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Social, aristocratique et sensuel

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Depuis son premier long métrage, Peaux de vache tourné en 1988, en passant par Travolta et moi (1994) tourné pour une série de télévision d’Arte pour lequel elle reçut le Léopard d’or dans l’excellent festival du film de Locarno – comme quoi, on peut travailler pour la télévision et réaliser des œuvres ambitieuses, inventives et intelligentes – , Saint-Cyr (2000) ; Basse Normandie (2004), jusqu’à ce nouvel opus d’une beauté frondeuse et flamboyante, Sport de filles, Patricia Mazuy s’impose dans le cinéma français comme une cinéaste talentueuse, butée, révolté en quelque vingt cinq ans de carrière. Un cinéaste libre, une résistante à la nouvelle qualité française, au cinéma d’auteur normé pour la plupart asservi aux normes du marché. Avec Patricia Mazuy, je suis convaincu qu’il s’agirait plutôt d’un « cinéma de hauteur », d’un cinéma aristocratique que peuvent atteindre les cinéastes debout.

Autant le dire tout de suite Sport de filles de Patricia Mazuy est un très grand et beau film, un western social flamboyant, un film sensuel et sexuel d’une grande tenue formelle, d’une dignité politique qui ne fait aucune concession, mais qui ne donne aucune leçon. La morale de ce film frontal et majestueux est définie par l’action et les comportements moraux des personnages comme dans les grands westerns de Ford ou de Walsh. La cinéaste donne ici ses lettres de noblesse au cinéma prouvant qu’elle est une directrice d’acteurs et d’actrices formidable.

Tragi-comédie sociale et politique se déroulant dans le monde équestre, le film montre avec une saine virulence l’opposition de deux mondes, celui de l’aristocratie du monde hippique, des propriétaires à celui modeste et rural d’une jeune femme d’origine paysanne, dotée d’un amour sublime pour les chevaux et d’une obstination sans faille dans son désir de les dresser et de les monter. L’action se situe entre un haras normand et un concours de dressage à Francfort. Joséphine De Silène (Josiane Balasko), aristocrate, roide et dominatrice mène son petit monde à la baguette. Il y a Franz Mann (Bruno Ganz, impérial), ancienne gloire des concours hippiques, entraîneur du lieu et les écuyères dont sa propre fille, Alice (Isabel Karajan). La prénommée Gracieuse jouée par une Marina Hands sublime, virée du haras où elle travaillait précédemment, arrive, fière et décidée, pour travailler dans celui de Madame De Siléne. Mais une fois de plus, elle se confronte à la domination de classe. Elle doit obtenir de son père qu’il cède ses terres à sa patronne. Gracieuse ne supporte pas la bassesse et les concessions, elle ne veut pas se soumettre, elle veut être reconnue pour son talent, elle veut prouver aux yeux de tous et particulièrement à ceux de Franz, qu’elle peut être une écuyère à la hauteur. Elle va dompter le cheval qui fait discorde entre Joséphine et la maitresse de Franz, une riche propriétaire anglaise.

Gracieuse est une Jeanne d’Arc moderne, une flibustière révoltée qui par la force de son travail, sa volonté absolue, son impertinence majestueuse, sa grandeur d’âme va imposer l’évidente justesse de son combat. Marina Hands, dans son plus beau rôle au cinéma, donne à ce personnage une dimension princière. Après des jours de travail et d’entrainement en forêt, elle vole un cheval et un van, puis se rend à Francfort dans le but de convaincre Franz qu’elle est une vraie cavalière. Gracieuse, vêtue de son blouson de cuir rouge, ayant chaussé ses nouvelles et superbes bottes de cuir, têtue, sauvage, froide, un peu rêche, un bandeau vert sur son œil blessé, qui la rend encore plus sensuelle, va dans une scène – véritable climax du film – d’une volupté intense, d’une beauté à couper le souffle prouver qu’elle sait dompter un cheval, et emporter l’adhésion sportive et l’amour d’un entraineur devenu un esclave mais qui vient enfin de décider de se rebeller.

La bande musicale signée de John Cale, musicien de génie, ex membre du Velvet Underground, avive les tensions abruptes de ce film merveilleux que je vous conseille vivement d’aller voir toutes affaires cessantes.

Sport de filles, de Patricia Mazuy avec Marina Hands, Josiane Balasko, Bruno Ganz, Isabel Karajan, Amanda Harlech….

Le suicide n’est pas une solution d’avenir

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Les Carnets de l’Herne, petits frères des Cahiers du même nom, viennent de publier Du suicide. Ce petit pamphlet de Léon Tolstoï est sa dernière œuvre. Nous sommes en 1910. A l’époque, Tolstoï, chrétien syncrétique, reçoit pléthore de lettres de jeunes désaxés lui demandant conseil : doit-on ou non se suicider face aux affres des temps modernes ?
Plus que de suicide, il est surtout question de religion, de morale et des maux de l’époque industrielle. Guerres, rapacité et massacres égarent l’individu dans le désert des non-valeurs, le laissant seul face à son mal de vivre pathologique.

Malgré une confiance naïve dans les bienfaits de la déesse Raison, qui le rattache à l’Eglise de kantologie, le vieux sage blasphème une à une les réalisations du Progrès, ce cache-sexe de l’idéologie de la technique :
« Il est difficile aux hommes de notre monde non seulement de comprendre la cause de leur situation désastreuse, mais d’avoir conscience du caractère désastreux de cette situation, principale conséquence du désastre essentiel de notre temps qui s’appelle le progrès et qui se manifeste par une angoisse fébrile, une précipitation (…). Il y a là des dirigeables, des sous-marins (…) des immeubles de cinquante étages, des parlements, des théâtres, des télégraphes sans fil, des congrès de la paix, des armées de millions d’hommes… »

Jeunes hommes, votre existence n’appartient pas à vos caprices égoïstes; il est absurde d’y mettre fin au prétexte qu’elle n’est pas vouée au bonheur ou qu’elle se refuse à réaliser vos généreux idéaux. Infatigable prêcheur de la paix mondiale, Tolstoï peut prêter à sourire par son catéchisme naïf et ses professions de foi pacifistes.

Parfaitement lucide en matière de technisation et de marchandisation à marche forcée, le génie russe peine à comprendre que les mines de charbon et le nihilisme des temps modernes sont les deux mamelles d’un culte de la raison qui n’a de bienfondé que lui-même. La lecture de cette œuvre riche en contradictions n’en est que plus passionnante !

Léon Tolstoï, Du suicide, L’Herne, 2012.

Bayrou boude le dîner du CRIF ? Tant mieux !

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Photo : Mouvement Démocrate du Puy-de-Dôme

François Bayrou a « de la gueule ». Pas une grande gueule, non. Juste « de la gueule », de l’allure, du panache. Ceci lui fait quelques menues différences avec Nicolas Sarkozy, auquel il serait juste et légitime qu’il ravisse le statut de « candidat naturel de la droite ».

Je suis bon public, mais pas au point de croire au centrisme et considère François Bayrou, héritier de feue l’UDF, comme un homme de droite. Mais de cette droite de bon sens et de bonne volonté qui, si elle demeure désespérément rigoristo-libérale et austérophile sur le plan économique, n’en est pas moins capable d’avoir « tout juste » sur la question des valeurs.

Sur l’universalisme républicain, il semble que François Bayrou ait désormais une longueur d’avance. Il vient en effet de lever avec maestria un interdit un chouïa sot, en vertu duquel aucun responsable politique ne décline jamais le repas annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Le CRIF, c’est cet organe communautaire passablement likoudisé qui prétend représenter – sans que celle-ci lui ait jamais rien demandé – l’introuvable et fantasmée « communauté juive de France ». Un peu comme le CRAN[1. Conseil représentatif des associations noires] prétend incarner une « communauté noire » qui n’a rien demandé , ou comme le collectif Osez le féminisme entend représenter « les femmes ».

Le CRIF, donc, organise tous les ans un repas, auquel il invite nombre de représentants de la classe politique, qui s’y pressent pour y faire à la fois acte de présence et de componction. L’actuel président de la République s’y rend bien volontiers, de même qu’un certain nombre de ses ministres. Les chefs d’Etats impétrants y sont aussi les bienvenus, mais voilà : au soir du 8 février 2012, François Bayrou a fait défection.

Certes, il y est parfois allé par le passé. Mais il affirme aujourd’hui avoir réfléchi à la chose, et en avoir conclu qu’il ne devait plus « participer à des réunions communautaires, quelque soit la communauté qui invite des politiques dans des manifestations spécifiques ». Puis, droit comme la justice, il poursuit dans le registre du « sus au multiculturalisme » : « je pense que la France est une, que ses citoyens sont d’abord des citoyens avant d’être juifs, catholiques, musulmans, bouddhistes, agnostiques ou athées ». Bigre ! La Révolution serait-elle aux portes du royaume ?

Dans un petit ouvrage clair et intelligent, Julien Landfried[2. Julien Landfried, Contre le communautarisme, Armand Colin, 2007] explique comment le CRIF est devenu le championne de France des « entreprises communautaires », ces officines qui s’autoproclament représentatives d’une « communauté », volontiers essentialisée et ainsi prise en otage. Cela permet aux leaders de ces PME identitaires d’avoir accès aux radios, télés, journaux, aini qu’aux subventions publiques.

Contestant vigoureusement la représentativité du Conseil représentatif des institutions juives, Landfried fait ce rappel salutaire : « la majorité des individus ne s’exprime pas dans la Cité par le jeu de son appartenance communautaire supposée : seule une minorité le fait ». Dès lors, il préconise la fin du ballet des politiques au fameux diner annuel. Le candidat du MoDem a-t-il entendu cet appel ?

