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Pour causer aux djeuns, yaka Waka !

Graff
Quand le Service d'Information du gouvernement veut faire jeune, il n'y va pas par quatre chemins.

Il est bien connu que le « jeune », spécifiquement entre 15 et 25 ans, n’est pas un humain à part entière. Il passe l’essentiel de ses journées à échanger avec ses semblables moult SMS d’une affligeante inutilité, dans un langage cromagnonesque qui est un défi quotidien à l’intelligence la plus exigible. Il s’amuse − dans de grands éclats de rire crétins − de programmes télévisés désolants, que des adultes farceurs fabriquent à son attention avec le cynisme le plus justifié. Ainsi, l’ambition du « jeune » dépasse rarement le pas de la porte de sa chambre tapissée de posters très laids ; et son horizon intellectuel − compte tenu du fait qu’il se rend au « bahut » mais « s’en bat les couilles ! » − ne va souvent pas plus loin que le bout de son nez ravagé par l’acné.

À cela s’ajoute une confuse obsession sexuelle, doublée de la persistance − dans le cerveau du « jeune » − d’une image caricaturale du sexe opposé influencée − sans surprise − par les clips de rap et les films pornos. Bref, le « jeune » est méprisable, certes… mais convient-il de le mépriser ?

C’est la question qu’aurait dû se poser le gouvernement français qui − par l’entremise du Service d’information du gouvernement (SIG) − vient de lancer un insultant site web à destination de la jeunesse − « Waka » − entièrement rédigé en « langage jeune ».

[access capability= »lire_inedits »]« Grave, chaud, fastoche, vite fait ou trop pas ? »

Le SIG a sollicité le groupe de radio Skyrock pour mettre en place − par l’entremise de sa filiale dédiée aux activités numériques − une plateforme de consultation de la jeunesse, appelée « La Grande Consult' ». Thierry Saussez, brillant publicitaire et actuel patron du SIG, le reconnaissait sans ambages : « [Les jeunes] font partie d’un public prioritaire, et il se trouve que c’est celui que l’on touche le moins avec les campagnes de communication traditionnelle… » Il convenait donc d’attaquer cette niche via Internet où, toi, le jeune, tu as élu durablement domicile. La « Grande Consult' » posait, dans un navrant style direct, des questions peaufinées par les équipes du SIG et de Skyrock : « Tu trouves que t’es fort en langues ? » « Les prêts étudiants garantis par l’État, tu connais ? » Pour une génération qui a renoncé à la patronymie pour se contenter de prénoms, le tutoiement s’impose de lui-même.

Près de 186 000 jeunes se sont donc laissés tutoyer par l’État lors de cette « Grande Consult' ». Sur le site web de Skyrock, la marque étatique était presque indécelable… en dehors d’un discret logotype : « Une initiative des pouvoirs publics ». Skyrock, la radio du rap commercial, de l’imaginaire moisi des grosses cylindrées allemandes et des blondasses siliconées ne pouvait que réussir sa mission d’abêtissement de la jeunesse. À la question, crétine en diable : « Si t’avais une baguette magique, tu demanderais quoi ? », 29 % des sondés répondent qu’ils veulent du pognon, contre 24 % la paix dans le monde. Matérialisme de rigueur. Bling-bling de parade. Et la logorrhée jeuniste se poursuit dans cet autre sondage : « T’as habité en résidence étudiante, c’est pratique ? » Réponses proposées, sans la moindre honte : « Grave, chaud, fastoche, vite fait, trop pas ».

« Exprime-toi pour que ça bouge ! »

Quelques semaines plus tard, forts du succès de la « Grande Consult' », le SIG et Skyrock lançaient conjointement le site Waka (signifiant « canoë » en langage maori, ce qui est franchement trop sympa comme symbolique pour des jeunes « naviguant dans l’océan déchaîné de la vie… ») Marc-Philippe Daubresse, ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives, a reconnu, sur le site du Monde, que cet amusant joujou allait coûter au moins 2 millions d’euros… Il n’en a pas moins défini le projet en ces termes enthousiastes : « On part des besoins du jeune et de son profil en fonction des sondages auxquels il répond ; il dispose alors d’une palette de mesures de politiques publiques… » Mais le ministre va au-delà de ces promesses marketing insipides : il se réjouit que l’on s’adresse au jeune dans un « langage accessible »… C’est-à-dire, certainement, dénaturé ? Truffé de fautes de syntaxe ? Perlé de violations grammaticales ?

Sur Waka, le langage est mieux qu’accessible : libéré. « Exprime-toi pour que ça bouge ! » « Internet au bahut, tu t’en sers pour quoi ? » « La conduite accompagnée, ça te chauffe ? » Oui, cette grotesque affaire commence largement à me chauffer les oreilles…

Allez, mec, sur Waka, « lâche ton com’ ! » et surtout… pas de politique entre nous ! Pas une question directe sur l’action de Nicolas Sarkozy. « Grave ? » ou « Trop pas ? ». Au final, fallait-il vraiment mépriser cette jeunesse que j’évoquais au début ? Apparemment, certains jeunes ont conservé des yeux pour lire et un cerveau pour comprendre. « Avant, je me demandais si on prenait vraiment les jeunes pour des cons. Maintenant, je sais » (Moncu, 18 ans). « Une gesticulation du gouvernement de plus pour continuer à attirer l’attention sur autre chose que sur les vrais problèmes » (Malari, 23 ans). Et si le nez ravagé d’acné du « jeune » était quand même en mesure de sentir l’arnaque politique à 500 mètres ?[/access]

Affaire Al Doura-Enderlin, suite mais pas fin…

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L’info n’aura fait ni les gros titres des JT de France2, ni de ceux de Canal. Déclenchée il y a dix ans avec la diffusion le 30 septembre 2000 par France 2 d’un reportage de Charles Enderlin – semblant montrer la mort d’un enfant palestinien dans les bras de son père – « l’affaire Al Doura » vient de connaître un rebondissement important : Canal + vient d’être condamné pour diffamation à l’encontre de Philippe Karsenty pour le reportage que la chaîne a diffusé le 24 avril 2008. Il s’agit d’un documentaire réalisé par la société TAC PRESSE mettant en parallèle les révisionnistes des attentats du 11 septembre et ceux qui s’opposent à France2 et Charles Enderlin dans le cadre de l’affaire al Doura et notamment Philippe Karsenty. Ce dernier a été présenté par Stéphane Malterre, l’auteur du film, comme chef de file de la « croisade » conte Charles Enderlin, visant à le dénigrer et nuire à sa carrière, dans le cadre d’un mouvement d’opinion extrémiste et radical.

Selon la cour, Stéphane Malterre était en possession de tous les éléments ayant suscité, au niveau international, le doute sur la réalité de la scène de la mort de Mohamed al Doura, mais il ne les a même pas évoqués dans son reportage. « Dans ces conditions, concluent les juges, au regard du choix du sujet en cause pour illustrer le propos de l’émission et du traitement de celui-ci, la légitimité du but poursuivi n’est pas établie et, en tout état de cause, les défendeurs [Canal + et TAC PRESSE] ne justifient pas de la fiabilité de l’enquête nécessaire à l’admission du fait justificatif de la bonne foi. En conséquence, Philippe Karsenty est recevable et bien fondé en son action. »

Le prochain rendez-vous dans l’affaire est la décision de la cour de Cassation: condamné en correctionnelle pour diffamation contre Charles Enderlin et France2, Karsenty a été relaxé le 21 mai 2008 par la cour d’appel. Suite à ce résultat, Charles Enderlin France2 s’étaient pourvus en cassation.

Un jeudi à l’Assemblée

Tartiflette
Jeudi, c'est tartiflette

Qu’on ne compte pas sur moi pour pratiquer l’anti-parlementarisme primaire. Néanmoins, jeudi, j’ai eu un doute. Pour les béotiens, l’Assemblée nationale est ouverte tous les jours. Mais un député qui veut maximiser son crédit politique et travailler sa visibilité pour se faire réélire vient surtout le mardi et le mercredi, les deux jours des questions au gouvernement : retransmises sur France 3, on y assiste à des assauts de flagornerie de la part de la majorité et à des interventions piquantes venues de l’opposition, auxquelles ne répond que très rarement le Premier ministre qui a autre chose à faire.

Mardi et mercredi, à l’Assemblée, c’est la fête au village

Cela dit, quand une loi un peu compliquée, ou bien susceptible de valoir un sujet d’une minute quinze au 20 heures, se présente devant l’Assemblée, le député peut imaginer rester un peu plus longtemps que ces deux seuls jours. Evidemment, je caricature : chacun sait que le député travaille, en commission, loin des caméras, fait un travail de fond, souterrain, silencieux. Et si ça se trouve, préfère rester discret et fuir la presse, donc les bancs, donc les Quatre Colonnes, cet endroit où se mélangent à la sortie de l’hémicycle les journalistes et les députés. La plus belle usine à petites phrases et à langue de bois de France – et accessoirement à blagues et à rumeurs, faut bien le reconnaître.

Donc, le mardi et mercredi, c’est la fête au village. Les conférences de presse sont pleines de journalistes de télé d’info continue ou de radios, de retraités, de gratte-papier de la grande presse politique, d’intrigants, de filles perdues. Mercredi, 17 heures, rideau. L’Assemblée retrouve son calme. Presque tu te sens à la maison.

Pour autant, n’allez pas croire qu’il n’y a pas de textes à l’ordre du jour. Tiens, jeudi on causait régulation financière et bancaire. Pas un petit texte. Promis par le président de la République lors de son discours de Toulon sur la finance, il ne s’agissait ni plus ni moins que de donner au politique les moyens d’arrêter les conneries des banques et des agences de notation, qui ont, disons-le, pourri la situation économique mondiale. Sous le regard bienveillant, ou ébloui, des élus, faut bien le dire. Bref, bref, le texte arrive. Tambours, trompettes : on allait voir ce qu’on allait voir. Limiter les bonus des traders, serrer les banques, contrôler les risques, interdire les ventes à découvert (comme les Allemands viennent de le faire sans barguigner).

Régulation financière : 4 députés à gauche, 0 à droite

Ben, jeudi, j’y étais. Dès l’ouverture. Je suis d’un naturel hargneux ou malade. C’est selon. Et bien, j’ai vu. D’un côté, la loi sur la finance. Pendant la discussion générale du texte le matin (en fait, là où on ne risque pas grand-chose, ni vote, ni surprise de dernier moment, ni coup de théâtre, là où on permet seulement aux orateurs de causer pendant leurs 20 minutes réglementaires), j’ai compté : avant midi, 4 députés de gauche en séance avec le président de la Commission des finances, le socialiste Jérôme Cahuzac. À droite, personne dans les travées. Si ce n’est le rapporteur du texte, le président de séance, la ministre de l’Economie. Ceux qui sont obligés, quoi, auxquels on ajoutera en tribune votre serviteur ainsi qu’une palanquée de chargés de mission de Bercy, le teint cireux, l’œil cerné, la main fébrile sur la liasse d’amendements à passer dans le bon ordre à leur cheffe.

Alors, outre que le texte était présenté comme fondamental, rapport que l’économie mondiale part en capilotade, il y a un autre truc qui aurait justifié un poil plus de monde dans les lieux : la réforme du Parlement, celle adoptée dans la foulée de la Constitution en 2008. Les députés allaient avoir plus de possibilité d’expression, de proposition, plus de moyens d’imposer leurs idées, leurs textes. Fini les godillots qui votent des deux mains ce que le gouvernement leur amène. Déjà, on avait des doutes. Jeudi, ils ont été balayés. Je veux bien que tout le monde ait à faire en circonscription : après les régionales, notamment à droite, on a senti un repli stratégique brutal sur les bases, la réélection c’est dans deux ans. Mais en vrai, ce n’est pas que ce noble motif qui pousse à cette désertion.

Jeudi, un événement d’une haute importance se tenait à deux pas de l’hémicycle et de ses débats sur la finance mondiale : on fêtait chez le président de l’Assemblée, mais néanmoins savoyard, Bernard Accoyer, les 150 ans du rattachement de la Savoie à la France, avec force Apremont et tomme au lait cru, on imagine. Alors tes CDS, tes ventes à découvert, tes comités de déontologie, tes agences de notation, à côté de la tartiflette géante de la Questure… On va encore dire que j’ai mauvais esprit. Sinon, le texte a été adopté à 23 h 57, jeudi soir.

