres castratrices procédurales, ces nouvelles vestales du consentement bureaucratique.

Métrique

On ne baise plus. On déploie « une expérience relationnelle ». On ne jouit plus. On valide les metrics de satisfaction mutuelle. On ne s’éprend plus. On entre en phase de bêta test avec option de désengagement unilatéral si les KPIs affectifs stagnent. On aseptise le vocabulaire pour mieux endormir nos sentiments.

Les applications de rencontre ont opéré une marchandisation de la concupiscence qui aurait fait rougir les proxénètes de l’Ancien Régime.

On se swipe comme des SKU dans un entrepôt Amazon, on se catégorise dans des taxonomies mentales (« potentiel coup unique », « relation transitionnelle », « trop structuré psychologiquement pour mes pathologies »), on se supprime sans préavis quand le cache émotionnel arrive à saturation. Chaque profil défile à la cadence d’une sentence capitale : trois secondes pour décider si cet exemplaire d’humanité mérite qu’on lui accorde le privilège d’une conversation insipide qui débouchera peut-être, si la synchronicité cosmique opère, et si aucune option supérieure ne se manifeste entre-temps, sur un verre dans un bar cacophonique où l’on comparera nos névroses respectives en simulant un intérêt désincarné.

Le premier rendez-vous s’est métamorphosé en assessment center déguisé en moment convivial. On présente son curriculum vitæ sentimental, on justifie ses motivations avec le lyrisme d’une lettre de candidature, on négocie son package relationnel. On se jauge, on se soupèse, on calcule le retour sur investissement émotionnel avant même d’avoir effleuré l’épiderme de l’autre. Le baiser final ? Une poignée de main charnelle validant le passage au tour suivant.

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Et le coït lui-même — ce territoire sauvage où les corps parlaient un dialecte antérieur au langage — s’est bureaucratisé en chorégraphie consultative. On sollicite l’autorisation pour chaque geste, on verbalise chaque intention, on transforme l’étreinte en conseil d’administration où chacun doit approuver l’ordre du jour avant de passer à l’exécution. « Puis-je procéder à une palpation de cette zone ? » « Ton niveau de confort avec cette pratique ? » « Confirmes-tu ton accord sur l’accord préalable ? » Le consentement éclairé, cette camisole consentie, a euthanasié le désir obscur, on signe le safe-word avant même d’avoir bandé.

La déontologie a castré l’érotisme. On ne se jette plus l’un sur l’autre avec cette faim qui abolit la raison ; on se demande courtoisement si la fenêtre temporelle est opportune et si les conditions atmosphériques permettent un rapprochement épidermique conforme aux protocoles établis.

Attention : fantôme !

Le ghosting ? Nomenclature euphémisée pour un meurtre aseptisé, un homicide administratif, la disparition organisée sans l’inconvénient du cadavre. Pourquoi s’expliquer, pourquoi endosser la violence du rejet, pourquoi affronter le regard de quelqu’un pour lui signifier son obsolescence, quand on peut simplement le vaporiser d’un geste, le dissoudre dans les limbes du double-tick azure, l’expurger de sa timeline comme on éradique un malware ? L’autre n’était qu’un onglet parmi cinquante-trois. Les onglets, ça se clôture. Sans liturgie, sans justification, sans même ce minimum de courage que les veules d’antan concédaient encore à leurs victimes.

Le polyamour, ce portefeuille de plug-ins affectifs, s’est hissé en champion de la modernité sentimentale. Le messie de ceux qui convoitent tout, sans rien élire. On nous le vend comme une insurrection affective, l’avant-garde de l’émancipation relationnelle. En réalité, c’est une police d’assurance tous risques pour dilettantes émotionnels. Rien de plus qu’un hedge fund sentimental où l’on diversifie son portefeuille pour ne jamais être pris au dépourvu si l’un des actifs s’effondre. On veut la chaleur du couple sans l’ennui de la monogamie. On désire l’excitation de la prédation sans la cruauté assumée de l’adultère. On espère le frisson de la transgression sans le courage du scandale. En 2026, même Feeld arbore des badges de consentement et des liens de profils couplés – comme si la jalousie se gérait avec un Kanban board éthique.

Alors on conceptualise. On érige des architectures relationnelles qui feraient sangloter un ingénieur des Ponts. On rédige des chartes plus volumineuses que le traité de Lisbonne, on orchestre des méta-conversations sur nos méta-affects jusqu’à ce que même la libido ait besoin d’un consultant externe pour se localiser. On fornique à plusieurs avec des protocoles plus rigides qu’une assemblée générale de copropriété, des Google Calendars synchronisés pour éviter les collisions corporelles, des groupes WhatsApp pour administrer la logistique des tendresses croisées. « Mardi chez Léa, mercredi tu peux voir Thomas, jeudi on se retrouve tous si personne n’a une meilleure offre. » L’amour par rotation, la jouissance en multipropriété, l’intimité en temps partagé.

Amour co-construit

On ne jouit plus. On co-construit des espaces de plaisirs inclusifs. On ne désire plus. On déconstruit les normativités hégémoniques en se faisant besogner par trois personnes différentes dans la même semaine — chacune avec son créneau horaire et ses limites clairement établies dans un document partagé accessible via Notion. On utilise la novlangue comme anesthésiant émotionnel. Ainsi se dévoile toute l’obscénité du jargon corporate appliqué à l’orgasme.

