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Foules ressentimentales

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Jebali Hezbollah Charlie Hebdo Nasrallah

« Nous vivons une violence au nom de la religion, un déni des institutions de l’État et une tentative d’imposer des modes de vie bien déterminés par la force et la violence. Certains salafistes sont fanatiques et il est temps de mettre un terme à leurs agissements et de prendre des mesures fermes face à ceux qui pensent que Dieu les a mandatés pour assainir la société. »[1. Entretien avec le quotidien égyptien Al-Ahram, 10 septembre 2012.]

Qui a bien pu prononcer cette profession de fermeté à l’encontre des foules islamistes fanatisées ? Marine Le Pen, Caroline Fourest, Manuel Valls ?[access capability= »lire_inedits »] Vous n’y êtes pas, cette déclaration est signée Hamadi Jebali, chef du gouvernement islamiste tunisien, qui a passé seize ans dans les geôles de Ben Ali. Les exégètes de la parole islamiste détermineront le degré de sincérité du Premier ministre issu d’Ennahda, mouvement qui distingue « bons » et « mauvais » salafistes au gré de ses intérêts stratégiques. Ne pas se fâcher avec la France et les États-Unis tout en ménageant le Qatar, sa clientèle politique et ses militants, telle est la quadrature du cercle à laquelle sont confrontés les islamistes qui ont accédé aux affaires à Tunis, Le Caire, Rabat et Tripoli.

Avec l’affaire du film L’Innocence des musulmans suivie de la publication de nouvelles caricatures de Charlie Hebdo ridiculisant la figure du prophète Mohammed, les salafistes dénoncés par Jebali ont pu s’en donner à cœur joie devant les locaux de l’ambassade des États-Unis à Tunis, tandis que le bâtiment diplomatique français était protégé… par une colonne de chars ! Devant une telle colère, qui a tout de même généré quelques dizaines de morts aux quatre coins du globe, grande est la tentation de traiter la fameuse « rue arabe » comme une masse d’individus mineurs, inaccessibles à la critique et à épargner coûte que coûte sous peine de représailles violentes. Quoique infiniment condescendants, voire insultants, à l’égard de leurs protégés, les chevaliers de l’esprit de « responsabilité » partis en croisade contre « l’islamophobie » tiennent à peu près ce langage : critiquer le christianisme relève de la liberté d’expression, s’en prendre à l’islam revient à attaquer des faibles et des opprimés, cibles d’un obscur imprécateur américain.

Opprimées, les masses arabo-musulmanes ? L’éternel retour du complexe du colonisé fournit un discours prêt à l’emploi, aux saveurs rancies. Plus de cinquante ans après les indépendances, on peine en effet à trouver des traces d’impérialisme occidental en pays arabe, sinon dans les quelques expéditions morales que les États-Unis et l’Europe ont accompli en Irak (2003) puis en Libye (2011) avec l’assentiment implicite de groupuscules islamistes trop heureux de trouver de nouvelles terres de djihad sur les décombres de sanguinaires dictatures nationalistes. Les assaillants des ambassades américaines pourront toujours avancer que Moubarak, Ben Ali et autres Ali Abdallah Saleh tenaient grâce au soutien de l’Occident, l’argument est un peu court pour expliquer des décennies de servitude volontaire.

Pourtant, si les circonstances − et leurs intérêts − l’exigent, les sycophantes islamistes savent user de discernement, y compris lorsque leur religion est attaquée. Ainsi, en septembre 2010, le prêche de Yasser Habib, un imam chiite koweitien réfugié à Londres, célébrait à sa manière l’anniversaire de la dernière épouse de Mohammed. D’après Yasser Habib, Aïcha vivrait « en enfer […] suspendue par les pieds » à cause de sa proximité avec les adversaires du calife Ali, vénéré par les chiites. Ce blasphème en règle, émanant d’un clerc musulman, lui a valu d’être déchu de sa nationalité koweïtienne puis de subir des appels au meurtre de divers mouvements sunnites. Au sein même de l’oumma chiite, les réactions du Hezbollah libanais valent leur pesant de chapelets. Hassan Nasrallah, secrétaire général du Parti de Dieu, soucieux de cultiver sa popularité dans l’ensemble du monde arabo-musulman, a dénoncé la calomnie d’ « un homme qui se prétend chiite » contre « la mère des croyants Sayyida Aïcha » puis… immédiatement appelé au calme en citant une fatwa de l’ayatollah Khamenei[2. Guide suprême de la République islamique d’Iran, qui détient la clé du pouvoir exécutif iranien et exerce un magistère politico-spirituel sur le Hezbollah.] prohibant l’insulte contre « les grandes personnalités de nos frères sunnites […] et la femme du Maître des prophètes ». Or, dans la suite de son argumentaire, Nasrallah fait preuve d’un discernement saisissant : « Il ne faut pas imputer la faute d’un musulman à tous les musulmans. Si un chrétien commet une erreur, n’imputez pas cela à tous les chrétiens. Si un chiite commet une erreur, ne jugez pas tous les chiites ! » − avant d’incriminer plus classiquement l’axe « américano-sioniste » sans trop faire le détail entre ses représentants.
Deux ans plus tard, le Hezbollah a changé son fusil d’épaule et incite à la vengeance contre les pays qui ont autorisé les provocations de Charlie Hebdo et de L’Innocence des musulmans. Sans doute pour restaurer son aura malmenée par son soutien indéfectible au régime syrien, Nasrallah a décidé de souffler sur les braises arabes.

Que déduire de l’involution du discours du Hezbollah ? Indépendamment des variations de son agenda politique, le distinguo qu’il établit entre Arabes chrétiens et Occidentaux joue ostensiblement sur le sentiment d’humiliation des foules arabes, fussent-elles sunnites, chiites, chrétiennes ou même agnostiques. À défaut de pouvoir se rassembler derrière le panache vert d’un guide spirituel unique, le monde arabo-musulman se rassure en conspuant des adversaires accessibles à sa vindicte. Scander « Mort à Israël, à l’Amérique et aux croisés ! » vous exonère d’un examen de conscience et garantit un point de chute cathartique à vos frustrations.

On retrouve ici la morale du ressentiment si décriée par Nietzsche. Ceux qui se définissent comme des opprimés ne font que retourner leurs propres échecs contre le reste du monde, en érigeant leur faiblesse en morale. S’il s’avère que le schème du ressentiment s’applique bel et bien aux peuples arabes écrasés sous le joug de despotes puis ballottés par les aléas de leurs « révolutions », ceux-ci ont bien du souci à se faire. Car on peut tout faire avec du ressentiment. Sauf s’asseoir dessus.[/access]

*Photo : par pixelwhippersnapper.

Code save the Queen

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Dans un pays où les espions n’ont pas l’habitude de se faire attraper, la mort du britannique Gareth Williams intrigue. Comment ce jeune mathématicien a-t-il bien pu finir dans un sac de sport dont le Daily Telegraph vient de nous fournir les mensurations (81cm x 48cm) ? Aucune trace d’ADN n’a été retrouvée sur les lieux. S’agit-il d’un crime parfait, comme le laisserait penser la profession du jeune homme ? S’agit-il d’un crime en interne, comme le suggère l’étonnante bourde du MI6, le Service de Renseignement Extérieur, qui aura attendu plus d’une semaine pour s’inquiéter de sa disparition ? Ou – last but not least – d’un accident auto-érotique, comme le suggère ses goûts avérés de claustrophile ?

Les images retrouvées sur son ordinateur ne laisseraient aucun doute à ce sujet. Comme le philosophe Diogène (413-317), l’homme aurait entretenu une véritable passion pour les espaces confinés. Les joies sexuelles de la strangulation ou de l’asphyxie sont aujourd’hui connues, et ce n’est pas le héros de la série télévisée Kung Fu, David Carradine (1936-2009), qui me contredira. S’il en est ainsi, peut-on encore parler de fin malencontreuse ?

Il va sans dire que la famille se refuse à envisager une telle pratique et penche très fortement pour la première hypothèse, celle de l’assassinat. Certains de mes confrères évoquent ouvertement la seconde, tant la distraction du MI6 a quelque chose de bizarre. Personnellement, j’attends de voir qui défend la troisième. La passion sexuelle de Williams a bien été abordée. Hélas, l’esprit politiquement correct avec lequel la commission d’enquête mène cette investigation a quelque chose de franchement désolant. L’audience est partagée entre le rappel des beaux principes (comme quoi chacun serait libre de faire ce qu’il veut de sa sexualité) et les platitudes médico-légales du genre : « Pensez-vous qu’il soit possible de s’enfermer tout seul dans un sac de sport ? ». Et l’expert de répondre : « Pas sans un certain entraînement ».

Aura-t-on jamais le courage d’entrer dans les détails de cette vie étonnante ? J’ai bien peur que non, et pour une raison simple : la vérité sexuelle est incompatible avec le discours public. Les enquêteurs n’osent pas trancher et la perplexité, Outre-Manche, reste profonde. Comme on dit chez nous, l’enquête est en cours.

Vendée : faut-il être plus républicain que républicain ?

Jerome Leroy Vendee Reynald Secher

J’admire Jérôme Leroy pour mille raisons, à commencer par son œuvre. J’aime son prénom qui me rappelle la figure cardinalesque de Jérôme de Stridon travaillant sa Vulgate. Et son nom qui convoque les personnages des romans de Sébastien Lapaque et le temps des rois très chrétiens. J’aime aussi lorsqu’il se fait le paraclet des pauvres, préférant embrasser la lèpre plutôt que de la fuir : Jérôme l’Hospitalier. Alors, naturellement, je n’ai pas aimé qu’il s’en prenne à Reynald Secher, plus à lui d’ailleurs, qu’à sa thèse sur le génocide vendéen, thèse à laquelle il est tout à fait libre de ne pas adhérer.
Les différents articles sur la question du génocide vendéen ont effet soulevé une multitude de commentaires, montrant s’il en était encore besoin, que cette question présente un intérêt réel et que plus de deux siècles après les évènements, la Concorde n’est pas encore la place de tous les Français. Jérôme Leroy avait son avis, je le respecte mais je doute de ses arguments.

Sur la question elle-même, celle de savoir s’il y a bien eu ou non un génocide, on notera une divergence sur la qualification. Si l’ensemble des historiens et des commentateurs avertis de Causeur s’accordent sur les massacres qui ont eu lien en Vendée, certains n’admettent en effet pas la qualification posée par Reynald Secher qui, lui, considère qu’il y a eu conception et réalisation de l’extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type religieux ou politique. Certaines questions sont des gageures, celle-ci l’est peut-être. Est-ce la poule qui fait l’œuf ou bien le contraire ? Le chat de Schrödinger est-il vivant ou mort ou les deux à la fois ? La Vendée fut-elle un massacre ou un génocide ? Reynald Secher a le mérite de poser la question et de proposer une réponse.

Mais poser une question et élaborer une réponse est parfois mal récompensé ; le traitement de certains sujets fait planer des suspicions, c’est le cas avec la révolution française, comme c’est le cas avec l’immigration. Jérôme le sait bien, lui qui est allé au travers de son roman dans les entrailles du Front National et qui s’est vu gratifié d’une présomption d’extrême droite par son jeune concurrent au Prix de Flore, le brillant Marien Defalvard[1. « Je suis un facho, mon concurrent Jérôme Leroy (auteur du Bloc, excellent polar sur l’extrême droite) est évidemment un facho. Edouard Limonov, n’en parlons même pas. Je suis ravi que le prix de Flore s’engage sur la même pente que le monde entier, au fond, et que Frédéric Beigbeder fasse son coming-out de facho. N’oublions pas que la littérature est fasciste par essence, qu’il n’y a pas plus facho qu’un roman.»]. De l’humour, certes, mais beaucoup ne l’ont pas entendu comme cela.

