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Mondial : la Corée du Nord a déjà gagné!

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Corée

On vous a déjà parlé ici du glorieux team nord-coréen (et il n’est pas exclu qu’on vous en reparle régulièrement). Certes il a du s’incliner d’un petit point hier soir face au Brésil. Mais qu’importent les scores: la victoire politique est déjà en poche. Ainsi dans les millions de débits de boissons de la planète qui ont choisi de se redécorer aux couleurs du Mondial, on a vu fleurir partout des drapeaux de la RDPC, spectacle trop rare ces soixante dernières années. Victoire ultime, grâce à la disposition des fanions par ordre alphabétique, l’étendard de la Corée du Nord est placé avant celui de la Corée du Sud, comme nous le prouve ce cliché transmis par notre correspondant permanent à Saint-Germain-des-Près. Quant aux rencontres à venir, les Nord-Coréens sont confiants, comme nous l’a indiqué leur entraineur lors d’une conférence de presse donnée à leur hôtel, une pension de famille dans la banlieue de Soweto.

Le saucisson est-il anticonstitutionnel ?

Saucisson

Je ne connais pas les groupes qui ont appelé vendredi à un « apéro saucisson et pinard » dans le quartier de la Goutte d’or, et je ne doute pas que parmi eux se trouvent des gens avec qui je n’ai aucune envie de festoyer parce qu’ils ont de la France une vision étroitement ethnique, voire raciale. Mais je suis sûr que pas mal d’autres gens, en particulier des habitants du quartier, seraient tentés par ces festivités si on ne nous rabâchait pas depuis quelques jours qu’il s’agit d’une provocation islamophobe d’extrême droite. Cette manifestation qui susciterait l’enthousiasme si elle s’appelait « fête des voisins » et se déroulait à Boboland peut en effet séduire pour des raisons honorables qui n’ont rien à voir avec le racisme et tout avec le souci de neutralité de l’espace public, ce qui est l’exacte définition de la laïcité.

L’alcool, c’est le racisme, sa prohibition la tolérance

Dans les médias, on nous explique avec gourmandise qu’un groupe s’est créé sur Facebook pour appeler à un « apéro géant halal et thé à la menthe ». Voilà en apparence une magnifique réponse du berger à la bergère. Sauf qu’à l’exception de quelques cinglés, personne ne s’offusque parce que quelqu’un ne boit pas d’alcool ou ne mange pas de porc, alors que pratiquer ces deux activités, traditionnelles sinon anodines pour un grand nombre de nos concitoyens, est considéré comme insultant par une autre partie de nos concitoyens. À ma connaissance, aucun élève ne s’est fait casser la figure parce qu’il jeunait pendant le Ramadan. Il faut en conclure que manger du porc est un signe d’intolérance quand ne pas en manger et s’offusquer parce que d’autres en mangent prouve à quel point on aime toutes les cultures. Ou encore que boire est un acte raciste et qu’interdire aux autres de le faire est une manifestation de tolérance.

Oublions, par charité républicaine, l’ânerie proférée par Jean-Luc Mélenchon qui a repéré dans l’affiche appelant au saucissonnage un rappel de l’insigne de la SS : soit l’estimable Jean-Luc avait bu des breuvages que l’islam réprouve, soit il a peur de s’aliéner le vote de musulmans s’estimant stigmatisés par le rejet de cet islam ostentatoire qu’ils affirment pourtant rejeter. Comme j’aime bien Jean-Luc Mélenchon et que je le tiens pour un authentique républicain, je préfère penser qu’il avait, exceptionnellement, forcé un peu sur la bouteille – ou que sa vue baisse. Quant à Bertrand Delanoë, il a vertement condamné les saucissonneurs, rappelant que « l’expression du racisme et de l’intolérance n’avait pas sa place à Paris ». Ceux qui prient dans la rue, empêchant ceux qui ne prient pas de circuler et de picoler, sont évidemment les apôtres de la tolérance et de l’antiracisme. Pour le maire de Paris, le fait que cet apéro-saucisson coïncide avec la date du match Algérie-Angleterre est une circonstance aggravante : peut-être conviendrait-il de mettre en berne tous les drapeaux tricolores qui pourraient apparaître comme autant de provocations si l’Algérie perdait. De ce point de vue, nous devrions être rassurés : si j’en crois mes amis initiés, il y a de fortes chances pour que l’Algérie et la France soient éliminées en même temps. Reste à savoir quels drapeaux nous brûlerons tous ensemble pour manifester notre amour du sport et de la fraternité.

Qui sont les provocateurs ?

À en croire Le Point.fr, « cette manifestation centrée sur la consommation de viande de porc et l’alcool, exclut de fait les participants de confession juive ou musulmane ». J’ignorais que la charia et la halakha étaient devenues des lois de la Républiques et que les Français musulmans et juifs étaient désormais obligés de se conformer aux préceptes de leur religion. On attend avec impatience que la HALDE exige que les bars cessent de servir de l’alcool afin de n’exclure personne – à part les alcooliques, bien sûr.

Ce qui donne envie de hurler dans la présentation de cette affaire d’apéro, c’est que personne ne dit que si provocation il y a – et il y a -, elle répond à une provocation plus grande encore, persistante depuis des mois mais, il est vrai, dûment autorisée par la Préfecture de police : l’organisation de la prière musulmane du vendredi à ciel ouvert, des milliers de fidèles occupant plusieurs rues du quartier. Qu’ils bloquent la circulation est certes fâcheux mais en vérité véniel à côté de l’insulte faite aux mœurs de notre République – et ce serait aussi scandaleux s’il s’agissait d’une autre religion. Il faut d’ailleurs saluer le recteur Dalil Boubakeur qui a appelé les fidèles à venir prier à la Mosquée de Paris – monument éminemment parisien au demeurant et qui témoigne de la présence d’un islam respectueux de la laïcité qui a toute sa place en France.

Apéro interdit, prière autorisée ?

Il ne s’agit pas d’être candide. Les saucissonneurs associés ont certainement des arrière-pensées politiques, et pas des plus ragoûtantes. Mais ce n’est pas en recouvrant le réel d’un voile de bons sentiments qu’on le fera disparaître. Que ces prières publiques soient dénoncées par des gens peu sympathiques voire infréquentables, ne change rien au fait qu’elles sont inacceptables. La France qui a connu une quasi-guerre civile pour sortir le christianisme de l’espace public devrait maintenant accepter que l’islam s’y déploie ? La Préfecture de Police, qui a reçu les organisateurs de cet apéro du 18 juin et ceux du contre-apéro hallal annoncé, a décidé, certainement avec d’excellentes raisons d’ordre public, de tout interdire. Tout sauf, semble-t-il, la prière (à moins que pour calmer le jeu, on ne demande aux prieurs de se faire oublier pour une semaine).

En vrai, peu me chaut que l’on interdise cet apéro auquel je n’irai pas parce qu’on ne boit pas des coups avec n’importe qui. En revanche, j’aimerais savoir ce qu’on attend pour interdire ces prières sur la voie publique. Il faudra surtout expliquer aux Français de tous bords et de toutes origines qu’inquiète l’affirmation d’un islam militant et identitaire, que dans leur pays, on a le droit de prier en public, mais pas de manger du porc. La bonne nouvelle, c’est qu’on pourra jouer à l’antifascisme quand l’extrême droite raflera la mise parce qu’une fois de plus, on lui aura laissé, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, le monopole du réel.

Retraites : le fardeau de l’homme jeune

Retraite
Faut-il avancer l'âge du départ au cimetière ou celui de la retraite ?

Le débat sur le financement des retraites qui s’éternise dans les médias n’est pas à la hauteur de mes attentes. On avait commencé par évoquer trois leviers pour résoudre le problème du déficit : je n’en vois plus que deux à l’horizon. Seuls l’allongement de la durée du travail et l’augmentation des cotisations restent envisagés  ; l’hypothèse d’une diminution du montant des pensions a disparu des discours dans un soulagement qui semble général. Or, c’est cette solution qui me tentait. Depuis qu’elle est passée aux oubliettes, la question qui ne me passionnait pas m’intéresse encore moins.

Le quatrième âge, très peu pour moi !

Je ne veux pas de retraite, je n’en aurai pas, j’ai pris mes dispositions. Il y a quelques années, j’ai réalisé des travaux de menuiserie dans une maison d’accueil pour personnes du quatrième âge. À l’heure où sonne l’appel du goûter, une armée de morts-vivants se déverse dans les couloirs. En roulant ou en claudiquant, la procession branlante des béquilles et des fauteuils s’avance lentement mais sûrement vers le sucre promis. Aux ordres des infirmières, prononcés sur le ton niais qu’on leur réserve et que je n’employais pas avec mes enfants de deux ans de peur qu’ils ne deviennent des débiles profonds, les vieillards aux silhouettes déformées par les douleurs et les couches s’engouffrent dans les ascenseurs et coupent à tous ceux qui les aperçoivent toute envie de vieillir. En rentrant chez moi, j’ai brûlé fiches de paye et relevés de points pour que l’entrée de toute sorte de mouroirs me soit, faute de moyens, définitivement interdite.

[access capability= »lire_inedits »]Il faut voir ça une fois dans sa vie pour comprendre ce qui nous attend si nous ne faisons rien. Les psychologues vous expliqueront que se faire dessus à votre âge, c’est bien normal, les coiffeurs vous persuaderont que le bleu vous va très bien et les docteurs tenteront de battre des records avec vos organes. D’un bout à l’autre de la chaîne, personne ne pourra être incriminé, chacun n’aura fait que son travail mais vous serez pris au piège, attaché à votre lit s’il le faut. Dément si vous protestez, bien gentil si vous la fermez et que vous avalez votre soupe, hein Monsieur Machin, pas comme hier, Monsieur Machin qui faisait sa mauvaise tête et qui ne voulait pas prendre ses médicaments, c’est pas bien, ça, Monsieur Machin !

Devant un tel spectacle, on réalise qu’il existe une piste novatrice pour résoudre la question des retraites : avancer l’âge du départ au cimetière.

Quand les Indiens d’Amérique se sentaient trop âgés pour suivre le mouvement nomade de la tribu, ils se retiraient avec la nourriture suffisante pour passer un hiver, dressaient leur dernier teepee et souhaitaient bonne route à leur descendance en attendant des retrouvailles dans le monde des esprits. La tradition voulait qu’ils n’alourdissent ni ne retardent la vie du groupe.

Depuis ces pratiques primitives, l’idée de retraite a gagné en confort mais beaucoup perdu en dignité. Aujourd’hui, le droit d’être supporté par les actifs et d’alourdir les charges qui pèsent sur la tribu est devenu si sacré qu’on n’évoque même plus la possibilité de le restreindre.

Pourtant, autour de moi, je vois de plus en plus de jeunes qui tirent la langue pour payer le toit au-dessus de leur tête ou envoyer leurs gosses en vacances et de plus en plus de vieux qui ne savent plus quoi faire de leur pognon. Dans le meilleur des cas, les grands-parents aident leurs enfants : c’est bien, mais est-ce sain ? Les uns sont un peu trop pauvres, peut-être, mais les autres ne sont-ils pas un peu trop riches ?

Je renonce à mes droits, à mes points, à ma pension

Souvent, le fardeau de l’homme jeune est alourdi pour des vieux qui partent en croisière jusqu’à l’écœurement, s’équipent de haute technologie à laquelle ils ne comprennent rien, s’achètent d’innombrables saloperies vues à la télé que la propagande des mercenaires à la solde des marchands de merdes aura réussi à leur fourguer, se payent des voitures neuves et rapides qu’ils ne poussent pas et, pour les veufs et les vieux garçons, des femmes jeunes et russes qu’ils baisent peu. Et il faudrait, pour leur offrir tout ça, que je tranche entre cotiser plus ou plus longtemps ? J’ai choisi de ne pas choisir : je me retire du débat et du système. Je renonce à mes droits, à mes points, à ma pension. Je vivrai tant que mon travail me fera vivre, ça ira très bien comme ça. Ainsi, j’éviterai de finir ma vie en repeignant des volets ou en taillant des rosiers, en jouant aux boules ou en parlant du temps qu’il va faire, coincé entre une grand-mère et des docteurs. Je refuse de surcharger mes jeunes années pour étaler les dernières, diabétique et impuissant devant du miel et des femmes.

Le vieil homme que je serai remerciera peut-être ce jeune qu’il aura été pour avoir compromis toute sortie pas assez honorable, pour l’avoir, en le privant de ses droits à se prolonger au-delà du raisonnable, à l’heure où la volonté flanche, sauvé d’un naufrage. 

Et la solidarité dans tout ça ? Et les autres ?

Je manque un peu de compassion, je dois l’avouer, mais je ne suis pas dans un état très normal. Mon père vient de mourir et, depuis, je marche autour du gouffre que sa disparition a laissé et qu’aucune espèce de bondieuserie ne vient combler. Je me penche parfois au-dessus pour en voir le fond, mais je n’aperçois que le reflet d’un vide intérieur et un absolu non-sens de la vie.