Et ceux qui persistent ensemble ? Ils ne s’aiment plus, ils cohabitent dans une tranchée affective en attendant que l’un capitule ou qu’une meilleure proposition se matérialise sur le marché. Ils survivent via thérapie de couple à 120€ la séance — cette prostitution inversée où l’on rémunère quelqu’un pour simuler l’intérêt qu’on ne se porte plus. L’intimité s’est bureaucratisée, métamorphosée en project management conjugal avec rétrospectives trimestrielles et objectifs à atteindre avant la clôture de l’exercice fiscal.

On ne fait plus l’amour, on case un slot entre le CrossFit et le meal prep dominical. On baise comme on coche une case sur une checklist, sans élan, sans faim, sans cette urgence viscérale qui abolit tout le reste. Juste pour valider qu’on maintient une activité sexuelle, pour pouvoir le mentionner en séance, pour ne pas être celui qui a laissé filer trop de semaines sans friction épidermique. Le désir — ce tyran magnifique qui jetait jadis les amants hors des lits conjugaux et dans les bras de catastrophes sublimes — s’est domestiqué en ronronnement programmable via notification push. « Ton partenaire souhaite programmer une intimité partagée jeudi 21h15. Accepter / Reporter / Snooze. »

L’auto-sabotage n’est même plus inconscient. On le pratique en pleine lumière, avec la méthodologie d’un product manager itérant sur son MVP sentimental. On sélectionne systématiquement celui ou celle qui dysfonctionnera — le narcissique, l’émotionnellement oblitéré, l’affectivement constipé — parce qu’au moins, quand ça s’effondre, on peut se dire qu’on maîtrisait le script de bout en bout. On provoque la rupture avant qu’elle ne nous surprenne, on saborde la relation dès qu’elle menace de devenir tangible, dès qu’elle exige quelque chose d’aussi obscène que de la présence, de la vulnérabilité, de l’abandon.

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Parce que le véritable amour — celui qui vous saisit aux tripes sans préavis, qui exige tout sans garantie de retour, qui demande qu’on se jette dans le vide sans filet de sécurité — cette aberration archaïque, déraisonnable, totalement non-scalable, nous terrorise infiniment plus que la solitude, que l’échec, que n’importe quelle douleur répertoriée et prévisible. Quand il se manifeste avec ses exigences primitives — présence, fidélité, abandon, cette obscénité première qui demande qu’on se donne sans clause résolutoire — on recule comme devant un contrat léonin rédigé par un sadique.

On préfère l’amour sous abonnement mensuel, révocable d’un clic, sans engagement au-delà des trente premiers jours, avec option de pause et reprise ultérieure si les conditions du marché s’améliorent. L’Amour 2.0, c’est Netflix pour solitaires compulsifs : un catalogue infini de chairs interchangeables, des épisodes qu’on zappe dès que le rythme faiblit, et cette sensation lancinante qu’on pourrait peut-être trouver mieux — plus stimulant, plus compatible, mieux optimisé pour nos pathologies spécifiques — si on scrollait encore un peu.

Alors on remplit. On remplit le vide de profils interchangeables, de notifications qui font croire qu’on existe, de relations à géométrie variable où personne ne s’engage vraiment. On appelle ça de la « fluidité », du « refus des schémas toxiques ». En réalité, c’est l’esquive élevée au rang d’art de vivre, la fuite transformée en manifeste générationnel, la lâcheté rebaptisée émancipation. Et le taux de natalité s’effondre. Plus d’enfants adultérins, plus d’enfants du tout d’ailleurs. Même la transgression fertile a disparu, remplacée par la stérilité aseptisée. Pendant que la France passe en solde naturel négatif en 2025 – première depuis la guerre –, on swipe pour s’aménager des espaces de plaisirs infertiles.

Et à force de scroller dans le vide, on ne trouve plus rien de bandant. Juste le reflet de son propre visage dans l’écran noir quand la batterie finit par lâcher.

Et ce visage-là, vieilli prématurément par des nuits blanches sans saveurs devant un écran, et le mensonge qu’on se répète depuis des années, on ne le reconnaît même plus.

Que reste-t-il au final ? Un fantôme qui attend une notification salvatrice. Mais l’écran reste noir. Parce que l’humain, en se désabonnant de l’humain, s’est déjà effacé.

Khmers rouges: la mort en masse

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© JF Paga.

La neige tombe sur la gare de Pantin. Les rails disparaissent dans le brouillard. Les lumières scintillent et éclairent les hangars aux vitres cassées, tagués sur leurs flancs. Les grues métalliques plantées le long des voies ressemblent à des miradors. Combien de wagons plombés ont-ils traversé cette plaine, en direction de la mort érigée en système ? La neige est belle et fraîche. Elle rend la nuit claire. Et pourtant c’est un décor de mort que je vois défiler derrière les vitres du train. C’était hier en Europe. Mais le nazisme n’a pas le monopole exorbitant du génocide au XXᵉ siècle. Le communisme l’a également mis en pratique, et partout dans le monde.

Pol Pot, Frère numéro 1 

Je lis Quartier des fantômes, témoignage glaçant de Rithy Panh, qui survécut enfant au régime khmer rouge. Accompagné de l’écrivain-éditeur, Christophe Bataille, cosignataire du livre, il pénètre dans ce qui reste du centre S21, « centre de la tuerie », dirigé par l’impavide Duch. Les Khmers rouges ont triomphé au Cambodge, pays déstabilisé par les conséquences de la guerre du Vietnam, en 1975. Leurs principaux dirigeants ont étudié à Paris. Certains ont même adhéré au PCF et noué des liens étroits avec l’UNEF. Pol Pot, leur chef sanguinaire, suivit ce parcours. Il subit l’influence de Jacques Duclos, dirigeant du PCF, et Jacques Vergès, le célèbre avocat de Klaus Barbie et Georges Ibrahim Abdallah. Il devint ainsi le promoteur d’un système collectiviste fondé sur la doctrine de la dictature du prolétariat.

