L’excellent blog French Politics de l’universitaire américain Arthur Goldhammer est bien cruel avec notre Net politique. Certes, on a eu raison, explique-t-il de se gausser des pitreries 2.0 de Ségo, mais la concurrence socialiste ne vaut guère mieux. A titre d’exemple, on nous renvoie vers le tout nouveau site bertranddelanoe.net, qui, il est vrai, ne casse pas des briques, graphiquement parlant. Sauf que là, au moins, le contenu est de très haut niveau. Certes, il y a fort peu d’internautes qui y interviennent, mais quelle classe, quelle lucidité, quel esprit ! Un exemple ? Voilà ce qu’y écrit un certain Baptiste : « Bonjour Bertrand Delanoë. Le message qui suit est un soutien. Soutien pour votre action à Paris. Soutien pour votre exigence dans tous les dossiers auxquels vous devez faire face. Soutien pour votre fidélité, votre loyauté en politique. Soutien pour votre intégrité qui est en totale opposition avec nos maires précédents et de nombreux responsables politiques qui empoisonnent nos débats publics. Soutien pour votre courage en politique. Enfin soutien pour le futur, car aujourd’hui vous êtes le seul qui, rassemblant les qualités précédemment citées, possède l’envergure nécessaire à la construction d’un projet alternatif à la droite pour les échéances électorales de 2012. Ne renoncez pas. Je vous en prie. Nous comptons sur vous. Allez jusqu’au bout, Vous n’avez rien à perdre. Rien de rien…» On espère que Bertrand aura le courage de répondre à de telles critiques…
Rendez-nous l’Heure de Vérité !

L’engueulade dont a été victime Arlette Chabot a été l’occasion pour le Président de la République d’émettre une excellente idée. Ceux qui m’accusent d’anti-sarkozysme primaire en seront pour leurs frais. Je sais le reconnaître quand cela arrive, même si c’est trop rare[2. Mon anti-sarkozysme secondaire demeure intact, en revanche.].
Mais revenons à l’épisode s’il vous a échappé. Après l’intervention télévisée de New York, équipe présidentielle et journalistes des première et seconde chaînes se retrouvent autour d’un repas. Sur le dossier iranien, Kouchner et Sarkozy montrent leurs désaccords. Alors que, sagement, les autres convives laissent passer l’orage, Arlette-la-gaffeuse glisse :« Cela ferait un beau débat sur France 2. » Le Président, dont on sait – Arlette la première – qu’il a plusieurs fois déploré le manque d’émissions politiques sur le service public de télévision, saute sur l’occasion et rosse la directrice de l’information. Catherine Nayl[2. A ne pas confondre avec Catherine Nay.], qui fait le même boulot sur TF1 que sa consœur Arlette sur France 2, vole au secours de cette dernière. Il n’y a aucune émission de ce type sur sa chaîne, alors que Mots Croisés et A vous de Juger démontrent un certain volontarisme sur le service public.
Sauf que, dans l’esprit du Président, le service public doit faire davantage qu’une chaîne commerciale. Et il regrette le bon vieux temps de « L’heure de vérité ». Là voilà l’excellente idée que je faisais miroiter en introduction.
« L’heure de vérité ! » Le long couloir d’un pas décidé aux côtés de François-Henri de Virieu, accompagnés par Live and let die de Paul Mac Cartney et les Wings, les trois éditorialistes qui cuisinaient chacun quinze minutes un politique qui devait tenir la distance, la signature du livre d’or en conclusion, cela avait de la gueule ! Et tout cela juste après le journal de vingt-heures pendant des années, puis à midi le dimanche. Certes, je me rappelle aussi de mon arrière-grand-père me martelant qu’on aurait dû appeler cette émission « l’heure du mensonge », mais que dirait-il aujourd’hui, le pauvre ? En voyant l’autre jour Allègre et Cohn-Bendit se chamailler tout en se tutoyant comme au bistrot, il aurait de quoi être effaré.
Faisons un rêve audiovisuel. On rétablit l’heure de vérité. France 2 peut très bien faire de Calvi le présentateur. Des nouveaux éditorialistes, il y en a. On n’est pas obligé de rappeler Duhamel, Nay et Colombani, comme le fait Denisot. Aphatie, qui trépigne de jalousie quand il commente la prestation de Ferrari et Pujadas, pourrait être appelé de temps en temps. Joffrin, Domenach, Thréard, Askolovitch, Fottorino, Olivennes[4. Quoi ? J’ai dit une connerie ?] et mon préféré Zemmour pourraient aussi être conviés. Mais pourquoi se limiter à la presse classique ? La presse Internet devient tous les jours davantage incontournable. Et depuis un an, l’émission Parlons netde David Abiker[5. Qui dure une heure, justement.] montre que les journalistes de la Toile n’ont rien à envier à leurs confrères plus exposés.
Nicolas Sarkozy ferait finalement un bien meilleur président de France Télévisions que de la République française. Il devrait y penser le matin en se rasant.
Burqa : on nous cachait tout !
L’émission dominicale de TF1 « 7 à 8 », présentée par l’avenant Harry Roselmack, avait programmé hier un sujet sur les porteuses de burqa (lesquelles, soit dit en passant, préfèrent l’appellation niqab, pourtant plus risquée quant aux pistes de jeux de mots blasphématoires). Après avoir enduré plusieurs reportages similaires, je m’attendais au grand numéro habituel sur le refus de la différence par nos obtus compatriotes. Ça n’a pas loupé : on voyait effectivement notre enburkée vivement prise à partie sur le marché de Montigny-lès-Cormeilles, où elle allait acheter carottes et poireaux. Mais là où mes prévisions se sont avérées calamiteuses, c’est que les « agresseuses » de notre infortunée bigote du 9/5 étaient tout d’abord une Tunisienne, puis deux musulmanes camerounaises en boubou, toutes fort pieuses au demeurant, mais remontées comme des pendules contre le streetwear salafiste. Mea culpa, donc : quand la télé fait son boulot, on regrette d’avoir revendu la sienne sur Ebay.
