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Eichmann, un salaud absolument relatif

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La toute première expérience de télé-réalité n’a pas été «Le loft», comme on pourrait naïvement le penser. Ce fut la captation, à Jérusalem du procès d’Adolf Eichmann, entre avril et mai 1961, à une époque où l’austère David Ben Gourion n’avait pas encore permis à son peuple de se vautrer sur les canapés en matant les émois post-adolescents de nos contemporains.

C’est donc assis bien droit sur un siège convenable qu’il ne faudra pas manquer, jeudi 21 avril à 22h30 sur France 2, le documentaire « Le Procès Eichmann » écrit par Annette Wieviorka et Michaël Prazan et réalisé par ce dernier. Même si on connaît la fin, ce récit fait d’archives filmées du procès et d’entretiens avec des témoins directs reste palpitant.

L’affrontement entre le procureur Gideon Hausner, qui veut ériger Eichmann en icône du mal absolu, et l’accusé qui s’acharne à dissocier son être et sa fonction, est fascinant. Et cela d’autant plus qu’il se déroule dans un allemand parfait de part et d’autre, Hausner et Eichmann étant issus du même moule culturel.

Cela se passait il y a cinquante ans, mais la question soulevée par ce procès n’a pas pris une ride : Satan existe-t-il ?

Kerr : who cares ?

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Ronan Kerr
Funérailles œcuméniques pour le policier irlandais Ronan Kerr.

À la longue liste des personnes assassinées au nom d’un Dieu de paix et d’amour, il convient désormais d’ajouter Ronan Kerr.

Ronan Kerr était catholique. Il en est mort. Un de plus. Il est vrai que les catholiques paient, en ce moment, un lourd tribut en certains points chauds bouillants du globe. J’entends d’ici fuser les exclamations indignées à juste titre et je m’apprête à lire des commentaires logiquement scandalisés.

Pourtant, Ronan Kerr n’a pas été égorgé à Tibhirine, lapidé au Caire ou pendu à Téhéran par des barbus hystériques. Il a été pulvérisé quand sa Ford Mondeo piégée a explosé à Omagh, dans le comté de Tyrone, alors qu’il s’apprêtait tranquillement à rentrer chez lui après sa journée de travail. En Irlande, donc, comme son patronyme bien celtique pouvait le laisser supposer. Plus précisément en Irlande du Nord.

Il avait 25 ans et une tête de bébé. Il venait de s’engager comme constable dans la police de sa ville. La police très britannique d’un pays où les guerres de religion entre bons chrétiens ne sont pas un vain mot et tuent pour de vrai.

Omagh la sanglante. En 1998, le plus meurtrier des attentats de l’IRA en trente ans y a fait 29 morts et 220 blessés quand la branche « véritable » a voulu en finir avec la branche « provisoire ». À moins que ce ne soit le contraire, cet abscons jargon pseudo-révolutionnaire pêchant souvent par manque de clarté. Des protestants, des catholiques, un mormon, neuf enfants, une femme enceinte de jumeaux, deux touristes espagnols et des excursionnistes situés un peu avant Ronan Kerr dans la liste susnommée pourraient témoigner qu’un crime pour raison religieuse relève toujours d’une extravagante absurdité.

Pourtant, depuis vingt ans, le processus de paix initialisé par Tony Blair le catholique a enfin enterré deux siècles d’insurrections et de violences religieuses continues au cœur même de l’Europe. Le partage équitable des postes administratifs et policiers entre les deux communautés étant le fer de lance et le symbole même de la réconciliation, c’est lui qui a été visé et le malheureux Ronan Kerr en a fait les frais.

Bonne nouvelle malgré tout : la réprobation a été unanime et le pays soudé dans la condamnation univoque. Pour la première fois dans l’histoire, un premier ministre issu du parti démocratique unioniste a assisté officiellement à une messe catholique en compagnie de son vice-premier ministre, le catholique Mc Guinness. Du jamais vu, du 100 % inédit, des officiers de police et des membres de l’association athlétique gaélique ont porté le cercueil épaules contre épaules, peine contre peine, laissant là dans la petite église de l’immaculée conception à Beragh leurs dissensions théologiques…

En 2011, pas en 1572 (année du massacre de la Saint-Barthélémy). On croit rêver. Les deux ministres ont rappelé leur attachement au processus pour tourner définitivement la page sanglante écrite par la génération précédente. La mère de la victime a demandé à ses coreligionnaires de ne pas céder à la haine et de poursuivre leur engagement au sein de la police nationale multiconfessionnelle. Le père John Skinnader a rappelé que le policier abattu était « le symbole de la nouvelle Irlande du Nord, un jeune homme rêvant depuis toujours d’être au service des autres, pour les protéger et construire la paix entre les communautés ». Le cardinal Sean Brady, primat de l’église d’Irlande, a plaidé pour l’arrêt définitif de toute forme de violence. 70 000 personnes silencieuses se sont rassemblées à Belfast à l’appel des syndicats. Des discours de tolérance par des hommes et des femmes de bonne volonté qu’on aimerait entendre partout.

Il n’empêche qu’au Royaume-Uni, si la priorité est depuis 2005 à la lutte contre le terrorisme islamique, on garde toujours un œil méfiant sur ces Républicains irlandais qui se réveillent régulièrement comme des volcans mal éteints. Les musulmans n’ont pas le monopole de l’obscurantisme et protestant échaudé craint l’eau froide. Un arsenal de kalachnikovs, détonateurs, bombes incendiaires et semtex a été découvert dans un garage de Coalisland juste après le crime. Assurément, il n’était pas là que pour faire joli.

Quoique non revendiqué, cette fois encore, la responsabilité du crime est attribuée à des « dissidents » républicains opposés à la décision du Sinn Fein (parti nationaliste et catholique nord-irlandais) de partager le pouvoir avec les frères ennemis protestants.
Dissidents… Qui se cache dans ce fourre-tout commode ? Autant de vieux militants qui refusent de déposer les armes et d’accepter les méthodes pacifiques que des gamins désabusés, sans avenir, détruits par la succession des plans d’austérité inaugurés par Margaret Thatcher et qui ont laissé sur le carreau une génération prête à se laisser tenter par la solution extrémiste.

Comme un dernier baroud d’honneur, les scories d’une guerre religieuse d’un autre âge, au moment où les Irlandais de la République vous laissent entendre à mi-mot qu’ils ne voudraient pas du Nord quand bien même on leur offrirait sur un plateau. Dans quelques semaines Elizabeth II effectuera au pays du trèfle la première visite officielle d’un souverain britannique depuis l’indépendance en 1922…

Rien ne change, décidément, sous le soleil. À Omagh, New-york ou Bagdad, Dieu ou Allah ont toujours bon dos quand il s’agit de torpiller par la terreur les souhaits de la majorité silencieuse. À Omagh ou Bagdad, la réconciliation est passée ou passera par la satisfaction du très irrationnel mais très ombrageux sentiment de dignité et de justice.

Mélenchon ou le blues discret du PCF

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photo : Audrey AK

Jean-Luc Mélenchon candidat ? Rien n’est joué, en tout cas pour le Front de Gauche. Il convient, avant de poursuivre, de donner quelques précisions terminologiques. En effet, si la personne de Mélenchon, avec son mélange de faconde et d’énergie de tribun de la plèbe, est très présente médiatiquement, les forces politiques qui le soutiennent et la façon dont elles sont organisées sont finalement très mal connues. Et pour cause : le silence le plus total règne sur cette question et même le ministère de l’Intérieur qui, le soir du premier tour des élections cantonales n’a pas jugé bon de donner en tant que tel le score du Front de Gauche, le noyant dans celui du PCF, de l’extrême gauche et même des divers gauche.

On peut penser que ce flou artistique arrangeait tout le monde. Le Front de Gauche a en effet représenté ce jour-là 9% des suffrages exprimés. Après avoir, à la surprise générale et notamment celle d’Arlette Chabot qui avait quand même beaucoup fait la publicité de Besancenot, devancé le NPA avec près de 7% des voix lors des élections européennes de 2009 et réédité l’exploit l’année suivante lors des régionales avec des pointes à 11% dans le Nord-Pas de Calais, 14,5% en Auvergne et 20% dans le Limousin, voilà que ce damné FDG s’affirmait comme la deuxième force de gauche. Les premiers mécontents étaient évidemment les écologistes qui prétendaient à ce statut au point de ne pas avoir hésité à maintenir leurs candidats dans certains cantons contre le candidat FDG. Le PS ne voit pas non plus d’un très bon œil ce retour d’une autre gauche, de rupture et de combat, qui l’obligerait à se gauchir pour passer des alliances alors qu’il ne rêve que de partenariats privilégiés avec les Verts et le Centre, tellement plus fréquentables. Même chose pour la droite droitisée et pour Marine Le Pen qui craignent que certains réussissent à mobiliser un électorat populaire sur un discours très social sans surenchère sur la sécurité, l’immigration et les dangers de l’islam intégriste.

Seulement, pour l’instant Jean-Luc Mélenchon n’est pas (encore) le candidat officiel choisi par le Front de Gauche pour porter « un programme partagé » actuellement en cours d’élaboration. Il a simplement été désigné comme candidat à l’élection présidentielle par sa jeune formation, le Parti de Gauche(PG). Le Parti de Gauche est né début 2009, sous l’impulsion du sénateur de l’Essonne et du député socialiste du Nord Marc Dolez. Il ajoute à une vision antilibérale sur le plan économique une forte sensibilité écologique et sociale, incarnée par exemple par le ralliement de Martine Billard, députée qui a quitté les Verts pour rejoindre Mélenchon.

Le Parti de Gauche, avec ses 8000 militants, n’est qu’une des composantes du Front de Gauche qui n’est pas une formation politique en tant que telle (on ne peut pas y adhérer directement, par exemple) mais une alliance électorale. Celle-ci comporte principalement deux autres forces. « Gauche Unitaire » est dirigée par Christian Picquet, ancien du NPA qui ne supporte plus, comme un certain nombre de militants, l’enfermement sociétaliste de la formation trotskyste et surtout son refus à priori de toute forme de participation ou de soutien à des gouvernements socialistes, même pour y établir un rapport de force afin de peser sur certaines décisions. Gauche unitaire revendique un petit millier de militants.

L’autre composante du Front de Gauche, c’est bien entendu le PCF et ses beaux restes : 120 000 adhérents, 13 députés, 20 sénateurs, 2 députés européens, 2 Conseils généraux, de nombreuses mairies et plus de 10000 élus locaux. Autant dire le gros de la troupe, avec la force militante la plus présente sur le terrain et les infrastructures qui vont avec.
Il faudrait compter également nombre de petits groupes alternatifs, écologistes aussi rouges que verts ou des dissidences diverses du PCF qui font d’ailleurs craindre, comme l’a une fois dit le député PCF Alain Bocquet qu’ « un rassemblement de petits finisse par un petit rassemblement. »

Il y a donc une distorsion, et un peu plus que ça, entre le poids médiatique de Jean-Luc Mélenchon et son poids politique réel au sein du Front de Gauche. En effet, même s’il a reçu pour sa candidature le soutien de « Gauche Unitaire », rien n’est fait tant que le PCF ne s’est pas prononcé. Et c’est là que le bât risque de blesser. Certes, Pierre Laurent, secrétaire national, a bien reconnu lors du dernier Conseil National que la candidature Mélenchon était « la plus susceptible de nous permettre de franchir un cap dans nos objectifs ». Traduit en langage non-initié, cela veut dire faire un score à deux chiffres aux présidentielles qui rendra ce courant indispensable pour le candidat socialiste quel qu’il soit dans la perspective du second tour. Et qui permettra dans la foulée de négocier 80% des candidatures dans la perspective des élections législatives qui suivront.