Souhaitons en tout cas que sa courageuse décision fasse école, et que CRIF, CRAN, CFCM[3. Conseil français du culte musulman] et que sais-je encore, soient à nouveau considérés pour ce qu’ils sont : des associations représentant des intérêts particuliers et, de surcroît, minoritaires.

La République, quant à elle, est toujours « une et indivisible », comme il est dit dans ce petit texte pas tout à fait anodin qu’est la Constitution de notre pays.

Renaud Camus, inventaire avant reconstruction

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Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010
Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010.

Renaud Camus s’est souvent plaint − et à juste titre − que la critique, quand il lui arrivait de rendre compte de ses livres, fasse comme si ceux-ci ne s’inscrivaient pas dans un ensemble plus vaste, cohérent et visant à l’édification d’une manière de texte unique qui pourrait dire la totalité du monde, sa beauté et sa fragilité. Pour ma part, j’ai découvert Renaud Camus avec Roman Roi et, depuis, je n’ai jamais vraiment quitté la Caronie ni les abords du lac de Caresse. Son journal intime m’a accompagné depuis le début des années 1990 et m’a appris à fendre l’air, à goûter l’esprit des terrasses, à regarder un tableau, à comprendre qu’un certain fétichisme est une des formes les plus élaborées de l’amour de l’art, des villes et des corps.

Avec lui, je me suis désolé d’une vraie décadence dans les mœurs, la langue, les paysages. L’idéologie du « sympa » m’a écœuré comme l’odeur des mandarines du voisin de TGV. Je tiens, par exemple, L’Éloge moral du paraître pour un vade-mecum indispensable à l’honnête homme égaré dans un XXIe siècle uniformisé par l’idéologie petite-bourgeoise[1. « La dictature de la petite bourgeoisie », entretien avec Marc du Saune, (Privat).] qui a imprégné toutes les couches de la société depuis trente ou quarante ans, chassant ce qui faisait le charme du monde ancien. Et comme Renaud Camus, je me sens étranger à ce monde où une xénophilie de galerie marchande et la triste figure universelle du touriste ont remplacé le cosmopolitisme heureux du voyageur.[access capability= »lire_inedits »]

Et puis, insensiblement, les choses ont changé. Il y a eu une forme de raideur de plus en plus prononcée chez Renaud Camus ; il est devenu progressivement l’archétype du réactionnaire, « tendance Noël Roquevert » comme il aime plaisamment à le dire lui-même, du nom de ce second rôle des grandes heures du cinéma français qui incarnait toujours des atrabilaires cambrés.
Est-ce l’ampleur du désastre en cours, sa montée en puissance manifeste, qui lui a donné le désir de devenir un écrivain engagé ? Parce que, finalement, c’est ce qu’il devient, Renaud Camus : un écrivain engagé… J’ai du mal à ne pas croire que le Renaud Camus bathmologue, celui qui aimait Barthes et écrivait le Journal de Travers, dans les années 1970, ne verrait pas avec une certaine circonspection le Renaud Camus des années 2010, fondateur du parti de l’In-nocence et candidat putatif à l’élection présidentielle de 2012. Depuis cette reconversion, Renaud Camus publie, de fait, des livres politiques dont les deux derniers, Le Grand Remplacement et Décivilisation témoignent de sa pensée radicalement pessimiste, pour ne pas dire pré-apocalyptique.

La méditation élégiaque sur une France qui s’en allait est devenue une imprécation sur les responsables supposés de cet état de fait : l’École, principal agent de la déculturation[2. La Grande déculturation (Fayard).] et l’immigration, pour l’essentiel musulmane. Ce dernier point est la thèse du Grand Remplacement qui rassemble de véritables textes de combat, prononcés aussi bien lors de colloques à l’Assemblée nationale que lors des Assises sur l’islamisation, organisées à Paris en 2010, qui ont suscité les polémiques que l’on sait.

Le premier réflexe de l’amoureux de l’œuvre de Renaud Camus que je suis a été de penser : « Qu’allait-il faire en cette galère ? » ; le second, de le lire et de le relire. Évidemment, le mélange de culture, d’élégance, de sens de la nuance, le déroulé impeccable des périodes rhétoriques où la protase, malgré tant de détours, trouve toujours son apodose, sont toujours là. C’est le propre des vrais écrivains : ce qu’ils écrivent peut être l’exact envers de ce que vous pensez, lisez ou écoutez, les chants désespérés sont les chants les plus beaux.

Et pourtant, décidément, je ne suis pas convaincu par cette thèse du Grand Remplacement que l’écrivain formule ainsi: « Vous avez un peuple et presque d’un seul coup, en une génération, vous avez un seul ou plusieurs autres peuples. » Ou alors, si j’admets que, par certains aspects, cette description n’est pas totalement fausse, je ne l’impute pas uniquement à une invasion allogène.

Ce n’est pas l’immigration qui, en trente ans à peine, a bouleversé les conditions de vie des Français comme elles ne l’avaient jamais été depuis des siècles ; ce n’est pas l’immigration qui a engendré la conjugaison du progrès technologique et d’un enlaidissement systématique du monde ; ce n’est pas l’immigration qui a voulu un enseignement de masse sans jamais s’en donner les moyens, détruit par le consumérisme les vieux liens familiaux et sociaux et transformé une génération d’enfants, toutes ethnies confondues, en cyber-autistes égarés dans le virtuel.

Autrefois, Renaud Camus ne disait pas autre chose et cela transparaît encore un peu dans le bel essai Décivilisation qui, en reprenant des concepts forgés par l’auteur dans ses précédents livres, constitue une introduction idéale pour qui prétend comprendre un phénomène difficile à percevoir autrement que comme une régression − manifeste dans nos façons de parler, de partager un repas, de regarder un monument ou d’éduquer les enfants.

Pour autant, j’ai du mal à le suivre quand il attribue cette décivilisation à une cause unique qui serait le tropisme égalitaire généralisé du monde contemporain : « Je n’ai jamais bien compris comment l’égalité pouvait bien être compatible avec la morale », écrit-il notamment. Je pense au contraire qu’il n’est pas de morale qui ne se fonde pas sur l’égalité et qu’un régime politique se doit plutôt de corriger les inégalités naturelles que de les pérenniser.

De ces divergences, on pourrait conclure que Renaud Camus est pour moi, non pas un ennemi évidemment, mais un adversaire idéologique. Sauf que, j’en ai la conviction intime, le monde de Renaud Camus, c’est le mien. Comme il l’a fait dans Du Sens, chacun de nous doit pouvoir reconsidérer ses hypothèses, les examiner sous des angles différents, les confronter. Bref, il nous faut penser contre nous-mêmes, sachant que ni la névrose obsidionale − qui pourrait le menacer − ni la naïveté progressiste − qui peut être la mienne − ne feront avancer les choses sur la question qui nous occupe pareillement de l’identité de la France.

Et puisqu’on parle de la France, notre cher et vieux pays, qu’on me permette de conclure par cette magnifique définition du Français que Camus donne dans Etc…, son abécédaire intime : « Français par les Trois Mousquetaires, par Robert de Saint-Loup, par Jeannot Lapin et par sa cour à la rosée. Français par le mot « mort », par le mot « paysage », par tous les mots en « age ». »
Français, oui, cher Renaud, par tous les mots que vous voulez − « beauté », « cathédrale », « politesse », « espoir » −, tous, sauf un : jamais nous ne serons français par le mot « peur ».[/access]

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Le Grand Remplacement (Denis Reinharc éditeur).
Décivilisation (Fayard).

Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?

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« Mélenchon – Le Pen, le match des populismes » titrait Le Monde du 8 février. Passant devant un kiosque et voyant cela, je demeurais longuement interdite, bras ballants et bouche bée, jusqu’à ce qu’une kiosquière ayant dans le regard quelque chose de Frédéric Lefebvre ne m’interpelle dans un français agraire et imagé, ayant dans l’indigence quelque chose de Nadine Morano : « elle veut kèk’chose, la dame ou elle prend l’frais ? ». Sursautant sous l’effet des reproches âpres et vigoureux formulés par l’hybridation funeste du secrétaire d’Etat et de la Ministre, j’achetais prestement un exemplaire du quotidien.

Qu’y découvris-je ? Un scoop, assurément. Il paraît en effet que la candidate du Front national et celui du Front de gauche défendent « deux programmes radicalement opposés pour conquérir l’électorat populaire ». Palsambleu ! En se voyant servir de pareilles novelletés, on ne peut que s’ébaudir avec respect ! Ainsi, se surpassant comme jamais, le « quotidien de référence » nous explique que les deux « populistes » [sic] n’ont pas tout à fait la même approche du droit des femmes, du mariage homosexuel, et que Jean-Luc Mélenchon n’est que très moyennement adepte de la « préférence nationale ». Je ne regrette décidemment pas mon euro et les cinquante centimes attenants.

Dès lors, qu’est-ce qui autorise un journal aussi sérieux que Le Monde à compromettre sa légendaire impartialité en mettant un signe « égal » entre Le Pen et Mélenchon ? La réponse en est très simple : l’un et l’autre courtisent à la fois l’électorat populaire, et « la France du non ». Et Dieu sait qu’au Monde, « la France du non », on n’aime pas trop. Sept ans plus tard, je me souviens encore avoir failli renoncer à la lecture du journal vespéral après avoir lu dans ses colonnes que les électeurs ayant voté « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) étaient atteints de difficultés d’ordre « psychanalytique ».