Aussi, lorsque je lis sous la plume – dans les commentaires- de Jérôme Leroy que Reynald Secher est d’extrême droite et intégriste et traditionnaliste, je me demande s’il s’essaye aussi à l’humour et je me dis qu’il est bien meilleur écrivain qu’amuseur public. Car fut-il catholique, fut-il d’extrême droite, fut-il traditionnaliste, je doute que Reynald Secher ait pris plaisir à recenser les fautes d’une France qu’il a, lui aussi, chevillée au corps. Reynald Secher n’a pas imaginé, Reynald Secher a compté. Et c’est vrai que cela fait mal.
Les recherches de Reynald Secher n’ont pas pour objet, contrairement à ce que qu’affirme le camarade Leroy, de condamner l’idée révolutionnaire, de rendre en France impossible l’idée de penser un changement politique et social de type progressiste pour finalement criminaliser la liberté, l’égalité et la fraternité. L’objet est de dire ce qu’il s’est passé et de le qualifier. On est d’accord ou pas d’accord, on pense qu’il faut oublier ou alors expier, mais il n’y a aucune idéologie nauséabonde sous-jacente.

Je m’amuse d’ailleurs de la soudaine dévotion de Jérôme Leroy à un système qu’il considère comme le résultat d’un désir de changement social alors que l’initiative fut bourgeoise et que sur les idées de liberté sont très vite venues s’installer les idées d’un libéralisme qu’il abhorre, bien souvent à raison.
Sur la théorie de Reynald Secher, on aurait pu dire bien des choses en somme. Que la repentance est harassante, que la victimisation de certains commence à nous peser, que nous n’avons pas à porter cet héritage d’un temps qui nous échappe, etc. Mais que Jérôme Leroy est-il allé comparer l’incomparable en nous disant que ceux qui pleuraient le sort des vendéens moquaient dans le même temps les arabes jetés dans la seine, s’ils ne les balançaient pas eux-mêmes ? On peut pleurer les deux, non ? La charité ne consiste pas à déshabiller Paul pour aller habiller Pierre. La compassion, du moins la considération se partagent. Elles ne sont ni à usage unique, ni sujettes à péremption.

Bernanos disait de l’histoire qu’il prenait tout. Jérôme Leroy nous l’a rappelé. Mais il n’est pas sûr que la prendre dans son ensemble équivalait pour lui à la prendre en bloc, à l’instar de Clémenceau. Sûrement aurait-il lui aussi voulu boire au verre de sang de Marie-Maurille de Sombreuil, l’héroïque comtesse qui inspira Victor Hugo mais aussi Edgard Quinet.

*Photo : Stuart Chalmers.

Aéroport, oui merci. Ecologie, ça suffit !

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aéroport Nantes Ayrault landes

Le 24 octobre, aux alentours de huit heures du matin, les agités du bocage nantais qui jouent à la guérilla contre la construction du nouvel aéroport de Nantes se sont couverts de gloire. Ils ont réussi à tromper la vigilance de la sécurité de la Maison de la Radio (dont, sans doute, l’essentiel de l’effectif était soit en RTT, soit en congé maladie du vendredi). Le commando, conduit par une jeune femme intrépide, fit irruption dans le studio des « Matins » de France Culture, alors que Marc Voinchet discutait doctement de l’élection présidentielle américaine avec le politologue Zaki Laïdi. Le directeur de la rédaction de France Culture, Jean-Marc Four, négocia le retrait du commando contre la lecture, à l’antenne, d’un texte préparé par les intrus. France Culture, qui soigne son image de radio de gauche ouverte et tolérante, n’a pas eu le courage d’adopter la seule ligne capable de décourager de futurs envahisseurs : couper l’antenne, et enfermer les braillards dans le studio jusqu’à l’arrivée des flics.

Ainsi eûmes-nous droit à la lecture d’un manifeste appelant le peuple de France à se lever en masse contre l’installation, sur la commune de Notre-Dame-des-Landes, d’un espace comportant des pistes goudronnées, une tour avec un machin en forme de croissant qui tourne sans arrêt et d’un bâtiment alliant avec élégance le béton, le verre et le métal. Certains appellent cela un aéroport, l’aérodrome étant maintenant réservé aux aéronautes de loisirs qui font, le dimanche des ronds dans le ciel avec leur ULM.

Toute la batterie d’arguments lacrymogènes est convoquée par les opposants à cet aéroport pour inciter ceux qui ne connaissent rien à la question à rejoindre le combat anti aéronautique : les pauvres paysans chassés de la terre de leurs ancêtres (alors que la plupart des exploitants concernés ont pris comme une aubaine les indemnisations d’expropriation), les nuisances liées à un trafic aérien accru (alors que le nouvel emplacement évitera aux avions de survoler, comme aujourd’hui, l’agglomération nantaise avant d’atterrir) et autres balivernes écolo-décroissantes. Bref, en dépit de son nom ruisselant d’eau bénite, cet aéroport serait un projet luciférien servi par l’ancien maire de Nantes et actuel premier ministre Jean-Marc Ayrault, élégamment rebaptisé Ayrault-porc par nos spirituels squatters de prairies.

Parmi les arguments lancés par les opposants, il en est un qui pourrait donner à réfléchir : comme le TGV Ouest va être prolongé en grande vitesse jusqu’à Nantes et Rennes dans la décennie à venir, pourquoi investir dans un aéroport coûteux, alors que l’on pourra aller en moins de deux heures prendre l’avion à Roissy ? Evidemment… Sauf que l’évolution des flux de voyageurs en Europe, à la suite du développement des compagnies à bas coût, montre que les liaisons aériennes intra-européennes ne passent plus nécessairement par les énormes aéroports internationaux style Roissy, Francfort ou Londres Heathrow. Il n’aura échappé à personne que la Bretagne se situe à l’extrémité ouest de l’Europe, et que son accès pour les étrangers désireux d’en goûter les charmes touristiques et gastronomiques est relativement compliqué, exigeant des transferts air-rail coûteux et peu commodes… Les nouvelles classes moyennes de Prague, Budapest ou Varsovie ont choisi de visiter Paris pour leur premier voyage en France, et seraient volontiers, pour la suite, disposées à découvrir cette France atlantique si exotique pour des centre-européens avides d’embruns et d’air iodé. Mais si Venceslas souhaite inviter sa copine Jaroslava à passer un week-end prolongé à Saint-Malo à l’occasion de la Saint Valentin, il en sera vite dissuadé par la complexité et la longueur du parcours le conduisant de la ville de Jan Hus à celle de Surcouf…

Alors il choisira le petit vol pas cher et sympa qui conduira directement les tourtereaux à Pise, qui a su, il y a dix ans, développer un aéroport amenant directement vers la Toscane tous ceux qui ont la bonne idée de venir en goûter les charmes, sans avoir à transiter par les couloirs interminables des aérogares de Rome ou de Milan… Cela vaut également pour les Anglais, dont l’attirance pour la Bretagne ne s’est jamais démentie, et qui viendraient encore plus nombreux exposer leur peau laiteuse au redoutable soleil armoricain (là, j’en rajoute un peu, mais à la guerre comme à la guerre). Le tourisme, ça compense les déboires à l’exportation, et résiste fort bien aux délocalisations.

Cet aéroport est donc une excellente idée, d’autant plus que ce n’est pas l’Etat qui en est le principal financier, mais la société Vinci, concessionnaire du nouvel aéroport. Notre Dame des Landes, priez pour nous et accueillez les avions avec votre sourire si doux…

*Photo : ponte1112.

Mourir pour Charlie Hebdo ?

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Charlie Hebdo islam Aqmi

Il est très fâcheux que Charlie Hebdo ne dispose d’aucun bureau ou de représentation diplomatique dans les pays musulmans : cela éviterait sans doute à nos cathédrales de brûler. Mahomet n’est pas mon pote, mais Charb non plus, et le pasteur machinchose du film L’Innocence des musulmans − à condition que ce film ait existé − certainement pas plus. Charb le provocateur a droit à une protection policière : ce n’est pas le cas des coptes d’Égypte, me semble-t-il, ni par définition des deux otages français aux mains d’Aqmi. Je n’aimerais pas être à la place de leurs familles lorsque les terroristes menacent de les occire ; j’aimerais encore moins être à celle de Charb s’ils mettaient leurs menaces à exécution..[access capability= »lire_inedits »]

Mais ouf ! La liberté d’expression aura été sauvée. Sauvée à quel prix, et surtout sauvée pour quoi faire ? Sauvée au prix de massacres de l’autre côté de la Méditerranée, là-bas, très loin, et sauvée pour démontrer que nous autres Occidentaux sommes toujours capables de pondre des crobars dignes de tinettes d’autoroute. « La maîtresse en maillot de bain » ! « Toto fait caca dans son slip ! » Etc. Oui, certes, voilà, grâce à la liberté, la raison et l’humanité bien avancées. Le drame de l’Occident, le drame de la France, tout au moins aujourd’hui, c’est d’avoir conféré la gestion des affaires étrangères à des bouffons, et surtout d’avoir choisi pour bouffons des hommes sans esprit. Car il faudra bien un jour s’interroger sur la place exorbitante laissée à Charlie Hebdo dans l’imaginaire collectif. Il faudra en même temps s’interroger sur le masochisme de nos islamistes actuels, qui sautent sur le torchon comme le taureau sur la muleta, feignant de croire qu’il représenterait les mœurs et la pensée profonde de l’Occident judéo-croisé. Or, qu’est-ce que Charlie Hebdo ? Un fanzine qui a réussi, où de mauvais dessinateurs pleins de ressentiment peignent à grands coups de balais de chiottes leurs fantasmes infantiles. « Et si on mettait une grosse bite à Jean Paul II ? − Ah ouais, trop délire ! − Et si on foutait Jésus à poil entre les deux gros nibards d’une bonne sœur ? − Putain, t’es trop fort… − Et si Marine Le Pen ressemblait à un étron de clébard ? − T’arrêtes pas, toi, t’es un cador de la provoc’. − Et si Mahomet tringlait ses 272 vierges en levrette et en même temps ? − Coco, on tient une mine d’or, là… »

Ainsi, nos contemporains aiment rire. Ils aiment beaucoup rire, c’est leur activité favorite, qui ne s’arrête qu’au moment où c’est tout à coup leur mère qui est l’objet de la plaisanterie. Que Charlie Hebdo continue de faire ses caricatures si ça lui chante, mais qu’on cesse d’en parler, par pitié ! Qu’on cesse d’en faire un objet, de haine ou de vénération, qu’il perde ce statut de bouc émissaire qu’il est bien incapable d’assumer.

Plus, l’invocation du droit au blasphème montre chaque jour nouveau ses limites internes : car qu’est-ce que blasphémer, sinon adhérer à une foi dont l’on moque les symboles ? Ainsi, il est assez simple de comprendre que c’est précisément en représentant Mahomet tout court, ou Mahomet à poil, que Charlie Hebdo démontre qu’il est musulman. Pour moi, qui suis catholique par exemple, quel intérêt d’aller moquer le prophète errant ou le dieu erroné de mon voisin ? Sa fausseté le fait tomber de lui-même, dans mon esprit. Si Voltaire, cette grande crapule, était autorisé en logique à moquer les travers du catholicisme, c’est bien qu’il y était né, qu’il y avait grandi, que ses codes, ses prières, ses manifestations s’étaient imposés à lui, à tout son être et que, recherchant une liberté, sans doute tout ce qu’il y avait d’illusoire, il lui fallait se débarrasser de ces oripeaux en les ridiculisant. Mais Charb ? A-t-il grandi sous la charia ? Est-il un sujet du droit musulman ? A-t-il cru à un moment de sa vie qu’Allah était dieu et que Mahomet était son prophète ? Certainement non : ainsi il lui est impossible de qualifier ses dessins de blasphème, mais seulement d’instruments destinés à blesser ses voisins. C’est ici l’exacte vérité du propos de Charlie Hebdo, et il est outrageant pour la liberté et l’intelligence de lui conférer les attributs de la résistance ou de la saine critique.