Seulement, lors de ce Conseil National du PCF qui s’est tenu les 8 et 9 avril, une résolution actant la stratégie de Front de Gauche a été adoptée par 87 voix contre 30 et 9 abstentions. Rien de catastrophique apparemment mais pour qui sait lire, cela traduit de vrais clivages. Comme les communistes refusent avec raison de jouer la farce de primaires à la socialiste, faussement démocratiques et vraiment démagogiques, qui réduisent à rien la fonction militante, les adhérents du PCF voteront pour désigner leur candidat les 16, 17 et 18 juin. Or, rien n’indique avec certitude une victoire de Mélenchon. Il existe en effet trois autres prétendants. Le député André Chassaigne qui a fait un excellent score en Auvergne et commence à être un peu connu du public grâce à sa fibre « terroir » à la Duclos, estime qu’un communiste porterait mieux la stratégie du Front (de gauche). Mais surtout, deux candidatures « identitaires » refusent cette stratégie qu’elles voient comme une manœuvre destinée à ramener le PCF dans les ornières du programme commun ou de la gauche plurielle : celle, relativement anecdotique, Emmanuel Dang Trang, secrétaire la section du XVème arrondissent de Paris et celle d’André Gerin, le député du Rhône, maire de Vénissieux jusqu’en 2009. André Gerin, dont la devise est « J’aime le rouge dans le respect du blanc et du bleu », est le communiste adoré par la droite depuis ses prises de positions très fermes sur la burqa et la sécurité (il a même co-signé un livre sur la question avec… Eric Raoult.

La partie n’est donc pas gagnée pour Mélenchon. Ça tiraille dur, et pas seulement, comme on pourrait le croire chez les vieux militants du Pas de Calais. Dans nombre de fédérations, les jeunes communistes craignent la dissolution de l’identité communiste. L’ironie de l’affaire, c’est que les pro et anti « Méluche » poursuivent le même objectif : la survie du PCF.

Gaza : Pacifiste ? Pas si vite !

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Malgré la mise en garde circonstanciée de Manuel Moreau, durant tout ce week-end, la quasi totalité de la presse française, de Libération au Figaro, a décrit Vittorio Arrigoni comme un militant « pacisfiste » et l’International Solidarity Movement, qu’il représentait à Gaza, comme une organisation de la même eau.

La contagion a même touché TF1, frappée pour le coup d’enderlinite et qui titre sur son site : « Gaza : un pacifiste italien étranglé par des proches d’Al Qaïda ».

Sans prendre le risque d’aller traîner leurs guêtres à Gaza, mes chers confrères auraient pu, en jetant un rapide coup d’œil sur le site d’ISM, découvrir qu’il s’agissait là d’un pacifisme assez vernaculaire, et pour tout dire exotique, à l’aune de nos valeurs.

Ainsi, sur la page d’accueil du site français de l’ISM on trouve, juste sous les hommages à « Vik », cet article sans équivoque, en date du 11 avril, signé de Khaled Amayreh et titré : « Le Hamas a droit à la contrebande d’armes ». En voici les premières phrases : « Le Hamas a un droit absolu moral, légal et humain à défendre le peuple de Gaza contre les incessantes attaques israéliennes. Mais pour mener à bien cette tâche hautement éthique, il doit faire entrer des armes de divers types dans la Bande de Gaza. » Cet article pacifiste a bien sûr été illustré par le site pacifiste avec une photo pacifiste, que voici :

Photo : Khaled Amayreh

En cherchant un peu plus encore, mes amis de TF1 et d’ailleurs auraient pu trouver sur le site de l’ISM nombre d’autres textes du même auteur (un journaliste palestinien très hostile à l’Autorité palestinienne, jugée capitularde). L’un d’eux au hasard : en date du 27 janvier 2010, il a pour titre «Israël n’a aucune légitimité, point final» et se conclut ainsi : « En bref, le Hamas ne doit jamais reconnaître la légitimité d’Israël, en aucune circonstance, car ce serait légitimer les crimes génocidaires affreux qu’Israël commet contre le peuple palestinien depuis sa création illégitime il y a plus de 60 ans. Que dirait le Hamas à tous ces réfugiés s’il décidait, Dieu nous en préserve, de commettre un adultère national en reconnaissant l’entité satanique appelée Israël ? »

Bref je veux bien que TF1 décrive cet homme lâchement assassiné et son organisation comme pacifistes, mais à ce tarif-là, on pourrait requalifier feu « Carré ViiiP » d’émission culturelle…

Kate et William : destination danger ?

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Qui a dit que les touristes boudaient les pays arabes pour cause d’épidémie de révolutions ?

Certes nombre de tour-operators en sont réduits à afficher des promos de 30, voire 50% sur l’Egypte ou la Tunisie, mais même à tarif réduit, les vacanciers sont peu nombreux à revenir vers le Moyen-Orient.

Naturellement, certaines destinations comme la Syrie et la Libye restent boudées par les occidentaux (à l’exception des militaires dans ce dernier). Mais les vacanciers n’étaient pas très nombreux à Tripoli avant même qu’y vole le premier caillou.

Et puis d’autres pays arabes ont le vent en poupe : d’après le Sunday Telegraph, Kate Middleton et son prince William envisageraient de passer leur lune de miel en Jordanie, et ce malgré les mouvements de protestations récurrents à Amman.

Cela étant, on dit aussi à Londres que les jeunes époux pourraient tout bêtement aller étrenner leur mariage au château familial de Balmoral, en Ecosse.

Là, tout ce qu’ils risquent, c’est du mauvais temps…

Pina Bausch, c’était l’humour et la joie

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photo : terafoto

Ici, la beauté vous tranche en deux, puisque la chorégraphe Pina Bausch est au couteau. Les pieds de la table enjambent une rivière. Assise, de dos, une femme belle et mûre. Le haut de son corps est dénudé. Douloureuse, elle presse ses seins et ses bras contre la table. Un voile tombe de sa main, le filet d’eau l’emporte. Un jeune Espagnol gracieux aux longs cheveux danse vêtu d’une robe chamarrée. Un autre danseur invente le geste intime et exact de sa joie. La troupe entière adopte et s’approprie euphoriquement sa salutation à l’espace. Nous nous rappelons soudain charnellement que la joie et l’espace ne sont qu’une seule et même chose.

Si Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann m’ont émerveillé il y a quelques mois, j’ai été déçu par le Pina que nous livre à présent Wim Wenders. Les deux films méritent cependant d’être vus. Je n’ai pas aimé les images en trois dimensions de Wenders qui ne restituent en rien la présence sensuelle des corps dansants et relèvent de la féerie pour caniche technolâtre. Elles se montrent trop en tant que technique et ne donnent ainsi rien à voir. Ses ailes de géant empêchent Wenders de filmer. Les corps dansés par Pina Bausch finissent toutefois par s’arracher à ces effets spécieux et par sauver le film.

Pina enchevêtre des extraits de pièces de Pina Bausch, des interviews des danseuses et des danseurs et leurs créations dans la nature ou la ville. Dans les deux premiers tiers du film, Wenders opère dans l’œuvre de Pina Bausch un tri qui la dénature en privilégiant trop les séquences douloureuses. Il s’attarde longuement sur Café Müller, seule pièce où cette douleur est seule absolument.

La scène est un champ à l’abandon planté de chaises éparses, d’une effarante solitude. Avec parmi eux la beauté hâve, squelettique et hiératique de Pina Bausch – les corps esseulés des danseuses et des danseurs tâtonnent dans un paysage blessant en fermant les yeux. Les chaises, les murs, les autres corps sont ici, à l’image du corps de chacun pour lui-même, un infranchissable obstacle. L’essence de la pièce pourrait être résumée par cette atroce notation de Kafka : « L’os de son propre front lui barre le chemin (contre son propre front il se frappe le front jusqu’au sang). » Chaque corps y porte le deuil de son jeu intérieur, de la distance à soi qui ouvre en lui l’espace. C’est pourquoi l’espace extérieur, le jeu dansé des distances entre les êtres sont abolis eux aussi. La désolation du désert ferme l’espace de l’amour et de la rencontre. Les corps sont anéantis par la pétrification. Entre eux et en eux, l’espace ne prend plus, n’advient plus.

Dans Café Müller, le grand art de Pina Bausch est encore un oisillon aveugle et chauve prisonnier de son œuf – captif de l’anti-monde de la douleur. Pourquoi l’oisillon se recroqueville-t-il sur lui-même au centre de l’œuf ? Pourquoi se resserre-t-il dans la plus extrême concentration de la douleur ? Par amour de celle-ci ? Parce que la douleur seule est vérité, beauté et grandeur ? Le parti pris doloriste de Wenders pourrait nous le laisser croire. Mais cette condensation est en réalité une ruse physique pour ouvrir dans l’œuf un interstice, l’espace permettant à l’oisillon de prendre son élan avant de déployer soudain son corps de tout son être pour faire voler en éclat la coquille.

Contrairement à Wenders, prosterné devant le monolithe d’une douleur forcément doloriste, l’art de Pina Bausch s’émerveille de l’exubérante pluralité du monde. Il possède réellement, lui, trois dimensions : comique, joie pure, pure douleur. Il repose sur un contrepoint permanent, sublime et abrupt entre un humour éblouissant (Wenders a commis le crime de l’escamoter presque entièrement), une douleur qui ne se regarde pas douloir et une joie fulgurante qui ne se regarde pas jouir. Wenders perd l’équilibre de ce contrepoint, qui constitue pourtant l’essence de l’art de Pina Bausch. Il oublie (sauf brièvement à la fin du film) ce qu’il y a de plus beau en lui : la joie de notre sensuelle et perpétuelle arrivée au monde. Le désert transformé par une goutte d’eau, en une seconde, en une jungle florissante. Les corps s’abandonnant dans une joie infinie et insoutenable à jouer au monde et au désir avec d’autres corps.
Wenders a hélas négligé ce qu’il y a de plus grand et de plus sérieux dans cet art : les stupides enfantillages sensuels de la joie pure, la commune exultation d’être. L’envers enfantin et éternel de notre chair de douleur.

Un feu follet nommé Berthet

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Les bulles sont souvent tristes les nuits de Noël. Le cœur fragile d’un père, par exemple, se débat pour que le tic-tac ne s’arrête pas. Le 24 décembre 1983, c’est le scénariste Paul Gégauff qui s’en va, à couteaux tirés. Vingt ans plus tard, l’écrivain Frédéric Berthet s’écroule dans son appartement de la rue Tournefort, à bout de souffle, d’alcool.[access capability= »lire_inedits »]

L’époque ne goûtant guère la grâce fragile des feux follets, ils ne seront pas nombreux à saluer, d’un « Tchin… » plein de larmes, sa mémoire lunaire : Olivier Frébourg, Patrick Besson, Éric Neuhoff. Des amis qui, naturellement, trouvent leur place dans la correspondance de Berthet qu’éditent les Éditions de la Table Ronde, aux côtés de Philippe Sollers, Roland Barthes, Jean Echenoz, de quelques demoiselles et de Michel Déon.

Michel Déon, pour Berthet, fut ce que Chardonne a été pour Nimier : un aîné qui donne le tempo. A la différence de l’auteur de Claire et de Vivre à Madère, qui conseillait au « hussard » dix ans de silence, Déon incite par contre Berthet à aller au bout de ses idées: « Je crois aussi qu’il faut que vous vous preniez par la main et que vous travailliez. Les vieux dictons ont souvent raison : le travail, c’est la santé. Un écrivain (et vous en êtes un) est fait pour écrire. Sans cela, il n’est rien. Ne soyez pas rien. Ce serait vraiment dommage, à la fois pour vous-même et pour ceux qui ont foi en vous. Je sais que ce n’est pas facile, mais il y a une formidable ivresse quand on a réussi, quand on est venu à bout d’une page, de plusieurs pages. »

Une certaine fêlure

En 1978, Berthet semblait répondre par avance à Déon, posant les derniers mots de toutes ses esquisses : « Mais si un soir, prenant la plume, vous en venez à écrire une page qui ne s’adresse plus à personne, alors, dans ce vide succédant à l’absence, vous aurez une idée de ce qu’est un roman, même si vous n’en écrivez jamais. »

Dans les lettres qu’il poste des campagnes de France, de New York, de Malte ou d’autres contrées, Berthet promet beaucoup. Oui, il passe ses journées à écrire. Oui, il est heureux que le livre soit presque achevé. Oui, il relit l’ultime version de son chef-d’œuvre. Oui, Antoine Gallimard en aura pour son argent. Chacun des titres qu’il annonce donne envie : L’Homme de confiance, Trimb, Traité complet de pêche suivi de Le Tennis moderne en 5 leçons, En marche, ou un particulièrement excitant Tour du monde en 80 filles.