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D’abord sensible au culte de la personnalité version Staline, Pol Pot refuse le processus de déstalinisation, et durcit sa position en adhérant à la Chine maoïste. En entrant dans Phnom Penh, le 17 avril 1975, l’armée khmer n’oublie pas de piller l’ambassade d’URSS. Le tyran Pol Pot, « Frère numéro 1 », soutenu par quelques grandes figures de la gauche française, comme le journaliste-biographe Jean Lacouture, décrète le déplacement forcé des habitants de Phnom Penh et met en place un système génocidaire qui causera la mort d’environ 2 millions de personnes entre 1975 et 1979, soit le quart de la population totale. Le journal Libération, dirigé à l’époque par les maoïstes, titre : « Les révolutionnaires sont entrés dans Phnom Penh : sept jours de fête pour une libération. »

Ecole transformée en camp

Rithy Panh, devenu cinéaste, se souvient de cette « ancienne école jaunie aux volets bleu clair » transformée en camp de la mort, le S21. Il l’a filmé, il y a vingt ans, surtout la nuit, car la nuit forme un linceul enveloppant les fantômes des victimes torturées, éviscérées, contraintes de manger leurs excréments afin qu’elles reconnaissent leur trahison. Un souvenir, parmi d’autres : on ôte l’enfant à la mère qui se vide de son sang ; elle le voit s’éloigner avec le bourreau Ho qui revient seul. Il faut « épurer » la ville « mauvaise », « corrompue » par le capitalisme. Panh se remémore son père, professeur, profession devenue suspecte aux yeux des Khmers rouges. « À S21, écrit Panh, c’est la fin. Plus la peine de prier, ce sont déjà des cadavres. Sont-ils des hommes ou animaux ? C’est une autre histoire. »

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Le sadisme des bourreaux est sans limite. Il n’est pas sans rappeler certaines descriptions de Malraux dans La condition humaine. On est confrontés à l’enfer génocidaire dicté par une idéologie qui détruit l’individu jusqu’à la moelle. Même l’âme, quand elle quitte le corps, ses bourreaux endoctrinés continuent de la traquer. Il faut tout prendre, tout faire fondre, les machines surtout, symbole exemplaire du capitalisme, doivent disparaître, c’est l’anéantissement de la classe bourgeoise et capitaliste. C’est la terreur à l’œuvre, « la mort en masse. »

Les mots tuent

Les tortionnaires encore en vie répondent aux questions. La caméra tourne. Ils confondent, minimisent leurs actes, ils n’ont pas vu, parfois juste entendu. Ils peuvent être loquaces. « C’est l’ensemble qui dit la vérité du crime, écrit Panh (…). L’homme filmé reconnaît ses crimes, simplement, c’est au-delà du cinéma. » Il y a donc les documentaires : L’Image manquante et S21, la machine de mort khmère rouge. Et puis ce livre, Quartier des fantômes.

Le train accélère tandis que la neige oblitère le paysage ferroviaire. Une réflexion de Rithy Panh m’obsède. Il dit en substance que dans un monde totalitaire, les mots tuent. Alors il cherche les mots qui « réparent, et qui ne sont pas les mots creux de la conscience mondiale. » Il ajoute : « Ce n’est pas le devoir de mémoire, mais une quête morale. » C’est pour cela que la confusion générale, entretenue par le brouhaha, est si nocive.

Rithy Panh, Christophe Bataille, Quartier des fantômes, Grasset. 128 pages

Quartier des fantômes

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Mal persistant

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© Fabian Gamper / Diaphana Distrib.

Une maison, quatre jeunes filles, un même destin


Le film de Mascha Schilinski tente de nous raconter l’histoire de quatre jeunes filles, Alma, Erika, Angelika et Lenka à quatre époques qui se superposent. Chacune grandit, de l’enfance à l’adolescence, dans une ferme glauque et ténébreuse du nord de l’Allemagne. Au fil du siècle, la maison se métamorphose, mais ne se libère jamais de sa mémoire : les échos du passé traversent le temps. Les destins des jeunes filles semblent se répondre, se refléter, comme liés par un fil invisible. Pourtant, à force de complexité et d’artifices narratifs, l’intrigue brouille les repères et finit par égarer des spectateurs un peu désemparés face à ce labyrinthe temporel.

Une expérience sensorielle troublante

Sur le plan cinématographique, le film de Mascha Schilinski est particulièrement réussi : superbe photographie ocre du chef opérateur Fabian Gamper, mise en scène rigoureuse, composition léchée des plans, travail sonore méticuleux… Les Échos du passé est indubitablement une expérience esthétique captivante et crispante, un poème sensoriel trouble dont la mélancolie profonde et permanente se pare d’une inquiétante étrangeté morbide.

Une narration fragmentée comme métaphore

La cinéaste nous conte le destin de quatre femmes vivant à des époques différentes au sein d’un même lieu, une grande ferme sombre et sinistre. Utilisant un art du montage impressionnant, elle agence et entrelace une narration complexe où les gestes et les événements se répondent à travers le temps. Elle tisse un jeu de miroirs qui lui permet d’esquisser une métaphore de la condition féminine, victime d’une violence insidieuse et diabolique se transmettant de génération en génération, véritable pulsion de mort perverse, macabre et inéluctable.