Moi vivant, la charia ne sera pas instaurée dans ce pays ; mais moi vivant, jamais Charb ne représentera aux yeux du monde la fleur fragile de la liberté qu’a inventée ma civilisation. Mourir pour Charb, ce collaborateur de L’Humanité et ce soutien de Mélenchon, ce n’est pas mourir pour la France, la raison ou la tolérance : c’est mourir pour la connerie. « Bombardez, insultez, blasphémez, il en resta toujours quelque chose », disent de concert les BHL et les Charb qui ne tiennent pas un magasin casher à Sarcelles et ne sont pas des chrétiens d’Orient ou d’Afrique. Alors, à qui profite le crime ? Certainement pas à moi qui ne me sens pas ni plus grand ni plus libre depuis que Charlie Hebdo a dessiné Mahomet fesses à l’air. Je n’ai pas l’impression de résister à l’islamisation du monde quand, après une manifestation de 250 fanatiques devant l’ambassade américaine, une feuille de chou sort ses laborieux ouvriers de la déconne subventionnée. Il profite sans nul doute à tous les fous qui, des deux côtés de l’Atlantique et des deux côtés de la Méditerranée attendent avec impatience le choc des civilisations.

Mon problème, c’est que ni le hidjab ni le mauvais goût ne font partie de ma civilisation. Je suis pour l’éradication des deux.[/access]

*Photo : Zoriah.

Le monument aux morts de honte

Les écolos sont des anciens combattants mais l’ignorent souvent ! On les trouve à l’avant-garde de l’arrière-garde. De l’humanisme pur jus et de l’agro-carburant coulent dans leurs veines. Ils habitent souvent dans des maisons d’architecte à Montreuil, circulent en vélo et – à l’image de Florence Lamblin –gagnent du blé en vendant des « sex toys bio » (ne me demandez pas en quoi cela consiste…). Ils sont précieux car leurs déclarations, allant du cocasse au bouffon, sur les sujets les plus divers (Ah ouvrons des salles de shoot ! Ah fermons les centrales nucléaires !), servent à garder souriants les journalistes. Demandons-nous un peu que serait la politique française sans ces grands noms qui ont tant donné à notre pays… Jean-Vincent Placé, Philippe Meirieu, Eva Joly et Dominique Voynet rayonnent sans conteste au firmament immortel de la démocratie hexagonale ! Sans oublier Cécile Duflot, que même l’Amérique nous envie, ou encore Noël Mamère dont on peut faire le pari qu’il laissera une empreinte forte dans l’histoire du ridicule.

Mais parfois les écologistes cessent d’être drolatiques. Ce fut le cas il y a quelques semaines, au Conseil municipal de la capitale… Le Conseil de Paris a rejeté une proposition du groupe UMP visant à « dédier un espace public » aux soldats français morts en Afghanistan. Le PS a écarté rapidement la proposition en prétextant que la ville était déjà associée à un projet d’hommage avec le Ministère de la Défense. Mais les Verts, eux, ont cru bon de justifier leur avis négatif par cette explication de vote fastidieuse : « Je rappelle qu’il y a effectivement eu 88 soldats français qui sont morts en Afghanistan. C’est bien triste pour eux et leurs familles, mais qu’il y a eu aussi 120.000 civils afghans morts depuis que nous avons déclenché une guerre en Afghanistan. Je pense que si on devait construire des monuments, il faudrait aussi penser à ces 120.000 personnes, qui pour la plupart n’avaient rien demandé et qui ont été tuées à cause d’une guerre que nous avons déclarée à leur pays ».

L’auteur immortel et Vert de ces lignes épaisses et brumeuses, qui ne voit de tristesse (on soulignera la trivialité de « c’est bien triste ») en ces morts français que pour leur famille, et qui s’imagine (dieu sait pourquoi…) que la France a « déclenché » une guerre en Afghanistan… s’appelle Sylvain Garel. Il faut retenir son nom, car un tel mélange de sottise et d’ignorance nous fait toucher les cimes himalayennes du tragi-comique. L’antimilitarisme primaire ne tue pas, certes… ça doit le rapprocher un peu du ridicule.

Après ce genre d’incartades regrettables et superflues, ce qu’il conviendrait d’édifier c’est un monument aux morts de honte. Aux morts de hontes pour les déclarations de certains hommes politiques de leur pays. J’aimerai que l’on y inscrive mon nom en bonne place.

Batho torpillée au Sénat

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Delphine Batho energie PS

Au Sénat, tout le monde, y compris dans le groupe socialiste, était effaré par la complexité, voire l’inapplicabilité du projet de loi sur la tarification progressive de l’énergie, et notamment par son très fumeux corollaire de bonus/malus sur les factures de gaz et d’électricité. Le PCF, notamment, était vent debout contre ce que sa sénatrice Mireille Schurch a qualifié de « rupture d’égalité devant l’accès à l’énergie, sur la base de critères contestables » et de mesure « injuste et impraticable ». On rappellera enfin que souvent, ceux qui consomment le plus dans leurs logements sous-équipés et mal isolés, sont fréquemment nos amis les pauvres et les exclus. (Tout comme d’ailleurs ceux qui polluent le plus notre belle capitale avec leurs caisses toutes pouraves).

En conséquence de quoi une motion d’irrecevabilité fut présentée et adoptée jeudi dernier par les sénateurs communistes en commission des Affaires économiques. Mais le groupe socialiste préféra ne rien voir ni entendre, sur ordre formel, dit-on, de l’exécutif. Des convulsions qui entrainèrent la démission immédiate du rapporteur PS du projet, Roland Courteau qui, d’après l’AFP, aurait, en rendant son tablier, prévenu ainsi ses collègues : « Je vous souhaite bien du plaisir ».
Cassandre Courteau avait raison car in fine ce qui devait arriver arriva, mais en pire : dans cette nuit de mardi à mercredi, la même motion d’irrecevabilité d’origine communiste a été ratifiée en séance plénière grâce à l’apport enthousiaste, unanime et un rien taquin des voix UMP et centristes.

Depuis l’installation de Jean-Marc Ayrault, c’est la première fois qu’un texte soutenu par le gouvernement est torpillé par une des chambres du Parlement. Une novation dont se serait volontiers passée la fougueuse Delphine Batho, la ministre de l’Ecologie en charge du dossier. Du coup, se croyant peut-être revenue à ses heures glorieuses d’agitatrice télégénique de microsyndicat lycéen, elle s’est fendue d’une déclaration semblant plus taillée pour une AG d’écoliers tout juste postpubères que pour une intervention solennelle devant les élus de la Haute Assemblée. « Je regrette que des élus de gauche, du groupe communiste, aient pu être instrumentalisés par la droite pour bloquer un texte de justice sociale et d’efficacité écologique ».

C’est vrai ça, une partie de la gauche qui mêle ses voix à celles de la droite et du centre, c’est une horreur sans nom. Dans sa fureur, Delphine nous a épargné la référence façon Anne Hidalgo au vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, mais on n’est pas passé loin. On remarquera que la majorité en place avait eu l’odorat moins délicat quand il s’est agi de voter en chœur avec Copé, Fillon, Borloo et presque tout leur camp le Pacte Budgétaire Européen. Et que même l’aile supposément la plus à gauche du PS (les fameux 77, notamment) rêve tout haut de débaucher les ailes modernistes et sociétalistes de l’UMP et de l’UDI pour imposer le droit de vote des étrangers non communautaires sans passer par la plus que périlleuse – et donc très improbable – épreuve du référendum populaire.

On se doute bien que le PCF, compte tenu de ses innombrables dissensions internes – à laquelle tout républicain de gauche sera néanmoins attentif car désormais le pire s’y frotte au meilleur – ne généralisera pas une telle stratégie de rupture. Mais pour qui souhaite une vraie opposition de gauche, voire une vraie opposition tout court aux diktats antisociaux d’un gouvernement – dont la première mesure choc fut de ponctionner les heures sup des prolos – ce coup de semonce est incontestablement une bonne nouvelle.

Une nouvelle d’autant plus intéressante que d’autres, à gauche et à droite, pourraient prochainement faire leurs délices de ces alliances de revers. Ce n’est sûrement pas un hasard si c’est la ministre de l’Ecologie qui aura été la première victime expiatoire de cette alliance contre-nature. De tous les sujets qui fâchent entre le PS et le PCF, le nucléaire et l’un de ceux qui sentent le plus la poudre (C’est aussi un casus belli maousse entre les communistes et Mélenchon, mais ça, c’est une autre histoire). Or, pour une fois, nous considérerons que la vérité peut sortir de la bouche d’un Vert et que le sénateur écolo de la Loire-Atlantique Ronan Dantec n’était pas sous ecsta quand il a déclaré à nos confrères de l’AFP, après la mauvaise surprise du front commun PCF-UMP-UDI : « C’est un vote contre l’ouverture des débats sur la transition énergétique» au nom, précise-t-il « d’un accord sur le tout nucléaire ».

Ils se murmure en effet que le démantèlement de Fessenheim qui, comme la loi sur la tarification progressive de l’énergie figurait parmi les 60 proposition du candidat Hollande, est loin d’être une certitude bétonnée. Delphine Batho a beau répéter chaque matin que « La fermeture aura bien lieu en 2016 », sa méthode Coué risque de ne pas peser lourd face au front, pour l’instant souterrain, mais très avancé, où l’on retrouve côte à côte, d’après Le Monde, Henri Proglio, le PDG d’EDF, épaulé par les salariés, les directeurs – anciens et actuels – de la centrale et… la CGT .

À quand le vote d’une loi interdisant les alliances contre-nature ?

*Droits photo : Ségolène Royal.

Le saltimbanque et les grands patrons

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Francis Cabrel AFEP

Le 28 octobre, dans le Journal du Dimanche, l’Association française des entreprises privées (AFEP), puissant mouvement de lobbying patronal, a lancé un appel alarmiste au président de la République comme s’il y avait un péril imminent en la demeure France (Le Monde, Libération).

Derrière l’argumentation technique et le discours faussement neutre, ces grands patrons – 98 – se croient autorisés à donner des leçons au pouvoir de gauche, aux socialistes, parce qu’ils seraient naturellement sinon incompétents du moins à conseiller. À guider. Des élèves en formation. Qu’il y ait quelques personnalités de gauche parmi ces conseilleurs, je n’en doute pas et c’est une évidence. Mais, de droite ou de gauche, un certain patronat ne se laisse pas distraire de la ligne de ses intérêts.

Toujours ce soupçon d’illégitimité, ce reproche implicite d’une intrusion démocratique. Il faudrait que le savoir, la compétence et le réalisme fussent reconnus ! Le suffrage universel est bien étrange qui porte à la tête du pays des gens auxquels nous ne sommes pas habitués!

Pourtant, lors du précédent quinquennat, l’AFEP n’est intervenue sur rien. Aucune injonction, aucune suggestion. A croire que sur le plan économique et financier tout se déroulait le mieux du monde. Mais silence dans les rangs patronaux. Quand on espère profiter d’un pouvoir, on n’a pas le temps de le sermonner : on attend patiemment qu’il ne vous oublie pas. On le cultive, on pactise, on ne fait plus qu’un. On s’enrichit.

