Une maison, quatre jeunes filles, un même destin

Le film de Mascha Schilinski tente de nous raconter l’histoire de quatre jeunes filles, Alma, Erika, Angelika et Lenka à quatre époques qui se superposent. Chacune grandit, de l’enfance à l’adolescence, dans une ferme glauque et ténébreuse du nord de l’Allemagne. Au fil du siècle, la maison se métamorphose, mais ne se libère jamais de sa mémoire : les échos du passé traversent le temps. Les destins des jeunes filles semblent se répondre, se refléter, comme liés par un fil invisible. Pourtant, à force de complexité et d’artifices narratifs, l’intrigue brouille les repères et finit par égarer des spectateurs un peu désemparés face à ce labyrinthe temporel.
Une expérience sensorielle troublante
Sur le plan cinématographique, le film de Mascha Schilinski est particulièrement réussi : superbe photographie ocre du chef opérateur Fabian Gamper, mise en scène rigoureuse, composition léchée des plans, travail sonore méticuleux… Les Échos du passé est indubitablement une expérience esthétique captivante et crispante, un poème sensoriel trouble dont la mélancolie profonde et permanente se pare d’une inquiétante étrangeté morbide.
Une narration fragmentée comme métaphore
La cinéaste nous conte le destin de quatre femmes vivant à des époques différentes au sein d’un même lieu, une grande ferme sombre et sinistre. Utilisant un art du montage impressionnant, elle agence et entrelace une narration complexe où les gestes et les événements se répondent à travers le temps. Elle tisse un jeu de miroirs qui lui permet d’esquisser une métaphore de la condition féminine, victime d’une violence insidieuse et diabolique se transmettant de génération en génération, véritable pulsion de mort perverse, macabre et inéluctable.
L’Histoire en sourdine, le mal en héritage
Quels que soient les moments de l’Histoire — très peu évoquée, comme si tous ces personnages vivaient en fait en dehors de l’histoire de leur pays et du monde —, quelles que soient les générations, même lorsque le pays sort de la guerre, leurs démons s’accrochent. Femmes et hommes restent hantés par un mal profond qui outrepasse les horreurs d’une époque révolue.
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Une radicalité fascinante mais éprouvante
Bien malheureusement, cette audace cinématographique est à la fois la force et la faiblesse du film. Car la cinéaste, radicale, n’a aucune générosité et complexifie volontairement son récit, rendant ses intrigues très difficilement compréhensibles. Ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les sensations ressenties par le spectateur : celles suscitées par la beauté de sa mise en scène, souvent poseuse et artificielle, et celles provoquées par les chocs des faits racontés.
Un cinéma cruel, sans échappatoire
Rude, beau et poseur, cruel et éprouvant, inventif et drastique, Les Échos du passé traite de sujets cruciaux — le viol, l’inceste, la maladie mentale, le déterminisme et la souffrance indicible des femmes — filmés avec la même rigueur protestante, glaciale et malsaine que celle de Michael Haneke dans Le Ruban blanc.
Une fiction tendue et claustrophobe, répétant la boucle inéluctable qui enferme ses personnages dans un destin sans échappatoire ni grâce possible.
Et le seul moment véritablement apaisé du film est la scène où retentit la superbe chanson Stranger d’Anna von Hausswolff, offrant une brève respiration.
In die Sonne schauen
2h29




