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Le capitaliste est écologiste par nature

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photo : Karl Marx, par Dunechaser

Dans le livre III du Capital, Karl Marx décrit pourquoi le capitaliste est « un fanatique de l’économie des moyens de production » et comment il cherche par tous les moyens à perfectionner ses méthodes de travail de manière à ce qu’elles consomment le moins possible de ressources rares et organise de lui-même le recyclage des déchets afin d’éviter les gaspillages. C’est ainsi, selon Marx, que le capitaliste satisfait « son besoin d’économiser les éléments de production »[1. Karl Marx, Le Capital, Livre III, chapitre V, section 1]. Economiser les ressources et recycler les déchets : je ne sais pas pour vous mais ça ressemble à de l’écologie pur sucre. Ce que Karl Marx himself nous explique c’est donc que la recherche du profit devrait pousser les industriels à se comporter de manière éco-responsable.

Evidemment, je ne devrai pas avoir trop de mal à illustrer l’idée selon laquelle les entreprises privées sont naturellement incitées à économiser les ressources – produire beaucoup avec peu ; c’est le b.a.-ba de la recherche de profits. Mais il est en revanche utile d’illustrer les conséquences que peut avoir cette obsession des économies. Prenez l’état des forêts par exemple : l’ennemi naturel (si j’ose dire) des forêts et de la biodiversité qu’elles abritent c’est bien évidemment l’agriculture. Eh bien imaginez-vous qu’en cinquante ans, les progrès technologiques motivés par la volonté d’économiser les terres agricoles – et donc de maximiser les profits – ont permis d’économiser cette ressource rare à hauteur de 68% : en 1960, pour produire 100 boisseaux de maïs, un agriculteur étasunien devait exploiter de 1.88 acres de terres agricoles contre 0.61 acres en 2010 [2. Données de l’« United States Department of Agriculture » (USDA)]. Le résultat de ce « fanatisme de l’économie des moyens de production », c’est que les forêts étasuniennes ont progressé de 769 millions d’hectares rien qu’au cours des vingt dernières années (+0.3%) et que les forêts françaises sont aujourd’hui plus étendues qu’au début de la révolution industrielle (15.9 millions d’hectares contre 11 millions en 1950 et 9 millions au XIXème siècle). Notez au passage que l’excellent état de notre parc forestier n’est pas étranger au fait que les trois-quarts de nos forêts sont privées. Bien sûr, la déforestation existe, mais elle a essentiellement lieu en Amérique du Sud : au Brésil (qui a perdu 1.1% de sa surface forestière depuis 1990) mais aussi au Venezuela (-1.2%), en Bolivie (-1%) ou en Argentine (-1.8%) tandis qu’étrangement, les deux pays notoirement capitalistes de la région (le Chili et l’Uruguay) sont aussi les deux seuls à voir leurs forêts progresser [3. FAO, « Situations des forêts du monde 2011 »]. On a donc bien recherche de profit, économie des ressources et – in fine – des forêts qui ne s’en portent que mieux. Un point pour Marx.

La valorisation des déchets : une idée capitaliste qu’on a recyclée

Marx a également vu juste sur le recyclage. Par exemple, l’explosion de la production de cuivre à l’échelle mondiale a laissé sur les bras des industriels des quantités astronomiques d’un sous-produit de l’exploitation minière – le molybdène – qui n’avait jusqu’alors pas beaucoup d’autres applications que celle curiosité de laboratoire. Devinez ce qu’il advint du molybdène : on lui trouva rapidement toute une série d’applications très pratiques – alliages avec l’acier, catalyseur… – de telle sorte qu’aujourd’hui les mines de cuivre arrondissent largement leurs fins de mois en revendant cet ex-déchet pour quelque chose de l’ordre de $37 le kilo. En se donnant la peine de détailler les processus des industriels, on découvre une multitude d’autres exemples analogues : les « cendres volantes », résidus de la combustion du charbon qui était autrefois rejeté dans l’atmosphère, ont depuis trouvé une application rentable dans la production de béton et les drêches de distillerie, elles, servent aujourd’hui à nourrir le bétail. Le recyclage a été inventé par des industriels à la recherche de débouchés pour leurs déchets bien avant que les premiers écologistes voient le jour. Ce qui nous fait donc un deuxième point pour Marx.

Rajoutez à cela les considérations écologiques des consommateurs qui, par le jeu de la concurrence entre marques, ont poussé les industriels à adapter non seulement leurs produits – les voitures américaines modernes consomment 60% de moins qu’en 1973 – mais aussi leurs processus de production et vous admettrez avec moi que l’ami Karl mérite un troisième point. En revanche, vous m’accorderez aussi que le procès instruit par les marxistes modernes et autres partisans de la décroissance planifiée qui n’ont de cesse d’expliquer que le capitalisme pille les ressources de la planète et déverse ses tombereaux de déchets industriels aux quatre coins du monde est pour le moins un peu hâtif.

D’autant plus qu’en matière de pailles et de poutres, les bougres s’y entendent : nos partisans de la planification écologique arriveraient presque à nous faire croire qu’une économie socialiste est par nature respectueuse de l’environnement et donc supérieure – de ce point de vue – à une économie de marché. On nous présente, par exemple, la catastrophe de Fukushima comme un produit typique du « capitalisme mondialisé » en oubliant non seulement que celle de Tchernobyl n’a pas exactement eu lieu dans une économie ultralibérale mais surtout que si la première est la conséquence d’un séisme d’une ampleur exceptionnelle, la seconde était le bien le fruit d’erreurs humaines, de défauts de conceptions et surtout d’une cascade de mauvais choix bureaucratiques pas tout à fait sans rapports avec le régime politique local.

On pourrait aussi aligner les exemples des succès écologiques des économies planifiées – c’est sans doute la recherche de toujours plus de profits qui a présidé à l’assèchement de la mer d’Aral – mais les chiffres de l’économiste Mikhail Bernstam cités par Cécile Philippe [4. Cécile Philippe, docteur en économie, directrice de l’Institut économique Molinari et auteur de « C’est trop tard pour la terre » (éd. Jean-Claude Lattès) à qui cet article doit plus que beaucoup] devraient permettre de remettre quelques pendules à l’heure : «Il observe qu’en 1987 l’émission de polluants industriels et domestiques dans l’air était cinq fois plus élevée en URSS qu’aux Etats-Unis, malgré un PIB deux fois plus faible. Parallèlement, l’emploi des ressources polluantes s’intensifiait à l’Est et se réduisait à l’Ouest. Par exemple, de 1980 à 1986, l’auteur souligne que l’énergie nécessaire pour générer 1$ de PIB diminuait de 14% aux Etats-Unis et en France alors qu’elle augmentait de 14% en URSS, de 21% en Bulgarie et de 67% en ex-RDA. En 1986, les économies socialistes étaient, à production égale, deux à trois fois plus polluantes que les économies de marché. »

Evidemment, de là à dire que nous vivons dans un monde parfaitement respectueux de l’environnement, il y a un pas de géant que seul un imbécile franchirait. Mais les solutions – les vraies, les bonnes et les durables – sont à chercher dans le cadre d’une économie de marché et pas dans les délires totalitaires des nostalgiques staliniens et autres décroissants.

Vittorio Arrigoni : Vie et mort d’un pacifiste à Gaza

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Il s’appelait Vittorio Arrigoni, il avait 36 ans et était italien. Son corps sans vie vient d’être découvert dans une maison proche de Gaza, où il vivait depuis 2008. Sur place, il soutenait les activités de l’ONG à laquelle il appartenait, l’International Solidarity Movement qui se definit ainsi sur son site : « l’ISM est une organisation non gouvernementale palestinienne
militant pour la fin de l’occupation sioniste en Palestine. »

A son propos, la presse française, recopiant les dépêches d’agences, le qualifie de « militant pacifiste ». On ne fera pas insulte à sa mémoire et ses engagements (en le qualifiant plutôt, et sans polémique, d’ardent antisioniste). C’est d’ailleurs à ce titre qu’il était amené à collaborer avec les autorités locales des islamistes du Hamas mais peut-être le vocabulaire en vigueur voudrait-il qu’on parlât des « pacifistes » du Hamas.

Cette collaboration n’était pas du goût d’une des nombreux factions salafistes qui font de la surenchère sur le Hamas. C’est ainsi qu’un groupe se nommant « Monothéisme et Guerre sainte » a kidnappé « Vik », publié sur Youtube une vidéo le montrant entravé, les yeux bandés, et le visage ensanglanté. « Monothéisme et Guerre sainte » exigeait la libération de ses militants emprisonnés à Gaza en échange de l’otage. Lequel sera finalement assassiné plusieurs heures avant la fin de l’ultimatum.

A Gaza, on trouve toujours plus pacifiste que soi

Voyage au pays de la Droite populaire

photo : michael clarke

Ils sont nés d’une défaite, celle de l’UMP aux élections régionales de 2010 : ils pourraient bien prospérer sur la rude présidentielle annoncée pour Nicolas Sarkozy. Les 60 députés de la Droite populaire, collectif créé par Thierry Mariani et Lionnel Luca, poursuivent un objectif en apparence simple : « Revenir aux fondamentaux du sarkozysme 2007 et faire barrage au Front national. » À en croire les résultats des cantonales, la deuxième partie du programme semble bien mal embringuée. À tel point que certaines mauvaises langues, à droite, considèrent que la Droite populaire avance masquée et qu’elle est en fait le chaînon manquant entre une UMP affaiblie et un Front national normalisé en vue d’une alliance indispensable à la droite pour se maintenir au pouvoir après 2012.[access capability= »lire_inedits »]

Le pas pourrait être vite franchi, poursuivent ces méchants camarades, brandissant à l’appui de leur pronostic l’épouvantail Christian Vanneste. Le député du Nord s’est en effet toujours montré hostile au « cordon sanitaire » censé isoler l’extrême droite depuis les années 1980. À l’automne 2010, il s’était prononcé sans chichis pour une alliance avec le FN aux législatives de 2012. Ce qui lui a valu une menace d’exclusion de l’UMP. Certains de ses collègues députés considèrent qu’il est « presque plus à droite que Marine Le Pen ».

Lui en rigole et m’explique très placidement que son seul but est de « restaurer le versant droit de l’UMP, ce qu’était le RPR autrefois. C’est en laissant cet espace vide qu’on a permis la progression du FN. » La droite populaire, poursuit-il, n’est ni un chaînon manquant, ni une passerelle en construction : « On est là pour proposer des idées au Président de la République quand on le rencontre. Par exemple, les jurys populaires, ça vient de chez nous. »

«Entre la gauche bien-pensante et l’extrême droite montante»

Pour une partie des élus qui en sont membres, la Droite populaire doit, en vue de la présidentielle, se structurer en vrai courant dans l’UMP, au-delà du simple club de parlementaires. « Si on est malins, on réussira à imposer nos thématiques pour 2012 », glisse un député. Car l’ennemi, en ces temps difficiles pour la droite, ce n’est ni la gauche, ni le Front. L’ennemi, c’est Borloo et son « idéologie centriste », tranche Vanneste : « Le Parti radical est dépourvu d’idées, il ne fait que de la tactique. Y a-t-il plus éloigné du gaullisme que ça ? »

Lionnel Luca, député des Alpes-Maritimes, enfonce le même clou. Il y a un mois, il dénonçait le recul du Président qui avait accepté, sous la pression des centristes, de retirer de la loi « Loopsi 2 » l’article sur la déchéance de nationalité. « Pour moi, c’est le mardi noir de la majorité présidentielle, explique-t-il. Une décision pareille, ça nous flingue dans notre électorat, qui nous reproche de ne pas tenir notre ligne. » Borloo et ses « rêveries de démocrate-chrétien centriste », selon un autre membre de la Droite populaire, sont presque plus un sujet d’angoisse que la « Peste blonde ». « L’idéologie centriste va nous coincer en tenailles entre une gauche bien-pensante et l’extrême droite montante », conclut Vanneste.