Indignation disproportionnée

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Flottille

Comme toujours, on nous l’a joué à l’estomac. Des militants pacifistes, une population mourant de faim, une armée inhumaine. La lutte de David contre Goliath sans cesse recommencée – avec, circonstance aggravante, l’Etat juif dans le rôle de Goliath. Il a fallu reprendre son souffle pour ne céder ni à l’envie d’être dans le bon camp, ni à la tentation de se réfugier dans une confortable posture victimaire – « Ils ne nous aiment pas ». Il a fallu essayer de comprendre la partie sophistiquée qui se jouait derrière la belle histoire simple que narraient les médias du monde entier. À l’heure où nous bouclons, on en est encore loin. Une seule certitude partagée par tous les contributeurs de notre dossier, les uns pour le déplorer, l’autre − notre ami Rony Brauman − pour s’en féliciter : le Hamas et son parrain turc ont gagné la guerre des mots et des images. Celle qui compte. Au moins cette affaire aura-t-elle permis à la presse mondiale d’enrichir son vocabulaire, ainsi que l’observe drôlement François Miclo.

[access capability= »lire_inedits »]On a beaucoup parlé, à propos de cette flottille prétendument humanitaire, de la riposte disproportionnée d’Israël. Ce qui est disproportionné, en l’occurrence, c’est le déchaînement de haine anti-israélienne − et quand je dis anti-israélienne, je suis polie : pour la première fois, certains auteurs de messages antijuifs n’ont même pas pris la peine de se planquer derrière un pseudo. Trois jours d’indignation planétaire, des « unes » plus accablantes les unes que les autres pour l’Etat-pirate, des manifestations dans toutes les grandes villes de France, dont une à Strasbourg, qui a tenté de marcher sur la synagogue. Le réseau de cinémas – d’art et essai, donc subventionnés – Utopia décide courageusement de déprogrammer un film israélien dépourvu de tout contenu politique car « les cinéastes qui travaillent avec des fonds israéliens cautionnent, dans un sens, la politique de leur pays ». Soucieux de participer à l’édification des masses en dévoilant la barbarie israélienne, Utopia diffusera à la place un documentaire consacré à Rachel Corrie, pacifiste américaine de 22 ans, écrasée par un bulldozer israélien dans la bande de Gaza en 2003. Roland Dumas annonce des « Brigades internationales » contre Israël, un ministre turc explique que, pour son pays, c’est l’équivalent d’un 11-Septembre, Haaretz nous fait le coup d’Exodus – comme quoi la sottise bien-pensante est parfaitement mondialisée. Sans oublier, selon l’heureuse expression de Patrick Anidjar, « les experts en prise-d’assaut-de-flottille-humanitaire-en-zone-maritime-internationale, particulièrement nombreux et volubiles ». Le moins qu’on puisse dire c’est que les victimes d’Israël pèsent d’un poids très particulier dans la conscience mondiale.

Pacifistes armés de haches et de couteaux

On ne minimisera pas la gravité de l’affaire : neuf hommes sont morts. Et c’est effroyable même si ces pacifistes armés de haches et de couteaux étaient des combattants dans la guerre idéologique et médiatique – combat immédiatement récompensé par le titre de shahid, c’est-à-dire de martyrs. Osera-t-on rappeler que les raids de l’OTAN en Afghanistan font chaque semaine plus de dix morts civils ? Que l’armée turque a tué, il y a quelques jours, six militants kurdes ? Que le Hamas a liquidé plus d’une centaine de dirigeants du Fatah lorsqu’il a pris le contrôle de la bande de Gaza ? Y a-t-il eu des manifs quand des soldats israéliens ont été lynchés à Ramallah devant une foule en liesse ? Où étaient les grandes consciences ? Où étaient les donneurs de leçons ?

On me dira qu’envoyer l’armée contre une opération humanitaire est moralement inacceptable. Sauf que, si le but réel de l’opération était humanitaire, Free Gaza aurait accepté l’offre israélienne de transporter sa cargaison par la route. Affichage ostensiblement religieux avec chants islamistes et guerriers en prime, objectifs évidemment politique : l’opération « Flottille pour Gaza » est en rupture complète avec l’éthique des grandes boutiques humanitaires. Peut-être faut-il parler, à l’instar de Cyril Bennasar, d’opération « oummanitaire ». De fait, on ne comprend rien à toute cette affaire si on oublie que la Turquie se verrait bien en leader du monde musulman et doit, pour cela, faire oublier son alliance avec les juifs. Maintenant qu’il est passé dans le camp de leurs ennemis, peut-être Erdogan sera-t-il le fameux partenaire dont les Israéliens affirment avec constance –et, souvent une sacrée dose de mauvaise foi – qu’il n’existe pas.

Le monde entier solidaire du Hamas

En attendant, bien au-delà des habituels syndicats norvégiens et autres prix Nobel qui dénoncent avec gourmandise les « nouveaux camps de concentration » sous férule israélienne, le monde entier est solidaire du Hamas, dont l’objectif proclamé est d’instaurer la charia et de détruire son voisin. Rappelons que ce sympathique parti humanitaire est en guerre contre Israël, qu’il dispose de roquettes permettant d’atteindre Ashkelon et que le blocus lui a été imposé par Israël et l’Egypte avec l’approbation du Quartet (Etats-Unis, Russie, France, ONU) tant qu’il ne satisfera pas à des exigences minimales – reconnaissance d’Israël, renoncement à la lutte armée, acceptation des accords d’Oslo. Rappelons également qu’Israël a proposé de le desserrer en échange de la libération de l’otage Gilad Shalit. Non seulement, le Hamas n’a pas fait un pas mais, à l’évidence, fort du soutien d’une opinion mondiale chauffée à blanc, il va obtenir la levée du blocus. Au demeurant, c’est sans doute une bonne nouvelle, dès lors que ce blocus est politiquement désastreux et militairement intenable.

Reste que la détestation d’Israël semble interdire toute réflexion. Dans cette atmosphère survoltée, on a envie d’appeler tout le monde à la responsabilité, de rappeler aux amis des Palestiniens, à Cécile Duflot, à Olivier Besancenot, qu’on peut manifester pour toutes sortes de causes, mais pas avec n’importe qui, et qu’on peut dire beaucoup de choses mais pas avec n’importe quels mots. Quelles que soient les fautes voire les crimes des Israéliens, il faut rappeler que, pour une bonne part, leurs ennemis sont les nôtres. Les nôtres, à nous Français et Occidentaux.[/access]

À quoi Badiou est-il le oui ?

Alain Badiou
Alain Badiou. Photo Flickr / Hendrik Speck.

Etonnant phénomène que ce Badiou, n’est-ce pas ? Un mec intelligent, et qui pourtant ne pense pas comme moi !

Plus sérieusement ( ?), Alain Badiou est un philosophe marxiste-léniniste, disciple d’Althusser et de Lacan, qui ne restera sans doute pas dans l’Histoire comme le cofondateur de l’UCF (m-l)[1. Union des Communistes de France (marxiste-léniniste). D’où vous sortez ?]. En revanche, à force de multiplier depuis quarante ans les essais aussi érudits qu’abscons, l’homme s’est acquis légitimement une stature d’intellectuel radical – au sens où Alain ne l’était pas.

Et soudain, Badiou devint à la mode

Cet Alain-là en tient pour l’Eternel Retour de « l’Hypothèse communiste », comme il dit. A priori, pas de quoi faire trois fauteuils à Lons le Saunier… Jusqu’à ce jour de 2007 où son énième bouquin a soudain bénéficié d’un effet de mode aussi puissant qu’inattendu : concert de louanges à gauche, cries d’orfraie à droite, centaines de milliers d’exemplaires vendus…

Il faut dire aussi que le titre était bien trouvé : De quoi Sarkozy est-il le nom ?, ça sonne quand même autrement mieux que Circonstances 3, non ? Ça vous a son air d’énigme poético-fantastique, avec même une certaine touche de théâtralité. (À ses heures perdues, savez-vous, entre deux Révolutions de papier, notre homme de lettres et fin diseur est aussi dramaturge.) Bref, ça a tant et si bien marché que l’auteur est devenu, depuis, l’un des « penseurs critiques » les plus en vue, non seulement en France mais dans le monde. Cocorico !

La « pensée critique » : pléonasme ou ontologie ?

Mais c’est quoi, au fait, la « pensée critique » ? Non pas un vulgaire pléonasme, comme je le supputais ; une authentique ontologie révolutionnaire, qu’explique à merveille Razmig Keucheyan dans son Hémisphère gauche : Une cartographie des nouvelles pensées critiques .

Pour ma part, un peu débordé en ce moment, j’ai dû me contenter de la recension qu’en a fait récemment Libé[2. Jeudi 29 avril 2010]. Retenons donc l’essentiel, que nous résume aimablement Eric Aeschimann : à l’inverse de la pensée conservatrice, qui prétend définir la nature de l’homme, « la pensée critique rejette toute idée d’essence humaine, sinon comme mouvement perpétuel. »

Et l’apport de Badiou là-dedans ? Central, forcément central : pour lui, l’« être » ne peut accéder à sa « vérité » qu’en se situant face à un « événement » ; (« par exemple la Révolution », ajoute Aeschimann avec une pointe d’ironie bourgeoise).

Bref, dans la « cartographie » de la pensée critique, le bonhomme occupe une position enviable qui, comme son nom l’indique, ne lui vaut pas que des amis. Ainsi l’accuse-t-on volontiers, jusque dans son propre camp, des pires crimes : « haine de la démocratie », « antisémitisme », voire « posture radicale-chic »…

Mais au diable les jaloux ! Ce que la notoriété a fini par récompenser chez Badiou, au-delà de sa pensée indéniablement « critique », c’est sa ténacité. Ses anciens collègues en maoïsme (Philippe Sollers, Gérard Miller, Serge July, Shirley & Dino…) ont eu le temps de se recycler dix fois. Lui, Badiou, n’en démord pas : les jours du capitalisme sont comptés ! A moins que ce ne soit les années, mais qu’importe… Ce prophète de la Révolution n’est pas pressé, pas plus qu’Isaïe I et II réunis : à leur instar, ce qu’il annonce est inéluctable.

Avec Finkielkraut, une Explication passionnée mais civilisée

Ses certitudes, Badiou les confronte aux doutes de Finkielkraut dans un livre intitulé L’Explication. Entre le pape du néo-maoïsme germanopratin et le cerveau du gang des « nouveaux réactionnaires » le choc est rude, passionné, mais toujours civilisé.

Le communisme selon Alain Badiou, c’est « le commencement d’une autre époque historique de l’existence de l’humanité », rien de moins. Il dirait même plus : « Une hypothèse historique d’une amplitude telle que, pour Marx, tout ce qui précède est de l’ordre de la Préhistoire ».

Quant au passage de cette Préhistoire à l’Histoire, qui a nom Révolution, pas de souci : il résultera naturellement de l’immense mouvement d’émancipation des masses, selon les lois d’airain du matérialisme dialectique. Alors il est un peu risible, n’est-ce pas, de lui opposer toujours ces « soixante ans de dictature en Russie », comme dit Badiou avec son art exquis de la litote. Tout ça n’était qu’un regrettable accident de l’Histoire ; une « erreur » qui, n’en doutons pas, sera « rectifiée »…

Finkielkraut, lui, en doute grave : le communisme, explique-t-il, c’est « une affaire qui se déroule en deux temps : le temps de l’idéal et le temps de la terreur. »

Le communisme, une Idée trop belle pour être abandonnée au réel

Sauf que Badiou, les yeux fixés sur son « avenir radieux », n’est pas homme à se laisser influencer par le passé. Si jusqu’à présent son truc n’a jamais marché, c’est que ça marchera la prochaine fois, voilà tout !