L’envie, justement : carburant de Berthet, mêlé à la fatigue qui saisit, parfois, les grands vivants. Longtemps, la quête de la blue note a été la plus forte. Puis le goulot d’une bouteille de gin, de vin ou de ouisquie a cogné les mots recueillis dans ses carnets – son Journal de trêve posthume – , dans ses nouvelles – Simple journée d’été, en 1986 – et dans son unique roman, Daimler s’en va, en 1988 et prix Roger-Nimier.

Un orfèvre de l’émotion

Daimler s’en va, à (re)découvrir aujourd’hui en format poche, raconte la vie, l’ennui, les petits plaisirs et la mort de Raphaël Daimler, dit « Raph ». Daimler ne va pas à la fiesta qu’organisent son ami Bonneval et sa petite amie Véro. Il envoie à Bonneval une longue lettre, bye bye rieur aux excès et aux éclats de rire. Daimler est un chic type. Il écrit, sous le pseudo de Martin Hawaï, les paroles d’Héroïque − « J’ai perdu mon lipstick / Ça me rend hystérique / J’peux pas rester statique / Va falloir que j’me pique » − qu’on imagine bien sur un Maxi 45 Tours d’Elli & Jacno. Il fume lentement des cigarettes et se souvient de son premier flirt. Il est amoureux des jeunes filles blondes courant dans les blés, ce qui lui permet d’oublier, champagne et psychanalyse aidant, une femme fatale enfuie dans de lointaines îles anglaises. Il envoie des télégrammes qui commencent par « Old sport », s’interroge sur le dandysme aussi. A Bonneval lisant Le Chasseur français, il lance des phrases du genre : « Charlie, le dandysme consiste à se placer du point de vue de la femme de ménage qui découvrira le cadavre, au matin. »

Daimler n’est donc pas un jeune homme triste. Daimler est juste fatigué, fenêtre ouverte sur l’amer et sur le sentiment de s’exprimer dans une langue étrangère. Daimler, avant le grand saut, se répète en boucle la mélancolique chute finale du recueil Paris-Berry : « Que de fois n’ai-je pas, dans ma vie, entendu l’expression : Mais tu ne te rends pas compte ! Il faut croire que non. Ou alors, pas des mêmes choses, peut-être ? » Daimler, héros aux fulgurances stylées, est le vieux frère de Frédéric Berthet.[/access]

Correspondances: (1973-2003)

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Daimler s'en va

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« Mitchum est mort » : ruée vers le nord!

L’action du film Robert Mitchum est mort[1. Robert Mitchum est mort, long-métrage de Fred Kihn et Olivier Babinet (sur les écrans depuis le 13 avril)], de Fred Kihn et Olivier Babinet se déroule quelque part après la mort de Robert Mitchum. Dans un monde triste, gris et désenchanté, dans lequel il est assez pénible de vivre. Arsène (Olivier Gourmet) est un ancien rocker de seconde-zone, vieillissant, rétro, anachronique, gavé de rockabilly, et passablement mythomane, qui tente de se reconvertir en agent d’acteurs. Il prend sous son aile fragile un jeune-homme mou et paumé, Franky Pastor (Pablo Nicomedes), qui rêve de devenir comédien. Franky est encore sous le coup d’un sérieux chagrin d’amour, et quand il re-joue ad libitum, le cœur gros, et dans sa chambre à coucher, une émouvante scène de mélo américain, Arsène a les larmes aux yeux. Ce dernier apprend que le réalisateur mythique du film qui obsède Franky participera bientôt à un festival de cinéma aux confins de la Finlande, et il décide d’y emmener son poulain. C’est là que les problèmes commencent…

Petites cylindrées et grands chevaux

Arsène revend sa guitare et quelques vinyles de collec’ pour financer cette épopée insensée vers un pôle arctique de fantasme où le soleil ne se couche jamais. Le western d’Arsène et Franky, biberonnés au rêve américain, n’est pas une course vers l’ouest, mais vers les glaces septentrionales. La première bagnole volée de ce road-movie halluciné, qu’Arsène choisit car elle est raccord avec la couleur de son costume, permet à la bande d’amorcer sa dérive. Première escale à Strasbourg, chez le frangin d’Arsène qui est un vieux rocker dégénéré coachant un orchestre de bal glorieux tout droit sorti des années 50. Ensuite direction la Finlande, via la Pologne. Des cylindrées il y en aura d’autres… En filigrane, Arsène – fonçant bille en tête vers son improbable désir de réussite – est un Dom Quichotte punk-rock sur son destrier peu fier, affrontant les hideux moulins à vent du monde réel… (Ces gens de cinéma qui ne veulent rien comprendre à la sensibilité de Franky ! Ces flics qui le harcèlent, alors qu’il ne cherche qu’à faire le bien, c’est-à-dire du cinéma…)

Cercle polaire et autres images pittoresques

C’est avec un évident sens poétique du décalage que Kihn et Babinet nous invitent à suivre leurs personnages. Les situations loufoques s’enchaînent, les apparitions solaires se succèdent (dont un mystérieux griot tendance psychobilly, de Strasbourg – Bakary Sangaré, de la Comédie Française s’il vous plait ! – voyageant clandestinement dans le coffre de la voiture et jouant d’un mystérieux instrument de musique au clair de lune…), et peu à peu s’illustre la philosophie minimaliste énoncée par Arsène-la-loose : « Faut faire avec ce qu’on a, même si on n’a pas grand-chose…»
Mitchum

L’intriguant titre de l’excellent premier long-métrage de Kihn et Babinet ne s’explique qu’à moitié par la citation de l’acteur américain qui est mise en exergue de leur film : « Un jour, j’ai vu les Aventures du chien Rintintin à Télévision. Et je me suis dit, si lui peut le faire, je peux le faire ». Si Mitchum peut le faire, pourquoi pas Franky ? Un Mitchum éternel qui a d’ailleurs joué son ultime rôle au milieu des années 90 dans un film de Jim Jarmusch (référence évidente de Kihn et Babinet, avec Aki Kaurismaki)… Pour qu’il puisse affronter la mort, les amis de Mitchum l’ont mis en bière – façon Egypte ancienne – avec des bouteilles de Scotch. Pour faire face à la vie Arsène se bourre de molécules diverses, antidépresseurs et excitants, qui altèrent peu à peu son état de conscience ; tandis que Franky, lui, se shoote allégrement à la rêverie poétique en regardant défiler les nuages qui surplombent la route. Franky parviendra t-il à rencontrer ce réalisateur américain mythique qui pourrait bien faire décoller sa carrière ? Arsène – au bout de sa dérive – parviendra t-il au nord magnétique de la gagne ? Arriveront-ils – au bout du monde – à métamorphoser leur attachante « déglingue » en cinéma ?
Les réalisateurs ont trouvé une sympathique formule pour qualifier l’univers de leur film : « mélancomique ». On ne saurait mieux dire.

Un nouveau cinéma américain ?

Cette année aux Oscars, trois cinéastes américains partageaient plus que des nominations. Christopher Nolan, Darren Aronofsky et David Fincher, nommés respectivement pour Inception, Black Swan et The Social Network, sont devenus en une quinzaine d’années les représentants quasi-officiels du renouveau hollywoodien.

Un nouveau style contre des studios finissants

Si la chose mérite d’être soulignée, c’est qu’il n’en a pas toujours été ainsi. D’une part parce qu’ils ont tous trois commencé à réaliser au relatif moment de grâce du cinéma américain indépendant, les années 1990, où il s’agissait d’imposer son propre style face aux studios finissants. D’autre part parce que le prestige dont ils sont aujourd’hui nimbés tranche avec la réception critique de leurs premiers films. En gros : Seven (de Fincher) est passé pour un bon film dans son genre, Pi (d’Aronofsky) pour un nouveau gadget paranoïaque et Following (de Nolan) comme un film potable de scénariste. Qu’a donc, pourtant, de si particulier cette nouvelle génération?

Les films dont nous parlons ont au moins en commun d’avoir été érigés très tôt en objets cultes par un jeune public cinéphile. Pas de politique des auteurs pour ces trois cinéastes : ce n’est pas dans les colonnes des revues, mais dans les forums du Web qu’ils ont d’abord été défendus. C’est que nous avons affaire, dès le départ, à des films reposant sur des concepts scénaristiques forts. Un mystère mathématique dans Pi, une réalité qui se décompose comme un puzzle dans The Game et une histoire qui commence par la fin et se termine par le début dans Memento.

C’est le reproche qui leur a souvent été adressé : trop de gadgets, trop de scénario, pas assez de cinéma. Un reproche parfois fondé, par exemple contre un film comme Requiem for a dream (Darren Aronofsky), tragédie sur la drogue, avec des effets visuels à gogo, qui suscita l’émoi de toute une génération de lycéennes filière L. Le poids du concept et la tentation de l’abstrait deviennent difficilement supportables dans The Fountain, le délire new age d’Aronofsky sur l’amour et la mort, avec Hugh Jackman et Rachel Weisz.

Une réalité hackée

Mais cette piste vers l’abstraction et la plasticité du monde connaît chez David Fincher et Christopher Nolan des bifurcations autrement plus intéressantes. Chez l’auteur de Fight Club, le monde ressemble à un système d’illusions qu’il s’agit d’infiltrer et de saboter. L’intérieur de la maison de Panic Room, film négligé de Fincher, est un monde virtuel minutieusement exploré par la caméra. Cet environnement en trompe-l’œil est le territoire d’un rapport de force : la réalité peut toujours être « hackée », détournée par une force incontrôlable. Un peu à l’image du jeune Mark Zuckerberg de The Social Network, qui parvient avec brio à pirater les codes aristocratiques et les usages élitistes d’Harvard pour les étendre littéralement au monde entier. Le modelage du monde est aussi un enjeu chez Nolan. Ses premiers personnages, de Memento à Insomnia, sont frappés d’impuissance dans leur relation à un environnement incertain et fragmentaire. A l’inverse, ses personnages les plus récents, comme le Batman de Dark Knight ou le Cobb d’Inception, connaissent le grand vertige de la maîtrise des choses et des êtres. Cette dualité n’est possible que dans un monde fait d’écrans et de morceaux de virtualité. Un monde qui ressemble assez au nôtre.

Le retour paradoxal du corps

Pour autant, il ne faudrait pas croire que la chair soit absente du cinéma de cette nouvelle génération. Les personnages existent, ils ont un corps essentiellement souffrant. Ils ont l’air, parfois, d’être les cobayes d’un savant fou. Le Benjamin Button du film de Fincher est un monstre qui porte dans la douleur l’hypothèse étrange présidant à sa destinée. Le corps est tout ce qui reste à Leonard, dans Memento, pour s’accrocher à la vie et retrouver l’assassin de sa femme : c’est sur sa peau qu’il note les indices, liste les faits, tatoue ses maximes. Mais c’est probablement Aronofsky qui est allé le plus loin dans ce sens avec The Wrestler. Jouant avec la souffrance véritable et la souffrance simulée, le corps et le spectacle du corps, le cinéaste a donné à la figure du freak une humanité inédite.