« Ces gens-là pensent que tout est perdu, alors ils font sécession sans oser en prononcer le nom », balance un député droito-populiste. Du coup, chez Borloo, on hésite entre le fatalisme − « On ne s’est jamais vraiment aimés », avoue un borlooïste − et le roulage de mécaniques – « Ils sentent bien qu’on représente quelque chose, sinon pourquoi s’en prendraient-ils à nous ? » La coexistence pacifique entre ces deux chapelles de la droite a clairement du plomb dans l’aile. D’ailleurs, Borloo a déjà annoncé que les radicaux quitteront l’UMP en avril. « Franchement, on respirera mieux dehors qu’avec ces types qui voient des islamistes partout et ne pensent la France et la politique qu’en termes de conflit », poursuit un député radical.

Ligne droite et de droite

Lionnel Luca entend assumer ce conflit et considère que c’est en traçant cette ligne droite et de droite que l’on neutralisera le danger frontiste pour Sarkozy : « Regardez dans mon département, les Alpes-Maritimes, gros scores du FN mais pas un élu. Parce que nous sommes réactifs avec les gens modestes. » C’est d’ailleurs ce qui rassemble les députés de la Droite populaire ; ils ont tous eu ou ont toujours de gros problèmes avec le Front dans leurs circonscriptions : Vanneste dans le Nord, Mariani dans le Vaucluse, Luca dans les Alpes-Maritimes,ou même François Vannson dans les Vosges. « Ce n’est pas la fascination de l’extrême droite qui les rassemble, explique un député du Sud de la France. Certains, comme Mariani, ont ou ont eu des ennemis et concurrents directs au Front, comme Jacques Bompard. D’autres manifestent une forme de fidélité brutale au gaullisme, au RPR dur. Dire qu’ils sont le chaînon manquant vers le FN est un peu léger. »

Un peu léger, mais quand même : faisons donc un peu de politique-fiction. Il est difficile d’imaginer que Marine Le Pen se contentera très longtemps de cartonner dans les urnes sans jamais guigner de fauteuils. On peut même penser que, contrairement à son père, elle veut exercer le pouvoir. Quand on lui parle d’alliance avec l’UMP ou tout autre parti de droite, elle ricane. Pour combien de temps ?

À l’UMP, on s’offusque : « Ceux qui nous font passer pour le point de ralliement cherchent à nous discréditer », s’énerve Lionnel Luca. Voire. Après le pavé dans la mare – à moins que ce ne fût un ballon d’essai − de Vanneste à l’automne, certains observent avec attention l’Italie, où le MSI, ex-néofasciste, s’est mué en parti de gouvernement respectable et respecté, ou bien l’Espagne et son Parti populaire. Dans ces expériences, l’extrême droite, recouverte de peinture fraîche, a toute sa place. On imagine ainsi des « alliances géographiques ». « Il faut combiner idéologie et géographie, explique un député de la Droite populaire qui préfère rester anonyme, et pour cause. Les positions radicales n’intéressent pas l’Ouest catholique de la France, c’est un fait. Mais dans le Nord ou le Sud, il faut imaginer travailler à des alliances géographiques. » Avec un Front qui ne serait plus vraiment le Front. C’est-à-dire celui de Marine, non ?

Avant d’arriver à ce futur pas si lointain, la Droite populaire doit gagner dans l’esprit de Sarkozy et imposer ses thèmes pour la campagne. Éviter « l’ouverture à la gauche caviar has been », l’installation dans la vie politique de « starlettes façon Rama Yade », voire la centrisation du discours de campagne 2012. Ses élus vont aller se faire entendre à l’Élysée, à l’UMP, multiplier les tribunes, les colloques pour dire qu’ils sont LA droite. « Dans ce pays, la droite est considérée comme fréquentable si elle est de gauche. Nous, nous ne souffrons pas de la culpabilité traditionnelle de la droite », argumente Lionnel Luca. Reste à savoir si ses troupes apprécieront la blague qui court à l’Assemblée, qualifiant la « Droite pop » d’« UMP bleu Marine »…[/access]

Les Droites aujourd'hui

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La prostitution viole t-elle la constitution ?

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Jacques et Bernard viennent tous les deux de fêter leurs soixante-deux ans. Ils ne se connaissent pas. Entre eux, quelques points communs et quelques différences.
Jacques et Bernard sont mariés tous les deux depuis une grosse trentaine d’années. Leurs épouses, sexagénaires elles aussi, ne pratiquent plus beaucoup la bagatelle. La première, parce que c’est Jacques qui ne la touche plus depuis une douzaine d’années, la seconde, parce qu’elle se refuse à Bernard depuis cinq ou six ans estimant, à tort, avoir dépassé la date de péremption.

Jacques vit à Paris pour son travail la semaine et rentre chaque fin de semaine dans sa bourgade provinciale. Bernard, en revanche, retraité après avoir passé la case pré-retraite, vit dans un pavillon de banlieue dans le Val d’Oise.

Jacques a un secret. Depuis quinze ans, il mène une double vie. Successivement, Tatiana, Corinne et Ursula, étudiantes en… sciences humaines, ont partagé avec lui les quatre soirées et nuits qu’il passe chaque semaine dans la capitale. Avec Ursula, vingt-et-un ans, cela dure depuis trois ans. Il lui paye un appartement. Il lui donne aussi de l’argent de poche, beaucoup d’argent de poche. Accessoirement, son titre de séjour est renouvelé sans aucun problème grâce aux excellentes relations de Jacques. Ursula n’est pas une ingrate. Si elle a des petits amis pendant les absences de son bienfaiteur en fin de semaine, elle fait preuve d’une grande énergie, d’une énorme générosité et d’une certaine imagination dans des longues séances que le cœur de Jacques arrive encore à supporter.

Bernard, chaque jeudi après-midi, part en RER vers la capitale. Depuis de longues années, il voit Géraldine. Géraldine a trente-huit ans et elle est divorcée. Elle a un boulot à mi-temps de caissière dans une superette du Val de Marne, insuffisant pour faire vivre ses quatre enfants. Alors, avec son vieux monospace d’occasion, dont elle rabat les sièges deux fois par semaine, elle voit quelques habitués au bois de Boulogne. Bernard en fait partie. Elle leur prend entre cinquante et deux cents euros selon les cas. Elle fixe le prix en fonction du dégoût que lui inspire le monsieur et, bien entendu, des prestations gratifiées.

Jacques, en fait, est député. Et je me pose une question. Fait-il partie de la commission qui préconise de transformer Bernard en délinquant parce qu’il va voir Géraldine chaque jeudi ? Votera t-il cette loi de pénalisation des clients de prostituées sans s’interroger sur la nature de sa relation avec Ursula ?

Evidemment, Jacques et Bernard constituent des personnages totalement fictifs. Mais ils permettent tout de même de se poser de bonnes questions. De très bonnes questions.

Guerre en Libye, guéguerre à l’Otan

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photo : Algaddafi International Prize for human rights

Un mois après le vote de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité de l’ONU, quatre semaines après le début de la campagne militaire en Libye qui s’en est ensuivie, Mouammar Kadhafi est toujours à Tripoli, Ajdabiya continue à passer alternativement du contrôle des insurgés à celui des forces du régime et une grosse moitié du pays reste toujours sous contrôle des forces fidèles au pouvoir. En revanche, et ce n’est pas un succès négligeable, les rebelles tiennent toujours Benghazi. Quoi qu’on pense de cette guerre, il faut rappeler qu’il y a un mois, cette ville, devenue capitale symbolique de l’insurrection, était à deux doigts de tomber entre les mains des kadhafistes.

Que penser de ce bilan ? Est-il décevant ? Satisfaisant ? Ça dépend pour qui : les pays engagés dans cette guerre ne sont pas tous d’accord sur les buts qu’ils poursuivent. La France et la Grande-Bretagne ont clairement pour objectif la chute de Kadhafi et, soyons fous, l’instauration d’un régime démocratique, tandis que nombre d’Etats arabes et africains entendent bien se contenter d’un service minimum. La crainte d’être tenus pour responsables de la chute de Benghazi et des éventuels massacres qui y auraient été perpétrés, conformément à ce que le « Guide » avait claironné, par ses forces armées, a poussé les plus réticents à sauter le pas. Arrachée in extremis pour éviter une catastrophe annoncée, la résolution 1973 était donc le fruit d’un compromis, obtenu, comme souvent, grâce à l’ambiguïté volontaire du texte. Le problème, c’est que le consensus des premiers jours ayant volé en éclats, cette ambiguïté apparaît au grand jour. Reste à savoir au détriment desquels de ses membres la Coalition en sortira.

Dans un premier temps, forte de l’aval de l’ONU obtenu par l’activisme de son président et de ses diplomates, la France a pris la tête des opérations et, en accord avec les Britanniques, elle a donné à la résolution onusienne l’interprétation la plus large possible : dans cette perspective, mener à bien la mission définie par l’ONU, à savoir la protection des populations civiles, suppose de faire tomber Kadhafi et d’aider les rebelles à prendre le pouvoir. Même ce qui semblait clair comme l’eau de roche – « No boots on the ground », pas de troupes au sol – semble sujet à débat : il semble que, pour certains, cela n’interdise pas forcément des opérations commandos

Autant dire que la belle unanimité humanitaire des premiers jours a cédé la place à une lutte feutrée mais au couteau dont l’enjeu, au-delà des opérations militaires en Libye, est l’interprétation de la résolution 1973. Soyons clairs : les franco-britanniques ont perdu la partie. Leurs adversaires, Turquie en tête, avançaient masqués. Avant le vote, ils ont multiplié les manœuvres de couloirs pour torpiller les efforts diplomatiques de la France. Paris a gagné, et les Turcs ont eu l’intelligence de monter à bord, ce qui leur permet de dire leur mot sur la trajectoire – et sur le choix du commandant.

C’est ainsi qu’a démarré la querelle sur le rôle de l’OTAN. Londres et Paris tenaient à garder la main afin de faire prévaloir leur lecture de la résolution 1973. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, plutôt réticent au départ a, au contraire, pesé de tout son poids pour que la Coalition du 19 mars passe le relais à l’OTAN quand il a compris que c’était la meilleure manière de mettre en échec Paris et Londres. Avec le soutien de Washington, Ankara a fini par l’emporter et l’OTAN a pris le contrôle des opérations. Depuis, comme le souhaitaient les Turcs, l’opération a peu à peu perdu ses airs de guerre juste, voire justicière, pour s’enliser dans une quasi routine – quittant par là-même la « une » des JT. C’est que, au sein de l’OTAN dont elle est membre, la Turquie a habilement joué pour faire endosser par les stratèges de Bruxelles (siège de l’OTAN) l’interprétation la plus minimaliste de la résolution 1973.

Il est vrai que les Turcs doivent actuellement jouer une partie délicate. Pour eux – comme pour pas mal d’autres dirigeants dans la région – le merveilleux printemps arabe va trop loin. Applaudir le départ de Ben Ali, souhaiter celui de Moubarak et pointer du doigt les Occidentaux hésitants et embarrassés était à la fois facile et amusant. Cela ne menaçait pas leurs intérêts mais cela pouvait les servir : à Ankara on ne regrette ni l’affaiblissement de l’Egypte ni l’embarras d’Israël. Dans ces conditions, proclamer son amour des droits de l’homme ne mangeait pas de pain. Sauf que quand la tourmente atteint la Syrie, autrement dit l’arrière-cour de la Turquie, l’affaire se complique. S’agissant d’un voisin, la stabilité est aussi précieuse, sinon plus, que les libertés civiles. Et le même raisonnement s’applique à la Libye. Comme quoi la realpolitik n’est pas l’apanage des méchants Occidentaux.

Après avoir reçu du Frère Guide himself – et pas plus tard qu’en décembre dernier – le « Prix Kadhafi des droits de l’homme », Erdogan a dû être un peu gêné de voir s’effondrer la respectabilité – très relative il est vrai – de son ami Kadhafi. Peu importait au Premier ministre turc que les Kurdes rient, même jaune, de ses envolées lyriques sur le droit du peuple palestinien. Mais quand les habitants de Benghazi se demandent pourquoi ils n’ont pas droit à la même compassion que ceux de Gaza, il commence à transpirer. S’il était français, Erdogan serait sans doute aujourd’hui à Saint-Jean-de-Luz en train de rédiger ses mémoires.