Et il faudrait que je me soucie des vieux qui lui survivent et du financement de leur retraite ? Ce n’est pas le moment. S’ils veulent un peu d’amour, ils n’ont qu’à crever. Et encore, c’est pas gagné !
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Du plomb belge à l’or flamand ?

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Albert II
Albert II. Photo Flickr / Frederic della Faille.

Finalement, Bart De Wever est un grand poète. Le N-VA, parti autonomiste ou indépendantiste on ne sait plus trop, qui a fait 29% en Flandres et qu’il dirige est devenu la première formation en Flandres après les élections législatives anticipées du 13 juin. Mais, d’après ce qu’il dit, grâce à lui, ce ne sera pas la Yougoslavie ni même la Tchécoslovaquie au bout de mon jardin lillois mais un processus très poétique, très gracquien qui présidera à la disparition de la Belgique : l’évaporation. Il y avait un pays, et hop !, évaporation… Comme ces brumes chères aux romans fantastiques de Jean Ray ou Thomas Owen, aux poésies de Verhaeren ou de Rodenbach célébrant Bruges la morte : elles voilent un paysage, les rues d’une ville et quand elles se lèvent, vous êtes ailleurs. Vraiment ailleurs, parfois. Et même en plain cauchemar qui transformerait comme un rien l’arrondissement BHV en bande de Gaza ou en Srebrenica tendance anguille au vert.

J’aurais donc été très injuste avec le flamand Bart De Wever… C’est vrai, je ne devrais pas me laisser avoir par les mauvaises réputations. Ce n’est pas parce qu’on a un physique de garçon boucher que l’on ne peut pas avoir des grâces éthérées quand on veut mettre à mort une nation. Ce n’est pas au hachoir ou à la feuille qu’a l’intention de travailler Bart De Wever, c’est dans l’extase chlorotique, la vapeur charmante. D’après lui, la Belgique va mourir sans s’en apercevoir, dans l’élégance phtisique des jeunes filles de Fernand Khnopff. Bon, s’il y a ici et là quelques crachats de sang ethnique dus à une quinte de toux xénophobe, on regardera ailleurs.

L’alchimie appliquée à la géopolitique

L’évaporation, pour notre ami Bart, c’est l’alchimie appliquée à la géopolitique. On va passer du plomb belge à l’or flamand par une étape dite confédérale. On aura des voisins mais comme dans les grands ensembles, on se croisera seulement de temps à autre aux réunions de copropriété et comme souvent aux réunions de copropriété, ce sera pour s’engueuler et trouver que le régisseur, euh pardon le Roi des Belges, il coute un peu cher. On boira rapidement un mauvais mousseux pour le bien mal nommé pot de l’amitié en se regardant en chiens de faïence : quel dommage tout de même de devoir encore partager avec ces cons un drapeau, une équipe de foot et une politique étrangère…

Bart De Vewer, en plus, a sérieusement fait reculer l’extrême droite flamande, le Vlams Belang. On va donc lui passer beaucoup de choses, dans les cercles autorisés qui font semblant de ne pas voir que les idées extrémistes ont vraiment gagné quand leurs leaders historiques en sont dépossédés et qu’elles infusent chez ceux qui savent les débarbouiller, leur passer un coup de peigne et leur donner des allures de premier communiant. Peu importe qu’ils disent à peu près la même chose, puisqu’ils y mettent les formes…

En même temps, Bart, avant de faire le poète symboliste, il connaissait bien l’extrême droite: des années de militantisme dans les cercles ultranationalistes, ça aide, surtout ceux de l’université symbole de Louvain qui dut faire scission en 68, après l’établissement de la frontière linguistique. Scission pour cause d’affrontements ethniques, évidemment, les francophones préférant de guerre lasse reconstruire leur propre fac dix bornes plus loin, dans une ville nouvelle.

Oui, Bart, l’extrême droite, c’est toujours un peu sa famille. Le NVA qu’il a créé en 2001 est au Vlams Belang ce que Marine Le Pen est à son père. On de dit plus, chez Bart, comme aux bons temps des rassemblements annuels à Dixmude au pied de la tour de l’Yser : « Crève, Belgique » ou « Les Wallons sont des rats. » mais, avec le sourire, « Evapore toi, Belgique. »

Le PS wallon : pour une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire

Qui est là, pour s’opposer, désormais, à l’homme qui veut étrangler la Belgique avec des gants de velours ? Pas grand monde. L’électorat wallon a de nouveau placé loin en tête, à plus de 30% le parti socialiste d’Elio Di Rupo qui laisse sur place les libéraux et les démocrates chrétiens du CDH. Malgré ses élus corrompus, sa gestion parfois rock’n’roll roll, les électeurs ont fait confiance au PS pour une raison bien simple : ils semblent être les seuls à ne pas avoir peur de Bart de Wever, et, à travers l’élégant Di Rupo, antithèse physique de Bart (la politique, surtout en temps de crise, c’est aussi une question de style et même de corps), à savoir défendre l’idée d’une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire. Ils seront aussi, les socialistes wallons, plus nombreux au parlement que les élus du N-VA et, avec leurs homologues flamands du SpA, forment de loin la première famille politique du pays.

En plus, comme tout ne peut être tout à faire sombre dans ce scrutin, j’aimerais saluer l’exploit du sympathique socialiste Michel Daerden, l’homme qui a fait de l’ivrognerie publique une méthode de gouvernement : il a obtenu un nombre record de voix de préférence : plus de 60 000. La voix de préférence est une spécialité belge, avec les sacs Delvaux et la croquette de crevette, qui consiste à envoyer un « poke » électoral diraient les facebouquistes à une personnalité que vous souhaitez voir jouer un rôle important en plus de sa simple élection.

Tout cela suffira-t-il à empêcher Bart De Wever qui sera le premier politique entendu par un Roi qu’il déteste, de transformer la Flandre en une manière de micro-état égoïste et nationaliste, qui voit le monde avec les yeux d’une société anonyme ?

Les jeux sont ouverts.

Encore une histoire à coucher dehors

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Roselyne Bachelot et Rama Yade
Roselyne Bachelot et Rama Yade.

Montrée du doigt par tout le Gouvernement, dont sa ministre de tutelle, et une grande majorité de la presse sportive[1. Parmi les minoritaires, on trouve Eugène Saccomano qui n’a pas mâché ces mots dans sa chronique matinale.], mais aussi dès le début par les joueurs de l’équipe de France, Rama Yade s’est donc sentie bien seule après ses propos concernant la cherté de l’hébergement de notre sélection nationale à la coupe du Monde.

Certes la jeune secrétaire d’Etat aux sports, démago en diable, avait négligé le fait que cet hébergement était pris en charge, pour une bonne part, par la FIFA, ainsi que le signalait le vice-président de la Fédération Française de Football Noël Le Graët[2. « Sa réflexion (NDLR de Rama Yade) me surprend. Cela fait six mois qu’on est au courant. La FIFA, qui prend en charge une somme importante de l’hébergement, dresse une liste d’hôtels, celui des Bleus est le plus adapté sportivement »], le reste demeurant à la charge d’une Fédération française de Football excédentaire. Ainsi, le contribuable français ne sera pas concerné par le prix de cette luxueuse hôtellerie.

France/Uruguay : un remake de Louhans/Rodez

Pourtant, il n’est pas certain que l’excellente cote de popularité de Rama Yade subisse une chute dans les prochaines semaines. En l’occurrence, l’attitude des joueurs français ce dimanche risque même de lui donner un coup de pouce supplémentaire. Nos sélectionnés, tout auréolés du superbe match joué contre l’Uruguay vendredi, dont la qualité n’était pas sans rappeler Louhans-Rodez de cette saison tant au niveau technique que collectif, n’ont rien trouvé de mieux que ne point attendre la ministre pour aller visiter un bidonville à quelques encablures de leur lieu de résidence. Il était pourtant prévu que tout ce petit monde inaugure ensemble les installations sportives payées par la Fédé pour les habitants de ce township. De service à la conférence de presse, le défenseur Eric Abidal n’a pas craint d’affirmer que lui et ses coéquipiers ne ressentaient pas « l’envie de rencontrer cette personne ». Cette personne… Curieuse manière de parler de la ministre de tutelle de la sélection dont ils font partie. Les habitants de ce bidonville ont donc eu droit à deux visites successives : celle des footballeurs français lesquels -on est en droit de l’espérer- ne se sont exceptionnellement pas présentés casques à musique sur les oreilles, puis celle de Rama Yade et son sourire habituel, lequel devait trancher avec la mine d’Anelka quelques heures plus tôt.

La courtoisie ? Connais pas ! La reconnaissance non plus.

Méconnaissant donc la courtoisie que l’on doit à un ministre de la République lorsqu’on porte le coq sur sa poitrine, Abidal, et les vingt-deux autres qui l’avaient mandaté, manquent aussi de reconnaissance du ventre. En effet, lorsqu’il a fallu défendre le droit à l’image collectif (DIC), mis en cause par le gouvernement qui suivait là les recommandations de la Cour des Comptes[3. Philippe Séguin qui était encore en vie et n’était pas connu pour détester le football, avait assumé ce rapport.], qui est venu, seule contre tous, défendre ce dispositif si intéressant pour augmenter substantiellement leurs rémunérations[4. Du moins celles des onze joueurs -sur vingt-trois-  qui n’évoluent pas à l’étranger.] ? Madame Yade ! Lorsqu’il a fallu défendre au Parlement la honteuse nouvelle législation libéralisant les paris sportifs en ligne, que réclamaient les clubs et qui permettra à ces derniers de mieux encore les payer, qui était là encore ? Rama Yade, toujours !

Ce qui prouve à la fois que la secrétaire d’Etat n’était certes pas la mieux placée pour en appeler à nos comptes publics mais aussi que les joueurs français ne sont pas plus intelligents dans leurs comportements médiatiques qu’efficaces devant une cage uruguayenne. En voulant, par cette goujaterie, punir Rama Yade, ils se sont comportés comme ses meilleurs agents de communication, lui rendant le beau rôle. Chapeau bas ! On ose espérer que cette manière de jouer contre-productif ne constitue pas une métaphore des deux prochaines prestations de notre sélection, auquel cas ses chances d’atteindre le second tour s’envoleraient à coup sûr. Certains optimistes, ou de fieffés provocateurs comme l’ami Raymond D., préféreront privilégier le fait qu’un esprit de corps a pu ainsi se forger sur le dos de la ministre. Si cela permettait enfin à Anelka de faire des passes à Gourcuff ou à Ribéry d’accepter de jouer côté droit pour la bonne cause, cette goujaterie aurait servi à quelque chose. Mais, franchement, vous y croyez, vous ?

Quand les flottilles s’en sont allées

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Bateaux

Maintenant que les esprits se sont un peu calmés, il est temps de parler des choses sérieuses : le blocus israélo-égyptien sur Gaza instauré il y a environ trois ans. Il faut commencer par rappeler qu’il n’est pas une fin en soi mais le moyen d’atteindre un objectif : ramener Gaza dans le giron de l’Autorité palestinienne soit en changeant le Hamas soit en se débarrassant de lui.

L’amère expérience du sud-Liban

La plus vieille astuce dans le débat sur le conflit israélo-palestinien réside dans le choix du point de départ. Jouons donc cartes sur table : je place le mien en mai/juin 2000, moment de la retraite israélienne du Sud-Liban. Le 16 juin, le secrétaire général de l’ONU déclare qu’Israël a rempli à la lettre les exigences de la résolution 425 (1978), notamment en repliant ses forces derrière la « ligne bleue » et en démantelant l’armée du Sud. Or, malgré cette initiative du gouvernement israélien, le Hezbollah a non seulement continué la lutte armée contre Israël mais il a trouvé sans difficulté un large soutien dans le monde arabo-musulman (et hélas un peu en Occident aussi) pour mener sa politique de guerre, qui va jusqu’à la destruction de l’Etat hébreu. Ceux qui pensaient qu’en répondant aux exigences de la communauté internationale Israël priverait le Hezbollah de légitimité et aurait les mains libres pour agir si la milice chiite l’agressait ont malheureusement eu tort.  

Contrôler les frontières de Gaza

Cette amère expérience, jointe à celle de trois années d’Intifada (2000-2003), était présente dans tous les esprits quand Ariel Sharon a décidé d’évacuer la bande de Gaza. À quoi bon déchirer la société israélienne si on se retrouve en fin de compte avec un deuxième Liban, demandaient ses opposants. Sharon avait d’autres idées, plus larges. Il a compris que la politique de colonisation était dangereuse pour l’avenir d’Israël. Autrement dit, un Premier ministre israélien, un faucon architecte de la colonisation, a compris que les colonies étaient un obstacle majeur à un arrangement durable et non-violent entre Palestiniens et Israéliens. Il est passé aux actes et à la fin de l’été 2005, il n’y avait plus un seul Israélien dans la bande de Gaza. Mais la retraite israélienne n’a pas été complète. Pour des raisons de sécurité – empêcher la libanisation de Gaza – Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, de l’Egypte et de certains pays occidentaux, a gardé le contrôle des frontières. Cette condition a été imposée par Israël non pas pour priver les Palestiniens de l’un des attributs de leur souveraineté nationale, mais parce qu’ils ne pouvaient pas à eux seuls, pas plus que le gouvernement libanais, empêcher un trafic d’armes et la transformation de la bande de Gaza en plateforme de tir des roquettes.