Avec Black Swan, Aronofsky a à nouveau perdu en consistance, faisant de son personnage de danseuse une psychologie vide, au corps purement théorique, manipulable à l’envi. De leur côté, David Fincher et Christopher Nolan ont réalisé, en 2010, des films synthétisant à merveille les enjeux esthétiques de cette nouvelle génération. Le premier en mettant en scène, avec The Social Network, un personnage à la fois singulier et symbolique de notre temps, le second en dissimulant dans une rêverie sur le rêve, Inception, une divagation sur le monde trouble et flottant que nous autres modernes sommes en train de nous construire. Chacun à leur manière, sur un mode inégal et hétérogène, ces trois cinéastes contribuent désormais au miroir inquiétant que l’industrie hollywoodienne sait parfois présenter au monde.

La culture sur des plateaux

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photo : Cuahchic

L’actualité culturelle et politique à la télé, c’est essentiellement sur le service public, et pour cause : la réflexion n’est pas la spécialité de la télé commerciale, qu’on dit pudiquement « privée » sans préciser de quoi. TF1 entretient pourtant une « exception culturelle » qui confirme ses règles : ça s’appelle « Au Field de la nuit » (gag !) et ça se trouve tous les lundis vers 1 heure du matin, à une heure où, de toute façon, les « beaufs » de Cabu, s’ils existent encore, ronflent.[access capability= »lire_inedits »]

Le Michel du titre sert-il donc d’alibi culturel à la chaîne des « cerveaux disponibles pour Coca-Cola » ? Peu lui chaut ! De toute façon, il a d’autres casquettes. Sur TF1, Field se contente de « faire le job » qui lui est demandé : celui de l’intello médiatique accueillant, comme dit son dossier de presse, « les auteurs et les artistes qui font l’actualité ».

Ça a l’air simple, comme ça, mais c’est un métier ! On n’a pas toujours la chance de tomber sur un Denis Jeambar recrachant de bonne grâce cinquante ans de rancœurs rentrées, avec ragots à la clé ; ni même sur un Philippe Besson qui n’en finit pas de faire son coming out romancé (ça reste tendance).

Entre Christine Angot et le McDo au Cantal, Michel Field assure

Il faut parfois se coltiner des Christine Angot, toujours au bord de la crise de nerfs sans que l’on comprenne bien pourquoi. Mais l’ami Field sait aussi comment gérer ce genre de clients délicats. Des relances polies, à la rigueur ; le droit de suite, jamais !

Ainsi la mère Angot peut-elle détailler sans être contredite – mais sans quitter pour autant son air de bête traquée − l’épastrouillant secret de ses vraies-fausses autofictions : c’est compliqué, tout simplement ! « Mon  » Je », ce n’est pas moi : c’est un personnage qui est construit, et c’est beaucoup de travail. » Les autres romanciers devraient en prendre de la graine… Seule la publicité ose interrompre Christine − pour vanter les mérites d’un opérateur téléphonique, d’un jeu vidéo ou du McDo « au Cantal » − sans qu’elle moufte : faut ce qu’il faut !

En fait de débat culturel nocturne, le pendant de Michel Field sur TF1, c’est Philippe Lefait sur France 2. Ça s’appelle « Des Mots de minuit » et, croyez-m’en, les seules blagues sont dans le titre : « Des mots » pour « démons » (j’ai mis un an à comprendre), et « minuit » pour 1h30 (au mieux). A part ça, rien que du sérieux ! Pas de pub, bien sûr – et pourtant, c’est déjà le matin… Pas non plus de gens censés « faire l’actualité » ; rien que des amis choisis, que Philippe reçoit dans une pénombre feutrée : un écrivain kurde anti-kurde, une chorégraphe de la compagnie « Par terre » (sic), un combo chilien anti-Pinochet au chômage technique depuis vingt ans…

Philippe Lefait reçoit tard dans la nuit, mais pas vous !

Entre ces gens de bonne compagnie, jamais un éclat de voix, ni de rire, ne vient troubler les monologues croisés. Chacun se sent chez lui, sauf peut-être nous… A chaque fois qu’il m’est arrivé – par hasard, je le reconnais − de tomber sur cette émission, Philippe faisait ses yeux sérieux par-dessus ses lunettes, et je l’ai pris pour moi : ayant vaguement l’impression de déranger, je suis reparti sur la pointe de la zapette. Après réflexion, il me semble que cette « cérémonie secrète » mériterait d’être rebaptisée : je suggère « Le Cercle des téléspectateurs disparus ».

Voilà en tout cas un titre que l’on n’oserait pas proposer à Yves Calvi, dont l’ego télévisuel se satisfait à peine d’une quotidienne et d’une hebdo. Sur France 5, c’est tous les jours à 17h45 (avec rediff’ à 22h45 pour les fans). Ça s’appelle « C dans l’air », et j’ai toujours pas saisi le jeu de mots ; l’essentiel, c’est que Calvi s’y épanouit dans le genre qu’il affectionne : celui d’éditorialiste déguisé en intervieweur. Cet homme-là a tout compris et il aimerait bien nous en faire profiter, dans la mesure de nos moyens.

Yves Calvi, l’intervieweur qui fait aussi les réponses

Il faut le voir faire la leçon à ses invités, et jouer avec eux comme un gamin avec des marionnettes : et que je vous lance l’un contre l’autre, et que je fais les deux voix si je veux ! A la limite, avec son talent, Yves pourrait se passer d’autres intervenants.

Tel n’est pas le cas sur France 2, le lundi à 22 heures. Dans ce « créneau exposé », comme on dit, les invités sont forcément des poids lourds. Du coup, l’ami Calvi est contraint de brider ses dons pour le one-man-show. Ça s’appelle « Mots croisés » et là, au moins, on comprend la blague ; quant à Yves, il a compris le principe, et se contente modestement de passer les plats…

L’autre semaine, par exemple, il était entouré de deux ministres, dont un ancien, d’un philosophe − « nouveau » −, d’un écrivain en vue et d’un chercheur. Autant de gens qu’il ne faut pas interrompre à tout bout de champ, même sous prétexte de les aider à terminer leurs phrases.

Dans un registre moins « sérieux », comme disent les drôles, il y a Guillaume Durand ; dans notre univers de certitudes impensées, le moindre de ses charmes n’est pas de sembler découvrir ses idées au fur et à mesure qu’il les formule, entre deux « Comment dirais-je… ».

Guillaume Durand, un concept aux reflets auburn

Après avoir cherché pendant vingt-cinq ans, de Berlusconi à « Nulle part ailleurs », la place de son transat’ au soleil de la télé, Durand a fini par poser son ULM à France 2. Pour autant, il ne semble pas avoir encore trouvé son terrain, entre culture lyophilisée et scandales formatés. Mais l’essentiel de Guillaume est ailleurs : dans ses nuances auburn, sa gouaille gavrochienne et même ses fautes de français (Quand on aime, on ne compte pas !).

Cette saison, il anime, le mercredi à 22h50, « Conversations inédites face aux Français ». N’allez pas chercher le gag dans le titre, il est dans le concept : deux personnalités qui n’ont rien à se dire le disent tour à tour, face à un « panel » de Français dont personne n’écoute les questions – sans même parler d’y répondre.
Heureusement, il y a Frédéric Bonnaud, un « Monsieur Éthique » qui sait en toutes circonstances traduire les doléances du panel, incarner le Camp du Bien et dénoncer les « dérapages » avant même qu’ils se soient produits.

Faut-il parler de la « Semaine critique ! » de Franz-Olivier Giesbert ? (France 2, vendredi, 23 heures). Oui, ne serait-ce que pour en saluer le titre : ici, le double sens est si fin qu’il tient tout entier dans un point d’exclamation ! Mais avec FOG, l’écueil (et non pas l’écureuil) serait sans doute de prendre son magazine plus au sérieux que lui-même, qui a un peu souvent l’air de s’en foutre.
Dans sa façon de conduire sa Petite Bande, comme dirait Sigiswald Kuijken, il ressemble de plus en plus à ce qu’il est : un chef d’orchestre star, à l’abondante chevelure négligemment soignée, que toutes les partitions amusent parce que plus rien ne l’abuse.

FOG, ou l’indifférentisme télégénique

Dans sa fosse, chaque semaine : quatre solistes réputés, qui jouent volontiers leur partition sous ses compliments généreusement distribués ; quatre critiques censés pointer leurs fausses notes, mais souvent trop occupés à en faire d’autres entre eux. Et puis, à la bombarde, Nicolas Bedos qui, à force d’en rajouter dans la cacophonie, semble bien avoir inventé un créneau : l’arrivisme punk.

Si vraiment un tel créneau existe, tant mieux pour lui et pour nous ! Contrairement au prévisible Guillon, Bedos se comporte comme un bouffon digne de ce nom : parmi les quatre « rois » qu’intronise FOG chaque semaine, Nicolas en laisse toujours au moins un à poil − et généralement pas le moindre.

Vous me direz : « Tout ça n’est guère sérieux ! », et je vous répondrai du tac au tac : « Mais c’est de la télé ! » Et même encore là, je serai injuste. Par exemple « Ce soir (ou jamais !) », ça passe bien à la télé et, pourtant, ça a un sens (même le titre …).

Enfin, bon, il faudra bientôt en parler au passé : à la rentrée, l’émission quotidienne de Frédéric Taddeï et de sa bande deviendra hebdomadaire. C’est l’idée de Pierre Sled, que je croyais footballeur et qui, paraît-il, est directeur des programmes de France 3.

Dommage parce que, chaque soir, du lundi au jeudi, « CSOJ » nous proposait un truc « nouveau et intéressant », comme disait Bizot : un plateau télé où tout le monde parlait de tout avec tout le monde d’une manière civilisée : une controverse polie entre gens qui, en d’autres temps ou en d’autres lieux, auraient dû s’étriper.

Taddeï, ou l’intelligence rétrogradée

Que diable le service public peut-il bien reprocher à cette émission ? Une audience insuffisante ? Mais ça se saurait, depuis cinq ans ! Son « usure », alors ? Mais qu’est-ce qui s’use moins vite qu’une formule permettant d’inviter, chaque saison, des centaines de personnalités souvent inconnues du grand public ? À moins que ce ne soit là, justement, le problème : donner la parole à tous ces gens sous prétexte qu’ils ont quelque chose à dire, ça a peut-être fini par agacer beaucoup de monde…

Il y a vingt-cinq ans, notre intelligentsia s’était mobilisée pour défendre « Droit de réponse », pétaudière millimétrée par Polac pour assouvir les fantasmes les plus vains de la gauche d’époque. Rien de tel aujourd’hui pour défendre Taddeï, qui d’ailleurs n’en demande pas tant. Au contraire, on l’attaque…

La dernière manifestation en date d’antitaddéisme primaire, on la doit à Laurent Joffrin. Depuis trois décennies maintenant, cet éternel adulescent n’en finit pas de promener sa grande conscience, telle un toutou virtuel, de Libé en Nouvel Obs et retour.

Le mois dernier, il a quand même trouvé le temps de visionner un « CSOJ » consacré à Marine Le Pen, et d’y poser son diagnostic. Tardif peut-être, mais sans appel : décidément ce Taddeï-là serait un crypto-facho, capable d’organiser froidement « une opération de propagande lepéniste au cœur de la télévision publique »[1. NouvelObs.com, 11 mars 2011]. Il veut la place, ou quoi ?

Sans en venir à une telle extrémité, on peut s’interroger sur l’urgence qu’il y avait à fermer cette fenêtre quotidienne de réflexion sur l’actualité. Pour la remplacer par quoi ? Enquêtes criminelles, saison 13 ? « Mireille Dumas, la quotidienne » ? Ou une rediff’ avancée de Plus belle la vie ?

