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Manu-la-grenade

Dans sa dernière lettre aux Français, le chef de l’État a contesté la victoire de la gauche aux législatives (« Personne ne l’a emporté ») avant de défendre un « large rassemblement » sans RN ni LFI.


Dans la fable Les Animaux malades de la Peste, La Fontaine raconte une maladie terrible, protéiforme, la peste « qui fait aux animaux la guerre ». Pour en venir à bout, rien de tel, politiquement, qu’un bouc émissaire : cet ennemi fictif désigné comme victime expiatoire. Manu-la-Grenade, comme dit Onfray, aurait tort de se priver —ça marche à fond la caisse— qui donne du temps au temps pour « répondre » —quel cynisme ! — « aux angoisses des Français » ainsi qu’aux forces républicaines. Oui, a dit le petit prince, machiavélique, je vous laisse le temps de « refléchir » comme disait Escartefigue dans Pagnol. « Refléchir » pour faire, d’une folie politique d’un soir, un bijou républicain. Et c’est reparti ! Plus que jamais, haro sur le baudet ! Belle continuité, soit dit en passant, que ce haro, cette vieille coutume juridico-politique qui, venue de Normandie, et désignant un ennemi fictif, dispense de désigner des coupables et de remédier au mal lui-même.

Et rebelote, après les élections ! Sus, donc, au RN en vue de 2027, ce pelé, ce galeux d’où vient tout notre mal ! Depuis A jusqu’à Z, analphabétisme, immigration, insécurité, islamisme, misère, c’est la faute au RN ! Fanatisme, homophobie, viols en veux-tu en voilà, tout ça, c’est le RN. Le dérèglement climatique ? Le RN. Sus à la bête tapie ! Un fiché S entre à l’Assemblée aux côtés d’un ancien président de la République recalé aux élections présidentielles.

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Macron est un disciple de Machiavel. Il a l’art, y a pas à dire. De ce vote historique, il a fait un vote hystérique. On sait que l’hystérie est dans nos gènes depuis les lois sociétales. Ceux qui s’opposaient aux lois étaient des hystériques. D’où l’absence de débats pour ne pas « hystériser les débats ». À mots couverts —des oreilles sont partout— entre amis, entre voisins, secret défense oblige —on évoque, avec un sourire entendu, d’un clin d’œil complice, le mal auquel on a échappé. Antiparlementaire, antiflic, antisémite, elle était bien là, tapie, la bête immonde, la mangouste du Livre de la jungle. Une députée inspirée, Manon Aubry, a dit qu’on n’avait pas le choix : « C’est Hitler ou le  (Nouveau) Front populaire ». Manon Aubry parle d’or.

Ca tiendra, le temps que ça tiendra. C’est toujours ça de pris, pense Manu-la-Grenade. Je suis le maître des horloges. Sont-ils facilement manipulables, ces Français, avec leurs idéologies et leurs disputes stériles, leur ignorance et leur sang chaud ! Et ces Républicains qui, noyés au fond de la piscine, croient ressusciter en sirènes, sous l’onction d’un nouveau maître-nageur ! Peu me chaut leurs indignations, les analyses qui n’en finissent pas ! Peut me chaut également la colère de mes proches. Je parle, on commente : j’ai du temps devant moi. Et j’ai encore, que je sache, le pouvoir de censurer, de faire et de défaire. Quia ego nominor Leo.

Alors, j’ai pensé — il faut toujours penser à nos Anciens— à la colère de Démosthène  dans les Philippiques, haranguant les Athéniens, au moment où le roi de Macédoine, Philippe, est aux portes d’Athènes. Les Athéniens —ce peuple ultra démocratique— beaux parleurs, chicaneurs et inconstants, à l’esprit civique affaibli —qui aimait se bercer d’illusions, prêtait l’oreille à une histoire sans intérêt, au lieu d’écouter l’orateur lui montrant le danger. On connaît la fin. La faute à qui ? Au RN bien sûr !

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Se mettre à table, une honte?

Se mettre à table, au propre comme au figuré.


Aurélien Rousseau, député socialiste et ancien ministre de la Santé, a vendu la mèche quand il a remercié les médias complaisants qui, durant la campagne entre les deux tours des élections législatives, ont favorisé la gauche et le Nouveau Front populaire. Voilà une personnalité qui avec une sincérité reconnaissante révèle ce qui serait demeuré ignoré de la plupart des citoyens, persuadés que dans notre démocratie tous les candidats sont traités avec équité ! Il faut reconnaître que sa gratitude ne se trompe pas de cibles puisqu’elle rend grâce au Monde, à La Croix, à Libération et à France Bleu. Ce que nous étions quelques-uns à percevoir – une partialité médiatique contre le Rassemblement national, battant en brèche les exigences d’une information honnête – prend toute son importance quand l’un des bénéficiaires de cette discrimination délibérée l’avoue avec candeur. Je ne doute pas que le fait de n’avoir jamais été mis en cause pour sa volte politique et sur le fond a rendu ses remerciements encore plus authentiques. Passant d’Emmanuel Macron au NFP, d’une réforme des retraites à sa possible suppression, il aurait pu trembler mais ces quatre médias ont été aimables avec lui ! Il s’est mis à table au figuré.

Édouard Philippe, lui, s’est vu reprocher de s’être attablé au propre au mois de décembre 2023 avec Marine Le Pen à l’initiative de Thierry Solère – dont apparemment personne n’est gêné par ses multiples mises en examen. Ce dîner aurait dû demeurer secret. L’ancien Premier ministre a été questionné comme s’il s’agissait d’une honte, d’un scandale. Marine Le Pen estimant, elle, que « c’était tout à fait normal ». Il a assumé cette rencontre en soulignant d’abord qu’il dînait avec qui il voulait et qu’ensuite, si leurs échanges avaient été cordiaux, il en avait profité pour lui faire part de ses nombreux désaccords. Il n’aurait pas davantage refusé de s’attabler avec Jean-Luc Mélenchon, exactement dans les mêmes conditions.

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Je conçois que l’interrogation puisse s’attacher au caractère longtemps maintenu secret de ce repas comme si les deux convives avaient eu eux-mêmes conscience de sa particularité. Je comprends bien qu’une transparence absolue est impossible et que de fait elle rendrait invivable la vie politique qui parfois impose des échanges discrets. Mais il est navrant qu’au-delà de cette évidence, une sorte de retenue continue à peser sur les relations qu’on n’ose pas avouer cordiales avec Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Comme s’il y avait une obligation morale à détester l’une ou l’autre et que la simple discussion ou dénonciation de leur programme ne suffisait pas. Il faut pousser encore plus loin l’hostilité.

Bien sûr, au sein de son camp, tous les bons apôtres, les âmes pures ont protesté en affirmant qu’ils n’auraient jamais accepté de dîner avec Marine Le Pen, ce qui est se moquer du monde ! Cet épisode n’est pas dérisoire qui montre la manière dont un homme politique qui a de hautes ambitions pour 2027 sait ou non affronter des polémiques à la fois insignifiantes mais tellement révélatrices de notre médiocre climat républicain. Imaginons que demain on apprenne que Gérald Darmanin a dîné en secret avec Marine Le Pen : il y aurait le même type de controverse. Aussi aberrante. Sans doute réservé à la seule famille Le Pen ou Marion Maréchal ou Éric Zemmour. Comme si nous étions, avec eux, en guerre humaine et pas seulement en contradiction politique. La haine que ses ennemis reprochent au RN de diffuser, est en réalité partout dans le monde politique. On a peur de se mettre à table pour n’être pas tenté d’écouter, de comprendre ou, qui sait, d’approuver ?

Touche pas à mon vote

Face aux victoires électorales à répétition du RN, les élites parisiennes ont mis en place un « quoi qu’il en coûte » politique doublé d’un confinement des doléances françaises. Tout sauf Bardella ! À coups d’âneries antifascistes et de chantage aux heures les plus sombres, l’alliance improbable du camp du Bien (la gauche) et du Cercle de la raison (la Macronie) a-t-elle réussi ? Jusqu’à la prochaine fois.


Le peuple a parlé, comme le voulait le président. Mais vu qu’il dit des âneries, il est urgent de le faire taire. Les 9 et 30 juin, les Français ont massivement voté pour une politique de droite, c’est-à-dire d’autorité et de retour à l’ordre public. Et ils pourraient se retrouver avec un gouvernement de gauche. Au moment où vous lirez ce journal, on saura si ce prodige démocratique – la transformation du plomb populiste en or macrono-socialiste – s’est réalisé. Ce serait la première fois, sous la Ve République, qu’un parti ayant dépassé (en l’occurrence largement) 30 % à un premier tour des législatives échoue à obtenir la majorité au second. Dans ce scénario, le RN et ses alliés ciottistes seront l’opposition d’une coalition de carpes et de lapins dont le seul point d’accord, après trois semaines à s’invectiver, est de se débarrasser du trublion. Tous contre un ! Dans leur langue étrange, ils appellent ça « faire barrage à l’extrême droite ». En bon français, cela signifie « congédier le réel ».

Réalités parallèles

Quelle que soit son issue, le spectacle joué pendant trois semaines mérite qu’on y revienne. « Une tragédie française », selon Alexis Brezet. Ou une comédie de boulevard. Au premier acte, Ciotti quitte le foyer conjugal avec pertes, fracas et la clef du coffre pour vivre au grand jour son idylle avec Bardella. « Le grand méchant loup arrive pour manger les petits enfants ! » hurle le chœur. Affolés, le cercle de la Raison (la Macronie) et le camp du Bien (la gauche) se précipitent dans les bras l’un de l’autre. Il y a d’abord des baisers furtifs, des œillades appuyées, des étreintes un peu forcées. On essaye de faire taire le grand-père gaffeur, celui qui fait des blagues antisémites. À la fin, tout est pardonné. Contre Hitler, il fallait bien s’allier avec Staline (qui n’était pas franchement innocent en matière d’antisémitisme). On a donc besoin d’un Hitler dans le tableau.

Beaucoup de Français, insensibles à la drôlerie du carnaval antifasciste, ont plutôt eu le sentiment de regarder un film de science-fiction mettant aux prises deux réalités parallèles. Le 30 juin, pendant que Bardella promet d’être le Premier ministre de tous et de respecter les institutions, sur les plateaux de télévision ses adversaires sont en mode « fascisme à nos portes – aux armes citoyens ». « Pas une voix au RN », affirme la voix tremblante un Attal redevenu en un tournemain un militant socialiste. Le déconomètre s’emballe : s’ils prennent le pouvoir, ils ne le rendront pas, assène l’un. C’en sera fini de nos libertés, renchérit l’autre. « La lutte contre l’extrême droite, c’est notre ADN », répètent des gens sincères, reconnaissant implicitement que le nom Le Pen les empêche de penser – puisqu’il s’agit d’hérédité. Ce qu’ils reprochent au RN, c’est son passé, à leurs yeux bien plus encombrant que le présent de leurs amis. Et puis, ils ont l’air respectables, mais en vrai, ils n’ont pas changé. En somme, ce que ne disent pas ces fourbes du RN est beaucoup plus grave que ce que disent ouvertement certains élus de gauche. Perso, je préfère les gens qui cachent leurs mauvais sentiments à ceux qui les clament sur les toits.

Quinzaine anti-Le Pen

Sans surprise pour ceux qui ont connu les précédentes « quinzaines anti-Le Pen » (Muray en 2002), en trois semaines, tous les bataillons de grands esprits et belles âmes ont défilé en rangs serrés : intermittents du spectacle, avocats, juges, rappeurs, médecins, historiens, marchands de pianos et abonnés au gaz, sans oublier, ce qui est scandaleux, des diplomates et des présidents d’université, pas une corporation n’a manqué cette occasion de sermonner le populo. L’électeur RN est au choix un salaud insensible aux joies de la diversité, un idiot manipulé par les Russes ou CNews, ou encore un malade égaré par la souffrance qu’il convient d’isoler derrière un cordon sanitaire pour éviter la contamination. Contre tous les principes du syndicalisme, madame Binet demande aux sympathisants RN de dégager de la CGT. Ils puent – c’est leurs idées nauséabondes. La même, qui n’en est pas à une infamie près, félicite une foule haineuse d’avoir « résisté à une agression fasciste » en tabassant dix jeunes filles munies de pancartes. La lâcheté, c’est le courage – c’est beau comme du Orwell.