Face à cette politique israélienne – critiquable mais, admettons-le, pas très agressive   – il y avait deux possibilités : reconnaître l’important effort accompli avec l’évacuation des colonies ou épingler Israël pour tout ce qui clochait dans cette initiative, surtout le fait qu’elle était unilatérale et incomplète. L’Egypte, les Etats-Unis et l’Union européenne ont ouvertement choisi la première option et l’Autorité palestinienne les a discrètement suivis. Or la situation s’est rapidement dégradée après la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes de 2006. Le Hamas a décidé d’entrer dans le gouvernement palestinien sans assumer les d’accords signés avec Israël depuis Oslo (1993), c’est-à-dire sans reconnaître l’Etat d’Israël ni – ce qui est beaucoup plus grave – renoncer à la lutte armée.

La surenchère violente du Hamas

Les Américains et les Européens ont été bien embarrassés, et la solution trouvée a démontré l’embarras et la complexité de la situation : aucun contact avec le Hamas ni avec le Premier ministre issu de ce mouvement, tout (argent et contacts officieux) devant passer par les ministres et le président Abbas issus du Fatah.

Cette drôle de cohabitation s’est encore compliquée par la violente surenchère du Hamas. Ne pas renoncer à la lutte armée est une chose, la mettre en œuvre en est une autre. Or, sans tarder, le Hamas a multiplié attentats (notamment contre les points de passage pour faire souffrir la population et embarrasser Israël et ses alliés) et tirs de roquettes et a même pénétré en territoire israélien (donc hors de la bande de Gaza) pour enlever le désormais célèbre Gilad Shalit, en juin 2006.

Pour résumer la situation, non seulement le Hamas a intégré le jeu politique palestinien sans renoncer aux « privilèges » d’un mouvement de libération nationale – i.e. la lutte armée – mais il a accentué la pression militaire sur Israël. Cette politique, précisons-le, a été décidée unilatéralement par le Hamas et non par le gouvernement palestinien et son président, entraînant une situation bancale et fragile jusqu’à juin 2007 : les masques sont alors tombés et la scission entre Ramallah et Gaza a été consommée suite à une mini-guerre civile.

La négociation n’a pas été possible car le Hamas a continué de refuser les conditions posées par un quatuor composé des Etats-Unis, de l’Angleterre, de la Russie et de la France (dirigée Chirac et Villepin). Israël, en concertation avec l’Egypte, l’Autorité palestinienne et certains pays européens, a essayé de mettre en place une politique appuyée sur trois piliers : diplomatique (une coopération étroite avec l’Egypte, concertation avec les EU, les Européens et l’AP), économique et militaire (sous une forme allant de l’assassinat ciblé à l’opération « Plomb durci »).

Mahmoud Abbas contre le blocus et contre sa levée inconditionnelle

L’Autorité palestinienne en était partie prenante, en particulier sur la pression économique. Ainsi il y a quelques jours à peine, après l’affaire de la flottille, un membre d’une délégation palestinienne en déplacement en Turquie, probablement le président Abbas s’exprimant « off », a exprimé la déception de l’AP face à la politique turque à l’égard du Hamas. Selon cette « source officielle », la levée inconditionnelle du blocus de la bande de Gaza ne serait pas une bonne idée. Cette politique, disait-il, renforcerait le Hamas et nuirait à l’AP. Ramallah demande « bien entendu » la levée du blocus, mais à la condition que le Hamas revienne sur son coup d’Etat et accepte la médiation égyptienne pour parvenir à une réconciliation entre les deux factions palestiniennes. Sauf que la Turquie essaie justement de prendre la place de l’Egypte…

Le quatrième pilier de cette stratégie aurait dû être la politique vis-à-vis de l’Autorité palestinienne. Or, sur ce front-là, l’insuccès est patent et risque de faire écrouler tout le reste. Les raisons de cet échec sont nombreuses mais le plus important est la déception de l’électorat israélien : par deux fois Israël s’est retiré (du Liban en 2000 et de Gaza en 2005), et chaque fois il a reçu en retour des roquettes et une menace iranienne dans le dos. D’où l’avènement du gouvernement Netanyahou/Lieberman. Chaque Français indigné doit d’abord se poser une question : comment aurait-il agi s’il avait dû voter en Israël l’an dernier ?

La violence du Hamas mieux acceptée que celle d’Israël

Les autres piliers de la stratégie se sont eux aussi affaiblis considérablement. Bombardement aérien, assassinats, opération de grande envergure, opérations du Mossad : tous ces moyens et d’autres encore étaient sévèrement condamnés tandis qu’en même temps la violence du Hamas trouvait des soutiens en Occident. Les 20.000 islamistes massacrés par Assad en 1982 n’ont pas suscité autant de protestation que les neuf militants tués par Israël. Même les méthodes turques, un peu plus douces que les méthodes syriennes (« seulement » 40 000 Kurdes tués depuis 1984) sont inenvisageables pour Israël.

Dans ces conditions, face à un Hamas qui ne cède pas d’un millimètre, n’accepte pas les conditions a minima du quatuor, continue de tirer des roquettes, des obus de mortier, de perpétrer des attentant et d’envoyer des snipers perturber la vie de l’autre côté de la frontière, la seule arme disponible est la pression économique.

Reste donc la seule question qui vaille : l’efficacité du blocus et plus généralement de cette politique vis-à-vis du Hamas. Si le but est de rendre le Hamas impopulaire à Gaza, qui peut prétendre connaître l’état d’esprit des Gazaouites  vivant sous le joug d’une dictature ? Il est tout aussi impossible d’affirmer que la dureté de leur vie crée un désamour entre le peuple et le gouvernement que de prétendre que la détestation d’un ennemi commun a créé une union nationale. On sait en revanche qu’après l’opération Plomb durci, les tirs de roquettes, s’ils n’ont pas cessé, sont devenus beaucoup plus rare. Y a-t-il un lien de cause à effet entre la violence de l’opération israélienne et la modération de la violence palestinienne depuis ? Combien de temps cela peut durer ? Voilà d’excellentes questions plus importantes encore que la technique d’abordage de la marine israélienne.      
 
Insensible à la souffrance de ses administrés et pratiquant la lutte armée pour l’éradication d’Israël (à laquelle l’OLP a renoncé), le Hamas peut compter sur le soutien systématique des trois quarts des pays membres de l’ONU et d’un nombre croissant d’Occidentaux. Dans ces conditions sa meilleure stratégie est la patience : il lui suffit d’attendre que les opinions publiques arabes et européennes obligent leurs gouvernements à faire pression sur Israël. L’injustice, voyez-vous, n’est pas toujours là où l’on croit…

Pour causer aux djeuns, yaka Waka !

Graff
Quand le Service d'Information du gouvernement veut faire jeune, il n'y va pas par quatre chemins.

Il est bien connu que le « jeune », spécifiquement entre 15 et 25 ans, n’est pas un humain à part entière. Il passe l’essentiel de ses journées à échanger avec ses semblables moult SMS d’une affligeante inutilité, dans un langage cromagnonesque qui est un défi quotidien à l’intelligence la plus exigible. Il s’amuse − dans de grands éclats de rire crétins − de programmes télévisés désolants, que des adultes farceurs fabriquent à son attention avec le cynisme le plus justifié. Ainsi, l’ambition du « jeune » dépasse rarement le pas de la porte de sa chambre tapissée de posters très laids ; et son horizon intellectuel − compte tenu du fait qu’il se rend au « bahut » mais « s’en bat les couilles ! » − ne va souvent pas plus loin que le bout de son nez ravagé par l’acné.

À cela s’ajoute une confuse obsession sexuelle, doublée de la persistance − dans le cerveau du « jeune » − d’une image caricaturale du sexe opposé influencée − sans surprise − par les clips de rap et les films pornos. Bref, le « jeune » est méprisable, certes… mais convient-il de le mépriser ?

C’est la question qu’aurait dû se poser le gouvernement français qui − par l’entremise du Service d’information du gouvernement (SIG) − vient de lancer un insultant site web à destination de la jeunesse − « Waka » − entièrement rédigé en « langage jeune ».

[access capability= »lire_inedits »]« Grave, chaud, fastoche, vite fait ou trop pas ? »

Le SIG a sollicité le groupe de radio Skyrock pour mettre en place − par l’entremise de sa filiale dédiée aux activités numériques − une plateforme de consultation de la jeunesse, appelée « La Grande Consult' ». Thierry Saussez, brillant publicitaire et actuel patron du SIG, le reconnaissait sans ambages : « [Les jeunes] font partie d’un public prioritaire, et il se trouve que c’est celui que l’on touche le moins avec les campagnes de communication traditionnelle… » Il convenait donc d’attaquer cette niche via Internet où, toi, le jeune, tu as élu durablement domicile. La « Grande Consult' » posait, dans un navrant style direct, des questions peaufinées par les équipes du SIG et de Skyrock : « Tu trouves que t’es fort en langues ? » « Les prêts étudiants garantis par l’État, tu connais ? » Pour une génération qui a renoncé à la patronymie pour se contenter de prénoms, le tutoiement s’impose de lui-même.

Près de 186 000 jeunes se sont donc laissés tutoyer par l’État lors de cette « Grande Consult' ». Sur le site web de Skyrock, la marque étatique était presque indécelable… en dehors d’un discret logotype : « Une initiative des pouvoirs publics ». Skyrock, la radio du rap commercial, de l’imaginaire moisi des grosses cylindrées allemandes et des blondasses siliconées ne pouvait que réussir sa mission d’abêtissement de la jeunesse. À la question, crétine en diable : « Si t’avais une baguette magique, tu demanderais quoi ? », 29 % des sondés répondent qu’ils veulent du pognon, contre 24 % la paix dans le monde. Matérialisme de rigueur. Bling-bling de parade. Et la logorrhée jeuniste se poursuit dans cet autre sondage : « T’as habité en résidence étudiante, c’est pratique ? » Réponses proposées, sans la moindre honte : « Grave, chaud, fastoche, vite fait, trop pas ».

« Exprime-toi pour que ça bouge ! »

Quelques semaines plus tard, forts du succès de la « Grande Consult' », le SIG et Skyrock lançaient conjointement le site Waka (signifiant « canoë » en langage maori, ce qui est franchement trop sympa comme symbolique pour des jeunes « naviguant dans l’océan déchaîné de la vie… ») Marc-Philippe Daubresse, ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives, a reconnu, sur le site du Monde, que cet amusant joujou allait coûter au moins 2 millions d’euros… Il n’en a pas moins défini le projet en ces termes enthousiastes : « On part des besoins du jeune et de son profil en fonction des sondages auxquels il répond ; il dispose alors d’une palette de mesures de politiques publiques… » Mais le ministre va au-delà de ces promesses marketing insipides : il se réjouit que l’on s’adresse au jeune dans un « langage accessible »… C’est-à-dire, certainement, dénaturé ? Truffé de fautes de syntaxe ? Perlé de violations grammaticales ?

Sur Waka, le langage est mieux qu’accessible : libéré. « Exprime-toi pour que ça bouge ! » « Internet au bahut, tu t’en sers pour quoi ? » « La conduite accompagnée, ça te chauffe ? » Oui, cette grotesque affaire commence largement à me chauffer les oreilles…

Allez, mec, sur Waka, « lâche ton com’ ! » et surtout… pas de politique entre nous ! Pas une question directe sur l’action de Nicolas Sarkozy. « Grave ? » ou « Trop pas ? ». Au final, fallait-il vraiment mépriser cette jeunesse que j’évoquais au début ? Apparemment, certains jeunes ont conservé des yeux pour lire et un cerveau pour comprendre. « Avant, je me demandais si on prenait vraiment les jeunes pour des cons. Maintenant, je sais » (Moncu, 18 ans). « Une gesticulation du gouvernement de plus pour continuer à attirer l’attention sur autre chose que sur les vrais problèmes » (Malari, 23 ans). Et si le nez ravagé d’acné du « jeune » était quand même en mesure de sentir l’arnaque politique à 500 mètres ?[/access]

Affaire Al Doura-Enderlin, suite mais pas fin…

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L’info n’aura fait ni les gros titres des JT de France2, ni de ceux de Canal. Déclenchée il y a dix ans avec la diffusion le 30 septembre 2000 par France 2 d’un reportage de Charles Enderlin – semblant montrer la mort d’un enfant palestinien dans les bras de son père – « l’affaire Al Doura » vient de connaître un rebondissement important : Canal + vient d’être condamné pour diffamation à l’encontre de Philippe Karsenty pour le reportage que la chaîne a diffusé le 24 avril 2008. Il s’agit d’un documentaire réalisé par la société TAC PRESSE mettant en parallèle les révisionnistes des attentats du 11 septembre et ceux qui s’opposent à France2 et Charles Enderlin dans le cadre de l’affaire al Doura et notamment Philippe Karsenty. Ce dernier a été présenté par Stéphane Malterre, l’auteur du film, comme chef de file de la « croisade » conte Charles Enderlin, visant à le dénigrer et nuire à sa carrière, dans le cadre d’un mouvement d’opinion extrémiste et radical.