L’AFEP s’est réveillée. C’est normal puisque la gauche est là, maintenant. Elle a battu – par quelle méprise ? – la droite qui n’avait pas besoin, elle, d’être stimulée : elle parlait la même langue que les grands patrons.

Il faut apprendre aux nouveaux occupants de la France – Jean-François Copé appelait récemment à la résistance – à calculer, à compter et à savoir bien doser les sacrifices. Pas toujours pour les puissants.

J’en ai assez de cette droite – heureusement, elle n’est pas la seule dans l’espace politique – qui rime exclusivement avec argent, profit, diminution des charges, soutien au patronat, capital. J’aimerais aussi une droite du mérite, de l’effort, de l’équité, de la solidarité, du partage et de la justice. De la considération pour tous.

Sans doute que ces exigences ne sont pas prioritairement celles de l’AFEP ?

Je ne sais pas pourquoi, j’ai dans la tête une phrase du bateleur, du saltimbanque, du chanteur, de l’artiste Francis Cabrel qui dans le cours d’un face-à-face avec des lecteurs du Parisien, déclarait en substance que « quel que soit le montant de ses impôts il ne quitterait jamais la France ».

Cela n’a pas de rapport, c’est modeste face au lobbying massif, c’est singulier, Francis Cabrel ne donne pas de leçons, mais sa petite musique fait du bien quand la grosse caisse de l’AFEP sonne faux et creux.

Entre le saltimbanque et les grands patrons, je n’hésite pas.

*Photo : marie_astier.

L’autocritique reste étrangère à l’islam

Pascal Bruckner islam islamophobie

Causeur. Il existe d’autres modèles de coexistence du religieux et du politique que le modèle français…
Pascal Bruckner. L’Inde, par exemple,grande démocratie, quoique très imparfaite, a, par souci de paix sociale, sanctuarisé les religions − elle a, de façon très contestable, interdit la parution des Versets sataniques, afin de ne pas provoquer les 120 millions de musulmans indiens.Mais dans un monde ouvert comme le nôtre où de fortes minorités musulmanes sont implantées dans les pays occidentaux, la confrontation des deux sacrés est très conflictuelle.

Vous admettez donc que nous avons aussi notre sacré ?

Il serait stupide de ne pas l’admettre ! Pour nous Européens, le sacré, ce sont les droits de la personne,c’est un sacré terrestre.[access capability= »lire_inedits »] Dans les sociétés musulmanes, le sacré se rattache à Dieu et, par voie de conséquence, au clergé et à la parole sainte. Cela dit, pour en revenir à l’Inde, c’est un modèle qui connaît de sérieuses limites. L’interdiction de critiquer les religions étouffe les laïques, hindous, et musulmans confondus, et tous ceux qui veulent ébranler le socle religieux. Il ne s’agit pas de se demander si les pays musulmans peuvent devenir démocratiques, ils le peuvent et, malgré une vague fondamentaliste, la Turquie en est l’exemple ; il s’agit de savoir si l’islam est capable, comme le christianisme et le judaïsme l’ont été, de se réformer, de procéder à l’exégèse des textes, afin d’écarter les versets vengeurs, meurtriers et, en particulier, de reformuler un nouveau mode de cohabitation entre les hommes et les femmes. En somme, je me demande si l’islam est capable de faire son Vatican II.

L’hypersensibilité, la susceptibilité que l’on observe chez les musulmans sont-elles consubstantielles à l’islam, ou correspondent-elles à un moment historique particulier ?

J’aimerais croire qu’elles sont historiques. Contrairement à ce qu’on pense, l’islam n’est pas une religion forte, c’est une religion blessée par la modernité qui − dans sa version sunnite − ne s’est pas remise de la fin, il y a un siècle, du califat exercé par l’Empire ottoman. Du coup, l’islam se cherche une tête, et les candidats à la succession de la Sublime Porte sont légion. Résultat : une civilisation divisée, affaiblie qui vit dans le souvenir de sa grandeur passée et ne supporte pas l’effraction de la modernité. Ce qui ressort des manifestations et écrits de ces pays là, c’est la haine de l’Occident, la peur d’une société ouverte où les dogmes sont remis en cause, ou le rôle des hommes et des femmes est redéfini ; autrement dit, c’est une peur fondamentale de la liberté. En 2009, le gouvernement malien a voulu réformer le Code de la famille et retarder l’âge de mariage des jeunes filles de 13 à 15 ans: les islamistes ont organisé dans le stade de Bamako un gigantesque meeting au cours duquel on a entendu 50 000 personnes scander : « La civilisation occidentale est un péché ! » Pour de très nombreux pays de l’ex-tiers-monde, nous représentons le péché parce que avons pris nos distances par rapport à nos propres traditions,. Bien des imams et intellectuels progressistes essayent d’initier une réflexion théologique en profondeur. Mais les freins sont innombrables et l’accusation d’« islamophobie » fonctionne comme un couperet qui interdit toute réforme.

C’est peut-être vrai dans les pays où l’islam est majoritaire, mais on ne peut pas dire que les musulmans d’Occident soient animés par la haine de la modernité occidentale ! Nombre d’entre eux sont éclairés et se fichent bien qu’on caricature Mahomet. Il est vrai qu’on ne les entend pas forcément…

C’est le problème des modérés. On se félicite aujourd’hui que les musulmans modérés ne soient pas descendus dans la rue pour dénoncer les « blasphémateurs ». Mais ils sont trop modérés ! Pourquoi n’ont ils pas manifesté, après l’affaire Merah, comme le leur demandait le rabbin Bernheim, pour proclamer qu’ils ne se reconnaissaient pas dans les actes de Merah ? La peur de leurs extrémistes fait des musulmans modérés des gens sans voix. Une majorité silencieuse, trop silencieuse… Ils devraient eux mêmes faire la police dans leurs rangs,écarter les fous de Dieu et surtout ne pas crier à la victimisation au moindre frémissement.

Mais pensez-vous, d’un autre côté, qu’il est « irresponsable » de publier des dessins dont on sait qu’ils peuvent provoquer des réactions violentes ?

On peut discuter de l’opportunité ou non de publier ce genre de caricatures et, à la place du rédacteur en chef de Charlie, je ne l’aurais sans doute pas proposé à ce moment là. Mais à partir du moment où il l’a fait, la seule attitude possible est : soutien total ! Ne renversons pas les responsabilités : les coupables ne sont pas les auteurs ou les éditeurs de textes ou de dessins jugés « offensants », mais uniquement ceux qui descendent dans la rue pour lyncher. J’ajoute que les « provocations » de ce genre ont la vertu de réveiller les consciences, de provoquer des débats… et de savoir qui sont les couards.La poltronnerie est la vertu la mieux partagée dans l’intelligentsia française. Encore une fois, poser les questions qui fâchent peut inciter les musulmans français à secouer un islam très largement ossifié.

Que répondre à ceux qui, sans demander la prohibition du blasphème, estiment qu’il faut avoir du tact avec les croyances des autres ?

À titre individuel, je suis tout à fait d’accord, mais le problème n’est pas là. Nous sommes en France, un pays doté d’une tradition d’anticléricalisme datant des XVIIIe et XIXe siècles, où l’on bouffe du curé sans que cela suscite la moindre indignation. On bouffe aussi du rabbin de manière moins systématique, mais il y a un humour et une autodérision juifs. Il est impensable que certaines croyances puissent être piétinées quand d’autres seraient intouchables. Cela dit, ceux qui manquent de tact concernant l’islam, ce sont les islamistes qui montrent un visage fanatique et abominable ! Ce sont eux qui devraient être traînés devant les tribunaux pour islamophobie et atteinte à l’image du Coran…

Les tribunaux estiment parfois que la religion la plus ancienne et majoritaire en France doit avoir le cuir plus épais que les autres…

En effet, conformément aux Évangiles, les chrétiens doivent tendre la joue gauche et se repentir de leurs péchés. La notion d’auto-examen ou de repentir est, pour l’instant, étrangère à l’islam qui se vit toujours comme persécuté alors qu’il opprime les minorités chrétiennes en Orient. Si les grandes autorités sunnites et chiites faisaient leur examen de conscience et demandaient pardon pour tous les crimes commis au nom de l’islam depuis les origines, comme l’a fait l’Église, ce serait l’aube d’une ère nouvelle.

Cela dit, aujourd’hui, les représentants de toutes les religions se serrent les coudes contre l’esprit anticlérical que vous évoquiez.

Vous avez raison, le dialogue entre les dignitaires pourrait se résumer en une phrase : « Ne nous faisons pas de mal. » On dirait que l’irruption de l’islam dans l’espace européen nourrit pour les deux autres monothéismes le rêve fou d’un retour à un monde pré-laïque. Salman Rushdie raconte, dans son formidable livre autobiographique, Joseph Anton, que les pires réactions qu’il ait reçues à la suite de la publication des Versets sataniques venaient du Vatican, du Grand rabbin d’Angleterre et de l’Archevêque de Canterbury.

On a aussi l’impression que, dans la société et dans les médias, le sentiment religieux est aujourd’hui tenu pour quelque chose de forcément admirable. Tout le monde a trouvé merveilleuse la conversion de Diam’s, qui est apparue à la télévision voilée de pied en cap…

Si Diam’s trouve sérénité et apaisement dans l’islam, je n’ai rien à y redire, mais j’aimerais que les musulmans qui souhaitent se convertir au christianisme, au judaïsme, ou tout simplement quitter leur religion soient accueillis de la même façon et avec la même décontraction. Peut-être l’islam suscite-t-il une forme d’envie : alors que nos religieux paraissent fades, l’Islam s’affirme sans l’ombre d’un doute, sans une fissure dans l’affirmation de la foi. Cette assurance, nous l’avons perdue, pour toujours. Le choc d’une civilisation sceptique − l’essence même de l’Occident depuis un siècle − face à une civilisation de la certitude, nous laisse désarçonnés. La liberté est un fardeau terrifiant.[/access]

Grâce à Najat Vallaud-Belkacem, Ernst Röhm sera-t-il enfin réhabilité ?

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Ainsi donc, Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement, sans doute en quête d’existence, a-t-elle déclaré qu’il fallait « passer en revue » les manuels scolaires à propos de l’homosexualité. « Aujourd’hui, ces manuels s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre, comme Rimbaud», a-t-elle expliqué, reprenant ainsi une vieille marotte de la Halde qui, en son temps, n’hésitait pas à parler de discrimination parce que les femmes, les minorités visibles, les handicapés et les homosexuels étaient trop peu présents dans les manuels d’histoire-géographie. Grâce à la gauche, on enseignera enfin une histoire débarrassée de toute idéologie!

On va donc pouvoir réhabiliter Ernst Röhm. Pensez-donc, il a tout pour plaire: homosexuel déclaré, victime d’Adolf Hitler et des SS. Ce sera l’occasion de se souvenir que l’homosexualité était courante chez les dignitaires nazis et dans les jeunesses hitlériennes. Et, comme le suggère Najat Vallaud-Belkacem, on pourra expliquer une grande partie de la vie d’Ernst Röhm, la fondation des Sturmabteilung, tout ça, par le fait qu’il préférait jouer au docteur avec les garçons…

Foules ressentimentales

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Jebali Hezbollah Charlie Hebdo Nasrallah

Jebali Hezbollah Charlie Hebdo Nasrallah

« Nous vivons une violence au nom de la religion, un déni des institutions de l’État et une tentative d’imposer des modes de vie bien déterminés par la force et la violence. Certains salafistes sont fanatiques et il est temps de mettre un terme à leurs agissements et de prendre des mesures fermes face à ceux qui pensent que Dieu les a mandatés pour assainir la société. »[1. Entretien avec le quotidien égyptien Al-Ahram, 10 septembre 2012.]