Avec la Libye, la rhétorique de la liberté des peuples qu’affectionne Erdogan a montré ses limites : les investissements turcs mais aussi le grand nombre de travailleurs émigrés au pays de Kadhafi rappellent ce champion des Droits de l’homme aux pénibles réalités stratégiques. Comme Sarkozy et comme Obama dont il se moquait volontiers il y a quelques mois, le Premier ministre turc doit procéder à des arbitrages déprimants entre valeurs et intérêts. Et il serait fort surprenant qu’il sacrifie ceux-ci à celles-là.

Le résultat, c’est que la Turquie joue les trouble-fête, empêchant la France et la Grande-Bretagne de mobiliser l’OTAN pour mener à bien leur politique qui, juste ou non, avait au moins le mérite de la cohérence. Au point que tout le monde finit par se demander ce que font nos avions au-dessus du désert libyen. Certes, ils assurent la sanctuarisation de Benghazi et la pérennisation des institutions créées par les rebelles. And so what ? À l’évidence, les insurgés sont incapables de prendre Tripoli. Et l’OTAN ne le fera pas pour eux. Dans ces conditions, l’opération « Aube de l’Odyssée » a toutes les chances d’aboutir, non pas à l’avenir radieux rêvé dans l’euphorie des premiers jours, mais à la partition de la Libye en deux Etats. Reste à espérer que l’un d’eux sera vaguement démocratique.

Testez votre PC

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Un instant, une terrible angoisse m’a étreint en consultant le site du Parisien Libéré qui s’ouvrait sur une bannière publicitaire ressemblant à un vrai titre et que j’ai crue m’être personnellement adressé : « Un PC peut accumuler des centaines d’erreurs cachées chaque mois : celles-ci peuvent ralentir votre système. Testez votre PC ».

Où allait se nicher l’anticommunisme, tout de même ! Des centaines d’erreurs cachées chaque mois, c’était très exagéré. Quelques unes, comme la parenthèse huiste et la participation au gouvernement Jospin, d’accord, mais elles n’étaient pas cachées. Elles s’étaient même sérieusement vues dans les résultats électoraux de cette période. Puis j’ai réalisé que je faisais ma Nadine Morano et que je confondais, non pas un chanteur et une marque automobile, mais un ordinateur et une glorieuse organisation.

En plus, cela aurait été injuste, cette histoire d’erreur : le jour même, le groupe communiste, Parti de gauche et Verts de l’assemblée nationale venait de virer Gremetz après sa brillante prestation il y a quelques semaines lors d’un débat en commission sur le nucléaire.

Hulot candidat, et pourquoi pas ?

photo : TF1

Aucun doute possible, la politique est plus rude pour les nerfs que les primes de TF1. Voyez Nicolas Hulot. Mercredi, il annonce son intention d’être candidat à la présidentielle au nom d’une certaine idée de l’écologie et de la transformation sociale et bim !, ceux qu’on imaginait partager ses valeurs le trainent plus bas que terre.

Le voilà rhabillé par ses supposés amis en écolo-médiatique âpre au gain, ayant serré la main des plus grands capitalistes pour financer ses reportages, et n’hésitant pas à vendre du gel douche pour arrondir ses fins de mois. Bref, le portrait craché de l’usurpateur en politique. Ajoutons qu’il a osé se déclarer hier dans la salle des fêtes de Sevran, joli port de pêche de Seine Saint-Denis, bien connu pour sa misère sociale et ses règlements de compte à l’arme lourde, sans pour autant aller serrer les mains des autochtones : son cas est réglé ! Hulot usurpateur, candidat d’opérette, responsable futur d’un nouveau 21 avril alors que les Verts avaient toutes leurs chances d’accéder au pouvoir dans les sacoches à vélo du candidat PS.

Je n’ai pas de grande passion pour Hulot, ni pour les Verts en général, fussent-ils relabélisés EELV. Mais j’ai encore moins de goût pour les procès en légitimité politique, surtout quand ils fleurent bon le Fouquier-Tinville en sketbas. Ceux-là même qui pétitionnent à longueur de colonnes contre une classe politique monocolore, masculine, sexagénaire, venant des meilleures écoles de la République par la voie paternelle, considèrent que Hulot, l’animateur télé n’est rien, ni personne et ne peut donc pas être candidat. Eva Joly, qui est sans doute elle ultra-légitime, a d’ailleurs fielleusement commenté hier le projet d’Hulot : « Il ne faut pas confondre notoriété et crédibilité. » On comprend donc qu’elle, qui se voyait en madone de l’épuration verte, souffre de l’absence de l’une et sans doute du trop-plein de l’autre. Le monde politico-médiatique est mal fait.

Hulot pourtant n’en est pas à ses premiers pas politiques : lors de la dernière présidentielle, il avait fait signer à tous les candidats son pacte écologique, et pas forcément de leur plein gré. Après quoi il avait donc expliqué que, puisque tout le monde y adhérait, il n’avait pas besoin de participer au concours de beauté présidentiel. Là, ayant fait le tour de la chose télé, de la chose politique côté cour (notamment en participant au Grenelle de l’environnement) et mesurant, j’imagine, que l’adhésion générale à son projet écolo était du pipi de bébé phoque, il envisage de se présenter : on ne passe jamais de meilleur pacte qu’avec soi-même. Il y a sans doute aussi des raisons un rien plus cyniques à ce grand saut : la fin programmée de ses émissions sur TF1, le peu d’élan populaire suscité par Eva Joly, sa propre popularité qui se maintient sans faille, et celle du président qui n’en finit pas de s’effondrer, ouvrant un boulevard à la gauche, donc à EELV. Mais on s’en fout. Hulot, comme tout le monde, a le droit d’avoir des arrière-pensées, et il a le droit d’être candidat même après avoir été animateur sur TF1. J’allais dire surtout.

Séquence émotion comme disait Hulot, l’homme de la télé. Avez-vous déjà regardé une de ses émissions ? Moi, oui et même plusieurs. Je ne sais pas si la plongée avec des narvals au large du Labrador ou la découverte de la péninsule de Basse-Californie a fait beaucoup pour ma conscience écologique d’adolescente. Certes, les mines compassées de Hulot, son air catastrophé par la pollution, ses appels –hachés par le manque d’oxygène- aux générations futures avaient un côté prêchi-prêcha écolo casse-pied. Mais de Cousteau à Hulot, c’est tout un imaginaire naturalo-mondialiste qui s’est imprimé dans les cerveaux malades des jeunes gens comme moi. Et qui reste aujourd’hui. J’ai toujours trouvé idiot de s’apitoyer sur les conditions de vie des ours blancs pour expliquer qu’il faut éteindre la lumière quand on quitte une pièce ou qu’on ne doit pas jeter ses sacs plastique sur la pelouse du Luxembourg. Mais si ça se trouve, Ushuaïa a reformaté mon imaginaire avec du relativement sauvage et du résolument beau. Les voies du néo-civisme sont sinueuses. Pour autant, je ne pense pas qu’il faille interdire les centres-villes aux voitures (même si je préférerais, à titre tout à fait personnel de piéto-cycliste) ou taxer plus le pétrole et ses dérivés. Mais si ça se trouve, Hulot et son parapente ont un peu modelé mon comportement quotidien, à parité avec les aventures intrépides et humides du Commandant Cousteau.

Mais revenons à notre mouton noir du casting élyséen: au nom de quoi un garçon qui a fait profession de télé et y a réussi brillamment avec ses petits bras, serait-il a priori disqualifié pour se présenter aux suffrages des citoyens français ? Vous préférez les énarques qui perdent 30 kilos pour acter leur volontarisme face caméras? Les agrégés de lettres qui n’ont jamais mis les pieds dans une classe en banlieue ? Les faux facteurs ? Les anciens ministres qui ont fait fortune en monnayant leurs carnets d’adresses ? Les patrons d’organisation internationale coachés au millimètre par des agences de com’? Les magistrates intransigeantes sauf avec leurs affidés? Pourquoi pas. Mais laissez les animateurs télé se présenter aussi, au moins au nom de la diversité. On, enfin l’électeur, jugera si l’avenir avec Hulot est plus radieux qu’avec tous les autres. Je n’ai jamais vu qu’on votât, en dernier ressort, sur la notoriété ou la côte de popularité. Par bonheur tout ça demeure encore mystérieux, bordélique, illogique.

Sans quoi, à l’heure où je vous parle, Mimie Mathy serait présidente de la République.

Pas de taxi pour Tobrouk

photo : U.S. Navy

Par les temps qui courent, s’opposer à l’intervention armée en Libye vous attire bien peu d’amis. Exception faite de quelques parias de la scène internationale – Chavez, Morales, Loukachenko, Khamenei − et du Guide libyen lui-même, l’analyste critique se trouve bien esseulé. Hormis Rony Brauman, la plupart des opposants habituels au « droit d’ingérence[1. Une notion juridiquement vide devenue, en un quart de siècle, l’impératif catégorique du droit-de-l’hommisme botté]» se rangent derrière l’action diplomatique à la hussarde de Nicolas Sarkozy. Entretemps, BHL a subrepticement succédé à Alain Juppé au Quai d’Orsay, délocalisé à Benghazi pour cause d’ingérence dans ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile. L’Histoire retiendra un virage éclair amorcé en quelques semaines. D’Alliot-Marie à BHL, nous sommes passés du benalisme immobilier au néo-impérialisme cheveux au vent. Pendant ce temps, on oublie le théâtre moyen-oriental, où se trame une future guerre régionale : les chiens bahreïnis aboient, la caravane saoudienne passe.[access capability= »lire_inedits »]

Quelle que soit l’horreur qu’inspire un Kadhafi aux mains tachées de sang, on est donc en droit de contester les arguments avancés en faveur de l’opération « Aube de l’Odyssée ».

Le « droit » d’ingérence est un humanisme

L’ingérence n’a jamais été un droit. Fiction juridique théorisée par Jean-François Revel, l’ingérence exprime l’idéologie des classes dominantes et permet à d’habiles stratèges pourvus de bonnes âmes de jouer les va-t-en-guerre au nom d’idées généreuses. Désormais, au nom des droits de l’homme désincarné et de la démocratie mondiale, on fait la guerre par pacifisme et on tue pour sauver des vies. Devons-nous proclamer que « nous sommes tous libyens » ? Ce droit-de-l’hommisme n’est pas seulement politiquement abscons, en ce qu’il fait fi des réalités nationales, politiques, sociales et culturelles. Moralement, un tel catéchisme se mure dans l’hémiplégie : une victime de bombardement allié est dite « collatérale » tandis que l’ennemi se retrouve apostasié… Mise en scène pratique que celle qui consiste à ignorer les massacres lorsqu’ils se situent du bon côté de la ligne de front. Souvenons-nous des exactions commises par la mafieuse UCK albanaise, relookée après la guerre menée par l’OTAN en Résistance victorieuse, à l’encontre des Serbes du Kosovo, au vu et au su d’un certain Bernard Kouchner – et de nos soldats. Le bombardement de Belgrade et l’écrasement de Milosevic (que l’on pouvait, il est vrai, considérer comme un bénéfice collatéral) se firent au nom d’un humanitarisme à géométrie variable. À l’arrivée, on n’a pas besoin de chercher des complots partout pour observer que la guerre de l’OTAN servit les objectifs géostratégiques des États-Unis en affaiblissant la Russie. Résultat : la « communauté internationale » applaudit à la naissance au cœur de l’Europe d’un État mafieux dirigé par un personnage aujourd’hui soupçonné d’odieux crimes de guerres. Ce qui montre au minimum que le lyrisme peut rimer avec la realpolitik la plus pragmatique.