Et de contre-attaquer, non sans subtilité : à l’échelle de l’Histoire, la démocratie n’a t-elle pas connu elle aussi ses tâtonnements ? « Elle a commencé en Grèce comme si elle était parfaitement compatible avec l’esclavage, l’exclusion des métèques et l’absence de toute présence politique des femmes… »

Comparaison n’est pas raison, et Badiou le sait bien ; le mec a oublié d’être con. Il est juste « enfermé dans la logique d’une seule idée », comme disait Hannah Arendt pour définir la pensée totalitaire. Son « Idée communiste », il la voit avec les yeux d’un amour-passion qui n’existe que dans les livres[3. Voir à ce propos son bouquin de l’an dernier sur « L’Amour », où il donne une définition résolument révolutionnaire de ce sentiment qu’on avait pu croire universel, puis « bourgeois »] ; une Idée décidément trop belle pour être abîmée par la réalité quelle qu’elle soit.

Un constat commun : la décadence

C’est là que s’esquisse[4. Pour moi. (Il faut toujours préciser « pour moi », ou « selon que je le sens », ou « d’après mon idée à moi que j’ai »… Ça évite bien des arguties vaines.] une des pistes les plus intéressantes de la controverse Badiou-Finkielkraut : l’ « hypothèse » (comme dirait Badiou) d’un clivage gauche-droite qui serait mental plus qu’intellectuel. Où le tempérament, pour tout dire, conditionnerait jusqu’au fond de la pensée.

Parce que nos deux Alain sont plutôt d’accord pour « voir un certaine réalité en face », comme dit Finkielkraut : marchandisation globale, inculture pour tous… « Décadence » en un mot, même si elle est bourgeoise pour l’un et civilisationnelle pour l’autre.

Mais face à ce constat commun, que faire, comme disait l’autre ? « Sauver ce qui peut l’être », selon l’excitant mot d’ordre finkielkrautien ; ou bien « transformer radicalement le monde », comme le suggère sans rire Badiou ?

Et si ce désaccord relevait essentiellement du tempérament ? S’il y avait, au sein de l’humaine nature, des gens pessimistes jusqu’à la misanthropie et d’autres utopistes jusqu’à la gauche ?

Mais je ne suis pas payé pour être psychologue des profondeurs, hélas ![5. Un poke à Onfray !] En attendant donc que mon hypothèse bouleverse l’histoire des idées (ou pas), disons que Finkielkraut résume bien ce qui l’oppose à Badiou en lançant : « Nous n’avons pas le même Panthéon ! »

Evidemment, entre un Alain qui se rêve au Pays des Merveilles maoïstes et l’autre en Cendrillon qui sait que minuit est passé, mon choix est fait. En revanche, c’est l’idée même de « Panthéon » qui me paraît contestable, pour ne pas dire absurde. Je préférais l’église Sainte-Geneviève.

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Un match nul sans tambours mais avec trompettes

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La pâle prestation du Onze tricolore face à la glorieuse Celeste d’Urugay a peut-être une explication. « On ne s’entendait pas sur le terrain ! » a notamment déclaré Yohann Gourcuff à l’issue d’un match verrouillé où l’attaque française a fait preuve de son habituelle inefficacité. Le joueur ne faisait pas allusion à d’éventuelles dissensions au sein de l’équipe mais à ce bourdonnement semblable a celui d’un gigantesque essaim, aussi étrange qu’inquiétant, qui venait des tribunes.

C’étaient les vuvuzelas. Les vuvuzelas sont des instruments à vent, sortes de cornes de brume version zouloue utilisées par les supporters sud-africains. Les cinéphiles auront peut-être reconnu ce bruit obsédant propre aux vuvuzelas: c’est celui qui accompagne les guerriers de Ntshingwayo Khoza taillant en pièces lors de la bataille d’Isandhlwalna , le 23 janvier 1879, les troupes anglaises.

Cette défaite, la plus grande jamais subie par une armée européenne dans une bataille rangée avec des indigènes, a été mise en scène dans L’ultime attaque de Douglas Hickox, film britannique tourné pour commémorer le centenaire de cette déculottée historique. « Je vous avais bien dit que nous n’y étions pour rien ! » a pour sa part commenté le président Hugo Chavez, un instant accusé par certaines rumeurs d’avoir voulu déstabiliser la compétition.

Nucléaire iranien, les choses sérieuses commencent…

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Mahmoud Ahmadinejad
Mahmoud Ahmadinejad.

L’Iran est à nouveau sanctionné par la communauté internationale et Mahmoud Ahmadinejad s’en balance. Il le dit haut et fort : la dernière résolution onusienne en date — la 1929 — « n’aura aucun effet », elle n’a « aucune valeur légale » et elle est « bonne pour la poubelle ». Barack Obama en prend pour son grade. Il se voit accuser de commettre « une grave erreur » en se rangeant aux côtés d’Israël, pardon, du « régime sioniste » appelé à disparaître puisque « condamné ».

Ahmadinejad : sourd, aveugle mais pas muet

Six résolutions du Conseil de sécurité, dont quatre assorties de sanctions depuis 2006, n’ont pas réussi à faire entendre raison au président iranien. La rhétorique antisioniste et anti-Shoah reste inchangée et il démontre à l’envi qu’il est sourd, aveugle mais pas muet. Ce train de sanctions, adopté une fois n’est pas coutume avec la Chine et la Russie, les deux traîne-patins traditionnels, visent pourtant pour la première fois les Gardiens de la Révolution. Les Pasdarans, véritable Etat dans l’Etat, portent Ahmadinejad à bout de bras depuis sa première élection le 3 août 2005 et la seconde le 12 juin 2009, contrôlent le système financier de l’Iran, ses industries, son armée, son pétrole, son projet nucléaire. Ce sont les investissements et les avoirs financiers des Gardiens à l’étranger qui vont être gelés tandis que l’armée iranienne se voit interdire l’acquisition de plusieurs types d’armements lourds et que les navires iraniens, grands convoyeurs d’outillage nucléaire, seront désormais soumis à des inspections-surprises en haute mer. Les Gardiens eux-mêmes ne sont plus à l’abri puisqu’en cas de déplacement à l’étranger, ils s’exposent à être capturés et jugés.

L’ONU : intentions honorables, inefficacité prévisible

L’intention de l’Onu est donc franchement honorable. Autant que superfétatoire. Pas besoin d’être un grand expert du dossier du nucléaire iranien pour comprendre que ces sanctions, comme les précédentes, risquent de ne pas être efficaces, que l’Iran d’Ahmadinejad va poursuivre son programme, faut-il le rappeler, le plus long de l’histoire mondiale du nucléaire du fait, tout de même, des pressions internationales et, accessoirement, des opérations de sabotages menées régulièrement par divers services secrets. L’on se souvient que les sanctions ou les menaces de sanctions à l’endroit d’autres pays comme l’Inde ou le Pakistan n’ont produit que l’effet inverse, ces deux pays étant entrés de plain-pied dans le club des puissances nucléaires au côté notamment des Etats-Unis. La Corée du nord, pourtant au ban des nations, a elle aussi réussi à les défier en procédant à au moins deux essais nucléaires avérés. Sauf que, sauf que… Et si Obama avait de la chance ? Seul le temps pourra le dire.

Chine et Russie du côté des gentils ?

En attendant, la question de savoir ce que va faire la communauté internationale, Etats-Unis en tête, est donc plus que jamais d’actualité. D’autant que la palette des options diplomatiques et économiques se rétrécit un peu plus à chaque réunion des décisionnaires onusiens. Car qui dit sanctions dit également ralentissement de l’activité diplomatique, surtout si la Chine — qui reçoit ces jours-ci Ahmadinejad — et la Russie se rangent du côté des gentils, les Chinois en paroles (le chef de la diplomatie chinoise M. Yang, avait promis en février que son pays ne s’associerait pas à de nouvelles sanctions contre l’Iran, engagement non tenu), les Russes en actes puisqu’ils renoncent, comme le leur demandait avec insistance Benjamin Netanyahu et comme le stipule la 1929, à une vente de missiles sol-air S-300 qui devaient assurer la défense des installations nucléaires iraniennes.

L’exemple irakien dans tous les esprits

L’exemple de l’Irak est dans tous les esprits. Autrement dit : le lancement d’une offensive contre un « rogue State », un « Etat voyou », terminologie en vogue dans les rangs de la précédente administration américaine. Bien-sûr, Obama n’est pas Bush. Autre style, autre charisme, un intellectuel qui a appris à penser avant de parler et pour qui le Texas n’a jamais été au centre de la planète terre. Ni lui ni ses proches n’emploient plus guère ces mots d’un autre temps. Pas plus qu’ils ne parlent ouvertement de la possibilité d’une attaque en règle des dizaines de sites nucléaires iraniens. Ils préfèrent afficher leur pragmatisme, démontrer qu’ils ont des nerfs d’acier, et qu’ils ne se laisseront pas entraîner « comme ça » dans une spirale de violences aux conséquences incertaines. L’exercice diplomatique auquel se livrent la Maison Blanche et le département d’Etat depuis décembre 2009 doit donc être salué pour ce qu’il vaut : une tentative d’éviter une nouvelle guerre.

Washington veut la paix et prépare la guerre

Il n’empêche que les plans pour offensive d’envergure contre les sites nucléaires iraniens existent bel et bien. Ils sont au point depuis longtemps, sont régulièrement peaufinés, portent même un nom (« Braindrain Project »). Plusieurs répétitions générales ont déjà eu lieu et les Américains ne sont pas les seuls à s’entraîner. Les préparatifs israéliens sont un autre secret de polichinelle que les Américains s’appliquent à brandir lorsque cela leur sied, c’est-à-dire lorsqu’ils perçoivent que les limites de leur patience sont atteintes vis-à-vis de Téhéran.

Mais le sablier se vide. Le point de rupture entre l’Iran et l’Agence Internationale à l’Energie Atomique (AIEA) semble plus proche que jamais, le parlement iranien envisageant de voter une loi limitant au strict minimum la collaboration avec cette institution de contrôle basée à Vienne. L’adoption de la résolution 1929 met également en relief le peu de cas qu’ont fait les Etats-Unis et leurs alliés du très récent accord d’échange d’uranium conclu entre l’Iran, le Brésil et la Turquie. La confiance n’est plus de mise entre Washington et Ankara qui semble avoir choisi son camp très clairement en s’opposant jeudi au vote-sanction du Conseil de Sécurité. Un vote qui pourrait bien avoir un peu plus de poids lorsque l’Union européenne et le Congrès américain adopteront à leur tour leur propre train de mesures répressives contre le régime de Téhéran. À cela, si l’on en croit le New York Times, s’ajoute la rédaction d’un mémorandum secret de Robert Gates, le secrétaire américain à la Défense, remis au président Obama et ouvrant le débat sur la question la plus ardue de l’heure : attaquer ou ne pas attaquer.

Dans l’intervalle, la tendance paraît de plus en plus d’être la mise à genoux de l’Iran avant les banderilles les plus meurtrières. Au régime iranien de déterminer à quel moment il sentira que les acquis de 30 ans de révolution islamique sont remis en cause par une éventuelle offensive militaire orchestrée par Washington. Au peuple iranien de déterminer quel degré de souffrance et de privations il est prêt à endurer sous le joug d’Ahmadinejad dont le second mandat s’achève dans trois ans. Aux Israéliens de déterminer à quel moment sera franchi le point de non-retour mettant en cause l’existence de leur pays. Aux Américains et à la communauté internationale de déterminer le seuil de leurs tergiversations. Et en attendant, observons l’Iran plier l’échine encore un peu plus.

Le Monde bande mou

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Hypolite Flandrin, Jeune homme nu assis au bord de la mer.
Hypolite Flandrin, Jeune homme nu assis au bord de la mer, 1836.

C’est bien connu : quand on a trop de soucis, on n’a pas la tête à la bagatelle. Surtout quand on vieillit, ce qui est le cas du Monde qui atteint plus ou moins l’âge qu’il ne cesse de recommander à ses lecteurs pour la retraite, c’est à dire la soixantaine bien entamée.

Quand Le Monde regarde ses comptes, sa diffusion, la fidélité de son lectorat, il ne voit que des graphiques flaccides et des courbes détumescentes. Alors Le Monde commet les mêmes erreurs que l’amant obstiné pour garder sa belle : il veut à toute force copuler et connaît ce que Stendhal appelait le fiasco : il a beau utiliser tous les artifices imaginables, décoction de gingembre, poppers, huitres, bois bandé, il reste amorphe à l’entrée du déduit.