L’Histoire en sourdine, le mal en héritage

Quels que soient les moments de l’Histoire — très peu évoquée, comme si tous ces personnages vivaient en fait en dehors de l’histoire de leur pays et du monde —, quelles que soient les générations, même lorsque le pays sort de la guerre, leurs démons s’accrochent. Femmes et hommes restent hantés par un mal profond qui outrepasse les horreurs d’une époque révolue.

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Une radicalité fascinante mais éprouvante

Bien malheureusement, cette audace cinématographique est à la fois la force et la faiblesse du film. Car la cinéaste, radicale, n’a aucune générosité et complexifie volontairement son récit, rendant ses intrigues très difficilement compréhensibles. Ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les sensations ressenties par le spectateur : celles suscitées par la beauté de sa mise en scène, souvent poseuse et artificielle, et celles provoquées par les chocs des faits racontés.

Un cinéma cruel, sans échappatoire

Rude, beau et poseur, cruel et éprouvant, inventif et drastique, Les Échos du passé traite de sujets cruciaux — le viol, l’inceste, la maladie mentale, le déterminisme et la souffrance indicible des femmes — filmés avec la même rigueur protestante, glaciale et malsaine que celle de Michael Haneke dans Le Ruban blanc.

Une fiction tendue et claustrophobe, répétant la boucle inéluctable qui enferme ses personnages dans un destin sans échappatoire ni grâce possible.

Et le seul moment véritablement apaisé du film est la scène où retentit la superbe chanson Stranger d’Anna von Hausswolff, offrant une brève respiration.


In die Sonne schauen
2h29

Euthanasie: Nietzsche ou Jésus!

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Manifestation contre l'euthanasie, Paris, 18 janvier 2026 © Cesar VILETTE/SIPA

Coup de théâtre: les sénateurs ont rejeté l’instauration de toute forme d’aide à mourir lors des débats sur la fin de vie, mercredi 21 janvier. Dominée par la droite de M. Retailleau, la chambre haute a écarté cette réforme “sociétale” majeure.


À la surprise générale, dans la nuit du 21 au 22 janvier, le Sénat a rejeté le principe du droit au suicide assisté et à l’euthanasie. Il l’a remplacé par « le droit » de toute personne « au meilleur soulagement possible de la douleur et de la souffrance ». Ce droit est garanti jusqu’au décès de la personne, « sans qu’aucune intervention volontaire ait pour intention de provoquer la mort ou d’aider à mourir. » Le Sénat réaffirme ainsi le droit aux soins palliatifs, « même lorsque ces moyens sont susceptibles d’altérer la conscience ou de raccourcir la vie, dès lors qu’ils ont pour finalité exclusive le soulagement de la souffrance. » (article 2).

Il s’est donc trouvé une majorité de sénateurs pour rejeter le texte adopté précédemment en commission, et qui prévoyait de permettre la mort volontaire dans les derniers jours de la vie, comme un prolongement des soins palliatifs ou de la sédation. Pour les uns, plutôt à gauche, ce texte n’allait pas assez loin dans la reconnaissance du droit à la mort, tandis que pour les autres il était inacceptable, car « mettant le pied dans la porte » en brisant l’interdit de tuer.

Pied dans la porte

La stratégie du « pied dans la porte », refusée par le Sénat, est bien une réalité. Elle est assumée, depuis des décennies par les promoteurs de l’euthanasie de l’Association pour le droit de mourir dans la dignité (ADMD), et elle est aussi vérifiée dans les pays qui l’ont légalisée. Tous ont élargi les conditions d’accès à la mort « volontaire », pour porter sur les personnes atteintes de souffrances psychiques et sur les mineurs. Plusieurs de ces pays, corrélativement, ont réduit leurs investissements dans les soins palliatifs. Aujourd’hui, 5% des décès au Canada sont provoqués par injection létale, et la proportion augmente chaque année.

Dans l’impossibilité de trouver un compromis entre la vie et la mort, le Sénat s’est « replié » sur le terrain consensuel des soins palliatifs. Des soins dont la France manque cruellement. Seulement 50% des besoins sont satisfaits actuellement, avec 7500 lits, et ces besoins vont croître avec le vieillissement de la population. L’Etat n’alloue que 1,6 milliard d’euros par an à ce besoin essentiel ; et l’augmentation prévue d’un milliard dans les 10 prochaines années est loin de suffire.

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Le Sénat a aussi reconnu la liberté des établissements, notamment confessionnels, de ne pas pratiquer l’euthanasie et le suicide. Il a également supprimé le « délit d’entrave » qui condamnait à deux ans de prison et 30000 euros d’amende toute personne essayant de prévenir ou d’empêcher l’euthanasie ou le suicide d’un tiers, même d’un proche.