Tout ce tintamarre a l’avantage de couvrir le message des urnes. Comme l’observe Fourquet, l’électorat RN, c’est le peuple de la bagnole. Dans la France de Bardella, on se chauffe au fioul, toute hausse du prix de l’essence est synonyme d’un petit plaisir en moins, accoucher est problématique et on fait des kilomètres pour aller chez le dentiste. Sinon, on prend du Doliprane et on serre les dents. Maurras opposait le pays réel au pays légal. Brighelli oppose « Paris, ville irréelle » à la vraie France « qui roule au diésel parce que c’est moins cher et fait des barbecues parce que c’est meilleur[1] ». Ce désarroi de la France oubliée n’explique pas qu’entre deux premiers tours (2022 et 2024), le RN soit passé de 18 à 32 % des suffrages et de 4,2 millions à 11 millions de voix. C’est que l’homme ne se nourrit pas seulementde pain. Les émeutes consécutives à la mort de Nahel et le meurtre de Thomas à Crépol, pour ne citer que deux événements dramatiques, nourrissent le sentiment de dépossession. Les électeurs RN veulent bien accueillir, pas devenir culturellement minoritaires chez eux. Ils ont tort, c’est Mélenchon qui le dit : « Ceux qui s’appellent Français de souche posent un problème sérieux à la cohésion de la société. » Vous êtes tous des immigrés, arrêtez de nous enquiquiner avec votre vieille culture et vos mœurs libérales, si offensantes pour les nouveaux arrivés. Prière de laisser la place à la nouvelle France et de disparaître en silence.

On dira que les électeurs ont pu faire leur choix et que la démocratie a parlé. Sauf que la démocratie suppose un débat loyal et pluraliste. Il est parfaitement légitime de critiquer le RN et ses projets, mais quand toutes les voix autorisées font chorus dans le chantage au nazisme, l’électeur est-il libre de son choix – ne peut-on pas parler d’emprise ? Pendant trois semaines, les vierges effarouchées ont martelé que, même s’il gagnait les élections, le RN serait illégitime pour gouverner. Les Soulèvements de la terre, qu’une partie de la gauche couve d’un œil énamouré, ont annoncé qu’ils s’opposeraient physiquement à son accession au pouvoir. Autant dire que, même si Jordan Bardella est à Matignon demain, il devra affronter moult chausse-trappes et empêchements. Pour sauver la démocratie, il faut savoir la mettre en veilleuse.


[1] Jean-Paul Brighelli, « La revanche de la France périphérique », causeur.fr, 2 juillet 2024.

Les aventuriers de l’arc perdu

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« Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire… » Bibi fricoteur s’est fait piquer les clés de la République par les Pieds Nickelés du NFP


Le Nouveau Front populaire est en ébullition. Depuis le 7 juillet et le miracle du poteau rentrant dans les arrêts de jeu de la 2e mi-temps des législatives, les deals, la guerre de course, aux fromages, vers Matignon, s’emballent. Mon soutien contre un maroquin, deux agates et un calot… L’Éducation nationale, c’est trop fatiguant, la Culture aussi… Je veux l’Écologie ou la Villa Médicis ! Les cadors se marquent à la culotte, se méfient du contre-la-montre, préparent le sprint final. Rien n’est jamais acquis… Jupiter des hommes de bonne volonté danse avec les loups, explore une troisième voie centralo-citoyenno-républicaine, sur tapis vert, des pactes Lustucru. LFI menace de lâcher ses Fedayins-Antifas sur Matignon-Sigmaringen. Bientôt un 6 février 34 de gauche, festif, Septembre noir participatif, 18 Brumaire brûlant… Le combat continue.

Les aventures de Manu Lambert…

« Dans la banlieue où qui fait nuit ; La petite route est déserte ; Manu Lambert rentre chez lui ; Dans le lointain les insoumis poussent des cris ; Ça y est j’ai planté le décor ; Créé l’climat de ma chanson ; Ça sent la peur, ça pue la mort ; J’aime bien c’t’ambiance pas vous ? Ah bon. Plus y s’angoisse moins ça va mieux ; Quand soudain lui surgit une idée ; J’vais siphonner un vote ou deux ; Faut bien que j’me défoule un p’tit peu ; J’suis énervé (…) T’aurais pas dû, Manu Lambert ; Dissoudre et lancer les Légis ; T’aurais dû rester chez ta mère ; Comme un bon fils… Ta ta ta ! » (D’après Renaud).

Pierrot le Fou-président a dégoupillé la grenade de la dissolution, pris son risque, ses pieds dans le tapis et les mèches des bâtons de dynamite.  « Ce que… je voulais dire… oh … pourquoi… Après tout, je suis idiot Merde… Merde… BOUMMM !!! ». La jeunesse est un naufrage. Bibi fricoteur s’est fait piquer les clés de la République par les Pieds Nickelés du NFP, ivres de probité candide et de vin rouge. Les mouches ont changé d’ânes, les louches ont changé d’âme. Le naufrageur ne regrette rien, s’autoproclame garant de la démocratie. Sa force et liberté de manœuvre, c’est d’ignorer ce qu’il veut, où il va. « Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire… ». Ferdinand Macron n’a jamais su y faire avec Marianne. Pour clarifier la clarification, sortir du bourbier, après la foudre, Jupiter se prend pour Polnareff, écrit des Lettres à la France. Va-t-il nous montrer ses fesses sur la plage de Brégançon ?

Le Cercle des prophètes disparus

On les connait, on les reconnait, ils osent tout. Ils sont dangereux parce qu’ils n’ont rien à perdre. Les Tartuffe du pourtousisme, révolutionnaires en peau de lapin, ont des visions, vivent de slogans, de subventions, s’exilent à Dubaï, au Réal, posent pour les magazines, au Festival de Cannes, à Saint-Vincent-de-Paul de Vence. Peu leur importe la paix civile, la concorde, la prospérité nationale, les déficits abyssaux. Tant pis ou tant mieux si tout explose. Viva Zapata ; Familles, je vous hais ; Ni Dieu (sauf Allah) ni maitre ; Société, tu m’auras pas ! Sus à la panique morale, pas de crispations, We are the world, Non au nauséabond, No Pasaran ! Les rappeurs, sauvageons sympathiques souvent sanguins, sont des artistes. La muse les habite. Leurs complotisme, antisémitisme, appels aux viols et aux meurtres, font bouger les lignes (de coke), « font partie du code » (dixit, Marine Tondelier)… du code pénal. « À force de n’être chez eux nulle part, ils ont fini par prendre le mauvais genre de s’y croire partout » (Anouilh).

A lire aussi, Aurélien Marq: Le front républicain anti-RN a trouvé son hymne!

Le peuple, méfiant, ne croit plus aux romans sur la vie, grand désert où luit Ferré, Ferrat, Potemkine, la Liberté ravie. Les culs-terreux et prolos ont beaucoup déçu France Info, les progressistes, les écolos, les sociologues. Après les OS, les OQTF. Après la grosse caisse des grands soirs prolétariens, place aux concertos « citoyens » avec Tam-Tam inclusif et flute de paon humaniste. Du vent, de la volupté, des remords et le courage du bon. Les crieuses de vieux chapeaux, damnés de la chaire, pétroleuses du génie lesbien, Laure Adler, Rokhaya Diallo, Alice Coffin prospèrent dans le woke business, la diversitéocratie, les dominés, les races, l’invisible. Touche-pas à ma rage, mes stages de rééducation, mon buzz, mes sponsors, mon Nobel. Nous sommes riches de nos différences.

À venir avec le NFP à Matignon : un ministère du blocage de la misère, un 666e plan de redressement de l’École des fans, garanti boulgour sans gluten à la cantine, kit républicain sur la laïcité coranique et abaya pas de quoi en faire tout un plat. Les faits, comme les fanatiques, sont impitoyables. Socialisme et Berbérie. Deux générations de gauchisme, d’idiots inutiles, Bourdieuserie, culture de l’excuse et lâcheté politique, auront eu la peau de notre civilisation ; le pays implose.

La recette du cake d’amour

Tout le monde fait semblant d’avoir entendu le dernier avertissement de la dernière chance, avant le début du futur compte à rebours de la prochaine élection. Guignol’s band et Fééries pour une autre fois. Depuis quarante ans, la même rengaine, la méthode couarde, les mots creux qu’on dit avec les bleus. Il est minuit au clocher de l’église. Le mantra magique pour fédérer, rassembler, c’est le « progressisme ». Comme les spaghettis, consensuel, nourrissant, le progressisme se cuisine à toutes les sauces : bolognaise prolo, arrabiata insoumis, pesto rouge bio, basilic écolo, puttanesca avec pulpe féministe… « L’avenir est un lieu commode pour y mettre des songes » (Anatole France).

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La mode est à l’architecture, aux ponts, barrages, arcs, républicains. Barrage de Malpasset ou contre le Pacifique ? Arc Tudor, Mozarabe, surbaissé, rampant, en anse de panier ? Le plus élégant est en plein centre ! Les triomphes, c’est fini… Les voussoirs et contreforts du « vivre ensemble » ont du mou. Le psittacisme antifasciste fait pschitt. Les châteaux en Espagne (républicaine) de Numérobis se construisent en sophismes et palinodies. Si le Rassemblement National, baudet pelé, galeux d’où vient tout le mal, n’est pas dans « l’arc républicain », où est-il ? De quoi est-il le nom ? Royaliste, fasciste, factieux, dangereux pour la démocratie ? Qu’attend Gérald Darmanin pour le dissoudre en application du code de la sécurité intérieure ?

Bonnes à tout (faire) avaler, les forces obscures, maléfiques, magiques, menacent et cimentent. Réaction, néo-libéralisme, illibéralisme, populisme, autoritarisme, masculinisme… Les journalistes angoissés, politologues chevronnés, chercheurs imminents, peinent à définir ces nuisibles dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Deux certitudes : ils ne votent pas à gauche et sont un danger pour la démocratie. Hors compétition, indétrônable mamba noir, plus dangereuse que le scorpion (gilet) jaune à queue large ou la pieuvre à anneaux bleus (blanc, rouge), « l’extrême droite » reste ballon d’or toutes catégories de la Champions League du camp du mal.

Crier au loup ad nauseam, manipuler les peurs, multiplier les leçons de morale à géométrie variable, les concours de poutre et de paille, chantages aux « extrêmes », rajoutent de la confusion à l’hypocrisie. Le salaire de la peur nous le payons cash. La démonétisation de la classe politique et l’exaspération d’une frange grandissante de l’électorat, stigmatisée et marginalisée. L’instrumentalisation de l’indignation annihile les défenses immunitaires démocratiques qui manqueront lorsque les vrais fascistes seront aux portes du pouvoir.

« Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances » (Fustel de Coulanges).

Contre-Poison: un nouvel antidote contre la Pravda de gauche

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Interview avec Nina Pravda et Loup Viallet, spécialiste de l’Afrique, créateurs du nouveau journal indépendant, Contre-Poison.


Causeur. Contre-Poison : pourquoi ce titre?

Nous nous accordons à dire que l’époque que nous traversons est de plus en plus folle. Folle de lâchetés, de laideur, de mensonges, de renoncements, de dogmatismes et de menaces existentielles de plus en plus aigües. Spectateurs de celle-ci dans une France qui se dissout au sein d’une Europe à l’agonie, nous brûlions de témoigner. Il nous semble vital, lorsqu’un temps à venir s’étonnera de nos débâcles, que les générations futures sachent que certains soldats refusèrent de jeter les armes et de lever les bras.

C’est pourquoi nous avons ressuscité une publication de 1791 qui n’a duré que quelques mois, Contre-Poison. Un titre incisif pour un journal indépendant de droite nationale.

Quelle est votre ligne éditoriale ?

Notre civilisation affronte les plus graves périls de toute son histoire : effondrement démographique et invasions étrangères, soumission à l’hégémonie américaine et oubli des racines culturelles, domination de l’idéologie égalitaire et refus de toute hauteur. Les Européens doivent comprendre que leur civilisation est unique et pas universelle. Contre cette époque molle et avec billets, portraits ou analyses nous avons à cœur de contribuer à réunir des voix qui cultivent les qualités uniques de la civilisation occidentale. Nous cherchons à donner la parole à des spécialistes et personnalités à part, et ouvrons nos colonnes à toutes les bonnes plumes qui ravivent la liberté d’expression. 

Quel est le modèle économique de Contre-Poison ?

Nos publications sont exclusives et accessibles gratuitement en ligne, mais nous misons tout de même sur la générosité de nos lecteurs.