Pierre Sled jugera.[/access]

Eichmann, un salaud absolument relatif

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La toute première expérience de télé-réalité n’a pas été «Le loft», comme on pourrait naïvement le penser. Ce fut la captation, à Jérusalem du procès d’Adolf Eichmann, entre avril et mai 1961, à une époque où l’austère David Ben Gourion n’avait pas encore permis à son peuple de se vautrer sur les canapés en matant les émois post-adolescents de nos contemporains.

C’est donc assis bien droit sur un siège convenable qu’il ne faudra pas manquer, jeudi 21 avril à 22h30 sur France 2, le documentaire « Le Procès Eichmann » écrit par Annette Wieviorka et Michaël Prazan et réalisé par ce dernier. Même si on connaît la fin, ce récit fait d’archives filmées du procès et d’entretiens avec des témoins directs reste palpitant.

L’affrontement entre le procureur Gideon Hausner, qui veut ériger Eichmann en icône du mal absolu, et l’accusé qui s’acharne à dissocier son être et sa fonction, est fascinant. Et cela d’autant plus qu’il se déroule dans un allemand parfait de part et d’autre, Hausner et Eichmann étant issus du même moule culturel.

Cela se passait il y a cinquante ans, mais la question soulevée par ce procès n’a pas pris une ride : Satan existe-t-il ?

Kerr : who cares ?

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Ronan Kerr
Funérailles œcuméniques pour le policier irlandais Ronan Kerr.

À la longue liste des personnes assassinées au nom d’un Dieu de paix et d’amour, il convient désormais d’ajouter Ronan Kerr.

Ronan Kerr était catholique. Il en est mort. Un de plus. Il est vrai que les catholiques paient, en ce moment, un lourd tribut en certains points chauds bouillants du globe. J’entends d’ici fuser les exclamations indignées à juste titre et je m’apprête à lire des commentaires logiquement scandalisés.

Pourtant, Ronan Kerr n’a pas été égorgé à Tibhirine, lapidé au Caire ou pendu à Téhéran par des barbus hystériques. Il a été pulvérisé quand sa Ford Mondeo piégée a explosé à Omagh, dans le comté de Tyrone, alors qu’il s’apprêtait tranquillement à rentrer chez lui après sa journée de travail. En Irlande, donc, comme son patronyme bien celtique pouvait le laisser supposer. Plus précisément en Irlande du Nord.

Il avait 25 ans et une tête de bébé. Il venait de s’engager comme constable dans la police de sa ville. La police très britannique d’un pays où les guerres de religion entre bons chrétiens ne sont pas un vain mot et tuent pour de vrai.

Omagh la sanglante. En 1998, le plus meurtrier des attentats de l’IRA en trente ans y a fait 29 morts et 220 blessés quand la branche « véritable » a voulu en finir avec la branche « provisoire ». À moins que ce ne soit le contraire, cet abscons jargon pseudo-révolutionnaire pêchant souvent par manque de clarté. Des protestants, des catholiques, un mormon, neuf enfants, une femme enceinte de jumeaux, deux touristes espagnols et des excursionnistes situés un peu avant Ronan Kerr dans la liste susnommée pourraient témoigner qu’un crime pour raison religieuse relève toujours d’une extravagante absurdité.

Pourtant, depuis vingt ans, le processus de paix initialisé par Tony Blair le catholique a enfin enterré deux siècles d’insurrections et de violences religieuses continues au cœur même de l’Europe. Le partage équitable des postes administratifs et policiers entre les deux communautés étant le fer de lance et le symbole même de la réconciliation, c’est lui qui a été visé et le malheureux Ronan Kerr en a fait les frais.

Bonne nouvelle malgré tout : la réprobation a été unanime et le pays soudé dans la condamnation univoque. Pour la première fois dans l’histoire, un premier ministre issu du parti démocratique unioniste a assisté officiellement à une messe catholique en compagnie de son vice-premier ministre, le catholique Mc Guinness. Du jamais vu, du 100 % inédit, des officiers de police et des membres de l’association athlétique gaélique ont porté le cercueil épaules contre épaules, peine contre peine, laissant là dans la petite église de l’immaculée conception à Beragh leurs dissensions théologiques…

En 2011, pas en 1572 (année du massacre de la Saint-Barthélémy). On croit rêver. Les deux ministres ont rappelé leur attachement au processus pour tourner définitivement la page sanglante écrite par la génération précédente. La mère de la victime a demandé à ses coreligionnaires de ne pas céder à la haine et de poursuivre leur engagement au sein de la police nationale multiconfessionnelle. Le père John Skinnader a rappelé que le policier abattu était « le symbole de la nouvelle Irlande du Nord, un jeune homme rêvant depuis toujours d’être au service des autres, pour les protéger et construire la paix entre les communautés ». Le cardinal Sean Brady, primat de l’église d’Irlande, a plaidé pour l’arrêt définitif de toute forme de violence. 70 000 personnes silencieuses se sont rassemblées à Belfast à l’appel des syndicats. Des discours de tolérance par des hommes et des femmes de bonne volonté qu’on aimerait entendre partout.

Il n’empêche qu’au Royaume-Uni, si la priorité est depuis 2005 à la lutte contre le terrorisme islamique, on garde toujours un œil méfiant sur ces Républicains irlandais qui se réveillent régulièrement comme des volcans mal éteints. Les musulmans n’ont pas le monopole de l’obscurantisme et protestant échaudé craint l’eau froide. Un arsenal de kalachnikovs, détonateurs, bombes incendiaires et semtex a été découvert dans un garage de Coalisland juste après le crime. Assurément, il n’était pas là que pour faire joli.

Quoique non revendiqué, cette fois encore, la responsabilité du crime est attribuée à des « dissidents » républicains opposés à la décision du Sinn Fein (parti nationaliste et catholique nord-irlandais) de partager le pouvoir avec les frères ennemis protestants.
Dissidents… Qui se cache dans ce fourre-tout commode ? Autant de vieux militants qui refusent de déposer les armes et d’accepter les méthodes pacifiques que des gamins désabusés, sans avenir, détruits par la succession des plans d’austérité inaugurés par Margaret Thatcher et qui ont laissé sur le carreau une génération prête à se laisser tenter par la solution extrémiste.

Comme un dernier baroud d’honneur, les scories d’une guerre religieuse d’un autre âge, au moment où les Irlandais de la République vous laissent entendre à mi-mot qu’ils ne voudraient pas du Nord quand bien même on leur offrirait sur un plateau. Dans quelques semaines Elizabeth II effectuera au pays du trèfle la première visite officielle d’un souverain britannique depuis l’indépendance en 1922…

Rien ne change, décidément, sous le soleil. À Omagh, New-york ou Bagdad, Dieu ou Allah ont toujours bon dos quand il s’agit de torpiller par la terreur les souhaits de la majorité silencieuse. À Omagh ou Bagdad, la réconciliation est passée ou passera par la satisfaction du très irrationnel mais très ombrageux sentiment de dignité et de justice.

Mélenchon ou le blues discret du PCF

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photo : Audrey AK

Jean-Luc Mélenchon candidat ? Rien n’est joué, en tout cas pour le Front de Gauche. Il convient, avant de poursuivre, de donner quelques précisions terminologiques. En effet, si la personne de Mélenchon, avec son mélange de faconde et d’énergie de tribun de la plèbe, est très présente médiatiquement, les forces politiques qui le soutiennent et la façon dont elles sont organisées sont finalement très mal connues. Et pour cause : le silence le plus total règne sur cette question et même le ministère de l’Intérieur qui, le soir du premier tour des élections cantonales n’a pas jugé bon de donner en tant que tel le score du Front de Gauche, le noyant dans celui du PCF, de l’extrême gauche et même des divers gauche.

On peut penser que ce flou artistique arrangeait tout le monde. Le Front de Gauche a en effet représenté ce jour-là 9% des suffrages exprimés. Après avoir, à la surprise générale et notamment celle d’Arlette Chabot qui avait quand même beaucoup fait la publicité de Besancenot, devancé le NPA avec près de 7% des voix lors des élections européennes de 2009 et réédité l’exploit l’année suivante lors des régionales avec des pointes à 11% dans le Nord-Pas de Calais, 14,5% en Auvergne et 20% dans le Limousin, voilà que ce damné FDG s’affirmait comme la deuxième force de gauche. Les premiers mécontents étaient évidemment les écologistes qui prétendaient à ce statut au point de ne pas avoir hésité à maintenir leurs candidats dans certains cantons contre le candidat FDG. Le PS ne voit pas non plus d’un très bon œil ce retour d’une autre gauche, de rupture et de combat, qui l’obligerait à se gauchir pour passer des alliances alors qu’il ne rêve que de partenariats privilégiés avec les Verts et le Centre, tellement plus fréquentables. Même chose pour la droite droitisée et pour Marine Le Pen qui craignent que certains réussissent à mobiliser un électorat populaire sur un discours très social sans surenchère sur la sécurité, l’immigration et les dangers de l’islam intégriste.

Seulement, pour l’instant Jean-Luc Mélenchon n’est pas (encore) le candidat officiel choisi par le Front de Gauche pour porter « un programme partagé » actuellement en cours d’élaboration. Il a simplement été désigné comme candidat à l’élection présidentielle par sa jeune formation, le Parti de Gauche(PG). Le Parti de Gauche est né début 2009, sous l’impulsion du sénateur de l’Essonne et du député socialiste du Nord Marc Dolez. Il ajoute à une vision antilibérale sur le plan économique une forte sensibilité écologique et sociale, incarnée par exemple par le ralliement de Martine Billard, députée qui a quitté les Verts pour rejoindre Mélenchon.

Le Parti de Gauche, avec ses 8000 militants, n’est qu’une des composantes du Front de Gauche qui n’est pas une formation politique en tant que telle (on ne peut pas y adhérer directement, par exemple) mais une alliance électorale. Celle-ci comporte principalement deux autres forces. « Gauche Unitaire » est dirigée par Christian Picquet, ancien du NPA qui ne supporte plus, comme un certain nombre de militants, l’enfermement sociétaliste de la formation trotskyste et surtout son refus à priori de toute forme de participation ou de soutien à des gouvernements socialistes, même pour y établir un rapport de force afin de peser sur certaines décisions. Gauche unitaire revendique un petit millier de militants.

L’autre composante du Front de Gauche, c’est bien entendu le PCF et ses beaux restes : 120 000 adhérents, 13 députés, 20 sénateurs, 2 députés européens, 2 Conseils généraux, de nombreuses mairies et plus de 10000 élus locaux. Autant dire le gros de la troupe, avec la force militante la plus présente sur le terrain et les infrastructures qui vont avec.
Il faudrait compter également nombre de petits groupes alternatifs, écologistes aussi rouges que verts ou des dissidences diverses du PCF qui font d’ailleurs craindre, comme l’a une fois dit le député PCF Alain Bocquet qu’ « un rassemblement de petits finisse par un petit rassemblement. »

Il y a donc une distorsion, et un peu plus que ça, entre le poids médiatique de Jean-Luc Mélenchon et son poids politique réel au sein du Front de Gauche. En effet, même s’il a reçu pour sa candidature le soutien de « Gauche Unitaire », rien n’est fait tant que le PCF ne s’est pas prononcé. Et c’est là que le bât risque de blesser. Certes, Pierre Laurent, secrétaire national, a bien reconnu lors du dernier Conseil National que la candidature Mélenchon était « la plus susceptible de nous permettre de franchir un cap dans nos objectifs ». Traduit en langage non-initié, cela veut dire faire un score à deux chiffres aux présidentielles qui rendra ce courant indispensable pour le candidat socialiste quel qu’il soit dans la perspective du second tour. Et qui permettra dans la foulée de négocier 80% des candidatures dans la perspective des élections législatives qui suivront.