Selon la cour, Stéphane Malterre était en possession de tous les éléments ayant suscité, au niveau international, le doute sur la réalité de la scène de la mort de Mohamed al Doura, mais il ne les a même pas évoqués dans son reportage. « Dans ces conditions, concluent les juges, au regard du choix du sujet en cause pour illustrer le propos de l’émission et du traitement de celui-ci, la légitimité du but poursuivi n’est pas établie et, en tout état de cause, les défendeurs [Canal + et TAC PRESSE] ne justifient pas de la fiabilité de l’enquête nécessaire à l’admission du fait justificatif de la bonne foi. En conséquence, Philippe Karsenty est recevable et bien fondé en son action. »

Le prochain rendez-vous dans l’affaire est la décision de la cour de Cassation: condamné en correctionnelle pour diffamation contre Charles Enderlin et France2, Karsenty a été relaxé le 21 mai 2008 par la cour d’appel. Suite à ce résultat, Charles Enderlin France2 s’étaient pourvus en cassation.

Un jeudi à l’Assemblée

Tartiflette
Jeudi, c'est tartiflette

Qu’on ne compte pas sur moi pour pratiquer l’anti-parlementarisme primaire. Néanmoins, jeudi, j’ai eu un doute. Pour les béotiens, l’Assemblée nationale est ouverte tous les jours. Mais un député qui veut maximiser son crédit politique et travailler sa visibilité pour se faire réélire vient surtout le mardi et le mercredi, les deux jours des questions au gouvernement : retransmises sur France 3, on y assiste à des assauts de flagornerie de la part de la majorité et à des interventions piquantes venues de l’opposition, auxquelles ne répond que très rarement le Premier ministre qui a autre chose à faire.

Mardi et mercredi, à l’Assemblée, c’est la fête au village

Cela dit, quand une loi un peu compliquée, ou bien susceptible de valoir un sujet d’une minute quinze au 20 heures, se présente devant l’Assemblée, le député peut imaginer rester un peu plus longtemps que ces deux seuls jours. Evidemment, je caricature : chacun sait que le député travaille, en commission, loin des caméras, fait un travail de fond, souterrain, silencieux. Et si ça se trouve, préfère rester discret et fuir la presse, donc les bancs, donc les Quatre Colonnes, cet endroit où se mélangent à la sortie de l’hémicycle les journalistes et les députés. La plus belle usine à petites phrases et à langue de bois de France – et accessoirement à blagues et à rumeurs, faut bien le reconnaître.

Donc, le mardi et mercredi, c’est la fête au village. Les conférences de presse sont pleines de journalistes de télé d’info continue ou de radios, de retraités, de gratte-papier de la grande presse politique, d’intrigants, de filles perdues. Mercredi, 17 heures, rideau. L’Assemblée retrouve son calme. Presque tu te sens à la maison.

Pour autant, n’allez pas croire qu’il n’y a pas de textes à l’ordre du jour. Tiens, jeudi on causait régulation financière et bancaire. Pas un petit texte. Promis par le président de la République lors de son discours de Toulon sur la finance, il ne s’agissait ni plus ni moins que de donner au politique les moyens d’arrêter les conneries des banques et des agences de notation, qui ont, disons-le, pourri la situation économique mondiale. Sous le regard bienveillant, ou ébloui, des élus, faut bien le dire. Bref, bref, le texte arrive. Tambours, trompettes : on allait voir ce qu’on allait voir. Limiter les bonus des traders, serrer les banques, contrôler les risques, interdire les ventes à découvert (comme les Allemands viennent de le faire sans barguigner).

Régulation financière : 4 députés à gauche, 0 à droite

Ben, jeudi, j’y étais. Dès l’ouverture. Je suis d’un naturel hargneux ou malade. C’est selon. Et bien, j’ai vu. D’un côté, la loi sur la finance. Pendant la discussion générale du texte le matin (en fait, là où on ne risque pas grand-chose, ni vote, ni surprise de dernier moment, ni coup de théâtre, là où on permet seulement aux orateurs de causer pendant leurs 20 minutes réglementaires), j’ai compté : avant midi, 4 députés de gauche en séance avec le président de la Commission des finances, le socialiste Jérôme Cahuzac. À droite, personne dans les travées. Si ce n’est le rapporteur du texte, le président de séance, la ministre de l’Economie. Ceux qui sont obligés, quoi, auxquels on ajoutera en tribune votre serviteur ainsi qu’une palanquée de chargés de mission de Bercy, le teint cireux, l’œil cerné, la main fébrile sur la liasse d’amendements à passer dans le bon ordre à leur cheffe.

Alors, outre que le texte était présenté comme fondamental, rapport que l’économie mondiale part en capilotade, il y a un autre truc qui aurait justifié un poil plus de monde dans les lieux : la réforme du Parlement, celle adoptée dans la foulée de la Constitution en 2008. Les députés allaient avoir plus de possibilité d’expression, de proposition, plus de moyens d’imposer leurs idées, leurs textes. Fini les godillots qui votent des deux mains ce que le gouvernement leur amène. Déjà, on avait des doutes. Jeudi, ils ont été balayés. Je veux bien que tout le monde ait à faire en circonscription : après les régionales, notamment à droite, on a senti un repli stratégique brutal sur les bases, la réélection c’est dans deux ans. Mais en vrai, ce n’est pas que ce noble motif qui pousse à cette désertion.

Jeudi, un événement d’une haute importance se tenait à deux pas de l’hémicycle et de ses débats sur la finance mondiale : on fêtait chez le président de l’Assemblée, mais néanmoins savoyard, Bernard Accoyer, les 150 ans du rattachement de la Savoie à la France, avec force Apremont et tomme au lait cru, on imagine. Alors tes CDS, tes ventes à découvert, tes comités de déontologie, tes agences de notation, à côté de la tartiflette géante de la Questure… On va encore dire que j’ai mauvais esprit. Sinon, le texte a été adopté à 23 h 57, jeudi soir.

Indignation disproportionnée

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Flottille

Comme toujours, on nous l’a joué à l’estomac. Des militants pacifistes, une population mourant de faim, une armée inhumaine. La lutte de David contre Goliath sans cesse recommencée – avec, circonstance aggravante, l’Etat juif dans le rôle de Goliath. Il a fallu reprendre son souffle pour ne céder ni à l’envie d’être dans le bon camp, ni à la tentation de se réfugier dans une confortable posture victimaire – « Ils ne nous aiment pas ». Il a fallu essayer de comprendre la partie sophistiquée qui se jouait derrière la belle histoire simple que narraient les médias du monde entier. À l’heure où nous bouclons, on en est encore loin. Une seule certitude partagée par tous les contributeurs de notre dossier, les uns pour le déplorer, l’autre − notre ami Rony Brauman − pour s’en féliciter : le Hamas et son parrain turc ont gagné la guerre des mots et des images. Celle qui compte. Au moins cette affaire aura-t-elle permis à la presse mondiale d’enrichir son vocabulaire, ainsi que l’observe drôlement François Miclo.

[access capability= »lire_inedits »]On a beaucoup parlé, à propos de cette flottille prétendument humanitaire, de la riposte disproportionnée d’Israël. Ce qui est disproportionné, en l’occurrence, c’est le déchaînement de haine anti-israélienne − et quand je dis anti-israélienne, je suis polie : pour la première fois, certains auteurs de messages antijuifs n’ont même pas pris la peine de se planquer derrière un pseudo. Trois jours d’indignation planétaire, des « unes » plus accablantes les unes que les autres pour l’Etat-pirate, des manifestations dans toutes les grandes villes de France, dont une à Strasbourg, qui a tenté de marcher sur la synagogue. Le réseau de cinémas – d’art et essai, donc subventionnés – Utopia décide courageusement de déprogrammer un film israélien dépourvu de tout contenu politique car « les cinéastes qui travaillent avec des fonds israéliens cautionnent, dans un sens, la politique de leur pays ». Soucieux de participer à l’édification des masses en dévoilant la barbarie israélienne, Utopia diffusera à la place un documentaire consacré à Rachel Corrie, pacifiste américaine de 22 ans, écrasée par un bulldozer israélien dans la bande de Gaza en 2003. Roland Dumas annonce des « Brigades internationales » contre Israël, un ministre turc explique que, pour son pays, c’est l’équivalent d’un 11-Septembre, Haaretz nous fait le coup d’Exodus – comme quoi la sottise bien-pensante est parfaitement mondialisée. Sans oublier, selon l’heureuse expression de Patrick Anidjar, « les experts en prise-d’assaut-de-flottille-humanitaire-en-zone-maritime-internationale, particulièrement nombreux et volubiles ». Le moins qu’on puisse dire c’est que les victimes d’Israël pèsent d’un poids très particulier dans la conscience mondiale.

Pacifistes armés de haches et de couteaux

On ne minimisera pas la gravité de l’affaire : neuf hommes sont morts. Et c’est effroyable même si ces pacifistes armés de haches et de couteaux étaient des combattants dans la guerre idéologique et médiatique – combat immédiatement récompensé par le titre de shahid, c’est-à-dire de martyrs. Osera-t-on rappeler que les raids de l’OTAN en Afghanistan font chaque semaine plus de dix morts civils ? Que l’armée turque a tué, il y a quelques jours, six militants kurdes ? Que le Hamas a liquidé plus d’une centaine de dirigeants du Fatah lorsqu’il a pris le contrôle de la bande de Gaza ? Y a-t-il eu des manifs quand des soldats israéliens ont été lynchés à Ramallah devant une foule en liesse ? Où étaient les grandes consciences ? Où étaient les donneurs de leçons ?

On me dira qu’envoyer l’armée contre une opération humanitaire est moralement inacceptable. Sauf que, si le but réel de l’opération était humanitaire, Free Gaza aurait accepté l’offre israélienne de transporter sa cargaison par la route. Affichage ostensiblement religieux avec chants islamistes et guerriers en prime, objectifs évidemment politique : l’opération « Flottille pour Gaza » est en rupture complète avec l’éthique des grandes boutiques humanitaires. Peut-être faut-il parler, à l’instar de Cyril Bennasar, d’opération « oummanitaire ». De fait, on ne comprend rien à toute cette affaire si on oublie que la Turquie se verrait bien en leader du monde musulman et doit, pour cela, faire oublier son alliance avec les juifs. Maintenant qu’il est passé dans le camp de leurs ennemis, peut-être Erdogan sera-t-il le fameux partenaire dont les Israéliens affirment avec constance –et, souvent une sacrée dose de mauvaise foi – qu’il n’existe pas.

Le monde entier solidaire du Hamas

En attendant, bien au-delà des habituels syndicats norvégiens et autres prix Nobel qui dénoncent avec gourmandise les « nouveaux camps de concentration » sous férule israélienne, le monde entier est solidaire du Hamas, dont l’objectif proclamé est d’instaurer la charia et de détruire son voisin. Rappelons que ce sympathique parti humanitaire est en guerre contre Israël, qu’il dispose de roquettes permettant d’atteindre Ashkelon et que le blocus lui a été imposé par Israël et l’Egypte avec l’approbation du Quartet (Etats-Unis, Russie, France, ONU) tant qu’il ne satisfera pas à des exigences minimales – reconnaissance d’Israël, renoncement à la lutte armée, acceptation des accords d’Oslo. Rappelons également qu’Israël a proposé de le desserrer en échange de la libération de l’otage Gilad Shalit. Non seulement, le Hamas n’a pas fait un pas mais, à l’évidence, fort du soutien d’une opinion mondiale chauffée à blanc, il va obtenir la levée du blocus. Au demeurant, c’est sans doute une bonne nouvelle, dès lors que ce blocus est politiquement désastreux et militairement intenable.

Reste que la détestation d’Israël semble interdire toute réflexion. Dans cette atmosphère survoltée, on a envie d’appeler tout le monde à la responsabilité, de rappeler aux amis des Palestiniens, à Cécile Duflot, à Olivier Besancenot, qu’on peut manifester pour toutes sortes de causes, mais pas avec n’importe qui, et qu’on peut dire beaucoup de choses mais pas avec n’importe quels mots. Quelles que soient les fautes voire les crimes des Israéliens, il faut rappeler que, pour une bonne part, leurs ennemis sont les nôtres. Les nôtres, à nous Français et Occidentaux.[/access]

Mondial : la Corée du Nord a déjà gagné!