Le Sénat se prononcera sur l’ensemble du texte le 28 janvier. S’il l’adopte ainsi modifié, il enverra son texte à l’Assemblée qui devra alors travailler à partir de lui. S’il le rejette en revanche, l’Assemblée se ressaisira alors de son propre texte adopté en mai dernier. Ce texte était terrible : il permettait l’euthanasie et le suicide sur décision d’un seul médecin, à la demande orale d’un patient, en trois jours, sans que les proches soient informés et puissent agir en justice. Le tout pouvant être pratiqué sur une personne dont la maladie n’est pas même en phase terminale. Quant au contrôle, il ne devait être exercé qu’après la mort, celle-ci pouvant être infligée par le même médecin qui a décidé de la mort. Tant les conditions d’accès à la mort, que la procédure d’exécution de la décision et son contrôle ont été conçus pour faciliter la mort. Les portes de la mort seraient grandes ouvertes, pour garantir une prétendue « liberté ».

Agonie politique

Ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’objectif principal des promoteurs de l’euthanasie n’est pas tant de soulager la souffrance que de changer notre rapport à la mort, et donc à la vie. Il s’agit de faire de la mort une liberté, d’étendre la puissance individuelle sur sa propre existence. C’est ce pouvoir de l’homme sur lui-même – en particulier par le suicide – qui serait l’expression suprême de sa dignité. Pour Odette Thibault, fondatrice de l’ADMD, le suicide « est le seul moyen de mourir… vivant », c’est « la suprême autonomie, celle qui définit l’être humain… avant qu’on ne la perde tout à fait. » De même, pour Henri Caillavet, ancien président de l’ADMD et sénateur, « le suicide conscient est l’acte unique authentique de la liberté de l’homme ». Pendant les débats cette semaine, le sénateur communiste Pierre Ouzoulias a lui aussi proclamé : « La mort volontaire, c’était l’expression du libre arbitre absolu avec une phrase: ‘‘Dieu ne prévaudra!’’».

De cette conception de l’homme, il résulte que perdre son autonomie est une déchéance. Pour Pour Odette Thibault, « Prolonger cette déchéance est, à mon avis, une des plus graves atteintes qu’on puisse porter à la dignité humaine ».

Est-ce cette conception de la « dignité » que nous voulons voir triompher en France ? Une conception nietzschéenne ? Ou est-ce la dignité qui transparaît dans le soin affectueux porté aux malades, jusqu’à leurs morts, par les soins palliatifs, dans la grande tradition de la charité chrétienne ? En fait, avec l’euthanasie, nous avons le choix entre Nietzsche ou Jésus.

Frénésie au ministère de la (Puéri)culture

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Rachida Dati et Édouard Geffray dans un cinéma avec de jeunes enfants à Créteil, le 25 novembre 2025 © Jeanne Accorsini/SIPA

Le 5 novembre dernier, Rachida Dati remettait en grande pompe le premier Prix pour les livres de bébés.


Cette distinction récompensera désormais les ouvrages destinés aux enfants de moins de trois ans, « les premiers livres d’une vie », se rengorge la ministre de la Culture. L’heureuse récipiendaire, Aurore Petit, a donc reçu 4000 euros pour son livre Eté Pop. Elle n’a pas dit ce qu’elle ferait de cette somme prélevée au contribuable mais semblait très heureuse, quoiqu’un peu surprise qu’un livre « si simple » soit récompensé. À vrai dire, l’intrigue est inexistante et le livre consiste en six pop-up au graphisme assez grossier.

On se rappelle que Mme Dati avait déjà lancé l’opération « Ma première carte de bibliothèque » qui invitait les maires à remettre une carte au nom de l’enfant dès sa déclaration de naissance. Comme si les individus n’étaient pas déjà assez encartés comme ça… Comme si c’était à l’Etat de s’occuper de la fréquentation régulière des bibliothèques municipales…

Pourquoi cette frénésie puéricultrice au ministère ?

Au-delà du rappel obligatoire de certains messages collectivistes (ce prix ne récompensera jamais un livre faisant la promotion du libéralisme comme Je suis un pain au chocolat de Charles Gave ou même un classique non déconstruit), j’y vois surtout la manifestation d’un Etat pris de panique devant l’incapacité de nombreux adultes, parents et professeurs, à instruire les enfants. Il constate, comme nous, que nombre de parents se contentent de leur fournir des tablettes dès leur plus jeune âge. Il ne peut que se lamenter sur le niveau catastrophique des jeunes professeurs, en particulier dans les matières dites littéraires. Les rapports des jurys de concours sont à ce titre éloquents. Il assiste effaré à la grande démission d’une génération qui, privée d’héritage, n’a rien à transmettre.

Car quoi ? Les enfants ne lisent plus certes mais que lisent les adultes, professeurs compris ? Ils « scrollent » les actualités sur internet, feuillettent des manuels de développement personnel qui, au vu de la consommation d’antidépresseurs dans notre pays n’atteignent pas leur objectif, et se jettent dans les bras d’auteurs lénifiants qui livrent trois fois par an des histoires « d’héroïnes des temps modernes » ou de femmes éconduites retrouvant l’amour après avoir accepté leur différence (ouf !) ou acceptant « de vivre pour elles-mêmes et en accord avec la nature », dans un esprit bouddhisant. Les meilleures ventes de livres en ce moment ? Des BD, des polars sur fond de lutte des classes et un Goncourt plaintif et douceâtre dont l’auteur se vante en préambule d’avoir été soutenu par le Centre national du livre. Rien de très exaltant ! 