Le grand hi-han républicain

Des candidats se sont désistés dans 215 circonscriptions pour faire barrage au RN, rendant le souhait de Mélenchon de voir le programme du Nouveau Front populaire appliqué gaguesque, rappelle le politologue Renaud-Philippe Garner. Pendant que le « front républicain » permet au RN de se victimiser, et de dénoncer un système qui se liguerait contre lui de manière injuste, les caisses du parti de la droite populiste se remplissent.


Le soir du 7 juillet, face aux résultats du second tour des élections législatives, nous apprenions que le « front républicain » avait très bien fonctionné. Rappelons que ce pacte électoral a pour but de battre un ennemi désigné, en l’occurrence un ennemi de la République. Lorsqu’un parti dit non républicain risque de l’emporter, tous les partis républicains doivent se désister afin de soutenir le candidat républicain le mieux placé pour l’emporter. Le cas d’école est l’élection présidentielle de 2002. Nombre d’électeurs se pincèrent le nez et votèrent pour Chirac afin de « faire barrage » à Jean-Marie Le Pen.

Êtes-vous vraiment certains que le RN ait perdu, et que Mélenchon ait gagné ?

Plus de deux décennies plus tard, nous découvrons que malgré l’efficacité incontestable et la cohérence exemplaire de cette manœuvre électorale, la République serait encore et toujours en danger. Hannibal ad portas! Sur l’autel de la République, on se sacrifia sans mesure. Dans 215 circonscriptions, des candidats se sont désistés afin de « faire barrage » au Rassemblement national. Comme le candidat cauchemardesque a été défait 173 fois sur 215, nous avons la preuve indiscutable que le front républicain est une merveille stratégique.

Les chiffres ne mentent pas et par conséquent le triomphalisme des uns et des autres est parfaitement justifié:

Il est donc inutile, voire pervers, de rappeler que le Rassemblement national est désormais le parti avec le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale. Certes, la plus grande coalition est celle formée par le Nouveau Front populaire avec 182 députés, mais cela représente l’addition de sept étiquettes/partis. La coalition du gouvernement, composée de huit étiquettes/partis, enverra 168 députés au palais Bourbon. Piteusement, le Rassemblement national et sa seule formation alliée (Les Républicains à droite) n’enverront qu’un rachitique cheptel de 143 députés. Manifestement, ce sont les seuls chiffres qui comptent. Inutile de rappeler qu’avec 126 députés, le Rassemblement national est le parti qui dispose du plus grand nombre de députés, suivis par Renaissance avec 102 et la France Insoumise avec 74. Comme les coalitions sont toujours plus stables et durables que les partis, il faut uniquement considérer les premières et ignorer les seconds. Forcément…

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D’ailleurs, il serait d’une maladresse inouïe de souligner qu’en 2017, le Rassemblement national ne disposait que de huit députés, lui qui longtemps n’en avait pas du tout. Grâce au front républicain, le Rassemblement national endura une humiliation supplémentaire: il décupla ce chiffre et n’envoya que 89 députés à l’Assemblée nationale en 2022. Aujourd’hui, le triomphe du front républicain est sans appel: le Rassemblement national devient le premier parti de France au palais Bourbon.
Oublions les électeurs, car en démocratie représentative l’essentiel, ce sont toujours les élus. Il est mesquin de rappeler qu’au premier tour des législatives de 2022, le parti à la flamme avait récolté un peu plus de 4 200 000 voix. Cette fois-ci, il ne reste à ses dirigeants que leurs yeux pour pleurer, car le premier tour des élections législatives leur rapporte, à eux et leurs alliés, un peu plus de 10 600 000 voix. Osons dire qu’un parti qui ne parvient à rallier que 6 000 000 d’électeurs de plus en deux ans est un parti usé et en perte de vitesse. Ce revers est sans doute attribuable au front républicain.

Les problèmes d’argent de Marine Le Pen sont loin

Évidemment, il serait hors sujet de rappeler qu’en France le financement public des partis politiques dépend à la fois des résultats du premier tour, et du nombre d’élus. Comme chaque électeur du Rassemblement national lui rapportera 1,6 euro, le parti à la flamme peut s’attendre à pas moins de 17 millions. Une fois qu’on aura ajouté la tranche versée en fonction des élus, le parti nationaliste ne pourra que crier famine… Si les caisses de la droite nationale sont bientôt vides, c’est donc aussi grâce au front républicain…

Évitons toute réflexion qualitative, car la démocratie c’est le suffrage et ce dernier est quantitatif. Conséquemment, il est extravagant de réfléchir à l’unité des coalitions politiques. Nous ne gagnons rien à noter que le Nouveau Front populaire qui nous assure être uni et fraternel n’arrive toujours pas à identifier son candidat pour Matignon un mois après la dissolution de l’Assemblée nationale. Il est vain de noter que les populistes de droite ont eux identifié leur potentiel Premier ministre sans problème. Tout cela est sans intérêt, mais même si c’était pertinent, nous pourrions remercier le front républicain qu’un tel désordre règne dans l’extrême droite.  

La surprise et l’émotion retombées, nous devons nous en tenir aux faits. Le front républicain n’a jamais aussi bien fonctionné. Cette manœuvre électorale a tant de vertus, et n’a aucun vice. Les élections législatives de 2024 ont été l’occasion d’un phénomène remarquable : le fameux barrage républicain s’est métamorphosé en dos d’âne. Le grand stratagème qui devait arrêter « l’extrême droite » s’est révélé si prodigieux qu’il parvient à gonfler ses rangs et remplir ses caisses. Hi-han, la République est sauvée.     

Naturisme à l’os

Outre-Rhin, la pratique très répandue du naturisme perd du terrain. La faute à un manque de nouveaux amateurs, pour qui être nu comme un ver ne ferait toujours ni chaud ni froid…


O tempora, o mores. Le naturisme ne semble plus en vogue chez nos voisins. La pratique, plus que centenaire, avait connu un pic après-guerre, notamment en Allemagne de l’Est où elle jouait un rôle de protestation pacifique et originale face au régime socialo-communiste (certains lecteurs se souviendront d’une photo qui circulait sur internet il y a quelques années, montrant une jeune Angela Merkel dans le plus simple appareil avec quelques amies au bord d’un lac – l’ex-chancelière a en effet grandi en RDA).

Manque d’intérêt de la part de la nouvelle génération

Outre-Rhin, cette pratique bien connue sous le nom de Freikörperkultur s’est fédérée au sein de l’association DFK, qui devait fêter cette année en grande pompe son 75e anniversaire. Or, patatras, les organisateurs ont dû annuler les festivités… par manque de participants.

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Le président de la DFK, Alfred Sigloch, déclarait récemment au journal Bild que son association était passée de 65 000 à 34 000 membres en à peine vingt-cinq ans, et que la tendance se confirmait. Cette dégringolade a mis à nu un évident manque d’intérêt chez les nouvelles générations, mais pas seulement : d’autres avancent le développement des smartphones et des minidrones qui font craindre à certains d’être pris en photo à leur insu. Dans ce pays traditionnellement très libéral vis-à-vis de la nudité publique, des zones, plages et autres campings réservés demeurent, mais de nombreux sont en sursis, les propriétaires et municipalités se tournant davantage vers des locations plus lucratives, à contre-courant de l’esprit très simple et écolo des naturistes.

Résistance !!

Mais Sigloch l’assure, les grands raouts estivaux feront de la résistance, comme le cross international naturiste qui aura le lieu le 27 juillet prochain au bord de la mer Baltique. Un sujet qui avait manifestement échappé aux candidats aux européennes.

Hanane Mansouri, une chance pour la France

À la différence de toute une jeunesse qui s’enferme dans les origines, le communautarisme ou l’islam radical, la jeune Iséroise Hanane Mansouri nous dit qu’elle ne s’est « jamais considérée comme une Marocaine en France ». Félicitations à elle: la voilà députée LR-RN!


C’est en novice qu’Hanane Mansouri est arrivée et a pris place au palais Bourbon, lundi. À vingt-trois ans, elle fait partie de ces nouvelles jeunes pousses – avec Flavien Termet, vingt-deux ans, élu sous l’étiquette RN dans les Ardennes – du Palais Bourbon. Elue députée de la 8e circonscription de l’Isère dimanche dernier sous l’étiquette LR-RN, la jeune femme ne s’attendait pas du tout à connaître une ascension aussi rapide : « Honnêtement non, le contexte était tellement particulier. Je n’aurais jamais pensé être élue député aussi vite ».

Cadre des Républicains, elle était adjointe de Guilhem Carayon à la tête de la section jeune du parti, lequel était un partisan de longue date de l’Union des droites puisqu’il avait posé en 2023 à la Une du magazine L’Incorrect avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet1. Elle n’a pas hésité à suivre son patron Éric Ciotti quand ce dernier a annoncé son ralliement au bloc de droite au 13h de TF1 : « Quand Éric Ciotti a annoncé la formation d’une alliance, je n’ai pas hésité un instant. Les circonstances et le danger de l’extrême gauche imposaient d’aller vite » explique-t-elle. Une réaction de circonstance, face à la montée du Nouveau Front populaire, alors ? « C’est une conviction ancienne ! Face à l’extrême gauche, j’ai toujours été pour l’union des droites au sein du parti. » Une conviction certes ancienne chez la jeune femme mais qui exprimée en public au sein du parti valait (vaut peut-être encore) exclusion… « Je l’ai dit très honnêtement, y compris au sein du bureau national des Jeunes Républicains alors qu’il y avait des adversaires résolus de ce type d’alliance. » Hanane Mansouri n’a pas l’air encore à l’aise avec la duplicité politique ou la langue de bois. C’est d’abord une militante convaincue : candidate sur un canton grenoblois pour les départementales de 2021, active dans son université auprès du syndicat étudiant de droite UNI, elle a aussi découvert le parlement grâce à des stages auprès de sénateurs LR.

« Arabe de service »

Echirolles, sa ville natale, s’est fait remarquer il y a un peu plus de dix ans par un sordide fait divers, au point d’inspirer une chanson à Calogero. L’insécurité et la pauvreté faisaient de sa circonscription une terre d’élection favorable. Jordan Bardella y avait obtenu près de 45% aux européennes. Finalement, elle a brillamment remporté le scrutin au second tour avec 54.10 % face à la candidate écologiste.  La politique n’a jamais été de tout repos pour elle. Déjà, en avril 2022, son sort avait attiré l’attention au-delà du Dauphiné quand elle avait fait l’objet d’une agression qui lui avait valu six jours d’ITT. Plus récemment, une sinistre affaire lui a valu une certaine publicité dans les médias nationaux. « Arabe de service », « beurette », « sale serpillère » et on en passe… Une volée d’insultes racistes accompagne son annonce de candidature sur X. D’où viennent ces attaques ? « Des anonymes, quelques personnes qui partagent sur leur profil de la propagande d’extrême gauche », assure-t-elle. Pas de quoi intimider toutefois la candidate qui en a vu d’autres : « Je m’y attendais, cela conforte surtout dans l’idée que je mène le bon combat. »

Nous y venons : derrière une carrière bien engagée, qu’est-ce qui a pu motiver initialement l’engagement militant très à droite de cette jeune femme au profil assez atypique qui n’hésite pas à contrarier certains préjugés sur les comportements électoraux des enfants de l’immigration ? Si elle reste assez pudique sur sa famille comme sur ses origines, elle admet que son engagement est au diapason d’une éducation pas forcément conscientisée à droite mais très portée sur le travail et l’effort. Il y a eu aussi certaines crispations et blessures : « Mon désir d’engagement politique est intervenu au lycée alors que de nombreux enseignants m’expliquaient que l’on ne pouvait pas réussir en ayant mes origines, mon nom, ma couleur… Or c’est faux, j’ai pu suivre des études et arriver ici.  On me parle aussi de contrôles au faciès : je n’ai jamais eu de problème avec la police. Ce n’est pas une question de couleur mais d’éducation ». Il y a des ados qui peignent leur chambre en noir pour contester l’autorité de leurs parents ; pour contester la culture de l’excuse développée par les profs de gauche, Hanane Mansouri a pris sa carte aux LR et à l’UNI en se revendiquant « gaulliste, conservatrice et libérale ».

