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Les seins de Sarah, mieux que le genou de Claire.

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Un scandale commence à se faire jour autour de la sublissime Sarah Palin. Non, ce n’est pas elle qui est responsable des conséquences apocalyptiques de la marée noire en Louisiane puisque cette Minerve libertarienne, au magnétisme sexuel incontestable, n’a pas réussi à prendre le pouvoir en 2008 pour amener les USA sur les voies d’un dépérissement de l’Etat dont nous rappelons que c’est aussi, pour le marxisme, le but ultime à atteindre.

Comme Sarah est inattaquable et est devenue une chroniqueuse redoutée et lucide de Fox News, on tente de l’atteindre en mettant en doute un de ses atouts les plus intimes : sa plastique magnifique qui doit tout à la pratique du hockey dans sa jeunesse et à des plaisirs simples comme la chasse au grizzly dans son Alaska natal ou les interminables courses en motoneige dans les aurores boréales du cercle polaire. En effet, depuis plusieurs mois des blogueurs relayés par des média sans scrupules font courir une rumeur scandaleuse : Sarah Palin se serait refaire les seins ! Comme si elle en avait besoin ! Là bas, on appelle ça le boobgate, littéralement « le scandale des gros nichons ».

La manœuvre est claire et Sarah a non seulement démenti avec son délicieux sourire mais elle a aussi intelligemment expliqué la raison de ces basses calomnies : on veut distraire le citoyen américain de ce qu’elle dit en attirant l’attention sur sa poitrine avantageuse qui n’a jamais eu besoin de chirurgie esthétique. Elle remarque de surcroît que les féministes américaines, si pointilleuses d’habitude sur ce genre d’attaque au-dessus de la ceinture, n’ont pas fait preuve, en l’occurrence, d’une solidarité excessive. Belle et anar de droite, ça doit faire beaucoup pour les ayatollettes du sexuellement correct. En ce qui nous concerne, à Causeur, nous sommes évidemment prêts à participer à une expertise internationale pour dissiper les derniers doutes sur cette pénible histoire.

Apéro Goutte d’or, kiss-in gay, même combat

kiss-in
Photo Flickr / Philippe Leroyer

Tout le monde semblait bien chaud pour un bon gros foutoir dont la Gaule a le secret à l’occasion de cet « apéro saucisson-pinard » organisé le 18 juin prochain, à la Goutte d’or, c’est-à-dire en plein quartier islamique de Paris. Sans surprise la préfecture (et donc le gouvernement) a tranché : pas de pinard-saucisson à la Goutte d’or. On ne peut que comprendre cette décision : au-delà du bordel absolu qui se profilait, à coup de contre-manifestations et d’appel aux gentils apéros hallal, comment imaginer que les autorités politiques, alors qu’elles interdisent les « apéros facebook » des djeuns, auraient pu décider d’en autoriser un, organisé par des vieux, vraisemblablement fascistes, dont le but était selon les plus autorisées de nos autorités antiracistes de « stigmatiser » nos compatriotes musulmans ?

Rideau donc, sur l’apéro saucisson-pinard

Mais ce qui m’étonne dans cette affaire, c’est que personne à ma connaissance n’ait eu l’idée de rapprocher l’initiative des saucissonneurs bouffeurs d’imams de celle des associations LGBT qui organisèrent très récemment quelques embrassades publiques (quand je dis embrassades, je veux dire de grosses pelles, avec la langue) devant quelques unes des plus belles cathédrales de notre pays. Apparemment, « stigmatiser  les musulmans » à coup de pinard-saucisson est un crime beaucoup plus grave que l’envahissement des parvis d’Eglise par des groupes d’homos militants bien décider à choquer du catho à coup de bisous unisexes. Il me semble pourtant que les deux démarches sont très similaires. À chaque fois on vient en territoire ennemi exhiber ses pratiques qui se veulent le plus choquantes possibles pour la partie adverse sous la protection de la police.

Homo kiss-saucissonus veut braver l’ennemi sous protection policière

Comme l’écrivait très justement Bruno Maillé dans un article désopilant, les LGBT ont eu l’idée de leur kiss-in devant Notre-Dame sans doute parce qu’ils éprouvaient un malaise obscur, un manque sur lequel il fallut bien mettre un nom : c’était une « carence d’homophobes ». De même, les ultras de Risposte Laïque éprouvent-ils sans doute, en allant se coller à leurs adversaires rue Myrha une carence d’atteinte à la laïcité (de laïcophobes ?) depuis que l’Eglise catholique a perdu à peu près toute influence sur la vie publique en France. Le rapprochement peu paraître osé. En effet, l’on n’a guère entendu Patrick Lozès ou Jean-Luc Mélenchon s’élever contre la « cathophobie » des LGBT lorsque leurs invasions pacifiques des places d’Eglises furent programmées au mois de mai dernier, comme ils le font aujourd’hui contre la xénophobie et l’islamophobie (voire le nazisme !) supposées des organisateurs de l’apéro pinard-saucisson. Personne ne s’est trop soucié de défendre les catholiques contre les provocations des homos de tous poils. Cependant, au-delà de la différence de traitement médiatique, il me semble que les deux phénomènes sont assez identiques sur le fond et le produit d’une tendance très caractéristique de l’époque. Il faut donc inventer un nouveau concept qui saisirait ce qui est commun à ces deux phénomènes et qui serait aussi, à la manière de ce que proposa Muray, un personnage, celui d’Homo Kiss-saucissonus, pour caractériser le goût de l’homme moderne d’aller dénicher ses ennemis jusque dans leurs tanières obscures pour mieux parader devant eux en donnant libre cours à ses lubies, à l’abri des forces de police.

Les musulmans de la rue Myrrha ne sont pas mes ennemis

Bon, ouvrons ici une parenthèse, que les choses soient claires. Ce n’est pas parce que je mets bouffeurs de curés et de langues de gays et bouffeurs d’imams et de saucisson dans le même sac que pour moi l’islam et le christianisme c’est la même chose. Personnellement, en tant que catholique pratiquant dans le neuf-trois, que l’islam remplace le catholicisme dans notre pays ne me dit franchement rien. Je trouve que l’on perdrait beaucoup au change, à commencer par un petit détail de l’histoire que l’on appelle le Christ. Il me semble aussi qu’aujourd’hui, dans un souci peut-être louable d’éviter la « stigmatisation des minorités » on montre beaucoup de complaisance à l’égard des revendications de certains musulmans, et que le vocable « islamophobie », tel qu’il s’est imposé très récemment et très largement dans notre pays et ailleurs, permet de discréditer toute forme de critique de cette religion, ce qui est assez étrange dans un pays où la critique de la religion était un sport national. Mais ce n’est pas pour autant que j’irai faire des musulmans de la rue Myrha mes ennemis personnels en allant saucissonner sous leurs nez, un vendredi, jour de prière pour eux, et faut-il le rappeler, jour de la semaine durant lequel les catholiques sont cessés y aller mollo sur la bonne chère.

Rien de plus festiviste que cet apéro qui brandit les traditions

Les identitaires et les riposteurs laïques invoquent les bonnes et belles traditions de notre pays pour justifier leur apéro à la mode facebook, c’est-à-dire pas du tout traditionnel. Je ne vois quant à moi rien de plus moderne et de plus empreint de festivisme que cet apéro « saucisson-pinard » organisé via le net et qui doit avoir lieu au milieu du camp ennemi certes, mais sous la protection des forces de l’ordre. Venir narguer ses ennemis à l’abri de la police, voilà tout le courage dont est capable le rebelle du jour, que ce soit dans sa version LGBT ou dans celle des riposteurs identitaires.

Au fond, les saucissonneurs se foutent comme de l’an 40, 18 juin ou pas, des traditions qu’ils prétendent défendre. Pour ceux qui viennent partager en privilégiés des câlins homos ou des rasades de rouge au milieu du camp ennemi, on a l’impression qu’il s’agit moins d’apprécier la chose en soi que d’offenser ceux qui s’en privent, de les narguer, un peu à la façon des petits garçons qui viennent brandir leurs billes toutes neuves sous le nez de leurs camarades dans la cour de récréation pour s’assurer de leur valeur à travers l’envie qu’ils espèrent secrètement lire (sans doute un peu vainement) sur le visage des autres. « Tu voudrais être à ma place, hein », semble dire Homo Kiss-saucissonus lorsqu’il investit l’espace d’autrui, esplanade Jean-Paul II ou rue Myrha. Il y a quelque chose de platement narcissique dans la démarche des uns et des autres : on vient seulement affirmer devant ses ennemis que l’on a raison d’être ce que l’on est : rouleur de pelles homo, bouffeur de saucisson. Une forme d’exhibitionnisme identitaire, à mille lieux du bon vieux militantisme à l’ancienne. Les mots d’ordre passent au second plan, s’ils ne sont même parfaitement inaudibles.

Il est d’ailleurs symptomatique que la querelle se focalise sur la question de l’espace public. La place de l’église appartient à tout le monde disent les uns, et j’ai le droit de venir y rouler des pelles à tout le monde si ça me chante. La rue Myrha appartient à tout le monde disent les autres, et j’ai le droit d’y venir me bourrer la gueule en pleine prière musulmane si ça me chante aussi disent les autres.

Ces alterolâtres qui se foutent d’autrui

Dans ce légalisme infantile se manifeste me semble-t-il de façon criante le fait que notre époque, aussi alterolâtre soit-elle, éprouve de sérieuses difficulté à faire une place symbolique à autrui, lorsqu’autrui n’est pas le simple porteur d’une différence « sympa » et abstraite, mais d’une vraie divergence de fonds, d’opinion ou de croyance par exemple. Les rouleurs de pelles homos contestaient aux catholiques que le parvis de Notre-Dame leur appartienne. Au fond, ce qu’ils recherchaient en venant se bisouter sur l’esplanade Jean-Paul II c’est l’approbation de la société tout entière, cathos compris, de leurs pratiques sexuelles. Haro sur la dissidence ! L’idée même que quelqu’un pourrait les désapprouver est vécu à la fois comme un scandale et comme la preuve de leur identité dérangeante et subversive, c’est-à-dire de leur statut de roi de l’époque. Approuvé et dérangeant à la fois, voilà le fantasme ultime de l’adepte du kiss-in. Quant au plaisir qu’il est censé éprouver en roulant des pelles en public à n’importe qui, il n’en est guère question sérieusement. Et l’idée que n’importe quel homosexuel à l’ancienne aurait sans doute, idée suivant laquelle ces néo-homos ne seraient ni dérangeants ni admirables, mais seulement ridicules, ne semble pas traverser l’esprit de ces briseurs de tabous protégés par la police. De même les ultra-laïques et les identitaires, qui se parent sans vergogne des oripeaux de la résistance, ne supportent pas que les Arabes pour les uns, la religion musulmane pour les autres, existent si peu que ce soit sur la place publique en France.

Résumons donc. Qui est Homo Kiss-saucissonus ? C’est un grand résistant, qui s’oppose à la doxa à coup de bisous et de verres de rouge, protégé par la police d’occupation. Que fait Homo Kiss-saucissonus ? Homo Kiss-saucissonus ne débat pas, puisqu’il a la bouche pleine. Il occupe tout le terrain à lui tout seul, ou devrais-je dire le bac à sable ?

« Si je t’oublie, ô Belgrade… »

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Sveti Sava

Jean-Christophe Buisson est talentueusement affligé d’une passion pour la Serbie. Nous disons affligé parce qu’il faut du courage pour rappeler que le peuple serbe en général et Belgrade en particulier ont toujours été héroïques. Ils furent en effet médiatiquement, pendant toute la dernière décennie du vingtième siècle, les méchants absolus. On ne parlait pas encore d’Empire du Mal, mais on n’en était pas loin. Dans la tragédie yougoslave, le casting de la bien-pensance avait décerné des brevets d’honorabilité aux Croates et aux Bosniaques, réservant aux Serbes le rôle des monstres sanguinaires, quand bien même, comme nous le rappelle Buisson, ce peuple avait été le seul des trois à résister aux nazis – avant de céder il est vrai aux sirènes nationalistes, comme tous les autres peuples de l’ex-Yougoslavie : mais il est vrai que les Serbes disposaient d’un avantage militaire qui leur fit commettre plus de crimes que les autres.

Milosevic, roitelet aussi nationaliste que ses voisins, mais beaucoup mieux armé

La résistance royaliste du général Mihailovic, guerrier magnifique auquel Buisson a consacré naguère une biographie, fait ainsi partie des très mauvais souvenirs de la Wermarcht alors qu’au même moment, le poglavnik Pavelic à la tête de son état SS croate remplissait des paniers avec des yeux de résistants comme le raconte Malaparte dans Kaputt. Et ne parlons pas de la division SS Bosna qui concilia sans trop de problème le paganisme de la race des seigneurs à l’islamisme militant. À ce propos, on ne s’amusera jamais assez de l’ironie historique qui fait de pas mal de nos pro-bosniaques béats d’hier, supporter d’Izetbegovic, dont Le manifeste islamique était pourtant clair, les sourcilleux atlantistes islamophobes d’aujourd’hui. Tout cela au nom de la vieille passion anticommuniste qui a voulu voir en Milosevic une survivance de la Yougoslavie autogestionnaire de Tito alors qu’il n’était qu’un roitelet aussi absurdement nationaliste que ses voisins mais, pendant un temps, beaucoup mieux armé.

Un peuple toujours rétif aux nouveaux ordres mondiaux

Buisson, qui ne confond pas les peuples et les gouvernements, les pays légaux et les pays réels, a donc écrit ce Roman de Belgrade comme un Baedeker stylé, précis, élégant, un Baedeker qui serait aussi une machine à remonter le temps pour rafraîchir les mémoires qui flanchent à la vitesse d’une décennie : sur les bords de la Save, en 1999, les bombes de l’Otan tombaient dru et c’était la première fois depuis 1945 qu’une grande capitale européenne subissait un tel sort.