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Corée

Corée

On vous a déjà parlé ici du glorieux team nord-coréen (et il n’est pas exclu qu’on vous en reparle régulièrement). Certes il a du s’incliner d’un petit point hier soir face au Brésil. Mais qu’importent les scores: la victoire politique est déjà en poche. Ainsi dans les millions de débits de boissons de la planète qui ont choisi de se redécorer aux couleurs du Mondial, on a vu fleurir partout des drapeaux de la RDPC, spectacle trop rare ces soixante dernières années. Victoire ultime, grâce à la disposition des fanions par ordre alphabétique, l’étendard de la Corée du Nord est placé avant celui de la Corée du Sud, comme nous le prouve ce cliché transmis par notre correspondant permanent à Saint-Germain-des-Près. Quant aux rencontres à venir, les Nord-Coréens sont confiants, comme nous l’a indiqué leur entraineur lors d’une conférence de presse donnée à leur hôtel, une pension de famille dans la banlieue de Soweto.

Le saucisson est-il anticonstitutionnel ?

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Saucisson

Saucisson

Je ne connais pas les groupes qui ont appelé vendredi à un « apéro saucisson et pinard » dans le quartier de la Goutte d’or, et je ne doute pas que parmi eux se trouvent des gens avec qui je n’ai aucune envie de festoyer parce qu’ils ont de la France une vision étroitement ethnique, voire raciale. Mais je suis sûr que pas mal d’autres gens, en particulier des habitants du quartier, seraient tentés par ces festivités si on ne nous rabâchait pas depuis quelques jours qu’il s’agit d’une provocation islamophobe d’extrême droite. Cette manifestation qui susciterait l’enthousiasme si elle s’appelait « fête des voisins » et se déroulait à Boboland peut en effet séduire pour des raisons honorables qui n’ont rien à voir avec le racisme et tout avec le souci de neutralité de l’espace public, ce qui est l’exacte définition de la laïcité.

L’alcool, c’est le racisme, sa prohibition la tolérance

Dans les médias, on nous explique avec gourmandise qu’un groupe s’est créé sur Facebook pour appeler à un « apéro géant halal et thé à la menthe ». Voilà en apparence une magnifique réponse du berger à la bergère. Sauf qu’à l’exception de quelques cinglés, personne ne s’offusque parce que quelqu’un ne boit pas d’alcool ou ne mange pas de porc, alors que pratiquer ces deux activités, traditionnelles sinon anodines pour un grand nombre de nos concitoyens, est considéré comme insultant par une autre partie de nos concitoyens. À ma connaissance, aucun élève ne s’est fait casser la figure parce qu’il jeunait pendant le Ramadan. Il faut en conclure que manger du porc est un signe d’intolérance quand ne pas en manger et s’offusquer parce que d’autres en mangent prouve à quel point on aime toutes les cultures. Ou encore que boire est un acte raciste et qu’interdire aux autres de le faire est une manifestation de tolérance.

Oublions, par charité républicaine, l’ânerie proférée par Jean-Luc Mélenchon qui a repéré dans l’affiche appelant au saucissonnage un rappel de l’insigne de la SS : soit l’estimable Jean-Luc avait bu des breuvages que l’islam réprouve, soit il a peur de s’aliéner le vote de musulmans s’estimant stigmatisés par le rejet de cet islam ostentatoire qu’ils affirment pourtant rejeter. Comme j’aime bien Jean-Luc Mélenchon et que je le tiens pour un authentique républicain, je préfère penser qu’il avait, exceptionnellement, forcé un peu sur la bouteille – ou que sa vue baisse. Quant à Bertrand Delanoë, il a vertement condamné les saucissonneurs, rappelant que « l’expression du racisme et de l’intolérance n’avait pas sa place à Paris ». Ceux qui prient dans la rue, empêchant ceux qui ne prient pas de circuler et de picoler, sont évidemment les apôtres de la tolérance et de l’antiracisme. Pour le maire de Paris, le fait que cet apéro-saucisson coïncide avec la date du match Algérie-Angleterre est une circonstance aggravante : peut-être conviendrait-il de mettre en berne tous les drapeaux tricolores qui pourraient apparaître comme autant de provocations si l’Algérie perdait. De ce point de vue, nous devrions être rassurés : si j’en crois mes amis initiés, il y a de fortes chances pour que l’Algérie et la France soient éliminées en même temps. Reste à savoir quels drapeaux nous brûlerons tous ensemble pour manifester notre amour du sport et de la fraternité.

Qui sont les provocateurs ?

À en croire Le Point.fr, « cette manifestation centrée sur la consommation de viande de porc et l’alcool, exclut de fait les participants de confession juive ou musulmane ». J’ignorais que la charia et la halakha étaient devenues des lois de la Républiques et que les Français musulmans et juifs étaient désormais obligés de se conformer aux préceptes de leur religion. On attend avec impatience que la HALDE exige que les bars cessent de servir de l’alcool afin de n’exclure personne – à part les alcooliques, bien sûr.

Ce qui donne envie de hurler dans la présentation de cette affaire d’apéro, c’est que personne ne dit que si provocation il y a – et il y a -, elle répond à une provocation plus grande encore, persistante depuis des mois mais, il est vrai, dûment autorisée par la Préfecture de police : l’organisation de la prière musulmane du vendredi à ciel ouvert, des milliers de fidèles occupant plusieurs rues du quartier. Qu’ils bloquent la circulation est certes fâcheux mais en vérité véniel à côté de l’insulte faite aux mœurs de notre République – et ce serait aussi scandaleux s’il s’agissait d’une autre religion. Il faut d’ailleurs saluer le recteur Dalil Boubakeur qui a appelé les fidèles à venir prier à la Mosquée de Paris – monument éminemment parisien au demeurant et qui témoigne de la présence d’un islam respectueux de la laïcité qui a toute sa place en France.

Apéro interdit, prière autorisée ?

Il ne s’agit pas d’être candide. Les saucissonneurs associés ont certainement des arrière-pensées politiques, et pas des plus ragoûtantes. Mais ce n’est pas en recouvrant le réel d’un voile de bons sentiments qu’on le fera disparaître. Que ces prières publiques soient dénoncées par des gens peu sympathiques voire infréquentables, ne change rien au fait qu’elles sont inacceptables. La France qui a connu une quasi-guerre civile pour sortir le christianisme de l’espace public devrait maintenant accepter que l’islam s’y déploie ? La Préfecture de Police, qui a reçu les organisateurs de cet apéro du 18 juin et ceux du contre-apéro hallal annoncé, a décidé, certainement avec d’excellentes raisons d’ordre public, de tout interdire. Tout sauf, semble-t-il, la prière (à moins que pour calmer le jeu, on ne demande aux prieurs de se faire oublier pour une semaine).

En vrai, peu me chaut que l’on interdise cet apéro auquel je n’irai pas parce qu’on ne boit pas des coups avec n’importe qui. En revanche, j’aimerais savoir ce qu’on attend pour interdire ces prières sur la voie publique. Il faudra surtout expliquer aux Français de tous bords et de toutes origines qu’inquiète l’affirmation d’un islam militant et identitaire, que dans leur pays, on a le droit de prier en public, mais pas de manger du porc. La bonne nouvelle, c’est qu’on pourra jouer à l’antifascisme quand l’extrême droite raflera la mise parce qu’une fois de plus, on lui aura laissé, selon l’expression d’Alain Finkielkraut, le monopole du réel.

Retraites : le fardeau de l’homme jeune

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Retraite
Faut-il avancer l'âge du départ au cimetière ou celui de la retraite ?

Le débat sur le financement des retraites qui s’éternise dans les médias n’est pas à la hauteur de mes attentes. On avait commencé par évoquer trois leviers pour résoudre le problème du déficit : je n’en vois plus que deux à l’horizon. Seuls l’allongement de la durée du travail et l’augmentation des cotisations restent envisagés  ; l’hypothèse d’une diminution du montant des pensions a disparu des discours dans un soulagement qui semble général. Or, c’est cette solution qui me tentait. Depuis qu’elle est passée aux oubliettes, la question qui ne me passionnait pas m’intéresse encore moins.

Le quatrième âge, très peu pour moi !

Je ne veux pas de retraite, je n’en aurai pas, j’ai pris mes dispositions. Il y a quelques années, j’ai réalisé des travaux de menuiserie dans une maison d’accueil pour personnes du quatrième âge. À l’heure où sonne l’appel du goûter, une armée de morts-vivants se déverse dans les couloirs. En roulant ou en claudiquant, la procession branlante des béquilles et des fauteuils s’avance lentement mais sûrement vers le sucre promis. Aux ordres des infirmières, prononcés sur le ton niais qu’on leur réserve et que je n’employais pas avec mes enfants de deux ans de peur qu’ils ne deviennent des débiles profonds, les vieillards aux silhouettes déformées par les douleurs et les couches s’engouffrent dans les ascenseurs et coupent à tous ceux qui les aperçoivent toute envie de vieillir. En rentrant chez moi, j’ai brûlé fiches de paye et relevés de points pour que l’entrée de toute sorte de mouroirs me soit, faute de moyens, définitivement interdite.

[access capability= »lire_inedits »]Il faut voir ça une fois dans sa vie pour comprendre ce qui nous attend si nous ne faisons rien. Les psychologues vous expliqueront que se faire dessus à votre âge, c’est bien normal, les coiffeurs vous persuaderont que le bleu vous va très bien et les docteurs tenteront de battre des records avec vos organes. D’un bout à l’autre de la chaîne, personne ne pourra être incriminé, chacun n’aura fait que son travail mais vous serez pris au piège, attaché à votre lit s’il le faut. Dément si vous protestez, bien gentil si vous la fermez et que vous avalez votre soupe, hein Monsieur Machin, pas comme hier, Monsieur Machin qui faisait sa mauvaise tête et qui ne voulait pas prendre ses médicaments, c’est pas bien, ça, Monsieur Machin !

Devant un tel spectacle, on réalise qu’il existe une piste novatrice pour résoudre la question des retraites : avancer l’âge du départ au cimetière.

Quand les Indiens d’Amérique se sentaient trop âgés pour suivre le mouvement nomade de la tribu, ils se retiraient avec la nourriture suffisante pour passer un hiver, dressaient leur dernier teepee et souhaitaient bonne route à leur descendance en attendant des retrouvailles dans le monde des esprits. La tradition voulait qu’ils n’alourdissent ni ne retardent la vie du groupe.

Depuis ces pratiques primitives, l’idée de retraite a gagné en confort mais beaucoup perdu en dignité. Aujourd’hui, le droit d’être supporté par les actifs et d’alourdir les charges qui pèsent sur la tribu est devenu si sacré qu’on n’évoque même plus la possibilité de le restreindre.

Pourtant, autour de moi, je vois de plus en plus de jeunes qui tirent la langue pour payer le toit au-dessus de leur tête ou envoyer leurs gosses en vacances et de plus en plus de vieux qui ne savent plus quoi faire de leur pognon. Dans le meilleur des cas, les grands-parents aident leurs enfants : c’est bien, mais est-ce sain ? Les uns sont un peu trop pauvres, peut-être, mais les autres ne sont-ils pas un peu trop riches ?

Je renonce à mes droits, à mes points, à ma pension

Souvent, le fardeau de l’homme jeune est alourdi pour des vieux qui partent en croisière jusqu’à l’écœurement, s’équipent de haute technologie à laquelle ils ne comprennent rien, s’achètent d’innombrables saloperies vues à la télé que la propagande des mercenaires à la solde des marchands de merdes aura réussi à leur fourguer, se payent des voitures neuves et rapides qu’ils ne poussent pas et, pour les veufs et les vieux garçons, des femmes jeunes et russes qu’ils baisent peu. Et il faudrait, pour leur offrir tout ça, que je tranche entre cotiser plus ou plus longtemps ? J’ai choisi de ne pas choisir : je me retire du débat et du système. Je renonce à mes droits, à mes points, à ma pension. Je vivrai tant que mon travail me fera vivre, ça ira très bien comme ça. Ainsi, j’éviterai de finir ma vie en repeignant des volets ou en taillant des rosiers, en jouant aux boules ou en parlant du temps qu’il va faire, coincé entre une grand-mère et des docteurs. Je refuse de surcharger mes jeunes années pour étaler les dernières, diabétique et impuissant devant du miel et des femmes.

Le vieil homme que je serai remerciera peut-être ce jeune qu’il aura été pour avoir compromis toute sortie pas assez honorable, pour l’avoir, en le privant de ses droits à se prolonger au-delà du raisonnable, à l’heure où la volonté flanche, sauvé d’un naufrage. 

Et la solidarité dans tout ça ? Et les autres ?

Je manque un peu de compassion, je dois l’avouer, mais je ne suis pas dans un état très normal. Mon père vient de mourir et, depuis, je marche autour du gouffre que sa disparition a laissé et qu’aucune espèce de bondieuserie ne vient combler. Je me penche parfois au-dessus pour en voir le fond, mais je n’aperçois que le reflet d’un vide intérieur et un absolu non-sens de la vie.

Et il faudrait que je me soucie des vieux qui lui survivent et du financement de leur retraite ? Ce n’est pas le moment. S’ils veulent un peu d’amour, ils n’ont qu’à crever. Et encore, c’est pas gagné !
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Du plomb belge à l’or flamand ?