Sexe décroissant
Dans un véritable élan philanthropique et, sans doute, à défaut de pouvoir donner accès à des points d’eau potable, la société Camden a décidé que les femmes du tiers monde avaient elles aussi le droit à certaines joies occidentales avant de mourir de faim et a pour cela créé un vibromasseur, pardon un sex toy, spécialement adapté à ces pays lointains qui n’ont ni la démocratie, ni le courant. L’objet s’appelle The Earth Angel (L’ange de la Terre) et a un design des plus sommaires, qui en fait un peu la Trabant du godemiché face aux BMW carrossées par Sonia Rykiel. Mais, comme la Trabant, sa rusticité est garante de longévité et, surtout, une simple manette à l’extrémité permet de recharger une batterie sans avoir besoin de prise, ce qui présente un avantage certain en ces temps de décroissance. C’est pour cela que, présenté par Camden dans un salon de l’électronique en Autriche, l’Ange de la Terre a conquis de nombreux décideurs qui s’apprêtent à pénétrer le marché, pour mieux l’inonder.
Il était une fois Denis Robert

Il y a quelques années, il était David défiant les puissances de l’argent, qui sauvait l’honneur des journalistes et incarnait l’avenir de la démocratie. On pétitionnait pour lui avec le petit frisson de qui plonge sans bouée dans le grand bain de la radicalité, parfois on envoyait un don au comité de soutien. Défendre Denis Robert, c’était faire partie de ceux à qui on ne la fait pas – et de ceux qui, d’Eva Joly à Arnaud Montebourg et Olivier Besancenot, allaient la faire, la révolution morale. Dans les cuisines de la gauche radicale, les spécialistes habituels de la ritournelle complotiste et antilibérale, qui adorent croire que les grands de ce monde se réunissent secrètement pour trouver les bons moyens d’asservir les esprits, étaient ravis d’avoir un Galilée prêt à brûler (mais pas trop chaud, s’il vous plait) pour la vérité. Mais le chevalier qui venait du froid (quelque part à l’est de la France, là où le climat trempe les caractères) a aussi su s’attirer les bonnes grâces des dames patronnesses de Télérama et de beaucoup d’autres.
On comprend donc que Denis Robert, après avoir été le Jean Moulin de la résistance contre les mafias et l’argent, n’apprécie guère d’être qualifié de second couteau dans le procès Clearstream. Avec le mélange de jubilation victimaire et de forfanterie naïve qui le caractérise, il tente vaguement de rappeler que, sans lui, rien de tout cela ne serait arrivé et que le peuple français serait privé d’un formidable spectacle. Et le pire, c’est que c’est vrai. Dans une tragédie grecque, il aurait été l’agent inconscient de dieux énervés, aujourd’hui on parlerait d’idiot utile. En tout cas, sans l’alliance objective de Denis Robert et de tous ceux qui l’ont cru, il n’y aurait pas eu d’affaire Clearstream. Sans Clearstream I, point de Clearstream II. Pour que quelqu’un ait l’idée de voler puis de trafiquer les fichiers, il fallait bien que l’opinion, et peut-être même le voleur et le faussaire, fussent convaincus qu’ils recélaient les secrets malodorants des mafias, des industries d’armement et de la République. Bref, il fallait avoir admis comme vérité révélée les « révélations » de Denis Robert.
Seulement, Clearstream I n’intéresse plus personne. Une vieille histoire, presque dix ans, vous pensez. D’abord, c’est Clearstream II que l’on juge aujourd’hui ; les protagonistes sont plus flamboyants, les dialogues mieux écrits. Reste qu’il est assez rigolo de se rappeler que ce scandale d’État, cette guerre dans l’Olympe du pouvoir, s’est déployé sur la base d’un récit dont rien, jusqu’à aujourd’hui, n’a prouvé qu’il était vrai.
En 2001, donc, Denis Robert publie Révélations, co-écrit avec un ancien employé de la chambre de compensations. Décidé à tout sacrifier, y compris sa carrière (qui connaissait des hauts et des bas, mais qui n’en a pas ?), le fin limier est tombé sur le centre mondial du blanchiment. La preuve : il existe des comptes non publiés (comme dans n’importe quelle banque, y compris celle de vous et moi) qui, par glissements sémantiques, deviennent des comptes dissimulés puis occultes. Une fois qu’on a collé sur le livre le sticker « investigation », c’est indiscutable. Peu importe que Clearstream gagne la plupart de ses procès en diffamation. Quand cette histoire de méchants planétaires se pimente, en plus, d’un volet français remontant au plus haut sommet de l’État, dans certaines rédactions, c’est l’euphorie. Il faut reconnaître que Le Monde ne marche pas dans la combine. Mais Le Monde n’est plus ce qu’il était, il a cessé de faire l’opinion.
Imaginons la suite à partir des éléments connus. À Clearstream, on commande le fameux audit qui permettra à un benêt de dérober les listings. Les échos du scandale parviennent, dans la prison où il purge une peine pour escroquerie, à Imad Lahoud, dont le cerveau fertile imagine qu’il trouvera dans cette histoire de quoi abattre ses puissants ennemis et, par ricochet, à Jean-Louis Gergorin. Lorsqu’il fait part de ses élucubrations à Denis Robert, celui-ci y trouve la confirmation de ses propres théories, autant dire une preuve. « Un cadeau de Noël en plein été », écrira-t-il. En somme, notre limier se fait enfumer par un type qui lui apporte, une fois remâchées, ses propres conclusions. Et qui finira par lui « vendre » ses propres fichiers trafiqués.
Tour à tour acteur et chroniqueur, victime et expert, Robert ressort régulièrement tel le diablotin de sa boîte ou, si on veut être aimable, le coryphée de la tragédie. Il connaît tous les acteurs, est l’ami du juge Van Ruymbeke. C’est lui qui présente Florian Bourges (le voleur présumé) à Imad Lahoud (le faussaire présumé). De loin, on entrevoit un petit monde où la dinguerie des uns nourrit la mythomanie des autres. Le plus étonnant est que Denis Robert semble croire au monde fantasmagorique qu’il a inventé. Aujourd’hui, il continue à proclamer, sans jamais l’avoir prouvé, que Clearstream est « le poumon de la finance parallèle ». On me dira qu’il n’est pas très grave qu’un type un peu habité soit convaincu d’avoir débusqué une machination planétaire. Qu’il ait réussi à convaincre d’estimables journalistes du bienfondé de ses théories pourrait sembler un peu plus fâcheux. Mais personne n’a jamais dit qu’on faisait une bonne histoire avec la vérité.