Bobards de gauche

Violences policières, racisme systémique… la jeune femme dénonce sans trop de complexes des bobards : « Je connais bien la culture marocaine. Je vais régulièrement en vacances au Maroc. Aussi je peux dénoncer le discours victimaire dans lequel on élève les jeunes issus de l’immigration car je peux constater qu’il ne se vérifie pas dans les faits. Si l’on est correct et bien élevé, les choses se passent bien. »  Elle applique finalement cette vieille maxime qui veut qu’à Rome, l’on fasse comme les Romains : « Je ne me suis jamais considérée comme une Marocaine en France. » La jeune génération est-elle unanime à tenir ce discours ? Comment expliquer les ratés de l’intégration ? « On parle plus de droits que de devoirs avec toute la philosophie de la victimisation intellectualisée par une élite de gauche. On entend qu’un Etat raciste leur en veut… et puis il y a la question plus difficile du nombre : l’effet de masse fait que de nombreux immigrés restent en gros et gardent leurs coutumes. » La jeune femme n’a pas la langue dans sa poche ; son profil la met aussi à l’abri de certaines accusations.

En politique, l’identité personnelle, les origines comme le sexe peuvent parfois être des atouts. Rama Yade, Rachida Dati, Najat Vallaud-Belkacem : depuis le début des années 2000, beaucoup de jeunes femmes politiques ont été érigées par les médias ou leurs partis en symboles de la diversité et de l’intégration (sans qu’elles l’aient toujours demandé).

Au cours de notre échange, Hanane Mansouri insiste à plusieurs reprises sur ce point : elle n’entend être l’Arabe de service de personne. « Je ne souhaite pas que mon mandat soit concentré uniquement sur la justification du fait d’être une femme d’origine maghrébine à droite » assure-t-elle. Avant de préciser : « Même si je veux évidemment lutter contre le communautarisme, le wokisme et tout ce qui concerne ces dérives. Notamment la propagande LGBT pour les jeunes enfants. » À ce titre, c’est dans la commission éducation et culture qu’elle aimerait siéger. Son profil comme son parcours devraient susciter l’intérêt. Elle a en tout cas arrêté un objectif : être autre chose qu’une origine. En politique comme dans la vie, il est de toute façon conseillé aux ambitieux d’aller de l’avant.

  1. https://www.causeur.fr/droite-incorrect-lr-reconquete-et-rn-coupent-le-cordon-sanitaire-255627 ↩︎

Comportementaliste masculin

En Australie, le poste de secrétaire parlementaire dédié au « changement de comportement des hommes » vient d’être créé, rapidement suivi par de savoureuses moqueries.


Il y a quelques années, Caroline De Haas affirmait qu’« un homme sur deux ou sur trois » est un agresseur sexuel. Récemment, se sentant trahie par un ami psychanalyste gauchiste de télévision accusé d’agressions sexuelles, Sandrine Rousseau, effondrée, a déclaré: « On ne peut compter sur aucun homme. »

L’État de Victoria à l’avant-garde du néoféminisme

Jacinta Allan, la très progressiste Première ministre de l’État de Victoria en Australie, pense exactement la même chose. Raison pour laquelle elle vient de nommer Tim Richardson à un nouveau poste de secrétaire parlementaire (ou ministre junior) dédié au… « changement de comportement des hommes ». Ce secrétaire devra se concentrer prioritairement sur « l’influence d’internet et des réseaux sociaux sur l’attitude des garçons et des hommes à l’égard des femmes et sur l’établissement de relations respectueuses », a précisé la Première ministre victorienne.

À lire aussi : Causeur: En première ligne dans la guerre des idées, Notre jeunesse

Tim Richardson prend sa nouvelle mission très à cœur: « Le moment d’agir sur la violence des hommes à l’égard des femmes c’est maintenant, et cela commence par nous, les hommes et les garçons », se flagelle-t-il sur Instagram où l’on peut découvrir sa bonne tête de ravi de la crèche progressiste.

Guerre des sexes

Narquois, de nombreux Victoriens se sont moqués de cette décision absurde en la qualifiant de « blague absolue ». D’autres, plus sérieusement, ont rappelé que les hommes étaient surreprésentés dans les statistiques sur le suicide et que 93% des décès sur les lieux de travail concernaient des hommes – pourtant, s’il existe un ministère pour les femmes, il n’y a pas de ministère pour les hommes, ont-ils souligné.
Ironiques, certains concitoyens de Mme Allan se sont étonnés : bien que le pourcentage de violences domestiques dans les couples lesbiens soit presque deux fois plus élevé que celui des mêmes violences dans les couples hétérosexuels, aucun secrétariat parlementaire pour le « changement de comportement des lesbiennes » n’a pour le moment été envisagé. Facétieuse, la sénatrice Jane Hume a finalement et pataphysiquement conseillé à Jacinta Allan de créer un ministère chargé du changement de… gouvernement.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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La clarification en marche?

Mélenchon et le lendemain des élections


La dissolution de l’Assemblée nationale devait clarifier la situation politique française. On admettra qu’elle n’y est pas parvenue. Au cours de cette même semaine, c’est la Grande Bretagne qui voit son horizon éclairci après la large victoire d’un social-démocrate, Keir Starmer. C’est l’homme qui a purgé le Parti Travailliste de l’influence néfaste de Jeremy Corbyn, largement accusé d’antisémitisme. Ce dernier avait un défenseur français. Il s’appelait Jean-Luc Mélenchon et il a attribué aux réseaux sionistes la défaite de Corbyn à qui il a reproché de s’être excusé devant des accusations d’antisémitisme qu’il a qualifiées de grossières. Lui, jamais il ne céderait devant les « ukases arrogantes du Crif ». C’était en 2019 et Mélenchon avait révélé son antisémitisme, son obsession du Crif et une de ses règles d’or, ne jamais s’excuser.

Nouvelle France

Je croyais savoir ce dont Jean-Luc Mélenchon était capable, mais je dois avouer que le 7 juillet il m’a estomaqué. Dès l’annonce des premiers résultats, il prend de vitesse toute la classe politique et prononce place de Stalingrad, ce nom a un sens, un discours aussi éloquent que mensonger devant un large échantillon de ses militants, sélectionné au préalable pour représenter la France dans sa diversité. 

La gauche avait gagné ; on aurait dit qu’un immense élan populaire avait porté son parti. Il était prêt à prendre les rênes du gouvernement pour répondre à l’attente « unanime » des Français et à réaliser au plus vite le programme du Nouveau Front populaire, « rien que le programme, mais tout le programme ». Il terminait sur les phrases d’une vieille chanson protestataire de Jean Ferrat, chantant entre autres les genêts de Bretagne et les bruyères de l’Ardèche. Aujourd’hui, c’est vers le RN que se tournent les habitants de ces terroirs qui fleurent si bon la France profonde. Qu’en aurait dit Ferrat, alias Jean Tenenbaum, dont le père avait été assassiné à Auschwitz?

Mélenchon veut imposer l’idée que c’est au chef du parti le plus nombreux à l’intérieur d’une coalition qui a obtenu le plus de voix aux élections de former le gouvernement et que toute autre décision serait une forfaiture. Ce message, répété ad nauseam par ses lieutenants, est triplement faux. D’abord, la gauche n’a pas gagné, elle n’est que la composante la plus nombreuse, de peu, d’une tripolarisation inextricable de l’électorat. Ensuite, LFI, contrairement à l’Assemblée précédente, risque d’avoir moins de députés qu’un Parti Socialiste requinqué, car comme Alexis Corbière, des élus qui ont affronté la colère d’un Mélenchon qu’ils avaient osé critiquer, ont dû changer d’étiquette et enfin parce que le président est libre de choisir qui il veut quand il le veut et qu’il ne se privera pas de le faire. 

Et puis, Mélenchon est l’homme politique le plus détesté de France. Il sait qu’il ne sera pas nommé. Ce qui lui importe, c’est d’attiser le ressentiment de ses militants en dénonçant les manigances probables de ses incertains alliés du NFP et de mettre en exergue les candidats LFI qui se sont désistés au nom du front républicain et qui en se sacrifiant ont sauvé des adversaires tels qu’Elisabeth Borne ou Gérald Darmanin. 

La surprise du second tour a été l’efficacité du thème du front républicain contre le Rassemblement national. Ce vote a été la bouée de sauvetage du parti présidentiel, mais c’est aussi grâce à lui aussi que le Nouveau Front populaire est devenu le plus important bloc de députés de la nouvelle Assemblée nationale, que des candidats LFI aussi anti-israéliens que Ersilia Soudais et Raphaël Arnault ont été élus, et que Philippe Poutou du NPA, qui n’a jamais caché son admiration pour le Hamas, a doublé son score du premier tour. L’outrance dans la haine d’Israël n’a pas empêché les reports de voix et tout indique que l’antisémitisme reste trop souvent considéré comme une affaire qui n’implique que le monde juif.

En revanche, il n’y a pas  eu un seul candidat RN qui n’ait été élu au second tour, s’il n’était pas déjà en tête au premier. Donc des reports faibles qui témoignent que le rejet du RN reste massif. Il semble par ailleurs que les électeurs du RN lui sont restés fidèles au second tour malgré l’évidente impréparation technique de certains candidats et la révélation de l’antisémitisme et du  racisme  de quelques autres. Pour ne citer qu’un exemple, le député sortant, maurrasien, raciste et antisémite assumé, Frédéric Boccaletti, a été réélu dans le Var malgré de nombreux signalements à son encontre.

Ressentiment

Elle est loin, la promesse de Bardella que le RN aurait la majorité absolue, mais on aurait grand tort d’oublier qu’au premier tour, il est arrivé en tête dans 55% des circonscriptions de France métropolitaine. Avec le système électoral majoritaire à un seul tour qui est celui des Britanniques, il aurait obtenu plus de 300 députés à l’Assemblée nationale, et on aurait parlé de raz de marée électoral. Nul doute que l’impression d’une élection volée alimente chez ses électeurs un ressentiment qui risque de se nourrir encore de l’échec, malheureusement probable, d’une introuvable coalition gouvernementale centro-gauchiste. Cet échec peut le porter au pouvoir en 2025 lors d’une possible (probable?) nouvelle dissolution ou en 2027 lors de l’élection présidentielle.

Sur le papier, en additionnant les députés Ensemble aux Républicains, aux divers droite et aux membres du Nouveau Front populaire sans LFI on obtient 320 députés. Mais beaucoup refusent d’entrer dans une coalition aussi baroque, dans une France où l’image de la IVe République agit comme un repoussoir. Il faudrait une pratique du compromis dont la France n’a pas l’habitude et une habileté dans le maniement des hommes qui n’est pas le point fort d’Emmanuel Macron. Mélenchon en sera exclu et on l’entend par avance vitupérer les traitres qui y seraient entrés après avoir signé le programme du Nouveau Front populaire. En lisant ce programme, j’ai pensé au Vénézuéla, un pays que je connais un peu. Jean-Luc Mélenchon, dont on connait la passion pour Hugo Chávez à qui il a emprunté la flamboyance de son style oratoire aussi bien que l’inanité de ses idées économiques, risquerait de transformer la France en un Vénézuéla sans pétrole. Il pallierait ce manque d’une touche d’islamisme qu’on appellerait liberté d’expression. 

Il prend pour modèle un pays dont 20% de la population, dont les plus éduqués, a fui. Ils envoient à leurs parents restés des subsides qui leur permettent de survivre et qui sont devenus indispensables à l’économie du pays. L’essence vénézuélienne est en grande partie d’origine iranienne, car les raffineries fonctionnent mal. La production de brut s’est effondrée, car la préservation des techniques d’extraction du pétrole lourd qui faisait du Vénézuéla un des plus grands producteurs mondiaux, a été négligée. Le pays se maintient par un régime policier, et par l’épuisement de la population. La propagande gouvernementale attribue toutes les difficultés à l’impérialisme, dont la propagande répète que le sionisme est un de ses pires avatars, mais cette auto-victimisation, bien classique, ne convainc que les convaincus.

C’est pour un avenir catastrophique que Mélenchon manipule par le verbe des militants jeunes, sa force de frappe par laquelle il essaie de faire pression sur ses partenaires du NFP. Certains rêvent déjà d’un troisième tour dans la rue. Ce n’est donc pas seulement à cause de son antisémitisme qu’il faut s’opposer au « Lider Maximo ».

Manu-la-grenade

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Le Touquet, 7 juillet 2024 © Mohammed Badra/AP/SIPA

Dans sa dernière lettre aux Français, le chef de l’État a contesté la victoire de la gauche aux législatives (« Personne ne l’a emporté ») avant de défendre un « large rassemblement » sans RN ni LFI.