Qui a bien pu prononcer cette profession de fermeté à l’encontre des foules islamistes fanatisées ? Marine Le Pen, Caroline Fourest, Manuel Valls ?[access capability= »lire_inedits »] Vous n’y êtes pas, cette déclaration est signée Hamadi Jebali, chef du gouvernement islamiste tunisien, qui a passé seize ans dans les geôles de Ben Ali. Les exégètes de la parole islamiste détermineront le degré de sincérité du Premier ministre issu d’Ennahda, mouvement qui distingue « bons » et « mauvais » salafistes au gré de ses intérêts stratégiques. Ne pas se fâcher avec la France et les États-Unis tout en ménageant le Qatar, sa clientèle politique et ses militants, telle est la quadrature du cercle à laquelle sont confrontés les islamistes qui ont accédé aux affaires à Tunis, Le Caire, Rabat et Tripoli.

Avec l’affaire du film L’Innocence des musulmans suivie de la publication de nouvelles caricatures de Charlie Hebdo ridiculisant la figure du prophète Mohammed, les salafistes dénoncés par Jebali ont pu s’en donner à cœur joie devant les locaux de l’ambassade des États-Unis à Tunis, tandis que le bâtiment diplomatique français était protégé… par une colonne de chars ! Devant une telle colère, qui a tout de même généré quelques dizaines de morts aux quatre coins du globe, grande est la tentation de traiter la fameuse « rue arabe » comme une masse d’individus mineurs, inaccessibles à la critique et à épargner coûte que coûte sous peine de représailles violentes. Quoique infiniment condescendants, voire insultants, à l’égard de leurs protégés, les chevaliers de l’esprit de « responsabilité » partis en croisade contre « l’islamophobie » tiennent à peu près ce langage : critiquer le christianisme relève de la liberté d’expression, s’en prendre à l’islam revient à attaquer des faibles et des opprimés, cibles d’un obscur imprécateur américain.

Opprimées, les masses arabo-musulmanes ? L’éternel retour du complexe du colonisé fournit un discours prêt à l’emploi, aux saveurs rancies. Plus de cinquante ans après les indépendances, on peine en effet à trouver des traces d’impérialisme occidental en pays arabe, sinon dans les quelques expéditions morales que les États-Unis et l’Europe ont accompli en Irak (2003) puis en Libye (2011) avec l’assentiment implicite de groupuscules islamistes trop heureux de trouver de nouvelles terres de djihad sur les décombres de sanguinaires dictatures nationalistes. Les assaillants des ambassades américaines pourront toujours avancer que Moubarak, Ben Ali et autres Ali Abdallah Saleh tenaient grâce au soutien de l’Occident, l’argument est un peu court pour expliquer des décennies de servitude volontaire.

Pourtant, si les circonstances − et leurs intérêts − l’exigent, les sycophantes islamistes savent user de discernement, y compris lorsque leur religion est attaquée. Ainsi, en septembre 2010, le prêche de Yasser Habib, un imam chiite koweitien réfugié à Londres, célébrait à sa manière l’anniversaire de la dernière épouse de Mohammed. D’après Yasser Habib, Aïcha vivrait « en enfer […] suspendue par les pieds » à cause de sa proximité avec les adversaires du calife Ali, vénéré par les chiites. Ce blasphème en règle, émanant d’un clerc musulman, lui a valu d’être déchu de sa nationalité koweïtienne puis de subir des appels au meurtre de divers mouvements sunnites. Au sein même de l’oumma chiite, les réactions du Hezbollah libanais valent leur pesant de chapelets. Hassan Nasrallah, secrétaire général du Parti de Dieu, soucieux de cultiver sa popularité dans l’ensemble du monde arabo-musulman, a dénoncé la calomnie d’ « un homme qui se prétend chiite » contre « la mère des croyants Sayyida Aïcha » puis… immédiatement appelé au calme en citant une fatwa de l’ayatollah Khamenei[2. Guide suprême de la République islamique d’Iran, qui détient la clé du pouvoir exécutif iranien et exerce un magistère politico-spirituel sur le Hezbollah.] prohibant l’insulte contre « les grandes personnalités de nos frères sunnites […] et la femme du Maître des prophètes ». Or, dans la suite de son argumentaire, Nasrallah fait preuve d’un discernement saisissant : « Il ne faut pas imputer la faute d’un musulman à tous les musulmans. Si un chrétien commet une erreur, n’imputez pas cela à tous les chrétiens. Si un chiite commet une erreur, ne jugez pas tous les chiites ! » − avant d’incriminer plus classiquement l’axe « américano-sioniste » sans trop faire le détail entre ses représentants.
Deux ans plus tard, le Hezbollah a changé son fusil d’épaule et incite à la vengeance contre les pays qui ont autorisé les provocations de Charlie Hebdo et de L’Innocence des musulmans. Sans doute pour restaurer son aura malmenée par son soutien indéfectible au régime syrien, Nasrallah a décidé de souffler sur les braises arabes.

Que déduire de l’involution du discours du Hezbollah ? Indépendamment des variations de son agenda politique, le distinguo qu’il établit entre Arabes chrétiens et Occidentaux joue ostensiblement sur le sentiment d’humiliation des foules arabes, fussent-elles sunnites, chiites, chrétiennes ou même agnostiques. À défaut de pouvoir se rassembler derrière le panache vert d’un guide spirituel unique, le monde arabo-musulman se rassure en conspuant des adversaires accessibles à sa vindicte. Scander « Mort à Israël, à l’Amérique et aux croisés ! » vous exonère d’un examen de conscience et garantit un point de chute cathartique à vos frustrations.

On retrouve ici la morale du ressentiment si décriée par Nietzsche. Ceux qui se définissent comme des opprimés ne font que retourner leurs propres échecs contre le reste du monde, en érigeant leur faiblesse en morale. S’il s’avère que le schème du ressentiment s’applique bel et bien aux peuples arabes écrasés sous le joug de despotes puis ballottés par les aléas de leurs « révolutions », ceux-ci ont bien du souci à se faire. Car on peut tout faire avec du ressentiment. Sauf s’asseoir dessus.[/access]

*Photo : par pixelwhippersnapper.

Code save the Queen

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Dans un pays où les espions n’ont pas l’habitude de se faire attraper, la mort du britannique Gareth Williams intrigue. Comment ce jeune mathématicien a-t-il bien pu finir dans un sac de sport dont le Daily Telegraph vient de nous fournir les mensurations (81cm x 48cm) ? Aucune trace d’ADN n’a été retrouvée sur les lieux. S’agit-il d’un crime parfait, comme le laisserait penser la profession du jeune homme ? S’agit-il d’un crime en interne, comme le suggère l’étonnante bourde du MI6, le Service de Renseignement Extérieur, qui aura attendu plus d’une semaine pour s’inquiéter de sa disparition ? Ou – last but not least – d’un accident auto-érotique, comme le suggère ses goûts avérés de claustrophile ?

Les images retrouvées sur son ordinateur ne laisseraient aucun doute à ce sujet. Comme le philosophe Diogène (413-317), l’homme aurait entretenu une véritable passion pour les espaces confinés. Les joies sexuelles de la strangulation ou de l’asphyxie sont aujourd’hui connues, et ce n’est pas le héros de la série télévisée Kung Fu, David Carradine (1936-2009), qui me contredira. S’il en est ainsi, peut-on encore parler de fin malencontreuse ?

Il va sans dire que la famille se refuse à envisager une telle pratique et penche très fortement pour la première hypothèse, celle de l’assassinat. Certains de mes confrères évoquent ouvertement la seconde, tant la distraction du MI6 a quelque chose de bizarre. Personnellement, j’attends de voir qui défend la troisième. La passion sexuelle de Williams a bien été abordée. Hélas, l’esprit politiquement correct avec lequel la commission d’enquête mène cette investigation a quelque chose de franchement désolant. L’audience est partagée entre le rappel des beaux principes (comme quoi chacun serait libre de faire ce qu’il veut de sa sexualité) et les platitudes médico-légales du genre : « Pensez-vous qu’il soit possible de s’enfermer tout seul dans un sac de sport ? ». Et l’expert de répondre : « Pas sans un certain entraînement ».

Aura-t-on jamais le courage d’entrer dans les détails de cette vie étonnante ? J’ai bien peur que non, et pour une raison simple : la vérité sexuelle est incompatible avec le discours public. Les enquêteurs n’osent pas trancher et la perplexité, Outre-Manche, reste profonde. Comme on dit chez nous, l’enquête est en cours.

Vendée : faut-il être plus républicain que républicain ?

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Jerome Leroy Vendee Reynald Secher

Jerome Leroy Vendee Reynald Secher

J’admire Jérôme Leroy pour mille raisons, à commencer par son œuvre. J’aime son prénom qui me rappelle la figure cardinalesque de Jérôme de Stridon travaillant sa Vulgate. Et son nom qui convoque les personnages des romans de Sébastien Lapaque et le temps des rois très chrétiens. J’aime aussi lorsqu’il se fait le paraclet des pauvres, préférant embrasser la lèpre plutôt que de la fuir : Jérôme l’Hospitalier. Alors, naturellement, je n’ai pas aimé qu’il s’en prenne à Reynald Secher, plus à lui d’ailleurs, qu’à sa thèse sur le génocide vendéen, thèse à laquelle il est tout à fait libre de ne pas adhérer.
Les différents articles sur la question du génocide vendéen ont effet soulevé une multitude de commentaires, montrant s’il en était encore besoin, que cette question présente un intérêt réel et que plus de deux siècles après les évènements, la Concorde n’est pas encore la place de tous les Français. Jérôme Leroy avait son avis, je le respecte mais je doute de ses arguments.

Sur la question elle-même, celle de savoir s’il y a bien eu ou non un génocide, on notera une divergence sur la qualification. Si l’ensemble des historiens et des commentateurs avertis de Causeur s’accordent sur les massacres qui ont eu lien en Vendée, certains n’admettent en effet pas la qualification posée par Reynald Secher qui, lui, considère qu’il y a eu conception et réalisation de l’extermination partielle ou totale d’un groupe humain de type religieux ou politique. Certaines questions sont des gageures, celle-ci l’est peut-être. Est-ce la poule qui fait l’œuf ou bien le contraire ? Le chat de Schrödinger est-il vivant ou mort ou les deux à la fois ? La Vendée fut-elle un massacre ou un génocide ? Reynald Secher a le mérite de poser la question et de proposer une réponse.

Mais poser une question et élaborer une réponse est parfois mal récompensé ; le traitement de certains sujets fait planer des suspicions, c’est le cas avec la révolution française, comme c’est le cas avec l’immigration. Jérôme le sait bien, lui qui est allé au travers de son roman dans les entrailles du Front National et qui s’est vu gratifié d’une présomption d’extrême droite par son jeune concurrent au Prix de Flore, le brillant Marien Defalvard[1. « Je suis un facho, mon concurrent Jérôme Leroy (auteur du Bloc, excellent polar sur l’extrême droite) est évidemment un facho. Edouard Limonov, n’en parlons même pas. Je suis ravi que le prix de Flore s’engage sur la même pente que le monde entier, au fond, et que Frédéric Beigbeder fasse son coming-out de facho. N’oublions pas que la littérature est fasciste par essence, qu’il n’y a pas plus facho qu’un roman.»]. De l’humour, certes, mais beaucoup ne l’ont pas entendu comme cela.