Le sanglot de l’homme rouge
Si l’on excepte le racisme institutionnel récemment incarné par l’Auvergnat Hortefeux, le racisme n’existe pas en France. Ou presque. Car il ne suffit pas de crier au loup pour en voir la queue. Les Verts de l’heureuse cité de Bagnolet en Seine-Saint-Denis, qui avaient cru apercevoir au coin d’un blog la figure de la bête immonde revêtue de nouveaux et surprenants oripeaux, l’ont récemment appris à leurs dépens. En effet, alors qu’ils s’étonnaient que Marc Everbecq, le maire communiste de cette charmante bourgade, ait pu laisser écrire et même défendre, sur son propre blog, des propos aussi aimables et aussi joliment tournés que « Un jour on sera suffisamment et la on verra bien qui repoussera les autres a la mer », signé Yazig, ou encore, « Merci le maire vous soutener les musulmans c bien, vous inquieter pas un jour inch allah la france sera musulman et yora plu de probléme avec la police passe que elle sera auci musulman », signé Karmide, le maire, bon prince, s’est fendu à l’intention de son opposition écologiste d’une explication de texte qui lève toute ambiguïté éventuelle quant à la nature des interventions en question : « Ne voyez vous pas qu’il s’agit juste d’un séjour à la plage. Et puis des grands garçons comme vous, cela ne devrait pas avoir peur de l’eau. Vous avez dû apprendre à nager à la piscine quand vous étiez petit. Cela fait déjà une sacrée différence avec tous ceux qui se noient dans le détroit de Gibraltar parce qu’ils ne savent pas nager et qu’ils fuient la misère que des décennies de colonialisme ont engendré dans toute l’Afrique. Souvenez-vous : le temps béni des colonies. » La France n’est pas raciste, on vous dit, elle plaisante.
Calais-Texas

Le désert à la frontière entre le Mexique et les USA. Un camp, moitié bidonville de toiles et de tôles, à proximité d’une petite ville. C’est le matin. Soudain, on entend un bruit dans le lointain. Des dizaines de 4×4, sirènes hurlantes, cernent le camp. Des garde-frontières avec des matraques jaillissent des véhicules. Des centaines de personnes sont tabassées ou arrêtées. Une heure plus tard, dans un bureau, un homme au visage tuméfié répond à un policier.
– Comment tu t’appelles ?
– Eric Besson.
– Eric Besson, Monsieur l’agent.
– Pardon ?
– Quand tu me parles, tu dis « Monsieur l’agent ».
– Oui, Monsieur l’agent.
– T’es français ?
– Oui.
– T’as des papiers pour le prouver ?
– Non, je n’ai plus rien.
– Je vois ça. T’es sale comme un peigne et tu pues !
– Bah, ça fait deux mois que j’attends dans ce campement de la frontière mexicaine. On n’a qu’un point d’eau et puis presque rien à bouffer. Heureusement que des gens nous donnent à manger parfois. Des bénévoles…
– Tu crois que je le sais pas, peut-être ? Ça fait des mois que vous nous pourrissez le secteur. Par contre, qu’il y ait des Français, c’est nouveau. D’habitude, c’est plutôt des Mexicains ou des Salvadoriens, mais des Français, ça, c’est la première fois que j’en vois. Qu’est-ce que t’as sur la gueule ?
– J’ai pris un coup de matraque sur la tronche, Monsieur l’agent. Vous n’y avez pas été de main morte…
– Tu insinues quoi, bouffeur de grenouilles ? Que la police d’un grand pays démocratique comme le nôtre se permettrait de maltraiter des sans-papiers comme toi, mon gars ? Et tu prétends entrer aux USA ? Pourquoi t’as quitté la France, d’ailleurs ?
– Bah, la Gauche a gagné, Monsieur l’agent. Et puis pas n’importe laquelle…
– Qu’est-ce tu veux dire, le Frenchie ?
– Oh des furieux, des vrais marxistes. Pire que Chavez. Le Front de Gauche que ça s’appelle. Depuis qu’ils sont au pouvoir, c’est l’horreur. Ils ont renationalisé à 100 % EDF-GDF, France-Télécom, la SNCF, la Poste et puis, dans la foulée, ils ont pris le contrôle des banques. Ils ont mis un salaire minimum à 2000 euros, ils filent des papiers à tout le monde, ils construisent des hôpitaux et des écoles partout, ils financent la sécu, la semaine de quatre jours et la retraite à 55 ans avec des taxes sur les flux financiers : un vrai cauchemar ! Ils ont arrêté tous les spéculateurs, les dirigeants du Medef et du CAC 40. Le pire, c’est que ça suit partout en Europe, en Allemagne avec Die Linke, en Italie, avec Rifondazione. Affreux, Monsieur l’agent, affreux…
– Ouais, je comprends. Tu veux un statut de réfugié politique, alors ?
– C’est ça, Monsieur l’agent.
– Tu faisais quoi, comme métier dans ton pays ?
– J’étais ministre, Monsieur l’agent.
– Ministre de quoi ?
– Ministre des Affaires raci…, euh, excusez-moi, ministre de l’Identité nationale.
– Et ça consistait en quoi ?
– Bah… à savoir qui était français et qui ne l’était pas, Monsieur l’agent. On contrôlait au faciès dans le métro, on leur demandait de s’inscrire en préfecture et puis on les chopait juste après. J’étais bon, dans mon genre…
– Et en dehors de ça, tu sais faire quoi ?
– Trahir, Monsieur l’agent. Ça, je sais très bien trahir ! C’est pour ça que l’ancien président m’aimait bien. Parce que lui aussi, question traîtrise, c’était un bon.
– Eh bien, prouve-le, Frenchie.
Eric Besson réfléchit, puis se penche vers le policier et parle à voix basse.
– Eh bien par exemple, Monsieur l’agent, dans le camp, avec nous, y’a un ancien gauchiste. Il fait semblant d’être libéral, mais c’est faux..
– Et comment y s’appelle ?
– Cohn-Bendit, Monsieur l’agent.
– Ok. On verra ça. Allez, tu peux sortir.
Le policier s’adresse à un collègue qui tient la porte.
– C’est qui le suivant ?
– Oh ! encore un de ces Français avec un nom impossible…
Il regarde une feuille.
– Brice Hortefeux… Oui, c’est ça : Brice Hortefeux.