Seulement, lors de ce Conseil National du PCF qui s’est tenu les 8 et 9 avril, une résolution actant la stratégie de Front de Gauche a été adoptée par 87 voix contre 30 et 9 abstentions. Rien de catastrophique apparemment mais pour qui sait lire, cela traduit de vrais clivages. Comme les communistes refusent avec raison de jouer la farce de primaires à la socialiste, faussement démocratiques et vraiment démagogiques, qui réduisent à rien la fonction militante, les adhérents du PCF voteront pour désigner leur candidat les 16, 17 et 18 juin. Or, rien n’indique avec certitude une victoire de Mélenchon. Il existe en effet trois autres prétendants. Le député André Chassaigne qui a fait un excellent score en Auvergne et commence à être un peu connu du public grâce à sa fibre « terroir » à la Duclos, estime qu’un communiste porterait mieux la stratégie du Front (de gauche). Mais surtout, deux candidatures « identitaires » refusent cette stratégie qu’elles voient comme une manœuvre destinée à ramener le PCF dans les ornières du programme commun ou de la gauche plurielle : celle, relativement anecdotique, Emmanuel Dang Trang, secrétaire la section du XVème arrondissent de Paris et celle d’André Gerin, le député du Rhône, maire de Vénissieux jusqu’en 2009. André Gerin, dont la devise est « J’aime le rouge dans le respect du blanc et du bleu », est le communiste adoré par la droite depuis ses prises de positions très fermes sur la burqa et la sécurité (il a même co-signé un livre sur la question avec… Eric Raoult.

La partie n’est donc pas gagnée pour Mélenchon. Ça tiraille dur, et pas seulement, comme on pourrait le croire chez les vieux militants du Pas de Calais. Dans nombre de fédérations, les jeunes communistes craignent la dissolution de l’identité communiste. L’ironie de l’affaire, c’est que les pro et anti « Méluche » poursuivent le même objectif : la survie du PCF.

Gaza : Pacifiste ? Pas si vite !

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Malgré la mise en garde circonstanciée de Manuel Moreau, durant tout ce week-end, la quasi totalité de la presse française, de Libération au Figaro, a décrit Vittorio Arrigoni comme un militant « pacisfiste » et l’International Solidarity Movement, qu’il représentait à Gaza, comme une organisation de la même eau.

La contagion a même touché TF1, frappée pour le coup d’enderlinite et qui titre sur son site : « Gaza : un pacifiste italien étranglé par des proches d’Al Qaïda ».

Sans prendre le risque d’aller traîner leurs guêtres à Gaza, mes chers confrères auraient pu, en jetant un rapide coup d’œil sur le site d’ISM, découvrir qu’il s’agissait là d’un pacifisme assez vernaculaire, et pour tout dire exotique, à l’aune de nos valeurs.

Ainsi, sur la page d’accueil du site français de l’ISM on trouve, juste sous les hommages à « Vik », cet article sans équivoque, en date du 11 avril, signé de Khaled Amayreh et titré : « Le Hamas a droit à la contrebande d’armes ». En voici les premières phrases : « Le Hamas a un droit absolu moral, légal et humain à défendre le peuple de Gaza contre les incessantes attaques israéliennes. Mais pour mener à bien cette tâche hautement éthique, il doit faire entrer des armes de divers types dans la Bande de Gaza. » Cet article pacifiste a bien sûr été illustré par le site pacifiste avec une photo pacifiste, que voici :

Photo : Khaled Amayreh

En cherchant un peu plus encore, mes amis de TF1 et d’ailleurs auraient pu trouver sur le site de l’ISM nombre d’autres textes du même auteur (un journaliste palestinien très hostile à l’Autorité palestinienne, jugée capitularde). L’un d’eux au hasard : en date du 27 janvier 2010, il a pour titre «Israël n’a aucune légitimité, point final» et se conclut ainsi : « En bref, le Hamas ne doit jamais reconnaître la légitimité d’Israël, en aucune circonstance, car ce serait légitimer les crimes génocidaires affreux qu’Israël commet contre le peuple palestinien depuis sa création illégitime il y a plus de 60 ans. Que dirait le Hamas à tous ces réfugiés s’il décidait, Dieu nous en préserve, de commettre un adultère national en reconnaissant l’entité satanique appelée Israël ? »

Bref je veux bien que TF1 décrive cet homme lâchement assassiné et son organisation comme pacifistes, mais à ce tarif-là, on pourrait requalifier feu « Carré ViiiP » d’émission culturelle…

Kate et William : destination danger ?

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Qui a dit que les touristes boudaient les pays arabes pour cause d’épidémie de révolutions ?

Certes nombre de tour-operators en sont réduits à afficher des promos de 30, voire 50% sur l’Egypte ou la Tunisie, mais même à tarif réduit, les vacanciers sont peu nombreux à revenir vers le Moyen-Orient.

Naturellement, certaines destinations comme la Syrie et la Libye restent boudées par les occidentaux (à l’exception des militaires dans ce dernier). Mais les vacanciers n’étaient pas très nombreux à Tripoli avant même qu’y vole le premier caillou.

Et puis d’autres pays arabes ont le vent en poupe : d’après le Sunday Telegraph, Kate Middleton et son prince William envisageraient de passer leur lune de miel en Jordanie, et ce malgré les mouvements de protestations récurrents à Amman.

Cela étant, on dit aussi à Londres que les jeunes époux pourraient tout bêtement aller étrenner leur mariage au château familial de Balmoral, en Ecosse.

Là, tout ce qu’ils risquent, c’est du mauvais temps…

Pina Bausch, c’était l’humour et la joie

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photo : terafoto

Ici, la beauté vous tranche en deux, puisque la chorégraphe Pina Bausch est au couteau. Les pieds de la table enjambent une rivière. Assise, de dos, une femme belle et mûre. Le haut de son corps est dénudé. Douloureuse, elle presse ses seins et ses bras contre la table. Un voile tombe de sa main, le filet d’eau l’emporte. Un jeune Espagnol gracieux aux longs cheveux danse vêtu d’une robe chamarrée. Un autre danseur invente le geste intime et exact de sa joie. La troupe entière adopte et s’approprie euphoriquement sa salutation à l’espace. Nous nous rappelons soudain charnellement que la joie et l’espace ne sont qu’une seule et même chose.

Si Les rêves dansants, sur les pas de Pina Bausch d’Anne Linsel et Rainer Hoffmann m’ont émerveillé il y a quelques mois, j’ai été déçu par le Pina que nous livre à présent Wim Wenders. Les deux films méritent cependant d’être vus. Je n’ai pas aimé les images en trois dimensions de Wenders qui ne restituent en rien la présence sensuelle des corps dansants et relèvent de la féerie pour caniche technolâtre. Elles se montrent trop en tant que technique et ne donnent ainsi rien à voir. Ses ailes de géant empêchent Wenders de filmer. Les corps dansés par Pina Bausch finissent toutefois par s’arracher à ces effets spécieux et par sauver le film.

Pina enchevêtre des extraits de pièces de Pina Bausch, des interviews des danseuses et des danseurs et leurs créations dans la nature ou la ville. Dans les deux premiers tiers du film, Wenders opère dans l’œuvre de Pina Bausch un tri qui la dénature en privilégiant trop les séquences douloureuses. Il s’attarde longuement sur Café Müller, seule pièce où cette douleur est seule absolument.

La scène est un champ à l’abandon planté de chaises éparses, d’une effarante solitude. Avec parmi eux la beauté hâve, squelettique et hiératique de Pina Bausch – les corps esseulés des danseuses et des danseurs tâtonnent dans un paysage blessant en fermant les yeux. Les chaises, les murs, les autres corps sont ici, à l’image du corps de chacun pour lui-même, un infranchissable obstacle. L’essence de la pièce pourrait être résumée par cette atroce notation de Kafka : « L’os de son propre front lui barre le chemin (contre son propre front il se frappe le front jusqu’au sang). » Chaque corps y porte le deuil de son jeu intérieur, de la distance à soi qui ouvre en lui l’espace. C’est pourquoi l’espace extérieur, le jeu dansé des distances entre les êtres sont abolis eux aussi. La désolation du désert ferme l’espace de l’amour et de la rencontre. Les corps sont anéantis par la pétrification. Entre eux et en eux, l’espace ne prend plus, n’advient plus.

Dans Café Müller, le grand art de Pina Bausch est encore un oisillon aveugle et chauve prisonnier de son œuf – captif de l’anti-monde de la douleur. Pourquoi l’oisillon se recroqueville-t-il sur lui-même au centre de l’œuf ? Pourquoi se resserre-t-il dans la plus extrême concentration de la douleur ? Par amour de celle-ci ? Parce que la douleur seule est vérité, beauté et grandeur ? Le parti pris doloriste de Wenders pourrait nous le laisser croire. Mais cette condensation est en réalité une ruse physique pour ouvrir dans l’œuf un interstice, l’espace permettant à l’oisillon de prendre son élan avant de déployer soudain son corps de tout son être pour faire voler en éclat la coquille.

Contrairement à Wenders, prosterné devant le monolithe d’une douleur forcément doloriste, l’art de Pina Bausch s’émerveille de l’exubérante pluralité du monde. Il possède réellement, lui, trois dimensions : comique, joie pure, pure douleur. Il repose sur un contrepoint permanent, sublime et abrupt entre un humour éblouissant (Wenders a commis le crime de l’escamoter presque entièrement), une douleur qui ne se regarde pas douloir et une joie fulgurante qui ne se regarde pas jouir. Wenders perd l’équilibre de ce contrepoint, qui constitue pourtant l’essence de l’art de Pina Bausch. Il oublie (sauf brièvement à la fin du film) ce qu’il y a de plus beau en lui : la joie de notre sensuelle et perpétuelle arrivée au monde. Le désert transformé par une goutte d’eau, en une seconde, en une jungle florissante. Les corps s’abandonnant dans une joie infinie et insoutenable à jouer au monde et au désir avec d’autres corps.
Wenders a hélas négligé ce qu’il y a de plus grand et de plus sérieux dans cet art : les stupides enfantillages sensuels de la joie pure, la commune exultation d’être. L’envers enfantin et éternel de notre chair de douleur.

Un feu follet nommé Berthet

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Les bulles sont souvent tristes les nuits de Noël. Le cœur fragile d’un père, par exemple, se débat pour que le tic-tac ne s’arrête pas. Le 24 décembre 1983, c’est le scénariste Paul Gégauff qui s’en va, à couteaux tirés. Vingt ans plus tard, l’écrivain Frédéric Berthet s’écroule dans son appartement de la rue Tournefort, à bout de souffle, d’alcool.[access capability= »lire_inedits »]

L’époque ne goûtant guère la grâce fragile des feux follets, ils ne seront pas nombreux à saluer, d’un « Tchin… » plein de larmes, sa mémoire lunaire : Olivier Frébourg, Patrick Besson, Éric Neuhoff. Des amis qui, naturellement, trouvent leur place dans la correspondance de Berthet qu’éditent les Éditions de la Table Ronde, aux côtés de Philippe Sollers, Roland Barthes, Jean Echenoz, de quelques demoiselles et de Michel Déon.

Michel Déon, pour Berthet, fut ce que Chardonne a été pour Nimier : un aîné qui donne le tempo. A la différence de l’auteur de Claire et de Vivre à Madère, qui conseillait au « hussard » dix ans de silence, Déon incite par contre Berthet à aller au bout de ses idées: « Je crois aussi qu’il faut que vous vous preniez par la main et que vous travailliez. Les vieux dictons ont souvent raison : le travail, c’est la santé. Un écrivain (et vous en êtes un) est fait pour écrire. Sans cela, il n’est rien. Ne soyez pas rien. Ce serait vraiment dommage, à la fois pour vous-même et pour ceux qui ont foi en vous. Je sais que ce n’est pas facile, mais il y a une formidable ivresse quand on a réussi, quand on est venu à bout d’une page, de plusieurs pages. »

Une certaine fêlure

En 1978, Berthet semblait répondre par avance à Déon, posant les derniers mots de toutes ses esquisses : « Mais si un soir, prenant la plume, vous en venez à écrire une page qui ne s’adresse plus à personne, alors, dans ce vide succédant à l’absence, vous aurez une idée de ce qu’est un roman, même si vous n’en écrivez jamais. »

Dans les lettres qu’il poste des campagnes de France, de New York, de Malte ou d’autres contrées, Berthet promet beaucoup. Oui, il passe ses journées à écrire. Oui, il est heureux que le livre soit presque achevé. Oui, il relit l’ultime version de son chef-d’œuvre. Oui, Antoine Gallimard en aura pour son argent. Chacun des titres qu’il annonce donne envie : L’Homme de confiance, Trimb, Traité complet de pêche suivi de Le Tennis moderne en 5 leçons, En marche, ou un particulièrement excitant Tour du monde en 80 filles.