En guise d’aphrodisiaque pour doper ses ventes à la veille de l’été, Le Monde a cette fois-ci choisi de lancer une collection de romans libertins en partant du principe que le cul, ça marche toujours. Et qu’il faut absolument remonter le moral des abonnés qui ont vieilli avec le journal: la forte instabilité économique de la zone euro, la nervosités des marchés qui sursautent comme une jeune fille surprise à jouer avec une poire à douche modulable, les portefeuilles d’action qui yoyotent, tout cela les rend très inquiets, les abonnés, contrairement à l’ouvrier délocalisé qui lui, de toute manière, était déjà pauvre avant.

Diderot, un plaisir pas cher pour Le Monde et très cérébral pour les lecteurs

Chaque jeudi, avec Le Monde daté du vendredi, on trouvera donc « un grand classique de la littérature libertine » pour quelques euros de plus ajoutés à un prix habituel qui est pourtant déjà l’un des plus chers d’Europe. Le premier ouvrage, lancé au tarif promotionnel de 2 euros est de Diderot : ce sont Les Bijoux indiscrets. C’est un très beau texte, et qui ne coûte rien au Monde puisqu’il est tombé dans le domaine public depuis longtemps – c’est évidemment cette dernière qualité qui aura plu aux gestionnaires. Dans Les Bijoux indiscrets, le prétexte à des méditations philosophiques sur le désir est un anneau qui fait parler le sexe des femmes. Seulement, ceux qui espéreraient trouver là un remake du célèbre Le sexe qui parle, film porno de Frédéric Lansac de 1975, grande année pour le genre, vont tomber de haut. En même temps, c’est bien entendu beaucoup moins ennuyeux et pleurnichard que Les monologues du vagin qui font le bonheur des directeurs du théâtre et du néo-féminisme intégré de la bourgeoisie depuis bientôt dix ans. Mais nous ne connaîtrons pas pour autant à la lecture de ce Diderot, (sauf quelqu’un de très, mais alors de très cérébral), la moindre excitation sexuelle ce qui est pourtant, quoiqu’on en dise, l’effet recherché quand on se la joue « littérature libertine. »

Le libertinage sans la subversion ?

C’est là, d’ailleurs, toute l’habituelle hypocrisie du Monde : à force de préoccupations contradictoires, il tombe à côté de la plaque. Il veut aguicher le chaland en lui promettant un été coquin mais comme il tient à préserver sa réputation de dame chaisière de la presse française, il se drape dans un alibi culturel. Ce n’est pas Le Monde qui vous proposerait une collection de romans pornographiques, ou même érotiques. Trop vulgaire ou trop scandaleux, au choix.

Non, il vous propose, nuance, une collection de romans libertins en entretenant l’habituelle confusion sémantique autour de l’adjectif. Aujourd’hui, libertin renvoie à de tristes clubs échangistes ou à des réseaux de rencontres sur Internet. Ce n’est plus le courant philosophique des dix-septième et dix-huitième siècles qui mit en question de manière radicale l’existence de Dieu, le bien-fondé des monarchies, les préjugés de classes et dont l’aspect sexuel apparaît tardivement et ne forme qu’un élément parmi d’autres d’une entreprise subversive de démolition de la société d’Ancien Régime.

Une collection « habillée » par Sonia Rykiel

Comme Le Monde n’a plus du tout envie de démolir quoi que ce soit, depuis bien longtemps, il neutralise le libertinage en le renvoyant discrètement à l’utilisation commercialement connotée du terme. La preuve? On nous signale dans l’argumentaire que l’habillage de la collection, appellation légèrement paradoxale en l’occurrence, est le fait de Nathalie Rykiel. Nathalie Rykiel, fille de Sonia, est surtout connue pour avoir ajouté à sa boutique de Saint-Germain des Prés un rayon sex-toys avec les inénarrables petits canards et les godemichés profilés valant un RSA. Bref, pour avoir transformé ce qui était de l’ordre de la misère sexuelle en signe d’émancipation féministe dans un de ces renversements conceptuels comme seule notre époque de mensonge généralisé et de récupération systématique de sa propre contestation sait nous en ménager.

Le résultat de cet habillage est d’ailleurs assez pénible avec une couverture rose muqueuse et une fenêtre dans la couverture, un trou si vous voulez, qui ouvre sur un fragment de l’inévitable Bain turc d’Ingres visible dans son entier à la page suivante.

Quelques diamants, malgré tout

La liste de textes que nous promet Le Monde est à l’image de cette cote mal taillée entre le racolage commercial, le désir de respectabilité et un très vague souci d’unité dans le choix des textes. On tombe ainsi sur des titres qui sont des diamants noirs ou des blocs d’abîme, comme ceux de Sade, mais dont on peut se dire qu’ils relèvent davantage d’une lecture philosophique et non du plaisir coquin du « grand public cultivé » qui n’est plus, par ailleurs, ni si grand ni si cultivé qu’on voudrait le faire croire.

À l’inverse, quel plaisir ce sera de relire L’Histoire amoureuse des Gaules de Bussy Rabutin mais la déception pour l’adepte putatif de ce type de collection risque d’être inverse : la représentation du sexe chez le cousin de madame de Sévigné est tellement aimable et métaphorisée qu’on pourrait laisser cet ouvrage entre des mains innocentes et même le recommander pour leur montrer, à ces mains innocentes, à quel point le Français a su être, du temps où nous étions une civilisation, la langue d’une souveraine légèreté et d’un esprit rieur. Puis, à nouveau, ce sera un érotisme très cru, très violent avec le Gamiani de Musset côtoyant la polissonnerie troisième république avec l’Aphrodite de Pierre Louys, fantaisie bien sage, qui a été préférée au Manuel de civilité à l’usage des jeunes filles du même auteur, qui pour le coup est un vrai texte joyeusement pornographique, d’une extrême crudité, mais bien moins noir que La philosophie dans le boudoir de Sade qui sera pourtant proposée dès le deuxième titre.

En fait, cette collection libertine qui mélange tout dans une hâte conceptuelle désolante, marque sans doute l’essoufflement de plus en plus grand, voire définitif, d’un certain type de marketing  pseudo-culturel: celui de ces journaux qui, à force d’avoir vendu trop cher une information frelatée ou calibrée, ont cherché à faire passer la pilule avec des DVD, des CD, ou des BD. Sans compter les radios-réveils, les écrans plats ou les grands textes fondateurs reliés plein skaï si vous acceptez d’être cet oiseau rare et assez masochiste : le nouvel abonné.

Non, décidément, la presse est triste, hélas, et je n’ai pas besoin d’elle pour lire tous les livres.

Elton étonne

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Elton John n’est pas sectaire. Samedi dernier, à Palm Beach (Floride), il a chanté tous ses plus grands tubes devant un auditoire choisi, mais en délire à l’occasion du mariage de Rush Limbaugh. Peu connu par chez nous, Rush Limbaugh est une immense vedette aux USA, mais pas exactement dans le showbiz. C’est l’animateur de l’émission de radio la plus écoutée du pays et une des figures de proue de l’aile la plus conservatrice du Parti Républicain.

Le bonhomme et son talkshow sont d’autant plus controversial qu’il ne s’en tient pas au crédo ultraréac traditionnel sur l’avortement, la guerre en Irak ou le néobolchévisme avéré des Démocrates. Il s’est parfois grillé dans son propre camp, quand il n’a pas su s’empêcher de faire des gags limite-limite des sujets chauds tels les féministes (qualifiées régulièrement par Rush de féminazies) ou les noirs, et notamment sur le président en poste.

Mais là où ça devient drôle, c’est que le jeune marié est surtout très célèbre là-bas, pour ses propos disons, polémiques à l’égards des homosexuels, le plus souvent émaillés de plaisanteries fines genre: « Quand un homo vous tourne ostensiblement le dos, ce n’est pas du mépris, c’est une invitation ». Tout cela n’a pas dissuadé Elton de venir pousser la chansonnette, en échange d’un million de dollars seulement.

Chronique de 2030

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Pièce d'1 deutsche mark en or, frappée en 2001.
Pièce d'1 deutsche mark en or, frappée en 2001.

Depuis le matin, télévisions et radios du pays diffusaient en boucle la 3e Symphonie de Brahms. Les commerces avaient laissé leurs stores baissés. Dans les parcs, les enfants ne se livraient à aucun jeu. Le regard aussi vide que leur verre, les piliers de bar s’éternisaient à leur table sans éprouver la moindre soif. On avait cessé d’enterrer les morts : à quoi bon, puisque ce monde était, peut-être, voué au néant ? Devant les cimetières, de longues files de corbillards mélancoliques attendaient. La mort était devenue maîtresse d’Allemagne.

Puis, sur les coups de 13 heures, on rangea Brahms, on sortit les enfants, la bière coula à flots dans les gorges dénouées et les parents des morts se mirent à danser sur les tombes. Angela Merkel avait parlé. Elle fut solennelle et aussi enjouée que peut l’être une fille de pasteur lorsqu’elle se brûle. C’est que l’heure était grave. L’Allemagne avait manqué perdre sa monnaie. L’affaire est encore assez présente dans les esprits pour que je me dispense de rappeler ce qui s’était produit en Europe au tout début de l’année 2011.

Le fait est que, lorsqu’Angela Merkel déclara que l’euro était sauvé, cela fut, à l’époque, un très grand soulagement. Certes, la France, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Italie, la Finlande, la Belgique et quelques autres quittaient la zone euro. L’essentiel demeurait : l’Allemagne préservait sa monnaie unique, la Banque centrale européenne restait à Francfort et Jean-Claude Trichet, au prix de quelques cours intensifs au Goethe Institut, parlait allemand comme personne.

[access capability= »lire_inedits »]10 000 francs carbone pour un deutsche mark

Comme l’euro devait sa survie à l’Allemagne, chacun trouva normal que la Banque centrale européenne procède à quelques adaptations : on réimprima les billets et on frappa de nouvelles pièces à l’effigie de grands Européens : Bismarck, Adenauer, Kohl… Le nom « euro » ne tarda pas, lui-même, à être remplacé par le mot « deutsche mark ». Et tout alla pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ce fut dans les autres pays, ces scélérats qui avaient renoncé à la monnaie unique, que les problèmes se posèrent.

Pendant quelques années, la France se déchira. On tergiversait sur la manière de faire : fallait-il, en quittant l’euro, revenir au nouveau franc ou aux anciens francs ? Ce n’est qu’au début du quatrième mandat de Nicolas Sarkozy que le problème fut définitivement réglé, lorsque son premier ministre, Dominique Strauss-Kahn, opta pour le franc germinal. Pas indexé sur l’or, mais sur le carbone. « C’est pour sauver la planète et c’est mieux que la taxe carbone », avait proclamé le secrétaire perpétuel de l’Académie française, Jean-Louis Borloo.

Trois heures seulement après la création de la nouvelle monnaie, il fallait 10 000 francs carbone pour un deutsche mark. Et la catastrophe s’amplifia. Toujours animée d’un puissant sentiment européen, l’Allemagne se porta au secours de la France. Dans un premier temps, on racheta la Corse et on la transforma en nouvelles Baléares : langue allemande obligatoire, wienerschnitzel et bière à tous les repas, costume traditionnel bavarois pour les indigènes, etc. L’afflux massif de touristes allemands sur l’île de Beauté convainquit la République fédérale de faire l’acquisition de l’île de Ré. Puis, ce fut autour de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Provence, de la Bretagne, de Paris. La question aujourd’hui est de savoir si nous rachetons l’Auvergne. Pourquoi pas ? Personnellement, je n’ai rien contre. Mais je n’irai certainement pas passer mes vacances là-bas. Je me suis fâchée avec Willy : il voulait dépenser plus de 800 euros pour racheter Clermont-Ferrand et le Puy-de-Dôme ! Je n’ai rien contre. Mais quand même… Les Auvergnats ! Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes… [/access]

Pour causer aux djeuns, yaka Waka !

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Graff
Quand le Service d'Information du gouvernement veut faire jeune, il n'y va pas par quatre chemins.
Graff
Quand le Service d'Information du gouvernement veut faire jeune, il n'y va pas par quatre chemins.