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Quand ce même adulte est en sus professeur, il accroît son pouvoir de nuisance. Soucieux de satisfaire sa hiérarchie, il se conforme aux listes publiées par l’Éducation nationale, exigeant que sa classe lise Monsieur Crocodile a beaucoup faimMon prof est un troll ou Cent Culottes et sans papier. Il fait réciter à ses petites victimes des poèmes commis par des « collègues » qui promeuvent les valeurs de la République ou de l’olympisme triomphant. Il fait ainsi preuve de son engagement bien sûr car, il en est convaincu, sa mission est de lutter contre les inégalités. On lui a vissé dans le crâne que la belle langue favorisait le fils de bourgeois ayant appris à parler avec ses parents. Mal formé, il est généralement incapable de distinguer une bonne méthode d’apprentissage de la lecture d’une autre aux effets néfastes : dyslexie, dysorthographie, mauvaise compréhension et finalement dégoût de la lecture.  

Mais voilà, avec le temps, car ces pratiques délétères ne sont malheureusement pas nouvelles, les parents des tout petits d’aujourd’hui sont souvent incapables de les guider dans leur découverte de la littérature. Ils ont perdu le bon sens qui consistait simplement à leur procurer des imagiers montrant des paysages, des animaux ou des véhicules. N’ayant pas bénéficié de la lecture de contes de fées ou des récits mythologiques les exposant par là-même à des systèmes de temps complexes (imparfait-passé simple, subjonctifs…), à un vocabulaire varié et à des tournures grammaticales élaborées, ils n’ont même pas l’idée de les proposer à leurs propres enfants. Ceux-ci sont alors aussi freinés dans leur progression et deviennent rapidement incapables d’accéder au sens de textes élaborés. Le cercle vicieux est malheureusement enclenché depuis des décennies.  

Abreuvés d’études en tous genres et convaincus de leur pouvoir, les ministres se sentent responsables. Ils souhaitent alors corriger les effets des politiques précédentes mais retombent irrémédiablement dans le même travers : l’étatisme. C’est ainsi qu’ils créent des prix littéraires et affublent les nouveau-nés de cartes de bibliothèques municipales. C’est ainsi qu’ils continuent d’amender les programmes alors même qu’il faudrait les réduire à des objectifs de fin de cycles afin de laisser les enseignants choisir 100 % d’œuvres classiques s’ils le souhaitent. C’est ainsi qu’ils modifient les critères de recevabilité au concours de professeur des écoles au lieu de le supprimer pour le remplacer par un examen permettant aux chefs d’établissements de choisir leurs équipes. C’est ainsi qu’ils obligent les parents à mettre leurs enfants à l’école dès 3 ans, privant ainsi les grands-parents qui le souhaiteraient de leur transmettre une partie de leur héritage culturel. C’est ainsi qu’ils font la promotion de la « littérature contemporaine jeunesse », toujours proche des gens et surtout engagée, au détriment des classiques, bourrés d’affreux stéréotypes de genre, n’évoquant même pas la lutte des classes… C’est vrai : de quoi auraient-ils l’air s’ils disaient simplement « vous êtes libres » ? ». Et pourquoi les payerions-nous alors ?

La Grande Garderie

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🎙️ Podcast: Trump à Davos, le Mercosur à Strasbourg, et le budget à Paris

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Le président Donald Trump après son discours devant le Forum économique mondial à Davos, Suisse, le 21 janvier 2026. Markus Schreiber/AP/SIPA

Avec Céline Pina, Eliott Mamane et Jeremy Stubbs.


Au cours de son discours devant le Forum économique mondial à Davos, Donald Trump a insisté sur le fait que les Etats-Unis avaient toujours besoin du Groenland pour assurer la sécurité du monde libre, tout en niant vouloir prendre possession de ce territoire par la force des armes. Pourtant, l’idée d’annexer un territoire – par quelque moyen que ce soit – appartenant à une autre nation est aujourd’hui devenue irrecevable aux yeux des Européens pour qui la paix dépend du respect de la souveraineté de chacun.

Si on comprend très bien que les Européens aient besoin d’exprimer avec une certaine force leur opposition à l’approche de Donald Trump, on peut se demander si Emmanuel Macron a trouvé la meilleure façon de le faire. Car lors de son propre discours à Davos, le chef de l’Etat français a évoqué un possible rapprochement commercial avec la Chine pour compenser les relations tendues avec l’Amérique. Sauf que le peu de combattivité des Européens face à la Chine est précisément un des manquements que Donald Trump leur rapproche. La France veut-elle vraiment suivre l’exemple du Premier ministre canadien, Mark Carney, qui vient de se rendre à Pékin pour forger un nouveau partenariat avec Xi Jinping? Est-ce qu’on affirme sa liberté simplement en changeant de maître?

Dans une certaine mesure, on peut dire que le duel Macron-Trump, c’est l’affrontement entre l’impérialisme de la norme et l’impérialisme de la force.

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A Strasbourg, le Parlement européen a refusé pour le moment de ratifier le traité avec le Mercosur en saisissant la Cour de justice européenne pour que cette dernière valide la compatibilité de cet accord avec le droit européen. Or, si la France se montre très réticente quant à l’application d’un tel accord de libre-échange, l’Allemagne est favorable. Ces tensions internes expriment toute l’incapacité de l’Union européenne à se comporter comme une grande puissance, et les artifices techniques par lesquelles la Commission tente d’imposer l’application immédiate de l’accord montre toute l’immaturité des classes gouvernantes actuelles du Vieux Continent.

La même immaturité trouve un reflet exact au niveau français. Le gouvernement semble sur le point de faire passer son budget, non seulement parce que les députés n’ont pas encore envie de faire face aux électeurs, mais aussi parce qu’un certain nombre des motifs pour des motions de censure ont si peu à voir avec de vraies questions budgétaires.