Je n’approuve certes pas l’attitude de « Méluche » lorsqu’il traite « Marine » de « semi-démente ». D’abord parce que je goûte peu l’injure, ensuite parce que je trouve cela tactiquement malhabile.

Pour autant, doit-on considérer, parce qu’un homme a un caractère un tantinet affirmé, qu’il n’est rien d’autre qu’un « populiste », autrement dit, un démagogue ? Faut-il promettre du sang, des larmes, une rigueur budgétaire de silex et une austérité de plomb pour apparaître comme un présidentiable sérieux ?

Je ne crois ni à l’une ni à l’autre de ces deux propositions. Et, comme je n’imagine pas un seul instant que le quotidien fondé par Hubert Beuve-Méry ait souhaité discréditer le candidat le plus à gauche de la course présidentielle, je me vois contrainte à vous révéler la terrible conclusion de mon analyse: Le Monde a décidé de décontaminer la pensée du Front national !

Causeur Magazine : Crimes contre les humanités

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Sommes-nous menacés – pour reprendre la redoutable formule de Basile de Koch – par l’inculture générale ? Hélas, il semblerait que oui. Dans la foulée de la suppression de l’épreuve de culture générale à Sciences Po, le constat dressé dans le dossier de ce numéro 44 contredit sensiblement les autocongratulations officielles de rigueur sur « les pratiques culturelles » des Français. D’où la mise en garde sévère lancée par Pierre Nora, dans le long entretien qu’il a accordé à la rédaction : « Dans un pays qui s’est tant défini par sa littérature, la destruction de la langue et ce qu’il n’est pas exagéré d‘appeler une « haine de la littérature » est une forme de suicide. » Oui, comme le rappelle Jérôme Leroy, il est loin le temps où Georges Pompidou commentait l’actualité du moment en citant de mémoire quelques vers d’Eluard.

Certes, on pourra approuver le sociologue François Dubet quand il explique que la culture générale est un bien trop précieux pour être réduit à son usage actuel de filtre scolaire, mais on pourra aussi penser avec Elisabeth Lévy qu’il n’y avait pas urgence à balancer le bébé avec l’eau du bain : « Il faut se demander ce qui a conduit la France à abandonner et même à mépriser ce qui a fait sa grandeur collective en offrant à chacun la possibilité de s’élever. Et sur ce point, droite et gauche sont pareillement responsables ». Autre invitée de marque, Natacha Polony nous raconte son expérience de l’enseignement de la culture générale à la « fac Pasqua ».

Actualité oblige, ce numéro consacrera également une large au place au débat suscité par le discours de Claude Guéant devant les étudiants de l’UNI, ou plutôt à l’absence de débat qu’il a provoqué, car comme le souligne Pierre-Henri Tavoillot, « certaines questions (toutes les civilisations se valent-elles ?), certains mots (identité nationale, immigration…), certains arguments sont totalement proscrits de l’espace public ». Sur ce sujet chaud bouillant, on pouvait compter sur Cyril Bennasar pour jeter de l’huile sur le feu. Rassurez-vous, il l’a fait !

Comme à l’habitude, ce numéro 44 scrutera le monde et ses craquements. Tout d’abord avec Alain Finkielkraut, qui revient sur l’urgence absolue de la relance du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, et donc de vraies concessions réciproques. On visitera aussi Taiwan en pleine crise d’identité avant de prendre le thé avec Paulina Dalmayer dans le living room d’un prince du sang afghan. En bonus track, on vous emmènera carrément dans un avenir hypothétique, avec les conseils avisés de Luc Rosenzweig à François Hollande pour sa première visite officielle en Allemagne, et même dans l’au-delà, avec une interview exclusive de Frédéric Bastiat par Georges Kaplan.

De culture, on causera derechef, bien sûr, dans la rubrique Humeurs : Roland Jaccard nous y fait découvrir Otto Gross, psychanalyste amoral et Phillipe Barret nous expliquera pourquoi il faut débaptiser le Prix Goncourt. Lionel Naccache, lui, est revenu furibard de l’expo sur les mathématiques à la fondation Cartier, contrairement à François-Xavier Ajavon, enchanté d’avoir pu voguer en transatlantique au côté de René Goscinny. Cerise sur le gâteau, Renaud Camus a lu pour nous les derniers livres d’Ivan Rioufol et de Jean Sévillia.

Nos abonnés recevront leur numéro en début de semaine prochaine. Pour les autres, vous avez comme chaque mois le choix entre l’achat au numéro (papier ou numérique), la souscription à l’offre Découverte (le dernier n° + les deux prochains pour seulement 12,90 €) ou l’abonnement 1 an (papier ou numérique). Et comme il fait trop froid pour gambader dehors, et qu’il y a mieux à faire sur son canapé que de relire les œuvres complètes de Daniel Pennac, Causeur vous offre ce mois-ci encore son numéro « Leçon de vivre-ensemble d’Alain Finkielkraut » en cadeau pour tout nouvel abonnement classique (papier + web). L’hiver a du bon, non ?

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Mardi, c’est Taddeï

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Je l’avoue, je n’ai pas la télé.

Mardi soir, est advenu un non-événement météorologique, la neige, symptôme désolant de la normalité du climat hivernal, ajouté à l’incurie habituelle des joueurs de tarot chargés de dégager les voies carrossables -mais pourquoi les en blâmer ? Bon, tout ça pour dire que, n’étant pas d’une nature téméraire, je suis resté dormir chez mes vieux parents, laissant à ma petite femme le soin de donner ses croquettes au chat. Que font tous les vieux parents le soir ? Je vous le donne en mille…

Le début de soirée fut laborieux, fallait meubler en évitant d’innommables programmes, un DVD du concert d’adieux de Brel à l’Olympia en 66 fit l‘affaire sans douleur. Après quoi ma mère remit la télé hertzienne d’un air guilleret en m’expliquant: « Y’ a Taddeï ! » Taddeï, kézaco ?

Quoique méfiant j’ai tout de même, honte à moi, regardé l’émission dans son entièreté comme diraient les Belges, et, là, joie : Richard Millet est apparu et a commis l’impardonnable ! Devant tout le monde il a osé dire ce qu’il avait au fond du cœur le monstre, ce que tous les salauds de réactionnaires pensent et j’en fais partie.

L’autre miracle, c’est que personne dans l’assemblée ne lui a sauté à la gorge pour lui arracher les yeux (en général les salauds de réactionnaires ont des yeux à cet endroit) dans des hurlements d’hystérie citoyenne ! Giesbert, son voisin, l’a joué « c’est mon copain, c’est un grand écrivain, je ne suis évidemment pas d’accord avec lui mais c’est un grand écrivain ». Je l’ai aussi trouvé plus irritant, mais toujours civil, avec Jacques Sapir, comme si cet économiste sérieux et assez bon pédagogue était responsable de ce que Marine utilise ses idées ! J’ai oublié le reste de l’émission sauf le géographe de la fin qui parvint à illuminer le ronron, au diable l’indignation, vive les cartes au 1/100.000ème !

Finalement, j’ai bien aimé ce Taddeï, mais pas au point d’acheter une télé, tout de même. Je suis vraiment un sale type.

Des Brics toujours en béton ?

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Photo : Blog do Planalto

Fatigués, les BRICS ? Fin 2011, ce groupe de grands pays émergents formé par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud a montré des signes de faiblesse. Croissance nulle au troisième trimestre pour le Brésil, bulle immobilière et déséquilibres en tout genre en Chine, etc. Albert Edwards a tranché. Fin novembre, le célèbre analyste de la Société Générale s’est moqué de l’acronyme Brics en lui attribuant une définition très personnelle et peu flatteuse : Bloody Ridiculous Investment Concept (Putain de Concept d’Investissement Ridicule). Eh oui, la traduction française n’atténue pas la rudesse de la formule.

Plus encore que leurs prévisions de croissance, légèrement revues à la baisse en 2012, ce sont leurs fragilités structurelles qui inquiètent. La Russie, jugée bien trop dépendante de ses exportations en gaz et en pétrole, cumule difficultés économiques et démographiques. Forte de 142 millions d’âmes, le pays a perdu six millions d’habitants en vingt ans et pourrait voir sa population diminuer de 24 millions d’ici à 2050. Problème identique un peu plus au Sud en Chine, où la politique de l’enfant unique entrainera un « papy-boom » dans les prochaines décennies. A plus court terme, les économistes pointent les dangers d’une inflation galopante, qui, associés à la bulle immobilière, pourrait faire chuter en cascade d’autres secteurs. Quand on sait que le cadastre en Chine n’est pas au point, pour dire les choses pudiquement, on peut imaginer les effets désastreux d’une baisse générale des prix.

En Inde, l’un des plus sérieux défis à relever concerne la corruption. Elle est si répandue que plusieurs riches investisseurs indiens renoncent à investir dans leur propre pays et se tournent vers l’extérieur. A eux seuls, les Brics concentrent 40% des réserves monétaires de la planète, ce qui les rend plus vulnérables aussi bien à la crise de l’Euro qu’aux difficultés du dollar.

Mais pour nombre d’analystes, ces gigantesques défis ne bouleversent pas un constat d’ensemble : les grands pays émergents restent portés par des logiques économiques qui ne vont pas s’évaporer de sitôt. Le cabinet Ernst & Young a dernièrement publié un rapport qui passe au crible vingt-cinq économies à forte croissance. Verdict : « une dégradation de la crise en zone euro aura de sérieux impacts à court terme mais ces pays sont bien plus résistants que lors des dernières décennies ». Avec des finances publiques solides et un commerce extérieur excédentaire, les émergents ont durablement de quoi encaisser les chocs. De surcroît, ils continuent à bénéficier des « avantages de l’arriération » : des pans entiers de l’économie restent à développer ainsi que les salaires qui demeurent bas dans de nombreux secteurs.
Ces pays cumulent donc des avantages de « pauvres » avec leurs nouvelles opportunités de « riches », liées au développement de leurs classes moyennes, comme les pays occidentaux il y a un demi-siècle.