Pour Belgrade, l’histoire se répétait et pas comme farce, mais toujours et encore comme tragédie, le Belgradois entretenant avec la fatalité des relations très intimes. Ces bombardements s’inscrivaient en effet dans une suite obsidionale vécue par un peuple décidément rétif aux nouveaux ordres mondiaux : de l’Ottoman à l’Otan, the same old story, avec juste une syllabe en moins. Belgrade, si vous voulez, c’est le syndrome Alamo : ouverture du feu en position défavorable, tous les cent ans en moyenne, contre des ennemis nettement supérieurs en nombre.

Une ville douée pour le bonheur, francophile en prime

Quand il se promène dans la Belgrade d’aujourd’hui, où les stigmates de 1999 sont laissés visibles volontairement, Buisson ne peut se défendre d’une certaine ironie amère. Voilà une ville douée pour le bonheur et la fête comme dans un film de Kusturica, une ville où les chats noirs et les chats blancs savent danser ensemble au rythme des cuivres obsédants, une ville qui, malgré ou grâce à ses voisins encombrants comme l’Autriche-Hongrie, a toujours été francophile. Mais une ville, aussi, où l’on croise des passants qui lors de ces fameux bombardements de 99, trouvaient que de la part des Américains, c’était logique ; de la part des Allemands, c’était habituel mais que cela demeurait incompréhensible de la part des Français.

Alors, c’est un peu comme si Buisson vivait un remake de Nous nous sommes tant aimés à l’échelle d’un siècle car son Roman de Belgrade raconte aussi, en creux, l’histoire d’une certaine trahison française. Où sont les jours lumineux de 1918, quand l’armée franco-serbe de Franchet d’Esperey libéra la ville après une promenade épique dans les Balkans depuis la tête de pont de Salonique ? La douceur de vivre de Belgrade, typique des villes qui savent que la paix n’est qu’un instant de répit entre deux guerres est une manière de répondre avec la courtoisie du monde d’avant. Une autre réponse est fournie par ce grand « ? », ce point d’interrogation qui est aussi le nom du plus vieux café belgradois…

Le roman de Belgrade

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Paranoïa juive et schizophrénie arabe

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Istanbul
Istanbul, au cœur de l'affaire de la flottille.

Ce devrait être une croisière, ce fut une tragédie, fidèle à la loi première de la tragédie : l’imprévu règne sur les destins. Les militants turcs savaient pertinemment qu’ils n’allaient pas à la promenade mais au barouf, qu’ils risquaient de prendre des gnons. Une belle empoignade avec l’ennemi, pas une boucherie. S’ils avaient su, ils ne seraient pas venus. Israël avait prévu une bataille de rue avec des manifestants déterminés, pas des tentatives de lynchage et de prises d’otages. S’il avait su, il ne serait pas venu.

Chez Corneille, deux frères Horace sont tués au combat mais Rome, « unique objet de mon ressentiment », ramasse la mise. Ici, neuf Turcs sont enterrés et leur patrie triomphe. Le Hamas fête aussi sa victoire sur l’unique objet de son ressentiment.

[access capability= »lire_inedits »]Israël, qui a perdu dans les grandes largeurs, se défend : « On ne pouvait pas faire autrement. » Sûr qu’ils sont tombés les pieds joints dans le piège, sûr qu’ils ont été acculés, qu’ils ont été obligés de tirer pour sauver leurs camarades du kidnapping ou du lynchage : mais s’il y avait ce risque, il ne fallait pas y aller et laisser tranquillement les bateaux entrer dans Gaza comme le faisait souvent le précédent gouvernement d’Ehoud Olmert sans que le ciel lui soit tombé sur la tête. Cette fois, c’est Nétanyahou, c’est Barak qui sont tombés sur la tête.

Reste qu’il faut toujours comprendre les gens. Chez les juifs, spécialement européens, quand vous cherchez l’erreur, ne vous fatiguez pas. L’erreur, c’est la Shoah. Les cinquantenaires aux commandes en Israël, enfants, petits-enfants de la fumée et du gaz, n’ont qu’une seule obsession : la force, celle qui dissuade le Gentil de vous embarquer dans un train. Tout le reste n’est que littérature. Ce que j’en pense et ce que vous en pensez, finalement, ils s’en torchent. Nous avons couru à leur secours lorsqu’il aurait fallu ? Non, alors vous repasserez. Vous envoyez vos poitrines face au milliard de haines qui les encercle ? Non, alors bien le bonjour. On appelle ça de l’autisme, docteur ? Ne leur en parlez pas, c’est eux qui ont inventé la maladie. Ça se soigne ? Je crois que oui. Un médecin ? Le voici, il s’appelle Recep Erdogan, le chef du gouvernement turc.

Erdogan plus populaire que Ben Laden et Ahmadinejad

C’est un islamiste, ni pur, ni dur mais authentique islamiste quand même. Depuis près d’un siècle, un seul homme, ou ses clones, régnait sur la Turquie. Pour Ataturk, extirper l’islam était la condition de l’entrée dans la modernité. Il s’est trompé. La Turquie s’est développée mais est restée musulmane. En prenant la succession, une bonne décennie après l’évaporation du communisme, il a cherché à adhérer à l’Europe, comme l’aurait fait son prédécesseur, mais aussi à réintégrer le monde islamique, pour en prendre peut-être la tête comme son ancêtre le khalife d’Istanbul qui régnait sur tout le sud de la Méditerranée et au-delà, jusqu’à Bassorah. La flottille pour Gaza ne se décrypte pas sans cette grille.

L’islam est porté par une cause et une seule : la Palestine. Problème : la Turquie comptait parmi les plus sûrs alliés militaires d’Israël. Pour accomplir son dessein, Erdogan n’avait pas le choix : le renversement d’alliance s’imposait. Discours après discours, incident diplomatique après incident diplomatique, il a fait comprendre son intention. La rue arabe tendait l’oreille mais il n’y voyait à juste titre que des « Tu causes, tu causes… ». Pour convaincre de sa sincérité, il lui fallait changer de registre, mettre les mains dans le cambouis, mais sans les salir. Exercice de haute voltige. Il y a réussi, bravo. La flottille ? Des humanitaires pacifistes. Le chargement ? Des sacs de riz. Les militants ? Certains étaient probablement un peu énervés, sans plus, et ils n’ont pas tiré un coup de feu. Il est inattaquable. Le lendemain, à Jérusalem, à Alexandrie et partout, la rue arabe brandissait le drapeau turc et acclamait le nouveau héros. Pour deux sous, il a effacé les images de Ben Laden et d’Ahmadinejad. Il est la voix du monde arabe. Depuis les plus prestigieux khalifes, la Turquie n’avait jamais connu ce triomphe.

Avec un ennemi comme la Turquie, Israël n’a pas besoin d’allié

On le sait : la guerre au Proche-Orient, c’est la guerre de mille ans. J’ai dernièrement croisé un confrère irlandais de l’Irish Times, vétéran des champs de bataille arabes avec qui j’ai travaillé à Bagdad, Beyrouth, Jérusalem. Quarante ans sous le harnais. Moi : « Alors Ian, quand ça va finir cette histoire ? » « Tu sais, a t-il marmonné, chez nous, en Irlande, ça a commencé au XIIIe siècle et c’est pas complètement réglé. »

La paranoïa juive n’explique pas tout, loin de là. La schizophrénie arabe remplit une bonne moitié du verre. Il faut chercher à la loupe l’Arabe prêt à reconnaître la légitimité d’Israël. C’est une entreprise coloniale destinée à disparaître comme toutes les colonies : on n’en sort pas. Israël le sait. Il ne fera jamais confiance à ses voisins. Erdogan échappe au syndrome. Il n’est pas arabe, il a compris ce qu’était la bizarrerie sioniste, aucun doute, il est disposé à traiter sans arrière-pensées et à remettre en route le voisinage fécond. S’il devenait le porte-parole de l’ennemi, les juifs transigeraient.

Les Arabes se cramponnent depuis toujours à un seul principe : le tout-violence. Il les a menés à collectionner les nakbas, les « catas ». Erdogan bouleverse la donne. Il connaît la peur israélienne, il s’amène les mains nues, en tendant sa poitrine. Jamais personne n’avait donné aux Arabes une plus belle leçon de bon sens. Face à Tsahal, ni les bombes ni les pierres. La poitrine. Avec l’aide de quelques mamies américaines propalestiniennes (des Epstein, des Berlin, des Chomsky), Erdogan a inventé une arme imparable pour débloquer Gaza (il serait temps) : le bateau humanitaire. Allez résister à dix Mavi-Marmara par mois.

Haaretz, le journal de la gauche de Tel-Aviv, a proposé une solution simple. Fermons définitivement la frontière avec Gaza et mettons fin au blocus maritime. Surveillons les bateaux suspects mais ne soyons pas chinois : les armes passent et passeront toujours. C’est un début.

En se donnant Erdogan pour ennemi numéro un, Israël a tout à gagner. Pour la première fois, il tombe sur un interlocuteur sérieux. Les Arabes sortent de leur impasse. La Turquie donne un visage démocratique à l’islam. L’Occident s’enlève cette épine du pied. Que demande le peuple ?[/access]

Mondial : la Corée du Nord a déjà gagné!

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Corée

On vous a déjà parlé ici du glorieux team nord-coréen (et il n’est pas exclu qu’on vous en reparle régulièrement). Certes il a du s’incliner d’un petit point hier soir face au Brésil. Mais qu’importent les scores: la victoire politique est déjà en poche. Ainsi dans les millions de débits de boissons de la planète qui ont choisi de se redécorer aux couleurs du Mondial, on a vu fleurir partout des drapeaux de la RDPC, spectacle trop rare ces soixante dernières années. Victoire ultime, grâce à la disposition des fanions par ordre alphabétique, l’étendard de la Corée du Nord est placé avant celui de la Corée du Sud, comme nous le prouve ce cliché transmis par notre correspondant permanent à Saint-Germain-des-Près. Quant aux rencontres à venir, les Nord-Coréens sont confiants, comme nous l’a indiqué leur entraineur lors d’une conférence de presse donnée à leur hôtel, une pension de famille dans la banlieue de Soweto.

Le saucisson est-il anticonstitutionnel ?

Saucisson

Je ne connais pas les groupes qui ont appelé vendredi à un « apéro saucisson et pinard » dans le quartier de la Goutte d’or, et je ne doute pas que parmi eux se trouvent des gens avec qui je n’ai aucune envie de festoyer parce qu’ils ont de la France une vision étroitement ethnique, voire raciale. Mais je suis sûr que pas mal d’autres gens, en particulier des habitants du quartier, seraient tentés par ces festivités si on ne nous rabâchait pas depuis quelques jours qu’il s’agit d’une provocation islamophobe d’extrême droite. Cette manifestation qui susciterait l’enthousiasme si elle s’appelait « fête des voisins » et se déroulait à Boboland peut en effet séduire pour des raisons honorables qui n’ont rien à voir avec le racisme et tout avec le souci de neutralité de l’espace public, ce qui est l’exacte définition de la laïcité.

L’alcool, c’est le racisme, sa prohibition la tolérance

Dans les médias, on nous explique avec gourmandise qu’un groupe s’est créé sur Facebook pour appeler à un « apéro géant halal et thé à la menthe ». Voilà en apparence une magnifique réponse du berger à la bergère. Sauf qu’à l’exception de quelques cinglés, personne ne s’offusque parce que quelqu’un ne boit pas d’alcool ou ne mange pas de porc, alors que pratiquer ces deux activités, traditionnelles sinon anodines pour un grand nombre de nos concitoyens, est considéré comme insultant par une autre partie de nos concitoyens. À ma connaissance, aucun élève ne s’est fait casser la figure parce qu’il jeunait pendant le Ramadan. Il faut en conclure que manger du porc est un signe d’intolérance quand ne pas en manger et s’offusquer parce que d’autres en mangent prouve à quel point on aime toutes les cultures. Ou encore que boire est un acte raciste et qu’interdire aux autres de le faire est une manifestation de tolérance.

Oublions, par charité républicaine, l’ânerie proférée par Jean-Luc Mélenchon qui a repéré dans l’affiche appelant au saucissonnage un rappel de l’insigne de la SS : soit l’estimable Jean-Luc avait bu des breuvages que l’islam réprouve, soit il a peur de s’aliéner le vote de musulmans s’estimant stigmatisés par le rejet de cet islam ostentatoire qu’ils affirment pourtant rejeter. Comme j’aime bien Jean-Luc Mélenchon et que je le tiens pour un authentique républicain, je préfère penser qu’il avait, exceptionnellement, forcé un peu sur la bouteille – ou que sa vue baisse. Quant à Bertrand Delanoë, il a vertement condamné les saucissonneurs, rappelant que « l’expression du racisme et de l’intolérance n’avait pas sa place à Paris ». Ceux qui prient dans la rue, empêchant ceux qui ne prient pas de circuler et de picoler, sont évidemment les apôtres de la tolérance et de l’antiracisme. Pour le maire de Paris, le fait que cet apéro-saucisson coïncide avec la date du match Algérie-Angleterre est une circonstance aggravante : peut-être conviendrait-il de mettre en berne tous les drapeaux tricolores qui pourraient apparaître comme autant de provocations si l’Algérie perdait. De ce point de vue, nous devrions être rassurés : si j’en crois mes amis initiés, il y a de fortes chances pour que l’Algérie et la France soient éliminées en même temps. Reste à savoir quels drapeaux nous brûlerons tous ensemble pour manifester notre amour du sport et de la fraternité.

Qui sont les provocateurs ?

À en croire Le Point.fr, « cette manifestation centrée sur la consommation de viande de porc et l’alcool, exclut de fait les participants de confession juive ou musulmane ». J’ignorais que la charia et la halakha étaient devenues des lois de la Républiques et que les Français musulmans et juifs étaient désormais obligés de se conformer aux préceptes de leur religion. On attend avec impatience que la HALDE exige que les bars cessent de servir de l’alcool afin de n’exclure personne – à part les alcooliques, bien sûr.