Le sexisme c’est tabou, on en viendra tous à bout!

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Bérangère Couillard, présidente du Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes, image d'archive © Mathieu Pattier/SIPA

Comme chaque année, notre directrice de la rédaction se plonge avec délice dans le rapport sur le sexisme en France du Haut Conseil à l’Egalité. Mais cette fois-ci, c’est décidé: elle n’entend plus écouter le HCE tant qu’il ne dénoncera pas les bobards délirants du néo-féminisme! Nous vous proposons de découvrir sa chronique.


Le Haut Conseil à l’Egalité (HCE) publie son rapport annuel sur le sexisme en France. C’est mon marronnier personnel. Chaque année, le HCE explique aux Françaises combien elles sont malheureuses, opprimées, discriminées.
Le sexisme, profondément ancré dans notre société, crée un système structurant d’inégalité. Et il est évidemment reconnu comme un moteur du continuum des « violences sexistes et sexuelles », qui vont du compliment à l’agression, comme chacun sait.

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Sexisme très méchant et sexisme faussement bienveillant

Le sexiste prend aujourd’hui deux formes, selon le Haut Conseil :
Le sexisme hostile : c’est la dévalorisation systématique des femmes et parfois les violences ; il concernerait 23 % des hommes et 12 % des femmes. À quelle catégorie appartient le sifflement dans la rue ? On ne sait pas. Mais sur ce terrain du sexisme méchant, le HCE a détecté cette année une nouvelle tendance venue, je vous le donne en mille, d’Amérique. Ce qui menace l’égalité des sexes en France, ce n’est pas l’islam radical ni le fait que nous accueillons des millions d’hommes issus de cultures peu regardantes sur les droits des femmes. Non, c’est le masculinisme. C’est la faute à Trump, bien sûr.
Le sexisme paternaliste : à côté de ce sexisme méchant, il y a un sexisme faussement bienveillant, paternaliste, qui considère les femmes comme des êtres à protéger. Il serait particulièrement répandu chez nous, les boomers.
Mais le mal est partout. 84 % des femmes ont vécu au moins une situation relevant du sexisme, apprend-on (harcèlement, violences sexuelles, blagues graveleuses…). Je m’inquiète pour les 16 % qui ne l’ont jamais rencontré et je propose de leur offrir à chacune une blague graveleuse.

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Vous ne pouvez pas ironiser sur les violences contre les femmes ! me réplique-t-on toujours. Loin de moi cette idée. Mais se moquer des foutaises du HCE est un devoir. Ce qu’il appelle sexisme bienveillant, c’est le délicieux jeu de rôles entre les sexes où la femme est le butin et l’homme le chasseur. Personne n’est obligé de s’y prêter, on peut échanger les rôles et il n’empêche pas les femmes d’être libres et de prendre la vie d’assaut. Foutez la paix à celles qui veulent des fleurs, des compliments et des portes tenues. Ce qu’ils appellent sexisme, c’est la différence des sexes. Le HCE sera content quand il n’y aura plus ni hommes ni femmes.
Selon le HCE, le déferlement des réseaux masculinistes dans le numérique, qui prétendent répondre aux féministes, est la nouvelle manifestation du sexisme hostile. Cela va de théoriciens de l’infériorité des femmes à des primates conjurant leur peur des femmes en disant des horreurs, parfois en en faisant. 1 milliard d’euros auraient été affectés à ces causes entre 2019 et 2023 (mais c’est une paille à côté de tout ce qui est venu financer les délires wokistes). Le HCE s’inquiète de ce retour de bâton (le fameux « backlash »). J’écouterai le HCE quand il dénoncera les bobards délirants du néo-féminisme punitif et policier qui voit en tout homme un violeur en puissance.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Douglas Murray: se battre à l’israélienne

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Douglas Murray lors de la manifestation « L’Europe contre l’antisémitisme », organisée par La Règle du Jeu au Théâtre Antoine à Paris, 3 juin 2024 © LAURENT BENHAMOU/SIPA

Dans son nouveau livre, Douglas Murray estime que les Occidentaux ont tout à apprendre de la combativité d’Israël face à ses ennemis. Le journaliste britannique tire un trait d’union entre nazis et terroristes propalestiniens: leur culte de la mort qui vise à anéantir les juifs est un défi existentiel pour toutes les sociétés démocratiques.


Parmi les trop nombreuses victimes de la tuerie de Bondi Beach en Australie, le 14 décembre 2025, se trouvait Alexander Kleytman. Il a succombé aux tirs d’un terroriste en tentant de protéger son épouse. Né en 1938, il avait fui son Ukraine natale pour échapper à la Shoah par balles. Réfugié en Sibérie avec sa mère, il y a connu des conditions de vie très dures avant de pouvoir, un jour, émigrer en Australie. L’engrenage mortel qu’il avait évité dans son enfance l’a rattrapé des décennies plus tard, de l’autre côté de la planète. Un trait d’union direct peut en effet être tracé entre les nazis du passé et les terroristes propalestiniens d’aujourd’hui. Ils partagent un même culte de la mort qui vise l’anéantissement des juifs et constitue un défi existentiel pour les sociétés démocratiques. C’est la thèse du dernier livre de Douglas Murray, Les Démocraties et la Mort. Israël, l’islamisme et nous. Sorti en anglais en avril, il vient de paraître aux presses de L’Artilleur dans l’excellente traduction de Niels Le Saux.