Si les investissements, particulièrement en Chine et en Inde, sont amenés à baisser, la part de la consommation devrait peser de plus en plus dans la balance de la croissance de leurs PIB. Stimulés par leurs marchés intérieurs, les Brics représenteraient 40 % de l’activité économique mondiale à l’horizon 2050.

Mais derrière les Brics, d’autres économies sont en train de faire leur mue. CIVET, N-11… les sigles regroupant les futurs champions économiques se multiplient. Les candidats les plus sérieux ? En Afrique subsaharienne, ce sont le Ghana et le Nigeria qui, poussés par des flux d’investissement, une population jeune, de nouvelles classes moyennes et matières premières au prix élevé, devraient afficher des taux de croissance autour de 7 à 8 % ces prochaines années. En Asie, l’Indonésie ne compte plus ses projets d’infrastructures : routes, nouvel aéroport, et surtout chemin de fer bientôt construit par les chinois. Avec sa classe moyenne comptant désormais 35 millions de personnes sur 240, le pays talonne les Brics et s’est même payé le luxe d’un relèvement de sa note par les agences de notation !

En conséquence de quoi, les regards se tournent aujourd’hui vers l’interdépendance et la coordination entre émergents. Fin mars à New Delhi, l’Inde accueillera le quatrième et prochain sommet des Brics. Est-ce un hasard que l’Inde, pionnier des « non-alignés » de l’époque de la guerre froide, prenne cette initiative ? Si l’idée est d’abord de répondre à des urgences économiques, l’option « plus si affinités » ne peut être écartée.
Du côté des investisseurs, ces marchés émergents suscitent toujours l’intérêt. Au terme d’une étude effectuée par Accenture, il apparaît que pour 80% des chefs d’entreprises, interrogés dans 85 pays, la priorité en matière de croissance repose sur les économies émergentes. Plus globalement, l’évolution des Brics va faire basculer la mondialisation dans une nouvelle phase, peut-être plus favorable à l’Europe et aux Etats-Unis. Plus qu’une « démondialisation » volontaire, c’est probablement un rééquilibrage mondial qui permettrait les relocalisations et la réindustrialisation de l’Europe. Voilà un beau rôle pour les Brics dans les prochaines décennies…

Rendons justice à la CJR !

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Chaque semaine jusqu’à l’élection présidentielle, la « battle » sur Yahoo ! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Rodolphe Bosselut et Pascal Riché débattent du projet de suppression de la Cour de Justice de la République.

Supprimer la Cour de Justice de la République (CJR) instaurée en 1993, voilà une réforme que François Hollande se devait de porter. D’abord parce qu’elle symbolise sa passion sans cesse rabâchée pour l’égalité. Le mot d’ordre est lancé : dorénavant les ministres seront soumis aux juridictions de droit commun, comme les citoyens lambda. Bref une présidence normale suppose un gouvernement non moins normal. Il y a une forme de cohérence hollandiste sur ce point.

Des esprits chagrins pourraient cependant y voir planer comme un léger parfum de démagogie, sur le thème « Pas de dérogation, ils seront jugés comme les autres et d’abord au nom de quoi ils bénéficieraient d’un traitement de faveur ? Non mais!! Les privilèges ont été abolis le 4 août 1789 !! ». Sauf qu’il faut rappeler que la CJR juge les crimes et délits commis par les ministres dans l’exercice de leur fonction et que Monsieur Tartempion, qui mérite assurément toute notre considération, ne représente pas le pouvoir exécutif.
Or la CJR n’immunise pas les ministres contre les poursuites. La Loi constitutionnelle de 1993 qui a instauré la CJR, en lieu et place de la Haute Cour de Justice, a voulu précisément que les citoyens puissent la saisir, alors qu’auparavant seuls les parlementaires étaient habilités à le faire. Seule restriction, le législateur a mis en place un dispositif de filtres qui permet de s’assurer que les plaintes ne seront pas instrumentalisées pour nuire au pouvoir exécutif. Une sorte de garantie dans l’exercice des pouvoirs.

Même le Syndicat de la magistrature (SM) qui soutient la réforme préconisée par la gauche, reconnaît à mi-mot qu’il faudra conserver un petit filtre (sic), en l’occurrence une « Commission des requêtes composée de magistrats du siège pour éviter une déstabilisation des membres du gouvernement par une plainte abusive »….
Bref, la même chose qu’à l’heure actuelle, mais en mieux sans doute…. On peut douter de l’intérêt de changer un système pour lui substituer quelque chose d’approchant ou de similaire.

L’autre avantage de cette réforme pour un candidat, est de se présenter, à peu de frais, comme le pourfendeur de la partialité supposée de cette pauvre CJR composée, rappelons-le, de douze parlementaires et de trois magistrats du siège à la Cour de Cassation. Haro sur la justice de classe ou de caste qui aurait pondu des décisions de complaisance ou anormalement indulgentes. Ségolène Royal, Laurent Fabius et Georgina Dufoix, qui ont fait l’objet de décisions de relaxe, apprécieront….
Surtout il y a une bien mauvaise manière à présenter les décisions condamnant MM. Michel Gilibert, Charles Pasqua ou Edmond Hervé comme étant moins répressives que celles qui auraient pu être rendues par un tribunal ordinaire…. Qu’en sait-on ? On se plaint suffisamment à gauche de la tendance de Nicolas Sarkozy à dénoncer l’indulgence prétendue de la justice, pour ne pas en rajouter sur ce thème, non ?
Il faut en outre rappeler que l’élection à la CJR des neuf parlementaires qui y siègent se fait à chaque renouvellement, général ou partiel, de l’Assemblée Nationale ou du Sénat, ce qui rend très aléatoire une « composition favorable » le jour de l’audience, plusieurs années après les faits. Là se situe sans doute le principal reproche que l’on peut objectivement faire à la CJR: son train de sénateur dans l’instruction et le traitement des affaires, alors qu’elle ne croule pas sous les saisines… Mais bon, il faut reconnaître qu’en la supprimant on évitera qu’à l’avenir, elle perde du temps.

Enfin cette réforme ne pourra qu’emporter les suffrages de tous puisqu’elle ne coûte rien en termes de financement public et qu’avec un peu de chance elle réalise peut-être une économie. Finis les frais de restaurant quand on délibère entre la poire et le fromage. Voilà qui va rallonger la liste (minuscule pour l’instant) des coupes budgétaires envisagées par le candidat socialiste qui, curieusement, n’est pas très prolixe sur le sujet…
Toute idée jetée dans la campagne ne fait pas une réforme, ou pour dire les choses autrement, il ne suffit pas d’égrener pour chaque thématique une proposition pour construire un corpus présidentiel. Mais à court terme l’avantage tactique d’une telle annonce un brin démagogique, c’est que les bienfaits que l’on peut en retirer sont largement supérieurs aux objections qu’on peut lui opposer. Nul ne voudra mourir pour la CJR et ce n’est pas demain la veille qu’une vague d’indignation va secouer le pays en appelant à son maintien. Je n’imagine personne porter sur le revers de sa veste un pin’s « Touche pas à ma CJR ! ».

Tout ceci ne m’empêchera pas de rappeler à François Hollande qu’il est en train de détricoter non pas une affreuse loi liberticide sarkozyte, mais une réforme tardive de François Mitterrand, qui, il est vrai, ne se voyait pas tout à fait comme un Président normal…

Bercy qui ?

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Vous le savez, François Hollande bat Nicolas Sarkozy à plates coutures dans tous les sondages, et pas qu’un peu. Avec 15 points d’avance en moyenne, on pourrait croire le match sinon plié, du moins sérieusement compromis pour le Président de la République sortant. Face à cette avalanche d’enquêtes calamiteuses, l’ultime argument de panique de l’UMP tient en une phrase : « Notre champion est plus capé que le vôtre, il sait gérer l’économie et le pays en pleine tempête ». Indubitablement, Sarkozy a été président 5 ans, et ministre 7 ans, sous Balladur et Chirac pendant que son rival campait à Tulle et Solferino. Mais quid de sa vista, de sa capacité à anticiper, prévoir, tenir la barre ?

Sans dresser le (long) bilan du quinquennat, qui exigerait un numéro entier de Causeur magazine, on peut néanmoins se fier à quelques indications objectives. La Cour des Comptes, ce dernier réduit marxiste de la République, nous indique que la politique monétaire aventureuse de Nicolas Sarkozy, ministre des Finances en 2004, nous a coûté 10 milliards d’euros. Ne croyant pas en la plus-value de l’or, Sarkozy avait remplacé une partie du métal jaune de la Banque de France par un portefeuille de devises. Bilan : la valeur de l’once d’or s’est appréciée de 20% par an à partir de 2007 tandis que les taux d’intérêt diminuant, les devises achetées ont vu leurs cours s’écrouler.

Certes rien ne garantit qu’un degauche d’en face n’aurait pas fait la même boulette, mais pour « l’économe » Sarkozy, qui a malencontreusement préféré le sable à l’or, ça la fout mal.

