Accueil Édition Abonné De la feuille d’érable à la bannière étoilée…

De la feuille d’érable à la bannière étoilée…

Trump, Harry, Meghan et les talibans de Toronto


De la feuille d’érable à la bannière étoilée…
Le Premier ministre du Canada Mark Carney à Paris, 6 janvier 2026 © Matthieu Mirville/ZUMA/SIPA

Le Canada est une des proies convoitées par Donald Trump. L’armée canadienne est-elle parée à toute éventualité militaire?


Ne nous associons qu’avec que nos égaux ;
           Ou bien il nous faudra craindre
           Le destin d’un de ces Pots.

Jean de la Fontaine. (Le Pot de terre et le Pot de fer)


Impossible n’est pas trumpien. Jusqu’à présent, le président américain a montré sa volonté de concrétiser des projets qui eussent semblé loufoques, ou facétieux peu de temps auparavant.

Il semble de plus en plus sérieux quant à l’idée d’incorporer le Groenland et la Canada à l’Union américaine. Une opération militaire visant celui-là serait une promenade militaire de quelques minutes, surtout qu’il y a déjà une base militaire américaine à Pituffik. Mais que dire d’une invasion du Canada?

On peut conjecturer que les forces armées canadiennes (jadis qualifiées d’« armée d’opéra comique » par feu l’ancien Premier ministre indépendantiste québécois René Lévesque) auraient le bon sens élémentaire de ne pas tenter d’utiliser la force, ce qui causerait des morts inutiles qui ne retarderaient l’avancée américaine que de quelques minutes.

En effet, selon des fuites, on apprend que l’état-major étudie plusieurs scénarios et il constate que les forces américaines seraient probablement en mesure de neutraliser les principales positions stratégiques canadiennes en seulement deux jours1. Conclusion on ne peut plus raisonnable et réaliste.

Mais voici que les cogitations des généraux canadiens prennent une tournure carrément comique! Plutôt qu’un affrontement sur le champ de bataille, on évoque une riposte de type insurrectionnel : embuscades et « tactiques de guérilla », et on prend comme modèle… les talibans2!

En histoire militaire, s’inspirer des méthodes de l'(ex)ennemi n’a rien de nouveau et est même parfois de (très) bonne guerre. Lors de la guerre (française) d’Indochine, de nombreux officiers se prenaient pour Mao Tsé-Toung et reprenaient à leur compte sa devise : « être dans la population comme un poisson dans l’eau »…

Mais, en l’occurrence, nul besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour comprendre d’abord que la configuration du terrain canadien n’a rien à voir avec les montagnes d’Afghanistan. Et surtout, on voit mal comment une population civile pourrait participer à de telles escarmouches ; quels banlieusards et autres citadins s’aventureraient hors de leurs logements douillets et bien chauffés et renonceraient au visionnement de « Harry & Meghan » sur Netflix pour harceler les forces occupantes! Quant à la population rurale, on est aussi fort loin des baroudeurs de la guerre des Boers. Une transposition des plus hasardeuses…

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En fait, dans un tel cas de figure, on peut plutôt imaginer que les rednecks albertains accueilleraient à bras ouverts les militaires venus du sud avec des banderoles « Welcome Americans », comme dans le classique film « The mouse that roared » en v.o. (« La souris qui rugissait » en v.f.) avec Peter Sellers. Au moins cette province tomberait dans l’escarcelle américaine de son plein gré. Et vu sa position géographique, il pourrait y avoir un effet domino sur les trois autres provinces de l’ouest (Manitoba, Saskatchewan et Colombie-Britannique). Une fois le pétrole acquis, sa Majesté orange se désintéresserait peut-être de l’est du pays. Trump a parfaitement sur une chose : l’appartenance de ces quatre territoires au Canada est purement artificielle et résulte d’un tracé de frontière colonial, digne de la conférence de Berlin de 1885; la géographie appellerait plutôt leur rattachement au voisin du sud. Évidemment, on pourrait envisager que la Colombie-Britannique constituât alors un État indépendant, vu sa façade maritime, à moins que le locataire (et ripolineur) de la Maison-Blanche préférât assurer la continuité territoriale entre l’Alaska et l’État de Washington…

[Un peu d’histoire canadienne. La (con)fédération canadienne elle-même, créée en 1867, est le fruit d’un péché originel : plusieurs députés québécois ayant reçu ce que l’on pourrait délicatement qualifier de petit pourliche compensateur de l’augmentation du coût de la vie ont alors fait pencher la balance et voté en faveur de celle-ci. En 1873, l’Ile-du-Prince-Edouard est devenue la 5e province canadienne avec l’assentiment des politiciens locaux ayant à peine récupéré de la gueule de bois due aux beuveries et banquets pantagruéliques qui leur avaient été gracieusement offerts par le premier Premier ministre (con)fédéral Sir John A. Macdonald, lui-même corrompu jusqu’à la moelle et poivrot confirmé, alors que les intérêts économiques de l’Ile allaient plutôt dans le sens de l’adhésion aux Etats-Unis. Enfin, Terre-Neuve (« Newfoundland » en v.o.) est devenue la dernière province canadienne en 1949 en raison de la collusion entre le Royaume-Uni et le Canada : lors des deux référendums [d’ailleurs truqués] de 1948, l’option démocratique de l’adhésion aux Etats-Unis, qui l’aurait certainement emporté, ne fut même pas proposée à l’électorat. Et pour cause. Ses habitants sont d’ailleurs devenus les Belges du Canada : de nombreuses blagues françaises visant les mangeurs de frites ont été recyclées au profit des pêcheurs de morue buveurs de rhum « Screech », les « Newfies » en v.o., « Terreneuviens » en v.f.].

En bref, si les Américains envahissent le Canada, M. Carney et messieurs les haut galonnés émoulus du Collège militaire royal du Canada doivent comprendre que nulle tactique ne permettra au Canada de rééditer sa dernière victoire sur les Etats-Unis (de 1812). Mais il pourra sans doute compter sur une occupation relativement pacifique.

Quoique Trump fasse, ou projette de faire, en substance, il ne réinvente pas la roue. Son approche est peut-être plus désordonnée.


  1. https://www.journaldemontreal.com/2026/01/20/larmee-canadienne-etudie-le-scenario-dune-invasion-americaine ↩︎
  2. https://www.journaldemontreal.com/2026/01/20/larmee-canadienne-etudie-le-scenario-dune-invasion-americaine / https://www.france24.com/en/live-news/20260120-canada-military-models-response-to-us-invasion-report ↩︎



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