Royal Tobin
D’après un confidentiel du Figaro, madame Ségolène Royal s’est prononcée pour la taxe Tobin, ce qui en a surpris plus d’un dans son entourage plutôt habitué à des choix économiques de type social-libéral, voire franchement blairiste. Espère-t-elle par cette annonce renforcer une cote d’amour terriblement entamée auprès de la gauche du parti ? Ou veut-elle, plus prosaïquement, récupérer un peu d’argent sur la somme faramineuse que lui a facturée son compagnon, concepteur inénarrable du site royaliste Désirs d’Avenir, lequel ressemble à une publicité suisse pour le suicide assisté dans la dignité. Dans ce cas, il serait bien que quelqu’un rappelle à notre Eva Peron du Poitou que la taxe Tobin, au cas où elle serait appliquée, serait prélevée sur les flux financiers et pas sur les catastrophes esthétiques, les dépenses hasardeuses et le ridicule politique.
Quand la Halde doit battre en retraite

Jamais on n’aura vu une telle unanimité nationale depuis les obsèques de Charles Trénet : le président et le gouvernement, la droite et la gauche, le centre et les extrêmes, le patronat et les syndicats, Les Echos et L’Huma, les Francs-Macs et le Bon Dieu, tout le monde s’est félicité qu’une déclaration solennelle de Xavier Darcos, ministre des affaires sociales ait un mis point final à la tentative délirante de dépouiller, à l’occasion de la prochaine loi sur le financement de la Sécu, les mères de famille de leurs droits à la retraite. Dont acte. Ce type de chœur sans fausse note est tellement rare en politique de chez nous qu’il faudrait avoir vraiment mauvais esprit pour cracher dans la soupe. Sauf que comme on disait dans ma banlieue et dans ma jeunesse : y a une couille dans le potage !
J’ai beau scruter les communiqués victorieux des uns et les articles documentés des autres, nul ne prend la peine de nous rappeler d’où venait cette hallucinante tentative de spoliation qu’il aura fallu contrer de toute urgence par voie parlementaire. Pourtant, il a bien fallu que ce mauvais coup vienne de quelque part. Mais d’où ?
D’habitude, quand une semblable aberration surgit tel un alien dans notre quotidien, le coupable est tout trouvé : l’assassin habite à Bruxelles ou, à la rigueur, à l’Organisation Mondiale du Commerce ou autres machins supra-étatiques qui, quand ils viennent chez nous, font comme chez eux.
Mais là, non, mauvaise pioche. L’ennemi public numéro un des mamans réside en France, il a ses bureaux au 11 rue Saint-Georges, à Paris IXe. Son nom est Louis Schweitzer, il est président de la Halde. C’est, en effet, sur la base d’une injonction de cette hautoto en date du 11 décembre dernier, arguant que les hommes devaient avoir les mêmes avantages que les femmes, que le gouvernement s’est engagé dans un premier temps à démanteler le dispositif existant et à le faire en stricte défaveur des mères.
Et comme, apparemment, il est assez mal vu chez nous de contester les délires de la Halde, personne n’a trouvé à y redire ou n’a osé le faire, et le gouvernement s’apprêtait donc pour cette rentrée à modifier la loi en conséquence. Il aura fallu qu’en plein mois d’août une confédération considérée d’ordinaire comme peu vindicative, la CFTC, sauve l’honneur du syndicalisme français en menaçant de tout casser si la loi en gestation tronçonnait les retraites des mères de famille, entraînant une volte-face de Darcos, puis du reste du monde politico-syndical volant au secours de la victoire[1. On notera cependant que le PS n’a réagi que très tardivement, début septembre, par la voix de Jean-Patrick Gille, son fort peu médiatique secrétaire national à la famille. Une rumeur malveillante assure que tout comme la CFDT et la CFE-CGC, nombre de dirigeants socialistes partagent in petto le point de vue de la Halde. On rappellera que Nicole Notat est une des onze membres du collège exécutif de la Halde.]. Oui, sans le coup de sang estival de nos amis les travailleurs chrétiens, la modification de la loi préconisée par Schweitzer aurait été entérinée, tant il est vrai que tout ce que dit la Haute Autorité fait autorité. On l’a échappé belle.
On espère que cet impair commis au nom de la parité servira de leçon à tout le monde. Jusqu’à présent la Halde se contentait de gaspiller l’argent public pour nous pourrir la vie au nom du droit mal compris des minorités. Mais demander à ce qu’on expurge les manuels scolaires de toute trace de Ronsard, ça ne vous occupe pas toute l’année une armée de prébendiers…
Avec cet épisode, la Halde vient de montrer qu’elle était tout autant capable de s’acharner spécifiquement sur les plus faibles au nom de ses fantasmes technocratiques sur l’égalité pure et parfaite. On attend avec impatience qu’elle s’en prenne désormais aux handicapés au nom du droit à l’équité des bien-portants.
Oui, il est temps qu’on mette un terme à cette plaisanterie et qu’on évacue ce squat légal mais nauséabond, ces forcenés qui prennent en otage nos lois, nos droits acquis et nos institutions. Que fait le GIPN ?
Vodka, pizza et calomnie
Dans son dernier livre d’entretiens, le président Clinton révèle que Boris Eltsine en visite à Washington en 1995 a été retrouvé en pleine nuit, ivre, en caleçon, cherchant à héler un taxi pour aller chercher une pizza, tout cela à quelques encablures de la Maison Blanche, au risque de « provoquer un incident international ». Par son charmant réalisme, la scène est des plus crédibles et n’importe quel buveur de fond, qu’il soit président de la Fédération de Russie ou simple navigateur de comptoir, connaît cette fringale de loup créée par l’alcool au cœur de la nuit, au point que le plus fin gastronome est prêt à se jeter sur n’importe quelle junk food, du double cheeseburger au kebab frites en passant, évidemment, par la pizza. Las ! Alexandre Korjakov, aujourd’hui député et ancien chef de la sécurité d’Eltsine dit que tout cela est impossible et que l’on cherche à nuire, par ce livre, à la mémoire de l’ancien président. C’est vrai, ça, on fait dire n’importe quoi au gens. Il est bien connu qu’Eltsine ne buvait pas, que Clinton ne fumait pas le cigare et que Sarkozy n’a jamais dit qu’il serait le président du pouvoir d’achat.