Social, aristocratique et sensuel

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Depuis son premier long métrage, Peaux de vache tourné en 1988, en passant par Travolta et moi (1994) tourné pour une série de télévision d’Arte pour lequel elle reçut le Léopard d’or dans l’excellent festival du film de Locarno – comme quoi, on peut travailler pour la télévision et réaliser des œuvres ambitieuses, inventives et intelligentes – , Saint-Cyr (2000) ; Basse Normandie (2004), jusqu’à ce nouvel opus d’une beauté frondeuse et flamboyante, Sport de filles, Patricia Mazuy s’impose dans le cinéma français comme une cinéaste talentueuse, butée, révolté en quelque vingt cinq ans de carrière. Un cinéaste libre, une résistante à la nouvelle qualité française, au cinéma d’auteur normé pour la plupart asservi aux normes du marché. Avec Patricia Mazuy, je suis convaincu qu’il s’agirait plutôt d’un « cinéma de hauteur », d’un cinéma aristocratique que peuvent atteindre les cinéastes debout.

Autant le dire tout de suite Sport de filles de Patricia Mazuy est un très grand et beau film, un western social flamboyant, un film sensuel et sexuel d’une grande tenue formelle, d’une dignité politique qui ne fait aucune concession, mais qui ne donne aucune leçon. La morale de ce film frontal et majestueux est définie par l’action et les comportements moraux des personnages comme dans les grands westerns de Ford ou de Walsh. La cinéaste donne ici ses lettres de noblesse au cinéma prouvant qu’elle est une directrice d’acteurs et d’actrices formidable.

Tragi-comédie sociale et politique se déroulant dans le monde équestre, le film montre avec une saine virulence l’opposition de deux mondes, celui de l’aristocratie du monde hippique, des propriétaires à celui modeste et rural d’une jeune femme d’origine paysanne, dotée d’un amour sublime pour les chevaux et d’une obstination sans faille dans son désir de les dresser et de les monter. L’action se situe entre un haras normand et un concours de dressage à Francfort. Joséphine De Silène (Josiane Balasko), aristocrate, roide et dominatrice mène son petit monde à la baguette. Il y a Franz Mann (Bruno Ganz, impérial), ancienne gloire des concours hippiques, entraîneur du lieu et les écuyères dont sa propre fille, Alice (Isabel Karajan). La prénommée Gracieuse jouée par une Marina Hands sublime, virée du haras où elle travaillait précédemment, arrive, fière et décidée, pour travailler dans celui de Madame De Siléne. Mais une fois de plus, elle se confronte à la domination de classe. Elle doit obtenir de son père qu’il cède ses terres à sa patronne. Gracieuse ne supporte pas la bassesse et les concessions, elle ne veut pas se soumettre, elle veut être reconnue pour son talent, elle veut prouver aux yeux de tous et particulièrement à ceux de Franz, qu’elle peut être une écuyère à la hauteur. Elle va dompter le cheval qui fait discorde entre Joséphine et la maitresse de Franz, une riche propriétaire anglaise.

Gracieuse est une Jeanne d’Arc moderne, une flibustière révoltée qui par la force de son travail, sa volonté absolue, son impertinence majestueuse, sa grandeur d’âme va imposer l’évidente justesse de son combat. Marina Hands, dans son plus beau rôle au cinéma, donne à ce personnage une dimension princière. Après des jours de travail et d’entrainement en forêt, elle vole un cheval et un van, puis se rend à Francfort dans le but de convaincre Franz qu’elle est une vraie cavalière. Gracieuse, vêtue de son blouson de cuir rouge, ayant chaussé ses nouvelles et superbes bottes de cuir, têtue, sauvage, froide, un peu rêche, un bandeau vert sur son œil blessé, qui la rend encore plus sensuelle, va dans une scène – véritable climax du film – d’une volupté intense, d’une beauté à couper le souffle prouver qu’elle sait dompter un cheval, et emporter l’adhésion sportive et l’amour d’un entraineur devenu un esclave mais qui vient enfin de décider de se rebeller.

La bande musicale signée de John Cale, musicien de génie, ex membre du Velvet Underground, avive les tensions abruptes de ce film merveilleux que je vous conseille vivement d’aller voir toutes affaires cessantes.

Sport de filles, de Patricia Mazuy avec Marina Hands, Josiane Balasko, Bruno Ganz, Isabel Karajan, Amanda Harlech….

Le suicide n’est pas une solution d’avenir

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Les Carnets de l’Herne, petits frères des Cahiers du même nom, viennent de publier Du suicide. Ce petit pamphlet de Léon Tolstoï est sa dernière œuvre. Nous sommes en 1910. A l’époque, Tolstoï, chrétien syncrétique, reçoit pléthore de lettres de jeunes désaxés lui demandant conseil : doit-on ou non se suicider face aux affres des temps modernes ?
Plus que de suicide, il est surtout question de religion, de morale et des maux de l’époque industrielle. Guerres, rapacité et massacres égarent l’individu dans le désert des non-valeurs, le laissant seul face à son mal de vivre pathologique.

Malgré une confiance naïve dans les bienfaits de la déesse Raison, qui le rattache à l’Eglise de kantologie, le vieux sage blasphème une à une les réalisations du Progrès, ce cache-sexe de l’idéologie de la technique :
« Il est difficile aux hommes de notre monde non seulement de comprendre la cause de leur situation désastreuse, mais d’avoir conscience du caractère désastreux de cette situation, principale conséquence du désastre essentiel de notre temps qui s’appelle le progrès et qui se manifeste par une angoisse fébrile, une précipitation (…). Il y a là des dirigeables, des sous-marins (…) des immeubles de cinquante étages, des parlements, des théâtres, des télégraphes sans fil, des congrès de la paix, des armées de millions d’hommes… »

Jeunes hommes, votre existence n’appartient pas à vos caprices égoïstes; il est absurde d’y mettre fin au prétexte qu’elle n’est pas vouée au bonheur ou qu’elle se refuse à réaliser vos généreux idéaux. Infatigable prêcheur de la paix mondiale, Tolstoï peut prêter à sourire par son catéchisme naïf et ses professions de foi pacifistes.

Parfaitement lucide en matière de technisation et de marchandisation à marche forcée, le génie russe peine à comprendre que les mines de charbon et le nihilisme des temps modernes sont les deux mamelles d’un culte de la raison qui n’a de bienfondé que lui-même. La lecture de cette œuvre riche en contradictions n’en est que plus passionnante !

Léon Tolstoï, Du suicide, L’Herne, 2012.

Bayrou boude le dîner du CRIF ? Tant mieux !

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Photo : Mouvement Démocrate du Puy-de-Dôme

François Bayrou a « de la gueule ». Pas une grande gueule, non. Juste « de la gueule », de l’allure, du panache. Ceci lui fait quelques menues différences avec Nicolas Sarkozy, auquel il serait juste et légitime qu’il ravisse le statut de « candidat naturel de la droite ».

Je suis bon public, mais pas au point de croire au centrisme et considère François Bayrou, héritier de feue l’UDF, comme un homme de droite. Mais de cette droite de bon sens et de bonne volonté qui, si elle demeure désespérément rigoristo-libérale et austérophile sur le plan économique, n’en est pas moins capable d’avoir « tout juste » sur la question des valeurs.

Sur l’universalisme républicain, il semble que François Bayrou ait désormais une longueur d’avance. Il vient en effet de lever avec maestria un interdit un chouïa sot, en vertu duquel aucun responsable politique ne décline jamais le repas annuel du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France).

Le CRIF, c’est cet organe communautaire passablement likoudisé qui prétend représenter – sans que celle-ci lui ait jamais rien demandé – l’introuvable et fantasmée « communauté juive de France ». Un peu comme le CRAN[1. Conseil représentatif des associations noires] prétend incarner une « communauté noire » qui n’a rien demandé , ou comme le collectif Osez le féminisme entend représenter « les femmes ».

Le CRIF, donc, organise tous les ans un repas, auquel il invite nombre de représentants de la classe politique, qui s’y pressent pour y faire à la fois acte de présence et de componction. L’actuel président de la République s’y rend bien volontiers, de même qu’un certain nombre de ses ministres. Les chefs d’Etats impétrants y sont aussi les bienvenus, mais voilà : au soir du 8 février 2012, François Bayrou a fait défection.

Certes, il y est parfois allé par le passé. Mais il affirme aujourd’hui avoir réfléchi à la chose, et en avoir conclu qu’il ne devait plus « participer à des réunions communautaires, quelque soit la communauté qui invite des politiques dans des manifestations spécifiques ». Puis, droit comme la justice, il poursuit dans le registre du « sus au multiculturalisme » : « je pense que la France est une, que ses citoyens sont d’abord des citoyens avant d’être juifs, catholiques, musulmans, bouddhistes, agnostiques ou athées ». Bigre ! La Révolution serait-elle aux portes du royaume ?

Dans un petit ouvrage clair et intelligent, Julien Landfried[2. Julien Landfried, Contre le communautarisme, Armand Colin, 2007] explique comment le CRIF est devenu le championne de France des « entreprises communautaires », ces officines qui s’autoproclament représentatives d’une « communauté », volontiers essentialisée et ainsi prise en otage. Cela permet aux leaders de ces PME identitaires d’avoir accès aux radios, télés, journaux, aini qu’aux subventions publiques.

Contestant vigoureusement la représentativité du Conseil représentatif des institutions juives, Landfried fait ce rappel salutaire : « la majorité des individus ne s’exprime pas dans la Cité par le jeu de son appartenance communautaire supposée : seule une minorité le fait ». Dès lors, il préconise la fin du ballet des politiques au fameux diner annuel. Le candidat du MoDem a-t-il entendu cet appel ?