Il est bien connu que le « jeune », spécifiquement entre 15 et 25 ans, n’est pas un humain à part entière. Il passe l’essentiel de ses journées à échanger avec ses semblables moult SMS d’une affligeante inutilité, dans un langage cromagnonesque qui est un défi quotidien à l’intelligence la plus exigible. Il s’amuse − dans de grands éclats de rire crétins − de programmes télévisés désolants, que des adultes farceurs fabriquent à son attention avec le cynisme le plus justifié. Ainsi, l’ambition du « jeune » dépasse rarement le pas de la porte de sa chambre tapissée de posters très laids ; et son horizon intellectuel − compte tenu du fait qu’il se rend au « bahut » mais « s’en bat les couilles ! » − ne va souvent pas plus loin que le bout de son nez ravagé par l’acné.

À cela s’ajoute une confuse obsession sexuelle, doublée de la persistance − dans le cerveau du « jeune » − d’une image caricaturale du sexe opposé influencée − sans surprise − par les clips de rap et les films pornos. Bref, le « jeune » est méprisable, certes… mais convient-il de le mépriser ?

C’est la question qu’aurait dû se poser le gouvernement français qui − par l’entremise du Service d’information du gouvernement (SIG) − vient de lancer un insultant site web à destination de la jeunesse − « Waka » − entièrement rédigé en « langage jeune ».

[access capability= »lire_inedits »]« Grave, chaud, fastoche, vite fait ou trop pas ? »

Le SIG a sollicité le groupe de radio Skyrock pour mettre en place − par l’entremise de sa filiale dédiée aux activités numériques − une plateforme de consultation de la jeunesse, appelée « La Grande Consult' ». Thierry Saussez, brillant publicitaire et actuel patron du SIG, le reconnaissait sans ambages : « [Les jeunes] font partie d’un public prioritaire, et il se trouve que c’est celui que l’on touche le moins avec les campagnes de communication traditionnelle… » Il convenait donc d’attaquer cette niche via Internet où, toi, le jeune, tu as élu durablement domicile. La « Grande Consult' » posait, dans un navrant style direct, des questions peaufinées par les équipes du SIG et de Skyrock : « Tu trouves que t’es fort en langues ? » « Les prêts étudiants garantis par l’État, tu connais ? » Pour une génération qui a renoncé à la patronymie pour se contenter de prénoms, le tutoiement s’impose de lui-même.

Près de 186 000 jeunes se sont donc laissés tutoyer par l’État lors de cette « Grande Consult' ». Sur le site web de Skyrock, la marque étatique était presque indécelable… en dehors d’un discret logotype : « Une initiative des pouvoirs publics ». Skyrock, la radio du rap commercial, de l’imaginaire moisi des grosses cylindrées allemandes et des blondasses siliconées ne pouvait que réussir sa mission d’abêtissement de la jeunesse. À la question, crétine en diable : « Si t’avais une baguette magique, tu demanderais quoi ? », 29 % des sondés répondent qu’ils veulent du pognon, contre 24 % la paix dans le monde. Matérialisme de rigueur. Bling-bling de parade. Et la logorrhée jeuniste se poursuit dans cet autre sondage : « T’as habité en résidence étudiante, c’est pratique ? » Réponses proposées, sans la moindre honte : « Grave, chaud, fastoche, vite fait, trop pas ».

« Exprime-toi pour que ça bouge ! »

Quelques semaines plus tard, forts du succès de la « Grande Consult' », le SIG et Skyrock lançaient conjointement le site Waka (signifiant « canoë » en langage maori, ce qui est franchement trop sympa comme symbolique pour des jeunes « naviguant dans l’océan déchaîné de la vie… ») Marc-Philippe Daubresse, ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives, a reconnu, sur le site du Monde, que cet amusant joujou allait coûter au moins 2 millions d’euros… Il n’en a pas moins défini le projet en ces termes enthousiastes : « On part des besoins du jeune et de son profil en fonction des sondages auxquels il répond ; il dispose alors d’une palette de mesures de politiques publiques… » Mais le ministre va au-delà de ces promesses marketing insipides : il se réjouit que l’on s’adresse au jeune dans un « langage accessible »… C’est-à-dire, certainement, dénaturé ? Truffé de fautes de syntaxe ? Perlé de violations grammaticales ?

Sur Waka, le langage est mieux qu’accessible : libéré. « Exprime-toi pour que ça bouge ! » « Internet au bahut, tu t’en sers pour quoi ? » « La conduite accompagnée, ça te chauffe ? » Oui, cette grotesque affaire commence largement à me chauffer les oreilles…

Allez, mec, sur Waka, « lâche ton com’ ! » et surtout… pas de politique entre nous ! Pas une question directe sur l’action de Nicolas Sarkozy. « Grave ? » ou « Trop pas ? ». Au final, fallait-il vraiment mépriser cette jeunesse que j’évoquais au début ? Apparemment, certains jeunes ont conservé des yeux pour lire et un cerveau pour comprendre. « Avant, je me demandais si on prenait vraiment les jeunes pour des cons. Maintenant, je sais » (Moncu, 18 ans). « Une gesticulation du gouvernement de plus pour continuer à attirer l’attention sur autre chose que sur les vrais problèmes » (Malari, 23 ans). Et si le nez ravagé d’acné du « jeune » était quand même en mesure de sentir l’arnaque politique à 500 mètres ?[/access]

Affaire Al Doura-Enderlin, suite mais pas fin…

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L’info n’aura fait ni les gros titres des JT de France2, ni de ceux de Canal. Déclenchée il y a dix ans avec la diffusion le 30 septembre 2000 par France 2 d’un reportage de Charles Enderlin – semblant montrer la mort d’un enfant palestinien dans les bras de son père – « l’affaire Al Doura » vient de connaître un rebondissement important : Canal + vient d’être condamné pour diffamation à l’encontre de Philippe Karsenty pour le reportage que la chaîne a diffusé le 24 avril 2008. Il s’agit d’un documentaire réalisé par la société TAC PRESSE mettant en parallèle les révisionnistes des attentats du 11 septembre et ceux qui s’opposent à France2 et Charles Enderlin dans le cadre de l’affaire al Doura et notamment Philippe Karsenty. Ce dernier a été présenté par Stéphane Malterre, l’auteur du film, comme chef de file de la « croisade » conte Charles Enderlin, visant à le dénigrer et nuire à sa carrière, dans le cadre d’un mouvement d’opinion extrémiste et radical.

Selon la cour, Stéphane Malterre était en possession de tous les éléments ayant suscité, au niveau international, le doute sur la réalité de la scène de la mort de Mohamed al Doura, mais il ne les a même pas évoqués dans son reportage. « Dans ces conditions, concluent les juges, au regard du choix du sujet en cause pour illustrer le propos de l’émission et du traitement de celui-ci, la légitimité du but poursuivi n’est pas établie et, en tout état de cause, les défendeurs [Canal + et TAC PRESSE] ne justifient pas de la fiabilité de l’enquête nécessaire à l’admission du fait justificatif de la bonne foi. En conséquence, Philippe Karsenty est recevable et bien fondé en son action. »

Le prochain rendez-vous dans l’affaire est la décision de la cour de Cassation: condamné en correctionnelle pour diffamation contre Charles Enderlin et France2, Karsenty a été relaxé le 21 mai 2008 par la cour d’appel. Suite à ce résultat, Charles Enderlin France2 s’étaient pourvus en cassation.

Un jeudi à l’Assemblée

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Tartiflette
Jeudi, c'est tartiflette
Tartiflette
Jeudi, c'est tartiflette

Qu’on ne compte pas sur moi pour pratiquer l’anti-parlementarisme primaire. Néanmoins, jeudi, j’ai eu un doute. Pour les béotiens, l’Assemblée nationale est ouverte tous les jours. Mais un député qui veut maximiser son crédit politique et travailler sa visibilité pour se faire réélire vient surtout le mardi et le mercredi, les deux jours des questions au gouvernement : retransmises sur France 3, on y assiste à des assauts de flagornerie de la part de la majorité et à des interventions piquantes venues de l’opposition, auxquelles ne répond que très rarement le Premier ministre qui a autre chose à faire.

Mardi et mercredi, à l’Assemblée, c’est la fête au village

Cela dit, quand une loi un peu compliquée, ou bien susceptible de valoir un sujet d’une minute quinze au 20 heures, se présente devant l’Assemblée, le député peut imaginer rester un peu plus longtemps que ces deux seuls jours. Evidemment, je caricature : chacun sait que le député travaille, en commission, loin des caméras, fait un travail de fond, souterrain, silencieux. Et si ça se trouve, préfère rester discret et fuir la presse, donc les bancs, donc les Quatre Colonnes, cet endroit où se mélangent à la sortie de l’hémicycle les journalistes et les députés. La plus belle usine à petites phrases et à langue de bois de France – et accessoirement à blagues et à rumeurs, faut bien le reconnaître.

Donc, le mardi et mercredi, c’est la fête au village. Les conférences de presse sont pleines de journalistes de télé d’info continue ou de radios, de retraités, de gratte-papier de la grande presse politique, d’intrigants, de filles perdues. Mercredi, 17 heures, rideau. L’Assemblée retrouve son calme. Presque tu te sens à la maison.

Pour autant, n’allez pas croire qu’il n’y a pas de textes à l’ordre du jour. Tiens, jeudi on causait régulation financière et bancaire. Pas un petit texte. Promis par le président de la République lors de son discours de Toulon sur la finance, il ne s’agissait ni plus ni moins que de donner au politique les moyens d’arrêter les conneries des banques et des agences de notation, qui ont, disons-le, pourri la situation économique mondiale. Sous le regard bienveillant, ou ébloui, des élus, faut bien le dire. Bref, bref, le texte arrive. Tambours, trompettes : on allait voir ce qu’on allait voir. Limiter les bonus des traders, serrer les banques, contrôler les risques, interdire les ventes à découvert (comme les Allemands viennent de le faire sans barguigner).

Régulation financière : 4 députés à gauche, 0 à droite

Ben, jeudi, j’y étais. Dès l’ouverture. Je suis d’un naturel hargneux ou malade. C’est selon. Et bien, j’ai vu. D’un côté, la loi sur la finance. Pendant la discussion générale du texte le matin (en fait, là où on ne risque pas grand-chose, ni vote, ni surprise de dernier moment, ni coup de théâtre, là où on permet seulement aux orateurs de causer pendant leurs 20 minutes réglementaires), j’ai compté : avant midi, 4 députés de gauche en séance avec le président de la Commission des finances, le socialiste Jérôme Cahuzac. À droite, personne dans les travées. Si ce n’est le rapporteur du texte, le président de séance, la ministre de l’Economie. Ceux qui sont obligés, quoi, auxquels on ajoutera en tribune votre serviteur ainsi qu’une palanquée de chargés de mission de Bercy, le teint cireux, l’œil cerné, la main fébrile sur la liasse d’amendements à passer dans le bon ordre à leur cheffe.

Alors, outre que le texte était présenté comme fondamental, rapport que l’économie mondiale part en capilotade, il y a un autre truc qui aurait justifié un poil plus de monde dans les lieux : la réforme du Parlement, celle adoptée dans la foulée de la Constitution en 2008. Les députés allaient avoir plus de possibilité d’expression, de proposition, plus de moyens d’imposer leurs idées, leurs textes. Fini les godillots qui votent des deux mains ce que le gouvernement leur amène. Déjà, on avait des doutes. Jeudi, ils ont été balayés. Je veux bien que tout le monde ait à faire en circonscription : après les régionales, notamment à droite, on a senti un repli stratégique brutal sur les bases, la réélection c’est dans deux ans. Mais en vrai, ce n’est pas que ce noble motif qui pousse à cette désertion.

Jeudi, un événement d’une haute importance se tenait à deux pas de l’hémicycle et de ses débats sur la finance mondiale : on fêtait chez le président de l’Assemblée, mais néanmoins savoyard, Bernard Accoyer, les 150 ans du rattachement de la Savoie à la France, avec force Apremont et tomme au lait cru, on imagine. Alors tes CDS, tes ventes à découvert, tes comités de déontologie, tes agences de notation, à côté de la tartiflette géante de la Questure… On va encore dire que j’ai mauvais esprit. Sinon, le texte a été adopté à 23 h 57, jeudi soir.