Dans la fable Les Animaux malades de la Peste, La Fontaine raconte une maladie terrible, protéiforme, la peste « qui fait aux animaux la guerre ». Pour en venir à bout, rien de tel, politiquement, qu’un bouc émissaire : cet ennemi fictif désigné comme victime expiatoire. Manu-la-Grenade, comme dit Onfray, aurait tort de se priver —ça marche à fond la caisse— qui donne du temps au temps pour « répondre » —quel cynisme ! — « aux angoisses des Français » ainsi qu’aux forces républicaines. Oui, a dit le petit prince, machiavélique, je vous laisse le temps de « refléchir » comme disait Escartefigue dans Pagnol. « Refléchir » pour faire, d’une folie politique d’un soir, un bijou républicain. Et c’est reparti ! Plus que jamais, haro sur le baudet ! Belle continuité, soit dit en passant, que ce haro, cette vieille coutume juridico-politique qui, venue de Normandie, et désignant un ennemi fictif, dispense de désigner des coupables et de remédier au mal lui-même.

Et rebelote, après les élections ! Sus, donc, au RN en vue de 2027, ce pelé, ce galeux d’où vient tout notre mal ! Depuis A jusqu’à Z, analphabétisme, immigration, insécurité, islamisme, misère, c’est la faute au RN ! Fanatisme, homophobie, viols en veux-tu en voilà, tout ça, c’est le RN. Le dérèglement climatique ? Le RN. Sus à la bête tapie ! Un fiché S entre à l’Assemblée aux côtés d’un ancien président de la République recalé aux élections présidentielles.

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Macron est un disciple de Machiavel. Il a l’art, y a pas à dire. De ce vote historique, il a fait un vote hystérique. On sait que l’hystérie est dans nos gènes depuis les lois sociétales. Ceux qui s’opposaient aux lois étaient des hystériques. D’où l’absence de débats pour ne pas « hystériser les débats ». À mots couverts —des oreilles sont partout— entre amis, entre voisins, secret défense oblige —on évoque, avec un sourire entendu, d’un clin d’œil complice, le mal auquel on a échappé. Antiparlementaire, antiflic, antisémite, elle était bien là, tapie, la bête immonde, la mangouste du Livre de la jungle. Une députée inspirée, Manon Aubry, a dit qu’on n’avait pas le choix : « C’est Hitler ou le  (Nouveau) Front populaire ». Manon Aubry parle d’or.

Ca tiendra, le temps que ça tiendra. C’est toujours ça de pris, pense Manu-la-Grenade. Je suis le maître des horloges. Sont-ils facilement manipulables, ces Français, avec leurs idéologies et leurs disputes stériles, leur ignorance et leur sang chaud ! Et ces Républicains qui, noyés au fond de la piscine, croient ressusciter en sirènes, sous l’onction d’un nouveau maître-nageur ! Peu me chaut leurs indignations, les analyses qui n’en finissent pas ! Peut me chaut également la colère de mes proches. Je parle, on commente : j’ai du temps devant moi. Et j’ai encore, que je sache, le pouvoir de censurer, de faire et de défaire. Quia ego nominor Leo.

Alors, j’ai pensé — il faut toujours penser à nos Anciens— à la colère de Démosthène  dans les Philippiques, haranguant les Athéniens, au moment où le roi de Macédoine, Philippe, est aux portes d’Athènes. Les Athéniens —ce peuple ultra démocratique— beaux parleurs, chicaneurs et inconstants, à l’esprit civique affaibli —qui aimait se bercer d’illusions, prêtait l’oreille à une histoire sans intérêt, au lieu d’écouter l’orateur lui montrant le danger. On connaît la fin. La faute à qui ? Au RN bien sûr !

Saisons

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Se mettre à table, une honte?

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DR.

Se mettre à table, au propre comme au figuré.


Aurélien Rousseau, député socialiste et ancien ministre de la Santé, a vendu la mèche quand il a remercié les médias complaisants qui, durant la campagne entre les deux tours des élections législatives, ont favorisé la gauche et le Nouveau Front populaire. Voilà une personnalité qui avec une sincérité reconnaissante révèle ce qui serait demeuré ignoré de la plupart des citoyens, persuadés que dans notre démocratie tous les candidats sont traités avec équité ! Il faut reconnaître que sa gratitude ne se trompe pas de cibles puisqu’elle rend grâce au Monde, à La Croix, à Libération et à France Bleu. Ce que nous étions quelques-uns à percevoir – une partialité médiatique contre le Rassemblement national, battant en brèche les exigences d’une information honnête – prend toute son importance quand l’un des bénéficiaires de cette discrimination délibérée l’avoue avec candeur. Je ne doute pas que le fait de n’avoir jamais été mis en cause pour sa volte politique et sur le fond a rendu ses remerciements encore plus authentiques. Passant d’Emmanuel Macron au NFP, d’une réforme des retraites à sa possible suppression, il aurait pu trembler mais ces quatre médias ont été aimables avec lui ! Il s’est mis à table au figuré.

Édouard Philippe, lui, s’est vu reprocher de s’être attablé au propre au mois de décembre 2023 avec Marine Le Pen à l’initiative de Thierry Solère – dont apparemment personne n’est gêné par ses multiples mises en examen. Ce dîner aurait dû demeurer secret. L’ancien Premier ministre a été questionné comme s’il s’agissait d’une honte, d’un scandale. Marine Le Pen estimant, elle, que « c’était tout à fait normal ». Il a assumé cette rencontre en soulignant d’abord qu’il dînait avec qui il voulait et qu’ensuite, si leurs échanges avaient été cordiaux, il en avait profité pour lui faire part de ses nombreux désaccords. Il n’aurait pas davantage refusé de s’attabler avec Jean-Luc Mélenchon, exactement dans les mêmes conditions.

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La brigade des dîners

Je conçois que l’interrogation puisse s’attacher au caractère longtemps maintenu secret de ce repas comme si les deux convives avaient eu eux-mêmes conscience de sa particularité. Je comprends bien qu’une transparence absolue est impossible et que de fait elle rendrait invivable la vie politique qui parfois impose des échanges discrets. Mais il est navrant qu’au-delà de cette évidence, une sorte de retenue continue à peser sur les relations qu’on n’ose pas avouer cordiales avec Marine Le Pen ou Jordan Bardella. Comme s’il y avait une obligation morale à détester l’une ou l’autre et que la simple discussion ou dénonciation de leur programme ne suffisait pas. Il faut pousser encore plus loin l’hostilité.

Bien sûr, au sein de son camp, tous les bons apôtres, les âmes pures ont protesté en affirmant qu’ils n’auraient jamais accepté de dîner avec Marine Le Pen, ce qui est se moquer du monde ! Cet épisode n’est pas dérisoire qui montre la manière dont un homme politique qui a de hautes ambitions pour 2027 sait ou non affronter des polémiques à la fois insignifiantes mais tellement révélatrices de notre médiocre climat républicain. Imaginons que demain on apprenne que Gérald Darmanin a dîné en secret avec Marine Le Pen : il y aurait le même type de controverse. Aussi aberrante. Sans doute réservé à la seule famille Le Pen ou Marion Maréchal ou Éric Zemmour. Comme si nous étions, avec eux, en guerre humaine et pas seulement en contradiction politique. La haine que ses ennemis reprochent au RN de diffuser, est en réalité partout dans le monde politique. On a peur de se mettre à table pour n’être pas tenté d’écouter, de comprendre ou, qui sait, d’approuver ?

Touche pas à mon vote

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Réactions de Gabriel Attal et Jordan Bardella après l’annonce des résultats du premier tour des élections législatives, Paris, 30 juin 2024 © Gabrielle CEZARD/SIPA – NICOLAS MESSYASZ/SIPA

Face aux victoires électorales à répétition du RN, les élites parisiennes ont mis en place un « quoi qu’il en coûte » politique doublé d’un confinement des doléances françaises. Tout sauf Bardella ! À coups d’âneries antifascistes et de chantage aux heures les plus sombres, l’alliance improbable du camp du Bien (la gauche) et du Cercle de la raison (la Macronie) a-t-elle réussi ? Jusqu’à la prochaine fois.


Le peuple a parlé, comme le voulait le président. Mais vu qu’il dit des âneries, il est urgent de le faire taire. Les 9 et 30 juin, les Français ont massivement voté pour une politique de droite, c’est-à-dire d’autorité et de retour à l’ordre public. Et ils pourraient se retrouver avec un gouvernement de gauche. Au moment où vous lirez ce journal, on saura si ce prodige démocratique – la transformation du plomb populiste en or macrono-socialiste – s’est réalisé. Ce serait la première fois, sous la Ve République, qu’un parti ayant dépassé (en l’occurrence largement) 30 % à un premier tour des législatives échoue à obtenir la majorité au second. Dans ce scénario, le RN et ses alliés ciottistes seront l’opposition d’une coalition de carpes et de lapins dont le seul point d’accord, après trois semaines à s’invectiver, est de se débarrasser du trublion. Tous contre un ! Dans leur langue étrange, ils appellent ça « faire barrage à l’extrême droite ». En bon français, cela signifie « congédier le réel ».

Réalités parallèles

Quelle que soit son issue, le spectacle joué pendant trois semaines mérite qu’on y revienne. « Une tragédie française », selon Alexis Brezet. Ou une comédie de boulevard. Au premier acte, Ciotti quitte le foyer conjugal avec pertes, fracas et la clef du coffre pour vivre au grand jour son idylle avec Bardella. « Le grand méchant loup arrive pour manger les petits enfants ! » hurle le chœur. Affolés, le cercle de la Raison (la Macronie) et le camp du Bien (la gauche) se précipitent dans les bras l’un de l’autre. Il y a d’abord des baisers furtifs, des œillades appuyées, des étreintes un peu forcées. On essaye de faire taire le grand-père gaffeur, celui qui fait des blagues antisémites. À la fin, tout est pardonné. Contre Hitler, il fallait bien s’allier avec Staline (qui n’était pas franchement innocent en matière d’antisémitisme). On a donc besoin d’un Hitler dans le tableau.

Beaucoup de Français, insensibles à la drôlerie du carnaval antifasciste, ont plutôt eu le sentiment de regarder un film de science-fiction mettant aux prises deux réalités parallèles. Le 30 juin, pendant que Bardella promet d’être le Premier ministre de tous et de respecter les institutions, sur les plateaux de télévision ses adversaires sont en mode « fascisme à nos portes – aux armes citoyens ». « Pas une voix au RN », affirme la voix tremblante un Attal redevenu en un tournemain un militant socialiste. Le déconomètre s’emballe : s’ils prennent le pouvoir, ils ne le rendront pas, assène l’un. C’en sera fini de nos libertés, renchérit l’autre. « La lutte contre l’extrême droite, c’est notre ADN », répètent des gens sincères, reconnaissant implicitement que le nom Le Pen les empêche de penser – puisqu’il s’agit d’hérédité. Ce qu’ils reprochent au RN, c’est son passé, à leurs yeux bien plus encombrant que le présent de leurs amis. Et puis, ils ont l’air respectables, mais en vrai, ils n’ont pas changé. En somme, ce que ne disent pas ces fourbes du RN est beaucoup plus grave que ce que disent ouvertement certains élus de gauche. Perso, je préfère les gens qui cachent leurs mauvais sentiments à ceux qui les clament sur les toits.

Quinzaine anti-Le Pen

Sans surprise pour ceux qui ont connu les précédentes « quinzaines anti-Le Pen » (Muray en 2002), en trois semaines, tous les bataillons de grands esprits et belles âmes ont défilé en rangs serrés : intermittents du spectacle, avocats, juges, rappeurs, médecins, historiens, marchands de pianos et abonnés au gaz, sans oublier, ce qui est scandaleux, des diplomates et des présidents d’université, pas une corporation n’a manqué cette occasion de sermonner le populo. L’électeur RN est au choix un salaud insensible aux joies de la diversité, un idiot manipulé par les Russes ou CNews, ou encore un malade égaré par la souffrance qu’il convient d’isoler derrière un cordon sanitaire pour éviter la contamination. Contre tous les principes du syndicalisme, madame Binet demande aux sympathisants RN de dégager de la CGT. Ils puent – c’est leurs idées nauséabondes. La même, qui n’en est pas à une infamie près, félicite une foule haineuse d’avoir « résisté à une agression fasciste » en tabassant dix jeunes filles munies de pancartes. La lâcheté, c’est le courage – c’est beau comme du Orwell.