The Clinton Tapes: Wrestling History in the White House
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Mieux que Facebook : le réseau social-démocrate
L’excellent blog French Politics de l’universitaire américain Arthur Goldhammer est bien cruel avec notre Net politique. Certes, on a eu raison, explique-t-il de se gausser des pitreries 2.0 de Ségo, mais la concurrence socialiste ne vaut guère mieux. A titre d’exemple, on nous renvoie vers le tout nouveau site bertranddelanoe.net, qui, il est vrai, ne casse pas des briques, graphiquement parlant. Sauf que là, au moins, le contenu est de très haut niveau. Certes, il y a fort peu d’internautes qui y interviennent, mais quelle classe, quelle lucidité, quel esprit ! Un exemple ? Voilà ce qu’y écrit un certain Baptiste : « Bonjour Bertrand Delanoë. Le message qui suit est un soutien. Soutien pour votre action à Paris. Soutien pour votre exigence dans tous les dossiers auxquels vous devez faire face. Soutien pour votre fidélité, votre loyauté en politique. Soutien pour votre intégrité qui est en totale opposition avec nos maires précédents et de nombreux responsables politiques qui empoisonnent nos débats publics. Soutien pour votre courage en politique. Enfin soutien pour le futur, car aujourd’hui vous êtes le seul qui, rassemblant les qualités précédemment citées, possède l’envergure nécessaire à la construction d’un projet alternatif à la droite pour les échéances électorales de 2012. Ne renoncez pas. Je vous en prie. Nous comptons sur vous. Allez jusqu’au bout, Vous n’avez rien à perdre. Rien de rien…» On espère que Bertrand aura le courage de répondre à de telles critiques…
Rendez-nous l’Heure de Vérité !

L’engueulade dont a été victime Arlette Chabot a été l’occasion pour le Président de la République d’émettre une excellente idée. Ceux qui m’accusent d’anti-sarkozysme primaire en seront pour leurs frais. Je sais le reconnaître quand cela arrive, même si c’est trop rare[2. Mon anti-sarkozysme secondaire demeure intact, en revanche.].
Mais revenons à l’épisode s’il vous a échappé. Après l’intervention télévisée de New York, équipe présidentielle et journalistes des première et seconde chaînes se retrouvent autour d’un repas. Sur le dossier iranien, Kouchner et Sarkozy montrent leurs désaccords. Alors que, sagement, les autres convives laissent passer l’orage, Arlette-la-gaffeuse glisse :« Cela ferait un beau débat sur France 2. » Le Président, dont on sait – Arlette la première – qu’il a plusieurs fois déploré le manque d’émissions politiques sur le service public de télévision, saute sur l’occasion et rosse la directrice de l’information. Catherine Nayl[2. A ne pas confondre avec Catherine Nay.], qui fait le même boulot sur TF1 que sa consœur Arlette sur France 2, vole au secours de cette dernière. Il n’y a aucune émission de ce type sur sa chaîne, alors que Mots Croisés et A vous de Juger démontrent un certain volontarisme sur le service public.
Sauf que, dans l’esprit du Président, le service public doit faire davantage qu’une chaîne commerciale. Et il regrette le bon vieux temps de « L’heure de vérité ». Là voilà l’excellente idée que je faisais miroiter en introduction.
« L’heure de vérité ! » Le long couloir d’un pas décidé aux côtés de François-Henri de Virieu, accompagnés par Live and let die de Paul Mac Cartney et les Wings, les trois éditorialistes qui cuisinaient chacun quinze minutes un politique qui devait tenir la distance, la signature du livre d’or en conclusion, cela avait de la gueule ! Et tout cela juste après le journal de vingt-heures pendant des années, puis à midi le dimanche. Certes, je me rappelle aussi de mon arrière-grand-père me martelant qu’on aurait dû appeler cette émission « l’heure du mensonge », mais que dirait-il aujourd’hui, le pauvre ? En voyant l’autre jour Allègre et Cohn-Bendit se chamailler tout en se tutoyant comme au bistrot, il aurait de quoi être effaré.
Faisons un rêve audiovisuel. On rétablit l’heure de vérité. France 2 peut très bien faire de Calvi le présentateur. Des nouveaux éditorialistes, il y en a. On n’est pas obligé de rappeler Duhamel, Nay et Colombani, comme le fait Denisot. Aphatie, qui trépigne de jalousie quand il commente la prestation de Ferrari et Pujadas, pourrait être appelé de temps en temps. Joffrin, Domenach, Thréard, Askolovitch, Fottorino, Olivennes[4. Quoi ? J’ai dit une connerie ?] et mon préféré Zemmour pourraient aussi être conviés. Mais pourquoi se limiter à la presse classique ? La presse Internet devient tous les jours davantage incontournable. Et depuis un an, l’émission Parlons netde David Abiker[5. Qui dure une heure, justement.] montre que les journalistes de la Toile n’ont rien à envier à leurs confrères plus exposés.
Nicolas Sarkozy ferait finalement un bien meilleur président de France Télévisions que de la République française. Il devrait y penser le matin en se rasant.
Burqa : on nous cachait tout !
L’émission dominicale de TF1 « 7 à 8 », présentée par l’avenant Harry Roselmack, avait programmé hier un sujet sur les porteuses de burqa (lesquelles, soit dit en passant, préfèrent l’appellation niqab, pourtant plus risquée quant aux pistes de jeux de mots blasphématoires). Après avoir enduré plusieurs reportages similaires, je m’attendais au grand numéro habituel sur le refus de la différence par nos obtus compatriotes. Ça n’a pas loupé : on voyait effectivement notre enburkée vivement prise à partie sur le marché de Montigny-lès-Cormeilles, où elle allait acheter carottes et poireaux. Mais là où mes prévisions se sont avérées calamiteuses, c’est que les « agresseuses » de notre infortunée bigote du 9/5 étaient tout d’abord une Tunisienne, puis deux musulmanes camerounaises en boubou, toutes fort pieuses au demeurant, mais remontées comme des pendules contre le streetwear salafiste. Mea culpa, donc : quand la télé fait son boulot, on regrette d’avoir revendu la sienne sur Ebay.