En Libye, face aux crimes de guerre de Kadhafi, des causes voisines risquent de reproduire des effets identiques. Déjà, certains groupuscules salafistes prennent fait et cause pour les insurgés dans ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile. Certes, il serait idiot de se déterminer en fonction des affinités idéologiques de tel ou tel ou de réduire le débat public à un caricatural face-à-face BHL-Dieudonné. Les slogans islamistes portés par certains groupes tribaux assistés d’une poignée de hauts dignitaires kadhafistes n’incitent guère à l’enthousiasme. De la même façon, des chefs de la guérilla ont reconnu accueillir certains mercenaires issus des rangs mêmes d’Al-Qaïda au Maghreb, étayant en cela les allégations du fou de Tripoli, trop heureux de discréditer son opposition. Ces alliances broussailleuses ne disculpent certainement pas Kadhafi des atrocités commises contre sa population. Mais bombarder la Libye constituait-il le meilleur moyen de protéger les civils libyens ? En dehors du soutien aux insurgés, le doute est permis…

C’est l’ONU qui est aux manettes

Las ! Après quelques jours de tergiversations, l’OTAN, ce vestige de la guerre froide qui cherche sa raison d’être, aura eu raison des Nations unies. Parée de la légitimité internationale, la Coalition jongle entre plusieurs registres d’autolégitimation. On ne sait pas vraiment quels buts poursuivent Nicolas Sarkozy et ses alliés , dont quelques-uns, notre Président en tête, ont été bien prompts à reconnaître un gouvernement sans État : protéger les populations civiles ? Renverser Kadhafi ? Instaurer la démocratie et l’État de droit ? Tout cela à la fois, vous répondront les propagandistes indéfectibles de la doctrine humanitariste. L’ennui, c’est que le réel pourrait bien se rappeler à leur bon souvenir et déjouer leurs beaux projets. En dernière instance, à supposer même que les insurgés parviennent à conquérir tout le pays et à préserver l’unité nationale avant d’organiser des élections libres, que diront nos démocrates bottés si une majorité islamiste sort des urnes ? Seront-ils aussi intraitables sur le respect de la souveraineté populaire ? Après tout, l’OTAN bafoue aujourd’hui la souveraineté nationale au nom des droits de l’homme. Demain, la démocratie devra-telle passer sous la toise des droits humains ? Sans compter que les guerres, il est toujours plus facile de les commencer que de les terminer. Revenue dans le giron de l’OTAN, la France pourrait être obligée d’engager des troupes au sol si l’enlisement succède à l’emballement. Qu’en pensent les électeurs ?

Il n’y avait pas d’alternative au recours à la force

Mystification, encore et toujours. Le matraquage médiatique a joué à plein la carte du « There Is No Alternative ». Dommage, il y avait de quoi mettre l’imagination au pouvoir, pour peu que les « Occidentaux » (autre nom de l’OTAN, selon la formule consacrée) consentent à se salir un peu les mains par Chavez interposé. Quoi qu’en dise Jérôme Leroy, l’amitié avérée entre Hugo et Mouammar rendait possible un départ honorable du tyran de Tripoli, moyennant finances et immunité judiciaire. Dans un monde où il n’y aurait ni Tribunal pénal international, ni justice rendue au nom de la morale, ni guerres humanitaires, le simple rapport de forces défavorable à Kadhafi l’aurait sans doute amené à faire des concessions. Au lieu de cela, la résolution de l’ONU l’érige au rang suprême de martyr de l’Occident « croisé[2. Lapsus révélateur de Claude Guéant, qui dit la réelle nature du conflit : une croisade menée, non pas au nom de la chrétienté, mais en vertu de la religion du nouveau siècle : les droits de l’homme universel et déconnecté]». En 2003, Saddam Hussein était prêt à plier devant les inspecteurs de l’ONU avant que le bellicisme américain ne rende la guerre inéluctable ; si on ne lui laisse aucune porte de sortie, Kadhafi préférera combattre jusqu’au dernier Libyen pour finir par mourir en martyr. La sécurité des Libyens y aura-t-elle gagné ?

À tout cela, il faut ajouter le message envoyé aux dictateurs : si vous ne voulez pas finir assassiné ou jugé par un tribunal occidental, dotez-vous d’armes de destruction massive. À Pyongyang, l’intouchable Kim Jong-il rit tranquillement en affamant son peuple. Alors que le drame de Fukushima hante les esprits occidentaux, l’affaire libyenne assure le service après-vente de l’arme atomique. Tenez-le vous pour dit : si Kadhafi, comme Saddam, n’avaient pas démantelé leurs arsenaux, ils dormiraient bien au chaud sous les ors de leurs palais.

Les mystères de l’ingérence « humanitaire » demeurent donc insondables. Je préfère de plus en plus la version originale d’Un taxi pour Tobrouk à son remake occidentaliste…[/access]

Le Droit d'ingérence

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L’Etat-providence contre l’assimilation

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La vie est un long apprentissage. Pendant longtemps, j’ai pensé – sans jamais vraiment chercher à le vérifier – qu’une immigration importante ne pouvait avoir qu’un effet négatif sur le salaire et le taux de chômage de la population d’un pays. Après tout, c’est le principe de l’offre et de la demande : si l’offre de travail augmente, à demande constante, les salaires doivent s’ajuster à la baisse et si les salaires ne peuvent s’ajuster (à cause d’un salaire minimum légal par exemple), un afflux d’immigrants devrait créer mécaniquement du chômage. Eh bien j’avais tort.

Il y a eu, ces dernières années, un regain d’intérêt remarquable pour les études économiques sur l’impact de l’immigration sur le marché du travail. C’est un phénomène classique : en période de crise, les premiers accusés sont les immigrés qui viennent « voler nos emplois » et cette idée est d’autant plus facile à vendre – politiquement parlant – qu’elle a la couleur, le goût et l’odeur d’une simple remarque de bon sens. Seulement voilà, à chaque fois qu’on a essayé de mesurer objectivement cet impact, on n’a rien trouvé de significatif et, mieux encore, on a même souvent découvert un léger effet inverse. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce que nous disent les chiffres, c’est qu’un fort taux d’immigration n’entraîne pas de baisse des salaires (ou de montée du chômage) et peut même entraîner une légère hausse des rémunérations des travailleurs natifs (ou un recul du chômage).

Ce que démontrent ces études, c’est que les immigrants ne remplacent pas les natifs – c’est-à-dire qu’ils n’entrent pas ou peu en compétition avec eux pour les mêmes emplois – mais augmentent le nombre total d’emplois dans l’économie. En d’autres termes, il existe un effet de complémentarité qui fait plus que compenser l’effet de substitution. Imaginez, par exemple, qu’une entreprise du bâtiment n’arrive pas à recruter d’ouvriers : elle se trouve, dès lors, dans l’obligation de licencier plusieurs de ses chefs de chantier. En revanche, si elle a la possibilité d’employer des ouvriers immigrés – qui, parce qu’ils sont moins qualifiés, acceptent de travailler pour moins cher ou d’exécuter des tâches moins gratifiantes que les natifs – elle peut accepter plus de chantiers et donc embaucher du personnel d’encadrement qui a toutes les chances d’être composé de natifs. Dans une note de synthèse de ses recherches sur le marché du travail étatsunien[1. The Effect of Immigrants on U.S. Employment and Productivity, G. Peri (2010)], Giovanni Peri, l’un des spécialistes les plus reconnus en la matière, confirme que cet effet de complémentarité crée plus d’emplois pour les salariés nés américains que n’en « détruit » la compétition avec des immigrés. En approvisionnant l’économie américaine en maçons, ouvriers agricoles et autres chauffeurs de taxis, l’immigration permet aux entreprises américaines d’accroître leur capacité de production, de vendre plus et donc, d’embaucher plus de chefs de chantier, de responsables d’exploitation et de répartiteurs de taxis américains.

L’Etat-providence a cassé la machine à intégrer

Au total, comme le note Giovanni Peri dans son résumé, l’immigration augmente la capacité productive d’une économie, stimule l’investissement et promeut la spécialisation qui, à long terme, améliore la productivité. Rajoutez à cela que lesdits immigrés vont bien évidemment devoir se nourrir, s’habiller et se loger et vous obtenez un bilan économique net de l’immigration aussi positif dans les faits qu’il est négatif dans l’imaginaire collectif.

À ce stade, on est dans un monde harmonieux où des immigrés viennent compléter les capacités productives du pays accueillant, s’insèrent dans sa société par le travail et adaptent d’eux-mêmes leurs us et coutumes pour augmenter leurs chances de succès dans leur nouveau pays. Seulement voilà : il semble que malgré cela, nous ayons vraiment un problème avec notre immigration et que ce problème ne soit pas lié au nombre d’immigrants, puisqu’en 2008, nous affichions un taux net de 1.48 immigrants pour mille habitants alors que des pays comme le Portugal ou l’Australie affichaient des taux de deux à quatre fois supérieurs sans que cela pose de problèmes insurmontables à leurs populations natives.

La réalité de notre monde, c’est que l’Occident, l’Europe et la France sont des îlots de prospérité perdus au milieu d’un océan de pauvreté. C’est de moins en moins vrai au fur et à mesure que les pays dits émergents émergent effectivement en rejoignant le concert de l’économie de marché et de la mondialisation mais cela reste une réalité tangible de ce monde. Une autre réalité, cette fois ci une réalité française, c’est que nous avons un Etat-providence qui, dans un moment de faiblesse, a décrété que ses largesses ne se limitaient pas aux seuls Français mais à toute personne vivant sur notre sol. Or, voilà, dans ce monde tel qu’il est, offrir à des étrangers la possibilité de profiter de nos systèmes sociaux pour peu qu’ils viennent s’installer chez nous a une conséquence évidente : cela attire des gens qui ne viennent pas pour travailler et s’intégrer mais pour profiter de l’aubaine.

Les seuls fautifs, c’est nous !

Entendons-nous bien : moralement, humainement, nous n’avons pas le droit de reprocher à un Tunisien ou à un Algérien de fuir la misère de son pays pour venir profiter de nos aides sociales. Ce faisant, il ne fait rien d’immoral et se comporte au contraire en bon père de famille qui cherche à assurer une vie meilleure à ses enfants. De quel droit le lui reprocherions-nous ? Ne ferions-nous pas exactement la même chose à sa place ? Nous avons créé une règle du jeu ; les gens utilisent cette règle au mieux de leurs intérêts : c’est aussi simple que cela. Dans cette histoire, nous sommes les seuls fautifs.

Si on veut trouver une solution, il faut commencer par identifier correctement le problème et en l’espèce, ce n’est pas l’immigration en tant que telle mais « l’immigration d’assistance » – générée par notre Etat-providence. Non seulement, notre système n’est pas viable financièrement – nous ne pouvons pas, comme disait Michel Rocard, « accueillir toute la misère du monde » – tout en admettant qu’il fallait en prendre notre part -, mais il a aussi, et surtout, brisé le mécanisme d’intégration naturel de notre société civile. C’est pourtant si simple, si évident : pour vivre, il faut travailler et pour travailler, il faut s’adapter, coopérer et s’intégrer à la communauté dans laquelle on prétend vivre. C’est ce mécanisme qui a fonctionné pendant des millénaires durant lesquels nous nous sommes très bien passés de ministères de l’immigration, de l’intégration ou de l’identité nationale et c’est ce mécanisme qu’il s’agit de remettre en état aujourd’hui.

[1]

J’ai tout lu de Roux, sauf Combaluzier

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L’affaire Zadig & Voltaire c/ Fréderic & Lefebvre, Causeur vous la commentait dès le 4 avril à 14h20, sous la plume de mon amie Muriel Gremillet.

Ce qu’elle ne pouvait pas encore savoir à l’époque, c’est le fameux concours de blagues auquel cette bourde allait donner lieu sur le net. Moi-même, pour vous dire, je n’en ai été averti que par la lecture du Monde magazine.

Dieu sait que je ne ris pas tous les jours à la lecture de cet hebdomadaire. Mais là ça fait cinq jours déjà, et je ne m’en remets pas. C’est un certain Thomas Wieder qui signale opportunément les meilleurs conseils de lecture prodigués à l’apprenti écrivain-ministre par les internautes. Ça va du politique (Le Manifeste du parti communiste de Marks & Spencer) au polar (L’Assassin habite au Century 21) en passant par la philo : Ainsi parlait Zara.

C’est bien simple : je n’avais pas ri d’aussi bon cœur depuis la campagne de Chirac en 95.