Aussi, lorsque je lis sous la plume – dans les commentaires- de Jérôme Leroy que Reynald Secher est d’extrême droite et intégriste et traditionnaliste, je me demande s’il s’essaye aussi à l’humour et je me dis qu’il est bien meilleur écrivain qu’amuseur public. Car fut-il catholique, fut-il d’extrême droite, fut-il traditionnaliste, je doute que Reynald Secher ait pris plaisir à recenser les fautes d’une France qu’il a, lui aussi, chevillée au corps. Reynald Secher n’a pas imaginé, Reynald Secher a compté. Et c’est vrai que cela fait mal.
Les recherches de Reynald Secher n’ont pas pour objet, contrairement à ce que qu’affirme le camarade Leroy, de condamner l’idée révolutionnaire, de rendre en France impossible l’idée de penser un changement politique et social de type progressiste pour finalement criminaliser la liberté, l’égalité et la fraternité. L’objet est de dire ce qu’il s’est passé et de le qualifier. On est d’accord ou pas d’accord, on pense qu’il faut oublier ou alors expier, mais il n’y a aucune idéologie nauséabonde sous-jacente.

Je m’amuse d’ailleurs de la soudaine dévotion de Jérôme Leroy à un système qu’il considère comme le résultat d’un désir de changement social alors que l’initiative fut bourgeoise et que sur les idées de liberté sont très vite venues s’installer les idées d’un libéralisme qu’il abhorre, bien souvent à raison.
Sur la théorie de Reynald Secher, on aurait pu dire bien des choses en somme. Que la repentance est harassante, que la victimisation de certains commence à nous peser, que nous n’avons pas à porter cet héritage d’un temps qui nous échappe, etc. Mais que Jérôme Leroy est-il allé comparer l’incomparable en nous disant que ceux qui pleuraient le sort des vendéens moquaient dans le même temps les arabes jetés dans la seine, s’ils ne les balançaient pas eux-mêmes ? On peut pleurer les deux, non ? La charité ne consiste pas à déshabiller Paul pour aller habiller Pierre. La compassion, du moins la considération se partagent. Elles ne sont ni à usage unique, ni sujettes à péremption.

Bernanos disait de l’histoire qu’il prenait tout. Jérôme Leroy nous l’a rappelé. Mais il n’est pas sûr que la prendre dans son ensemble équivalait pour lui à la prendre en bloc, à l’instar de Clémenceau. Sûrement aurait-il lui aussi voulu boire au verre de sang de Marie-Maurille de Sombreuil, l’héroïque comtesse qui inspira Victor Hugo mais aussi Edgard Quinet.

*Photo : Stuart Chalmers.

Aéroport, oui merci. Ecologie, ça suffit !

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aéroport Nantes Ayrault landes

aéroport Nantes Ayrault landes

Le 24 octobre, aux alentours de huit heures du matin, les agités du bocage nantais qui jouent à la guérilla contre la construction du nouvel aéroport de Nantes se sont couverts de gloire. Ils ont réussi à tromper la vigilance de la sécurité de la Maison de la Radio (dont, sans doute, l’essentiel de l’effectif était soit en RTT, soit en congé maladie du vendredi). Le commando, conduit par une jeune femme intrépide, fit irruption dans le studio des « Matins » de France Culture, alors que Marc Voinchet discutait doctement de l’élection présidentielle américaine avec le politologue Zaki Laïdi. Le directeur de la rédaction de France Culture, Jean-Marc Four, négocia le retrait du commando contre la lecture, à l’antenne, d’un texte préparé par les intrus. France Culture, qui soigne son image de radio de gauche ouverte et tolérante, n’a pas eu le courage d’adopter la seule ligne capable de décourager de futurs envahisseurs : couper l’antenne, et enfermer les braillards dans le studio jusqu’à l’arrivée des flics.

Ainsi eûmes-nous droit à la lecture d’un manifeste appelant le peuple de France à se lever en masse contre l’installation, sur la commune de Notre-Dame-des-Landes, d’un espace comportant des pistes goudronnées, une tour avec un machin en forme de croissant qui tourne sans arrêt et d’un bâtiment alliant avec élégance le béton, le verre et le métal. Certains appellent cela un aéroport, l’aérodrome étant maintenant réservé aux aéronautes de loisirs qui font, le dimanche des ronds dans le ciel avec leur ULM.

Toute la batterie d’arguments lacrymogènes est convoquée par les opposants à cet aéroport pour inciter ceux qui ne connaissent rien à la question à rejoindre le combat anti aéronautique : les pauvres paysans chassés de la terre de leurs ancêtres (alors que la plupart des exploitants concernés ont pris comme une aubaine les indemnisations d’expropriation), les nuisances liées à un trafic aérien accru (alors que le nouvel emplacement évitera aux avions de survoler, comme aujourd’hui, l’agglomération nantaise avant d’atterrir) et autres balivernes écolo-décroissantes. Bref, en dépit de son nom ruisselant d’eau bénite, cet aéroport serait un projet luciférien servi par l’ancien maire de Nantes et actuel premier ministre Jean-Marc Ayrault, élégamment rebaptisé Ayrault-porc par nos spirituels squatters de prairies.

Parmi les arguments lancés par les opposants, il en est un qui pourrait donner à réfléchir : comme le TGV Ouest va être prolongé en grande vitesse jusqu’à Nantes et Rennes dans la décennie à venir, pourquoi investir dans un aéroport coûteux, alors que l’on pourra aller en moins de deux heures prendre l’avion à Roissy ? Evidemment… Sauf que l’évolution des flux de voyageurs en Europe, à la suite du développement des compagnies à bas coût, montre que les liaisons aériennes intra-européennes ne passent plus nécessairement par les énormes aéroports internationaux style Roissy, Francfort ou Londres Heathrow. Il n’aura échappé à personne que la Bretagne se situe à l’extrémité ouest de l’Europe, et que son accès pour les étrangers désireux d’en goûter les charmes touristiques et gastronomiques est relativement compliqué, exigeant des transferts air-rail coûteux et peu commodes… Les nouvelles classes moyennes de Prague, Budapest ou Varsovie ont choisi de visiter Paris pour leur premier voyage en France, et seraient volontiers, pour la suite, disposées à découvrir cette France atlantique si exotique pour des centre-européens avides d’embruns et d’air iodé. Mais si Venceslas souhaite inviter sa copine Jaroslava à passer un week-end prolongé à Saint-Malo à l’occasion de la Saint Valentin, il en sera vite dissuadé par la complexité et la longueur du parcours le conduisant de la ville de Jan Hus à celle de Surcouf…

Alors il choisira le petit vol pas cher et sympa qui conduira directement les tourtereaux à Pise, qui a su, il y a dix ans, développer un aéroport amenant directement vers la Toscane tous ceux qui ont la bonne idée de venir en goûter les charmes, sans avoir à transiter par les couloirs interminables des aérogares de Rome ou de Milan… Cela vaut également pour les Anglais, dont l’attirance pour la Bretagne ne s’est jamais démentie, et qui viendraient encore plus nombreux exposer leur peau laiteuse au redoutable soleil armoricain (là, j’en rajoute un peu, mais à la guerre comme à la guerre). Le tourisme, ça compense les déboires à l’exportation, et résiste fort bien aux délocalisations.

Cet aéroport est donc une excellente idée, d’autant plus que ce n’est pas l’Etat qui en est le principal financier, mais la société Vinci, concessionnaire du nouvel aéroport. Notre Dame des Landes, priez pour nous et accueillez les avions avec votre sourire si doux…

*Photo : ponte1112.

Mourir pour Charlie Hebdo ?

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Charlie Hebdo islam Aqmi

Charlie Hebdo islam Aqmi

Il est très fâcheux que Charlie Hebdo ne dispose d’aucun bureau ou de représentation diplomatique dans les pays musulmans : cela éviterait sans doute à nos cathédrales de brûler. Mahomet n’est pas mon pote, mais Charb non plus, et le pasteur machinchose du film L’Innocence des musulmans − à condition que ce film ait existé − certainement pas plus. Charb le provocateur a droit à une protection policière : ce n’est pas le cas des coptes d’Égypte, me semble-t-il, ni par définition des deux otages français aux mains d’Aqmi. Je n’aimerais pas être à la place de leurs familles lorsque les terroristes menacent de les occire ; j’aimerais encore moins être à celle de Charb s’ils mettaient leurs menaces à exécution..[access capability= »lire_inedits »]

Mais ouf ! La liberté d’expression aura été sauvée. Sauvée à quel prix, et surtout sauvée pour quoi faire ? Sauvée au prix de massacres de l’autre côté de la Méditerranée, là-bas, très loin, et sauvée pour démontrer que nous autres Occidentaux sommes toujours capables de pondre des crobars dignes de tinettes d’autoroute. « La maîtresse en maillot de bain » ! « Toto fait caca dans son slip ! » Etc. Oui, certes, voilà, grâce à la liberté, la raison et l’humanité bien avancées. Le drame de l’Occident, le drame de la France, tout au moins aujourd’hui, c’est d’avoir conféré la gestion des affaires étrangères à des bouffons, et surtout d’avoir choisi pour bouffons des hommes sans esprit. Car il faudra bien un jour s’interroger sur la place exorbitante laissée à Charlie Hebdo dans l’imaginaire collectif. Il faudra en même temps s’interroger sur le masochisme de nos islamistes actuels, qui sautent sur le torchon comme le taureau sur la muleta, feignant de croire qu’il représenterait les mœurs et la pensée profonde de l’Occident judéo-croisé. Or, qu’est-ce que Charlie Hebdo ? Un fanzine qui a réussi, où de mauvais dessinateurs pleins de ressentiment peignent à grands coups de balais de chiottes leurs fantasmes infantiles. « Et si on mettait une grosse bite à Jean Paul II ? − Ah ouais, trop délire ! − Et si on foutait Jésus à poil entre les deux gros nibards d’une bonne sœur ? − Putain, t’es trop fort… − Et si Marine Le Pen ressemblait à un étron de clébard ? − T’arrêtes pas, toi, t’es un cador de la provoc’. − Et si Mahomet tringlait ses 272 vierges en levrette et en même temps ? − Coco, on tient une mine d’or, là… »

Ainsi, nos contemporains aiment rire. Ils aiment beaucoup rire, c’est leur activité favorite, qui ne s’arrête qu’au moment où c’est tout à coup leur mère qui est l’objet de la plaisanterie. Que Charlie Hebdo continue de faire ses caricatures si ça lui chante, mais qu’on cesse d’en parler, par pitié ! Qu’on cesse d’en faire un objet, de haine ou de vénération, qu’il perde ce statut de bouc émissaire qu’il est bien incapable d’assumer.

Plus, l’invocation du droit au blasphème montre chaque jour nouveau ses limites internes : car qu’est-ce que blasphémer, sinon adhérer à une foi dont l’on moque les symboles ? Ainsi, il est assez simple de comprendre que c’est précisément en représentant Mahomet tout court, ou Mahomet à poil, que Charlie Hebdo démontre qu’il est musulman. Pour moi, qui suis catholique par exemple, quel intérêt d’aller moquer le prophète errant ou le dieu erroné de mon voisin ? Sa fausseté le fait tomber de lui-même, dans mon esprit. Si Voltaire, cette grande crapule, était autorisé en logique à moquer les travers du catholicisme, c’est bien qu’il y était né, qu’il y avait grandi, que ses codes, ses prières, ses manifestations s’étaient imposés à lui, à tout son être et que, recherchant une liberté, sans doute tout ce qu’il y avait d’illusoire, il lui fallait se débarrasser de ces oripeaux en les ridiculisant. Mais Charb ? A-t-il grandi sous la charia ? Est-il un sujet du droit musulman ? A-t-il cru à un moment de sa vie qu’Allah était dieu et que Mahomet était son prophète ? Certainement non : ainsi il lui est impossible de qualifier ses dessins de blasphème, mais seulement d’instruments destinés à blesser ses voisins. C’est ici l’exacte vérité du propos de Charlie Hebdo, et il est outrageant pour la liberté et l’intelligence de lui conférer les attributs de la résistance ou de la saine critique.