Sexe décroissant
Dans un véritable élan philanthropique et, sans doute, à défaut de pouvoir donner accès à des points d’eau potable, la société Camden a décidé que les femmes du tiers monde avaient elles aussi le droit à certaines joies occidentales avant de mourir de faim et a pour cela créé un vibromasseur, pardon un sex toy, spécialement adapté à ces pays lointains qui n’ont ni la démocratie, ni le courant. L’objet s’appelle The Earth Angel (L’ange de la Terre) et a un design des plus sommaires, qui en fait un peu la Trabant du godemiché face aux BMW carrossées par Sonia Rykiel. Mais, comme la Trabant, sa rusticité est garante de longévité et, surtout, une simple manette à l’extrémité permet de recharger une batterie sans avoir besoin de prise, ce qui présente un avantage certain en ces temps de décroissance. C’est pour cela que, présenté par Camden dans un salon de l’électronique en Autriche, l’Ange de la Terre a conquis de nombreux décideurs qui s’apprêtent à pénétrer le marché, pour mieux l’inonder.
Il était une fois Denis Robert

Il y a quelques années, il était David défiant les puissances de l’argent, qui sauvait l’honneur des journalistes et incarnait l’avenir de la démocratie. On pétitionnait pour lui avec le petit frisson de qui plonge sans bouée dans le grand bain de la radicalité, parfois on envoyait un don au comité de soutien. Défendre Denis Robert, c’était faire partie de ceux à qui on ne la fait pas – et de ceux qui, d’Eva Joly à Arnaud Montebourg et Olivier Besancenot, allaient la faire, la révolution morale. Dans les cuisines de la gauche radicale, les spécialistes habituels de la ritournelle complotiste et antilibérale, qui adorent croire que les grands de ce monde se réunissent secrètement pour trouver les bons moyens d’asservir les esprits, étaient ravis d’avoir un Galilée prêt à brûler (mais pas trop chaud, s’il vous plait) pour la vérité. Mais le chevalier qui venait du froid (quelque part à l’est de la France, là où le climat trempe les caractères) a aussi su s’attirer les bonnes grâces des dames patronnesses de Télérama et de beaucoup d’autres.
On comprend donc que Denis Robert, après avoir été le Jean Moulin de la résistance contre les mafias et l’argent, n’apprécie guère d’être qualifié de second couteau dans le procès Clearstream. Avec le mélange de jubilation victimaire et de forfanterie naïve qui le caractérise, il tente vaguement de rappeler que, sans lui, rien de tout cela ne serait arrivé et que le peuple français serait privé d’un formidable spectacle. Et le pire, c’est que c’est vrai. Dans une tragédie grecque, il aurait été l’agent inconscient de dieux énervés, aujourd’hui on parlerait d’idiot utile. En tout cas, sans l’alliance objective de Denis Robert et de tous ceux qui l’ont cru, il n’y aurait pas eu d’affaire Clearstream. Sans Clearstream I, point de Clearstream II. Pour que quelqu’un ait l’idée de voler puis de trafiquer les fichiers, il fallait bien que l’opinion, et peut-être même le voleur et le faussaire, fussent convaincus qu’ils recélaient les secrets malodorants des mafias, des industries d’armement et de la République. Bref, il fallait avoir admis comme vérité révélée les « révélations » de Denis Robert.
Seulement, Clearstream I n’intéresse plus personne. Une vieille histoire, presque dix ans, vous pensez. D’abord, c’est Clearstream II que l’on juge aujourd’hui ; les protagonistes sont plus flamboyants, les dialogues mieux écrits. Reste qu’il est assez rigolo de se rappeler que ce scandale d’État, cette guerre dans l’Olympe du pouvoir, s’est déployé sur la base d’un récit dont rien, jusqu’à aujourd’hui, n’a prouvé qu’il était vrai.
En 2001, donc, Denis Robert publie Révélations, co-écrit avec un ancien employé de la chambre de compensations. Décidé à tout sacrifier, y compris sa carrière (qui connaissait des hauts et des bas, mais qui n’en a pas ?), le fin limier est tombé sur le centre mondial du blanchiment. La preuve : il existe des comptes non publiés (comme dans n’importe quelle banque, y compris celle de vous et moi) qui, par glissements sémantiques, deviennent des comptes dissimulés puis occultes. Une fois qu’on a collé sur le livre le sticker « investigation », c’est indiscutable. Peu importe que Clearstream gagne la plupart de ses procès en diffamation. Quand cette histoire de méchants planétaires se pimente, en plus, d’un volet français remontant au plus haut sommet de l’État, dans certaines rédactions, c’est l’euphorie. Il faut reconnaître que Le Monde ne marche pas dans la combine. Mais Le Monde n’est plus ce qu’il était, il a cessé de faire l’opinion.
Imaginons la suite à partir des éléments connus. À Clearstream, on commande le fameux audit qui permettra à un benêt de dérober les listings. Les échos du scandale parviennent, dans la prison où il purge une peine pour escroquerie, à Imad Lahoud, dont le cerveau fertile imagine qu’il trouvera dans cette histoire de quoi abattre ses puissants ennemis et, par ricochet, à Jean-Louis Gergorin. Lorsqu’il fait part de ses élucubrations à Denis Robert, celui-ci y trouve la confirmation de ses propres théories, autant dire une preuve. « Un cadeau de Noël en plein été », écrira-t-il. En somme, notre limier se fait enfumer par un type qui lui apporte, une fois remâchées, ses propres conclusions. Et qui finira par lui « vendre » ses propres fichiers trafiqués.
Tour à tour acteur et chroniqueur, victime et expert, Robert ressort régulièrement tel le diablotin de sa boîte ou, si on veut être aimable, le coryphée de la tragédie. Il connaît tous les acteurs, est l’ami du juge Van Ruymbeke. C’est lui qui présente Florian Bourges (le voleur présumé) à Imad Lahoud (le faussaire présumé). De loin, on entrevoit un petit monde où la dinguerie des uns nourrit la mythomanie des autres. Le plus étonnant est que Denis Robert semble croire au monde fantasmagorique qu’il a inventé. Aujourd’hui, il continue à proclamer, sans jamais l’avoir prouvé, que Clearstream est « le poumon de la finance parallèle ». On me dira qu’il n’est pas très grave qu’un type un peu habité soit convaincu d’avoir débusqué une machination planétaire. Qu’il ait réussi à convaincre d’estimables journalistes du bienfondé de ses théories pourrait sembler un peu plus fâcheux. Mais personne n’a jamais dit qu’on faisait une bonne histoire avec la vérité.