Tout ce tintamarre a l’avantage de couvrir le message des urnes. Comme l’observe Fourquet, l’électorat RN, c’est le peuple de la bagnole. Dans la France de Bardella, on se chauffe au fioul, toute hausse du prix de l’essence est synonyme d’un petit plaisir en moins, accoucher est problématique et on fait des kilomètres pour aller chez le dentiste. Sinon, on prend du Doliprane et on serre les dents. Maurras opposait le pays réel au pays légal. Brighelli oppose « Paris, ville irréelle » à la vraie France « qui roule au diésel parce que c’est moins cher et fait des barbecues parce que c’est meilleur[1] ». Ce désarroi de la France oubliée n’explique pas qu’entre deux premiers tours (2022 et 2024), le RN soit passé de 18 à 32 % des suffrages et de 4,2 millions à 11 millions de voix. C’est que l’homme ne se nourrit pas seulementde pain. Les émeutes consécutives à la mort de Nahel et le meurtre de Thomas à Crépol, pour ne citer que deux événements dramatiques, nourrissent le sentiment de dépossession. Les électeurs RN veulent bien accueillir, pas devenir culturellement minoritaires chez eux. Ils ont tort, c’est Mélenchon qui le dit : « Ceux qui s’appellent Français de souche posent un problème sérieux à la cohésion de la société. » Vous êtes tous des immigrés, arrêtez de nous enquiquiner avec votre vieille culture et vos mœurs libérales, si offensantes pour les nouveaux arrivés. Prière de laisser la place à la nouvelle France et de disparaître en silence.

On dira que les électeurs ont pu faire leur choix et que la démocratie a parlé. Sauf que la démocratie suppose un débat loyal et pluraliste. Il est parfaitement légitime de critiquer le RN et ses projets, mais quand toutes les voix autorisées font chorus dans le chantage au nazisme, l’électeur est-il libre de son choix – ne peut-on pas parler d’emprise ? Pendant trois semaines, les vierges effarouchées ont martelé que, même s’il gagnait les élections, le RN serait illégitime pour gouverner. Les Soulèvements de la terre, qu’une partie de la gauche couve d’un œil énamouré, ont annoncé qu’ils s’opposeraient physiquement à son accession au pouvoir. Autant dire que, même si Jordan Bardella est à Matignon demain, il devra affronter moult chausse-trappes et empêchements. Pour sauver la démocratie, il faut savoir la mettre en veilleuse.


[1] Jean-Paul Brighelli, « La revanche de la France périphérique », causeur.fr, 2 juillet 2024.

Les aventuriers de l’arc perdu

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Les députés LFI Clemence Guetté et Manuel Bompard devant l'Assemblée nationale, Paris, 9 juillet 2024 © ISA HARSIN/SIPA

« Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire… » Bibi fricoteur s’est fait piquer les clés de la République par les Pieds Nickelés du NFP


Le Nouveau Front populaire est en ébullition. Depuis le 7 juillet et le miracle du poteau rentrant dans les arrêts de jeu de la 2e mi-temps des législatives, les deals, la guerre de course, aux fromages, vers Matignon, s’emballent. Mon soutien contre un maroquin, deux agates et un calot… L’Éducation nationale, c’est trop fatiguant, la Culture aussi… Je veux l’Écologie ou la Villa Médicis ! Les cadors se marquent à la culotte, se méfient du contre-la-montre, préparent le sprint final. Rien n’est jamais acquis… Jupiter des hommes de bonne volonté danse avec les loups, explore une troisième voie centralo-citoyenno-républicaine, sur tapis vert, des pactes Lustucru. LFI menace de lâcher ses Fedayins-Antifas sur Matignon-Sigmaringen. Bientôt un 6 février 34 de gauche, festif, Septembre noir participatif, 18 Brumaire brûlant… Le combat continue.

Les aventures de Manu Lambert…

« Dans la banlieue où qui fait nuit ; La petite route est déserte ; Manu Lambert rentre chez lui ; Dans le lointain les insoumis poussent des cris ; Ça y est j’ai planté le décor ; Créé l’climat de ma chanson ; Ça sent la peur, ça pue la mort ; J’aime bien c’t’ambiance pas vous ? Ah bon. Plus y s’angoisse moins ça va mieux ; Quand soudain lui surgit une idée ; J’vais siphonner un vote ou deux ; Faut bien que j’me défoule un p’tit peu ; J’suis énervé (…) T’aurais pas dû, Manu Lambert ; Dissoudre et lancer les Légis ; T’aurais dû rester chez ta mère ; Comme un bon fils… Ta ta ta ! » (D’après Renaud).

Pierrot le Fou-président a dégoupillé la grenade de la dissolution, pris son risque, ses pieds dans le tapis et les mèches des bâtons de dynamite.  « Ce que… je voulais dire… oh … pourquoi… Après tout, je suis idiot Merde… Merde… BOUMMM !!! ». La jeunesse est un naufrage. Bibi fricoteur s’est fait piquer les clés de la République par les Pieds Nickelés du NFP, ivres de probité candide et de vin rouge. Les mouches ont changé d’ânes, les louches ont changé d’âme. Le naufrageur ne regrette rien, s’autoproclame garant de la démocratie. Sa force et liberté de manœuvre, c’est d’ignorer ce qu’il veut, où il va. « Qu’est-ce que je peux faire ? J’sais pas quoi faire… ». Ferdinand Macron n’a jamais su y faire avec Marianne. Pour clarifier la clarification, sortir du bourbier, après la foudre, Jupiter se prend pour Polnareff, écrit des Lettres à la France. Va-t-il nous montrer ses fesses sur la plage de Brégançon ?

Le Cercle des prophètes disparus

On les connait, on les reconnait, ils osent tout. Ils sont dangereux parce qu’ils n’ont rien à perdre. Les Tartuffe du pourtousisme, révolutionnaires en peau de lapin, ont des visions, vivent de slogans, de subventions, s’exilent à Dubaï, au Réal, posent pour les magazines, au Festival de Cannes, à Saint-Vincent-de-Paul de Vence. Peu leur importe la paix civile, la concorde, la prospérité nationale, les déficits abyssaux. Tant pis ou tant mieux si tout explose. Viva Zapata ; Familles, je vous hais ; Ni Dieu (sauf Allah) ni maitre ; Société, tu m’auras pas ! Sus à la panique morale, pas de crispations, We are the world, Non au nauséabond, No Pasaran ! Les rappeurs, sauvageons sympathiques souvent sanguins, sont des artistes. La muse les habite. Leurs complotisme, antisémitisme, appels aux viols et aux meurtres, font bouger les lignes (de coke), « font partie du code » (dixit, Marine Tondelier)… du code pénal. « À force de n’être chez eux nulle part, ils ont fini par prendre le mauvais genre de s’y croire partout » (Anouilh).

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Le peuple, méfiant, ne croit plus aux romans sur la vie, grand désert où luit Ferré, Ferrat, Potemkine, la Liberté ravie. Les culs-terreux et prolos ont beaucoup déçu France Info, les progressistes, les écolos, les sociologues. Après les OS, les OQTF. Après la grosse caisse des grands soirs prolétariens, place aux concertos « citoyens » avec Tam-Tam inclusif et flute de paon humaniste. Du vent, de la volupté, des remords et le courage du bon. Les crieuses de vieux chapeaux, damnés de la chaire, pétroleuses du génie lesbien, Laure Adler, Rokhaya Diallo, Alice Coffin prospèrent dans le woke business, la diversitéocratie, les dominés, les races, l’invisible. Touche-pas à ma rage, mes stages de rééducation, mon buzz, mes sponsors, mon Nobel. Nous sommes riches de nos différences.

À venir avec le NFP à Matignon : un ministère du blocage de la misère, un 666e plan de redressement de l’École des fans, garanti boulgour sans gluten à la cantine, kit républicain sur la laïcité coranique et abaya pas de quoi en faire tout un plat. Les faits, comme les fanatiques, sont impitoyables. Socialisme et Berbérie. Deux générations de gauchisme, d’idiots inutiles, Bourdieuserie, culture de l’excuse et lâcheté politique, auront eu la peau de notre civilisation ; le pays implose.

La recette du cake d’amour

Tout le monde fait semblant d’avoir entendu le dernier avertissement de la dernière chance, avant le début du futur compte à rebours de la prochaine élection. Guignol’s band et Fééries pour une autre fois. Depuis quarante ans, la même rengaine, la méthode couarde, les mots creux qu’on dit avec les bleus. Il est minuit au clocher de l’église. Le mantra magique pour fédérer, rassembler, c’est le « progressisme ». Comme les spaghettis, consensuel, nourrissant, le progressisme se cuisine à toutes les sauces : bolognaise prolo, arrabiata insoumis, pesto rouge bio, basilic écolo, puttanesca avec pulpe féministe… « L’avenir est un lieu commode pour y mettre des songes » (Anatole France).

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La mode est à l’architecture, aux ponts, barrages, arcs, républicains. Barrage de Malpasset ou contre le Pacifique ? Arc Tudor, Mozarabe, surbaissé, rampant, en anse de panier ? Le plus élégant est en plein centre ! Les triomphes, c’est fini… Les voussoirs et contreforts du « vivre ensemble » ont du mou. Le psittacisme antifasciste fait pschitt. Les châteaux en Espagne (républicaine) de Numérobis se construisent en sophismes et palinodies. Si le Rassemblement National, baudet pelé, galeux d’où vient tout le mal, n’est pas dans « l’arc républicain », où est-il ? De quoi est-il le nom ? Royaliste, fasciste, factieux, dangereux pour la démocratie ? Qu’attend Gérald Darmanin pour le dissoudre en application du code de la sécurité intérieure ?

Bonnes à tout (faire) avaler, les forces obscures, maléfiques, magiques, menacent et cimentent. Réaction, néo-libéralisme, illibéralisme, populisme, autoritarisme, masculinisme… Les journalistes angoissés, politologues chevronnés, chercheurs imminents, peinent à définir ces nuisibles dont le centre est partout et la circonférence nulle part. Deux certitudes : ils ne votent pas à gauche et sont un danger pour la démocratie. Hors compétition, indétrônable mamba noir, plus dangereuse que le scorpion (gilet) jaune à queue large ou la pieuvre à anneaux bleus (blanc, rouge), « l’extrême droite » reste ballon d’or toutes catégories de la Champions League du camp du mal.

Crier au loup ad nauseam, manipuler les peurs, multiplier les leçons de morale à géométrie variable, les concours de poutre et de paille, chantages aux « extrêmes », rajoutent de la confusion à l’hypocrisie. Le salaire de la peur nous le payons cash. La démonétisation de la classe politique et l’exaspération d’une frange grandissante de l’électorat, stigmatisée et marginalisée. L’instrumentalisation de l’indignation annihile les défenses immunitaires démocratiques qui manqueront lorsque les vrais fascistes seront aux portes du pouvoir.

« Les hommes sentent dans leur cœur qu’ils sont un même peuple lorsqu’ils ont une communauté d’idées, d’intérêts, d’affections, de souvenirs et d’espérances » (Fustel de Coulanges).

Contre-Poison: un nouvel antidote contre la Pravda de gauche

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Nina Pravda et Loup Viallet © D.R

Interview avec Nina Pravda et Loup Viallet, spécialiste de l’Afrique, créateurs du nouveau journal indépendant, Contre-Poison.


Causeur. Contre-Poison : pourquoi ce titre?

Nous nous accordons à dire que l’époque que nous traversons est de plus en plus folle. Folle de lâchetés, de laideur, de mensonges, de renoncements, de dogmatismes et de menaces existentielles de plus en plus aigües. Spectateurs de celle-ci dans une France qui se dissout au sein d’une Europe à l’agonie, nous brûlions de témoigner. Il nous semble vital, lorsqu’un temps à venir s’étonnera de nos débâcles, que les générations futures sachent que certains soldats refusèrent de jeter les armes et de lever les bras.

C’est pourquoi nous avons ressuscité une publication de 1791 qui n’a duré que quelques mois, Contre-Poison. Un titre incisif pour un journal indépendant de droite nationale.

Quelle est votre ligne éditoriale ?

Notre civilisation affronte les plus graves périls de toute son histoire : effondrement démographique et invasions étrangères, soumission à l’hégémonie américaine et oubli des racines culturelles, domination de l’idéologie égalitaire et refus de toute hauteur. Les Européens doivent comprendre que leur civilisation est unique et pas universelle. Contre cette époque molle et avec billets, portraits ou analyses nous avons à cœur de contribuer à réunir des voix qui cultivent les qualités uniques de la civilisation occidentale. Nous cherchons à donner la parole à des spécialistes et personnalités à part, et ouvrons nos colonnes à toutes les bonnes plumes qui ravivent la liberté d’expression. 

Quel est le modèle économique de Contre-Poison ?

Nos publications sont exclusives et accessibles gratuitement en ligne, mais nous misons tout de même sur la générosité de nos lecteurs.