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Albert II
Albert II. Photo Flickr / Frederic della Faille.
Albert II
Albert II. Photo Flickr / Frederic della Faille.

Finalement, Bart De Wever est un grand poète. Le N-VA, parti autonomiste ou indépendantiste on ne sait plus trop, qui a fait 29% en Flandres et qu’il dirige est devenu la première formation en Flandres après les élections législatives anticipées du 13 juin. Mais, d’après ce qu’il dit, grâce à lui, ce ne sera pas la Yougoslavie ni même la Tchécoslovaquie au bout de mon jardin lillois mais un processus très poétique, très gracquien qui présidera à la disparition de la Belgique : l’évaporation. Il y avait un pays, et hop !, évaporation… Comme ces brumes chères aux romans fantastiques de Jean Ray ou Thomas Owen, aux poésies de Verhaeren ou de Rodenbach célébrant Bruges la morte : elles voilent un paysage, les rues d’une ville et quand elles se lèvent, vous êtes ailleurs. Vraiment ailleurs, parfois. Et même en plain cauchemar qui transformerait comme un rien l’arrondissement BHV en bande de Gaza ou en Srebrenica tendance anguille au vert.

J’aurais donc été très injuste avec le flamand Bart De Wever… C’est vrai, je ne devrais pas me laisser avoir par les mauvaises réputations. Ce n’est pas parce qu’on a un physique de garçon boucher que l’on ne peut pas avoir des grâces éthérées quand on veut mettre à mort une nation. Ce n’est pas au hachoir ou à la feuille qu’a l’intention de travailler Bart De Wever, c’est dans l’extase chlorotique, la vapeur charmante. D’après lui, la Belgique va mourir sans s’en apercevoir, dans l’élégance phtisique des jeunes filles de Fernand Khnopff. Bon, s’il y a ici et là quelques crachats de sang ethnique dus à une quinte de toux xénophobe, on regardera ailleurs.

L’alchimie appliquée à la géopolitique

L’évaporation, pour notre ami Bart, c’est l’alchimie appliquée à la géopolitique. On va passer du plomb belge à l’or flamand par une étape dite confédérale. On aura des voisins mais comme dans les grands ensembles, on se croisera seulement de temps à autre aux réunions de copropriété et comme souvent aux réunions de copropriété, ce sera pour s’engueuler et trouver que le régisseur, euh pardon le Roi des Belges, il coute un peu cher. On boira rapidement un mauvais mousseux pour le bien mal nommé pot de l’amitié en se regardant en chiens de faïence : quel dommage tout de même de devoir encore partager avec ces cons un drapeau, une équipe de foot et une politique étrangère…

Bart De Vewer, en plus, a sérieusement fait reculer l’extrême droite flamande, le Vlams Belang. On va donc lui passer beaucoup de choses, dans les cercles autorisés qui font semblant de ne pas voir que les idées extrémistes ont vraiment gagné quand leurs leaders historiques en sont dépossédés et qu’elles infusent chez ceux qui savent les débarbouiller, leur passer un coup de peigne et leur donner des allures de premier communiant. Peu importe qu’ils disent à peu près la même chose, puisqu’ils y mettent les formes…

En même temps, Bart, avant de faire le poète symboliste, il connaissait bien l’extrême droite: des années de militantisme dans les cercles ultranationalistes, ça aide, surtout ceux de l’université symbole de Louvain qui dut faire scission en 68, après l’établissement de la frontière linguistique. Scission pour cause d’affrontements ethniques, évidemment, les francophones préférant de guerre lasse reconstruire leur propre fac dix bornes plus loin, dans une ville nouvelle.

Oui, Bart, l’extrême droite, c’est toujours un peu sa famille. Le NVA qu’il a créé en 2001 est au Vlams Belang ce que Marine Le Pen est à son père. On de dit plus, chez Bart, comme aux bons temps des rassemblements annuels à Dixmude au pied de la tour de l’Yser : « Crève, Belgique » ou « Les Wallons sont des rats. » mais, avec le sourire, « Evapore toi, Belgique. »

Le PS wallon : pour une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire

Qui est là, pour s’opposer, désormais, à l’homme qui veut étrangler la Belgique avec des gants de velours ? Pas grand monde. L’électorat wallon a de nouveau placé loin en tête, à plus de 30% le parti socialiste d’Elio Di Rupo qui laisse sur place les libéraux et les démocrates chrétiens du CDH. Malgré ses élus corrompus, sa gestion parfois rock’n’roll roll, les électeurs ont fait confiance au PS pour une raison bien simple : ils semblent être les seuls à ne pas avoir peur de Bart de Wever, et, à travers l’élégant Di Rupo, antithèse physique de Bart (la politique, surtout en temps de crise, c’est aussi une question de style et même de corps), à savoir défendre l’idée d’une Belgique solidaire à défaut d’être unitaire. Ils seront aussi, les socialistes wallons, plus nombreux au parlement que les élus du N-VA et, avec leurs homologues flamands du SpA, forment de loin la première famille politique du pays.

En plus, comme tout ne peut être tout à faire sombre dans ce scrutin, j’aimerais saluer l’exploit du sympathique socialiste Michel Daerden, l’homme qui a fait de l’ivrognerie publique une méthode de gouvernement : il a obtenu un nombre record de voix de préférence : plus de 60 000. La voix de préférence est une spécialité belge, avec les sacs Delvaux et la croquette de crevette, qui consiste à envoyer un « poke » électoral diraient les facebouquistes à une personnalité que vous souhaitez voir jouer un rôle important en plus de sa simple élection.

Tout cela suffira-t-il à empêcher Bart De Wever qui sera le premier politique entendu par un Roi qu’il déteste, de transformer la Flandre en une manière de micro-état égoïste et nationaliste, qui voit le monde avec les yeux d’une société anonyme ?

Les jeux sont ouverts.

Encore une histoire à coucher dehors

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Roselyne Bachelot et Rama Yade
Roselyne Bachelot et Rama Yade.
Roselyne Bachelot et Rama Yade
Roselyne Bachelot et Rama Yade.

Montrée du doigt par tout le Gouvernement, dont sa ministre de tutelle, et une grande majorité de la presse sportive[1. Parmi les minoritaires, on trouve Eugène Saccomano qui n’a pas mâché ces mots dans sa chronique matinale.], mais aussi dès le début par les joueurs de l’équipe de France, Rama Yade s’est donc sentie bien seule après ses propos concernant la cherté de l’hébergement de notre sélection nationale à la coupe du Monde.

Certes la jeune secrétaire d’Etat aux sports, démago en diable, avait négligé le fait que cet hébergement était pris en charge, pour une bonne part, par la FIFA, ainsi que le signalait le vice-président de la Fédération Française de Football Noël Le Graët[2. « Sa réflexion (NDLR de Rama Yade) me surprend. Cela fait six mois qu’on est au courant. La FIFA, qui prend en charge une somme importante de l’hébergement, dresse une liste d’hôtels, celui des Bleus est le plus adapté sportivement »], le reste demeurant à la charge d’une Fédération française de Football excédentaire. Ainsi, le contribuable français ne sera pas concerné par le prix de cette luxueuse hôtellerie.

France/Uruguay : un remake de Louhans/Rodez

Pourtant, il n’est pas certain que l’excellente cote de popularité de Rama Yade subisse une chute dans les prochaines semaines. En l’occurrence, l’attitude des joueurs français ce dimanche risque même de lui donner un coup de pouce supplémentaire. Nos sélectionnés, tout auréolés du superbe match joué contre l’Uruguay vendredi, dont la qualité n’était pas sans rappeler Louhans-Rodez de cette saison tant au niveau technique que collectif, n’ont rien trouvé de mieux que ne point attendre la ministre pour aller visiter un bidonville à quelques encablures de leur lieu de résidence. Il était pourtant prévu que tout ce petit monde inaugure ensemble les installations sportives payées par la Fédé pour les habitants de ce township. De service à la conférence de presse, le défenseur Eric Abidal n’a pas craint d’affirmer que lui et ses coéquipiers ne ressentaient pas « l’envie de rencontrer cette personne ». Cette personne… Curieuse manière de parler de la ministre de tutelle de la sélection dont ils font partie. Les habitants de ce bidonville ont donc eu droit à deux visites successives : celle des footballeurs français lesquels -on est en droit de l’espérer- ne se sont exceptionnellement pas présentés casques à musique sur les oreilles, puis celle de Rama Yade et son sourire habituel, lequel devait trancher avec la mine d’Anelka quelques heures plus tôt.

La courtoisie ? Connais pas ! La reconnaissance non plus.

Méconnaissant donc la courtoisie que l’on doit à un ministre de la République lorsqu’on porte le coq sur sa poitrine, Abidal, et les vingt-deux autres qui l’avaient mandaté, manquent aussi de reconnaissance du ventre. En effet, lorsqu’il a fallu défendre le droit à l’image collectif (DIC), mis en cause par le gouvernement qui suivait là les recommandations de la Cour des Comptes[3. Philippe Séguin qui était encore en vie et n’était pas connu pour détester le football, avait assumé ce rapport.], qui est venu, seule contre tous, défendre ce dispositif si intéressant pour augmenter substantiellement leurs rémunérations[4. Du moins celles des onze joueurs -sur vingt-trois-  qui n’évoluent pas à l’étranger.] ? Madame Yade ! Lorsqu’il a fallu défendre au Parlement la honteuse nouvelle législation libéralisant les paris sportifs en ligne, que réclamaient les clubs et qui permettra à ces derniers de mieux encore les payer, qui était là encore ? Rama Yade, toujours !

Ce qui prouve à la fois que la secrétaire d’Etat n’était certes pas la mieux placée pour en appeler à nos comptes publics mais aussi que les joueurs français ne sont pas plus intelligents dans leurs comportements médiatiques qu’efficaces devant une cage uruguayenne. En voulant, par cette goujaterie, punir Rama Yade, ils se sont comportés comme ses meilleurs agents de communication, lui rendant le beau rôle. Chapeau bas ! On ose espérer que cette manière de jouer contre-productif ne constitue pas une métaphore des deux prochaines prestations de notre sélection, auquel cas ses chances d’atteindre le second tour s’envoleraient à coup sûr. Certains optimistes, ou de fieffés provocateurs comme l’ami Raymond D., préféreront privilégier le fait qu’un esprit de corps a pu ainsi se forger sur le dos de la ministre. Si cela permettait enfin à Anelka de faire des passes à Gourcuff ou à Ribéry d’accepter de jouer côté droit pour la bonne cause, cette goujaterie aurait servi à quelque chose. Mais, franchement, vous y croyez, vous ?

Quand les flottilles s’en sont allées

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Bateaux

Bateaux

Maintenant que les esprits se sont un peu calmés, il est temps de parler des choses sérieuses : le blocus israélo-égyptien sur Gaza instauré il y a environ trois ans. Il faut commencer par rappeler qu’il n’est pas une fin en soi mais le moyen d’atteindre un objectif : ramener Gaza dans le giron de l’Autorité palestinienne soit en changeant le Hamas soit en se débarrassant de lui.

L’amère expérience du sud-Liban

La plus vieille astuce dans le débat sur le conflit israélo-palestinien réside dans le choix du point de départ. Jouons donc cartes sur table : je place le mien en mai/juin 2000, moment de la retraite israélienne du Sud-Liban. Le 16 juin, le secrétaire général de l’ONU déclare qu’Israël a rempli à la lettre les exigences de la résolution 425 (1978), notamment en repliant ses forces derrière la « ligne bleue » et en démantelant l’armée du Sud. Or, malgré cette initiative du gouvernement israélien, le Hezbollah a non seulement continué la lutte armée contre Israël mais il a trouvé sans difficulté un large soutien dans le monde arabo-musulman (et hélas un peu en Occident aussi) pour mener sa politique de guerre, qui va jusqu’à la destruction de l’Etat hébreu. Ceux qui pensaient qu’en répondant aux exigences de la communauté internationale Israël priverait le Hezbollah de légitimité et aurait les mains libres pour agir si la milice chiite l’agressait ont malheureusement eu tort.  

Contrôler les frontières de Gaza

Cette amère expérience, jointe à celle de trois années d’Intifada (2000-2003), était présente dans tous les esprits quand Ariel Sharon a décidé d’évacuer la bande de Gaza. À quoi bon déchirer la société israélienne si on se retrouve en fin de compte avec un deuxième Liban, demandaient ses opposants. Sharon avait d’autres idées, plus larges. Il a compris que la politique de colonisation était dangereuse pour l’avenir d’Israël. Autrement dit, un Premier ministre israélien, un faucon architecte de la colonisation, a compris que les colonies étaient un obstacle majeur à un arrangement durable et non-violent entre Palestiniens et Israéliens. Il est passé aux actes et à la fin de l’été 2005, il n’y avait plus un seul Israélien dans la bande de Gaza. Mais la retraite israélienne n’a pas été complète. Pour des raisons de sécurité – empêcher la libanisation de Gaza – Israël, avec la coopération de l’Autorité palestinienne, de l’Egypte et de certains pays occidentaux, a gardé le contrôle des frontières. Cette condition a été imposée par Israël non pas pour priver les Palestiniens de l’un des attributs de leur souveraineté nationale, mais parce qu’ils ne pouvaient pas à eux seuls, pas plus que le gouvernement libanais, empêcher un trafic d’armes et la transformation de la bande de Gaza en plateforme de tir des roquettes.