Le sanglot de l’homme rouge
Si l’on excepte le racisme institutionnel récemment incarné par l’Auvergnat Hortefeux, le racisme n’existe pas en France. Ou presque. Car il ne suffit pas de crier au loup pour en voir la queue. Les Verts de l’heureuse cité de Bagnolet en Seine-Saint-Denis, qui avaient cru apercevoir au coin d’un blog la figure de la bête immonde revêtue de nouveaux et surprenants oripeaux, l’ont récemment appris à leurs dépens. En effet, alors qu’ils s’étonnaient que Marc Everbecq, le maire communiste de cette charmante bourgade, ait pu laisser écrire et même défendre, sur son propre blog, des propos aussi aimables et aussi joliment tournés que « Un jour on sera suffisamment et la on verra bien qui repoussera les autres a la mer », signé Yazig, ou encore, « Merci le maire vous soutener les musulmans c bien, vous inquieter pas un jour inch allah la france sera musulman et yora plu de probléme avec la police passe que elle sera auci musulman », signé Karmide, le maire, bon prince, s’est fendu à l’intention de son opposition écologiste d’une explication de texte qui lève toute ambiguïté éventuelle quant à la nature des interventions en question : « Ne voyez vous pas qu’il s’agit juste d’un séjour à la plage. Et puis des grands garçons comme vous, cela ne devrait pas avoir peur de l’eau. Vous avez dû apprendre à nager à la piscine quand vous étiez petit. Cela fait déjà une sacrée différence avec tous ceux qui se noient dans le détroit de Gibraltar parce qu’ils ne savent pas nager et qu’ils fuient la misère que des décennies de colonialisme ont engendré dans toute l’Afrique. Souvenez-vous : le temps béni des colonies. » La France n’est pas raciste, on vous dit, elle plaisante.
Calais-Texas

Le désert à la frontière entre le Mexique et les USA. Un camp, moitié bidonville de toiles et de tôles, à proximité d’une petite ville. C’est le matin. Soudain, on entend un bruit dans le lointain. Des dizaines de 4×4, sirènes hurlantes, cernent le camp. Des garde-frontières avec des matraques jaillissent des véhicules. Des centaines de personnes sont tabassées ou arrêtées. Une heure plus tard, dans un bureau, un homme au visage tuméfié répond à un policier.
– Comment tu t’appelles ?
– Eric Besson.
– Eric Besson, Monsieur l’agent.
– Pardon ?
– Quand tu me parles, tu dis « Monsieur l’agent ».
– Oui, Monsieur l’agent.
– T’es français ?
– Oui.
– T’as des papiers pour le prouver ?
– Non, je n’ai plus rien.
– Je vois ça. T’es sale comme un peigne et tu pues !
– Bah, ça fait deux mois que j’attends dans ce campement de la frontière mexicaine. On n’a qu’un point d’eau et puis presque rien à bouffer. Heureusement que des gens nous donnent à manger parfois. Des bénévoles…
– Tu crois que je le sais pas, peut-être ? Ça fait des mois que vous nous pourrissez le secteur. Par contre, qu’il y ait des Français, c’est nouveau. D’habitude, c’est plutôt des Mexicains ou des Salvadoriens, mais des Français, ça, c’est la première fois que j’en vois. Qu’est-ce que t’as sur la gueule ?
– J’ai pris un coup de matraque sur la tronche, Monsieur l’agent. Vous n’y avez pas été de main morte…
– Tu insinues quoi, bouffeur de grenouilles ? Que la police d’un grand pays démocratique comme le nôtre se permettrait de maltraiter des sans-papiers comme toi, mon gars ? Et tu prétends entrer aux USA ? Pourquoi t’as quitté la France, d’ailleurs ?
– Bah, la Gauche a gagné, Monsieur l’agent. Et puis pas n’importe laquelle…
– Qu’est-ce tu veux dire, le Frenchie ?
– Oh des furieux, des vrais marxistes. Pire que Chavez. Le Front de Gauche que ça s’appelle. Depuis qu’ils sont au pouvoir, c’est l’horreur. Ils ont renationalisé à 100 % EDF-GDF, France-Télécom, la SNCF, la Poste et puis, dans la foulée, ils ont pris le contrôle des banques. Ils ont mis un salaire minimum à 2000 euros, ils filent des papiers à tout le monde, ils construisent des hôpitaux et des écoles partout, ils financent la sécu, la semaine de quatre jours et la retraite à 55 ans avec des taxes sur les flux financiers : un vrai cauchemar ! Ils ont arrêté tous les spéculateurs, les dirigeants du Medef et du CAC 40. Le pire, c’est que ça suit partout en Europe, en Allemagne avec Die Linke, en Italie, avec Rifondazione. Affreux, Monsieur l’agent, affreux…
– Ouais, je comprends. Tu veux un statut de réfugié politique, alors ?
– C’est ça, Monsieur l’agent.
– Tu faisais quoi, comme métier dans ton pays ?
– J’étais ministre, Monsieur l’agent.
– Ministre de quoi ?
– Ministre des Affaires raci…, euh, excusez-moi, ministre de l’Identité nationale.
– Et ça consistait en quoi ?
– Bah… à savoir qui était français et qui ne l’était pas, Monsieur l’agent. On contrôlait au faciès dans le métro, on leur demandait de s’inscrire en préfecture et puis on les chopait juste après. J’étais bon, dans mon genre…
– Et en dehors de ça, tu sais faire quoi ?
– Trahir, Monsieur l’agent. Ça, je sais très bien trahir ! C’est pour ça que l’ancien président m’aimait bien. Parce que lui aussi, question traîtrise, c’était un bon.
– Eh bien, prouve-le, Frenchie.
Eric Besson réfléchit, puis se penche vers le policier et parle à voix basse.
– Eh bien par exemple, Monsieur l’agent, dans le camp, avec nous, y’a un ancien gauchiste. Il fait semblant d’être libéral, mais c’est faux..
– Et comment y s’appelle ?
– Cohn-Bendit, Monsieur l’agent.
– Ok. On verra ça. Allez, tu peux sortir.
Le policier s’adresse à un collègue qui tient la porte.
– C’est qui le suivant ?
– Oh ! encore un de ces Français avec un nom impossible…
Il regarde une feuille.
– Brice Hortefeux… Oui, c’est ça : Brice Hortefeux.