Le grand hi-han républicain

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Jean-Marie Le Pen qualifié au second tour de l'élection présidentielle, 21 avril 2002 © CHAMUSSY/JOBARD/SIPA

Des candidats se sont désistés dans 215 circonscriptions pour faire barrage au RN, rendant le souhait de Mélenchon de voir le programme du Nouveau Front populaire appliqué gaguesque, rappelle le politologue Renaud-Philippe Garner. Pendant que le « front républicain » permet au RN de se victimiser, et de dénoncer un système qui se liguerait contre lui de manière injuste, les caisses du parti de la droite populiste se remplissent.


Le soir du 7 juillet, face aux résultats du second tour des élections législatives, nous apprenions que le « front républicain » avait très bien fonctionné. Rappelons que ce pacte électoral a pour but de battre un ennemi désigné, en l’occurrence un ennemi de la République. Lorsqu’un parti dit non républicain risque de l’emporter, tous les partis républicains doivent se désister afin de soutenir le candidat républicain le mieux placé pour l’emporter. Le cas d’école est l’élection présidentielle de 2002. Nombre d’électeurs se pincèrent le nez et votèrent pour Chirac afin de « faire barrage » à Jean-Marie Le Pen.

Êtes-vous vraiment certains que le RN ait perdu, et que Mélenchon ait gagné ?

Plus de deux décennies plus tard, nous découvrons que malgré l’efficacité incontestable et la cohérence exemplaire de cette manœuvre électorale, la République serait encore et toujours en danger. Hannibal ad portas! Sur l’autel de la République, on se sacrifia sans mesure. Dans 215 circonscriptions, des candidats se sont désistés afin de « faire barrage » au Rassemblement national. Comme le candidat cauchemardesque a été défait 173 fois sur 215, nous avons la preuve indiscutable que le front républicain est une merveille stratégique.

Les chiffres ne mentent pas et par conséquent le triomphalisme des uns et des autres est parfaitement justifié:

Il est donc inutile, voire pervers, de rappeler que le Rassemblement national est désormais le parti avec le plus grand nombre de députés à l’Assemblée nationale. Certes, la plus grande coalition est celle formée par le Nouveau Front populaire avec 182 députés, mais cela représente l’addition de sept étiquettes/partis. La coalition du gouvernement, composée de huit étiquettes/partis, enverra 168 députés au palais Bourbon. Piteusement, le Rassemblement national et sa seule formation alliée (Les Républicains à droite) n’enverront qu’un rachitique cheptel de 143 députés. Manifestement, ce sont les seuls chiffres qui comptent. Inutile de rappeler qu’avec 126 députés, le Rassemblement national est le parti qui dispose du plus grand nombre de députés, suivis par Renaissance avec 102 et la France Insoumise avec 74. Comme les coalitions sont toujours plus stables et durables que les partis, il faut uniquement considérer les premières et ignorer les seconds. Forcément…

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Touche pas à mon vote

D’ailleurs, il serait d’une maladresse inouïe de souligner qu’en 2017, le Rassemblement national ne disposait que de huit députés, lui qui longtemps n’en avait pas du tout. Grâce au front républicain, le Rassemblement national endura une humiliation supplémentaire: il décupla ce chiffre et n’envoya que 89 députés à l’Assemblée nationale en 2022. Aujourd’hui, le triomphe du front républicain est sans appel: le Rassemblement national devient le premier parti de France au palais Bourbon.
Oublions les électeurs, car en démocratie représentative l’essentiel, ce sont toujours les élus. Il est mesquin de rappeler qu’au premier tour des législatives de 2022, le parti à la flamme avait récolté un peu plus de 4 200 000 voix. Cette fois-ci, il ne reste à ses dirigeants que leurs yeux pour pleurer, car le premier tour des élections législatives leur rapporte, à eux et leurs alliés, un peu plus de 10 600 000 voix. Osons dire qu’un parti qui ne parvient à rallier que 6 000 000 d’électeurs de plus en deux ans est un parti usé et en perte de vitesse. Ce revers est sans doute attribuable au front républicain.

Les problèmes d’argent de Marine Le Pen sont loin

Évidemment, il serait hors sujet de rappeler qu’en France le financement public des partis politiques dépend à la fois des résultats du premier tour, et du nombre d’élus. Comme chaque électeur du Rassemblement national lui rapportera 1,6 euro, le parti à la flamme peut s’attendre à pas moins de 17 millions. Une fois qu’on aura ajouté la tranche versée en fonction des élus, le parti nationaliste ne pourra que crier famine… Si les caisses de la droite nationale sont bientôt vides, c’est donc aussi grâce au front républicain…

Évitons toute réflexion qualitative, car la démocratie c’est le suffrage et ce dernier est quantitatif. Conséquemment, il est extravagant de réfléchir à l’unité des coalitions politiques. Nous ne gagnons rien à noter que le Nouveau Front populaire qui nous assure être uni et fraternel n’arrive toujours pas à identifier son candidat pour Matignon un mois après la dissolution de l’Assemblée nationale. Il est vain de noter que les populistes de droite ont eux identifié leur potentiel Premier ministre sans problème. Tout cela est sans intérêt, mais même si c’était pertinent, nous pourrions remercier le front républicain qu’un tel désordre règne dans l’extrême droite.  

La surprise et l’émotion retombées, nous devons nous en tenir aux faits. Le front républicain n’a jamais aussi bien fonctionné. Cette manœuvre électorale a tant de vertus, et n’a aucun vice. Les élections législatives de 2024 ont été l’occasion d’un phénomène remarquable : le fameux barrage républicain s’est métamorphosé en dos d’âne. Le grand stratagème qui devait arrêter « l’extrême droite » s’est révélé si prodigieux qu’il parvient à gonfler ses rangs et remplir ses caisses. Hi-han, la République est sauvée.     

Naturisme à l’os

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D.R

Outre-Rhin, la pratique très répandue du naturisme perd du terrain. La faute à un manque de nouveaux amateurs, pour qui être nu comme un ver ne ferait toujours ni chaud ni froid…


O tempora, o mores. Le naturisme ne semble plus en vogue chez nos voisins. La pratique, plus que centenaire, avait connu un pic après-guerre, notamment en Allemagne de l’Est où elle jouait un rôle de protestation pacifique et originale face au régime socialo-communiste (certains lecteurs se souviendront d’une photo qui circulait sur internet il y a quelques années, montrant une jeune Angela Merkel dans le plus simple appareil avec quelques amies au bord d’un lac – l’ex-chancelière a en effet grandi en RDA).

Manque d’intérêt de la part de la nouvelle génération

Outre-Rhin, cette pratique bien connue sous le nom de Freikörperkultur s’est fédérée au sein de l’association DFK, qui devait fêter cette année en grande pompe son 75e anniversaire. Or, patatras, les organisateurs ont dû annuler les festivités… par manque de participants.

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Le président de la DFK, Alfred Sigloch, déclarait récemment au journal Bild que son association était passée de 65 000 à 34 000 membres en à peine vingt-cinq ans, et que la tendance se confirmait. Cette dégringolade a mis à nu un évident manque d’intérêt chez les nouvelles générations, mais pas seulement : d’autres avancent le développement des smartphones et des minidrones qui font craindre à certains d’être pris en photo à leur insu. Dans ce pays traditionnellement très libéral vis-à-vis de la nudité publique, des zones, plages et autres campings réservés demeurent, mais de nombreux sont en sursis, les propriétaires et municipalités se tournant davantage vers des locations plus lucratives, à contre-courant de l’esprit très simple et écolo des naturistes.

Résistance !!

Mais Sigloch l’assure, les grands raouts estivaux feront de la résistance, comme le cross international naturiste qui aura le lieu le 27 juillet prochain au bord de la mer Baltique. Un sujet qui avait manifestement échappé aux candidats aux européennes.

Hanane Mansouri, une chance pour la France

La députée de l'Isère Hanane Mansouri devant l'Assemblée nationale, 9 juillet 2024 © Lucien Rabouille

À la différence de toute une jeunesse qui s’enferme dans les origines, le communautarisme ou l’islam radical, la jeune Iséroise Hanane Mansouri nous dit qu’elle ne s’est « jamais considérée comme une Marocaine en France ». Félicitations à elle: la voilà députée LR-RN!


C’est en novice qu’Hanane Mansouri est arrivée et a pris place au palais Bourbon, lundi. À vingt-trois ans, elle fait partie de ces nouvelles jeunes pousses – avec Flavien Termet, vingt-deux ans, élu sous l’étiquette RN dans les Ardennes – du Palais Bourbon. Elue députée de la 8e circonscription de l’Isère dimanche dernier sous l’étiquette LR-RN, la jeune femme ne s’attendait pas du tout à connaître une ascension aussi rapide : « Honnêtement non, le contexte était tellement particulier. Je n’aurais jamais pensé être élue député aussi vite ».

Cadre des Républicains, elle était adjointe de Guilhem Carayon à la tête de la section jeune du parti, lequel était un partisan de longue date de l’Union des droites puisqu’il avait posé en 2023 à la Une du magazine L’Incorrect avec Stanislas Rigault et Pierre-Romain Thionnet1. Elle n’a pas hésité à suivre son patron Éric Ciotti quand ce dernier a annoncé son ralliement au bloc de droite au 13h de TF1 : « Quand Éric Ciotti a annoncé la formation d’une alliance, je n’ai pas hésité un instant. Les circonstances et le danger de l’extrême gauche imposaient d’aller vite » explique-t-elle. Une réaction de circonstance, face à la montée du Nouveau Front populaire, alors ? « C’est une conviction ancienne ! Face à l’extrême gauche, j’ai toujours été pour l’union des droites au sein du parti. » Une conviction certes ancienne chez la jeune femme mais qui exprimée en public au sein du parti valait (vaut peut-être encore) exclusion… « Je l’ai dit très honnêtement, y compris au sein du bureau national des Jeunes Républicains alors qu’il y avait des adversaires résolus de ce type d’alliance. » Hanane Mansouri n’a pas l’air encore à l’aise avec la duplicité politique ou la langue de bois. C’est d’abord une militante convaincue : candidate sur un canton grenoblois pour les départementales de 2021, active dans son université auprès du syndicat étudiant de droite UNI, elle a aussi découvert le parlement grâce à des stages auprès de sénateurs LR.

« Arabe de service »

Echirolles, sa ville natale, s’est fait remarquer il y a un peu plus de dix ans par un sordide fait divers, au point d’inspirer une chanson à Calogero. L’insécurité et la pauvreté faisaient de sa circonscription une terre d’élection favorable. Jordan Bardella y avait obtenu près de 45% aux européennes. Finalement, elle a brillamment remporté le scrutin au second tour avec 54.10 % face à la candidate écologiste.  La politique n’a jamais été de tout repos pour elle. Déjà, en avril 2022, son sort avait attiré l’attention au-delà du Dauphiné quand elle avait fait l’objet d’une agression qui lui avait valu six jours d’ITT. Plus récemment, une sinistre affaire lui a valu une certaine publicité dans les médias nationaux. « Arabe de service », « beurette », « sale serpillère » et on en passe… Une volée d’insultes racistes accompagne son annonce de candidature sur X. D’où viennent ces attaques ? « Des anonymes, quelques personnes qui partagent sur leur profil de la propagande d’extrême gauche », assure-t-elle. Pas de quoi intimider toutefois la candidate qui en a vu d’autres : « Je m’y attendais, cela conforte surtout dans l’idée que je mène le bon combat. »

Nous y venons : derrière une carrière bien engagée, qu’est-ce qui a pu motiver initialement l’engagement militant très à droite de cette jeune femme au profil assez atypique qui n’hésite pas à contrarier certains préjugés sur les comportements électoraux des enfants de l’immigration ? Si elle reste assez pudique sur sa famille comme sur ses origines, elle admet que son engagement est au diapason d’une éducation pas forcément conscientisée à droite mais très portée sur le travail et l’effort. Il y a eu aussi certaines crispations et blessures : « Mon désir d’engagement politique est intervenu au lycée alors que de nombreux enseignants m’expliquaient que l’on ne pouvait pas réussir en ayant mes origines, mon nom, ma couleur… Or c’est faux, j’ai pu suivre des études et arriver ici.  On me parle aussi de contrôles au faciès : je n’ai jamais eu de problème avec la police. Ce n’est pas une question de couleur mais d’éducation ». Il y a des ados qui peignent leur chambre en noir pour contester l’autorité de leurs parents ; pour contester la culture de l’excuse développée par les profs de gauche, Hanane Mansouri a pris sa carte aux LR et à l’UNI en se revendiquant « gaulliste, conservatrice et libérale ».