Moi vivant, la charia ne sera pas instaurée dans ce pays ; mais moi vivant, jamais Charb ne représentera aux yeux du monde la fleur fragile de la liberté qu’a inventée ma civilisation. Mourir pour Charb, ce collaborateur de L’Humanité et ce soutien de Mélenchon, ce n’est pas mourir pour la France, la raison ou la tolérance : c’est mourir pour la connerie. « Bombardez, insultez, blasphémez, il en resta toujours quelque chose », disent de concert les BHL et les Charb qui ne tiennent pas un magasin casher à Sarcelles et ne sont pas des chrétiens d’Orient ou d’Afrique. Alors, à qui profite le crime ? Certainement pas à moi qui ne me sens pas ni plus grand ni plus libre depuis que Charlie Hebdo a dessiné Mahomet fesses à l’air. Je n’ai pas l’impression de résister à l’islamisation du monde quand, après une manifestation de 250 fanatiques devant l’ambassade américaine, une feuille de chou sort ses laborieux ouvriers de la déconne subventionnée. Il profite sans nul doute à tous les fous qui, des deux côtés de l’Atlantique et des deux côtés de la Méditerranée attendent avec impatience le choc des civilisations.

Mon problème, c’est que ni le hidjab ni le mauvais goût ne font partie de ma civilisation. Je suis pour l’éradication des deux.[/access]

*Photo : Zoriah.

Le monument aux morts de honte

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Les écolos sont des anciens combattants mais l’ignorent souvent ! On les trouve à l’avant-garde de l’arrière-garde. De l’humanisme pur jus et de l’agro-carburant coulent dans leurs veines. Ils habitent souvent dans des maisons d’architecte à Montreuil, circulent en vélo et – à l’image de Florence Lamblin –gagnent du blé en vendant des « sex toys bio » (ne me demandez pas en quoi cela consiste…). Ils sont précieux car leurs déclarations, allant du cocasse au bouffon, sur les sujets les plus divers (Ah ouvrons des salles de shoot ! Ah fermons les centrales nucléaires !), servent à garder souriants les journalistes. Demandons-nous un peu que serait la politique française sans ces grands noms qui ont tant donné à notre pays… Jean-Vincent Placé, Philippe Meirieu, Eva Joly et Dominique Voynet rayonnent sans conteste au firmament immortel de la démocratie hexagonale ! Sans oublier Cécile Duflot, que même l’Amérique nous envie, ou encore Noël Mamère dont on peut faire le pari qu’il laissera une empreinte forte dans l’histoire du ridicule.

Mais parfois les écologistes cessent d’être drolatiques. Ce fut le cas il y a quelques semaines, au Conseil municipal de la capitale… Le Conseil de Paris a rejeté une proposition du groupe UMP visant à « dédier un espace public » aux soldats français morts en Afghanistan. Le PS a écarté rapidement la proposition en prétextant que la ville était déjà associée à un projet d’hommage avec le Ministère de la Défense. Mais les Verts, eux, ont cru bon de justifier leur avis négatif par cette explication de vote fastidieuse : « Je rappelle qu’il y a effectivement eu 88 soldats français qui sont morts en Afghanistan. C’est bien triste pour eux et leurs familles, mais qu’il y a eu aussi 120.000 civils afghans morts depuis que nous avons déclenché une guerre en Afghanistan. Je pense que si on devait construire des monuments, il faudrait aussi penser à ces 120.000 personnes, qui pour la plupart n’avaient rien demandé et qui ont été tuées à cause d’une guerre que nous avons déclarée à leur pays ».

L’auteur immortel et Vert de ces lignes épaisses et brumeuses, qui ne voit de tristesse (on soulignera la trivialité de « c’est bien triste ») en ces morts français que pour leur famille, et qui s’imagine (dieu sait pourquoi…) que la France a « déclenché » une guerre en Afghanistan… s’appelle Sylvain Garel. Il faut retenir son nom, car un tel mélange de sottise et d’ignorance nous fait toucher les cimes himalayennes du tragi-comique. L’antimilitarisme primaire ne tue pas, certes… ça doit le rapprocher un peu du ridicule.

Après ce genre d’incartades regrettables et superflues, ce qu’il conviendrait d’édifier c’est un monument aux morts de honte. Aux morts de hontes pour les déclarations de certains hommes politiques de leur pays. J’aimerai que l’on y inscrive mon nom en bonne place.

Batho torpillée au Sénat

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Delphine Batho energie PS

Delphine Batho energie PS

Au Sénat, tout le monde, y compris dans le groupe socialiste, était effaré par la complexité, voire l’inapplicabilité du projet de loi sur la tarification progressive de l’énergie, et notamment par son très fumeux corollaire de bonus/malus sur les factures de gaz et d’électricité. Le PCF, notamment, était vent debout contre ce que sa sénatrice Mireille Schurch a qualifié de « rupture d’égalité devant l’accès à l’énergie, sur la base de critères contestables » et de mesure « injuste et impraticable ». On rappellera enfin que souvent, ceux qui consomment le plus dans leurs logements sous-équipés et mal isolés, sont fréquemment nos amis les pauvres et les exclus. (Tout comme d’ailleurs ceux qui polluent le plus notre belle capitale avec leurs caisses toutes pouraves).

En conséquence de quoi une motion d’irrecevabilité fut présentée et adoptée jeudi dernier par les sénateurs communistes en commission des Affaires économiques. Mais le groupe socialiste préféra ne rien voir ni entendre, sur ordre formel, dit-on, de l’exécutif. Des convulsions qui entrainèrent la démission immédiate du rapporteur PS du projet, Roland Courteau qui, d’après l’AFP, aurait, en rendant son tablier, prévenu ainsi ses collègues : « Je vous souhaite bien du plaisir ».
Cassandre Courteau avait raison car in fine ce qui devait arriver arriva, mais en pire : dans cette nuit de mardi à mercredi, la même motion d’irrecevabilité d’origine communiste a été ratifiée en séance plénière grâce à l’apport enthousiaste, unanime et un rien taquin des voix UMP et centristes.

Depuis l’installation de Jean-Marc Ayrault, c’est la première fois qu’un texte soutenu par le gouvernement est torpillé par une des chambres du Parlement. Une novation dont se serait volontiers passée la fougueuse Delphine Batho, la ministre de l’Ecologie en charge du dossier. Du coup, se croyant peut-être revenue à ses heures glorieuses d’agitatrice télégénique de microsyndicat lycéen, elle s’est fendue d’une déclaration semblant plus taillée pour une AG d’écoliers tout juste postpubères que pour une intervention solennelle devant les élus de la Haute Assemblée. « Je regrette que des élus de gauche, du groupe communiste, aient pu être instrumentalisés par la droite pour bloquer un texte de justice sociale et d’efficacité écologique ».

C’est vrai ça, une partie de la gauche qui mêle ses voix à celles de la droite et du centre, c’est une horreur sans nom. Dans sa fureur, Delphine nous a épargné la référence façon Anne Hidalgo au vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, mais on n’est pas passé loin. On remarquera que la majorité en place avait eu l’odorat moins délicat quand il s’est agi de voter en chœur avec Copé, Fillon, Borloo et presque tout leur camp le Pacte Budgétaire Européen. Et que même l’aile supposément la plus à gauche du PS (les fameux 77, notamment) rêve tout haut de débaucher les ailes modernistes et sociétalistes de l’UMP et de l’UDI pour imposer le droit de vote des étrangers non communautaires sans passer par la plus que périlleuse – et donc très improbable – épreuve du référendum populaire.

On se doute bien que le PCF, compte tenu de ses innombrables dissensions internes – à laquelle tout républicain de gauche sera néanmoins attentif car désormais le pire s’y frotte au meilleur – ne généralisera pas une telle stratégie de rupture. Mais pour qui souhaite une vraie opposition de gauche, voire une vraie opposition tout court aux diktats antisociaux d’un gouvernement – dont la première mesure choc fut de ponctionner les heures sup des prolos – ce coup de semonce est incontestablement une bonne nouvelle.

Une nouvelle d’autant plus intéressante que d’autres, à gauche et à droite, pourraient prochainement faire leurs délices de ces alliances de revers. Ce n’est sûrement pas un hasard si c’est la ministre de l’Ecologie qui aura été la première victime expiatoire de cette alliance contre-nature. De tous les sujets qui fâchent entre le PS et le PCF, le nucléaire et l’un de ceux qui sentent le plus la poudre (C’est aussi un casus belli maousse entre les communistes et Mélenchon, mais ça, c’est une autre histoire). Or, pour une fois, nous considérerons que la vérité peut sortir de la bouche d’un Vert et que le sénateur écolo de la Loire-Atlantique Ronan Dantec n’était pas sous ecsta quand il a déclaré à nos confrères de l’AFP, après la mauvaise surprise du front commun PCF-UMP-UDI : « C’est un vote contre l’ouverture des débats sur la transition énergétique» au nom, précise-t-il « d’un accord sur le tout nucléaire ».

Ils se murmure en effet que le démantèlement de Fessenheim qui, comme la loi sur la tarification progressive de l’énergie figurait parmi les 60 proposition du candidat Hollande, est loin d’être une certitude bétonnée. Delphine Batho a beau répéter chaque matin que « La fermeture aura bien lieu en 2016 », sa méthode Coué risque de ne pas peser lourd face au front, pour l’instant souterrain, mais très avancé, où l’on retrouve côte à côte, d’après Le Monde, Henri Proglio, le PDG d’EDF, épaulé par les salariés, les directeurs – anciens et actuels – de la centrale et… la CGT .

À quand le vote d’une loi interdisant les alliances contre-nature ?

*Droits photo : Ségolène Royal.

Le saltimbanque et les grands patrons

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Francis Cabrel AFEP

Francis Cabrel AFEP

Le 28 octobre, dans le Journal du Dimanche, l’Association française des entreprises privées (AFEP), puissant mouvement de lobbying patronal, a lancé un appel alarmiste au président de la République comme s’il y avait un péril imminent en la demeure France (Le Monde, Libération).

Derrière l’argumentation technique et le discours faussement neutre, ces grands patrons – 98 – se croient autorisés à donner des leçons au pouvoir de gauche, aux socialistes, parce qu’ils seraient naturellement sinon incompétents du moins à conseiller. À guider. Des élèves en formation. Qu’il y ait quelques personnalités de gauche parmi ces conseilleurs, je n’en doute pas et c’est une évidence. Mais, de droite ou de gauche, un certain patronat ne se laisse pas distraire de la ligne de ses intérêts.

Toujours ce soupçon d’illégitimité, ce reproche implicite d’une intrusion démocratique. Il faudrait que le savoir, la compétence et le réalisme fussent reconnus ! Le suffrage universel est bien étrange qui porte à la tête du pays des gens auxquels nous ne sommes pas habitués!