Souhaitons en tout cas que sa courageuse décision fasse école, et que CRIF, CRAN, CFCM[3. Conseil français du culte musulman] et que sais-je encore, soient à nouveau considérés pour ce qu’ils sont : des associations représentant des intérêts particuliers et, de surcroît, minoritaires.

La République, quant à elle, est toujours « une et indivisible », comme il est dit dans ce petit texte pas tout à fait anodin qu’est la Constitution de notre pays.

Renaud Camus, inventaire avant reconstruction

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Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010
Renaud Camus, Autoportrait sur fond bleu, avril 2010.

Renaud Camus s’est souvent plaint − et à juste titre − que la critique, quand il lui arrivait de rendre compte de ses livres, fasse comme si ceux-ci ne s’inscrivaient pas dans un ensemble plus vaste, cohérent et visant à l’édification d’une manière de texte unique qui pourrait dire la totalité du monde, sa beauté et sa fragilité. Pour ma part, j’ai découvert Renaud Camus avec Roman Roi et, depuis, je n’ai jamais vraiment quitté la Caronie ni les abords du lac de Caresse. Son journal intime m’a accompagné depuis le début des années 1990 et m’a appris à fendre l’air, à goûter l’esprit des terrasses, à regarder un tableau, à comprendre qu’un certain fétichisme est une des formes les plus élaborées de l’amour de l’art, des villes et des corps.

Avec lui, je me suis désolé d’une vraie décadence dans les mœurs, la langue, les paysages. L’idéologie du « sympa » m’a écœuré comme l’odeur des mandarines du voisin de TGV. Je tiens, par exemple, L’Éloge moral du paraître pour un vade-mecum indispensable à l’honnête homme égaré dans un XXIe siècle uniformisé par l’idéologie petite-bourgeoise[1. « La dictature de la petite bourgeoisie », entretien avec Marc du Saune, (Privat).] qui a imprégné toutes les couches de la société depuis trente ou quarante ans, chassant ce qui faisait le charme du monde ancien. Et comme Renaud Camus, je me sens étranger à ce monde où une xénophilie de galerie marchande et la triste figure universelle du touriste ont remplacé le cosmopolitisme heureux du voyageur.[access capability= »lire_inedits »]

Et puis, insensiblement, les choses ont changé. Il y a eu une forme de raideur de plus en plus prononcée chez Renaud Camus ; il est devenu progressivement l’archétype du réactionnaire, « tendance Noël Roquevert » comme il aime plaisamment à le dire lui-même, du nom de ce second rôle des grandes heures du cinéma français qui incarnait toujours des atrabilaires cambrés.
Est-ce l’ampleur du désastre en cours, sa montée en puissance manifeste, qui lui a donné le désir de devenir un écrivain engagé ? Parce que, finalement, c’est ce qu’il devient, Renaud Camus : un écrivain engagé… J’ai du mal à ne pas croire que le Renaud Camus bathmologue, celui qui aimait Barthes et écrivait le Journal de Travers, dans les années 1970, ne verrait pas avec une certaine circonspection le Renaud Camus des années 2010, fondateur du parti de l’In-nocence et candidat putatif à l’élection présidentielle de 2012. Depuis cette reconversion, Renaud Camus publie, de fait, des livres politiques dont les deux derniers, Le Grand Remplacement et Décivilisation témoignent de sa pensée radicalement pessimiste, pour ne pas dire pré-apocalyptique.

La méditation élégiaque sur une France qui s’en allait est devenue une imprécation sur les responsables supposés de cet état de fait : l’École, principal agent de la déculturation[2. La Grande déculturation (Fayard).] et l’immigration, pour l’essentiel musulmane. Ce dernier point est la thèse du Grand Remplacement qui rassemble de véritables textes de combat, prononcés aussi bien lors de colloques à l’Assemblée nationale que lors des Assises sur l’islamisation, organisées à Paris en 2010, qui ont suscité les polémiques que l’on sait.

Le premier réflexe de l’amoureux de l’œuvre de Renaud Camus que je suis a été de penser : « Qu’allait-il faire en cette galère ? » ; le second, de le lire et de le relire. Évidemment, le mélange de culture, d’élégance, de sens de la nuance, le déroulé impeccable des périodes rhétoriques où la protase, malgré tant de détours, trouve toujours son apodose, sont toujours là. C’est le propre des vrais écrivains : ce qu’ils écrivent peut être l’exact envers de ce que vous pensez, lisez ou écoutez, les chants désespérés sont les chants les plus beaux.

Et pourtant, décidément, je ne suis pas convaincu par cette thèse du Grand Remplacement que l’écrivain formule ainsi: « Vous avez un peuple et presque d’un seul coup, en une génération, vous avez un seul ou plusieurs autres peuples. » Ou alors, si j’admets que, par certains aspects, cette description n’est pas totalement fausse, je ne l’impute pas uniquement à une invasion allogène.

Ce n’est pas l’immigration qui, en trente ans à peine, a bouleversé les conditions de vie des Français comme elles ne l’avaient jamais été depuis des siècles ; ce n’est pas l’immigration qui a engendré la conjugaison du progrès technologique et d’un enlaidissement systématique du monde ; ce n’est pas l’immigration qui a voulu un enseignement de masse sans jamais s’en donner les moyens, détruit par le consumérisme les vieux liens familiaux et sociaux et transformé une génération d’enfants, toutes ethnies confondues, en cyber-autistes égarés dans le virtuel.

Autrefois, Renaud Camus ne disait pas autre chose et cela transparaît encore un peu dans le bel essai Décivilisation qui, en reprenant des concepts forgés par l’auteur dans ses précédents livres, constitue une introduction idéale pour qui prétend comprendre un phénomène difficile à percevoir autrement que comme une régression − manifeste dans nos façons de parler, de partager un repas, de regarder un monument ou d’éduquer les enfants.

Pour autant, j’ai du mal à le suivre quand il attribue cette décivilisation à une cause unique qui serait le tropisme égalitaire généralisé du monde contemporain : « Je n’ai jamais bien compris comment l’égalité pouvait bien être compatible avec la morale », écrit-il notamment. Je pense au contraire qu’il n’est pas de morale qui ne se fonde pas sur l’égalité et qu’un régime politique se doit plutôt de corriger les inégalités naturelles que de les pérenniser.

De ces divergences, on pourrait conclure que Renaud Camus est pour moi, non pas un ennemi évidemment, mais un adversaire idéologique. Sauf que, j’en ai la conviction intime, le monde de Renaud Camus, c’est le mien. Comme il l’a fait dans Du Sens, chacun de nous doit pouvoir reconsidérer ses hypothèses, les examiner sous des angles différents, les confronter. Bref, il nous faut penser contre nous-mêmes, sachant que ni la névrose obsidionale − qui pourrait le menacer − ni la naïveté progressiste − qui peut être la mienne − ne feront avancer les choses sur la question qui nous occupe pareillement de l’identité de la France.

Et puisqu’on parle de la France, notre cher et vieux pays, qu’on me permette de conclure par cette magnifique définition du Français que Camus donne dans Etc…, son abécédaire intime : « Français par les Trois Mousquetaires, par Robert de Saint-Loup, par Jeannot Lapin et par sa cour à la rosée. Français par le mot « mort », par le mot « paysage », par tous les mots en « age ». »
Français, oui, cher Renaud, par tous les mots que vous voulez − « beauté », « cathédrale », « politesse », « espoir » −, tous, sauf un : jamais nous ne serons français par le mot « peur ».[/access]

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Le Grand Remplacement (Denis Reinharc éditeur).
Décivilisation (Fayard).

Populisme : est-ce que Mélenchon = Le Pen ?

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« Mélenchon – Le Pen, le match des populismes » titrait Le Monde du 8 février. Passant devant un kiosque et voyant cela, je demeurais longuement interdite, bras ballants et bouche bée, jusqu’à ce qu’une kiosquière ayant dans le regard quelque chose de Frédéric Lefebvre ne m’interpelle dans un français agraire et imagé, ayant dans l’indigence quelque chose de Nadine Morano : « elle veut kèk’chose, la dame ou elle prend l’frais ? ». Sursautant sous l’effet des reproches âpres et vigoureux formulés par l’hybridation funeste du secrétaire d’Etat et de la Ministre, j’achetais prestement un exemplaire du quotidien.

Qu’y découvris-je ? Un scoop, assurément. Il paraît en effet que la candidate du Front national et celui du Front de gauche défendent « deux programmes radicalement opposés pour conquérir l’électorat populaire ». Palsambleu ! En se voyant servir de pareilles novelletés, on ne peut que s’ébaudir avec respect ! Ainsi, se surpassant comme jamais, le « quotidien de référence » nous explique que les deux « populistes » [sic] n’ont pas tout à fait la même approche du droit des femmes, du mariage homosexuel, et que Jean-Luc Mélenchon n’est que très moyennement adepte de la « préférence nationale ». Je ne regrette décidemment pas mon euro et les cinquante centimes attenants.

Dès lors, qu’est-ce qui autorise un journal aussi sérieux que Le Monde à compromettre sa légendaire impartialité en mettant un signe « égal » entre Le Pen et Mélenchon ? La réponse en est très simple : l’un et l’autre courtisent à la fois l’électorat populaire, et « la France du non ». Et Dieu sait qu’au Monde, « la France du non », on n’aime pas trop. Sept ans plus tard, je me souviens encore avoir failli renoncer à la lecture du journal vespéral après avoir lu dans ses colonnes que les électeurs ayant voté « non » au référendum sur le Traité constitutionnel européen (TCE) étaient atteints de difficultés d’ordre « psychanalytique ».