Bobards de gauche

Violences policières, racisme systémique… la jeune femme dénonce sans trop de complexes des bobards : « Je connais bien la culture marocaine. Je vais régulièrement en vacances au Maroc. Aussi je peux dénoncer le discours victimaire dans lequel on élève les jeunes issus de l’immigration car je peux constater qu’il ne se vérifie pas dans les faits. Si l’on est correct et bien élevé, les choses se passent bien. »  Elle applique finalement cette vieille maxime qui veut qu’à Rome, l’on fasse comme les Romains : « Je ne me suis jamais considérée comme une Marocaine en France. » La jeune génération est-elle unanime à tenir ce discours ? Comment expliquer les ratés de l’intégration ? « On parle plus de droits que de devoirs avec toute la philosophie de la victimisation intellectualisée par une élite de gauche. On entend qu’un Etat raciste leur en veut… et puis il y a la question plus difficile du nombre : l’effet de masse fait que de nombreux immigrés restent en gros et gardent leurs coutumes. » La jeune femme n’a pas la langue dans sa poche ; son profil la met aussi à l’abri de certaines accusations.

En politique, l’identité personnelle, les origines comme le sexe peuvent parfois être des atouts. Rama Yade, Rachida Dati, Najat Vallaud-Belkacem : depuis le début des années 2000, beaucoup de jeunes femmes politiques ont été érigées par les médias ou leurs partis en symboles de la diversité et de l’intégration (sans qu’elles l’aient toujours demandé).

Au cours de notre échange, Hanane Mansouri insiste à plusieurs reprises sur ce point : elle n’entend être l’Arabe de service de personne. « Je ne souhaite pas que mon mandat soit concentré uniquement sur la justification du fait d’être une femme d’origine maghrébine à droite » assure-t-elle. Avant de préciser : « Même si je veux évidemment lutter contre le communautarisme, le wokisme et tout ce qui concerne ces dérives. Notamment la propagande LGBT pour les jeunes enfants. » À ce titre, c’est dans la commission éducation et culture qu’elle aimerait siéger. Son profil comme son parcours devraient susciter l’intérêt. Elle a en tout cas arrêté un objectif : être autre chose qu’une origine. En politique comme dans la vie, il est de toute façon conseillé aux ambitieux d’aller de l’avant.

  1. https://www.causeur.fr/droite-incorrect-lr-reconquete-et-rn-coupent-le-cordon-sanitaire-255627 ↩︎

Comportementaliste masculin

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D.R

En Australie, le poste de secrétaire parlementaire dédié au « changement de comportement des hommes » vient d’être créé, rapidement suivi par de savoureuses moqueries.


Il y a quelques années, Caroline De Haas affirmait qu’« un homme sur deux ou sur trois » est un agresseur sexuel. Récemment, se sentant trahie par un ami psychanalyste gauchiste de télévision accusé d’agressions sexuelles, Sandrine Rousseau, effondrée, a déclaré: « On ne peut compter sur aucun homme. »

L’État de Victoria à l’avant-garde du néoféminisme

Jacinta Allan, la très progressiste Première ministre de l’État de Victoria en Australie, pense exactement la même chose. Raison pour laquelle elle vient de nommer Tim Richardson à un nouveau poste de secrétaire parlementaire (ou ministre junior) dédié au… « changement de comportement des hommes ». Ce secrétaire devra se concentrer prioritairement sur « l’influence d’internet et des réseaux sociaux sur l’attitude des garçons et des hommes à l’égard des femmes et sur l’établissement de relations respectueuses », a précisé la Première ministre victorienne.

À lire aussi : Causeur: En première ligne dans la guerre des idées, Notre jeunesse

Tim Richardson prend sa nouvelle mission très à cœur: « Le moment d’agir sur la violence des hommes à l’égard des femmes c’est maintenant, et cela commence par nous, les hommes et les garçons », se flagelle-t-il sur Instagram où l’on peut découvrir sa bonne tête de ravi de la crèche progressiste.

Guerre des sexes

Narquois, de nombreux Victoriens se sont moqués de cette décision absurde en la qualifiant de « blague absolue ». D’autres, plus sérieusement, ont rappelé que les hommes étaient surreprésentés dans les statistiques sur le suicide et que 93% des décès sur les lieux de travail concernaient des hommes – pourtant, s’il existe un ministère pour les femmes, il n’y a pas de ministère pour les hommes, ont-ils souligné.
Ironiques, certains concitoyens de Mme Allan se sont étonnés : bien que le pourcentage de violences domestiques dans les couples lesbiens soit presque deux fois plus élevé que celui des mêmes violences dans les couples hétérosexuels, aucun secrétariat parlementaire pour le « changement de comportement des lesbiennes » n’a pour le moment été envisagé. Facétieuse, la sénatrice Jane Hume a finalement et pataphysiquement conseillé à Jacinta Allan de créer un ministère chargé du changement de… gouvernement.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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La clarification en marche?

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Jean-Luc Mélenchon et Manuel Bompard, devant l'Assemblée nationale à Paris, 9 juillet 2024 © Jacques Witt/SIPA

Mélenchon et le lendemain des élections


La dissolution de l’Assemblée nationale devait clarifier la situation politique française. On admettra qu’elle n’y est pas parvenue. Au cours de cette même semaine, c’est la Grande Bretagne qui voit son horizon éclairci après la large victoire d’un social-démocrate, Keir Starmer. C’est l’homme qui a purgé le Parti Travailliste de l’influence néfaste de Jeremy Corbyn, largement accusé d’antisémitisme. Ce dernier avait un défenseur français. Il s’appelait Jean-Luc Mélenchon et il a attribué aux réseaux sionistes la défaite de Corbyn à qui il a reproché de s’être excusé devant des accusations d’antisémitisme qu’il a qualifiées de grossières. Lui, jamais il ne céderait devant les « ukases arrogantes du Crif ». C’était en 2019 et Mélenchon avait révélé son antisémitisme, son obsession du Crif et une de ses règles d’or, ne jamais s’excuser.

Nouvelle France

Je croyais savoir ce dont Jean-Luc Mélenchon était capable, mais je dois avouer que le 7 juillet il m’a estomaqué. Dès l’annonce des premiers résultats, il prend de vitesse toute la classe politique et prononce place de Stalingrad, ce nom a un sens, un discours aussi éloquent que mensonger devant un large échantillon de ses militants, sélectionné au préalable pour représenter la France dans sa diversité. 

La gauche avait gagné ; on aurait dit qu’un immense élan populaire avait porté son parti. Il était prêt à prendre les rênes du gouvernement pour répondre à l’attente « unanime » des Français et à réaliser au plus vite le programme du Nouveau Front populaire, « rien que le programme, mais tout le programme ». Il terminait sur les phrases d’une vieille chanson protestataire de Jean Ferrat, chantant entre autres les genêts de Bretagne et les bruyères de l’Ardèche. Aujourd’hui, c’est vers le RN que se tournent les habitants de ces terroirs qui fleurent si bon la France profonde. Qu’en aurait dit Ferrat, alias Jean Tenenbaum, dont le père avait été assassiné à Auschwitz?

Mélenchon veut imposer l’idée que c’est au chef du parti le plus nombreux à l’intérieur d’une coalition qui a obtenu le plus de voix aux élections de former le gouvernement et que toute autre décision serait une forfaiture. Ce message, répété ad nauseam par ses lieutenants, est triplement faux. D’abord, la gauche n’a pas gagné, elle n’est que la composante la plus nombreuse, de peu, d’une tripolarisation inextricable de l’électorat. Ensuite, LFI, contrairement à l’Assemblée précédente, risque d’avoir moins de députés qu’un Parti Socialiste requinqué, car comme Alexis Corbière, des élus qui ont affronté la colère d’un Mélenchon qu’ils avaient osé critiquer, ont dû changer d’étiquette et enfin parce que le président est libre de choisir qui il veut quand il le veut et qu’il ne se privera pas de le faire. 

Et puis, Mélenchon est l’homme politique le plus détesté de France. Il sait qu’il ne sera pas nommé. Ce qui lui importe, c’est d’attiser le ressentiment de ses militants en dénonçant les manigances probables de ses incertains alliés du NFP et de mettre en exergue les candidats LFI qui se sont désistés au nom du front républicain et qui en se sacrifiant ont sauvé des adversaires tels qu’Elisabeth Borne ou Gérald Darmanin. 

La surprise du second tour a été l’efficacité du thème du front républicain contre le Rassemblement national. Ce vote a été la bouée de sauvetage du parti présidentiel, mais c’est aussi grâce à lui aussi que le Nouveau Front populaire est devenu le plus important bloc de députés de la nouvelle Assemblée nationale, que des candidats LFI aussi anti-israéliens que Ersilia Soudais et Raphaël Arnault ont été élus, et que Philippe Poutou du NPA, qui n’a jamais caché son admiration pour le Hamas, a doublé son score du premier tour. L’outrance dans la haine d’Israël n’a pas empêché les reports de voix et tout indique que l’antisémitisme reste trop souvent considéré comme une affaire qui n’implique que le monde juif.

En revanche, il n’y a pas  eu un seul candidat RN qui n’ait été élu au second tour, s’il n’était pas déjà en tête au premier. Donc des reports faibles qui témoignent que le rejet du RN reste massif. Il semble par ailleurs que les électeurs du RN lui sont restés fidèles au second tour malgré l’évidente impréparation technique de certains candidats et la révélation de l’antisémitisme et du  racisme  de quelques autres. Pour ne citer qu’un exemple, le député sortant, maurrasien, raciste et antisémite assumé, Frédéric Boccaletti, a été réélu dans le Var malgré de nombreux signalements à son encontre.

Ressentiment

Elle est loin, la promesse de Bardella que le RN aurait la majorité absolue, mais on aurait grand tort d’oublier qu’au premier tour, il est arrivé en tête dans 55% des circonscriptions de France métropolitaine. Avec le système électoral majoritaire à un seul tour qui est celui des Britanniques, il aurait obtenu plus de 300 députés à l’Assemblée nationale, et on aurait parlé de raz de marée électoral. Nul doute que l’impression d’une élection volée alimente chez ses électeurs un ressentiment qui risque de se nourrir encore de l’échec, malheureusement probable, d’une introuvable coalition gouvernementale centro-gauchiste. Cet échec peut le porter au pouvoir en 2025 lors d’une possible (probable?) nouvelle dissolution ou en 2027 lors de l’élection présidentielle.

Sur le papier, en additionnant les députés Ensemble aux Républicains, aux divers droite et aux membres du Nouveau Front populaire sans LFI on obtient 320 députés. Mais beaucoup refusent d’entrer dans une coalition aussi baroque, dans une France où l’image de la IVe République agit comme un repoussoir. Il faudrait une pratique du compromis dont la France n’a pas l’habitude et une habileté dans le maniement des hommes qui n’est pas le point fort d’Emmanuel Macron. Mélenchon en sera exclu et on l’entend par avance vitupérer les traitres qui y seraient entrés après avoir signé le programme du Nouveau Front populaire. En lisant ce programme, j’ai pensé au Vénézuéla, un pays que je connais un peu. Jean-Luc Mélenchon, dont on connait la passion pour Hugo Chávez à qui il a emprunté la flamboyance de son style oratoire aussi bien que l’inanité de ses idées économiques, risquerait de transformer la France en un Vénézuéla sans pétrole. Il pallierait ce manque d’une touche d’islamisme qu’on appellerait liberté d’expression. 

Il prend pour modèle un pays dont 20% de la population, dont les plus éduqués, a fui. Ils envoient à leurs parents restés des subsides qui leur permettent de survivre et qui sont devenus indispensables à l’économie du pays. L’essence vénézuélienne est en grande partie d’origine iranienne, car les raffineries fonctionnent mal. La production de brut s’est effondrée, car la préservation des techniques d’extraction du pétrole lourd qui faisait du Vénézuéla un des plus grands producteurs mondiaux, a été négligée. Le pays se maintient par un régime policier, et par l’épuisement de la population. La propagande gouvernementale attribue toutes les difficultés à l’impérialisme, dont la propagande répète que le sionisme est un de ses pires avatars, mais cette auto-victimisation, bien classique, ne convainc que les convaincus.

C’est pour un avenir catastrophique que Mélenchon manipule par le verbe des militants jeunes, sa force de frappe par laquelle il essaie de faire pression sur ses partenaires du NFP. Certains rêvent déjà d’un troisième tour dans la rue. Ce n’est donc pas seulement à cause de son antisémitisme qu’il faut s’opposer au « Lider Maximo ».