Le capitaliste est écologiste par nature

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photo : Karl Marx, par Dunechaser

Dans le livre III du Capital, Karl Marx décrit pourquoi le capitaliste est « un fanatique de l’économie des moyens de production » et comment il cherche par tous les moyens à perfectionner ses méthodes de travail de manière à ce qu’elles consomment le moins possible de ressources rares et organise de lui-même le recyclage des déchets afin d’éviter les gaspillages. C’est ainsi, selon Marx, que le capitaliste satisfait « son besoin d’économiser les éléments de production »[1. Karl Marx, Le Capital, Livre III, chapitre V, section 1]. Economiser les ressources et recycler les déchets : je ne sais pas pour vous mais ça ressemble à de l’écologie pur sucre. Ce que Karl Marx himself nous explique c’est donc que la recherche du profit devrait pousser les industriels à se comporter de manière éco-responsable.

Evidemment, je ne devrai pas avoir trop de mal à illustrer l’idée selon laquelle les entreprises privées sont naturellement incitées à économiser les ressources – produire beaucoup avec peu ; c’est le b.a.-ba de la recherche de profits. Mais il est en revanche utile d’illustrer les conséquences que peut avoir cette obsession des économies. Prenez l’état des forêts par exemple : l’ennemi naturel (si j’ose dire) des forêts et de la biodiversité qu’elles abritent c’est bien évidemment l’agriculture. Eh bien imaginez-vous qu’en cinquante ans, les progrès technologiques motivés par la volonté d’économiser les terres agricoles – et donc de maximiser les profits – ont permis d’économiser cette ressource rare à hauteur de 68% : en 1960, pour produire 100 boisseaux de maïs, un agriculteur étasunien devait exploiter de 1.88 acres de terres agricoles contre 0.61 acres en 2010 [2. Données de l’« United States Department of Agriculture » (USDA)]. Le résultat de ce « fanatisme de l’économie des moyens de production », c’est que les forêts étasuniennes ont progressé de 769 millions d’hectares rien qu’au cours des vingt dernières années (+0.3%) et que les forêts françaises sont aujourd’hui plus étendues qu’au début de la révolution industrielle (15.9 millions d’hectares contre 11 millions en 1950 et 9 millions au XIXème siècle). Notez au passage que l’excellent état de notre parc forestier n’est pas étranger au fait que les trois-quarts de nos forêts sont privées. Bien sûr, la déforestation existe, mais elle a essentiellement lieu en Amérique du Sud : au Brésil (qui a perdu 1.1% de sa surface forestière depuis 1990) mais aussi au Venezuela (-1.2%), en Bolivie (-1%) ou en Argentine (-1.8%) tandis qu’étrangement, les deux pays notoirement capitalistes de la région (le Chili et l’Uruguay) sont aussi les deux seuls à voir leurs forêts progresser [3. FAO, « Situations des forêts du monde 2011 »]. On a donc bien recherche de profit, économie des ressources et – in fine – des forêts qui ne s’en portent que mieux. Un point pour Marx.

La valorisation des déchets : une idée capitaliste qu’on a recyclée

Marx a également vu juste sur le recyclage. Par exemple, l’explosion de la production de cuivre à l’échelle mondiale a laissé sur les bras des industriels des quantités astronomiques d’un sous-produit de l’exploitation minière – le molybdène – qui n’avait jusqu’alors pas beaucoup d’autres applications que celle curiosité de laboratoire. Devinez ce qu’il advint du molybdène : on lui trouva rapidement toute une série d’applications très pratiques – alliages avec l’acier, catalyseur… – de telle sorte qu’aujourd’hui les mines de cuivre arrondissent largement leurs fins de mois en revendant cet ex-déchet pour quelque chose de l’ordre de $37 le kilo. En se donnant la peine de détailler les processus des industriels, on découvre une multitude d’autres exemples analogues : les « cendres volantes », résidus de la combustion du charbon qui était autrefois rejeté dans l’atmosphère, ont depuis trouvé une application rentable dans la production de béton et les drêches de distillerie, elles, servent aujourd’hui à nourrir le bétail. Le recyclage a été inventé par des industriels à la recherche de débouchés pour leurs déchets bien avant que les premiers écologistes voient le jour. Ce qui nous fait donc un deuxième point pour Marx.

Rajoutez à cela les considérations écologiques des consommateurs qui, par le jeu de la concurrence entre marques, ont poussé les industriels à adapter non seulement leurs produits – les voitures américaines modernes consomment 60% de moins qu’en 1973 – mais aussi leurs processus de production et vous admettrez avec moi que l’ami Karl mérite un troisième point. En revanche, vous m’accorderez aussi que le procès instruit par les marxistes modernes et autres partisans de la décroissance planifiée qui n’ont de cesse d’expliquer que le capitalisme pille les ressources de la planète et déverse ses tombereaux de déchets industriels aux quatre coins du monde est pour le moins un peu hâtif.

D’autant plus qu’en matière de pailles et de poutres, les bougres s’y entendent : nos partisans de la planification écologique arriveraient presque à nous faire croire qu’une économie socialiste est par nature respectueuse de l’environnement et donc supérieure – de ce point de vue – à une économie de marché. On nous présente, par exemple, la catastrophe de Fukushima comme un produit typique du « capitalisme mondialisé » en oubliant non seulement que celle de Tchernobyl n’a pas exactement eu lieu dans une économie ultralibérale mais surtout que si la première est la conséquence d’un séisme d’une ampleur exceptionnelle, la seconde était le bien le fruit d’erreurs humaines, de défauts de conceptions et surtout d’une cascade de mauvais choix bureaucratiques pas tout à fait sans rapports avec le régime politique local.

On pourrait aussi aligner les exemples des succès écologiques des économies planifiées – c’est sans doute la recherche de toujours plus de profits qui a présidé à l’assèchement de la mer d’Aral – mais les chiffres de l’économiste Mikhail Bernstam cités par Cécile Philippe [4. Cécile Philippe, docteur en économie, directrice de l’Institut économique Molinari et auteur de « C’est trop tard pour la terre » (éd. Jean-Claude Lattès) à qui cet article doit plus que beaucoup] devraient permettre de remettre quelques pendules à l’heure : «Il observe qu’en 1987 l’émission de polluants industriels et domestiques dans l’air était cinq fois plus élevée en URSS qu’aux Etats-Unis, malgré un PIB deux fois plus faible. Parallèlement, l’emploi des ressources polluantes s’intensifiait à l’Est et se réduisait à l’Ouest. Par exemple, de 1980 à 1986, l’auteur souligne que l’énergie nécessaire pour générer 1$ de PIB diminuait de 14% aux Etats-Unis et en France alors qu’elle augmentait de 14% en URSS, de 21% en Bulgarie et de 67% en ex-RDA. En 1986, les économies socialistes étaient, à production égale, deux à trois fois plus polluantes que les économies de marché. »

Evidemment, de là à dire que nous vivons dans un monde parfaitement respectueux de l’environnement, il y a un pas de géant que seul un imbécile franchirait. Mais les solutions – les vraies, les bonnes et les durables – sont à chercher dans le cadre d’une économie de marché et pas dans les délires totalitaires des nostalgiques staliniens et autres décroissants.

Vittorio Arrigoni : Vie et mort d’un pacifiste à Gaza

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Il s’appelait Vittorio Arrigoni, il avait 36 ans et était italien. Son corps sans vie vient d’être découvert dans une maison proche de Gaza, où il vivait depuis 2008. Sur place, il soutenait les activités de l’ONG à laquelle il appartenait, l’International Solidarity Movement qui se definit ainsi sur son site : « l’ISM est une organisation non gouvernementale palestinienne
militant pour la fin de l’occupation sioniste en Palestine. »

A son propos, la presse française, recopiant les dépêches d’agences, le qualifie de « militant pacifiste ». On ne fera pas insulte à sa mémoire et ses engagements (en le qualifiant plutôt, et sans polémique, d’ardent antisioniste). C’est d’ailleurs à ce titre qu’il était amené à collaborer avec les autorités locales des islamistes du Hamas mais peut-être le vocabulaire en vigueur voudrait-il qu’on parlât des « pacifistes » du Hamas.

Cette collaboration n’était pas du goût d’une des nombreux factions salafistes qui font de la surenchère sur le Hamas. C’est ainsi qu’un groupe se nommant « Monothéisme et Guerre sainte » a kidnappé « Vik », publié sur Youtube une vidéo le montrant entravé, les yeux bandés, et le visage ensanglanté. « Monothéisme et Guerre sainte » exigeait la libération de ses militants emprisonnés à Gaza en échange de l’otage. Lequel sera finalement assassiné plusieurs heures avant la fin de l’ultimatum.

A Gaza, on trouve toujours plus pacifiste que soi

Voyage au pays de la Droite populaire

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photo : michael clarke

Ils sont nés d’une défaite, celle de l’UMP aux élections régionales de 2010 : ils pourraient bien prospérer sur la rude présidentielle annoncée pour Nicolas Sarkozy. Les 60 députés de la Droite populaire, collectif créé par Thierry Mariani et Lionnel Luca, poursuivent un objectif en apparence simple : « Revenir aux fondamentaux du sarkozysme 2007 et faire barrage au Front national. » À en croire les résultats des cantonales, la deuxième partie du programme semble bien mal embringuée. À tel point que certaines mauvaises langues, à droite, considèrent que la Droite populaire avance masquée et qu’elle est en fait le chaînon manquant entre une UMP affaiblie et un Front national normalisé en vue d’une alliance indispensable à la droite pour se maintenir au pouvoir après 2012.[access capability= »lire_inedits »]

Le pas pourrait être vite franchi, poursuivent ces méchants camarades, brandissant à l’appui de leur pronostic l’épouvantail Christian Vanneste. Le député du Nord s’est en effet toujours montré hostile au « cordon sanitaire » censé isoler l’extrême droite depuis les années 1980. À l’automne 2010, il s’était prononcé sans chichis pour une alliance avec le FN aux législatives de 2012. Ce qui lui a valu une menace d’exclusion de l’UMP. Certains de ses collègues députés considèrent qu’il est « presque plus à droite que Marine Le Pen ».

Lui en rigole et m’explique très placidement que son seul but est de « restaurer le versant droit de l’UMP, ce qu’était le RPR autrefois. C’est en laissant cet espace vide qu’on a permis la progression du FN. » La droite populaire, poursuit-il, n’est ni un chaînon manquant, ni une passerelle en construction : « On est là pour proposer des idées au Président de la République quand on le rencontre. Par exemple, les jurys populaires, ça vient de chez nous. »

«Entre la gauche bien-pensante et l’extrême droite montante»

Pour une partie des élus qui en sont membres, la Droite populaire doit, en vue de la présidentielle, se structurer en vrai courant dans l’UMP, au-delà du simple club de parlementaires. « Si on est malins, on réussira à imposer nos thématiques pour 2012 », glisse un député. Car l’ennemi, en ces temps difficiles pour la droite, ce n’est ni la gauche, ni le Front. L’ennemi, c’est Borloo et son « idéologie centriste », tranche Vanneste : « Le Parti radical est dépourvu d’idées, il ne fait que de la tactique. Y a-t-il plus éloigné du gaullisme que ça ? »

Lionnel Luca, député des Alpes-Maritimes, enfonce le même clou. Il y a un mois, il dénonçait le recul du Président qui avait accepté, sous la pression des centristes, de retirer de la loi « Loopsi 2 » l’article sur la déchéance de nationalité. « Pour moi, c’est le mardi noir de la majorité présidentielle, explique-t-il. Une décision pareille, ça nous flingue dans notre électorat, qui nous reproche de ne pas tenir notre ligne. » Borloo et ses « rêveries de démocrate-chrétien centriste », selon un autre membre de la Droite populaire, sont presque plus un sujet d’angoisse que la « Peste blonde ». « L’idéologie centriste va nous coincer en tenailles entre une gauche bien-pensante et l’extrême droite montante », conclut Vanneste.