Face à cette politique israélienne – critiquable mais, admettons-le, pas très agressive   – il y avait deux possibilités : reconnaître l’important effort accompli avec l’évacuation des colonies ou épingler Israël pour tout ce qui clochait dans cette initiative, surtout le fait qu’elle était unilatérale et incomplète. L’Egypte, les Etats-Unis et l’Union européenne ont ouvertement choisi la première option et l’Autorité palestinienne les a discrètement suivis. Or la situation s’est rapidement dégradée après la victoire du Hamas aux législatives palestiniennes de 2006. Le Hamas a décidé d’entrer dans le gouvernement palestinien sans assumer les d’accords signés avec Israël depuis Oslo (1993), c’est-à-dire sans reconnaître l’Etat d’Israël ni – ce qui est beaucoup plus grave – renoncer à la lutte armée.

La surenchère violente du Hamas

Les Américains et les Européens ont été bien embarrassés, et la solution trouvée a démontré l’embarras et la complexité de la situation : aucun contact avec le Hamas ni avec le Premier ministre issu de ce mouvement, tout (argent et contacts officieux) devant passer par les ministres et le président Abbas issus du Fatah.

Cette drôle de cohabitation s’est encore compliquée par la violente surenchère du Hamas. Ne pas renoncer à la lutte armée est une chose, la mettre en œuvre en est une autre. Or, sans tarder, le Hamas a multiplié attentats (notamment contre les points de passage pour faire souffrir la population et embarrasser Israël et ses alliés) et tirs de roquettes et a même pénétré en territoire israélien (donc hors de la bande de Gaza) pour enlever le désormais célèbre Gilad Shalit, en juin 2006.

Pour résumer la situation, non seulement le Hamas a intégré le jeu politique palestinien sans renoncer aux « privilèges » d’un mouvement de libération nationale – i.e. la lutte armée – mais il a accentué la pression militaire sur Israël. Cette politique, précisons-le, a été décidée unilatéralement par le Hamas et non par le gouvernement palestinien et son président, entraînant une situation bancale et fragile jusqu’à juin 2007 : les masques sont alors tombés et la scission entre Ramallah et Gaza a été consommée suite à une mini-guerre civile.

La négociation n’a pas été possible car le Hamas a continué de refuser les conditions posées par un quatuor composé des Etats-Unis, de l’Angleterre, de la Russie et de la France (dirigée Chirac et Villepin). Israël, en concertation avec l’Egypte, l’Autorité palestinienne et certains pays européens, a essayé de mettre en place une politique appuyée sur trois piliers : diplomatique (une coopération étroite avec l’Egypte, concertation avec les EU, les Européens et l’AP), économique et militaire (sous une forme allant de l’assassinat ciblé à l’opération « Plomb durci »).

Mahmoud Abbas contre le blocus et contre sa levée inconditionnelle

L’Autorité palestinienne en était partie prenante, en particulier sur la pression économique. Ainsi il y a quelques jours à peine, après l’affaire de la flottille, un membre d’une délégation palestinienne en déplacement en Turquie, probablement le président Abbas s’exprimant « off », a exprimé la déception de l’AP face à la politique turque à l’égard du Hamas. Selon cette « source officielle », la levée inconditionnelle du blocus de la bande de Gaza ne serait pas une bonne idée. Cette politique, disait-il, renforcerait le Hamas et nuirait à l’AP. Ramallah demande « bien entendu » la levée du blocus, mais à la condition que le Hamas revienne sur son coup d’Etat et accepte la médiation égyptienne pour parvenir à une réconciliation entre les deux factions palestiniennes. Sauf que la Turquie essaie justement de prendre la place de l’Egypte…

Le quatrième pilier de cette stratégie aurait dû être la politique vis-à-vis de l’Autorité palestinienne. Or, sur ce front-là, l’insuccès est patent et risque de faire écrouler tout le reste. Les raisons de cet échec sont nombreuses mais le plus important est la déception de l’électorat israélien : par deux fois Israël s’est retiré (du Liban en 2000 et de Gaza en 2005), et chaque fois il a reçu en retour des roquettes et une menace iranienne dans le dos. D’où l’avènement du gouvernement Netanyahou/Lieberman. Chaque Français indigné doit d’abord se poser une question : comment aurait-il agi s’il avait dû voter en Israël l’an dernier ?

La violence du Hamas mieux acceptée que celle d’Israël

Les autres piliers de la stratégie se sont eux aussi affaiblis considérablement. Bombardement aérien, assassinats, opération de grande envergure, opérations du Mossad : tous ces moyens et d’autres encore étaient sévèrement condamnés tandis qu’en même temps la violence du Hamas trouvait des soutiens en Occident. Les 20.000 islamistes massacrés par Assad en 1982 n’ont pas suscité autant de protestation que les neuf militants tués par Israël. Même les méthodes turques, un peu plus douces que les méthodes syriennes (« seulement » 40 000 Kurdes tués depuis 1984) sont inenvisageables pour Israël.

Dans ces conditions, face à un Hamas qui ne cède pas d’un millimètre, n’accepte pas les conditions a minima du quatuor, continue de tirer des roquettes, des obus de mortier, de perpétrer des attentant et d’envoyer des snipers perturber la vie de l’autre côté de la frontière, la seule arme disponible est la pression économique.

Reste donc la seule question qui vaille : l’efficacité du blocus et plus généralement de cette politique vis-à-vis du Hamas. Si le but est de rendre le Hamas impopulaire à Gaza, qui peut prétendre connaître l’état d’esprit des Gazaouites  vivant sous le joug d’une dictature ? Il est tout aussi impossible d’affirmer que la dureté de leur vie crée un désamour entre le peuple et le gouvernement que de prétendre que la détestation d’un ennemi commun a créé une union nationale. On sait en revanche qu’après l’opération Plomb durci, les tirs de roquettes, s’ils n’ont pas cessé, sont devenus beaucoup plus rare. Y a-t-il un lien de cause à effet entre la violence de l’opération israélienne et la modération de la violence palestinienne depuis ? Combien de temps cela peut durer ? Voilà d’excellentes questions plus importantes encore que la technique d’abordage de la marine israélienne.      
 
Insensible à la souffrance de ses administrés et pratiquant la lutte armée pour l’éradication d’Israël (à laquelle l’OLP a renoncé), le Hamas peut compter sur le soutien systématique des trois quarts des pays membres de l’ONU et d’un nombre croissant d’Occidentaux. Dans ces conditions sa meilleure stratégie est la patience : il lui suffit d’attendre que les opinions publiques arabes et européennes obligent leurs gouvernements à faire pression sur Israël. L’injustice, voyez-vous, n’est pas toujours là où l’on croit…

Pour causer aux djeuns, yaka Waka !

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Graff
Quand le Service d'Information du gouvernement veut faire jeune, il n'y va pas par quatre chemins.
Graff
Quand le Service d'Information du gouvernement veut faire jeune, il n'y va pas par quatre chemins.

Il est bien connu que le « jeune », spécifiquement entre 15 et 25 ans, n’est pas un humain à part entière. Il passe l’essentiel de ses journées à échanger avec ses semblables moult SMS d’une affligeante inutilité, dans un langage cromagnonesque qui est un défi quotidien à l’intelligence la plus exigible. Il s’amuse − dans de grands éclats de rire crétins − de programmes télévisés désolants, que des adultes farceurs fabriquent à son attention avec le cynisme le plus justifié. Ainsi, l’ambition du « jeune » dépasse rarement le pas de la porte de sa chambre tapissée de posters très laids ; et son horizon intellectuel − compte tenu du fait qu’il se rend au « bahut » mais « s’en bat les couilles ! » − ne va souvent pas plus loin que le bout de son nez ravagé par l’acné.

À cela s’ajoute une confuse obsession sexuelle, doublée de la persistance − dans le cerveau du « jeune » − d’une image caricaturale du sexe opposé influencée − sans surprise − par les clips de rap et les films pornos. Bref, le « jeune » est méprisable, certes… mais convient-il de le mépriser ?

C’est la question qu’aurait dû se poser le gouvernement français qui − par l’entremise du Service d’information du gouvernement (SIG) − vient de lancer un insultant site web à destination de la jeunesse − « Waka » − entièrement rédigé en « langage jeune ».

[access capability= »lire_inedits »]« Grave, chaud, fastoche, vite fait ou trop pas ? »

Le SIG a sollicité le groupe de radio Skyrock pour mettre en place − par l’entremise de sa filiale dédiée aux activités numériques − une plateforme de consultation de la jeunesse, appelée « La Grande Consult' ». Thierry Saussez, brillant publicitaire et actuel patron du SIG, le reconnaissait sans ambages : « [Les jeunes] font partie d’un public prioritaire, et il se trouve que c’est celui que l’on touche le moins avec les campagnes de communication traditionnelle… » Il convenait donc d’attaquer cette niche via Internet où, toi, le jeune, tu as élu durablement domicile. La « Grande Consult' » posait, dans un navrant style direct, des questions peaufinées par les équipes du SIG et de Skyrock : « Tu trouves que t’es fort en langues ? » « Les prêts étudiants garantis par l’État, tu connais ? » Pour une génération qui a renoncé à la patronymie pour se contenter de prénoms, le tutoiement s’impose de lui-même.

Près de 186 000 jeunes se sont donc laissés tutoyer par l’État lors de cette « Grande Consult' ». Sur le site web de Skyrock, la marque étatique était presque indécelable… en dehors d’un discret logotype : « Une initiative des pouvoirs publics ». Skyrock, la radio du rap commercial, de l’imaginaire moisi des grosses cylindrées allemandes et des blondasses siliconées ne pouvait que réussir sa mission d’abêtissement de la jeunesse. À la question, crétine en diable : « Si t’avais une baguette magique, tu demanderais quoi ? », 29 % des sondés répondent qu’ils veulent du pognon, contre 24 % la paix dans le monde. Matérialisme de rigueur. Bling-bling de parade. Et la logorrhée jeuniste se poursuit dans cet autre sondage : « T’as habité en résidence étudiante, c’est pratique ? » Réponses proposées, sans la moindre honte : « Grave, chaud, fastoche, vite fait, trop pas ».

« Exprime-toi pour que ça bouge ! »

Quelques semaines plus tard, forts du succès de la « Grande Consult' », le SIG et Skyrock lançaient conjointement le site Waka (signifiant « canoë » en langage maori, ce qui est franchement trop sympa comme symbolique pour des jeunes « naviguant dans l’océan déchaîné de la vie… ») Marc-Philippe Daubresse, ministre de la Jeunesse et des Solidarités actives, a reconnu, sur le site du Monde, que cet amusant joujou allait coûter au moins 2 millions d’euros… Il n’en a pas moins défini le projet en ces termes enthousiastes : « On part des besoins du jeune et de son profil en fonction des sondages auxquels il répond ; il dispose alors d’une palette de mesures de politiques publiques… » Mais le ministre va au-delà de ces promesses marketing insipides : il se réjouit que l’on s’adresse au jeune dans un « langage accessible »… C’est-à-dire, certainement, dénaturé ? Truffé de fautes de syntaxe ? Perlé de violations grammaticales ?

Sur Waka, le langage est mieux qu’accessible : libéré. « Exprime-toi pour que ça bouge ! » « Internet au bahut, tu t’en sers pour quoi ? » « La conduite accompagnée, ça te chauffe ? » Oui, cette grotesque affaire commence largement à me chauffer les oreilles…

Allez, mec, sur Waka, « lâche ton com’ ! » et surtout… pas de politique entre nous ! Pas une question directe sur l’action de Nicolas Sarkozy. « Grave ? » ou « Trop pas ? ». Au final, fallait-il vraiment mépriser cette jeunesse que j’évoquais au début ? Apparemment, certains jeunes ont conservé des yeux pour lire et un cerveau pour comprendre. « Avant, je me demandais si on prenait vraiment les jeunes pour des cons. Maintenant, je sais » (Moncu, 18 ans). « Une gesticulation du gouvernement de plus pour continuer à attirer l’attention sur autre chose que sur les vrais problèmes » (Malari, 23 ans). Et si le nez ravagé d’acné du « jeune » était quand même en mesure de sentir l’arnaque politique à 500 mètres ?[/access]

Affaire Al Doura-Enderlin, suite mais pas fin…

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L’info n’aura fait ni les gros titres des JT de France2, ni de ceux de Canal. Déclenchée il y a dix ans avec la diffusion le 30 septembre 2000 par France 2 d’un reportage de Charles Enderlin – semblant montrer la mort d’un enfant palestinien dans les bras de son père – « l’affaire Al Doura » vient de connaître un rebondissement important : Canal + vient d’être condamné pour diffamation à l’encontre de Philippe Karsenty pour le reportage que la chaîne a diffusé le 24 avril 2008. Il s’agit d’un documentaire réalisé par la société TAC PRESSE mettant en parallèle les révisionnistes des attentats du 11 septembre et ceux qui s’opposent à France2 et Charles Enderlin dans le cadre de l’affaire al Doura et notamment Philippe Karsenty. Ce dernier a été présenté par Stéphane Malterre, l’auteur du film, comme chef de file de la « croisade » conte Charles Enderlin, visant à le dénigrer et nuire à sa carrière, dans le cadre d’un mouvement d’opinion extrémiste et radical.

