Home Brèves « Mitchum est mort » : ruée vers le nord!


« Mitchum est mort » : ruée vers le nord!

L’action du film Robert Mitchum est mort[1. Robert Mitchum est mort, long-métrage de Fred Kihn et Olivier Babinet (sur les écrans depuis le 13 avril)], de Fred Kihn et Olivier Babinet se déroule quelque part après la mort de Robert Mitchum. Dans un monde triste, gris et désenchanté, dans lequel il est assez pénible de vivre. Arsène (Olivier Gourmet) est un ancien rocker de seconde-zone, vieillissant, rétro, anachronique, gavé de rockabilly, et passablement mythomane, qui tente de se reconvertir en agent d’acteurs. Il prend sous son aile fragile un jeune-homme mou et paumé, Franky Pastor (Pablo Nicomedes), qui rêve de devenir comédien. Franky est encore sous le coup d’un sérieux chagrin d’amour, et quand il re-joue ad libitum, le cœur gros, et dans sa chambre à coucher, une émouvante scène de mélo américain, Arsène a les larmes aux yeux. Ce dernier apprend que le réalisateur mythique du film qui obsède Franky participera bientôt à un festival de cinéma aux confins de la Finlande, et il décide d’y emmener son poulain. C’est là que les problèmes commencent…

Petites cylindrées et grands chevaux

Arsène revend sa guitare et quelques vinyles de collec’ pour financer cette épopée insensée vers un pôle arctique de fantasme où le soleil ne se couche jamais. Le western d’Arsène et Franky, biberonnés au rêve américain, n’est pas une course vers l’ouest, mais vers les glaces septentrionales. La première bagnole volée de ce road-movie halluciné, qu’Arsène choisit car elle est raccord avec la couleur de son costume, permet à la bande d’amorcer sa dérive. Première escale à Strasbourg, chez le frangin d’Arsène qui est un vieux rocker dégénéré coachant un orchestre de bal glorieux tout droit sorti des années 50. Ensuite direction la Finlande, via la Pologne. Des cylindrées il y en aura d’autres… En filigrane, Arsène – fonçant bille en tête vers son improbable désir de réussite – est un Dom Quichotte punk-rock sur son destrier peu fier, affrontant les hideux moulins à vent du monde réel… (Ces gens de cinéma qui ne veulent rien comprendre à la sensibilité de Franky ! Ces flics qui le harcèlent, alors qu’il ne cherche qu’à faire le bien, c’est-à-dire du cinéma…)

Cercle polaire et autres images pittoresques

C’est avec un évident sens poétique du décalage que Kihn et Babinet nous invitent à suivre leurs personnages. Les situations loufoques s’enchaînent, les apparitions solaires se succèdent (dont un mystérieux griot tendance psychobilly, de Strasbourg – Bakary Sangaré, de la Comédie Française s’il vous plait ! – voyageant clandestinement dans le coffre de la voiture et jouant d’un mystérieux instrument de musique au clair de lune…), et peu à peu s’illustre la philosophie minimaliste énoncée par Arsène-la-loose : « Faut faire avec ce qu’on a, même si on n’a pas grand-chose…»
Mitchum

L’intriguant titre de l’excellent premier long-métrage de Kihn et Babinet ne s’explique qu’à moitié par la citation de l’acteur américain qui est mise en exergue de leur film : « Un jour, j’ai vu les Aventures du chien Rintintin à Télévision. Et je me suis dit, si lui peut le faire, je peux le faire ». Si Mitchum peut le faire, pourquoi pas Franky ? Un Mitchum éternel qui a d’ailleurs joué son ultime rôle au milieu des années 90 dans un film de Jim Jarmusch (référence évidente de Kihn et Babinet, avec Aki Kaurismaki)… Pour qu’il puisse affronter la mort, les amis de Mitchum l’ont mis en bière – façon Egypte ancienne – avec des bouteilles de Scotch. Pour faire face à la vie Arsène se bourre de molécules diverses, antidépresseurs et excitants, qui altèrent peu à peu son état de conscience ; tandis que Franky, lui, se shoote allégrement à la rêverie poétique en regardant défiler les nuages qui surplombent la route. Franky parviendra t-il à rencontrer ce réalisateur américain mythique qui pourrait bien faire décoller sa carrière ? Arsène – au bout de sa dérive – parviendra t-il au nord magnétique de la gagne ? Arriveront-ils – au bout du monde – à métamorphoser leur attachante « déglingue » en cinéma ?
Les réalisateurs ont trouvé une sympathique formule pour qualifier l’univers de leur film : « mélancomique ». On ne saurait mieux dire.


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