Je n’approuve certes pas l’attitude de « Méluche » lorsqu’il traite « Marine » de « semi-démente ». D’abord parce que je goûte peu l’injure, ensuite parce que je trouve cela tactiquement malhabile.

Pour autant, doit-on considérer, parce qu’un homme a un caractère un tantinet affirmé, qu’il n’est rien d’autre qu’un « populiste », autrement dit, un démagogue ? Faut-il promettre du sang, des larmes, une rigueur budgétaire de silex et une austérité de plomb pour apparaître comme un présidentiable sérieux ?

Je ne crois ni à l’une ni à l’autre de ces deux propositions. Et, comme je n’imagine pas un seul instant que le quotidien fondé par Hubert Beuve-Méry ait souhaité discréditer le candidat le plus à gauche de la course présidentielle, je me vois contrainte à vous révéler la terrible conclusion de mon analyse: Le Monde a décidé de décontaminer la pensée du Front national !

Causeur Magazine : Crimes contre les humanités

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Sommes-nous menacés – pour reprendre la redoutable formule de Basile de Koch – par l’inculture générale ? Hélas, il semblerait que oui. Dans la foulée de la suppression de l’épreuve de culture générale à Sciences Po, le constat dressé dans le dossier de ce numéro 44 contredit sensiblement les autocongratulations officielles de rigueur sur « les pratiques culturelles » des Français. D’où la mise en garde sévère lancée par Pierre Nora, dans le long entretien qu’il a accordé à la rédaction : « Dans un pays qui s’est tant défini par sa littérature, la destruction de la langue et ce qu’il n’est pas exagéré d‘appeler une « haine de la littérature » est une forme de suicide. » Oui, comme le rappelle Jérôme Leroy, il est loin le temps où Georges Pompidou commentait l’actualité du moment en citant de mémoire quelques vers d’Eluard.

Certes, on pourra approuver le sociologue François Dubet quand il explique que la culture générale est un bien trop précieux pour être réduit à son usage actuel de filtre scolaire, mais on pourra aussi penser avec Elisabeth Lévy qu’il n’y avait pas urgence à balancer le bébé avec l’eau du bain : « Il faut se demander ce qui a conduit la France à abandonner et même à mépriser ce qui a fait sa grandeur collective en offrant à chacun la possibilité de s’élever. Et sur ce point, droite et gauche sont pareillement responsables ». Autre invitée de marque, Natacha Polony nous raconte son expérience de l’enseignement de la culture générale à la « fac Pasqua ».

Actualité oblige, ce numéro consacrera également une large au place au débat suscité par le discours de Claude Guéant devant les étudiants de l’UNI, ou plutôt à l’absence de débat qu’il a provoqué, car comme le souligne Pierre-Henri Tavoillot, « certaines questions (toutes les civilisations se valent-elles ?), certains mots (identité nationale, immigration…), certains arguments sont totalement proscrits de l’espace public ». Sur ce sujet chaud bouillant, on pouvait compter sur Cyril Bennasar pour jeter de l’huile sur le feu. Rassurez-vous, il l’a fait !

Comme à l’habitude, ce numéro 44 scrutera le monde et ses craquements. Tout d’abord avec Alain Finkielkraut, qui revient sur l’urgence absolue de la relance du processus de paix entre Israéliens et Palestiniens, et donc de vraies concessions réciproques. On visitera aussi Taiwan en pleine crise d’identité avant de prendre le thé avec Paulina Dalmayer dans le living room d’un prince du sang afghan. En bonus track, on vous emmènera carrément dans un avenir hypothétique, avec les conseils avisés de Luc Rosenzweig à François Hollande pour sa première visite officielle en Allemagne, et même dans l’au-delà, avec une interview exclusive de Frédéric Bastiat par Georges Kaplan.

De culture, on causera derechef, bien sûr, dans la rubrique Humeurs : Roland Jaccard nous y fait découvrir Otto Gross, psychanalyste amoral et Phillipe Barret nous expliquera pourquoi il faut débaptiser le Prix Goncourt. Lionel Naccache, lui, est revenu furibard de l’expo sur les mathématiques à la fondation Cartier, contrairement à François-Xavier Ajavon, enchanté d’avoir pu voguer en transatlantique au côté de René Goscinny. Cerise sur le gâteau, Renaud Camus a lu pour nous les derniers livres d’Ivan Rioufol et de Jean Sévillia.

Nos abonnés recevront leur numéro en début de semaine prochaine. Pour les autres, vous avez comme chaque mois le choix entre l’achat au numéro (papier ou numérique), la souscription à l’offre Découverte (le dernier n° + les deux prochains pour seulement 12,90 €) ou l’abonnement 1 an (papier ou numérique). Et comme il fait trop froid pour gambader dehors, et qu’il y a mieux à faire sur son canapé que de relire les œuvres complètes de Daniel Pennac, Causeur vous offre ce mois-ci encore son numéro « Leçon de vivre-ensemble d’Alain Finkielkraut » en cadeau pour tout nouvel abonnement classique (papier + web). L’hiver a du bon, non ?

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Mardi, c’est Taddeï

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Je l’avoue, je n’ai pas la télé.

Mardi soir, est advenu un non-événement météorologique, la neige, symptôme désolant de la normalité du climat hivernal, ajouté à l’incurie habituelle des joueurs de tarot chargés de dégager les voies carrossables -mais pourquoi les en blâmer ? Bon, tout ça pour dire que, n’étant pas d’une nature téméraire, je suis resté dormir chez mes vieux parents, laissant à ma petite femme le soin de donner ses croquettes au chat. Que font tous les vieux parents le soir ? Je vous le donne en mille…

Le début de soirée fut laborieux, fallait meubler en évitant d’innommables programmes, un DVD du concert d’adieux de Brel à l’Olympia en 66 fit l‘affaire sans douleur. Après quoi ma mère remit la télé hertzienne d’un air guilleret en m’expliquant: « Y’ a Taddeï ! » Taddeï, kézaco ?

Quoique méfiant j’ai tout de même, honte à moi, regardé l’émission dans son entièreté comme diraient les Belges, et, là, joie : Richard Millet est apparu et a commis l’impardonnable ! Devant tout le monde il a osé dire ce qu’il avait au fond du cœur le monstre, ce que tous les salauds de réactionnaires pensent et j’en fais partie.

L’autre miracle, c’est que personne dans l’assemblée ne lui a sauté à la gorge pour lui arracher les yeux (en général les salauds de réactionnaires ont des yeux à cet endroit) dans des hurlements d’hystérie citoyenne ! Giesbert, son voisin, l’a joué « c’est mon copain, c’est un grand écrivain, je ne suis évidemment pas d’accord avec lui mais c’est un grand écrivain ». Je l’ai aussi trouvé plus irritant, mais toujours civil, avec Jacques Sapir, comme si cet économiste sérieux et assez bon pédagogue était responsable de ce que Marine utilise ses idées ! J’ai oublié le reste de l’émission sauf le géographe de la fin qui parvint à illuminer le ronron, au diable l’indignation, vive les cartes au 1/100.000ème !

Finalement, j’ai bien aimé ce Taddeï, mais pas au point d’acheter une télé, tout de même. Je suis vraiment un sale type.

Des Brics toujours en béton ?

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Photo : Blog do Planalto

Fatigués, les BRICS ? Fin 2011, ce groupe de grands pays émergents formé par le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud a montré des signes de faiblesse. Croissance nulle au troisième trimestre pour le Brésil, bulle immobilière et déséquilibres en tout genre en Chine, etc. Albert Edwards a tranché. Fin novembre, le célèbre analyste de la Société Générale s’est moqué de l’acronyme Brics en lui attribuant une définition très personnelle et peu flatteuse : Bloody Ridiculous Investment Concept (Putain de Concept d’Investissement Ridicule). Eh oui, la traduction française n’atténue pas la rudesse de la formule.

Plus encore que leurs prévisions de croissance, légèrement revues à la baisse en 2012, ce sont leurs fragilités structurelles qui inquiètent. La Russie, jugée bien trop dépendante de ses exportations en gaz et en pétrole, cumule difficultés économiques et démographiques. Forte de 142 millions d’âmes, le pays a perdu six millions d’habitants en vingt ans et pourrait voir sa population diminuer de 24 millions d’ici à 2050. Problème identique un peu plus au Sud en Chine, où la politique de l’enfant unique entrainera un « papy-boom » dans les prochaines décennies. A plus court terme, les économistes pointent les dangers d’une inflation galopante, qui, associés à la bulle immobilière, pourrait faire chuter en cascade d’autres secteurs. Quand on sait que le cadastre en Chine n’est pas au point, pour dire les choses pudiquement, on peut imaginer les effets désastreux d’une baisse générale des prix.

En Inde, l’un des plus sérieux défis à relever concerne la corruption. Elle est si répandue que plusieurs riches investisseurs indiens renoncent à investir dans leur propre pays et se tournent vers l’extérieur. A eux seuls, les Brics concentrent 40% des réserves monétaires de la planète, ce qui les rend plus vulnérables aussi bien à la crise de l’Euro qu’aux difficultés du dollar.