Selon la cour, Stéphane Malterre était en possession de tous les éléments ayant suscité, au niveau international, le doute sur la réalité de la scène de la mort de Mohamed al Doura, mais il ne les a même pas évoqués dans son reportage. « Dans ces conditions, concluent les juges, au regard du choix du sujet en cause pour illustrer le propos de l’émission et du traitement de celui-ci, la légitimité du but poursuivi n’est pas établie et, en tout état de cause, les défendeurs [Canal + et TAC PRESSE] ne justifient pas de la fiabilité de l’enquête nécessaire à l’admission du fait justificatif de la bonne foi. En conséquence, Philippe Karsenty est recevable et bien fondé en son action. »

Le prochain rendez-vous dans l’affaire est la décision de la cour de Cassation: condamné en correctionnelle pour diffamation contre Charles Enderlin et France2, Karsenty a été relaxé le 21 mai 2008 par la cour d’appel. Suite à ce résultat, Charles Enderlin France2 s’étaient pourvus en cassation.

Un jeudi à l’Assemblée

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Tartiflette
Jeudi, c'est tartiflette
Tartiflette
Jeudi, c'est tartiflette

Qu’on ne compte pas sur moi pour pratiquer l’anti-parlementarisme primaire. Néanmoins, jeudi, j’ai eu un doute. Pour les béotiens, l’Assemblée nationale est ouverte tous les jours. Mais un député qui veut maximiser son crédit politique et travailler sa visibilité pour se faire réélire vient surtout le mardi et le mercredi, les deux jours des questions au gouvernement : retransmises sur France 3, on y assiste à des assauts de flagornerie de la part de la majorité et à des interventions piquantes venues de l’opposition, auxquelles ne répond que très rarement le Premier ministre qui a autre chose à faire.

Mardi et mercredi, à l’Assemblée, c’est la fête au village

Cela dit, quand une loi un peu compliquée, ou bien susceptible de valoir un sujet d’une minute quinze au 20 heures, se présente devant l’Assemblée, le député peut imaginer rester un peu plus longtemps que ces deux seuls jours. Evidemment, je caricature : chacun sait que le député travaille, en commission, loin des caméras, fait un travail de fond, souterrain, silencieux. Et si ça se trouve, préfère rester discret et fuir la presse, donc les bancs, donc les Quatre Colonnes, cet endroit où se mélangent à la sortie de l’hémicycle les journalistes et les députés. La plus belle usine à petites phrases et à langue de bois de France – et accessoirement à blagues et à rumeurs, faut bien le reconnaître.

Donc, le mardi et mercredi, c’est la fête au village. Les conférences de presse sont pleines de journalistes de télé d’info continue ou de radios, de retraités, de gratte-papier de la grande presse politique, d’intrigants, de filles perdues. Mercredi, 17 heures, rideau. L’Assemblée retrouve son calme. Presque tu te sens à la maison.

Pour autant, n’allez pas croire qu’il n’y a pas de textes à l’ordre du jour. Tiens, jeudi on causait régulation financière et bancaire. Pas un petit texte. Promis par le président de la République lors de son discours de Toulon sur la finance, il ne s’agissait ni plus ni moins que de donner au politique les moyens d’arrêter les conneries des banques et des agences de notation, qui ont, disons-le, pourri la situation économique mondiale. Sous le regard bienveillant, ou ébloui, des élus, faut bien le dire. Bref, bref, le texte arrive. Tambours, trompettes : on allait voir ce qu’on allait voir. Limiter les bonus des traders, serrer les banques, contrôler les risques, interdire les ventes à découvert (comme les Allemands viennent de le faire sans barguigner).

Régulation financière : 4 députés à gauche, 0 à droite

Ben, jeudi, j’y étais. Dès l’ouverture. Je suis d’un naturel hargneux ou malade. C’est selon. Et bien, j’ai vu. D’un côté, la loi sur la finance. Pendant la discussion générale du texte le matin (en fait, là où on ne risque pas grand-chose, ni vote, ni surprise de dernier moment, ni coup de théâtre, là où on permet seulement aux orateurs de causer pendant leurs 20 minutes réglementaires), j’ai compté : avant midi, 4 députés de gauche en séance avec le président de la Commission des finances, le socialiste Jérôme Cahuzac. À droite, personne dans les travées. Si ce n’est le rapporteur du texte, le président de séance, la ministre de l’Economie. Ceux qui sont obligés, quoi, auxquels on ajoutera en tribune votre serviteur ainsi qu’une palanquée de chargés de mission de Bercy, le teint cireux, l’œil cerné, la main fébrile sur la liasse d’amendements à passer dans le bon ordre à leur cheffe.

Alors, outre que le texte était présenté comme fondamental, rapport que l’économie mondiale part en capilotade, il y a un autre truc qui aurait justifié un poil plus de monde dans les lieux : la réforme du Parlement, celle adoptée dans la foulée de la Constitution en 2008. Les députés allaient avoir plus de possibilité d’expression, de proposition, plus de moyens d’imposer leurs idées, leurs textes. Fini les godillots qui votent des deux mains ce que le gouvernement leur amène. Déjà, on avait des doutes. Jeudi, ils ont été balayés. Je veux bien que tout le monde ait à faire en circonscription : après les régionales, notamment à droite, on a senti un repli stratégique brutal sur les bases, la réélection c’est dans deux ans. Mais en vrai, ce n’est pas que ce noble motif qui pousse à cette désertion.

Jeudi, un événement d’une haute importance se tenait à deux pas de l’hémicycle et de ses débats sur la finance mondiale : on fêtait chez le président de l’Assemblée, mais néanmoins savoyard, Bernard Accoyer, les 150 ans du rattachement de la Savoie à la France, avec force Apremont et tomme au lait cru, on imagine. Alors tes CDS, tes ventes à découvert, tes comités de déontologie, tes agences de notation, à côté de la tartiflette géante de la Questure… On va encore dire que j’ai mauvais esprit. Sinon, le texte a été adopté à 23 h 57, jeudi soir.

Indignation disproportionnée

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Flottille

Flottille

Comme toujours, on nous l’a joué à l’estomac. Des militants pacifistes, une population mourant de faim, une armée inhumaine. La lutte de David contre Goliath sans cesse recommencée – avec, circonstance aggravante, l’Etat juif dans le rôle de Goliath. Il a fallu reprendre son souffle pour ne céder ni à l’envie d’être dans le bon camp, ni à la tentation de se réfugier dans une confortable posture victimaire – « Ils ne nous aiment pas ». Il a fallu essayer de comprendre la partie sophistiquée qui se jouait derrière la belle histoire simple que narraient les médias du monde entier. À l’heure où nous bouclons, on en est encore loin. Une seule certitude partagée par tous les contributeurs de notre dossier, les uns pour le déplorer, l’autre − notre ami Rony Brauman − pour s’en féliciter : le Hamas et son parrain turc ont gagné la guerre des mots et des images. Celle qui compte. Au moins cette affaire aura-t-elle permis à la presse mondiale d’enrichir son vocabulaire, ainsi que l’observe drôlement François Miclo.

[access capability= »lire_inedits »]On a beaucoup parlé, à propos de cette flottille prétendument humanitaire, de la riposte disproportionnée d’Israël. Ce qui est disproportionné, en l’occurrence, c’est le déchaînement de haine anti-israélienne − et quand je dis anti-israélienne, je suis polie : pour la première fois, certains auteurs de messages antijuifs n’ont même pas pris la peine de se planquer derrière un pseudo. Trois jours d’indignation planétaire, des « unes » plus accablantes les unes que les autres pour l’Etat-pirate, des manifestations dans toutes les grandes villes de France, dont une à Strasbourg, qui a tenté de marcher sur la synagogue. Le réseau de cinémas – d’art et essai, donc subventionnés – Utopia décide courageusement de déprogrammer un film israélien dépourvu de tout contenu politique car « les cinéastes qui travaillent avec des fonds israéliens cautionnent, dans un sens, la politique de leur pays ». Soucieux de participer à l’édification des masses en dévoilant la barbarie israélienne, Utopia diffusera à la place un documentaire consacré à Rachel Corrie, pacifiste américaine de 22 ans, écrasée par un bulldozer israélien dans la bande de Gaza en 2003. Roland Dumas annonce des « Brigades internationales » contre Israël, un ministre turc explique que, pour son pays, c’est l’équivalent d’un 11-Septembre, Haaretz nous fait le coup d’Exodus – comme quoi la sottise bien-pensante est parfaitement mondialisée. Sans oublier, selon l’heureuse expression de Patrick Anidjar, « les experts en prise-d’assaut-de-flottille-humanitaire-en-zone-maritime-internationale, particulièrement nombreux et volubiles ». Le moins qu’on puisse dire c’est que les victimes d’Israël pèsent d’un poids très particulier dans la conscience mondiale.

Pacifistes armés de haches et de couteaux

On ne minimisera pas la gravité de l’affaire : neuf hommes sont morts. Et c’est effroyable même si ces pacifistes armés de haches et de couteaux étaient des combattants dans la guerre idéologique et médiatique – combat immédiatement récompensé par le titre de shahid, c’est-à-dire de martyrs. Osera-t-on rappeler que les raids de l’OTAN en Afghanistan font chaque semaine plus de dix morts civils ? Que l’armée turque a tué, il y a quelques jours, six militants kurdes ? Que le Hamas a liquidé plus d’une centaine de dirigeants du Fatah lorsqu’il a pris le contrôle de la bande de Gaza ? Y a-t-il eu des manifs quand des soldats israéliens ont été lynchés à Ramallah devant une foule en liesse ? Où étaient les grandes consciences ? Où étaient les donneurs de leçons ?

On me dira qu’envoyer l’armée contre une opération humanitaire est moralement inacceptable. Sauf que, si le but réel de l’opération était humanitaire, Free Gaza aurait accepté l’offre israélienne de transporter sa cargaison par la route. Affichage ostensiblement religieux avec chants islamistes et guerriers en prime, objectifs évidemment politique : l’opération « Flottille pour Gaza » est en rupture complète avec l’éthique des grandes boutiques humanitaires. Peut-être faut-il parler, à l’instar de Cyril Bennasar, d’opération « oummanitaire ». De fait, on ne comprend rien à toute cette affaire si on oublie que la Turquie se verrait bien en leader du monde musulman et doit, pour cela, faire oublier son alliance avec les juifs. Maintenant qu’il est passé dans le camp de leurs ennemis, peut-être Erdogan sera-t-il le fameux partenaire dont les Israéliens affirment avec constance –et, souvent une sacrée dose de mauvaise foi – qu’il n’existe pas.

Le monde entier solidaire du Hamas

En attendant, bien au-delà des habituels syndicats norvégiens et autres prix Nobel qui dénoncent avec gourmandise les « nouveaux camps de concentration » sous férule israélienne, le monde entier est solidaire du Hamas, dont l’objectif proclamé est d’instaurer la charia et de détruire son voisin. Rappelons que ce sympathique parti humanitaire est en guerre contre Israël, qu’il dispose de roquettes permettant d’atteindre Ashkelon et que le blocus lui a été imposé par Israël et l’Egypte avec l’approbation du Quartet (Etats-Unis, Russie, France, ONU) tant qu’il ne satisfera pas à des exigences minimales – reconnaissance d’Israël, renoncement à la lutte armée, acceptation des accords d’Oslo. Rappelons également qu’Israël a proposé de le desserrer en échange de la libération de l’otage Gilad Shalit. Non seulement, le Hamas n’a pas fait un pas mais, à l’évidence, fort du soutien d’une opinion mondiale chauffée à blanc, il va obtenir la levée du blocus. Au demeurant, c’est sans doute une bonne nouvelle, dès lors que ce blocus est politiquement désastreux et militairement intenable.

Reste que la détestation d’Israël semble interdire toute réflexion. Dans cette atmosphère survoltée, on a envie d’appeler tout le monde à la responsabilité, de rappeler aux amis des Palestiniens, à Cécile Duflot, à Olivier Besancenot, qu’on peut manifester pour toutes sortes de causes, mais pas avec n’importe qui, et qu’on peut dire beaucoup de choses mais pas avec n’importe quels mots. Quelles que soient les fautes voire les crimes des Israéliens, il faut rappeler que, pour une bonne part, leurs ennemis sont les nôtres. Les nôtres, à nous Français et Occidentaux.[/access]