Culte macabre

Dans la langue de Shakespeare qui cultive les formules ramassées, le titre d’origine est plus explicite : On Democracies and Death Cults. Israel, Hamas and the Future of the West. On comprend déjà que, selon l’auteur, ce qui caractérise l’organisation terroriste palestinienne, c’est sa façon de placer la mort au-dessus de la vie dans toutes les circonstances. Ce culte macabre permet à ses « soldats » d’agir avec une absence totale de pitié et d’aller le plus loin possible pour inspirer la terreur à leurs victimes réelles et potentielles. Comment les sociétés démocratiques peuvent-elles résister à une telle force ? Entretenir un culte similaire serait contraire à leurs principes fondamentaux. Mais jusqu’ici, nos dirigeants se sont contentés de déclarations creuses et louvoyantes ainsi que d’actions timides et incohérentes. Pour Murray, nous avons tout à apprendre d’Israël qui a réussi à survivre contre vents et marées, et à faire preuve de combativité face aux ennemis les plus déterminés. Or on nous répète à satiété qu’Israël est un État d’apartheid génocidaire, que c’est lui l’adversaire de la civilisation et que le Hamas est du côté du Bien. Murray réfute cette inversion des valeurs. Son livre est un récit fouillé de ce qui s’est passé depuis le 7-Octobre. C’est aussi une défense d’Israël, de son existence et de sa riposte au Hamas. Enfin, c’est une réflexion sur l’étrange haine de soi des Occidentaux et un appel à l’action face aux adorateurs de la mort qui menacent le monde libre.

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Bien que connu pour ses livres, Douglas Murray est aussi un reporter de guerre. Son nouveau titre est enrichi par ses expériences. Après le 7-Octobre, il a passé au total six mois en Israël et a été deux fois à Gaza avec l’armée israélienne. Il a recueilli les témoignages de survivants, de familles de victimes et d’otages. Il a discuté longuement avec des militaires, des médecins et des psychothérapeutes. Il a interviewé les dirigeants du gouvernement et des partis d’opposition, sans omettre Benyamin Netanyahou. Il a rencontré des Arabes musulmans d’Israël et des Druzes. Et le Hamas ? Ce dernier a refusé d’accueillir le Britannique. Murray a pu pénétrer dans les prisons de haute sécurité pour parler avec les pires terroristes qui y sont détenus, mais ils n’avaient rien à ajouter aux déclarations de haine que le monde a déjà entendues.

Propagande mensongère

Car le discours du Hamas est aussi implacable que cohérent. Il est fondé sur une propagande mensongère qui, depuis le retrait d’Israël en 2005, présente Gaza comme un vaste camp de concentration où la population civile est soumise à des conditions de vie inhumaines. Murray détaille les sommes colossales données par les Américains, les Européens et le Qatar qui ont servi, non à secourir les Gazaouis, mais à enrichir les dirigeants du Hamas, et surtout à l’achat d’armes et à la construction du vaste réseau souterrain – plus de 560 kilomètres de tunnels avec 6 000 points d’entrée – destiné à abriter les combattants sous les structures civiles. Si les enfants souffrent tellement, c’est parce que le Hamas ne craint pas de les mettre en avant. Les soldats israéliens ont trouvé d’innombrables caches d’armes dans les écoles et les maisons, surtout dans les chambres d’enfants. En clair, le Hamas sacrifie sa population, enfants compris, en l’utilisant comme bouclier humain et comme vecteur de mobilisation de l’opinion internationale. Le chef Ismaël Haniyeh a déclaré en 2017 : « Les enfants sont des outils à utiliser contre Israël. Nous les sacrifions pour obtenir le soutien politique du monde. »

Comme prévu, une grande partie de l’opinion publique occidentale gobe ces mensonges et approuve ce culte de la mort. Dès le 7 octobre 2023, avant que Tsahal lance sa riposte, il y a des manifestations dans de nombreuses capitales pour protester, non contre la barbarie du Hamas, mais contre Israël. À la mort de Yahya Sinouar, les propalestiniens – qu’ils soient musulmans ou de gauche – pleurent sa disparition sur les campus et les places publiques. C’est une forme de compassion à l’envers, qui met les bourreaux à la place des victimes. Murray cite la militante canadienne Naomi Klein, qui prétend qu’Israël exhibe ses citoyens traumatisés comme arme de guerre. Elle et ses camarades sont totalement anesthésiés vis-à-vis des souffrances des juifs. Ces derniers seraient à la fois diaboliques par leur habileté et leur perversité, et des moins-que-rien ne méritant aucune empathie. Exactement le point de vue des nazis. Pas surprenant que dans les résidences gazaouies on ait trouvé des exemplaires de Mein Kampf. Pour ne pas être en reste, lors d’une manifestation propalestinienne devant l’opéra de Sydney, le 9 octobre 2023, les participants scandaient : « Gazons les juifs ! »

Après l’attentat de Bondi Beach, le Premier ministre australien Anthony Albanese a prononcé des discours où on ne trouve pas un seul mot sur le fait que les terroristes agissaient au nom de l’islam. En revanche, il a évoqué la menace de l’extrême droite. Entre une telle incapacité à nommer l’adversaire et le culte mortifère des islamistes, Murray identifie une autre voie, celle des Israéliens qui ont su combattre le mal sans célébrer la mort.

Douglas Murray, Les Démocraties et la Mort. Israël, l’islamisme et nous, L’Artilleur, 2025.

Les démocraties et la mort: Israël, l'islamisme et nous

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