Pourtant, lors du précédent quinquennat, l’AFEP n’est intervenue sur rien. Aucune injonction, aucune suggestion. A croire que sur le plan économique et financier tout se déroulait le mieux du monde. Mais silence dans les rangs patronaux. Quand on espère profiter d’un pouvoir, on n’a pas le temps de le sermonner : on attend patiemment qu’il ne vous oublie pas. On le cultive, on pactise, on ne fait plus qu’un. On s’enrichit.

L’AFEP s’est réveillée. C’est normal puisque la gauche est là, maintenant. Elle a battu – par quelle méprise ? – la droite qui n’avait pas besoin, elle, d’être stimulée : elle parlait la même langue que les grands patrons.

Il faut apprendre aux nouveaux occupants de la France – Jean-François Copé appelait récemment à la résistance – à calculer, à compter et à savoir bien doser les sacrifices. Pas toujours pour les puissants.

J’en ai assez de cette droite – heureusement, elle n’est pas la seule dans l’espace politique – qui rime exclusivement avec argent, profit, diminution des charges, soutien au patronat, capital. J’aimerais aussi une droite du mérite, de l’effort, de l’équité, de la solidarité, du partage et de la justice. De la considération pour tous.

Sans doute que ces exigences ne sont pas prioritairement celles de l’AFEP ?

Je ne sais pas pourquoi, j’ai dans la tête une phrase du bateleur, du saltimbanque, du chanteur, de l’artiste Francis Cabrel qui dans le cours d’un face-à-face avec des lecteurs du Parisien, déclarait en substance que « quel que soit le montant de ses impôts il ne quitterait jamais la France ».

Cela n’a pas de rapport, c’est modeste face au lobbying massif, c’est singulier, Francis Cabrel ne donne pas de leçons, mais sa petite musique fait du bien quand la grosse caisse de l’AFEP sonne faux et creux.

Entre le saltimbanque et les grands patrons, je n’hésite pas.

*Photo : marie_astier.

L’autocritique reste étrangère à l’islam

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Pascal Bruckner islam islamophobie

Causeur. Il existe d’autres modèles de coexistence du religieux et du politique que le modèle français…
Pascal Bruckner. L’Inde, par exemple,grande démocratie, quoique très imparfaite, a, par souci de paix sociale, sanctuarisé les religions − elle a, de façon très contestable, interdit la parution des Versets sataniques, afin de ne pas provoquer les 120 millions de musulmans indiens.Mais dans un monde ouvert comme le nôtre où de fortes minorités musulmanes sont implantées dans les pays occidentaux, la confrontation des deux sacrés est très conflictuelle.

Vous admettez donc que nous avons aussi notre sacré ?

Il serait stupide de ne pas l’admettre ! Pour nous Européens, le sacré, ce sont les droits de la personne,c’est un sacré terrestre.[access capability= »lire_inedits »] Dans les sociétés musulmanes, le sacré se rattache à Dieu et, par voie de conséquence, au clergé et à la parole sainte. Cela dit, pour en revenir à l’Inde, c’est un modèle qui connaît de sérieuses limites. L’interdiction de critiquer les religions étouffe les laïques, hindous, et musulmans confondus, et tous ceux qui veulent ébranler le socle religieux. Il ne s’agit pas de se demander si les pays musulmans peuvent devenir démocratiques, ils le peuvent et, malgré une vague fondamentaliste, la Turquie en est l’exemple ; il s’agit de savoir si l’islam est capable, comme le christianisme et le judaïsme l’ont été, de se réformer, de procéder à l’exégèse des textes, afin d’écarter les versets vengeurs, meurtriers et, en particulier, de reformuler un nouveau mode de cohabitation entre les hommes et les femmes. En somme, je me demande si l’islam est capable de faire son Vatican II.

L’hypersensibilité, la susceptibilité que l’on observe chez les musulmans sont-elles consubstantielles à l’islam, ou correspondent-elles à un moment historique particulier ?

J’aimerais croire qu’elles sont historiques. Contrairement à ce qu’on pense, l’islam n’est pas une religion forte, c’est une religion blessée par la modernité qui − dans sa version sunnite − ne s’est pas remise de la fin, il y a un siècle, du califat exercé par l’Empire ottoman. Du coup, l’islam se cherche une tête, et les candidats à la succession de la Sublime Porte sont légion. Résultat : une civilisation divisée, affaiblie qui vit dans le souvenir de sa grandeur passée et ne supporte pas l’effraction de la modernité. Ce qui ressort des manifestations et écrits de ces pays là, c’est la haine de l’Occident, la peur d’une société ouverte où les dogmes sont remis en cause, ou le rôle des hommes et des femmes est redéfini ; autrement dit, c’est une peur fondamentale de la liberté. En 2009, le gouvernement malien a voulu réformer le Code de la famille et retarder l’âge de mariage des jeunes filles de 13 à 15 ans: les islamistes ont organisé dans le stade de Bamako un gigantesque meeting au cours duquel on a entendu 50 000 personnes scander : « La civilisation occidentale est un péché ! » Pour de très nombreux pays de l’ex-tiers-monde, nous représentons le péché parce que avons pris nos distances par rapport à nos propres traditions,. Bien des imams et intellectuels progressistes essayent d’initier une réflexion théologique en profondeur. Mais les freins sont innombrables et l’accusation d’« islamophobie » fonctionne comme un couperet qui interdit toute réforme.

C’est peut-être vrai dans les pays où l’islam est majoritaire, mais on ne peut pas dire que les musulmans d’Occident soient animés par la haine de la modernité occidentale ! Nombre d’entre eux sont éclairés et se fichent bien qu’on caricature Mahomet. Il est vrai qu’on ne les entend pas forcément…

C’est le problème des modérés. On se félicite aujourd’hui que les musulmans modérés ne soient pas descendus dans la rue pour dénoncer les « blasphémateurs ». Mais ils sont trop modérés ! Pourquoi n’ont ils pas manifesté, après l’affaire Merah, comme le leur demandait le rabbin Bernheim, pour proclamer qu’ils ne se reconnaissaient pas dans les actes de Merah ? La peur de leurs extrémistes fait des musulmans modérés des gens sans voix. Une majorité silencieuse, trop silencieuse… Ils devraient eux mêmes faire la police dans leurs rangs,écarter les fous de Dieu et surtout ne pas crier à la victimisation au moindre frémissement.

Mais pensez-vous, d’un autre côté, qu’il est « irresponsable » de publier des dessins dont on sait qu’ils peuvent provoquer des réactions violentes ?

On peut discuter de l’opportunité ou non de publier ce genre de caricatures et, à la place du rédacteur en chef de Charlie, je ne l’aurais sans doute pas proposé à ce moment là. Mais à partir du moment où il l’a fait, la seule attitude possible est : soutien total ! Ne renversons pas les responsabilités : les coupables ne sont pas les auteurs ou les éditeurs de textes ou de dessins jugés « offensants », mais uniquement ceux qui descendent dans la rue pour lyncher. J’ajoute que les « provocations » de ce genre ont la vertu de réveiller les consciences, de provoquer des débats… et de savoir qui sont les couards.La poltronnerie est la vertu la mieux partagée dans l’intelligentsia française. Encore une fois, poser les questions qui fâchent peut inciter les musulmans français à secouer un islam très largement ossifié.

Que répondre à ceux qui, sans demander la prohibition du blasphème, estiment qu’il faut avoir du tact avec les croyances des autres ?

À titre individuel, je suis tout à fait d’accord, mais le problème n’est pas là. Nous sommes en France, un pays doté d’une tradition d’anticléricalisme datant des XVIIIe et XIXe siècles, où l’on bouffe du curé sans que cela suscite la moindre indignation. On bouffe aussi du rabbin de manière moins systématique, mais il y a un humour et une autodérision juifs. Il est impensable que certaines croyances puissent être piétinées quand d’autres seraient intouchables. Cela dit, ceux qui manquent de tact concernant l’islam, ce sont les islamistes qui montrent un visage fanatique et abominable ! Ce sont eux qui devraient être traînés devant les tribunaux pour islamophobie et atteinte à l’image du Coran…

Les tribunaux estiment parfois que la religion la plus ancienne et majoritaire en France doit avoir le cuir plus épais que les autres…

En effet, conformément aux Évangiles, les chrétiens doivent tendre la joue gauche et se repentir de leurs péchés. La notion d’auto-examen ou de repentir est, pour l’instant, étrangère à l’islam qui se vit toujours comme persécuté alors qu’il opprime les minorités chrétiennes en Orient. Si les grandes autorités sunnites et chiites faisaient leur examen de conscience et demandaient pardon pour tous les crimes commis au nom de l’islam depuis les origines, comme l’a fait l’Église, ce serait l’aube d’une ère nouvelle.

Cela dit, aujourd’hui, les représentants de toutes les religions se serrent les coudes contre l’esprit anticlérical que vous évoquiez.

Vous avez raison, le dialogue entre les dignitaires pourrait se résumer en une phrase : « Ne nous faisons pas de mal. » On dirait que l’irruption de l’islam dans l’espace européen nourrit pour les deux autres monothéismes le rêve fou d’un retour à un monde pré-laïque. Salman Rushdie raconte, dans son formidable livre autobiographique, Joseph Anton, que les pires réactions qu’il ait reçues à la suite de la publication des Versets sataniques venaient du Vatican, du Grand rabbin d’Angleterre et de l’Archevêque de Canterbury.

On a aussi l’impression que, dans la société et dans les médias, le sentiment religieux est aujourd’hui tenu pour quelque chose de forcément admirable. Tout le monde a trouvé merveilleuse la conversion de Diam’s, qui est apparue à la télévision voilée de pied en cap…

Si Diam’s trouve sérénité et apaisement dans l’islam, je n’ai rien à y redire, mais j’aimerais que les musulmans qui souhaitent se convertir au christianisme, au judaïsme, ou tout simplement quitter leur religion soient accueillis de la même façon et avec la même décontraction. Peut-être l’islam suscite-t-il une forme d’envie : alors que nos religieux paraissent fades, l’Islam s’affirme sans l’ombre d’un doute, sans une fissure dans l’affirmation de la foi. Cette assurance, nous l’avons perdue, pour toujours. Le choc d’une civilisation sceptique − l’essence même de l’Occident depuis un siècle − face à une civilisation de la certitude, nous laisse désarçonnés. La liberté est un fardeau terrifiant.[/access]

Grâce à Najat Vallaud-Belkacem, Ernst Röhm sera-t-il enfin réhabilité ?

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Ainsi donc, Najat Vallaud-Belkacem, la porte-parole du gouvernement, sans doute en quête d’existence, a-t-elle déclaré qu’il fallait « passer en revue » les manuels scolaires à propos de l’homosexualité. « Aujourd’hui, ces manuels s’obstinent à passer sous silence l’orientation LGBT de certains personnages historiques ou auteurs, même quand elle explique une grande partie de leur œuvre, comme Rimbaud», a-t-elle expliqué, reprenant ainsi une vieille marotte de la Halde qui, en son temps, n’hésitait pas à parler de discrimination parce que les femmes, les minorités visibles, les handicapés et les homosexuels étaient trop peu présents dans les manuels d’histoire-géographie. Grâce à la gauche, on enseignera enfin une histoire débarrassée de toute idéologie!

On va donc pouvoir réhabiliter Ernst Röhm. Pensez-donc, il a tout pour plaire: homosexuel déclaré, victime d’Adolf Hitler et des SS. Ce sera l’occasion de se souvenir que l’homosexualité était courante chez les dignitaires nazis et dans les jeunesses hitlériennes. Et, comme le suggère Najat Vallaud-Belkacem, on pourra expliquer une grande partie de la vie d’Ernst Röhm, la fondation des Sturmabteilung, tout ça, par le fait qu’il préférait jouer au docteur avec les garçons…