Mais pour nombre d’analystes, ces gigantesques défis ne bouleversent pas un constat d’ensemble : les grands pays émergents restent portés par des logiques économiques qui ne vont pas s’évaporer de sitôt. Le cabinet Ernst & Young a dernièrement publié un rapport qui passe au crible vingt-cinq économies à forte croissance. Verdict : « une dégradation de la crise en zone euro aura de sérieux impacts à court terme mais ces pays sont bien plus résistants que lors des dernières décennies ». Avec des finances publiques solides et un commerce extérieur excédentaire, les émergents ont durablement de quoi encaisser les chocs. De surcroît, ils continuent à bénéficier des « avantages de l’arriération » : des pans entiers de l’économie restent à développer ainsi que les salaires qui demeurent bas dans de nombreux secteurs.
Ces pays cumulent donc des avantages de « pauvres » avec leurs nouvelles opportunités de « riches », liées au développement de leurs classes moyennes, comme les pays occidentaux il y a un demi-siècle.

Si les investissements, particulièrement en Chine et en Inde, sont amenés à baisser, la part de la consommation devrait peser de plus en plus dans la balance de la croissance de leurs PIB. Stimulés par leurs marchés intérieurs, les Brics représenteraient 40 % de l’activité économique mondiale à l’horizon 2050.

Mais derrière les Brics, d’autres économies sont en train de faire leur mue. CIVET, N-11… les sigles regroupant les futurs champions économiques se multiplient. Les candidats les plus sérieux ? En Afrique subsaharienne, ce sont le Ghana et le Nigeria qui, poussés par des flux d’investissement, une population jeune, de nouvelles classes moyennes et matières premières au prix élevé, devraient afficher des taux de croissance autour de 7 à 8 % ces prochaines années. En Asie, l’Indonésie ne compte plus ses projets d’infrastructures : routes, nouvel aéroport, et surtout chemin de fer bientôt construit par les chinois. Avec sa classe moyenne comptant désormais 35 millions de personnes sur 240, le pays talonne les Brics et s’est même payé le luxe d’un relèvement de sa note par les agences de notation !

En conséquence de quoi, les regards se tournent aujourd’hui vers l’interdépendance et la coordination entre émergents. Fin mars à New Delhi, l’Inde accueillera le quatrième et prochain sommet des Brics. Est-ce un hasard que l’Inde, pionnier des « non-alignés » de l’époque de la guerre froide, prenne cette initiative ? Si l’idée est d’abord de répondre à des urgences économiques, l’option « plus si affinités » ne peut être écartée.
Du côté des investisseurs, ces marchés émergents suscitent toujours l’intérêt. Au terme d’une étude effectuée par Accenture, il apparaît que pour 80% des chefs d’entreprises, interrogés dans 85 pays, la priorité en matière de croissance repose sur les économies émergentes. Plus globalement, l’évolution des Brics va faire basculer la mondialisation dans une nouvelle phase, peut-être plus favorable à l’Europe et aux Etats-Unis. Plus qu’une « démondialisation » volontaire, c’est probablement un rééquilibrage mondial qui permettrait les relocalisations et la réindustrialisation de l’Europe. Voilà un beau rôle pour les Brics dans les prochaines décennies…

Rendons justice à la CJR !

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Chaque semaine jusqu’à l’élection présidentielle, la « battle » sur Yahoo ! Actualités confronte les éditos de Rue89 et Causeur sur un même thème. Cette semaine, Rodolphe Bosselut et Pascal Riché débattent du projet de suppression de la Cour de Justice de la République.

Supprimer la Cour de Justice de la République (CJR) instaurée en 1993, voilà une réforme que François Hollande se devait de porter. D’abord parce qu’elle symbolise sa passion sans cesse rabâchée pour l’égalité. Le mot d’ordre est lancé : dorénavant les ministres seront soumis aux juridictions de droit commun, comme les citoyens lambda. Bref une présidence normale suppose un gouvernement non moins normal. Il y a une forme de cohérence hollandiste sur ce point.

Des esprits chagrins pourraient cependant y voir planer comme un léger parfum de démagogie, sur le thème « Pas de dérogation, ils seront jugés comme les autres et d’abord au nom de quoi ils bénéficieraient d’un traitement de faveur ? Non mais!! Les privilèges ont été abolis le 4 août 1789 !! ». Sauf qu’il faut rappeler que la CJR juge les crimes et délits commis par les ministres dans l’exercice de leur fonction et que Monsieur Tartempion, qui mérite assurément toute notre considération, ne représente pas le pouvoir exécutif.
Or la CJR n’immunise pas les ministres contre les poursuites. La Loi constitutionnelle de 1993 qui a instauré la CJR, en lieu et place de la Haute Cour de Justice, a voulu précisément que les citoyens puissent la saisir, alors qu’auparavant seuls les parlementaires étaient habilités à le faire. Seule restriction, le législateur a mis en place un dispositif de filtres qui permet de s’assurer que les plaintes ne seront pas instrumentalisées pour nuire au pouvoir exécutif. Une sorte de garantie dans l’exercice des pouvoirs.

Même le Syndicat de la magistrature (SM) qui soutient la réforme préconisée par la gauche, reconnaît à mi-mot qu’il faudra conserver un petit filtre (sic), en l’occurrence une « Commission des requêtes composée de magistrats du siège pour éviter une déstabilisation des membres du gouvernement par une plainte abusive »….
Bref, la même chose qu’à l’heure actuelle, mais en mieux sans doute…. On peut douter de l’intérêt de changer un système pour lui substituer quelque chose d’approchant ou de similaire.

L’autre avantage de cette réforme pour un candidat, est de se présenter, à peu de frais, comme le pourfendeur de la partialité supposée de cette pauvre CJR composée, rappelons-le, de douze parlementaires et de trois magistrats du siège à la Cour de Cassation. Haro sur la justice de classe ou de caste qui aurait pondu des décisions de complaisance ou anormalement indulgentes. Ségolène Royal, Laurent Fabius et Georgina Dufoix, qui ont fait l’objet de décisions de relaxe, apprécieront….
Surtout il y a une bien mauvaise manière à présenter les décisions condamnant MM. Michel Gilibert, Charles Pasqua ou Edmond Hervé comme étant moins répressives que celles qui auraient pu être rendues par un tribunal ordinaire…. Qu’en sait-on ? On se plaint suffisamment à gauche de la tendance de Nicolas Sarkozy à dénoncer l’indulgence prétendue de la justice, pour ne pas en rajouter sur ce thème, non ?
Il faut en outre rappeler que l’élection à la CJR des neuf parlementaires qui y siègent se fait à chaque renouvellement, général ou partiel, de l’Assemblée Nationale ou du Sénat, ce qui rend très aléatoire une « composition favorable » le jour de l’audience, plusieurs années après les faits. Là se situe sans doute le principal reproche que l’on peut objectivement faire à la CJR: son train de sénateur dans l’instruction et le traitement des affaires, alors qu’elle ne croule pas sous les saisines… Mais bon, il faut reconnaître qu’en la supprimant on évitera qu’à l’avenir, elle perde du temps.

Enfin cette réforme ne pourra qu’emporter les suffrages de tous puisqu’elle ne coûte rien en termes de financement public et qu’avec un peu de chance elle réalise peut-être une économie. Finis les frais de restaurant quand on délibère entre la poire et le fromage. Voilà qui va rallonger la liste (minuscule pour l’instant) des coupes budgétaires envisagées par le candidat socialiste qui, curieusement, n’est pas très prolixe sur le sujet…
Toute idée jetée dans la campagne ne fait pas une réforme, ou pour dire les choses autrement, il ne suffit pas d’égrener pour chaque thématique une proposition pour construire un corpus présidentiel. Mais à court terme l’avantage tactique d’une telle annonce un brin démagogique, c’est que les bienfaits que l’on peut en retirer sont largement supérieurs aux objections qu’on peut lui opposer. Nul ne voudra mourir pour la CJR et ce n’est pas demain la veille qu’une vague d’indignation va secouer le pays en appelant à son maintien. Je n’imagine personne porter sur le revers de sa veste un pin’s « Touche pas à ma CJR ! ».

Tout ceci ne m’empêchera pas de rappeler à François Hollande qu’il est en train de détricoter non pas une affreuse loi liberticide sarkozyte, mais une réforme tardive de François Mitterrand, qui, il est vrai, ne se voyait pas tout à fait comme un Président normal…

Bercy qui ?

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Vous le savez, François Hollande bat Nicolas Sarkozy à plates coutures dans tous les sondages, et pas qu’un peu. Avec 15 points d’avance en moyenne, on pourrait croire le match sinon plié, du moins sérieusement compromis pour le Président de la République sortant. Face à cette avalanche d’enquêtes calamiteuses, l’ultime argument de panique de l’UMP tient en une phrase : « Notre champion est plus capé que le vôtre, il sait gérer l’économie et le pays en pleine tempête ». Indubitablement, Sarkozy a été président 5 ans, et ministre 7 ans, sous Balladur et Chirac pendant que son rival campait à Tulle et Solferino. Mais quid de sa vista, de sa capacité à anticiper, prévoir, tenir la barre ?

Sans dresser le (long) bilan du quinquennat, qui exigerait un numéro entier de Causeur magazine, on peut néanmoins se fier à quelques indications objectives. La Cour des Comptes, ce dernier réduit marxiste de la République, nous indique que la politique monétaire aventureuse de Nicolas Sarkozy, ministre des Finances en 2004, nous a coûté 10 milliards d’euros. Ne croyant pas en la plus-value de l’or, Sarkozy avait remplacé une partie du métal jaune de la Banque de France par un portefeuille de devises. Bilan : la valeur de l’once d’or s’est appréciée de 20% par an à partir de 2007 tandis que les taux d’intérêt diminuant, les devises achetées ont vu leurs cours s’écrouler.

Certes rien ne garantit qu’un degauche d’en face n’aurait pas fait la même boulette, mais pour « l’économe » Sarkozy, qui a malencontreusement préféré le sable à l’or, ça la fout mal.