« Ces gens-là pensent que tout est perdu, alors ils font sécession sans oser en prononcer le nom », balance un député droito-populiste. Du coup, chez Borloo, on hésite entre le fatalisme − « On ne s’est jamais vraiment aimés », avoue un borlooïste − et le roulage de mécaniques – « Ils sentent bien qu’on représente quelque chose, sinon pourquoi s’en prendraient-ils à nous ? » La coexistence pacifique entre ces deux chapelles de la droite a clairement du plomb dans l’aile. D’ailleurs, Borloo a déjà annoncé que les radicaux quitteront l’UMP en avril. « Franchement, on respirera mieux dehors qu’avec ces types qui voient des islamistes partout et ne pensent la France et la politique qu’en termes de conflit », poursuit un député radical.

Ligne droite et de droite

Lionnel Luca entend assumer ce conflit et considère que c’est en traçant cette ligne droite et de droite que l’on neutralisera le danger frontiste pour Sarkozy : « Regardez dans mon département, les Alpes-Maritimes, gros scores du FN mais pas un élu. Parce que nous sommes réactifs avec les gens modestes. » C’est d’ailleurs ce qui rassemble les députés de la Droite populaire ; ils ont tous eu ou ont toujours de gros problèmes avec le Front dans leurs circonscriptions : Vanneste dans le Nord, Mariani dans le Vaucluse, Luca dans les Alpes-Maritimes,ou même François Vannson dans les Vosges. « Ce n’est pas la fascination de l’extrême droite qui les rassemble, explique un député du Sud de la France. Certains, comme Mariani, ont ou ont eu des ennemis et concurrents directs au Front, comme Jacques Bompard. D’autres manifestent une forme de fidélité brutale au gaullisme, au RPR dur. Dire qu’ils sont le chaînon manquant vers le FN est un peu léger. »

Un peu léger, mais quand même : faisons donc un peu de politique-fiction. Il est difficile d’imaginer que Marine Le Pen se contentera très longtemps de cartonner dans les urnes sans jamais guigner de fauteuils. On peut même penser que, contrairement à son père, elle veut exercer le pouvoir. Quand on lui parle d’alliance avec l’UMP ou tout autre parti de droite, elle ricane. Pour combien de temps ?

À l’UMP, on s’offusque : « Ceux qui nous font passer pour le point de ralliement cherchent à nous discréditer », s’énerve Lionnel Luca. Voire. Après le pavé dans la mare – à moins que ce ne fût un ballon d’essai − de Vanneste à l’automne, certains observent avec attention l’Italie, où le MSI, ex-néofasciste, s’est mué en parti de gouvernement respectable et respecté, ou bien l’Espagne et son Parti populaire. Dans ces expériences, l’extrême droite, recouverte de peinture fraîche, a toute sa place. On imagine ainsi des « alliances géographiques ». « Il faut combiner idéologie et géographie, explique un député de la Droite populaire qui préfère rester anonyme, et pour cause. Les positions radicales n’intéressent pas l’Ouest catholique de la France, c’est un fait. Mais dans le Nord ou le Sud, il faut imaginer travailler à des alliances géographiques. » Avec un Front qui ne serait plus vraiment le Front. C’est-à-dire celui de Marine, non ?

Avant d’arriver à ce futur pas si lointain, la Droite populaire doit gagner dans l’esprit de Sarkozy et imposer ses thèmes pour la campagne. Éviter « l’ouverture à la gauche caviar has been », l’installation dans la vie politique de « starlettes façon Rama Yade », voire la centrisation du discours de campagne 2012. Ses élus vont aller se faire entendre à l’Élysée, à l’UMP, multiplier les tribunes, les colloques pour dire qu’ils sont LA droite. « Dans ce pays, la droite est considérée comme fréquentable si elle est de gauche. Nous, nous ne souffrons pas de la culpabilité traditionnelle de la droite », argumente Lionnel Luca. Reste à savoir si ses troupes apprécieront la blague qui court à l’Assemblée, qualifiant la « Droite pop » d’« UMP bleu Marine »…[/access]

Les Droites aujourd'hui

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La prostitution viole t-elle la constitution ?

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Jacques et Bernard viennent tous les deux de fêter leurs soixante-deux ans. Ils ne se connaissent pas. Entre eux, quelques points communs et quelques différences.
Jacques et Bernard sont mariés tous les deux depuis une grosse trentaine d’années. Leurs épouses, sexagénaires elles aussi, ne pratiquent plus beaucoup la bagatelle. La première, parce que c’est Jacques qui ne la touche plus depuis une douzaine d’années, la seconde, parce qu’elle se refuse à Bernard depuis cinq ou six ans estimant, à tort, avoir dépassé la date de péremption.

Jacques vit à Paris pour son travail la semaine et rentre chaque fin de semaine dans sa bourgade provinciale. Bernard, en revanche, retraité après avoir passé la case pré-retraite, vit dans un pavillon de banlieue dans le Val d’Oise.

Jacques a un secret. Depuis quinze ans, il mène une double vie. Successivement, Tatiana, Corinne et Ursula, étudiantes en… sciences humaines, ont partagé avec lui les quatre soirées et nuits qu’il passe chaque semaine dans la capitale. Avec Ursula, vingt-et-un ans, cela dure depuis trois ans. Il lui paye un appartement. Il lui donne aussi de l’argent de poche, beaucoup d’argent de poche. Accessoirement, son titre de séjour est renouvelé sans aucun problème grâce aux excellentes relations de Jacques. Ursula n’est pas une ingrate. Si elle a des petits amis pendant les absences de son bienfaiteur en fin de semaine, elle fait preuve d’une grande énergie, d’une énorme générosité et d’une certaine imagination dans des longues séances que le cœur de Jacques arrive encore à supporter.

Bernard, chaque jeudi après-midi, part en RER vers la capitale. Depuis de longues années, il voit Géraldine. Géraldine a trente-huit ans et elle est divorcée. Elle a un boulot à mi-temps de caissière dans une superette du Val de Marne, insuffisant pour faire vivre ses quatre enfants. Alors, avec son vieux monospace d’occasion, dont elle rabat les sièges deux fois par semaine, elle voit quelques habitués au bois de Boulogne. Bernard en fait partie. Elle leur prend entre cinquante et deux cents euros selon les cas. Elle fixe le prix en fonction du dégoût que lui inspire le monsieur et, bien entendu, des prestations gratifiées.

Jacques, en fait, est député. Et je me pose une question. Fait-il partie de la commission qui préconise de transformer Bernard en délinquant parce qu’il va voir Géraldine chaque jeudi ? Votera t-il cette loi de pénalisation des clients de prostituées sans s’interroger sur la nature de sa relation avec Ursula ?

Evidemment, Jacques et Bernard constituent des personnages totalement fictifs. Mais ils permettent tout de même de se poser de bonnes questions. De très bonnes questions.

Guerre en Libye, guéguerre à l’Otan

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photo : Algaddafi International Prize for human rights

Un mois après le vote de la résolution 1973 par le Conseil de sécurité de l’ONU, quatre semaines après le début de la campagne militaire en Libye qui s’en est ensuivie, Mouammar Kadhafi est toujours à Tripoli, Ajdabiya continue à passer alternativement du contrôle des insurgés à celui des forces du régime et une grosse moitié du pays reste toujours sous contrôle des forces fidèles au pouvoir. En revanche, et ce n’est pas un succès négligeable, les rebelles tiennent toujours Benghazi. Quoi qu’on pense de cette guerre, il faut rappeler qu’il y a un mois, cette ville, devenue capitale symbolique de l’insurrection, était à deux doigts de tomber entre les mains des kadhafistes.

Que penser de ce bilan ? Est-il décevant ? Satisfaisant ? Ça dépend pour qui : les pays engagés dans cette guerre ne sont pas tous d’accord sur les buts qu’ils poursuivent. La France et la Grande-Bretagne ont clairement pour objectif la chute de Kadhafi et, soyons fous, l’instauration d’un régime démocratique, tandis que nombre d’Etats arabes et africains entendent bien se contenter d’un service minimum. La crainte d’être tenus pour responsables de la chute de Benghazi et des éventuels massacres qui y auraient été perpétrés, conformément à ce que le « Guide » avait claironné, par ses forces armées, a poussé les plus réticents à sauter le pas. Arrachée in extremis pour éviter une catastrophe annoncée, la résolution 1973 était donc le fruit d’un compromis, obtenu, comme souvent, grâce à l’ambiguïté volontaire du texte. Le problème, c’est que le consensus des premiers jours ayant volé en éclats, cette ambiguïté apparaît au grand jour. Reste à savoir au détriment desquels de ses membres la Coalition en sortira.

Dans un premier temps, forte de l’aval de l’ONU obtenu par l’activisme de son président et de ses diplomates, la France a pris la tête des opérations et, en accord avec les Britanniques, elle a donné à la résolution onusienne l’interprétation la plus large possible : dans cette perspective, mener à bien la mission définie par l’ONU, à savoir la protection des populations civiles, suppose de faire tomber Kadhafi et d’aider les rebelles à prendre le pouvoir. Même ce qui semblait clair comme l’eau de roche – « No boots on the ground », pas de troupes au sol – semble sujet à débat : il semble que, pour certains, cela n’interdise pas forcément des opérations commandos

Autant dire que la belle unanimité humanitaire des premiers jours a cédé la place à une lutte feutrée mais au couteau dont l’enjeu, au-delà des opérations militaires en Libye, est l’interprétation de la résolution 1973. Soyons clairs : les franco-britanniques ont perdu la partie. Leurs adversaires, Turquie en tête, avançaient masqués. Avant le vote, ils ont multiplié les manœuvres de couloirs pour torpiller les efforts diplomatiques de la France. Paris a gagné, et les Turcs ont eu l’intelligence de monter à bord, ce qui leur permet de dire leur mot sur la trajectoire – et sur le choix du commandant.

C’est ainsi qu’a démarré la querelle sur le rôle de l’OTAN. Londres et Paris tenaient à garder la main afin de faire prévaloir leur lecture de la résolution 1973. Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdoğan, plutôt réticent au départ a, au contraire, pesé de tout son poids pour que la Coalition du 19 mars passe le relais à l’OTAN quand il a compris que c’était la meilleure manière de mettre en échec Paris et Londres. Avec le soutien de Washington, Ankara a fini par l’emporter et l’OTAN a pris le contrôle des opérations. Depuis, comme le souhaitaient les Turcs, l’opération a peu à peu perdu ses airs de guerre juste, voire justicière, pour s’enliser dans une quasi routine – quittant par là-même la « une » des JT. C’est que, au sein de l’OTAN dont elle est membre, la Turquie a habilement joué pour faire endosser par les stratèges de Bruxelles (siège de l’OTAN) l’interprétation la plus minimaliste de la résolution 1973.

Il est vrai que les Turcs doivent actuellement jouer une partie délicate. Pour eux – comme pour pas mal d’autres dirigeants dans la région – le merveilleux printemps arabe va trop loin. Applaudir le départ de Ben Ali, souhaiter celui de Moubarak et pointer du doigt les Occidentaux hésitants et embarrassés était à la fois facile et amusant. Cela ne menaçait pas leurs intérêts mais cela pouvait les servir : à Ankara on ne regrette ni l’affaiblissement de l’Egypte ni l’embarras d’Israël. Dans ces conditions, proclamer son amour des droits de l’homme ne mangeait pas de pain. Sauf que quand la tourmente atteint la Syrie, autrement dit l’arrière-cour de la Turquie, l’affaire se complique. S’agissant d’un voisin, la stabilité est aussi précieuse, sinon plus, que les libertés civiles. Et le même raisonnement s’applique à la Libye. Comme quoi la realpolitik n’est pas l’apanage des méchants Occidentaux.

Après avoir reçu du Frère Guide himself – et pas plus tard qu’en décembre dernier – le « Prix Kadhafi des droits de l’homme », Erdogan a dû être un peu gêné de voir s’effondrer la respectabilité – très relative il est vrai – de son ami Kadhafi. Peu importait au Premier ministre turc que les Kurdes rient, même jaune, de ses envolées lyriques sur le droit du peuple palestinien. Mais quand les habitants de Benghazi se demandent pourquoi ils n’ont pas droit à la même compassion que ceux de Gaza, il commence à transpirer. S’il était français, Erdogan serait sans doute aujourd’hui à Saint-Jean-de-Luz en train de rédiger ses mémoires.