Indignation disproportionnée

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Flottille

Flottille

Comme toujours, on nous l’a joué à l’estomac. Des militants pacifistes, une population mourant de faim, une armée inhumaine. La lutte de David contre Goliath sans cesse recommencée – avec, circonstance aggravante, l’Etat juif dans le rôle de Goliath. Il a fallu reprendre son souffle pour ne céder ni à l’envie d’être dans le bon camp, ni à la tentation de se réfugier dans une confortable posture victimaire – « Ils ne nous aiment pas ». Il a fallu essayer de comprendre la partie sophistiquée qui se jouait derrière la belle histoire simple que narraient les médias du monde entier. À l’heure où nous bouclons, on en est encore loin. Une seule certitude partagée par tous les contributeurs de notre dossier, les uns pour le déplorer, l’autre − notre ami Rony Brauman − pour s’en féliciter : le Hamas et son parrain turc ont gagné la guerre des mots et des images. Celle qui compte. Au moins cette affaire aura-t-elle permis à la presse mondiale d’enrichir son vocabulaire, ainsi que l’observe drôlement François Miclo.

[access capability= »lire_inedits »]On a beaucoup parlé, à propos de cette flottille prétendument humanitaire, de la riposte disproportionnée d’Israël. Ce qui est disproportionné, en l’occurrence, c’est le déchaînement de haine anti-israélienne − et quand je dis anti-israélienne, je suis polie : pour la première fois, certains auteurs de messages antijuifs n’ont même pas pris la peine de se planquer derrière un pseudo. Trois jours d’indignation planétaire, des « unes » plus accablantes les unes que les autres pour l’Etat-pirate, des manifestations dans toutes les grandes villes de France, dont une à Strasbourg, qui a tenté de marcher sur la synagogue. Le réseau de cinémas – d’art et essai, donc subventionnés – Utopia décide courageusement de déprogrammer un film israélien dépourvu de tout contenu politique car « les cinéastes qui travaillent avec des fonds israéliens cautionnent, dans un sens, la politique de leur pays ». Soucieux de participer à l’édification des masses en dévoilant la barbarie israélienne, Utopia diffusera à la place un documentaire consacré à Rachel Corrie, pacifiste américaine de 22 ans, écrasée par un bulldozer israélien dans la bande de Gaza en 2003. Roland Dumas annonce des « Brigades internationales » contre Israël, un ministre turc explique que, pour son pays, c’est l’équivalent d’un 11-Septembre, Haaretz nous fait le coup d’Exodus – comme quoi la sottise bien-pensante est parfaitement mondialisée. Sans oublier, selon l’heureuse expression de Patrick Anidjar, « les experts en prise-d’assaut-de-flottille-humanitaire-en-zone-maritime-internationale, particulièrement nombreux et volubiles ». Le moins qu’on puisse dire c’est que les victimes d’Israël pèsent d’un poids très particulier dans la conscience mondiale.

Pacifistes armés de haches et de couteaux

On ne minimisera pas la gravité de l’affaire : neuf hommes sont morts. Et c’est effroyable même si ces pacifistes armés de haches et de couteaux étaient des combattants dans la guerre idéologique et médiatique – combat immédiatement récompensé par le titre de shahid, c’est-à-dire de martyrs. Osera-t-on rappeler que les raids de l’OTAN en Afghanistan font chaque semaine plus de dix morts civils ? Que l’armée turque a tué, il y a quelques jours, six militants kurdes ? Que le Hamas a liquidé plus d’une centaine de dirigeants du Fatah lorsqu’il a pris le contrôle de la bande de Gaza ? Y a-t-il eu des manifs quand des soldats israéliens ont été lynchés à Ramallah devant une foule en liesse ? Où étaient les grandes consciences ? Où étaient les donneurs de leçons ?

On me dira qu’envoyer l’armée contre une opération humanitaire est moralement inacceptable. Sauf que, si le but réel de l’opération était humanitaire, Free Gaza aurait accepté l’offre israélienne de transporter sa cargaison par la route. Affichage ostensiblement religieux avec chants islamistes et guerriers en prime, objectifs évidemment politique : l’opération « Flottille pour Gaza » est en rupture complète avec l’éthique des grandes boutiques humanitaires. Peut-être faut-il parler, à l’instar de Cyril Bennasar, d’opération « oummanitaire ». De fait, on ne comprend rien à toute cette affaire si on oublie que la Turquie se verrait bien en leader du monde musulman et doit, pour cela, faire oublier son alliance avec les juifs. Maintenant qu’il est passé dans le camp de leurs ennemis, peut-être Erdogan sera-t-il le fameux partenaire dont les Israéliens affirment avec constance –et, souvent une sacrée dose de mauvaise foi – qu’il n’existe pas.

Le monde entier solidaire du Hamas

En attendant, bien au-delà des habituels syndicats norvégiens et autres prix Nobel qui dénoncent avec gourmandise les « nouveaux camps de concentration » sous férule israélienne, le monde entier est solidaire du Hamas, dont l’objectif proclamé est d’instaurer la charia et de détruire son voisin. Rappelons que ce sympathique parti humanitaire est en guerre contre Israël, qu’il dispose de roquettes permettant d’atteindre Ashkelon et que le blocus lui a été imposé par Israël et l’Egypte avec l’approbation du Quartet (Etats-Unis, Russie, France, ONU) tant qu’il ne satisfera pas à des exigences minimales – reconnaissance d’Israël, renoncement à la lutte armée, acceptation des accords d’Oslo. Rappelons également qu’Israël a proposé de le desserrer en échange de la libération de l’otage Gilad Shalit. Non seulement, le Hamas n’a pas fait un pas mais, à l’évidence, fort du soutien d’une opinion mondiale chauffée à blanc, il va obtenir la levée du blocus. Au demeurant, c’est sans doute une bonne nouvelle, dès lors que ce blocus est politiquement désastreux et militairement intenable.

Reste que la détestation d’Israël semble interdire toute réflexion. Dans cette atmosphère survoltée, on a envie d’appeler tout le monde à la responsabilité, de rappeler aux amis des Palestiniens, à Cécile Duflot, à Olivier Besancenot, qu’on peut manifester pour toutes sortes de causes, mais pas avec n’importe qui, et qu’on peut dire beaucoup de choses mais pas avec n’importe quels mots. Quelles que soient les fautes voire les crimes des Israéliens, il faut rappeler que, pour une bonne part, leurs ennemis sont les nôtres. Les nôtres, à nous Français et Occidentaux.[/access]

À quoi Badiou est-il le oui ?

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Alain Badiou
Alain Badiou. Photo Flickr / Hendrik Speck.

Alain Badiou
Alain Badiou. Photo Flickr / Hendrik Speck.

Etonnant phénomène que ce Badiou, n’est-ce pas ? Un mec intelligent, et qui pourtant ne pense pas comme moi !

Plus sérieusement ( ?), Alain Badiou est un philosophe marxiste-léniniste, disciple d’Althusser et de Lacan, qui ne restera sans doute pas dans l’Histoire comme le cofondateur de l’UCF (m-l)[1. Union des Communistes de France (marxiste-léniniste). D’où vous sortez ?]. En revanche, à force de multiplier depuis quarante ans les essais aussi érudits qu’abscons, l’homme s’est acquis légitimement une stature d’intellectuel radical – au sens où Alain ne l’était pas.

Et soudain, Badiou devint à la mode

Cet Alain-là en tient pour l’Eternel Retour de « l’Hypothèse communiste », comme il dit. A priori, pas de quoi faire trois fauteuils à Lons le Saunier… Jusqu’à ce jour de 2007 où son énième bouquin a soudain bénéficié d’un effet de mode aussi puissant qu’inattendu : concert de louanges à gauche, cries d’orfraie à droite, centaines de milliers d’exemplaires vendus…

Il faut dire aussi que le titre était bien trouvé : De quoi Sarkozy est-il le nom ?, ça sonne quand même autrement mieux que Circonstances 3, non ? Ça vous a son air d’énigme poético-fantastique, avec même une certaine touche de théâtralité. (À ses heures perdues, savez-vous, entre deux Révolutions de papier, notre homme de lettres et fin diseur est aussi dramaturge.) Bref, ça a tant et si bien marché que l’auteur est devenu, depuis, l’un des « penseurs critiques » les plus en vue, non seulement en France mais dans le monde. Cocorico !

La « pensée critique » : pléonasme ou ontologie ?

Mais c’est quoi, au fait, la « pensée critique » ? Non pas un vulgaire pléonasme, comme je le supputais ; une authentique ontologie révolutionnaire, qu’explique à merveille Razmig Keucheyan dans son Hémisphère gauche : Une cartographie des nouvelles pensées critiques .

Pour ma part, un peu débordé en ce moment, j’ai dû me contenter de la recension qu’en a fait récemment Libé[2. Jeudi 29 avril 2010]. Retenons donc l’essentiel, que nous résume aimablement Eric Aeschimann : à l’inverse de la pensée conservatrice, qui prétend définir la nature de l’homme, « la pensée critique rejette toute idée d’essence humaine, sinon comme mouvement perpétuel. »

Et l’apport de Badiou là-dedans ? Central, forcément central : pour lui, l’« être » ne peut accéder à sa « vérité » qu’en se situant face à un « événement » ; (« par exemple la Révolution », ajoute Aeschimann avec une pointe d’ironie bourgeoise).

Bref, dans la « cartographie » de la pensée critique, le bonhomme occupe une position enviable qui, comme son nom l’indique, ne lui vaut pas que des amis. Ainsi l’accuse-t-on volontiers, jusque dans son propre camp, des pires crimes : « haine de la démocratie », « antisémitisme », voire « posture radicale-chic »…

Mais au diable les jaloux ! Ce que la notoriété a fini par récompenser chez Badiou, au-delà de sa pensée indéniablement « critique », c’est sa ténacité. Ses anciens collègues en maoïsme (Philippe Sollers, Gérard Miller, Serge July, Shirley & Dino…) ont eu le temps de se recycler dix fois. Lui, Badiou, n’en démord pas : les jours du capitalisme sont comptés ! A moins que ce ne soit les années, mais qu’importe… Ce prophète de la Révolution n’est pas pressé, pas plus qu’Isaïe I et II réunis : à leur instar, ce qu’il annonce est inéluctable.

Avec Finkielkraut, une Explication passionnée mais civilisée

Ses certitudes, Badiou les confronte aux doutes de Finkielkraut dans un livre intitulé L’Explication. Entre le pape du néo-maoïsme germanopratin et le cerveau du gang des « nouveaux réactionnaires » le choc est rude, passionné, mais toujours civilisé.

Le communisme selon Alain Badiou, c’est « le commencement d’une autre époque historique de l’existence de l’humanité », rien de moins. Il dirait même plus : « Une hypothèse historique d’une amplitude telle que, pour Marx, tout ce qui précède est de l’ordre de la Préhistoire ».

Quant au passage de cette Préhistoire à l’Histoire, qui a nom Révolution, pas de souci : il résultera naturellement de l’immense mouvement d’émancipation des masses, selon les lois d’airain du matérialisme dialectique. Alors il est un peu risible, n’est-ce pas, de lui opposer toujours ces « soixante ans de dictature en Russie », comme dit Badiou avec son art exquis de la litote. Tout ça n’était qu’un regrettable accident de l’Histoire ; une « erreur » qui, n’en doutons pas, sera « rectifiée »…

Finkielkraut, lui, en doute grave : le communisme, explique-t-il, c’est « une affaire qui se déroule en deux temps : le temps de l’idéal et le temps de la terreur. »

Le communisme, une Idée trop belle pour être abandonnée au réel

Sauf que Badiou, les yeux fixés sur son « avenir radieux », n’est pas homme à se laisser influencer par le passé. Si jusqu’à présent son truc n’a jamais marché, c’est que ça marchera la prochaine fois, voilà tout !

Et de contre-attaquer, non sans subtilité : à l’échelle de l’Histoire, la démocratie n’a t-elle pas connu elle aussi ses tâtonnements ? « Elle a commencé en Grèce comme si elle était parfaitement compatible avec l’esclavage, l’exclusion des métèques et l’absence de toute présence politique des femmes… »

Comparaison n’est pas raison, et Badiou le sait bien ; le mec a oublié d’être con. Il est juste « enfermé dans la logique d’une seule idée », comme disait Hannah Arendt pour définir la pensée totalitaire. Son « Idée communiste », il la voit avec les yeux d’un amour-passion qui n’existe que dans les livres[3. Voir à ce propos son bouquin de l’an dernier sur « L’Amour », où il donne une définition résolument révolutionnaire de ce sentiment qu’on avait pu croire universel, puis « bourgeois »] ; une Idée décidément trop belle pour être abîmée par la réalité quelle qu’elle soit.