Royal Tobin
D’après un confidentiel du Figaro, madame Ségolène Royal s’est prononcée pour la taxe Tobin, ce qui en a surpris plus d’un dans son entourage plutôt habitué à des choix économiques de type social-libéral, voire franchement blairiste. Espère-t-elle par cette annonce renforcer une cote d’amour terriblement entamée auprès de la gauche du parti ? Ou veut-elle, plus prosaïquement, récupérer un peu d’argent sur la somme faramineuse que lui a facturée son compagnon, concepteur inénarrable du site royaliste Désirs d’Avenir, lequel ressemble à une publicité suisse pour le suicide assisté dans la dignité. Dans ce cas, il serait bien que quelqu’un rappelle à notre Eva Peron du Poitou que la taxe Tobin, au cas où elle serait appliquée, serait prélevée sur les flux financiers et pas sur les catastrophes esthétiques, les dépenses hasardeuses et le ridicule politique.
Quand la Halde doit battre en retraite

Jamais on n’aura vu une telle unanimité nationale depuis les obsèques de Charles Trénet : le président et le gouvernement, la droite et la gauche, le centre et les extrêmes, le patronat et les syndicats, Les Echos et L’Huma, les Francs-Macs et le Bon Dieu, tout le monde s’est félicité qu’une déclaration solennelle de Xavier Darcos, ministre des affaires sociales ait un mis point final à la tentative délirante de dépouiller, à l’occasion de la prochaine loi sur le financement de la Sécu, les mères de famille de leurs droits à la retraite. Dont acte. Ce type de chœur sans fausse note est tellement rare en politique de chez nous qu’il faudrait avoir vraiment mauvais esprit pour cracher dans la soupe. Sauf que comme on disait dans ma banlieue et dans ma jeunesse : y a une couille dans le potage !
J’ai beau scruter les communiqués victorieux des uns et les articles documentés des autres, nul ne prend la peine de nous rappeler d’où venait cette hallucinante tentative de spoliation qu’il aura fallu contrer de toute urgence par voie parlementaire. Pourtant, il a bien fallu que ce mauvais coup vienne de quelque part. Mais d’où ?
D’habitude, quand une semblable aberration surgit tel un alien dans notre quotidien, le coupable est tout trouvé : l’assassin habite à Bruxelles ou, à la rigueur, à l’Organisation Mondiale du Commerce ou autres machins supra-étatiques qui, quand ils viennent chez nous, font comme chez eux.
Mais là, non, mauvaise pioche. L’ennemi public numéro un des mamans réside en France, il a ses bureaux au 11 rue Saint-Georges, à Paris IXe. Son nom est Louis Schweitzer, il est président de la Halde. C’est, en effet, sur la base d’une injonction de cette hautoto en date du 11 décembre dernier, arguant que les hommes devaient avoir les mêmes avantages que les femmes, que le gouvernement s’est engagé dans un premier temps à démanteler le dispositif existant et à le faire en stricte défaveur des mères.
Et comme, apparemment, il est assez mal vu chez nous de contester les délires de la Halde, personne n’a trouvé à y redire ou n’a osé le faire, et le gouvernement s’apprêtait donc pour cette rentrée à modifier la loi en conséquence. Il aura fallu qu’en plein mois d’août une confédération considérée d’ordinaire comme peu vindicative, la CFTC, sauve l’honneur du syndicalisme français en menaçant de tout casser si la loi en gestation tronçonnait les retraites des mères de famille, entraînant une volte-face de Darcos, puis du reste du monde politico-syndical volant au secours de la victoire[1. On notera cependant que le PS n’a réagi que très tardivement, début septembre, par la voix de Jean-Patrick Gille, son fort peu médiatique secrétaire national à la famille. Une rumeur malveillante assure que tout comme la CFDT et la CFE-CGC, nombre de dirigeants socialistes partagent in petto le point de vue de la Halde. On rappellera que Nicole Notat est une des onze membres du collège exécutif de la Halde.]. Oui, sans le coup de sang estival de nos amis les travailleurs chrétiens, la modification de la loi préconisée par Schweitzer aurait été entérinée, tant il est vrai que tout ce que dit la Haute Autorité fait autorité. On l’a échappé belle.
On espère que cet impair commis au nom de la parité servira de leçon à tout le monde. Jusqu’à présent la Halde se contentait de gaspiller l’argent public pour nous pourrir la vie au nom du droit mal compris des minorités. Mais demander à ce qu’on expurge les manuels scolaires de toute trace de Ronsard, ça ne vous occupe pas toute l’année une armée de prébendiers…
Avec cet épisode, la Halde vient de montrer qu’elle était tout autant capable de s’acharner spécifiquement sur les plus faibles au nom de ses fantasmes technocratiques sur l’égalité pure et parfaite. On attend avec impatience qu’elle s’en prenne désormais aux handicapés au nom du droit à l’équité des bien-portants.
Oui, il est temps qu’on mette un terme à cette plaisanterie et qu’on évacue ce squat légal mais nauséabond, ces forcenés qui prennent en otage nos lois, nos droits acquis et nos institutions. Que fait le GIPN ?
Vodka, pizza et calomnie
Dans son dernier livre d’entretiens, le président Clinton révèle que Boris Eltsine en visite à Washington en 1995 a été retrouvé en pleine nuit, ivre, en caleçon, cherchant à héler un taxi pour aller chercher une pizza, tout cela à quelques encablures de la Maison Blanche, au risque de « provoquer un incident international ». Par son charmant réalisme, la scène est des plus crédibles et n’importe quel buveur de fond, qu’il soit président de la Fédération de Russie ou simple navigateur de comptoir, connaît cette fringale de loup créée par l’alcool au cœur de la nuit, au point que le plus fin gastronome est prêt à se jeter sur n’importe quelle junk food, du double cheeseburger au kebab frites en passant, évidemment, par la pizza. Las ! Alexandre Korjakov, aujourd’hui député et ancien chef de la sécurité d’Eltsine dit que tout cela est impossible et que l’on cherche à nuire, par ce livre, à la mémoire de l’ancien président. C’est vrai, ça, on fait dire n’importe quoi au gens. Il est bien connu qu’Eltsine ne buvait pas, que Clinton ne fumait pas le cigare et que Sarkozy n’a jamais dit qu’il serait le président du pouvoir d’achat.
The Clinton Tapes: Wrestling History in the White House
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