L’envie, justement : carburant de Berthet, mêlé à la fatigue qui saisit, parfois, les grands vivants. Longtemps, la quête de la blue note a été la plus forte. Puis le goulot d’une bouteille de gin, de vin ou de ouisquie a cogné les mots recueillis dans ses carnets – son Journal de trêve posthume – , dans ses nouvelles – Simple journée d’été, en 1986 – et dans son unique roman, Daimler s’en va, en 1988 et prix Roger-Nimier.

Un orfèvre de l’émotion

Daimler s’en va, à (re)découvrir aujourd’hui en format poche, raconte la vie, l’ennui, les petits plaisirs et la mort de Raphaël Daimler, dit « Raph ». Daimler ne va pas à la fiesta qu’organisent son ami Bonneval et sa petite amie Véro. Il envoie à Bonneval une longue lettre, bye bye rieur aux excès et aux éclats de rire. Daimler est un chic type. Il écrit, sous le pseudo de Martin Hawaï, les paroles d’Héroïque − « J’ai perdu mon lipstick / Ça me rend hystérique / J’peux pas rester statique / Va falloir que j’me pique » − qu’on imagine bien sur un Maxi 45 Tours d’Elli & Jacno. Il fume lentement des cigarettes et se souvient de son premier flirt. Il est amoureux des jeunes filles blondes courant dans les blés, ce qui lui permet d’oublier, champagne et psychanalyse aidant, une femme fatale enfuie dans de lointaines îles anglaises. Il envoie des télégrammes qui commencent par « Old sport », s’interroge sur le dandysme aussi. A Bonneval lisant Le Chasseur français, il lance des phrases du genre : « Charlie, le dandysme consiste à se placer du point de vue de la femme de ménage qui découvrira le cadavre, au matin. »

Daimler n’est donc pas un jeune homme triste. Daimler est juste fatigué, fenêtre ouverte sur l’amer et sur le sentiment de s’exprimer dans une langue étrangère. Daimler, avant le grand saut, se répète en boucle la mélancolique chute finale du recueil Paris-Berry : « Que de fois n’ai-je pas, dans ma vie, entendu l’expression : Mais tu ne te rends pas compte ! Il faut croire que non. Ou alors, pas des mêmes choses, peut-être ? » Daimler, héros aux fulgurances stylées, est le vieux frère de Frédéric Berthet.[/access]

Correspondances: (1973-2003)

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Daimler s'en va

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« Mitchum est mort » : ruée vers le nord!

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L’action du film Robert Mitchum est mort[1. Robert Mitchum est mort, long-métrage de Fred Kihn et Olivier Babinet (sur les écrans depuis le 13 avril)], de Fred Kihn et Olivier Babinet se déroule quelque part après la mort de Robert Mitchum. Dans un monde triste, gris et désenchanté, dans lequel il est assez pénible de vivre. Arsène (Olivier Gourmet) est un ancien rocker de seconde-zone, vieillissant, rétro, anachronique, gavé de rockabilly, et passablement mythomane, qui tente de se reconvertir en agent d’acteurs. Il prend sous son aile fragile un jeune-homme mou et paumé, Franky Pastor (Pablo Nicomedes), qui rêve de devenir comédien. Franky est encore sous le coup d’un sérieux chagrin d’amour, et quand il re-joue ad libitum, le cœur gros, et dans sa chambre à coucher, une émouvante scène de mélo américain, Arsène a les larmes aux yeux. Ce dernier apprend que le réalisateur mythique du film qui obsède Franky participera bientôt à un festival de cinéma aux confins de la Finlande, et il décide d’y emmener son poulain. C’est là que les problèmes commencent…

Petites cylindrées et grands chevaux

Arsène revend sa guitare et quelques vinyles de collec’ pour financer cette épopée insensée vers un pôle arctique de fantasme où le soleil ne se couche jamais. Le western d’Arsène et Franky, biberonnés au rêve américain, n’est pas une course vers l’ouest, mais vers les glaces septentrionales. La première bagnole volée de ce road-movie halluciné, qu’Arsène choisit car elle est raccord avec la couleur de son costume, permet à la bande d’amorcer sa dérive. Première escale à Strasbourg, chez le frangin d’Arsène qui est un vieux rocker dégénéré coachant un orchestre de bal glorieux tout droit sorti des années 50. Ensuite direction la Finlande, via la Pologne. Des cylindrées il y en aura d’autres… En filigrane, Arsène – fonçant bille en tête vers son improbable désir de réussite – est un Dom Quichotte punk-rock sur son destrier peu fier, affrontant les hideux moulins à vent du monde réel… (Ces gens de cinéma qui ne veulent rien comprendre à la sensibilité de Franky ! Ces flics qui le harcèlent, alors qu’il ne cherche qu’à faire le bien, c’est-à-dire du cinéma…)

Cercle polaire et autres images pittoresques

C’est avec un évident sens poétique du décalage que Kihn et Babinet nous invitent à suivre leurs personnages. Les situations loufoques s’enchaînent, les apparitions solaires se succèdent (dont un mystérieux griot tendance psychobilly, de Strasbourg – Bakary Sangaré, de la Comédie Française s’il vous plait ! – voyageant clandestinement dans le coffre de la voiture et jouant d’un mystérieux instrument de musique au clair de lune…), et peu à peu s’illustre la philosophie minimaliste énoncée par Arsène-la-loose : « Faut faire avec ce qu’on a, même si on n’a pas grand-chose…»
Mitchum

L’intriguant titre de l’excellent premier long-métrage de Kihn et Babinet ne s’explique qu’à moitié par la citation de l’acteur américain qui est mise en exergue de leur film : « Un jour, j’ai vu les Aventures du chien Rintintin à Télévision. Et je me suis dit, si lui peut le faire, je peux le faire ». Si Mitchum peut le faire, pourquoi pas Franky ? Un Mitchum éternel qui a d’ailleurs joué son ultime rôle au milieu des années 90 dans un film de Jim Jarmusch (référence évidente de Kihn et Babinet, avec Aki Kaurismaki)… Pour qu’il puisse affronter la mort, les amis de Mitchum l’ont mis en bière – façon Egypte ancienne – avec des bouteilles de Scotch. Pour faire face à la vie Arsène se bourre de molécules diverses, antidépresseurs et excitants, qui altèrent peu à peu son état de conscience ; tandis que Franky, lui, se shoote allégrement à la rêverie poétique en regardant défiler les nuages qui surplombent la route. Franky parviendra t-il à rencontrer ce réalisateur américain mythique qui pourrait bien faire décoller sa carrière ? Arsène – au bout de sa dérive – parviendra t-il au nord magnétique de la gagne ? Arriveront-ils – au bout du monde – à métamorphoser leur attachante « déglingue » en cinéma ?
Les réalisateurs ont trouvé une sympathique formule pour qualifier l’univers de leur film : « mélancomique ». On ne saurait mieux dire.

Un nouveau cinéma américain ?

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Cette année aux Oscars, trois cinéastes américains partageaient plus que des nominations. Christopher Nolan, Darren Aronofsky et David Fincher, nommés respectivement pour Inception, Black Swan et The Social Network, sont devenus en une quinzaine d’années les représentants quasi-officiels du renouveau hollywoodien.

Un nouveau style contre des studios finissants

Si la chose mérite d’être soulignée, c’est qu’il n’en a pas toujours été ainsi. D’une part parce qu’ils ont tous trois commencé à réaliser au relatif moment de grâce du cinéma américain indépendant, les années 1990, où il s’agissait d’imposer son propre style face aux studios finissants. D’autre part parce que le prestige dont ils sont aujourd’hui nimbés tranche avec la réception critique de leurs premiers films. En gros : Seven (de Fincher) est passé pour un bon film dans son genre, Pi (d’Aronofsky) pour un nouveau gadget paranoïaque et Following (de Nolan) comme un film potable de scénariste. Qu’a donc, pourtant, de si particulier cette nouvelle génération?

Les films dont nous parlons ont au moins en commun d’avoir été érigés très tôt en objets cultes par un jeune public cinéphile. Pas de politique des auteurs pour ces trois cinéastes : ce n’est pas dans les colonnes des revues, mais dans les forums du Web qu’ils ont d’abord été défendus. C’est que nous avons affaire, dès le départ, à des films reposant sur des concepts scénaristiques forts. Un mystère mathématique dans Pi, une réalité qui se décompose comme un puzzle dans The Game et une histoire qui commence par la fin et se termine par le début dans Memento.

C’est le reproche qui leur a souvent été adressé : trop de gadgets, trop de scénario, pas assez de cinéma. Un reproche parfois fondé, par exemple contre un film comme Requiem for a dream (Darren Aronofsky), tragédie sur la drogue, avec des effets visuels à gogo, qui suscita l’émoi de toute une génération de lycéennes filière L. Le poids du concept et la tentation de l’abstrait deviennent difficilement supportables dans The Fountain, le délire new age d’Aronofsky sur l’amour et la mort, avec Hugh Jackman et Rachel Weisz.

Une réalité hackée

Mais cette piste vers l’abstraction et la plasticité du monde connaît chez David Fincher et Christopher Nolan des bifurcations autrement plus intéressantes. Chez l’auteur de Fight Club, le monde ressemble à un système d’illusions qu’il s’agit d’infiltrer et de saboter. L’intérieur de la maison de Panic Room, film négligé de Fincher, est un monde virtuel minutieusement exploré par la caméra. Cet environnement en trompe-l’œil est le territoire d’un rapport de force : la réalité peut toujours être « hackée », détournée par une force incontrôlable. Un peu à l’image du jeune Mark Zuckerberg de The Social Network, qui parvient avec brio à pirater les codes aristocratiques et les usages élitistes d’Harvard pour les étendre littéralement au monde entier. Le modelage du monde est aussi un enjeu chez Nolan. Ses premiers personnages, de Memento à Insomnia, sont frappés d’impuissance dans leur relation à un environnement incertain et fragmentaire. A l’inverse, ses personnages les plus récents, comme le Batman de Dark Knight ou le Cobb d’Inception, connaissent le grand vertige de la maîtrise des choses et des êtres. Cette dualité n’est possible que dans un monde fait d’écrans et de morceaux de virtualité. Un monde qui ressemble assez au nôtre.

Le retour paradoxal du corps

Pour autant, il ne faudrait pas croire que la chair soit absente du cinéma de cette nouvelle génération. Les personnages existent, ils ont un corps essentiellement souffrant. Ils ont l’air, parfois, d’être les cobayes d’un savant fou. Le Benjamin Button du film de Fincher est un monstre qui porte dans la douleur l’hypothèse étrange présidant à sa destinée. Le corps est tout ce qui reste à Leonard, dans Memento, pour s’accrocher à la vie et retrouver l’assassin de sa femme : c’est sur sa peau qu’il note les indices, liste les faits, tatoue ses maximes. Mais c’est probablement Aronofsky qui est allé le plus loin dans ce sens avec The Wrestler. Jouant avec la souffrance véritable et la souffrance simulée, le corps et le spectacle du corps, le cinéaste a donné à la figure du freak une humanité inédite.

