Dans un pays où les espions n’ont pas l’habitude de se faire attraper, la mort du britannique Gareth Williams intrigue. Comment ce jeune mathématicien a-t-il bien pu finir dans un sac de sport dont le Daily Telegraph vient de nous fournir les mensurations (81cm x 48cm) ? Aucune trace d’ADN n’a été retrouvée sur les lieux. S’agit-il d’un crime parfait, comme le laisserait penser la profession du jeune homme ? S’agit-il d’un crime en interne, comme le suggère l’étonnante bourde du MI6, le Service de Renseignement Extérieur, qui aura attendu plus d’une semaine pour s’inquiéter de sa disparition ? Ou – last but not least – d’un accident auto-érotique, comme le suggère ses goûts avérés de claustrophile ?

Les images retrouvées sur son ordinateur ne laisseraient aucun doute à ce sujet. Comme le philosophe Diogène (413-317), l’homme aurait entretenu une véritable passion pour les espaces confinés. Les joies sexuelles de la strangulation ou de l’asphyxie sont aujourd’hui connues, et ce n’est pas le héros de la série télévisée Kung Fu, David Carradine (1936-2009), qui me contredira. S’il en est ainsi, peut-on encore parler de fin malencontreuse ?

Il va sans dire que la famille se refuse à envisager une telle pratique et penche très fortement pour la première hypothèse, celle de l’assassinat. Certains de mes confrères évoquent ouvertement la seconde, tant la distraction du MI6 a quelque chose de bizarre. Personnellement, j’attends de voir qui défend la troisième. La passion sexuelle de Williams a bien été abordée. Hélas, l’esprit politiquement correct avec lequel la commission d’enquête mène cette investigation a quelque chose de franchement désolant. L’audience est partagée entre le rappel des beaux principes (comme quoi chacun serait libre de faire ce qu’il veut de sa sexualité) et les platitudes médico-légales du genre : « Pensez-vous qu’il soit possible de s’enfermer tout seul dans un sac de sport ? ». Et l’expert de répondre : « Pas sans un certain entraînement ».

Aura-t-on jamais le courage d’entrer dans les détails de cette vie étonnante ? J’ai bien peur que non, et pour une raison simple : la vérité sexuelle est incompatible avec le discours public. Les enquêteurs n’osent pas trancher et la perplexité, Outre-Manche, reste profonde. Comme on dit chez nous, l’enquête est en cours.

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