Un constat commun : la décadence

C’est là que s’esquisse[4. Pour moi. (Il faut toujours préciser « pour moi », ou « selon que je le sens », ou « d’après mon idée à moi que j’ai »… Ça évite bien des arguties vaines.] une des pistes les plus intéressantes de la controverse Badiou-Finkielkraut : l’ « hypothèse » (comme dirait Badiou) d’un clivage gauche-droite qui serait mental plus qu’intellectuel. Où le tempérament, pour tout dire, conditionnerait jusqu’au fond de la pensée.

Parce que nos deux Alain sont plutôt d’accord pour « voir un certaine réalité en face », comme dit Finkielkraut : marchandisation globale, inculture pour tous… « Décadence » en un mot, même si elle est bourgeoise pour l’un et civilisationnelle pour l’autre.

Mais face à ce constat commun, que faire, comme disait l’autre ? « Sauver ce qui peut l’être », selon l’excitant mot d’ordre finkielkrautien ; ou bien « transformer radicalement le monde », comme le suggère sans rire Badiou ?

Et si ce désaccord relevait essentiellement du tempérament ? S’il y avait, au sein de l’humaine nature, des gens pessimistes jusqu’à la misanthropie et d’autres utopistes jusqu’à la gauche ?

Mais je ne suis pas payé pour être psychologue des profondeurs, hélas ![5. Un poke à Onfray !] En attendant donc que mon hypothèse bouleverse l’histoire des idées (ou pas), disons que Finkielkraut résume bien ce qui l’oppose à Badiou en lançant : « Nous n’avons pas le même Panthéon ! »

Evidemment, entre un Alain qui se rêve au Pays des Merveilles maoïstes et l’autre en Cendrillon qui sait que minuit est passé, mon choix est fait. En revanche, c’est l’idée même de « Panthéon » qui me paraît contestable, pour ne pas dire absurde. Je préférais l’église Sainte-Geneviève.

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Un match nul sans tambours mais avec trompettes

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La pâle prestation du Onze tricolore face à la glorieuse Celeste d’Urugay a peut-être une explication. « On ne s’entendait pas sur le terrain ! » a notamment déclaré Yohann Gourcuff à l’issue d’un match verrouillé où l’attaque française a fait preuve de son habituelle inefficacité. Le joueur ne faisait pas allusion à d’éventuelles dissensions au sein de l’équipe mais à ce bourdonnement semblable a celui d’un gigantesque essaim, aussi étrange qu’inquiétant, qui venait des tribunes.

C’étaient les vuvuzelas. Les vuvuzelas sont des instruments à vent, sortes de cornes de brume version zouloue utilisées par les supporters sud-africains. Les cinéphiles auront peut-être reconnu ce bruit obsédant propre aux vuvuzelas: c’est celui qui accompagne les guerriers de Ntshingwayo Khoza taillant en pièces lors de la bataille d’Isandhlwalna , le 23 janvier 1879, les troupes anglaises.

Cette défaite, la plus grande jamais subie par une armée européenne dans une bataille rangée avec des indigènes, a été mise en scène dans L’ultime attaque de Douglas Hickox, film britannique tourné pour commémorer le centenaire de cette déculottée historique. « Je vous avais bien dit que nous n’y étions pour rien ! » a pour sa part commenté le président Hugo Chavez, un instant accusé par certaines rumeurs d’avoir voulu déstabiliser la compétition.

Nucléaire iranien, les choses sérieuses commencent…

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Mahmoud Ahmadinejad
Mahmoud Ahmadinejad.
Mahmoud Ahmadinejad
Mahmoud Ahmadinejad.

L’Iran est à nouveau sanctionné par la communauté internationale et Mahmoud Ahmadinejad s’en balance. Il le dit haut et fort : la dernière résolution onusienne en date — la 1929 — « n’aura aucun effet », elle n’a « aucune valeur légale » et elle est « bonne pour la poubelle ». Barack Obama en prend pour son grade. Il se voit accuser de commettre « une grave erreur » en se rangeant aux côtés d’Israël, pardon, du « régime sioniste » appelé à disparaître puisque « condamné ».

Ahmadinejad : sourd, aveugle mais pas muet

Six résolutions du Conseil de sécurité, dont quatre assorties de sanctions depuis 2006, n’ont pas réussi à faire entendre raison au président iranien. La rhétorique antisioniste et anti-Shoah reste inchangée et il démontre à l’envi qu’il est sourd, aveugle mais pas muet. Ce train de sanctions, adopté une fois n’est pas coutume avec la Chine et la Russie, les deux traîne-patins traditionnels, visent pourtant pour la première fois les Gardiens de la Révolution. Les Pasdarans, véritable Etat dans l’Etat, portent Ahmadinejad à bout de bras depuis sa première élection le 3 août 2005 et la seconde le 12 juin 2009, contrôlent le système financier de l’Iran, ses industries, son armée, son pétrole, son projet nucléaire. Ce sont les investissements et les avoirs financiers des Gardiens à l’étranger qui vont être gelés tandis que l’armée iranienne se voit interdire l’acquisition de plusieurs types d’armements lourds et que les navires iraniens, grands convoyeurs d’outillage nucléaire, seront désormais soumis à des inspections-surprises en haute mer. Les Gardiens eux-mêmes ne sont plus à l’abri puisqu’en cas de déplacement à l’étranger, ils s’exposent à être capturés et jugés.

L’ONU : intentions honorables, inefficacité prévisible

L’intention de l’Onu est donc franchement honorable. Autant que superfétatoire. Pas besoin d’être un grand expert du dossier du nucléaire iranien pour comprendre que ces sanctions, comme les précédentes, risquent de ne pas être efficaces, que l’Iran d’Ahmadinejad va poursuivre son programme, faut-il le rappeler, le plus long de l’histoire mondiale du nucléaire du fait, tout de même, des pressions internationales et, accessoirement, des opérations de sabotages menées régulièrement par divers services secrets. L’on se souvient que les sanctions ou les menaces de sanctions à l’endroit d’autres pays comme l’Inde ou le Pakistan n’ont produit que l’effet inverse, ces deux pays étant entrés de plain-pied dans le club des puissances nucléaires au côté notamment des Etats-Unis. La Corée du nord, pourtant au ban des nations, a elle aussi réussi à les défier en procédant à au moins deux essais nucléaires avérés. Sauf que, sauf que… Et si Obama avait de la chance ? Seul le temps pourra le dire.

Chine et Russie du côté des gentils ?

En attendant, la question de savoir ce que va faire la communauté internationale, Etats-Unis en tête, est donc plus que jamais d’actualité. D’autant que la palette des options diplomatiques et économiques se rétrécit un peu plus à chaque réunion des décisionnaires onusiens. Car qui dit sanctions dit également ralentissement de l’activité diplomatique, surtout si la Chine — qui reçoit ces jours-ci Ahmadinejad — et la Russie se rangent du côté des gentils, les Chinois en paroles (le chef de la diplomatie chinoise M. Yang, avait promis en février que son pays ne s’associerait pas à de nouvelles sanctions contre l’Iran, engagement non tenu), les Russes en actes puisqu’ils renoncent, comme le leur demandait avec insistance Benjamin Netanyahu et comme le stipule la 1929, à une vente de missiles sol-air S-300 qui devaient assurer la défense des installations nucléaires iraniennes.

L’exemple irakien dans tous les esprits

L’exemple de l’Irak est dans tous les esprits. Autrement dit : le lancement d’une offensive contre un « rogue State », un « Etat voyou », terminologie en vogue dans les rangs de la précédente administration américaine. Bien-sûr, Obama n’est pas Bush. Autre style, autre charisme, un intellectuel qui a appris à penser avant de parler et pour qui le Texas n’a jamais été au centre de la planète terre. Ni lui ni ses proches n’emploient plus guère ces mots d’un autre temps. Pas plus qu’ils ne parlent ouvertement de la possibilité d’une attaque en règle des dizaines de sites nucléaires iraniens. Ils préfèrent afficher leur pragmatisme, démontrer qu’ils ont des nerfs d’acier, et qu’ils ne se laisseront pas entraîner « comme ça » dans une spirale de violences aux conséquences incertaines. L’exercice diplomatique auquel se livrent la Maison Blanche et le département d’Etat depuis décembre 2009 doit donc être salué pour ce qu’il vaut : une tentative d’éviter une nouvelle guerre.

Washington veut la paix et prépare la guerre

Il n’empêche que les plans pour offensive d’envergure contre les sites nucléaires iraniens existent bel et bien. Ils sont au point depuis longtemps, sont régulièrement peaufinés, portent même un nom (« Braindrain Project »). Plusieurs répétitions générales ont déjà eu lieu et les Américains ne sont pas les seuls à s’entraîner. Les préparatifs israéliens sont un autre secret de polichinelle que les Américains s’appliquent à brandir lorsque cela leur sied, c’est-à-dire lorsqu’ils perçoivent que les limites de leur patience sont atteintes vis-à-vis de Téhéran.

Mais le sablier se vide. Le point de rupture entre l’Iran et l’Agence Internationale à l’Energie Atomique (AIEA) semble plus proche que jamais, le parlement iranien envisageant de voter une loi limitant au strict minimum la collaboration avec cette institution de contrôle basée à Vienne. L’adoption de la résolution 1929 met également en relief le peu de cas qu’ont fait les Etats-Unis et leurs alliés du très récent accord d’échange d’uranium conclu entre l’Iran, le Brésil et la Turquie. La confiance n’est plus de mise entre Washington et Ankara qui semble avoir choisi son camp très clairement en s’opposant jeudi au vote-sanction du Conseil de Sécurité. Un vote qui pourrait bien avoir un peu plus de poids lorsque l’Union européenne et le Congrès américain adopteront à leur tour leur propre train de mesures répressives contre le régime de Téhéran. À cela, si l’on en croit le New York Times, s’ajoute la rédaction d’un mémorandum secret de Robert Gates, le secrétaire américain à la Défense, remis au président Obama et ouvrant le débat sur la question la plus ardue de l’heure : attaquer ou ne pas attaquer.

Dans l’intervalle, la tendance paraît de plus en plus d’être la mise à genoux de l’Iran avant les banderilles les plus meurtrières. Au régime iranien de déterminer à quel moment il sentira que les acquis de 30 ans de révolution islamique sont remis en cause par une éventuelle offensive militaire orchestrée par Washington. Au peuple iranien de déterminer quel degré de souffrance et de privations il est prêt à endurer sous le joug d’Ahmadinejad dont le second mandat s’achève dans trois ans. Aux Israéliens de déterminer à quel moment sera franchi le point de non-retour mettant en cause l’existence de leur pays. Aux Américains et à la communauté internationale de déterminer le seuil de leurs tergiversations. Et en attendant, observons l’Iran plier l’échine encore un peu plus.

Le Monde bande mou

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Hypolite Flandrin, Jeune homme nu assis au bord de la mer.
Hypolite Flandrin, Jeune homme nu assis au bord de la mer.
Hypolite Flandrin, Jeune homme nu assis au bord de la mer.
Hypolite Flandrin, Jeune homme nu assis au bord de la mer, 1836.

C’est bien connu : quand on a trop de soucis, on n’a pas la tête à la bagatelle. Surtout quand on vieillit, ce qui est le cas du Monde qui atteint plus ou moins l’âge qu’il ne cesse de recommander à ses lecteurs pour la retraite, c’est à dire la soixantaine bien entamée.

Quand Le Monde regarde ses comptes, sa diffusion, la fidélité de son lectorat, il ne voit que des graphiques flaccides et des courbes détumescentes. Alors Le Monde commet les mêmes erreurs que l’amant obstiné pour garder sa belle : il veut à toute force copuler et connaît ce que Stendhal appelait le fiasco : il a beau utiliser tous les artifices imaginables, décoction de gingembre, poppers, huitres, bois bandé, il reste amorphe à l’entrée du déduit.