Avec la Libye, la rhétorique de la liberté des peuples qu’affectionne Erdogan a montré ses limites : les investissements turcs mais aussi le grand nombre de travailleurs émigrés au pays de Kadhafi rappellent ce champion des Droits de l’homme aux pénibles réalités stratégiques. Comme Sarkozy et comme Obama dont il se moquait volontiers il y a quelques mois, le Premier ministre turc doit procéder à des arbitrages déprimants entre valeurs et intérêts. Et il serait fort surprenant qu’il sacrifie ceux-ci à celles-là.

Le résultat, c’est que la Turquie joue les trouble-fête, empêchant la France et la Grande-Bretagne de mobiliser l’OTAN pour mener à bien leur politique qui, juste ou non, avait au moins le mérite de la cohérence. Au point que tout le monde finit par se demander ce que font nos avions au-dessus du désert libyen. Certes, ils assurent la sanctuarisation de Benghazi et la pérennisation des institutions créées par les rebelles. And so what ? À l’évidence, les insurgés sont incapables de prendre Tripoli. Et l’OTAN ne le fera pas pour eux. Dans ces conditions, l’opération « Aube de l’Odyssée » a toutes les chances d’aboutir, non pas à l’avenir radieux rêvé dans l’euphorie des premiers jours, mais à la partition de la Libye en deux Etats. Reste à espérer que l’un d’eux sera vaguement démocratique.

Testez votre PC

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Un instant, une terrible angoisse m’a étreint en consultant le site du Parisien Libéré qui s’ouvrait sur une bannière publicitaire ressemblant à un vrai titre et que j’ai crue m’être personnellement adressé : « Un PC peut accumuler des centaines d’erreurs cachées chaque mois : celles-ci peuvent ralentir votre système. Testez votre PC ».

Où allait se nicher l’anticommunisme, tout de même ! Des centaines d’erreurs cachées chaque mois, c’était très exagéré. Quelques unes, comme la parenthèse huiste et la participation au gouvernement Jospin, d’accord, mais elles n’étaient pas cachées. Elles s’étaient même sérieusement vues dans les résultats électoraux de cette période. Puis j’ai réalisé que je faisais ma Nadine Morano et que je confondais, non pas un chanteur et une marque automobile, mais un ordinateur et une glorieuse organisation.

En plus, cela aurait été injuste, cette histoire d’erreur : le jour même, le groupe communiste, Parti de gauche et Verts de l’assemblée nationale venait de virer Gremetz après sa brillante prestation il y a quelques semaines lors d’un débat en commission sur le nucléaire.

Hulot candidat, et pourquoi pas ?

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photo : TF1

Aucun doute possible, la politique est plus rude pour les nerfs que les primes de TF1. Voyez Nicolas Hulot. Mercredi, il annonce son intention d’être candidat à la présidentielle au nom d’une certaine idée de l’écologie et de la transformation sociale et bim !, ceux qu’on imaginait partager ses valeurs le trainent plus bas que terre.

Le voilà rhabillé par ses supposés amis en écolo-médiatique âpre au gain, ayant serré la main des plus grands capitalistes pour financer ses reportages, et n’hésitant pas à vendre du gel douche pour arrondir ses fins de mois. Bref, le portrait craché de l’usurpateur en politique. Ajoutons qu’il a osé se déclarer hier dans la salle des fêtes de Sevran, joli port de pêche de Seine Saint-Denis, bien connu pour sa misère sociale et ses règlements de compte à l’arme lourde, sans pour autant aller serrer les mains des autochtones : son cas est réglé ! Hulot usurpateur, candidat d’opérette, responsable futur d’un nouveau 21 avril alors que les Verts avaient toutes leurs chances d’accéder au pouvoir dans les sacoches à vélo du candidat PS.

Je n’ai pas de grande passion pour Hulot, ni pour les Verts en général, fussent-ils relabélisés EELV. Mais j’ai encore moins de goût pour les procès en légitimité politique, surtout quand ils fleurent bon le Fouquier-Tinville en sketbas. Ceux-là même qui pétitionnent à longueur de colonnes contre une classe politique monocolore, masculine, sexagénaire, venant des meilleures écoles de la République par la voie paternelle, considèrent que Hulot, l’animateur télé n’est rien, ni personne et ne peut donc pas être candidat. Eva Joly, qui est sans doute elle ultra-légitime, a d’ailleurs fielleusement commenté hier le projet d’Hulot : « Il ne faut pas confondre notoriété et crédibilité. » On comprend donc qu’elle, qui se voyait en madone de l’épuration verte, souffre de l’absence de l’une et sans doute du trop-plein de l’autre. Le monde politico-médiatique est mal fait.

Hulot pourtant n’en est pas à ses premiers pas politiques : lors de la dernière présidentielle, il avait fait signer à tous les candidats son pacte écologique, et pas forcément de leur plein gré. Après quoi il avait donc expliqué que, puisque tout le monde y adhérait, il n’avait pas besoin de participer au concours de beauté présidentiel. Là, ayant fait le tour de la chose télé, de la chose politique côté cour (notamment en participant au Grenelle de l’environnement) et mesurant, j’imagine, que l’adhésion générale à son projet écolo était du pipi de bébé phoque, il envisage de se présenter : on ne passe jamais de meilleur pacte qu’avec soi-même. Il y a sans doute aussi des raisons un rien plus cyniques à ce grand saut : la fin programmée de ses émissions sur TF1, le peu d’élan populaire suscité par Eva Joly, sa propre popularité qui se maintient sans faille, et celle du président qui n’en finit pas de s’effondrer, ouvrant un boulevard à la gauche, donc à EELV. Mais on s’en fout. Hulot, comme tout le monde, a le droit d’avoir des arrière-pensées, et il a le droit d’être candidat même après avoir été animateur sur TF1. J’allais dire surtout.

Séquence émotion comme disait Hulot, l’homme de la télé. Avez-vous déjà regardé une de ses émissions ? Moi, oui et même plusieurs. Je ne sais pas si la plongée avec des narvals au large du Labrador ou la découverte de la péninsule de Basse-Californie a fait beaucoup pour ma conscience écologique d’adolescente. Certes, les mines compassées de Hulot, son air catastrophé par la pollution, ses appels –hachés par le manque d’oxygène- aux générations futures avaient un côté prêchi-prêcha écolo casse-pied. Mais de Cousteau à Hulot, c’est tout un imaginaire naturalo-mondialiste qui s’est imprimé dans les cerveaux malades des jeunes gens comme moi. Et qui reste aujourd’hui. J’ai toujours trouvé idiot de s’apitoyer sur les conditions de vie des ours blancs pour expliquer qu’il faut éteindre la lumière quand on quitte une pièce ou qu’on ne doit pas jeter ses sacs plastique sur la pelouse du Luxembourg. Mais si ça se trouve, Ushuaïa a reformaté mon imaginaire avec du relativement sauvage et du résolument beau. Les voies du néo-civisme sont sinueuses. Pour autant, je ne pense pas qu’il faille interdire les centres-villes aux voitures (même si je préférerais, à titre tout à fait personnel de piéto-cycliste) ou taxer plus le pétrole et ses dérivés. Mais si ça se trouve, Hulot et son parapente ont un peu modelé mon comportement quotidien, à parité avec les aventures intrépides et humides du Commandant Cousteau.

Mais revenons à notre mouton noir du casting élyséen: au nom de quoi un garçon qui a fait profession de télé et y a réussi brillamment avec ses petits bras, serait-il a priori disqualifié pour se présenter aux suffrages des citoyens français ? Vous préférez les énarques qui perdent 30 kilos pour acter leur volontarisme face caméras? Les agrégés de lettres qui n’ont jamais mis les pieds dans une classe en banlieue ? Les faux facteurs ? Les anciens ministres qui ont fait fortune en monnayant leurs carnets d’adresses ? Les patrons d’organisation internationale coachés au millimètre par des agences de com’? Les magistrates intransigeantes sauf avec leurs affidés? Pourquoi pas. Mais laissez les animateurs télé se présenter aussi, au moins au nom de la diversité. On, enfin l’électeur, jugera si l’avenir avec Hulot est plus radieux qu’avec tous les autres. Je n’ai jamais vu qu’on votât, en dernier ressort, sur la notoriété ou la côte de popularité. Par bonheur tout ça demeure encore mystérieux, bordélique, illogique.

Sans quoi, à l’heure où je vous parle, Mimie Mathy serait présidente de la République.

Pas de taxi pour Tobrouk

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photo : U.S. Navy

Par les temps qui courent, s’opposer à l’intervention armée en Libye vous attire bien peu d’amis. Exception faite de quelques parias de la scène internationale – Chavez, Morales, Loukachenko, Khamenei − et du Guide libyen lui-même, l’analyste critique se trouve bien esseulé. Hormis Rony Brauman, la plupart des opposants habituels au « droit d’ingérence[1. Une notion juridiquement vide devenue, en un quart de siècle, l’impératif catégorique du droit-de-l’hommisme botté]» se rangent derrière l’action diplomatique à la hussarde de Nicolas Sarkozy. Entretemps, BHL a subrepticement succédé à Alain Juppé au Quai d’Orsay, délocalisé à Benghazi pour cause d’ingérence dans ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile. L’Histoire retiendra un virage éclair amorcé en quelques semaines. D’Alliot-Marie à BHL, nous sommes passés du benalisme immobilier au néo-impérialisme cheveux au vent. Pendant ce temps, on oublie le théâtre moyen-oriental, où se trame une future guerre régionale : les chiens bahreïnis aboient, la caravane saoudienne passe.[access capability= »lire_inedits »]

Quelle que soit l’horreur qu’inspire un Kadhafi aux mains tachées de sang, on est donc en droit de contester les arguments avancés en faveur de l’opération « Aube de l’Odyssée ».

Le « droit » d’ingérence est un humanisme

L’ingérence n’a jamais été un droit. Fiction juridique théorisée par Jean-François Revel, l’ingérence exprime l’idéologie des classes dominantes et permet à d’habiles stratèges pourvus de bonnes âmes de jouer les va-t-en-guerre au nom d’idées généreuses. Désormais, au nom des droits de l’homme désincarné et de la démocratie mondiale, on fait la guerre par pacifisme et on tue pour sauver des vies. Devons-nous proclamer que « nous sommes tous libyens » ? Ce droit-de-l’hommisme n’est pas seulement politiquement abscons, en ce qu’il fait fi des réalités nationales, politiques, sociales et culturelles. Moralement, un tel catéchisme se mure dans l’hémiplégie : une victime de bombardement allié est dite « collatérale » tandis que l’ennemi se retrouve apostasié… Mise en scène pratique que celle qui consiste à ignorer les massacres lorsqu’ils se situent du bon côté de la ligne de front. Souvenons-nous des exactions commises par la mafieuse UCK albanaise, relookée après la guerre menée par l’OTAN en Résistance victorieuse, à l’encontre des Serbes du Kosovo, au vu et au su d’un certain Bernard Kouchner – et de nos soldats. Le bombardement de Belgrade et l’écrasement de Milosevic (que l’on pouvait, il est vrai, considérer comme un bénéfice collatéral) se firent au nom d’un humanitarisme à géométrie variable. À l’arrivée, on n’a pas besoin de chercher des complots partout pour observer que la guerre de l’OTAN servit les objectifs géostratégiques des États-Unis en affaiblissant la Russie. Résultat : la « communauté internationale » applaudit à la naissance au cœur de l’Europe d’un État mafieux dirigé par un personnage aujourd’hui soupçonné d’odieux crimes de guerres. Ce qui montre au minimum que le lyrisme peut rimer avec la realpolitik la plus pragmatique.