Ce qui donne envie de hurler dans la présentation de cette affaire d’apéro, c’est que personne ne dit que si provocation il y a – et il y a -, elle répond à une provocation plus grande encore, persistante depuis des mois mais, il est vrai, dûment autorisée par la Préfecture de police : l’organisation de la prière musulmane du vendredi à ciel ouvert, des milliers de fidèles occupant plusieurs rues du quartier. Qu’ils bloquent la circulation est certes fâcheux mais en vérité véniel à côté de l’insulte faite aux mœurs de notre République – et ce serait aussi scandaleux s’il s’agissait d’une autre religion. Il faut d’ailleurs saluer le recteur Dalil Boubakeur qui a appelé les fidèles à venir prier à la Mosquée de Paris – monument éminemment parisien au demeurant et qui témoigne de la présence d’un islam respectueux de la laïcité qui a toute sa place en France.

Apéro interdit, prière autorisée ?

Il ne s’agit pas d’être candide. Les saucissonneurs associés ont certainement des arrière-pensées politiques, et pas des plus ragoûtantes. Mais ce n’est pas en recouvrant le réel d’un voile de bons sentiments qu’on le fera disparaître. Que ces prières publiques soient dénoncées par des gens peu sympathiques voire infréquentables, ne change rien au fait qu’elles sont inacceptables. La France qui a connu une quasi-guerre civile pour sortir le christianisme de l’espace public devrait maintenant accepter que l’islam s’y déploie ? La Préfecture de Police, qui a reçu les organisateurs de cet apéro du 18 juin et ceux du contre-apéro hallal annoncé, a décidé, certainement avec d’excellentes raisons d’ordre public, de tout interdire. Tout sauf, semble-t-il, la prière (à moins que pour calmer le jeu, on ne demande aux prieurs de se faire oublier pour une semaine).

En vrai, peu me chaut que l’on interdise cet apéro auquel je n’irai pas parce qu’on ne boit pas des coups avec n’importe qui. En revanche, j’aimerais savoir ce qu’on attend pour interdire ces prières sur la voie publique. Il faudra surtout expliquer aux Français de tous bords et de toutes origines qu’inquiète l’affirmation d’un islam militant et identitaire, que dans leur pays, on a le droit de prier en public, mais pas de manger du porc. La bonne nouvelle, c’est qu’on pourra jouer à l’antifascisme quand l’extrême droite raflera la mise parce qu’une fois de plus, on lui aura laissé, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, le monopole du réel.

Retraites : le fardeau de l’homme jeune

Retraite
Faut-il avancer l'âge du départ au cimetière ou celui de la retraite ?

Le débat sur le financement des retraites qui s’éternise dans les médias n’est pas à la hauteur de mes attentes. On avait commencé par évoquer trois leviers pour résoudre le problème du déficit : je n’en vois plus que deux à l’horizon. Seuls l’allongement de la durée du travail et l’augmentation des cotisations restent envisagés  ; l’hypothèse d’une diminution du montant des pensions a disparu des discours dans un soulagement qui semble général. Or, c’est cette solution qui me tentait. Depuis qu’elle est passée aux oubliettes, la question qui ne me passionnait pas m’intéresse encore moins.

Le quatrième âge, très peu pour moi !

Je ne veux pas de retraite, je n’en aurai pas, j’ai pris mes dispositions. Il y a quelques années, j’ai réalisé des travaux de menuiserie dans une maison d’accueil pour personnes du quatrième âge. À l’heure où sonne l’appel du goûter, une armée de morts-vivants se déverse dans les couloirs. En roulant ou en claudiquant, la procession branlante des béquilles et des fauteuils s’avance lentement mais sûrement vers le sucre promis. Aux ordres des infirmières, prononcés sur le ton niais qu’on leur réserve et que je n’employais pas avec mes enfants de deux ans de peur qu’ils ne deviennent des débiles profonds, les vieillards aux silhouettes déformées par les douleurs et les couches s’engouffrent dans les ascenseurs et coupent à tous ceux qui les aperçoivent toute envie de vieillir. En rentrant chez moi, j’ai brûlé fiches de paye et relevés de points pour que l’entrée de toute sorte de mouroirs me soit, faute de moyens, définitivement interdite.

[access capability= »lire_inedits »]Il faut voir ça une fois dans sa vie pour comprendre ce qui nous attend si nous ne faisons rien. Les psychologues vous expliqueront que se faire dessus à votre âge, c’est bien normal, les coiffeurs vous persuaderont que le bleu vous va très bien et les docteurs tenteront de battre des records avec vos organes. D’un bout à l’autre de la chaîne, personne ne pourra être incriminé, chacun n’aura fait que son travail mais vous serez pris au piège, attaché à votre lit s’il le faut. Dément si vous protestez, bien gentil si vous la fermez et que vous avalez votre soupe, hein Monsieur Machin, pas comme hier, Monsieur Machin qui faisait sa mauvaise tête et qui ne voulait pas prendre ses médicaments, c’est pas bien, ça, Monsieur Machin !

Devant un tel spectacle, on réalise qu’il existe une piste novatrice pour résoudre la question des retraites : avancer l’âge du départ au cimetière.

Quand les Indiens d’Amérique se sentaient trop âgés pour suivre le mouvement nomade de la tribu, ils se retiraient avec la nourriture suffisante pour passer un hiver, dressaient leur dernier teepee et souhaitaient bonne route à leur descendance en attendant des retrouvailles dans le monde des esprits. La tradition voulait qu’ils n’alourdissent ni ne retardent la vie du groupe.

Depuis ces pratiques primitives, l’idée de retraite a gagné en confort mais beaucoup perdu en dignité. Aujourd’hui, le droit d’être supporté par les actifs et d’alourdir les charges qui pèsent sur la tribu est devenu si sacré qu’on n’évoque même plus la possibilité de le restreindre.

Pourtant, autour de moi, je vois de plus en plus de jeunes qui tirent la langue pour payer le toit au-dessus de leur tête ou envoyer leurs gosses en vacances et de plus en plus de vieux qui ne savent plus quoi faire de leur pognon. Dans le meilleur des cas, les grands-parents aident leurs enfants : c’est bien, mais est-ce sain ? Les uns sont un peu trop pauvres, peut-être, mais les autres ne sont-ils pas un peu trop riches ?

Je renonce à mes droits, à mes points, à ma pension

Souvent, le fardeau de l’homme jeune est alourdi pour des vieux qui partent en croisière jusqu’à l’écœurement, s’équipent de haute technologie à laquelle ils ne comprennent rien, s’achètent d’innombrables saloperies vues à la télé que la propagande des mercenaires à la solde des marchands de merdes aura réussi à leur fourguer, se payent des voitures neuves et rapides qu’ils ne poussent pas et, pour les veufs et les vieux garçons, des femmes jeunes et russes qu’ils baisent peu. Et il faudrait, pour leur offrir tout ça, que je tranche entre cotiser plus ou plus longtemps ? J’ai choisi de ne pas choisir : je me retire du débat et du système. Je renonce à mes droits, à mes points, à ma pension. Je vivrai tant que mon travail me fera vivre, ça ira très bien comme ça. Ainsi, j’éviterai de finir ma vie en repeignant des volets ou en taillant des rosiers, en jouant aux boules ou en parlant du temps qu’il va faire, coincé entre une grand-mère et des docteurs. Je refuse de surcharger mes jeunes années pour étaler les dernières, diabétique et impuissant devant du miel et des femmes.

Le vieil homme que je serai remerciera peut-être ce jeune qu’il aura été pour avoir compromis toute sortie pas assez honorable, pour l’avoir, en le privant de ses droits à se prolonger au-delà du raisonnable, à l’heure où la volonté flanche, sauvé d’un naufrage. 

Et la solidarité dans tout ça ? Et les autres ?

Je manque un peu de compassion, je dois l’avouer, mais je ne suis pas dans un état très normal. Mon père vient de mourir et, depuis, je marche autour du gouffre que sa disparition a laissé et qu’aucune espèce de bondieuserie ne vient combler. Je me penche parfois au-dessus pour en voir le fond, mais je n’aperçois que le reflet d’un vide intérieur et un absolu non-sens de la vie.

Et il faudrait que je me soucie des vieux qui lui survivent et du financement de leur retraite ? Ce n’est pas le moment. S’ils veulent un peu d’amour, ils n’ont qu’à crever. Et encore, c’est pas gagné !
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Du plomb belge à l’or flamand ?

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Albert II
Albert II. Photo Flickr / Frederic della Faille.

Finalement, Bart De Wever est un grand poète. Le N-VA, parti autonomiste ou indépendantiste on ne sait plus trop, qui a fait 29% en Flandres et qu’il dirige est devenu la première formation en Flandres après les élections législatives anticipées du 13 juin. Mais, d’après ce qu’il dit, grâce à lui, ce ne sera pas la Yougoslavie ni même la Tchécoslovaquie au bout de mon jardin lillois mais un processus très poétique, très gracquien qui présidera à la disparition de la Belgique : l’évaporation. Il y avait un pays, et hop !, évaporation… Comme ces brumes chères aux romans fantastiques de Jean Ray ou Thomas Owen, aux poésies de Verhaeren ou de Rodenbach célébrant Bruges la morte : elles voilent un paysage, les rues d’une ville et quand elles se lèvent, vous êtes ailleurs. Vraiment ailleurs, parfois. Et même en plain cauchemar qui transformerait comme un rien l’arrondissement BHV en bande de Gaza ou en Srebrenica tendance anguille au vert.

J’aurais donc été très injuste avec le flamand Bart De Wever… C’est vrai, je ne devrais pas me laisser avoir par les mauvaises réputations. Ce n’est pas parce qu’on a un physique de garçon boucher que l’on ne peut pas avoir des grâces éthérées quand on veut mettre à mort une nation. Ce n’est pas au hachoir ou à la feuille qu’a l’intention de travailler Bart De Wever, c’est dans l’extase chlorotique, la vapeur charmante. D’après lui, la Belgique va mourir sans s’en apercevoir, dans l’élégance phtisique des jeunes filles de Fernand Khnopff. Bon, s’il y a ici et là quelques crachats de sang ethnique dus à une quinte de toux xénophobe, on regardera ailleurs.

L’alchimie appliquée à la géopolitique

L’évaporation, pour notre ami Bart, c’est l’alchimie appliquée à la géopolitique. On va passer du plomb belge à l’or flamand par une étape dite confédérale. On aura des voisins mais comme dans les grands ensembles, on se croisera seulement de temps à autre aux réunions de copropriété et comme souvent aux réunions de copropriété, ce sera pour s’engueuler et trouver que le régisseur, euh pardon le Roi des Belges, il coute un peu cher. On boira rapidement un mauvais mousseux pour le bien mal nommé pot de l’amitié en se regardant en chiens de faïence : quel dommage tout de même de devoir encore partager avec ces cons un drapeau, une équipe de foot et une politique étrangère…

Bart De Vewer, en plus, a sérieusement fait reculer l’extrême droite flamande, le Vlams Belang. On va donc lui passer beaucoup de choses, dans les cercles autorisés qui font semblant de ne pas voir que les idées extrémistes ont vraiment gagné quand leurs leaders historiques en sont dépossédés et qu’elles infusent chez ceux qui savent les débarbouiller, leur passer un coup de peigne et leur donner des allures de premier communiant. Peu importe qu’ils disent à peu près la même chose, puisqu’ils y mettent les formes…

En même temps, Bart, avant de faire le poète symboliste, il connaissait bien l’extrême droite: des années de militantisme dans les cercles ultranationalistes, ça aide, surtout ceux de l’université symbole de Louvain qui dut faire scission en 68, après l’établissement de la frontière linguistique. Scission pour cause d’affrontements ethniques, évidemment, les francophones préférant de guerre lasse reconstruire leur propre fac dix bornes plus loin, dans une ville nouvelle.

Oui, Bart, l’extrême droite, c’est toujours un peu sa famille. Le NVA qu’il a créé en 2001 est au Vlams Belang ce que Marine Le Pen est à son père. On de dit plus, chez Bart, comme aux bons temps des rassemblements annuels à Dixmude au pied de la tour de l’Yser : « Crève, Belgique » ou « Les Wallons sont des rats. » mais, avec le sourire, « Evapore toi, Belgique. »

Le PS wallon : pour une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire

Qui est là, pour s’opposer, désormais, à l’homme qui veut étrangler la Belgique avec des gants de velours ? Pas grand monde. L’électorat wallon a de nouveau placé loin en tête, à plus de 30% le parti socialiste d’Elio Di Rupo qui laisse sur place les libéraux et les démocrates chrétiens du CDH. Malgré ses élus corrompus, sa gestion parfois rock’n’roll roll, les électeurs ont fait confiance au PS pour une raison bien simple : ils semblent être les seuls à ne pas avoir peur de Bart de Wever, et, à travers l’élégant Di Rupo, antithèse physique de Bart (la politique, surtout en temps de crise, c’est aussi une question de style et même de corps), à savoir défendre l’idée d’une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire. Ils seront aussi, les socialistes wallons, plus nombreux au parlement que les élus du N-VA et, avec leurs homologues flamands du SpA, forment de loin la première famille politique du pays.

En plus, comme tout ne peut être tout à faire sombre dans ce scrutin, j’aimerais saluer l’exploit du sympathique socialiste Michel Daerden, l’homme qui a fait de l’ivrognerie publique une méthode de gouvernement : il a obtenu un nombre record de voix de préférence : plus de 60 000. La voix de préférence est une spécialité belge, avec les sacs Delvaux et la croquette de crevette, qui consiste à envoyer un « poke » électoral diraient les facebouquistes à une personnalité que vous souhaitez voir jouer un rôle important en plus de sa simple élection.

Tout cela suffira-t-il à empêcher Bart De Wever qui sera le premier politique entendu par un Roi qu’il déteste, de transformer la Flandre en une manière de micro-état égoïste et nationaliste, qui voit le monde avec les yeux d’une société anonyme ?

Les jeux sont ouverts.

Encore une histoire à coucher dehors

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Roselyne Bachelot et Rama Yade
Roselyne Bachelot et Rama Yade.