En guise d’aphrodisiaque pour doper ses ventes à la veille de l’été, Le Monde a cette fois-ci choisi de lancer une collection de romans libertins en partant du principe que le cul, ça marche toujours. Et qu’il faut absolument remonter le moral des abonnés qui ont vieilli avec le journal: la forte instabilité économique de la zone euro, la nervosités des marchés qui sursautent comme une jeune fille surprise à jouer avec une poire à douche modulable, les portefeuilles d’action qui yoyotent, tout cela les rend très inquiets, les abonnés, contrairement à l’ouvrier délocalisé qui lui, de toute manière, était déjà pauvre avant.

Diderot, un plaisir pas cher pour Le Monde et très cérébral pour les lecteurs

Chaque jeudi, avec Le Monde daté du vendredi, on trouvera donc « un grand classique de la littérature libertine » pour quelques euros de plus ajoutés à un prix habituel qui est pourtant déjà l’un des plus chers d’Europe. Le premier ouvrage, lancé au tarif promotionnel de 2 euros est de Diderot : ce sont Les Bijoux indiscrets. C’est un très beau texte, et qui ne coûte rien au Monde puisqu’il est tombé dans le domaine public depuis longtemps – c’est évidemment cette dernière qualité qui aura plu aux gestionnaires. Dans Les Bijoux indiscrets, le prétexte à des méditations philosophiques sur le désir est un anneau qui fait parler le sexe des femmes. Seulement, ceux qui espéreraient trouver là un remake du célèbre Le sexe qui parle, film porno de Frédéric Lansac de 1975, grande année pour le genre, vont tomber de haut. En même temps, c’est bien entendu beaucoup moins ennuyeux et pleurnichard que Les monologues du vagin qui font le bonheur des directeurs du théâtre et du néo-féminisme intégré de la bourgeoisie depuis bientôt dix ans. Mais nous ne connaîtrons pas pour autant à la lecture de ce Diderot, (sauf quelqu’un de très, mais alors de très cérébral), la moindre excitation sexuelle ce qui est pourtant, quoiqu’on en dise, l’effet recherché quand on se la joue « littérature libertine. »

Le libertinage sans la subversion ?

C’est là, d’ailleurs, toute l’habituelle hypocrisie du Monde : à force de préoccupations contradictoires, il tombe à côté de la plaque. Il veut aguicher le chaland en lui promettant un été coquin mais comme il tient à préserver sa réputation de dame chaisière de la presse française, il se drape dans un alibi culturel. Ce n’est pas Le Monde qui vous proposerait une collection de romans pornographiques, ou même érotiques. Trop vulgaire ou trop scandaleux, au choix.

Non, il vous propose, nuance, une collection de romans libertins en entretenant l’habituelle confusion sémantique autour de l’adjectif. Aujourd’hui, libertin renvoie à de tristes clubs échangistes ou à des réseaux de rencontres sur Internet. Ce n’est plus le courant philosophique des dix-septième et dix-huitième siècles qui mit en question de manière radicale l’existence de Dieu, le bien-fondé des monarchies, les préjugés de classes et dont l’aspect sexuel apparaît tardivement et ne forme qu’un élément parmi d’autres d’une entreprise subversive de démolition de la société d’Ancien Régime.

Une collection « habillée » par Sonia Rykiel

Comme Le Monde n’a plus du tout envie de démolir quoi que ce soit, depuis bien longtemps, il neutralise le libertinage en le renvoyant discrètement à l’utilisation commercialement connotée du terme. La preuve? On nous signale dans l’argumentaire que l’habillage de la collection, appellation légèrement paradoxale en l’occurrence, est le fait de Nathalie Rykiel. Nathalie Rykiel, fille de Sonia, est surtout connue pour avoir ajouté à sa boutique de Saint-Germain des Prés un rayon sex-toys avec les inénarrables petits canards et les godemichés profilés valant un RSA. Bref, pour avoir transformé ce qui était de l’ordre de la misère sexuelle en signe d’émancipation féministe dans un de ces renversements conceptuels comme seule notre époque de mensonge généralisé et de récupération systématique de sa propre contestation sait nous en ménager.

Le résultat de cet habillage est d’ailleurs assez pénible avec une couverture rose muqueuse et une fenêtre dans la couverture, un trou si vous voulez, qui ouvre sur un fragment de l’inévitable Bain turc d’Ingres visible dans son entier à la page suivante.

Quelques diamants, malgré tout

La liste de textes que nous promet Le Monde est à l’image de cette cote mal taillée entre le racolage commercial, le désir de respectabilité et un très vague souci d’unité dans le choix des textes. On tombe ainsi sur des titres qui sont des diamants noirs ou des blocs d’abîme, comme ceux de Sade, mais dont on peut se dire qu’ils relèvent davantage d’une lecture philosophique et non du plaisir coquin du « grand public cultivé » qui n’est plus, par ailleurs, ni si grand ni si cultivé qu’on voudrait le faire croire.

À l’inverse, quel plaisir ce sera de relire L’Histoire amoureuse des Gaules de Bussy Rabutin mais la déception pour l’adepte putatif de ce type de collection risque d’être inverse : la représentation du sexe chez le cousin de madame de Sévigné est tellement aimable et métaphorisée qu’on pourrait laisser cet ouvrage entre des mains innocentes et même le recommander pour leur montrer, à ces mains innocentes, à quel point le Français a su être, du temps où nous étions une civilisation, la langue d’une souveraine légèreté et d’un esprit rieur. Puis, à nouveau, ce sera un érotisme très cru, très violent avec le Gamiani de Musset côtoyant la polissonnerie troisième république avec l’Aphrodite de Pierre Louys, fantaisie bien sage, qui a été préférée au Manuel de civilité à l’usage des jeunes filles du même auteur, qui pour le coup est un vrai texte joyeusement pornographique, d’une extrême crudité, mais bien moins noir que La philosophie dans le boudoir de Sade qui sera pourtant proposée dès le deuxième titre.

En fait, cette collection libertine qui mélange tout dans une hâte conceptuelle désolante, marque sans doute l’essoufflement de plus en plus grand, voire définitif, d’un certain type de marketing  pseudo-culturel: celui de ces journaux qui, à force d’avoir vendu trop cher une information frelatée ou calibrée, ont cherché à faire passer la pilule avec des DVD, des CD, ou des BD. Sans compter les radios-réveils, les écrans plats ou les grands textes fondateurs reliés plein skaï si vous acceptez d’être cet oiseau rare et assez masochiste : le nouvel abonné.

Non, décidément, la presse est triste, hélas, et je n’ai pas besoin d’elle pour lire tous les livres.

Elton étonne

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Elton John n’est pas sectaire. Samedi dernier, à Palm Beach (Floride), il a chanté tous ses plus grands tubes devant un auditoire choisi, mais en délire à l’occasion du mariage de Rush Limbaugh. Peu connu par chez nous, Rush Limbaugh est une immense vedette aux USA, mais pas exactement dans le showbiz. C’est l’animateur de l’émission de radio la plus écoutée du pays et une des figures de proue de l’aile la plus conservatrice du Parti Républicain.

Le bonhomme et son talkshow sont d’autant plus controversial qu’il ne s’en tient pas au crédo ultraréac traditionnel sur l’avortement, la guerre en Irak ou le néobolchévisme avéré des Démocrates. Il s’est parfois grillé dans son propre camp, quand il n’a pas su s’empêcher de faire des gags limite-limite des sujets chauds tels les féministes (qualifiées régulièrement par Rush de féminazies) ou les noirs, et notamment sur le président en poste.

Mais là où ça devient drôle, c’est que le jeune marié est surtout très célèbre là-bas, pour ses propos disons, polémiques à l’égards des homosexuels, le plus souvent émaillés de plaisanteries fines genre: « Quand un homo vous tourne ostensiblement le dos, ce n’est pas du mépris, c’est une invitation ». Tout cela n’a pas dissuadé Elton de venir pousser la chansonnette, en échange d’un million de dollars seulement.

Chronique de 2030

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Pièce d'1 deutsche mark en or, frappée en 2001.
Pièce d'1 deutsche mark en or, frappée en 2001.
Pièce d'1 deutsche mark en or, frappée en 2001.
Pièce d'1 deutsche mark en or, frappée en 2001.

Depuis le matin, télévisions et radios du pays diffusaient en boucle la 3e Symphonie de Brahms. Les commerces avaient laissé leurs stores baissés. Dans les parcs, les enfants ne se livraient à aucun jeu. Le regard aussi vide que leur verre, les piliers de bar s’éternisaient à leur table sans éprouver la moindre soif. On avait cessé d’enterrer les morts : à quoi bon, puisque ce monde était, peut-être, voué au néant ? Devant les cimetières, de longues files de corbillards mélancoliques attendaient. La mort était devenue maîtresse d’Allemagne.

Puis, sur les coups de 13 heures, on rangea Brahms, on sortit les enfants, la bière coula à flots dans les gorges dénouées et les parents des morts se mirent à danser sur les tombes. Angela Merkel avait parlé. Elle fut solennelle et aussi enjouée que peut l’être une fille de pasteur lorsqu’elle se brûle. C’est que l’heure était grave. L’Allemagne avait manqué perdre sa monnaie. L’affaire est encore assez présente dans les esprits pour que je me dispense de rappeler ce qui s’était produit en Europe au tout début de l’année 2011.

Le fait est que, lorsqu’Angela Merkel déclara que l’euro était sauvé, cela fut, à l’époque, un très grand soulagement. Certes, la France, l’Espagne, le Portugal, la Grèce, l’Italie, la Finlande, la Belgique et quelques autres quittaient la zone euro. L’essentiel demeurait : l’Allemagne préservait sa monnaie unique, la Banque centrale européenne restait à Francfort et Jean-Claude Trichet, au prix de quelques cours intensifs au Goethe Institut, parlait allemand comme personne.

[access capability= »lire_inedits »]10 000 francs carbone pour un deutsche mark

Comme l’euro devait sa survie à l’Allemagne, chacun trouva normal que la Banque centrale européenne procède à quelques adaptations : on réimprima les billets et on frappa de nouvelles pièces à l’effigie de grands Européens : Bismarck, Adenauer, Kohl… Le nom « euro » ne tarda pas, lui-même, à être remplacé par le mot « deutsche mark ». Et tout alla pour le mieux dans le meilleur des mondes. Ce fut dans les autres pays, ces scélérats qui avaient renoncé à la monnaie unique, que les problèmes se posèrent.

Pendant quelques années, la France se déchira. On tergiversait sur la manière de faire : fallait-il, en quittant l’euro, revenir au nouveau franc ou aux anciens francs ? Ce n’est qu’au début du quatrième mandat de Nicolas Sarkozy que le problème fut définitivement réglé, lorsque son premier ministre, Dominique Strauss-Kahn, opta pour le franc germinal. Pas indexé sur l’or, mais sur le carbone. « C’est pour sauver la planète et c’est mieux que la taxe carbone », avait proclamé le secrétaire perpétuel de l’Académie française, Jean-Louis Borloo.

Trois heures seulement après la création de la nouvelle monnaie, il fallait 10 000 francs carbone pour un deutsche mark. Et la catastrophe s’amplifia. Toujours animée d’un puissant sentiment européen, l’Allemagne se porta au secours de la France. Dans un premier temps, on racheta la Corse et on la transforma en nouvelles Baléares : langue allemande obligatoire, wienerschnitzel et bière à tous les repas, costume traditionnel bavarois pour les indigènes, etc. L’afflux massif de touristes allemands sur l’île de Beauté convainquit la République fédérale de faire l’acquisition de l’île de Ré. Puis, ce fut autour de la Martinique, de la Guadeloupe, de la Provence, de la Bretagne, de Paris. La question aujourd’hui est de savoir si nous rachetons l’Auvergne. Pourquoi pas ? Personnellement, je n’ai rien contre. Mais je n’irai certainement pas passer mes vacances là-bas. Je me suis fâchée avec Willy : il voulait dépenser plus de 800 euros pour racheter Clermont-Ferrand et le Puy-de-Dôme ! Je n’ai rien contre. Mais quand même… Les Auvergnats ! Quand il y en a un, ça va. C’est quand il y en a beaucoup qu’il y a des problèmes… [/access]