En Libye, face aux crimes de guerre de Kadhafi, des causes voisines risquent de reproduire des effets identiques. Déjà, certains groupuscules salafistes prennent fait et cause pour les insurgés dans ce qui ressemble de plus en plus à une guerre civile. Certes, il serait idiot de se déterminer en fonction des affinités idéologiques de tel ou tel ou de réduire le débat public à un caricatural face-à-face BHL-Dieudonné. Les slogans islamistes portés par certains groupes tribaux assistés d’une poignée de hauts dignitaires kadhafistes n’incitent guère à l’enthousiasme. De la même façon, des chefs de la guérilla ont reconnu accueillir certains mercenaires issus des rangs mêmes d’Al-Qaïda au Maghreb, étayant en cela les allégations du fou de Tripoli, trop heureux de discréditer son opposition. Ces alliances broussailleuses ne disculpent certainement pas Kadhafi des atrocités commises contre sa population. Mais bombarder la Libye constituait-il le meilleur moyen de protéger les civils libyens ? En dehors du soutien aux insurgés, le doute est permis…

C’est l’ONU qui est aux manettes

Las ! Après quelques jours de tergiversations, l’OTAN, ce vestige de la guerre froide qui cherche sa raison d’être, aura eu raison des Nations unies. Parée de la légitimité internationale, la Coalition jongle entre plusieurs registres d’autolégitimation. On ne sait pas vraiment quels buts poursuivent Nicolas Sarkozy et ses alliés , dont quelques-uns, notre Président en tête, ont été bien prompts à reconnaître un gouvernement sans État : protéger les populations civiles ? Renverser Kadhafi ? Instaurer la démocratie et l’État de droit ? Tout cela à la fois, vous répondront les propagandistes indéfectibles de la doctrine humanitariste. L’ennui, c’est que le réel pourrait bien se rappeler à leur bon souvenir et déjouer leurs beaux projets. En dernière instance, à supposer même que les insurgés parviennent à conquérir tout le pays et à préserver l’unité nationale avant d’organiser des élections libres, que diront nos démocrates bottés si une majorité islamiste sort des urnes ? Seront-ils aussi intraitables sur le respect de la souveraineté populaire ? Après tout, l’OTAN bafoue aujourd’hui la souveraineté nationale au nom des droits de l’homme. Demain, la démocratie devra-telle passer sous la toise des droits humains ? Sans compter que les guerres, il est toujours plus facile de les commencer que de les terminer. Revenue dans le giron de l’OTAN, la France pourrait être obligée d’engager des troupes au sol si l’enlisement succède à l’emballement. Qu’en pensent les électeurs ?

Il n’y avait pas d’alternative au recours à la force

Mystification, encore et toujours. Le matraquage médiatique a joué à plein la carte du « There Is No Alternative ». Dommage, il y avait de quoi mettre l’imagination au pouvoir, pour peu que les « Occidentaux » (autre nom de l’OTAN, selon la formule consacrée) consentent à se salir un peu les mains par Chavez interposé. Quoi qu’en dise Jérôme Leroy, l’amitié avérée entre Hugo et Mouammar rendait possible un départ honorable du tyran de Tripoli, moyennant finances et immunité judiciaire. Dans un monde où il n’y aurait ni Tribunal pénal international, ni justice rendue au nom de la morale, ni guerres humanitaires, le simple rapport de forces défavorable à Kadhafi l’aurait sans doute amené à faire des concessions. Au lieu de cela, la résolution de l’ONU l’érige au rang suprême de martyr de l’Occident « croisé[2. Lapsus révélateur de Claude Guéant, qui dit la réelle nature du conflit : une croisade menée, non pas au nom de la chrétienté, mais en vertu de la religion du nouveau siècle : les droits de l’homme universel et déconnecté]». En 2003, Saddam Hussein était prêt à plier devant les inspecteurs de l’ONU avant que le bellicisme américain ne rende la guerre inéluctable ; si on ne lui laisse aucune porte de sortie, Kadhafi préférera combattre jusqu’au dernier Libyen pour finir par mourir en martyr. La sécurité des Libyens y aura-t-elle gagné ?

À tout cela, il faut ajouter le message envoyé aux dictateurs : si vous ne voulez pas finir assassiné ou jugé par un tribunal occidental, dotez-vous d’armes de destruction massive. À Pyongyang, l’intouchable Kim Jong-il rit tranquillement en affamant son peuple. Alors que le drame de Fukushima hante les esprits occidentaux, l’affaire libyenne assure le service après-vente de l’arme atomique. Tenez-le vous pour dit : si Kadhafi, comme Saddam, n’avaient pas démantelé leurs arsenaux, ils dormiraient bien au chaud sous les ors de leurs palais.

Les mystères de l’ingérence « humanitaire » demeurent donc insondables. Je préfère de plus en plus la version originale d’Un taxi pour Tobrouk à son remake occidentaliste…[/access]

Le Droit d'ingérence

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L’Etat-providence contre l’assimilation

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La vie est un long apprentissage. Pendant longtemps, j’ai pensé – sans jamais vraiment chercher à le vérifier – qu’une immigration importante ne pouvait avoir qu’un effet négatif sur le salaire et le taux de chômage de la population d’un pays. Après tout, c’est le principe de l’offre et de la demande : si l’offre de travail augmente, à demande constante, les salaires doivent s’ajuster à la baisse et si les salaires ne peuvent s’ajuster (à cause d’un salaire minimum légal par exemple), un afflux d’immigrants devrait créer mécaniquement du chômage. Eh bien j’avais tort.

Il y a eu, ces dernières années, un regain d’intérêt remarquable pour les études économiques sur l’impact de l’immigration sur le marché du travail. C’est un phénomène classique : en période de crise, les premiers accusés sont les immigrés qui viennent « voler nos emplois » et cette idée est d’autant plus facile à vendre – politiquement parlant – qu’elle a la couleur, le goût et l’odeur d’une simple remarque de bon sens. Seulement voilà, à chaque fois qu’on a essayé de mesurer objectivement cet impact, on n’a rien trouvé de significatif et, mieux encore, on a même souvent découvert un léger effet inverse. Aussi incroyable que cela puisse paraître, ce que nous disent les chiffres, c’est qu’un fort taux d’immigration n’entraîne pas de baisse des salaires (ou de montée du chômage) et peut même entraîner une légère hausse des rémunérations des travailleurs natifs (ou un recul du chômage).

Ce que démontrent ces études, c’est que les immigrants ne remplacent pas les natifs – c’est-à-dire qu’ils n’entrent pas ou peu en compétition avec eux pour les mêmes emplois – mais augmentent le nombre total d’emplois dans l’économie. En d’autres termes, il existe un effet de complémentarité qui fait plus que compenser l’effet de substitution. Imaginez, par exemple, qu’une entreprise du bâtiment n’arrive pas à recruter d’ouvriers : elle se trouve, dès lors, dans l’obligation de licencier plusieurs de ses chefs de chantier. En revanche, si elle a la possibilité d’employer des ouvriers immigrés – qui, parce qu’ils sont moins qualifiés, acceptent de travailler pour moins cher ou d’exécuter des tâches moins gratifiantes que les natifs – elle peut accepter plus de chantiers et donc embaucher du personnel d’encadrement qui a toutes les chances d’être composé de natifs. Dans une note de synthèse de ses recherches sur le marché du travail étatsunien[1. The Effect of Immigrants on U.S. Employment and Productivity, G. Peri (2010)], Giovanni Peri, l’un des spécialistes les plus reconnus en la matière, confirme que cet effet de complémentarité crée plus d’emplois pour les salariés nés américains que n’en « détruit » la compétition avec des immigrés. En approvisionnant l’économie américaine en maçons, ouvriers agricoles et autres chauffeurs de taxis, l’immigration permet aux entreprises américaines d’accroître leur capacité de production, de vendre plus et donc, d’embaucher plus de chefs de chantier, de responsables d’exploitation et de répartiteurs de taxis américains.

L’Etat-providence a cassé la machine à intégrer

Au total, comme le note Giovanni Peri dans son résumé, l’immigration augmente la capacité productive d’une économie, stimule l’investissement et promeut la spécialisation qui, à long terme, améliore la productivité. Rajoutez à cela que lesdits immigrés vont bien évidemment devoir se nourrir, s’habiller et se loger et vous obtenez un bilan économique net de l’immigration aussi positif dans les faits qu’il est négatif dans l’imaginaire collectif.

À ce stade, on est dans un monde harmonieux où des immigrés viennent compléter les capacités productives du pays accueillant, s’insèrent dans sa société par le travail et adaptent d’eux-mêmes leurs us et coutumes pour augmenter leurs chances de succès dans leur nouveau pays. Seulement voilà : il semble que malgré cela, nous ayons vraiment un problème avec notre immigration et que ce problème ne soit pas lié au nombre d’immigrants, puisqu’en 2008, nous affichions un taux net de 1.48 immigrants pour mille habitants alors que des pays comme le Portugal ou l’Australie affichaient des taux de deux à quatre fois supérieurs sans que cela pose de problèmes insurmontables à leurs populations natives.

La réalité de notre monde, c’est que l’Occident, l’Europe et la France sont des îlots de prospérité perdus au milieu d’un océan de pauvreté. C’est de moins en moins vrai au fur et à mesure que les pays dits émergents émergent effectivement en rejoignant le concert de l’économie de marché et de la mondialisation mais cela reste une réalité tangible de ce monde. Une autre réalité, cette fois ci une réalité française, c’est que nous avons un Etat-providence qui, dans un moment de faiblesse, a décrété que ses largesses ne se limitaient pas aux seuls Français mais à toute personne vivant sur notre sol. Or, voilà, dans ce monde tel qu’il est, offrir à des étrangers la possibilité de profiter de nos systèmes sociaux pour peu qu’ils viennent s’installer chez nous a une conséquence évidente : cela attire des gens qui ne viennent pas pour travailler et s’intégrer mais pour profiter de l’aubaine.

Les seuls fautifs, c’est nous !

Entendons-nous bien : moralement, humainement, nous n’avons pas le droit de reprocher à un Tunisien ou à un Algérien de fuir la misère de son pays pour venir profiter de nos aides sociales. Ce faisant, il ne fait rien d’immoral et se comporte au contraire en bon père de famille qui cherche à assurer une vie meilleure à ses enfants. De quel droit le lui reprocherions-nous ? Ne ferions-nous pas exactement la même chose à sa place ? Nous avons créé une règle du jeu ; les gens utilisent cette règle au mieux de leurs intérêts : c’est aussi simple que cela. Dans cette histoire, nous sommes les seuls fautifs.

Si on veut trouver une solution, il faut commencer par identifier correctement le problème et en l’espèce, ce n’est pas l’immigration en tant que telle mais « l’immigration d’assistance » – générée par notre Etat-providence. Non seulement, notre système n’est pas viable financièrement – nous ne pouvons pas, comme disait Michel Rocard, « accueillir toute la misère du monde » – tout en admettant qu’il fallait en prendre notre part -, mais il a aussi, et surtout, brisé le mécanisme d’intégration naturel de notre société civile. C’est pourtant si simple, si évident : pour vivre, il faut travailler et pour travailler, il faut s’adapter, coopérer et s’intégrer à la communauté dans laquelle on prétend vivre. C’est ce mécanisme qui a fonctionné pendant des millénaires durant lesquels nous nous sommes très bien passés de ministères de l’immigration, de l’intégration ou de l’identité nationale et c’est ce mécanisme qu’il s’agit de remettre en état aujourd’hui.

[1]

J’ai tout lu de Roux, sauf Combaluzier

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L’affaire Zadig & Voltaire c/ Fréderic & Lefebvre, Causeur vous la commentait dès le 4 avril à 14h20, sous la plume de mon amie Muriel Gremillet.

Ce qu’elle ne pouvait pas encore savoir à l’époque, c’est le fameux concours de blagues auquel cette bourde allait donner lieu sur le net. Moi-même, pour vous dire, je n’en ai été averti que par la lecture du Monde magazine.

Dieu sait que je ne ris pas tous les jours à la lecture de cet hebdomadaire. Mais là ça fait cinq jours déjà, et je ne m’en remets pas. C’est un certain Thomas Wieder qui signale opportunément les meilleurs conseils de lecture prodigués à l’apprenti écrivain-ministre par les internautes. Ça va du politique (Le Manifeste du parti communiste de Marks & Spencer) au polar (L’Assassin habite au Century 21) en passant par la philo : Ainsi parlait Zara.

C’est bien simple : je n’avais pas ri d’aussi bon cœur depuis la campagne de Chirac en 95.