Montrée du doigt par tout le Gouvernement, dont sa ministre de tutelle, et une grande majorité de la presse sportive[1. Parmi les minoritaires, on trouve Eugène Saccomano qui n’a pas mâché ces mots dans sa chronique matinale.], mais aussi dès le début par les joueurs de l’équipe de France, Rama Yade s’est donc sentie bien seule après ses propos concernant la cherté de l’hébergement de notre sélection nationale à la coupe du Monde.

Certes la jeune secrétaire d’Etat aux sports, démago en diable, avait négligé le fait que cet hébergement était pris en charge, pour une bonne part, par la FIFA, ainsi que le signalait le vice-président de la Fédération Française de Football Noël Le Graët[2. « Sa réflexion (NDLR de Rama Yade) me surprend. Cela fait six mois qu’on est au courant. La FIFA, qui prend en charge une somme importante de l’hébergement, dresse une liste d’hôtels, celui des Bleus est le plus adapté sportivement »], le reste demeurant à la charge d’une Fédération française de Football excédentaire. Ainsi, le contribuable français ne sera pas concerné par le prix de cette luxueuse hôtellerie.

France/Uruguay : un remake de Louhans/Rodez

Pourtant, il n’est pas certain que l’excellente cote de popularité de Rama Yade subisse une chute dans les prochaines semaines. En l’occurrence, l’attitude des joueurs français ce dimanche risque même de lui donner un coup de pouce supplémentaire. Nos sélectionnés, tout auréolés du superbe match joué contre l’Uruguay vendredi, dont la qualité n’était pas sans rappeler Louhans-Rodez de cette saison tant au niveau technique que collectif, n’ont rien trouvé de mieux que ne point attendre la ministre pour aller visiter un bidonville à quelques encablures de leur lieu de résidence. Il était pourtant prévu que tout ce petit monde inaugure ensemble les installations sportives payées par la Fédé pour les habitants de ce township. De service à la conférence de presse, le défenseur Eric Abidal n’a pas craint d’affirmer que lui et ses coéquipiers ne ressentaient pas « l’envie de rencontrer cette personne ». Cette personne… Curieuse manière de parler de la ministre de tutelle de la sélection dont ils font partie. Les habitants de ce bidonville ont donc eu droit à deux visites successives : celle des footballeurs français lesquels -on est en droit de l’espérer- ne se sont exceptionnellement pas présentés casques à musique sur les oreilles, puis celle de Rama Yade et son sourire habituel, lequel devait trancher avec la mine d’Anelka quelques heures plus tôt.

La courtoisie ? Connais pas ! La reconnaissance non plus.

Méconnaissant donc la courtoisie que l’on doit à un ministre de la République lorsqu’on porte le coq sur sa poitrine, Abidal, et les vingt-deux autres qui l’avaient mandaté, manquent aussi de reconnaissance du ventre. En effet, lorsqu’il a fallu défendre le droit à l’image collectif (DIC), mis en cause par le gouvernement qui suivait là les recommandations de la Cour des Comptes[3. Philippe Séguin qui était encore en vie et n’était pas connu pour détester le football, avait assumé ce rapport.], qui est venu, seule contre tous, défendre ce dispositif si intéressant pour augmenter substantiellement leurs rémunérations[4. Du moins celles des onze joueurs -sur vingt-trois-  qui n’évoluent pas à l’étranger.] ? Madame Yade ! Lorsqu’il a fallu défendre au Parlement la honteuse nouvelle législation libéralisant les paris sportifs en ligne, que réclamaient les clubs et qui permettra à ces derniers de mieux encore les payer, qui était là encore ? Rama Yade, toujours !

Ce qui prouve à la fois que la secrétaire d’Etat n’était certes pas la mieux placée pour en appeler à nos comptes publics mais aussi que les joueurs français ne sont pas plus intelligents dans leurs comportements médiatiques qu’efficaces devant une cage uruguayenne. En voulant, par cette goujaterie, punir Rama Yade, ils se sont comportés comme ses meilleurs agents de communication, lui rendant le beau rôle. Chapeau bas ! On ose espérer que cette manière de jouer contre-productif ne constitue pas une métaphore des deux prochaines prestations de notre sélection, auquel cas ses chances d’atteindre le second tour s’envoleraient à coup sûr. Certains optimistes, ou de fieffés provocateurs comme l’ami Raymond D., préféreront privilégier le fait qu’un esprit de corps a pu ainsi se forger sur le dos de la ministre. Si cela permettait enfin à Anelka de faire des passes à Gourcuff ou à Ribéry d’accepter de jouer côté droit pour la bonne cause, cette goujaterie aurait servi à quelque chose. Mais, franchement, vous y croyez, vous ?

Quand les flottilles s’en sont allées

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Bateaux

Maintenant que les esprits se sont un peu calmés, il est temps de parler des choses sérieuses : le blocus israélo-égyptien sur Gaza instauré il y a environ trois ans. Il faut commencer par rappeler qu’il n’est pas une fin en soi mais le moyen d’atteindre un objectif : ramener Gaza dans le giron de l’Autorité palestinienne soit en changeant le Hamas soit en se débarrassant de lui.

L’amère expérience du sud-Liban

La plus vieille astuce dans le débat sur le conflit israélo-palestinien réside dans le choix du point de départ. Jouons donc cartes sur table : je place le mien en mai/juin 2000, moment de la retraite israélienne du Sud-Liban. Le 16 juin, le secrétaire général de l’ONU déclare qu’Israël a rempli à la lettre les exigences de la résolution 425 (1978), notamment en repliant ses forces derrière la « ligne bleue » et en démantelant l’armée du Sud. Or, malgré cette initiative du gouvernement israélien, le Hezbollah a non seulement continué la lutte armée contre Israël mais il a trouvé sans difficulté un large soutien dans le monde arabo-musulman (et hélas un peu en Occident aussi) pour mener sa politique de guerre, qui va jusqu’à la destruction de l’Etat hébreu. Ceux qui pensaient qu’en répondant aux exigences de la communauté internationale Israël priverait le Hezbollah de légitimité et aurait les mains libres pour agir si la milice chiite l’agressait ont malheureusement eu tort.  

Contrôler les frontières de Gaza

Cette amère expérience, jointe à celle de trois années d’Intifada (2000-2003), était présente dans tous les esprits quand Ariel Sharon a décidé d’évacuer la bande de Gaza. À quoi bon déchirer la société israélienne si on se retrouve en fin de compte avec un deuxième Liban, demandaient ses opposants. Sharon avait d’autres idées, plus larges. Il a compris que la politique de colonisation était dangereuse pour l’avenir d’Israël. Autrement dit, un Premier ministre israélien, un faucon architecte de la colonisation, a compris que les colonies étaient un obstacle majeur à un arrangement durable et non-violent entre Palestiniens et Israéliens. Il est passé aux actes et à la fin de l’été 2005, il n’y avait plus un seul Israélien dans la bande de Gaza. Mais la retraite israélienne n’a pas été complète. Pour des raisons de sécurité – empêcher la libanisation de Gaza – Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, de l’Egypte et de certains pays occidentaux, a gardé le contrôle des frontières. Cette condition a été imposée par Israël non pas pour priver les Palestiniens de l’un des attributs de leur souveraineté nationale, mais parce qu’ils ne pouvaient pas à eux seuls, pas plus que le gouvernement libanais, empêcher un trafic d’armes et la transformation de la bande de Gaza en plateforme de tir des roquettes.

Face à cette politique israélienne – critiquable mais, admettons-le, pas très agressive   – il y avait deux possibilités : reconnaître l’important effort accompli avec l’évacuation des colonies ou épingler Israël pour tout ce qui clochait dans cette initiative, surtout le fait qu’elle était unilatérale et incomplète. L’Egypte, les Etats-Unis et l’Union européenne ont ouvertement choisi la première option et l’Autorité palestinienne les a discrètement suivis. Or la situation s’est rapidement dégradée après la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes de 2006. Le Hamas a décidé d’entrer dans le gouvernement palestinien sans assumer les d’accords signés avec Israël depuis Oslo (1993), c’est-à-dire sans reconnaître l’Etat d’Israël ni – ce qui est beaucoup plus grave – renoncer à la lutte armée.

La surenchère violente du Hamas

Les Américains et les Européens ont été bien embarrassés, et la solution trouvée a démontré l’embarras et la complexité de la situation : aucun contact avec le Hamas ni avec le Premier ministre issu de ce mouvement, tout (argent et contacts officieux) devant passer par les ministres et le président Abbas issus du Fatah.

Cette drôle de cohabitation s’est encore compliquée par la violente surenchère du Hamas. Ne pas renoncer à la lutte armée est une chose, la mettre en œuvre en est une autre. Or, sans tarder, le Hamas a multiplié attentats (notamment contre les points de passage pour faire souffrir la population et embarrasser Israël et ses alliés) et tirs de roquettes et a même pénétré en territoire israélien (donc hors de la bande de Gaza) pour enlever le désormais célèbre Gilad Shalit, en juin 2006.

Pour résumer la situation, non seulement le Hamas a intégré le jeu politique palestinien sans renoncer aux « privilèges » d’un mouvement de libération nationale – i.e. la lutte armée – mais il a accentué la pression militaire sur Israël. Cette politique, précisons-le, a été décidée unilatéralement par le Hamas et non par le gouvernement palestinien et son président, entraînant une situation bancale et fragile jusqu’à juin 2007 : les masques sont alors tombés et la scission entre Ramallah et Gaza a été consommée suite à une mini-guerre civile.

La négociation n’a pas été possible car le Hamas a continué de refuser les conditions posées par un quatuor composé des Etats-Unis, de l’Angleterre, de la Russie et de la France (dirigée Chirac et Villepin). Israël, en concertation avec l’Egypte, l’Autorité palestinienne et certains pays européens, a essayé de mettre en place une politique appuyée sur trois piliers : diplomatique (une coopération étroite avec l’Egypte, concertation avec les EU, les Européens et l’AP), économique et militaire (sous une forme allant de l’assassinat ciblé à l’opération « Plomb durci »).

Mahmoud Abbas contre le blocus et contre sa levée inconditionnelle

L’Autorité palestinienne en était partie prenante, en particulier sur la pression économique. Ainsi il y a quelques jours à peine, après l’affaire de la flottille, un membre d’une délégation palestinienne en déplacement en Turquie, probablement le président Abbas s’exprimant « off », a exprimé la déception de l’AP face à la politique turque à l’égard du Hamas. Selon cette « source officielle », la levée inconditionnelle du blocus de la bande de Gaza ne serait pas une bonne idée. Cette politique, disait-il, renforcerait le Hamas et nuirait à l’AP. Ramallah demande « bien entendu » la levée du blocus, mais à la condition que le Hamas revienne sur son coup d’Etat et accepte la médiation égyptienne pour parvenir à une réconciliation entre les deux factions palestiniennes. Sauf que la Turquie essaie justement de prendre la place de l’Egypte…

Le quatrième pilier de cette stratégie aurait dû être la politique vis-à-vis de l’Autorité palestinienne. Or, sur ce front-là, l’insuccès est patent et risque de faire écrouler tout le reste. Les raisons de cet échec sont nombreuses mais le plus important est la déception de l’électorat israélien : par deux fois Israël s’est retiré (du Liban en 2000 et de Gaza en 2005), et chaque fois il a reçu en retour des roquettes et une menace iranienne dans le dos. D’où l’avènement du gouvernement Netanyahou/Lieberman. Chaque Français indigné doit d’abord se poser une question : comment aurait-il agi s’il avait dû voter en Israël l’an dernier ?

La violence du Hamas mieux acceptée que celle d’Israël

Les autres piliers de la stratégie se sont eux aussi affaiblis considérablement. Bombardement aérien, assassinats, opération de grande envergure, opérations du Mossad : tous ces moyens et d’autres encore étaient sévèrement condamnés tandis qu’en même temps la violence du Hamas trouvait des soutiens en Occident. Les 20.000 islamistes massacrés par Assad en 1982 n’ont pas suscité autant de protestation que les neuf militants tués par Israël. Même les méthodes turques, un peu plus douces que les méthodes syriennes (« seulement » 40 000 Kurdes tués depuis 1984) sont inenvisageables pour Israël.

Dans ces conditions, face à un Hamas qui ne cède pas d’un millimètre, n’accepte pas les conditions a minima du quatuor, continue de tirer des roquettes, des obus de mortier, de perpétrer des attentant et d’envoyer des snipers perturber la vie de l’autre côté de la frontière, la seule arme disponible est la pression économique.

Reste donc la seule question qui vaille : l’efficacité du blocus et plus généralement de cette politique vis-à-vis du Hamas. Si le but est de rendre le Hamas impopulaire à Gaza, qui peut prétendre connaître l’état d’esprit des Gazaouites  vivant sous le joug d’une dictature ? Il est tout aussi impossible d’affirmer que la dureté de leur vie crée un désamour entre le peuple et le gouvernement que de prétendre que la détestation d’un ennemi commun a créé une union nationale. On sait en revanche qu’après l’opération Plomb durci, les tirs de roquettes, s’ils n’ont pas cessé, sont devenus beaucoup plus rare. Y a-t-il un lien de cause à effet entre la violence de l’opération israélienne et la modération de la violence palestinienne depuis ? Combien de temps cela peut durer ? Voilà d’excellentes questions plus importantes encore que la technique d’abordage de la marine israélienne.      
 
Insensible à la souffrance de ses administrés et pratiquant la lutte armée pour l’éradication d’Israël (à laquelle l’OLP a renoncé), le Hamas peut compter sur le soutien systématique des trois quarts des pays membres de l’ONU et d’un nombre croissant d’Occidentaux. Dans ces conditions sa meilleure stratégie est la patience : il lui suffit d’attendre que les opinions publiques arabes et européennes obligent leurs gouvernements à faire pression sur Israël. L’injustice, voyez-vous, n’est pas toujours là où l’on croit…

Les seins de Sarah, mieux que le genou de Claire.