Avec Black Swan, Aronofsky a à nouveau perdu en consistance, faisant de son personnage de danseuse une psychologie vide, au corps purement théorique, manipulable à l’envi. De leur côté, David Fincher et Christopher Nolan ont réalisé, en 2010, des films synthétisant à merveille les enjeux esthétiques de cette nouvelle génération. Le premier en mettant en scène, avec The Social Network, un personnage à la fois singulier et symbolique de notre temps, le second en dissimulant dans une rêverie sur le rêve, Inception, une divagation sur le monde trouble et flottant que nous autres modernes sommes en train de nous construire. Chacun à leur manière, sur un mode inégal et hétérogène, ces trois cinéastes contribuent désormais au miroir inquiétant que l’industrie hollywoodienne sait parfois présenter au monde.

La culture sur des plateaux

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photo : Cuahchic

L’actualité culturelle et politique à la télé, c’est essentiellement sur le service public, et pour cause : la réflexion n’est pas la spécialité de la télé commerciale, qu’on dit pudiquement « privée » sans préciser de quoi. TF1 entretient pourtant une « exception culturelle » qui confirme ses règles : ça s’appelle « Au Field de la nuit » (gag !) et ça se trouve tous les lundis vers 1 heure du matin, à une heure où, de toute façon, les « beaufs » de Cabu, s’ils existent encore, ronflent.[access capability= »lire_inedits »]

Le Michel du titre sert-il donc d’alibi culturel à la chaîne des « cerveaux disponibles pour Coca-Cola » ? Peu lui chaut ! De toute façon, il a d’autres casquettes. Sur TF1, Field se contente de « faire le job » qui lui est demandé : celui de l’intello médiatique accueillant, comme dit son dossier de presse, « les auteurs et les artistes qui font l’actualité ».

Ça a l’air simple, comme ça, mais c’est un métier ! On n’a pas toujours la chance de tomber sur un Denis Jeambar recrachant de bonne grâce cinquante ans de rancœurs rentrées, avec ragots à la clé ; ni même sur un Philippe Besson qui n’en finit pas de faire son coming out romancé (ça reste tendance).

Entre Christine Angot et le McDo au Cantal, Michel Field assure

Il faut parfois se coltiner des Christine Angot, toujours au bord de la crise de nerfs sans que l’on comprenne bien pourquoi. Mais l’ami Field sait aussi comment gérer ce genre de clients délicats. Des relances polies, à la rigueur ; le droit de suite, jamais !

Ainsi la mère Angot peut-elle détailler sans être contredite – mais sans quitter pour autant son air de bête traquée − l’épastrouillant secret de ses vraies-fausses autofictions : c’est compliqué, tout simplement ! « Mon  » Je », ce n’est pas moi : c’est un personnage qui est construit, et c’est beaucoup de travail. » Les autres romanciers devraient en prendre de la graine… Seule la publicité ose interrompre Christine − pour vanter les mérites d’un opérateur téléphonique, d’un jeu vidéo ou du McDo « au Cantal » − sans qu’elle moufte : faut ce qu’il faut !

En fait de débat culturel nocturne, le pendant de Michel Field sur TF1, c’est Philippe Lefait sur France 2. Ça s’appelle « Des Mots de minuit » et, croyez-m’en, les seules blagues sont dans le titre : « Des mots » pour « démons » (j’ai mis un an à comprendre), et « minuit » pour 1h30 (au mieux). A part ça, rien que du sérieux ! Pas de pub, bien sûr – et pourtant, c’est déjà le matin… Pas non plus de gens censés « faire l’actualité » ; rien que des amis choisis, que Philippe reçoit dans une pénombre feutrée : un écrivain kurde anti-kurde, une chorégraphe de la compagnie « Par terre » (sic), un combo chilien anti-Pinochet au chômage technique depuis vingt ans…

Philippe Lefait reçoit tard dans la nuit, mais pas vous !

Entre ces gens de bonne compagnie, jamais un éclat de voix, ni de rire, ne vient troubler les monologues croisés. Chacun se sent chez lui, sauf peut-être nous… A chaque fois qu’il m’est arrivé – par hasard, je le reconnais − de tomber sur cette émission, Philippe faisait ses yeux sérieux par-dessus ses lunettes, et je l’ai pris pour moi : ayant vaguement l’impression de déranger, je suis reparti sur la pointe de la zapette. Après réflexion, il me semble que cette « cérémonie secrète » mériterait d’être rebaptisée : je suggère « Le Cercle des téléspectateurs disparus ».

Voilà en tout cas un titre que l’on n’oserait pas proposer à Yves Calvi, dont l’ego télévisuel se satisfait à peine d’une quotidienne et d’une hebdo. Sur France 5, c’est tous les jours à 17h45 (avec rediff’ à 22h45 pour les fans). Ça s’appelle « C dans l’air », et j’ai toujours pas saisi le jeu de mots ; l’essentiel, c’est que Calvi s’y épanouit dans le genre qu’il affectionne : celui d’éditorialiste déguisé en intervieweur. Cet homme-là a tout compris et il aimerait bien nous en faire profiter, dans la mesure de nos moyens.

Yves Calvi, l’intervieweur qui fait aussi les réponses

Il faut le voir faire la leçon à ses invités, et jouer avec eux comme un gamin avec des marionnettes : et que je vous lance l’un contre l’autre, et que je fais les deux voix si je veux ! A la limite, avec son talent, Yves pourrait se passer d’autres intervenants.

Tel n’est pas le cas sur France 2, le lundi à 22 heures. Dans ce « créneau exposé », comme on dit, les invités sont forcément des poids lourds. Du coup, l’ami Calvi est contraint de brider ses dons pour le one-man-show. Ça s’appelle « Mots croisés » et là, au moins, on comprend la blague ; quant à Yves, il a compris le principe, et se contente modestement de passer les plats…

L’autre semaine, par exemple, il était entouré de deux ministres, dont un ancien, d’un philosophe − « nouveau » −, d’un écrivain en vue et d’un chercheur. Autant de gens qu’il ne faut pas interrompre à tout bout de champ, même sous prétexte de les aider à terminer leurs phrases.

Dans un registre moins « sérieux », comme disent les drôles, il y a Guillaume Durand ; dans notre univers de certitudes impensées, le moindre de ses charmes n’est pas de sembler découvrir ses idées au fur et à mesure qu’il les formule, entre deux « Comment dirais-je… ».

Guillaume Durand, un concept aux reflets auburn

Après avoir cherché pendant vingt-cinq ans, de Berlusconi à « Nulle part ailleurs », la place de son transat’ au soleil de la télé, Durand a fini par poser son ULM à France 2. Pour autant, il ne semble pas avoir encore trouvé son terrain, entre culture lyophilisée et scandales formatés. Mais l’essentiel de Guillaume est ailleurs : dans ses nuances auburn, sa gouaille gavrochienne et même ses fautes de français (Quand on aime, on ne compte pas !).

Cette saison, il anime, le mercredi à 22h50, « Conversations inédites face aux Français ». N’allez pas chercher le gag dans le titre, il est dans le concept : deux personnalités qui n’ont rien à se dire le disent tour à tour, face à un « panel » de Français dont personne n’écoute les questions – sans même parler d’y répondre.
Heureusement, il y a Frédéric Bonnaud, un « Monsieur Éthique » qui sait en toutes circonstances traduire les doléances du panel, incarner le Camp du Bien et dénoncer les « dérapages » avant même qu’ils se soient produits.

Faut-il parler de la « Semaine critique ! » de Franz-Olivier Giesbert ? (France 2, vendredi, 23 heures). Oui, ne serait-ce que pour en saluer le titre : ici, le double sens est si fin qu’il tient tout entier dans un point d’exclamation ! Mais avec FOG, l’écueil (et non pas l’écureuil) serait sans doute de prendre son magazine plus au sérieux que lui-même, qui a un peu souvent l’air de s’en foutre.
Dans sa façon de conduire sa Petite Bande, comme dirait Sigiswald Kuijken, il ressemble de plus en plus à ce qu’il est : un chef d’orchestre star, à l’abondante chevelure négligemment soignée, que toutes les partitions amusent parce que plus rien ne l’abuse.

FOG, ou l’indifférentisme télégénique

Dans sa fosse, chaque semaine : quatre solistes réputés, qui jouent volontiers leur partition sous ses compliments généreusement distribués ; quatre critiques censés pointer leurs fausses notes, mais souvent trop occupés à en faire d’autres entre eux. Et puis, à la bombarde, Nicolas Bedos qui, à force d’en rajouter dans la cacophonie, semble bien avoir inventé un créneau : l’arrivisme punk.

Si vraiment un tel créneau existe, tant mieux pour lui et pour nous ! Contrairement au prévisible Guillon, Bedos se comporte comme un bouffon digne de ce nom : parmi les quatre « rois » qu’intronise FOG chaque semaine, Nicolas en laisse toujours au moins un à poil − et généralement pas le moindre.

Vous me direz : « Tout ça n’est guère sérieux ! », et je vous répondrai du tac au tac : « Mais c’est de la télé ! » Et même encore là, je serai injuste. Par exemple « Ce soir (ou jamais !) », ça passe bien à la télé et, pourtant, ça a un sens (même le titre …).

Enfin, bon, il faudra bientôt en parler au passé : à la rentrée, l’émission quotidienne de Frédéric Taddeï et de sa bande deviendra hebdomadaire. C’est l’idée de Pierre Sled, que je croyais footballeur et qui, paraît-il, est directeur des programmes de France 3.

Dommage parce que, chaque soir, du lundi au jeudi, « CSOJ » nous proposait un truc « nouveau et intéressant », comme disait Bizot : un plateau télé où tout le monde parlait de tout avec tout le monde d’une manière civilisée : une controverse polie entre gens qui, en d’autres temps ou en d’autres lieux, auraient dû s’étriper.

Taddeï, ou l’intelligence rétrogradée

Que diable le service public peut-il bien reprocher à cette émission ? Une audience insuffisante ? Mais ça se saurait, depuis cinq ans ! Son « usure », alors ? Mais qu’est-ce qui s’use moins vite qu’une formule permettant d’inviter, chaque saison, des centaines de personnalités souvent inconnues du grand public ? À moins que ce ne soit là, justement, le problème : donner la parole à tous ces gens sous prétexte qu’ils ont quelque chose à dire, ça a peut-être fini par agacer beaucoup de monde…

Il y a vingt-cinq ans, notre intelligentsia s’était mobilisée pour défendre « Droit de réponse », pétaudière millimétrée par Polac pour assouvir les fantasmes les plus vains de la gauche d’époque. Rien de tel aujourd’hui pour défendre Taddeï, qui d’ailleurs n’en demande pas tant. Au contraire, on l’attaque…

La dernière manifestation en date d’antitaddéisme primaire, on la doit à Laurent Joffrin. Depuis trois décennies maintenant, cet éternel adulescent n’en finit pas de promener sa grande conscience, telle un toutou virtuel, de Libé en Nouvel Obs et retour.

Le mois dernier, il a quand même trouvé le temps de visionner un « CSOJ » consacré à Marine Le Pen, et d’y poser son diagnostic. Tardif peut-être, mais sans appel : décidément ce Taddeï-là serait un crypto-facho, capable d’organiser froidement « une opération de propagande lepéniste au cœur de la télévision publique »[1. NouvelObs.com, 11 mars 2011]. Il veut la place, ou quoi ?

Sans en venir à une telle extrémité, on peut s’interroger sur l’urgence qu’il y avait à fermer cette fenêtre quotidienne de réflexion sur l’actualité. Pour la remplacer par quoi ? Enquêtes criminelles, saison 13 ? « Mireille Dumas, la quotidienne » ? Ou une rediff’ avancée de Plus belle la vie ?

Pierre Sled jugera.[/access]