Au Sénat, tout le monde, y compris dans le groupe socialiste, était effaré par la complexité, voire l’inapplicabilité du projet de loi sur la tarification progressive de l’énergie, et notamment par son très fumeux corollaire de bonus/malus sur les factures de gaz et d’électricité. Le PCF, notamment, était vent debout contre ce que sa sénatrice Mireille Schurch a qualifié de « rupture d’égalité devant l’accès à l’énergie, sur la base de critères contestables » et de mesure « injuste et impraticable ». On rappellera enfin que souvent, ceux qui consomment le plus dans leurs logements sous-équipés et mal isolés, sont fréquemment nos amis les pauvres et les exclus. (Tout comme d’ailleurs ceux qui polluent le plus notre belle capitale avec leurs caisses toutes pouraves).

En conséquence de quoi une motion d’irrecevabilité fut présentée et adoptée jeudi dernier par les sénateurs communistes en commission des Affaires économiques. Mais le groupe socialiste préféra ne rien voir ni entendre, sur ordre formel, dit-on, de l’exécutif. Des convulsions qui entrainèrent la démission immédiate du rapporteur PS du projet, Roland Courteau qui, d’après l’AFP, aurait, en rendant son tablier, prévenu ainsi ses collègues : « Je vous souhaite bien du plaisir ».
Cassandre Courteau avait raison car in fine ce qui devait arriver arriva, mais en pire : dans cette nuit de mardi à mercredi, la même motion d’irrecevabilité d’origine communiste a été ratifiée en séance plénière grâce à l’apport enthousiaste, unanime et un rien taquin des voix UMP et centristes.

Depuis l’installation de Jean-Marc Ayrault, c’est la première fois qu’un texte soutenu par le gouvernement est torpillé par une des chambres du Parlement. Une novation dont se serait volontiers passée la fougueuse Delphine Batho, la ministre de l’Ecologie en charge du dossier. Du coup, se croyant peut-être revenue à ses heures glorieuses d’agitatrice télégénique de microsyndicat lycéen, elle s’est fendue d’une déclaration semblant plus taillée pour une AG d’écoliers tout juste postpubères que pour une intervention solennelle devant les élus de la Haute Assemblée. « Je regrette que des élus de gauche, du groupe communiste, aient pu être instrumentalisés par la droite pour bloquer un texte de justice sociale et d’efficacité écologique ».

C’est vrai ça, une partie de la gauche qui mêle ses voix à celles de la droite et du centre, c’est une horreur sans nom. Dans sa fureur, Delphine nous a épargné la référence façon Anne Hidalgo au vote des pleins pouvoirs au Maréchal Pétain, mais on n’est pas passé loin. On remarquera que la majorité en place avait eu l’odorat moins délicat quand il s’est agi de voter en chœur avec Copé, Fillon, Borloo et presque tout leur camp le Pacte Budgétaire Européen. Et que même l’aile supposément la plus à gauche du PS (les fameux 77, notamment) rêve tout haut de débaucher les ailes modernistes et sociétalistes de l’UMP et de l’UDI pour imposer le droit de vote des étrangers non communautaires sans passer par la plus que périlleuse – et donc très improbable – épreuve du référendum populaire.

On se doute bien que le PCF, compte tenu de ses innombrables dissensions internes – à laquelle tout républicain de gauche sera néanmoins attentif car désormais le pire s’y frotte au meilleur – ne généralisera pas une telle stratégie de rupture. Mais pour qui souhaite une vraie opposition de gauche, voire une vraie opposition tout court aux diktats antisociaux d’un gouvernement – dont la première mesure choc fut de ponctionner les heures sup des prolos – ce coup de semonce est incontestablement une bonne nouvelle.

Une nouvelle d’autant plus intéressante que d’autres, à gauche et à droite, pourraient prochainement faire leurs délices de ces alliances de revers. Ce n’est sûrement pas un hasard si c’est la ministre de l’Ecologie qui aura été la première victime expiatoire de cette alliance contre-nature. De tous les sujets qui fâchent entre le PS et le PCF, le nucléaire et l’un de ceux qui sentent le plus la poudre (C’est aussi un casus belli maousse entre les communistes et Mélenchon, mais ça, c’est une autre histoire). Or, pour une fois, nous considérerons que la vérité peut sortir de la bouche d’un Vert et que le sénateur écolo de la Loire-Atlantique Ronan Dantec n’était pas sous ecsta quand il a déclaré à nos confrères de l’AFP, après la mauvaise surprise du front commun PCF-UMP-UDI : « C’est un vote contre l’ouverture des débats sur la transition énergétique» au nom, précise-t-il « d’un accord sur le tout nucléaire ».

Ils se murmure en effet que le démantèlement de Fessenheim qui, comme la loi sur la tarification progressive de l’énergie figurait parmi les 60 proposition du candidat Hollande, est loin d’être une certitude bétonnée. Delphine Batho a beau répéter chaque matin que « La fermeture aura bien lieu en 2016 », sa méthode Coué risque de ne pas peser lourd face au front, pour l’instant souterrain, mais très avancé, où l’on retrouve côte à côte, d’après Le Monde, Henri Proglio, le PDG d’EDF, épaulé par les salariés, les directeurs – anciens et actuels – de la centrale et… la CGT .

À quand le vote d’une loi interdisant les alliances contre-nature ?

*Droits photo : Ségolène Royal.

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