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Un scandale commence à se faire jour autour de la sublissime Sarah Palin. Non, ce n’est pas elle qui est responsable des conséquences apocalyptiques de la marée noire en Louisiane puisque cette Minerve libertarienne, au magnétisme sexuel incontestable, n’a pas réussi à prendre le pouvoir en 2008 pour amener les USA sur les voies d’un dépérissement de l’Etat dont nous rappelons que c’est aussi, pour le marxisme, le but ultime à atteindre.

Comme Sarah est inattaquable et est devenue une chroniqueuse redoutée et lucide de Fox News, on tente de l’atteindre en mettant en doute un de ses atouts les plus intimes : sa plastique magnifique qui doit tout à la pratique du hockey dans sa jeunesse et à des plaisirs simples comme la chasse au grizzly dans son Alaska natal ou les interminables courses en motoneige dans les aurores boréales du cercle polaire. En effet, depuis plusieurs mois des blogueurs relayés par des média sans scrupules font courir une rumeur scandaleuse : Sarah Palin se serait refaire les seins ! Comme si elle en avait besoin ! Là bas, on appelle ça le boobgate, littéralement « le scandale des gros nichons ».

La manœuvre est claire et Sarah a non seulement démenti avec son délicieux sourire mais elle a aussi intelligemment expliqué la raison de ces basses calomnies : on veut distraire le citoyen américain de ce qu’elle dit en attirant l’attention sur sa poitrine avantageuse qui n’a jamais eu besoin de chirurgie esthétique. Elle remarque de surcroît que les féministes américaines, si pointilleuses d’habitude sur ce genre d’attaque au-dessus de la ceinture, n’ont pas fait preuve, en l’occurrence, d’une solidarité excessive. Belle et anar de droite, ça doit faire beaucoup pour les ayatollettes du sexuellement correct. En ce qui nous concerne, à Causeur, nous sommes évidemment prêts à participer à une expertise internationale pour dissiper les derniers doutes sur cette pénible histoire.

Apéro Goutte d’or, kiss-in gay, même combat

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kiss-in
Photo Flickr / Philippe Leroyer
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Photo Flickr / Philippe Leroyer

Tout le monde semblait bien chaud pour un bon gros foutoir dont la Gaule a le secret à l’occasion de cet « apéro saucisson-pinard » organisé le 18 juin prochain, à la Goutte d’or, c’est-à-dire en plein quartier islamique de Paris. Sans surprise la préfecture (et donc le gouvernement) a tranché : pas de pinard-saucisson à la Goutte d’or. On ne peut que comprendre cette décision : au-delà du bordel absolu qui se profilait, à coup de contre-manifestations et d’appel aux gentils apéros hallal, comment imaginer que les autorités politiques, alors qu’elles interdisent les « apéros facebook » des djeuns, auraient pu décider d’en autoriser un, organisé par des vieux, vraisemblablement fascistes, dont le but était selon les plus autorisées de nos autorités antiracistes de « stigmatiser » nos compatriotes musulmans ?

Rideau donc, sur l’apéro saucisson-pinard

Mais ce qui m’étonne dans cette affaire, c’est que personne à ma connaissance n’ait eu l’idée de rapprocher l’initiative des saucissonneurs bouffeurs d’imams de celle des associations LGBT qui organisèrent très récemment quelques embrassades publiques (quand je dis embrassades, je veux dire de grosses pelles, avec la langue) devant quelques unes des plus belles cathédrales de notre pays. Apparemment, « stigmatiser  les musulmans » à coup de pinard-saucisson est un crime beaucoup plus grave que l’envahissement des parvis d’Eglise par des groupes d’homos militants bien décider à choquer du catho à coup de bisous unisexes. Il me semble pourtant que les deux démarches sont très similaires. À chaque fois on vient en territoire ennemi exhiber ses pratiques qui se veulent le plus choquantes possibles pour la partie adverse sous la protection de la police.

Homo kiss-saucissonus veut braver l’ennemi sous protection policière

Comme l’écrivait très justement Bruno Maillé dans un article désopilant, les LGBT ont eu l’idée de leur kiss-in devant Notre-Dame sans doute parce qu’ils éprouvaient un malaise obscur, un manque sur lequel il fallut bien mettre un nom : c’était une « carence d’homophobes ». De même, les ultras de Risposte Laïque éprouvent-ils sans doute, en allant se coller à leurs adversaires rue Myrha une carence d’atteinte à la laïcité (de laïcophobes ?) depuis que l’Eglise catholique a perdu à peu près toute influence sur la vie publique en France. Le rapprochement peu paraître osé. En effet, l’on n’a guère entendu Patrick Lozès ou Jean-Luc Mélenchon s’élever contre la « cathophobie » des LGBT lorsque leurs invasions pacifiques des places d’Eglises furent programmées au mois de mai dernier, comme ils le font aujourd’hui contre la xénophobie et l’islamophobie (voire le nazisme !) supposées des organisateurs de l’apéro pinard-saucisson. Personne ne s’est trop soucié de défendre les catholiques contre les provocations des homos de tous poils. Cependant, au-delà de la différence de traitement médiatique, il me semble que les deux phénomènes sont assez identiques sur le fond et le produit d’une tendance très caractéristique de l’époque. Il faut donc inventer un nouveau concept qui saisirait ce qui est commun à ces deux phénomènes et qui serait aussi, à la manière de ce que proposa Muray, un personnage, celui d’Homo Kiss-saucissonus, pour caractériser le goût de l’homme moderne d’aller dénicher ses ennemis jusque dans leurs tanières obscures pour mieux parader devant eux en donnant libre cours à ses lubies, à l’abri des forces de police.

Les musulmans de la rue Myrrha ne sont pas mes ennemis

Bon, ouvrons ici une parenthèse, que les choses soient claires. Ce n’est pas parce que je mets bouffeurs de curés et de langues de gays et bouffeurs d’imams et de saucisson dans le même sac que pour moi l’islam et le christianisme c’est la même chose. Personnellement, en tant que catholique pratiquant dans le neuf-trois, que l’islam remplace le catholicisme dans notre pays ne me dit franchement rien. Je trouve que l’on perdrait beaucoup au change, à commencer par un petit détail de l’histoire que l’on appelle le Christ. Il me semble aussi qu’aujourd’hui, dans un souci peut-être louable d’éviter la « stigmatisation des minorités » on montre beaucoup de complaisance à l’égard des revendications de certains musulmans, et que le vocable « islamophobie », tel qu’il s’est imposé très récemment et très largement dans notre pays et ailleurs, permet de discréditer toute forme de critique de cette religion, ce qui est assez étrange dans un pays où la critique de la religion était un sport national. Mais ce n’est pas pour autant que j’irai faire des musulmans de la rue Myrha mes ennemis personnels en allant saucissonner sous leurs nez, un vendredi, jour de prière pour eux, et faut-il le rappeler, jour de la semaine durant lequel les catholiques sont cessés y aller mollo sur la bonne chère.

Rien de plus festiviste que cet apéro qui brandit les traditions

Les identitaires et les riposteurs laïques invoquent les bonnes et belles traditions de notre pays pour justifier leur apéro à la mode facebook, c’est-à-dire pas du tout traditionnel. Je ne vois quant à moi rien de plus moderne et de plus empreint de festivisme que cet apéro « saucisson-pinard » organisé via le net et qui doit avoir lieu au milieu du camp ennemi certes, mais sous la protection des forces de l’ordre. Venir narguer ses ennemis à l’abri de la police, voilà tout le courage dont est capable le rebelle du jour, que ce soit dans sa version LGBT ou dans celle des riposteurs identitaires.

Au fond, les saucissonneurs se foutent comme de l’an 40, 18 juin ou pas, des traditions qu’ils prétendent défendre. Pour ceux qui viennent partager en privilégiés des câlins homos ou des rasades de rouge au milieu du camp ennemi, on a l’impression qu’il s’agit moins d’apprécier la chose en soi que d’offenser ceux qui s’en privent, de les narguer, un peu à la façon des petits garçons qui viennent brandir leurs billes toutes neuves sous le nez de leurs camarades dans la cour de récréation pour s’assurer de leur valeur à travers l’envie qu’ils espèrent secrètement lire (sans doute un peu vainement) sur le visage des autres. « Tu voudrais être à ma place, hein », semble dire Homo Kiss-saucissonus lorsqu’il investit l’espace d’autrui, esplanade Jean-Paul II ou rue Myrha. Il y a quelque chose de platement narcissique dans la démarche des uns et des autres : on vient seulement affirmer devant ses ennemis que l’on a raison d’être ce que l’on est : rouleur de pelles homo, bouffeur de saucisson. Une forme d’exhibitionnisme identitaire, à mille lieux du bon vieux militantisme à l’ancienne. Les mots d’ordre passent au second plan, s’ils ne sont même parfaitement inaudibles.

Il est d’ailleurs symptomatique que la querelle se focalise sur la question de l’espace public. La place de l’église appartient à tout le monde disent les uns, et j’ai le droit de venir y rouler des pelles à tout le monde si ça me chante. La rue Myrha appartient à tout le monde disent les autres, et j’ai le droit d’y venir me bourrer la gueule en pleine prière musulmane si ça me chante aussi disent les autres.

Ces alterolâtres qui se foutent d’autrui

Dans ce légalisme infantile se manifeste me semble-t-il de façon criante le fait que notre époque, aussi alterolâtre soit-elle, éprouve de sérieuses difficulté à faire une place symbolique à autrui, lorsqu’autrui n’est pas le simple porteur d’une différence « sympa » et abstraite, mais d’une vraie divergence de fonds, d’opinion ou de croyance par exemple. Les rouleurs de pelles homos contestaient aux catholiques que le parvis de Notre-Dame leur appartienne. Au fond, ce qu’ils recherchaient en venant se bisouter sur l’esplanade Jean-Paul II c’est l’approbation de la société tout entière, cathos compris, de leurs pratiques sexuelles. Haro sur la dissidence ! L’idée même que quelqu’un pourrait les désapprouver est vécu à la fois comme un scandale et comme la preuve de leur identité dérangeante et subversive, c’est-à-dire de leur statut de roi de l’époque. Approuvé et dérangeant à la fois, voilà le fantasme ultime de l’adepte du kiss-in. Quant au plaisir qu’il est censé éprouver en roulant des pelles en public à n’importe qui, il n’en est guère question sérieusement. Et l’idée que n’importe quel homosexuel à l’ancienne aurait sans doute, idée suivant laquelle ces néo-homos ne seraient ni dérangeants ni admirables, mais seulement ridicules, ne semble pas traverser l’esprit de ces briseurs de tabous protégés par la police. De même les ultra-laïques et les identitaires, qui se parent sans vergogne des oripeaux de la résistance, ne supportent pas que les Arabes pour les uns, la religion musulmane pour les autres, existent si peu que ce soit sur la place publique en France.

Résumons donc. Qui est Homo Kiss-saucissonus ? C’est un grand résistant, qui s’oppose à la doxa à coup de bisous et de verres de rouge, protégé par la police d’occupation. Que fait Homo Kiss-saucissonus ? Homo Kiss-saucissonus ne débat pas, puisqu’il a la bouche pleine. Il occupe tout le terrain à lui tout seul, ou devrais-je dire le bac à sable ?

« Si je t’oublie, ô Belgrade… »

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Sveti Sava

Sveti Sava

Jean-Christophe Buisson est talentueusement affligé d’une passion pour la Serbie. Nous disons affligé parce qu’il faut du courage pour rappeler que le peuple serbe en général et Belgrade en particulier ont toujours été héroïques. Ils furent en effet médiatiquement, pendant toute la dernière décennie du vingtième siècle, les méchants absolus. On ne parlait pas encore d’Empire du Mal, mais on n’en était pas loin. Dans la tragédie yougoslave, le casting de la bien-pensance avait décerné des brevets d’honorabilité aux Croates et aux Bosniaques, réservant aux Serbes le rôle des monstres sanguinaires, quand bien même, comme nous le rappelle Buisson, ce peuple avait été le seul des trois à résister aux nazis – avant de céder il est vrai aux sirènes nationalistes, comme tous les autres peuples de l’ex-Yougoslavie : mais il est vrai que les Serbes disposaient d’un avantage militaire qui leur fit commettre plus de crimes que les autres.

Milosevic, roitelet aussi nationaliste que ses voisins, mais beaucoup mieux armé

La résistance royaliste du général Mihailovic, guerrier magnifique auquel Buisson a consacré naguère une biographie, fait ainsi partie des très mauvais souvenirs de la Wermarcht alors qu’au même moment, le poglavnik Pavelic à la tête de son état SS croate remplissait des paniers avec des yeux de résistants comme le raconte Malaparte dans Kaputt. Et ne parlons pas de la division SS Bosna qui concilia sans trop de problème le paganisme de la race des seigneurs à l’islamisme militant. À ce propos, on ne s’amusera jamais assez de l’ironie historique qui fait de pas mal de nos pro-bosniaques béats d’hier, supporter d’Izetbegovic, dont Le manifeste islamique était pourtant clair, les sourcilleux atlantistes islamophobes d’aujourd’hui. Tout cela au nom de la vieille passion anticommuniste qui a voulu voir en Milosevic une survivance de la Yougoslavie autogestionnaire de Tito alors qu’il n’était qu’un roitelet aussi absurdement nationaliste que ses voisins mais, pendant un temps, beaucoup mieux armé.

Un peuple toujours rétif aux nouveaux ordres mondiaux

Buisson, qui ne confond pas les peuples et les gouvernements, les pays légaux et les pays réels, a donc écrit ce Roman de Belgrade comme un Baedeker stylé, précis, élégant, un Baedeker qui serait aussi une machine à remonter le temps pour rafraîchir les mémoires qui flanchent à la vitesse d’une décennie : sur les bords de la Save, en 1999, les bombes de l’Otan tombaient dru et c’était la première fois depuis 1945 qu’une grande capitale européenne subissait un tel sort.

Pour Belgrade, l’histoire se répétait et pas comme farce, mais toujours et encore comme tragédie, le Belgradois entretenant avec la fatalité des relations très intimes. Ces bombardements s’inscrivaient en effet dans une suite obsidionale vécue par un peuple décidément rétif aux nouveaux ordres mondiaux : de l’Ottoman à l’Otan, the same old story, avec juste une syllabe en moins. Belgrade, si vous voulez, c’est le syndrome Alamo : ouverture du feu en position défavorable, tous les cent ans en moyenne, contre des ennemis nettement supérieurs en nombre.

Une ville douée pour le bonheur, francophile en prime

Quand il se promène dans la Belgrade d’aujourd’hui, où les stigmates de 1999 sont laissés visibles volontairement, Buisson ne peut se défendre d’une certaine ironie amère. Voilà une ville douée pour le bonheur et la fête comme dans un film de Kusturica, une ville où les chats noirs et les chats blancs savent danser ensemble au rythme des cuivres obsédants, une ville qui, malgré ou grâce à ses voisins encombrants comme l’Autriche-Hongrie, a toujours été francophile. Mais une ville, aussi, où l’on croise des passants qui lors de ces fameux bombardements de 99, trouvaient que de la part des Américains, c’était logique ; de la part des Allemands, c’était habituel mais que cela demeurait incompréhensible de la part des Français.

Alors, c’est un peu comme si Buisson vivait un remake de Nous nous sommes tant aimés à l’échelle d’un siècle car son Roman de Belgrade raconte aussi, en creux, l’histoire d’une certaine trahison française. Où sont les jours lumineux de 1918, quand l’armée franco-serbe de Franchet d’Esperey libéra la ville après une promenade épique dans les Balkans depuis la tête de pont de Salonique ? La douceur de vivre de Belgrade, typique des villes qui savent que la paix n’est qu’un instant de répit entre deux guerres est une manière de répondre avec la courtoisie du monde d’avant. Une autre réponse est fournie par ce grand « ? », ce point d’interrogation qui est aussi le nom du plus vieux café belgradois…

Le roman de Belgrade

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Paranoïa juive et schizophrénie arabe

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Istanbul
Istanbul, au cœur de l'affaire de la flottille.
Istanbul
Istanbul, au cœur de l'affaire de la flottille.

Ce devrait être une croisière, ce fut une tragédie, fidèle à la loi première de la tragédie : l’imprévu règne sur les destins. Les militants turcs savaient pertinemment qu’ils n’allaient pas à la promenade mais au barouf, qu’ils risquaient de prendre des gnons. Une belle empoignade avec l’ennemi, pas une boucherie. S’ils avaient su, ils ne seraient pas venus. Israël avait prévu une bataille de rue avec des manifestants déterminés, pas des tentatives de lynchage et de prises d’otages. S’il avait su, il ne serait pas venu.

Chez Corneille, deux frères Horace sont tués au combat mais Rome, « unique objet de mon ressentiment », ramasse la mise. Ici, neuf Turcs sont enterrés et leur patrie triomphe. Le Hamas fête aussi sa victoire sur l’unique objet de son ressentiment.

[access capability= »lire_inedits »]Israël, qui a perdu dans les grandes largeurs, se défend : « On ne pouvait pas faire autrement. » Sûr qu’ils sont tombés les pieds joints dans le piège, sûr qu’ils ont été acculés, qu’ils ont été obligés de tirer pour sauver leurs camarades du kidnapping ou du lynchage : mais s’il y avait ce risque, il ne fallait pas y aller et laisser tranquillement les bateaux entrer dans Gaza comme le faisait souvent le précédent gouvernement d’Ehoud Olmert sans que le ciel lui soit tombé sur la tête. Cette fois, c’est Nétanyahou, c’est Barak qui sont tombés sur la tête.

Reste qu’il faut toujours comprendre les gens. Chez les juifs, spécialement européens, quand vous cherchez l’erreur, ne vous fatiguez pas. L’erreur, c’est la Shoah. Les cinquantenaires aux commandes en Israël, enfants, petits-enfants de la fumée et du gaz, n’ont qu’une seule obsession : la force, celle qui dissuade le Gentil de vous embarquer dans un train. Tout le reste n’est que littérature. Ce que j’en pense et ce que vous en pensez, finalement, ils s’en torchent. Nous avons couru à leur secours lorsqu’il aurait fallu ? Non, alors vous repasserez. Vous envoyez vos poitrines face au milliard de haines qui les encercle ? Non, alors bien le bonjour. On appelle ça de l’autisme, docteur ? Ne leur en parlez pas, c’est eux qui ont inventé la maladie. Ça se soigne ? Je crois que oui. Un médecin ? Le voici, il s’appelle Recep Erdogan, le chef du gouvernement turc.

Erdogan plus populaire que Ben Laden et Ahmadinejad

C’est un islamiste, ni pur, ni dur mais authentique islamiste quand même. Depuis près d’un siècle, un seul homme, ou ses clones, régnait sur la Turquie. Pour Ataturk, extirper l’islam était la condition de l’entrée dans la modernité. Il s’est trompé. La Turquie s’est développée mais est restée musulmane. En prenant la succession, une bonne décennie après l’évaporation du communisme, il a cherché à adhérer à l’Europe, comme l’aurait fait son prédécesseur, mais aussi à réintégrer le monde islamique, pour en prendre peut-être la tête comme son ancêtre le khalife d’Istanbul qui régnait sur tout le sud de la Méditerranée et au-delà, jusqu’à Bassorah. La flottille pour Gaza ne se décrypte pas sans cette grille.

L’islam est porté par une cause et une seule : la Palestine. Problème : la Turquie comptait parmi les plus sûrs alliés militaires d’Israël. Pour accomplir son dessein, Erdogan n’avait pas le choix : le renversement d’alliance s’imposait. Discours après discours, incident diplomatique après incident diplomatique, il a fait comprendre son intention. La rue arabe tendait l’oreille mais il n’y voyait à juste titre que des « Tu causes, tu causes… ». Pour convaincre de sa sincérité, il lui fallait changer de registre, mettre les mains dans le cambouis, mais sans les salir. Exercice de haute voltige. Il y a réussi, bravo. La flottille ? Des humanitaires pacifistes. Le chargement ? Des sacs de riz. Les militants ? Certains étaient probablement un peu énervés, sans plus, et ils n’ont pas tiré un coup de feu. Il est inattaquable. Le lendemain, à Jérusalem, à Alexandrie et partout, la rue arabe brandissait le drapeau turc et acclamait le nouveau héros. Pour deux sous, il a effacé les images de Ben Laden et d’Ahmadinejad. Il est la voix du monde arabe. Depuis les plus prestigieux khalifes, la Turquie n’avait jamais connu ce triomphe.

Avec un ennemi comme la Turquie, Israël n’a pas besoin d’allié

On le sait : la guerre au Proche-Orient, c’est la guerre de mille ans. J’ai dernièrement croisé un confrère irlandais de l’Irish Times, vétéran des champs de bataille arabes avec qui j’ai travaillé à Bagdad, Beyrouth, Jérusalem. Quarante ans sous le harnais. Moi : « Alors Ian, quand ça va finir cette histoire ? » « Tu sais, a t-il marmonné, chez nous, en Irlande, ça a commencé au XIIIe siècle et c’est pas complètement réglé. »

La paranoïa juive n’explique pas tout, loin de là. La schizophrénie arabe remplit une bonne moitié du verre. Il faut chercher à la loupe l’Arabe prêt à reconnaître la légitimité d’Israël. C’est une entreprise coloniale destinée à disparaître comme toutes les colonies : on n’en sort pas. Israël le sait. Il ne fera jamais confiance à ses voisins. Erdogan échappe au syndrome. Il n’est pas arabe, il a compris ce qu’était la bizarrerie sioniste, aucun doute, il est disposé à traiter sans arrière-pensées et à remettre en route le voisinage fécond. S’il devenait le porte-parole de l’ennemi, les juifs transigeraient.

Les Arabes se cramponnent depuis toujours à un seul principe : le tout-violence. Il les a menés à collectionner les nakbas, les « catas ». Erdogan bouleverse la donne. Il connaît la peur israélienne, il s’amène les mains nues, en tendant sa poitrine. Jamais personne n’avait donné aux Arabes une plus belle leçon de bon sens. Face à Tsahal, ni les bombes ni les pierres. La poitrine. Avec l’aide de quelques mamies américaines propalestiniennes (des Epstein, des Berlin, des Chomsky), Erdogan a inventé une arme imparable pour débloquer Gaza (il serait temps) : le bateau humanitaire. Allez résister à dix Mavi-Marmara par mois.

Haaretz, le journal de la gauche de Tel-Aviv, a proposé une solution simple. Fermons définitivement la frontière avec Gaza et mettons fin au blocus maritime. Surveillons les bateaux suspects mais ne soyons pas chinois : les armes passent et passeront toujours. C’est un début.

En se donnant Erdogan pour ennemi numéro un, Israël a tout à gagner. Pour la première fois, il tombe sur un interlocuteur sérieux. Les Arabes sortent de leur impasse. La Turquie donne un visage démocratique à l’islam. L’Occident s’enlève cette épine du pied. Que demande le peuple ?[/access]

Mondial : la Corée du Nord a déjà gagné!

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Corée

Corée

On vous a déjà parlé ici du glorieux team nord-coréen (et il n’est pas exclu qu’on vous en reparle régulièrement). Certes il a du s’incliner d’un petit point hier soir face au Brésil. Mais qu’importent les scores: la victoire politique est déjà en poche. Ainsi dans les millions de débits de boissons de la planète qui ont choisi de se redécorer aux couleurs du Mondial, on a vu fleurir partout des drapeaux de la RDPC, spectacle trop rare ces soixante dernières années. Victoire ultime, grâce à la disposition des fanions par ordre alphabétique, l’étendard de la Corée du Nord est placé avant celui de la Corée du Sud, comme nous le prouve ce cliché transmis par notre correspondant permanent à Saint-Germain-des-Près. Quant aux rencontres à venir, les Nord-Coréens sont confiants, comme nous l’a indiqué leur entraineur lors d’une conférence de presse donnée à leur hôtel, une pension de famille dans la banlieue de Soweto.

Le saucisson est-il anticonstitutionnel ?

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Saucisson

Saucisson

Je ne connais pas les groupes qui ont appelé vendredi à un « apéro saucisson et pinard » dans le quartier de la Goutte d’or, et je ne doute pas que parmi eux se trouvent des gens avec qui je n’ai aucune envie de festoyer parce qu’ils ont de la France une vision étroitement ethnique, voire raciale. Mais je suis sûr que pas mal d’autres gens, en particulier des habitants du quartier, seraient tentés par ces festivités si on ne nous rabâchait pas depuis quelques jours qu’il s’agit d’une provocation islamophobe d’extrême droite. Cette manifestation qui susciterait l’enthousiasme si elle s’appelait « fête des voisins » et se déroulait à Boboland peut en effet séduire pour des raisons honorables qui n’ont rien à voir avec le racisme et tout avec le souci de neutralité de l’espace public, ce qui est l’exacte définition de la laïcité.

L’alcool, c’est le racisme, sa prohibition la tolérance

Dans les médias, on nous explique avec gourmandise qu’un groupe s’est créé sur Facebook pour appeler à un « apéro géant halal et thé à la menthe ». Voilà en apparence une magnifique réponse du berger à la bergère. Sauf qu’à l’exception de quelques cinglés, personne ne s’offusque parce que quelqu’un ne boit pas d’alcool ou ne mange pas de porc, alors que pratiquer ces deux activités, traditionnelles sinon anodines pour un grand nombre de nos concitoyens, est considéré comme insultant par une autre partie de nos concitoyens. À ma connaissance, aucun élève ne s’est fait casser la figure parce qu’il jeunait pendant le Ramadan. Il faut en conclure que manger du porc est un signe d’intolérance quand ne pas en manger et s’offusquer parce que d’autres en mangent prouve à quel point on aime toutes les cultures. Ou encore que boire est un acte raciste et qu’interdire aux autres de le faire est une manifestation de tolérance.

Oublions, par charité républicaine, l’ânerie proférée par Jean-Luc Mélenchon qui a repéré dans l’affiche appelant au saucissonnage un rappel de l’insigne de la SS : soit l’estimable Jean-Luc avait bu des breuvages que l’islam réprouve, soit il a peur de s’aliéner le vote de musulmans s’estimant stigmatisés par le rejet de cet islam ostentatoire qu’ils affirment pourtant rejeter. Comme j’aime bien Jean-Luc Mélenchon et que je le tiens pour un authentique républicain, je préfère penser qu’il avait, exceptionnellement, forcé un peu sur la bouteille – ou que sa vue baisse. Quant à Bertrand Delanoë, il a vertement condamné les saucissonneurs, rappelant que « l’expression du racisme et de l’intolérance n’avait pas sa place à Paris ». Ceux qui prient dans la rue, empêchant ceux qui ne prient pas de circuler et de picoler, sont évidemment les apôtres de la tolérance et de l’antiracisme. Pour le maire de Paris, le fait que cet apéro-saucisson coïncide avec la date du match Algérie-Angleterre est une circonstance aggravante : peut-être conviendrait-il de mettre en berne tous les drapeaux tricolores qui pourraient apparaître comme autant de provocations si l’Algérie perdait. De ce point de vue, nous devrions être rassurés : si j’en crois mes amis initiés, il y a de fortes chances pour que l’Algérie et la France soient éliminées en même temps. Reste à savoir quels drapeaux nous brûlerons tous ensemble pour manifester notre amour du sport et de la fraternité.

Qui sont les provocateurs ?

À en croire Le Point.fr, « cette manifestation centrée sur la consommation de viande de porc et l’alcool, exclut de fait les participants de confession juive ou musulmane ». J’ignorais que la charia et la halakha étaient devenues des lois de la Républiques et que les Français musulmans et juifs étaient désormais obligés de se conformer aux préceptes de leur religion. On attend avec impatience que la HALDE exige que les bars cessent de servir de l’alcool afin de n’exclure personne – à part les alcooliques, bien sûr.

Ce qui donne envie de hurler dans la présentation de cette affaire d’apéro, c’est que personne ne dit que si provocation il y a – et il y a -, elle répond à une provocation plus grande encore, persistante depuis des mois mais, il est vrai, dûment autorisée par la Préfecture de police : l’organisation de la prière musulmane du vendredi à ciel ouvert, des milliers de fidèles occupant plusieurs rues du quartier. Qu’ils bloquent la circulation est certes fâcheux mais en vérité véniel à côté de l’insulte faite aux mœurs de notre République – et ce serait aussi scandaleux s’il s’agissait d’une autre religion. Il faut d’ailleurs saluer le recteur Dalil Boubakeur qui a appelé les fidèles à venir prier à la Mosquée de Paris – monument éminemment parisien au demeurant et qui témoigne de la présence d’un islam respectueux de la laïcité qui a toute sa place en France.

Apéro interdit, prière autorisée ?

Il ne s’agit pas d’être candide. Les saucissonneurs associés ont certainement des arrière-pensées politiques, et pas des plus ragoûtantes. Mais ce n’est pas en recouvrant le réel d’un voile de bons sentiments qu’on le fera disparaître. Que ces prières publiques soient dénoncées par des gens peu sympathiques voire infréquentables, ne change rien au fait qu’elles sont inacceptables. La France qui a connu une quasi-guerre civile pour sortir le christianisme de l’espace public devrait maintenant accepter que l’islam s’y déploie ? La Préfecture de Police, qui a reçu les organisateurs de cet apéro du 18 juin et ceux du contre-apéro hallal annoncé, a décidé, certainement avec d’excellentes raisons d’ordre public, de tout interdire. Tout sauf, semble-t-il, la prière (à moins que pour calmer le jeu, on ne demande aux prieurs de se faire oublier pour une semaine).

En vrai, peu me chaut que l’on interdise cet apéro auquel je n’irai pas parce qu’on ne boit pas des coups avec n’importe qui. En revanche, j’aimerais savoir ce qu’on attend pour interdire ces prières sur la voie publique. Il faudra surtout expliquer aux Français de tous bords et de toutes origines qu’inquiète l’affirmation d’un islam militant et identitaire, que dans leur pays, on a le droit de prier en public, mais pas de manger du porc. La bonne nouvelle, c’est qu’on pourra jouer à l’antifascisme quand l’extrême droite raflera la mise parce qu’une fois de plus, on lui aura laissé, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, le monopole du réel.

Retraites : le fardeau de l’homme jeune

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Retraite
Faut-il avancer l'âge du départ au cimetière ou celui de la retraite ?

Le débat sur le financement des retraites qui s’éternise dans les médias n’est pas à la hauteur de mes attentes. On avait commencé par évoquer trois leviers pour résoudre le problème du déficit : je n’en vois plus que deux à l’horizon. Seuls l’allongement de la durée du travail et l’augmentation des cotisations restent envisagés  ; l’hypothèse d’une diminution du montant des pensions a disparu des discours dans un soulagement qui semble général. Or, c’est cette solution qui me tentait. Depuis qu’elle est passée aux oubliettes, la question qui ne me passionnait pas m’intéresse encore moins.

Le quatrième âge, très peu pour moi !

Je ne veux pas de retraite, je n’en aurai pas, j’ai pris mes dispositions. Il y a quelques années, j’ai réalisé des travaux de menuiserie dans une maison d’accueil pour personnes du quatrième âge. À l’heure où sonne l’appel du goûter, une armée de morts-vivants se déverse dans les couloirs. En roulant ou en claudiquant, la procession branlante des béquilles et des fauteuils s’avance lentement mais sûrement vers le sucre promis. Aux ordres des infirmières, prononcés sur le ton niais qu’on leur réserve et que je n’employais pas avec mes enfants de deux ans de peur qu’ils ne deviennent des débiles profonds, les vieillards aux silhouettes déformées par les douleurs et les couches s’engouffrent dans les ascenseurs et coupent à tous ceux qui les aperçoivent toute envie de vieillir. En rentrant chez moi, j’ai brûlé fiches de paye et relevés de points pour que l’entrée de toute sorte de mouroirs me soit, faute de moyens, définitivement interdite.

[access capability= »lire_inedits »]Il faut voir ça une fois dans sa vie pour comprendre ce qui nous attend si nous ne faisons rien. Les psychologues vous expliqueront que se faire dessus à votre âge, c’est bien normal, les coiffeurs vous persuaderont que le bleu vous va très bien et les docteurs tenteront de battre des records avec vos organes. D’un bout à l’autre de la chaîne, personne ne pourra être incriminé, chacun n’aura fait que son travail mais vous serez pris au piège, attaché à votre lit s’il le faut. Dément si vous protestez, bien gentil si vous la fermez et que vous avalez votre soupe, hein Monsieur Machin, pas comme hier, Monsieur Machin qui faisait sa mauvaise tête et qui ne voulait pas prendre ses médicaments, c’est pas bien, ça, Monsieur Machin !

Devant un tel spectacle, on réalise qu’il existe une piste novatrice pour résoudre la question des retraites : avancer l’âge du départ au cimetière.

Quand les Indiens d’Amérique se sentaient trop âgés pour suivre le mouvement nomade de la tribu, ils se retiraient avec la nourriture suffisante pour passer un hiver, dressaient leur dernier teepee et souhaitaient bonne route à leur descendance en attendant des retrouvailles dans le monde des esprits. La tradition voulait qu’ils n’alourdissent ni ne retardent la vie du groupe.

Depuis ces pratiques primitives, l’idée de retraite a gagné en confort mais beaucoup perdu en dignité. Aujourd’hui, le droit d’être supporté par les actifs et d’alourdir les charges qui pèsent sur la tribu est devenu si sacré qu’on n’évoque même plus la possibilité de le restreindre.

Pourtant, autour de moi, je vois de plus en plus de jeunes qui tirent la langue pour payer le toit au-dessus de leur tête ou envoyer leurs gosses en vacances et de plus en plus de vieux qui ne savent plus quoi faire de leur pognon. Dans le meilleur des cas, les grands-parents aident leurs enfants : c’est bien, mais est-ce sain ? Les uns sont un peu trop pauvres, peut-être, mais les autres ne sont-ils pas un peu trop riches ?

Je renonce à mes droits, à mes points, à ma pension

Souvent, le fardeau de l’homme jeune est alourdi pour des vieux qui partent en croisière jusqu’à l’écœurement, s’équipent de haute technologie à laquelle ils ne comprennent rien, s’achètent d’innombrables saloperies vues à la télé que la propagande des mercenaires à la solde des marchands de merdes aura réussi à leur fourguer, se payent des voitures neuves et rapides qu’ils ne poussent pas et, pour les veufs et les vieux garçons, des femmes jeunes et russes qu’ils baisent peu. Et il faudrait, pour leur offrir tout ça, que je tranche entre cotiser plus ou plus longtemps ? J’ai choisi de ne pas choisir : je me retire du débat et du système. Je renonce à mes droits, à mes points, à ma pension. Je vivrai tant que mon travail me fera vivre, ça ira très bien comme ça. Ainsi, j’éviterai de finir ma vie en repeignant des volets ou en taillant des rosiers, en jouant aux boules ou en parlant du temps qu’il va faire, coincé entre une grand-mère et des docteurs. Je refuse de surcharger mes jeunes années pour étaler les dernières, diabétique et impuissant devant du miel et des femmes.

Le vieil homme que je serai remerciera peut-être ce jeune qu’il aura été pour avoir compromis toute sortie pas assez honorable, pour l’avoir, en le privant de ses droits à se prolonger au-delà du raisonnable, à l’heure où la volonté flanche, sauvé d’un naufrage. 

Et la solidarité dans tout ça ? Et les autres ?

Je manque un peu de compassion, je dois l’avouer, mais je ne suis pas dans un état très normal. Mon père vient de mourir et, depuis, je marche autour du gouffre que sa disparition a laissé et qu’aucune espèce de bondieuserie ne vient combler. Je me penche parfois au-dessus pour en voir le fond, mais je n’aperçois que le reflet d’un vide intérieur et un absolu non-sens de la vie.

Et il faudrait que je me soucie des vieux qui lui survivent et du financement de leur retraite ? Ce n’est pas le moment. S’ils veulent un peu d’amour, ils n’ont qu’à crever. Et encore, c’est pas gagné !
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Du plomb belge à l’or flamand ?

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Albert II
Albert II. Photo Flickr / Frederic della Faille.
Albert II
Albert II. Photo Flickr / Frederic della Faille.

Finalement, Bart De Wever est un grand poète. Le N-VA, parti autonomiste ou indépendantiste on ne sait plus trop, qui a fait 29% en Flandres et qu’il dirige est devenu la première formation en Flandres après les élections législatives anticipées du 13 juin. Mais, d’après ce qu’il dit, grâce à lui, ce ne sera pas la Yougoslavie ni même la Tchécoslovaquie au bout de mon jardin lillois mais un processus très poétique, très gracquien qui présidera à la disparition de la Belgique : l’évaporation. Il y avait un pays, et hop !, évaporation… Comme ces brumes chères aux romans fantastiques de Jean Ray ou Thomas Owen, aux poésies de Verhaeren ou de Rodenbach célébrant Bruges la morte : elles voilent un paysage, les rues d’une ville et quand elles se lèvent, vous êtes ailleurs. Vraiment ailleurs, parfois. Et même en plain cauchemar qui transformerait comme un rien l’arrondissement BHV en bande de Gaza ou en Srebrenica tendance anguille au vert.

J’aurais donc été très injuste avec le flamand Bart De Wever… C’est vrai, je ne devrais pas me laisser avoir par les mauvaises réputations. Ce n’est pas parce qu’on a un physique de garçon boucher que l’on ne peut pas avoir des grâces éthérées quand on veut mettre à mort une nation. Ce n’est pas au hachoir ou à la feuille qu’a l’intention de travailler Bart De Wever, c’est dans l’extase chlorotique, la vapeur charmante. D’après lui, la Belgique va mourir sans s’en apercevoir, dans l’élégance phtisique des jeunes filles de Fernand Khnopff. Bon, s’il y a ici et là quelques crachats de sang ethnique dus à une quinte de toux xénophobe, on regardera ailleurs.

L’alchimie appliquée à la géopolitique

L’évaporation, pour notre ami Bart, c’est l’alchimie appliquée à la géopolitique. On va passer du plomb belge à l’or flamand par une étape dite confédérale. On aura des voisins mais comme dans les grands ensembles, on se croisera seulement de temps à autre aux réunions de copropriété et comme souvent aux réunions de copropriété, ce sera pour s’engueuler et trouver que le régisseur, euh pardon le Roi des Belges, il coute un peu cher. On boira rapidement un mauvais mousseux pour le bien mal nommé pot de l’amitié en se regardant en chiens de faïence : quel dommage tout de même de devoir encore partager avec ces cons un drapeau, une équipe de foot et une politique étrangère…

Bart De Vewer, en plus, a sérieusement fait reculer l’extrême droite flamande, le Vlams Belang. On va donc lui passer beaucoup de choses, dans les cercles autorisés qui font semblant de ne pas voir que les idées extrémistes ont vraiment gagné quand leurs leaders historiques en sont dépossédés et qu’elles infusent chez ceux qui savent les débarbouiller, leur passer un coup de peigne et leur donner des allures de premier communiant. Peu importe qu’ils disent à peu près la même chose, puisqu’ils y mettent les formes…

En même temps, Bart, avant de faire le poète symboliste, il connaissait bien l’extrême droite: des années de militantisme dans les cercles ultranationalistes, ça aide, surtout ceux de l’université symbole de Louvain qui dut faire scission en 68, après l’établissement de la frontière linguistique. Scission pour cause d’affrontements ethniques, évidemment, les francophones préférant de guerre lasse reconstruire leur propre fac dix bornes plus loin, dans une ville nouvelle.

Oui, Bart, l’extrême droite, c’est toujours un peu sa famille. Le NVA qu’il a créé en 2001 est au Vlams Belang ce que Marine Le Pen est à son père. On de dit plus, chez Bart, comme aux bons temps des rassemblements annuels à Dixmude au pied de la tour de l’Yser : « Crève, Belgique » ou « Les Wallons sont des rats. » mais, avec le sourire, « Evapore toi, Belgique. »

Le PS wallon : pour une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire

Qui est là, pour s’opposer, désormais, à l’homme qui veut étrangler la Belgique avec des gants de velours ? Pas grand monde. L’électorat wallon a de nouveau placé loin en tête, à plus de 30% le parti socialiste d’Elio Di Rupo qui laisse sur place les libéraux et les démocrates chrétiens du CDH. Malgré ses élus corrompus, sa gestion parfois rock’n’roll roll, les électeurs ont fait confiance au PS pour une raison bien simple : ils semblent être les seuls à ne pas avoir peur de Bart de Wever, et, à travers l’élégant Di Rupo, antithèse physique de Bart (la politique, surtout en temps de crise, c’est aussi une question de style et même de corps), à savoir défendre l’idée d’une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire. Ils seront aussi, les socialistes wallons, plus nombreux au parlement que les élus du N-VA et, avec leurs homologues flamands du SpA, forment de loin la première famille politique du pays.

En plus, comme tout ne peut être tout à faire sombre dans ce scrutin, j’aimerais saluer l’exploit du sympathique socialiste Michel Daerden, l’homme qui a fait de l’ivrognerie publique une méthode de gouvernement : il a obtenu un nombre record de voix de préférence : plus de 60 000. La voix de préférence est une spécialité belge, avec les sacs Delvaux et la croquette de crevette, qui consiste à envoyer un « poke » électoral diraient les facebouquistes à une personnalité que vous souhaitez voir jouer un rôle important en plus de sa simple élection.

Tout cela suffira-t-il à empêcher Bart De Wever qui sera le premier politique entendu par un Roi qu’il déteste, de transformer la Flandre en une manière de micro-état égoïste et nationaliste, qui voit le monde avec les yeux d’une société anonyme ?

Les jeux sont ouverts.

Encore une histoire à coucher dehors

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Roselyne Bachelot et Rama Yade
Roselyne Bachelot et Rama Yade.
Roselyne Bachelot et Rama Yade
Roselyne Bachelot et Rama Yade.

Montrée du doigt par tout le Gouvernement, dont sa ministre de tutelle, et une grande majorité de la presse sportive[1. Parmi les minoritaires, on trouve Eugène Saccomano qui n’a pas mâché ces mots dans sa chronique matinale.], mais aussi dès le début par les joueurs de l’équipe de France, Rama Yade s’est donc sentie bien seule après ses propos concernant la cherté de l’hébergement de notre sélection nationale à la coupe du Monde.

Certes la jeune secrétaire d’Etat aux sports, démago en diable, avait négligé le fait que cet hébergement était pris en charge, pour une bonne part, par la FIFA, ainsi que le signalait le vice-président de la Fédération Française de Football Noël Le Graët[2. « Sa réflexion (NDLR de Rama Yade) me surprend. Cela fait six mois qu’on est au courant. La FIFA, qui prend en charge une somme importante de l’hébergement, dresse une liste d’hôtels, celui des Bleus est le plus adapté sportivement »], le reste demeurant à la charge d’une Fédération française de Football excédentaire. Ainsi, le contribuable français ne sera pas concerné par le prix de cette luxueuse hôtellerie.

France/Uruguay : un remake de Louhans/Rodez

Pourtant, il n’est pas certain que l’excellente cote de popularité de Rama Yade subisse une chute dans les prochaines semaines. En l’occurrence, l’attitude des joueurs français ce dimanche risque même de lui donner un coup de pouce supplémentaire. Nos sélectionnés, tout auréolés du superbe match joué contre l’Uruguay vendredi, dont la qualité n’était pas sans rappeler Louhans-Rodez de cette saison tant au niveau technique que collectif, n’ont rien trouvé de mieux que ne point attendre la ministre pour aller visiter un bidonville à quelques encablures de leur lieu de résidence. Il était pourtant prévu que tout ce petit monde inaugure ensemble les installations sportives payées par la Fédé pour les habitants de ce township. De service à la conférence de presse, le défenseur Eric Abidal n’a pas craint d’affirmer que lui et ses coéquipiers ne ressentaient pas « l’envie de rencontrer cette personne ». Cette personne… Curieuse manière de parler de la ministre de tutelle de la sélection dont ils font partie. Les habitants de ce bidonville ont donc eu droit à deux visites successives : celle des footballeurs français lesquels -on est en droit de l’espérer- ne se sont exceptionnellement pas présentés casques à musique sur les oreilles, puis celle de Rama Yade et son sourire habituel, lequel devait trancher avec la mine d’Anelka quelques heures plus tôt.

La courtoisie ? Connais pas ! La reconnaissance non plus.

Méconnaissant donc la courtoisie que l’on doit à un ministre de la République lorsqu’on porte le coq sur sa poitrine, Abidal, et les vingt-deux autres qui l’avaient mandaté, manquent aussi de reconnaissance du ventre. En effet, lorsqu’il a fallu défendre le droit à l’image collectif (DIC), mis en cause par le gouvernement qui suivait là les recommandations de la Cour des Comptes[3. Philippe Séguin qui était encore en vie et n’était pas connu pour détester le football, avait assumé ce rapport.], qui est venu, seule contre tous, défendre ce dispositif si intéressant pour augmenter substantiellement leurs rémunérations[4. Du moins celles des onze joueurs -sur vingt-trois-  qui n’évoluent pas à l’étranger.] ? Madame Yade ! Lorsqu’il a fallu défendre au Parlement la honteuse nouvelle législation libéralisant les paris sportifs en ligne, que réclamaient les clubs et qui permettra à ces derniers de mieux encore les payer, qui était là encore ? Rama Yade, toujours !

Ce qui prouve à la fois que la secrétaire d’Etat n’était certes pas la mieux placée pour en appeler à nos comptes publics mais aussi que les joueurs français ne sont pas plus intelligents dans leurs comportements médiatiques qu’efficaces devant une cage uruguayenne. En voulant, par cette goujaterie, punir Rama Yade, ils se sont comportés comme ses meilleurs agents de communication, lui rendant le beau rôle. Chapeau bas ! On ose espérer que cette manière de jouer contre-productif ne constitue pas une métaphore des deux prochaines prestations de notre sélection, auquel cas ses chances d’atteindre le second tour s’envoleraient à coup sûr. Certains optimistes, ou de fieffés provocateurs comme l’ami Raymond D., préféreront privilégier le fait qu’un esprit de corps a pu ainsi se forger sur le dos de la ministre. Si cela permettait enfin à Anelka de faire des passes à Gourcuff ou à Ribéry d’accepter de jouer côté droit pour la bonne cause, cette goujaterie aurait servi à quelque chose. Mais, franchement, vous y croyez, vous ?

Quand les flottilles s’en sont allées

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Bateaux

Bateaux

Maintenant que les esprits se sont un peu calmés, il est temps de parler des choses sérieuses : le blocus israélo-égyptien sur Gaza instauré il y a environ trois ans. Il faut commencer par rappeler qu’il n’est pas une fin en soi mais le moyen d’atteindre un objectif : ramener Gaza dans le giron de l’Autorité palestinienne soit en changeant le Hamas soit en se débarrassant de lui.

L’amère expérience du sud-Liban

La plus vieille astuce dans le débat sur le conflit israélo-palestinien réside dans le choix du point de départ. Jouons donc cartes sur table : je place le mien en mai/juin 2000, moment de la retraite israélienne du Sud-Liban. Le 16 juin, le secrétaire général de l’ONU déclare qu’Israël a rempli à la lettre les exigences de la résolution 425 (1978), notamment en repliant ses forces derrière la « ligne bleue » et en démantelant l’armée du Sud. Or, malgré cette initiative du gouvernement israélien, le Hezbollah a non seulement continué la lutte armée contre Israël mais il a trouvé sans difficulté un large soutien dans le monde arabo-musulman (et hélas un peu en Occident aussi) pour mener sa politique de guerre, qui va jusqu’à la destruction de l’Etat hébreu. Ceux qui pensaient qu’en répondant aux exigences de la communauté internationale Israël priverait le Hezbollah de légitimité et aurait les mains libres pour agir si la milice chiite l’agressait ont malheureusement eu tort.  

Contrôler les frontières de Gaza

Cette amère expérience, jointe à celle de trois années d’Intifada (2000-2003), était présente dans tous les esprits quand Ariel Sharon a décidé d’évacuer la bande de Gaza. À quoi bon déchirer la société israélienne si on se retrouve en fin de compte avec un deuxième Liban, demandaient ses opposants. Sharon avait d’autres idées, plus larges. Il a compris que la politique de colonisation était dangereuse pour l’avenir d’Israël. Autrement dit, un Premier ministre israélien, un faucon architecte de la colonisation, a compris que les colonies étaient un obstacle majeur à un arrangement durable et non-violent entre Palestiniens et Israéliens. Il est passé aux actes et à la fin de l’été 2005, il n’y avait plus un seul Israélien dans la bande de Gaza. Mais la retraite israélienne n’a pas été complète. Pour des raisons de sécurité – empêcher la libanisation de Gaza – Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, de l’Egypte et de certains pays occidentaux, a gardé le contrôle des frontières. Cette condition a été imposée par Israël non pas pour priver les Palestiniens de l’un des attributs de leur souveraineté nationale, mais parce qu’ils ne pouvaient pas à eux seuls, pas plus que le gouvernement libanais, empêcher un trafic d’armes et la transformation de la bande de Gaza en plateforme de tir des roquettes.

Face à cette politique israélienne – critiquable mais, admettons-le, pas très agressive   – il y avait deux possibilités : reconnaître l’important effort accompli avec l’évacuation des colonies ou épingler Israël pour tout ce qui clochait dans cette initiative, surtout le fait qu’elle était unilatérale et incomplète. L’Egypte, les Etats-Unis et l’Union européenne ont ouvertement choisi la première option et l’Autorité palestinienne les a discrètement suivis. Or la situation s’est rapidement dégradée après la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes de 2006. Le Hamas a décidé d’entrer dans le gouvernement palestinien sans assumer les d’accords signés avec Israël depuis Oslo (1993), c’est-à-dire sans reconnaître l’Etat d’Israël ni – ce qui est beaucoup plus grave – renoncer à la lutte armée.

La surenchère violente du Hamas

Les Américains et les Européens ont été bien embarrassés, et la solution trouvée a démontré l’embarras et la complexité de la situation : aucun contact avec le Hamas ni avec le Premier ministre issu de ce mouvement, tout (argent et contacts officieux) devant passer par les ministres et le président Abbas issus du Fatah.

Cette drôle de cohabitation s’est encore compliquée par la violente surenchère du Hamas. Ne pas renoncer à la lutte armée est une chose, la mettre en œuvre en est une autre. Or, sans tarder, le Hamas a multiplié attentats (notamment contre les points de passage pour faire souffrir la population et embarrasser Israël et ses alliés) et tirs de roquettes et a même pénétré en territoire israélien (donc hors de la bande de Gaza) pour enlever le désormais célèbre Gilad Shalit, en juin 2006.

Pour résumer la situation, non seulement le Hamas a intégré le jeu politique palestinien sans renoncer aux « privilèges » d’un mouvement de libération nationale – i.e. la lutte armée – mais il a accentué la pression militaire sur Israël. Cette politique, précisons-le, a été décidée unilatéralement par le Hamas et non par le gouvernement palestinien et son président, entraînant une situation bancale et fragile jusqu’à juin 2007 : les masques sont alors tombés et la scission entre Ramallah et Gaza a été consommée suite à une mini-guerre civile.

La négociation n’a pas été possible car le Hamas a continué de refuser les conditions posées par un quatuor composé des Etats-Unis, de l’Angleterre, de la Russie et de la France (dirigée Chirac et Villepin). Israël, en concertation avec l’Egypte, l’Autorité palestinienne et certains pays européens, a essayé de mettre en place une politique appuyée sur trois piliers : diplomatique (une coopération étroite avec l’Egypte, concertation avec les EU, les Européens et l’AP), économique et militaire (sous une forme allant de l’assassinat ciblé à l’opération « Plomb durci »).

Mahmoud Abbas contre le blocus et contre sa levée inconditionnelle

L’Autorité palestinienne en était partie prenante, en particulier sur la pression économique. Ainsi il y a quelques jours à peine, après l’affaire de la flottille, un membre d’une délégation palestinienne en déplacement en Turquie, probablement le président Abbas s’exprimant « off », a exprimé la déception de l’AP face à la politique turque à l’égard du Hamas. Selon cette « source officielle », la levée inconditionnelle du blocus de la bande de Gaza ne serait pas une bonne idée. Cette politique, disait-il, renforcerait le Hamas et nuirait à l’AP. Ramallah demande « bien entendu » la levée du blocus, mais à la condition que le Hamas revienne sur son coup d’Etat et accepte la médiation égyptienne pour parvenir à une réconciliation entre les deux factions palestiniennes. Sauf que la Turquie essaie justement de prendre la place de l’Egypte…

Le quatrième pilier de cette stratégie aurait dû être la politique vis-à-vis de l’Autorité palestinienne. Or, sur ce front-là, l’insuccès est patent et risque de faire écrouler tout le reste. Les raisons de cet échec sont nombreuses mais le plus important est la déception de l’électorat israélien : par deux fois Israël s’est retiré (du Liban en 2000 et de Gaza en 2005), et chaque fois il a reçu en retour des roquettes et une menace iranienne dans le dos. D’où l’avènement du gouvernement Netanyahou/Lieberman. Chaque Français indigné doit d’abord se poser une question : comment aurait-il agi s’il avait dû voter en Israël l’an dernier ?

La violence du Hamas mieux acceptée que celle d’Israël

Les autres piliers de la stratégie se sont eux aussi affaiblis considérablement. Bombardement aérien, assassinats, opération de grande envergure, opérations du Mossad : tous ces moyens et d’autres encore étaient sévèrement condamnés tandis qu’en même temps la violence du Hamas trouvait des soutiens en Occident. Les 20.000 islamistes massacrés par Assad en 1982 n’ont pas suscité autant de protestation que les neuf militants tués par Israël. Même les méthodes turques, un peu plus douces que les méthodes syriennes (« seulement » 40 000 Kurdes tués depuis 1984) sont inenvisageables pour Israël.

Dans ces conditions, face à un Hamas qui ne cède pas d’un millimètre, n’accepte pas les conditions a minima du quatuor, continue de tirer des roquettes, des obus de mortier, de perpétrer des attentant et d’envoyer des snipers perturber la vie de l’autre côté de la frontière, la seule arme disponible est la pression économique.

Reste donc la seule question qui vaille : l’efficacité du blocus et plus généralement de cette politique vis-à-vis du Hamas. Si le but est de rendre le Hamas impopulaire à Gaza, qui peut prétendre connaître l’état d’esprit des Gazaouites  vivant sous le joug d’une dictature ? Il est tout aussi impossible d’affirmer que la dureté de leur vie crée un désamour entre le peuple et le gouvernement que de prétendre que la détestation d’un ennemi commun a créé une union nationale. On sait en revanche qu’après l’opération Plomb durci, les tirs de roquettes, s’ils n’ont pas cessé, sont devenus beaucoup plus rare. Y a-t-il un lien de cause à effet entre la violence de l’opération israélienne et la modération de la violence palestinienne depuis ? Combien de temps cela peut durer ? Voilà d’excellentes questions plus importantes encore que la technique d’abordage de la marine israélienne.      
 
Insensible à la souffrance de ses administrés et pratiquant la lutte armée pour l’éradication d’Israël (à laquelle l’OLP a renoncé), le Hamas peut compter sur le soutien systématique des trois quarts des pays membres de l’ONU et d’un nombre croissant d’Occidentaux. Dans ces conditions sa meilleure stratégie est la patience : il lui suffit d’attendre que les opinions publiques arabes et européennes obligent leurs gouvernements à faire pression sur Israël. L’injustice, voyez-vous, n’est pas toujours là où l’on croit…